• En Malaisie, les réfugiés rohingya, frappés par une vague de haine, sont devenus indésirables
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    En Malaisie, les réfugiés rohingya, frappés par une vague de haine, sont devenus indésirables
    Par Dinh Tiên (Bangkok, correspondance)
    Quand il est dehors, Farooq reste sur ses gardes. « Les Rohingya ne se sentent plus en sécurité lorsqu’ils sortent. On réfléchit avant chaque déplacement », dit le jeune homme de 26 ans, réfugié en Malaisie depuis 2024, qui ne donne que son prénom. Devenue indésirable aux yeux d’une partie de la population, la communauté rohingya subit une xénophobie sans précédent dans un pays autrefois accueillant.
    « Salaud », « Parasite », « Quitte le pays », énumère Farooq. Sur les réseaux sociaux, insultes et menaces affluent dans les messages privés de ce militant rohingya, peuple musulman apatride et originaire de l’Arakan, dans l’ouest de la Birmanie. Sous un de ses posts sur Facebook, en date du 5 août, dénonçant les persécutions du régime birman, des internautes donnent raison aux militaires birmans, accusés de crimes contre l’humanité et de génocide ; d’autres traitent les Rohingya de « rats », d’« intrus », de « voleurs » ou de « terroristes ». Farooq figure parmi les plus de 126 000 Rohingya enregistrés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Malaisie. Beaucoup ont fui des décennies de persécutions en Birmanie, notamment lors de l’exode massif de 2017. Première communauté de réfugiés du pays, ils seraient en réalité près du double en Malaisie, selon les observateurs. « Face à cette extrême violence, tout le monde a peur », résume le jeune homme, depuis Kuala Lumpur.
    Nourrie par la désinformation, cette vague de haine s’est emballée au mois de mai. Pendant l’Aïd-el-Adha, les Rohingya ont été accusés sur les réseaux sociaux de pratiques insalubres lors du Qurban, le sacrifice rituel des animaux. A ensuite circulé une vieille rumeur : ils chercheraient à « prendre le contrôle » de Selayang, au nord de Kuala Lumpur.La Malaisie accueille d’autres ethnies de Birmanie – Chin, Kachin, Karen, Môn… –, ainsi que des réfugiés du Pakistan, de Syrie, du Yémen, fuyant les guerres et les persécutions. Or, « quand une autre communauté est impliquée dans une action délictueuse, ce sont les Rohingya qui sont pointés du doigt, dénonce Farooq. Nous sommes systématiquement tenus responsables de l’ensemble des problèmes attribués aux réfugiés. » Les données officielles sont pourtant loin d’étayer l’image d’une criminalité généralisée : selon la police, seuls 89 Rohingya ont été impliqués dans des affaires criminelles depuis 2024, soit 0,02 % de l’ensemble des crimes recensés en Malaisie.
    Début juin, une pétition en ligne réclamant « l’expulsion des Rohingya » au premier ministre, Anwar Ibrahim, a recueilli près de 500 000 signatures en quelques jours. Malgré son retrait, la haine continue de pulluler : la fille d’un responsable politique a comparé les Rohingya à des « singes », le tabloïd Kosmo ! a qualifié leur installation en Malaisie de « cancer ». Quelques élus ont même appelé « à la démolition de [leurs] habitations », rapporte l’ONG Fortify Rights. Fin juillet, à Penang, des Rohingya ont été chassés de leur campement. Une centaine d’entre eux, parmi lesquels des femmes et des enfants, a rejoint le HCR, à Kuala Lumpur, le 27 juillet. La police les a embarqués, avant de les libérer deux jours plus tard : tous avaient des documents du HCR valides. Le 29 juillet, Anwar Ibrahim a annoncé que la Birmanie, avec laquelle il dit entretenir de « bonnes relations », avait accepté le retour de 5 000 Rohingya. Tollé des ONG : dans l’Etat Rakhine (ex-Arakan), dont les Rohingya sont originaires, les combats font rage entre l’armée d’Arakan, une guérilla ethnique, et les forces régulières, toutes deux accusées d’exactions à l’encontre des Rohingya. Le 5 août, le gouvernement a tempéré son annonce : aucun retour n’aura lieu si « leur vie est menacée ».
    La militante rohingya Sharifah Shakirah y voit un calcul politique. « Les Rohingya ont toujours servi de boucs émissaires. Les responsables politiques les utilisent quand ils en ont besoin pour leurs propres intérêts. » Or, Anwar Ibrahim est fragilisé : son bloc, Pakatan Harapan, vient d’essuyer de lourds revers électoraux au Johor puis au Negeri Sembilan, alors que des législatives se tiendront en 2028. Les Rohingya sont une cible facile : la Malaisie n’a pas signé la convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Même enregistrés auprès du HCR, les Rohingya n’ont pas de véritable statut légal. « Ils vivent à la merci des autorités », fustige Sharifah Shakirah.
    Aslam Abd Jalil, maître de conférences à l’université de Malaisie, parle lui aussi de récupération : « Anwar a utilisé la question du renvoi de 5 000 Rohingya dans le cadre de sa campagne. » Mais l’opposition, souligne-t-il, exploite aussi le sujet pour dénoncer le manque de fermeté du gouvernement. Sharifah Shakirah s’indigne des créateurs de contenu qui gagnent en visibilité en filmant les réfugiés ou en se moquant de leurs enfants. Un responsable de l’opposition aurait, selon elle, consacré 1 million de ringgits (211 000 euros) à rémunérer des influenceurs pour alimenter cette campagne anti-Rohingya.« L’attention est détournée des défaillances de l’Etat pour se porter sur les réfugiés », analyse Aslam Abd Jalil. Dans une société polarisée par les appartenances ethniques, il voit dans cette hostilité un paradoxal « facteur d’unification ». « Certains comparent les Rohingya aux sionistes, comme s’ils étaient venus de l’extérieur pour prendre progressivement possession du territoire. Ils deviennent des souffre-douleur sur lesquels la population déverse son ressentiment. »
    Accusés de propager le Covid-19, les Rohingya avaient déjà subi une vague de haine pendant la pandémie, en 2020-2021. Elle avait fini par refluer. « C’est pire aujourd’hui », estime le chercheur. Plusieurs écoles accueillant des enfants rohingya ont fermé. Des familles ont été expulsées, des travailleurs ont perdu leur emploi et des propriétaires refusent de leur louer des logements. « Des enfants restent cloîtrés chez eux parce que leurs parents ont peur qu’ils soient harcelés, ajoute Sharifah Shakirah. On traumatise une nouvelle génération de Rohingya, alors que leurs familles étaient venues en Malaisie pour trouver un peu de sécurité. »
    L’époque semble lointaine où, en 2016, l’ancien premier ministre Najib Razak participait à un rassemblement en solidarité avec les Rohingya, au nom de la défense de musulmans persécutés en Birmanie. « La Malaisie a souvent tenu un discours hypocrite : sur la scène internationale, elle affirme défendre les Rohingya et réclamer justice pour les crimes commis en Birmanie. Mais sur son territoire, elle ne les protège ni ne les soutient vraiment », accuse John Quinley, de Fortify Rights. Farooq, lui, a fui les persécutions en Birmanie, puis les camps surpeuplés du Bangladesh après avoir été menacé par un groupe armé. Il espérait trouver un peu de répit en Malaisie, mais se sent désormais « impuissant » : « Notre crime, c’est d’être nés rohingya. »

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  • Calabria, un #manifesto per «normalizzare #San_Luca»: esperti e cittadini immaginano insieme un presente diverso

    Su San Luca (Reggio Calabria), dalle cronache spesso associata alla ’ndrangheta, pesano gravi pregiudizi che emarginano i suoi cittadini e aumentano la sfiducia nello Stato. Anna Sergi e Francesco Donnici raccontano l’iniziativa del «Manifesto con San Luca», nata per coinvolgere abitanti, esperti e rappresentati della società civile in una riflessione collettiva che possa eliminare lo stigma e portare a un cambiamento

    San Luca (Reggio Calabria), cittadina di circa tremila abitanti ai piedi dell’Aspromonte, è nota ai più per le cronache che la associano alla storia di “mamma” ‘ndrangheta. Nei giorni scorsi, una delle voci autorevoli del paese, commentando l’ennesimo blitz di alcune emittenti televisive, scriveva: «Per anni San Luca è stata descritta come il luogo delle tenebre. Oggi gli stessi ambienti che hanno contribuito a costruire quell’immagine spiegano che bisogna superarla». Tale atteggiamento, in questa visione critica, viene descritto dalla stessa autorevole voce come sintomo di una «perfetta economia circolare della narrazione». Un’espressione che sintetizza il sentimento di una popolazione spesso illusa e delusa, quando non usata, dalle tante voci avvicendatesi, nel bene e nel male, in iniziative finalizzate a sconfiggere “mostri” alimentati per essere utilizzati a favor di telecamera.

    A San Luca è sorta un’iniziativa che mette al centro il dialogo con le persone; con i suoi cittadini: non per narrarli, ma per provare a essere cassa di risonanza di voci concepite come parte di un tutto più ampio. Ne è nato un documento politico intitolato “Manifesto con San Luca”. Il Manifesto non vuole dare risposte univoche, ma linee guida, spunti di riflessione e pratiche sociali per interpretare e reimmaginare il presente di queste realtà. Si vuole rivolgere principalmente ai cittadini di San Luca e della Locride, poi ai calabresi tutti. La classe politica e amministrativa locale e della regione Calabria è il target diretto, giornalisti, analisti e forze dell’ordine altrettanto.

    L’iniziativa, ancora in divenire, è presentata con la formula del “Manifesto” perché è una sintesi delle riflessioni raccolte tra cittadini, esperte, ricercatrici, docenti, ingegneri e quante più persone vivono e conoscono il territorio calabrese e si siano sentite di offrire con gratuità il proprio contributo alla costruzione di un testo che potesse essere preludio a una riflessione collettiva e condivisa. Il percorso del Manifesto è iniziato nei primi mesi del 2026 e si è servito dei metodi della ricerca sociale in ambito criminologico per iniziare a mettere su una massa critica di opinioni: individuati gli esperti (calabresi), si sono fatte delle brevi interviste con loro; visite al paese, spesso preannunciate sui social, e coadiuvate anche dalla Caritas locale, hanno permesso di interfacciarsi con la popolazione su alcuni punti di primario interesse.

    In altre parole, il “Manifesto con San Luca” aspira a incarnare un soggetto collettivo che apre a una riflessione più ampia sulle sorti delle “aree interne montane” e della Calabria, riconoscendo e non smentendo l’esistenza di taluni problemi, come può essere la presenza e operatività di storici clan di ‘ndrangheta originari del territorio. L’obiettivo, anche in questo caso, non è però quello di prestarsi a strumentali apologie di mafia, né di ridurre la ‘ndrangheta a semplice questione criminale da risolvere, bensì, è scritto, «di prendere coscienza di quali fattori, all’interno delle stesse comunità e delle istituzioni, facilitino il riprodursi e ripresentarsi della ‘ndrangheta»: l’assenza di uno Stato affidabile, la mancanza di opportunità, la marginalità geografica, la frammentazione sociale, la rassegnazione, il silenzio, l’ambiguità delle posizioni individuali, le narrazioni appiattite su certi stereotipi, sono solo alcuni esempi. San Luca viene chiamato in causa come “laboratorio” dell’esistente, non come oggetto di un esperimento, ma perché è una rappresentazione in piccolo di problemi riscontrabili anche altrove, spesso nemmeno reali, ma frutto di percezioni esterne, anche distorte.

    «Normalizzare San Luca»

    A settembre 2023, proprio in un’intervista pubblicata sulle pagine de lavialibera, Bruno Bartolo, ultimo sindaco eletto della cittadina prima del più recente commissariamento del Comune avvenuto circa un anno dopo, dichiarò che il suo obiettivo era quello di «normalizzare San Luca». Il paese, secondo il primo cittadino insediatosi il 27 maggio 2019 dopo una lunga stagione di scioglimenti e commissariamenti, veniva raccontato come un’anomalia e tale racconto rischiava di distrarre dai “normali” problemi che San Luca condivide con tante aree simili. Su tutti, mancanza di lavoro, di luoghi di incontro e confronto permanenti, di iniziative dello Stato che non siano solo un “mordi e fuggi” spesso tradotto in tanti progetti “non finiti” che affollano il panorama e gli archivi del municipio. «I sanluchesi sono in credito con lo Stato fin dall’alluvione che devastò il territorio nel 1973», diceva ancora Bartolo riassumendo un lunghissimo periodo di mancanze che hanno finito per scoraggiare anche i più volenterosi dall’assumersi il compito di rappresentare la “cosa pubblica” sul territorio.

    Cosa pubblica che nel frangente è diventata “cosa di nessuno”, tra l’incuria e l’assenza di progettazione. Di fatti, «la ‘normalizzazione’ del paese passa dai suoi servizi», come poteva essere la strada che porta al Santuario di Polsi, tanto impraticabile da inibire la celebrazione dello storico pellegrinaggio verso la Madonna della Montagna nel 2025, o l’istruzione, come l’ex sindaco aveva scritto (insieme agli omologhi di Platì, Africo e Careri) nella lettera inviata al ministro Giuseppe Valditara, per chiedere un intervento strutturale su scuola e lavoro, tale da togliere i giovani dalla strada incentivando un «comune percorso di antimafia legato a specifici progetti che fanno perno su una scuola qualificata e realmente formativa». Se fosse riuscito in quest’opera di “normalizzazione”, l’ex sindaco avrebbe valutato di ricandidarsi. Così non è stato e all’esito di una tornata elettorale senza liste e candidati, le sorti del Comune sono state affidate a una commissione straordinaria.

    Missioni e Fondazioni

    Nel mentre, a carico di Bartolo e altri è stata aperta un’indagine legata alla concessione dello stadio comunale e all’assegnazione degli spazi nell’area mercatale del Santuario di Polsi, che ha gettato nello sconforto una popolazione sentitasi accerchiata dagli organi inquirenti. Ma non è tutto. Nel giugno del 2024, la Commissione parlamentare antimafia guidata da Chiara Colosimo si era recata in missione a San Luca. Una visita che ha lasciato in dote soltanto una foto di dubbio gusto scattata dai parlamentari sotto il vecchio cartello d’ingresso al paese – non più esposto sulla pubblica via – forato dai colpi delle lupare e una relazione di 32 pagine «non esenti da retorica» come scritto da Pablo Petrasso su LaC news.

    Nel documento, al classico racconto sulla ‘ndrangheta e sulla cultura mafiosa che influenza i giovani, venivano accostate considerazioni sulle risorse di un territorio, solo per fare un esempio, dal grande potenziale turistico «limitato dal degrado ambientale dell’intera Locride e dalla mancanza di una cultura imprenditoriale adeguata». Sulla scorta di un tale complesso di riflessioni – per certi versi un po’ stantie, per altri un po’ distratte dalle reali dinamiche territoriali incarnate dalle diverse realtà sociali positive che operano in quella porzione della provincia di Reggio Calabria – l’organo concludeva dichiarandosi «disponibile a fornire spinta e testimonianza concreta a quelle comunità, con la candidatura diretta di propri membri» alle elezioni amministrative.

    Il terremoto si completa con la scossa data dallo scioglimento, disposto dalla prefettura di Reggio Calabria il 21 marzo 2025, del CdA della Fondazione culturale “Corrado Alvaro”, giornalista, antifascista, vincitore del premio Strega e autore del capolavoro “Gente in Aspromonte” oltre che figlio nobile di San Luca. Il provvedimento evidenziava criticità come la ridotta operatività della Fondazione o «un progressivo depauperamento del patrimonio e contestazioni relative alla composizione degli organi di governo, anche per la presenza di soggetti con parentele a famiglie riconducibili a contesti di criminalità organizzata». Una lettura che fin da subito ha destato perplessità, ma soprattutto polarizzato l’opinione pubblica tra coloro i quali sostengono la necessità di questo commissariamento, il primo per un soggetto culturale, e chi ritiene che questa sia l’ennesima – forse la più grave – cicatrice inferta all’identità del popolo sanluchese che vede infangato anche il nome dell’intellettuale a 130 anni dalla sua nascita.

    Dopo alcune proteste social, flashmob, la nomina di un Comitato scientifico, il rinnovo del CdA, lo scorso mese di giugno il Tribunale amministrativo regionale – accogliendo il ricorso presentato da Aldo Maria Morace, presidente del CdA sciolto, e dal vice Tonino Perna – ha ribaltato il provvedimento della prefettura. Tuttavia, la decisione del tribunale amministrativo di primo grado viene congelata a inizio luglio dal Consiglio di Stato. Al di là di quelli che saranno gli esiti del processo amministrativo, è evidente il grave disagio forse non considerato ma certamente arrecato alla popolazione di San Luca. Dinamiche che è impossibile disgiungere da quel pregiudizio di fondo derivato dall’abuso di una certa narrazione fatta nei confronti di un paese dove tutti, indistintamente, rischiano di cadere nel calderone della criminalizzazione, che diventa criminalizzazione della fragilità oltre che della devianza mafiosa.
    Sentenze e movimenti sociali

    Il referendum sulla giustizia del 22-23 marzo 2026 ha rappresentato un altro momento di frattura e incomprensione. L’82,39 per cento degli elettori di San Luca ha votato “Sì”. Percentuale simile a quella di altri comuni dell’area aspromontana e ionica. Tale risultato, complici alcuni spunti derivati dalla campagna referendaria, hanno fatto gridare all’endorsement mafioso. Una lettura superficiale e offensiva per chi, in quei territori, ha creduto – ingenuamente o disperatamente secondo chi scrive – che quella riforma potesse rappresentare una giustizia più equa, dove non si viene marchiati a vita per un cognome o per il luogo di nascita. Quel voto, per chi lo osserva conoscendo il territorio, non è stato un allineamento alla ’ndrangheta, ma un grido contro una magistratura percepita come unica presenza dello Stato: non quella che costruisce scuole o strade, ma quella che arriva con le manette e i titoli di giornale. Un voto di protesta che si è inserito perfettamente in quel solco di risentimento e frustrazione alimentato da decenni di abbandono istituzionale, trasformandosi in un messaggio politico urlato: quello di comunità stanche di sentirsi sospette per nascita e residenza, prima ancora che cittadini.

    A completare il quadro di sfiducia è arrivata, nel mese di giugno, la sentenza di appello del processo Gotha, con l’assoluzione, tra gli altri, del sacerdote di San Luca don Pino Strangio, accusato e condannato in primo grado di concorso esterno in associazione mafiosa. Il provvedimento è arrivato dopo dieci anni di processo, di ambiguità relazionali imposte all’intera comunità, di erosione ulteriore della fiducia nelle istituzioni. Come sempre, gli arresti e le prime condanne hanno riempito le prime pagine; le assoluzioni, quando arrivano, vengono relegate in trafiletti che non restituiscono dignità né riparano il danno. Dopo l’assoluzione si è formato un piccolo movimento sui social che chiede, pretende quasi, il ritorno a Polsi di don Pino Strangio come rettore del Santuario della Madonna della Montagna nel frangente riaperto ai fedeli – con accesso per ora solo a piedi – per l’estate 2026. A prescindere dalle considerazioni tecniche sulle nomine ecclesiastiche e a prescindere anche dalle valutazioni nel merito dell’assoluzione – come della precedente condanna – è necessario notare come questo coro social dimostri ancora una volta che la comunità sanluchese non solo c’è, ma quando si muove lo fa in maniera compatta. Se questa dinamica si osserva dalla prospettiva dei movimenti sociali diventa un’opportunità enorme per aprire a un possibile cambiamento. Tuttavia, se da un lato questa coesione è una risorsa potenziale per il cambiamento, dall’altro rischia di tradursi in vittimismo collettivo quando non si accompagna a un’assunzione di responsabilità e a un senso civico che vada oltre la difesa identitaria.

    Parole chiave

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=XPIbAULzTvo&t=187s

    Questa breve ricostruzione aiuta a comprendere il contesto all’interno del quale si è fatta strada l’idea del “Manifesto”. Il documento continua ad essere arricchito di spunti, alcuni dei quali arrivati dopo il primo lancio pubblico avvenuto lo scorso 18 giugno al festival “Trame” di Lamezia Terme. La riflessione emersa a quel tavolo è stata sintetizzata in un elenco di parole chiave suddivise in cinque macrocategorie:

    crisi del territorio, marginalità e abbandono;
    crisi della sfera pubblica e del bene comune:
    crisi morale e culturale;
    crisi della fiducia e delle relazioni;
    prospettive di cambiamento.

    Tra queste, si vogliono evidenziare due concetti che fin dall’inizio, dall’osservazione profonda del territorio di San Luca attraverso il metodo scientifico, hanno fatto da traino all’iniziativa: da un lato si parla di “isolamento e marginalità”, intesa «la condizione geografica e sociale che relega aree come San Luca ai margini delle politiche pubbliche e dell’attenzione collettiva»; dall’altro di “vittimismo come interiorizzazione dello stigma”, ovvero «il rischio che le comunità interiorizzino lo sguardo esterno stigmatizzante (in senso lato, criminalizzante), trasformandolo in rassegnazione e risentimento».

    Sullo sfondo, le aree interne

    Questa riflessione non deve essere concentrata esclusivamente su San Luca, ma da San Luca può trasporsi anche su altri livelli territoriali. Basti pensare al dibattito innescato dal Piano strategico nazionale per le aree interne (Psnai) 2021-2027 letto da alcuni come una condanna a morte nella parte in cui parla di accompagnamento dei territori in un «percorso di spopolamento irreversibile». Alcuni studiosi, tra cui l’antropologo Vito Teti, hanno definito il documento come parte di un lungo percorso di “eutanasia territoriale” che coinvolgerebbe diversi paesi, su più livelli, e non solo contesti come San Luca.

    Come hanno evidenziato i docenti Domenico Cersosimo e Rocco Sciarrone in un più recente contributo sulla rivista Dissonanze, «tutta la Calabria è ormai un’unica grande area interna». Secondo la struttura del “Manifesto con San Luca”, l’inciso potrebbe valere addirittura per l’intera Italia dove i dati Istat raccontano di un processo di spopolamento che coinvolge anche i grandi centri urbani. Per questo motivo, se non maneggiato con cautela, il dibattito sulla sorte delle aree interne rischia anch’esso di diventare fuorviante e scoraggiare le forze buone della popolazione. Servono politiche, servono «forme di resistenza» per dirla sempre con Cersosimo e Sciarrone, che incentivino le persone a restare superando l’idea romantica ma vuota di una “restanza” fine a se stessa, che, come tale, diventa solo un modo elegante per selezionare chi può restare e chi non può andarsene.

    L’incentivo è quello di produrre una forte spinta oltre le retoriche della “resilienza” che in questi anni pur si è vista, ma si è tradotta in un tirare a campare spesso disgiunto dai progetti a lungo termine. Viceversa, il dibattito va traslato sul campo dei servizi, dell’economia sociale legata a doppio filo alla valorizzazione dei territori, della loro storia, risorse e identità. Da poco, il commissariamento del Comune è stato prorogato di sei mesi, ma il prossimo anno le elezioni amministrative torneranno a bussare. Si voterà per dare a San Luca una nuova amministrazione. L’auspicio è che le campagne elettorali tengano conto dei reali bisogni dei cittadini e non siano solo spot. Che siano costruite “con”. In tal senso, questo disegno collettivo e condiviso, è a disposizione di chi saprà farne buon uso, per offrire spunti utili alla costruzione di una visione d’insieme.

    ►https://lavialibera.it/it-schede-2761-un_manifesto_per_normalizzare_san_luca
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    • La Calabria non è un altro mondo

      La Calabria non è «un altro mondo», ma una versione estrema di problemi che attraversano l’Italia: povertà, disuguaglianze, debolezza dei servizi pubblici, frammentazione sociale. La regione vive una forte dipendenza dalla spesa pubblica e una modernizzazione guidata dall’alto, con scarso protagonismo collettivo. La politica occupa un ruolo centrale, mentre la ’ndrangheta prospera nelle connessioni tra economia e potere. Accanto a rassegnazione ed emigrazione, esistono esperienze di resistenza e innovazione, ma ancora incapaci di produrre un cambiamento strutturale.

      «È certo la più strana tra le nostre regioni. [...] Si direbbe che qui siano franati insieme i detriti di diversi mondi; che una divinità arbitraria, dopo aver creato i continenti e le stagioni, si sia divertita a romperli per mescolarne i lucenti frantumi. Si deve a questo se i viaggiatori stranieri, in Calabria, rimangono disorientati. Non riescono a definirla. La trovano diversa, non solo dalle altre regioni italiane, ma da qualsiasi parte del mondo, e stentano a valutarne la civiltà». [Guido Piovene, Viaggio in Italia]

      La Calabria è una terra simbolo al negativo. Area estrema del nostro mondo, non un altro mondo. Una regione pervicacemente fuori squadra. Tra le ultime in Europa per reddito; la più povera tra le venti regioni italiane. Ma anche quella con la disuguaglianza economica interna più elevata tra tutte le regioni dell’Unione europea: il reddito del quinto dei calabresi più ricchi è 8,5 volte quello del quinto dei più poveri (attorno a 5 nell’Unione europea e in Italia), a testimonianza del fatto che i calabresi più ricchi sono relativamente meno ricchi degli italiani che abitano nelle regioni del Nord mentre i calabresi poveri sono molto più poveri dei poveri del Nord.

      Già questi pochi dati di sintesi mostrano l’utilità di guardare alla Calabria come a un’area in grado di rappresentare alcuni tra i più rilevanti problemi di cui si discute attualmente, e che in vario modo riguardano altre regioni, l’Italia e l’Europa. Un’utilità amplificata dal fatto che in Calabria questi problemi sembrano essere concentrati alla massima potenza. Lo stesso può dirsi degli interventi rivolti ad affrontarli.

      D’altra parte, il tessuto sociale e istituzionale della regione risulta frammentato e segmentato, strutturato secondo rigide logiche autoreferenziali, per silos verticali; mancano disegni intenzionali di connessioni funzionali; latitano infrastrutture di collegamento, raccordo, interazione. Di nuovo, una situazione ravvisabile anche in altri contesti, che segnala il progressivo sfilacciamento dei legami sociali, che ha però raggiunto qui livelli estremi.

      Da tempo la Calabria si colloca nelle retrovie delle graduatorie nazionali delle dotazioni e della qualità dell’offerta di servizi pubblici essenziali (sanità, scuola, servizi sociali e culturali, servizi per l’infanzia e gli anziani). I calabresi, di conseguenza, sono cittadini a bassa cittadinanza. L’intera regione, comprese le poche città, è assimilabile ad un’unica grande area interna, un’area lontana dai centri di servizi essenziali: spesso distanti fisicamente, inesistenti, di difficile accessibilità o mediamente scadenti.

      Un calabrese su due è a rischio di povertà o di esclusione sociale. Un picco scandalosamente alto, il più alto (e di molto) di tutta Europa. Un calabrese benestante convive con un calabrese povero/vulnerabile. Due società slegate.

      I benestanti godono di risorse adeguate per smarcarsi dal malconcio settore pubblico, mentre i poveri/vulnerabili si trovano in condizioni di gravi deprivazioni materiali quotidiane, di lavori poveri, di salari all’osso, di disconoscimento. I benestanti abitano una certa orizzontalità relazionale, potendo contare su reti di sostegno reciproco, di scambio, di potere, di affari. Reticoli che, seppure limitati alla cerchia sociale di riferimento, alimentano comunanze e vantaggi esclusivi, capitale sociale di club.

      I poveri/vulnerabili abitano invece un tessuto sociale disperso e atomizzato: senza adeguate infrastrutture politico-sindacali, spesso persino senza parrocchie di prossimità.

      Le classi alte trovano convenienze nello status quo; i poveri si rassegnano allo status quo perché senza risorse e «capitali» per immaginare un’altra vita, senza rappresentanza collettiva. Sta in ciò la spiegazione dell’enigma calabrese: una situazione estrema che non implica – non può implicare – un conflitto sociale altrettanto estremo, perché ne mancano i presupposti soggettivi e collettivi.

      Lo Stato, con la sua spesa pubblica, è il soggetto pressoché esclusivo della trasformazione post-bellica della Calabria. Una «modernizzazione passiva», eterodiretta, con una mobilitazione dal basso debole e discontinua. I grandi cambiamenti che hanno trasformato più intensamente la società tradizionale del passato sono tutti ideati e promossi dal centro: finanziamenti di opere pubbliche e riforme che, in un quadro di costante incompiutezza, hanno modificato nel profondo le condizioni di vita e dei comportamenti dei calabresi, caratterizzandoli progressivamente come italiani a tutto tondo per consumi e stili di vita.

      Il film diacronico mostra, dunque, una regione in movimento, disposta all’inseguimento, in tendenziale convergenza con il resto della Penisola, tutt’altro che ferma e ossificata nei suoi assetti sociali e civili. A contrario, l’osservazione sincronica palesa una distanza persistente con il resto del Paese, gravato da disparità diffuse non sanate.

      È la politica il «grande tutto» dei processi di mutamento economico e sociale, il fattore dei successi e degli insuccessi, la calamita attrattiva unica per benestanti e poveri, la determinante di allineamenti e scarti infra e inter-regionali.

      Oggi, la vita nuda della grande maggioranza dei calabresi è in larga parte dipendente, nel bene e nel male, dalla spesa pubblica: per i singoli cittadini e per le imprese, per gli agricoltori e per i costruttori, per le università e per le scuole, per la sanità pubblica e privata, per i sindaci e per le associazioni culturali.

      Massimizzare l’accesso ai contributi pubblici è l’assillo di una regione e di una parte consistente del terziario privato della mediazione (padronati, caf, associazioni varie, commercialisti, avvocati), specializzato nel drenaggio e nell’allocazione minuta di questi flussi di spesa. Ancor più ossessiva è l’intercettazione di risorse collettive e della loro torsione a proprio vantaggio da parte di ampi segmenti delle classi dirigenti (politici, imprenditori, agenzie), anche attraverso l’uso strumentale delle relazioni associative professionali e interprofessionali, legali e occulte.

      In filigrana si intravede una società ruminante, impegnata nella captazione e manipolazione di risorse pubbliche, con una speciale abilità a scovare e massimizzare l’accesso a contributi, incentivi, sostegni e sgravi di ogni tipo e a sfruttare le opportunità legate alla spesa pubblica in direzione di interessi particolaristici.

      La ’ndrangheta è tra gli attori economici più attrezzati nella conquista di questi flussi di risorse, spesso con un ruolo da protagonista negli appalti di opere infrastrutturali, nel campo sanitario, nel settore della raccolta e smaltimento dei rifiuti, configurandosi come uno dei soggetti rilevanti della Calabria espansiva.

      Da pericolosa realtà criminale, a lungo sottovalutata, la ’ndrangheta è diventata anche uno stigma culturale e sociale utilizzato per indicare l’intero territorio regionale e la sua popolazione. Prevalgono al riguardo letture riduttive, da quelle che incredibilmente insistono ancora sulle caratteristiche arcaiche di un popolo e della sua mentalità agro-pastorale a quelle che invece riducono il fenomeno a mero problema di ordine pubblico. Di conseguenza, diventa vago e sfumato il problema delle contiguità e delle collusioni che investono il funzionamento dell’economia e soprattutto il raccordo tra economia e politica, che da sempre costituiscono il vero punto di forza della ’ndrangheta.

      Più in generale, la Calabria può essere considerata un laboratorio per osservare le dinamiche di trasformazione della politica contemporanea, stretta nella morsa di spinte contrapposte tra de-politicizzazione e iper-politicizzazione. Una regione in cui la politica resta al centro della scena, anzi la occupa in modo preponderante. Anche se spesso è una politica senza politiche, che rifugge dalle responsabilità, che opera in via emergenziale attraverso deleghe e commissariamenti, condizionando in modo peculiare la configurazione e il funzionamento delle istituzioni e dei processi democratici.

      Nel quadro di netta prevalenza della regolazione politica, non si sono create le condizioni per favorire relazioni di mercato dotate di sufficiente autonomia ed efficacia, anche se sono emerse nel tempo diverse iniziative imprenditoriali «eccellenti» per innovazione e ampiezza dei circuiti economici ma che, tuttavia, non riescono a contaminare i contesti di insediamento.

      La manifattura è ormai un’attività marginale, tanto in termini di contributo al reddito regionale che di occupazione; l’agricoltura più dinamica e le attività complementari si sono sempre più concentrate nelle poche aree di «polpa»; il ciclo dell’edilizia tende a sovrapporsi a quello della congiuntura politica settoriale; le stesse strutture di ricerca sono sempre più orientate a incrociare flussi di spesa pubblica in modo indifferenziato, attraverso alleanze di scopo di breve periodo con imprese e soggetti privati che tuttavia non sortiscono effetti di lunga durata nell’economia e nella società locale.

      Il turismo, a dispetto dell’enfasi retorica corrente, soffre di congenite improvvisazioni, di despecializzazione e di un’infrastruttura organizzativa ancora rudimentale, nonostante l’emersione di un limitato numero di iniziative imprenditoriali di buona qualità, per lo più puntiformi ed esclusive, e talvolta inquinate da contaminazioni mafiose.

      In questo scenario prevalgono logiche di adattamento, da un lato i calabresi che difendono le posizioni di privilegio acquisite, dall’altro i calabresi che cercano di fronteggiare le diffuse condizioni di precarietà e vulnerabilità della loro vita quotidiana. Ancora oggi, come in passato, un’alternativa è quella della fuga, dell’exit: per scelta, quando possibile, o, spesso, per necessità.

      Tra chi resta non mancano i soggetti, in molti casi giovani, che praticano forme di resistenza, soprattutto tra coloro che cercano di percorrere vie di innovazione, faticando non poco a trovare spazi di visibilità e voice. Ci sono dunque i calabresi non rassegnati, che non si arrendono e pensano a un altro mondo possibile. Quelli che, ad esempio, testardamente avviano attività di impresa, sfidando a viso aperto un contesto ostile, ribellandosi persino alla ’ndrangheta. Come stanno facendo diverse donne che, per tutelare sé stesse e soprattutto i propri figli, hanno deciso di recidere i legami familiari per rinnegare ogni forma di appartenenza mafiosa.

      O ancora coloro che praticano azioni di solidarietà a sostegno delle fasce più povere e marginali della popolazione. Pensiamo anche all’esperienza di Mimmo Lucano, che ha contribuito a fare di Riace un luogo iconico globale per ospitalità e inclusione di migranti e rifugiati. Si tratta però di casi esemplari, delimitati, che non hanno la forza di innescare processi di cambiamento sistemici.

      Lo scenario delineato ha un significato che travalica la regione, rendendo evidenti, in modo radicale e amplificato, processi di più ampia portata. Da questo punto di vista, la Calabria può essere dunque considerata un benchmark negativo: una realtà sempre più sfilacciata, senza collante sociale, permeata da crescente sfiducia e incertezza, che non riesce a immaginare un futuro.

      Decifrare la sua patologia aiuta a spiegare la fisiologia. E, forse, come nel paradosso di Hirschman: nascondere un po’ di «negativo» può aiutare a non abbandonare la speranza, a fuggire la trappola della rassegnazione, lasciando spazio alla «passione per il possibile».

      ▻https://rivistadissonanze.it/calabria/la-calabria-non-e-un-altro-mondo

  • "Ceux qui restent" : À #Mbour, le #deuil « en #silence » des enfants de migrants disparus en mer

    "Depuis lors, je suis devenu silencieux", murmure Fallou, 12 ans, dans une évocation déchirante de la mort de sa mère sénégalaise après le #naufrage de la pirogue qui l’emmenait vers l’Europe. La jeune Sokhna est, elle, tourmentée par des #rêves où réapparaît son père migrant disparu en mer, au point qu’elle évite de passer devant l’océan et ses fantômes traumatiques.

    On les appelle "#ceux_qui_restent" : ces orphelins doivent composer face à l’attente insoutenable et le #deuil_impossible des "#absents-présents", leurs parents morts en mer ou dont on n’a plus jamais eu de nouvelles après la #disparition de leur embarcation.

    Le nombre de ces morts et disparus - et de leurs enfants - se chiffre au moins "à des milliers" au Sénégal ces dernières années, indique à l’AFP Saliou Diouf, fondateur de l’association "#Boza_Fii" qui lutte contre l’#oubli des personnes migrantes disparues.

    Dans la ville portuaire de Mbour (ouest), les vies abîmées et la parole sensible de ces enfants s’écoutent derrière les murs des maisons. Le #tabou entoure encore le choix de partir de leurs parents. La peur des familles de se confier aussi, dans un contexte où les autorités ont essentiellement une approche répressive pour empêcher les départs de pirogues, arrêter les passeurs, et secourir régulièrement des embarcations à la dérive.

    "J’ai beaucoup pleuré... et puis après je me suis dit que c’est la #volonté_divine", souffle à l’AFP dans une diction hachée Fallou, silhouette agitée de spasmes, en évoquant la mort de sa mère.

    A #Tefees, quartier de pêcheurs, aux ruelles de sable et maisonnettes précaires, Fallou et son frère de neuf ans sont heureux de se retrouver, appuyés l’un contre l’autre dans la chambre et seule pièce de vie de leur grand-mère, Ndeye Ndiaye.

    Leur vie a basculé quand leur mère, Awa, âgée d’une trentaine d’années, est décédée au Maroc en 2024, après le naufrage d’une pirogue.

    Depuis ce drame, "je suis devenu silencieux", lâche Fallou. Le garçon "n’en parle pas avec sa grand-mère ni avec ses amis", seulement avec son père lors de ses visites. "Il me raconte que ma mère était une bonne personne...".

    Comme souvent dans les familles où la mère migrante a disparu, la famille s’est disloquée : le père est retourné vivre dans sa famille, les enfants sont restés avec leur grand-mère. Mais acculée par le dénuement, elle a dû séparer les frères, confiant le plus jeune à son parrain.

    Awa n’avait pas informé sa mère de son projet, mais elle déplorait souvent de la voir "se fatiguer" et voulait lui "venir plus en aide".

    – "Prie pour moi" -

    "Elle m’a simplement dit qu’elle devait aller à Dakar", la capitale, relate Ndeye. Mais un soir, Awa l’appelle : "Maman, j’ai pris une pirogue pour rejoindre l’Europe et je voudrais que tu pries pour moi".

    Deux semaines d’#angoisse plus tard, un appel leur annonce son décès dans un hôpital au Maroc.

    "On ne m’a pas rapporté son #corps et j’en suis toujours là...", murmure Ndeye, qui ne peut retenir ses larmes. "Voir des enfants, des innocents comme eux, devoir vivre sans mère, ça vous affecte au plus profond de vous".

    En 2024, au moins 10.457 migrants sont morts ou disparus "à la frontière occidentale euro-africaine" en tentant de rejoindre l’Espagne via la périlleuse #route_Atlantique, selon Caminando Fronteras, le nombre le plus élevé enregistré depuis le début du recensement en 2007 opéré par cette association.

    Poussés par le désespoir face au manque d’opportunités dans leur pays (chômage, disparition des ressources halieutiques, etc...) et du fait que l’Europe restreint les visas et contrôle drastiquement ses frontières, les candidats à l’exil sont forcés de recourir à des embarcations clandestines, souvent vétustes et surchargées.

    "Souvent les #familles n’obtiennent pas assez d’informations pour faire leur deuil", souligne Saliou Diouf. "L’#acceptation de la disparition se fait très difficilement".

    Les enfants apprennent parfois la nouvelle brutalement dans la rue ou chez des voisins. Certains se débattent entre une attente insupportable, le refus d’accepter le décès, ou la colère.

    C’est le cas de Sokhna, 11 ans, visage d’ange assombri par un regard douloureux. Sa mère Fatou Ngom, son frère et sa soeur vivotent à Mbour dans une chambre et une cour louée à plusieurs familles.

    Le père, Assane, est porté disparu depuis que la pirogue qui le transportait a pris feu au large des côtes en 2022. On a simplement rapporté à Fatou qu’il "faisait partie des victimes".

    – #Pauvreté aggravée -

    Fatou explique que Sokhna a depuis des moments "d’#absence", notamment en classe, et du retard dans sa scolarité. "Des fois la nuit, elle fait des rêves, elle crie “papa" plusieurs fois" dans la chambre où toute la famille vit.

    Même si leur relation semble complice, Sokhna explique sans détour que sa mère, encore accablée par le #chagrin et qui a beaucoup de mal à parler de la disparition de son mari, ne la "comprend pas" quand elle veut lui parler de son père.

    "Quand je rêve de lui et que j’ai peur parce que j’ai vraiment l’impression qu’il me parle, le lendemain je vais voir ma grand-mère", confie Sokhna. "Elle me raconte quand mon père courtisait ma mère, et des histoires sur lui...".

    "Je pense toujours à mon père quand je vois la mer", souffle-t-elle. C’est sa grand-mère, voyant son chagrin, qui a dit à Sokhna d’éviter de circuler par la plage et son alignement de pirogues.

    Contrairement à sa soeur qui garde son chagrin enfoui, Boubacar, 14 ans, a du mal à retenir son émotion en racontant ce jour de 2022 : "ma famille est venue trouver ma mère ; elle préparait du café. Ils ont dit “Assane est mort dans la pirogue“ ; elle était en état de #choc, elle s’est mise à pleurer, et nous aussi".

    "Mon père voulait nous construire une maison. Avant d’y arriver, Dieu a pris son âme...".

    "Je pense souvent à lui, surtout quand ma mère n’a pas l’argent pour la dépense quotidienne parce que c’est lui qui nous aidait à vivre", sanglote-t-il.

    A 14 ans, l’adolescent travaille déjà régulièrement après l’école dans un atelier de menuiserie métallique pour aider sa mère.

    Ces #orphelins doivent tenter de se reconstruire dans des familles brisées et qui tombent dans une précarité encore plus prégnante (réduction du nombre de repas, déscolarisation des enfants, endettement...). Nombre d’entre eux grandissent trop vite, éprouvés par les responsabilités.

    Près de Boubacar, sa soeur Coumba, cinq ans, pieds nus, vêtements élimés, s’amuse à dessiner sur un tableau accroché au mur de la cour. La fillette a grandi sans presque connaître son père.

    "C’est elle qui me fait pleurer parce qu’elle me demande toujours des nouvelles de son père", confie Fatou. "Je lui réponds qu’il est en voyage".

    "Elle peut devenir folle si on lui explique maintenant...", renchérit Boubacar.

    – Briser le silence -

    La douce Amy Dramé n’a pas non plus dit la vérité à ses enfants de dix, six et trois ans. Son mari - qui avait vu tous ses collègues pêcheurs acculés par la pauvreté tenter la traversée - l’a appelée depuis un bateau le 10 août 2024.

    "Il m’a demandé des nouvelles des enfants, et de prier pour lui ; c’est la dernière fois que j’ai eu des nouvelles", dit-elle, bouleversée.

    Un mois après, les autorités les ont informés que la pirogue avait échoué au Cap-Vert, sans survivants.

    Amy continue à dire à ses enfants que leur père est en campagne de pêche. "Ce sont des enfants...", lâche-t-elle. "Ils prennent tout le temps mon téléphone pour regarder des vidéos de leur père ; ils ne vont pas l’oublier...".

    Tenter de briser ce silence, c’est l’objectif d’un programme pionnier au Sénégal de prise en charge psycho-sociale de ces enfants, débuté en 2024.

    Plus d’une cinquantaine d’orphelins sont accompagnés par l’ONG internationale #Délégation_diocésaine_des_Migrations_du_Sénégal (#DDM_Sénégal) et le #Collectif_des_victimes_de_l'émigration_irrégulière_au_Sénégal (#Coves), qui ont entamé ce travail après avoir constaté la souffrance des femmes de disparus et leurs enfants, particulièrement due au "#deuil_ambigu" lié à l’#incertitude sur le décès.

    "On a constaté que beaucoup de leurs enfants souffraient aussi, d’une manière différente, plus en silence, avec beaucoup de #colère", explique Jordi Balsells, directeur de la DDM.

    L’ONG fait trois tournées par an dans d’autres régions du Sénégal, et mène des accompagnements à domicile.

    Dans le centre de Mbour, dans un bâtiment baigné de lumière, alors que leurs mères travaillent dans un atelier de couture pour avoir une source de revenus supplémentaire, les enfants - tous orphelins de pères migrants - sont reçus en thérapie.

    Si en apparence plusieurs chahutent en patientant, cela masque souvent une attitude fragile.

    Babacar Ndiaye, 12 ans, submergé par l’émotion, ne parviendra pas à se confier sur la disparition de son père mareyeur en 2024 dans le chavirement d’une pirogue au large de Mbour.

    "Sache que si tu veux parler, on est là", lui dit doucement Tesa Reimat Corbella, médecin spécialisée dans le deuil, qui s’occupe de l’accompagnement psycho-social.

    – "#Stigmatisation" -

    A l’inverse, son frère de neuf ans, Pape Balla, dégage une assurance étonnante. Il se confie tout en ne lâchant pas deux figurines de crocodile et de lama.

    "Mon père ne voulait pas partir mais c’est celui qui a organisé le voyage qui l’a forcé !", lance-t-il, manière à lui de faire face à cet abandon qu’il ne comprend pas. "Ca me fait mal qu’il ait disparu ; je voulais qu’il reste avec nous...".

    "J’ai des amis au quartier qui ont vécu la même chose mais on n’en discute pas", ajoute Pape, qui raconte aussi des souvenirs aux côtés du père. "Il m’achetait souvent des ballons et ça me manque...".

    A l’instar de Babacar, Bambi Diop, 10 ans, ne pourra d’abord n’articuler que quelques mots : "je veux pas parler de mon père...".

    Avec sollicitude, la psychothérapeute Katy Faye prend Bambi par les épaules et tente de calmer son accès de larmes.

    "Quand je pars en classe je pense à lui", lâche Bambi finalement, expliquant que c’est souvent son père qui la déposait à l’école.

    La fillette reste en partie dans le déni, affirmant à l’AFP que son père vit dans une autre ville du Sénégal et qu’il va "bien". Des mots qui surprendront sa mère, qui assure que sa fille "sait" que son père est décédé dans un naufrage en 2024.

    Pour Tesa Reimat Corbella, le principal défi, "c’est de casser le silence" entourant la disparition. "Il faut commencer à donner des mots à ce qui s’est passé, pouvoir parler avec les enfants du souvenir de qui était leur père, et travailler avec le parent qui est resté".

    Elle se réjouit que l’ONG ait réussi à créer "un espace sûr, où ils peuvent partager avec les autres enfants". "Le fait qu’ils acceptent ce qui est arrivé et qu’ils peuvent en parler sans peur, sans honte, c’est le plus important".

    Mais il y a "encore beaucoup de travail", reconnaît-elle. "Quand les enfants sortent de cet espace, à l’école ou dans la rue il y a encore de la stigmatisation".

    Acteur de la société civile et spécialiste depuis 20 ans des questions migratoires, Mamadou Diop Thioune regrette que le soutien économique et psycho-social à ces familles ne soient "pas pris en compte dans (nos) politiques publiques".

    Il pointe le manque d’information des autorités, d’outils et de personnel formé, alors que les "conséquences sociales" pour le Sénégal de ces disparitions d’exilés "sont dramatiques".

    Au centre DDM, une lumière douce de fin de journée apaise l’atmosphère. Les enfants alignés sur des matelas au sol sont fascinés par le film d’animation "Kirikou et la Sorcière", sous le regard de Tesa et ses collègues.

    La société sénégalaise doit être davantage "sensibilisée sur la situation des disparus et de leurs familles", martèle Tesa. "C’est important de redonner une dignité aux personnes disparues, des gens qui étaient partis chercher une vie meilleure", plaide-t-elle.

    "Il faut qu’on puisse parler de ce sujet sans cacher ces enfants et ces familles".

    ►https://www.seneweb.com/fr/news/Societe/ceux-qui-restent-a-mbour-le-deuil-en-silence-des-enfants-de-migrants-dispar

    #Sénégal #migrations #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontière #décès

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  • Allemagne : le chancelier Friedrich Merz crée la polémique après des propos sur l’immigration - InfoMigrants
    ▻https://www.infomigrants.net/fr/post/67748/allemagne--le-chancelier-friedrich-merz-cree-la-polemique-apres-des-pr

    Allemagne : le chancelier Friedrich Merz crée la polémique après des propos sur l’immigration
    Par RFI Publié le : 27/10/2025
    L’immigration en Allemagne suscite régulièrement des polémiques : le chancelier Friedrich Merz, défenseur d’une politique plus ferme sur la question, est connu pour ses déclarations à l’emporte-pièce. Dernière en date, il y a une dizaine de jours : en évoquant les migrants, le chancelier allemand a parlé d’un « problème qui persiste dans le paysage urbain ».
    Tout est parti d’une déclaration de Friedrich Merz lors d’une conférence de presse il y a dix jours. Le chancelier allemand, évoquant les migrants, a parlé d’un « problème qui persiste dans le paysage urbain » malgré les mesures plus fermes de son gouvernement qu’il venait d’énumérer pour réduire l’immigration illégale et expulser des personnes en situation irrégulière. La déclaration de Friedrich Merz était assez floue, mais pouvait laisser penser que les étrangers, dans leur ensemble, constituaient un problème.
    Ces propos faisaient désordre alors que les instances dirigeantes des chrétiens-démocrates réunies le week-end dernier réitéraient fermement leur refus de toute alliance avec le parti d’extrême droite AfD. « Ce parti veut ouvertement détruire la CDU », a déclaré son président Friedrich Merz. Une prise de position motivée par les déclarations de trois anciens poids lourds conservateurs opposés à un rejet pur et dur du parti populiste.
    En Allemagne, face à ces déclarations, les réactions ont été très fortes à gauche, également parmi les sociaux-démocrates qui gouvernent le pays avec Friedrich Merz. Ils reprochent au chancelier de stigmatiser les étrangers ou les personnes d’origine étrangère de manière général. Des personnes concernées prennent position sur les réseaux sociaux où les vidéos sont nombreuses.
    Une manifestation spontanée a réuni le 19 octobre entre 2 000 et 5 000 participants à Berlin au pied de la porte de Brandebourg. Des membres de l’aile gauche des chrétiens-démocrates ont critiqué le président de leur parti pour des propos peu nuancés, notamment le candidat à la chancellerie de la CDU en 2021, Armin Laschet.
    Mais le chef du gouvernement a obtenu le soutien de nombreux cadres de son parti. Les deux tiers des Allemands approuvent les propos du chancelier, selon un sondage paru vendredi 24 octobre au matin.
    Le 20 octobre, face aux polémiques, le chancelier allemand a déclaré qu’il n’avait rien à retirer à ses propos et a répondu à un journaliste : « Demandez à vos filles. Elles vous confirmeront que les problèmes existent, au moins après la tombée de la nuit. » Des propos qui ont conduit à une manifestation de femmes hostiles à ces déclarations devant le siège de la CDU à Berlin le lendemain, mardi 21 octobre. Une pétition de femmes dénonçant les déclarations de Merz a réuni plus de 200 000 signatures.
    D’autres femmes, proches ou non de la CDU ont soutenu le chancelier. Face à un débat qui perdure, Friedrich Merz a réagi mercredi soir depuis Londres pour préciser que les problèmes qu’il mentionnait viennent des migrants en situation irrégulière, souvent sans travail et qui ont un comportement criminel. Dans le même temps, le chancelier a souligné l’importance de la migration pour l’économie allemande.

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#migrationirreguliere#immigration#etranger#stigmatisation#violence#sante

  • #Olivier_De_Schutter, rapporteur de l’ONU sur l’extrême #pauvreté : « La #stigmatisation des #pauvres accroît le sentiment d’anxiété et d’insécurité économique »

    Dans une tribune au « Monde », le juriste décrit les mécanismes d’une véritable « guerre contre les pauvres plutôt que contre la pauvreté », menée par un Etat-providence qui contrôle plus qu’il ne protège.

    L’économiste juif hongrois #Karl_Polanyi, alors exilé aux Etats-Unis, détaillait en 1944 dans La Grande Transformation, les raisons de la montée de l’#extrême_droite en Europe. Il soulignait que la foi sans limites des élites dans l’#autorégulation_du_marché et l’absence de mécanismes de #sécurité_sociale au moment de la crise économique de 1929 ont plongé une grande partie de la population dans une extrême pauvreté, favorisant la désignation de #boucs_émissaires et la montée des #fascismes. Tirerons-nous les leçons de son enseignement ?

    Les parallèles avec la situation actuelle sont trop nombreux pour pouvoir être ignorés. Depuis les années 1980, l’affaiblissement progressif du #système_social hérité de la période d’après-guerre plonge de plus en plus de personnes dans un état d’#insécurité_économique. Dans un contexte de crise de la croissance keynésienne et de hausse du #chômage, les fondements mêmes de notre système social ont été graduellement remis en cause par les thèses néolibérales.

    L’approche d’une #protection_sociale_universelle, fondée sur l’existence de #droits_sociaux garantis par la Constitution, a été remplacée par une approche conditionnelle. Les dépenses de sécurité sociale sont désormais considérées comme un #coût à réduire plutôt que comme un #investissement nécessaire au maintien de la #cohésion_sociale et à la #lutte_contre_la_pauvreté.

    Dérive dystopique

    En réalité, on a assisté à un grand retournement de la #politique_sociale : du rôle protecteur qui était le sien, l’#Etat-providence est passé à un rôle de #contrôle. Les dispositifs qui le constituent expriment une #méfiance envers des pauvres jugés coûteux, peu méritants, voire #fainéants. Les politiques dites « d’#activation » conditionnent désormais l’obtention d’une #prestation_sociale à une période d’activité, dans le but affiché « d’inciter » les personnes en situation de pauvreté à travailler, suggérant qu’elles sont tentées par l’#oisiveté.

    C’est ce que traduit la récente #réforme du #revenu_de_solidarité_active (#RSA), dont le versement est désormais conditionné à quinze heures d’activité gratuites par semaine. Dans une récente communication au gouvernement français, j’ai mis en garde contre les impacts de cette mesure qui, comme le soulignent la Défenseure des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’homme et le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, pourrait mener à une augmentation du taux de #non-recours aux #prestations ainsi qu’à des cas relevant de la qualification de #travail_forcé. A ce jour, le gouvernement français n’a pas répondu à nos inquiétudes à ce sujet.

    La #dématérialisation de l’accès à l’#aide_sociale est une autre illustration de cette dérive aux accents dystopiques. Le « #tout-numérique » peut aggraver le phénomène de non-recours aux #aides_sociales et fragiliser les conditions de vie de nombreuses personnes en situation de pauvreté. En outre, les outils algorithmiques permettent d’automatiser #contrôles et #sanctions.

    La #Caisse_d’allocations_familiales (#CAF) a, par exemple, ciblé de manière discriminatoire des #familles_monoparentales ainsi que des personnes en situation de handicap. Cela mène à des retraits rétroactifs de prestations, aggravant ainsi la situation des bénéficiaires. Non seulement ces formes de contrôle constituent un frein au recours aux aides sociales et à la sortie de la pauvreté, mais elles sont souvent vécues par celles et ceux qui les subissent comme une #humiliation.

    Territoires abandonnés

    L’extrême droite prospère sur l’essor des inégalités et la #peur du #déclassement au sein des classes moyennes et populaires. Dans un contexte économique morose marqué par la stagnation des salaires et de nombreuses #délocalisations, la #stigmatisation des pauvres accroît encore davantage le sentiment d’anxiété et d’insécurité économique des classes moyennes paupérisées. Elle risque ainsi de renforcer les #divisions_sociales en opposant les « pauvres » aux « encore plus pauvres », d’une part, et « nos pauvres », jugés dignes d’être aidés, aux « migrants » qui viendraient leur faire concurrence, d’autre part. Ces dynamiques alimentent le discours décliniste des populistes d’extrême droite, qui attribuent l’insécurité économique à des #boucs_émissaires désignés par leurs origines ethniques.

    Pour inverser la tendance, les politiques sociales doivent être refondées sur le principe d’#universalité de la #protection_sociale, qui constitue un droit humain. Ces efforts doivent se doubler d’un plan de #cohésion_territoriale, permettant de garantir une véritable égalité d’opportunités entre populations des zones rurales et habitants des villes, alors qu’aujourd’hui beaucoup de ruraux ont le sentiment de vivre dans des territoires abandonnés, méprisés par les élites urbaines.

    La montée des populismes d’extrême droite est le résultat direct de la refonte néolibérale du modèle social d’après-guerre. Pour enrayer leur progression, la guerre contre les pauvres doit être remplacée par une guerre contre la pauvreté.

    ►https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/22/olivier-de-schutter-rapporteur-de-l-onu-sur-l-extreme-pauvrete-la-stigmatisa
    #néolibéralisme #conditionnement #conditionnalité #inconditionnalité #immigrés #populisme

    aussi signalé par @colporteur
    ►https://seenthis.net/messages/1142934

    –-

    ajouté à la métaliste sur la #guerre_entre_pauvres :
    ►https://seenthis.net/messages/567127

  • Immigrés du Mali, du Sénégal et de Guinée : Polémique après une publication du Département de la Sécurité intérieure sur des immigrés africains par son ton jugé discriminatoire et raciste
    ▻https://www.dakaractu.com/Immigres-du-Mali-du-Senegal-et-de-Guinee-Polemique-apres-une-publication-

    Immigrés du Mali, du Sénégal et de Guinée : Polémique après une publication du Département de la Sécurité intérieure sur des immigrés africains par son ton jugé discriminatoire et raciste
    Une vive polémique enfle sur les réseaux sociaux après la diffusion d’une publication du Department of Homeland Security (DHS) sur son compte officiel X (ancien Twitter). Le message, accompagné d’une image controversée montrant huit visages d’Africains piégés dans des cristaux, affirme que neuf immigrés illégaux ont été arrêtés à New York pour divers crimes graves, dont vol, violence domestique, trafic de drogue et falsification.Selon le DHS, ces individus seraient originaires de Mali, du Sénégal et de Guinée, et auraient des antécédents judiciaires violents. La publication ajoute que, sous la présidence de Donald Trump et la direction de Kristi Noem, « les criminels illégaux ne sont pas les bienvenus aux États-Unis ». Mais c’est surtout le visuel utilisé — perçu comme une stigmatisation raciale — qui a déclenché l’indignation sur les réseaux sociaux.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#senegal#mali#guinee#immigration#stigmatisation#politiquemigratoire#sante#criminalisation

  • Politiques publiques : passer de l’#IA… à la #dénumérisation

    L’intelligence artificielle et son monde est en train de prendre la main sur les #politiques_publiques, au risque de nous laisser sans échappatoire, alerte Dan McQuillan.

    L’IA prédictive comme générative semble offrir une multitude d’avantages à l’élaboration des politiques publiques : de l’analyse de données complexes à l’optimisation des ressources. Elle semble à la fois être capable d’apporter une vision globale et d’identifier les leviers permettant de la modifier. Recourir à l’IA signifie mettre en place des politiques conduites par les données, ce qui permet d’assurer une forme d’#objectivité, notamment quant il s’agit de rationner le #service_public…

    Mais, cette production de solutions politiques semble oublier que l’IA est incapable de résoudre les #problèmes_structurels. Elle propose des #solutions_performatives qui obscurcissent et amplifient les problèmes, explique l’iconoclaste #Dan_MacQuillan dans un article pour la Joseph Rowntree Foundation, une association britannique de lutte contre la pauvreté, qui a initié une réflexion sur l’usage de l’IA pour le #bien_public. Dan McQuillan est maître de conférence au département d’informatique de l’université Goldsmiths de Londres. Il est l’auteur de Resisting AI, an anti-fascist approach to artificial intelligence (Résister à l’IA, une approche anti-fasciste de l’intelligence artificielle, Bristol University Press, 2022, non traduit) dont nous avions déjà parlé.

    McQuillan rappelle que l’IA, par principe, consiste à produire des #corrélations réductrices plutôt que des analyses causales. « La complexité de l’IA introduit une #opacité fondamentale dans le lien entre les #données_d’entrée et les #résultats, rendant impossible de déterminer précisément pourquoi elle a généré un résultat particulier, empêchant ainsi toute voie de recours. Ce phénomène est aggravé dans les applications concrètes, où les résultats apparemment fiables de l’IA peuvent devenir auto-réalisateurs. Un #algorithme d’apprentissage automatique qualifiant une famille de « difficile » peut ainsi créer une #boucle_de_rétroaction entre les membres de la famille et les #services_sociaux. De cette manière, l’IA imite des phénomènes sociologiques bien connus, tels que les #stéréotypes et la #stigmatisation, mais à grande échelle ». Ses inférences au final renforcent les #stratifications_sociales de la société comme pour les rendre acceptables.

    Or, rappelle le chercheur, « une bonne politique doit impérativement être ancrée dans la réalité ». C’est pourtant bien ce lien que rompent les calculs de l’IA, à l’image des #hallucinations. Celles-ci proviennent du fait que l’IA repose sur l’#imitation_du_langage plutôt que sa #compréhension. Le même principe s’applique à toutes les #prédictions ou #classifications que produit l’IA. « Que l’IA soit appliquée directement pour prédire la #fraude aux #aides_sociales ou simplement utilisée par un décideur politique pour « dialoguer » avec une multitude de documents politiques, elle dégrade la #fiabilité des résultats ».

    Des données probantes suggèrent déjà que l’imbrication des #algorithmes dans les solutions politiques conduit à une appréciation arbitraire de l’#injustice et de la #cruauté. Les #scandales abondent, de #Robodebt en Australie à l’affaire des allocations familiales aux Pays-Bas, qui auraient tous pu être évités en écoutant la voix des personnes concernées. Mais l’IA introduit une #injustice_épistémique, où la capacité des individus à connaître leur propre situation est dévaluée par rapport aux abstractions algorithmiques. Si l’IA, comme la #bureaucratie, est présentée comme une forme généralisée et orientée vers un objectif de processus rationnel, elle engendre en réalité de l’#inconscience : l’incapacité à critiquer les instructions, le manque de #réflexion sur les conséquences et l’adhésion à la croyance que l’ordre est correctement appliqué. Pire encore, l’IA dite générative offre la capacité supplémentaire de simuler une large consultation, que ce soit par « l’interprétation » hallucinatoire d’un grand nombre de soumissions publiques ou par la simulation littérale d’un public virtuel et prétendument plus diversifié en remplaçant des personnes réelles par des avatars d’#IA_générative. Une technique, qui, si elle a l’avantage de réduire les coûts, est dénoncée par des chercheurs comme contraire aux valeurs mêmes de l’enquête et de la recherche, rappelait Scientific American. « L’approche technocratique mise en œuvre par l’IA est à l’opposé d’un mécanisme réactif aux aléas de l’#expérience_vécue », explique McQuillan. « L’IA n’est jamais responsable, car elle n’est pas responsable ». Si l’on considère les attributs de l’IA dans leur ensemble, son application à l’élaboration des politiques publiques ou comme outil politique aggravera l’#injustice_sociale, prédit le chercheur. L’apport de l’IA à l’ordre social ne consiste pas à générer des arrangements de pouvoir alternatifs, mais à mettre en place des mécanismes de classification, de #hiérarchisation et d’#exclusion.

    Chaque signalement par l’IA d’un risque de #fraude, d’un classement d’une personne dans une catégorie, mobilise une vision du monde qui privilégie des #représentations_abstraites à la complexité des relations vécues, et ce dans l’intérêt des institutions et non des individus. « Imprégnées des injustices criantes du #statu_quo, les solutions de l’IA tendent inexorablement vers la #nécropolitique, c’est-à-dire vers des formes de prise de décision qui modifient la répartition des chances de vie par des désignations de disponibilité relative. Détourner massivement les individus des parcours éducatifs ou des prestations sociales dont ils ont besoin pour survivre, par exemple, constitue un #filtre_algorithmique pour déterminer qui est bienvenu dans la société et qui ne l’est pas ».

    Le problème, c’est que la pression sur les décideurs politiques à adopter l’IA est immense, non seulement parce que ses #biais viennent confirmer les leurs, mais plus encore du fait des engagements commerciaux et des promesses économiques que représente le développement de ce secteur. Et McQuillan de regretter que cette orientation nous éloigne de l’enjeu éthique qui devrait être au cœur des politiques publiques. La politique s’intéresse de moins en moins aux injustices structurelles de la société. « Un monde où l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques reposent sur l’IA est aussi un monde qui confère un #pouvoir considérable à la petite poignée d’entreprises capables de disposer de ces ressources ». Par essence, « l’adoption de l’IA constitue un engagement en faveur de l’#extractivisme et d’un transfert de contrôle à un niveau qui supplante toute politique réelle ».

    En fait, explique McQuillan, adopter l’IA dans l’élaboration des politiques publiques revient à soumettre les politiques à des agendas corporatifs et idéologiques plus vastes (à savoir se soumettre à ceux qui ont déjà décidé que l’avenir de la civilisation réside dans l’intelligence artificielle générale (IAG), ceux qui ont décidé que la meilleure réponse à la crise structurelle est de la masquer sous le battage médiatique de l’IA, et ceux qui ont conclu que le meilleur moyen de maintenir les revenus en période de récession mondiale est de remplacer les travailleurs réels par des émulations d’IA de mauvaise qualité). L’impact net de l’IA dans l’élaboration des politiques la rendrait plus précaire et favoriserait l’externalisation et la #privatisation sous couvert d’une #technologie surmédiatisée. Il s’agit d’une forme de « #stratégie_du_choc », où le sentiment d’urgence généré par une technologie prétendument transformatrice du monde est utilisé comme une opportunité pour l’#emprise des entreprises et pour transformer les systèmes sociaux dans des directions ouvertement autoritaires, sans réflexion ni débat démocratique.

    Pour Dan McQuillan, plutôt que de se demander comment l’IA va imprégner l’élaboration des politiques, il faudrait se concentrer sur des politiques publiques qui favorisent la dénumérisation. C’est-à-dire favoriser une stratégie sociotechnique de réduction de la #dépendance à l’échelle computationnelle, de participation maximale des communautés concernées et de reconnaissance accrue du fait que le raisonnement computationnel ne saurait se substituer aux questions politiques exigeant un jugement réfléchi et perspicace. L’IA, en tant qu’appareil de calcul, de concepts et d’investissements, est l’apothéose de la « vue d’en haut », l’abstraction désincarnée du savoir privilégié qui empoisonne déjà nombre de formes d’élaboration des politiques. Pour McQuillan, un pivot vers la « #décomputation » est une façon de réaffirmer la valeur des #connaissances_situées et du contexte sur le seul passage à l’échelle. Contrairement aux prédictions et simulations de l’IA, notre réalité commune est complexe et intriquée, et la théorie ne permet pas de prédire l’avenir. Cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas progresser vers des objectifs tels que la justice sociale et une transition juste, mais la dénumérisation suggère de les aborder de manière à la fois itérative et participative. Le véritable travail de restructuration réoriente l’attention des technologies toxiques vers le développement de techniques de #redistribution du #pouvoir_social, telles que les #conseils_populaires et les #assemblées_populaires. Bref, pour sortir de l’enfermement des politiques publiques de l’abstraction qu’impose l’IA, il faut prendre un virage contraire, suggère McQuillan. Un constat qui n’est pas si éloigné de celui que dresse le chercheur Arvind Narayanan quand il invite à limiter l’emprise du calcul sur le social, même s’il est exprimé ici d’une manière bien plus radicale.

    ►https://danslesalgorithmes.net/2025/10/07/politiques-publiques-passer-de-lia-a-la-denumerisation
    #intelligence_artificielle #AI

  • Dans les algorithmes | Politiques publiques : passer de l’IA... à la dénumérisation
    ►https://danslesalgorithmes.net/2025/10/07/politiques-publiques-passer-de-lia-a-la-denumerisation

    « La complexité de l’IA introduit une opacité fondamentale dans le lien entre les données d’entrée et les résultats, rendant impossible de déterminer précisément pourquoi elle a généré un résultat particulier, empêchant ainsi toute voie de recours. Ce phénomène est aggravé dans les applications concrètes, où les résultats apparemment fiables de l’IA peuvent devenir auto-réalisateurs. Un algorithme d’apprentissage automatique qualifiant une famille de « difficile » peut ainsi créer une boucle de rétroaction entre les membres de la famille et les services sociaux. De cette manière, l’IA imite des phénomènes sociologiques bien connus, tels que les stéréotypes et la #stigmatisation, mais à grande échelle »

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    #intelligenceartificielle #automatisation #imitation #fiabilité #simplification #prédiction #corrélation #causalité #politique #justice #droit #éthique #rationalité #solutionnisme #gouvernementalité #algorithmique #gouvernancealgorithmique #bestof

  • #Coût_de_l'immigration : la #commission_d'enquête voulue par #Eric_Ciotti jugée recevable

    Les députés de la commission des lois ont jugé recevable, ce mercredi 9 juillet, la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur « le #coût de l’#immigration ». Celle-ci avait été demandée par le président du groupe Union des droites pour la République, Eric Ciotti, dans le cadre de son « droit de tirage » annuel.

    Le rapporteur Paul Christophle (Socialistes) l’a indiqué quelques minutes après avoir pris la parole, ce mercredi 9 juillet, en commission des lois : la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur le coût de l’immigration « respecte les trois critères de recevabilité ».

    Demandée par le groupe Union des Droites pour la République (UDR), présidé par Eric Ciotti, dans le cadre de son droit de tirage annuel, elle est notamment conforme au critère relatif à la précision des travaux à venir, puisqu’elle « détaille le champ des dépenses publiques sur lequel [elle] entend enquêter », « allant des #dépenses directement consacrées à l’#accueil des étrangers aux conséquences environnementales de leur accueil », a précisé le député.

    Les deux autres critères de recevabilité sont aussi validés. Aucun travaux d’enquête similaire n’ayant été mené sur ce sujet au cours de l’année écoulée. Et le ministère de la Justice, toujours saisi dans le cadre de création d’une commission d’enquête, ayant fait savoir dans un courrier daté du 8 juillet ne « pas avoir connaissance de procédures judiciaires en cours susceptibles de recouvrir le périmètre d’une commission d’enquête sur le coût de l’immigration ».

    Des mises en garde sur la teneur des travaux

    Pour autant, si l’ensemble des groupes a approuvé la recevabilité de cette commission d’enquête, beaucoup ont mis en garde quant à la manière dont seront menés les travaux. « Je crains que le groupe UDR n’ait pas l’objectif d’éclairer le débat public et la représentation nationale avec une analyse objective des faits, mais plutôt de nourrir que l’immigration est la cause de tous les maux de la France », a déploré Paul Christophle, avant d’évoquer « les nombreux effets bénéfiques en matière économique et sociale que produit l’immigration en France ». « Diaboliser l’immigration à des fins électoralistes (...), on ne peut pas l’accepter », a renchéri sa collègue du groupe Socialistes Marietta Karamanli.

    Une ligne, sans surprise, partagée par les autres groupes de gauche. « Les immigrés travaillent et rapportent davantage qu’ils ne coûtent. (...) L’immigration est une #richesse », a déclaré Elisa Martin (La France insoumise). « Le #solde_net de l’immigration est positif pour nos #finances_publiques », a renchéri Léa Balage El Mariky (Ecologiste et social), en s’en prenant aux « #fantasmes » qui reviennent « à chaque débat sur l’immigration ».

    Pour le groupe Ensemble pour la République, Roland Lescure a insisté sur la « responsabilité » qui « engage » désormais les députés UDR et qui devra les « amener à conduire une analyse fidèle, documentée et contradictoire du coût de l’immigration ». « J’espère sincèrement que vous serez à la hauteur de vos ambitions », a poursuivi le vice-président de l’Assemblée nationale, qui estime que ne se pencher que sur « la seule analyse des coûts d’une politique publique » revient à « n’aborder qu’une partie de la question au risque de produire des analyses parcellaires, biaisées, orientées, voire malhonnêtes ».

    « Nous serons vigilants à ce que cette commission ne soit pas détournée de son objet initial de contrôle parlementaire », a abondé Anne Bergantz (Les Démocrates), qui refuse « toute potentielle tentative d’#instrumentalisation qui viserait à [en] faire un levier de #stigmatisation des étrangers », tandis que sa collègue du bloc central, Agnès Firmin-Le Bodo (Horizons) a formulé « le vœu que les travaux se fassent de manière factuelle et que les conclusions ne soient pas écrites avant la fin », afin « d’éclairer la représentation nationale sur un sujet important ».

    Dans le même esprit, Patrick Hetzel (Droite républicaine) s’est dit « opposé à toute forme de dérives » et a appelé à une « démarche pragmatique pour objectiver les données » sur une « question financière majeure », qui est aussi une question de « cohésion sociale et territoriale ».

    « Il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit », assure l’UDR

    Répondant aux mises en garde et critiques émises par plusieurs de ses collègues de la commission des lois, la députée Sophie Vaginay-Ricourt (UDR), à qui il revenait de défendre la création de cette commission d’enquête ce mercredi 9 juillet, a assuré que celle-ci aurait aurait « pour mission d’évaluer de manière objective les coûts directs et indirects de l’immigration afin d’éclairer les Français et de permettre au Parlement de prendre des décisions plus justes et plus efficaces ».

    « Contrairement aux a priori, aux provocations et même aux accusations de certains, il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit, mais d’assumer notre devoir de transparence et de vérité » et « de garantir que notre #politique_migratoire corresponde réellement aux #capacités_d'accueil de notre pays et à l’#intérêt_général », a expliqué la députée des Alpes-de-Haute-Provence.

    Le Rassemblement national a soutenu, de façon appuyée, la demande de ses alliés de l’UDR. « Nous voterons bien évidemment en faveur de la proposition de notre collègue Eric Ciotti qui confirmera tout ce que tout le monde sait », a déclaré Edwige Diaz, affirmant qu’"il est aujourd’hui établi que les étrangers et les immigrés sont surreprésentés dans de nombreuses catégories de crimes et de délits" et que « l’immigration coûte bien plus qu’elle ne rapporte ». Et la députée d’évoquer « la #charge_mentale de l’immigration » et « ses #externalités_négatives ».

    Des propos qui lui ont valu, en retour, un mot de conclusion du rapporteur socialiste Paul Christophle. « Je forme le vœu que les travaux de cette commission puisse soulager et libérer les collègues qui sont assommés par la lourde, très lourde, charge mentale que représente pour eux l’immigration », a-t-il lancé, juste avant le vote sur la recevabilité. Alors que l’Assemblée nationale sera en pause législative estivale à partir de vendredi soir, rendez-vous est pris, pour la suite, à la rentrée.

    ▻https://lcp.fr/actualites/cout-de-l-immigration-la-commission-d-enquete-voulue-par-eric-ciotti-jugee-recev

    #économie #France

    –-

    ajouté à cette métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...

    ►https://seenthis.net/messages/971875

    ping @reka @karine4

    • Des mises en garde sur la teneur des travaux

      Pour autant, si l’ensemble des groupes a approuvé la recevabilité de cette commission d’enquête, beaucoup ont mis en garde quant à la manière dont seront menés les travaux.

      Il faut dire que Ciotti n’est pas à une bavure près question déontologie :

      « Libération » a pu consulter des très intrusives bases de données entretenues par l’équipe du député. Signalées à la justice par un lanceur d’alerte, elles ont donné lieu à des perquisitions ce mardi 12 août.

      ▻https://archive.ph/SzJxD

  • Radio Canada : Les taux d’obésité montent en flèche depuis la pandémie
    Désormais, plus du tiers des adultes canadiens sont atteints d’obésité.

    Si, au début de la pandémie, plusieurs personnes se sont ruées pour acheter de l’équipement sportif pour bouger à la maison, une nouvelle étude montre que les taux d’obésité au Canada ont augmenté plus rapidement pendant cette période qu’au cours des 11 années précédentes.

    C’est ce que constate une nouvelle étude publiée aujourd’hui dans le Canadian Medical Journal , analysant les données de plus de 746 000 Canadiens âgés de 18 ans et plus.

    Le taux d’obésité chez les adultes basé sur l’indice de masse corporelle (IMC) est passé de 24,95 % en 2009 à 32,69 % en 2023, une augmentation de près de 8 % en quinze ans.
    Avant la pandémie, le taux d’obésité augmentait d’environ 0,5 % par an. Entre 2020 et 2023, ce rythme a doublé à 1 % annuellement.

    “Il y a eu beaucoup de changements pendant la pandémie qui ont pu contribuer à cette hausse : le télétravail, les gens étaient plus sédentaires, les centres sportifs étaient fermés, les gens mangeaient différemment. Sans compter le stress et la hausse des problèmes de santé mentale, des éléments qui peuvent mener à une prise de poids”, dit cette professeure adjointe au Département des méthodes de recherche en santé, des preuves et des impacts de l’Université McMaster, en Ontario.

    “Il ne faut pas oublier la solitude, c’est un autre facteur qui peut exacerber des problèmes de santé”, ajoute le Dr Sanjeev Sockalingam, directeur scientifique de l’organisme Obésité Canada.

    L’étude montre par ailleurs que les femmes, qui avaient historiquement un taux d’obésité plus bas que les hommes, ont rattrapé cet écart.

    Avant la pandémie, il y avait une différence d’environ 4 % entre la prévalence d’obésité chez les hommes et les femmes. Désormais, il n’y a que 1,9 % de différence entre les deux sexes.

    Le taux d’obésité chez les femmes a augmenté de 8,6 % depuis 2009, comparativement à 6,93 % chez les hommes.

    Pour le Dr Sockalingam, ces données montrent à quel point la pandémie a exacerbé les iniquités en matière de santé. “La pandémie a mis cette iniquité en lumière”, dit-il en ajoutant qu’on a aussi observé des hausses importantes chez les Noirs canadiens.

    Mais la hausse la plus importante s’observe chez les jeunes adultes de 18 à 29 ans. Depuis 2003, le taux d’obésité a presque doublé chez les jeunes femmes, passant de 13 à 22 %. Chez les hommes dans cette tranche d’âge, le taux est passé de 18 à 24 %.

    Les auteurs de l’étude notent que les agonistes du GLP-1 (ex. : Ozempic, Wegovy) utilisés pour traiter le diabète et pour la perte de poids ont été introduits au Canada pendant la période à l’étude. Selon eux, il ne faut “pas exclure la possibilité que l’utilisation de ces médicaments ait pu atténuer les tendances postpandémiques.”

    Même si peu de personnes ont accès aux GLP-1, ces médicaments ont peut-être tempéré la hausse. Ça pourrait être encore plus haut.
    Une citation de Dr Sanjeev Sockalingam, Obésité Canada

    Des études montrent que, dans certains pays, la forte augmentation associée à la période pandémique commence à s’estomper. “On ne voit pas encore cette tendance au Canada, mais on espère que ça ira dans cette direction”, précise la Dre Anderson.

    Évolution vers une obésité plus sévère
    Non seulement les Canadiens prennent de plus en plus de poids, mais la proportion d’adultes qui vivent avec l’obésité de type 3 (morbide / IMC >40) a doublé dans les 15 dernières années.

    Environ 13 % des adultes canadiens vivent désormais avec une obésité considérée comme sévère ou morbide (IMC >35).

    “La pandémie de COVID-19 a eu un impact profond sur la prise en charge de l’obésité. Il y a eu un effet d’entraînement. Certaines personnes qui avaient un excès de poids ont progressé vers un niveau d’obésité plus sévère”, explique le Dr Sockalingam.

    Cette situation inquiète la Dre Anderson, qui rappelle que l’obésité sévère est associée à de nombreux risques pour la santé.

    D’ailleurs, selon l’étude, plus de 40 % des personnes souffrant d’obésité sont également atteintes d’un ou de deux problèmes de santé chroniques ; entre 5 et 10 % avaient de 3 à 6 maladies chroniques.

    “Ceci a non seulement un impact sur la santé de la population, mais aussi sur l’utilisation des soins de santé”, souligne la Dre Anderson.

    Des données difficiles à ignorer
    Les Canadiens ont longtemps ignoré le problème de l’obésité au pays, estime le Dr Sockalingam, qui espère que ces nouvelles données convaincront les gouvernements à agir rapidement pour atténuer cette crise de santé.

    Pour y arriver, les deux experts disent qu’il faut s’attaquer au problème sur plusieurs fronts et qu’il faut améliorer l’accès à différents soins, qui peuvent comprendre des interventions psychologiques et comportementales, de la médication, de l’éducation en nutrition et même de la chirurgie bariatrique.

    Il y a des facteurs génétiques, sociaux, environnementaux. Il n’y a pas de baguette magique.
    Une citation de Dr Sanjeev Sockalingam, Obésité Canada

    Il est de plus en plus reconnu que l’obésité est une maladie complexe et que les actions individuelles ne sont pas suffisantes, mais la stigmatisation entourant l’excès de poids et l’obésité demeure un problème, ajoute le Dr Sockalingam. “Plusieurs travailleurs de la santé ont contribué à cette stigmatisation. Il faut trouver un moyen de réengager dans le système de santé les personnes qui ont vécu cette stigmatisation et qui ont abandonné.”

    #obésité #maladie #pandémie #covid #santé #femmes #hommes #IMC #solitude #Ozempic #Wegovy #diabète #stigmatisation
    Source : ▻https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2178821/taux-obesite-poids-imc-canada-pandemie

  • Invisibles

    Invisibles raconte des métiers mal connus, des parcours ignorés, des corps et des esprits abîmés. Des métiers dits « essentiels » et pourtant, les moins valorisés socialement et économiquement. À travers des récits intimes, cette série documentaire sonore met en lumière ce que certaines formes de travail font à nos vies et interroge nos responsabilités collectives. À qui profite cette #invisibilisation ? Qu’est-ce que ces récits racontent de notre système ?

    ▻https://www.blast-info.fr/podcasts/invisibles-X4cDgcbvSW6qbsX-wTW3aA
    #travail #invisibilisation #récits #responsabilité
    #audio #podcast #sans-papiers #travailleurs_sans-papiers #égoutiers #métiers #pénibilité #retraite #BTP #métiers_en_tension #régularisation #stigmatisation

    ping @karine4

  • Quels sont les bienfaits du bilinguisme ?

    Quels sont les avantages du bilinguisme chez l’#enfant et l’3adolescent ? #Développement_cérébral, réussite scolaire, perception du monde : nos invités, spécialistes et parents, partagent leurs expériences.

    Quelles sont les #vertus du bilinguisme, notamment chez les enfants et les adolescents, quand on sait que la moitié des enfants du monde parle une langue différente de celle parlée à la maison ? Dans notre pays, un enfant sur quatre parle chez lui une autre langue que le français… Alors à quoi ressemble le développement cérébral et intellectuel des bilingues ? De quelle façon le bilinguisme ou le plurilinguisme contribue-t-il à la #réussite_scolaire ? Les bilingues pensent-t-ils et voient-ils le monde autrement ? Nous verrons également si certaines langues sont plus valorisées que d’autres.

    Langues invisibles : un bilinguisme à deux vitesses

    Dans une France où le plurilinguisme est une réalité pour des millions d’enfants, toutes les langues ne bénéficient pas de la même #reconnaissance. Si l’#arabe est la deuxième langue la plus parlée du pays avec près de 4 millions de locuteurs, elle est pourtant « sept fois moins transmise que l’#anglais », souligne Anna Stevanato, fondatrice de l’association Dulala, qui milite pour la valorisation de toutes les #langues_familiales, en accompagnant parents et professionnels de l’éducation.

    Cette #inégalité de #transmission, souvent liée à des freins culturels et institutionnels, se manifeste dans la manière dont certaines langues sont perçues. Michel Launay, linguiste et auteur de La République et les langues (Raisons d’agir, 2023), dénonce ainsi un « #bilinguisme_du_riche », valorisé lorsqu’il s’agit d’anglais ou d’#espagnol, face à un « #bilinguisme_du_pauvre », souvent stigmatisé : « Si un enfant parle anglais à la maison, on s’extasie ; mais s’il parle wolof, on s’inquiète de sa réussite scolaire », déplore-t-il.

    Dans ce contexte, les parcours familiaux diffèrent : certains parents, attachés à leur #culture_d’origine, transmettent leur langue comme un trésor identitaire ; d’autres préfèrent inscrire leurs enfants à des cours privés de langues pour anticiper leur réussite. Par ailleurs, environ 80 000 enfants allophones, nouvellement arrivés, sont scolarisés dans des dispositifs spécifiques (UPE2A) dès le primaire, mais très peu en maternelle, où l’on attend souvent des enfants qu’ils fassent seuls le pont entre la langue du foyer et celle de l’école.

    Briser les #mythes : les bienfaits du bilinguisme enfin reconnus

    Malgré les preuves scientifiques actuelles en faveur du bilinguisme, de nombreuses familles issues de l’immigration continuent de douter de ses bienfaits. « À l’hôpital Robert-Debré, en échangeant avec des familles venues du monde entier, j’ai été frappée d’entendre que certaines ne voulaient pas que leurs enfants parlent leur #langue_maternelle », rapporte Nawal Abboub, chercheuse spécialisée en développement du cerveau et de l’apprentissage à l’Université Paris-Cité. Un renoncement souvent motivé par la peur d’entraver le développement cognitif de l’enfant, une inquiétude profondément enracinée dans l’histoire.

    « Dès les années 1920, on trouvait dans les écrits l’idée que parler deux langues provoquait une #confusion mentale, voire un #retard intellectuel », explique-t-elle. Ces #représentations ont été renforcées par des études américaines peu rigoureuses qui comparaient des enfants anglophones à des enfants issus de l’immigration encore en phase d’#apprentissage. « Pendant longtemps, y compris dans les milieux médicaux et éducatifs, on a véhiculé la croyance que le plurilinguisme nuisait au développement de l’enfant », rappelle Michel Launay. Il cite l’ouvrage d’AndréeTabouret-Keller, Le bilinguisme en procès, cent ans d’errance, qui retrace cette période où la diversité linguistique était perçue comme pathogène.

    Or, les avancées scientifiques depuis les années 1960 sont catégoriques : non seulement le bilinguisme n’a aucun effet négatif, mais il favorise au contraire les capacités intellectuelles. « Il n’y a aucun retard cognitif chez les enfants bilingues, bien au contraire », insiste Nawal Abboub. Des recherches menées sur des enfants franco-anglais au Canada ont montré qu’ils « surpassaient les monolingues dans les mesures verbales et non verbales de l’intelligence ». Il est donc urgent de « rassurer les familles » et de former les professionnels de l’éducation et de la santé pour en finir avec ces mythes.
    le cerveau des tout-petits, une machine à langues

    Les recherches en neurosciences confirment aujourd’hui ce que beaucoup pressentaient : le cerveau des jeunes enfants est une véritable #éponge_linguistique. « Les neurones au début de la vie ont encore cette flexibilité, cette malléabilité », explique Nawal Abboub, soulignant leur capacité « incroyable » à apprendre plusieurs langues en simultané, bien avant que les automatismes d’une langue maternelle ne s’ancrent durablement.

    Contrairement aux idées reçues, les bébés bilingues ne confondent pas les langues. « Ils font la différence très tôt dans le développement, dès les premiers mois de vie », assure-t-elle, rappelant qu’un mot peut être tiré d’une langue ou d’une autre, selon sa pertinence. Ce mécanisme, loin d’être un frein, leur confère même un avantage : « Ils compensent plus facilement, ce qui leur donne des atouts linguistiques, mais aussi cognitifs. »

    Les données de la neuro-imagerie renforcent ces observations : chez les bilingues précoces, les deux langues activent les mêmes zones du cerveau, tandis que les bilingues tardifs sollicitent des circuits supplémentaires liés à l’effort attentionnel. « Leur cerveau fait plus d’effort pour traiter l’information », explique la neuroscientifique. Une fatigue que ressentent bien des adultes apprenant une langue étrangère sur le tard. Mais le #bilinguisme_précoce va bien au-delà du langage : « À seulement sept mois, des enfants exposés à deux langues montrent déjà une meilleure #flexibilité_mentale », affirme-t-elle, évoquant leur capacité à s’adapter à des changements de règles dans des jeux simples. Une preuve, s’il en fallait, que le bilinguisme n’est pas un obstacle au développement, mais bien une richesse à cultiver dès la naissance.

    Invités :

    – Nawal Abboub, spécialiste du développement du cerveau et de l’apprentissage, docteure en sciences cognitives de l’université Paris-Cité. Elle participe activement à la lutte contre les inégalités sociales en co-construisant des programmes dans le champ de la petite enfance. Elle est l’autrice de La puissance des bébés (Fayard, 2022 ; rééd. Poche, 2023).

    – Claire Etchegoyhen, directrice du pôle héros Bayard Jeunesse.

    – Michel Launey, linguiste. Il a travaillé sur deux langues amérindiennes (nahuatl et palikur) et sur la scolarisation en français des élèves allophones, en particulier en Guyane. Il est l’auteur de La République et les langues (Raisons d’agir, 2023) et membre des linguistes atterrées.

    – Ninon Ninghui Liu-Merlin, interprète, et son fils Victor Wolfenstein, enfant multilingue.

    – Anna Stevanato, linguiste spécialisée dans le bilinguisme. Elle est la fondatrice et directrice de l’association « Dulala » (D’une langue à l’autre), qui vise à faire du multilinguisme un levier pour favoriser l’égalité des chances et lutter contre les discriminations.

    ▻https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-du-mercredi-14-mai-2025-5992942

    #langues #bilinguisme #multilinguisme #stigmatisation
    #podcast #audio

  • En Europe, les migrants premières victimes de l’intelligence artificielle

    Alors que se tient à Paris cette semaine le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle (IA), chefs d’État, chefs d’entreprise, chercheurs et société civile sont appelés à se prononcer sur les #risques et les #limites de ses usages. Des #biais_discriminatoires et des #pratiques_abusives ont déjà été observés, en particulier dans la gestion européenne de l’immigration.

    Un #détecteur_d’émotions pour identifier les #mensonges dans un #récit, un #détecteur_d’accent pour trouver la provenance d’un ressortissant étranger, une analyse des #messages, des #photos, des #géolocalisations d’un #smartphone pour vérifier une #identité… voici quelques exemples de systèmes intelligents expérimentés dans l’Union européenne pour contrôler les corps et les mouvements.

    « Ici, les migrations sont un #laboratoire_humain d’#expérimentation_technologique grandeur nature », résume Chloé Berthélémy, conseillère politique à l’EDRi (European Digital Rights), un réseau d’une cinquantaine d’ONG et d’experts sur les droits et libertés numériques. « Les gouvernements et les entreprises utilisent les environnements migratoires comme une phase de #test pour leurs produits, pour leurs nouveaux systèmes de contrôle. »

    Des détecteurs de mensonges à la frontière

    L’un des plus marquants a été le projet #iBorderCtrl. Financé partiellement par des fonds européens, le dispositif prévoyait le déploiement de détecteurs de mensonges, basés sur l’analyse des #émotions d’un individu qui entrerait sur le sol européen. « Les #visages des personnes, en particulier des demandeurs d’asile, étaient analysés pour détecter si, oui ou non, ils mentaient. Si le système considérait que la personne était un peu suspecte, les questions devenaient de plus en plus compliquées. Puis, éventuellement, on arrivait à un contrôle plus approfondi par un agent humain », explique-t-elle.

    Expérimenté dans les #aéroports de Grèce, de Hongrie et de Lettonie, il ne serait officiellement plus utilisé, mais l’EDRi émet quelques doutes. « Dans ce milieu-là, on est souvent face à une #opacité complète et il est très dur d’obtenir des informations. Difficile de dire à l’heure actuelle si cette technologie est encore utilisée, mais dans tous les cas, c’est une volonté européenne que d’avoir ce genre de systèmes aux frontières. »

    Drones de surveillance, caméras thermiques, capteurs divers, les technologies de surveillance sont la partie émergée de l’iceberg, la face visible de l’intelligence artificielle. Pour que ces systèmes puissent fonctionner, il leur faut un carburant : les #données.

    Les bases de données se multiplient

    L’Europe en a plusieurs en matière d’immigration. La plus connue, #Eurodac – le fichier des #empreintes_digitales – vise à ficher les demandeurs et demandeuses d’asile appréhendés lors d’un passage de frontière de manière irrégulière. Créée en 2002, la nouvelle réforme européenne sur l’asile étend considérablement son pouvoir. En plus des empreintes, on y trouve aujourd’hui des photos pour alimenter les systèmes de #reconnaissance_faciale. Les conditions d’accès à Eurodac pour les autorités policières ont également été assouplies. « Elles pourront le consulter pour des objectifs d’enquêtes criminelles, on retrouve donc cette idée que de facto, on traite les demandeurs d’asile, les réfugiés, avec une présomption d’illégalité », conclut Chloé Berthélémy.

    Or, ces collectes d’informations mettent de côté un principe clef : celui du #consentement, condition sine qua non dans l’UE du traitement des données personnelles, et clairement encadré par le Règlement général de protection des données (#RGPD). Les politiques migratoires et de contrôles aux frontières semblent donc faire figures d’#exception. Lorsqu’une personne pose le pied sur le sol européen, ses empreintes seront collectées, qu’il soit d’accord ou non. Selon l’EDRi, « l’Union européenne est en train de construire deux standards différents. Un pour ceux qui ont les bons papiers, le bon statut migratoire, et un autre pour ceux qui ne les ont pas ».

    Un nouveau cadre juridique qui a d’ailleurs été attaqué en justice. En 2021, en Allemagne, la GFF, la Société des droits civils (qui fait partie du réseau de l’EDRi) triomphe de l’Office allemand de l’immigration, condamné pour pratiques disproportionnées. Textos, données de géolocalisation, contacts, historique des appels et autres #fichiers_personnels étaient extraits des #smartphones des demandeurs d’asile à la recherche de preuve d’identité.

    Automatisation des décisions

    Une fois les frontières passées, l’intelligence artificielle continue à prendre pour cible des étrangers, à travers sa manifestation la plus concrète : les #algorithmes. Examiner les demandes de #visa ou de #naturalisation, attribuer un #hébergement, faciliter l’organisation des #expulsions, prédire les flux migratoires… la multiplication des usages fait craindre aux chercheurs une administration sans guichet, sans visage humain, entièrement automatisée. Problème : ces systèmes intelligents commettent encore beaucoup trop d’#erreurs, et leur prise de décisions est loin d’être objective.

    En 2023, l’association La Quadrature du Net révèle que le code source de la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf) attribue un « score de risque » à chaque allocataire. La valeur de ce score est ensuite utilisée pour sélectionner ceux qui feront l’objet d’un contrôle. Parmi les critères de calcul : avoir de faibles revenus, être au chômage, ou encore être né en dehors de l’Union européenne. « En assimilant la précarité et le soupçon de fraude, l’algorithme participe à une politique de #stigmatisation et de #maltraitance institutionnelle des plus défavorisés », estime Anna Sibley, chargée d’étude au Gisti. Quinze ONG ont d’ailleurs attaqué cet algorithme devant le Conseil d’État en octobre 2024 au nom du droit à la protection des données personnelles et du principe de non-discrimination.

    Autre exemple : l’IA a déjà été utilisée par le passé pour soutenir une prise de décision administrative. En 2023, le ministère de l’Intérieur a « appelé à la rescousse » le logiciel #Google_Bard, un outil d’aide à la prise de décision, pour traiter la demande d’asile d’une jeune Afghane. « Ce n’est pas tant le fait que l’intelligence artificielle ait donné une réponse négative qui est choquant. C’est plutôt le fait qu’un employé du ministère de l’Intérieur appuie sa réponse sur celle de l’IA, comme si cette dernière était un argument valable dans le cadre d’une décision de justice », analyse la chercheuse.

    #Dématérialisation à marche forcée

    En 2024, un rapport du Défenseur des droits pointait du doigt les atteintes massives aux droits des usagers de l’ANEF, l’administration numérique des étrangers en France. Conçue pour simplifier les démarches, l’interface permet le dépôt des demandes de titres de séjour en ligne.

    Pourtant, les #dysfonctionnements sont criants et rendent la vie impossible à des milliers de ressortissants étrangers. Leurs réclamations auprès du Défenseur des droits ont augmenté de 400% en quatre ans. Des #plaintes allant du simple problème de connexion aux erreurs de décisions de la plateforme. Un casse-tête numérique contre lequel il est difficile de se prémunir. « Les services d’accompagnement déployés sont trop limités », constate Gabrielle de Boucher, chargée de mission numérique droits et libertés auprès du Défenseur des droits. Selon elle, il est important que la France reconnaisse aux étrangers le droit de réaliser toute démarche par un canal humain, non dématérialisé, un accueil physique.

    Le biais discriminatoire

    Autre écueil de la dématérialisation croissante des administrations : le biais discriminatoire. Puisque les systèmes intelligents sont entraînés par des êtres humains, ces derniers reproduisent leurs biais et les transmettent involontairement à l’IA. Illustration la plus concrète : les erreurs d’#identification.

    En 2023, un homme a été arrêté aux États-Unis après que les logiciels de reconnaissance faciale l’ont désigné par erreur comme l’auteur de vols. « On peut légitimement avoir des craintes sur le respect des droits, puisqu’on sait, par exemple, que le taux d’erreur est plus élevé pour les personnes non blanches », s’inquiète Gabrielle du Boucher. Comme elles sont sous représentées dans les #bases_de_données qui nourrissent l’apprentissage de l’IA, celle-ci sera moins fiable que lorsqu’elle devra, par exemple, se concentrer sur les personnes blanches.

    ►https://www.infomigrants.net/fr/post/62762/en-europe-les-migrants-premieres-victimes-de-lintelligence-artificiell
    #IA #AI #intelligence_artificielle #migrations #réfugiés #victimes #frontières #technologie #contrôle #surveillance #accent #langue #discrimination

  • #Daniel_Veron : « Le #rejet social des #travailleurs_migrants renforce leur attrait économique »

    Les travailleurs migrants sont souvent perçus comme indispensables pour l’économie de leur pays d’accueil, tout en étant stigmatisés et désignés comme indésirables. Cette apparente contradiction n’en est pas une, explique le sociologue Daniel Veron, maître de conférences à l’université de Caen et auteur de Le travail migrant, l’autre délocalisation (La Dispute, 2024).

    C’est justement parce que ces travailleurs étrangers sont stigmatisés qu’ils sont corvéables à merci et que leur embauche est si intéressante pour les employeurs, rappelle-t-il en soulignant notamment qu’avec l’intérim et l’ubérisation, les travailleurs sans papiers sont toujours les premières victimes de la précarisation du travail. Ils en sont même les cobayes, avant extension à l’ensemble des travailleurs.

    Le chercheur, qui voit dans le travail migrant une forme de « délocalisation sur place » et discute la notion de « métiers en tension », propose quelques pistes pour lutter contre le dumping social et améliorer le sort de ces travailleurs.

    Vous avez étudié l’exploitation moderne du travail des étrangers dans plusieurs pays (Argentine, France et Canada). Quand est-elle apparue et pourquoi ?

    Daniel Veron : L’histoire du recours à des déplacements de populations pour exploiter leur travail est très ancienne, on pourrait la faire remonter à l’esclavage. Mais dans sa forme moderne, cela se joue entre le XIXe et le XXe siècle, concomitamment au développement des Etats-nations et des balbutiements de la protection sociale. Les premières lois organisant la migration de travail apparaissent en même temps que les premières règles protégeant les droits des travailleurs, afin justement de commencer à contourner ces régulations, en faisant en sorte soit qu’elles ne s’appliquent pas aux étrangers, soit que le statut infériorisé de ces popula­tions justifie qu’on les paye – et les traite – mal.

    En France, comment se sont construites les politiques d’immigration qui font des travailleurs migrants des « indésirables mais indispensables » ?

    D. V. : L’édifice des politiques migratoires commence à se structurer au moment de la Première Guerre mondiale. Dès cette période, il oscille entre deux pôles. D’une part, la nécessité économique : des secteurs ont besoin de cette main-d’œuvre étrangère. D’autre part, ces mêmes personnes sont rejetées et pointées du doigt : on dénonce leur caractère inassimilable, en particulier si elles sont originaires des colonies françaises.

    On retrouve cette double logique dans d’autres pays, au Canada par exemple, où, à la fin du XIXe siècle, la migration chinoise est perçue à la fois comme une menace pour l’ordre social et racial, et comme indispensable, pour la construction des chemins de fer notamment.

    Ce qui apparaît comme une contradiction n’en est pourtant pas une. C’est précisément parce que ces hommes et ces femmes sont stigmatisés qu’ils sont désirables, d’un point de vue économique. Face à la dégradation de leurs conditions de vie, ils n’ont d’autre choix que d’accepter des conditions de travail au rabais et des salaires moindres. Leur relégation comme citoyens de seconde zone justifie ce traitement. Le rejet social renforce donc l’attrait économique.

    Dans votre livre, vous défendez l’idée que le travail migrant est une forme de « délocalisation sur place » des activités économiques non délocalisables ­physiquement. Pouvez-vous expliquer ?

    « Pour un certain nombre de secteurs dont la production n’est pas délocalisable, une opération équivalente est à l’œuvre, avec l’embauche des travailleurs sans papiers »

    D. V. : J’emprunte cette expression à l’anthropologue Emmanuel Terray 1, qui l’a forgée dès les années 1990 à propos, déjà, des travailleurs sans papiers. Pour un certain nombre de secteurs dont la production n’est pas délocalisable (le bâtiment, le nettoyage, l’aide à la personne, etc.), une opération équivalente est à l’œuvre, avec l’embauche de ces employés. Ils n’ont ainsi pas accès aux acquis et avantages sociaux dont bénéficie la main-d’œuvre locale en pleine possession de ses droits.

    Il existe en outre des formes légales de contournement, comme le travail détaché dans l’Union européenne. Ce dispositif permet d’asseoir une partie de la relation de travail sur la législation d’un autre pays et, in fine, de baisser le prix de certains segments de main-d’œuvre. Ce sont les faces légale et illégale d’une même pièce. Dans le premier cas, l’absence de droits permet de payer moins cher certains travailleurs, tandis que dans le second, c’est un montage légitime.

    Cette logique de délocalisation sur place est au cœur des métiers dits « en tension », dont le gouvernement est en train d’actualiser la liste et qui servira de base de référence pour accorder des titres de séjour aux travailleurs en situation irrégulière…

    D. V. : Tout à fait. Mais il y a un écueil important autour de la définition des secteurs dits en tension. On peut tout d’abord se demander si ce leitmotiv de la pénurie de main-d’œuvre ne relève pas d’une dimension plus qualitative que quantitative, une façon de dire que celles et ceux qui occupent ces emplois de facto ne seraient pas assez compétents, ce qui justifie de les payer moins cher.

    Et de fait, les présences et absences sur ces listes interrogent. Certains secteurs ne font pas face à des pénuries de main-d’œuvre, justement parce qu’ils recrutent beaucoup de salariés sans papiers. Ils ne sont donc pas sur la liste, voire n’y ont pas intérêt. Pour d’autres au contraire, cela facilite les recrutements de main-d’œuvre étrangère. Enfin, d’autres n’y sont pas parce que cela déboucherait sans doute, aux yeux du gouvernement, sur « trop » de régularisations.

    Vous écrivez que « le travail migrant est en première ligne des stratégies contemporaines du capital pour fissurer les institutions salariales ». Comment ?

    D. V. : A partir des années 1970, on assiste en France à deux mutations concomitantes. D’un côté, la désindustrialisation et la transformation de l’appareil productif accélèrent les phénomènes de sous-traitance et le développement de l’intérim. L’emploi se précarise et les étrangers sont les premiers touchés : ils ont supporté près de la moitié des suppressions d’effectifs dans l’industrie automobile entre 1975 et 1990. Ils subissent également de plein fouet l’expulsion du marché primaire du salariat, c’est-à-dire de l’emploi protégé par le contrat en CDI, vers le marché dit secondaire, avec des statuts plus précaires.

    « Depuis les années 1970, les travailleurs sans papiers subissent les premiers le mouvement de précarisation du monde du travail »

    De l’autre côté, les étrangers sont vulnérabilisés administrativement puisque la France met fin à l’immigration de travail en 1974 et instaure des politiques plus restrictives, qui produisent de l’illégalisation. Ainsi, depuis les années 1970, les travailleurs sans papiers subissent les premiers le mouvement de précarisation du monde du travail. Intérim structurel, travail au noir ou à temps partiel et multi-emploi pour les femmes dans le secteur domestique notamment, ubérisation aujourd’hui : ils sont systématiquement en première ligne face aux nouvelles formes d’emploi précaire. Ces innovations se diffusent bien sûr à d’autres franges du salariat et viennent fragiliser la protection du travail en général ainsi que les institutions salariales dans leur ensemble.

    Face à ces assauts contre les droits des travailleurs sans papiers, que faire ?

    D. V. : A chaque fois, l’exploitation du travail migrant repose sur la production d’un différentiel de traitement et donc de prix entre deux segments de main-d’œuvre. Ce qui crée, par répercussion, un effet de pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail de tous les travailleurs.

    Si l’on veut lutter contre ces effets de dumping social, il faut donc remédier à tout ce qui crée un différentiel de prix du travail, qu’il soit justifié par des formes légales (comme le travail détaché), par l’absence de droit (comme pour les sans-papiers), mais aussi parfois par des logiques racistes ou sexistes. Il est donc totalement contre-productif, pour qui défend les droits des salariés, de rendre la vie impossible aux personnes clandestines, à qui on refuse le droit au séjour.

    La remise en cause de l’aide médicale de l’Etat (AME), une proposition récurrente, réduirait les possibilités d’un arrêt de travail en cas de soucis de santé par exemple, renforçant l’effet d’emprisonnement dans le travail. La suppression de l’AME favoriserait au final ce différentiel de traitement. Pour améliorer les conditions salariales et de travail de toutes et tous, il faut donc exiger l’égalité pleine et entière pour les sans-papiers.

    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/daniel-veron-rejet-social-travailleurs-migrants-renforce-attra/00114504
    #migrations #économie #travail #travailleurs_étrangers #stigmatisation #corvéables #interim #ubérisation #précarisation #conditions_de_travail #sans-papiers #travailleurs_sans-papiers #cobayes #délocalisation_sur_place #métiers_en_tension #dumping #exploitation #déplacements_de_populations #esclavage #migration_de_travail #régulations #droits_des_travailleurs #indésirables #main-d'oeuvre_étrangère #menace #indispensabilité #désirabilité #attrait_économique #droits #travail_détaché #détachement #titres_de_séjour #régularisations #immigration_de_travail #illégalisation #emploi_précaire #salaires #dumping_social

    ping @karine4

    • Le travail migrant, l’autre délocalisation

      Alors que les lois anti-immigration s’empilent, durcissant chaque fois un peu plus les conditions des travailleur·ses migrant·es, la main-d’œuvre étrangère s’avère pourtant toujours aussi indispensable dans de nombreux secteurs (BTP, restauration, nettoyage, travail à domicile, etc.). Le recours à ce « travail migrant » se fait au travers d’une variété de statuts, légaux ou non, qui permettent la mise au travail des personnes migrantes dans des conditions moins favorables et plus intensives que celles qui ont cours sur le marché du travail français. Travailleurs et travailleuses « sans-papiers », « temporaires » ou « détaché·es » : le recours au travail migrant apparaît bien comme une modalité particulière de mise en œuvre d’une forme de « délocalisation », à ceci près qu’elle s’exerce « sur place ».

      Daniel Veron montre comment cette surexploitation des travailleur·ses migrant·es s’affirme comme l’un des outils cruciaux d’une dégradation générale des conditions de travail. Dès lors, le seul horizon pour déjouer la pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail ne peut passer que par la lutte pour l’égalité des droits de toutes et tous.

      ▻https://ladispute.fr/catalogue/le-travail-migrant-lautre-delocalisation
      #livre #travail_migrant #délocalisation

  • Activists Under Fire: The Rising Criminalization of Civil Movements Across Europe

    On May 22, 2024, the air outside Berlin’s Humboldt University was thick with tension. Over a hundred people had peacefully gathered at Universitätsstraße in solidarity with a group of students. The students had occupied the nearby Institute for Social Sciences and renamed it Jabalia Institute after one of the largest refugee camps in Gaza—known as a historic stronghold of resistance. Their voices rose together in steady, rhythmic chants, demanding peace and justice for people facing genocide and violence in Palestine and Lebanon.

    “When I first arrived, I was shocked by the amount of police on the street,” said Mimo, a 26-year-old engineering student at TU Berlin whose name has been changed due to his concern about possible visa issues and other legal problems that could result from his political views in Germany. Like many of his fellow students, Mimo is part of the Student Collective for Palestine at TU Berlin, an initiative committed to advocating for Palestinian rights and social justice. At Universitätsstraße, their calls for peace and equity were met with unyielding violence and hostility from the authorities.

    “I can’t breathe anymore,” Mimo recalled himself gasping, as he felt a sharp, breath-stealing blow to his chest, before he even saw it coming. A police officer from the line had hit him with Quarzsandhandschuh—weighted gloves used to illegally harm protesters—forcing him to bend his knees from the pain while his fingers slipped out of the hands of those next to him.

    As the human chain broke, the officers surged past him, dealing blows indiscriminately at the young faces around him. Cries of fear and pain erupted as the students scattered to escape the onslaught.

    “It was really chaotic. People started crying and shouting like me: ‘I can’t breathe,’” Mimo recounted.

    At the end of the day, Mimo returned home still shaken, his chest sore, and thoughts racing. Though he felt the lingering pain for weeks, he did not go to the hospital due to a fear of police retaliation. For Mimo and his fellow protesters, this was not an isolated experience but a part of an escalating pattern.

    “The abuse of power from the authorities toward peaceful protesters is increasing exponentially,” Mimo explained. “We’ve started normalizing it.”

    Mimo and the students in Berlin are not alone with their experience as governments and authorities across Germany and other European countries, including the United Kingdom, Italy, Spain, Poland, Hungary, and the Netherlands, are increasingly clamping down on civil society and student movements. Through new legal measures, intensified surveillance, and public media campaigns, the authorities actively stifle voices calling for peace, environmental justice, and human rights.

    Over the last decade, Europe has witnessed an alarming rise in the repression and criminalization of activist groups and individuals; a trend that challenges the region’s formal commitment to democratic freedoms. A 2022 report from the European Civil Forum highlights this shift, recording over 450 cases of repression against civil society actors in Europe between 2019 and 2021.
    A Shift Toward Criminalization and Its Legal Consequences

    The criminalization of activist groups and NGOs across Europe carries significant legal and political ramifications. Members of organizations such as Sea Watch, Extinction Rebellion, Fridays for Future, and Last Generation have faced charges ranging from “public disturbance” to “aiding illegal immigration,” often under laws meant to protect state security or border integrity.

    This crackdown risks undermining both the right to peaceful protest and a range of humanitarian practices protected under international human rights laws, including the European Convention on Human Rights. The legal consequences of the continent-wide trend extend beyond individual cases, creating a climate of fear and suppressing vital democratic freedoms—as seen in recent high-profile cases, especially in Germany, the UK, and Italy.

    On May 19, 2023, during a high-stakes match at the Internazionali BNL d’Italia in Rome, the 33-year-old Last Generation activist Giacomo Baggio burst onto the court, throwing a vibrant cloud of confetti into the air in a courageous act of civil disobedience. The spectators watched, frozen, as the stadium security quickly moved in to forcefully remove the activist from the ground, their hands gripping his neck. As Baggio was dragged away, his message resonated beyond the arena: it did not just interrupt a tennis match, it broke public silence on the urgent climate crisis.

    In the wake of this and other peaceful civil disobedience actions carried out by Last Generation, the Rome police have sought to place Baggio under special surveillance (sorveglianza speciale), a strict surveillance regime devised for members of organized crime. For Baggio, it meant daily check-ins, an 8 p.m. curfew, and a ban on public events, sharply curtailing his political and social life.

    “In the beginning, I felt profoundly alone,” Baggio shared. “This measure targeted me as an individual, isolating me from society.”

    His words reflect the experiences of many European activists who face heightened repression as authorities use surveillance, arrests, and intimidation to silence dissent. In mid-October 2024, the Rome court overturned the surveillance request, citing insufficient evidence for a public threat. Yet, the chill on civil freedoms lingers as a warning for organizers across Italy and Europe.

    “These disproportionate repressive acts show that the government fears losing legitimacy, clinging to power by silencing those who hold up a mirror to what it doesn’t want to see,” said Baggio.

    The repression of Last Generation has intensified far beyond Italy’s borders. In May 2023, the German authorities launched sweeping nationwide raids against the climate group, charging its members with forming or supporting a criminal organization—a grave accusation usually reserved for terrorism cases. According to the activists and local media reports, the crackdown involved shutting down the organization’s website, freezing its members’ bank accounts, and invasive home raids to temporarily confiscate their personal belongings. The wave of criminalization underscored a troubling escalation of power abuse against activists that targets and undermines not only their political and organizational capacity, but also their very sense of personal space, financial stability, security, and livelihood.

    In its 2023 report on civic repression, Amnesty International documented a sharp rise in counter-terrorism measures targeting civil society across Europe. Since 2019, at least 2,000 Extinction Rebellion (XR) activists have faced legal action, many for peaceful acts like roadblocks or sit-ins, with some even charged with terrorism-related offences. The UK’s 2022 Police, Crime, Sentencing, and Courts Act intensifies this crackdown, granting the police broad authority and imposing severe penalties on protests deemed “disruptive.“ Roadblocks and business disruptions now carry severe legal risks and consequences for groups like XR.

    “In England and Wales, prison sentences for climate activists have surged dramatically,” said Charlie Holt, the European Head of Global Climate Legal Defence (CliDef). “Just a few years ago, it was rare to see climate activists jailed…now it happens routinely, and the sentences are growing longer and longer.”

    In Spain, the Public Security Law—commonly known as the “gag law”—has been used against activists under vague claims of endangering national security. In 2022 and 2023, pacifist groups such as Desarma Madrid, which protested Spain’s arms sales, faced fines and arrests for unlicensed demonstrations.

    The European Center for Not-for-Profit Law (ECNL) highlights similar legal restrictions across Poland, Italy, and Hungary. In Hungary, the far-reaching “Stop Soros” legislation specifically targets organizations providing aid to migrants and a range of other legitimate migration-related activities; making them punishable by up to one year in prison. The law has led to a significant chilling effect on the work of humanitarian groups. Although the EU Court rejected this law, the government has yet to retract it.

    In Poland, the 2022 amendments to public assembly laws have drastically curtailed protest rights, empowering authorities to shut down peaceful gatherings without substantial evidence. This has impacted protests—particularly those since the 2022 Russian full-scale invasion in Ukraine—where demonstrators have rallied for peace and women’s rights while criticizing cuts to social welfare made in favour of military spending. On March 8, 2023, several protesters were detained on public order charges as feminist groups, including Strajk Kobiet, protested in Warsaw on the International Women’s Day.

    Similarly in Italy, in September 2024, the parliament’s lower house approved a new Security Bill that targets climate activists and migrants in particular, while bearing consequences for a range of non-governmental organizations such as labor unions. If the decree also passes the Senate, protesters who block roads or railways could face up to two years in prison, while authorities would gain sweeping powers over migrants in detention centers.

    The Security Bill mirrors a decade-long European trend of framing solidarity with migrants as a security threat rather than humanitarian aid. Civic Space Watch reports that a growing number of NGOs and individuals across Europe now face prosecution for offering food, shelter, or legal assistance to migrants accused of “aiding illegal immigration.”

    “Authorities are trying to intimidate, hinder, and criminalize us to deter our rescue efforts and humanitarian actions,” said Oliver Kulikowski, the spokesperson of Sea Watch, a Mediterranean search-and-rescue NGO. He noted that Sea-Watch has faced hefty fines, legal battles, and that activists are threatened with prison terms for their life-saving work in one of the biggest graveyards in the world—the Mediterranean Sea.
    Members of Sea-Watch-3 rescue ship approach a rubber vessel full of migrants on the Tunisian and Libyan border waters.

    “This repression leads to an increasingly repressive society,” added Kulikowski. “When we see and allow people to die without rights at our borders, we erode the humanity and rights of society as a whole.”

    In February 2024, the Council of Europe’s Commissioner for Human Rights urged an end to the repression of human rights defenders assisting migrants in Europe. The commissioner warned that criminalizing rescue operations violates the UN Convention on the Law of the Sea, which mandates aid for those in distress and raises ethical concerns about the responsibility of European nation-states to protect human life.

    The repression has intensified in tandem with a surge in populist movements that frame humanitarian aid as subversive and illegal. For activists, NGOs, and civil society, mounting restrictions underscore a stark truth: defending human rights increasingly means sacrificing personal freedom as states prioritize border control over humanitarian commitments. The crackdown raises urgent questions about the EU’s commitment to its legal principles and core values in an era of escalating populism.
    The Rise of Populism, Media Stigmatization, and Polarisation

    In 2024, Amnesty International’s report on the state of the right to protest across 21 European countries highlighted a growing trend in repressive legislation, arbitrary arrests, the use of excessive force, and the rise of invasive surveillance.

    “Rather than solving the problems they claim to want to prevent and repress, these punitive norms have the sole effect of feeding public opinion with new criminal hypotheses, further sanctions, and increases in existing penalties. Criminal populism, in short,” said Vitalba Azzollini, an Italian lawyer, about Italy’s recent Security Bill. Part of a broader right-wing wave across Europe, these measures disproportionately target migrant aid organizations, environmental activists, and peace advocates, fuelling campaigns that depict dissent as a destabilizing force.

    “These narratives, often promoted in the name of protection of national security, state sovereignty, and moral values, are in fact being used to silence and repress dissent, public activism, and political participation,” said Gina Romero, the UN Special Rapporteur on the rights to freedom of peaceful assembly and association in her report presented to the UN General Assembly in October 2024.

    A 2022 study by Frontiers in Communication revealed how populist politicians have used mainstream media to amplify fear by spreading emotional narratives that sway public perception of activists as threats to stability and national security.

    Political organizations calling for climate justice and social change often face an onslaught of populist media labels—“eco-vandals,” “extremists,” “criminals”—to weaponize public opinion towards them, noted Romain Didi, the Climate Governance and Human Rights Policy Coordinator of CAN Europe. This tactic, he explained, seeks to polarize society by focusing outrage on disrupted commutes and cultural damage, rather than the urgent reasons behind the activists’ actions.

    Polls reveal a complex public sentiment about the increased criminalization of activist groups across Europe. For example, a survey conducted by More in Common Germany found that public support for radical climate actions has halved since 2021, with 55% of respondents now believing the protests are too disruptive. At the same time, support for climate action remains high, with 70% of Germans agreeing that addressing climate change requires urgent measures.

    As restrictive laws advance under populist political forces that put the right to peaceful protest at risk, the media has taken an active role in polarizing public perceptions of social movements. This media strategy therefore increases public acceptance of restrictive measures, normalizing crackdowns, and, ultimately, contributing to the erosion of civil society and democratic values.
    The Consequences of Repression

    In 2022, Amnesty International launched the Protect the Protest campaign to address the alarming increase in government repression, criminalization of dissent, and the use of excessive force against peaceful demonstrators worldwide. The campaign aims to defend and uphold the freedoms of expression, assembly, and association while advocating for the fundamental right to protest and call for peace. The Council of Europe has also warned that the escalating criminalization of non-violent protests poses a direct threat to free speech and peaceful assembly.

    Notably, the United Nations has urged governments to protect young climate and social justice activists, emphasizing their crucial role in addressing the global climate crisis and fight for social justice and peace:

    “Activists are like a fire alarm for society: essential and life-saving, even if uncomfortable to hear,” remarked Ben Mitchel, an XR protester who participated in several peaceful actions in the UK.

    Experts affirm that the rising trend of criminalizing social justice movements and their participants—fuelled by populist rhetoric—often has opposite affects. Rather than discouraging political participation, these repressive measures tend to amplify public support and drive even more activists to the streets, underscoring the urgency of their causes.

    Nottingham Trent University lecturer Heather Alberro notes that heavy-handed responses can radicalize movements in what experts call the “radical flank effect,”where activists adopt more extreme tactics as repression intensifies.

    Alberro explains that repression often pushes activists toward more radical actions, creating a dangerous cycle that may jeopardize movement goals and political stability. The pattern of criminalization and radicalization undermines public trust in democratic institutions, at the same time intensifying solidarity among the targeted activists and communities. We see this echoed in movements like Black Lives Matter, pro-Palestine advocacy, and Extinction Rebellion, where greater unity and resistance has been sparked in the face of state repression. According to Alberro, the result is a fragile balance where governments’ restrictive measures risk deepening societal divides, highlighting the need for European states to strike a fairer balance between security and human rights.

    “The more they try to silence us, the more determined we become…we are not backing down; we’re finding new ways to make our voices heard”, affirmed Mimo, his voice steady with resolve.

    Looking Forward: A Turning Point?

    As Europe steps into a pivotal decade—one defined by the need for urgent climate action, migration challenges, and rising geopolitical tensions—the criminalization and repression of social justice and peace advocates raise profound questions about how governments maintain public order while respecting civil liberties. With 64 countries going through elections this year, questions on fundamental rights have become one of the key battlegrounds worldwide.

    In Europe, the constitutional rights that once defined liberal democracy—the freedom of assembly and speech, and the right to dissent—are threatened as governments increasingly turn to restrictive laws that target civil disobedience, dissent, and protest actions. These measures reshape Europe’s societal landscape, systematically eroding the right to peaceful protest and undermining citizens’ fundamental freedoms.

    “Peaceful protest is essential to democracy; it’s the hope for future social progress. Politicians who oppose this prioritise their immediate interests over the community’s future,” said Baggio. His statement reflects a widespread call among activists and organizations for European governments to protect the rights to protest and free speech, ensuring a public space where diverse voices can engage with critical issues like climate justice, gender equality, social inclusion, and peace.

    As authorities clamp down, grassroots groups and NGOs remain resilient and interconnected in building solidarity networks across borders to amplify their demands and unify their struggles. Solidarity, in this climate, is not only a strategy but a necessity to safeguard everyone’s fundamental rights.

    “Solidarity means recognising that our struggles are linked and that the forces that try to silence us are often the same,” said Mimo with a spark of hope flickering in his eyes.“I fear the future, yes, but I also believe in the power of our voices to change it.”

    For an EU that champions human rights, democracy, and peace, the escalating crackdown on civil society casts a sharp, unsettling shadow. This shift is more than just a legal tightening: it is a warning and a call to critically scrutinize the power dynamics that allow authorities and governments to exclude, stigmatize, and repress civil society. Criminalization of protest raises urgent questions about our freedoms to voice, organize, and defend the values of peace and justice we believe in—freedoms that are not only our rights, but our collective responsibility: to protect the future of the world in which we live.

    ▻https://turningpointmag.org/2024/11/27/activists-under-fire-the-rising-criminalization-of-civil-movements-
    #migrations #réfugiés #criminalisation_de_la_solidarité #solidarité #Palestine #Extinction_Rebellion #répression #Fridays_for_Future #résistance #criminalisation #luttes #Last_Generation #populisme #stigmatisation

    ping @karine4

  • À #France_Travail, l’essor du #contrôle_algorithmique

    « #Score_de_suspicion » visant à évaluer l’honnêteté des chômeur·ses, « #score_d’employabilité » visant à mesurer leur « #attractivité », algorithmes de #détection des demandeur·ses d’emploi en situation de « perte de confiance », en « besoin de redynamisation » ou encore à « risque de dispersion »… France Travail multiplie les #expérimentations de #profilage_algorithmique des personnes sans emploi.

    Mise à jour du 12 juillet 2024 : le directeur général de France Travail a souhaité utiliser son droit de réponse. Vous la trouverez à la suite de l’article.

    Après avoir traité de l’utilisation par la #CAF d’un algorithme de notation des allocataires, nous montrons ici que cette pratique est aussi partagée par France Travail, ex-#Pôle_Emploi. À France Travail, elle s’inscrit plus largement dans le cadre d’un processus de #numérisation_forcée du #service_public de l’#emploi.

    –-> Retrouvez l’ensemble de nos publications sur l’utilisation par les organismes sociaux d’algorithmes à des fins de contrôle social sur notre page dédiée et notre Gitlab : ▻https://git.laquadrature.net/la-quadrature-du-net/algo-et-controle.

    Au nom de la « #rationalisation » de l’action publique et d’une promesse « d’#accompagnement_personnalisé » et de « #relation_augmentée », se dessine ainsi l’horizon d’un service public de l’emploi largement automatisé. Cette #automatisation est rendue possible par le recours à une myriade d’algorithmes qui, de l’inscription au suivi régulier, se voient chargés d’analyser nos données afin de mieux nous évaluer, nous trier et nous classer. Soit une extension des logiques de #surveillance_de_masse visant à un #contrôle_social toujours plus fin et contribuant à une #déshumanisation de l’accompagnement social.

    De la CAF à France Travail : vers la multiplication des « scores de suspicion

    C’est, ici encore, au nom de la « #lutte_contre_la_fraude » que fut développé le premier algorithme de #profilage au sein de France Travail. Les premiers travaux visant à évaluer algorithmiquement l’#honnêteté des personnes sans emploi furent lancés dès 2013 dans la foulée de l’officialisation par la CAF de son algorithme de notation des allocataires. Après des premiers essais en interne jugés « frustrants » [1], France Travail – à l’époque Pôle Emploi – se tourne vers le secteur privé. C’est ainsi que le développement d’un outil de détermination de la probité des demandeur·ses d’emploi fut confié à #Cap_Gemini, une multinationale du CAC40 [2].

    La #notation des chômeur·ses est généralisée en 2018. La présentation qui en est faite par France Travail donne à voir, comme à la CAF, l’imaginaire d’une institution assiégée par des chômeur·ses présumé·es malhonnêtes. Ses dirigeant·es expliquent que l’algorithme assigne un « score de suspicion » – dans le texte – visant à détecter les chômeur·ses les plus susceptibles « d’#escroquerie » grâce à l’exploitation de « #signaux_faibles » [3]. Une fois l’ensemble des personnes sans emploi notées, un système d’« #alertes » déclenche ainsi des #contrôles lorsque l’algorithme détecte des situations « suspectes » (emploi fictif, usurpation d’identité, reprise d’emploi non déclarée) [4].

    Pour l’heure, France Travail s’est refusé à nous communiquer le code source de l’algorithme. Au passage, notons que ses dirigeants ont par ailleurs refusé, en violation flagrante du droit français, de fournir la moindre information aux demandeur·ses d’emploi que nous avions accompagné·es pour exercer leur droit d’accès au titre du #RGPD [5]. Nous avons cependant obtenu, via l’accès à certains documents techniques, la liste des variables utilisées.

    On y retrouve une grande partie des données détenues par France Travail. Aux variables personnelles comme la nationalité, l’âge ou les modalités de contact (mails, téléphone…) s’ajoutent les données relatives à notre vie professionnelle (employeur·se, dates de début et de fin de contrat, cause de rupture, emploi dans la fonction publique, secteur d’activité…) ainsi que nos #données financières (RIB, droits au chômage…). À ceci s’ajoute l’utilisation des données récupérées par France Travail lors de la connexion à l’espace personnel (adresse IP, cookies, user-agent). La liste complète permet d’entrevoir l’ampleur de la #surveillance_numérique à l’œuvre, tout comme les risques de #discriminations que ce système comporte [6].

    #Profilage_psychologique et gestion de masse

    Fort de ce premier « succès », France Travail décide d’accroître l’usage d’algorithmes de profilage. C’est ainsi que, dès 2018, ses dirigeant·es lancent le programme #Intelligence_Emploi [7]. Son ambition affichée est de mettre l’#intelligence_artificielle « au service de l’emploi » pour « révéler à chaque demandeur d’emploi son #potentiel_de_recrutement » [8].

    Un des axes de travail retient notre attention : « Accélérer l’accès et le retour à l’emploi [via un] #diagnostic “augmenté” pour un accompagnement plus personnalisé ». Ici, l’#IA doit permettre de d’« augmenter la capacité de diagnostic » relative aux « traitements des aspects motivationnels » via la « détection de signaux psychologiques » [9]. En son sein, deux cas d’usage retenus sont particulièrement frappants.

    Le premier est le développement d’algorithmes visant à « anticiper les éventuels #décrochages », prévenir les « #risques_de_rupture » [10] ou encore « détecter les moments où ils [les personnes au chômage] peuvent se sentir découragés ou en situation de fragilité » [11].

    Ces travaux ont trouvé, au moins en partie [12], un premier aboutissement dans l’outil du #Journal_de_la_Recherche_d’Emploi (#JRE) actuellement expérimenté dans plusieurs régions de France [13]. Le JRE assigne à chaque incrit·e quatre scores de « profilage psychologique » visant respectivement à évaluer la « dynamique de recherche » d’emploi, les « signes de perte de confiance », le « besoin de #redynamisation » ou les « risques de dispersion » [14].

    Ces informations sont synthétisées et présentées aux conseiller·es sous la forme d’un tableau de bord. « Parcours à analyser », « Situations à examiner », « Dynamique de recherche faible » : des alertes sont remontées concernant les chômeur·ses jugé·es déficient·es par tel ou tel algorithme. Le ou la conseiller·e doit alors faire un « #diagnostic_de_situation » – via l’interface numérique – afin d’« adapter l’intensité » des « actions d’accompagnement ». Et là encore, ils et elles peuvent s’appuyer sur des « #conseils_personnalisés » générés par un dernier algorithme [15].

    Contrôle, #mécanisation et déshumanisation de l’accompagnement : voilà la réalité de ce que le directeur de France Travail appelle « l’accompagnement sur mesure de masse » [16].

    Diagnostic et score d’#employabilité

    Le second cas d’usage est tout aussi inquiétant. Il s’agit de déterminer la « qualité » d’un·e demandeur·se d’emploi. Ou, pour reprendre les termes officiels, son « employabilité » [17]. Ce projet n’est pas encore déployé à grande échelle, mais nous savons qu’une première version – basée, elle, sur des techniques d’intelligence artificielle [18] – a été développée en 2021 [19].

    L’algorithme alloue à chaque inscrit·e un score prédisant ses « chances de retour à l’emploi ». Véritable outil automatique de #tri des chômeur·ses, il vise à organiser la « #priorisation des actions d’accompagnement » [20] en fonction d’un supposé #degré_d’autonomie de la personne sans emploi.

    Si les informations disponibles sur ce projet sont limitées, on peut imaginer que ce score permettra le contrôle en temps réel de la « progression de la #recherche_d’emploi » via les actions entreprises pour améliorer « l’attractivité [de leur] profil » [21]. Il serait alors un indicateur d’évaluation en continu de la bonne volonté des chômeur·ses.

    Mais on peut aussi penser qu’il sera utilisé pour inciter les personnes sans emploi à se diriger vers les « #métiers_en_tension », dont une majorité concentre les conditions de travail les plus difficiles. En demandant aux chômeur·ses d’améliorer leur score, via une #réorientation, ils et elles seraient encouragé·es à accepter un emploi au rabais.

    Agenda partagé & agences virtuelles

    Mais l’étendue du processus de numérisation à l’oeuvre à France Travail va bien au-delà de ces exemples. Côté contrôle numérique, citons l’interface « #XP_RSA » [22], l’outil numérique déployé dans le cadre de la récente réforme du #RSA. Cette interface n’est rien d’autre qu’un agenda partagé permettant de déclarer, et de contrôler, les quinze à vingt « #heures_d’activité » hebdomadaires dont vont devoir s’acquitter les bénéficiaires du minima social. Son remplissage forcé est un pas supplémentaire vers le #flicage des plus précaires.

    Côté IA, France Travail a lancé en 2024 le programme « #Data_IA » [23], successeur d’Intelligence Emploi mentionné plus haut. Présenté avec fracas au salon de l’« innovation technologique » VivaTech – organisé par le groupe Publicis –, on retrouve parmi les projets en développement une #IA_générative visant à numériser l’accompagnement et la #recherche_d’emploi (« #Match_FT ») [24]. France Travail s’intéresse aussi aux « #maraudes_numériques » pour « remobiliser les jeunes les plus éloignés de l’emploi » [25] et au développement d’« #agences_virtuelles » [26].

    #Austérité, automatisation et #précarisation

    La numérisation de France Travail signe la naissance d’un modèle de gestion de masse où coexistent une multitude d’algorithmes ayant chacun la tâche de nous classifier selon une dimension donnée. Risque de « fraude », de « dispersion », de « perte de confiance », suivi des diverses obligations : les capacités de collecte et de traitements de données sont mises au service de la détection, en temps réel, des moindres écarts à des normes et règles toujours plus complexes [27]. Cette numérisation à marche forcée sert avant tout à contrôler les personnes sans emploi [28].

    À l’heure où Gabriel Attal annonce une énième réforme de l’assurance-chômage passée en force alors que l’Assemblée nationale est dissoute, ce contrôle ne cache plus son but : forcer les plus précaires à accepter des #conditions_de_travail toujours plus dégradées [29].

    Loin des promesses de « libérer du temps pour les conseillers » ou d’offrir un accompagnement « plus réactif et plus personnalisé » [30] aux personnes sans emploi, cette numérisation contribue à la déshumanisation d’un service essentiel et à l’#exclusion des plus précaires, voire tend à une généralisation du #non-recours_aux_droits. Il ne s’agit pas d’idéaliser le traitement « au guichet », mais de rappeler que la numérisation forcée accentue les écueils de ce dernier. En accompagnant la fermeture des points d’accueil, elle transfère une partie du travail administratif aux personnes usagères du service public, participant à l’éloignement de celles et ceux qui ne sont pas en mesure de le prendre en charge [31].

    En standardisant les processus d’accompagnement, via la #quantification de chaque action et le profilage de toute une population, elle restreint les possibilités d’échange et supprime toute possibilité d’accompagnement réellement personnalisé [32].

    En facilitant le contrôle généralisé, elle accentue enfin la #stigmatisation des plus précaires et participe activement à leur #paupérisation.

    –-

    Mise à jour du 12 juillet 2024

    À la suite de notre article, France Travail, via son directeur général Thibaut Guilly, a souhaité exercer son droit de réponse que nous publions ci-dessous in extenso.

    « Madame, Monsieur,

    Je reviens vers vous suite à mon précédent courrier du 2 juillet.

    Bien que le délai de 3 jours prévu à l’article 1.1-III de la loi n°2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique soit aujourd’hui expiré, je constate que le droit de réponse qui vous a été adressé n’a pas été publié. Pour rappel, le non-respect de cette obligation est passible d’une amende de 3 750 €.

    Aussi, je réitère par la présente ma demande de publication d’un droit de réponse suite à la parution le 25 juin 2024 de l’article intitulé « A France Travail, l’essor du contrôle algorithmique » (librement accessible à l’adresse : ►https://www.laquadrature.net/2024/06/25/a-france-travail-lessor-du-controle-algorithmique).

    Dans cet article, vous évoquez un « service public de l’emploi largement automatisé », ainsi qu’une utilisation des algorithmes qui « contribue à la déshumanisation d’un service essentiel », favorise « la stigmatisation des plus précaires et participe activement à leur paupérisation » et constitue « un pas supplémentaire vers le flicage des plus précaires ». Il s’agirait d’une « extension des logiques de surveillance de masse visant à un contrôle social toujours plus fin et contribuant à une déshumanisation de l’accompagnement social », cette « numérisation à marche forcée ser[van]t avant tout à contrôler les personnes sans emploi ». Vous faites également état de « la fermeture des points d’accueil ».

    Nous nous inscrivons en faux contre ces propos erronés qui conduisent à jeter un discrédit sur le travail des plus de 55 000 collaborateurs qui accompagnent chaque jour les demandeurs d’emploi et les entreprises et à travestir la réalité concernant l’usage que nous faisons de ces algorithmes.

    L’utilisation des algorithmes au sein de France Travail ne vise en aucun cas à remplacer le travail des conseillers. L’intelligence artificielle (IA) vient en complément et ne se substitue jamais à une intervention humaine. Au contraire, nous concevons les algorithmes et l’IA comme des outils d’aide à la décision pour les conseillers ou un moyen de leur libérer du temps administratif afin de leur permettre de se consacrer pleinement à l’accompagnement des demandeurs d’emploi.

    Toute utilisation d’algorithmes est en outre encadrée par une charte éthique (▻https://www.francetravail.org/accueil/communiques/pole-emploi-se-dote-dune-charte-pour-une-utilisation-ethique-de-linte) qui décrit nos engagements pour garantir un cadre de confiance respectueux des valeurs de France Travail, à l’opposé de toute « notation de chômeurs » que vous pointez dans votre article. Un comité d’éthique externe composé de personnalités qualifiées garantit le respect de ce cadre. En aucun cas, les algorithmes ne sont utilisés pour « encourager les demandeurs d’emploi à accepter des emplois au rabais ».

    Concernant la « mécanisation » ou la « déshumanisation » de l’accompagnement que vous avancez, c’est méconnaitre le travail que réalisent les conseillers quotidiennement dans plus de 900 agences ou par téléphone. Aucun projet de fermeture d’agence n’est d’ailleurs envisagé contrairement à ce que vous dites et France Travail est un des rares services publics à être ouvert tous les jours, sur flux le matin et sur rendez-vous l’après-midi. Plus de 8,8 millions de personnes sont venues dans nos agences l’année dernière. Cet accueil en agence reflète justement notre politique de proximité et d’accompagnement notamment des plus précaires. L’ambition de la loi pour le plein emploi est en outre de renforcer l’accompagnement humain des plus éloignés, en particulier des bénéficiaires du RSA.

    Vous parlez enfin de « flicage des plus précaires » à travers l’utilisation d’algorithmes concernant le contrôle de la recherche d’emploi et la lutte contre la fraude. Il convient tout d’abord de souligner que ce sont deux activités distinctes, le contrôle de la recherche d’emploi ne saurait être assimilé à de la lutte contre de la fraude, qui est, par définition, une activité illégale et susceptible de poursuites pénales. Sur ce dernier point, l’utilisation des données dans la lutte contre la fraude vise avant tout à protéger nos usagers. En effet, la majorité des situations recherchées par les équipes de France Travail ne concerne pas des demandeurs d’emploi mais des individus qui détournent les services d’indemnisation du chômage, bien souvent au préjudice de nos usagers : usurpation d’identité des demandeurs d’emploi pour s’approprier leurs droits à l’assurance chômage ou détourner leurs paiements, individus se fabricant un faux passé professionnel ou une fausse résidence en France pour ouvrir des droits indus. Concernant le contrôle de la recherche d’emploi, là encore nous réfutons vivement l’idée selon laquelle nous mènerions une chasse aux plus précaires. Tout demandeur d’emploi inscrit à France Travail bénéficie de droits mais a également des devoirs qui lui sont présentés dès son inscription, dont celui de rechercher activement un emploi. 600 conseillers sont dédiés à ce contrôle et là encore, l’IA est un outil d’aide et en aucun la pierre angulaire des contrôles réalisés par ces conseillers en contact avec les demandeurs d’emploi tout au long de ce processus de contrôle. Là encore votre article méconnaît le travail de nos conseillers et constitue une atteinte à leur engagement et à leur intégrité.

    Je vous remercie de publier sans délai ce droit de réponse. A défaut, je me réserve la possibilité de saisir les juridictions à cet effet.

    Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations.

    Thibaut Guilluy »

    Notre réponse :

    À la suite de notre article, France Travail, via son directeur général Thibaut Guilly, nous a initialement écrit pour faire des remarques d’ordre général sur notre article. Puis, dans une nouvelle lettre reçue aujourd’hui, il est subitement passé aux menaces : nous n’aurions, selon lui, pas fait droit à sa prétendue « demande de publication d’un droit de réponse ». Ces menaces sont particulièrement malvenues et, au demeurant, totalement vaines, puisque rien dans son courrier initial n’indiquait qu’il s’agissait d’une demande de droit de réponse…

    Le directeur général de France Travail s’en tient à une poignée d’éléments de langage sans jamais répondre sur le fond. Pas un mot sur la multiplication des algorithmes de profilage à des fins de contrôle. Tout au plus y apprend-on que des algorithmes d’IA sont aussi utilisés à des fins de « contrôle de la recherche d’emploi », ce que nous ignorions.

    Cette lettre se borne ainsi à un simple exercice, maladroit et malvenu, de communication. Elle s’essaye vainement à réfuter l’expression de « flicage des plus précaires » pour décrire les outils de surveillance des allocataires du RSA. La mise en place d’un agenda partagé pour le contrôle des 15 à 20 heures d’activité de ces dernier·ès serait ainsi – il faut savoir apprécier l’humour – une mesure visant à « renforcer l’accompagnement humain ».

    Quant à l’impact de la numérisation sur l’accueil des plus précaires, le directeur général de France Travail nie la réalité, tout comme son homologue de la CNAF, afin de minimiser l’étendue de la surveillance et le projet politique sous-jacent. Qu’a-t-il donc à répondre à la Défenseure des droits qui, en 2022 dans son deuxième rapportsur la dématérialisation des services publics, rappelait la hausse des inégalités et des réclamations en raison de cette dématérialisation « à marche forcée » ?

    Enfin, opposer, comme le fait cette lettre, le travail des salarié·es de France Travail et notre action de documentation et d’alerte sur les abus de l’administration est stérile : la déshumanisation et le changement de nature du service public se font non seulement au détriment des personnes au chômage mais également des agent·es de France Travail, comme l’ont dénoncé syndicats et associations au moment de la réforme de l’assurance chômage et la transformation de Pôle Emploi en France Travail [33].

    Ce que cette lettre souligne avant tout c’est donc l’absence de recul, de capacité de remise en cause et d’esprit critique du directeur général de France Travail quant à l’extension des logiques de contrôle numérique au sein de son institution. Ou sa pleine adhésion à ce projet.
    Notes

    [1] Voir cette note de synthèsenote de synthèse revenant sur les premières expérimentation faites par Pôle Emploi.

    [2] Voir cet article sur l’implication de Cap Gemini dans la réalisation de l’outil de scoring.

    [3] L’expression « score de suspicion » est extraite de l’analyse d’impact disponible ici, celle de « signaux faibles » d’une note de suivi des travaux OCAPI 2018 disponible ici, celle d’« indices » de l’ article présentant la collaboration de France Travail avec Cap Gemini. Quant au terme d’« escroquerie », il est issu d’un échange de mails avec un·e responsable de France Travail.

    [4] L’algorithme utilisé semble se baser sur des arbres de décisions, sélectionnés via XGBoost. Les principaux cas d’entraînement semblent être la détection de périodes d’activité dites « fictives » – soit des périodes de travail déclarées mais non travaillées – d’usurpation d’identité et de reprise d’emploi non déclarée. Voir ce document.

    [5] Nous accompagnons différentes personnes dans des demandes d’accès à leurs données personnelles. Pour l’instant, France Travail s’est systématiquement opposé à leur donner toute information, en violation du droit.

    [6] Voir notamment nos articles sur l’algorithme de la CAF, en tout point similaire à cette page.

    [7] Ce programme, financé à hauteur de 20 millions d’euros par le Fond de Transformation de l’Action Publique a été construit autour de 3 axes et s’est déroulé de 2018 à 2022. Voir notamment la note de 2020 envoyée à la DINUM par France Travail, disponible ici.

    [8] Rapport annuel 2018 de Pôle Emploi disponible ici.

    [9] Voir cette note envoyée par Pôle Emploi à la DINUM.

    [10] voir note 9

    [11] Voir ce support de webinaire.

    [12] En partie puisqu’au cœur des algorithmes du JRE, nulle trace de machine learning ou de traitements statistiques complexes. Chaque score résulte de l’application de règles simples, bien loin des ambitions initiales de recours à l’intelligence artificielle. Les dirigeant·es de France Travail semblent ici avoir éprouvé les limites d’un techno-solutionnisme béat. Voir ce document. À noter aussi que ce document évoque une « brique IA Mire » portant sur la détection de « situations de décrochage ». Il se pourrait donc que des algorithmes plus avancés soient en développement.

    [13] Le JRE est une refonte de l’interface numérique. Voir à ce sujet l’excellent article de Basta disponible ici. Si le JRE ne semble pas avoir été créé dans le cadre du programme Intelligence Emploi, il semble avoir été le cadre d’expérimentations de plusieurs des solutions produites. Voir ici.

    [14] Voir le document « Fiches pratiques à destination des conseillers » portant sur le JRE disponible ici.

    [15] Les documents les plus parlants sur la mécanisation de l’accompagnement via le JRE sont ce support et ce document à destination des conseiller·es. Voir aussi les documents que nous mettons en ligne sur l’utilisation d’IA pour générer des conseils automatisés, consultables par les personnes sans emploi et les conseiller·es.

    [16] Voir cette interview du directeur actuel de France Travail.

    [17] Pour un aperçu historique de la notion d’employabilité, voir le chapitre 5 de France Travail : Gérer le chômage de massse de J.-M Pillon.

    [18] Voir cette note envoyée par Pôle Emploi à la DINUM en 2020.

    [19] Voir cette autre note envoyée par Pôle Emploi à la DINUM en 2021.

    [20] voir note 18

    [21] Voir ce document sur l’utilisation de l’IA à Pôle Emploi.

    [22] Voir ce document de présentation de XP RSA.

    [23] Voir ce document de présentation du programme Data IA.

    [24] Pour Match FT, voir cet entretien, ce tweet et cet article de la Banque des Territoires. Voir aussi Chat FT, l’IA générative pour l’instant dédiée aux conseillers·es, dans ce document.

    [25] Voir ce tweet.

    [26] Voir ce tweet.

    [27] Sur la réforme à venir, voir notamment cet article du Monde. Sur le triplement des contrôles, voir cet articledu même journal.

    [28] Sur l’histoire du contrôle à France Travail, voir le livre Chômeurs, vos papiers de C. Vivès, L. Sigalo Santos, J.-M. Pillon, V. Dubois et H. Clouet, le rapport Le contrôle des chômeurs de J.-M. Méon, E. Pierru et V. Dubois disponible Sur le triplement des contrôles, voir ici et le livre France Travail : gérer le chômage de masse de Jean-Marie Pillon.

    [29] voir note 27

    [30] Voir, entre autres, cette vidéo du responsable du programme Data IA.

    [31] Voir le livre L’Etat social à distance de Clara Deville.

    [32] Voir le texte Déshumaniser le travail social de Keltoum Brahan et Muriel Bombardi, publié dans le numéro de février 2017 de CQFD.

    [33] La CGT a dénoncé une réforme qui n’« est pas favorable » aux personnes sans emploi. La CGT Pôle Emploi y voit une numérisation du service public qui « détruira les nécessaires relations humaines, et accentuera la fracture numérique et donc la précarité » et une réforme qui va « renforcer les devoirs au détriment des droits », ou encore « accroître les tensions entre les agents et les demandeurs d’emploi ». Solidaires a dénoncé le caractère « trompeur » de l’accompagnement. Côté personnes sans emploi, le constat est le même : cette transformation rend les personnes « Coupable[s] d’être au chômage » d’après le comité National CGT des Travailleurs Privés d’Emploi et Précaires. Enfin, les associations de solidarité et des syndicats ont ensemble dénoncé dans le Monde le « risque des contrôles abusifs de la situation globale des ménages ».

    ▻https://lagrappe.info/?A-France-Travail-l-essor-du-controle-algorithmique-1132
    #algorithme #chômage #profilage

  • Briser le silence sur la #santé des #femmes : le cas du #SOPK

    “#Réarmement_démographique”. Si notre président n’était pas si obsédé par ce champ lexical militaire, le terme pourrait presque faire sourire. Sous prétexte de lutter contre l’#infertilité – on s’interroge sur ses vraies velléités –, il est légitime de penser que ces gouvernements successifs portent surtout une volonté de contrôler la population, et en particulier le corps des femmes. Car les causes de l’infertilité sont multiples et complexes. Parmi elles, le syndrome des #ovaires_polykystiques. C’est la première cause d’infertilité en France. Vous n’en avez peut-être que peu, voire pas entendu parler. On fait le point sur ce que c’est, les conséquences de cette pathologie, pourquoi elle est toujours si invisibilisée, et des pistes pour sortir de ce silence général.

    Un syndrome largement méconnu qui concerne une personne menstruée sur sept

    Décrit pour la première fois en 1935, le #syndrome_des_ovaires_polykystiques – ou #syndrome_de_Stein-Leventhal – est une #pathologie_hormonale chronique et évolutive, dont la cause est inconnue, qui peut provoquer un #déséquilibre_hormonal : les femmes qui en sont atteintes ont un taux d’#androgène beaucoup trop élevé par rapports aux normes biologiques. Ce déséquilibre hormonal entraîne un excès de follicules autour de l’ovaire, lesquels impliquent des #cycles_menstruels longs – voire très longs, parfois plus de 100 jours – et anovulatoires.

    Le SOPK touche entre 8 et 13% des femmes “en âge de procréer” selon l’OMS, sans compter les femmes qui n’ont jamais été ou qui rencontrent des difficultés à être diagnostiquées. Ce dernier arrive souvent très tardivement, en moyenne au bout de 7 ans, et généralement pas avant le 5ème rendez-vous. En outre, jusqu’à 70% des femmes touchées par cette pathologie dans le monde ne sont encore pas diagnostiquées. Et encore faut-il supporter le long parcours du diagnostic et les rendez-vous médicaux marqués par l’expression de violences à destination des patientes, voire des #violences_gynécologiques et sexistes.

    Des symptômes corporellement visibles et très stigmatisants

    Les #symptômes du SOPK, s’ils diffèrent d’une personne à l’autre et peuvent changer au fil du temps, sont lourds et souvent visibles corporellement (à la différence de l’#endométriose, plus considérée comme un handicap invisible)… Les plus fréquents sont, pêle-mêle, cycles menstruels longs et irréguliers, #pilosité excessive, prise de #poids, #chute_de_cheveux, #acné, ou encore douleurs musculaires.

    Cette liste est non exhaustive et ne tient d’ailleurs pas compte des pathologies cardiovasculaires et rénales dont le SOPK et ses conséquences sont un facteur de risque conséquent : risque d’#AVC ou d’#infarctus accru, résistance à l’#insuline provoquant un #diabète de type 2, etc… Autant de conséquences qui peuvent indiquer que ce syndrome n’est absolument pas anodin et que le sujet est très important.

    La prise de poids, l’acné et l’#hirsutisme sont des symptômes peu connus du SOPK (qui est lui-même peu connu). Ils évoquent ce qui était autrefois considéré comme de la monstruosité. Toutes ces formes de #stigmatisation induisent des conséquences dans tous les domaines de la vie (#santé_mentale, travail, relations sociales). La #charge_mentale induite par le SOPK, comme le montre de nombreux témoignages, se manifeste à toute heure de la journée : gestion des #douleurs, prise de traitements plus ou moins invasifs visant à soulager les symptômes, charge financière induite par ce traitement, charge mentale et organisationnelle pour caler ses journées sur les manifestations de la maladie, etc, etc.

    L’un des symptômes du SOPK, des plus visibles et gênants, est l’hirsutisme. Longtemps associé à de la #monstruosité par les structures sociales, il se manifeste par une croissance excessive des poils sur le visage, le dos, la poitrine, et d’autres zones du corps. Selon les rares données disponibles, il touche environ la moitié des femmes vivant avec le SOPK.

    Si les femmes possédant une barbe, et souffrant d’hirsutisme, ne sont aujourd’hui plus exposées dans les foires en France – même si elles l’étaient encore durant la première moitié du XXe siècle (donc jusqu’en 1950) –, en pratique, l’hirsutisme induit une charge mentale immense, directement liée au #stigmate_social dont souffrent les femmes : moqueries, humiliations, violences physiques, etc, etc. Cette charge mentale est souvent doublée d’une charge économique induite par l’achat de rasoirs pour le visage, parfois par une épilation électrique ou au laser (très coûteuses), afin d’essayer de reprendre une apparence jugée par les structures normées et andro-centrées comme “normale” ou “féminine”.

    #Invisibilisation et négation de la parole des femmes

    Invariablement, lorsque l’on parle de #santé_des_femmes, leurs souffrances sont banalisées, minimisées, voire niées par une partie du corps médical, et plus largement par une partie de la société. L’endométriose et – plus encore – le SOPK sont perçues comme des maladies de seconde zone, car des “maladies de femmes”. Les longues #errances dans le #diagnostic de ces deux maladies résident dans les attitudes et croyances d’une partie du corps médical, qui néglige les témoignages des femmes concernant leur mal-être physique et psychique.

    Les résultats d’une étude portant sur l’impact des retards dans le diagnostic et le manque d’informations sur l’expérience des femmes atteintes se vérifient dans de nombreux témoignages livrés par des femmes vivant avec le SOPK et ayant connu une longue errance diagnostique :

    “Quand j’allais voir ma gynécologue, elle me disait juste “prenez la pilule”. Le SOPK a totalement pourri mes années de fac. […] La pilule ne faisait qu’amoindrir les symptômes et entretenir des cycles artificiels”

    “Mes règles étaient très douloureuses. Cela n’inquiétait pas les médecins autour de moi qui me répondaient que c’était parfaitement normal. […] je rencontre ma première gynécologue, celle-ci n’était pas très empathique et pas réellement douce. Elle m’informe à la fin de la consultation que j’ai des ovaires polykystiques. Je précise qu’elle me dit que ce n’est pas grave et que cela n’aura aucun impact dans ma vie. Elle me conseille seulement de revenir le jour où je désirerais avoir des enfants”

    “J’ai été diagnostiquée en 2019 après six ans d’errance médicale. Au début, on m’avait juste dit : ce n’est rien, prenez la pilule”

    Ces #témoignages font écho à d’autres que j’ai pu recueillir dans le cadre d’un mémoire de recherche sur l’endométriose chez les étudiantes. Étant classée comme une pathologie féminine et de nature gynécologique, elle est fréquemment considérée comme “sale”, car liée aux #menstruations. Les #douleurs_menstruelles sont normalisées  ; si les femmes présentent des douleurs, elles doivent l’accepter et souffrir en silence. Si elles expriment leur douleur, on dit généralement d’elles qu’elles exagèrent, qu’elles sont douillettes, voire que cette douleur est dans leur tête. Beaucoup de ces stigmates proviennent d’une partie du corps médical qui, traduisant sa #méconnaissance du sujet, se permet de psychologiser de façon outrancière, ou carrément de nier, les souffrances vécues par les patientes : “vous faites ça pour attirer l’attention de vos proches”, “cette maladie n’existe pas”, “je plains votre copain, ça doit pas être facile tous les jours pour lui”.

    Dans le cas de l’endométriose, qui est considérée comme un #handicap_invisible, les symptômes sont peu perçus. Les règles sont considérées par les #normes_sociales comme un phénomène impur, dont les femmes doivent avoir #honte, et qu’il faut de facto, et à tout prix, dissimuler. Pour le SOPK, dont les symptômes sont très visibles corporellement, on considère que ceux-ci sont dus à une négligence physique, à de la paresse ou à de la sédentarité.

    La méconnaissance du SOPK s’explique aussi par le caractère très genré de la production de savoir scientifique et médical. La plupart des articles scientifiques sont écrits (en considérant les deux places les plus “importantes” dans un article, à savoir premier et dernier auteur) par des hommes. Lorsque ce sont des femmes, elles sont parfois, si ce n’est souvent, suspectées de partialité, voire de militantisme, car elles seraient “trop concernées” par le sujet, ce qui biaiserait ainsi fatalement leur travail. Quand elles ne sont pas tout simplement réduites au silence.

    En pratique, lorsque l’on compare la production scientifique1 avec une autre #pathologie_chronique à prévalence similaire, voire quasi-égale : le diabète, types 1 et 2 confondus, on remarque qu’il existe environ 22 fois plus d’articles traitant du diabète que du SOPK. Et si l’on compare production scientifique sur le diabète et sur l’endométriose, qui ont aussi une prévalence semblable, le ratio est de 1 article pour 11. Devinez dans quel sens.

    Aucun traitement malgré de multiples impacts sur la santé mentale et physique

    La majorité des témoignages recueillis sur les sites, blogs et forums en ligne concernent la grossesse et la question de l’infertilité, laquelle est la conséquence la plus largement traitée (par stimulation ovarienne, FIV ou PMA) du SOPK. Lorsque qu’une femme consulte pour une suspicion de SOPK, le corps médical lui parle quasi invariablement de grossesse, laissant de côté les autres conséquences, pourtant très nombreuses.

    Celles-ci sont totalement invisibilisées. Comme pour l’endométriose, une partie du corps médical s’accorde à dire que les symptômes peuvent être soulagés par des changements dans le #mode_de_vie des femmes qui en sont atteintes. Ce postulat repose sur les recommandations actuelles pour le grand public – augmentation de l’activité physique, alimentation équilibrée, etc –, les données relatives aux modes de vie chez les femmes atteintes du SOPK étant très limitées. Sur le site ameli.fr, les recommandations sont ainsi, mais précisent bien que “les femmes ayant un SOPK et n’étant pas en situation de #surpoids peuvent adapter leur mode de vie mais le fait de maigrir n’améliorera pas leurs symptômes”.

    Le gouvernement semble se satisfaire de cet état de fait. En outre, il renforce la croyance que les femmes sont individuellement responsables de leur bien-être lié au SOPK. Et que, si leur état de santé ne s’améliore pas, c’est qu’elles l’ont, au fond, un peu cherché.

    Autre #double_standard : si les traitements pour l’infertilité et l’assistance à la procréation sont remboursés, les autres soins liés au SOPK (suivi psychologique, pilule, traitements contre l’acné, etc) ne le sont majoritairement pas. Ce qui en dit long sur l’importance accordée au bien-être psychologique et mental des femmes.

    Et lorsque de rares traitements font leur apparition sur le marché, ils provoquent quasi invariablement de lourds #effets_secondaires. Exemple : le traitement le plus courant, et le plus prescrit dans le cadre du SOPK, est la #pilule_contraceptive. L’enjeu, qui est de mettre les #ovaires “au repos”, est en réalité un cache-misère qui, si elle peut offrir la sécurité d’un cycle “normal”, contient d’énormes inconvénients en matière sanitaire : une récente étude suédoise a démontré en 2023 que les femmes adultes sous pilule avaient un risque accru de 92% de #dépression (en plus des conséquences directes du SOPK sur la santé mentale).

    Second exemple : pour apaiser l’#hyperandrogénie (qui peut provoquer acné sévère, hirsutisme ou chute de cheveux), qui touche environ 70% des femmes atteintes du SOPK, outre les recommandations sur l’hygiène de vie, les médecins prescrivent souvent une pilule nommée #Androcur (commercialisée depuis les années 80). Cette pilule, provenant du laboratoire Bayer, a été largement prescrite à de très nombreuses femmes, sans que celles-ci aient au préalable été averties des effets indésirables, comme un risque de méningiome au cerveau. Et alors que les effets indésirables graves étaient connus depuis les années 2010. En 2025, la pilule est toujours sur le marché.

    Malgré l’avancée, croissante mais très tardive, de la recherche sur le SOPK, il n’existe toujours aucun traitement curatif pour guérir de la #maladie. Les seules solutions thérapeutiques visent à soulager les symptômes. Comme le montre cette large étude, le diagnostic du SOPK est extrêmement long et les informations livrées par le corps médical sont souvent inadaptées, lorsqu’elles ne sont pas manquantes. La plupart du temps, on prescrit aux femmes concernées une pilule contraceptive, généralement en continu, afin de bloquer l’arrivée des règles, ce qui est supposé calmer les douleurs.

    La chercheuse britannique en physiologie Sophie Williams, spécialiste du SOPK, rappelle à juste titre que « le syndrome des ovaires polykystiques est un sujet sur lequel il y a très, très peu de recherche, et au sein de ce sujet, la santé mentale est encore moins étudiée ».

    Malgré la carence évidente dans le monde de la recherche, les impacts du SOPK sur la santé mentale commencent à être étudiés dans le détail. Les personnes ayant été diagnostiquées avec un SOPK sont environ trois fois plus susceptibles de souffrir d’#anxiété et de dépression que les personnes non diagnostiquées. Le SOPK peut également être associé à un risque accru de troubles obsessionnels compulsifs, de troubles alimentaires, et de troubles bipolaires.

    Le SOPK peut aussi être à l’origine d’une augmentation des #tentatives_de_suicide chez les femmes diagnostiquées, comme le montre cette étude taïwanaise, publiée en février 2024. Cette étude, fondée sur l’analyse des bases de données nationales entre 1997 et 2012, a comparé les trajectoires de vie de plus de 18.000 femmes diagnostiquées avec un SOPK, avec celles de femmes qui n’étaient pas touchées par le syndrome, mais qui avaient des modes de vie similaires. Les résultats nous apprennent qu’en cas de SOPK diagnostiqué, le risque de tentative de suicide est 5,38 fois élevé chez les adolescentes, et monte à 9,15 fois pour les adultes de moins de 40 ans. Les auteurs de l’étude suggèrent, pour expliquer l’évolution du risque de tentative de suicide, que les conséquences du SOPK peuvent être un facteur aggravant pour la santé mentale des adolescentes et des jeunes adultes.

    En termes de santé physique, le SOPK est aussi à l’origine de nombreuses conséquences au travail : les douleurs épuisent plus rapidement et compromettent la réalisation de tâches physiques. Les femmes qui en souffrent sont plus exposées aux violences verbales, attaquant la sacro-sainte productivité au travail, qui est de facto altérée par les conséquences de la pathologie. Et même ici, au travail, tout le monde n’est pas mis sur un pied d’égalité par rapport au SOPK. Les gestions de la douleur ne sont pas les mêmes selon que le travail est principalement d’ordre physique, utilisant le corps comme outil de travail principal, ou d’ordre plus intellectuel (professions de cadres, entre autres). Le stress et la peur du licenciement sont plus forts pour les femmes travaillant dans des métiers pénibles et peu qualifiés. Par rapport à des cadres (sans minimiser les symptômes dont celles-ci souffrent également, la maladie ne faisant pas le tri entre classes aisées et classes populaires), elles ne peuvent pas se permettre de prendre des pauses – plus ou moins régulières – afin de mieux pouvoir gérer les douleurs (physiques et psychiques) générées par les symptômes de la pathologie.

    Politique nataliste et défense de la corporation médicale plutôt que promotion de la recherche

    Grosso modo, pour Macron et compagnie, la santé et l’accès aux soins ne sont pas – mais vraiment pas – une priorité. La santé des femmes l’est encore moins. Et les pathologies chroniques et incapacitantes touchant entre 1 femme sur 10 et 1 femme sur 7 le sont encore moins.

    La prise en charge médicale globale se détériore sous l’effet des politiques macronistes, ainsi que des rejets de contre-propositions concrètes visant à mieux répartir la densité de médecins sur le territoire français ainsi qu’à en former davantage. À chaque fois qu’un amendement vient un tant soit peu menacer la liberté d’installation des médecins – seule profession exerçant une mission de service public qui bénéficie de ce privilège – en France, la macronie et l’extrême droite se planquent derrière les arguments et revendications des syndicats de médecins les plus corporatistes, au détriment des habitant•es qui subissent la perpétuelle extension des déserts médicaux.

    Comme nous l’avions résumé : “d’une façon générale le système de santé français se délabre, en raison de quinze années successives de plans d’austérité, d’une absence d’organisation de la profession médicale qui favorise les déserts médicaux et de conditions de travail de plus en plus difficiles pour les soignants”.

    Du côté de l’Assemblée Nationale, ce n’est guère plus réjouissant. En mars 2024, la droite (minorité présidentielle + LR) a rejeté l’article 1er de la proposition de loi visant à instaurer un congé menstruel en cas de menstruations incapacitantes. Quelles ont été les propositions émanant du gouvernement et de son aile droite (comprendre, le RN) depuis ? Aucune.

    Malgré les propos de Macron, qui traduisent plus une volonté de contrôle des naissances qu’autre chose, il n’y a aucune véritable politique de lutte contre l’infertilité, à savoir aider les femmes qui veulent avoir des enfants à en avoir. La seule grosse mesure en ce sens a été l’extension de la PMA. Sauf que, pratiquée sur une femme souffrant d’un SOPK, elle a de bonnes chances de ne pas aboutir. Il n’y a tout simplement aucune volonté, au sommet de l’État, de s’intéresser aux causes de l’infertilité pour sérieusement prendre en charge des patientes et les aider à réaliser leur désir de maternité – tout en foutant la paix aux personnes ne voulant pas avoir d’enfant.

    Toujours au niveau institutionnel, un rapport sur les causes d’infertilité est sorti il y a deux ans, en 2022. Bien que celles-ci soient très lacunaires, il était déjà possible à ce moment-là de trouver des informations sur les conséquences du SOPK dans la littérature scientifique et médicale. Alors qu’il est, rappelons-le, la première cause d’infertilité chez les femmes, les occurrences “syndrome des ovaires polykystiques” ou “SOPK” ne sont présentes que 20 fois sur 137 pages, et aucune proposition ni solution concrète n’est avancée pour promouvoir la recherche sur ce syndrome, ni pour des programmes de prévention, d’éducation ou de communication.
    Comment agir à notre échelle ?

    Macron et ses gouvernements éphémères traduisent une vision archaïque, préhistorique, des femmes qui ne sont pas considérées comme des êtres humains qui veulent juste vivre pleinement, et s’abstraire de leur aspect physique ou esthétique. Ce que Macron démontre avec ses déclarations, c’est que les femmes sont vues à travers ses yeux comme un objet de procréation. En cela, il est parfaitement aligné sur le calendrier idéologique de l’extrême droite, dont les propositions politiques sur les thématiques de l’enfance et de la famille se résument à : faites le plus d’enfants possibles, sauf si vous êtes noir ou arabe.

    D’ailleurs, tout au long du second quinquennat Macron, la boucle – travail, patrie, et famille –, aura été bouclée  ; on aura eu droit à l’allongement de l’âge de départ à la retraite, à la loi immigration directement inspirée du programme présidentiel du RN, et au réarmement démographique. Mais si la période est rude et peut entraîner au pessimisme, nous ne devons pas nous laisser aller au fatalisme total.

    Le SOPK est un enjeu absolument majeur de santé publique. Comme nous l’avons rappelé tout au long de cet article, il présente des risques quotidiens sur la santé physique et mentale des femmes concernées.

    Sans qu’il faille totalement cesser de parler de l’infertilité, il s’agit en même temps de déconstruire l’association systématique “SOPK-infertilité”, qui ne tient pas compte des autres symptômes, et les met de fait sur le compte de la responsabilité individuelle, et d’offrir une prise en charge globale. La prise de poids, l’hirsutisme et les conséquences sur la santé mentale sont encore largement sous-estimées à l’heure actuelle. Si des propositions d’accompagnement psychologique pour les femmes qui souffrent du SOPK existent, elles ne sont pas systématiquement proposées et surtout, elles coûtent très cher.

    Qu’il y ait une véritable éducation au cycle menstruel pour les enfants et adolescent•es. Quoiqu’en dise l’ex-ministre Alexandre Portier, qui se sert de sa méconnaissance des études sur le genre pour faire avancer son agenda ultra-conservateur, une meilleure connaissance des règles et de leurs implications est nécessaire pour sensibiliser et déconstruire les tabous qui les entourent.

    Qu’advienne une meilleure reconnaissance du statut de patient•e-expert•e : si le paternalisme médical a reculé, en comparaison aux décennies précédentes, il reste encore présent au sein de la société française. Les femmes atteintes d’endométriose et/ou du SOPK sont souvent contraintes de devenir des “patientes-expertes”. Si ce statut présente des avantages : meilleure connaissance de la pathologie, implication auprès d’autres personnes, développement de réseaux associatifs ou de connaissances, il n’est pas officiellement reconnu. Les patientes-expertes ne sont pas, au niveau institutionnel, reconnu comme des expertes “légitimes” et ne bénéficient ainsi pas du statut du médecin ou du gynécologue, malgré un niveau de connaissance parfois supérieur à ceux-ci. Ainsi, si elles peuvent élaborer et animer des programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP), participer à des conférences ou des colloques, elles ne peuvent se substituer aux décisions thérapeutiques prises par le/la professionnel•le de santé, malgré les risques encourues par celles-ci (prescription de pilules présentant de nombreux effets secondaires, entre autres).

    Que trois mots qui, sans l’action des associations, des femmes concernées et des chercheur•euses qui travaillent sur le sujet, ne sont jamais appliqués au pied de la lettre, le soient : écouter, communiquer, sensibiliser. Après des décennies – et même des siècles –, une une meilleure communication sur une pathologie comme l’endométriose4 a permis de faire connaître cette maladie, de sensibiliser les citoyen•nes, les institutions politiques.

    Que le SOPK soit inscrit dans le programme des études de deuxième cycle de médecine (l’endométriose y a seulement été inscrite en 2020). Et que nous puissions, au sein des universités, encourager et accompagner la mobilisation des étudiant•es, afin de pousser les directions à agir et à instaurer des dispositifs d’écoute, de partage d’expérience et d’entraide au sein des universités et des environnements professionnels. Il serait souhaitable que celles et ceux dont la voix s’élève principalement pour critiquer les rares initiatives parlementaires (je ne vise pas, rassurez-vous, l’ensemble des étudiant•es en médecine) visant à encadrer la liberté d’installation, s’engagent également pour la reconnaissance du SOPK et la création d’espaces dédiés à l’écoute et à la solidarité.

    Que chaque lecteur de cet article, qu’il soit familier ou non avec ce syndrome, devienne une oreille attentive et bienveillante pour celles qui pourraient en souffrir. Les chiffres – sous-estimés, rappelons-le –, suggèrent qu’il est fort probable que chacun ait dans son entourage plusieurs personnes concernées.

    Que nous déconstruisions les stigmates jetés sur les femmes souffrant du SOPK. À l’heure actuelle, une situation de surpoids est tout de suite associée à de la fainéantise, et amène à la grossophobie. Une chute ou perte de cheveux est immédiatement perçue comme la conséquence d’une chimiothérapie. L’acné est très vite liée à de la saleté, voire à une négligence. Et ne parlons pas de la présence d’une barbe chez une femme est considérée au mieux comme un homme, au pire comme une monstruosité, dont la place naturelle serait dans un cirque.

    Que le message essentiel à transmettre aux parents, ami·es et proches, qui accompagnent, ou s’apprêtent d’accompagner une fille, une nièce, une sœur ou une cousine, dans la découverte de ses premières menstruations, soit le suivant : un cycle menstruel de plusieurs mois ne doit jamais être banalisé. Une prise de poids significative ne se résume pas toujours à un manque d’activité physique ou à un mode de vie sédentaire. Une chute de cheveux n’est pas systématiquement le signe d’un traitement comme la chimiothérapie. L’acné ne constitue pas forcément une étape inévitable de l’adolescence. Tous ces signaux peuvent être des symptômes du SOPK, et ne doivent jamais être banalisés.

    Que de tout cet article, il faille retenir ceci : le SOPK doit devenir un sujet politique de premier plan, et un vécu partagé et entendu par toutes et tous, dans chacun des cercles de sociabilité (famille, amis, collègues).

    ►https://www.frustrationmagazine.fr/sopk

    #genre #psychologisation

  • Interview d’un sociologue [Vincent Dubois] sur la lutte contre la fraude sociale
    ▻https://www.vivamagazine.fr/la-lutte-contre-la-fraude-aux-prestations-sociales-nest-pas-motivee-par

    La #fraude_identifiée correspond aux montants effectivement connus et aux dossiers qui font l’objet de procédures. La #fraude_évaluée, elle, est une estimation de la fraude réelle, fondée sur des méthodes statistiques plus ou moins précises. D’un point de vue général, il reste toujours plus de #fraude évaluée que de fraude identifiée.

    Cela justifie donc toujours plus de #contrôles pour réduire et résorber absolument l’ensemble de la fraude, comme si on pouvait imaginer un système dans lequel il y ait un niveau zéro de fraude, ce qui est évidemment impossible. Cela repose sur une logique d’un inatteignable objectif « zéro fraude ». Ce qui entretient sans cesse cette machine à toujours plus de contrôles enclenchée maintenant depuis plusieurs décennies. Par ailleurs, le différentiel entre fraude identifiée et fraude estimée est plus important en matière de fraudes fiscales et de fraudes aux cotisations sociales qu’en matière de fraudes aux prestations sociales.

    Que vient illustrer cette différence ?

    V.D. : Cela signifie que les systèmes de contrôle sont plus efficaces pour ces dernières, parce qu’ils ont été beaucoup plus développés. Pour le dire autrement, il y a manifestement une forme de tolérance, au moins relative, à la fraude fiscale, à ce que l’on appelle l’optimisation fiscale voire au défaut de cotisations. Alors qu’il y a une « tolérance zéro » à l’égard de la fraude aux prestations sociales. Cette différence de traitement est avant tout un choix social et politique.

    [...]

    En observant notamment les effectifs de contrôleurs chargés de l’attribution des allocations familiales et de logement, ainsi que des différents minimas sociaux, dont le revenu de solidarité actif (RSA). Leur nombre a en effet augmenté au cours des dernières décennies. Alors que les effectifs généraux de ces caisses de Sécurité sociale ont, eux, diminué. Ce qui montre une vraie volonté de renforcer le nombre de #contrôleurs. Alors que dans le même temps, le nombre de personnes affectées au contrôle fiscal a lui diminué. Une deuxième illustration de cette différence dans les choix des cibles sur lesquelles faire porter la priorité est le déploiement d’un arsenal de technologies statistiques et informatiques beaucoup plus fortes et précoces en matière de prestations sociales. Ce qui est en effet appelé le « #datamining ».

    #allocataires #stigmatisation #fraude_sociale #fraude_fiscale

  • Renforcer la santé mentale et le soutien psychosocial des | IOM Regional Office for West and Central Africa
    ▻https://rodakar.iom.int/fr/news/renforcer-la-sante-mentale-et-le-soutien-psychosocial-des-migrants

    Renforcer la santé mentale et le soutien psychosocial des migrants : une priorité pour une réintégration durable
    Dakar - Du 3 au 5 décembre, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans le cadre du Programme de protection, de retour et de réintégration des migrants en Afrique subsaharienne (MPRR-SSA), a organisé un atelier régional pour aborder les questions de santé mentale et de soutien psychosocial (SMSPS) fournis aux migrants.
    L’atelier a réuni des professionnels de la santé mentale et des experts en migration pour discuter des meilleures pratiques et identifier les principales lacunes dans la fourniture de services de soutien au bien-être psychosocial des migrants en Afrique subsaharienne. Cette initiative vise à améliorer les systèmes SMSPS en équipant les acteurs de première ligne des outils et des stratégies nécessaires pour soutenir la résilience psychologique des migrants de retour pendant leur processus de réintégration, tout en renforçant les capacités des acteurs étatiques à consolider les systèmes nationaux et la coordination en matière de SMSPS.
    Alors que les flux migratoires augmentent dans la région, le besoin de systèmes SMSPS solides est crucial. Les défis liés à la santé mentale auxquels sont confrontés les migrants, résultant des processus de retour volontaire et de réintégration, sont des obstacles significatifs à la réalisation d’une réintégration durable. Aborder ces défis est essentiel pour reconstruire des vies et favoriser la stabilité à long terme des communautés.
    Mme Shauna Cameron, Coordinatrice régionale du programme MPRR-SSA, a souligné dans son allocution d’ouverture que « le bien-être des migrants n’est pas une préoccupation secondaire - il est essentiel à leur réintégration et au succès plus large de la gouvernance des migrations. En accordant une priorité à la santé mentale, nous permettons aux migrants de retour de s’épanouir et de contribuer de manière significative à leurs communautés ».
    Parmi les participants figuraient des représentants des systèmes de santé nationaux et locaux qui ont discuté de sujets tels que les interventions communautaires, le renforcement des capacités pour les travailleurs de première ligne et l’intégration de la SMSPS dans les politiques nationales. Son Excellence Amadou François Gaye, Ambassadeur et Chef de la Direction générale d’Appui des Sénégalais de l’Extérieur (DGASE), s’est réjoui de l’initiative, déclarant que « cet atelier souligne l’importance des partenariats pour répondre aux besoins liés la santé mentale et au soutien psychosocial des migrants. Le Sénégal reste engagé à créer un environnement qui assure la dignité et la stabilité émotionnelle des migrants ».
    La Docteure Laure Justine Menguene, Psychiatre du Cameroun, a noté que « pour vaincre la stigmatisation liée à la santé mentale, il faut collaborer et tenir compte des sensibilités culturelles. Cet atelier nous a fourni une plateforme pour développer des approches inclusives qui répondent aux besoins uniques de nos communautés ». L’atelier a adopté une approche participative et interactive, incluant l’apprentissage entre pairs, le partage d’expériences et la formulation de recommandations concrètes pour renforcer les services SMSPS. Cette initiative reflète la collaboration continue entre l’OIM, les gouvernements nationaux et les parties prenantes afin d’améliorer les services de santé mentale des migrants. Dans le cadre du programme MPRR-SSA financé par l’Union européenne et mis en œuvre par l’OIM, il met en lumière l’engagement en faveur d’une réintégration durable conformément à l’objectif 21 du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#psychiatrie#santementale#OIM#sante#SMPS#culture#stigmatisation

  • #Steve_Silberman : The forgotten history of autism

    Decades ago, few pediatricians had heard of autism. In 1975, 1 in 5,000 kids was estimated to have it. Today, 1 in 68 is on the autism spectrum. What caused this steep rise? Steve Silberman points to “a perfect storm of autism awareness” — a pair of doctors with an accepting view, an unexpected pop culture moment and a new clinical test. But to really understand, we have to go back further to an Austrian doctor by the name of Hans Asperger, who published a pioneering paper in 1944. Because it was buried in time, autism has been shrouded in misunderstanding ever since. (This talk was part of a TED2015 session curated by Pop-Up Magazine: popupmagazine.com or @popupmag on Twitter.)

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=_MBiP3G2Pzc


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    via @freakonometrics