• Intellectuels de tous les pays, dé-trumpez-vous !

    La détestation que tentent de susciter les penseurs conservateurs envers les concepts critiques de #genre, #race ou d’#intersectionnalité est l’écho direct de la politique de Trump dont l’administration a combattu les « #gender_studies ».

    Il est amusant de voir converger le #sensationnalisme des médias et les éructations de leurs « #intellectuels » attitrés, fixés sur une série de mots-clés : #gender, #woke, intersectionnalité, #décolonial, #race… Mais ce sont aujourd’hui des mots vides qu’on agite, les mêmes sur les couvertures des magazines ou tabloïds et dans les chroniques ou tribunes. #Luc_Ferry dénonce « l’#écoféminisme » allié à « l’#islamo-gauchisme » « pour former la ”#cancel-culture-woke” ». #Isabelle_Barbéris accuse les #recherches sur le genre et l’intersectionnalité d’être des « #pseudo-sciences », mais serait bien en peine de donner des arguments scientifiques en ce sens. Les mêmes dénoncent la « #chape_de_plomb » et l’atteinte aux #libertés que constituerait l’existence même de recherches d’universitaires qui, de leur côté, n’ont jamais empêché leurs collègues de mener les leurs.

    Alors pourquoi une certaine génération d’intellectuels, que l’on a beaucoup entendue ces derniers temps, se sent-elle menacée ? Si on écarte la thèse des pathologies mentales engendrées par la pandémie – que révèlent, entre autres, les bagarres autrement plus graves entre bandes de jeunes –, on peut analyser cela en termes de stratégies de #pouvoir_académique. Nous assistons à la #radicalisation d’attitudes que les spécialistes du domaine du genre ont connue de longue date : la volonté politique de #déconsidérer, et si possible de #criminaliser, des recherches qui sont largement développées et légitimes ailleurs, par exemple en accusant ladite « théorie du genre » de ne pas être scientifique – en dépit du fait rappelé dans le journal du CNRS qu’il s’agissait de thématiques de recherche reconnues dans les programmes de l’Union européenne, et développées également dans les sciences « dures ».

    De fait, ces thèmes ont toujours été honnis par l’#extrême_droite, et les chercheurs qui s’y investissent sont régulièrement la cible des sites, médias, militants de cette obédience. Mais l’attaque du gouvernement est une #radicalisation_électoraliste qui permet à des figures opportunistes d’essayer de reprendre pied dans le milieu universitaire resté relativement imperméable aux idées d’extrême droite. La réaction quasi unanime aux déclarations polémiques des ministres #Vidal et #Blanquer (demande de démission de Vidal signée par 24 000 universitaires) est une preuve de plus de cette difficulté que rencontre cette partie ultraréactionnaire du monde intellectuel, qui a une place bien installée dans les médias, et a clairement l’oreille du pouvoir… mais ne domine pas vraiment dans les #universités ni dans les organismes de #recherche. Ce petit milieu s’est senti pousser des ailes lorsque le #pouvoir_politique a repris les idées de l’extrême droite et son agenda classique, la #chasse_aux_intellectuels qui travaillent sur le genre, la race, le #décolonial.

    Mais le mouvement reste limité : les signataires de tribunes dénonçant l’« islamo-gauchisme » qui gangrène les universités en lien bien sûr avec le « gender », sont en réalité éloignés du #monde_académique – retraités, bénéficiaires de positions protégées dans des institutions où ils n’enseignent pas ou peu, au rayonnement très faible dans la recherche. Leur seule chance d’exister dans un monde universitaire internationalisé est donc de déconsidérer leurs collègues pour tenter de les priver de ressources, par exemple en manipulant les outils d’évaluation ; d’où leur nouvel intérêt pour le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), institution dont le gouvernement a récemment pris le contrôle direct.

    Tout cela au nom de la défense du « #pluralisme ».

    Ce croisement fétide entre enjeux intellectuels et politicards n’a pas lieu par hasard. Les concepts de genre, de race et d’intersectionnalité ont été forgés dans et par de nouveaux #mouvements_sociaux et dans l’#activisme (1) qui a permis de mettre en avant de nouvelles catégories d’#oppression. Ce sont des concepts critiques, des outils qui servent à voir et analyser les #inégalités présentes dans les sociétés contemporaines. Ce qui en fait des concepts perturbants pour la pensée ultraconservatrice, qui les a constamment ciblées. Les recherches sur l’intersectionnalité ont fait voir des formes extrêmes de #discrimination et de #vulnérabilité sociales : celles subies par les femmes noires aux Etats-Unis et apparues au grand jour avec la pandémie.

    La détestation « animale » que tentent de susciter les penseurs ultraconservateurs envers les mots même de genre, race… est l’écho direct de la politique de Trump. David Chavalarias, dans un remarquable article synthétisant l’étude quantitative de la diffusion du terme « islamo-gauchisme » sur Internet et les réseaux sociaux, note que ce vocable y a été remobilisé par le gouvernement suivant les méthodes de l’#altright trumpiste (de #Steve_Bannon), de façon à déconsidérer simultanément des recherches… et des #mouvements_émancipateurs. Ce que proposent nos ministres français s’apparente au programme « éducatif » de #Trump dont l’administration a combattu les gender studies et interdit l’usage des mots tels « #fœtus » et « #transgenre » dans les institutions de santé. Trump avait créé une commission pour promouvoir « l’#éducation_patriotique » et revenir sur l’histoire de l’#esclavage, « dangereuse et erronée » selon lui. Il dénonçait, digne précurseur de nos génies nationaux, la « théorie raciale » et les études afro-américaines. Sa secrétaire à l’éducation #Betsy_DeVos avait engagé une réécriture des #manuels_d’histoire pour glorifier le passé esclavagiste et promouvoir une nouvelle version de l’#histoire des Noirs, contre les « #radicalo-gauchistes ».

    Trump voulait ainsi consolider sa politique et son discours sexistes et racistes. Et l’on sait que la mobilisation des minorités a été essentielle dans la récente élection présidentielle. Sans les activistes, Biden ne l’aurait jamais emporté par plus de 7 millions de voix d’écart sur Trump. C’est bien par une prise de conscience – ce qu’on appelle, ici avec dérision, le woke – des injustices, parfois mortelles, que promouvait et créait sa politique que la catastrophe a été évitée. Une majorité des citoyens américains a ainsi su s’appuyer sur une culture minoritaire, dans un contexte de pandémie où beaucoup plus de citoyens ont pu participer au vote.

    L’enjeu désormais en Amérique est de préserver cet acquis, contre les tentatives actuelles des républicains de réduire l’accès au vote, seul moyen qu’ils parviennent à envisager pour accéder au pouvoir. En #France aussi, ce sont les nouvelles générations, d’étudiants et de lycéens, eux-mêmes plus sensibles aux #injustices_sociales et au #racisme déguisés en « #laïcité » (2), qui redonnent espoir, contre tous ceux, intellectuels comme politiques, qui veulent les priver des moyens de connaissance et d’accès aux nouvelles idées qui ont pu aider à la victoire de Biden. Le woke, qu’on veut nous présenter comme une nouvelle dictature, c’est l’éveil de cette force, et la meilleure protection de la #démocratie.

    (1) Voir Albert Ogien, Politiques de l’activisme, sous presse.

    (2) Voir l’enquête sur la laïcité.

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/intellectuels-de-tous-les-pays-de-trumpez-vous-20210312_W6BYMYYMSZDIHBAO7

    #Sandra_Laugier

  • « Small Axe », la série très attendue de Steve McQueen est disponible sur la plateforme Salto
    https://www.francetvinfo.fr/culture/series/small-axe-la-serie-tres-attendue-de-steve-mcqueen-est-disponible-sur-la

    Le réalisateur oscarisé signe sa première série. En cinq épisodes, il se plonge dans la communauté antillaise de Londres et aborde le racisme qui gangrène les institutions dans les années 60, 70 et 80.

    C’est une série anthologie, donc les cinq films sont indépendants.

    On a regardé le premier (avec du PopCorn wink wink), qui n’est pas une fiction mais relate l’histoire et le procès du restaurant Le Mangrove. Et bah c’était très bien !

    Et pas mal de musique tout le long évidemment (le titre global de la série faisant référence à un morceau politique de Bob Marley).

    https://en.wikipedia.org/wiki/Mangrove_Nine

    #Steve_McQueen #Caraïbe #racisme #Angleterre #Notting_Hill #Histoire #film #cinéma #série
    ping @sinehebdo

  • #Peter_Gabriel reprend son Biko pour #Playing_For_Change, avec #Angélique_Kidjo, #Yo-Yo_Ma, #Meshell_Ndegeocello...
    https://www.youtube.com/watch?v=jWNEr4eHL18

    Qui plus est, il explique avoir accepté de le faire parce que :

    Bien que le gouvernement de la minorité blanche soit parti en Afrique du Sud, le racisme dans le monde que l’apartheid représentait n’est pas parti. Le racisme et le nationalisme sont malheureusement en hausse. En Inde, au Myanmar et en Turquie, en Israël et en Chine, le racisme est délibérément exploité à des fins politiques.

    Watch Peter Gabriel Re-Record ‘Biko’ With Artists From Around the World
    Andy Greene, Rolling Stones, le 12 février 2021
    https://www.rollingstone.com/music/music-news/peter-gabriel-biko-performance-1126360

    #Steven_Biko #Musique #Musique_et_politique #Afrique_du_Sud

  • Les origines néolibérales de l’antiglobalisme

    « Globalistes » contre « Nationalistes », cette nouvelle ligne de fracture politique masque la vérité : les nationalistes populistes cherchent moins à défendre un modèle social qu’à s’affranchir des contraintes internationales imposés par les règles du #libre-échange. Leur but est en réalité d’aller vers plus de #capitalisme, et de contester le droit des nations non-blanches à intégrer équitablement le jeu du libre-échange mondial.

    Depuis que Trump a installé le conflit entre les « nationalistes » et les « globalistes » comme l’antagonisme politique central, il a été repris en chœur par tous les « populistes » sans exception, de Farage à Orban en passant par Salvini et Bolsonaro. Marine Le Pen a ainsi déclaré dans un récent entretien accordé à Breitbart (le média auparavant dirigé par Bannon) : « Le globalisme est un esprit post-national […] Il porte en lui l’idée que les #frontières doivent disparaître, y compris les protections que ces frontières apportent habituellement à une #nation. Elle repose sur l’idée que ce sont les #marchés tout puissants qui décident de tout. Ce concept de globalisme est poussé par des technocrates qui ne sont jamais élus et qui sont les personnes typiques qui dirigent les choses à Bruxelles dans l’Union européenne. Les gens qui croient aux nations – les nationalistes – c’est exactement le contraire. Ils croient que les nations sont le moyen le plus efficace de protéger la #sécurité, la #prospérité et l’#identité nationales pour s’assurer que les gens prospéreront dans ces nations. »

    À l’intérieur de cette opposition, le « nationalisme » est implicitement compris comme la défense des populations attaquées par la #globalisation_économique, le retour de la #souveraineté de l’#Etat-nation et le « #protectionnisme ». Dans un entretien accordé l’an passé au Figaro, #Emmanuel_Todd estimait qu’un renversement était en train de se produire, aux États-Unis avec le protectionnisme de #Trump : « Une génération avait mis à bas, avec le néolibéralisme de Reagan, la société qu’avait instaurée l’#Etat-providence rooseveltien ; une nouvelle génération d’Américains est en train de balayer aujourd’hui le modèle des années 1980 » ; et au #Royaume-Uni, avec le #Brexit où, alors que « Thatcher était une figure du néolibéralisme aussi importante que Reagan, […] notre plus grande surprise a été de voir la #droite conservatrice assumer le Brexit et discuter à présent ses modalités, et même s’engager à tâtons dans un #conservatisme de “gauche” ».

    Mais la rupture produite par les populistes va-t-elle effectivement dans le sens annoncé par Todd, d’une limitation du #libre-échange, d’un recul du néolibéralisme et d’un #conservatisme_social ? Rien n’est moins sûr dès que l’on s’intéresse à la provenance de ce #nationalisme_anti-globaliste.

    De Thatcher au Brexit : nations souveraines et #libre_entreprise

    Avant d’être soutenu par une partie des ouvriers britanniques déclassés, le Brexit trouve ses origines dans l’#euroscepticisme du Parti conservateur britannique dont la figure de proue a été… #Thatcher. C’est son célèbre discours devant le Collège de l’Europe à Bruges en septembre 1988 qui a fait émerger le think-tank du « Groupes de Bruges » réunissant des Tories eurosceptiques dont #Alan_Sked et #Nigel_Farage, et dont bientôt sortirait le #UKIP conduisant le Royaume-Uni au Brexit. Thatcher tançait dans son discours le « super-État européen exerçant une nouvelle domination depuis Bruxelles », elle opposait l’Europe existante de la #communauté_économique_européenne, celle de la #bureaucratie, du #centralisme et du #protectionnisme à l’#Europe de la #libre-entreprise, du #libre-échange et de la #déréglementation qu’elle appelait de ses vœux.

    Il fallait surtout en finir avec le protectionnisme à l’égard du monde extra-européen de façon à réconcilier les nations européennes avec les « marchés réellement globaux ». La critique de l’Europe ne portait cependant pas seulement sur les contraintes pesant sur la #libre_entreprise, la recherche d’une identité européenne transcendante faisait aussi courir le risque d’une disparition des #identités_nationales avec leurs coutumes et leurs traditions. Contre ce « méga-État artificiel », il fallait concevoir l’Europe comme une « famille de nations ».

    Le libre-échange d’une part et le nationalisme d’autre part que Thatcher opposait à la bureaucratie régulatrice de Bruxelles, n’étaient du reste pas séparés, mais bien d’un seul tenant : « Je n’eus d’autre choix, affirme-t-elle dans ses mémoires, que de brandir le drapeau de la #souveraineté_nationale, de la #liberté_du_commerce et de la #liberté_d’entreprise – et de combattre ». On se situe donc à mille lieux d’un nationalisme qui chercherait à s’établir en rempart contre la #mondialisation économique et le libre-échange : c’est au contraire la récupération de la #souveraineté_nationale qui, en s’affranchissant des contraintes supranationales européennes, doit permettre aux peuples de se réconcilier avec le libre-échange mondialisé.

    Or cette position nationale-néolibérale, qui veut faire de la nation britannique l’actrice directe de son inscription dans la #mondialisation_économique, est celle de tous les principaux brexiters, Farage en tête, mais aussi de tous les défenseurs d’un « hard brexit » parmi l’establishment Tory, de #Boris_Johnson à #Jacob_Ress-Mogg en passant par #Steven_Baker et #Dominic_Rabb. Au deuxième semestre 2018, une enquête de Greenpeace a révélé que #David_Davis, l’ancien secrétaire au Brexit de #Theresa_May, #Owen_Paterson, l’ancien secrétaire à l’agriculture et à l’environnement de David Cameron, et #Shanker_Singham, un expert commercial de l’Institute of Economic Affairs, s’étaient rendus en Oklahoma au cours d’un voyage financé par le lobby agro-industriel américain pour préparer avec des membres de l’administration Trump un accord commercial bilatéral post-Brexit, prévoyant notamment l’importation en Angleterre de #poulet lavé au chlore et de #bœuf aux hormones.

    Paterson, en déplorant qu’un tel accord soit impossible dans le cadre actuel des réglementations de l’Union européenne, a tweeté qu’il était essentiel que « le Royaume-Uni ait le contrôle de ses tarifs et de son cadre réglementaire ». C’est peu de dire qu’on est loin du « #conservatisme_de_gauche » … Au contraire, comme l’avait anticipé Thatcher, la récupération de la souveraineté nationale face à l’#Union_européenne est le moyen de plus de #déréglementation et de libre-échange.

    Anti-globalisme et libre-échangisme mondialisé chez #Rothbard

    Qu’en est-il aux États-Unis ? « La génération qui est en train de balayer le modèle des années 1980 » est-elle, à la différence du Royaume-Uni, en rupture avec le néolibéralisme de Reagan ? La droite radicale qui a contesté l’héritage de Reagan pour finalement aboutir à l’élection de Donald Trump s’est construite au tournant des années 1990 dans les marges du Parti républicain. Réunissant des « paléo-libertariens » autour de #Murray_Rothbard et #Lew_Rockwell et des « paléo-conservateurs » autour de Patrick Buchanan, ce mouvement s’appelait « paléo » parce qu’il revendiquait un retour à la #Droite_originaire (#Old_Right) du Parti républicain entre les années 1930 et 1950 qui défendait l’#isolationnisme et les intérêts de la nation américaine (#America_First) contre l’#interventionnisme_militaire, mais aussi la #liberté_individuelle, le gouvernement minimal et la propriété privée contre le #New_Deal et le #Welfare_state. Il s’était formé pour contester la prise du pouvoir sous #Reagan puis l’hégémonie sous Bush des néoconservateurs et leur imposition du #Nouvel_ordre_mondial. Leur critique s’est incarnée dans les campagnes des primaires républicaines de #Buchanan en 1992 et 1996.

    Ce que ciblaient les paléo dans le Nouvel ordre mondial, c’était un super-étatisme internationaliste, un système mondial de Welfare-warfare state, où l’importation de la « démocratie globale » partout dans le monde par l’interventionnisme américain sous l’égide de l’ONU se conjuguait à un gouvernement économique mondial de type keynésien. Les termes de « globalisme » et de globaloney étaient utilisés notamment par Rothbard au début des années 1990 pour décrier ce système et ils étaient empruntés au vocabulaire de la Old Right pour qui ils désignaient déjà ce complexe internationaliste de l’interventionnisme extérieur onusien et de la perspective d’un New Deal global que ses membres critiquaient dans les politiques de Franklin Roosevelt et Harry Truman.

    Rothbard puisait notamment son inspiration chez un historien révisionniste de la Seconde Guerre mondiale dont il avait été proche, Harry Elmer Barnes. De plus, dans les années 1970, alors que la Guerre du Vietnam était encore en cours, des anti-impérialistes avec qui il collaborait avaient déjà remis au goût du jour la critique du globalisme. Lorsque la globalisation économique se concrétisa dans la première moitié des années 1990 avec l’Alena puis la création de l’OMC, ces nouveaux éléments devinrent partie intégrante de sa critique et les nouvelles cibles de l’attaque contre le « globalisme ». Rothbard dénonçait l’Alena comme du « commerce bureaucratique réglementé » conçu par « un sinistre Establishment centriste dont le dévouement à la liberté et au libre-échange s’apparente à celui de Leonid Brejnev ». L’Alena entraînait en particulier une harmonisation des législations vers le haut qui allait contraindre les entreprises américaines à se soumettre aux normes environnementales et au droit du travail contraignants des législations canadiennes et mexicaines contrôlées par des syndicalistes et des socialistes.

    Tout ce « mercantilisme » ne signifiait rien d’autre selon lui que la spoliation que les élites politiques mondiales opéraient sur le libre-échange véritable au détriment de la masse des gens qui ne pouvaient en jouir directement. Il alertait sur la perte de souveraineté que représentait l’Alena qu’il comparait au « super-étatisme de la Communauté européenne » car cet accord imposait la mise sur pied d’« institutions d’un super-gouvernement internationaliste arrachant la prise de décision des mains des Américains ». Face à cette « politique globaliste » (globalist policy), une « nouvelle coalition populiste » et « un nouveau nationalisme américain » devaient être définis : il fallait abroger l’Alena, se retirer de toutes les agences gouvernementales supranationales (ONU, OIT, UNESCO, etc.), stopper l’aide au développement et durcir les conditions d’immigration qui provoquaient l’élargissement de l’État social, au nom d’authentiques marchés libres.

    Comme chez Thatcher, on est à l’opposé d’une critique du libre-échange ; le nationalisme est au contraire là aussi un moyen de sauver le libre-échange mondialisé qui est confisqué par les institutions supranationales bureaucratiques et socialisantes – en un mot « globalistes ».

    Lorsque les populistes s’attaquent au « globalisme », ils emboîtent le pas d’une critique qui ne visait pas à l’origine la mondialisation des échanges de biens et de services, mais au contraire le super-étatisme des élites politiques mondiales qui parasitent le fonctionnement du libre-échange mondialisé. Une distinction conceptuelle s’impose donc entre le « globalisme » et le « mondialisme », puisque dans les cas des héritages de Thatcher ou de Rothbard, l’anti-globalisme va de pair avec un mondialisme libre-échangiste absolument revendiqué.
    Anti-globalisme et hiérarchie des nations de Buchanan à Trump

    Aux États-Unis, après la seconde campagne de Buchanan pour les primaires républicaines de 1996, les premiers doutes des libertariens ont cependant laissé place à la rupture avec les paléo-conservateurs autour de la question du protectionnisme et des barrières tarifaires. La rupture fut définitivement consommée en 1998 avec la publication du livre de Buchanan The Great Betrayal. How American Sovereignty and Social Justice Are Being Sacrified to the Gods of the Global Economy. C’est dans ce livre que Buchanan affirme son attachement au « nationalisme économique » et qu’il fait du « conflit » entre les « nationalistes » et les « globalistes » le « nouveau conflit de l’époque qui succède à la Guerre froide »[1], définissant la ligne que reprendront littéralement Bannon et Trump. Soutenant le protectionnisme industriel, il déplace le contenu de l’anti-globalisme dans le sens de la défense des intérêts économiques nationaux contre la mondialisation du libre-échange.

    Cependant, l’opposition simple entre le nationalisme économique à base de protectionnisme industriel et le libre-échange illimité mérite d’être approfondie. D’abord, Buchanan est toujours resté un adversaire résolu de l’État-providence et The Great Betrayal est surtout une défense de l’économie américaine pré-New Deal où l’existence de barrières tarifaires aux importations a coïncidé avec une période de croissance. Pour autant, cette période a été marquée par de fortes inégalités économiques et sociales.

    Ensuite, dans le cas de Trump, l’usage qu’il fait du protectionnisme est pour le moins pragmatique et ne relève pas d’une position de principe. Lorsqu’il a baissé drastiquement fin 2017 l’impôt sur les sociétés, il a montré que sa défense de l’emploi américain ne convergeait pas nécessairement avec la « justice sociale ». Ciblant certaines industries correspondant à son électorat comme l’automobile, il se sert surtout des barrières tarifaires aux importations comme d’une arme parfois purement psychologique et virtuelle, parfois effective mais temporaire, dans une guerre commerciale qui peut aboutir à davantage de libre-échange.

    Dans l’USMCA (United States-Mexico-Canada Agreement), l’accord de l’Alena renégocié, si 75% des composants d’une automobile devront être fabriqués aux États-Unis pour qu’elle soit exemptée de barrières douanières (contre 62, 5% avec l’Alena), en revanche le marché laitier canadien sera davantage ouvert aux fermiers américains, tandis que Trump a récemment supprimé les barrières aux importations d’acier et d’aluminium venant du Mexique et du Canada, pour inciter ces pays à ratifier l’USMCA. S’il continue de se servir des droits de douane punitifs dans la guerre commerciale avec la Chine, il a recherché davantage de libre-échange avec l’Union européenne.

    Enfin, lorsque des journalistes demandèrent à Buchanan de quel économiste il s’inspirait, il répondit qu’il s’agissait de Wilhelm Röpke[2], l’un des principaux fondateurs de l’ordo-libéralisme, la forme prise par le néolibéralisme en Allemagne qui inspira la politique économique de Ludwig Erhardt sous Adenauer. Or Röpke n’était pas un thuriféraire, mais bien au contraire un opposant farouche au « nationalisme économique » et au « protectionnisme » qui représentait des fléaux pour l’ordre économique international qu’il cherchait à construire[3]. Cependant, il estimait que le libre-échange mondial ne pouvait intégrer les nations postcoloniales, car il n’avait été possible avant la première guerre mondiale que parmi le cercle des nations occidentales partageant un même ordre de valeurs culturelles et religieuses.

    Cette insistance sur des conditions extra-économiques morales et spirituelles au développement économique fait qu’il revendique une « troisième voie » appelée « économie humaine » entre le libre-échange purement fondé sur la concurrence et la social-démocratie. En cohérence avec cette « économie humaine », il s’engagea publiquement en faveur du maintien de l’apartheid en Afrique du Sud parce que les Noirs sud-africains se situaient « à un niveau de développement qui excluaient la véritable intégration spirituelle et politique avec les Blancs hautement civilisés »[4].

    Son nationalisme n’était finalement pas dirigé contre le libre-échange, mais pour un ordre hiérarchique international fondé sur des conditions de développement économiques différenciées, ne laissant pas aux nations non blanches les moyens d’intégrer le libre-échange mondial. Lorsque Buchanan tempête contre l’immigration et la reconquista économique mexicaine menaçant la culture américaine, il se situe effectivement dans le sillage de la position nationale-néolibérale de Röpke. Dans un débat télévisé en vue des élections européennes de 2019, Marine Le Pen promettait elle aussi, du reste, d’opposer au « capitalisme sauvage » une « économie humaine ».

    Lorsque des universitaires ou des commentateurs, y compris à gauche, insistent sur les aspects économiques positifs pour les populations, du nationalisme anti-globaliste, ils se méprennent absolument sur les origines comme sur les politiques menées par les populistes nationalistes. Ceux-ci revendiquent la récupération de la souveraineté nationale et critiquent les règles transnationales de la globalisation économique, non pour protéger leur modèle social et le droit du travail de leur population, mais pour s’affranchir de ce qui resterait en elles de contraintes environnementales ou sociales, et s’en servir comme tremplin vers plus de capitalisme et de libre-échange, ou pour contester le droit des nations non-blanches à intégrer équitablement le jeu du libre-échange mondial. Dans cette bataille, ce sont les national-néolibéraux qui affrontent les globalistes néolibéraux, dans une course qui pousse le monde dans une direction toujours plus mortifère, et ne comporte pas le moindre aspect positif.

    https://aoc.media/analyse/2019/10/28/les-origines-neoliberales-de-lantiglobalisme

    #nationalisme #globalisme #anti-globalisme #néolibéralisme #néo-libéralisme #populisme #discours_de_Bruges #industrie_agro-alimentaire #boeuf

    ping @karine4

  • Le Pétrole contre le Droit. Quand Chevron s’acharne sur un avocat | Elisabeth Schneiter
    http://www.terrestres.org/2020/11/02/petrole-vs-droit-lorsque-chevron-sacharne-sur-un-avocat

    Classée deuxième au rang des entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre, la compagnie pétrolière Chevron s’est fait condamner au début des années 2000 par un courageux avocat pour les ravages qu’elle a provoqué en Equateur. La réplique du géant a été impitoyable : une guérilla juridique hors-norme et un procès-baillon. C’est cette histoire édifiante, sur le point de se dénouer, qui est ici racontée. Source : Terrestres

  • Mort de Spencer Davis, fondateur du Spencer Davis Group
    https://www.fip.fr/rock/mort-de-spencer-davis-fondateur-du-spencer-davis-group-18462


    https://www.theguardian.com/music/2020/oct/20/spencer-davis-frontman-spencer-davis-group-dies-aged-81

    Like the Stones, the Dave Clark Five, the Kinks and others, the Spencer Davis Group were part of the flourishing “beat” scene in the mid-60s, playing music influenced by American rhythm and blues. They, along with another Birmingham band the Moody Blues, were dubbed “Brum beat” to differentiate them from the vibrant scenes in London and Liverpool, though their popularity grew with a residency at London’s Marquee club.

    Spencer Davis Group : I’m a man
    https://vogon.bandcamp.com/track/im-a-man-live

    https://www.youtube.com/watch?v=kvy_WlisftU


    Spencer Davis - I Can’t Stand It (1965)

  • Biosphere 2: Das Menschenexperiment unter Glas
    https://diasp.eu/p/11642797

    Biosphere 2: Das Menschenexperiment unter Glas

    https://1e9.community/t/biosphere-2-das-menschenexperiment-unter-glas/5186

    Vor fast 30 Jahren startete in der Wüste von #Arizona ein unvergleichliches Experiment. Acht Menschen ließen sich in einer überdachten Nachbildung verschiedener Biotope einsperren. Der Versuch sollte beweisen, dass es möglich ist, auf anderen Planeten eine neue Erde zu schaffen. Doch schon bald wurde die Luft knapp und das #Experiment zum Skandal. Denn hinter der Biosphere 2 standen nicht #Wissenschaftler, sondern eine #Theatergruppe. Und dann kam auch noch Trump-Berater #Steve_Bannon.

    Von Michael Förtsch

    Es sind Szenen wie aus einem #Science-Fiction-Film. Acht Menschen in futuristischen Overalls stehen aufgereiht vor einem riesigen Gebäude, das an ein (...)

    • ... einem riesigen Gebäude, das an ein überdimensioniertes Gewächshaus erinnert. Hinter den Glasscheiben lassen sich Schlingpflanzen, Palmen und andere exotische Gewächse erspähen. Während Medienvertreter mit Filmkameras und Fotoapparaten um die Leute in den Overalls herumschwirren, gehen diese durch eine enge Stahlluke ins Innere des Gebäudes. Sie winken noch einmal, um sich zu verabschieden, als ob sie eine lange Reise antreten würden. Dann schwingt hinter ihnen eine dicke Stahltür zu, die mit einem Ruck an einem Hebel verschlossen wird. Sie durchquere eine Luftschleuse. „Es ist ein unglaublicher Moment“, sagt ein Mann aus der Gruppe. „Die Zukunft beginnt hier.“

      Obwohl diese Bilder, die nur noch in VHS-Qualität zu finden sind, sehr an eine Hollywood-Filmproduktion erinnern, sind sie echt. Tatsächlich ließen sich Anfang der 1990er-Jahre acht Menschen auf ein wahnwitziges Experiment ein. In der Wüste von Arizona ließen sie sich in die Biosphere 2 einschließen, eine unter Glas und Stahl eingeschlossene Kunstwelt, die eine zweite Erde simulieren sollte – in Vorbereitung und der Hoffnung, irgendwann auf Raumschiffen und anderen Planeten Mini-Versionen unsere Heimatwelt aufbauen zu können. Jedoch verlief das Experiment alles andere als problemlos – und brachte die Probanden, ihre körperliche und ihre geistige Gesundheit an den Rand des Zusammenbruchs.

      Es ist ein unglaublicher Moment. Die Zukunft beginnt hier.

      Heute scheint das kuriose und einst weltweit mit Interesse verfolgte Projekt vergessen – oder höchstens als spektakulärer Fehlschlag in der kollektiven Erinnerung. „Ich hatte jedenfalls nichts davon gewusst – bis ich mit meiner Recherche anfing“, sagt Matt Wolf gegenüber 1E9, der mit Spaceship Earth eine umfangreiche Dokumentation über die Geschichte von Biosphere 2 gedreht hat. Tatsächlich wird erst in Rückschau klar, wie gewagt, sonderbar und zugleich auch wegweisend der Versuch war. Entsprungen ist die Idee nämlich keiner wissenschaftlichen Fachgruppe oder einer Universität, sondern etwas, das manche durchaus als Theatertruppe oder Sekte bezeichnen könnte.

      Es begann mit John

      Zwei Jahre reiste der Ingenieur, Metallurg und Harvard-Absolvent John Polk Allen Anfang der 1960er-Jahre durch die Welt. Er hatte eine durchaus erfolgreiche Karriere bei Forschungs- und Industrieunternehmen wie dem Battelle Institute, der Allegheny Ludlum Steel Corporation und der Development and Resources Corporation begonnen. Aber er gab sie auf, um stattdessen die Ursprünge und Lehren von Stammeskulturen in Nepal, Thailand, Singapur, Vietnam, den Philippinen und anderen Ecken der Welt zu studieren. Als er wieder in die USA zurückkehrte, wollte er nicht in sein altes Leben zurück, sondern sich Kunst, Kultur, dem Leben und der Erde verschreiben.

      Daher kaufte Allen 25 Kilometer südlich von Santa Fe in New Mexico ein billiges Stück Land, wo er fortan mit Gleichgesinnten alternative Kultur-, Gesellschafts- und Lebensformen erforschen wollte. Tatsächlich entstand auf dem trockenen Boden binnen weniger Jahre die sogenannte Synergia Ranch , ein wilder Mix aus Ökodorf und Gegenkultur -Kommune, der insbesondere durch die von Allen gegründete Gruppe namens Theatre of All Possibilities einiges Aufsehen erregte. Das Theatre of All Possibilities war, wie der Dokumentarfilmer Matt Wolf beschreibt, „zu Anfang wirklich eine Theater- und #Aktionskunst -Gruppe“.

      Die Truppe wurde von John Allen selbst geleitet, und zwar, je nachdem, wer über die Jahre befragt wurde, entweder mit sanfter Hand oder unbarmherziger Härte . Allen schrieb Stücke und erdachte Performances, die die Mitglieder aufführten und organisierte Vorträge von Wissenschaftlern, Philosophen und Denkern, denen alle beiwohnten. Aber nach und nach habe sich die Gruppe „in immer praktischere Unternehmungen verstrickt“, wie Wolf erzählt. Oder, wie Mark Nelson, einer von Allens Weggefährten in der Dokumentation sagt: „#Kunst? #Geschäft? #Ökologie? #Technologie? Wir wollten das alles tun!“

      In der Zeit zwischen den Vorstellungen machte die Truppe daher das öde Land der Synergia Ranch fruchtbar, konstruierte eine Halle nach Vorbild der Buckminster-Fuller-Kuppeln und ging dann nach Oakland, Kalifornien um ein Schiff zu konstruieren: die rund 25 Meter lange RV Heraclitus . Die wurde unter Leitung der zu dieser Zeit gerade einmal 19-jährigen Margret Augustine aus einem Holzrahmen, Ferrozement, Metallschrott und einem alten Dieselmotor gebaut. Keiner der Beteiligten hatte Erfahrung. Dennoch stach das Schiff 1975 in See. Mit ihr segelte das Theatre of All Possibilities, das zwischenzeitlich für seine Forschungsprojekte die seriöser klingende Stiftung Institute for Ecotechnics gegründet hatte, um die Welt – und startete allerorten allerlei Projekte.

      Die Mitglieder riefen eine Kunstgalerie in London ins Leben, errichteten ein Hotel in Kathmandu, betrieben eine Viehfarm in Australien, arbeiteten mit der Universität von Mumbai, pflanzten Bäumen und beackerten erfolgreich eine Farm in Puerto Rico. Sie beobachteten Wale in der Antarktis, sammelten Forschungsdaten über die Tiere im Amazonas und dokumentierten Korallenriffe in den Tropen. „Wir tourten um die Welt“, sagt Allen in der Dokumententation Spaceship Earth. „Wir waren überall.“

      […]

      #arts #théâtre #expérience #futurisme #hollywood #médias
      #confinement #isolement #science
      #biosphère #oxygène
      #autarcie #autosuffisance #utopie #dystopie

      #auf_deutsch

  • Les bénéfices des entreprises explosent : les plus riches empochent des milliards tandis que les plus pauvres en paient le prix | Oxfam International
    https://www.oxfam.org/fr/communiques-presse/les-benefices-des-entreprises-explosent-les-plus-riches-empochent-des-milliar

    Ses avoirs ont augmenté de 92 milliards de dollars en seulement cinq mois, entre le 18 mars et le 20 août 2020. Jeff Bezos aurait pu payer de sa poche à chacune des 876 000 personnes employées par Amazon une prime unique de 105 000 dollars et rester aussi riche qu’il l’était au début de la pandémie

  • Elon Musk est la personne qui a gagné le plus d’#argent pendant la #pandémie
    https://www.businessinsider.fr/elon-musk-est-la-personne-qui-a-gagne-le-plus-dargent-pendant-la-pan

    Beaucoup de milliardaires se sont enrichis pendant la pandémie de #coronavirus [...] selon une nouvelle analyse du think tank de gauche, l’Institute for Policy Studies (IPS), publiée lundi 17 août.

    [.,,]

    La montée en flèche des revenus des milliardaires semble encore plus frappante si on la compare à l’impact économique de la pandémie sur les #États-Unis

    56 millions d’Américains ont demandé des allocations de #chômage au cours des 21 dernières semaines. Un nombre sans précédent, dépassant de loin les 37 millions de demandes déposées pendant les 18 mois de la Grande #Récession qui s’est terminée en 2009. Dans le même temps, les experts prédisent que plus de 28 millions d’Américains pourraient perdre leur #logement après avoir pris du retard sur leur loyer depuis l’expiration du moratoire fédéral sur les expulsions.

    Bien que les gains d’Elon Musk dépassent de loin ceux de tout autre milliardaire, le natif d’Afrique du Sud est loin d’être le seul membre du club des trois virgules à s’être enrichi au cours des cinq derniers mois.

    Au 13 août, Jeff Bezos, le patron d’Amazon, avait vu sa fortune augmenter de 68% depuis la mi-mars, tandis que la fortune de Mark Zuckerberg a augmenté de 75%, atteignant un nouveau record, selon IPS. Grâce à l’augmentation récente de leur richesse, les 12 Américains les plus prospères du monde, valent à eux tous plus de 1 000 milliards de dollars, selon les calculs d’IPS.

    Twelve U.S. Billionaires Have a Combined $1 Trillion - Inequality.org
    https://inequality.org/great-divide/twelve-us-billionaires-combined-1-trillion

    March 18th, 2020 marked the beginning of the Covid-19 lockdown and historic filings for unemployment — and also the intervention of the Federal Reserve with monetary actions to stabilize markets.

  • The Walkman, Forty Years On | The New Yorker
    https://www.newyorker.com/culture/cultural-comment/the-walkman-forty-years-on

    Even prior to extended quarantines, lockdowns, and self-isolation, it was hard to imagine life without the electronic escapes of noise-cancelling earbuds, smartphones, and tablets. Today, it seems impossible. Of course, there was most certainly a before and after, a point around which the cultural gravity of our plugged-in-yet-tuned-out modern lives shifted. Its name is Walkman, and it was invented, in Japan, in 1979. After the Walkman arrived on American shores, in June of 1980, under the temporary name of Soundabout, our days would never be the same.

    Up to this point, music was primarily a shared experience: families huddling around furniture-sized Philcos; teens blasting tunes from automobiles or sock-hopping to transistor radios; the bar-room juke; break-dancers popping and locking to the sonic backdrop of a boom box. After the Walkman, music could be silence to all but the listener, cocooned within a personal soundscape, which spooled on analog cassette tape. The effect was shocking even to its creators. “Everyone knows what headphones sound like today,” the late Sony designer Yasuo Kuroki wrote in a Japanese-language memoir, from 1990. “But at the time, you couldn’t even imagine it, and then suddenly Beethoven’s Fifth is hammering between your ears.”

    Sony’s chairman at the time, the genial Akio Morita, was so unsure of the device’s prospects that he ordered a manufacturing run of only thirty thousand, a drop in the bucket compared to such established lines as Trinitron televisions. Initially, he seemed right to be cautious. The Walkman débuted in Japan to near silence. But word quickly spread among the youth of Tokyo about a strange new device that let you carry a soundtrack out of your bedroom, onto commuter trains, and into city streets. Within a year and a half of the appearance of the Walkman, Sony would produce and sell two million of them.

    for the Walkman’s growing numbers of users, isolation was the whole point. “With the advent of the Sony Walkman came the end of meeting people,” Susan Blond, a vice-president at CBS Records, told the Washington Post in 1981. “It’s like a drug: You put the Walkman on and you blot out the rest of the world.” It didn’t take long for academics to coin a term for the phenomenon. The musicologist Shuhei Hosokawa called it “the Walkman effect.”

    There had been popular electronic gadgets before, such as the pocket-sized transistor radios of the fifties, sixties, and seventies. But the Walkman was in another league. Until this point, earphones had been associated with hearing impairment, geeky technicians manning sonar stations, or basement-dwelling hi-fi fanatics. Somehow, a Japanese company had made the high-tech headgear cool.

    “Steve’s point of reference was Sony at the time,” his successor at Apple, John Sculley, recalled. “He really wanted to be Sony. He didn’t want to be IBM. He didn’t want to be Microsoft. He wanted to be Sony.”

    Jobs would get his wish with the début of the iPod, in 2001. It wasn’t the first digital-music player—a South Korean firm had introduced one back in 1998. (That Sony failed to exploit the niche, in spite of having created listening-on-the-go and even owning its own record label, was a testament to how Morita’s unexpected retirement after a stroke, in 1993, hobbled the corporation.) But Apple’s was the most stylish to date, bereft of the complicated and button-festooned interfaces of its competitors, finished in sleek pearlescent plastic and with a satisfying heft that hinted at powerful technologies churning inside. Apple also introduced a tantalizing new method of serving up music: the shuffle, which let listeners remix entire musical libraries into never-ending audio backdrops for their lives. Once again, city streets were the proving ground for this evolution of portable listening technology. “I was on Madison [Ave],” Jobs told Newsweek, in 2004, “and it was, like, on every block, there was someone with white headphones, and I thought, ‘Oh, my God, it’s starting to happen.’ ”

    #Walkman #Sony #Steve_Jobs #Musique #Isolement

  • Dimanche 21 juin à 20h - JET FM

    http://jetfm.fr/site/Dimanche-21-juin-a-20h.html

    Un an après...

    http://jetfm.fr/streaming/get.php?f=http%3A%2F%2Fjetfm.fr%2Fsite%2Fstockage%2Femissions%2520programmatio

    A l’invitation du collectif citoyen nantais #Justice_Pour_Steve, nous modifions la programmation habituelle de ce dimanche soir.

    "Nous vous invitons à diffuser la chanson « #Porcherie » des Bérus ce dimanche 21 juin 2020 à 20h précises. Afin de synchroniser l’action pour un meilleur rendu, nous pensons que les radio nantaises pourraient programmer le morceau à 20h00.
    Ce morceau est celui qui a été diffusé avant la charge policière à l’origine de la mort de #Steve_Maia_Caniço, le 21 juin 2019.
    De plus, la proposition dystopique de la ville de #Nantes à fêter la #fête_de_la_musique à une heure imposée avec une playlist imposée, ainsi que la débauche de forces de l’ordre de la préfecture sur le quai Wilson, lieu hommage à Steve, nous paraissent indécentes".

    Le collectif citoyen nantais Justice Pour Steve

    Voici donc une playlist non imposée :

    Bérurier Noir / Porcherie
    Sexy Sushi / La Bombe (C’est toujours ça de pris)
    KRS One / The Sound Of Da Police
    Nas / Cops Shot The Kid
    The Clash / Police On My Back
    Streets / Police Control
    Red Noise / Petit Précis D’Instruction Civique - Sarcelles c’est l’avenir
    Long Fin Killie / Cop
    Nino Ferrer / Métronomie - Les Enfants de la Patrie - Métronomie II
    Lila Zarqa / Qui A Tué Steve ?

    #Musique_et_politique #Musique #ACAB #Violence_policière #Violences_policières #brutalité_policière #Assassinats_policiers #racisme #racisme_systémique #police

    #fêtedelamusique #JusticePourSteve #SteveMaiaCaniço

  • Je voulais faire un petit passage rapide pour vous signaler l’existence de cette liste musicale « FeSteve de la Musique » issue d’un moment de désespoir à la lecture des 6, oui SIX arrêtés préfectoraux pour empêcher toute commémoration manifeSteve de la criminelle intervention policière lors de la Fête de la Musique à Nantes qui se conclua par la mort de #Steve_Maïa_Caniço et les blessures et traumatismes de plusieurs dizaines de personnes.
    https://www.youtube.com/playlist?list=PLzeUbPp-G1_IxSGvxAwuEKJdGz3mSyujt


    (oups j’avais déjà oublié la modalité particulière de retour à la ligne du site !)
    Cette liste donc, qui regroupe plus de 280 morceaux de musique sur le thème « #police & #violences_policières » (et qui changera bientôt de nom pour mieux l’indiquer, suggestion bienvenue) m’aide considérablement à tenir le coup dans une ville où nous sommes de plus en plus assigné-e-s à résidence. Et elle n’aurait clairement pas été aussi riche sans les inestimables pépites cumulées par @sinehebdo dans d’autres listes sur les mêmes thématiques (d’où l’obligation de passer par ici te remercier, Dror !
    Vous signaler aussi, du coup, l’appel à faire un maximum de bruit à 20h (et après !) pour Steve et pour la Justice & Vérité pour toutes les victimes de violences policières. Il y d’ailleurs la #radio Jet FM qui passera LE morceau qui a vexé les fragiles policiers
    https://youtube.com/watch?v=FpH0gre8AQw&list=PLzeUbPp-G1_IxSGvxAwuEKJdGz3mSyujt
    et qu’il sera possible de passer ce morceau partout en même temps à 20h en amplifiant le live de http://jetfm.fr  !

  • Nantes. La préfecture dit « non » à la Fête de la Musique
    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/nantes-la-prefecture-dit-non-la-fete-de-la-musique-6872269

    À quatre jours de l’événement, la préfecture de Loire-Atlantique vient de faire connaître sa politique concernant la Fête de la musique. Pour faire simple, c’est non. « Les rassemblements supérieurs à dix personnes restent interdits sauf exception, indique la préfecture dans un communiqué. Ces dispositions s’appliquent à la Fête de la Musique 2020. »

    La préfecture poursuit : « Les contours de cette édition ont été, en conséquence, définis par la municipalité de Nantes et ne pourront prendre la forme de rassemblements musicaux sur la voie publique, puisque ce type de rassemblement n’est pas compatible avec le respect de la distanciation physique et des mesures barrières. »
    (...)
    Difficile de ne pas entendre, dans ces mesures spécifiques visant la musique électronique, un écho au drame de la Fête de la Musique 2019. Ce soir-là, le jeune Steve Maia Caniço, 24 ans, est mort, noyé dans la Loire, alors qu’il participait à la soirée électro brutalement interrompue par une intervention de police, vers 4 h du matin, sur le quai Wilson, à Nantes. Les policiers avaient tiré de nombreux gaz lacrymogènes et avaient fait usage de la force pour disperser les derniers danseurs.

    Une enquête a été confiée à un juge d’instruction, pour déterminer avec certitude si la mort du jeune homme était directement liée à l’intervention de la police.

    Deux manifestations en mémoire de Steve

    Ce drame avait provoqué une très vive émotion à Nantes et au-delà. Ce dimanche 21 juin, d’ailleurs, plusieurs manifestations sont programmées en mémoire de Steve. Une première marche, à 15 h, à l’invitation des amis de Steve, à laquelle participera la famille. Celle-ci est « autorisée » par le préfet, car elle a fait « l’objet d’une déclaration en bonne et due forme ».

    En revanche, la préfecture interdit celle de 18 h, ce même dimanche 21 juin. Celle-ci s’annonce plus revendicative et n’a pas été déclarée en préfecture.

    « Fête de la musique revisitée »

    Dans ces conditions, la Ville de Nantes invite de son côté à une Fête de la musique dite « revisitée ». Le mot est faible. La ville mettra en ligne des playlists sur son site internet. Et elle propose à chacun de faire la fête « aux balcons ». Les Nantais sont encouragés « à se produire sur leur balcon ou à leur fenêtre, en musique et en chanson, de 20h à 21h. » Une sélection de captations de sons et d’images seront mises en ligne sur le site de la ville dès le lendemain.

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    http://www.loire-atlantique.gouv.fr/content/download/42271/281553/file/RAA%20n%C2%B0%2076%20du%2018%20juin%202020.pdf

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    Fresque de Steve Maia Caniço
    #Steve_Caniço #Steve

  • B.O. de Bullitt, quand #Lalo_Schifrin hisse les canons du scoring thématique

    Enregistré les 6 et 7 décembre 1968 – Hollywood, Californie – Seven Arts Records
    La #bande_originale de Bullitt, petit thriller policier parano de #Peter_Yates dont l’histoire retiendra surtout la prestation de #Steve_McQueen, est un modèle de raffinement mélodique, rythmique et harmonique. L’œuvre de Lalo Schifrin emprunte aussi bien au #jazz qu’à la #pop_music, au #blues qu’à la #musique_brésilienne. Avec cette bonde son, Lalo Schifrin hisse les canons du scoring thématique à un niveau d’exigence que rares seront ceux qui par la suite réussiront à pleinement les satisfaire.

    http://www.musiqxxl.fr/lalo-schifrin-bullitt

    https://www.youtube.com/watch?v=0WQMZFFkx6Y

    via @bricabraque

    #musique

  • Notes anthropologiques (LIII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LIII

    Traité sur l’apparence (VIII)
    Notes sur l’irréalité de l’être

    C’est à notre époque que se pose le plus crûment la question de l’être. Face à cette difficulté, la solution la plus facile est d’éluder cette question pour conclure que l’être n’existe pas. Il aurait existé autrefois, il n’existe plus aujourd’hui, enfin, selon certains philosophes. L’être est une donnée de la conscience, dirait, avec juste raison, monsieur Descartes ; il est lié à la conscience de soi. Le « soi » n’est pas si facile à définir de nos jours où nous avons surtout affaire à des individus isolés dans le sens où la vie sociale à laquelle ces individus participent leur échappe généralement ; rare leur est offerte l’occasion de se poser entièrement comme sujet social. L’argent dépossède l’individu de cette conscience de soi en tant que sujet dans un rapport social avec d’autres sujets. L’argent nous dépossède de cette conscience de soi qui ferait surgir l’être dans sa consistance et dans sa fragilité. L’être dans sa consistance et sa fragilité perd son point d’ancrage que constitue la vie du sujet dans ses rapports avec d’autres sujets, il s’évapore, il ne tient plus qu’à un fil, celui de l’image, d’une représentation mentale inconsistante : l’être aspirant désespérément à être reconnu dans sa qualité de sujet, alors même que cette qualité lui file entre les doigts. (...)

    #anthropologie #irréalité #conscience #représentation #Durkheim #aliénation #Mauss #potlatch #Odyssée #tribut #dette #esclavage #travail #Stevenson

  • Stewart Brand Is 81—and He Doesn’t Want to Go on a Ventilator | WIRED
    https://www.wired.com/story/stewart-brand-ventilator-end-of-life-care

    Un article émouvant sur l’intubation et le choix d’une personne vivante envers ce traitement. Par Steven Levy (l’historien des Hackers) à propos de Stewart Brand.

    Brand is a legendary writer and thinker, the founder of the Whole Earth Catalog and cofounder of the Long Now Foundation. He is also 81, and his tweet was a way of opening a conversation on a subject that was impossible for him to avoid during the Covid-19 pandemic: When is it time to say no to treatment?

    This end-of-life question didn’t arrive with the new coronavirus. For people who are older or have serious medical conditions, the possibility of having to make frightening health decisions in an emergency always lurks in the back of the mind. Covid-19 drives those dark thoughts to the foreground. While the virus is still a mystery in many ways, experts have been consistent on at least one point: It hits older people and those with preexisting medical conditions the hardest. And one of the worst complications—acute respiratory distress syndrome (ARDS)—can come on suddenly, rapidly accelerating to the point where treatment dictates admission to an intensive care unit.

    Brand now was posing a question: Should you just not go there? That’s when he opened it up to Twitter. “The main thing I’m looking for is data,” he wrote. “Anecdotes. Statistics. Video. INFORMATION … The stuff that good decisions are made of.”

    #Intubation #COVID-19 #Stewart_Brand #Steven_Levy

  • Infiltré dans l’#ultradroite - Mon année avec l’#alt-right

    Pendant un an, un étudiant a infiltré la branche anglaise de l’"alt-right", cette mouvance de la droite radicale née aux États-Unis. Une immersion inédite dans les rouages des groupuscules néofascistes.

    Patrik Hermansson, un étudiant suédois à Londres, a infiltré pour le compte de Hope Not Hate, une organisation britannique antiraciste et antifasciste, le London Forum, un think tank de l’ultradroite anglaise. Sous une fausse identité, il a gravi peu à peu les échelons et rencontré les différents membres de l’organisation, dont son influent dirigeant, Jeremy Bedford-Turner, un ancien militaire notoirement antisémite. L’internationalisation du mouvement lui a également permis de nouer des contacts avec les principaux chefs de file de l’"alt-right" américaine. Si certaines figures, comme Richard B. Spencer ou son bras droit Jason Jorjani, expriment publiquement leurs volontés suprémacistes, d’autres se font plus discrets, à l’image de Greg Johnson, défenseur du concept d’ethno-État. Invité par des militants de cette « droite alternative », Patrik Hermansson a assisté, impuissant, à la tragédie de Charlottesville en août 2017.

    Néofascisme décomplexé
    Galvanisés par l’élection de Donald Trump, les partisans de l’ultradroite répandent leurs théories complotistes, antisémites et racistes sur Internet, puissant levier de communication qui leur permet de toucher un public jeune. Tourné principalement en caméra cachée, ce film braque un regard inédit sur les protagonistes et les stratégies de ce mouvement. De Londres à Washington en passant par Charlottesville, une plongée effrayante au cœur d’un néofascisme décomplexé.

    https://www.arte.tv/fr/videos/082246-000-A/infiltre-dans-l-ultradroite-mon-annee-avec-l-alt-right
    #extrême_droite #Forum_de_Londres #réseau_international #Stead_Steadman #anti-sémitisme #antisémitisme #mythologie_nordique #Scandinavie #guerre_raciale #Jeremy_Jez_Turner #Jez_Turner #Jeremy_Turner #liberté_d'expression #Trump #Pepe_La_Grenouille #Millenal_Woes #Colin_Robertson #anti-féminisme #doxing #Greg_Johnson #nationalisme_blanc #diversité #homogénéité #Etats_ethniques #forum_du_Nord-Ouest #ultradroite #ultra-droite #Spencer_Richard #Jason_Reza_Jorjani #contre-culture #Steve_Bannon #anti-musulmans #islamophobie #unite_the_right #Charlottesville #Alex_Fields #Heather_Heyer #déshumanisation #violence #hope_not_hate #ethno-Etat #pureté_ethnique
    #film #film_documentaire #documentaire

    • Raccourci un peu rapide…

      Le texte du rapport en pdf https://www.interieur.gouv.fr/content/download/118701/951699/file/19079R_DEF%20signé.pdf

      téléchargeable ici :
      https://www.interieur.gouv.fr/Publications/Rapports-de-l-IGA/Rapports-recents/Rapport-relatif-a-l-organisation-et-aux-evenements-survenus-lors-de-l

      La fermeture de la diffusion des sound systems a été pilotée par le commissaire divisionnaire, chef du dispositif de surveillance générale, sous l’autorité du commissaire divisionnaire, DDSP par intérim au moment des faits. Le chef du dispositif de surveillance générale s’est rendu vers 22h sur le quai Wilson pour dénombrer les sound systems présents et informer chacun des responsables des murs de son qu’ils devaient cesser la diffusion de leur musique à 4h du matin. Ces contacts se sont passés de façon courtoise.

      A partir de 4h du matin, le chef du dispositif de surveillance générale a procédé à un deuxième tour des sound systems pour faire respecter cette consigne. Il a obtenu satisfaction sans difficultés des huit premiers, mais le neuvième (Lunatek) a refusé d’éteindre, vers 4h25, puis a relancé deux fois le son pendant quelques secondes pour ensuite diffuser un titre, d’un genre différent, ce qui était censé, selon certains témoignages, mettre un terme au spectacle. C’est à partir de cet instant que la situation est devenue particulièrement tendue. Le chef du dispositif de surveillance générale a indiqué que les policiers avaient soudainement fait l’objet de jets de projectile très nombreux, violents et imprévisibles au regard des années précédentes, ce qui est confirmé par les témoignages de certains d’entre eux, présents cette nuit-là, et par les blessures dont plusieurs ont été victimes.

      S’estimant, avec ses effectifs, en état de légitime défense, le chef du dispositif de surveillance générale a conduit une riposte offensive pour regagner du terrain sans, à aucun moment, donner l’ordre de charger. Pour se dégager et se protéger, les policiers ont fait usage de trente-trois grenades lacrymogènes, dix grenades de désencerclement et de douze tirs de lanceur de balle de défense (LBD). A 4h52, le chef du dispositif de surveillance générale et ses effectifs ont été rejoints par la CRS n°4 de Lagny (2 sections), qui a pris position sur le quai, sans intervenir, alors que la situation se calmait.

      De leur côté, plusieurs responsables des sound systems présents quai Wilson, même s’ils n’ont pas eu de vision directe de l’incident survenu au niveau du neuvième sound system, ne comprennent vraiment pas l’attitude de la police qui, selon eux a provoqué, par l’usage de la force sans sommations, l’agressivité de certains « teufers ».

      La mission observe, en premier lieu, que la situation aurait été totalement différente si le neuvième sound system avait coupé le son comme les huit autres. La cause première des violences de la nuit est bien celle- là.

      La mission constate, ensuite, que l’intervention des policiers a effectivement été réalisée dans le cadre de la légitime défense et qu’il n’était donc pas requis qu’elle fasse l’objet de sommations, en application de l’instruction DGPN du 21 avril 2017.

  • Mort de Steve : la PJ contredit l’IGPN, le gouvernement dans l’embarras
    https://www.mediapart.fr/journal/france/110919/mort-de-steve-la-pj-contredit-l-igpn-le-gouvernement-dans-l-embarras

    « Le Canard enchaîné » révèle que l’enquête de la police judiciaire contredit celle… de l’IGPN. La police des polices avait laissé entendre dans son rapport que Steve Maia Caniço s’était noyé avant l’intervention des forces de l’ordre. L’étude de la téléphonie de la victime prouve le contraire.

    #Violences_policières #Steve_Maia_Caniço,_Christophe_Castaner,_Edouard_Philippe,_IGPN

  • Mort de Steve à Nantes : le visage de Christophe Castaner sur les statues de la place Royale
    Par Céline Dupeyrat - Publié le 24/08/2019 - France 3 Pays de la Loire
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/nantes/mort-steve-nantes-visage-christophe-castaner-statues-pl

    Après les affichettes « Où est la justice » et Où est Steve", la photo de Christophe Castaner scotchée sur les statues de la place Royale.


    Elsa Gambin @Elsa_Gambin
    https://twitter.com/Elsa_Gambin/status/1165029730162225153

    Le visage de Castaner sur les statues place Royale à #Nantes.

    La fontaine, Loire symbolique, s’est à nouveau teintée de rouge.

    Il est clair que les nantais multiplieront les actions jusqu’à obtenir une réponse et des sanctions dignes de ce nom.

    #Steve

  • Erreurs en cascade : l’affaire Steve Caniço, un « poison à diffusion lente » pour le ministère de l’Intérieur

    https://www.marianne.net/politique/comment-le-ministere-de-l-interieur-s-est-effondre-pendant-l-affaire-ou-es

    Castaner aux chiottes (mais avant tu passes devant une cours de justice pour répondre de tes crapuleries)

    "Un vent mauvais souffle sur le ministère de l’Intérieur. « L’affaire Steve est un poison à diffusion lente, mais à l’arrivée des têtes tomberont », pronostique un vieux syndicaliste de la grande maison, « stupéfait », comme beaucoup d’autres, par la « communication » de son ministère. « On subit », admet à Marianne une source haut placée de Beauvau… Christophe Castaner est aux abonnés absents, et paraît même inaudible sur le terrain des « violences policières », tant il semble avoir couvert ses flics ces derniers mois en marge des manifestations des « gilets jaunes ». Quant à son secrétaire d’État Laurent Nunez, selon une source syndicale, il a été décidé fin juin de le mettre « en retrait cet été, pour ne pas donner l’impression qu’il faisait tout le boulot à la place de Casta et ne plus lui faire d’ombre ».

    UN FIASCO COMMUNICATIONNEL
    Aux étages opérationnels, même constat. Où est passé Eric Morvan, le directeur général de la police nationale ? Officiellement, il est en vacances. Mais, selon certains, « il déprimerait ». Depuis fin juin, il s’est fendu de deux petits tweets de routine sur le réseau social. Mais, sur l’affaire Steve, rien, lui non plus. Silence radio complet.

    Le préfet de Loire-Atlantique, Claude d’Harcourt, ancien patron de l’administration pénitentiaire recasé à Nantes, n’est guère plus loquace. « La nuit de la Fête de la musique, le préfet dormait… Et même le sous-préfet de permanence était chez lui au lit », raille un policier local, qui aimerait bien savoir « qui » a décidé de faire éteindre la musique à 4 heures pétantes, alors que les autres années « ça avait duré sans problème ». Plusieurs sources locales déplorent la « gestion froide » de la préfecture de Loire-Atlantique. Un peu comme si, tant que le jeune homme de 24 ans restait disparu, sa mort n’était pas certaine et l’affaire n’en était pas totalement une. La découverte du corps de Steve Maia Caniço dans la Loire, ce lundi 29 juillet, va changer la donne

    Hasard du calendrier, le mardi 16 juillet, le commandant de police en charge de l’enquête administrative venait de rédiger un rapport à l’attention de son chef, Brigitte Jullien, patronne de l’IGPN. Dix pages récapitulent la soirée tragique du 21 juin. Les faits bruts y sont étalés pour la première fois : entre 4h30 et 4h51, soit en vingt et une minutes, la vingtaine de policiers, pris à partie par des « teuffeurs » ne souhaitant pas que la musique cesse, ripostent en tirant 33 grenades lacrymogènes, 12 LBD, ces balles de défense en caoutchouc, et 10 grenades de désencerclement. Soit un tir toutes les vingt-trois secondes sur un quai de Loire sans barrières de protection…

    LE RAPPORT DE L’IGPN EN QUESTION
    Le rapport signale aussi que les caméras de vidéosurveillance ont permis à la salle de commandement de la police nantaise, dès 4 h 37, de « remarquer une première salve de gaz… avec un épais nuage de fumée blanche qui empâtait toute visibilité sur la réaction des manifestants ». La vidéosurveillance situe à 4 h 41 et 4 h 50 « de nouveaux jets de gaz lacrymogène qui dérivaient vers la Loire ». Or, dès 4 h 37, la salle de commandement intime l’ordre au commissaire opérationnel sur place d’« arrêter les tirs ». A 4 h 52, sous l’indicatif « Draco », le directeur départemental par intérim, en personne, ordonne au commissaire sur place de « cesser » tout tir. Autre révélation de l’IGPN, quand les CRS arrivent en renforts, à 4 h 45, s’ils sont encore la cible de « jets de projectiles sporadiques », ils n’engagent, eux, « aucun moyen ». Entre les lignes, le rapport de l’IGPN démontre bien la dangerosité de cette intervention puisque immédiatement après de nombreux signalements font état de personnes tombées dans la Loire… Dont certaines auraient coulé. En neuf pages, une description minute par minute d’un véritable fiasco opérationnel.

    Mais, pour autant, la dixième page, en conclusion, n’établit aucun lien entre cette intervention musclée et la disparition de Steve. « Cet usage de la force, en riposte à des voies de fait perpétrées par une foule de personne rassemblées sur un terrain public, était justifié et n’est pas apparu disproportionné », conclut même le document, excluant « tout bond offensif » et « toute manœuvre s’assimilant à une charge ».

    Selon nos sources, ce rapport paradoxal atterrit le jeudi 18 juillet sur le bureau de Laurent Nunez, secrétaire d’Etat au ministère de l’Intérieur, qui avise aussitôt Christophe Castaner de son contenu mi-chèvre mi-chou pour la police. Plutôt accablant dans le déploiement de moyens lors de l’intervention, mais rassurant dans sa conclusion d’« absence de faute administrative ». « Nunez sait lire un rapport de police, confie un policier de haut rang. Il a immédiatement compris que l’intervention policière ce soir là était totalement inappropriée. » « Tout professionnel à la lecture de ces 10 pages comprend que l’intervention policière est en soit une erreur, que non seulement elle n’aurait pas dû avoir lieu, mais qu’ensuite des moyens conséquents auraient dû être mis en œuvre pour retrouver les personnes tombées à l’eau », admet auprès de Marianne une source gouvernementale. Un constat sans fard expliquant le silence gêné à tous les étages de la Place Beauvau…

    ERREURS EN CASACADE
    Dans un premier temps, le jeudi 18 juillet, le ministère de l’Intérieur n’envisage pas de rendre publique ces premières conclusions de l’IGPN. Christophe Castaner retient même l’idée de transmettre le rapport à la famille de Steve, avec lequel ses services ont noué des contacts pour une éventuelle rencontre. Dans le même temps, la décision est prise, dès la semaine du 16 juillet, de saisir l’IGA, l’Inspection générale de l’administration, pour décortiquer les décisions prises par la préfecture de Loire-Atlantique et la Mairie de Nantes tant sur l’organisation de la fête, les moyens de sécurité mis en œuvre, que les opérations de secours lancées après coup. « On est bien conscients qu’une série d’erreurs ont été commises, admet-on au ministère de l’Intérieur, même si on n’a pas encore tranché la façon de le reconnaître. »

    Mais, avec la découverte du corps de Steve, le lundi 29 juillet, ce n’est plus une enquête pour disparition inquiétante qui menace désormais la maison police, mais une information judiciaire pour « homicide involontaire ». Après consultation exprès du procureur de Nantes, et le feu vert de Matignon, la décision est prise en urgence, ce lundi 29, de communiquer les 10 pages de synthèse du rapport de l’IGPN. Plusieurs syndicalistes policiers reçoivent le document puis, le mardi 30, il est rendu public avec un objectif évident : dédouaner la police. « C’était une erreur. Il aurait fallu que quelqu’un explique, analyse un syndicaliste. Tel quel, avec sa conclusion maladroite et sans nuance, ce rapport apparaît comme une opération de couverture. » Il faudra attendre onze jours pour que Brigitte Jullien, dans l’Obs, vienne réfuter que son service ait voulu dédouaner quiconque. Puis dans Libération, ce lundi 5 août, elle assure n’avoir « jamais voulu blanchir qui que ce soit » et s’épanche sur les limites de l’enquête administrative. Une séance de pédagogie bien tardive.

    « A ce stade, alors qu’on ne sait même pas quand Steve Caniço est tombé à l’eau, alors que son téléphone cesse même de borner une demi-heure avant l’intervention policière, il vaudrait mieux rester tout simplement prudent et laisser faire la justice », soupire pour sa part David Le Bars, le patron du puissant syndicat des commissaires, inquiet du déferlement de haine « anti flic » ces dernières semaines. Dans les rangs policiers, il est désormais loin d’être le seul."

  • EXCLUSIF. #Steve : le JDD a eu accès à 148 #témoignages sur l’opération policière controversée
    https://www.lejdd.fr/Societe/exclusif-steve-le-jdd-a-eu-acces-a-148-temoignages-sur-loperation-policiere-co

    Parmi les 148 témoins, tous ceux qui reviennent sur le début de la charge soulignent qu’à aucun moment ils n’ont entendu la #police prévenir qui que ce soit avant que les grenades lacrymogènes ne s’abattent au milieu de la foule réunie sur le quai. « La musique est coupée un court instant, le public proteste gentiment, comme ça se fait à tout concert. Puis un petit Bérurier Noir [groupe de rock alternatif des années 1980] se fait entendre, sur une tonalité très basse, raconte l’un d’entre eux, qui situe son récit vers 4h15. Et là, sans sommation, des gaz partout. À la fois d’au-dessous et d’au-dessus. » Dix minutes après, un DJ occupé à ranger le matériel du sound system voisin rapporte comment, alors qu’il sort de son camion avec des amis, les forces de l’ordre les ont « bombard[és] ».

    « Les gens ont commencé à courir dans tous les sens, raconte un autre. J’imagine qu’ils ne comprenaient pas plus que nous ce qui était en train de se passer. Je précise que j’ai vu des projectiles envoyés sur les forces de l’ordre. Mais bien après leur intervention musclée. » Tous décrivent alors « une scène de panique », des gens « affolés », « perdus », « terrifiés ».

    • « EXCLUSIF. Steve : le JDD a eu accès à 148 témoignages sur l’opération policière controversée

      Le soir de la Fête de la musique à Nantes, Steve Maia Caniço a perdu la vie à la suite d’une opération policière controversée. Si le rapport de l’IGPN nie les conséquences de la charge des forces de l’ordre, voire son existence même, le JDD a eu accès à 148 témoignages recueillis par l’association locale Média’Son qui apportent une autre vision de la fin de soirée. Peu déclarent connaître Steve Maia Caniço. Certains n’ont couché que quelques mots, rageurs ou douloureux. D’autres se sont plus longuement épanchés. Beaucoup, précis et méticuleux, décrivent une nuit de confusion et de grande brutalité.

      Violence et stupeur. Cette nuit du 21 juin, pour la Fête de la ­musique à Nantes, Sébastien s’est vu mourir noyé. Ce soir-là, ce peintre en bâtiment de 32 ans se laisse convaincre par un ami d’aller écouter la musique des sound sytems électros et technos installés sur le quai Wilson comme chaque année. "C’était sympa, j’ai rencontré des gens pas vus depuis longtemps, raconte-t-il. On s’est assis pour discuter." Sans garde-corps à ce niveau des berges, la Loire est laissée à bonne distance. Tout le monde le sait, ­Sébastien craint l’eau : il ne sait pas nager. Mais, à cet instant, il n’y songe pas. Les copains éclusent quelques bières, parlent du son "vraiment cool", de ce qu’ils deviennent, de l’anniversaire de la mère de Sébastien organisé le lendemain. "Et là ça a pété, on n’a rien compris. On s’est retrouvés dans un nuage de gaz, mes yeux se sont mis à brûler, des gens couraient dans tous le sens."
      « C’était une putain de bavure. Il faut porter plainte »
      Désorienté, le trentenaire perd ses amis. "J’ai eu deux peurs, se souvient-il. Tomber par terre et arriver esquinté aux 60 ans de ma mère ; ou tomber dans la Loire et me noyer." Les yeux clos, il avance à tâtons, dans la nuit, les cris et la lacrymo. "Sauf que je pars dans le mauvais sens. En fait, là où y avait moins de gaz, c’était vers la Loire." À "2 mètres" de l’eau, ses jambes butent sur un corps penché au-dessus du fleuve. À quatre pattes, un homme hurle qu’il y a des gens dans l’eau, qu’il faut les sortir de là. "Il était en train de les diriger, il m’a demandé de venir l’aider, souffle ­Sébastien. Mais moi je ne sais pas nager, j’avais un peu picolé."

      Terrifié, il recule doucement pour fuir la Loire et ses puissants courants, contre lesquels se débattent au moins trois personnes. "Je me suis senti lâche et inutile, murmure-t-il. J’étais seul. C’était le premier contact de ma vie avec la police. J’arrête pas d’y penser. Des amis m’ont rassuré, m’ont dit que si j’avais marché un peu plus vite je tombais dans l’eau. C’était une putain de bavure. Il faut porter plainte. Mais j’ai même pas pensé à Steve, je ne connaissais pas l’histoire.

      "Je me suis juste senti en danger."

      Quatre-vingt-neuf personnes ont porté plainte
      Pour cette Fête de la musique, une dizaine de sound systems étaient autorisés à cracher leurs basses sur le quai Wilson jusqu’à 4 heures du matin. Tous se sont pliés à l’horaire, sauf le dixième, le plus à l’ouest, tout près d’un bâtiment surnommé "le Bunker". Un peu après l’heure dite, il a osé une dernière chanson. D’après le rapport administratif de l’IGPN*, qui nie les conséquences de la charge policière, voire son existence même, et grâce aux différents témoignages recueillis puis aux vidéos révélées par Libération et Nantes révoltée, on estime que l’opération policière a débuté vers 4h30 pour se terminer à 4h52. Durant cette petite demi-heure, 33 grenades lacrymogènes, 10 de désencerclement et 12 tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) sont lâchés sur la foule. Une dizaine de fêtards au moins tombent à l’eau. Le corps de Steve Maia Caniço, disparu cette nuit-là, sera retrouvé dans la Loire plus d’un mois après.
      Au lendemain de cette funeste soirée, l’association locale Média’Son, qui joue les intermédiaires entre les autorités et les organisateurs de free-parties du coin, a lancé un appel à témoignages. Elle en a recueilli 148, livrés par autant de personnes présentes ce soir-là. Quatre-vingt-neuf d’entre eux, dont Sébastien, ont déposé une plainte collective le 3 juillet pour "mise en danger de la vie d’autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique". Le JDD a eu accès en exclusivité à l’ensemble de ces témoignages écrits la semaine du 23 juin, et rencontré plusieurs de leurs auteurs. Une trentaine de pages noircies de récits personnels, bruts, à chaud. Peu déclarent connaître Steve Maia Caniço. Certains n’ont couché que quelques mots, rageurs ou douloureux. D’autres se sont plus longuement épanchés. Beaucoup, précis et méticuleux, décrivent une nuit de confusion et de grande brutalité.

      Pas de haine contre les policiers

      Les plaignants ont entre 17 et 34 ans. Hommes ou femmes, lycéens, étudiants ou travailleurs, ils ont subi un choc qui n’a guère été pris en compte depuis. L’habituelle "cellule psychologique", dégainée par les pouvoirs publics à chaque événement traumatisant ou presque, n’a même pas été évoquée à Nantes. Pourtant, ce sont plusieurs centaines de personnes simplement venues faire la fête sur les bords de Loire, loin des logements, là où les pulsations de basses ne dérangent pas, qui ont été gazées en pleine nuit.
      À la lecture des témoignages, on note qu’aucun d’entre eux n’exprime de haine contre les policiers, ni d’opinion politique. Pas une insulte n’est proférée. Seules cinq personnes parlent de "flics" ; les autres préfèrent les termes de "policiers", "forces de l’ordre" ou "CRS". "Leur rôle est d’assurer la sécurité, non d’orchestrer le chaos", écrit un premier. "Ils ont tout gâché au lieu de communiquer", commente un deuxième.

      « Et là, sans sommation, des gaz partout. À la fois d’au-dessous et d’au-dessus »

      Parmi les 148 témoins, tous ceux qui reviennent sur le début de la charge soulignent qu’à aucun moment ils n’ont entendu la police prévenir qui que ce soit avant que les grenades lacrymogènes ne s’abattent au milieu de la foule réunie sur le quai. "La musique est coupée un court instant, le public proteste gentiment, comme ça se fait à tout concert. Puis un petit Bérurier Noir [groupe de rock alternatif des années 1980] se fait entendre, sur une tonalité très basse, raconte l’un d’entre eux, qui situe son récit vers 4h15. Et là, sans sommation, des gaz partout. À la fois d’au-dessous et d’au-dessus." Dix minutes après, un DJ occupé à ranger le matériel du sound system voisin rapporte comment, alors qu’il sort de son camion avec des amis, les forces de l’ordre les ont "bombard[és]".

      "Les gens ont commencé à courir dans tous les sens, raconte un autre. J’imagine qu’ils ne comprenaient pas plus que nous ce qui était en train de se passer. Je précise que j’ai vu des projectiles envoyés sur les forces de l’ordre. Mais bien après leur intervention musclée." Tous décrivent alors "une scène de panique", des gens "affolés", "perdus", "terrifiés".

      Nuage chimique quai Wilson

      Très vite, le vent d’effroi et de ­lacrymogène gagne l’est du quai, là où les enceintes sont éteintes depuis une bonne vingtaine de minutes. Un garçon est en train d’aider la protection civile, venue secourir "une personne en état d’ébriété et inconsciente" : "On s’est fait gazer et nous avons dû nous-mêmes transporter le jeune homme dans le camion de la protection civile alors que le gaz nous brûlait la gorge. C’était irrationnel et dangereux."

      À partir de là, le nuage chimique a déjà recouvert le quai Wilson. Selon le rapport controversé de l’IGPN, il est 4h37. Soit l’heure, d’après la police des polices, de la première salve de grenades lacrymogènes. Mais, au vu des vidéos amateur tournées sur place, il semble plutôt qu’il soit au plus tard 4 h 32, ­version confirmée par les témoignages consultés par le JDD. Selon ces derniers, la police ­commence à "charger depuis la route [en amont du fleuve] vers le quai, laissant comme seule échappatoire la Loire", comme s’ils étaient « du bétail". "Je me suis fait violemment repousser par les forces de l’ordre en direction de la Loire, affirme un participant présent du côté du Bunker. Je me suis aussi fait tirer dessus avec des ­ grenades de ­désencerclement directement dans les pieds et me suis fait traiter de “sale gaucho”." Plusieurs personnes écrivent avoir vomi sous l’effet des gaz et les témoignages d’yeux, gorges et bronches brûlés sont légion.

      « Je me suis réveillé dans la lacrymo. Sans savoir par où partir, déstabilisé, seul »

      D’autres récits effarants, situés dans le même intervalle de temps, semblent confirmer la dangerosité de l’opération policière. La fête bat son plein depuis 15 heures de l’après-midi. Cela fait donc, pour les plus motivés, près de neuf heures de "teuf", la tête dans les caissons de basses. À 4h30, corps et esprits, enivrés ou non, sont exténués. Aux abords du Bunker "au moment du conflit", un jeune homme explique que "des personnes dormaient encore sur le quai", que "certains se sont réveillés en panique et ont couru dans le nuage de lacrymogène sans savoir où aller".
      Depuis des semaines, les proches de Steve assurent qu’ils ont laissé leur copain fatigué dormir près du sound system d’où est parti l’assaut. Ils sont persuadés qu’il a ainsi été surpris par les gaz dans son sommeil puis a chuté dans le fleuve. "Je me suis réveillé dans la lacrymo, écrit un fêtard. Sans savoir par où partir, déstabilisé, seul."

      Vingt minutes dans la Loire

      "C’est au moment où le nuage nous a envahis qu’on a vu des gens tomber dans la Loire", déclare une jeune fille, la voix tremblante. "C’était le gros bordel, les flics qui passent en plein milieu de la piste de danse en te dévisageant, c’est incroyable, renchérit un autre. Là, j’ai vu des gens tomber dans l’eau." Parmi les 89 plaignants, deux ont chuté dans la Loire. L’un, fuyant les gaz lacrymogènes, perd l’équilibre et se fait emporter par le courant. Plus loin, il réussit à s’accrocher à une corde fixée au quai. À cet instant, l’autre tombe à la renverse et, dans sa chute, se luxe l’épaule. Le premier voyant le second se débattre dans l’eau sans parvenir à nager le saisit par le col pour l’aider à se maintenir. Ils passeront une vingtaine de minutes dans la Loire avant d’être secourus.

      Dix-huit des 148 ­témoins soutiennent avoir vu des gens tomber dans le fleuve. Aux alentours de 4h40, une femme prise dans les gaz s’approche du bord pour mieux respirer. "Soudain, j’aperçois une personne dans la Loire, elle avait du mal à nager et s’éloignait de la berge, expose-t-elle. Avec un petit groupe de personnes, nous lui parlions afin qu’elle reste éveillée et nous lui éclairions la berge pour qu’elle s’en approche." Les pompiers, sur un bateau à proximité, sont prévenus. Mais elle conclut, inquiète : "Je n’ai pas pu voir dans ce chaos et cette confusion si la personne avait été repêchée…"

      « Quand on est allés voir la police pour leur dire qu’il y avait des gens à l’eau, on s’est fait envoyer balader »

      Certains jurent avoir appelé les forces de l’ordre à la rescousse. "Quand on est allés voir la police pour leur dire qu’il y avait des gens à l’eau, on s’est fait envoyer balader : ’Cassez-vous ou on vous embarque !’", s’étrangle un témoin. Un autre, rencontré par le JDD, précise son souvenir. "On était une dizaine près de l’eau, on suivait un mec qui se débattait dans la flotte, relate-t-il. On est allés voir les flics pour qu’ils nous aident, ils ont répondu texto : ’C’est pas notre boulot, c’est celui des pompiers.’" Un troisième explique pour sa part avoir vu quelqu’un "prévenir les CRS qu’une personne était tombée à l’eau". Selon lui, ces derniers sont "venus avec des lampes de poche l’espace de dix secondes. Ils n’étaient même pas au bon endroit et ils sont repartis sans rien faire, vers leur fourgon."

      "À partir de là, il faut imaginer des centaines de personnes qui hurlent en courant dans tous les sens, des bruits de ’plouf’ dans l’eau, du gaz partout, des détonations de grenades, des flics qui frappent des gens, égrène au téléphone l’un des 89 plaignants, encore choqué. C’était le chaos." Un témoin, rencontré depuis à Nantes, confesse sans finasser : "On est tous pompettes, on est contents d’être là et les gars nous chargent pour une putain de dernière musique. Alors, ouais, les plus énervés, comme moi, on a foncé. Je le cache pas, on a lancé des bouteilles." Dix policiers porteront d’ailleurs plainte pour ces violences.

      « Deux tireurs visaient la tête des gens avec leur LBD »

      L’organisateur d’un sound system placé à 100 mètres du Bunker sent la tension monter. Il traverse les gaz pour exhorter les fêtards qui lancent les projectiles contre les forces de l’ordre à tout arrêter. C’est la police qui lui répond finalement, d’un coup de matraque. De son côté, une jeune fille raconte avoir été heurtée par le bouclier d’un CRS, qui lui a cassé une dent. Des témoignages évoquent des tirs de LBD. "Deux tireurs visaient la tête des gens avec leur LBD, précise l’un d’eux. Ils visaient des personnes qui étaient acculées face à la Loire."

      Au moment de coucher son récit sur le papier, un participant n’en revient toujours pas. "C’est encore douloureux dans mon esprit, j’ai vu des attaques violentes et gratuites dans ma vie, mais celle-ci était parfaitement infondée, écrit-il. Des matraques sur des gamins en tee-shirt, c’était terrifiant d’incompréhension, surréaliste. “Disproportionné” n’est même pas le terme adéquat."

      Provocations et coups de matraque

      Un "teufeur" se retrouve près des rochers qui séparent la route du quai longeant le fleuve. Il reçoit ce qu’il ­décrit comme "un coup de Taser dans le dos". Selon lui, ce n’est pas pour le faire partir mais pour le provoquer : lorsqu’il se retourne, l’homme en uniforme, pistolet à impulsions électriques dans la main, lui lance : "Vas-y, viens, vas-y !" "Il m’a incité à lui rentrer dedans", croit-il. Il préfère battre en retraite et aider une personne à terre. Un policier lui assène alors un coup de matraque qu’il esquive en sautant dans les rochers.

      Résultat : cheville brisée, certificat à l’appui. Il a indiqué à l’avocate des 89, Marianne Rostan, qu’il comptait porter plainte cette semaine. Plâtré depuis un mois, il n’a pas encore eu l’occasion de le faire. Cela porterait à 90 le nombre des plaignants figurant à la procédure. Parmi eux se trouve un lycéen de 17 ans. D’abord gazé au spray lacrymogène, il a reçu des coups de matraque sur la main, lui fracturant l’index droit et lui valant vingt et un jours d’ITT.

      "J’avais du sang partout sur le crâne et j’étais à moitié sonné"

      L’un des récits les plus violents concerne ce jeune plaignant qui parle du moment où il s’extirpe du nuage de gaz. Lui ne se retrouve pas devant la Loire mais face à une rangée de policiers casqués. "Un CRS m’a mis un coup de matraque sur le dessus du crâne, je suis tombé par terre et ai reçu plusieurs coups", détaille-t‑il, assurant que c’est lui, le garçon frappé au sol qu’on aperçoit sur l’une des vidéos amateur. Le jeune homme réussit finalement à se relever. Rebelote et coup de bouclier. De sa fuite, il n’a "pas vraiment de souvenirs", sinon que ses amis se sont occupés de lui. "J’avais du sang partout sur le crâne et j’étais à moitié sonné", retrace-t-il.

      Alors que la situation se calme, un peu avant 5 heures, "sur le chemin du retour" un "teufeur" demande à un CRS "quelles sont les raisons" de l’intervention. Pas de réponse. Le jeune homme s’aventure à renouveler sa question. Spray de lacrymogène dans un œil, "à moins de 30 centimètres". Désorienté, il s’assoit un instant. "Un CRS me dit alors de dégager de là. Mais je ne le vois pas, il me pousse. J’ouvre les yeux, il me gaze (par chance) l’autre œil." Bousculé, il reçoit en prime un coup de matraque. Un ami venu le chercher en prend un derrière le genou. "Le lendemain, visage complètement brûlé et très douloureux pendant plusieurs jours, déplore-t-il. Pas très présentable pour aller travailler." Un jeune résume le sentiment général. "On était juste des objets à défoncer."

      Un dernier témoignage interpelle tout particulièrement. C’est celui d’une DJ qui, vers 4h30, avec son collectif, ­s’apprête à ranger son matériel. Elle est positionnée de l’autre côté du ­Bunker. "Les forces de l’ordre et la foule se dirigeaient littéralement sur nous", rapporte-t-elle. Une situation qu’elle juge "complètement incompréhensible" : "Quelques minutes avant la fin de la soirée, la police elle-même est venue nous féliciter pour le bon déroulement de la soirée."
      * Également chargée de l’enquête judiciaire.