• The ability to accurately perceive others’ emotions is arguably critical for successful social interaction and may facilitate upward social mobility through personal and career advancement. Yet, prior research suggests that individuals of lower social status are better at perceiving others’ emotions. These competing viewpoints lead to the question of whether emotion perception ability—often referred to as empathic accuracy—shapes or is shaped by social status. In a preregistered experiment (n = 1197), we tested these alternate perspectives and found a robust negative relationship between individuals’ self-reported social status and behavioral measures of emotion perception. These effects were limited to emotions expressed by an individual actor and did not extend either to emotions expressed in a group or to similar judgments in a nonsocial control context. In addition, we found preliminary evidence that self-assessed increases in social status over the lifespan were also associated with worse emotion perception. These patterns support the perspective that social status shapes emotion perception abilities, but importantly, this relationship depends on one’s subjective sense of their status, both in comparison to others and in evaluations of one’s own lifespan trajectory.

      #empathie #vulnérabilité #statut_social

  • Sénégal  : la féminisation des migrations vers l’Europe

    Traditionnellement, en Afrique de l’Ouest, la migration était essentiellement masculine. Mais depuis une vingtaine d’années, des femmes, de plus en plus nombreuses, embarquent au Sénégal dans des #pirogues à destination des Canaries ou tentent le voyage irrégulier vers l’Europe via le Maroc ou la Tunisie. Qu’est-ce qui les pousse à braver la mer, le désert, les violences liées à l’exil et à risquer leur vie ? La misère et le rêve d’une vie meilleure ? Des atteintes aux droits humains liées au genre et la quête de l’égalité ? Le désir de rejoindre leur mari en Europe ou des pressions familiales ? Un reportage pour mieux comprendre pourquoi les femmes sont désormais en première ligne dans le processus migratoire. Et quelles en sont les conséquences pour la société de départ, notamment en termes d’#impact sur le statut de la femme et les rapports de #genre.

    Place de la mosquée à Bargny, un village de pêcheurs englué dans la banlieue industrielle de Dakar. Bedy Mbow, journaliste à la radio communautaire Jokkoo FM, et moi avons rendez-vous avec des mareyeuses (femmes vendeuses ou transformatrices de poisson). Avant d’entamer la discussion, Ndeye Yacine Dieng, conseillère municipale à Bargny et présidente d’AVEC, l’Association pour la valorisation de l’environnement et des côtes, tient à nous montrer les dégâts causés par l’avancée de la mer. Elle nous emmène à quelques dizaines de mètres de là, dans le quartier qui borde la plage. «  Vous voyez cette maison  ? Elle comptait deux pièces de plus, mais elles ont été emportées par la mer. Aujourd’hui, dix personnes vivent dans la seule chambre qui reste.  » Devant le bâtiment éventré, les habitant·es ont placé des pneus de camions et quelques sacs de sable, dérisoire protection contre les dents de la mer. «  Le maire avait attribué 1.433 parcelles de terrain aux victimes de l’érosion côtière, pour qu’elles puissent y reconstruire leur maison. Mais en 2008, cette zone a été déclarée d’utilité publique et vendue à un promoteur pour y installer une centrale électrique au charbon  », déplore-t-elle. Depuis, aucune solution n’a été mise en œuvre pour reloger les personnes sinistrées.

    Le pillage des ressources par des bateaux de pêche étrangers

    Outre la montée du niveau de la mer, la crise de la pêche est un autre problème qui se pose avec acuité. «  Dès les années 1950, le Sénégal a mené des programmes de développement de la pêche artisanale  : motorisation des pirogues, sennes tournantes et coulissantes [grands filets utilisés pour encercler et capturer les poissons, ndlr], introduction de pirogues en fibres de verre, etc. Mais ces améliorations technologiques ont provoqué une surcapacité de pêche qui a participé à épuiser la ressource halieutique [poissons, crustacés, mollusques…, ndlr]«  , explique Moussa Mbengue, Secrétaire exécutif de l’ADEPA, l’Association Ouest Africaine pour le développement de la pêche artisanale.

    Parmi les autres causes de cette crise, il faut citer les pratiques de pêche non durables (comme la capture de poissons juvéniles n’ayant pas atteint la taille marchande) et la multiplication des usines de farine et d’huile de poisson qui accaparent une grande part de la ressource. Ainsi, «  il faut 5 kg de poisson frais pour obtenir un kilo de farine  », précise Moussa Mbengue. Et ce produit sera ensuite exporté vers l’Europe et l’Asie pour y nourrir des poissons d’élevage. Au détriment de la population sénégalaise qui paie de plus en plus cher le poisson dont elle s’alimente.

    Le pillage des ressources halieutiques par des bateaux étrangers vient considérablement aggraver le phénomène. Ceux-ci se cachent sous pavillon sénégalais, grâce à des sociétés mixtes de droit sénégalais détenues à 51 % par des nationaux. Ainsi, au moins 46 bateaux chinois pêcheraient actuellement dans les eaux territoriales sénégalaises sous pavillon local. Une enquête menée par la plateforme de journalisme d’investigation Follow the Money a par ailleurs révélé qu’«  au moins un cinquième des 132 chalutiers de pêche industrielle battant pavillon sénégalais appartiennent à des coentreprises dont les sociétés mères sont basées dans l’Union européenne  », essentiellement en Espagne et en France.

    La pêche artisanale ne rapporte plus

    Tous ces facteurs ont contribué à une sévère diminution des stocks de poissons accessibles pour la pêche artisanale. «  Nos maris dépensent beaucoup d’argent pour aller en mer et rentrent souvent bredouilles. La pêche et la transformation du poisson ne sont plus des activités rentables  », soupire une mareyeuse. Les femmes ont toujours joué un grand rôle dans la commercialisation du poisson frais. Ce sont elles aussi qui s’occupent de sa transformation  : elles le braisent, y ajoutent du sel et le font sécher, une technique qui permet aux habitant·es des régions enclavées du Sénégal d’avoir accès aux produits de la mer.

    Au nombre de 45.000 environ dans le pays, selon le Réseau des femmes de la pêche artisanale (REFEPAS), les transformatrices de poisson sont aujourd’hui en grande difficulté. «  La raréfaction des ressources halieutiques est telle qu’il n’y a plus que très peu de matière première à transformer  », explique Fatou Ndoye, sociologue et coordinatrice de l’association Suxali Jigeen («  l’autonomisation de la femme  »).

    L’organisation d’analyse de données IDinsight a mené en 2023 une enquête auprès de femmes qui travaillent dans le secteur de la pêche artisanale. Plus de deux tiers d’entre elles déclarent avoir observé une diminution de leurs revenus au cours des cinq dernières années.
    Or, 85 % de ces femmes prennent en charge totalement ou partiellement les frais d’éducation et de santé des enfants. Elles participent aussi aux autres dépenses du foyer, que ce soit l’alimentation, les factures d’eau et d’électricité ou les dépenses liées à la vie sociale, selon cette même étude.

    En raison du mal-développement économique, mais aussi de la polygamie, les hommes ne sont plus en capacité de faire face seuls aux besoins courants des ménages. Selon le Recensement général de la population de 2023, 47,4 % des femmes mariées vivaient en union polygamique. Dans ce contexte, l’apport économique des femmes est devenu indispensable pour de nombreux foyers. Une situation qui pousse certaines d’entre elles à migrer, de manière légale ou non, dans l’espoir d’arriver à mieux subvenir à leurs besoins et à ceux de la famille.

    «  Il n’y a plus d’avenir ici, témoigne Yaye Fatou Djiguel, 34 ans et 5 enfants, qui a déjà tenté à deux reprises de gagner les Canaries en pirogue. Avant, c’étaient les hommes qui partaient. Mais aujourd’hui, tout le monde embarque, sans distinction d’âge ni de sexe. On voit même des femmes enceintes et des bébés dans les pirogues, parce qu’il n’y a plus de travail et que la mer avale nos maisons  » (voir son portrait dans notre n° 264). Autour de nous, les femmes qui ont tenté la traversée disent avoir payé entre 300.000 et 500.000 francs CFA au passeur, soit entre 458 et 763 euros (ce qui représente entre 4 et 7 mois du salaire féminin moyen, d’après des chiffres de l’ANSD, l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie).

    «  Le nombre de femmes qui migrent seules va croissant  »

    La mobilité féminine internationale a beaucoup évolué. Durant les années 1970-1980, les Sénégalaises voyageaient le plus souvent de manière légale et majoritairement pour deux raisons  : rejoindre leur conjoint déjà établi en Europe et nanti de papiers (regroupement familial) ou, ce qui était plus rare, poursuivre des études en Europe. Jusqu’en 1986, il est intéressant de s’en souvenir, les Sénégalais·es n’avaient pas besoin de visa pour voyager en France, un simple passeport suffisait.

    «  Ce n’est qu’en 2005 qu’on a remarqué, avec beaucoup de sidération, les premières femmes monter dans des pirogues pour un voyage irrégulier vers l’Espagne  », se souvient un contractuel du ministère des Pêches. Aujourd’hui, «  le nombre de femmes qui migrent seules va croissant  », note le Dr Daouda Dianka, géographe et auteur de l’étude «  Migrations féminines et évolution du rapport de genre en milieu sénégalais  », publiée en 2016 dans la Revue Canadienne de Géographie Tropicale. Selon lui, la mobilité de femmes actives et autonomes est en passe de devenir un phénomène de société au Sénégal.

    La principale raison de la féminisation des migrations est donc d’ordre économique. C’est la pauvreté et le manque de perspectives d’avenir qui poussent de nombreuses personnes à tout quitter et à risquer leur vie pour gagner l’Europe. «  Si les richesses ne vont pas vers les hommes, alors les hommes iront naturellement vers les richesses  », aurait averti l’économiste et démographe français Alfred Sauvy dès 1974.
    «  Les jeunes peinent à trouver un emploi  »

    L’inégale répartition des richesses et l’iniquité des relations internationales jouent un rôle majeur en matière de flux migratoires. Si la responsabilité – historique et actuelle – des pays de destination est indéniable, celle des pays de départ est bien réelle aussi. La corruption, les détournements de fonds et la gabegie dans la gestion des affaires de l’État n’ont pas permis au Sénégal de mettre en œuvre des politiques économiques et de l’emploi adéquates, qui auraient favorisé un réel développement et sorti le pays de l’économie informelle dans laquelle il stagne depuis des décennies. 49,6 % de la population active travaille en effet dans le secteur informel, nous apprend le Recensement général de la population de 2023. «  Même diplômés, la plupart des jeunes peinent à trouver un emploi dans l’économie formelle, quels que soient les secteurs concernés  », souligne Fatou Ndoye. «  Près de la moitié des individus ayant suivi une formation formelle ne sont pas occupés  », confirme le recensement.

    Toutefois, pour les personnes qui arrivent de manière irrégulière en Belgique, la fuite de la pauvreté et le désir d’une vie meilleure ne seront pas considérés comme des motifs valables, pouvant conduire à une régularisation. Sauf exception.

    Par ailleurs, au Sénégal, à part l’avortement qui est passible de prison (nous avions publié l’an dernier un reportage à ce sujet) et le mariage forcé, les atteintes aux droits humains pour des motifs liés au genre sont moins fréquentes que dans certains pays voisins. En Guinée, par exemple, l’excision affecte 95 % des jeunes filles et des femmes âgées de 15 à 49 ans, contre 25 % au Sénégal, selon un rapport de l’UNICEF datant de 2024.

    Un certain nombre de migrantes économiques devront dès lors évoquer une histoire de persécution pour tenter d’obtenir le statut de réfugiée ou de protection subsidiaire leur permettant de rester en Belgique en toute légalité. Le mensonge devient alors une des stratégies de contournement de politiques migratoires restrictives. Tout le monde le sait, mais l’hypocrisie continue, plongeant ces migrantes dans un profond désarroi. Car rester dans un centre «  d’accueil  », durant plusieurs années parfois, en partageant une chambre avec 4, 5 ou même 7 personnes que l’on ne connaît pas, est une situation peu enviable. Surtout si on y ajoute le stress considérable provoqué par l’incertitude face à l’avenir  : recevront-elles la précieuse carte A, donnant droit à un séjour de 5 ans ou au contraire un ordre de quitter le territoire  ? On comprend les cauchemars et les angoisses qui les assaillent nuit et jour  ! En 2024, 70 Sénégalaises ont introduit une demande de protection en Belgique. Et 15 ont obtenu le statut de réfugiée, selon des chiffres fournis par l’Office des étrangers.
    Migrer pour s’émanciper

    Le désir d’émancipation constitue un autre facteur qui les pousse à émigrer. «  Les femmes d’Afrique centrale et de l’Ouest sont de plus en plus nombreuses à rechercher l’égalité à travers la migration  », notait l’OIM, l’Organisation internationale pour les migrations, en 2020. Elles la perçoivent comme une occasion d’échapper aux structures sociales patriarcales, souvent pesantes, qui les maintiennent dans un statut de femmes au foyer, limitant leur horizon aux tâches domestiques et aux soins aux enfants. Sans voix au chapitre dans les décisions concernant la famille. Se soustraire aux pressions sociales et aux attentes liées au genre et chercher à s’accomplir en tant qu’individu est devenu une motivation importante pour de nombreuses jeunes femmes.

    À 27 ans, divorcée et mère d’un enfant, Khadiatou (prénom d’emprunt) a pris le bateau pour l’Espagne, puis le bus pour la Belgique, où vit une de ses amies. «  La famille voulait me faire épouser un cousin plus âgé que moi, qui avait déjà une autre femme en France, m’explique-t-elle. Moi, je voulais juste fuir toutes ces pressions et vivre ma vie comme je l’entends.  »

    La décision de migrer reste toutefois souvent une stratégie collective, dans laquelle les mères jouent un rôle prépondérant d’incitatrices. Ce sont elles qui, fréquemment, poussent leur fils ou leur fille à partir à l’étranger et financent leur voyage en vendant leurs bijoux. Elles agissent ainsi «  dans l’espoir que leur investissement sera rentable  » et parce qu’elles pensent qu’avoir un·e enfant émigré·e est un signe de réussite sociale, précise le Dr Babacar Ndione, expert en migrations, co-auteur avec Fatou Binetou Dial d’une étude intitulée «  Rôle et place de la femme dans les dynamiques migratoires internationales au Sénégal  » (CODESRIA, 2021). Dans les familles polygames, «  c’est sur fond de rivalité entre coépouses que certaines mères encouragent leur enfant à partir  », car le père «  est souvent plus proche de l’épouse dont les enfants ont le mieux réussi  », ajoute-t-il. Même lorsqu’elles ne voyagent pas, les femmes jouent donc un rôle essentiel dans la mobilité internationale de membres de la famille.

    Miroir aux alouettes ou poule aux œufs d’or  ?

    Le mythe de l’eldorado, soigneusement entretenu par nombre de migrant·es, constitue lui aussi un facteur important d’émigration. Lorsque ces personnes sont victimes d’exploitation en Europe, où elles vivent souvent elles-mêmes dans la pauvreté, elles cachent cette situation à la famille restée au pays, en se saignant parfois aux quatre veines pour leur envoyer de l’argent. Et lorsque celles qui auront obtenu des papiers reviendront au pays pour les vacances, elles feront étalage d’argent et submergeront leurs proches de cadeaux pour témoigner de leur réussite. «  Les migrants ne racontent jamais la réalité de leur vie  », constate Gilles Cressan, économiste et représentant au Sénégal de l’ONG belge Échos communication.

    La construction du mythe commence souvent dès les premiers pas sur le territoire européen. À peine arrivée à Paris, avant même de déposer sa demande de protection internationale, Zeinabou (prénom d’emprunt) a pris des selfies devant la Tour Eiffel, habillée à la dernière mode, et les a envoyés à toutes ses amies et cousines. Beaucoup se sont dès lors mises à rêver de partir à leur tour, me confie une de ses sœurs. Au Sénégal, tous·tes les jeunes vous raconteront l’histoire de migrant·es qui ont réussi, ont payé une maison à leur maman et envoient régulièrement de l’argent à leurs proches.

    «  Culturellement et socialement, le fait d’aider sa famille est considéré comme un honneur dans la société sénégalaise  », souligne Babacar Ndione. Mais la pression sociale pour aider la famille est immense. Vécue de manière douloureuse par certain·es, elle pousse à la migration  : «  Si tu es dans la maison de tes parents et que tu ne gagnes pas d’argent, tu n’es pas considéré. Et tu préfères mourir que de vivre  », explique un jeune conducteur de taxi dakarois.
    La manne de la diaspora

    Globalement, l’argent envoyé par les émigré·es sénégalais·es représente une manne impressionnante  : «  Les montants des transferts de la diaspora sénégalaise ont pris une ampleur considérable au cours des dernières années. Leur volume est passé de 233 millions USD en 2000 à 925 millions en 2006, puis à 1.614 millions en 2013, pour atteindre 2.220 millions en 2017. La part de ces transferts dans le PIB du Sénégal est passée de 6 % en 2001 à 8,6 % en 2007 et à 13 % en 2017  », relève Babacar Ndione dans Migration au Sénégal. Profil national 2018 (OIM, 2018). «  Toutefois, l’apport des Sénégalais de l’extérieur dans l’investissement économique est relativement faible, souligne-t-il. En effet, l’essentiel des transferts de fonds effectués par les émigrés sont destinés à la consommation des ménages d’origine. Le souci majeur renvoie à la question de savoir comment orienter une part importante de ces envois de fonds vers l’investissement économiquement productif. Néanmoins, ces transferts contribuent de manière significative à la réduction de la pauvreté. Leur importance est vitale pour de nombreuses familles.  »

    On comprend dès lors le peu d’empressement des autorités sénégalaises à agir réellement pour lutter contre l’émigration illégale, malgré les accords passés avec l’UE pour «  endiguer le flux  » des migrant·es. Et en dépit de plusieurs accords bilatéraux, dont celui conclu entre la Belgique et le Sénégal en mai 2023, portant notamment sur le retour au pays des migrant·es en séjour irrégulier.

    Braver la mort, les violences sexuelles, l’endettement

    Parmi les conséquences des migrations, la plus dramatique est évidemment la disparition d’un·e membre de la famille, aggravée par le sentiment de culpabilité des mères lorsqu’elles ont poussé leur fils ou leur fille à entreprendre le voyage. En 2024, au moins 8.938 personnes sont mortes sur les routes migratoires à travers le monde, ce qui en fait l’année la plus meurtrière jamais enregistrée, selon l’OIM.

    Pour les femmes, le parcours vers l’Europe est encore plus risqué que pour les hommes, surtout si elles ont choisi une des routes passant par l’Afrique du Nord, puis la Méditerranée. Elles sont en effet particulièrement vulnérables à la violence, notamment sexuelle. Certaines se retrouveront à la merci de réseaux de traite des êtres humains et soumises au travail forcé ou à la prostitution.

    Par ailleurs, pour payer les frais du voyage, de nombreuses migrantes et leur famille s’endettent. Une situation qui compliquera leur réintégration économique et sociale si elles sont contraintes de rentrer au pays.

    Quel est l’impact de la féminisation des migrations sur le statut social des femmes  ?

    La mobilité internationale de femmes seules et actives a une influence réelle sur les relations de couple, les rapports de genre et l’autonomisation des femmes. Leur participation à la prise en charge des besoins de la famille a, en effet, modifié leur statut dans la société. Traditionnellement, ce rôle économique était dévolu à l’homme, qui est toujours de droit considéré comme chef de ménage. Aujourd’hui, sous l’effet de leur propre migration ou de celle du mari, les femmes ont vu croître leurs responsabilités et sont de plus en plus nombreuses à assumer ce rôle de fait. Selon le recensement général de la population de 2023, près d’un quart des ménages (24,5 %) sont dirigés par une femme, un chiffre en hausse de 2,1 % par rapport au recensement précédent, avec de fortes disparités entre milieu rural et urbain.

    Cette augmentation «  peut augurer l’amorce de mutations sociales profondes dans la place qu’occupent les femmes dans la société sénégalaise  », souligne le géographe Daouda Dianka. Et «  entraîner une renégociation du statut de la femme, maintenue dans des rôles secondaires par un pouvoir masculin relativement discriminant  », confirme Babacar Ndione.

    Le fait que les femmes migrantes soient devenues des soutiens incontournables pour les parents restés au pays a contribué à changer le regard porté sur elles par la société. Les familles se rendent à présent compte qu’il faut investir dans la scolarisation des filles, ce qui n’était guère fréquent auparavant.

    Mais la migration des femmes mariées est aussi source de difficultés dans le couple. Les hommes monogames restés au pays sont parfois dévalorisés, car «  considérés comme des maris dominés  », note Daouda Dianka. Quant aux enfants, elles/ils ne vivent pas toujours très bien le départ de leur maman, même s’il n’est pas inhabituel dans les sociétés sénégalaises de confier un·e enfant à sa grand-mère ou à une tante.

    Des sociétés vieillissantes qui se claquemurent

    Partout en Europe, à l’exception peut-être de l’Espagne, la tendance est au durcissement des politiques migratoires. En Belgique, il y a une volonté exprimée sans détour par Anneleen Van Bossuyt (N-VA), la ministre de l’Asile et de la Migration, de rendre la Belgique moins attrayante pour les demandeurs/euses d’asile. «  On veut donner le message que la Belgique n’est plus le pays de l’accueil généreux et sans conditions  », expliquait-elle au journal Le Soir lors de sa prise de fonction. «  L’accueil nous coûte chaque année un milliard d’euros, un coût que la société ne peut plus gérer. […] Il faut donc que ça change. Il nous faut des flux migratoires plus contrôlés. Voilà pourquoi on va mener la politique d’asile et de migration la plus stricte de l’histoire de ce pays.  »

    Une prise de position récusée par nombre de chercheurs et chercheuses qui soulignent que nos sociétés vieillissantes ont besoin de migrant·es. Dans un article intitulé «  Les effets économiques de l’immigration  », paru dans la revue Diplomatie en février-mars 2025, Ekrame Boubtane, chercheuse associée à l’École d’économie de Paris, notait que «  l’impact sur l’économie et les finances publiques de l’accueil des demandeurs d’asile ne se limite pas au coût budgétaire de la prise en charge immédiate. […] Dans les pays où le vieillissement démographique commence à produire ses effets, l’augmentation de la population en âge de travailler par rapport à la population dépendante a des effets positifs sur le PIB et sur les finances publiques.  »

    Les migrations sont un sujet complexe et polémique, au cœur des grands enjeux nationaux et internationaux. Elles touchent en effet à des thématiques particulièrement sensibles à propos desquelles l’opinion publique se divise  : les identités, le racisme, les cultures et les modes de vie, les inégalités, la mondialisation, le mal-développement, les violations des droits humains et le terrorisme. Elles font l’objet d’une instrumentalisation politique permanente dans laquelle la détresse des migrant·es est de moins en moins prise en compte.

    https://www.axellemag.be/senegal-la-feminisation-des-migrations-vers-leurope

    #féminisation #femmes #migrations #Sénégal #route_atlantique #femmes_migrantes #émancipation #pêche #pêche_artisanale #extractivisme #pillage_des_ressources #surpêche #endettement #dettes #VSS #violences_sexuelles #statut_social
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  • Doctorante, elle donnait des cours à la fac en étant au RSA

    Faire une thèse en #autofinancement relève du #parcours_du_combattant. À 33 ans, Clémence Moullé Prévost sort de sept ans et demi de doctorat en histoire de l’art et archéologie à l’Université de Rennes 2. Elle raconte la précarité, le #stress, l’#angoisse, avec en toile de fond, les dysfonctionnements d’une #université exsangue.

    La Rennaise Clémence Moullé Prévost, 33 ans, est l’un des personnages principaux du documentaire « Prof de fac, une vocation à l’épreuve », tourné à l’université Rennes 2. Pendant sept ans et demi, elle y a mené une thèse en histoire des arts, en autofinancement. De 2014 à 2022, elle a dû enchaîner les #petits_boulots en plus des heures de cours qu’elle donnait à la fac pour financer sa recherche.

    « Je suis la première à avoir fait des #études_supérieures dans ma famille », témoigne Clémence Moullé Prévost. Au cours de son master en histoire de l’art à Rennes 2, elle a fait un mémoire sur le patrimoine archéologique de l’île de Chypre. « Ça m’a passionné. J’ai donc déposé une proposition de sujet de thèse qui a été acceptée. » Mais elle n’a pas eu de financement. « En sciences humaines, c’est très compliqué de décrocher un contrat doctoral », donc la plupart des doctorants doivent s’autofinancer.

    Dès sa première année de ma thèse, l’étudiante a enchaîné les petits jobs. « J’ai été animatrice de colo, j’ai gardé les enfants, j’ai donné des cours particuliers, j’ai été surveillante d’internat la nuit et même agent d’accueil dans un musée. »

    Un salaire tous les six mois

    En 2016, Clémence Moullé Prévost a commencé à donner des cours à la fac en tant qu’attachée temporaire #vacataire (ATV). « C’était l’opportunité de commencer à enseigner à l’université, et au début c’était un complément de revenu. » Mais peu à peu, l’étudiante s’est rendue compte qu’il y avait beaucoup de choses clochait. « On ne savait jamais quand on allait signer notre contrat. Il y a même une année où je n’ai pas signé mon contrat avant novembre. »

    Le vrai problème, c’est que la rémunération n’est pas mensualisée, « on est payé qu’à la fin de chaque semestre, en fonction du nombre d’heures qu’on a données. Donc parfois, on ne reçoit notre paye que fin février, alors qu’on enseigne depuis la rentrée » . Financièrement, c’est très compliqué à gérer, ça crée du stress, de l’angoisse permanente…

    « Tu passes en mode survie »

    La première conséquence de tout ça, c’est la précarité. « Dans les pires mois, je me retrouvais au RSA. Je gagnais 500 € avec les APL. Tu passes en mode survie. Tu te retrouves à manger des pâtes ou à sauter des repas. » Faute de moyens financiers, elle « squattait chez des amies » . La jeune femme a contracté des dettes, notamment un prêt étudiant qu’elle doit encore rembourser.

    « Socialement, c’est hyper compliqué, parce que tu n’as pas de #revenu fixe, ni de vrai #statut_social. Ça impacte aussi la #vie_affective, parce qu’on ne peut pas se projeter. Parfois, ça crée une forme de #dépendance_financière vis-à-vis du conjoint. »

    « On le fait parce que ça a du sens »

    La recherche permanente d’argent impacte ses études. « Sur ces sept ans et demi d’études, je n’ai finalement passé que peu de temps à faire des recherches et à écrire ma thèse. »

    Malgré tout, elle a tenu bon. « Quand on fait une thèse, on le fait parce que ça a du #sens. Parce que ça repousse un peu la frontière de la connaissance de notre société. »

    Le parcours du combattant de Clémence n’est pas terminé. Aujourd’hui, elle n’est toujours pas titularisée et candidate à des contrats temporaires. « Il faut parfois cinq ans pour pouvoir obtenir un poste d’enseignante-chercheuse… »

    Contacté, le service communication de Rennes 2 n’a pas répondu à notre sollicitation.

    https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/temoignage-doctorante-elle-donnait-des-cours-a-la-fac-en-etant-au-rsa-b

    #ESR #thèse #doctorat #précarité #salaire #facs

    • c’est emmerdant que comme bien du monde des salariés des facs qui ont cru échapper à la prolétarisation dépendent du #RSA et de la prime d’activité. en même temps, ça pourrait peut-être contraindre à voir au-delà de chez son employeur particulier, ce qui vaut pour les gilets jaunes (auxquels on a répondu par un nouveau paramètrage coûteux de la prime d’activité en faveur des SMIC temps plein, aux détriment des moins employé.e.s) et pour les travailleurs précaires de tous secteurs, intellos compris.

      #prime_d'activité

  • La naissance du racisme

    Pour LSD, Stéphane Bonnefoi questionne les #origines du racisme et la notion de #race, depuis l’antiquité jusqu’au XIXe siècle, au gré de quatre épisodes historiques.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-la-naissance-du-racisme

    –—

    Les 4 épisodes :

    Épisode 1/4 : L’héritage grec en question

    #Aristote et l’esclave « par nature », #Hippocrate et sa #théorie_climatique… Les penseurs grecs ont souvent été convoqués pour justifier l’esclavage et l’infériorité de certains peuples, à l’époque moderne mais aussi plus tôt, au cours de la #traite_arabo-musulmane

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/l-heritage-grec-en-question-5278625

    Épisode 2/4 : L’#exclusion par la pureté de #sang

    Après avoir converti juifs et musulmans, les rois catholiques de la péninsule ibérique vont imposer aux « conversos » de nouveaux statuts, discriminatoires : La #pureté_de_sang (Limpieza de sangre).

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/l-exclusion-par-la-purete-de-sang-8270617

    Épisode 3/4 : Dans l’ombre des Lumières, la construction de la race

    En pleine expansion de la #traite transatlantique au XVIIIe siècle, la #racialisation de l’esclavage se met en place dans les colonies européennes aux Amériques. Une frontière se forme entre le « nègre » et le blanc...

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/dans-l-ombre-des-lumieres-la-construction-de-la-race-3173051

    Épisode 4/4 : La république des #zoos_humains

    Au XIXe et jusqu’au milieu du XXe siècle, les zoos humains vont mettre en scène l’infériorité des peuples colonisés, tant en Europe qu’au Japon ou aux Etats-Unis. Et permettre ainsi une large diffusion de ce que nous nommons, depuis le début du XXe siècle, le racisme.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/la-republique-des-zoos-humains-2354253

    #podcast #racisme #esclavage #Antiquité #histoire #Lumières #colonisation #colonialisme #domination #taxonomie #préjugés #système_de_domination #égalité #esclavage_colonial #couleur_de_peau #statut_social #esclavage_moderne #héritage #mythe

    ping @_kg_ @cede

  • Générateur de #perruques_Rococo, sur le site du V&A Museum

    Le 23 mars 1673, le roi #Louis_XIV institue par un édit la communauté des « barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvistes », une corporation qui développera dans les décennies suivantes des trésors d’inventivité puisque la #perruque, de plus en plus monumentale et garnie de breloques, devient non seulement un accessoire de mode, mais aussi un marqueur de #statut_social. Voilà pour la caution historique d’un #jeu que nous propose le site du Victoria & Albert Museum de Londres : devenir, en quelques clics, créateur de perruques rococo. Laissez libre cours à toutes vos extravagances, accessoirisez sans compter, frisez de tout votre saoul, poudrez comme si demain n’existait pas, n’ayez, en somme, qu’un seul mot d’ordre : toujours plus ».


    https://www.vam.ac.uk/designawig/?xtor=EREC-31&actId=ebwp0YMB8s1_OGEGSsDRkNUcvuQDVN7a57ET3fWtrS9YsEaa7zK8WpJrv »mpaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=501895

    #for_fun #histoire
    via @mobileborders

  • Is Germany facing a mental health crisis among refugees and migrants?

    Whenever a migrant or refugee is the perpetrator of a violent crime, questions asked seem to revolve around their background and whether being a migrant has somehow predisposed them to commit the crime.

    What can mental health professionals add to the debate?

    In the German city of Freiburg, a student was gang-raped by several men, many of them of Syrian origin, spurring once again a debate in German society over a possible predisposition of migrants to committing violent acts.

    For health professionals, such acts require a different approach - one that is focused on the psychological risks of migrant journeys.

    Professor Dr. Thomas Elbert, a research professor in neuropsychology at the University of Konstanz, says that a mental health crisis among migrants is looming. As one of the authors of a new study for the Leopoldina (The German National Academy of Science), he calls for immediate action. “This [kind of violent incident] is something we have predicted.“

    Elbert warns that violent acts will occur more frequently if nothing is done to create conditions where, “young men in particular, but in general people who are seeking protection here in Germany, have the opportunity to acquire social status.”

    For Elbert, social status is key. Social status is the thing which stops many more people from committing crimes like rape or murder, he says. The loss of social status, which happens when you are sent to prison and excluded from society, is more of a barrier to crime than the actual punishment. But if you have nothing to lose then it is much easier to graduate to crime.

    That is not to say that refugees or migrants are naturally predisposed to commit such crimes because of their background or ethnicity, he adds.

    Risk factors, stress

    However, a greater proportion of migrants are exposed to risk factors which increase the likelihood of committing crimes, Elbert explains. This is due to the reasons which led them to flee or what they experienced on the road to Europe. People who have made it to Europe are often laboring under huge amounts of stress. “They feel under permanent threat,” he says.

    “We have asked refugees who have crossed the Sahara desert, how did you get here? And they told us: ’We had to commit crimes; we were attacked, people robbed us, so we also had to start attacking.’” From his research, Elbert found that out of 10 boys who leave West Africa, only two make it to the Mediterranean coast and only one actually crosses to Europe. He thinks that these people, in spite of their traumas, can be integrated successfully. They have, after all, already learnt to survive, but their traumas need to be treated, a key point of his study “Traumatized refugees –immediate response required.”

    Research conducted for the study has found that as many as half of migrants and refugees could have psychiatric problems or post-traumatic stress. The effects of these traumas can be worse for society in men than in women. And the majority of the migrants who arrived in 2015 were young men.

    Migrants abandoned in the Sahara desert Photo Sylla Ibrahima Sory


    Elbert found that one-third of men who experience a violent upbringing will turn to crime, whereas only one in 20 or 50 women will do so. However, women who have undergone trauma might be more prone to suicide or self-harm. All these things will cost society huge amounts of money – hence the call for therapy and more intensive screening.

    Treating #trauma

    Virginia Edwards-Menz is a registered nurse with 30 years experience working in mental health and more than 13 years counseling refugees and migrants on a volunteer basis near Freiburg.

    She agrees with a recent study by the University of Erlangen-Nürnberg which found that at least one in three people coming from Syria are laboring under some kind of mental health issue. However, the German system is not equipped to invest the amount of time needed to really assess each individual’s psychiatric needs, she says.


    She points out that most new arrivals are on welfare which means that only the most acute cases are even dealt with. Most social workers have more than 100 people to attend to. There is no way they can even begin to tackle the effects that violence may have had on the refugees. In addition, many refugees are not even aware that they might need that kind of help, says Edwards-Menz.

    Can trauma lead to gang-rape?

    Elbert does not see a correlation between trauma and rape. Rape he thinks is usually caused by problems of socialization and can also be the result of a continual witnessing of violence. “Once you have lost your moral barriers, what is allowed, what is not allowed, then rape is one of your options. We see that in war-like regions where there is no state or monopoly of power. Young men begin to rape. They do so in gangs, to show and test who is the most terrible cruel and dominant guy in the group.”

    Gender, attitude towards women

    Can crimes like the gang-rape in Freiburg be attested to having grown up in a different culture where the role of women is defined much differently than in Western cultures?

    Elbert and Edwards-Menz agree that there is no simple explanation. “It’s not a justification to say we have not learnt that the situation in Germany is maybe different [to the country of origin.]," Elbert says. But he also says that limits of what is OK and not OK “are learnt within a cultural context.” If the moral barriers you grew up with (for instance certain dress codes and behavior) are no longer present, then it can be easy to think that you do not have to respect the person who appears to be flouting the codes you learnt.


    As a volunteer, Edwards-Menz has often come across men from countries like Afghanistan who do adhere to Islamic codes of behavior and believe that European society should change to their way of thinking. She advocates talking to gradually shift mentalities and continually repeating the message of what is acceptable, and what is not in Germany. She notes that quite a lot of them arrive illiterate. This creates a barrier to integration and can also go some way to explaining sometimes entrenched attitudes. With no access to other ways of thinking or being, their opinions can take a long time to shift.

    The government and agencies who work with refugees and migrants are already doing this, she says. The main problem is time and resources, as in enough translators to work with people and enough time to devote to each individual and understand each separate biography. Only then, can these traumas really be overcome and people integrated successfully.

    Full assessment necessary

    Both experts agree that German society as a whole is facing a problem and that the solution cannot be to deport people and thereby push the problem onto another society.

    What both experts want is a proper assessment of the extent of the problem so that the trauma that many people are carrying can be digested. The problem is that this involves a long process and no simple answers, but it is only that which will aid better integration in the future.

    http://www.infomigrants.net/en/post/13164/is-germany-facing-a-mental-health-crisis-among-refugees-and-migrants
    #Allemagne #santé_mentale #réfugiés #asile #migrations #crime #criminalité #stress #traumatisme #viol #statut_social