• Stockage d’électricité : « la batterie à eau » bat de nouveaux records
    https://www.connaissancedesenergies.org/stockage-electricite-la-batterie-a-eau-bat-de-nouveaux-reco

    Les capacités #hydroélectriques installées dans le monde ont atteint près de 1 470 GW à fin 2025, dont 1 269 GW d’installations dites « conventionnelles » et 201 GW de stations de transfert d’énergie par pompage (« STEP »).

    Pour rappel, ces #STEP sont des installations hydroélectriques particulières, composées de deux bassins situés à des altitudes différentes, qui permettent de stocker de grandes quantités d’électricité (en pompant l’eau du bassin inférieur vers le bassin supérieur lorsque la demande électrique est faible et en turbinant l’eau du bassin supérieur vers le bassin inférieur en cas de besoin sur le réseau).

    L’an dernier, les installations de nouvelles capacités hydroélectriques se sont au total élevées à 28 GW dans le monde (la #Chine ayant compté pour plus de 40 % de ce total), avec un niveau record de 11,7 GW de STEP. L’#IHA qualifie à ce titre 2025 d’année de « la #batterie_à_eau ».

  • #UPLOAD dans un recueil de nouvelles #Solarpunk
    https://framablog.org/2026/07/06/upload-dans-un-recueil-de-nouvelles-solarpunk

    Cela fait plusieurs années que Framasoft participe à des ateliers d’écriture solarpunk dans le cadre d’une Activité Pédagogique d’Intersemestre à l’Université de Technologie de Compiègne (voir l’annonce originelle publiée en 2024). À chaque fin de session, les étudiantes et étudiants … Lire la suite­­

    #Communs_culturels #Enjeux_du_numérique #atelier #communs #écriture #étudiant⋅es #fiction #low-tech #manifeste #SF #StéphaneCrozat #Universite #UTC

  • Archipellisation #Solarpunk
    https://framablog.org/2026/06/04/archipellisation-solarpunk

    Framasoft, #UPLOAD et solarpunk Depuis 2024, Framasoft participe à l’animation d’ateliers d’écriture solarpunk à l’Université de Technologie de Compiègne pour imaginer un monde #low-tech en 2042 autour de la future UPLOAD de Compiègne. L’action se déroule sur le territoire de … Lire la suite­­

    #Communs_culturels #Enjeux_du_numérique #atelier #communs #écriture #étudiant⋅es #fiction #manifeste #SF #StéphaneCrozat #Universite #UTC

  • Les enseignements des #municipales en Bretagne sous la loupe de « Splann ! »
    https://splann.org/muncipales-bretagne-enseignements

    Dans un contexte national de raidissement sécuritaire, les questions de santé et d’environnement sont passées à l’arrière-plan d’un scrutin municipal fortement marqué par l’abstention. En Bretagne comme ailleurs, la droite tire son épingle du jeu, même si son électorat se montre de plus en plus poreux au discours du RN. L’article Les enseignements des municipales en Bretagne sous la loupe de « Splann ! » est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Démocratie_locale #auray #blanche_le_goffic #brest #Damien_Girard #donges #écologiste #élections #élections_municipales #extrême_droite #Fougères #françois_cuillandre #hervé_guihard #Jean-Yves_Le_Drian #Johanna_Rolland #la_france_insoumise #lamballe #landunvez #lannion #les_écologistes #les_républicains #lobby_porcin #Lorient #Marcel_Sérandour #nantes #nazim_yenier #parti_socialiste #Plouvorn #pordic #Rassemblement_national #Rennes #saint_brieuc #saint-mars-du-coutais #sainte-pazanne #Stéphane_de_Sallier-Dupin #tréveneuc #Virginie_d'Orsanne

  • « Le #gouvernement #Lecornu actionne tous les leviers pour empêcher les collectivités de protéger leur eau, au risque de piétiner l’Etat de droit »

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/08/le-gouvernement-lecornu-actionne-tous-les-leviers-pour-empecher-les-collecti

    La gestion de l’eau est l’exercice politique par excellence, qui impose de se fonder sur une solide philosophie morale, de prévoir, d’arbitrer entre les intérêts, de distinguer le contingent du nécessaire. Sur cette question cruciale, le gouvernement a jusqu’à présent pris un triple parti. Avec le mérite de la transparence, il a choisi les intérêts particuliers contre le bien commun, le déni de démocratie et la navigation à vue plutôt que la planification. Et pour mener à bien tout cela, le premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est manifestement assis sur les règles du fonctionnement normal de l’Etat de droit. Le 13 mars, les représentants de l’Etat vont devoir s’en expliquer devant la commission locale de l’eau du bassin de la Vilaine et il leur faudra une certaine créativité pour répondre aux demandes d’éclaircissements qui leur seront adressées.

    Pour comprendre, il faut savoir que les commissions locales de l’eau ont été instituées par la loi du 3 janvier 1992 pour prendre les décisions de gestion de la ressource hydrique à l’échelle des bassins. Avec 11 000 kilomètres carrés, celui de la Vilaine est le plus vaste à disposer d’un tel « parlement de l’eau » miniature. Y siègent des élus locaux, des représentants de l’Etat, des membres de la société civile, des représentants des usagers (agriculture, industrie, etc.), qui débattent et élaborent le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) du bassin. En 2022, la commission locale de l’eau de la Vilaine a mis en chantier son prochain SAGE et, après plus de trois ans de travail et de délibérations, elle est parvenue, en mars 2025, à un projet de texte, adopté par 39 voix pour, 18 abstentions et aucune voix contre.

    C’est un bel exemple de ce que peut produire la démocratie locale. D’autant que ce projet de SAGE contient une disposition inédite : l’interdiction d’usage de certains pesticides sur le maïs, près des captages d’eau potable les plus sensibles. Inédite, la disposition n’en est pas moins très timide, assortie de surcroît d’un accompagnement financier pour les exploitants qui seraient lésés. Au sein de la commission locale de l’eau, aucun représentant des chambres d’agriculture ou des exploitants agricoles n’a voté contre la mesure. Le caractère local des délibérations a certainement joué un rôle : dans une assemblée de voisins, il est compliqué de soutenir que vous souhaitez continuer à contaminer l’eau que chacun ira boire de retour chez lui, à la fin de la réunion.

    Lutter contre les pollutions grâce aux vertus de la démocratie locale ? Mis sous haute pression par le principal syndicat national d’exploitants agricoles, Matignon n’allait pas laisser une telle chose arriver. Le 13 janvier, M. Lecornu annonçait « un moratoire sur toutes les décisions relatives aux questions de la politique de l’eau », entravant ainsi l’adoption formelle du SAGE. C’est le seul objectif de ce « moratoire » : éviter un précédent, qui verrait #collectivités et acteurs d’un territoire s’organiser pour #protéger leur eau potable, et #pallier la #carence de l’#Etat en la matière.

    Fébrilité
    Dans une lettre adressée fin janvier au premier ministre, le président de la commission locale de l’eau de la Vilaine, Michel Demolder, a tenté d’expliquer que le contexte était celui d’une « contamination quasi généralisée des eaux superficielles et souterraines par les produits phytosanitaires et leurs métabolites sur l’ensemble des 11 000 kilomètres carrés du bassin-versant de la Vilaine », dans un territoire où « certaines usines de traitement de l’eau potable risquent d’arriver à saturation sur les capacités de traitement des pesticides ». Seules 7 % des masses d’eau du bassin sont en « bon état écologique ». Mais rien n’y fait. Les desiderata de l’agro-industrie priment sur tout le reste. Le gouvernement et le parti présidentiel ont le mérite de la constance : le 12 février, à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à protéger les captages d’eau potable des pesticides à l’échelle nationale a été torpillée par les tirs croisés des droites, avec la collaboration du bloc central.

    La fébrilité de Matignon se lit aussi à des questions de forme. L’annonce du fameux « moratoire » a été faite sur X et Facebook et n’a eu, à notre connaissance, aucune traduction sous la forme d’un acte administratif ou juridique – instruction, circulaire ou autre. Interrogé sur ce point, le cabinet de M. Lecornu n’a pas répondu. Le cadrage du moratoire annoncé est d’ailleurs si vague qu’il a donné lieu à des lectures différentes dans les services de l’Etat, au point que la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, a dû faire dans les jours suivants une mise au point aux préfets sur le périmètre de son application.

    Entraver le fonctionnement d’instances démocratiques instituées par la loi au moyen de tweets qui, n’ayant aucune existence administrative, ne peuvent être contestés en justice : on est là aux confins d’une pratique autoritaire du pouvoir. Au risque de piétiner l’Etat de droit, le gouvernement de M. Lecornu actionne ainsi tous les leviers pour empêcher les collectivités de protéger leur eau – ce que les inspections générales de trois ministères (santé, écologie et agriculture) ont pourtant enjoint aux pouvoirs publics de mettre d’urgence en chantier dans leur rapport de novembre 2024. Une situation proprement extraordinaire qui ne suscite guère que l’indifférence des médias audiovisuels et des intervieweurs politiques – un signe supplémentaire du délabrement de la conversation publique.

    Mais il n’est pas interdit d’en rire. Dans son tweet, M. Lecornu claironnait que « la souveraineté agricole ne [pouvait] pas n’être qu’un slogan » : un chef de gouvernement qui en appelle à la « souveraineté » en annonçant ses directives aux services de l’Etat sur les réseaux sociaux d’Elon Musk et de Mark Zuckerberg, voilà qui ne manque pas de sel.

    #Stephane_foucart

  • #Stephen_Miller : l’homme qui traduit les pulsions pyromanes de Trump en politiques
    https://www.les-crises.fr/stephen-miller-l-homme-qui-traduit-les-pulsions-pyromanes-de-trump-en-pol

    Stephen Miller organise ses conférences téléphoniques à 10 heures tous les matins, même le samedi, pas tant comme un conseiller gouvernemental que comme un général de temps de guerre. Il est la voie dominantes dans les débats, jouant le rôle d’intimidateur, d’inquisiteur et de tyran. Il n’accepte aucune excuse et ne tolère aucune dissidence. Le […]

    #Politique #Donald_Trump #OSA #Politique,_Donald_Trump,_OSA,_Stephen_Miller

  • #agriculture française, #Union_Européenne, #Mercosur : la colère paysanne gronde
    https://lvsl.fr/agriculture-francaise-union-europeenne-mercosur-la-colere-paysanne-gronde

    Abattages massifs, accords du Mercosur, fonctionnement du marché unique européen : le monde paysan fait aujourd’hui face à des difficultés structurelles qui fragilisent les exploitations et accentuent la pression économique sur les agriculteurs. Le Vent se lève revient sur les mobilisations en cours et la répression qui s’exerce à l’encontre des paysans engagés dans la défense de leur activité, avec #Stéphane_Galais, agriculteur et porte-parole de la Confédération paysanne, et Aurélie Trouvé, députée du groupe La France insoumise, ingénieure agronome et membre de la commission des affaires économiques.

    #Société #Aurélie_Trouvé #libre-échange #UE

  • [Sans pincettes] Budget de la Sécurité sociale 2026 : « L’argument de la responsabilisation des patients est un leurre », des médecins.

    Alors que sont célébrés les 80 ans de la création de la Sécurité sociale et qu’est discuté, au Parlement, le #PLFSS pour 2026, la ministre de la #santé, Stéphanie Rist, déclarait, le 22 octobre dans Le Figaro : « Il faut rappeler que le tout gratuit dans la santé est une illusion. » Ces propos reprennent l’argument des opposants à la Sécu, selon lequel ce modèle déresponsabiliserait les patients. Il est choquant d’entendre la ministre de la Santé, elle-même médecin, reprendre cet argument fallacieux.

    En réalité, les patients paient quatre fois leurs #soins. Une première fois par la contribution sociale généralisée et la contribution au remboursement de la dette sociale, soustraites automatiquement tous les mois de leur salaire brut. Une deuxième fois par la cotisation volontaire, mais quasi obligatoire, à une mutuelle ou à une assurance privée. Le montant de la cotisation à cette complémentaire santé augmente avec l’âge et avec le niveau de couverture choisie, contrairement au principe d’égalité de la Sécu. Une troisième fois par la taxe sur la valeur ajoutée (#TVA), qui représente aujourd’hui plus de 20 % des recettes de l’assurance-maladie obligatoire, en compensation des exonérations et des diminutions de cotisations patronales décidées par les gouvernements successifs au nom de la défense de l’emploi. La TVA, à l’opposé du principe de solidarité de la Sécu, impacte davantage les personnes ayant de faibles revenus que celles qui bénéficient de hauts revenus. C’est la solidarité à l’envers, du bas vers le haut.

    Enfin, les patients paient une quatrième fois pour les #dépassements_d’honoraires des #médecins_spécialistes, qui peuvent représenter le quadruple, voire le quintuple, du tarif conventionnel remboursé par la #Sécu. Ces dépassements, très variables d’un spécialiste à l’autre pour une même prestation, ne sont régulés ni par la loi ni par le conseil de l’ordre des médecins, pourtant censé faire respecter « le tact et la mesure ». Ils augmentent en moyenne de 5,5 % par an et atteignaient 4,5 milliards d’euros en 2024 Finalement le #reste_à_charge que les assurés paient de leur poche est en moyenne 430 euros par an et de 780 euros pour les personnes prises en charge à 100 % du tarif réglementé au titre des affections de longue durée (#ALD). Ce reste à charge peut dépasser 4 900 euros par an pour 1 % des patients en ALD.

    Accroissement assumé des inégalités

    En réalité, la ministre veut doubler les #franchises et #forfaits, en passant d’un maximum cumulé de 100 à 200 euros par an. « Je n’ai pas l’impression de commettre un crime », avait déclaré le président Macron lors de la conférence de presse du 16 janvier 2024, annonçant déjà un doublement des franchises. Pas un crime, en effet, mais un accroissement assumé des #inégalités_sociales_de_santé qui retardent les prises en charge médicales des patients ayant de faibles revenus et coûtent finalement plus cher que l’économie visée de 2,3 milliards d’euros. L’argument de la responsabilisation des patients est un leurre : ce ne sont pas les #malades qui prescrivent les médicaments, les examens de biologie ou de radiologie, les arrêts de travail ou les bons de transport, mais les médecins. Par définition, la responsabilisation des patients ne peut pas concerner la prescription des #médecins mais seulement l’observance des traitements et des rendez-vous – ce qu’a dû observer la docteure Rist dans sa pratique antérieure de rhumatologue.

    Elle prétend par ailleurs s’attaquer à la « rente », c’est-à-dire aux tarifs très supérieurs aux coûts réels du service rendu. Le PLFSS en discussion vise la radiologie, la radiothérapie, la dialyse rénale et la biologie, mais ne s’attaque ni à #Big_Pharma ni aux chaînes de #cliniques commerciales internationales financiarisées, dont les actionnaires reçoivent des dividendes payés par la Sécu. Elle ne dit rien non plus de la spécificité française d’un double financement pour le même soin, à la fois par l’assurance-maladie obligatoire et par les #assurances complémentaires, en concurrence sur le marché. Si bien que, en matière de frais de gestion du système de santé, la France dépense le double de la moyenne des pays de l’OCDE, 6.9 milliards pour la Sécu et 8.7 milliards pour les complémentaires. Selon les calculs du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie, la fusion des complémentaires dans la Sécu permettrait d’économiser plus de 5 milliards par an.

    La santé n’est gratuite pour personne. Alors que le reste à charge des patients augmente, conduisant à des renoncements aux soins, et que les cotisations aux complémentaires ne cessent de croître, pourquoi préserver cette rente ?

    Mady Denantes est médecin généraliste ; Anne Gervais est hépatologue ; André Grimaldi est diabétologue ; Olivier Milleron est cardiologue.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/29/budget-de-la-securite-sociale-2026-l-argument-de-la-responsabilisation-des-p

    #solidarité_à_l’envers #financiarisation #accès_aux_soins #retard_de_prise_en_charge_médicales #renoncements_aux_soins

  • Cinq ans de #Covid : toujours les mêmes guignols, toujours les mêmes #erreurs

    Christian Lehmann est médecin et écrivain. Pour « Libération », il tient la chronique d’une société touchée par les #crises_sanitaires. Aujourd’hui, il fait le point sur le « retour » du Covid, qui a pourtant toujours été là…

    J’avais autant envie d’écrire un point d’étape sur la situation Covid actuellement qu’un collègue du service politique aurait envie de dérouler le curriculum vitæ d’un ministre éphémère sous Lecornu 1, 2, 3, ou trouzemille vingt-douze. Parce que depuis cinq ans et demi, j’ai utilisé toutes les métaphores, toutes les analogies, les rappels du Jour sans fin avec Bill Murray, qui collent aussi bien à la situation pandémique que politique aujourd’hui : c’est chiant, répétitif, déprimant, et ça ne va jamais dans le bon sens.

    Et puis ce matin en entrant dans un petit supermarché, j’ai vu l’homme âgé devant moi appuyer sur le distributeur de soluté hydroalcoolique avant de s’engouffrer entre les rayons, et je me suis dit qu’hélas, puisque rien n’a changé, il n’est peut-être pas inutile, au vu de l’accumulation de conseils ridicules et d’affirmations fausses, d’écrire ce point de situation.
    Le Covid ne revient pas. Il a toujours été là, simplement tout est fait pour qu’on n’y pense plus, qu’on n’en parle pas, qu’on ne le voie pas. On n’en parle pas dans la majorité des médias parce qu’une catastrophe à la fois, ça suffit, et gérer « en même temps » la propagation de Sars-CoV 2 et l’hubris macroniste hors-sol, ça fait un peu beaucoup. Le Covid est toujours là, donc, la #vague actuelle a démarré avant l’été, s’est poursuivie tranquillement, les gens se sont réinfectés régulièrement à la rentrée en se retrouvant sans protection contre la transmission aéroportée dans les #transports, les #lieux_publics, au #travail, à l’#école.

    Nous avons tous autour de nous des gens malades, des gens qui toussent, des collègues en arrêt court (ce que Marguerite Cazeneuve, directrice déléguée de l’assurance maladie, appelle de l’absentéisme). Malgré l’absence de politique cohérente de #tests, qui permettrait de suivre la remontée des #contaminations, on dispose de quelques éléments objectifs, les déclarations de clusters en milieu hospitalier ou en Ehpad, où pour des raisons évidentes de sécurité on continue quand même à tester en cas de vague de contamination, ainsi que la surveillance de la présence virale dans les eaux usées, en montée dans de très nombreuses régions depuis des semaines.

    Les mêmes guignols de plateau, plus rarement invités, viennent répéter le mantra qu’ils assènent depuis cinq ans, qu’il y a bon espoir que le Covid devienne maintenant une pathologie respiratoire hivernale, alors que les vagues se sont succédé chaque année sans s’en tenir à cette injonction. Quelques pédiatres influenceurs aussi nuls que leurs aînés innovent en expliquant qu’il est normal que les contaminations remontent, puisque le Covid est une maladie respiratoire hivernale, et que… l’hiver commence à la rentrée, apparemment.

    Des #autotests pas très fiables

    En attendant, les études s’accumulent sur les conséquences du #Covid_long (heureusement statistiquement assez rare) chez les enfants, et le risque grandissant au fil des #réinfections, que rien n’est fait pour éviter, les promesses de Macron sur l’amélioration de la #qualité_de_l’air étant là comme ailleurs restées lettre morte.

    Les pharmacies voient affluer les patients à la recherche d’#autotests_antigéniques. Et c’est effectivement pour les personnes tombant malades avec de la fièvre, des symptômes ORL pseudo-grippaux, l’un des seuls moyens d’essayer de savoir si elles ont été contaminées par le Covid. Avec deux chances sur trois, si c’est le cas… d’obtenir cependant un résultat faussement négatif. Rappelons donc que les autotests, ainsi que les #tests_antigéniques de pharmacie, qui donnent un résultat rapide en quelques minutes, et furent très utiles en 2021 et 2022, ont depuis 2023 nettement diminué d’intérêt, puisque les variations du génome viral ont sérieusement entamé leur fiabilité, et qu’aujourd’hui ils passent à côté de deux infections Covid sur trois… ce qui a pour conséquence de faire croire à des patients infectés qu’ils n’ont pas le Covid, de ne pas s’arrêter, et de risquer donc de déclencher un Covid long (beaucoup plus fréquent en cas de persistance de l’activité physique et intellectuelle pendant la phase aiguë), et de contaminer leurs collègues.

    Seule la #PCR donne un résultat fiable. Le recul grandissant de l’accès aux soins rend difficile de voir un généraliste rapidement, alors que le seul moyen d’obtenir le remboursement d’une PCR en laboratoire d’analyses (qui sur le plan pratique nécessite le même écouvillonnage nasal que le test antigénique) est de disposer d’une #ordonnance. Ce recul dans le dépistage du Covid est dû entre autres à la nouvelle ministre de la Santé, #Stéphanie_Rist, qui en novembre 2024 avait fait voter l’Assemblée afin que ne soient plus remboursés les tests PCR sans ordonnance, comme quoi les gouvernements macronistes savent rendre hommage aux plus méritants.

    Faites-vous arrêter si vous êtes malade

    Reste la « #campagne_vaccinale », qui va démarrer ce 14 octobre, et qui permet d’accéder au #vaccin antigrippal et à un rappel de vaccin Covid. L’un et l’autre sont accessibles à toute personne qui le demande, quel que soit son âge, son état de santé, mais le vaccin antigrippal n’est remboursé à 100 % qu’après 65 ans, ou en cas de grossesse, ou en cas d’affection longue durée, et à 65 % pour les enfants entre 2 et 17 ans. Le rappel Covid est pris en charge à 100 %.

    La #pandémie est toujours là. La #transmission ne se fait pas par les mains, mais par #voie_aérienne, par #aérosolisation. Si vous désirez vous protéger, portez un #masque_FFP2 dans les transports, les lieux confinés. Aérez fréquemment les pièces où vous vous trouvez. En cas de symptômes ORL ou digestifs, tâchez d’obtenir une ordonnance de PCR, soit en consultation avec un généraliste, soit en téléconsultation. Faites-vous arrêter si vous êtes malade, c’est à ça que servait, entre autres, la Sécurité sociale, avant d’être mise entre les mains de cost killers hors sol. Bonne chance, winter is coming, et on est toujours gouvernés par les mêmes pointures.

    https://www.liberation.fr/societe/sante/cinq-ans-de-covid-toujours-les-memes-guignols-toujours-les-memes-erreurs-
    #arrêt_maladie

    • Ma réponse à Christian Lehmann, sur FB  :

      Je te l’ai dit que pendant mon hospi cet été dans un service très bien en dehors du syndrome généralisé du « pifalair », je n’ai pas réussi à obtenir un PCR avant de rentrer chez moi (et possiblement contaminer ma famille) ? Ils ont commencé par dire oui… et se sont pointés avec un TAG pris dans les vieux stocks. Je leur signale que c’est à peu près aussi efficace que de pisser dans un violon (j’avais la stat de 60% de faux négatifs, ce qui est quand même un énorme trou dans la raquette) et que c’est pour cela que j’avais spécifié un PCR. Mais bon, je suis une « petite bonne femme », donc on peut me berner facilement.
      Le chir (qui a fait un boulot génial par ailleurs… en dehors de ce moment précis) vient me sermonner en me précisant qu’il ne voit pas pourquoi je fais chier tout le monde alors que VISIBLEMENT, personne n’est malade dans son service (en dehors de la suspicion de covid avec laquelle j’avais passé la nuit aux urgences et qui avait été rassurée par… un TAG sorti du vieux stock !). Le fait qu’on avait établi le taux d’asymptos à 70% n’a pas eu l’air de l’émouvoir : « s’il y a pas de symptômes, il n’y a pas transmission ».
      C’est fou comme ce gus totalement compétent par ailleurs s’est crétinisé autour de l’unique question du covid, agacé que je ne lâche pas l’affaire.
      Je demande une ordonnance pour aller passer le test en ville en sortant : nouveau refus, parce qu’il est de sa « responsabilité de ne pas creuser le trou de Sécu ».
      J’ai arrêté le festival de mauvaise foi là et j’ai donc payé un PCR de ma poche en sortant.
      Pourquoi tous ces gens consciencieux, bienveillants, compétents et intelligents se sont mis à débiter de la merde en barre quand j’ai parlé covid ?

  • Taxe Zucman : la fausse audace qui cache une vraie capitulation
    https://frustrationmagazine.fr/taxe-zucman

    Il fallait s’y attendre. Le 18 septembre, le cortège parisien était constellé de pancartes, brandies fièrement par toutes sortes de manifestants : militants chevronnés, jeunes participant à l’une de leurs premières manifestations, etc. « Génération Zucman », « Taxer les riches », ou même « Taxer les ultra-riches » (et pourquoi pas les ultra-méga-milliardaires, tant […]

    #Économie

    • à on humble avis, plein de maladresses dans ce (médiocre) papier.

      « Vu la faiblesse du #taux proposé » —> un taux qui s’applique à un patrimoine, donc sur quelle base cette critique (vague, on peut toujours aller plus loin, en quoi cela remet-il en cause le mécanisme) se fonde ?

      « Sans doute plus fun qu’un rétablissement de l’ISF, car portée par l’attrait de la nouveauté... » tous les politiques de droites se mettent à regretter l’ISF... Cette phrase à peu près de ce niveau, l’objet de cette taxe est JUSTEMENT de pallier aux pb du type ISF qui facilitent l’évasion...

      On sent la (très) faible maîtrise du sujet

      Ok, l’édito du monde est encore pire : https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/22/avec-la-taxe-zucman-la-france-est-empetree-dans-un-debat-hysterise-melant-mo
      #stephan_Lauer y étale son inculture,

      « L’appliquer telle quelle à l’échelon national est un risque que la France ne peut pas se permettre au regard de ses fragilités. » ça a le mérite de poser son point de vue

      « travail qui reste académique », vlà la vision de la recherche !

      Bref, pourquoi ne pas s’abstenir de communiquer sur un sujet avant de le maîtriser, pour éviter de brouiller (pourrir) un débat plutôt intéressant !

    • la #capitulation, qui est probablement un constat fort juste de l’état des prélèvements obligatoires, n’est définitivement pas à chercher dans l’élaboration de cet outil... (dont le taux est un paramètre, qui n’est en rien gravé ds le marbre, surtout pas pour son auteur, qui à mon avis l’a calibré très finement pour arbitrer les critiques et les soutiens, mais aussi les effets induits, et on peut discuter de ce calibrage !)

  • #Glyphosate et #cancer : un cas d’école de la « fabrique du doute »
    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/06/27/glyphosate-et-cancer-un-cas-d-ecole-de-la-fabrique-du-doute_6616084_4355770.

    Glyphosate et cancer : un cas d’école de la « fabrique du doute »
    Une récente étude confirmant le potentiel cancérogène de l’herbicide a fait l’objet de virulentes critiques. Mais elles reposent sur des bases #scientifiques erronées.

    Par #Stéphane_Foucart

    La publication récente d’une étude indiquant une élévation du risque de différentes tumeurs sur des rats de laboratoire exposés à du glyphosate a suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux et dans la presse, visant à relativiser ou dénigrer ces travaux. Ces résultats, publiés le 10 juin dans la revue Environmental Health, ne font pourtant que confirmer les conclusions du Centre international de recherche sur le cancer (#CIRC), qui estimait en 2015 que les études disponibles à l’époque offraient des « preuves suffisantes » de #cancérogénicité du glyphosate chez l’animal.

    Les attaques contre cette étude pilotée par l’Institut Ramazzini de Bologne (Italie) offrent un éventail exemplaire des tours de passe-passe de la « fabrique du doute », cette rhétorique visant à miner la confiance dans les résultats scientifiques, souvent utilisée dans le but de retarder ou de combattre des décisions réglementaires.

    « La revue est inconnue, l’étude est donc bancale »
    Eric Billy, un chercheur en immuno-oncologie, a fait partie des critiques les plus virulents contre l’étude de l’Institut Ramazzini, qu’il juge « bancale ». Dans une série de messages publiés le 14 juin sur ses comptes X et Bluesky, qui a bénéficié de nombreux relais, ce salarié de la firme pharmaceutique Novartis a d’abord accusé ses auteurs d’avoir « choisi un journal plus indulgent pour éviter des critiques », expliquant qu’il se serait plutôt attendu à lire cet article dans les revues « Nature, Science ou Cell », gages selon lui de plus grande qualité.

    POURQUOI C’EST PEU PERTINENT
    Environmental Health, publiée par le groupe SpringerNature, compte en réalité au nombre des revues les plus influentes de son domaine. Son taux de citation la situe au 32ᵉ rang des 687 journaux indexés couvrant les champs de la santé publique, la santé environnementale ou la santé au travail, selon le classement 2024 de l’éditeur scientifique Elsevier.

    Les journaux prestigieux comme Nature ou Science ne publient généralement pas de tests comme celui piloté par l’Institut Ramazzini. « Un certain nombre d’études de toxicité fiables et de grande qualité, comme celle que vous nous partagez, sont publiées dans des revues spécialisées, explique Meagan Phelan, porte-parole des publications éditées sous la bannière de la revue Science. Bien qu’il s’agisse d’éléments essentiels de l’évaluation des substances, ces tests ne sont pas considérés comme des avancées conceptuelles et, à ce titre, Science ne les publie généralement pas. »

    « Les animaux exposés vivent aussi longtemps que les autres »
    L’étude du Ramazzini ne met pas en évidence de différence significative de mortalité entre les rats exposés au glyphosate et les rats témoins, non exposés. Cet élément est mis en avant par M. Billy afin de relativiser les conclusions de l’étude. Et il fait mouche : on le retrouve plus tard dans Le Figaro, qui y voit le « premier enseignement » de ces travaux.

    POURQUOI C’EST PLUS COMPLIQUÉ
    Le fait que l’étude ne fasse pas apparaître de différences significatives des taux de survie entre les deux groupes n’est pas présenté par les chercheurs du Ramazzini comme un résultat en soi. Leur protocole est en effet conçu pour détecter le potentiel cancérogène d’un produit, pas son effet sur la survie des animaux : ceux-ci sont tous sacrifiés aux deux tiers de leur vie, à l’âge de 104 semaines. Or, on comprend aisément que si des humains fumeurs étaient comparés à des non-fumeurs, les différences de mortalité seraient minces si tous les individus étaient euthanasiés à l’âge de 50 ans.

    En réalité, l’absence de différence de mortalité entre les groupes d’animaux sur la durée du test est surtout un gage de la qualité de l’étude, pour des raisons statistiques. Un animal mort prématurément aura été exposé moins longtemps à la substance testée, et la probabilité que des tumeurs se développent dans son groupe en sera ainsi diminuée. Son poids statistique dans l’analyse sera ainsi différent. Un taux de survie élevé dans chaque groupe, traité et témoin, est garant du « maintien de la puissance statistique » de l’expérience, selon les guides de bonnes pratiques en toxicologie (conservés par l’OCDE).

    « La souche de rongeurs choisie n’est pas appropriée »
    Plusieurs commentateurs ont par ailleurs critiqué le choix par les chercheurs de l’Institut Ramazzini de la souche de rats dite « Sprague-Dawley ». Eric Billy fait ainsi valoir que le recours à ce type de rats « a déjà été fortement critiqu[é] par la communauté scientifique en raison d’une fréquence anormalement élevée de lésions tumorales spontanées comparé à d’autres souches de rongeurs », en rappelant que cette souche avait été utilisée par Gilles-Eric Séralini dans sa fameuse étude controversée sur les OGM.

    POURQUOI C’EST INEXACT
    En réalité, les taux élevés de tumeurs spontanées observés sur la souche « Sprague-Dawley » ne concernent que certains sites (tumeurs de la glande mammaire, de l’hypophyse, etc., retrouvées à des taux comparables dans les groupes traités et témoin). En outre, les chercheurs ont à leur disposition une abondante littérature pour tenir compte des particularités de cette souche.

    Non seulement la souche « Sprague-Dawley » n’est pas problématique en elle-même, mais elle est la plus utilisée. En 2024, des chercheurs ont montré que plus de 55 % des 263 études de cancérogénicité de principes actifs menés ces dernières années sur des rats ont utilisé cette souche. La cancérogénicité du Ruxolitinib, une substance médicamenteuse commercialisée par Novartis, a par exemple été testée sur cette souche.

    Quant à l’étude de M. Séralini (publiée en 2012, avant d’être rétractée, puis republiée), le choix de la souche ne comptait pas, en soi, parmi les reproches formulés. Comme l’ont résumé en 2015 les experts du CIRC, c’est l’ensemble du protocole mis en œuvre qui était critiqué.

    Un rat de laboratoire de la souche « Sprague-Dawley », développée spécialement pour les études de toxicologie en laboratoire. CC-BY-SA-2.0
    « Les doses testées ne sont pas réalistes »
    Comme plusieurs autres voix critiques, Eric Billy s’étonne des doses élevées de glyphosate auxquelles les rats ont été exposés dans le cadre de d’étude de l’Institut Ramazzini, affirmant que « même la dose la plus faible testée dépasse largement l’exposition [alimentaire] humaine réelle » et que « les deux autres doses sont donc cent et mille fois supérieures à cette exposition humaine ». Même argument et même chiffre dans Le Figaro.

    POURQUOI C’EST PEU PERTINENT
    Cet argument est fréquemment soulevé pour contester la pertinence des résultats des études animales. Or, des millions d’humains exposés pendant des décennies ne peuvent être comparés à une centaine de rats exposés pendant 24 mois. Le but de ces tests est de caractériser le potentiel cancérogène des substances, et non d’évaluer les risques courus par la population aux niveaux réels d’exposition (parfois très supérieurs à l’exposition alimentaire, pour les riverains d’exploitations, les travailleurs agricoles, etc.).

    En fait, le glyphosate est déjà associé chez les agriculteurs à une élévation du risque de certains lymphomes dans quatre méta-analyses et une étude poolée – les plus hauts niveaux de preuve en épidémiologie (ici, ici, ici, là et là). Les études animales permettent d’interpréter ces résultats, en suggérant que ces associations sont indicatrices d’un lien causal.

    Et même en prêtant foi à l’argument de « la dose trop élevée », l’objection ne tient pas la route. L’étude du Ramazzini a en effet étudié l’effet du glyphosate à des doses considérablement plus faibles que toutes les études analogues précédentes. Dans les sept études retenues par les autorités européennes lors de leur dernière évaluation de la molécule herbicide, les plus faibles doses testées étaient 12 à 420 fois plus élevées que dans l’étude du Ramazzini, et les plus fortes expositions 10 à 33 fois supérieures.

    « La voie d’exposition n’est pas adéquate »
    Dans l’étude du Ramazzini, les animaux ont été exposés au glyphosate par le biais de l’eau de boisson, et non la nourriture. M. Billy assure que c’est inadéquat, au motif que les humains sont plutôt exposés par l’alimentation.

    POURQUOI C’EST PEU PERTINENT
    Parmi les études animales sur le glyphosate soumises aux autorités sanitaires ou évaluées par le CIRC, aucune n’a été jugée irrecevable parce qu’elle avait opté pour une exposition analogue. L’eau de boisson est d’ailleurs considérée comme acceptable pour évaluer les « produits chimiques alimentaires ou environnementaux, notamment les pesticides », au même titre que le régime alimentaire, selon le guide de bonnes pratiques nᵒ 451 de l’OCDE.

    Cette fausse controverse est un argument classique. En 1953, les premiers travaux du Sloan Kettering Institute sur le potentiel cancérogène du tabac avaient consisté à observer le développement de tumeurs sur la peau rasée de rongeurs après l’avoir tartinée d’extraits de goudrons tirés de la cigarette. L’American Tobacco Company avait alors critiqué l’utilisation par les scientifiques d’une « forte concentration d’extraits de fumée – entièrement différente de la fumée qu’une personne peut tirer d’une cigarette », tout en affirmant que « tous les scientifiques s’accordent à dire qu’il n’existe aucune relation connue entre cancers de la peau chez les souris et cancers du poumon chez les humains ». Comme les chercheurs du Ramazzini, ceux du Sloan Kettering Institute ne cherchaient pas à mimer exactement l’exposition humaine à l’agent testé (personne ne se tartine de goudrons de cigarette), mais à tester son potentiel cancérogène.

    « Le nombre d’animaux est insuffisant »
    Dans son fil critique, Eric Billy se livre à un calcul estimant que, pour atteindre une plus grande robustesse statistique, les chercheurs du Ramazzini auraient dû utiliser au moins trois fois plus de rats, soit 160 à 220 individus par groupe.

    POURQUOI C’EST INEXACT
    De telles exigences sont fantaisistes. Aucune étude de toxicité chronique ou de cancérogénicité du glyphosate conduite sur des rats n’a jamais enrôlé autant d’individus. Toutes les études analogues à celles du Ramazzini comportent environ 50 rats par groupe. Et pour cause, c’est le seuil recommandé par le document-guide de l’OCDE.

    « Dans le cas présent, il est complètement ridicule d’exiger plus d’animaux par groupe », appuie le biostatisticien américain Christopher Portier, ancien directeur du National Toxicology Program américain, dont les travaux font autorité sur le sujet. Selon ce spécialiste, expert-témoin de plaignants dans plusieurs procès en cours aux Etats-Unis, les chercheurs du Ramazzini « sont parvenus à mettre en évidence une tendance statistiquement significative à l’augmentation de certaines tumeurs chez les animaux traités, quand bien même ils ne sont que 50 par groupe. Pourquoi faudrait-il refaire l’expérience avec plus d’animaux, pour avoir plus de puissance statistique ? »

    En réalité, c’est lorsqu’on ne trouve pas d’#effet_statistiquement_significatif qu’il est possible d’objecter que le nombre d’animaux est trop faible, et qu’il peut être utile d’augmenter la puissance statistique. « Le seul inconvénient d’avoir 50 rats par groupe et non 160 ou 220, c’est de “rater” un effet, certainement pas de voir un effet qui n’existe pas », conclut M. Portier.

    Cet article a bénéficié d’échanges avec les chercheurs de l’Institut Ramazzini et de la relecture critique de trois chercheurs (Inrae et Inserm), associés à des travaux de toxicologie impliquant des études animales.

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    Qu’est-ce que la « #fabrique_du_doute » ?
    Comme l’ont montré les historiens des sciences Naomi Oreskes (université Harvard) et Erik Conway (NASA) dans un livre de référence (Les Marchands de doute, 2012), la « fabrique du doute » a été mise au point dans les années 1950 par les industriels du tabac, afin de nier ou relativiser les effets de la cigarette.

    Cette rhétorique retourne la science contre elle-même, en dévoyant les instruments intellectuels au coeur de la démarche des scientifiques (doute méthodique, exigence de rigueur, méfiance devant les affirmations perçues comme spectaculaires, etc.). Elle est ainsi très efficace sur les membres des communautés scientifiques et médicales qui ne travaillent pas directement sur les sujets visés, de même que sur les publics attachés à la rationalité et la défense des valeurs de la science, ou encore des journalistes qui reprennent parfois sans recul de tels arguments mis en circulation.

    Technique de propagande très efficace, la « fabrique du doute » nécessite parfois de longs développements pour être démasquée, d’autant qu’elle mêle parfois des critiques légitimes à d’autres, fondées sur des contre-vérités, des contre-sens ou des considérations simplement erronées. Elle constitue une boîte à outils constamment utilisée depuis des décennies par une diversité de secteurs industriels désireux de protéger leurs activités de toute régulation sanitaire ou environnementale.

  • #Atlas, le réseau qui pave la voie à l’#extrême_droite

    L’enquête d’Anne-Sophie Simpere pour l’Observatoire des Multinationales révèle comment le #réseau_Atlas, une alliance internationale de think tanks ultraconservateurs, déploie en #France des stratégies pour influencer le débat public et faire basculer le climat des idées.

    Vous les entendez partout  : l’État coûte trop cher, l’écologie va trop loin, les “assisté·es” sont trop nombreux, les libertés sont menacées par la justice sociale… Ces discours, devenus familiers, façonnent l’air du temps. Et pourtant, on peine à comprendre comment ces idées, autrefois marginales, ont gagné autant de terrain. Et si ce n’était pas un hasard mais le fruit d’une stratégie délibéré d’acteurs clairement identifiés ? L’année dernière, la journaliste Anne-Sophie Simpere a publié pour l’Observatoire des multinationales un rapport très éclairant sur le réseau Atlas, une galaxie de think tanks ultraconservateurs bien décidée à déplacer (à droite toute) le centre de gravité des idées. Un an après, on s’est penché sur ce que ce travail a permis, provoqué ou révélé.

    Le réseau Atlas, la France et l’extrême-droitisation des esprits

    En mai 2024, Anne-Sophie Simpere publie le rapport Le réseau Atlas, la France et l’extrême-droitisation des esprits pour l’Observatoire des multinationales. Elle y documente l’influence du réseau Atlas, un consortium fondé aux États-Unis dans les années 1980, qui fédère aujourd’hui plus de 500 think tanks dans le monde, avec pour objectif assumé de transformer le climat idéologique.

    En France, cinq structures sont identifiées comme partenaires  : l’Ifrap, Contribuables associés, l’Institut économique Molinari, l’IREF (Institut de recherche économique et fiscal) et l’Institut de formation politique. Ces organisations diffusent des idées libertariennes et conservatrices, notamment sur la fiscalité, les services publics, l’écologie ou les droits sociaux.

    Ce rapport de plus de 80 pages détaille les stratégies déployées par le réseau pour influencer les débats publics  : formations de cadres politiques, production de tribunes « prêtes à publier », campagnes coordonnées sur les réseaux sociaux, ou encore influence dans les médias et auprès d’élus. On y découvre aussi les liens internationaux de ces structures, leurs sources d’inspiration américaines, et les outils de lobbying qu’elles mobilisent à l’échelle européenne.

    Si vous souhaitez comprendre comment certaines idées s’installent dans le paysage médiatique et politique sans faire de bruit, ce rapport est une mine d’or. Plongez-y : vous y trouverez des faits, des noms, des méthodes et sans doute de nouvelles questions à poser.

    https://rembobine.info/atlas-reseau-voie-extreme-droite
    #think_tank

    • La méthode Atlas

      Comment fonctionne le réseau Atlas pour changer le « climat des idées », imposer ses thèmes et sa vision du monde ? Extrait de notre #rapport Le réseau Atlas, la France et l’extrême-droitisation des esprits.

      Le réseau Atlas ne se contente pas d’un soutien financier à ses partenaires (et certains n’ont d’ailleurs pas touché de bourse de la part du réseau). Il les met en relations avec d’autres financeurs. Il propose des programmes d’accompagnement et de « #consulting » pour aider ses organisations partenaires à se développer, à devenir financièrement stables et à convaincre différents publics. Il organise des séminaires, ateliers, mentorats et formations au niveau international, pour renforcer les capacités des groupes adhérents, mais aussi pour créer un sentiment de solidarité et d’appartenance à une communauté. La professionnalisation des partenaires, l’échange de bonnes pratiques et le rôle de coordination et de mise en relation joué par Atlas, sont présentés comme cruciaux pour garantir des résultats [1]. Sous la devise « coach, compete, celebrate » (« coacher, concourir, célébrer »), le réseau Atlas entend « remporter les batailles politiques à long terme qui façonneront l’histoire » grâce à des « individus qui défendent la liberté et créent des instituts crédibles » [2].

      Sur son site internet, les objectifs affichés sont séduisants : accroître la prospérité, promouvoir la liberté individuelle, supprimer les obstacles à l’épanouissement humain... Sauf qu’en réalité, le réseau regroupe une myriade d’organisations conservatrices, climato-sceptiques et au service des intérêts des plus riches. S’opposer à toute solidarité collective, aux syndicats, ou encore aux réglementations qui protègent l’environnement et la santé va à l’encontre des intérêts de la majorité, et parfois aussi, comme sur le tabac ou le réchauffement climatique, à l’encontre du consensus scientifique. Par nature, donc, le projet libertarien n’est pas populaire. Dans bien des cas, les partenaires d’Atlas s’en prennent à des sujets qui font consensus dans la société. Leur mission est de trouver les moyens, malgré cela, de convaincre les décideurs et l’opinion du bien-fondé de leurs positions. Charles Koch l’aurait expliqué à des bénéficiaires de subventions en ces termes : « Puisque nous sommes largement minoritaires, si nous n’utilisons pas notre supériorité technique c’est l’échec garanti [3]. »

      Chambre d’écho et fenêtre d’Overton

      En quoi consiste donc cette « supériorité technique » ? Plusieurs méthodes sont mises en œuvre, testées et enseignées par le réseau et ses membres. Atlas valorise la diversité des stratégies, tant qu’elles sont dirigées vers les mêmes objectifs [4]. Certains privilégieront le lobbying direct, par des rendez-vous avec les décideurs ou des notes à leur intention. D’autres cibleront des influenceurs, ou un public plus large. Il s’agira dans certains cas d’influencer un processus politique précis, dans d’autres de changer les perceptions à un niveau plus général. Certains membres d’Atlas, enfin, se consacrent à identifier des « talents » et futurs leaders qui pourront ensuite diffuser leurs idées dans les médias ou des institutions politiques. Toutes ces stratégies sont complémentaires. Selon les termes de Brad Lips, « une chorale, après tout, aura toujours plus de voix qu’un soliste ». La multiplication des structures qui portent un message similaire va contribuer à créer une « chambre d’écho » pouvant donner l’impression qu’un grand nombre de personnes soutient une mesure, alors même qu’il s’agit d’un petit groupe lié au réseau libertarien. On retrouve cette diversité de rôles dans la nébuleuse libertarienne en France.

      Dans cette « chorale », une grande partie des membres produisent des analyses et rapports visant des cibles politiques ou médiatiques. Celles ci vont servir à alimenter le débat public sur un sujet, focaliser l’attention sur un thème, semer le doute sur un enjeu scientifique, et souvent repousser les limites de ce qui est acceptable dans l’opinion. C’est le principe de la « #fenêtre_d’Overton », conceptualisé par #Joseph_Overton, lequel travaillait pour un partenaire du réseau Atlas, le think tank #Mackinak_Centre. Par exemple, donner une voix aux climato-sceptiques qui contredisent le GIEC, contribue à déplacer la fenêtre du débat public hors du consensus scientifique, pour introduire la possibilité de l’inaction climatique.

      Expertise biaisée et messages simplistes

      Comme tous les think tanks financés par de grandes entreprises [5], le réseau Atlas et ses membres restent très discrets sur leurs liens avec les milieux d’affaire et préfèrent se présenter comme neutres, indépendants et apolitiques, alors qu’ils mènent une activité d’influence intense pour changer le climat des idées et remporter des batailles politiques de long terme. Leurs rapports et analyses seront souvent produits et diffusés par des « experts » qui passent d’une organisation Atlas à une autre – avec parfois un détour par des entreprises – et qui dans bien des cas n’ont pas de qualification dans le domaine concerné. Par exemple, sur les questions liées au tabagisme et la cigarette électronique, #Jeff_Stier est l’un des experts du #Consumer_Choice_Center aux États-Unis. Il est également recommandé par le #Heartland_Institute [6], et contribue aussi aux travaux de la #Federalist_Society [7]. Stier est juriste et n’a aucune qualification en matière de santé publique. Il participe régulièrement aux forums mondiaux sur le tabac et la nicotine organisés par #Tobacco_Reporter, le média des industriels du tabac [8].

      Au Canada, #Stephen_Buffalo, chercheur à l’#Institut_MacDonald-Laurier (membre d’Atlas), est aussi PDG de l’#Indian_Resource_Council basé en Alberta. Le think tank met en avant le fait qu’il est une personnalité issue des Premières Nations. Mais il ne précise pas que, selon les informations obtenues par DeSmog, on entreprise a reçu 200 000 dollars de la société pétrolière et gazière #CNRL entre 2020 et 2022 [9], puis 250 000 dollars supplémentaires depuis 2022 [10]. Buffalo est intervenu dans les médias pour critiquer le plafonnement des émissions de gaz à effet de serre du secteur, en faisant écho à un rapport sur le sujet publié par l’Institut économique de Montréal, autre partenaire Atlas au Canada. Il s’est également insurgé contre une proposition de loi proposant d’interdire les publicités trompeuses sur les énergies fossiles au Canada.

      Pour influencer l’opinion, la présence dans les médias est bien entendu essentielle. La biographie de Stier insiste sur ce point, en le présentant comme « largement cité dans les médias et [ayant] écrit des articles d’opinion sur la politique de santé pour le Wall Street Journal, le Los Angeles Times, USA Today, le New York Post, le Washington Examiner, Foxnews.com et National Review Online. Le New York Times, l’Associated Press, Reuters, CNN, Fox News, CNBC, MSNBC, NPR et d’autres grands médias ont interviewé et cité M. Stier sur un large éventail de sujets » [11].

      Dans la perspective de créer une « chambre d’écho », la production de vidéos destinées à devenir virales est une autre tactique prônée par le réseau, qui décerne tous les ans un prix, le Lights, Camera, Liberty Film Festival Award, pour récompenser le film qui aura eu le plus d’impact « en touchant des publics importants et stratégiques, avec un message ou une narration efficace et des techniques de production et d’édition performantes » [12].

      Enfin, l’utilisation des réseaux sociaux est devenue très importante, pour faire monter un hashtag avec peu de soutiens, ou diffuser massivement des informations biaisées voire carrément fausses. L’objectif est de faire le buzz, et qu’il s’agisse d’attirer l’attention des journalistes ou des internautes, cela peut passer par la diffusion de messages simplistes, mais percutants. Plusieurs organisations vont ainsi relayer des posts sur le « jour de libération fiscale » (voir plus loin) ou encore un classement des « nanny states » (« États nounous » ou « États moralisateurs ») qui vise à dénoncer les pays qui entravent la liberté individuelle de ses citoyens en s’immisçant dans leurs choix de vie (consommation d’alcool, de tabac...). Porté en France par l’institut Molinari, il donne une apparence d’analyse objective avec un message redoutablement simple et efficace destiné à être facilement repris dans les médias et sur les réseaux sociaux. Critiquer ces indicateurs et leurs biais est un exercice plus technique, moins adapté à une communication rapide et percutante.

      Au nom des consommateurs et des contribuables

      Une autre méthode de prédilection d’Atlas et de ses membres est l’ « astroturfing », c’est-à-dire le fait de simuler un mouvement « de base » spontané, pour cacher la défense des intérêts des riches et des industriels derrière une apparence de soutien populaire. Exemple récent de ce type de pratique : la manière dont Free Trade Europa (FTA), membre bruxellois d’Atlas, prétend représenter les intérêts de travailleurs des plateformes (Uber, Deliveroo...) alors qu’il s’agit d’un think tank dirigé par un pro du lobbying européen, qui a plus de lien avec les grandes entreprises qu’avec leurs petites mains [13]. Autre organisation fondée sur le même modèle, le Consumer Choice Center (CCC), également membre du réseau, défend davantage les intérêts des entreprises qui le financent que ceux des consommateurs qu’il affirme représenter. La plateforme « Génération sans tabac » l’a épinglé pour avoir mis sur pied en 2020 la World Vapers’ Alliance (WVA) ou « alliance mondiale des vapoteurs », alors que le CCC est financé par plusieurs multinationales du tabac, dont Philip Morris et British Tobacco. Pour cette campagne, la WVA a été très active sur les réseaux sociaux, mais elle a également imaginé un « bus de la vape » qui a sillonné plusieurs pays d’Europe pour inciter les passants à écrire à leur député pour défendre le vapotage [14]. Le message passe d’autant mieux qu’il est relayé au même moment par d’autres types d’acteurs eux aussi membres d’Atlas, sous l’angle de la critique de l’interventionnisme des « États nounous ».

      La myriade de partenaires d’Atlas qui s’intitulent « associations de contribuables » est une autre illustration des pratiques d’astroturfing du réseau. Alors qu’elles s’affichent comme des groupes représentant le contribuable ordinaire, écrasé d’impôts, les fondateurs et directeurs de ces organisations sont souvent proches des milieux politiques et/ou des entreprises. Au Royaume Uni, la TaxPayer’s Alliance a été fondée par Matthew Elliott, lobbyiste qui avait déjà été administrateur d’un think tank financé par l’industrie du tabac. Il a aussi été membre et cofondateur du groupe politique des Amis conservateurs de la Russie et a travaillé pour la campagne en faveur du Brexit, tandis que sa femme est la présidente de Republicans Overseas U.K., la principale organisation soutenant Trump en Grande-Bretagne [15]. En Australie, le conseil consultatif de la TaxPayer’s Alliance nationale est composé du PDG de l’entreprise Kennard et d’un consultant financier, ancien du Crédit Suisse à Sydney et à Hong Kong. Des profils qui semblent assez éloignés des « millions d’Australiens qui mènent tranquillement leur vie et paient leurs impôts » que l’association affirme représenter. De fait, cette « association de contribuables » s’est surtout mobilisée pour défendre le libre-échange, le vapotage ou le nucléaire [16].

      Pour se réclamer d’un soutien populaire massif, plusieurs organisations du réseau Atlas recourent à des techniques de marketing direct et des pétitions racoleuses, jouant sur les inquiétudes réelles de la population. Le réseau Atlas leur permet de mutualiser les outils et les méthodes les plus efficaces dans ce domaine (voir l’article à propos de Contribuables associés en France).

      Avec ces stratégies, le réseau Atlas attend de ses membres des résultats. Il faut avoir des succès à célébrer. Le directeur Brad Lips le rappelle souvent : les bailleurs ne veulent pas que des productions, mais aussi des effets tangibles, des victoires politiques. Ceci étant dit, faire basculer l’opinion est un travail de longue haleine et le réseau s’inscrit en même temps dans une stratégie de long terme : « De nombreux partenaires du réseau Atlas se sont concentrés sur des activités éducatives axées sur le développement des talents, afin que les jeunes exposés aujourd’hui au libéralisme classique puissent occuper des postes d’autorité dans une ou deux décennies. Cela exige de la patience et de la persévérance [17]. » Des groupes comme le réseau Students for Liberty, l’organisme de formation Leadership Institute ou la Federalist Society vont ainsi former une armée de porte-paroles et de futurs leaders destinés à occuper des postes dans les médias, le gouvernement, l’administration, la Cour Suprême aux États-Unis... Après plus de quarante ans d’expérience, le réseau peut se vanter « de merveilleux exemples où la stratégie à long terme s’est avérée tout à fait pertinente » [18].

      https://multinationales.org/fr/enquetes/le-reseau-atlas-la-france-et-l-extreme-droitisation-des-esprits/la-methode-atlas
      #influence

  • La rapidité de l’#effondrement des populations d’#insectes confirmée par une expérience de science participative
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/04/30/la-rapidite-de-l-effondrement-des-populations-d-insectes-confirmee-par-une-e

    L’effondrement des arthropodes se poursuit, sans inversion de la tendance. Rendus publics mercredi 30 avril, les derniers résultats de l’étude participative « #Bugs_Matter » indiquent que la population d’insectes volants au Royaume-Uni aurait chuté de 63 % entre 2021 et 2024. Au total, les données accumulées suggèrent un effondrement de plus de 80 % en deux décennies sur le territoire britannique – des chiffres comparables à ceux produits par d’autres travaux conduits ailleurs en Europe.

    L’étude britannique est toutefois unique par son ampleur et par sa capacité à relever, année après année, l’évolution des populations d’insectes à l’échelle d’un pays, grâce au même protocole expérimental. La destruction des habitats, le réchauffement mais surtout la présence généralisée de pesticides dans tous les milieux sont en cause, selon les chercheurs interrogés par Le Monde.

    L’étude « Bugs Matter » a été conçue et mise en place par deux organisations de conservation de la nature, Buglife et Kent Wildlife Trust, grâce à l’enrôlement de milliers d’automobilistes. Ceux-ci utilisent une application et y téléchargent les photos de leur plaque d’immatriculation, avant et après avoir effectué un trajet routier, dénombrant le nombre d’impacts d’insectes. Une grande diversité d’autres données est collectée : le type de véhicule et son aérodynamisme, sa vitesse de déplacement, l’état de la météo, les zones et paysages traversés, la date et la durée du voyage, etc. Un déclin de 63 % mesuré en seulement trois années est jugé « stupéfiant » par l’écologue Vincent Bretagnolle, chercheur (CNRS) sur la Zone Atelier Plaine et Val-de-Sèvres et spécialiste des interactions entre agriculture et biodiversité.

    « Ce #déclin énorme du nombre d’impacts d’insectes sur une si brève durée est vraiment alarmant, déclare Lawrence Ball (Kent Wildlife Trust), principal auteur de ces travaux. Il est plus que probable que vous voyions les effets combinés d’une tendance de fond au déclin et d’un cycle de plus court terme, peut-être lié aux événements climatiques extrêmes de ces dernières années au Royaume-Uni. » Entre 2023 et 2024, le nombre d’impacts a globalement chuté de 8 %, à la suite de déclins plus marqués les deux années précédentes, respectivement de 44 % et 28 %. La baisse moins marquée entre les deux dernières années laisse espérer un aplatissement de la tendance, ajoute en substance M. Ball.

    « Conséquences potentiellement catastrophiques »
    De son côté, le biologiste Dave Goulson (université du Sussex), auteur de nombreux travaux sur le déclin des pollinisateurs, appelle à être « prudent » dans l’interprétation d’une série de données de seulement quatre ans. Mais il ajoute que ce fort déclin est cohérent avec les résultats d’autres études. « Le pire scénario, que nous devrions envisager très sérieusement, est que le déclin des insectes s’accélère sous l’effet combiné du dérèglement climatique, de la perte d’habitat et de l’utilisation de plus de trois millions de tonnes de pesticides [au niveau mondial] chaque année », dit-il. Un scénario aux « conséquences potentiellement catastrophiques », prévient le chercheur britannique.

    Nul rebond jusqu’à présent : d’une année à l’autre, toujours moins de bestioles percutent les calandres des automobiles. Un phénomène remarqué de longue date par les usagers de la route les plus âgés. « Il y a un ressenti populaire selon lequel il y a de moins en moins d’insectes sur les pare-brise, dit le biologiste de la conservation Vincent Devictor, chercheur (CNRS) à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier, qui n’a pas participé à ces travaux. Je trouve crucial d’avoir quantifié rigoureusement un phénomène que l’on ne peut plus balayer comme relevant d’une intuition ou d’une impression personnelle. Le protocole est standardisé, répliqué et représentatif : ce sont les trois impératifs pour conclure de manière solide. »

    « Les résultats de cette étude de science participative sont inquiétants, et reposent sur une méthodologie soigneuse », estime Marion Desquilbet, chercheuse (Inrae) à la Toulouse School of Economics, coautrice de travaux de référence sur les mesures de déclin de l’entomofaune. De même, Vincent Bretagnolle relève qu’un tel protocole, simple et validé, est « idéal » pour relever le défi du recensement de ces organismes très divers et difficiles à dénombrer dans l’environnement.

    Les impacts dénombrés sur les plaques d’immatriculation ne permettent pas de préciser les espèces qui disparaissent le plus vite, mais la méthodologie de l’étude permet de couvrir beaucoup de taxons, explique M. Devictor : « Les heures de la journée et les habitats échantillonnés sont très variables. Il ne s’agit donc pas de la fluctuation d’une ou deux espèces isolées : on parle bien d’une baisse des insectes volants qui participent à des interactions écologiques multiples. »

    Le poids de molécules #pesticides
    Les données collectées intègrent plus de 8 800 trajets effectués, totalisant plus de 380 000 kilomètres parcourus à travers toutes les régions du Royaume-Uni. Les différences d’un pays à l’autre sont relativement faibles : entre 2021 et 2024, le déclin observé est de 62 % en Angleterre, 64,2 % au Pays de Galles, ou encore 55,4 % en Irlande du Nord.

    Pour Vincent Devictor, cette homogénéité du déclin indique que le protocole capture bien le caractère systémique du phénomène. « La destruction d’habitats n’est pas en mesure d’expliquer seule ce qu’on observe sur une période de seulement quatre ans, dit le chercheur. Le changement climatique peut avoir un rôle, mais celui-ci devrait aussi conduire à favoriser certaines espèces qui tirent profit de la hausse des températures. L’ampleur du déclin fait plutôt penser à une surmortalité directe d’espèces multiples, compatible avec ce que l’on attend d’une réponse aux insecticides. »

    Dave Goulson relève que « l’année 2024 a été la pire année jamais observée au #Royaume-Uni, à la fois pour les bourdons et les papillons, avec des données qui remontent respectivement à seize ans et quarante-huit ans ».

    Constat semblable dans l’ouest de la France. « Les années 2022, 2023 et 2024 ont présenté des météos printanières tout à fait catastrophiques, avec de la sécheresse, un excédent de chaleur et de pluviométrie qui ont impacté les insectes, explique M. Bretagnolle. Les populations d’abeilles sauvages par exemple ont été très faibles en 2024 sur notre site. Il est donc très probable que le déclin mesuré en Angleterre soit identique en France, mais au contraire des Britanniques, nous n’avons pas de données nationales. »

    Indépendamment de la météo, les études conduites au Danemark, en Allemagne, au Royaume-Uni montrent toutes des baisses d’abondance d’insectes comparables sur le long terme, « souvent supérieures à 50 % par décennie quel que soit le contexte », rappelle M. Devictor. Une convergence évocatrice des effets chroniques de l’imprégnation des milieux, à bas bruit, par un grand nombre de molécules pesticides.

    Or, comme le dit Mme Desquilbet, « on sait que les procédures d’autorisation de mise sur le marché des pesticides, qui examinent leur impact sur l’être humain et l’environnement avant autorisation, ne sont pas protectrices pour les insectes ». En effet, précise-t-elle, ces procédures « n’évaluent pas les #effets_chroniques des pesticides, mais seulement leurs effets aigus, et seulement sur quelques espèces qui ne sont pas nécessairement les plus affectées, comme l’#abeille_domestique plutôt que les #pollinisateurs_sauvages ».

    Cette négligence réglementaire est dénoncée de longue date par les organisations non gouvernementales. « Notre organisation a mis en évidence que les protocoles d’évaluation de la #toxicité des pesticides sur les insectes avaient été coécrits par des employés de l’industrie des pesticides dans les années 2000, dit Martin Dermine, chargé de mission à Pesticide Action Network Europe. Ce scandale réglementaire se perpétue, car la Commission européenne est actuellement en train de revoir ces protocoles, en incluant à nouveau des scientifiques liés à l’agrochimie. »

    #Stéphane_Foucart

    • Effondrement des populations d’insectes : « Il est complètement fou qu’on n’en parle pas plus »
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/04/30/effondrement-des-populations-d-insectes-il-est-completement-fou-qu-on-n-en-p

      Ecologue et systématicien, spécialiste de la biologie évolutive des insectes, Philippe Grandcolas est directeur adjoint scientifique de l’institut CNRS écologie et environnement. Il est aussi l’auteur d’ouvrages grand public, en particulier de La Puissance de la biodiversité (CNRS Editions, 2023).

      Plusieurs études suggèrent des réductions de populations d’insectes en Europe de l’ordre de 80 % au cours des deux décennies écoulées. Les dernières données britanniques indiquent une chute de 63 % entre 2021 et 2024. Est-ce inquiétant ?
      Oui, de mon point de vue, ces chiffres sont terrifiants. On assiste à un effondrement silencieux de mieux en mieux documenté par les scientifiques. Je dis silencieux à dessein, car il est complètement fou que l’on n’en parle pas plus, ou alors sur le mode : « Ah oui, les insectes, pas tous sympas quand même ! » Si la végétation mourait sur pied partout, on serait catastrophés ! Mais il est vrai que l’effondrement du nombre d’oiseaux – pourtant plus populaires que les insectes –, bien avéré en Europe, n’est pas non plus une information qui fait bouger les foules.

      Quelles sont les fonctions écosystémiques des insectes ? Quelles sont et seront les conséquences de leur raréfaction ?

      Avec 40 000 espèces en France métropolitaine et des dizaines de kilos à l’hectare, les insectes sont partout. Ils pollinisent les trois quarts des plantes à fleurs, et il y a actuellement en France de 5 % à 80 % de perte de productivité faute de pollinisateurs, selon les cultures. Ils dégradent la matière organique dans les sols forestiers ou autres (fèces, humus, bois), et limitent les populations d’autres insectes. Et enfin, ils servent de nourriture à de nombreux vertébrés (oiseaux, poissons…) dont on a également besoin.

      Les prairies d’Australie ont, par exemple, été ensevelies sous les bouses de vaches importées par les colons européens, faute d’espèces locales adéquates de bousiers pour recycler cette matière organique. Ces insectes ont été introduits à coups de millions de dollars et après plusieurs années d’efforts. Sans insectes, les écosystèmes – y compris « productifs » – déclinent avec des conséquences en cascade ! On a ainsi montré récemment qu’une plante (Viola arvensis) devient davantage capable de s’autoféconder et produit moins de nectar faute de pollinisateurs… ce qui la rend potentiellement victime de « consanguinité », réduit sa diversité génétique et la rend donc plus vulnérable aux autres pressions. Même un champ de colza conventionnel perd 30 % de productivité faute de pollinisation.

      Le constat d’un effondrement des populations d’insectes n’est-il pas contradictoire avec la difficulté à contrôler les ravageurs des cultures ?

      On crée des agrosystèmes vides de vie, de l’hydroponie [culture de végétaux sur des substrats inertes] en plein champ en quelque sorte, en privilégiant des cultures non pollinisées par les insectes et polluées : céréales pour l’export ou la nourriture animale, betteraves pour les agrocarburants, voire les noisettes pour des pâtes à tartiner mauvaises pour la santé des enfants. Et cela aux dépens des autres cultures vivrières, des milieux naturels et des populations riveraines.

      Les grandes parcelles d’une même culture, avec un haut niveau de standardisation et sans diversité dans le paysage, attirent toujours en masse les mêmes insectes agresseurs. C’est une loi quasi physique de l’écologie, totalement ignorée des agriculteurs industriels. Un peu comme si l’on mettait tous les malades fragiles et diversement contagieux ensemble dans un même hall d’hôpital… Il y a urgence à changer de modèle agricole ou d’aménagement du territoire, mais en aidant vraiment les agriculteurs, ce qui n’est pas fait actuellement. Les propositions de lois en la matière vont à l’inverse de ce qui est nécessaire.

      La situation est-elle réversible ? Comment et à quelle échéance ?

      Elle est en partie réversible, si l’on cesse les pressions (pertes d’habitats, pesticides, etc.), mais à échéance de quelques décennies. Il y a deux grands écueils : les pesticides ne disparaissent pas spontanément, leurs molécules peuvent demeurer longtemps dans les milieux, même sous forme de produits dégradés, et auront donc une action dans la durée avec des effets chroniques dus aux cocktails de molécules, à leur accumulation, leur transport, etc. Second écueil : le climat n’est pas près de revenir à son état normal et il nuit fortement à de nombreux insectes.

      #Stéphane_Foucart

  • « Faire taire les ONG ne fera pas disparaître la crise écologique »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/03/23/les-ong-participent-du-bon-fonctionnement-de-la-democratie-et-les-faire-tair

    Depuis plusieurs mois, les organisations non gouvernementales (ONG) européennes de défense de l’environnement sont la cible d’attaques inédites des droites du #Parlement de #Strasbourg. Les subsides qu’elles reçoivent de la Commission européenne sont contestés et âprement disputés, dans une volonté affirmée de les réduire au silence.

    La commission environnement du Parlement devrait voter, fin mars, une motion de rejet du programme LIFE de la Commission européenne, qui est destiné à soutenir des initiatives en faveur de l’environnement et dont une part minuscule permet le financement des Amis de la Terre, BirdLife, FERN ou Pesticide Action Network. Pour nombre de ces ONG, les financements publics sont cruciaux. La fin du soutien de Bruxelles signifierait pour elles une réduction importante de leurs marges d’action, voire la clé sous la porte.

    La situation actuelle est la confirmation – si besoin était – que le Parlement européen baigne désormais dans une nouvelle ambiance, qui voit l’extrême droite donner le « la » à une bonne moitié de l’assemblée, notamment sur les questions d’environnement. A l’évidence, l’élection de Donald Trump a fait céder des digues et élargi le spectre des choses dicibles, y compris dans la bulle bruxelloise. La campagne menée contre les ONG environnementales a ainsi été, depuis l’automne, lancée dans un mélange trumpien de fausses informations, de demi-vérités et d’outrances, le tout nourrissant des flots d’indignation surjouée sur le bon usage des deniers publics.

    « Pendant que les Etats-Unis partent à la conquête de Mars, l’Union européenne finance des ONG pour faire du #lobbying », a déclaré la députée européenne Céline Imart (Parti populaire européen) à la tribune, au lendemain de l’investiture de Donald Trump. « Cinq milliards et demi d’euros pour diffamer les agriculteurs déjà accablés de normes déconnectées du terrain, a-t-elle poursuivi. La gauche et les Verts pourtant si prompts à dénoncer les ingérences étrangères semblent accepter sans difficultés celle des ONG notamment environnementales, qui sont leur bras armé, s’amusent à casser du flic dans certaines manifestations en France. »

    Cinq milliards et demi d’euros, soit environ un dixième du #budget de la politique agricole commune, le plus gros système de subventions européennes, pour financer une trentaine d’ONG ? Interrogée, Mme Imart persiste, expliquant en substance que le programme LIFE étant doté de 5,5 milliards d’euros (sur cinq ans), la totalité de cette somme pourrait bien être attribuée à des ONG. Ces dernières sont en outre accusées d’avoir fait du « lobbying pour les objectifs politiques de la Commission, (…) en l’espèce du commissaire [Frans] Timmermans », l’ancien vice-président de l’exécutif européen.

    La réalité est qu’en 2024, les ONG environnementales se sont partagé 15,6 millions d’euros, une fraction de pour-cent de ces fameux 5,5 milliards d’euros. Quant à un hypothétique « lobbying » de ces ONG au service de Frans Timmermans, cela relève jusqu’à preuve du contraire de l’imagination – Politico a pu consulter 28 contrats liant Bruxelles et les associations en question, et n’y a pas trouvé la moindre trace d’une quelconque exigence de lobbying en faveur de qui, ou de quoi, que ce soit.

    Dysfonctionnements des sociétés
    Les ONG font-elles néanmoins du lobbying au même titre que Philip Morris, Stellantis ou Bayer ? Ce vieil élément de langage revient en force, mais il passe un peu vite sur le fait que les entreprises cherchent à promouvoir leur intérêt, tandis que les #ONG plaident pour ce qu’elles estiment relever de l’intérêt général. On peut bien sûr être en désaccord avec leurs idées, mais il faut bien reconnaître qu’elles ne sont pas inféodées à des intérêts. Pas même aux leurs. Les ONG environnementales vivent de leur combat contre des problèmes qui, s’ils disparaissaient, les priveraient de raison d’être et donc de financements : elles agissent non seulement de manière désintéressée mais aussi, d’une certaine manière, contre leur propre intérêt.

    Ne voir dans ces organisations que des groupes plaidant pour leur cause occulte aussi une grande part de leur activité. Nombre d’entre elles produisent des données, enquêtent et documentent les failles institutionnelles ou réglementaires qui participent à détruire ou altérer l’environnement. En quoi cela participe-t-il du fonctionnement démocratique ? Voici un cas d’école : il n’existe en Europe aucun texte de loi disposant que l’extinction effrénée de la vie dans les campagnes du Vieux Continent est une conséquence normale des activités agricoles. L’écroulement du vivant est au contraire considéré comme un phénomène inacceptable, par le sens commun, par les opinions et par le législateur. Pourtant, il se produit bel et bien, avec comme cause majeure l’intensification de l’agriculture. Pourquoi une chose dont tout le monde s’accorde pour dire qu’elle ne doit pas se produire finit-elle par se produire ? La démocratie consiste à décider collectivement des objectifs de la cité et à se donner les moyens de les atteindre, mais aussi à s’interroger lorsque c’est l’exact inverse qui survient.

    Sur cet exemple comme sur d’autres, la crise environnementale renvoie à des dysfonctionnements et des failles profondes de l’organisation des sociétés, que les ONG explorent, mettent en lumière et dénoncent. Elles ne sont pas tendres avec les pouvoirs, mais participent du bon fonctionnement de la démocratie ; les faire taire ne fera pas disparaître la crise écologique. Jusqu’à présent, les institutions de l’Union ont permis à ces voix critiques d’alimenter la réflexion et le débat : c’est ce qui sépare encore – mais pour combien de temps ? – la démocratie européenne du nouveau régime qui s’est installé à Washington.

    #Stéphane_Foucart

  • La Cour suprême italienne annule la condamnation du Suisse Stephan Schmidheiny dans le dossier de l’amiante RTS - Julie Liardet avec ats

    La Cour de cassation italienne a annulé vendredi la condamnation de Stephan Schmidheiny pour homicide involontaire dans le dossier des victimes de l’amiante. Les avocats de l’homme d’affaires estiment qu’un nouveau procès en appel est peu probable, le cas atteignant la limite de la prescription le 25 avril 2025.

    Le milliardaire suisse avait été condamné en première instance à quatre ans de prison, une peine réduite à un an et huit mois de prison en appel. Il était poursuivi pour la mort d’un employé de la fabrique de Cavagnolo (Piémont) du groupe italien Eternit S.p.a. L’homme était décédé en 2008 d’une maladie liée, selon l’accusation, à une exposition à l’amiante pendant 27 ans.
    . . . . .


    Le groupe Eternit SEG, dirigé par Stephan Schmidheiny, avait été le plus grand actionnaire puis l’actionnaire principal de l’entreprise Eternit Italia de 1973 à la faillite du groupe transalpin en 1986. La défense de Stephan Schmidheiny assure que l’industriel n’a jamais siégé au conseil d’administration de l’entreprise italienne et n’a jamais eu de responsabilité directe dans la gestion de la société.

    C’est la troisième fois que la plus haute instance judiciaire italienne annule une condamnation de Stephan Schmidheiny, ajoutent les avocats. Un procès en appel est actuellement encore en cours à Turin pour la mort d’employés dans l’usine de Casale Monferrato, près de la cité piémontaise.

    #amiante #Stephan_Schmidheiny #Schmidheiny #santé #cancer #pollution #toxiques #environnement #eternit #chimie #déchets #poison #esthétique #pierre_serpentinite #enquéte #non-lieu non #justice #impunité #Andeva #AVA

    Source : https://www.rts.ch/info/monde/2025/article/amiante-la-cour-supreme-italienne-annule-la-condamnation-de-schmidheiny-28830163

  • The Loyalist - The cruel world according to Stephen Miller
    https://www.thenation.com/article/politics/stephen-miller-hatemonger-biography

    Guerrero spoke with Jason Islas, a working-class Mexican American who was Miller’s friend in middle school and attended his lavish bar mitzvah. Though the two initially bonded over Star Trek, Miller abruptly ditched Islas as a friend the summer after middle school, citing his Latino heritage as a justification. “The conversation was remarkably calm,” Islas told Guerrero. “He expressed hatred for me in a calm, cool, matter-of-fact way.

    In middle school, Miller was already drawn to right-wing subcultures that distinguished him from his peers, purchasing a subscription to Guns & Ammo magazine and finding himself inspired by the writings of Charlton Heston and Wayne LaPierre on the Second Amendment. His father was also moving right, alienated by bad relationships and burned bridges with his liberal Santa Monica cohort, and Stephen seems to have inherited his father’s contrarian streak. By the time he enrolled in the public Santa Monica High School, which Guerrero portrays as neatly internally segregated between professional-class, college-bound whites and working-class Hispanics, he was a full-fledged conservative provocateur.

    For Miller, a key entry point to the right was The Larry Elder Show, whose Black host had built a following among right-wing Angelenos for his verbal assaults on political correctness and liberal shibboleths. Miller called in to the show and invited Elder to speak at his high school, and he subsequently became a frequent guest, a precocious teen reactionary holding forth on his high school’s alleged anti-Americanness in the wake of the 9/11 attacks before an audience that spanned Southern California.

    Miller’s provocations became more outlandish as he advanced through his teens. He cultivated a mid-century gangster affect: He listened to Frank Sinatra, enjoyed gambling, and styled himself after Ace Rothstein, the Robert De Niro character in Casino. He was known for arguing with teachers, hijacking school events, and winning attention with his outrageous antics. In both high school and college, he would be repeatedly observed throwing trash on the floor and then insisting that the custodial staff pick it up. (“Am I the only one here who is sick and tired of being told to pick up my trash when we have plenty of janitors who are paid to do it for us?” he is quoted as saying at one point.) A number of students and faculty found this behavior appalling, but Miller’s shameless transgressiveness at least got him a lot of attention.

    [...]

    By this point, Miller had become much more deeply immersed in the literature and online forums of the extreme right and was taking direct inspiration from Jean Raspail’s novel The Camp of the Saints, with its dystopian vision of a horde of nonwhite migrants invading the West. Soon he also began to develop ties with leading right-wing media figures like Ann Coulter, Laura Ingraham, Tucker Carlson, and the anti-immigration think tanker Mark Krikorian.

    Perhaps the most vocal advocate against immigration in that media space was one Donald Trump, who had leveraged his celebrity to become the leading exponent of the “birther” conspiracy theory during the Obama years, impressing Miller greatly in the process. “Our whole country is rotting, like a third world country,” Trump told Breitbart in the wake of the Obama immigration bill’s defeat, prompting Miller to e-mail his friends that “Trump gets it…. I wish he’d run for president.” When Trump began his long-shot campaign the following year, Miller, barely 30, joined up, and the two quickly hit it off. Where more traditional young Republicans might have spent their early careers preparing to work for a more conventional Republican candidate like Jeb Bush or Chris Christie, Miller had presciently spent his preparing for a candidate like Trump. And with Trump’s victory came opportunities to do the kinds of things that his more seasoned peers might never have proposed.

    Literally from Day 1, Miller set the tone for Trump’s first presidency: “This American carnage stops right here and stops right now,” the most memorable line in Trump’s 2017 inaugural address, came from Miller’s pen. A wave of executive orders empowering Immigration and Customs Enforcement, targeting sanctuary cities, ordering the construction of a border wall, and suspending immigration from seven Muslim-majority countries soon followed, all of them pushed and heavily shaped by Miller. It was Miller who made the once-obscure Salvadoran gang MS-13 
an obsession of the Trump administration, and Miller who emerged as one of the top internal advocates for the family separation policy that became a national scandal in 2018.

    In addition to the president himself, Miller built a close relationship with Jared Kushner and Ivanka Trump, ensuring a level of family trust that protected him from the turnover for which the Trump administration became infamous. If #xenophobia was the policy through line for most of Miller’s efforts, competent bureaucratic maneuvering and absolute loyalty to Trump were what empowered him to execute his agenda. Miller’s fingerprints are likewise all over the early initiatives of Trump’s second term, including turning legal refugees away from the United States, suspending foreign aid, launching #ICE raids on major cities, and leaning on the major tech companies to ban diversity initiatives.

    #Stephen_Miller

    • In one meeting during the 2024 campaign, Mr. Trump said that if it was up to Mr. Miller there would be only 100 million people in this country, and they would all look like Mr. Miller, according to a person with knowledge of the comment.

      –—

      As he works out his priorities, Mr. Miller appears to have learned two key lessons from the first Trump term.

      The first is to flood the zone. He believes that those he regards as Mr. Trump’s enemies — Democrats, the media, groups like the American Civil Liberties Union and portions of the federal bureaucracy — are depleted and only have so much bandwidth for outrage and opposition. Mr. Miller has told people that the goal is to overwhelm them with a #blitz of activity.

      The second lesson has been to operate with as much secrecy as possible to prevent anyone from finding ways to obstruct the Trump agenda. As a congressional staffer, Mr. Miller was freewheeling in his digital communications. But since working for Mr. Trump, who doesn’t use email and regards people who take notes with suspicion, he puts almost nothing in writing. Instead, he works through emissaries.

      The protectiveness around the executive orders is particularly notable. An incoming administration would usually send the drafts to the Justice Department’s Office of Legal Counsel, where a career lawyer — walled off from the outgoing administration’s political appointees — reviews them for form and legality and suggests improvements. For the most part, Mr. Trump’s first transition is said to have followed that practice.

      But Mr. Miller is using a team of lawyers from outside the Justice Department to vet the orders, a person with knowledge of the situation said — a sign of Trump aides’ general distrust of the Justice Department, which brought three special counsel investigations into Mr. Trump and twice indicted him.

      In the meantime, Mr. Miller is trying to eliminate any roadblocks to Mr. Trump’s immigration plans. Mass deportations will require arrangements with other countries to take in the migrants; to that end, Mr. Miller lobbied for his ally, the former ambassador to Mexico, Christopher Landau, to be chosen as deputy secretary of state under Marco Rubio, the Florida senator whom Mr. Trump has chosen to lead the agency.

      Knowing the White House will need billions in congressional appropriations for the biggest #deportation operation in American history — which he’s previously said will include sweeping raids and use of the U.S. military to build massive camps to detain the migrants — Mr. Miller has spent the past four years building relationships with lawmakers.

      It appears to have paid off.

      NYT, janvier 2025
      https://archive.ph/33Q58

  • Le Monde.fr
    « Le #cancer est, au moins partiellement, une maladie politique »

    Ne mettre en avant que les comportements individuels (tabac, alcool…), la génétique et le dépistage face à des cas de cancers plus nombreux occulte les causes structurelles de la maladie, observe dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».

    #Stéphane_Foucart | Publié le 09/02/2025 à 05:30

    • « Le cancer est, au moins partiellement, une maladie politique », Stéphane Foucart

      Selon les données les plus récentes (2022) de l’Organisation mondiale de la santé, l’incidence du cancer du sein est plus élevée en France que partout ailleurs dans le monde. Nous sommes sur la plus haute marche d’un funeste podium. Dans un pays où l’on s’intéresse tant aux classements et aux médailles, il est étonnant que cette information n’ait pas été plus relayée à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le cancer, le 4 février, où il a surtout été question de nouveaux traitements, du dépistage, des miracles à venir de l’intelligence artificielle, et de toute une variété d’autres choses qui ont généralement contourné la seule question vraiment intéressante : pourquoi ?

      Pourquoi – même après correction des effets de l’âge – une Française a-t-elle un risque de cancer du sein supérieur à toutes les autres femmes de la planète ?

      Il existe un élément de réponse optimiste : le système de soins tricolore est très performant et cette maladie est peut-être mieux dépistée qu’ailleurs. C’est probable, mais cela n’épuise pas complètement la question. Car la mortalité par #cancer_du_sein reste, en France, au-dessus de la plupart des pays comparables d’Europe occidentale. Elle est supérieure d’environ 10 % à ce qu’elle est en Belgique, en Autriche ou au Portugal, d’environ 30 % à ce qu’on observe en Suisse, aux Etats-Unis ou en Suède, et de quelque 50 % par rapport à l’Espagne ou la Norvège, par exemple.

      « Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? »

      En France et ailleurs, la fréquence de ce cancer augmente à peu près continûment, en particulier chez les jeunes. Entre 1990 et 2023, le nombre de cas a plus que doublé dans l’Hexagone, passant de 29 934 à 61 214. Moins de la moitié de cette augmentation est due, selon Santé publique France, au vieillissement ou à l’augmentation de la population ; le risque « réel » de contracter cette pathologie a donc augmenté de plus de 50 % en trois décennies.

      Les facteurs de risque individuels (alcool, sédentarité, surpoids, traitements hormonaux et, dans une moindre mesure, prédispositions génétiques et tabac) sont-ils prépondérants ? Non : selon l’Institut national du cancer, seulement un tiers des nouveaux cas de cancers du sein (au niveau de l’année 2018) sont attribuables à ces facteurs de risque avérés.

      Alors ? Plus de 65 % des cas ne sont donc pas associés à une cause identifiée. Dans un texte publié en juin 2024 par la revue Terrestres, plus de 1 200 patientes, soignants ou chercheurs posent aussi cette question : « Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? » Pourquoi Fanny Arnaud, ingénieure de recherche au CNRS, contracte-t-elle un cancer du sein alors qu’elle n’a que 36 ans et n’est sujette à aucun facteur de risque ?

      Et pourquoi tant d’autres ? Les signataires rappellent que, dans la plupart des cas, les causes environnementales du cancer sont au mieux sous-estimées, au pire ignorées. Les cancérologues qui prennent la parole dans l’espace public ne mettent bien souvent en avant que les comportements individuels (tabac, alcool…), la génétique et l’observance du dépistage.

      Ces postures sont confortables. Elles sont en réalité le relais d’un narratif néolibéral bien commode, qui réduit la maladie à sa dimension individuelle et la purge de toute sa charge politique. Comme si aucune structure socio-économique n’était in fine déterminante dans la santé des populations, comme si chaque individu était maître et responsable de son destin sanitaire – exception faite des hasards de son génome (mais qui est, là encore, une donnée individuelle).

      L’information des consommateurs entravée

      Pourtant, comme le rappelle le texte publié par Terrestres, l’eau, l’air, la chaîne alimentaire, les objets du quotidien ou encore les cosmétiques sont saturés de #perturbateurs_endocriniens dont la cancérogénicité est suspectée ou avérée, en particulier pour les organes sensibles aux bouleversements hormonaux (sein, prostate, etc.). Une étude d’ampleur publiée en 2024 dans la revue Environmental Health Perspectives estime que plus de 900 substances de synthèse capables de déclencher des cancers de la glande mammaire chez les rongeurs, ou susceptibles d’activer des mécanismes favorisant la maladie chez les femmes, sont en circulation dans notre environnement.

      Il n’y a rien de naturel ou d’inéluctable dans cet état de fait, qui est le fruit de choix politiques.
      Le cancer est une maladie politique, en ce sens qu’il est, ne serait-ce que partiellement, le fruit de ces choix. Adopter des réglementations laxistes, laisser les industriels évaluer leurs propres produits, permettre en connaissance de cause la dissémination de substances cancérogènes pour flatter les capitaines d’industrie, miser sur la découverte de traitements miracles plutôt que sur la #prévention, entraver l’information des consommateurs : tout cela n’est pas une fatalité, c’est de la politique.

      La responsabilité de l’#environnement dans la progression de certains #cancers est toutefois contestée. L’un des arguments fréquemment utilisés à cette fin est de nature épistémique : puisqu’il est scientifiquement impossible de quantifier les effets de chacun des milliers de toxiques en circulation, c’est donc que ces effets ne comptent pour rien. C’est, comme l’écrit l’historien des sciences Robert Proctor (Cancer Wars, 1995), « agiter le chiffon rouge devant chaque arbre pour vous faire perdre de vue la forêt ».

      La politique est là encore ce qui répond à cet argument trompeur : c’est un principe de gouvernance fondé sur la prudence, mieux connu sous le nom de « principe de précaution », et dont toutes les droites demandent la révocation depuis des années. Lorsque la maladie frappe, le premier réflexe est de s’interroger rétrospectivement sur ses habitudes de vie, son alimentation, les lieux qu’on a fréquentés : à la vérité, il faudrait aussi se demander pour qui on a voté.

      #principe_de_précaution

  • #Métaux_rares : Séjourné veut accélérer la #réouverture de #mines en #Europe

    #Stéphane_Séjourné, le commissaire européen chargé de la stratégie industrielle, veut accélérer la réouverture de mines de métaux rares en Europe et a reçu 170 #projets_d’exploitation ou de #recherches_minières, a-t-il indiqué mardi soir.

    Au nom de la #souveraineté_industrielle, le Français entend rouvrir des mines de métaux et #terres_rares au sein de l’Union européenne, malgré les mobilisations régulières de militants écologistes contre ce type de projets.

    « La #diversification des approvisionnements fait partie de l’urgence pour moi. On va faciliter » l’attribution de #permis, a expliqué le commissaire européen à des journalistes à Bruxelles.

    « J’ai récupéré 170 projets sur de l’exploitation ou de la recherche minières en Europe avec une liste de métaux rares. On est en train d’étudier, on lancera les premières garanties (financières) pour les boîtes qui veulent explorer », a-t-il assuré.

    Stéphane Séjourné s’est rendu les 8 et 9 janvier en #Roumanie où cette question a notamment été abordée.

    « Sur la Roumanie on avait 9 projets, je ne vais pas vous donner de date mais j’essaie d’accélérer les choses au maximum », a-t-il déclaré.

    « Je suis prêt à mettre beaucoup de capital politique là-dessus parce que j’y crois vraiment », a insisté ce proche d’Emmanuel Macron, qui voudrait éviter une trop grande #dépendance à l’égard de pays comme la Chine.

    Avec la commissaire européenne espagnole #Teresa_Ribera (concurrence et transition écologique), Stéphane Séjourné doit présenter fin février une série d’annonces pour relancer et décarboner l’industrie européenne, le « pacte pour une #industrie_propre ».

    Ce pacte pourrait comporter des mesures pour réduire les coûts de l’#énergie, accompagner les plus grands sites industriels dans la réduction de leurs émissions de CO2 ou soutenir les achats de #voitures_électriques pour les flottes d’entreprises.

    En parallèle, la Commission promet une série de mesures de #simplification, afin de réduire les #démarches_administratives des entreprises, notamment des PME.

    https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/140125/metaux-rares-sejourne-veut-accelerer-la-reouverture-de-mines-en-europe

    –—

    #métaliste sur l’#extraction de #terres_rares dans les #Alpes (même si ici il s’agit d’une annonce pour toute l’Europe) :
    https://seenthis.net/messages/1013289

    • Séjourné, a inizio 2025 al via progetti Ue su materie prime rare

      ’Ricevute 170 candidature, li stiamo selezionando’

      La Commissione europea presenterà l’elenco dei progetti strategici nell’ambito del #Critical_raw_materials_act all’inizio del 2025.

      Lo ha detto il vicepresidente dell’esecutivo Ue Stéphane Séjourné intervenendo alla giornata dedicata al settore a Bruxelles, indicando che Bruxelles ha ricevuto 170 candidature.
      Il regolamento Ue sulle materie prime critiche, presentato nel marzo 2023, punta ad aumentare al almeno il 10% l’estrazione delle materie prime strategiche sul territorio continentale e ad almeno il 40% la capacità dell’Europa di raffinare e lavorare le terre rare lungo tutto la catena di valore.

      «Selezioneremo i progetti che meglio soddisfano i nostri criteri, in particolare quelli ambientali, sociali e di governance: saranno mirati a varie materie prime, riguarderanno l’intera catena del valore e saranno sia all’interno che all’esterno dell’Europa», ha indicato il francese, evidenziando che «non c’è transizione verso le zero emissioni senza materie prime: le auto elettriche hanno bisogno di batterie al litio, le turbine eoliche hanno bisogno di rame o alluminio».
      «La mia priorità per gli anni a venire sulle materie prime sarà la stessa dei settori industriali più strategici d’Europa - ha evidenziato -: un mercato solido in patria e una collaborazione stabile con partner fuori casa».
      Séjourné ha quindi sottolineato la necessità di «licenze più rapide e semplici» e di «rendere i progetti appetibili per gli investitori pubblici e privati». Parlando della nuova agenda, il vicepresidente ha messo in luce l’importanza del riciclo per le materie prime rare, indicando che l’Ue deve «creare un vero mercato europeo per i prodotti di seconda mano e un mercato unico per i prodotti di scarto». La capacità di riciclo è fissata nel regolamento Ue ad almeno il 25% del consumo annuo.

      https://www.ansa.it/europa/notizie/rubriche/altrenews/2024/12/11/sejourne-a-inizio-2025-al-via-progetti-ue-su-materie-prime-rare_d42681d2-0437-4

  • À Gaza, 96 % des enfants ressentent une mort imminente, et près de la moitié souhaitent mourir
    https://french.presstv.ir/Detail/2024/12/12/738945/%C3%80-Gaza-la-moiti%C3%A9-des-enfants-veulent-mourir

    L’enquête, dont les résultats ont été publiés mercredi, a été réalisée par une ONG basée à Gaza et sponsorisée par l’organisation caritative War Child Alliance, basée à Londres.

    L’enquête a révélé que jusqu’à 96 % des enfants du territoire estimaient que leur mort était imminente et que 49 % souhaitaient réellement mourir.

    L’évaluation a également révélé que 92 % des mineurs « n’acceptaient pas la réalité », 79 % souffraient de cauchemars et 73 % présentaient des symptômes d’agressivité.

    Réalisée en juin, l’enquête a interrogé les parents ou les tuteurs de 504 enfants issus de familles où au moins un enfant était handicapé, blessé ou non accompagné.

  • Ici commence la mort

    « Quelle connerie la #guerre ». Depuis le poème de Jacques Prévert et même bien avant. Et comme on n’arrête pas le progrès : la connerie devient de plus en plus ignoble. Depuis Gaza nous parviennent des informations effrayantes. Il y a bien entendu d’abord le décompte macabre des dizaines de milliers de morts. Mais la « manière » horrifie toujours un peu plus. D’autant plus quand on sait que l’#écosystème_grenoblois œuvre au développement des #robots_tueurs.

    Le 17 avril, le média Middle East Eye révèle que des « drones israéliens émettent des sons d’enfants qui pleurent dans le camp Al-Nuseirat à Gaza pour cibler et tirer sur les civils recherchant la source de ces appels de détresse. » Comme « preuve » : des témoignages d’habitants du camp et une vidéo tournée de nuit où l’on entend effectivement des pleurs d’enfants, qui ne permet pas de reconnaître les lieux ou d’éventuels drones israéliens. Alors, info ou intox de la part de ce « site d’actualité panarabe basé au Royaume-Uni » ? Impossible de savoir : le média France 24 reprend l’information le 26 avril en affirmant que rien « ne permet d’ailleurs de confirmer ou d’infirmer de manière indépendante si l’armée israélienne a effectivement employé une telle tactique ».

    Ainsi vont les incertitudes d’une guerre impossible à documenter précisément, qui a déjà causé la mort de plus d’une centaine de journalistes. S’il n’est pas possible de savoir si Israël diffuse effectivement des pleurs d’enfants pour faire sortir de leur cachette puis abattre des Gazaouis, force est de constater qu’on ne voit pas quelles raisons – éthiques, techniques ou politiques – empêcheraient Tsahal de le faire.

    Il est par contre prouvé que l’#armée_israélienne fait confiance à l’#intelligence_artificielle pour cibler les Palestiniens à abattre. Les systèmes s’appellent « #Lavender » ou « #Where’s_Daddy » et ils ont été « conçus pour marquer tous les agents présumés des ailes militaires du Hamas et du Jihad islamique palestinien, y compris les moins gradés, comme des cibles potentielles pour les bombardements » (L’Humanité, 4/04/2024).
    37 000 Palestiniens auraient ainsi été « marqués » comme « militants présumés – avec leurs maisons – en vue d’éventuelles #frappes_aériennes ». Ceci sans « vérification approfondie des raisons pour lesquelles la machine avait fait ces choix ni d’examen des données brutes de renseignement sur lesquelles elles étaient basées. (…) Le personnel humain ne faisait souvent qu’entériner les décisions de la machine, ajoutant que, normalement, il ne consacrait personnellement qu’environ “20 secondes” à chaque cible avant d’autoriser un #bombardement – juste pour s’assurer que la #cible marquée par Lavender est bien un homme. »

    Bienvenue dans l’époque des robots tueurs, aboutissement logique des évolutions technologiques. Y a-t-il des logiciels ou des composants réalisés par des entreprises grenobloises dans ces « innovations » du champ de bataille israélo-palestinien ? Ici aussi, impossible de trancher affirmativement ou négativement cette question, notamment à cause de l’opacité entourant la composition des armes militaires. Mais ici aussi, force est de constater qu’on ne voit pas pour quelles raisons – éthiques, techniques ou politiques – certains de nos « fleurons » locaux ne participeraient pas avec entrain à l’élaboration de telles armes. Les différentes révélations sur le commerce de composants servant à faire des armes avec la Russie sous embargo prouve l’absence - ou la très faible présence - de barrières éthiques.

    Le 20 mars dernier, Grenoble a reçu la visite de #Daniel_Halevy-Goetschel, « ministre conseiller aux Affaires politiques intérieures, économiques et scientifiques à l’ambassade d’Israël de Paris » venu inspecter la « dynamique de l’écosystème grenoblois ». Au Daubé (21/03/2024), il confie : « Grenoble est un exemple assez frappant de synergies entre le monde de la #recherche (à l’image du CEA où je me suis rendu), les #entreprises, les #start-up, et les #universités. Cela me rappelle le modèle israélien dont l’écosystème s’est construit ainsi, entre différents acteurs. En cette période qui n’est pas évidente, et des défis sécuritaires qu’elle pose, c’est important de soutenir l’économie d’Israël, et j’espère qu’une nouvelle phase de relations économiques entre l’agglomération grenobloise et Israël va s’ouvrir. »

    Les deux « modèles », israéliens et grenoblois, ont déjà quantité de « relations économiques », rappelées dans le texte « De Grenoble à Tel-Aviv » publié par le groupe Grothendieck sur le site Lundi matin le 1er avril dernier. Entre autres exemples :
    #Vérimag, laboratoire de recherche sur les #logiciels embarqués sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, a mené des recherches sur des #drones_de_combat avec le mastodonte israélien de l’#armement #Israël #Aerospaces Industries.
    • Le #CEA_Grenoble a un partenariat structurel avec la start-up #Weebit_Nano, spécialiste du design et de la fabrication de #puces nouvelle génération pour la mémoire RAM.
    • La société meylanaise #Dolphin_Design, rachetée notamment par le marchand de missiles #MBDA, a depuis 2009 une filiale en Israël.
    • La multinationale d’origine grenobloise #STMicro est, selon le directeur de son site israélien #Stephan_Chouchan « l’un des plus grands acteurs du #semi-conducteur en Israël » grâce à quantité de partenariats avec des boîtes ou projets technologiques israéliens (#Mobileye, #Valens, #Cisco, #Mellanox, #Adasky, #Autotalk, #Temi, etc.). Le même explique : « Après avoir ouvert un centre de ventes en 2002 et un centre de #recherche_et_développement en 2012, il nous est apparu logique d’ouvrir un centre d’#innovation en 2018. Nous favorisons donc l’accès à la #technologie, aux centres de recherche et développement, aux unités commerciales, aux manufactures, qui font défaut à la plupart des sociétés israéliennes. Dans le monde du semi-conducteur, cette expertise est d’une grande valeur. Nous jouons en quelque sorte le rôle de “grand frère technologique”, qui rend possibles des projets parfois assez ambitieux du point de vue industriel. »

    À Grenoble, les élites essayent de faire croire que les #innovations_technologiques servent avant tout à la « transition » et occultent leurs applications militaires. En Israël, « pays en guerre perpétuelle » depuis sa création en 1948, les liens primordiaux entre l’innovation technologique et l’armée sont complètement assumés. #Nicolas_Brien, ancien directeur de #France_Digitale, s’en amuse sans complexe (israelvalley.com, 19/04/2023) : « Il existe une blague israélienne qui m’a été rapportée lors de mon dernier voyage : les Américains croient qu’une start-up se crée à trois dans un garage, mais en Israël on sait qu’une start-up se crée à trois dans un garage à l’intérieur du ministère de la Défense. »

    Dans l’isolement de leur labo, de leur obscur projet de recherche, de leurs objectifs annuels, quantité d’ingénieurs grenoblois ne se rendent sans doute pas compte que – directement ou indirectement – ils contribuent à fabriquer des #armes toujours plus inhumaines. Que peut-être un bout de leur savoir-faire a servi à fabriquer un drone diffusant des pleurs d’enfants pour apitoyer des humains et les abattre froidement.

    Bien entendu, il ne s’agit pas ici de cibler spécifiquement Israël. De telles armes seraient utilisées par les Palestiniens, les Russes, les Ukrainiens, les Français, qu’elles seraient tout aussi effroyables.
    Il s’agit juste d’ouvrir les yeux sur les résultats de la fuite en avant technologique, dont l’écosystème grenoblois est un des « cerveaux ». Avec deux options principales : soit assumer le développement exponentiel des robots tueurs, soit œuvrer au démantèlement de ces technologies mortifères.

    https://www.lepostillon.org/Ici-commence-la-mort.html
    #complexe_militaro-industriel #Grenoble

    • De Grenoble à Tel Aviv. L’innovation de défense au fondement de la #start-up_nation

      Tout commence par une visite entre amis. En ce beau mois de mars, Daniel Halevy-Goetschel, ministre, conseiller aux affaires politiques intérieures, économiques et scientifiques à l’ambassade d’Israël était en visite dans les Alpes françaises. Dans Le Dauphiné Libéré, il lâchait le morceau :

      « Grenoble est un exemple frappant de synergies entre le monde de la recherche (à l’image du CEA où je me suis rendu) les entreprises, les start-up, les universités. Cela me rappelle le modèle israélien dont l’écosystème s’est construit ainsi entre différents acteurs. […] Et j’espère qu’une nouvelle phase de relations économiques entre l’agglomération grenobloise et Israël va s’ouvrir » [1]

      [1] Le Daubé,...

      Les synergies grenobloises évoquant le « modèle israélien », il serait utile d’en savoir plus sur celui-ci. Cela tombe bien, Daniel Halevy-Goetschel le détaillait l’an dernier dans le magazine Servir :

      « C’est d’un côté, l’implication des institutions publiques et notamment des armées, du gouvernement, sans oublier les universités et le Technion et l’Institut Weizman, et de l’autre côté, un système des start-up très dynamique avec des entrepreneurs qui prennent des risques et de multiples initiatives. En parallèle, il existe un mode de financement efficace, avec des fonds de capital-risque auquel s’ajoute la participation de grandes entreprises multinationales du domaine tech – environ 400 sociétés, connues mondialement et qui ont pour certaines d’entre elles construit des laboratoires de recherche en Israël, notamment EDF et Renault. » [2]

      [2] « La ’Start-Up nation’, Israël, un modèle à suivre pour...

      Voilà la définition du « modèle israélien » : des liens symbiotiques entre l’armée, le gouvernement, les universités, et des start-ups boostées au capital risque. Les lecteurs de notre livre L’Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel [3]

      [3] Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée. La...
      reconnaîtront en effet là une forme de similarité avec le « modèle grenoblois ». Ainsi, la coopération de la « nation au 7000 start-up et 90 licornes » avec la « Silicon Valley grenobloise » paraît naturelle. Les liens sont symbiotiques entre les deux régions, qui parlent la même langue, celle de l’innovation.

      On sait qu’Israël est le pays comptant le plus de start-up par habitant. On sait aussi que le « modèle grenoblois » est à la source de la politique nationale des « pôles de compétitivité » qui structurent la recherche scientifique française et la coopération public-privé dans ce domaine. Nous nous proposons donc ici de jeter d’abord un œil sur l’économie israélienne et à la place structurante qu’y occupe la Défense, avant d’étudier les organismes principaux de coopération économique franco-israéliens, et de nous attarder quelques instants sur les collaborations spécifiques entre Grenoble et Israël. On verra qu’au coeur même de la notion de « start-up nation » chère à Emmanuel Macron, on trouve l’innovation de défense et la production de mort. Nous en profiterons pour livrer quelques réflexions sur les luttes en cours contre le Moloch.
      Zèbres, guépards et innovation

      « Il existe une blague israélienne qui m’a été rapportée lors de mon dernier voyage : les Américains croient qu’une start-up se crée à trois dans un garage, mais en Israël on sait qu’une start-up se crée à trois dans un garage à l’intérieur du ministère de la Défense »
      Stephane Chouchan, directeur israëlien de STMicroelectronics [4]

      ...

      L’armée et l’industrie de l’armement structurent Israël depuis sa création en 1948. Depuis le début, Israël, avec l’aide des États-Unis, fabrique une bonne part de son armement, sa « base industrielle et technologique de défense » (le terme par lequel on désigne l’ensemble des entreprises du secteur privé travaillant pour la défense) étant maintenant très large et variée.

      « Pays en guerre perpétuelle, l’avance technologique est une réelle question de survie pour Israël : l’armée est au cœur de son écosystème. » [5]

      ...

      Le secteur de l’armement est le premier employeur public du pays. L’industrie technologique représente quant à elle 18% du PIB du pays [6]

      ...
      . En mettant de côté les crédits alloués à Tsahal, plus de 4,5% du PIB est consacré aux dépenses en R&D. Une part non négligeable de l’argent public va donc inévitablement dans l’innovation de défense. N’oublions pas qu’Israël est un pays extrêmement belliqueux depuis sa création et constitua progressivement dans les années 1970 avec l’aide des États-Unis [7]

      [7] Encore en 2012, l’aide militaire américaine à Israël...
      , un complexe scientifico-militaro-industriel très puissant développant une maîtrise hors-pair dans les drones, la surveillance militaire, la cybersécurité, les systèmes anti-missiles et le maintien de l’ordre [8]

      [8] Voir la brochure très complète de Patrice Bouveret...
      . Cette maîtrise adaptée à sa guerre coloniale fait d’Israël un pays compétitif dans l’exportation d’armement (toujours dans le top 10 des ventes d’armes).

      Comment cela fonctionne-t-il ? C’est l’Innovation Authority, sous mandat direct du Premier ministre qui finance aussi bien les start-up que les PME que les grands groupes, pour des projets intéressant en premier chef Tsahal (cyberdéfense, cybersécurité, nanotechnologies, IA, etc), mais aussi des domaines où la tech israélienne à déjà une longueur d’avance permettant de conforter son statut derrière les État-Unis, de « seconde Silicon Valley ».

      « L’écosystème israélien doit énormément à l’intervention publique massive dès les phases d’amorçage. En France, on a mis du temps à le comprendre. Il faut des instruments publics efficaces pour faire germer des start-up » [9]

      ...

      Ces financements sont aussi audacieux et fonctionnent selon le jeux « du zèbre et du guépard : l’État israélien produit en masse des start-up innovantes (les zèbres) qui se font racheter par les géants de la tech, la plupart du temps américain (les guépards). Ainsi les guépards s’implantent en Israël, créent des emplois, injectent des liquidités, confortent l’économie du pays et attirent de nouveaux groupes.

      On sait que cette politique économique axée sur les start-ups avait inspiré Emmanuel Macron dans sa désormais fameuse déclaration de 2017 :

      « I want France to be a start-up nation. A nation that thinks and moves like a start-up. »

      Quand, il transpose à la France ce mot d’ordre de « start-up nation » jusque-là réservé à Israël, Emmanuel Macron choisit de le faire lors du salon Vivatech, lui même calqué sur les grands showroom israéliens comme le salon DLD de Tel Aviv.
      Les liens France-Israël

      Les liens économiques entre la France et Israël sont anciens et nombreux. Ils sont assurés par quatre organismes principaux. Passons-les rapidement en revue.

      La Chambre de commerce et d’industrie France-Israël (CCIIF) est une structure créée en 1957 [10]

      ...
      . Elle laisse progressivement la place à La Chambre de commerce France-Israël (CCFI), et son site promotionnel Israel Valley [11]

      ...
      qui est surtout un relais médiatique en faveur de l’économie israélienne et des coopération avec la France. L’Observatoire de l’armement précise que la Chambre « organise nombre d’évènements dans lesquels il n’est pas rare de voir participer comme intervenants des chercheurs, des responsables français et israéliens, impliqués dans des domaines de cyberdéfense, du spatial et autres secteurs connexes à la défense et à la sécurité » [12]

      [12] Patrice Bouveret, « La coopération militaire et...
      .

      Le Technion France est le relais français du Technion Israel Institute of Technology, une grande université et école d’ingénieurs israélienne, sorte de « MIT du Moyen-Orient ». Le Technion France fait connaître les réalisations et les projets du Technion en France dans les milieux scientifiques, académiques, industriels et économiques. L’institution cherche à développer des partenariats et des coopérations sur des sujets d’intérêt commun comme la e-santé et les nanotechnologies. Il multiplie les coopérations industrielles avec des entreprises françaises comme Véolia, Total, Havas, ou encore Servier, Arkema, SEB Alliance et Alstom. Enfin, le Technion France a mis en place de nombreux partenariats académiques (co-tutelles de thèses, mobilité des étudiants, doubles diplômes…) notamment avec l’École Polytechnique, l’Institut Mines Télécom, Université Paris Dauphine, Centrale Supélec, ou encore l’Université Paris Saclay [13]

      ...
      .

      La French Tech en Israël, déclinaison israélienne depuis 2016 de la French Tech. En Israël, « il s’agit d’un réseau assez actif d’investisseurs et d’entrepreneurs » explique Stéphane Chouchan, « ambassadeur French Tech Israël, Conseiller du commerce extérieur et directeur pays pour Israël de STMicroelectronics » [14]

      [14] « Table ronde 2 – La start-up nation et la French Tech...
      , qui ajoute : « Le réseau fonctionne très bien aux États-Unis et en Israël, mais moins en France. »

      Enfin, le Comité Israël des Conseillers Extérieurs de la France (Comité Israël des CCE), le lobby des sociétés françaises œuvrant en Israël. On trouve dans leur conseil d’administration, les plus importantes de ces entreprises. Ainsi, le vice-président et trésorier du CCE Israël est le directeur de Thales-Israël, un autre est le représentant en Israël de direction générale internationale de Dassault Aviation. Ce dernier « a débuté sa carrière chez Dassault Aviation en 1990 dans le domaine de la guerre électronique puis après un passage à la direction commerciale en 1996 où il a négocié la vente de produits militaires et spatiaux, a été appelé à la direction des achats en 2002 afin de s’occuper de grand compte tel que Thales, puis des partenaires israéliens jusqu’en 2017. » [15]

      ...
      . On retrouve encore Stephane Chouchan :

      « En charge de la filiale du groupe depuis 2007. ST est implanté depuis plus de 18 ans en Israël avec un site de Vente et Marketing, un centre R&D et, depuis 2018, avec le ST-Up Accelerator : un accélérateur de startups hardware late-stage. Parmi les projets réalisés avec des composants ST : Mobileye EyeQ SoC ; Autotalks Craton SoC ; Adasky Ada SoC, des composants de puissance chez SolarEdge, le STM32 pour Strauss/Tami4 ainsi que l’implémentation de capteurs et micro-contrôleurs dans le robot de Temi. » [16]

      ...

      Tous ces structures bi-nationales servent à nourrir des partenariats technoscientifiques dans les domaines qui intéressent les deux régions, c’est-à-dire la plupart du temps dans la nano et microélectroniques, les capteurs, l’internet des objets, les supra-conducteurs ou l’atome. Le CEA-Grenoble et le CNRS font régulièrement des échanges de leur chercheurs avec de grandes universités israéliennes [17]

      [17] Par exemple :...
      permettant de renforcer les liens militaro-civils qui ne date pas d’hier et a permit historiquement à Israël d’avoir la bombe atomique, et dont l’Observatoire des armements note que cette coopération atomique à été relancé en 2010 [18]

      [18] « La coopération militaire et sécuritaire...
      .

      Les liens Grenoble-Israël

      À Grenoble, on peut s’intéresser aux activités de l’un des plus gros instituts de l’université, l’IMAG, centre de recherche en logiciel, IA et internet des objets. En son sein, le laboratoire Verimag, laboratoire de recherche sur les logiciels embarqués, avait retenu en 2020 notre attention pour ses liens étroits avec le complexe français [19]

      [19] Cf Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée, op....
      . Mentionnons par exemple le projet CAPACITES [20]

      ...
      qui réunissait de 2014 à 2017 pratiquement tout le complexe militaro-industriel français (MBDA, ONERA, Safran, Dassault Aviation, Airbus Helicopter, etc) sous la houlette de Verimag et de la start-up de design de puce pour l’armement, la grenobloise Kalray.

      Verimag s’est acoquiné plusieurs fois avec le mastodonte israélien de l’armement Israel Aerospace Industries (IAI) pour des projets des recherches en drones de combat : le projet COMBEST [21]

      ...
      (avec comme partenaire connexe EADS) ; le projet SafeAir II [22]

      ...
      (avec comme partenaire MBDA) ; les projet OMEGA [23]

      ...
      et SPEEDS (avec EADS). Précisons que l’actuel directeur de l’université, Yassine Lakhnech, figure comme chercheur de ces projets en lien avec le conglomérat israélien.

      La start-up israélienne Weebit Nano, spécialiste du design et de la fabrication de puces nouvelle génération pour la mémoire RAM a, elle, un partenariat structurel avec le CEA-Leti. Elle teste dans les salles blanches du CEA ses dernières innovations et utilise du substrat semi-conducteurs préparé par le Leti (notament du FD-SOI).

      On pourrait également citer la société Dolphin Design (ex Dolphin Integration), domiciliée à Meylan. Cette entreprise dessine des puces pour des applications civiles et militaires, notamment du SoC (System-on-Chip). Rachetée conjointement par la société iséroise Soitec et le géant français du missile MDBA, Dolphin Design est bien implantée en Israël depuis la moitié des années 90 [24]

      ...
      . Cette implantation lui permettant de ravir des marchés militaires au Proche-Orient et profiter des réseaux de la tech israélienne. Il est en effet très intéressant pour des sociétés qui font du design de puces et de la création de nouvelles fonctions électroniques de s’implanter en Israël. Non pas tant pour profiter d’un marché déjà bien saturé, mais plutôt pour se servir de son expertise en ce domaine [25]

      [25] Voir...
      .

      On sait que Grenoble est jumelée avec la ville universitaire de Rehovot depuis 1984. Or, à Rehovot on trouve l’Institut Weizmann, une sorte d’équivalent de la branche recherche du CEA [26]

      [26] Nous avons déjà parlé de l’Institut Weizman dans...
      . Le site de la mairie de Grenoble nous explique que ce jumelage est réalisé dans le cadre de coopération de l’Institut Weizmann avec l’Université Joseph Fourier (Grenoble 1) [27]

      ...
      .

      Comme au CEA, les chercheurs et doctorant bénéficient d’un cadre de travail relativement libre leur permettant de « buller » dans leur recherche pointilleuse en physique nucléaire ou biologie de synthèse [28]

      [28] C.f Groupe Grothendieck, Guerre généralisée au vivant...
      . Le directeur de l’institut l’explique à Bruno Lemaire lors de la visite de ce dernier.

      « Ici la recherche scientifique pure et ses futures applications sont deux choses absolument séparées. Les scientifiques étudient ici par curiosité, avec une liberté de pensée complète. Une fois que vous avez trouvé quelqu’un avec du talent, il faut lui donner tous les moyens possibles. » [29]

      ...

      Mais – car il y a toujours un « mais » à chaque fois que l’on parle de liberté dans le technocapitalisme – l’Institut Weizmann, via son bureau de transfert (Navor), touche des royalties sur les découvertes de ses blouses blanches, (comme le CEA dispose aussi de ses bureaux de transfert CEA-Investissement et sa société Supernova Invest [30]

      ...
      ). Ce qui lui a rapporté en 2016... 3,5 milliards de dollars ! [31]

      ...
      La liberté est à ce prix.

      Indiquons que l’institut Weizmann possède en France une fondation destinée à capter les deniers et les cerveaux français et à faire sa pub dans l’Hexagone, Weizmann France [32]

      ...
      . Le président de Weizmann France n’est autre que Maurice Levy, patron de Publicis – donc organisateur du salon des technologies israélienne Vivatech [33]

      ...
      .

      On ne peut pas conclure ce petit état de l’amitié entre les entreprises françaises et israéliennes sans parler du plus gros employeur grenoblois : STMicroelectronics. Écoutons encore une fois l’ambassadeur et blagueur Stéphane Chouchan :

      « STMicroelectronics est un des leaders européens du semi-conducteur, avec un chiffre d’affaires de 8,35 milliards de dollars en 2017 et 120 millions de dollars domestiques en Israël, ce qui fait de STMicroeletronics l’un des plus grands acteurs du semi-conducteur en Israël. […] Nous menons depuis plus de quinze ans des partenariats avec Mobileye ou Valens, mais nous nous sommes également stratégiquement rapprochés de Cisco, Mellanox ou autres. Nous partageons également des projets avec des centres de design. Nous ne sommes en effet pas toujours facilement identifiables. Or les centres de design constituent parfois une aide précieuse dans ce domaine. Nous menons aussi des partenariats avec les universités, comme le Technion ou l’université de Tel-Aviv. [… ] Après avoir ouvert un centre de ventes en 2002 et un centre de recherche et développement en 2012, il nous est apparu logique d’ouvrir un centre d’innovation en 2018. Nous favorisons donc l’accès à la technologie, aux centres de recherche et développement, aux unités commerciales, aux manufactures, qui font défaut à la plupart des sociétés israéliennes. Dans le monde du semi-conducteur, cette expertise est d’une grande valeur. Nous jouons en quelque sorte le rôle de « grand frère technologique », qui rend possible des projets parfois assez ambitieux du point de vue industriel. » [34]

      [34] « Table ronde 2 - La start-up nation et la French tech...

      ST joue en Israël comme son homologue américain Intel Corp., le rôle de guépard, captant les cerveaux et les start-up à forte valeur ajoutée pour nouer des partenariats ou les intégrer au groupe franco-italien.

      Il faut noter aussi que la fonderie israélienne Tower Semiconductor, spécialiste des circuits analogiques et capteurs thermiques a signé un accord avec ST pour s’implanter dans la nouvelle usine de ST d’Agrate en Italie [35]

      ...
      . L’activité de Tower ? Faire des circuits spéciaux notamment pour l’industrie de l’armement :

      « Tower est le fournisseur unique proposant la plus large gamme de technologies pouvant être utilisées par les clients A&D [Aérospatial et Défense] pour les besoins gouvernementaux, militaires et de défense, notamment les ROIC à grande matrice [36]

      [36] Les ROIC sont des micropuces utilisées pour lire les...
      , les imageurs, la photonique sur silicium, le CMOS sur SOI pour les applications RH, les MEMS et les dispositifs à ondes millimétriques, entre autres. » [37]

      ...

      L’entreprise a reçu, sous la marque « Towerjazz », les qualification ITAR (International Trafic in Arms Regulations) pour ses puces 65nm lui permettant de s’ouvrir au marché américain de la Défense. Elle est classée par le DMEA (Defense Microelctroniocs Activity) du
      ministère de la Défense américain (DoD) comme une boîte importante et sûre [38]

      ...
      .

      Puisqu’on parle de STMicroelectronics, il serait malvenu d’oublier sa voisine Soitec et comme elle, spin-off du CEA-Grenoble. Ainsi, les plaquettes SOI utilisées par Tower proviennent de Soitec, qui fournit à Tower des dizaines de milliers de plaquettes RF-SOI 300nm par an [39]

      ...
      .

      Comme Tower, ST a un certain savoir-faire dans les produits spécifiques à destination du militaire. L’entreprise grenobloise est le chef de file du projet militaire européen EXCEED notamment pour le design de « système sur puce » (’system-on-chip’ SoC [40]

      [40] Les SoC sont des circuits intégrés embarqués ayant sur...
      ) avec la technologie développée par Soitec (FD-SOI 28 nm) dans son centre de recherche grenoblois sur le Polygone scientifique. Parmi les partenaires du projet, on trouve ArianeGroup (fabricant du missile atomique M51), Thales, MBDA, Safran Electronics and Defense et l’avionneur italien Leonardo. Le projet durera de 2020 à 2025 avec une enveloppe totale de 12 Millions d’euros dont 1,9 pour ST. Les puces issues du projet sont destinées à équiper, d’après la communication :

      « les capteurs RF et réseaux de traitement du signal, radios flexibles, positionnement et navigation sécurisés, liaisons de données UAV [drone], réseaux militaires, des moteurs de cryptographie flexibles, soldat débarqué, contrôleurs de guidage et de mission critiques » [41]

      ...
      .

      Nos luttes sont matérielles et locales

      En guise de conclusion nous tenons à dire que nous n’avons rien ni contre les Israéliens, ni contre les Palestiniens, ni contre les Juifs, les Arabes, ni contre les Slaves, les Russes, les Ukrainiens, ni contre n’importe quel peuple. Ce que nous combattons, c’est une logique à l’oeuvre et une façon dont notre monde est agencé : le technocapitalisme et sa course en avant mortifère et sanguinaire, aidé dans cette course par les structures étatiques et supra-étatiques. Qu’elles soit « made in France », « made in Israel » ou « made in Ukraine », les technologies continueront à nous tuer en tant qu’humains et en tant qu’êtres vivants. Elles continueront à nous écraser et à nous asservir comme des esclaves.

      Nous ne disons pas que tout se vaut, mais, depuis notre position et avec les idées qui nous portent, nous ne pouvons nous contenter d’accepter benoîtement la guerre de « l’Axe du Bien » face à la « Barbarie ». A l’heure de la fusion intégrale entre le capital et la technologie, il n’y a plus à choisir. Il n’y a rien à regretter de notre monde absurde et sans consistance où la guerre industrielle est devenue une option de gouvernance parmi d’autres, où « tout change pour que rien ne change » dans un confort ouaté de consommateur-citoyen ou sous une maison en ruine. Notre exigence de liberté nous commande d’agir tout de suite et ici-même. La mobilisation totale pour la guerre nous guette, tâchons d’être plus rapide qu’elle avant que nous soyons tous pris dans son piège inextricable.

      Le combat se situe donc bien au-delà des appels patriotiques, nationalistes, ethniques ou communautaires. La seule communauté auxquels nous accordons de l’importance et pour laquelle nous nous battrons sans relâche, c’est la communauté humaine. C’est dans cette optique que nous essayons d’aider nos congénères dans une pure localité de la lutte : solidarité avec nos congénères opprimés et combats sans relâche contre les ingénieurs, scientifiques, technologues et encravatés des instituts mortifères. Car le pouvoir aujourd’hui se situe là : dans la puissance liée à l’argent et à la technologie, liée aux machines, aux usines, aux laboratoires et à leurs directives. Dans cette démarche d’action réelle et endurante, intransigeante et stratégique, nous combattons donc les sbires grenoblois et leur modèle de développement car nous savons que les répercussions – on les vois déjà – dépassent de loin les frontières naturelles de nos montagnes.

      Tout est à faire, les rapports de force se mettent en place pendant que les contradictions profondes réémergent. Tâchons de dépasser les fausses oppositions, précipitons les frictions et poussons les exigences de liberté à l’ensemble de la vie humaine pour qu’enfin, le mouvement de contestation émergeant embrasse dans la négation la totalité des existences.

      Bella matribus detestata.

      https://lundi.am/De-Grenoble-a-Tel-Aviv

    • Guerres & Puces - La dure réalité de la microélectronique en temps de guerre mondialisée

      En pleine montée du bellicisme et de la barbarie au Moyen-Orient et pendant que Poutine et Biden nous refont la Guerre Froide avec notamment une nouvelle menace atomique, il nous faut redire encore et encore en quoi la France participe, avec son « écosystème de la microélectronique » aux guerres, avec ses morts, ses destructions et ses colères légitimes, de part et d’autre du globe.

      « Il existe un lien direct entre semi-conducteurs et puissance militaire [… ]. Bien que la plupart des puces produites aujourd’hui soient utilisées à des fins civiles, les grandes armées du monde sont de plus en plus dépendantes des semi-conducteurs les plus avancés. »

      Chris Miller, auteur de Chip War [1]

      [1] Chris Miller, La guerre des semi-conducteurs. L’enjeux...
      , interview dans Libération, 30 Août 2023.

      Le nerf de la guerre : les puces

      L’Observatoire des armements (OBSARM) vient de publier un compte-rendu à partir de deux rapports de la commission défense du parlement [2]

      ...
       : l’un concernant les exportations françaises d’armes et l’autre, les fameux « biens à double usage » [3]

      ...
      , c’est-à-dire le matériel civil servant à faire la guerre.

      Et la révélation est importante : en 2023 il y a eu une augmentation par six des exportations françaises de biens à double usage vers Israël. En effet le montant passe de 34 millions d’euros en 2022, à 192 millions d’euros en 2023, avec notamment 154 millions en puces (capteurs, lasers, etc).

      On se doute qu’une partie des puces et capteurs sont made in Grenoble, si on se souvient de l’enquête du media en ligne Blast, "Russian Paper [4]

      ...
      ", où il était démontré que les entreprises Lynred et STMircoelectronics utilisaient des intermédiaires israéliens pour acheminer leurs puces en Russie. D’intermédiaires, il est facile d’en faire des clients finaux. Sans compter que ST a des centres de R&D et des bureaux en Israël depuis 20 ans et que ses partenariats et autres acquisitions d’entreprises israéliennes sont nombreuses [5]

      [5] Groupe-Grothendieck, De Grenoble à Tel Aviv, sur...
       :

      « STMicroelectronics est un des leaders européens du semi-conducteur, avec un chiffre d’affaires de 8,35 milliards de dollars en 2017 et 120 millions de dollars domestiques en Israël, ce qui fait de STMicroeletronics l’un des plus grands acteurs du semi-conducteur en Israël [6]

      [6] Stéphane Souchan responsable de la French Tech en...
      . »

      Les guerres 2.0 ont un appétit gargantuesque en puces (contrôleurs, capteurs, processeurs) parce que le matériel jetable, c’est-à-dire les munitions, les missiles et les drones kamikazes en sont truffés. Le plus souvent, même des gros producteurs de puces comme Israël ou la Russie ne peuvent combler cet appétit avec seulement la production interne. Il faut donc rafler les puces partout où il y en a : des machines à laver kazakh [7]

      ...
      aux usines de la vallée grenobloise, tout est bon pour combler l’appétit sans fin de Moloch.

      D’où le fait que les exportations de puces françaises montent en flèche vers Israël et la Russie. Rappelons que pour l’année 2023, il a été découvert sur le champ de bataille ukrainien pour 94 millions d’euros de puces ST, le plus souvent issues de missiles russe [8]

      ...
      ….mais que font les syndicats des usines de Crolles ? Les morts russes et ukrainiens sont-ils plus « légitimes » que les morts palestiniens ? L’internationalisme est-il à géométrie variable ?

      Les embargos servent surtout à calmer les opinions publiques envers les vendeurs d’armes quand le sang éclabousse trop les caméras, mais n’ont jamais été réellement mis en application. Ils n’ont pas un rôle éthique du genre d’embargo qu’avait imposé De Gaulle à Israël en 1967 après l’attaque contre l’Égypte, espérant ainsi temporiser les déjà voraces appétits d’Israël. Les embargos aujourd’hui sont une manière de contraindre l’économie des ennemis à se reconfigurer. Ce qui prend du temps et qui permet de provoquer du mécontentement dans les populations qui ont à subir des coupes budgétaires et des baisses de salaires, et donne des temps de latence dans la production ou l’achat d’armement des assaillants.
      La guerre mondialisée : entre augmentation de la puissance technologique et ré-agencement économique

      Ce que l’on vient de dire précédemment est de la théorie. En pratique, le business l’emporte toujours sur le politique car le business est la vrai politique de notre temps. Enfin… le business couplé à l’accroissement sans limite de puissance, quitte à foutre en l’air des pans entiers du globe, à provoquer la haine de population pour trois générations, et à laisser planer sur la Terre entière des menaces d’holocauste atomique.

      Dans la guerre mondialisée, il n’y a plus cette ancienne rupture économique et sociale des guerres mondiales, où les fronts et frontières étaient bouclés, barricadés, et où la pénurie s’installait. Les échanges mondialisés et supportés par les réseaux virtuels s’accommodent maintenant d’affrontements durs et sanguinaires sur les fronts et frontières par un ré-agencement constant des routes et échanges économiques. Les pôles de puissances économiques maintenant variés et multiples (zone chinoise, zone étasunienne, zone singapourienne, zone indienne, zone turque, zone européenne, zone du golfe persique, etc) font qu’il est facile de changer de fournisseurs, d’acheteurs ou de vendeurs d’une denrée et d’échanger devises et actifs avec d’autres agents économiques.

      Prenons la Russie. Elle a complètement reconfiguré son système bancaire vers la Chine, réorienté ses exportations vers les Brics et dispose d’une diaspora aux quatre coins du monde permettant le transit de puces et autres matériels sensibles par des sociétés écrans singapouriennes, chinoises ou turques. Et vu que la demande en matières premières est bien souvent beaucoup plus forte que l’offre, au fur et à mesure de l’épuisement des ressources et du changement climatique, il est par exemple facile pour la Russie de vendre son excédant de gaz et d’autres matières pétrolifères à qui le veut. Poutine peut même se glorifier d’un peu de croissance et d’une augmentation générale des salaires de 17 % à 19 % [9]

      ...
      . Tournée générale, y’a rien à voir ! En somme, la routine capitaliste dans la guerre mondialisée.

      Israël ou l’Ukraine sont encore bien dépendantes des américains pour leur économie (de guerre il va sans dire !) mais développent toutes deux une forte « économie de la connaissance » liée à leur complexe scientifico-militaro-industriel, comprenez le système des start-up rachetées par des multinationales qui peuvent avoir comme client l’armée.

      Vous êtes haut technocrate d’un pays en guerre et vous voulez des points de croissance, malgré la guerre, les pleurs et le sang ? Injectez massivement de l’argent public dans des structures de recherches (Le Weizman Institute ou le Technion en Israël, CEA et l’AID en France, l’UCU et Polytechnique en Ukraine [10]

      ...
      ), puis concentrez le jus de cerveau de votre recherche publique dans des « incubateurs », enfin garantissez sur deux ou trois ans le revenu de vos nouveaux startuppers ex-chercheurs ou ingénieurs. Trois solutions sont à envisager. 1° Vos petites start-ups meurent car il n’y a pas de marché correspondant, c’est le lot des 3/4 des boîtes ; 2° Au contraire, des débouchés civils ou civilo-miltaires arrivent (investissez dans le drone, les biotechnologies ou l’IA en ce moment !) ; enfin, 3°, le must, c’est de se faire racheter très cher par les « guépards » du coin, c’est-à-dire par les grosses multinationales bien implantées dans les « silicon valley » françaises, israéliennes, russes ou ukrainiennes. C’est pour cette raison que tous les gros industriels français ou américains ont des centres et des bureaux en Israël, le pays au 7000 start-ups et 90 licornes. STMicroelectronics a même un incubateur géant, le ST-Up accelerator créé en 2018 à Jérusalem [11]

      [11] Pour une analyse du « jeu » des guépard, des zèbres...
      .

      Dans tout ce merdier, les industriels de l’armement français et les marchands de puces, notamment Safran [12]

      ...
      , Thales [13]

      ...
      , Nicomatic [14]

      ...
      et STMicroelectronics s’en sortent bien. Ils utilisent des intermédiaires chinois, singapouriens ou turques pour vendre des puces à des États en guerre de « haute intensité [15]

      [15] Il y a dans le monde quelques guerres dites par les...
       ».

      Quant aux « matières fissibles » (uranium enrichi ou déchets nucléaires), elles ne font même pas partie des embargos – et du reste on en parle pas – ce qui permet à la France de garder son train-train nucléariste comme à l’accoutumée (un tiers de notre uranium enrichi est importé des centrifugeuses du géant russe Rosatom ; Framatome (France) continue de construire, notamment en Hongrie, des centrales nucléaires avec Rosatom [16]

      ...
       ; et Orano refile une partie de ses déchets nucléaires à la Russie [17]

      ...
      .)

      Le technocapitalisme est une tuerie sans nom

      Revenons à Israël et aux liens avec la France et reparlons de plates vérités difficiles à entendre. La France exporte en moyenne tous les ans pour 20 millions d’euros d’armes à Israël. C’est juste 0,2 % de ses exportations mondiales pour ce mastodonte de l’armement (la France est deuxième exportateur mondial d’armement en 2023 [18]

      ...
      ). 20 millions, ce sont des broutilles diriez-vous, mais des broutilles qui tuent !

      On ne dira jamais assez qu’il ne faut pas voir tout le temps les quantités d’armes exportées mais plutôt le type (par exemple les boîtiers de détection Thalès classé ML5 « 
      Matériel de conduite de tir et matériel d’alerte et d’avertissement connexe » [19]

      [19] « Guide du classement du matériel de guerre et...
      peuvent avoir de grosse capacité de nuisance quand ils sont installés sur des drones israélien Hermes 900, même si leur coût n’est pas élevé, ni les quantités astronomiques [20]

      ...
      .)

      Sur le champ de bataille israélo-palestinien on peut retrouver l’hélicoptère AS565A Panther d’Airbus (ex-Eurocopter) baptisé « Atalef » [21]

      ...
      , des hommes de Tsahal équipés de fusils d’assaut de la marque PGM Précision [22]

      [22] Voir la brochure « Lyon, capitale européenne du...
      , des drones Watchkeeper WK450 d’une « joint venture » de Thales avec l’entreprise israélienne Elbit System [23]

      [23] « Les liaisons dangereuses de l’industrie française de...
      , ou encore de manière plus anecdotique, l’interception de drones iraniens par des missiles français tirés de bases françaises en Jordanie et en Irak [24]

      ...
      . La France donc, ou tout du moins son « savoir-faire », sont bien présent dans cette guerre d’extermination et ne font qu’amplifier le désastre même si elle se positionne dans le jeu médiatique en État-arbitre, renvoyant dos à dos palestiniens et israéliens.

      Mais ce n’est pas tout, Israël avec son gros Triangle de fer (complexe scientifico-militaro-industriel), exporte largement elle aussi, et les deniers récoltés peuvent retourner illico-presto pour faire la guerre aux palestiniens et maintenant aux libanais. Elle est toujours dans le top 10 des exportateurs d’armement, souvent talonnée par la Corée du Sud, et est leader dans quelques secteurs clé comme le drone, la cyberdéfense, maintenant l’IA militaire :

      « La concurrence israélienne est, quant à elle, très performante sur certains segments de haute technologie (matériels électroniques, drones, systèmes spatiaux, missiles). Les exportations d’armes israéliennes ont doublé en une décennie, en raison des changements de l’environnement stratégique en Europe et de la normalisation des relations diplomatiques avec plusieurs pays arabes. Malgré le conflit découlant de l’attaque du 7 octobre, l’industrie israélienne continue à proposer ses offres à l’export » [25]

      [25] « Rapport au Parlement 2023 sur les exportations...

      Le chiffre d’affaires combiné des trois entreprises israéliennes du Top 100 (Elbit System, IAI et Rafael) a atteint 12,4 milliards de dollars en 2022, soit une augmentation de 6,5 % par rapport à 2021 [26]

      ...
      .

      Les échanges scientifico-techniques avec Israël ne se sont pas arrêtés, le Haut Conseil Franco-Israélien pour la Science et la Technologie (HCST) continue de délivrer des bourses à des chercheurs [27]

      ...
      , pendant que des gros instituts de recherche français nouent des partenariats de plus en plus serrés avec des pôles de recherches israélien. Notamment l’Institut national de recherche en informatique et automatisme (INRIA) qui a signé un accord cadre avec le Technion israélien avec à la clé une enveloppe bipartite de 720 Millions d’euros pour développer l’ordinateur quantique [28]

      ...
      . De plus l’INRIA continue a vouloir envoyer des chercheur en Israël [29]

      ...
      . L’INRIA n’est qu’un exemple, mais les échanges scientifiques franco-israéliens sont fructueux pour les deux « start-up nation » et mériteraient d’être cartographiés et dénoncés.

      La marche forcée scientifico-militaire n’a pas de point de vue « morale », au contraire, plus la guerre avance, plus « l’innovation de Défense », comprenez la mobilisation scientifique pour la guerre sera de mise. Il faut du jus de cerveau concentré et des savoirs-faire spécifiques pour que les drones tuent mieux, que l’IA détecte mieux les cibles et que les missiles soient le plus performant possible pour détruire ! Le technocapitalisme, dont la recherche publique est l’un des rouages [30]

      [30] Fabrice Lamarck, Des treillis dans les labo. La...
      (et le chercheur un pion mais un pion volontaire !), a besoin de ces cerveaux bien enrégimentés pour continuer à tuer et vendre des armes !

      Devant l’atrocité des massacres à Gaza, au Liban mais aussi sur le front russo-ukrainien, ou au Yémen, la neutralité scientifique n’a plus sa place. Continuer tout bonnement son train-train de recherche en IA, en informatique, en microélectronique, en résistance des matériaux, continuer à bosser dans des laboratoires où Thales ou MBDA ont investit et donnent des conseils, être chercheur ou ingénieur chez ST ou Airbus, c’est sûrement avoir du sang sur les mains. Et oui, quand nous sommes « en paix » (paix toute relative), les questions morales échauffent moins les oreilles de nos producteurs de biens ou de savoir parce que les massacres et la guerres existent qu’en potentiel. Effectivement, la France a un potentiel de mort et de destruction quasi-illimité, et cela c’est grâce en grande partie à nos chercheurs et à leur technoscience que nous le devons.

      Cependant, il n’y a pas les mêmes responsabilités entre un trimard faisant les 3-8 en salle blanche et le chef de projet R&D d’une multinationale, qui passe des commandes et comprend à quoi vont servir les puces de son unité de conception. Mais de toute façon, au-delà des parcours individuels, que ces usines et ces instituts de mort ferment, malgré les emplois, malgré la Connaissance, malgré le « Progrès », malgré la manne financière, serait la meilleur des solutions politiques pour mettre fin à la destruction sans concession à laquelle notre génération assiste.

      Quant aux thésards, étudiants, réfusant, celles et ceux qui ne sont pas résignés ou pas encore trop bien installés dans l’ordre technoscientifique commencent à se mobiliser. Il y a des énergies vivantes et en colères qui fomentent en interne. La technocratie en place va avoir du mal à « fixer » et à « canaliser » ce mouvement de fond et tant mieux !
      Conclusion : aux hésitants et refusants, c’est maintenant qu’il faut agir

      Il paraît clair que la France est rentrée tête baissée dans une économie de guerre et qu’elle se prépare à la guerre de « haute intensité ». Les signaux faibles de ce futur engagement sont pléthores (3 milliards pour les hôpitaux militaires, Jeux de rôles militaires avec l’OTAN, obligation pour les industriels de l’armement de faire des stocks, loi sur les ingérences étrangères, bourrage de crane intensif, etc). Encore beaucoup de personnes nient l’évidence et ce même après les multiples prises de parole de Macron, du Ministre des Armées Lecornu et des chefs militaires. Elle y rentrera doucement en guerre, elle y est déjà rentré en faite ! Le fait que la marine française ai intercepté des tirs de missiles houthis en provenance du Yémen le 21 Mars [31]

      ...
      , mais aussi les interceptions de quelques drones et missiles iraniens lors de l’attaque massive du 13 Avril dernier contre Israël [32]

      ...
      , montre qu’elle est déjà sur les théâtres d’opération (opération ASPIDES en mer Rouge, mission Aigle aux frontières Roumanie-Ukraine), prête à dégainer quand papa-OTAN le décidera.

      C’est une spirale montante dont on ne sait où elle mènera et quand elle s’arrêtera… si elle s’arrête un jour !, Et nous sommes bien malgré nous tous prit dedans en tant que producteurs de savoir, producteurs de biens à double-usage, producteurs d’armement mais aussi en tant que soldats et réservistes (objectif de 300 000 hommes au total pour 2030), et enfin en tant que citoyens, c’est-à-dire sujet de l’État nous nous prenons au jeu d’imaginer des stratégies de guerre, de promouvoir la violence (« faut bien se défendre ! ») et vivons torses bombés dans une atmosphère patriotique foncièrement réactionnaire. Les militaires appellent cette dernière « composante » du militarisme français, les « forces morales de la nation », qui devront, en cas de coup dur, être derrière les « premiers de cordée » cette fois habillés tout de kaki, arme à la main pour sauver les valeurs mortifères de la France [33]

      [33] Si vous voulez vous tenir au courant des agissements...
      .

      Les personnes qui soutiennent le calvaire palestinien en ce moment, les anti-militaristes convaincus ou qui viennent de le devenir, les sympathisants des causes anti-impérialistes, anti-colonialistes, les pacifistes, les anarchistes anti-nation, tous commencent à comprendre l’ampleur des forces bellicistes des pays du sommet capitaliste et de comment la France mène sa barque industriellement et militairement là dedans.

      Des groupes en réseaux comme Stop Arming Israël [34]

      ...
      ou le Réseau de surveillance de l’Observatoire des armements [35]

      ...
      , ont compris qu’il était intéressant d’agir localement sur le complexe scientifico-militaro-industriel, dans chaque ville de France, d’Angleterre ou d’Allemagne où ces instituts et multinationales se déploient. Manifestations, piquets devant les usines, jets de faux sang, sabotages, pression sur les pouvoirs publics, discussions dans les laboratoires, affiches de la honte, mobilisations des syndicats des boîtes, enquêtes critiques… un large panel d’actions se met en place un peu partout en France d’un mouvement anti-militariste qui, nous l’espérons, ne s’arrêtera pas au massacre des palestiniens, mais embrassera petit à petit toutes les misères des guerres en cours dont la France trempe salement.

      Principalement répartie en France en trois « pôles de compétitivité de rang mondial » à Grenoble, Paris-Saclay et Bordeaux-Toulouse, le côté « innovation de Défense » (le lien armée-recherche) commence à être aussi dénoncé dans les facs et écoles d’ingénieurs où les entreprises d’armement comme Thales, Airbus et SAFRAN [36]

      [36] Par exemple à Grenoble :...
      sont bien installées et amplifient leurs encrages, proposant cours, bourses pour les étudiants précaires [37]

      ...
      , présences dans les forums étudiants et surtout finançant des recherches grâces aux chaires privées [38]

      [38] Par exemple la chaire « Deepred » à Grenoble créée par...
      . Mais les étudiants et les syndicats commencent à réagir : tribune des chercheurs pour un cessez-le-feu à Gaza [39]

      [39] « Engageons-nous activement pour arrêter immédiatement...
      , occupation de la Sorbonne en mai dernier (86 gardés à vue) [40]

      ...
      , actions multiples contre Thales à Toulouse [41]

      ...
      , AG étudiante luttant contre la présence de Thales à Grenoble… la sauce monte et les directeurs d’universités feront tout pour conserver cette manne financière, quitte à avoir les mains sales et à envoyer la flicaille au moindre débordement, Attal l’a promis ! De toute façon, le Triangle de fer est structurant pour les 3 pôles de compétitivité depuis les années 1950-1960 [42]

      [42] Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée. La...
      , alors nous espérons que contester la présence de Thales pourra permettre de dérouler la vieille bobine mortifère d’une recherche publique française qui travaille structurellement pour le capitalisme mortifère… et peut-être permettre une remise en cause de l’ordre technoscientifique et de savoir s’il faut vraiment continuer la recherche scientifique ? [43]

      [43] Voir le collectif Grenoblois FIC la recherche ?...

      https://lundi.am/Guerres-Puces

  • #Contre-cartographie : ce que Google Maps ne vous montre pas

    Pour trouver son chemin, et de préférence avec l’itinéraire le plus rapide, nombreuses sont les cartes dans nos poches : Google Maps, Waze, etc. Elles peuvent nous géolocaliser en temps réel, mesurer les distances parcourues, mais aucune d’entre elles n’est capable de représenter les ressentis et les vécus liés à nos déplacements. La contre-cartographie vient rebattre les cartes, et bouscule notre rapport utilitaire à l’espace. Ici, pas question de suivre la supposée #objectivité scientifique, on veut représenter le monde tel qu’on le vit pour mieux mettre en avant les problématiques invisibles à l’œil nu : dynamiques raciales, enjeux environnementaux ou même nos propres questionnements intérieurs.
    Tracks part à la rencontre de celles et ceux qui spatialisent les enjeux sociétaux et cartographient notre intime. L’artiste canadienne #Larissa_Fassler dessine les contours des #inégalités qu’elle lit dans les espaces publics. Le danseur et performeur #Mathias_Poisson porte son attention sur le vivant et suit ses sens pour cartographier sa #subjectivité. #Stéphanie_Sagot, quant à elle, œuvre à retranscrire le monde sous un prisme éco-sensible avec des cartes-peintures de #paysages.

    https://www.youtube.com/watch?v=zobSOVvxKsM


    #vidéo #cartographie #pouvoir #domination
    ping @reka

    • Notez qu’il y a en ce moment une discussion débat au sein de notre groupe informel réuni avec et autour du collectif orangotango+( This is not an atlas , Transcript, 2018, téléchargeable gratuitement sur le site https://notanatlas.org/book) sur la terminologie même de « contre-cartographie », et ceci entre les Philippines (Merci Joseph et Boris) L’Allemagne, la France, la Norvège et l’Amérique du sud (Argentine et Brésil, merci Paul et Severin ainsi que Camila), rien de moins ! Et un concensus est en train de se dégager doucement, pour renoncer au terme « contre-cartographie » au profit de quelquechose de moins « destructif », mais on continue à réfléchir.

      Merci @cdb_77 Cristina d’avoir signalé cet excellent reportage. Je me suis réjouis de voir Matthias et Larissa Fassler (je ne connaissais pas Stéphanie Sagot). C’est extrêmement bien fait il se dit des choses très fondamentales et intéressantes, qui ouvrent des pistes de réflexions qui méritent vraiment d’être développées. Je me rends compte, en les écoutant attentivement, que j’aime beaucoup ce qu’ils fon, j’aime rêver, et me plonger dans leurs univers aux marges de l’art, de l’imaginaire et du réel. De mon côté je développe des approches qu’elles soient radicales ou critiques, expérimentales et sensibles mais sur des chemins différents, m’appuyant beaucoup plus sur les représentations géométriques, sur l’usage souvent détourné de la sémiologie graphique, sur le graphisme suggestif. Ça montre un univers cartographique, des pratiques cartographiques en prolongement, très diversifiées qui font la richesse de cette écriture.

      Enfin il faut regarder les commentaires, certains sont dithyrambiques, d’autres carrément haineux et arrogants : ces commentaires destrructiufs sont très médiocres, mais c’est intéressant de voir comment c’est reçu par une diversité de personnes dans un contexte politique, culturel et social très explosif pour ne pas dire sensible.

  • Pour sauver l’#Amazonie, un archéologue, un avion et un laser

    https://www.lemonde.fr/international/article/2024/09/27/pour-sauver-l-amazonie-un-archeologue-un-avion-et-un-laser_6335811_3210.html

    Par-dessus l’Amazonie vadrouille ces derniers temps un curieux petit avion. En apparence, rien ne le distingue de ses congénères, si ce n’est la très basse altitude de son survol. Mais à son bord, l’aéronef transporte une technologie bien particulière, le Lidar : un procédé de télédétection par laser de haute précision capable de « déshabiller » la végétation, révéler les secrets dissimulés sous la canopée et, peut-être, contribuer à son sauvetage.

    Le coucou opère pour le compte du projet Amazonia Revelada (« Amazonie révélée »), lancé en 2023 par l’archéologue brésilien Eduardo Goes Neves. A 58 ans, ce professeur renommé de l’université de Sao Paulo a passé plus de la moitié de sa vie à arpenter la jungle en quête de vestiges. « Mais aujourd’hui, je ne veux plus me contenter de parler de céramiques vieilles de 8 000 ans. Je veux agir dans le présent ! », explique le scientifique.

    « Le Lidar émet des milliards d’ondes par seconde, dont une petite partie perce la sylve et atteint le sol, permettant d’identifier élévations ou structures humaines », poursuit-il. Depuis un an, près de 1 600 kilomètres carrés ont été cartographiés par ce procédé de « déforestation digitale », soit l’équivalent de quinze fois la superficie de Paris, depuis l’embouchure de l’Amazone jusqu’à l’Etat enclavé de l’Acre.

    Une trentaine de « sites » ont été découverts. Des structures géométriques, des champs surélevés, une muraille et même un village portugais abandonné, datant du XVIIIe siècle, à la frontière avec la Bolivie. « Partout où on cherche, on trouve ! », s’enthousiasme M. Goes Neves, pour qui l’Amazonie est tout sauf une forêt vierge ou un « désert humide » : « C’est un patrimoine bioculturel, un bassin écologique mais aussi civilisationnel, profondément transformé par les peuples indigènes. »

    Mais l’objectif affiché ne se limite pas à la science. Le projet « est aussi une réaction contre la dévastation de l’Amazonie », insiste l’archéologue. Les zones de survol du #Lidar ont été soigneusement sélectionnées pour suivre plusieurs lignes de front de la déforestation qui ravagent aujourd’hui la jungle. Plus de 100 000 incendies ont été identifiés dans la forêt tropicale depuis le début de l’année, soit le double de ceux recensés en 2023.

    « Lieux sacrés »
    La Constitution brésilienne tout comme une loi en vigueur depuis 1961 imposent aux autorités de protéger les sites archéologiques. Amazonia Revelada ambitionne donc de forger de nouvelles zones de sauvegarde constituées de portions de forêts abritant des vestiges préservés. « Soit la création d’une nouvelle strate de protection, culturelle cette fois », résume M. Goes Neves.

    Avant toute chose, ses équipes ont pris soin d’obtenir l’accord des populations survolées. « Il s’agit d’Indigènes, mais aussi de communautés quilombolas [descendants d’esclaves] et ribeirinhas [pêcheurs traditionnels]. A chaque fois, on travaille avec des chercheurs locaux, formés, capables d’aller authentifier les découvertes », explique #Bruna_Rocha, archéologue participant au projet et basée à Santarem, sur l’#Amazone.

    Pour les #indigènes, ces vestiges ont une valeur qui va bien au-delà du patrimoine. « Ce sont des lieux témoins de notre passé, que nous visitons avec les plus jeunes pour leur raconter notre histoire. Mais ce sont aussi des lieux sacrés, vivants, où l’on peut sentir la présence des esprits », témoigne le cacique Juarez Saw, sexagénaire issu du peuple Munduruku, joint par téléphone depuis son village du rio Tapajos, au cœur de la forêt.

    Certains peuples, comme ceux du Haut-Xingu, ont refusé de participer au projet, « de peur que les données soient utilisées par leurs ennemis pour détruire ces vestiges », selon Bruna Rocha. Le cas s’est malheureusement produit sur les terres munduruku. « Les orpailleurs illégaux ont démoli beaucoup de nos lieux sacrés », déplore M. Saw.

    Mais répertorier des sites #archéologiques aura-t-il un effet sur la protection de la forêt ? « On essaie depuis trente ans de sauver l’Amazonie à coups d’arguments environnementaux, économiques, humains… Mais rien ne fonctionne. Alors, oui, le patrimonial, ça peut aider. Il faut mettre le paquet ! », croit #Stéphen_Rostain, archéologue et premier signataire d’un article retentissant de la revue Science, publié en janvier, révélant, grâce au Lidar, l’existence d’un gigantesque réseau de cités-jardins vieux de 2 500 ans en Amazonie équatorienne.

    Le temps presse et l’argent manque
    Difficile, cependant, d’imaginer que l’Institut du patrimoine brésilien, l’Iphan, pourra faire mieux en la matière que l’Ibama, la police environnementale. « Le projet est très intéressant, mais il ne crée pas de dispositif concret de sauvegarde de la nature », relève Francois-Michel Le Tourneau, directeur de recherche au Centre national de recherche scientifique et spécialiste de l’Amazonie. « Pour que ça fonctionne, il faudra que la loi incorpore la dimension culturelle de la protection de la nature », insiste de son côté Ane Alencar, directrice scientifique à l’Institut pour les enquêtes environnementales en Amazonie.

    « On n’est pas naïfs. On sait bien que l’archéologie seule ne peut pas sauver l’Amazonie ! », concède M. Goes Neves, qui estime que son projet servira d’abord à « accentuer la pression » sur le gouvernement de Luiz Inacio da Silva et, plus encore, sur un Congrès brésilien « réactionnaire » et acquis aux intérêts de l’agronégoce.

    Mais le temps presse et l’argent manque. Amazonia Revelada est pour le moment financée par la seule National Geographic Society, organisation scientifique et éducative non lucrative basée aux Etats-Unis. Celle-ci a déboursé 1,8 million de dollars (1,6 million d’euros) pour le projet dont l’intensification nécessitera forcément l’aide de pouvoirs publics.

    Bonne nouvelle : çà et là en Amazonie, des projets de protection environnementale reposant sur le patrimoine culturel et archéologique commencent à voir le jour. Le plus éloquent reste celui du « Stonehenge brésilien » : un site exceptionnel, composé de 127 blocs de granit et vieux d’un millénaire, qui aurait accueilli des cérémonies rituelles liées au solstice. Les autorités souhaitent en faire une zone protégée et attirer les touristes.

    Les premiers résultats des survols d’#Amazonia_Revelada seront présentés lors d’un congrès organisé à Manaus, dans le nord du #Brésil, en octobre. « A terme, notre rêve, c’est de cartographier toute l’Amazonie ! », assure un Eduardo Goes Neves à l’enthousiasme contagieux. Le petit coucou, armé de sa technologie #laser, n’en a pas fini de voler au-dessus la canopée.

    #Bruno_Meyerfeld (Sao Paulo, correspondant)