• Space & Sexuality

    Welcome to Space & Sexuality, a new podcast series that brings together leading and emerging scholars in the field of #queer_geographies to explore cutting-edge research at the intersections of spatiality, sexuality, and subjectivity. Grounded in the fields of geographies of sex and sexualities and trans geographies, in each episode Dr Joe Jukes pursues critical inquiry, reflection, and intellectual exchange with scholars from around the world.

    https://www.spreaker.com/podcast/space-sexuality--7098726
    #podcast #audio
    #espace #géographie #sexualité #géographie_queer #queer #spatialité #subjectivité

  • Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde

    Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

    Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

    Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
    La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
    Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
    Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

    Pour la « #justice_spatiale »

    Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
    De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

    Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

    Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

    Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
    Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

    L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

    Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

    Mythe de la #terre_vierge

    Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
    L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

    Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

    A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

    Les algorithmes et leur vision du monde

    Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

    Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

    Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

    Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

    Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
    De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

    « #Cartes_mentales » des émotions

    Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

    Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

    « Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

    C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

    Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

    Planisphères et contre-cartes

    Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

    De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

    Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-mond
    #cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité
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  • Addio Paolo Virno
    https://ilmanifesto.it/addio-paolo-virno-militante-rivoluzionario-senza-pentimenti


    Paolo Virno diffusant le quotidien d’agitation Potere operaio. Fuori dalle linee à l’entrée de l’usine FIAT-Mirafiori en 1974 – Archives il manifesto

    Filosofo comunista e pokerista, uomo colto anti intellettuale, militante rivoluzionario senza pentimenti, Paolo Virno ha avuto il suo esodo da una vita vissuta fino all’ultimo respiro e all’ultimo malinconico sorriso.

    #Paolo_Virno

    • E ci mancheranno «le parole per dirlo». Paolo, ciao, Francesco Raparelli
      https://www.dinamopress.it/news/e-ci-mancheranno-le-parole-per-dirlo-paolo-ciao

      8 Novembre 2025

      In memoria del compagno e grande filosofo Paolo Virno, scomparso il 7 novembre, per molti di noi Maestro di pensiero e di vita. Lo ricorderemo a Esc, via dei Volsci 159, lunedì 10, alle ore 11

      Succede, nella vita, che si impara a parlare una seconda, una terza volta, e ancora. A me, così è accaduto con Paolo Virno. Paolo Virno era un filosofo, quindi un artista delle parole. Uno che afferrava cristalli di pensiero, un’idea di mondo, nelle regole grammaticali. Uno che non aveva mai perso di vista ciò che conta, ovvero che pensiero e prassi sono tutt’uno con le preposizioni: “con”, “tra”, “fra”. Si agisce e si pensa con le altre e gli altri, tra le altre e gli altri, fra una cosa e l’altra. Nel mezzo – senza principio né fine.

      Aula 6 di Lettere, Sapienza, primavera del 1998. Per ricordare l’anno 1968, presentavamo il libro di Bifo dedicato a Potere Operaio. Comparve Paolo. Il corpo, senz’altro – così alto. Ma il corpo con la parola, con una parola che sapeva farsi corpo con i gesti delle mani, con la voce e il suo volume cangiante, imprevedibile. Filosofo del linguaggio, del linguaggio di Paolo mancava qualcosa senza vedere le mani, e la braccia, con quei movimenti ampi, quasi preparassero la scena dell’enunciato. «L’inserzione del linguaggio nel mondo», avrebbe detto lui.

      Certo Paolo era stato un militante sovversivo, un «marxista non pentito», un «comunista non di sinistra». E l’aveva pagata cara, la sua militanza, negli anni della controrivoluzione e della carcerazione preventiva senza sosta. Le parole di Paolo erano parole, ma c’era dietro pure la vita di una generazione che aveva tentato la rivoluzione. «Sconfitta», diceva. Vero, ma a che prezzo? La controrivoluzione italiana, per vincere, ha dovuto imporre, manovra finanziaria dopo manovra finanziaria, il declino del Paese.
      Se oggi l’Italia è fanalino di coda in Europa per quel che riguarda i salari, se l’economia sopravvive con il terziario low cost e l’edilizia che manda gli ultrasessantenni a crepare sui ponteggi, se duemila giovani formati al mese se ne vanno, è perché c’è voluta dedizione efferata per sconfiggere la rivoluzione.

      Con Paolo inventammo, a Esc, la Libera Università Metropolitana. Con Paolo, con Toni, con Franco, con Benedetto. E tante e tanti. Il primo seminario fu subito dopo l’occupazione di via dei Reti 15, primavera del 2005. Lo spazio era ancora disagevole, usavamo una stanzetta spoglia. Discutemmo di azione innovativa, secondo Paolo. Non riguarda il genio, l’eroe, il visionario l’azione innovativa, no. Ha a che fare con quel vivente che, per vivere, deve di volta in volta mettere in forma la propria vita, creare, in cooperazione con altre e altri, le condizioni della propria esistenza. Necessaria, l’azione innovativa, ogni qual volta si tratta di applicare la regola condivisa a un caso singolo; applicandola, tutto sommato, la regola la facciamo anche di nuovo. Differenza nella ripetizione. O anche: variazione storica della natura eterna che, per Paolo, sono le nostre facoltà specie-specifiche.

      L’accademia italiana, ovvero del Paese fallito per la controrivoluzione, ha accolto Paolo tardivamente. Non poteva che andare così. Con le sue opere tradotte in tutto il mondo, la pensione lo ha raggiunto presto – troppo. Ma gli studenti lo hanno amato, in Calabria e poi a Roma Tre. Piccoli e grandi, tutti imparavano a parlare di nuovo, con lui. Ogni corso, ogni lezione, imponeva di pensare in grande, di pensare sul serio. Nonostante l’ANVUR e la VQR, o altri acronimi che hanno per obiettivo l’umiliazione della vita associata.

      Paolo era alla ricerca del sindacato rivoluzionario del lavoro precario, sottopagato, migrante. Se – folli – abbiamo fondato le Camere del Lavoro Autonomo e Precario, lo dobbiamo anche a quel documento, con diversi discusso, ma da lui scritto più di vent’anni fa («Che te lo dico a fare?»). Non ha mai smesso di essere operaista, a costo di portare il broncio alle movimentazioni recenti. Non che non riconoscesse il ruolo della finanza, l’importanza della rendita immobiliare, la guerra e le sue politiche di bilancio: cercava l’estorsione di plusvalore, Paolo, sempre. A pensarci bene, era un modo per continuare a pensare il due, il «doppio potere», la «città divisa». Filosoficamente: il possibile del reale.

      Ora, senza Paolo, vicini a Raissa, si tratterà di cercare ancora «le parole per dirlo» – proprio quelle, non altre. E sarà impervio, ma occorre provarci.

    • Faire de la philosophie avec Paolo Virno - Entretien avec Michel Valensi, 2014
      https://www.lyber-eclat.net/lyber/virno5/virno-valensi.html

      Michel Valensi : Depuis ton premier livre, Convention et matérialisme (non traduit en français) qui date de 1986, et même depuis tes premiers écrits plus politiques des années 1970, jusqu’à ce dernier livre qui paraît aujourd’hui en français sous le titre Et ainsi de suite. La régression à l’infini et comment l’interrompre, consacré à la philosophie du langage, un long chemin a été parcouru. Pourrais-tu en rappeler les étapes principales ? (Ce qui revient à raconter ta vie d’une manière ou d’une autre…).

      Paolo Virno : J’ai commencé à m’occuper de philosophie de manière systématique à la suite d’une défaite politique. Je parle de la défaite des mouvements révolutionnaires qui ont occupé la sphère publique en Occident entre la mort de John Kennedy et celle de John Lennon, donc du début des années 1960 à la fin des années 1970. Ces mouvements, qui ont, d’emblée, éprouvé une véritable aversion pour le socialisme réel tel qu’il pouvait s’incarner dans l’Union soviétique, avaient utilisé Marx en dehors et contre la tradition marxiste, en la mettant en contact direct avec les luttes en usine et la vie quotidienne des sociétés développées. Un Marx lu en même temps que Nietzsche et Heidegger, et mis à l’épreuve de Weber et de Keynes.

      #politique #philosophie

    • Quelques notes à propos du general intellect, Paolo Virno, Futur Antérieur, 1992
      http://pinguet.free.fr/virno1992.pdf

      Pour en réactiver la puissance politique, il importe de mettre en oeuvre une critique de fond du « Fragment ». Ce sera celle-ci : Marx a identifié totalement le general intellect (ou encore le savoir en tant que principale force productive) au capital fixe, négligeant ainsi le côté sous lequel le même general intellect se présente au contraire comme travail vivant. Ce qui est précisément aujourd’hui l’aspect décisif.

      La connexion entre savoir et production, en effet, ne s’épuise pas dans le système des machines, mais s’articule nécessairement à travers des sujets concrets. Aujourd’hui, il n’est pas difficile d’élargir la notion de general intellect bien au-delà de la connaissance qui se matérialise dans le capital fixe, en y incluant aussi les formes de savoir qui structurent les communications sociales et innervent l’activité du travail intellectuel de masse. Le general intellect comprend les langages artificiels, les théories de l’information et des systèmes, toute la gamme des qualifications en manière de communication, les savoirs locaux, les « jeux linguistiques » informels et même certaines préoccupations éthiques. Dans les processus de travail contemporains, il y a des constellations entières de concepts qui fonctionnent par elles-mêmes en tant que « machines » productives, sans avoir besoin ni d’un corps mécanique, ni même d’une petite âme électronique.

      Nous appelons intellectualité de masse le travail vivant en tant qu’articulation déterminante du « general intellect ». L’intellectualité de masse – en son ensemble, en tant que corps social – est dépositaire des savoirs non divisibles des sujets vivants, de leur coopération linguistique. Ces savoirs ne constituent en aucune manière un résidu, mais une réalité produite justement par l’affirmation inconditionnée du « general intellect » abstrait. C’est précisément cette affirmation inconditionnée qui implique qu’une part importante des connaissances ne peut se déposer dans les machines, mais doit se manifester dans l’interaction directe de la force de travail. On se trouve face à une expropriation radicale, qui ne peut pourtant jamais se résoudre en une séparation complète et définitive.

      #general_intellect #travail_vivant #Intellectualité_de_masse

    • Paolo Virno, la métropole et l’organisation du conflit de classe (2005, pour la IVeme Internationale ah ah ah)
      https://www.revolutionpermanente.fr/Paolo-Virno-la-metropole-et-l-organisation-du-conflit-de-classe

      Sans la mobilisation du travail précaire, je crois que la situation de la lutte de classes italienne ne bougera pas.

      Le problème fondamental, c’est les formes d’organisation de ceux qui, par définition, sont ceux qui aujourd’hui ne semblent pas pouvoir être organisés, c’est-à-dire les travailleurs précaires. Pour organiser le travail précaire, il faut mobiliser la culture, les formes de vie, les goûts esthétiques, les inclinations éthiques, c’est-à-dire le monde de la vie comme le disent certains philosophes. Voilà le pari. Le travail précaire est semblable à une dimension complexive de l’existence.

      Alors je crois que le jeune ouvrier, et la jeune ouvrière surtout, de [Fiat] Melfi, montrent par leur condition et à travers leurs formes de lutte qu’ils viennent d’expérimenter une condition plus générale, commune aux travailleurs précaires. Ils sont la pointe d’un iceberg, même s’ils disposent d’un boulot relativement stable. Je crois que cette émergence, les autoferrotranvieri, les luttes de Melfi, sont comme une prémisse ou un symptôme de la mobilisation du travail social précaire. Et j’ajoute, précaire et également intellectuel. Par intellectuel je n’entends pas les gens qui ont fréquenté l’université, j’entends aussi ceux qui réalisent les tâches les plus humbles et mobilisent les capacités cognitives et linguistiques de notre espèce. Je n’entends pas par intellectuel une sorte de spécialisation, de qualification particulière, mais une expérience de travail qui comprend toujours, d’une manière fondamentale, l’utilisation des capacités linguistiques et cognitives de notre espèce. Alors je pense l’immigré ou le jeune précaire comme intellectualité de masse, à condition d’entendre intellectualité de masse par ce que je viens de définir.

      (...) pour nous, le « general intellect », le cerveau social, c’est la coopération du travail vivant (...)

      #classe_ouvrière #multitude #communisme

    • La vie militante

      Paolo Virno : la révolution, joyeuse ambition , Andrea Colombo, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-la-rivoluzione-allegra-ambizione

      Souvenir

      Intellectuel et anti-intellectuel, il a milité dans Potere Operaio, subi une incarcération injuste, travaillé au manifesto, enseigné la philosophie. Jamais résigné à la triste mission de rendre le monde un peu plus juste : il voulait le renverser.

      Paolo Virno fut un acteur essentiel de la gauche révolutionnaire italienne, et un rédacteur inoubliable de ce journal.

      Dans la fin des années 1980, Paolo sortait à peine d’une odyssée judiciaire kafkaïenne, passée à l’histoire sous le nom de « 7 avril ». On l’avait inculpé et emprisonné sous des accusations ridicules, auxquelles même les magistrats ne croyaient pas, mais pour une raison juste, quoique inavouable : celle d’être un révolutionnaire communiste décidé à renverser l’ordre existant, convaincu que vivre, c’est marcher sur la tête des rois. Sa méfiance envers la magistrature démocratique [les juges membres ou sympathisants du Parti communiste, NdT], jamais démentie jusqu’à son dernier jour, naquit de cette expérience.

      Paolo rejoignit ensuite le manifesto, dans la section culturelle — qui comprenait alors aussi les spectacles. Mais il ne voulait pas, et nous ne voulions pas, d’une section culturelle comme les autres, fût-elle très politisée. Nous visions un « contre-journal », capable de regarder ce que l’urgence de l’actualité reléguait hors des premières pages : non les acrobaties du CAF (le triumvirat Craxi, Andreotti, Forlani), ni les gloires lointaines des guerres de libération, mais les transformations radicales des forces productives encore à l’état naissant à la fin des années 1980.

      L’émergence d’un nouveau prolétariat intellectuel et inventif, remplaçant la répétition mécanique de la chaîne par l’usage de l’esprit. Le paradoxe d’une société du salariat rendue obsolète et parasitaire par le développement des forces productives , mais dont on ne sortait qu’en en conservant les règles — parce que la survie du commandement l’exigeait.

      De cette ambition naquit le périodique Luogo comune, et une grande part du combat se jouait déjà dans les pages du manifesto. Ceux qui voudraient comprendre peuvent lire la compilation Negli anni del nostro scontento (DeriveApprodi, 2023), qui rassemble ses articles : on y découvre une capacité unique à repérer les lignes de force du nouvel ordre social, mais aussi ses failles, jusque dans les films populaires, les émotions d’une époque ou le lexique des intellectuels.

      Cette ambition révolutionnaire totale fut la marque constante de l’action politique et de la réflexion philosophique de Virno. Tous ses livres, sans exception, visent à subvertir le présent, même quand ils s’attardent sur les jeux d’esprit ou les limites du langage.

      Jamais il ne s’est contenté de « rendre le monde un peu meilleur ». Il savait que sans une vision apte à ébranler l’ordre entier, on n’obtient même pas un meilleur salaire. Il allait toujours au bout du jeu.

      Il a vécu dans la conscience d’une défaite historique, sans jamais s’y résigner. Ancien militant et dirigeant de Potere Operaio, organisation dont l’influence allait bien au-delà de ses modestes effectifs, il avait su garder l’esprit de cette époque où la révolution semblait à portée de main.

      Mais sa pensée n’était pas nostalgique : il considérait l’arsenal du passé comme un fardeau, sauf la méthode héritée de l’opéraïsme, qu’il revisita jusqu’à la rendre méconnaissable. Il traquait les nouvelles subjectivités, les formes inédites de résistance, et affirmait qu’aujourd’hui, être communiste est incompatible avec appartenir à la gauche traditionnelle, nuisible plus qu’inutile.

      Pour beaucoup, Paolo fut un maître de pensée critique, un compagnon et un ami. Pour certains, comme moi, il l’était depuis le lycée romain et Potere Operaio.

      À ceux qui ne l’ont pas connu, il laisse des textes qui seront étudiés comme des armes de la lutte de classe moderne. Mais il leur manquera ce qu’aucun texte ne peut rendre : sa générosité proverbiale, son indifférence à l’argent, sa présence solide dans l’épreuve, son ironie et sa joie. L’avoir eu pour ami fut un privilège rare.

      La passion politique

      Un éclaireur de l’exode à la visée sûre, Marco Bascetta, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/un-apripista-dellesodo-dotato-di-ottima-mira


      Foto di Nora Parcu

      Plus les histoires sont longues et intenses, plus les expériences et les sensibilités sont entrelacées, moins on sait par où commencer.

      Pourquoi pas, alors, par une petite rubrique de la revue Luogo comune, qu’au début des années 1990 Paolo avait lancée avec un groupe de camarades et d’amis : « Citations face à l’ennemi », inspirée du cliché western — repris plus tard par Tarantino — où le tireur cite un verset biblique avant de dégainer.

      Eh bien, les articles de Paolo, ses essais courts, forment un catalogue extraordinaire de “citations face à l’ennemi” : extraites d’un vaste savoir, aiguisées par une passion politique et une précision de tir inégalées.

      Jamais son travail n’a été sans cible, même lorsqu’il distingua clairement militance politique et recherche philosophique. Non pour en nier le lien, mais pour en préserver le rigoureux équilibre. Deux tâches aussi décisives, disait-il, ne peuvent être menées à moitié.

      Beaucoup d’entre nous furent déconcertés : nous vivions justement dans cette zone grise où la pensée longue se mêle à l’urgence de l’action. Mais sa radicalité continuait d’alimenter les mouvements, et face à tout événement nouveau, nous revenions toujours à quelque éclair philosophique de Paolo.

      Ces dernières années, après avoir quitté l’enseignement, il voulait retrouver un rapport direct à la lutte politique. Nous en parlions souvent, sans trouver la voie à la hauteur de sa radicalité.

      S’il est un mot qu’il incarnait pleinement, c’est « compagno » [camarade] : amitié, affection, espérance, intelligence collective et liberté individuelle. Ce mot, sérieux et enjoué, fut celui par lequel il nous salua, Andrea Colombo et moi, jeudi matin encore.

      Car Paolo appelait son petit cercle de Luogo comune les « marxistes non de gauche » — une ironie dirigée contre les socialistes des années 1960 qui se disaient « gauche non marxiste ». Cela signifiait une critique marxiste non affadie par le compromis ni contaminée par le populisme, fidèle à la tradition matérialiste mais en attente d’un renouveau.

      Il choisit pour cela la voie exigeante de la philosophie du langage, un travail à plein temps. Et même dans ses ouvrages les plus techniques, on croise ses cibles politiques de toujours — l’État, le peuple, le salariat — et ses piquantes « citations face à l’ennemi ».

      Je ne sais pas écrire la mesure du vide qu’il laisse après 56 ans d’amitié née au lycée romain. Je me confie à une dernière citation de cinéma chère à Paolo, que nous aimions répéter :

      « Cher ami… che te lo dico a fa’ ? » (à quoi bon te le dire ?).

      La recherche philosophique

      Au-delà du capital, la partie reste ouverte, Massimo De Carolis, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/oltre-il-capitale-la-partita-e-aperta

      Fidèle jusqu’au bout à l’idée marxienne que le déclin du capitalisme marque le commencement, et non la fin, de l’histoire humaine, Paolo Virno a su faire entrevoir la trace d’une autre histoire.

      Depuis les années 1970, il s’interrogeait : que se passe-t-il quand les conditions mêmes de la possibilité de l’histoire — langage, praxis, nature — cessent d’être un simple arrière-plan pour devenir la matière même des événements ?

      De cette question découle sa démarche : élargir les notions politiques de force de travail ou de multitude en concepts anthropologiques, et inversement, découvrir la charge politique des notions d’action innovatrice ou de faculté de langage.

      Dans Le souvenir du présent, il écrivait :

      « Le capitalisme historise la méta-histoire : il l’inclut dans le domaine prosaïque des événements, il s’en empare. »

      En transformant en marchandise non pas le travail accompli mais la force de travail comme puissance humaine générale, le capitalisme a replié l’histoire sur elle-même.

      Dès lors, ce qui enrichit le capital, ce n’est pas tant la propriété du produit que le pouvoir de décider, en amont, quelles potentialités humaines pourront se réaliser.

      Ce pouvoir est longtemps resté caché, mais il se révèle pleinement avec le postfordisme : grâce à la technologie, le travail salarié devient marginal, un « résidu misérable », et pourtant le dominion du capital s’intensifie, s’étendant à toute la vie.

      La biotechnologie se nourrit des potentialités de la nature, les plateformes exploitent nos facultés communicatives, la finance spécule même sur les crises.

      L’excès de possibilités se renverse en impuissance, menaçant de fin de l’histoire.

      Mais pour Virno, la partie reste ouverte : l’alternative existe dans les pratiques humaines ordinaires — langage, action commune, esprit, amitié — où se tisse une autre orientation de l’histoire.

      D’où son intransigeance envers une “gauche” nostalgique et inconsistante, et son attachement aux mouvements révolutionnaires des années 1970, qui avaient entrevu que l’enjeu politique n’est rien de moins que la dignité de l’humain.

      Et de cette dignité, Paolo Virno a donné la preuve vivante, dans sa militance, sa prison, sa pensée, et même dans la façon tranquille dont il a affronté la maladie. Une cohérence naturelle, signe du vrai maître.

      Creuser le langage : l’enseignement de Paolo Virno , Christian Marazzi, effimera, 9/11/2025
      https://effimera.org/scavare-il-linguaggio-linsegnamento-di-paolo-virno-di-christian-marazzi

      Nous devons creuser marxiennement le langage — mais le langage désormais intérieur aux processus productifs, le langage mis au travail après la crise du fordisme. C’est ainsi que nous parlait Paolo, définissant un programme collectif de travail au long cours pour construire les nouvelles armes de la lutte de la multitude.
      Convention et matérialisme date de 1986 ; c’est dans ce livre que, pour la première fois, il est question de l’ordinateur comme « machine linguistique », cette technologie qui a déterminé le tournant linguistique des processus de numérisation et de valorisation de l’économie, du monde, de la vie.

      Il en écrivit une partie en prison, dans la cellule où se trouvaient également Toni Negri et Luciano Ferrari Bravo. Luciano me décrivit un jour le cliquetis de la machine à écrire de Paolo lorsqu’il rédigeait ses textes : lent, avec de longues pauses entre un mot et l’autre, comme si Paolo caressait chaque lettre, comme si chaque mot était un corps en devenir. Il semblait les écouter, ces mots, descendant dans la profondeur de leur vérité, de leur corporéité.

      Parfois, il employait des mots archaïques, comme pour signifier une histoire commencée il y a longtemps : l’histoire de la lutte des classes. Pour Paolo, l’usage des mots était un entraînement à l’usage de la vie : une vie singulière, individualisée, précédée d’un je collectif, d’un social présocial, garantie de l’existence politique « des nombreux en tant que nombreux ».

      Le collectif de la multitude contre le peuple comme réduction à l’un, la fuite de la souveraineté vers une démocratie non représentative. La postface à L’individuation psychique et collective de Gilbert Simondon est magistrale : on la lit et la relit, et chaque fois on a l’impression de recommencer, de marcher avec les autres, de se libérer avec les nombreux en tant que nombreux.

      Et combien de textes Paolo a-t-il écrits pour dévoiler les pouvoirs et les limites du langage ! Du langage comme action — ce « faire des choses avec des mots » de John Austin (le titre seul suffisait, disait-il) — qui a permis d’entrer, armés, dans le temps de la linguisticité monétaire, dans l’illusion d’une fuite cryptée du centre des banques : le problème n’est pas le centre, le problème est la forme linguistique de la monnaie, sa domination sur nos vies, nos désirs, nos affects.

      Paolo fut un ami, un frère, un camarade, une personne splendide. Il nous a pris par la main avec discrétion et puissance théorique, avec élégance et passion politique.

      Paolo, nous t’avons aimé, nous t’aimerons toujours.

    • Paolo Virno : 1977, le début d’un temps nouveau

      1977 contre le présent. Le mouvement de 1977, quarante ans après
      Entretien avec Paolo Virno, Ilaria Bussoni, Roberto Ciccarelli, il manifesto, 5/4/2017
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-1977-lesordio-del-tempo-nuovo

      « Quarante ans plus tôt, c’est aujourd’hui. En Italie et ailleurs, a émergé une force de travail devenue ressort de la production et moteur des institutions. »
      « Les œuvres de l’amitié méritent d’être défendues : elles produisent des formes de vie et construisent des embryons d’institutions. »


      1977, Rome, université La Sapienza occupée. Photo Tano D’Amico

      Le moment 1977

      « 1977 » est une date conventionnelle : les sujets sociaux et les formes de lutte dont on se souvient ont surgi plus tôt, raconte Paolo Virno, l’un des plus importants philosophes italiens et figure centrale de la revue du mouvement Metropoli.

      « À Milan, il y avait les cercles du prolétariat juvénile, les manifestations pour les meurtres de Zibecchi et Varalli, les mobilisations contre le travail au noir. Ce ne furent pas seulement des sujets non ouvriers qui firent irruption sur la scène publique. 77 comprend aussi les dix mille nouvelles embauches de Fiat : pour la première fois, beaucoup de femmes et de jeunes diplômés. En juin 1979, ils bloquèrent Mirafiori avec la même détermination qu’en 1969 ou 1973. On vivait une accélération générale, extrême, qui traversait toute la force de travail. Cette année-là, tout éclata : une anticipation subjective, subversive, d’un nouvel ordre qui devait ensuite prendre les traits plombés de l’ordre productif du capitalisme néolibéral. »

      Une anticipation de l’avenir

      Qu’est-ce qui a anticipé le mouvement ?

      « 1977 a été un commencement. On y voit apparaître de nouvelles figures de la force de travail : fondées sur la production cognitive, la coopération linguistique, et une réorganisation du temps de travail qui avait alors une coloration subversive. Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement annonce l’avenir : dans les années 1910, les grandes luttes des ouvriers déqualifiés aux USA avaient précédé le fordisme. Plus tôt encore, dans l’Angleterre du XVIIᵉ siècle, les vagabonds chassés des terres, non encore intégrés à la manufacture, incarnaient déjà une dangereuse potentialité sociale.

      De même, 1977 a un double visage : d’un côté, une matière première de comportements, d’affects et de désirs rebelles devenus force productive, état de choses actuel ; de l’autre, la voie sur laquelle circulent aujourd’hui pouvoir et conflit. »

      La force de travail et ses facultés

      Quelles caractéristiques de la force de travail se sont imposées alors et demeurent actuelles ?

      « 1977 a anticipé, à travers des luttes très dures, ce qui importe vraiment aujourd’hui. Marx parlait d’un intellect général qui n’est plus contenu dans le capital fixe mais dans les sujets vivants. Connaissance, affects et intelligence existent désormais comme interaction et coopération linguistique du travail vivant. Ce renversement dépasse même l’aveuglement de Marx, pour qui le temps de travail restait un résidu, tandis que la connaissance et l’intellect étaient incorporés aux machines.

      La reproduction de la vie, et les qualités productives de la force de travail, ne se développent plus seulement dans la sphère du travail. Pour produire de la plus-value, les entreprises ont besoin de personnes formées dans un milieu plus vaste que l’atelier ou le bureau — justement pour être plus productives une fois revenues à l’atelier ou au bureau. »

      Nature humaine et production sociale

      Quelles facultés humaines sont mobilisées dans ce processus ?

      « Je m’arrête sur trois éléments fondamentaux de la nature humaine :

      1. la néoténie, c’est-à-dire la persistance de traits infantiles tout au long de la vie ;

      2. l’absence d’une niche environnementale propre à l’espèce humaine, dans laquelle elle pourrait s’installer avec sécurité ;

      3. la faculté de langage, bien différente des langues particulières, plastique et indéterminée.

      1977 fut le premier mouvement mondain, néoténique et potentiel, qui fit de ces facultés une force au lieu de chercher à les contenir. Jusqu’alors, les institutions s’en défendaient ; depuis, elles les ont intégrées, en faisant des ressorts de la production sociale et du moteur des formes institutionnelles. La néoténie s’est muée en flexibilité et formation continue. L’absence de niche est devenue mobilité et polyvalence. »

      Le renversement néolibéral

      Comment la contre-révolution néolibérale a-t-elle transformé ces traits ?

      « Ces caractéristiques se sont répandues, mais avec un signe inversé. La prolifération de hiérarchies minutieuses et de barrières exprime la fin de la division du travail sous le capitalisme. Celle-ci est désormais dysfonctionnelle ; elle sert surtout à coloniser le caractère public des tensions éthiques, émotionnelles et affectives de la force de travail. Leur variabilité et leur imprévisibilité sont transformées en descriptions de poste.

      Pourtant, ces tensions font partie de la valeur d’usage de la force de travail et de son rapport au monde. Partager intellect et langage devient une condition vitale. Mais la segmentation du caractère trans-individuel du travail est aujourd’hui bien plus accentuée que ne l’exigeait jadis la division du travail. Le maximum de potentialité se renverse en impasse : un renversement disciplinaire rendu nécessaire par cette familiarité avec le potentiel, qui autrement ferait exploser l’ordre productif.

      Certaines luttes actuelles en sont le prolongement direct, un document vivant de 1977. Leur centralité dément l’idée que nous aurions alors représenté une “seconde société” des exclus : c’était au contraire la “première société”, celle qui s’inaugurait — et c’est celle que nous sommes encore aujourd’hui. »

      Le blocage du conflit général

      Pourquoi n’a-t-on pas su, depuis, construire une action sociale capable de renverser le nouvel ordre productif, affectif et politique ?

      « C’est la question décisive, posée dès les années 1990, quand on croyait “l’hiver de notre mécontentement” terminé et qu’allait commencer la phase civile, parce que rebelle, de la nouvelle réalité productive. Il n’en a rien été : Berlusconi est arrivé. Depuis 2007, la crise mondiale nous engluait, et la fermeture s’est accentuée. »

      Les conditions d’une alternative

      Que manque-t-il pour définir une alternative concrète ?

      « Le minimum syndical : le conflit sur les conditions matérielles — temps de travail, salaire, revenu. C’est le point de départ, devenu extrêmement difficile. Il est impensable aujourd’hui qu’une lutte de travailleuses de centres d’appel ne s’accompagne pas de la création d’un embryon de nouvelles institutions.

      Pour éviter un licenciement ou obtenir trente euros de plus, il faut désormais faire la Commune de Paris. Chaque pas de conflit contient déjà l’invention expérimentale d’institutions post-étatiques. »

      La crise de la représentation

      Pourquoi 1977 a-t-il rejeté les formes de représentation politique connues jusqu’alors ?

      « La crise de la représentation est irréversible. En Europe, et pas seulement, émergent des formes authentiques de fascisme : une terre de personne que peuvent occuper des pulsions opposées. 77 en fut une des manifestations, que le mouvement comprit en temps réel lorsque Lama [chef de la CGIL, le syndicat communiste, NdT]] et son service d’ordre furent chassés de La Sapienza.

      Ce processus de long terme a mis fin au monopole étatique de la décision politique. Mais croire que cette crise n’appartient qu’à un seul camp est une illusion : le populisme en est une autre expression. Il est devenu le liquide amniotique où croissent populismes et fascismes : les frères jumeaux, glaçants, des aspirations libératrices — la version monstrueuse de quelque chose qui nous appartient. »

      Désobéissance et droit de résistance

      Comment ce refus s’est-il exprimé ?

      « Par la désobéissance, notamment. Ce thème prit alors une valeur presque constitutionnelle. Il remit en cause ce que Hobbes appelait l’acceptation du commandement avant même celle des lois. Il ne peut exister de loi imposant de ne pas se rebeller.

      En 1977, la désobéissance a remis en question l’obéissance : cela précède tout dispositif législatif concret. Ce fut une année très violente, mais, une fois ôtés les fétiches de la violence construits ensuite, le mouvement affirma un droit de résistance face à la nouvelle configuration des institutions post-étatiques.

      Cette violence n’était pas opposée à celle de l’État ou de l’armée : c’était la défense de quelque chose que l’on avait déjà bâti. La photo de Paolo et Daddo prise par Tano D’Amico le 2 février le symbolise. »


      Les œuvres de l’amitié

      Qu’aviez-vous construit pour le défendre si ardemment ?

      « Le ius resistentiae défend ce qu’on a déjà créé : les œuvres de l’amitié — une amitié publique qui produit des formes de vie, faite de coopération, d’intellect général et de travail vivant.

      En 1977, l’amitié cesse d’être une catégorie secondaire : le couple ami/ennemi est renversé, et l’amitié devient coopération excédentaire, capable de construire des embryons d’institutions, des formes de vie qui méritent d’être défendues à tout prix.

      Le ius resistentiae n’est pas une violence plus modérée que celle des jeunes femmes de l’Institut Smolny, à Pétersbourg, qui marchèrent sur le palais d’Hiver. »

      Le premier pas

      Comment faire le premier pas ?

      « En cultivant son incomplétude, en la rendant réceptive et vertueuse. Il faut se tenir prêt à accueillir l’imprévu, et cela dépend de la capacité du travail précaire et intermittent à s’imposer sans ménagement.

      Face à un imprévu attendu, la philosophie politique doit s’arrêter et attendre. Pour moi, la limite — et le sommet — de la réflexion théorique équivaut, aujourd’hui, à ce qu’étaient les Industrial Workers of the World aux USA. Si je pense à quelque chose qui ressemble au post-77, et au 77 s’étant mis au travail, c’est à eux que je pense ».


      Un souvenir

      As-tu un souvenir particulier d’une journée de cette année-là ?

      « La manifestation la plus proche d’un caractère insurrectionnel fut celle de Rome, le 12 mars : un cortège sans slogans ni drapeaux, après le meurtre de Francesco Lorusso à Bologne la veille.

      Je me souviens d’un vieil homme marchant péniblement devant le ministère de la Justice, via Arenula : c’était Umberto Terracini, fondateur du PCI, antifasciste, président de l’Assemblée constituante. Au premier congrès de l’Internationale communiste, à Moscou, il avait parlé en français, et Lénine lui avait répliqué, le jugeant trop extrémiste : “Plus de souplesse, camarade Terracini.”

      Pour lui, il allait de soi de participer à cette manifestation. Ce fut un moment profondément émouvant. »

    • Il compagno, l’amico, il maestro. La vita condivisa di Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/il-compagno-lamico-il-maestro-la-vita-condivisa-di-paolo-virno

      ADDIO A PAOLO VIRNO L’amore per il mare di Capri e quello per la condivisione. Sempre con radicalità, ma con metodo, perché ’l’eccesso esige misura, se si vuole che sia tale’

      Paolo Virno: la rivoluzione, allegra ambizione


      Il saluto saluto a Paolo Virno ieri all’Esc atelier autogestito – Foto di Emanuele De Luca

      C’è una grande immagine degli scogli nelle acque di Capri con Paolo Virno che si tuffa. È il mare che ha amato e che, osservandolo dal finestrino mentre da Roma raggiungeva Cosenza e l’Università della Calabria, dove ha insegnato per qualche anno prima di tornare a Roma 3, rimpiangeva. «Se adesso non scendiamo da questo treno e non prendiamo un traghetto a Napoli, la giornata è persa», diceva Paolo a Marco Mazzeo, che è stato suo allievo. E che ieri, insieme a tanti e tante, ha partecipato al saluto collettivo a colui il quale è stato amico, compagno, maestro, vicino di cella, avversario a poker o sul campo da tennis del centrale di Rebibbia, che i detenuti avevano tracciato per trascorrere le ore d’aria.

      DUNQUE, IL MAESTRO. «Non c’è un centimetro di questo luogo che non sia stato pensato con Paolo» racconta Francesco Raparelli dando il benvenuto a Esc, l’atelier autogestito che fin dall’inizio ha ospitato la Liberà università metropolitana che Virno aveva concepito vent’anni fa assieme a una nuova generazione di militanti dei movimenti studenteschi e precari.

      «Per noi è stato un maestro antico – dice Francesco – Di quelli che non si limitano a insegnare concetti, ma insegnano anche a parlare, a muovere le mani, a intervenire in assemblea e ad alzare la voce quando serve». I «grandi filosofi», prosegue Francesco, «ti impongono le loro ossessioni e attraverso di esse creano attrito», tra le ossessioni di Virno c’era quella di «organizzare lo sciopero del lavoro precario: quando non lo trovava al centro delle nostre azioni, teneva il broncio ai movimenti».

      POI, L’AMICO. Paolo teorizzava l’amicizia, la considerava un modo per avvicinarsi alla propria essenza. Se l’amicizia per Aristotele è «condividere la vita», diceMassimo De Carolis, questa per lui aveva a che fare con le caratteristiche della nostra specie: «Gli esseri umani in quanto tali sono capaci di condividere la vita». Paolo, testimonia Andrea Colombo che è stato tra gli amici che lo hanno assistito fino alla fine, «era divertente persino nelle ultime giornate». E la sorella Luciana, che ricorda questo fratello che gli incuteva al tempo stesso «soggezione e tenerezza», conferma che «senza compagni e amici l’ultimo pezzo sarebbe stato difficile». Anche dedicandosi alla teoria linguistica, assicura ancora Colombo, Paolo «non ha mai scritto una riga senza pensare che andasse usata contro i padroni». Con questa capacità di condividere la vita e pensare il conflitto sempre, «restituiva valore, sostanza e spessore alla parola compagno». Per Andrea Fabozzi resta il «rimpianto» per le cose che si sarebbero potute fare.

      CON ALCUNI compagni e amici, raccontava Paolo, aveva passato «troppo tempo e poco spazio». Si riferiva alla carcerazione, prima negli speciali e poi nel braccio G8 di Rebibbia, dove si costituì l’area omogenea, ripartirono i seminari, si pensò a come uscire dalla sconfitta senza cedere alla delazione. A un certo punto qualcuno riuscì a far entrare dei barattoli di sugo alla marijuana. E quando tutto il braccio del 7 aprile mangiò la pasta col condimento speciale le risate a crepapelle si sprigionarono. In quel vortice psichedelico, Toni Negri teorizzò, tra risate dissacranti, che era ancora possibile vincere. «La sconfitta per lui era solo un episodio», riferisce il fratello Claudio. Un altro Claudio, D’Aguanno, compagno di detenzione, si esercita sul Virno uomo di sport. Da pokerista, non voleva solo partecipare: voleva vincere. E a calcio, «nel torneo di Rebibbia che chiamammo Insurrezione», accadde: «Almeno quella volta vincemmo l’insurrezione».

      C’È IL PAOLO COMPAGNO di vita e marito. «Se qualcuno mi avesse detto che io, russa, avrei sposato un comunista avrei pensato che era pazzo – dice la sua compagna Raissa Raskina – Volevo dare felicità a quest’uomo commovente nel privato. Paolo era estraneo a ogni comfort borghese, ho dovuto fare come Santippe che ricordava a Socrate che non poteva vivere in quel modo». Poi legge un messaggio ricevuto da una vicina di casa, che osservava Paolo dal terrazzo adiacente: «Per me era un maestro di vita: aveva saputo accettare gioie e dolore con semplicità di animo». Aveva, dicono in molti, un metodo anche nella radicalità. Perché, diceva, «l’eccesso esige qualche misura, se si vuole che sia tale». O invitava un compagno più giovane a «non abusare della potenza». La sua esistenza condivisa e generosa, rimanda ad un altro dei suoi consigli: «Non vivere mai al di sotto delle proprie possibilità».

      Gli articoli del manifesto di e su Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/collezioni/paolo-virno

      #centre_social #précaires

    • Paolo Virno (1952-2025) a enseigné la philosophie du langage à l’Université de Rome. Aux Éditions de l’éclat ont paru plusieurs de ses ouvrages depuis 1991 : Opportunisme, cynisme et peur (1991), Miracle, virtuosité et ‘déjà vu’ (1996), Le souvenir du présent (1999), Grammaire de la multitude (2002), Et ainsi de suite… La régression à l’infini et comment l’interrompre (2013), Essai sur la négation (2016) et L’usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (2016) qui reprend un ensemble d’articles parus entre 1980 et 2016, Avoir. Sur la nature de l’animal parlant (2021), De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2022).

      https://www.lyber-eclat.net/auteurs/paolo-virno

      #livre #subjectivité #langage

    • LE SPECTRE D’OUSSAMA BEN LADEN ET LE POUVOIR DESTITUANT - Entretien posthume avec Paolo Virno
      https://lundi.am/LE-SPECTRE-D-OUSSAMA-BEN-LADEN

      Quand peut-on parler de biopolitique ? Quand se réalise, dans une régime historique déterminé, le neuvième livre de la Métaphysique d’Aristote, celui qui s’occupe de la différence entre puissance et acte. Le moment décisif de la biopolitique est quand il y a un régime social qui met au centre de tout son fonctionnement la dynamis, la puissance en tant que puissance séparée, disjointe de l’acte.

      La puissance humaine de penser, bouger, éprouver du plaisir, celle qui est somatique et celle qui est intellective. Cette puissance est énucléée, en tant que puissance séparée de l’acte, à un moment précis. Ceux qui font remonter la biopolitique au droit romain archaïque ou à un quelconque mythologème ressuscité pour l’occasion ne nous montrent pas comment sont réellement les choses. Cette puissance est énucléée en sa qualité de puissance, à tel point qu’elle s’achète et se vend, uniquement en présence de la figure de la force-travail. C’est une puissance qui n’a rien à voir avec sa mise en application, c’est une potentia qui peut être vendue et achetée. On achète la puissance de penser, de parler.

      Il devient alors intéressant de voir comment est constitué le bios humain, ce qu’est cette puissance de penser, ce qu’est cette puissance de parler, outre, évidemment, la puissance musculaire et motrice. C’est alors que la vie prend tout son sens, car la puissance en est, par définition, l’élément essentiel, mais elle n’existe sous aucune forme de réalité autonome. La puissance de parler n’existe pas, je ne peux pas la toucher, ni l’acheter, ni l’échanger. Elle a pour enveloppe, par contre, un corps vivant. Le corps vivant n’est pas soigné et gouverné en tant que tel, c’est pourquoi on constate un intérêt abstrait pour les maladies, les enterrements, l’enfance…

      Ce n’est qu’à partir du moment où a eu lieu la matérialisation historique de l’autonomie de cette puissance qu’on gouverne les corps, ce n’est qu’à partir de là que la vie devient non pas la vie, parce que ce qui nous intéresse, au sujet de la vie, ce n’est pas la vie elle-même, mais sa capacité à porter ce qui n’aurait pas, autrement, de configuration propre et autonome. (...)

    • Philosophie

      https://www.liberation.fr/livres/2013/09/25/livres-vient-de-paraitre_934665

      Ce qui est proprement humain, c’est d’introduire un « non » dans n’importe quelle proposition, de pouvoir penser qu’il est « possible de », et enfin d’être devant la solution d’un problème qui ouvre à un autre problème, et ainsi de suite à l’infini. Ces trois modalités sont « le socle logique de la métaphysique ». Paolo Virno n’insiste ici que sur la troisième, à savoir la régression à l’infini, mais l’envisage surtout du point de vue d’une « anthropologie matérialiste », qui en déplace le champ vers celui, par exemple, des émotions et des affects : comment, à « et ainsi de suite », peut-on opposer un « maintenant, ça suffit », notamment dans la honte, l’espoir, l’orgueil, l’ennui, la transformation de la peur en angoisse, de la satisfaction en bonheur ?
      R.M.

      https://www.lyber-eclat.net/livres/et-ainsi-de-suite

      #interrompre

    • Comme Paolo Virno l’avait prévu, lorsque nous parlons, nous travaillons. Lorsque nous écrivons, nous codons la bête (Paul B. Preciado).

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/refusons-de-nourrir-la-bete-chatgpt-par-paul-b-preciado-20250523_NOO7UVBA

      (plus étroitement, une pensée tout droit issue de l’expérience militante. de celle qui fait aujourd’hui choisir de se taire lors des rassemblements publics, manifestations : tout ce qui est lâché sera utilisé par une ennemi qui a généralisé pour son compte la pratique de la reprise)

    • Souvenir du présent, Jean-Baptiste MARONGIU
      https://www.liberation.fr/livres/1996/07/11/souvenir-du-presentpaolo-virno-miracle-virtuosite-et-deja-vutrois-essais-

      Histoire, philosophie et politique : trois essais pour en faire un, trois approches concentriques d’un monde déboussolé, dont l’éclatement est comme signalé par l’écart creusé entre les régimes de discours mobilisés pour le saisir. Dans son essai politique, Paolo Virno (qui a déjà publié en français Opportunisme, cynisme et peur, L’Eclat, 1991) revient, pour s’en éloigner, sur certains aspects de l’œuvre de Hannah Arendt. L’essai philosophique met en résonance la catégorie de sublime de Kant avec celle d’émerveillement de Wittgenstein pour délimiter un monde non métaphysique. Enfin, le troisième essai­ interaction entre mémoire et philosophie de l’histoire ­ sert de cadre à ces deux tentatives. Paolo Virno sollicite, entre autres, Bergson, Nietzsche, Kojève, pour mettre à l’épreuve le concept de « fin de l’histoire ». Au centre de son dispositif, Virno place le « déjà vu », ce sentiment « typique de celui qui se regarde vivre ». Le déjà vu est donc une pathologie individuelle ayant pris aujourd’hui une dimension publique. Relevant de ce syndrome, la « fin de l’histoire » est un autre aspect de cet excès de mémoire, de cette domination du « souvenir du présent » qui caractérise la situation contemporaine. Cependant, toute fin d’histoire ouvre à des histoires possibles, mais il faudra alors apprendre à maîtriser ce souvenir du présent, si on ne veut pas devenir « le spectateur de soi-même » ou collectionner « sa propre vie, au fur et à mesure qu’elle s’écoule, au lieu de la vivre véritablement ».

      Paolo Virno, Miracle, virtuosité et « déjà vu ». Trois essais sur l’idée de « monde ». Traduit de l’italien par Michel Valensi. L’Eclat

    • Comme le temps passe. On se souvient de la mort, elle n’est pas devant nous.
      https://www.liberation.fr/livres/1999/07/08/comme-le-temps-passeon-se-souvient-de-la-mort-elle-n-est-pas-devant-nous-

      En partant du phénomène du « déjà vu », des rapports de la mémoire et du temps, Paolo Virno retourne l’idée de « fin de l’Histoire ».

      Pourquoi annonce-t-on la « fin de l’Histoire », au moment où, au contraire, semblent se déployer des conditions inouïes d’existence historique de l’être humain ? Ne serait-ce plutôt une philosophie de l’Esprit qui arrive à son terme, celle même qui a prétendu achever l’histoire ? Est-il possible, sur ces décombres, de bâtir un nouveau matérialisme qui, une fois jetés aux fameuses poubelles et la dialectique et le positivisme, recherche les fondements de son historicité dans la faculté la plus propre à l’homme, la mémoire ? C’est à ces questions que Paolo Virno consacre le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. D’ailleurs, le philosophe italien (né à Naples en 1952, il vit à Rome) avait déjà amorcé une partie de cette réflexion dans Miracle, virtuosité et « déjà vu » (L’Eclat, 1996).

      Pathologie spécifique de la mémoire, le symptôme du « déjà vu » sert à Paolo Virno pour éclairer d’une manière inattendue et fascinante le thème philosophique ­ devenu désormais un lieu commun ­ d’un arrêt de l’histoire voire de sa fin. Bergson a attiré le premier l’attention sur ce paradoxe : on croit avoir vécu (vu, entendu, fait, etc.) quelque chose qui au contraire est en train d’arriver pour la première fois. « Le sentiment lié au « du déjà vu, écrit Virno, est typique de celui qui se regarde vivre. ( ») On devient spectateur de ses propres actions, comme si elles appartenaient désormais à une vieille copie que l’on repasserait sans cesse. Spectateur hagard, quelque fois ironique, souvent enclin au cynisme, l’individu en proie « au déjà vu est l’épigone de lui-même. » Plus généralement, vu la prédominance objective qu’a pris le virtuel dans n’importe quel type de pratique, c’est toute la situation contemporaine qui est aux prises avec un inquiétant excès de la mémoire : « Le souvenir du présent, dont la fonction particulière est de représenter le possible, se manifeste sans retenue parce que l’expérience du possible a pris une très grande importance dans l’accomplissement des tâches vitales. » Le souvenir du présent a un côté maladif, mais, en même temps, il est la condition normale de la production de la mémoire. En effet, chaque présent est à la fois perçu et mémorisé, sans quoi aucun souvenir ne serait possible et, partant, aucune saisie temporelle du monde. Pour mieux comprendre ce rapport essentiel qu’entretiennent la mémoire et le temps, Paolo Virno est amené à revisiter l’un des plus anciens couples philosophiques, celui que forment puissance et acte, et interroger, pour ce faire, Aristote, Augustin, Kant, Hegel, Heidegger. L’acte est une réalisation de la puissance, mais il ne l’épuise pas. Le discours que je suis en train de faire, le plaisir que j’éprouve, le travail que j’exécute n’entament en rien ma faculté de parler, ma disposition au plaisir, ma force de travail. La puissance est un « pas-maintenant », alors que l’acte est un présent : entre les deux agit la mémoire. C’est pour cela que la mémoire peut être dite la faculté des facultés, car je ne pourrais pas parler, jouir, travailler si je n’avais mémorisé toutes ces facultés (et si je ne les consommais en les actualisant).

      Le passé est certes envahissant, mais il est aussi la charnière du temps historique. En accordant cette primauté au passé, Virno va à l’encontre d’une grande partie de la philosophie contemporaine qui tend à placer l’historicité de l’expérience humaine sous l’égide de l’avenir. Heidegger à lui tout seul résume cette position : c’est parce que l’homme est un « être-pour-la-mort », bref mortel, que nous existons historiquement et que l’histoire tire son origine du futur en tant que terme de notre expérience. Pour Virno, les choses vont plutôt dans l’autre sens. De la mort on se souvient, elle n’est pas devant nous : « Seul celui qui mène une existence historique peut se dire de plein droit mortel. »

      En devenir, le Souvenir du présent donne la mesure de l’ambition philosophique de son auteur. On peut trouver la clé de l’entreprise au détour d’une note. En transformant la faculté individuelle de la volonté en volonté générale, Rousseau en a fait le concept fondamental de sa philosophie politique. En passant de l’intellect individuel au general intellect, Marx a voulu signifier la puissance de la coopération productive dans la société capitaliste. Avec une méthode similaire, après les couples Volonté-politique et Intellect-lien social, Paolo Virno construit celui de Mémoire-historicité, une manière d’avancer que dans l’actualité de chaque moment historique, il y a toujours du passé mais aussi quelque chose de potentiel, et qui tient ouverte l’histoire. Loin d’être finie, celle-ci ne fait que commencer".

      Paolo Virno, Le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. Traduit de l’italien par Michel Valensi, L’Eclat.

    • Haute multitude
      https://www.liberation.fr/livres/2002/11/21/haute-multitude_422333

      Le malaise est de mise face aux horreurs perpétrées, ailleurs, par les peuples au nom du droit de disposer d’eux-mêmes ou, ici, lorsque notre bon peuple à nous semble se déliter et manifester des opinions exécrables. Pour sauver l’idée, on s’en prend alors à ceux qui devraient l’incarner. Et si c’était plutôt le concept de peuple qu’il fallait mettre au placard ? Certes, ayant inauguré et supporté longtemps la modernité, il pourrait se prévaloir d’états de service intimidants, quoiqu’il ait pu être, un temps, secoué par la notion antagoniste de classe. Or, un philosophe italien hétérodoxe de 50 ans, Paolo Virno, pense qu’il faut passer à autre chose si l’on veut comprendre ce que promet le présent, et avance multitude, ancienne notion de la philosophie politique contre laquelle celle de peuple a été elle-même forgée. Mais sa Grammaire de la multitude n’a rien d’un exercice académique de généalogie des concepts. Bien au contraire, c’est « l’analyse des formes de vie contemporaines » qui intéresse Virno, ainsi que les nouvelles possibilités d’action politique qu’elles ouvrent. N’est-ce pas la multitude qui s’exprime dans certains mouvements no global ou altermondialistes ? En tout cas, Virno en esquisse la théorie et déploie une instrumentation conceptuelle des plus sophistiquées, où se croisent théorie politique, critique de l’économie, éthique, épistémologie et philosophie.

      #Spinoza fait de la multitude la clé de voûte des libertés civiles, définissant ainsi le Nombre ou la pluralité qui persiste en tant que telle sur la scène publique face aux tentatives de l’Etat moderne de l’homologuer, d’en faire une unité. Hobbes, lui, a horreur de la multitude et ne jure que par le peuple, dont le premier et dernier acte libre consiste pourtant à aliéner sa liberté au seul Souverain. Hobbes, assurément, a gagné contre Spinoza, et l’Etat moderne, par le biais du peuple, est devenu national. Pour Virno, cette histoire est aujourd’hui achevée : aussi entend-il donner une nouvelle possibilité à la notion vaincue de multitude, en la mettant en résonance avec la notion de force productive ­ qui a servi, à côté de celle d’Etat et de peuple, à expliquer l’autre aspect marquant de la modernité occidentale, le capitalisme. #Marx, on le sait, critique l’économie politique naissante mais il la suit quand elle fonde la production de la richesse sur le travail commandé par le capital, autant dire le salariat. Est-ce encore aujourd’hui le cas, à l’heure où la part qui revient au travail dans la production se réduit de plus en plus, sous la poussée de la technique et d’une coopération sociale démultipliée pour la communication ?

      Marx lui-même, dans les Grundrisse, ses notes restées inédites jusqu’à 1939, critiquant sa propre théorie, rappelle Virno, a la vision d’une fin du travail salarial non pas à la suite d’une révolution politique mais du développement du capitalisme lui-même. La cause et l’effet en seraient le general intellect, terme anglais qui définit l’intellectualité sociale au cœur du postfordisme actuel, dont l’activité même de la pensée est le ressort productif principal. Dans ce mouvement, le #travail est devenu une activité virtuose et les travailleurs, comme ceux qui ne travaillent pas, ont glissé hors des ornières de classe pour endosser, selon Virno, les habits de la multitude.

      Contrairement aux idées reçues sur l’individualisme contemporain, faire partie de la multitude donne toutes les chances au sujet : « C’est seulement dans le collectif, et sûrement pas dans le sujet isolé, que la perception, la langue, les forces productives peuvent se configurer comme une expérience individuée. » Le travail peut prendre les contours d’une « virtuosité servile » accompagnée souvent par une tonalité sentimentale qui oscille entre peur et opportunisme. Mais la virtuosité peut être non servile, l’opportunisme se muer en sens de l’opportunité. En cela Virno se place du côté de Benjamin quand, contre #Heidegger, il défendait le bavardage, non pas comme aliénation de l’être, mais comme curiosité diffuse et amour du partage.

      Quelle politique pour une multitude confrontée à la crise de la politique, bâtie sur la notion défaillante de peuple ? Paolo Virno est prudent : résistance civile et exode, c’est-à-dire affrontement et évitement à partir du constat que l’on est tous désormais des « sans chez soi » et que ni le peuple, ni la classe, ni le travail, ni le chômage ou le loisir ne peuvent nous contenir : « Etre étranger, c’est-à-dire ne-pas-se-sentir chez soi, et aujourd’hui la condition commune du Nombre, condition inéluctable et partagée. »

      Paolo Virno, Grammaire de la multitude. Pour une analyse des formes de vies contemporaines. Traduit de l’italien par Véronique Dassas, Editions l’éclat, 144 pp.

    • Comme les seenthissiens, Le Monde ne s’est jamais intéressé à Virno au point de consacrer une note de lecture à l’un de ses ouvrages.

      On ne trouve mention de Paolo Virno que dans la chronique d’un professeur à l’école d’affaires publiques de Sciences Po, un capital-risqueur, qui cite, 12 ans après sa parution en français, un livre de Virno pour écrire, en 2018, lors du mouvement des Gilets jaunes : « La vision hobbésienne de l’unité du peuple est de plus en plus décalée par rapport à la réalité ». (Ils n’ont pas assez peur pour s’en remettre au souverain)

      https://justpaste.it/gmrn4

      edit fulminant contre l’obscène provincialisme anti-intellectuel franchouillard, j’ai oublié le tardif article de Le Monde par le stipendié philo yaourt Roger Plot Croche qui a pour ainsi dire comblé le vide par 3 minutes de lecture en 2016, avec un capitalisme uber alles qui n’ose pas se dire
      Figures libres. Seul l’humain sait dire non
      https://www.lemonde.fr/livres/article/2016/02/25/figures-libres-seul-l-humain-sait-dire-non_4871233_3260.html

      https://justpaste.it/ghccw

      Ce connard arrive encore à écrire en 2016 "soupçonné de liens avec les Brigades rouges." au lieu de "accusé de", comme il devrait le faire puisqu’il ne rentre pas une seconde dans l’analyse de ce que fut le mouvement révolutionnaire de cette époque en Italie. Tout le monde avait des liens avec les BR ! Virno n’était simplement pas de ceux des autonomes recrutés par d’une organisation clandestiniste, lottarmatiste, qui a aspiré une vague du reflux, sous le coup d’une répression féroce, qui furent nombreux, parmi les plus jeunes.

      Essai sur la négation. ­Pour une anthropologie linguistique (Saggio sulla negazione. Per una antropologia linguistica),de Paolo Virno, traduit de l’italien par Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Philosophie imaginaire  », 190 p., 25  €.

      L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude, de Paolo Virno, 22 textes traduits de l’italien par Lise Belperron, Véronique Dassas, Patricia Farazzi, Judith Revel, Michel Valensi, Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Poche  », 316 p., 8 €.

    • De l’impuissance - La vie à l’époque de sa paralysie frénétique
      https://www.lyber-eclat.net/livres/de-limpuissance

      Les formes de vie contemporaines sont marquées par l’impuissance, hôte importun de nos journées infinies. Que ce soit en amour ou dans la lutte contre le travail précaire, l’amitié ou la politique, une paralysie frénétique saisit l’action ou le discours quand il s’agit de faire ou de dire ce qu’il conviendrait de dire et faire. Mais, paradoxalement, cette impuissance semble due non pas à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à l’accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de ses antichambres. Virno poursuit ici son étude systématique du langage contemporain où s’exprime toute la complexité de notre modernité et qui témoigne de cette inversion des sens qui attribue la puissance au renoncement, ou la détermination au fait de taire ce qu’il nous faudrait dire. Livre sur le langage, De l’impuissance indique de loin les formes possibles d’un antidote, d’une voie de salut, qui nous ferait « renoncer à renoncer », et « effacer l’effacement de notre propre dignité ».

    • Philosophie
      Mort de Paolo Virno : des années de plomb au «retrait de la langue»
      https://www.liberation.fr/culture/livres/mort-de-paolo-virno-des-annees-de-plomb-au-retrait-de-la-langue-20251114_

      Michel Valensi, écrivain et éditeur, rend hommage à celui qui participa au « moment révolutionnaire » de l’Italie des années 70 avant de « se retirer dans la langue ».
      https://www.liberation.fr/resizer/v2/VEQX7GZVDZBRZCHUPW3AKWJVCI.jpg?smart=true&auth=000725f0d67cdc6d5909356d32
      Paolo Virno est né à Naples en 1952. (DR)

      L’Italie a perdu, le 7 novembre, l’un de ses philosophes les plus importants et les plus discrets. Paolo Virno, né à Naples en 1952, est mort à Rome après une courte mais coriace maladie dont il n’avait parlé à personne, ne dévoilant jamais ses cartes en bon joueur de poker qu’il était. Acteur de premier plan du « moment authentiquement révolutionnaire » de l’Italie des années 70 – proche de l’opéraïsme de Mario Tronti et membre du groupe Potere Operaio, avec Antonio Negri et bien d’autres – il sera arrêté en 1979 sous le chef d’inculpation d’« association subversive » et de « constitution de bande armée ». Il passera quatre années en prison avant d’être pleinement acquitté en 1988, à la différence de plusieurs de ses co-inculpés qui s’exilèrent en France et bénéficièrent de l’asile politique.

      Après une thèse sur Adorno, il participe à la création de la revue Metropoli qui élargit la question du politique à toutes les sphères du social et où la théorie côtoie la bande dessinée. Ses premiers articles concernent la « chose » politique sous toutes ses formes, qui vont du general intellect de Marx aux flippers des bars romains, avec une attention particulière portée à la question du langage et un sens de l’ironie dont il ne se départira jamais. Son premier livre, Convention et matérialisme, paraît en 1986 chez Theoria. A son propos Giorgio Agamben écrira : Virno « s’affirme comme l’une des voix les plus lucides et originales de la pensée italienne contemporaine ». C’est, ensuite, en traduction que paraîtront, aux éditions de l’Eclat, Opportunisme, cynisme et peur suivi des Labyrinthes de la langue (1991), le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique (1999), ou Grammaire de la multitude (2002) qui paraît en même temps que l’édition italienne, et dont les pages Livres de Libération rendront compte. Grammaire de la multitude, qui se présente comme une « analyse des formes de vie contemporaines », est considéré désormais comme un classique de la pensée politique. L’ouvrage marque un tournant dans l’œuvre et l’écriture de Virno. S’il inscrit la question du politique au cœur du langage, il s’en éloigne toutefois dans ses analyses pour privilégier son « expression » au cœur de la langue. C’est la « langue » qui véhicule les concepts et c’est en s’attachant à la langue que l’on peut les comprendre et les utiliser dans et pour l’action. Sans renoncer à l’agir, la prise de conscience de la « défaite d’une génération de militant qui était liée à la figure ouvrière » s’accompagnant « de la poursuite opiniâtre de l’erreur partagée », conduit Virno à « se retirer dans la langue » pour définir les contours d’une « morale provisoire ».

      Une « anthropologie linguistique »

      C’est à partir de cette date (fin des années 90) que commencent à paraître ses livres plus exclusivement consacrés à une « anthropologie linguistique », proche de la philosophie analytique, dont il partage probablement les prémisses, mais pas forcément les issues. Quand le verbe se fait chair (2003, non traduit), le Mot d’esprit et l’action innovante (2005, traduction à paraître), Et ainsi de suite (2010, traduit en 2014), Essai sur la négation (2013, traduit en 2016), Avoir (2020, traduit en 2021), ou son dernier ouvrage, au titre bouleversant à la lumière de sa biographie : De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2021, traduit en 2022), où il défend l’idée que les formes de vie contemporaines sont marquées par une impuissance qui n’est pas « due à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à une accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de son antichambre ». Prenant congé de l’idée de monde avec celle d’une impuissance à force de puissances pléthoriques, l’œuvre et la vie de Paolo Virno s’achèvent brutalement, comme une phrase tronquée, une parole empêchée, lui qui, avec son léger et émouvant bégaiement, s’était arrêté longuement sur la question de l’aphasie et du langage des enfants. Il préparait un livre sur l’inquiétante étrangeté qu’il se proposait de comprendre dans les termes d’une anthropologie du langage. L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (l’Eclat, 2016) propose un parcours assez complet de son œuvre exigeante qui reste à découvrir.

      1966

      Gian Pieretti - Il vento dell’est
      https://www.youtube.com/watch?v=kmYKHEksSn0

      I Corvi «Ragazzo di Strada»
      https://www.youtube.com/watch?v=5pwMPiSX6uA

      1967

      I Nomadi - Dio è morto
      https://www.youtube.com/watch?v=yqMvHD1gNxc

      Patty Pravo «Ragazzo triste»
      https://www.youtube.com/watch?v=oEL4vvNXV-I&list=RDoEL4vvNXV-I

      1968

      Valle Giulia · Paolo Pietrangeli
      https://www.youtube.com/watch?v=AKciJETn01E

      La caccia alle streghe (La violenza)
      https://www.youtube.com/watch?v=Eyrhzwwe1pg

      1977
      GIANFRANCO MANFREDI - UN TRANQUILLO FESTIVAL POP DI PAURA
      https://www.youtube.com/watch?v=Hh_dp3O_C3g

    • Inno di Potere Operaio (1971)
      https://www.youtube.com/watch?v=QzspcU3HJow

      La classe operaia, compagni, è all’attacco,
      Stato e padroni non la possono fermare,
      niente operai curvi più a lavorare
      ma tutti uniti siamo pronti a lottare.
      No al lavoro salariato,
      unità di tutti gli operai
      Il comunismo è il nostro programma,
      con il Partito conquistiamo il potere.

      Stato e padroni, fate attenzione,
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      Potere operaio e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà.

      Nessuno o tutti, o tutto o niente,
      e solo insieme che dobbiamo lottare,
      i fucili o le catene:
      questa è la scelta che ci resta da fare.
      Compagni, avanti per il Partito,
      contro lo Stato lotta armata sarà;
      con la conquista di tutto il potere
      la dittatura operaia sarà.

      Stato e padroni...

      I proletari son pronti alla lotta,
      pane e lavoro non vogliono più,
      non c’è da perdere che le catene
      e c’è un intero mondo da guadagnare.
      Via dalle linee, prendiamo il fucile,
      forza compagni, alla guerra civile!
      Agnelli, Pirelli, Restivo, Colombo,
      non più parole, ma piogge di piombo!

      Stato e padroni...

      Stato e padroni, fate attenzione
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      viva il Partito e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà!

      #folklore

    • Pierre-Félix Guattari ne se laisse guère occuper par les problèmes de l’unité d’un moi. Le moi fait plutôt partie de ces choses qu’il faut dissoudre, sous l’assaut conjugué des forces politiques et analytiques. Le mot de Guattari, « nous sommes tous des groupuscules », marque bien la recherche d’une nouvelle subjectivité, subjectivité de groupe, qui ne se laisse pas enfermer dans un tout forcément prompt à reconstituer un moi, ou pire encore un surmoi, mais s’étend sur plusieurs groupes à la fois, divisibles, multipliables, communicants et toujours révocables.

      https://www.persee.fr/doc/chime_0986-6035_1994_num_23_1_1169

      Pierre-Félix - Trois problèmes de groupe, Gille Deleuze, 1994.

      #moi #identité #subjectivité

    • Flora Bastiani saisit ainsi un état de la subjectivité humaine (« le phénomène de l’ensemble ») à un moment où elle n’est pas encore en mesure, ou n’est plus en mesure, d’être indépendante, où elle n’existe que grâce à la subjectivité du soignant et exclusivement au sein de la relation de soin. Pour soigner un patient, il ne suffit pas de lui administrer mécaniquement un traitement ; il faut bien au contraire redonner au patient le statut de sujet. La nouveauté, ici, est que redonner au patient ce statut ne consiste pas à prendre en compte son avis ou son ressenti, puisqu’il n’est plus capable de le formuler ou même parfois d’en avoir un, mais à le soigner de bout en bout comme s’il était un sujet.

      Repenser l’ancrage théorique des philosophies du soin et de la subjectivité

      Pour extraire simultanément cette conception singulière du soin critique et de la subjectivité du patient en état critique, d’un ensemble de pratiques concrètes (richement rapportées dans les quatre chapitres qui jalonnent l’ouvrage), l’auteure est contrainte d’effectuer un double travail méthodologique. Elle doit, dans un premier temps, au fil des premières pages d’une longue introduction (p. 7-11), inventorier brièvement les différentes approches philosophiques du soin, telles qu’elles sont actuellement défendues par les théoriciens du « care » (Gilligan, Tronto, etc.). C’est une manière pour elle de souligner l’originalité de la conception du soin que véhiculent les pratiques de ces quatre infirmiers : la considération qu’ils portent à la subjectivité d’autrui ne se surajoute pas à un acte de soin de nature purement technique, comme le considèrent souvent les théoriciens du care ; elle constitue au contraire une composante pleine et entière de l’acte technique de soin, sans laquelle celui-ci perd non seulement en humanité, mais aussi, en premier lieu, en efficacité, comme le souligne régulièrement l’auteure. Il s’agit ainsi de se prémunir contre ces perspectives discursives qui prévalent outre-Atlantique (réfléchir sur la signification de mots tels que « care », ou sur les qualités relationnelles et morales des soignantes ou du « féminin », sans procéder au préalable à des observations poussées dans les centres de soin), et qui demeurent généralement trop éloignées de ce qui importe aux professionnels dans leurs tâches quotidiennes (p. 9-11). Ces perspectives ne se contentent-elles pas de dresser un « portrait daté », rivé à son insu aux « origines religieuses de l’institution hospitalière, avec les notions de dévouement, d’abnégation et de vocation compassionnelle » (p. 10) ?

      Flora Bastiani doit ensuite répertorier, dans la suite de son introduction (p. 11-65), une multiplicité de conceptions philosophiques de la #subjectivité (Husserl, Merleau-Ponty, Lévinas, etc.), élaborées dans des contextes très différents du sien, afin de montrer que le domaine qu’elle a choisi (les soins critiques) révèle un aspect de la subjectivité humaine (l’ensemble) demeuré jusque-là dans l’ombre. Cela éclaire non seulement les innovations philosophiques conceptuelles qu’elle entend apporter sur les thématiques du soin et de la subjectivité, mais permet aussi d’encadrer rigoureusement les études de cas qui suivent.

      #microphilosophie #sujet #phénoménologie_du_soin #soin

  • Asma Mhalla : "la dystopie est devenue notre réalité" • FRANCE 24 - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=C8p-QyCtyR0

    Sommes-nous en train de basculer dans une nouvelle forme de totalitarisme, servi par la technologie, qui asservit nos cerveaux, dans l’objectif de nous faire penser d’une certaine manière, de nous convaincre parfois que le réel n’est pas réel ? Qui nous empêche aussi de prendre le temps de réfléchir, nous enlevant par là même, notre liberté ? C’est la thèse développée dans « Cyberpunk, le nouveau système totalitaire », le dernier essai de la politologue Asma Mhalla, invitée d’Au Cœur de l’Info.

    • De retour avec « Cyberpunk », Asma Mhalla, une politologue en vogue
      https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2025/10/19/de-retour-avec-cyberpunk-asma-mhalla-une-politologue-en-vogue_6648056_450005

      L’autrice d’un premier essai remarqué analysant l’influence des nouvelles technologies sur les libertés récidive avec « Cyberpunk », un nouveau best-seller dans lequel elle alerte sur le rapprochement entre les géants de la tech et le pouvoir politique conservateur.

      Un pouvoir de conviction
      Révélée en 2024 avec son premier livre, Technopolitique. Comment la technologie fait de nous des soldats (Seuil), Asma Mhalla, 41 ans, est de retour avec Cyberpunk. Le nouveau système totalitaire. Paru le 19 septembre, cet essai de 208 pages saucissonnées en une vingtaine de chapitres analyse la manière dont ces nouvelles technologies changent la nature même de la chose politique. Il bénéficie d’un #plan_média efficace : invitée à la télévision dans « Quotidien » (TMC) et « C à vous » (France 5), à la radio sur France Inter et France Culture, au micro de l’influenceur Hugo Travers, alias HugoDécrypte, aux Rendez-vous de l’histoire de Blois, au festival Citéphilo à Lille, début novembre, ou lors de rencontres dans les librairies de France, Asma Mhalla déplie son scénario avec un singulier pouvoir de conviction.

      Une théoricienne sur Instagram
      Charismatique et fine débatteuse, Asma Mhalla raconte, comme si c’était nouveau, ce que l’on sait déjà : partant des travaux du spécialiste de Michel Foucault et professeur de droit Bernard Harcourt (La Société d’exposition. Désir et désobéissance à l’ère numérique, Seuil, 2020), ou de ceux de la philosophe Shoshana Zuboff, qui explicitait, dans L’Age du #capitalisme_de_surveillance (Zulma, 2020), la manière dont les intérêts des géants de la tech se substituent à la souveraineté du peuple, Asma Mhalla explique, à grand renfort de posts Instagram, que nos smartphones nous contrôlent. A la clef : un « #techno-fascisme possible », résultat de l’alliance entre dirigeants autoritaires et oligarchies techno-réactionnaires.

      Une plume pressée
      Tiré à 20 000 exemplaires, réimprimé plusieurs fois, Cyberpunk figure dans le top 5 des meilleures ventes dans la catégorie essais (derrière Populicide, de Philippe de Villiers, chez Fayard, et Logocratie, de Clément Viktorovitch, au Seuil) ; deux semaines après sa sortie, il s’était déjà écoulé à 10 000 exemplaires. Une belle performance pour un #livre à l’écriture expéditive mais dont le style démontre l’indéniable éloquence de son autrice. Dans la droite ligne de son titre, qui intrigue, Asma Mhalla déploie un vocabulaire hybride, tout en néologismes et anglicismes : « technoïde », « fluxcratie », « hypermoderne », « hypervitesse », « hyper-stabilisation [du] corps social », « post-law politics »…

      Une transfuge de la finance
      Née en Tunisie, fille d’un père haut fonctionnaire devenu entrepreneur, petite-fille d’un homme politique proche du président indépendantiste Habib Bourguiba, Asma Mhalla étudie au lycée français de Tunis avant de partir, seule, pour Paris. Elle y intègre l’Ecole supérieure de commerce de Paris, qui la prépare à une carrière dans la finance qu’elle entame avec succès dans le conseil en stratégie chez BNP Paribas. Mais, en 2016, elle tombe malade et reste immobilisée durant trois mois. Une expérience qui lui inspire un changement de cap : une fois rétablie, elle obtient un doctorat en études politiques à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et se réinvente en théoricienne du chaos contemporain. Une voix qui semble trouver de l’écho dans nos temps troublés.

      Elle en veut :
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Asma_Mhalla

    • L’article de Clémentine Goldszal n’est pas mieux que le seen de vazi, en plus faut être abonné pour le lire. Elle remarque quoi Clémentine ?
      https://www.lemonde.fr/signataires/clementine-goldszal

      Tiré à 20 000 exemplaires, réimprimé plusieurs fois, #Cyberpunk figure dans le top 5 des meilleures ventes dans la catégorie essais (derrière Populicide, de Philippe de Villiers, chez Fayard

      La cyberpunk à chienne est de retour sur SeenThis
      https://seenthis.net/messages/1135613
      https://w.wiki/FkMc

  • L’attachement au #travail
    https://laviedesidees.fr/L-attachement-au-travail

    En s’appuyant sur #Marx et #Spinoza, J. Read montre comment l’idéologie capitaliste contemporaine restructure notre vie affective autour d’une mythologie du travail, où la souffrance au travail devient paradoxalement une vertu, opposant les « vrais travailleurs » aux prétendus « assistés ».

    #Philosophie #idéologie

  • Donald Trump est-il fasciste ? Comment l’historien américain Robert Paxton a changé d’avis
    https://www.courrierinternational.com/long-format/idees-donald-trump-est-il-fasciste-comment-l-historien-americ

    Éminent spécialiste du fascisme et de la France de Vichy, l’historien américain Robert Paxton pensait l’appellation galvaudée et inadéquate pour décrire Donald Trump. Aujourd’hui, il s’alarme de ce qu’il voit monter sur l’échiquier politique mondial – et en particulier du phénomène “trumpiste” aux États-Unis.

    [Cet article a été publié le 3 novembre 2024 et republié le 19 janvier 2025]

    L’historien Robert Paxton a passé la journée du 6 janvier 2021 rivé à son poste de télévision. Depuis son appartement de Manhattan, il a vu cette foule hostile marcher sur le Capitole, forcer les cordons de police et pénétrer à l’intérieur de l’édifice du Congrès américain. Beaucoup d’intrus portaient des casquettes floquées du sigle Maga [“Make America Great Again”, “rendre sa grandeur à l’Amérique”], d’autres des bonnets orange vif signalant leur appartenance au groupuscule d’extrême droite des Proud Boys. D’autres des accoutrements plus fantaisistes encore. “J’étais totalement hypnotisé par la scène”, me confesse Paxton, que j’ai rencontré cet été chez lui, dans la vallée de l’Hudson. “Je n’imaginais pas une telle chose possible.”

    #paywall

    • Is It Fascism ? A Leading Historian Changes His Mind.
      https://www.nytimes.com/2024/10/23/magazine/robert-paxton-facism.html

      Oct. 23, 2024

      The historian Robert Paxton spent Jan. 6, 2021, glued to his television. Paxton was at his apartment in Upper Manhattan when he watched a mob march toward the Capitol, overrun the security barriers and then the police cordons and break inside. Many in the crowd wore red MAGA baseball caps, while some sported bright-orange beanies signaling their membership in the Proud Boys, a far-right extremist group. A few were dressed more fantastically. Who are these characters in camouflage and antlers? he wondered. “I was absolutely riveted by it,” Paxton told me when I met him this summer at his home in the Hudson Valley. “I didn’t imagine such a spectacle was possible.”

      Paxton, who is 92, is one of the foremost American experts on fascism and perhaps the greatest living American scholar of mid-20th-century European history. His 1972 book, “Vichy France: Old Guard and New Order, 1940-1944,” traced the internal political forces that led the French to collaborate with their Nazi occupiers and compelled France to reckon fully with its wartime past.

      The work seemed freshly relevant when Donald Trump closed in on the Republican nomination in 2016 and articles comparing American politics with Europe’s in the 1930s began to proliferate in the American press. Michiko Kakutani, then the chief book critic for The New York Times, was among the first to set the tone. She turned a review of a new Hitler biography into a thinly veiled allegory about a “clown” and a “dunderhead,” an egomaniac and pathological liar with a talent for reading and exploiting weakness. In The Washington Post, the conservative commentator Robert Kagan wrote: “This is how fascism comes to America. Not with jackboots and salutes,” but “with a television huckster.”

      In a column for a French newspaper, republished in early 2017 in Harper’s Magazine, Paxton urged restraint. “We should hesitate before applying this most toxic of labels,” he warned. Paxton acknowledged that Trump’s “scowl” and his “jutting jaw” recalled “Mussolini’s absurd theatrics,” and that Trump was fond of blaming “foreigners and despised minorities” for ‘‘national decline.’’ These, Paxton wrote, were all staples of fascism. But the word was used with such abandon — “everyone you don’t like is a fascist,” he said — that it had lost its power to illuminate. Despite the superficial resemblances, there were too many dissimilarities. The first fascists, he wrote, “promised to overcome national weakness and decline by strengthening the state, subordinating the interests of individuals to those of the community.” Trump and his cronies wanted, by contrast, to “subordinate community interests to individual interests — at least those of wealthy individuals.”

      After Trump took office, a torrent of articles, papers and books either embraced the fascism analogy as useful and necessary, or criticized it as misleading and unhelpful. The polemic was so unrelenting, especially on social media, that it came to be known among historians as the Fascism Debate. Paxton had, by this point, been retired for more than a decade from Columbia University, where he was a professor of history for more than 30 years, and he didn’t pay attention to, let alone participate in, online debates.

      Paxton was reluctant to join other historians in equating Trumpism with fascism. Jan. 6 changed his mind.Credit...Ashley Gilbertson/VII, for The New York Times
      Jan. 6 proved to be a turning point. For an American historian of 20th-century Europe, it was hard not to see in the insurrection echoes of Mussolini’s Blackshirts, who marched on Rome in 1922 and took over the capital, or of the violent riot at the French Parliament in 1934 by veterans and far-right groups who sought to disrupt the swearing in of a new left-wing government. But the analogies were less important than what Paxton regarded as a transformation of Trumpism itself. “The turn to violence was so explicit and so overt and so intentional, that you had to change what you said about it,” Paxton told me. “It just seemed to me that a new language was necessary, because a new thing was happening.”

      When an editor at Newsweek reached out to Paxton, he decided to publicly declare a change of mind. In a column that appeared online on Jan. 11, 2021, Paxton wrote that the invasion of the Capitol “removes my objection to the fascist label.” Trump’s “open encouragement of civic violence to overturn an election crosses a red line,” he went on. “The label now seems not just acceptable but necessary.”

      Until then, most scholars arguing in favor of the fascism label were not specialists. Paxton was. Those who for years had been making the case that Trumpism equaled fascism took Paxton’s column as a vindication. “He probably did more with that one piece than all these other historians who’ve written numerous books since 2016, and appeared on television, and who have 300,000 Twitter followers,” says Daniel Steinmetz-Jenkins, an assistant professor at Wesleyan and the editor of a recent collection of essays, “Did it Happen Here?” Samuel Moyn, a historian at Yale University, said that to cite Paxton is to make “an authority claim — you can’t beat it.”

      This summer I asked Paxton if, nearly four years later, he stood by his pronouncement. Cautious but forthright, he told me that he doesn’t believe using the word is politically helpful in any way, but he confirmed the diagnosis. “It’s bubbling up from below in very worrisome ways, and that’s very much like the original fascisms,” Paxton said. “It’s the real thing. It really is.”

      Calling someone or something “fascist” is the supreme expression of moral revulsion, an emotional impulse that is difficult to resist. “The temptation to draw parallels between Trump and the fascist leaders of the 20th century is understandable,” the British historian Richard J. Evans wrote in 2021. “How better to express the fear, loathing, and contempt that Trump arouses in liberals than by comparing him to the ultimate political evil?” The word gets lobbed at the left too, including by Trump at Democrats. But fascism does have a specific meaning, and in the last few years the debate has turned on two questions: Is it an accurate description of Trump? And is it useful?

      Most commentators fall into one of two categories: a yes to the first and second, or a no to both. Paxton is somewhat unique in staking out a position as yes and no. “I still think it’s a word that generates more heat than light,” Paxton said as we sat looking out over the Hudson River. “It’s kind of like setting off a paint bomb.”

      Paxton, who speaks with the lilt of a midcentury TV announcer or studio star, is an elegant, reserved man, with a dapper swoop of hair, long gone white, his face etched with deep lines. He and his wife, the artist Sarah Plimpton, moved out of New York City, where they lived for 50 years near the Columbia campus, only a few years ago. He told me that what he saw on Jan. 6 has continued to affect him; it has been hard “to accept the other side as fellow citizens with legitimate grievances.” That is not to say, he clarified, that there aren’t legitimate grievances to be had, but that the politics of addressing them has changed. He believes that Trumpism has become something that is “not Trump’s doing, in a curious way,” Paxton said. “I mean it is, because of his rallies. But he hasn’t sent organizers out to create these things; they just germinated, as far as I can tell.”

      Whatever Trumpism is, it’s coming “from below as a mass phenomenon, and the leaders are running to keep ahead of it,” Paxton said. That was how, he noted, Italian Fascism and Nazism began, when Mussolini and Hitler capitalized on mass discontentment after World War I to gain power. Focusing on leaders, Paxton has long held, is a distraction when trying to understand fascism. “What you ought to be studying is the milieu out of which they grew,” Paxton said. For fascism to take root, there needs to be “an opening in the political system, which is the loss of traction by the traditional parties” he said. “There needs to be a real breakdown.”

      Paxton was not quite 40 when he published his groundbreaking book about the Vichy regime. In demonstrating that France’s leaders actively sought collaboration with the Nazis and that much of the public initially supported them, he showed that the country’s wartime experience was not simply imposed but arose from its own internal political and cultural crises: a dysfunctional government and perceived social decadence.

      Later in his career, Paxton began to write comparatively about fascist movements across Europe in the 1920s and ’30s: what caused them to grow and win power (as in Italy and Germany) or to fail (as in Britain). The work was a response to what he saw as a fundamental misconception on the part of some of his peers, who defined fascism as an ideology. “It seems doubtful,” Paxton wrote in The New York Review of Books in 1994, “that some common intellectual position can be the defining character of movements that valued action above thought, the instincts of the blood above reason, duty to the community above intellectual freedom, and national particularism above any kind of universal value. Is fascism an ‘ism’ at all?” Fascism, he argued, was propelled more by feelings than ideas.

      Fascist movements succeeded, Paxton wrote, in environments in which liberal democracy stood accused of producing divisions and decline. That remains true not just of the United States today but also of Europe, especially France, where the far-right National Rally party of Marine Le Pen has inched closer and closer to power with each election cycle. “Marine Le Pen has gone to considerable lengths to insist that there is no common ground between her movement and the Vichy regime,” Paxton told me. “For me, to the contrary, she seems to occupy much the same space within the political system. She carries forward similar issues about authority, internal order, fear of decline and of ‘the other.’”

      Fifty years after “Vichy France” was published, it remains a remarkable book. It offers jarring details on the material and practical support provided to Nazi Germany by France, the largest supplier to the German war economy of both food and foreign male laborers in all of occupied Europe. But it also illuminates, with clarity and a degree of even-handedness that feels astonishing today, the competing historical and political traditions — progressive versus Catholic traditionalist, republican versus ancien-régime — that created the turbulent conditions in which Vichy could prevail and that continue to drive French politics today.

      “Vichy France,” published in France in 1973, profoundly shook the nation’s self-image, and Paxton is still something of a household name — his picture appears in some French high school history textbooks. He often comes up in the mudslinging of French politics. Éric Zemmour, a far-right pundit and one-time presidential candidate, who has sought to sanitize far-right politics in France by rehabilitating Vichy, has attacked Paxton and the historical consensus he represents.

      In “Vichy France,” Paxton asserted that “the deeds of occupied and occupier alike suggest that there come cruel times when to save a nation’s deepest values one must disobey the state. France after 1940 was one of those times.” The book was a “national scandal,” Paxton said. “People were quite horrified.” Paxton’s adversaries called him a naïf: He was American and had no history of his own. “I said, ‘Oh, boy, you don’t know anything,’” Paxton told me.

      Paxton was born in 1932 and raised in Lexington, a small town in the Appalachian hills of western Virginia. As he wrote in the introduction to “Vichy France” when it was reissued in 2001, his own family “still brooded, a century later, about its decline after the death of my great-grandfather in the Battle of Chancellorsville on May 3, 1863.” Paxton’s father was a lawyer and publisher of the local newspaper, and his family was liberal, but nonetheless they could see the “substantial house on a hilltop” that had belonged to his father’s grandfather, a brigadier general in the Confederate Army, occupied by another family since 1865. “The bitterness of the defeated South tended to express itself in the study of history,” he wrote. “My fellow Southerners spent their time researching, debating, commemorating, rewriting, even re-enacting their four-year ‘war for Southern independence.’” Surely, he thought, he would find in France “an equally active fascination with the history of Vichy.”

      Paxton chose to study European history to get away from American history, especially the South, which “felt rather stultifying,” he said. His parents sent him to Exeter for his last two years of high school, but instead of going on to Harvard or Yale, he decided to return to Lexington to attend Washington and Lee University, like generations of Paxtons before him. After graduating, he won a Rhodes scholarship to Oxford, did two years of military service, working for the Navy leadership in Washington, and then went to Harvard to earn a Ph.D. In 1960, he arrived in France to begin research for his dissertation.

      Paris at the time was brimming with rumors of an impending coup by French generals who were fighting to keep Algeria, then a colony, French, and who were angry that the government in Paris was not supporting them. The notion of an Army officer class that was loyal to the nation but not to its current government was, to Paxton, a resonant one. He wanted to write about how the officers were trained, but when he went to search the military academy’s archives, he was told they were bombed in 1944. A French adviser suggested that he focus instead on the Vichy period, a time of great confusion. But it had been only 15 years since the end of the war, and France had a rule about keeping archives closed for 50 years. Fortunately, Paxton also spoke German, and so there was another resource: the German archives, which had been captured by Allied forces and made accessible on microfilm.

      As he sorted through documents, Paxton began to question the narrative about Vichy that became dominant after the war. The French held that the Nazis maintained total dominion over France, and that Vichy was doing only what was necessary to protect the nation while waiting for liberation — the so-called double game. But this did not correspond to the records. “What I was finding was a total mismatch,” Paxton told me. “The French popular narrative of the war had been that they’d all been resisters, even if only in their thoughts. And the archives were just packed with people clamoring, defense companies wanting to construct things for the German Army, people who wanted to have jobs, people who wanted to have social contacts.”
      Image

      In his book, Paxton argued that the shock and devastation of France’s 1940 military defeat, for which many French blamed the four years of socialist government and the cultural liberalization that preceded it, had primed France to accept — even support — its collaborationist government. After World War I, France was a power in decline, squeezed between the mass production of the United States and the strength of the newly formed Soviet Union. Many French citizens saw the loss of France’s prestige as a symptom of social decay. These sentiments created the conditions for the Vichy government to bring about what they called “the national revolution”: an ideological transformation of France that included anti-Jewish laws and, eventually, deportation.

      Every major French publication and broadcast reviewed the book. One reviewer sarcastically congratulated Paxton for solving France’s problems. Another offered “hearty cheers to this academic sitting in his chair on the other side of the Atlantic, 30 years later.” Many commentators, however, recognized that perhaps only an outsider could have accomplished what he did. It was true that the postwar narrative was already being publicly challenged: “The Sorrow and the Pity,” a searing 1969 documentary about French collaboration, and the controversial pardon of a Vichy parapolice leader raised questions among the younger generation about what actually happened during that period. But it was Paxton who “legitimized changes that were in the process of happening in French society,” Henry Rousso, a French historian and expert on Vichy, told me. “He had the allure of a Hollywood star. He was the perfect American for the French.”

      Paxton’s scholarship became the foundation for an entirely new field of research that would transform France’s official memory of World War II from one of resistance to one of complicity. It came to be known as the Paxtonian revolution. Yet even at the time, Paxton was judicious about the uses and misuses of “fascism.” In “Vichy France,” he acknowledged that “well past the halfway point of this book, the term fascism has hardly appeared.” This was not, he continued, “to deny any kinship between Vichy France and other radical right regimes of the 20th century,” but because “the word fascism has been debased into epithet, making it a less and less useful tool for analyzing political movements of our times.”

      To describe the French case as “fascism,” Paxton went on, was to dismiss “the whole occupation experience as something alien to French life, an aberration unthinkable without foreign troops imposing their will.” This, he warned, was a “mental shortcut” that “conceals the deep taproots linking Vichy policies to the major conflicts of the Third Republic.” That is, to everything that came before.

      In determining what counts as fascism, many historians still rely on parameters that came from Paxton. Throughout the 1960s and ’70s, historians argued about how best to understand and define it. Paxton wasn’t much involved in those debates, but by the early ’90s, he found himself dissatisfied with their conclusions. Their scholarship focused on ideas, ideology and political programs. “I found it bizarre how every time someone set out to publish a book or write an article about fascism, they began with the program,” Paxton told me when we met again, at Le Monde, a French bistro near the Columbia campus. “The program was usually transactional,” he said over our very French lunch of omelets and frites. “It was there to try to gain followers at a certain period. But it certainly didn’t determine what they did.”

      In 1998, Paxton published a highly influential journal article titled “The Five Stages of Fascism,” which became the basis for his canonical 2004 book, “The Anatomy of Fascism.” In the article, Paxton argued that one problem in trying to define fascism arose from the “ambiguous relationship between doctrine and action.” Scholars and intellectuals naturally wished to classify movements according to what their leaders said they believed. But it was a mistake, he said, to treat fascism as if it were comparable with 19th-century doctrines like liberalism, conservatism or socialism. “Fascism does not rest explicitly upon an elaborated philosophical system, but rather upon popular feelings about master races, their unjust lot, and their rightful predominance over inferior peoples,” he wrote in “The Anatomy of Fascism.” In contrast to other “isms,” “the truth was whatever permitted the new fascist man (and woman) to dominate others, and whatever made the chosen people triumph.”

      Whatever promises fascists made early on, Paxton argued, were only distantly related to what they did once they gained and exercised power. As they made the necessary compromises with existing elites to establish dominance, they demonstrated what he called a “contempt for doctrine,” in which they simply ignored their original beliefs and acted “in ways quite contrary to them.” Fascism, Paxton argued, was best thought of as a political behavior, one marked by “obsessive preoccupation with community decline, humiliation or victimhood.”

      The book, already a staple of college syllabuses, became increasingly popular during the Trump years — to many, the echoes were unmistakable.

      *

      When Paxton announced his change of mind about Trump in his 2021 Newsweek column, he continued to emphasize that the historical circumstances were “profoundly different.” Nonetheless, the column had a significant impact on the ongoing, and newly fierce, debate over whether Trump could be labeled a fascist. Ruth Ben-Ghiat, a historian of Italian Fascism at New York University, says that the column’s importance lay not only in the messenger, but also in marking Jan. 6 as a “radicalizing event.” In his 1998 article, Paxton outlined how fascism evolved, either toward entropy or radicalization. “When somebody allies with extremists to get to power and to sustain them, you have a logic of radicalization,” Ben-Ghiat says. “And we saw this happening.”

      Not everyone was persuaded. Samuel Moyn, the Yale historian, told me it was impossible not to admire Paxton — “he’s a scholar’s scholar, while also making a huge political difference” — but he still disagreed. In 2020, Moyn argued in The New York Review of Books that the problem with comparisons is that they can prevent us from seeing novelty. In particular, Moyn was concerned about the same “mental shortcuts” that Paxton warned against more than 50 years earlier. “I wanted to say, Well, wait, it’s the Republican Party, along with the Democratic Party, that led to Trump, through neoliberalism and wars abroad,” Moyn told me. “It just seems that there’s a distinctiveness to this phenomenon that maybe makes it not very helpful to use the analogy.”

      Michael Kimmage, a historian at Catholic University who specializes in the history of the Cold War and worked at the State Department, told me that even when it comes to Putin, a good candidate for the “fascist” label, the use of the word often generates a noxious incuriousness. “It becomes the enemy of nuance,” Kimmage says. “The only thing that provides predictive value in foreign policy, in my experience, is regime type,” Kimmage says. He argues that Putin has not behaved as a full-blown fascist, because his regime depends on maintaining order and stability, and that affects how he wages war. It should affect how the United States responds too.

      But for those who use the label to describe Trump, it is useful precisely because it has offered a predictive framework. “It’s kind of a hypothesis,” John Ganz, the author of a new book on the radical right in the 1990s, told me. “What does it tell us about the next steps that Trump may take? I would say that as a theory of Trumpism, it’s one of the better ones.” No one expects Trumpism to look like Nazism, or to follow a specific timeline, but some anticipated that “using street paramilitary forces he might do some kind of extralegal attempt to seize power,” Ganz said. “Well, that’s what he did.”

      Some of the most ardent proponents of the fascism label have taken it quite a bit further. The Yale historian Timothy Snyder offers lessons on fighting Trumpism lifted from totalitarian Germany in the 1930s in the way that many other historians find unhelpful. But the debate is not just an intellectual one; it’s also about actual tactics. Some on the far left accuse prominent figures in the political center (whom Moyn calls “Cold War liberals”) of wielding the label against Trump to get them to fall in line with the Democratic Party, despite having strong differences with parts of its platform. Steinmetz-Jenkins told me that he objects to the attitude that “what matters is winning, so let’s create an enemy, let’s call it fascism for the purpose of galvanizing consensus.” And this kind of politics, Kimmage notes, also comes with its own dangers. “Sometimes waving that banner, ‘You fascists on the other side, and we the valiant anti-fascists,’ is a way of just not thinking about how one as an individual or as part of a class might be contributing to the problem,” he says.

      Paxton has not weighed in on the issue since the Newsweek column, spending much of his time immersed in his life’s second passion, bird-watching. At his home in the Hudson Valley, I read back to him one of his earlier definitions of fascism, which he described as a “mass, anti-liberal, anti-communist movement, radical in its willingness to employ force . . . distinct not only from enemies on the left but also from rivals on the right.” I asked him if he thought it described Trumpism. “It does,” he said. Nonetheless, he remains committed to his yes-no paradigm of accuracy and usefulness. “I’m not pushing the term because I don’t think it does the job very well now,” Paxton told me. “I think there are ways of being more explicit about the specific danger Trump represents.”

      When we met, Kamala Harris had just assumed the Democratic nomination. “I think it’s going to be very dicey,” he said. “If Trump wins, it’s going to be awful. If he loses, it’s going to be awful too.” He scoured his brain for an apt historical analogy but struggled to find one. Hitler was not elected, he noted, but legally appointed by the conservative president, Paul von Hindenburg. “One theory,” he said, “is that if Hindenburg hadn’t been talked into choosing Hitler, the bubble had already burst, and you would have come up with an ordinary conservative and not a fascist as the new chancellor of Germany. And I think that that’s a plausible counterfactual, Hitler was on the downward slope.” In Italy, Mussolini was also legitimately appointed. “The king chose him,” Paxton said, “Mussolini didn’t really have to march on Rome.”
      Trump’s power, Paxton suggested, appears to be different. “The Trump phenomenon looks like it has a much more solid social base,” Paxton said. “Which neither Hitler nor Mussolini would have had.”

      #Trump #Robert_Paxton #fascisme #fascisme_par_le_bas #subjectivité

    • (...) Trump, dont [un des] ouvrages préférés, est un livre de discours d’Adolf Hitler (comme l’avait révélé, dans une interview pour Vanity Fair, Ivanna Trump, la première épouse du magnat).

      Tout comme Mencius Moldbug, Donald Trump pense que le dictateur du IIIème Reich a "aussi fait de bonnes choses", comme l’a confié au New York Times le général à la retraite John Kelly, ex-chef de cabinet de Trump lors de son premier mandat. L’une des premières décision de Donald Trump aura été de lever l’interdiction aux États-Unis de la plateforme chinoise #TikTok. Pour amadouer l’ours Xi Jinping ? Peut-être, mais pas seulement.

      Comme l’a révélé un rapport publié le 17 septembre dernier par l’ONG américaine Media Matters, prolifèrent sur l’application TikTok (depuis avril 2024) des discours d’Adolf Hitler, traduits en anglais par l’IA, qui le font passer pour un homme qui aurait été diabolisé, en niant ou en minimisant la gravité de ce qu’il a fait. Ces vidéos ont été vues des millions de fois.

      https://www.leshumanites-media.com/post/heil-trump

      (une remise en selle qui jouxte avec celle, plus ancienne, du Protocole des Sages de Sion dans d’autres contrées où ce qui est Russe a le mérite de ne pas être « occidental »)

    • Édito

      Par Ambroise Garel

      Je me dis souvent qu’il serait chouette que Diderot, revenu d’entre les morts, débarque dans mon bureau, où je lui montrerais Wikipédia. Passée la sidération provoquée par sa brusque résurrection puis par l’exposition à une technologie qui échappe totalement à tous les référentiels dont dispose son esprit, il serait probablement très enthousiaste et me demanderait comment fonctionne pareille technologie que j’utilise au quotidien. Ce à quoi je répondrais « mwwehhh, euh, c’est des paquets de données TCP/IP qui, euh... c’est magique ! », réponse qui ne saurait satisfaire un homme des Lumières.

      De la même façon, je me demande comment j’expliquerais à Adam Smith ce qui s’est passé ce week-end. Mettons de côté la partie préliminaire, où je devrais expliquer à l’auteur de La Richesse des nations ce qu’est un memecoin (comptez un jour ou deux), pour nous concentrer sur le cœur de cette histoire, à peine croyable : en lançant ce memecoin dont la capitalisation a immédiatement explosé, Donald Trump, en l’espace de même pas un week-end, aurait plus que décuplé sa richesse.

      C’est bien sûr plus complexe que cela : comme l’explique très bien la spécialiste des cryptos Molly White, multiplier la valeur d’un trumpcoin, à son cours actuel, par le nombre total de tokens (dont 80 % des tokens n’ont pas encore été émis et restent sous le contrôle de ses diverses holdings) n’a guère de sens. Néanmoins, en plus d’avoir créé une bulle spéculative qui a permis à des petits malins de se faire des millions en quelques heures, le trumpcoin constitue un précédent aussi fascinant qu’inquiétant. Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un outil permettant de transformer, littéralement, le pouvoir en or. Mais surtout parce qu’avec son coin, Trump a fait entrer la corruption dans une nouvelle ère : au cours des trois prochaines années, 24 millions de trumpcoins seront mis en vente chaque mois, donnant l’occasion à n’importe qui de déposer, là aussi littéralement, de l’argent sur le compte bancaire du président des États-Unis d’Amérique. Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ?

      Tout, en fait. Y compris pour Trump. Par l’odeur du pognon alléchée, l’équipe de Melania Trump a lancé son coin à son tour, torpillant du même coup la valeur de celui de son mari et la crédibilité des cryptomonnaies. Si même les sites procrypto et les cryptobros le disent, il reste des raisons d’espérer que toute cette tambouille s’effondre vite.

      P.S. : En guise de grosse coda (#masculinisme) à cet édito, un petit mot sur le salut nazi adressé par Musk à la foule durant la cérémonie d’investiture de Trump et une tentative de répondre à la question qui me hante : pourquoi a-t-il fait ça ?

      Non que je doute que Musk ait des sympathies nazies (qui peut encore oser le nier après sa conversation avec Alice Weidel ?) ou que je me demande s’il s’agissait bien d’un salut hitlérien (là aussi, il paraît difficile d’en douter). Mais parce que je reste convaincu que, même sous une administration Trump et dans le contexte géopolitique qu’on connaît, faire un salut nazi devant les caméras du monde entier reste un move stupide, auquel aucun idéologue d’extrême-droite « sérieux » ne se serait risqué.

      Mais Musk n’est pas un idéologue ordinaire. C’est avant tout un troll. Et pour le troll, issu de 4chan, du Gamergate et de toute cette culture de la provoc’ et de l’ironie trash où la souffrance de l’autre est toujours plus ou moins réductible à une blague, la seule question est celle des limites. Plus les modérateurs sont coulants, plus il se permet de choses. Et là, sur scène, devant une foule galvanisée, alors que Trump a gagné, que la victoire idéologique semble totale, qu’aucun pisse-froid de démocrate ne risque de lui taper sur les doigts, mods are asleep. Alors il se lâche.

      Peut-être est-ce un bon résumé de ce vers quoi nous allons : un monde où personne, sur les plateformes comme ailleurs, n’est là pour modérer le défoulement pulsionnel des trolls.

      source : https://lepavenumerique.substack.com

  • #Contre-cartographie : ce que Google Maps ne vous montre pas

    Pour trouver son chemin, et de préférence avec l’itinéraire le plus rapide, nombreuses sont les cartes dans nos poches : Google Maps, Waze, etc. Elles peuvent nous géolocaliser en temps réel, mesurer les distances parcourues, mais aucune d’entre elles n’est capable de représenter les ressentis et les vécus liés à nos déplacements. La contre-cartographie vient rebattre les cartes, et bouscule notre rapport utilitaire à l’espace. Ici, pas question de suivre la supposée #objectivité scientifique, on veut représenter le monde tel qu’on le vit pour mieux mettre en avant les problématiques invisibles à l’œil nu : dynamiques raciales, enjeux environnementaux ou même nos propres questionnements intérieurs.
    Tracks part à la rencontre de celles et ceux qui spatialisent les enjeux sociétaux et cartographient notre intime. L’artiste canadienne #Larissa_Fassler dessine les contours des #inégalités qu’elle lit dans les espaces publics. Le danseur et performeur #Mathias_Poisson porte son attention sur le vivant et suit ses sens pour cartographier sa #subjectivité. #Stéphanie_Sagot, quant à elle, œuvre à retranscrire le monde sous un prisme éco-sensible avec des cartes-peintures de #paysages.

    https://www.youtube.com/watch?v=zobSOVvxKsM


    #vidéo #cartographie #pouvoir #domination
    ping @reka

    • Notez qu’il y a en ce moment une discussion débat au sein de notre groupe informel réuni avec et autour du collectif orangotango+( This is not an atlas , Transcript, 2018, téléchargeable gratuitement sur le site https://notanatlas.org/book) sur la terminologie même de « contre-cartographie », et ceci entre les Philippines (Merci Joseph et Boris) L’Allemagne, la France, la Norvège et l’Amérique du sud (Argentine et Brésil, merci Paul et Severin ainsi que Camila), rien de moins ! Et un concensus est en train de se dégager doucement, pour renoncer au terme « contre-cartographie » au profit de quelquechose de moins « destructif », mais on continue à réfléchir.

      Merci @cdb_77 Cristina d’avoir signalé cet excellent reportage. Je me suis réjouis de voir Matthias et Larissa Fassler (je ne connaissais pas Stéphanie Sagot). C’est extrêmement bien fait il se dit des choses très fondamentales et intéressantes, qui ouvrent des pistes de réflexions qui méritent vraiment d’être développées. Je me rends compte, en les écoutant attentivement, que j’aime beaucoup ce qu’ils fon, j’aime rêver, et me plonger dans leurs univers aux marges de l’art, de l’imaginaire et du réel. De mon côté je développe des approches qu’elles soient radicales ou critiques, expérimentales et sensibles mais sur des chemins différents, m’appuyant beaucoup plus sur les représentations géométriques, sur l’usage souvent détourné de la sémiologie graphique, sur le graphisme suggestif. Ça montre un univers cartographique, des pratiques cartographiques en prolongement, très diversifiées qui font la richesse de cette écriture.

      Enfin il faut regarder les commentaires, certains sont dithyrambiques, d’autres carrément haineux et arrogants : ces commentaires destrructiufs sont très médiocres, mais c’est intéressant de voir comment c’est reçu par une diversité de personnes dans un contexte politique, culturel et social très explosif pour ne pas dire sensible.

  • Au #procès des folles

    « Les violences sont déplacées dans le champs du #fantasme »

    Victimes de violences physiques et psychologiques de la part de leurs ex conjoints, Anouk et Marie doivent être expertisées par des psychologues et psychiatres suite aux #démarches_juridiques qu’elles entament, au pénal et au civil. Elles racontent leurs expériences traumatisantes face à des expertes qui minimisent les faits, remettent en doute leurs paroles, symétrisent les comportements ou encore les accusent d’être hystériques et masochistes. Ces psys considèrent qu’Anouk et Marie « y sont sans doute pour quelque chose », compte tenu de leurs profils psychologiques.

    De très nombreuses femmes vivent les mêmes expériences, source de nouveaux traumatismes, devant la justice, mais aussi dans les cabinets libéraux. Cet épisode décrypte le processus de #psychologisation de la violence (des victimes, mais aussi des agresseurs) qui permet de mieux l’occulter. Avec les analyses de psychologues et d’avocates qui tentent de faire changer ces pratiques.

    https://www.arteradio.com/son/61684896/au_proces_des_folles
    #justice #violence #procès_pénal #procès #traumatisme #masochisme #hystérie #occultation #invisibilisation #psychologie #anxiété #VSS #violences_sexuelles #expertise #peur #honte #répétition #larmes #humiliation #culturalisation #religion #histoire_familiale #hystérie #suspicion #intimité #expertise_psychologique #enquête_de_crédibilité #crédibilité #toute_puissance #traumatisme #post-traumatisme #consentement #colère #tristesse #témoignage #anxiété_généralisée #traumatisme_de_trahison #troubles_du_stress_post-traumatique (#TSPT) #subjectivité #psychanalyse #névrose #masochisme #analyses_paradoxales #présomption_de_masochisme #présomption #concepts #mise_en_scène #jeu #mensonge #manipulation #exagération #répétition #co-responsabilité #dépsychologisation #féminisme #violences_politiques #vulnérabilité #expertises_abusives #maltraitance_théorique #théorie #rite_de_domination #violences_conjugales #analyse_sociale #psychologisation_de_la_violence #patriarcat #domination #violence_systémique #féminicide #sorcière #pouvoir #relation_de_pouvoir #victimisation #violences_conjugales #crime_passionnel #circonstances_atténuantes #injustice #haine #haine_contre_les_femmes #amour #viol #immaturité #homme-système #empathie #désempathie #masculinité #masculinité_violente #violence_psychologique #humiliations #dérapage #déraillement #emprise_réciproque #reproduction_de_la_violence #émotions #récidive #intention #contexte #figure_paternelle #figure_maternelle #imaginaire #violence_maternelle #materophobie #mère_incenstueuse #parentalité_maternelle #parentalité_paternelle #dénigrement

    #audio #podcast

    ping @_kg_

    • Merci
      Cette émission a fait un écho tremblant aux accusations et dénigrements de psychologues dont j’avais requis les compétences pour m’aider (croyais-je) alors que j’étais en soin pour un cancer du sein métastasé. La première, je n’ai pas ouvert la bouche que déjà elle me dit que je me suis assise de façon présomptueuse et un autre moment elle rit en me disant qu’elle voudrait bien voir mon enfant pour savoir comment il s’en sort d’avoir une mère comme moi. Une autre, à qui j’ai demandé d’agir en relais le temps des soins pour mon enfant qui débute ses études, et qui présente des phases dépressives suite à des maltraitances de son père, lui conseille d’aller vivre chez lui devenu SDF à 600km de là et me donne un rdv où j’apprends qu’il sera présent, refusant de m’entendre alors que c’est moi qui l’ai toujours payé. Tellement choquée que je pars en voir une autre pour lui demander si il est normal d’agir ainsi. Cette fois, en sortant, j’étais responsable du cancer qui m’avait fait perdre mon sein dû à des problèmes psys de maternité non résolu, j’allais détruire mon entourage, mon enfant également et j’avais juste envie de me suicider.
      J’ai quand même repris trois mois plus tard un suivi par une psychologue de la clinique qui m’a cette fois réellement écoutée et aidée. Jamais eu le courage cependant de retourner voir les 3 autres pour dénoncer leur incompétence et leurs humiliations.

      #psychologues #violences_psychologiques #maternophobie #courage_des_femmes

  • Où va la #psychiatrie contemporaine ?
    https://laviedesidees.fr/Ou-va-la-psychiatrie-contemporaine

    Tout en affirmant la liberté des malades et la nécessité d’une conception non discriminante de la pathologie, la psychiatrie ne s’est pas pour autant émancipée de toute forme de contrainte et de normalisation.

    #médecine #Sciences #santé_mentale
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20240220_psychiatrie.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20240220_psychiatrie-2.docx

    • En tant qu’ils sont attachés à la quotidienneté, il n’est pas étonnant que ce soit du côté des #GEM et des réseaux sociaux de soin que, de nombreux problèmes et notions de la #psychothérapie_institutionnelle d’inspiration psychanalytique soient au travail, et ce malgré la place nouvelle que la liberté des patients a pu prendre et la fin des prises en charge asilaires au long cours. Des questions sont reformulées et des solutions nouvelles sont créées. Les GEM trouvent, tout à fait officiellement, leur modèle dans les #clubs_thérapeutiques qui furent expérimentés et élaborés dans certains asiles psychiatriques. Les formes possibles de l’accueil inconditionné des personnes en #souffrance_psychiques y sont aujourd’hui discutées, dans une reprise de la fonction de protection des asiles qu’il s’agit d’actualiser. De même, les dispositifs de pair-aidance, qui cherchent à institutionnaliser les soins que les personnes souffrantes peuvent se donner les unes aux autres reprennent et transforment les questions qui étaient liées au transfert et au contre-transfert dans les cures psychanalytiques et dans la psychothérapie institutionnelle.

      #subjectivités #soin #handicap

  • Les dames de l’algorithme
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/le-code-a-change-6-5342040

    Absolument passionnant !

    L’histoire d’un groupe « d’annotatrices » qui entraînent un programme d’IA sur un programme d’anonymisation automatique des décisions de justice qui doivent maintenant être accessibles à tous.

    C’est l’histoire d’une jeune chercheuse qui se lance dans une thèse de sociologie sur l’Intelligence artificielle dans la Justice française. Par un mélange de hasard et de persévérance, elle tombe sur un « terrain » assez inattendu. Quelques bureaux du Palais de Justice, sur l’île de la Cité, à Paris, où on entraîne un algorithme auto-apprenant.

    #Intelligence_artificielle #Justice #Annotation

  • Les aventures de l’enquête militante, Davide Gallo Lassere, Frédéric Monferrand, Rue Descartes 2019/2 (N° 96), pages 93 à 107
    https://www.cairn.info/revue-rue-descartes-2019-2-page-93.htm

    Depuis la crise de 2008, on assiste à un retour en force de la notion de « capitalisme » sur la scène intellectuelle et dans le débat public, ce qui soulève au moins deux questions : que faut-il au juste entendre par « capitalisme » ? Et qu’est-ce qui en justifie la critique ? Dans une perspective marxienne, la réponse à la première question ne paraît guère problématique, même si elle peut faire l’objet de développements divergents. Par « capitalisme », on entend en effet un mode de production fondé sur la généralisation de l’échange marchand, l’exploitation d’une force de travail « libre » et l’accumulation indéfinie de survaleur. La réponse à la seconde question est en revanche moins évidente, ne serait-ce que parce qu’on trouve dans Le Capital différents modèles de critique du capitalisme.

    Dans les deux premières sections de l’ouvrage, Marx explique que l’échange marchand génère des illusions socialement nécessaires qui imposent aux individus des rôles sociaux unilatéraux en les transformant en simples « porteurs » d’un processus de valorisation anonyme. De la lecture des deux cent premières pages du Capital, on retire donc l’impression que le capitalisme doit être critiqué parce qu’il constitue un système opaque animé d’une tendance incontrôlable à élargir la base de sa reproduction.

    Or, une telle critique, menée du point de vue objectif du capital, resterait formelle si elle n’était complétée par une description, menée du point de vue subjectif du travail, des effets concrets de l’accumulation capitaliste sur l’expérience sociale de celles et ceux qui en assurent la continuité. Dès lors qu’on quitte la sphère de la circulation marchande pour descendre dans l’« antre secret de la production , le capital n’apparaît en effet plus comme un « sujet automate, mais comme une forme de #commandement sur le travail qui suscite des conflits portant sur le #temps et sur l’#organisation de l’activité, qui oppose différentes stratégies d’extraction du surtravail et de refus de l’exploitation et qui se traduit par des dégradations physiques et morales dont Marx, à la suite des inspecteurs de fabrique, fournit la patiente description . Dans cette seconde perspective, le #capitalisme ne doit plus être critiqué parce qu’il constitue un système irrationnel et autoalimenté, mais parce qu’il produit des effets négatifs sur la vie physique, psychique et sociale des subjectivités.

    L’objectif de cet article est de développer ce second modèle critique – qu’on peut qualifier de « critique par les effets » – en montrant qu’il a reçu dans la pratique de l’enquête militante un appui théorique et une continuation politique. Partant des élaborations pionnières du jeune Engels, nous soutiendrons la thèse selon laquelle l’enquête militante permet d’articuler la connaissance des rapports sociaux et l’organisation des pratiques visant à en accomplir la transformation. Car, comme nous tenterons de le montrer ensuite en parcourant la séquence menant des élaborations de Socialisme ou Barbarie en France à celles des _Quaderni rossi puis de Classe operaia en Italie, c’est bien la question de l’organisation qui fournit à l’enquête militante sa raison d’être et en détermine les différentes modalités.

    #enquête_ouvrière #enquête_militante #opéraïsme #stratégie #travail #subjectivité #refus #organisation_autonome #autonomie #barbarie

  • Radio : Renaud Garcia, Anti-industrialisme ou anticapitalisme ?, 2020
    https://sniadecki.wordpress.com/2021/12/01/rmu-garcia-anticapitalisme

    L’anticapitalisme ou la critique du capitalisme, sous les formes de la dénonciation du profit, des marchés, de la finance et des banques, aussi légitime soit-elle, peut ne jamais toucher au cœur de la dépossession universelle qui s’étend depuis plus de deux siècles, à savoir le mode de vie fondé sur le salariat et l’industrie qui permet la production en masse des marchandises.

    Il est donc nécessaire d’élargir la critique sociale, en lui adjoignant une critique culturelle des grandes organisations, du machinisme et de la représentation scientifique du monde.

    La version orale (pas tout à fait pareille que l’écrit) :
    https://archive.org/download/rmu-071-garcia-anticapitalisme/RMU_071_Garcia-Anticapitalisme.mp3

    + version écrite de l’intervention + un glossaire vulgarisé de la critique de la valeur + un début de critique

    Et la même chose mais compilé dans un même PDF :
    https://ia601400.us.archive.org/26/items/rmu-071-garcia-anticapitalisme/RMU_071_Garcia-Anticapitalisme.pdf

    #Renaud_Garcia #radio #radio_zinzine #audio #anti-industriel #anti-capitalisme #capitalisme #débat #critique_de_la_valeur #wertkritik #subsistance #Écran_total #quantification #Marx #travail #critique_du_travail #dépossession #subjectivité

  • « L’art peut participer à la guerre de position », Sandra Lucbert, BALLAST
    https://www.revue-ballast.fr/sandra-lucbert-lart-peut-participer-a-la-guerre-de-position

    Son troi­sième livre, Personne ne sort les fusils, a racon­té de l’in­té­rieur le pro­cès de France Télécom-Orange, qui s’est tenu durant l’an­née 2019. On se sou­vient : suite à la pri­va­ti­sa­tion de la socié­té de télé­com­mu­ni­ca­tions et à son ouver­ture à la concur­rence, les sala­riés, mal­trai­tés, har­ce­lés et ter­ro­ri­sés par les nou­velles formes de mana­ge­ment, se sont mas­si­ve­ment sui­ci­dés — trente-cinq cas au cours des seules années 2008 et 2009. Le PDG, Didier Lombard, avait alors par­lé d’« une mode ». Avec son nou­vel ouvrage, Le Ministère des contes publics, l’écri­vaine Sandra Lucbert ajoute une pierre à son entre­prise de ren­ver­se­ment lit­té­raire du capi­ta­lisme : elle vise, cette fois, la sacra­li­sa­tion de la dette publique et l’im­pact du lan­gage sur la per­cep­tion du monde de la finance. Littérature et poli­tique : une dis­cus­sion affilée.

    À la ques­tion que George Orwell se pose quant aux rai­sons qui le poussent à écrire, il répond qu’il aspire à « faire de l’écriture poli­tique un art à part entière ». Vous ratifiez ?

    Absolument. Avec cepen­dant une pré­ci­sion : je ne consi­dère pas du tout que la lit­té­ra­ture ait essen­tiel­le­ment à être poli­tique. Comme tout art, elle jouit d’une pleine auto­no­mie dans le choix de ses objets ou de ses pro­pos, et tous sont éga­le­ment éli­gibles. Ce que je crois en revanche, c’est qu’il y a des périodes par­ti­cu­lières où per­sis­ter à tour­ner le dos aux objets poli­tiques quand on est auteur ou artiste est un pro­blème. En cer­taines conjonc­tures, la hau­teur des enjeux, des urgences et même des périls nous requiert. Je ne veux pas dire qu’il est inad­mis­sible, pour une auteure ou une artiste, même dans ces conjonc­tures, de conti­nuer à tra­vailler sur des ques­tions ou des objets non poli­tiques, mais si tous les sec­teurs de l’art demeurent dans ce type de ques­tion­ne­ment et dans ce type seule­ment, alors ils col­la­borent objec­ti­ve­ment à ne rien ten­ter du tout pour enrayer les des­truc­tions en cours. Or je pense que nous vivons pré­ci­sé­ment une de ces époques où nous sommes requis. L’art ne peut plus se com­plaire dans la seule pré­oc­cu­pa­tion de l’innovation for­melle : il faut le _tran­si­ti­ver_1, en l’occurrence poli­ti­que­ment. Le sen­ti­ment d’urgence poli­tique m’est venu hors de la lit­té­ra­ture, mais c’est par elle et par ses exi­gences for­melles que j’arrive à faire quelque chose de ce sen­ti­ment d’urgence.

    « Hors de la lit­té­ra­ture », c’est-à-dire où ?

    La herse néo­li­bé­rale, je l’ai sen­tie au tra­vail (dans l’éducation natio­nale et l’hôpital public) comme beau­coup de gens — et, par la lit­té­ra­ture, je cherche les moyens de (me) figu­rer ce qui nous tient, sans quoi je risque la dis­lo­ca­tion. J’ajoute main­te­nant que « faire de l’écriture poli­tique un art à part entière » com­mence par congé­dier l’opposition inepte entre art « à thèse » et art tout court. Si on peut dire d’un roman à sujet poli­tique : roman à thèse, c’est sim­ple­ment que le tra­vail for­mel est insuf­fi­sant à méta­bo­li­ser la matière ana­ly­tique qu’il entend tra­vailler. C’est que ce roman échoue à en faire de la lit­té­ra­ture : pro­duit un suc­cé­da­né d’essai, ou de tract, dégui­sé en roman. L’art poli­tique véri­ta­ble­ment art pose donc une double exi­gence : ana­ly­tique et for­melle. Exigence ana­ly­tique d’abord, car, par défi­ni­tion, l’art requis, l’art poli­ti­que­ment tran­si­ti­vé, se donne pour but de dire quelque chose des objets du social-his­to­rique poli­tique. Pour dire quelque chose d’un objet, il faut l’avoir pen­sé — contrai­re­ment à ce que sou­tiennent les hérauts de l’art du sen­sible-inef­fable, de l’art qui ne réflé­chit pas. Et quand il s’agit des objets du social-his­to­rique capi­ta­liste, la barre ana­ly­tique est pla­cée très haut — il est certes moins fati­guant de s’abandonner à ses pentes asso­cia­tives. Mais ça n’est pas tout : un art poli­tique doit « par­ler » des objets, mais il doit en par­ler à sa manière : avec l’intransigeance de ses exi­gences propres. Travailler les objets poli­ti­co-éco­no­miques, oui, mais dans la gram­maire de l’art. C’est ici qu’il faut sou­li­gner les mérites de l’autonomie du champ — lorsqu’elle ne se dégrade pas en une forme de céci­té poli­tique. Car c’est l’indépendance rela­tive des logiques de l’art qui est garante de l’exigence for­melle dont je parle.

    [...] S’éloignant de sa détestation originelle du règne bourgeois, le champ de l’art a glissé dans l’ignorance de ce qui l’environne et le détermine. C’est là un des effets du refermement autoréférentiel du champ : moins d’incitation à regarder au dehors. Pourtant il y a pire : car, malgré tout, oui, les artistes, bien forcés par les crises, ont fini par se saisir des objets du social-historique. Mais d’une manière où, cette fois, éclate l’ignorance de ce que le dehors fait au-dedans, des effets qu’entraîne pour le champ le fait d’être plongé dans un monde capitaliste qui détermine largement les conditions de la reproduction matérielle et symbolique dans le champ. De sorte que l’anticonformisme dont vous parlez, celui d’un champ qui confond désormais autonomie et méconnaissance du dehors, se retrouve de fait indexé sur la direction hégémonique. (...)

    Un exemple-type, même : la manière dont la question pourtant éminemment politique du « Monde vivant » est traitée. Faire parler la nature pour la rendre sensible, c’est normalement une démarche dictée par la menace qui pèse sur elle. Mais d’où vient cette menace, sinon du capitalisme en ses structures, ses institutions et ses mécanismes ? Or les propositions artistiques sur le Monde vivant s’appliquent à faire surgir du vivant invisible mais jamais l’invisible des structures capitalistes — qui détruisent l’invisible du vivant. Une cécité effarante frappe nombre d’artistes-auteures quand ils ou elles s’aventurent dans un hors-champ qu’ils réduisent à la nature exclusivement — lors même que c’est le hors-champ social historique, capitaliste, qui massacre ce hors-champ naturel. Les bons sentiments ne suffisent pas, et il n’est pas exclu que cela demande un certain effort de sauver les vies invisibles. S’émerveiller de la vie des poulpes avec Vinciane Despret ou de l’ancêtre replié dans l’éponge avec laquelle Baptiste Morizot prend sa douche8 est sans doute un heureux réveil de nos sensibilités, mais c’est un peu léger contre le démantèlement pur et simple de l’ONF ou les creusements de nouveaux pipelines de Total. En l’absence d’une problématisation formelle minimale de ce que fait effectivement le capitalisme fossile, on finit par rendre à Total et ses amis un grand service : on fait circuler de bien belles émotions concernant les morses — pendant que les causes de leur extermination, jamais dégagées, continuent d’opérer.

    #littérature #politique #bourgeoisie_culturelle