• Migration irrégulière : 42 candidats interceptés, dont 10 Sénégalais, une femme enceinte et trois enfants | Seneweb
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    Migration irrégulière : 42 candidats interceptés, dont 10 Sénégalais, une femme enceinte et trois enfants
    Auteur : Ablaye Gadiaga SARR
    La Garde côtière mauritanienne a intercepté, au large de Nouadhibou, une embarcation transportant 42 migrants, dont une femme enceinte et trois enfants. Partie de Kartong, en Gambie, le 2 août, la pirogue avait pour destination les îles Canaries. À son bord se trouvaient 32 Gambiens et 10 Sénégalais. Selon les informations rapportées, l’embarcation s’est retrouvée à court de vivres et sans GPS. Face à cette situation, le capitaine a décidé de faire demi-tour en direction de la Mauritanie. Les 42 passagers sont sains et saufs et ont été pris en charge par les autorités mauritaniennes.

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  • Espagne : un réseau d’exploitation sexuelle de mineures non accompagnées subsahariennes démantelé - InfoMigrants
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    Espagne : un réseau d’exploitation sexuelle de mineures non accompagnées subsahariennes démantelé
    Par La rédaction Publié le : 12/08/2026
    La police espagnole a annoncé mardi 11 août avoir démantelé un réseau de traite de jeunes migrantes subsahariennes à des fins d’exploitation sexuelle. Cinq membres du réseau, qui opéraient depuis les îles Canaries, ont été arrêtés. La Guardia Civil a annoncé mardi 11 août le démantèlement d’une organisation criminelle implantée à Gran Canaria, dans les îles Canaries. Elle est accusée d’avoir recruté des mineures non accompagnées hébergées dans des centres d’accueil afin de les transférer vers l’Espagne continentale et la France où elles ont été exploitées sexuellement.
    L’opération baptisée Jabany a conduit à l’arrestation de cinq personnes, dont un mineur. Grâce au déroulement de cette opération, la Guardia civil a aussi pu libérer deux victimes et empêcher la fuite de quatre autres mineures, « les empêchant de quitter les îles selon la même procédure que dans les cas précédents ».
    L’enquête a débuté après le retour en Espagne d’une jeune migrante qui avait quitté un centre de protection de Gran Canaria et avait été transférée en France. Selon son témoignage, elle avait été attirée par la promesse d’un emploi avant de finalement réussir à revenir en Espagne. Elle a alors raconté sa situation aux autorités. C’est à la suite de ce témoignage que les enquêteurs se sont intéressés à d’autres cas de disparitions de mineures hébergées dans des centres de protection de l’île. Après plusieurs mois d’enquête, ils ont alors constaté un schéma similaire dans plusieurs cas : des mineures quittaient leur centre d’accueil sans leurs documents personnels et apparaissaient quelques heures plus tard sur des vols à destination de différentes villes de la péninsule espagnole.Selon les enquêteurs, le réseau profitait de la vulnérabilité particulière des jeunes filles, souvent sans liens familiaux en Espagne, désireuses de trouver du travail et confrontées à la barrière de la langue.
    Pour la Guardia Civil, la répétition de ces départs et la présence de documents d’identité utilisés pour les voyages ont permis d’établir qu’il ne s’agissait pas de fugues isolées, mais d’une « organisation structurée ». Chaque membre avait des rôles bien définis : « certains membres étaient chargés de contacter les mineurs ou de faciliter les contacts depuis les centres ; d’autres géraient les formalités administratives, la distribution des effets personnels ou l’achat des billets », expliquent les autorités. Dans certains cas, les suspects accompagnaient même les victimes à l’aéroport pour s’assurer qu’elles puissent accéder à la zone d’embarquement et être ensuite transférées vers leur destination finale. Des investigations supplémentaires sont toujours en cours afin de déterminer si d’autres jeunes filles ayant quitté des centres de protection de Gran Canaria au cours des dernières années ont pu être victimes du même réseau. Et si oui, de retrouver leurs traces.Cette annonce intervient alors que la problématique de la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA) en Espagne fait couler beaucoup d’encre. À la suite de l’afflux de plus de 80 000 migrants dans l’enclave de Ceuta fin juillet, il reste des milliers de MNA dans le petit territoire espagnol en terre marocaine et les autorités sont confrontées à leur délicate prise en charge. Parmi eux se trouvent de nombreuses jeunes filles, particulièrement vulnérables aux risques de violences sexuelles et d’exploitation. Quelques adolescents ont trouvé un hébergement provisoire chez des habitants mais de très nombreux jeunes sont toujours contraints de dormir à la rue. Cette situation les expose à de graves risques d’exploitation et de traite d’êtres humains, met en garde l’Unicef. « Certains d’entre eux sont très jeunes, il y a aussi des filles, et c’est un véritable traumatisme de se retrouver seuls, sans projet migratoire », a souligné le directeur général de l’Unicef Espagne, José María Vera, interrogé par le média Cadena Ser.

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  • « Les musulmans de l’enclave sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols » : Ceuta à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
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    « Les musulmans de l’enclave sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols » : Ceuta à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
    Par Mustapha Kessous (Ceuta [Espagne], envoyé spécial)
    L’irruption dans l’enclave espagnole de 72 000 personnes venues du Maroc, entre le 30 et le 31 juillet, a mis en lumière les fêlures et les solidarités qui traversent cette ville où coexistent depuis des siècles chrétiens et musulmans.La file s’étire le long de l’avenue Alcalde José Victori Goñalons, dans le centre de Ceuta. Elle part de la boutique Ria, spécialisée dans le transfert d’argent, devenue un point de repère pour de nombreux migrants qui y retirent les quelques sous envoyés par leurs familles pour survivre dans l’enclave espagnole, coincée entre la Méditerranée et le Maroc. A côté, un porche mène à un marché couvert aux murs bleus. Sangria, tapas et éclats de rire. Dans ce décorum néomauresque, les vacanciers, écrasé de soleil, jouissent d’une quiétude tout andalouse. Sur les mêmes places où, une semaine plus tôt, militaires et policiers ont dispersé, traqués et parfois violemment chassé – certains ont eu des gestes de compassion –, ces exilés.
    La cité européenne en terre africaine vient de vivre ce que ses habitants, policiers et responsables politiques décrivent comme un « drame humanitaire » sans précédent. En quelques heures, 72 000 personnes, selon le ministère de l’intérieur espagnol, essentiellement des Marocains, se sont précipitées vers ce confetti aux 83 000 résidents. Entre le 30 et le 31 juillet, ils ont franchi la frontière, souvent à la nage, après avoir convergé vers Fnideq, la ville marocaine voisine.Dès le 31 juillet dans l’après-midi, la très grande majorité – 70 000 personnes, selon Madrid – a rebroussé chemin vers le Maroc. Dans l’enclave, ils n’ont trouvé ni refuge ni avenir : seulement des commerces fermés, le manque de sommeil, la faim et l’hostilité d’une partie des habitants. « Nous avons eu le sentiment d’être envahis, raconte Guillermo Martinez Arcas, secrétaire général du Parti populaire (PP, droite) à Ceuta et proche collaborateur du président de la ville autonome. Nous nous sommes même demandé si ce n’était pas la fin de Ceuta en tant que ville espagnole. »
    Ce jour-là, la cité s’est figée face au chaos : les commerces ont baissé leurs rideaux, les bureaux ont fermé. Les habitants se sont confinés chez eux. Sans qu’aucune consigne n’ait été donnée, assure le représentant politique. « Il n’y avait pas de commandement unique pour organiser l’ensemble des opérations. Pendant vingt-quatre heures, avant l’arrivée des renforts militaires et de policiers, c’était l’anarchie la plus totale », rapporte-t-il.
    En apparence, la crise semble aujourd’hui terminée, mais « le traumatisme est bien présent », pointe-t-il. Les militaires déployés massivement pour sécuriser le poste-frontière ont quitté Tarajal ; ils sont moins visibles en ville, même s’ils continuent de surveiller l’entrée des centres commerciaux. Des parents refusent de laisser leurs enfants sortir seuls. Il reste encore des milliers de migrants, notamment subsahariens, qui attendent une solution d’hébergement ou d’asile. Certains se sont regroupés sur la plage Benitez, tout près du centre d’accueil temporaire pour migrants, où ils vivent dans des conditions déplorables. Les associations sont débordées.
    Des centaines de très jeunes gens sont aussi à la rue. Le taux d’occupation des centres pour mineurs atteint les « 2 600 % au-dessus de leur capacité critique », a indiqué Juan Jesus Vivas, le président (PP) de la ville autonome. Seuls ou en famille, ils ont trouvé refuge dans une zone industrielle. Un centre de mineurs y est installé mais affiche complet. Ironie de la situation, cette zone jouxte la frontière. Des gamins, derrière les grillages, demandent quelques euros aux Marocains qui viennent de franchir le contrôle des passeports, côté espagnol.Sahra, 5 ans, empêche sa mère de dormir. « Elle a cru que j’allais me noyer lors de la traversée, raconte Assia Ezzaouaq, 33 ans. Quand je ferme les yeux, elle me dit : “Non maman, je ne veux pas que tu meures. Ouvre les yeux, maman, reste avec moi.” » D’autres vont se laver dans le cimetière musulman Sidi Embarek, où sont enterrés tant de migrants sans noms. Dans les rues du centre-ville, quelques jeunes implorent quelque chose à manger ou demandent conseils aux « Espagnols-Marocains ».
    Au cours de cet événement hors norme, deux récits se sont écrits simultanément : la joie indescriptible des migrants convaincus d’approcher leur rêve fou – changer de vie en Europe – et la peur des habitants qui regardaient « déferler », depuis leurs fenêtres, une telle foule. Les Espagnols, eux, ont repris une vie normale, faite de plages et de terrasses, tout en s’habituant à côtoyer ces damnés de l’exil. Et en ayant peur d’assister à une nouvelle tentative. Ils continuent à se méfier des autorités marocaines qui lorgnent depuis des années sur ce territoire de 18,5 kilomètres carrés.
    A Ceuta, la frontière ne sépare pas seulement l’Espagne du Maroc. Elle traverse aussi la ville, ses quartiers et les consciences. Certains la franchissent pour entrer en Europe ; d’autres vivent depuis des générations du côté espagnol, tout en étant encore sommés de prouver qu’ils en font partie. « On nous appelle, nous les Espagnols d’origine marocaine, les “musulmans”. Ceuta est une ville très particulière », explique Abdeslam Mohamed, 66 ans, le président d’Alas Protectoras (« ailes protectrices »), une association d’aide aux migrants. Près de la moitié de la population est musulmane. A Ceuta, l’arabe côtoie l’espagnol depuis plusieurs générations. Chauffeurs de bus ou de taxi, serveurs, commerçants, barbiers, agents municipaux, policiers, enseignants, élus… Parmi eux, de nombreux Espagnols d’origine marocaine passent sans cesse du castillan au darija. Il n’est pas rare d’entendre des résidents qui n’ont pas d’origine nord-africaine terminer une phrase par quelques mots d’arabe dialectal. « C’est parfaitement naturel chez nous », explique Julia Ferreras Guerra, députée de l’Assemblée de la ville (Ceuta Ya !, gauche). Le réseau téléphonique marocain est même, de temps à autre, capté jusqu’au cœur de la ville, plaza de Africa.« Mais dès qu’il y a une crise avec le Maroc ou une arrivée massive de migrants, on nous regarde comme si nous étions des étrangers ou des responsables de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière », confie Abdeslam Mohamed, qui a dédié sa vie aux autres. Le 30 juillet et les jours suivants, il n’a pas ménagé sa peine pour apporter son aide « aux victimes », comme il appelle ces migrants. « C’est injuste. Les musulmans de Ceuta ont eu peur comme tous les autres habitants, argue-t-il. Ils ont fermé leurs commerces, protégé leurs familles et aidé les personnes qui arrivaient. Ils ont vécu cette crise en tant qu’habitants de Ceuta. » « II existe une profonde inégalité entre le centre [à majorité chrétienne] et la périphérie [à majorité musulmane]. Alors que les habitants du premier disposent de revenus parmi les plus élevés d’Espagne, ceux de la seconde figurent parmi les plus faibles », explique le politologue Julio Basurco Diaz, proche de la gauche. Ces deux mondes sont reliés par le bus 7, dont le ticket s’élève à 85 centimes d’euros le trajet.
    La crise migratoire a fait apparaître une crainte, plus diffuse : une mise à mal de la coexistence entre chrétiens et musulmans, mais aussi, dans une plus faible proportion, juifs et hindous. Ces deux derniers groupes se sont installés lorsque Ceuta a bénéficié (tout comme Melilla) d’un statut de port franc en 1863, dopant le commerce. Les juifs étaient des séfarades présents dans le nord du Maroc depuis leur expulsion d’Andalousie par la Reconquista catholique de la fin du XVe siècle. Quant aux hindous, ils sont arrivés du territoire britannique de Gilbratar après 1905. « Cette coexistence est notre singularité. Et personne ne veut la perdre, elle fait partie de notre identité et nous en sommes fiers », affirme Guillermo Martinez Arcas.
    Souvent célébrée comme une particularité de Ceuta, cette cohabitation se vit plus durement dans les quartiers populaires. Depuis sa terrasse, Ahmed Atché, un ouvrier d’une quarantaine d’années, contemple une Méditerranée d’un bleu éclatant. Ainsi que la frontière métallique qui lacère le paysage. Le Maroc est juste en face, à quelques pas. Depuis la crise, une barrière flottante orange de 500 mètres de long, installée par les autorités espagnoles, prolonge désormais la frontière jusque dans la mer. Cet homme aux lunettes rondes vit à Principe, un quartier qui domine le poste-frontière, sans doute le plus marocain de la ville. Un labyrinthe de ruelles abruptes, d’impasses ci et là, de façades colorées, comme une médina qui refuserait de dire son nom, et de hanout (« boutiques ») où l’on paie encore en dirhams. Ici, l’appel à la prière rythme la journée et on parle le « darija de Ceuta », un arabe traversé de mots espagnols. « Les familles sont très attachées à leur culture. L’école finissant en début d’après-midi, les enfants apprennent l’arabe », explique le responsable d’un centre islamique qui souhaite rester anonyme « pour ne pas avoir de problème au Maroc ».Pauvre, isolé et malfamé en raison du trafic de drogue – le chômage y serait trois fois supérieur à celui de l’ensemble de la ville –, Principe a aussi servi de décor à une série policière du même nom. C’est dans ce quartier que de nombreux harraga – nom donné aux « brûleurs de frontières », qui quittent leur pays par la mer, sans passeport ni visa – ont trouvé certains de leurs premiers soutiens. Les habitants ont donné couvertures, jouets, habits aux tout-petits et aux mères qui dorment en contrebas. « La solidarité est très forte. Ça m’a rendu malade et triste de voir tous ces jeunes », confie Ahmed Atché.
    Lui a ouvert sa modeste maison à 13 jeunes migrants, dont deux jeunes filles de 17 ans. « Il fallait bien les aider. Voir cette détresse, ces morts [ils sont 77, selon Madrid], ça me fait mal au cœur », dit-il simplement. Ces personnes recueillies viennent de Casablanca, de Tétouan ou de Tanger. Elles ne doivent leur présence à Ceuta qu’à une rumeur, dont personne ne connaît vraiment encore l’origine. Sur TikTok et Instagram circulait la même information : la frontière était ouverte. Ils ont alors foncé à Fnideq sans réfléchir, y voyant l’opportunité d’une vie. En un claquement de doigts, ils ont tourné le dos à leur pays. Ils n’attendent qu’une chose : que le portail de Tarajal qui mène au Maroc, encore ouvert aux retours volontaires, se referme définitivement. Ces réfractaires continueront à se cacher, pour ne pas se faire expulser. Ils ont été marqués par leur première nuit dehors : la peur de se faire coincer par la police, se faire repérer par des drones et chasser par certains jeunes du quartier, surnommés les « fils de Sebta ». Le 31 juillet, des adolescents, visages cagoulés, ont lancé des pierres pour empêcher des groupes de migrants d’approcher. « Ça se comprend. Le quartier était sans protection et il n’y avait pas d’autorités pour le défendre, se souvient Ahmed Atché. Certains voulaient rentrer dans les maisons, se cacher, voler, manger. Mais, heureusement, ça s’est vite calmé. » De retour au Maroc, les éphémères exilés n’ont cessé de raconter que leurs « frères de Sebta » ne voulaient pas d’eux. Certains ont assuré qu’ils ont été visés par des tirs de pistolets.
    Le 1er août, des leaders d’extrême droite sont venus à Ceuta dans une tentative de récupération de ce « traumatisme ». Mais ils ont trouvé face à eux les Espagnols des quartiers populaires qui leur ont dit de « dégager » en scandant : « Ceuta unie, pas divisée ». « On présente souvent Ceuta comme la ville des quatre cultures, c’est une image séduisante, souligne Mohamed Mustafa, député de l’Assemblée de Ceuta (Ceuta Ya !). Mais elle masque une réalité beaucoup plus dure : malheureusement les musulmans de Ceuta sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols. Leur hispanité est toujours suspectée. » Surtout face à une extrême droite qui a dépassé les 20 % des voix au dernier scrutin local de 2023. « Ceuta n’a jamais été une colonie espagnole, elle appartient depuis des siècles à la couronne », relève Mohamed Mustafa. De fait, le territoire a été rattaché à Madrid en 1580 – après avoir été portugais à partir de 1415 – tandis que sa « sœur », Melilla, située 225 kilomètres plus à l’Est, était espagnole à partir de 1497.
    Cet homme affable de 47 ans résume à lui seul l’histoire de cette enclave. Lorsqu’il y naît, en 1978, il n’est pas Espagnol. Pourtant, son père, son grand-père et son arrière-grand-père sont originaires de Ceuta. Jusqu’au milieu des années 1980, une grande partie de la population musulmane de Ceuta ne disposait pas de la nationalité espagnole ni des mêmes droits, vivant dans une sorte de vide juridique.Une mobilisation, parfois réprimée, ainsi que l’entrée de l’Espagne dans la Communauté économique européenne en 1986 ont finalement obligé l’Etat, dans les années suivantes, à régulariser la situation et accorder la citoyenneté à une grande partie de cette population. « Nous sommes profondément ancrés à Ceuta, c’est un combat permanent. L’extrême droite tentera de transformer cette crise en preuve que Ceuta est menacée par les Marocains et par les musulmans », pense-t-il.

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  • Mineurs non pris en charge, Subsahariens dans l’impasse... Une semaine après l’afflux de migrants, Ceuta confrontée à de nombreux défis - InfoMigrants
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    Mineurs non pris en charge, Subsahariens dans l’impasse... Une semaine après l’afflux de migrants, Ceuta confrontée à de nombreux défis
    Par La rédaction Publié le : 06/08/2026
    Une semaine après l’afflux de plus de 70 000 migrants à Ceuta, la situation reste délicate dans l’enclave. Le bilan final des morts peine à être déterminé. Si la quasi-totalité des exilés ont été renvoyés vers le Maroc, il reste des milliers de migrants - dont des mineurs non accompagnés et des subsahariens qui souhaitent demander l’asile – dans l’enclave. Mais les structures de prises en charge sont saturées.
    Combien de personnes sont décédées lorsque près de 70 000 migrants ont traversé en même temps la frontière entre l’enclave espagnole de Ceuta et le Maroc ? Les chiffres divergent. Selon le dernier bilan de la préfecture de Ceuta, au moins 78 personnes sont mortes côté espagnol, principalement par noyade. Le ministère marocain de l’Intérieur a indiqué dimanche que 11 personnes ont perdu la vie de son côté de la frontière. Un chiffre extrêmement bas contesté par plusieurs associations. Selon l’AMDH, le bilan atteint « près de 130 victimes ». L’organisation avance ce chiffre en se basant sur des remontées d’informations espagnoles et marocaines. « Nous sommes présents sur le terrain et en contact avec la morgue de Tétouan pour la partie marocaine. Nous échangeons également avec des associations, des journalistes et d’autres acteurs présents à l’intérieur de Ceuta. En compilant les données obtenues côté Ceuta et côté Maroc, nous arrivons à 130 décès », a expliqué mercredi 5 août Jamila el-Abboudi, membre de l’AMDH Tétouan, à InfoMigrants.
    Le même constat a été établi par l’ONG espagnole Caminando Fronteras. Elle avance un chiffre de 141 décès. Parmi eux, elle cite les 78 morts officiellement reconnus par le gouvernement espagnol. Mais côté marocain, elle avance un chiffre bien supérieur à celui des autorités. Selon l’ONG, 63 corps ont été repêchés dans les eaux marocaines. Un chiffre établi grâce à une enquête menée dans les morgues des hôpitaux du pays, précise l’ONG.
    Depuis le 30 juillet et l’entrée massive de migrants à Ceuta provoquée par une rumeur née de la déformation d’une décision de justice espagnole amplifiée par les réseaux sociaux, la quasi-totalité des migrants marocains ont été renvoyés de l’autre côté de la frontière. Mais il reste encore quelques milliers de migrants sur le petit territoire espagnol qui représente aujourd’hui la seule frontière terrestre entre l’Union européenne et l’Afrique. Et dans les rues de Ceuta, une semaine après la crise, la situation des mineurs inquiète particulièrement. Elle est même devenue « intenable », selon le dirigeant de l’enclave espagnole située sur la côte nord-africaine, Juan Jesús Vivas. Depuis l’afflux des 29 et 30 juillet, « le taux d’occupation des centres d’accueil pour mineurs de Ceuta est de 2 600 % au-dessus de sa capacité critique », a-t-il déclaré lors d’une interview à la télévision publique espagnole.
    Selon lui, il y a environ 1 100 mineurs présents dans la ville autonome. Et ce chiffre n’inclut pas les groupes de jeunes qui continuent d’errer dans les rues de l’enclave et qui vivent dans les parcs et sur les plages dans des conditions très précaires. Jour après jour, les autorités s’efforcent d’identifier et de prendre en charge tous ces mineurs, a constaté sur place un journaliste de l’AFP, mais les moyens manquent. Ceuta « ne dispose d’aucun espace supplémentaire » pour prendre en charge ces jeunes, « une priorité », a averti de son côté le préfet de la ville, Miguel Ángel Pérez Triano.
    Dans un communiqué de presse, la municipalité de Ceuta indique que « l’évolution enregistrée ces dernières semaines souligne l’ampleur de cette situation ». Le 15 juillet, la ville prenait en charge 213 mineurs, un chiffre qui est passé 1 017 mineurs aujourd’hui.
    Face à la crise, la municipalité s’organise comme elle peut. Deux écoles ont été transformées en centres d’accueil. « Le premier centre est déjà opérationnel et accueille environ 110 filles et adolescentes. Cette mesure nous permettra d’offrir une solution temporaire en attendant l’achèvement des nouvelles installations prévues à Loma Margarita et dans la zone portuaire, qui pourront accueillir entre 400 et 500 mineures dès la semaine prochaine », a déclaré la municipalité. Afin de prendre en charge ces jeunes, la ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiza, annoncé mardi 4 août une aide de 25 millions d’euros pour l’enclave.
    La loi espagnole prévoit un dispositif de répartition des mineurs non accompagnés pour soulager les points d’entrée dans le pays comme Ceuta, les Baléares ou les îles Canaries. Mais il est vivement contesté depuis ses débuts et n’a jamais été vraiment effectif. Dans le cas de Ceuta, même si le gouvernement local a lancé un « appel à l’aide » aux autres régions, les quatre gouvernements de coalition régionaux ont indiqué qu’ils contesteraient toutes décisions de transferts de mineurs depuis Ceuta vers d’autres régions espagnoles. Le dirigeant de Vox, parti d’extrême droite, a déclaré que « pas un seul euro » d’argent espagnol ne devrait être versé aux mineurs migrants.
    Selon l’association marocaine des droits humains à InfoMigrants, de nombreux mineurs figuraient aussi parmi les personnes expulsées de l’enclave. Une pratique normalement illégale. « Nous avons vu des militaires raccompagner des mineurs jusqu’à la frontière », a témoigné Jamila el-Abboudi, de l’AMDH, à InfoMigrants.
    Quel sort pour les demandeurs d’asile africains subsahariens ?
    Et si la majorité des exilés ayant pénétré dans l’enclave étaient marocains, de nombreux migrants originaires d’autres pays d’Afrique subsaharienne et de la Corne du continent traversent régulièrement cette frontière.Plusieurs centaines, venus du Soudan, du Mali, du Sénégal, de Somalie ou encore de Côte d’Ivoire, ont profité de l’afflux massif de migrants vers Ceuta pour entrer eux aussi dans l’enclave espagnole. Et ils sont, eux, non expulsables. Du moins dans l’immédiat. Habituellement, ils sont accueillis au centre d’hébergement pour migrants de l’enclave (CETI), mais celui-ci est lui aussi complètement saturé. Plus de 1 000 personnes sont accueillis actuellement dans ce centre de 500 places qui a fermé ses portes face à la crise. Faute de places, ils sont actuellement des centaines à vivre à même le sol au bord des routes entourant le CETI où sur la plage à proximité.
    Le délégué du Gouvernement à Ceuta, Miguel Ángel Pérez Triano, a annoncé que le gouvernement central prévoit de mettre en place dans un délai approximatif de « un mois » un centre d’accueil temporaire des étrangers (CATE) afin de traiter plus rapidement les situations administratives et accélérer les transferts vers la péninsule des demandeurs d’asile qui peuvent y prétendre.Selon plusieurs sources, il reste également quelques milliers de migrants marocains qui vivent cachés dans les collines et les forêts. Selon Reuters, certains ont trouvé refuge dans un cimetière de l’enclave. L’association marocaine des droits humains estime à « environ 3 000 », le nombre de personnes encore à Ceuta. Selon le représentant du gouvernement, ils seraient plutôt « environ 2 500 »

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  • Libye : 345 migrants bénéficient de deux vols de « retour volontaire » de l’OIM vers le Ghana - InfoMigrants
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    Libye : 345 migrants bénéficient de deux vols de « retour volontaire » de l’OIM vers le Ghana
    Par La rédaction Publié le : 16/07/2026
    Entre le 12 et le 15 juillet, un total de 345 migrants sont rentrés au Ghana depuis la Libye via deux vols de « retours volontaires » organisés par l’Organisation internationale des migrations (OIM). A la mi-juillet, un total de 822 migrants ont bénéficié de ces vols à destination du Ghana, du Bangladesh, du Tchad et de la Somalie.
    En Libye, les agents de l’Organisation internationale des migrations (OIM) ont annoncé avoir organisé deux vols de « retour volontaires » depuis Tripoli à destination d’Accra au Ghana, dans la semaine du 12 au 15 juillet 2026. Au total, 345 migrants ont pu retourner chez eux par l’intermédiaire de ces vols. Au début du mois de juillet, 477 migrants s’étaient déjà envolés vers leurs pays d’origine. Plus précisément, 174 sont retournés au Bangladesh, 174 au Tchad et 129 en Somalie, élevant le total à 822 migrants rentrés dans leur pays entre le 1er et le 15 juillet. Des opérations rendues possibles grâce « au soutien de l’Union européenne », précise l’OIM sur X.
    Sur l’ensemble du mois de juin, l’agence a permis les « retours volontaires » de plus de 1300 migrants vers la Gambie, le Nigéria ou encore le Tchad
    Depuis plusieurs semaines, la situation a empiré en libye. Les Subsahariens se disent victimes d’une véritable « chasse aux migrants » dans le pays. Des rafles sont organisées dans les quartiers qu’ils fréquentent à Tripoli, la capitale, mais aussi dans les autres villes de l’ouest, à Zouara, Sabratha ou encore Zaouïa. « Toutes les municipalités sont touchées, les petites comme les grandes », affirmait à InfoMigrants une source humanitaire. « Il y a une véritable chasse aux Noirs en ce moment en Libye. Les policiers, lourdement armés, bouclent la zone avec leurs véhicules blindés. Ils défoncent les portes des maisons et arrêtent les Noirs. On ne peut pas s’échapper car lors de ces opérations, les agents de l’immigration quadrillent les environs », racontait aussi Ibrahim, un Guinéen de 24 ans avec qui InfoMigrants est en contact depuis plusieurs années.
    Dans un rapport publié le 23 juin dernier, Amnesty International déplorait la répression menée à l’encontre des exilés en Libye, qui s’est encore intensifiée ces dernières semaines. Les autorités libyennes, à l’ouest comme à l’est, « mènent une campagne d’une intensité croissante, alimentée par un discours xénophobe, d’arrestations de masse, de détentions arbitraires et d’expulsions collectives illégales (…) visant les personnes réfugiées, demandeuses d’asile ou migrantes », affirmait l’ONG. Le nombre de « retours volontaires » effectués depuis la Libye témoigne de cet « enfer libyen », et ce depuis plusieurs années. Entre le lancement du programme d’aide au « retour volontaire » de l’OIM en 2015 et juin 2025, plus de 100 000 migrants en Libye ont regagné leur pays en Afrique et Asie.
    Les personnes rapatriées étaient originaires de 49 pays d’Afrique et d’Asie comme le Nigéria, le Mali, le Niger ou encore le Bangladesh entre autres. Si pour la grande majorité, il s’agissait d’hommes (près de 73 000), environ 17 000 femmes ainsi que plus de 10 000 enfants - parfois non accompagnés - ont également bénéficié de cette aide de l’OIM. Mais le retour est parfois impossible. Les exilés soudanais, par exemple, très nombreux en Libye, ne peuvent rejoindre leur pays déchiré par un conflit sanglant. D’autres migrants, coincés en Libye, fuient des violences familiales au pays, comme Marie et sa fille Aya, âgée de sept ans. Camerounaise, Marie a fui un mari violent au pays. Elle rêve de quitter la Libye où elle a déjà séjourné trois fois en prison, mais ne sait pas où aller.

    #Covid-19#migrant#migration#retourvolontaire#rapatriement#OIM#libye#subsaharien#asie#droit#sante

  • Sur les routes des migrations au Maghreb - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72242/sur-les-routes-des-migrations-au-maghreb

    Sur les routes des migrations au Maghreb
    Par RFI Publié le : 06/07/2026
    À l’occasion des 9e Rencontres des études africaines en France (REAF), nous parlons des politiques d’expulsion des Subsahariens qui se répandent partout au Maghreb, des routes qui se déplacent et des espaces de solidarités qui s’effacent, pour renaître autrement

    #Covid-19#migration#migrant#maghreb#routemigratoire#migrationirreguliere#subsaharien#sante#droit

  • Italie : la laborieuse intégration des migrants africains - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71837/italie--la-laborieuse-integration-des-migrants-africains

    Italie : la laborieuse intégration des migrants africains
    Par RFI Publié le : 11/06/2026
    L’Italie est une des portes d’entrée des migrants en Europe. Le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni tente de freiner l’immigration clandestine, venue d’Afrique notamment. Mais dans le même temps, les autorités font venir des centaines de milliers de personnes pour occuper des emplois dont l’Italie a besoin. Une immigration choisie qui a ses limites.
    Les migrants vivent dans des conditions précaires, et peuvent être victimes d’exploitation, sans compter le racisme. Nous nous sommes rendus dans la région agricole des Pouilles, dans le sud du pays.

    #Covid-19#migration#migrant#italie#subsaharien#immigrationchoisie#migrationirreguliere#integration#sante

  • Des opérations policières « vertigineuses » : la Mauritanie durcit sa politique migratoire sous la pression de l’Europe
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/07/11/des-operations-policieres-vertigineuses-la-mauritanie-durcit-sa-politique-mi

    À Nouadhibou, Mauritanie, des moteurs de pirogues sont entreposés après avoir été saisis par les gardes-côtes. Ces embarcations ont été interceptées pour diverses infractions, notamment le trafic de migrants clandestins ou la pêche illégale dans les eaux mauritaniennes. Le 15 juin 2025. ©Sylvain Cherkaoui pour Le Monde.
    Nouadhibou, port de pêche situé au nord de la façade maritime du pays, est depuis un quart de siècle l’un des carrefours du départ de migrants et « le ventre mou du dispositif » sécuritaire mauritanien. Mais, poussées par Bruxelles, les autorités tentent de porter un coup d’arrêt aux filières d’émigration irrégulière.Le capitaine de vaisseau Mohamed Salem Hamza dirige les garde-côtes mauritaniens et recèle en lui un lot d’images « cauchemardesques ». « Comment oublier ce bébé allaité par sa mère et tous deux retrouvés morts sur une plage ? », lâche l’officier, ébranlé, établi à Nouadhibou depuis un an et demi. Jusqu’à la fin de l’année 2024, « les cadavres jonchaient la plage et l’odeur était irrespirable jusqu’en ville », se souvient cet homme chargé de la surveillance des côtes et du sauvetage en mer dans cette zone devenue l’une des principales voies d’accès vers l’Europe. « Il fallait que cela cesse », ajoute-t-il.
    Port de pêche industriel, Nouadhibou est depuis un quart de siècle l’un des carrefours du départ de migrants et « le ventre mou du dispositif » sécuritaire mauritanien d’après M. Hamza, dont les « moyens restent insuffisants » avec deux patrouilleurs de haute mer, quatre vedettes et une vingtaine d’autres petites embarcations, pneumatiques compris. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 180 000 personnes ont ainsi rejoint illégalement les côtes des Canaries entre 2020 et 2024. Ces îles sont à trois jours de bateau de Nouadhibou, faisant ainsi de la capitale économique de la Mauritanie une base de projection des candidats à l’exil. Selon les autorités locales, 30 000 ressortissants d’Afrique subsaharienne y seraient désormais installés.
    Cet afflux, conjugué à l’émoi suscité par les images de naufragés, a poussé la Mauritanie à tenter de porter, entre février et mars, un coup d’arrêt aux filières d’émigration irrégulière. Alors que la route maritime par l’Atlantique avait permis en 2024 à près de 45 000 personnes – un record – de gagner l’archipel espagnol, les arrivées ont depuis baissé drastiquement : plus de 11 300 exilés ont débarqué depuis début 2025 sur les îles contre près de 19 300 sur la même période un an plus tôt, d’après les données du ministère espagnol de l’intérieur.Sous la pression de Madrid et de l’Union européenne (UE) et encouragée par une aide de 210 millions d’euros, en partie dédiée à la lutte contre l’émigration irrégulière, Nouakchott a donc opéré un « durcissement sur les questions migratoires », que salue M. Hamza, fier de poser devant les centaines de moteurs de bateaux confisqués qui s’étalent sous les fenêtres de son bureau.
    La réaction est tout d’abord intervenue à Lagouira, zone frontalière avec le Sahara occidental, mais contrôlée de fait par les forces mauritaniennes, dont les plages du Cap-Blanc ont vu partir les cayucos (pirogues) des migrants pour les Canaries. 88 réseaux de passeurs, la plupart à Nouadhibou, ont été démantelés au premier trimestre 2025 et seules deux embarcations ont pu partir de Lagouira, indique une source policière.Puis, la répression a débordé sur Nouadhibou. Des rafles, ciblant officiellement les sans-papiers, sont menées sur tout le territoire depuis fin février. Dans la rue, sur les chantiers, dans les salons de coiffure, dans les stations-service, sur les marchés, dans les champs et les mines… Entre janvier et avril, les autorités mauritaniennes assurent avoir expulsé « 30 000 personnes en situation irrégulière ».
    Un chiffre probablement sous-estimé car, pour la seule communauté malienne, au moins 27 000 de ses ressortissants auraient été renvoyés dans leur pays en guerre, d’après des sources au sein de cette communauté. Issiaka Traoré, à la tête des « Maliens de Mauritanie », l’une des communautés étrangères les plus nombreuses, raconte des opérations policières « vertigineuses ». Le 3 mars reste « [son] pire souvenir », lorsque « 524 Maliens ont été arrêtés en une seule journée et tous expulsés », déplore ce professeur marié à une Mauritanienne.
    « Des enfants de 10 ans ont passé une semaine de détention », relate Abdoulaye Diallo, de l’association d’aide aux migrants Ensemble pour un avenir meilleur (EPAM), basée à Nouakchott. Plusieurs cas de viols ont été recensés par des ONG mauritaniennes et des policiers ont extorqué des détenus, d’après des témoins rencontrés par Le Monde.
    Les opérations policières ont été pratiquées au faciès, ciblant exclusivement les personnes de couleur noire. « Etrangement, parmi les interpellés et les refoulés, il n’y a aucun Marocain ou Pakistanais, s’offusque le député de l’opposition Khally Diallo, alors que les réseaux de traite des migrants établis en Mauritanie attirent depuis des années des candidats à l’exode en Europe venus d’Afrique, mais aussi de Syrie et du sous-continent indien. Pour appuyer son propos, l’élu évoque les cas de « cinq Négro-Mauritaniens arrêtés puis refoulés » avant que l’Etat mauritanien ne s’en rende compte et les rapatrie. Contacté, le ministère de l’intérieur n’a pas souhaité répondre.Ces opérations policières ont par ailleurs été appuyées par des discours stigmatisants de personnalités du pouvoir. « Les migrants, on doit même aller les chercher dans leur maison ! », lançait, le 24 mai, Ahmedna Ould Sidibe, le wali (gouverneur) du Trarza (sud) sous les vivats d’une assemblée de Beidanes, la minorité des Maures blancs qui contrôle toujours les leviers du pouvoir en Mauritanie. « Si vous voyez un étranger qui n’est pas en règle, vous le signalez et le dénoncez », appelait-il.
    Cette traque a suscité l’effroi des migrants en situation irrégulière. Même les étrangers qui se pensaient protégés, comme les titulaires d’une carte de réfugié – on en dénombre plus de 176 000 dans le pays d’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) – se sont retrouvés dans le viseur. Moussa (un prénom d’emprunt), ancien chauffeur routier qui a fui le Mali il y a dix ans après avoir été menacé à quatre reprises par les djihadistes, se terre aujourd’hui dans un lieu tenu secret.« Après les premières rafles début mars, je n’osais plus sortir de chez moi, explique-t-il. Je n’allais plus au marché travailler, on se sent persécutés. » Pour un impayé d’une « centaine d’euros » sur son loyer, des proches de son propriétaire, installé en Angola, l’ont menacé de mort. Ses deux plaintes déposées à la police sont restées lettres mortes. Comme Moussa et sa famille, des centaines de ressortissants d’Afrique subsaharienne, contraints de changer de domicile, sont désignés comme des ennemis de l’intérieur, selon les ONG mauritaniennes. Plus de 4 100 autres souhaitent rentrer dans leur pays d’origine, souligne l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Du jamais vu. « Dans ces opérations policières, la dimension raciale et raciste est évidente, alerte Sonia Haidara, une militante féministe qui, devant l’ampleur de la crise, a transformé son centre d’aide aux femmes victimes de violences sexuelles en hébergement d’accueil d’urgence aux migrants. Face aux abus, le pouvoir a certes affiché son opposition mais, en réalité, il se radicalise. » Le raidissement du pouvoir s’est encore accentué lors du procès d’Ablaye Ba, figure de l’Initiative pour la résurgence abolitionniste – mouvement fondé pour l’abolition de l’esclavage, criminalisé depuis 2007, mais dont certaines pratiques demeurent en Mauritanie – et bête noire du régime. Pour avoir critiqué les opérations en cours, le militant a été condamné, le 6 juin, à six mois de prison ferme pour « incitation à la haine raciale ».
    La gestion de la crise migratoire suscite pourtant un mécontentement grandissant. Face à « une crise sans précédent », prévient Khally Diallo, l’élu et d’autres ont aussi dirigé leurs critiques contre l’UE, accusée d’être « complice » du régime. « Par ses dotations financières colossales, l’Europe a versé de l’huile sur le feu. Si l’UE continue de soutenir ce régime qui arrête massivement et expulse abusivement en bafouant les droits les plus élémentaires, on court à notre perte », s’inquiète-t-il. Selon les données européennes, entre 2024 et 2027, l’Europe devrait engager plus de 950 millions d’euros en Mauritanie.
    Les conséquences de cette politique sont déjà visibles pour l’économie mauritanienne, fortement dépendante de la main-d’œuvre étrangère. Taxis, ménage, pêche et mines d’or artisanales, BTP… Des pans entiers de l’économie manquent de bras. A Nouakchott, le prix d’une brique et le salaire journalier des manœuvres ont presque doublé. Comme une centaine d’autres briqueteries de la capitale, celle de Kalidou Sy est moribonde.« Quotidiennement, les agents du ministère de l’emploi viennent inspecter », témoigne l’entrepreneur qui employait cinq Maliens. Plusieurs ont été arrêtés et refoulés. « C’est du harcèlement sous couvert d’une directive pour “mauritaniser” l’emploi », dénonce-t-il. Le lendemain de notre rencontre, sa société a été fermée et M. Sy recherchait dans les commissariats un employé disparu, probablement interpellé par la police.
    Par sa dénonciation de la présence de migrants subsahariens, l’aile dure du régime a réveillé les vieux démons du pays. Les rafles ont ravivé celles d’une tout autre ampleur survenues après 1989, lorsqu’un conflit frontalier précipita la Mauritanie et le Sénégal au bord de la guerre. En Mauritanie, comme le relata en 1994 l’ONG Human Rights Watch dans son rapport « Campagne de terreur », sans le dire, une campagne d’« épuration ethnique mais qui en avait les effets » fut menée. Des dizaines de milliers de Négro-Mauritaniens furent expulsés de leurs terres, des centaines de fonctionnaires noirs arrêtés, torturés, et tués. « 1989, c’est encore vivant dans les esprits, rappelle Aminetou Mint El-Moctar, défenseuse des droits humains, sélectionnée pour le prix Nobel de la paix, en 2015. On ne peut pas soigner les événements racistes du passé en commettant de nouveaux crimes racistes. »

    #Covid-19#migration#migrant#mauritanie#senegal#migrationirreguliere#politiquemigratoire#mali#subsaharien#droit#sante#racisme

  • Maroc : 26 nouveaux corps de migrants retrouvés à la frontière algérienne depuis le début de l’année - InfoMigrants
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    Maroc : 26 nouveaux corps de migrants retrouvés à la frontière algérienne depuis le début de l’année
    Par Romain Philips Publié le : 26/05/2026
    Selon un bilan de l’association marocaine des droits de l’Homme, 26 migrants sont décédés entre le Maroc et l’Algérie depuis le début de l’année. Et si l’on englobe les chiffres depuis novembre 2025, ce sont près de 50 migrants qui ont trouvé la mort à cette frontière terrestre. « Du jamais vu », s’inquiète l’association.
    Dans la région orientale du Maroc, à la frontière avec l’Algérie, les drames se poursuivent. Selon l’Association marocaine pour les droits de l’Homme (AMDH), 26 corps de migrants ont été retrouvés depuis le début de l’année. Parmi les victimes, d’origine subsahariennes et soudanaises, figurent une femme et un enfant de moins de trois ans, selon un communiqué de l’AMDH.Toujours selon l’association marocaine, les corps des exilés ont été retrouvés à divers endroits. Quinze corps ont été découverts dans la région de Ras Asfour.
    Les onze autres ont été trouvés dans la province de Figuig - six à Aïn Chaïr et cinq à Bouârfa -. Seuls quatre exilés ont été identifiés. La découverte de cadavres de migrants dans cette région désertique du sud du pays est « nouvelle », explique à InfoMigrants Omar Naji, de l’AMDH.
    Cette route est principalement empruntée par les migrants soudanais qui souhaitent prendre un passage gratuit, hors des réseaux de passeurs, explique Omar Naji. Mais cette alternative, « est beaucoup plus éloignée et plus dangereuse », ajoute-t-il. Près de 300 km séparent la ville d’Oujda de celle de Figuig.À ce bilan s’ajoute celui de fin 2025, lui aussi conséquent. Au total, le nombre de migrants décédés entre novembre 2025 et avril 2026 s’élève à 47 personnes, dont 36 dans la région de Ras Asfour, parmi lesquelles trois femmes et un enfant. Un nombre « effarant », dénonce l’AMDH. « C’est anormal et grave. Du jamais vu sur cette frontière terrestre », dénonce Omar Naji.
    Les causes de ces décès restent non déterminées officiellement mais, estime l’association, coïncident avec des conditions climatiques difficiles, « notamment une baisse des températures, des pluies et des chutes de neige ». L’association pointe aussi la militarisation de la zone qui rend les passages clandestins plus « dangereux ».Les déplacements de nuit entraînent des chutes sur des routes accidentées et « méconnues » des migrants. L’association évoque « l’impossibilité d’allumer des feux pour se réchauffer », et la présence d’un fossé « profond de 4,5 mètres de large sur 4 mètres de profondeur », côté algérien.
    « Les migrants [tombent dans ce fossé parce qu’ils] se déplacent la nuit dans l’obscurité totale [pour essayer de franchir la frontière], ils ne peuvent même pas allumer les lampes de leur téléphones portables pour ne pas être repérés par les militaires », expliquait le mois dernier Omar Naji. Et faute de secours dans la zone, de nombreuses vies « n’ont pas été sauvées à temps » précise encore le rapport.Concernant les corps retrouvés dans la région désertique de Figuig, l’association ne dispose que peu d’informations. Car comme pour les autres décès, « les autorités n’ont pas communiqué de bilan des autopsies », regrette l’associatif.C’est une région plus désertique donc il n’y a pas, pour ces morts, les mêmes questions de froid et de passages montagneux qu’à Ras Asnour. « Nous n’avons que très peu d’informations sur cette route très éloignée. Les décès peuvent avoir de multiples raisons : les conditions difficiles du désert, des violences sur la route, etc ».
    Les migrants d’Afrique subsaharienne qui traversent généralement cette frontière depuis l’Algérie pour tenter d’entrer au Maroc et continuer leur chemin vers l’Europe se retrouvent pour beaucoup piégés par des trafiquants. Ils sont kidnappés, rançonnés."Les migrants sont séquestrés, mains ligotées, interdits de sortir, torturés après avoir saisis tout ce qu’ils possédaient (argent, téléphone…). Par la suite, chaque migrant est filmé dans cet état de détresse. La vidéo enregistrée est envoyée à sa famille (qui peut être dans le pays d’origine ou en Europe) pour demander une rançon de 500 euros contre sa libération", peut-on lire dans le rapport de l’AMDH.
    Les femmes sont elles aussi victimes d’exactions. « Elles subissent d’autres violations par les chefs de ces bandes criminelles qui les exploitent sexuellement pendant des années et bloquent leur projet de migration ».
    En décembre 2022, sept migrants subsahariens avaient déjà été retrouvés morts dans la même zone de Ras Asfour près de la ville d’Oujda, au nord-est du Maroc. Quelques jours plus tard, le 21 décembre, le cadavre d’un jeune homme âgé de 20 à 25 ans était découvert au même endroit, rapporte l’agence de presse espagnole EFE.En 2021, Driss Elaoula, membre de la plateforme Alarm Phone, avait aussi retrouvé au fond d’un de ces fossés le corps d’une jeune Camerounaise, « congelée ». Depuis 2017, plus de 76 décès ont été recensés dans cette zone, selon l’Association d’aide aux migrants en situation vulnérable (AMSV), basée à Oujda, ville proche de la frontière algérienne, parmi lesquels des migrants aussi originaires du Tchad et du Soudan.

    #Covid-19#migration#migrant#algerie#maroc#frontiere#mortalite#sante#routemigratoire#subsahariens

  • En Tunisie, près de 4 000 migrants ont quitté le pays depuis juillet par le programme de retour volontaire de l’État tunisien - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71418/en-tunisie-pres-de-4-000-migrants-ont-quitte-le-pays-depuis-juillet-pa

    En Tunisie, près de 4 000 migrants ont quitté le pays depuis juillet par le programme de retour volontaire de l’État tunisien
    Par Julia Dumont Publié le : 15/05/2026
    Le ministère tunisien de l’Intérieur a indiqué que près de 4 000 migrants subsahariens avaient quitté la Tunisie depuis le mois de juillet 2025 par le biais du programme de retour volontaire mis en place par le gouvernement. Celui-ci complète les retours volontaires proposés aux exilés par l’Organisation internationale pour les migrations.
    C’est un chiffre en hausse constante. Le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé, jeudi 14 mai, avoir organisé le retour volontaire de près de 4 000 migrants depuis le mois de juillet 2025. « Ces retours se font dans le cadre d’un programme intégré, mené en coordination avec le Croissant-Rouge tunisien ainsi que les autorités régionales et locales, notamment dans le gouvernorat de Sfax », indique la presse tunisienne. Ils sont donc à distinguer des retours volontaires proposés aux exilés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
    L’État tunisien organise ces vols au départ de la Tunisie depuis le mois de juillet dernier. L’annonce avait été faite fin juin par le porte-parole de la Garde nationale tunisienne, Houcem Eddine Jebabli. « L’État a commencé à fournir des billets [d’avion] aux migrants africains en situation irrégulière » pour qu’ils « quittent la Tunisie et rentrent dans leur pays d’origine », avait-il déclaré auprès de l’agence de presse tunisienne (TAP).
    Depuis plusieurs années, le gouvernement de Kaïs Saïed a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière sa priorité. Depuis février 2023, date d’un discours présidentiel virulent anti-migrants, le chef de l’État multiplie les restrictions pour pousser ces sans-papiers hors du pays. On estime que le nombre de migrants irréguliers en Tunisie se situe entre 20 000 et 25 000, selon les chiffres des ONG.
    Mais, selon des migrants installés dans les campements près de la ville de Sfax, les autorités tunisiennes multiplient désormais les expulsions pour forcer les exilés à partir. « Les hôpitaux de fortune autogérés sont régulièrement détruits. L’objectif est de terroriser pour forcer les retours dits ’volontaires’. Ensuite, la police vient le matin annoncer qu’un bus viendra pour le retour. C’est une nouvelle tactique. En l’espace d’un an, la moitié des migrants, à minima, a été expulsée de force vers leur pays d’origine par le gouvernement tunisien et d’autres ont disparu dans différents villages », avait expliqué aux Observateurs de France 24 David Yambio, cofondateur et porte-parole de l’organisation Refugees in Libya qui documente la situation des migrants en Tunisie et en Libye.
    En mars 2025, le président tunisien avait explicitement appelé l’OIM a accélérer le rythme des départs via le programme de retours volontaires. « Seulement 1 544 migrants », en Tunisie, ont été rapatriés dans leurs pays depuis le début de l’année 2025, avait indiqué le président tunisien, dans un communiqué publié dans la nuit de mardi 25 à mercredi 26 mars. Ce nombre « aurait pu être bien plus élevé si davantage d’efforts avaient été menés pour mettre un terme à ce phénomène inacceptable tant sur le plan humanitaire que juridique », pouvait-on encore lire dans la déclaration présidentielle. Kaïs Saïed avait appelé « toutes les autres organisations » concernées par ce problème à soutenir également « davantage les efforts tunisiens visant à faciliter le retour volontaire des migrants irréguliers ». Avec 8 853 migrants ayant bénéficié du programme de « retour volontaire », l’OIM a finalement réalisé en 2025 un nombre record de retours. En 2024, 6 885 personnes avaient profité de ce programme, et 2 558 en 2023.
    Début mars 2026, l’agence onusienne a indiqué que plus de 1 100 personnes étaient déjà rentrées, depuis le début de l’année, dans leur pays d’origine depuis la Tunisie avec ce programme.
    Les exilés subsahariens sont de plus en plus nombreux à solliciter l’OIM pour bénéficier de ces retours. InfoMigrants a déjà recueilli de nombreux témoignages de personnes en attente de leur enregistrement ou bien de leur départ depuis de longs mois.
    « La vie en Tunisie est devenue trop difficile. Tout va mal », avait confié Abdoulaye*, un Ivoirien de 19 ans établi près de Sfax, à InfoMigrants en juillet dernier. « On ne peut plus travailler car les employeurs refusent les Noirs, on ne peut plus se loger pour les mêmes raisons. Et les policiers viennent tout le temps détruire nos cabanes en nous disant de rentrer chez nous. On n’ose pas sortir car on a peur d’être agressé dans la rue par des Tunisiens qui nous volent nos téléphones et notre argent ». Face à cette situation, l’Ivoirien a demandé un retour volontaire à l’OIM en avril 2025. Atteint du paludisme, il a été pris en charge quelques semaines après par l’agence onusienne qui l’a transféré dans un de ses centres à Tataouine, dans le sud-est de la Tunisie. En juillet, il attendait encore l’avancée de son dossier. « Ça va mieux ici mais je ne sais toujours pas quand je pourrais rentrer, je n’ai pas encore de date. Ils me disent qu’ils attendent un document de l’ambassade ».
    « Le délai de traitement d’un dossier peut varier en fonction de plusieurs paramètres, tels que la situation personnelle du migrant, les procédures médicales et légales, notamment dans les cas de mineurs non accompagnés, les contraintes logistiques ou les formalités administratives liées au pays de retour », avait expliqué l’OIM à InfoMigrants en juillet. « Le départ intervient généralement dans un délai de quelques semaines, sous réserve de la finalisation des aspects logistiques », avait ajouté l’agence.
    La très forte augmentation des demandes de retours volontaires s’explique notamment par la considérable détérioration des conditions de vie des migrants en Tunisie. Depuis près de trois ans et le discours anti-migrants de Kaïs Saïed, la vie des exilés désirant rejoindre les côtes européennes en traversant la Méditerranée au départ de ce pays de transit « empire de jour en jour ». Violences, racisme, abandons dans le désert... Les maux sont nombreux. « Ici, il y a beaucoup d’agressions, de vols, de viols de femme et d’hommes… Moi-même, j’ai été kidnappé et séquestré en 2024 », racontait en novembre 2025 Lamine, un Guinéen, à InfoMigrants.
    Malgré ces demandes de retours volontaires en hausse, les programmes comme celui de l’OIM ou du gouvernement tunisien sont décriés par les chercheurs qui travaillent sur les migrations.
    Ces « retours volontaires » s’inscrivent dans un « processus de vulnérabilité accrue », avait expliqué Ahlam Chemlali, chercheuse en migration à l’Institut danois pour les études internationales (DIIS), à l’AFP en juin dernier. Leur situation est devenue « de plus en plus précaire et dangereuse » et « pour beaucoup, le programme de ’retour volontaire’ est devenu la seule alternative possible ». « Il n’y a rien de moins volontaire, que les ’retours volontaires’ », alertait, de son côté, Jean-Pierre Cassarino, enseignant chercheur au Collège d’Europe en Pologne, évoquant des migrants « acculés » et des « expulsions » qui ne disent pas leur nom.

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#subsaharien#retourvolontaire#OIM#migrationirreguliere#sante#vulnerabilite

  • En Tunisie, les bébés de la migration pris au piège, sans accès à la santé ou à l’éducation
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    En Tunisie, les bébés de la migration pris au piège, sans accès à la santé ou à l’éducation
    Par Driss Rejichi (El Amra [Tunisie], envoyé spécial)
    dans le camp du « kilomètre 31 », au nord de Sfax, les ruines des cabanes détruites par la police sont encore fumantes. L’opération de démantèlement a été menée aux aurores, le 7 mai. Une telle scène est devenue banale dans la région d’El-Amra, dont les oliveraies abritent depuis 2023 des dizaines de camps d’exilés subsahariens.Au milieu des abris détruits et des matelas brûlés, seule une cabane en bois et en sacs plastiques tient encore debout. « On a supplié en disant qu’il y avait des bébés à l’intérieur et, finalement, ils n’ont rien touché », explique Christian Mani, père camerounais de jumelles, Emmanuella et Israela, assoupies sur un matelas.Les bébés sont nés une semaine plus tôt, en pleine nuit, à l’intérieur de la tente. « L’Organisation internationale pour les migrations nous a dit que les ambulances ne pouvaient pas entrer dans le camp », explique M. Mani. Comme ses filles, des dizaines d’enfants seraient nés sans assistance au « kilomètre 31 ».
    Dans les camps d’El-Amra, de nombreuses mères se déplacent désormais avec leurs nourrissons sur le dos. « Je pense qu’au moins 80 % des filles dans les oliveraies sont déjà tombées enceintes, si ce n’est 100 % », assure de son côté Naomie, une autre Camerounaise établie au « kilomètre 19 », qui a donné naissance à une fille en février.
    « On a déjà du mal à avoir des médicaments, alors imaginez pour la contraception », soupire Naomie, qui préfère ne pas donner son identité. D’après la jeune mère, au « kilomètre 19 », le nombre de bébés et d’enfants en bas âge se rapproche « probablement de la centaine ».
    En Tunisie, le sujet des naissances de bébés subsahariens alimente le fantasme d’un « changement de composition démographique », expression employée par le président Kaïs Saïed en février 2023. En avril 2025, le député Tarak Mahdi assurait, quant à lui, qu’au moins 6 000 naissances de migrants irréguliers avaient été enregistrées.
    « Concernant ces chiffres, je crois qu’il y a beaucoup de manipulations pour prouver le récit officiel sur les dangers démographiques », tempère Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux.Même s’ils bénéficient, selon la loi, des mêmes droits fondamentaux à l’éducation ou à la santé, dans les faits, « ces enfants migrants en sont privés », déplore aussi Romdhane Ben Amor, même s’agissant des familles installées dans les grandes villes. Que ce soit pour une inscription à l’école ou un suivi médical, « les parents évitent d’aller vers les autorités, pour ne pas aggraver le risque d’être arrêtés ou expulsés », explique M. Ben Amor.
    Dans les oliveraies d’El-Amra, les droits fondamentaux des enfants ne sont pas plus protégés. « On avait construit une cabane école il y a plusieurs mois, avec pour projet de leur apprendre au moins l’alphabet, mais elle a rapidement été détruite », déplore Christian Mani.Dans le camp du « kilomètre 31 », Yakou, 8 mois, joue sur le sable avec son ami Mohamed, un an et demi. « On a peur d’aller à la clinique en ville, donc mon fils n’a pas de suivi médical », explique Fatime Koné, la mère de Yakou. Cette Malienne redoute les arrestations en dehors des camps, qui ciblent même les enfants et leurs parents.
    Fatime reconnaît avoir eu « la chance » d’accoucher à l’hôpital de Jebeniana, à quelques kilomètres du camp. « Les médecins m’avaient donné des médicaments et un carnet de suivi médical, mais tout a été brûlé par la police », déplore la jeune mère. Plusieurs autres parents confirment que les affaires des bébés et des enfants sont rarement épargnées lors des démantèlements.
    Les parents ont aussi rarement les moyens de déclarer la naissance de leurs enfants, même lorsque celle-ci a lieu à l’hôpital. Après avoir accouché à la clinique de Sfax, Naomie explique avoir réclamé un certificat médical de naissance « pendant plusieurs jours d’affilée », avant de rentrer au « kilomètre 19 » sans que le document lui soit délivré. « En Tunisie, avec des enfants, tu t’en remets seulement à Dieu », dit-elle.La jeune Camerounaise dénonce également un manque de considération des soignants. « J’ai accouché seule et dans la douleur », se remémore Naomie, qui affirme avoir été laissée sans surveillance dans son lit pendant plusieurs heures. Des allégations corroborées par Fatime Koné, qui aurait patienté dix heures seule dans une chambre avant d’être prise en charge à Jebeniana. Contactés, le ministère de la santé et les hôpitaux de Sfax et de Jebeniana n’ont pas répondu.
    De nombreux migrants se tournent vers le programme de rapatriement mis en place par les autorités tunisiennes. Mais pour Fatime Koné, originaire de Bamako, où la situation sécuritaire est très dégradée, « la seule option restante, c’est la mer », soit le voyage vers l’Europe. Pourtant, même si l’arrivée du printemps lance la saison des départs, les parents et leurs enfants restent des passagers non prioritaires, les « coxeurs » (passeurs) ne faisant pas payer leurs places aux nouveau-nés. « Il est rare qu’ils acceptent d’en emmener plus de cinq sur un bateau », explique Fatime Koné. Les barques métalliques sont aussi souvent surchargées, provoquant des naufrages meurtriers pour les enfants, qui sont rarement équipés de bouées de sauvetage adaptées. Quant aux bateaux secourus ou interceptés par les garde-côtes, leurs occupants continuent d’être expulsés vers les Etats d’Afrique du Nord, même accompagnés d’enfants

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#sante#mineur#camp#rapatriement#droit#subsaharien

  • Est de la Libye : 120 migrants détenus par des trafiquants d’êtres humains secourus par les autorités - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71359/est-de-la-libye--120-migrants-detenus-par-des-trafiquants-detres-humai

    Est de la Libye : 120 migrants détenus par des trafiquants d’êtres humains secourus par les autorités
    Par La rédaction Publié le : 13/05/2026
    Les autorités de l’est de la Libye ont annoncé lundi avoir retrouvé et libéré 120 exilés qui étaient détenus par des trafiquants d’êtres humains, au sud de Benghazi. Dans le même temps, les corps de deux migrants bangladais et d’un Égyptien provenant du même groupe ont été récupérés sur une plage des côtes libyennes.
    Un lieu où "les êtres humains sont transformés en simple « marchandise » entre les mains de trafiquants qui n’ont aucune morale". C’est ainsi que la direction de la sécurité de la ville d’Ajdabiya, à l’est de la Libye et au sud de Benghazi, a annoncé lundi 11 mai avoir retrouvé et secouru 120 migrants qui étaient retenus prisonniers par des trafiquants d’êtres humains.
    Dans un communiqué publié sur Facebook, la direction de la sécurité de la ville a détaillé l’opération menée pour libérer les exilés, qui a duré près de deux semaines. Tout commence début mai, quand les forces de l’ordre libyennes découvrent trois corps de migrants - deux Bangladais et un Égyptien - sur le rivage de la ville côtière de Bishr, à côté d’une embarcation elle aussi échouée sur la plage. Elles retrouvent à l’intérieur du bateau neuf passeports bangladais et égyptiens, puis décident de lancer une enquête et de déployer des patrouilles dans les environs.
    Un migrant égyptien, « qui présentait des signes d’épuisement et de fatigue », est ensuite arrêté puis interrogé par la police à Bishr. Les autorités apprennent qu’il s’est échappé du lieu où il était retenu par des trafiquants, « un repaire utilisé pour torturer les migrants et faire chanter leurs familles », et que les trois corps retrouvés sur la plage proviennent du même endroit où il était retenu prisonnier. Notamment avec l’aide de l’Égyptien, la police se rend aux divers lieux où d’autres candidats à l’exil vers l’Europe sont détenus, et identifient plusieurs sites utilisés « pour le logement et la torture des migrants ».
    Après « plusieurs raids », 120 exilés - des hommes et des femmes de différentes nationalités, notamment bangladais et égyptiens - qui étaient en captivité sont secourus et libérés, selon le communiqué. Pendant leur détention, ces migrants ont été « contraints de supplier qu’on leur vienne en aide sous les coups et les coups de fouet, pendant que leurs souffrances étaient filmées dans des vidéos envoyées à leurs familles pour leur extorquer de l’argent », ajoutent les autorités. Ces différentes opérations ont également abouti à « la saisie d’un petit chantier naval dans la ville d’Ajdabiya, qui était utilisé par les trafiquants pour fabriquer des bateaux de contrebande » servant à la migration irrégulière, « équipé de machines de menuiserie et de matières premières nécessaires à la construction de bateaux », précisent-elles.
    Dans son communiqué, la direction de la sécurité d’Ajdabiya a partagé des photos montrant plusieurs migrants assis par terre après avoir été libérés des mains des trafiquants, ainsi que des images de passeports, de moteurs de bateaux, de bidons d’eau en plastique bleu et d’embarcations en bois, certaines entièrement assemblées et d’autres encore en cours de construction, retrouvés sur les lieux de détention. En tout, six bateaux ont été saisis.
    Des mandats d’arrêts ont été émis contre les trafiquants d’êtres humains « en fuite » et « le procureur a ordonné l’expulsion des migrants qui ont été arrêtés », indique encore le communiqué, sans donner plus de détails.
    Depuis 2011 et la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est devenue un lieu de transit pour des milliers de migrants subsahariens qui cherchent à fuir la violence et la pauvreté dans leur pays, et à trouver une vie meilleure en Europe. Le pays est miné par des divisions et la présence d’une multitude de groupes armés aux allégeances mouvantes et de réseaux de trafiquants en tout genre.
    En Libye, les migrants sont régulièrement détenus de façon arbitraire dans des prisons, parfois clandestines et gérées par des trafiquants, où ils sont soumis à toutes sortes de violences : coups et brimades, travail forcé, exploitation sexuelle, torture filmée puis envoyée aux familles pour extorquer de l’argent en échange de la libération de leur proche... Au fil des années, InfoMigrants a collecté de nombreux témoignages d’exilés décrivant ces exactions, notamment celui de Marie. Cette Camerounaise et sa fille de sept ans, Aya, sont passées par les terribles prisons libyennes de Zaouïa et d’Abou Salim, à l’ouest du pays, en 2024 et 2025, pendant plusieurs mois à chaque fois.
    « La vie en prison est horrible. J’ai encore des cicatrices sur mon visage tellement ils me frappaient. Je ne sais même pas comment vous expliquer… Un jour, ils ont voulu me violer. Aya a hurlé, elle a pleuré, elle s’est jetée sur moi pour les empêcher de me faire ça. Elle a crié : ’Laissez ma maman, laissez-la !’ Alors ils m’ont laissée, mais ils ont violé les autres femmes à côté de moi », a-t-elle confié à InfoMigrants en janvier. Dans un récent rapport publié mi-février, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a souligné que les migrants, dont des mineurs, continuaient toujours à être victimes de « violations systématiques et généralisées des droits humains » en Libye. Le rapport décrit des cas d’hommes contraints de travailler sans salaire ni nourriture suffisante, et de filles séparées de leur mère. Le document évoque aussi « une réalité brutale et normalisée » sur les migrants dans le pays et dénonce « un modèle d’exploitation » qui profite de la « vulnérabilité accrue » des exilés.
    Environ 5 000 personnes détenues dans des centres officiels suite à des « interceptions illégales et dangereuses en mer » sont victimes de violences sexuelles et sexistes, de torture, d’esclavage et de disparitions forcées, précise ce rapport de l’ONU.
    Par ailleurs, ces dernières semaines, les découvertes de corps de migrants se multiplient dans l’est de la Libye, alors que de plus en plus de personnes empruntent la route dite de Tobrouk pour tenter de rejoindre l’île de Crète, en Grèce, et éviter le renforcement des contrôles des autorités à l’ouest du pays. Pour Tarek Lamloum, chercheur au Centre d’études de Benghazi sur les migrants et les réfugiés, ces drames sont le résultat du trafic d’êtres humains très lucratif qui s’est développé dans la région autour de ces départs. « Toute une économie a été créée autour de la présence des candidats au départ. [...] La région tire désormais profit de ce phénomène migratoire de manière très importante », soulignait-il à InfoMigrants début mai.
    « En ce qui concerne les départs en eux-mêmes, les types de bateaux varient. Il y a des bateaux en bois, relativement en bon état, équipés de radios, qui quittent les ports en étant accompagnés de vedettes appartenant aux gardes-côtes ou aux milices libyennes. [...] D’autres départs se font sur des canots pneumatiques précaires et, malheureusement, les naufrages sont fréquents et les victimes sont le plus souvent des Africains subsahariens ou des Soudanais. Ce sont les départs dans ce type de bateaux qui causent le plus de décès », expliquait-il encore. Selon le Mixed migration centre, le nombre de migrants en Libye s’élevait à 939 638 en décembre 2025. Cela représente une augmentation de 14 % par rapport à la même période en 2024 (824 131).

    #Covid-19#migration#migrant#routemigratoire#migrationirreguliere#libye#traite#trafic#violence#sante#mortalite#subsaharien

  • 17 exilés somaliens se noient entre l’Algérie et l’Espagne - InfoMigrants
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    17 exilés somaliens se noient entre l’Algérie et l’Espagne
    Par La rédaction Publié le : 24/04/2026
    Un naufrage au nord des côtes algériennes a entraîné la noyade d’au moins douze hommes et cinq femmes de nationalité somalienne, a déclaré jeudi l’ambassadeur somalien en Algérie. Le groupe, dont les familles ont alerté sur la disparition, cherchait à rejoindre l’Espagne.
    Un bateau a chaviré dans les eaux situées entre l’Algérie et l’Espagne causant la mort d’au moins 17 migrants somaliens, a déclaré jeudi 23 avril l’ambassadeur de Somalie en Algérie, rapporte l’agence de presse Associated Press.
    Parmi les victimes figurent douze hommes et cinq femmes. « J’ai été contacté par des parents qui cherchaient leurs enfants et voulaient savoir où ils se trouvaient », a rapporté l’ambassadeur Yusuf Ahmed Hassan aux médias somaliens.Suite à ces alertes, l’ambassadeur a contacté le ministère algérien des Affaires étrangères. Celui-ci l’a informé qu’un groupe d’exilés africains était décédé dans un naufrage au large de Bou Ismaïl, une province côtière du nord de l’Algérie. Le groupe cherchait, par cette traversée maritime périlleuse, à rejoindre les côtes espagnoles, porte d’entrée en Europe.
    L’ambassadeur somalien a indiqué s’être alors rendu dans cette ville située à environ 100 kilomètres à l’ouest d’Alger (proche de Tipaza, voire carte ci-dessus) tôt jeudi matin, vers 6 heures. « J’ai visité deux hôpitaux de la province et j’ai vu les corps », a-t-il confirmé.
    Déjà, le 11 mars, 33 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont péri dans le naufrage d’une embarcation au large d’Alger, selon des informations relayées par Francisco Jose Clemente Martin, un activiste espagnol qui suit de près les routes migratoires en Méditerranée centrale.
    En 2025, 3 090 personnes ont perdu la vie sur les routes migratoires vers l’Espagne, selon l’ONG Caminando Fronteras. Soit huit personnes par jour. Parmi les victimes recensées figuraient 437 enfants, 192 femmes et 2 461 hommes. Ces chiffres se basent sur les témoignages recoupés des familles et des survivants, en plus des données officielles. Ils englobent aussi les disparitions : pas moins de 70 bateaux ont disparu des radars avec l’ensemble de leurs passagers, qui n’ont plus jamais donné de nouvelles à leurs proches.
    La route des Baléares, depuis les côtes algériennes vers les îles espagnoles, s’est considérablement développée ces derniers mois. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur espagnol, 1 900 migrants ont atteint l’archipel entre le 1er janvier et le 28 février 2026. Soit une hausse de 6 % par rapport à l’an dernier à la même période. Sur la route des Baléares, « les dangers de cette traversée sont même plus importants en raison des distances, mais aussi parce qu’il existe un risque élevé de perdre le cap et de se retrouver dans les zones les plus hostiles de la mer Méditerranée », précise l’association espagnole Caminando Fronteras. Selon l’ONG, 1 037 personnes parties d’Algérie vers les Baléares ont perdu la vie en 2025. Elles étaient moitié moins en 2024.
    Auparavant, la grande majorité des migrants arrivés aux Baléares venaient d’Algérie. Désormais, de plus en plus de Subsahariens empruntent cet itinéraire, à mesure que d’autres se ferment en Méditerranée centrale (Libye, Tunisie) ou dans l’Atlantique (routes des Canaries). En 2023, 73 % des personnes arrivant aux Baléares étaient d’origine maghrébine. En 2025, ce pourcentage est descendu à 30 % alors que celui des personnes en provenance d’autres pays africains a atteint 70 %. Les migrants somaliens font partie de ceux qui entreprennent de plus en plus souvent de tels périples, poussés par l’insécurité, les opportunités économiques limitées et les conditions de sécheresse prolongée dans leur pays, explique Associated Press.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#baleares#somalie#routemigratoire#sante#mortalité#subsaharien

  • Au Maroc, le secteur agricole est dépendant des travailleurs migrants - InfoMigrants
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    Au Maroc, le secteur agricole est dépendant des travailleurs migrants
    Par Sertan Sanderson Publié le : 24/04/2026
    Alors que le Maroc est traditionnellement un pays de transit pour les migrants qui espèrent rejoindre l’Europe, de plus en plus de personnes choisissent d’y rester. Le secteur agricole marocain, en manque de main d’oeuvre, y voit une bouée de secours.Le Maroc passe progressivement d’un pays de transit à un pays de destination pour de nombreux migrants. Cela s’explique notamment par l’urbanisation du Maroc, qui a entraîné un exode massif vers les villes, au détriment des zones rurales qui abritent les secteurs de l’agriculture et de l’élevage. Cette évolution a ainsi créé de nouvelles opportunités d’emploi.
    Le renforcement des contrôles aux frontières maritimes par les autorités marocaines, en étroite collaboration avec les partenaires européens, a également rendu plus difficiles les dangereuses traversées en mer vers l’Union européenne (UE). Beaucoup de migrants se retrouvent donc bloqués à long terme au Maroc et se mettent à chercher du travail sur place.
    Il est difficile de quantifier précisément l’ampleur de cette tendance, car près des trois quarts des migrants qui restent au Maroc occupent un travail illégal et les autorités marocaines se montrent réticentes à régulariser leur situation. De plus, les statistiques officielles ne reflètent pas l’ampleur de la migration irrégulière.
    L’agence de presse Reuters s’est rendue dans une exploitation agricole près de la ville côtière d’Agadir, où les migrants comblent désormais d’importantes pénuries de main-d’œuvre. Plus de 24 000 hectares de serres s’étendent sur les plaines de la région de Souss-Massa, à environ 50 kilomètres au sud d’Agadir, où sont produites plus de 80 % des exportations marocaines de fruits et légumes. Le poids économique de la région est considérable.L’un des migrants qui a trouvé du travail ici est Abdulfattah Aliou, un homme de 23 ans originaire du Togo, dont l’histoire est similaire à celle de nombreuses personnes en situation irrégulière bloquées au Maroc.
    Le Togolais a expliqué à Reuters qu’il avait initialement tenté de rejoindre l’UE en entrant dans l’une des enclaves espagnoles situées à l’extrême nord du Maroc, où il a été intercepté par les gardes-frontières espagnols avant d’être renvoyé au Maroc. Depuis le nord du Maroc, les autorités ont ensuite renvoyé Abdulfattah Aliou et d’autres migrants par bus vers le sud du pays. Certaines organisations de défense des droits de l’Homme ont dénoncé cette pratique, la qualifiant de « refoulement interne », et estimant qu’elle porte atteinte au droit de demander l’asile. Débarqué dans le sud du pays, Abdulfattah Aliou a commencé à travailler sur des exploitations agricoles. « Travailler, c’est mieux que de mendier dans la rue », a-t-il expliqué en rentrant d’une journée de travail dans un champ de tomates.
    Alioun Dialou, un Sénégalais de 48 ans, s’est également installé ici. Il travaille dans des exploitations agricoles de la région depuis près de 20 ans et a été témoin de l’évolution démographique de ses propres yeux. Alioun Dialou vit dans la ville d’Aït Amir, dans la région de Souss-Massa, où la population locale a quadruplé pour atteindre 113 000 habitants depuis la fin des années 1990, sous l’effet de l’augmentation de la main-d’œuvre migrante. Il dort actuellement dans la rue, essayant d’économiser de l’argent pour pouvoir s’acheter un téléphone, afin de rester en contact avec sa famille restée au pays, et de nouvelles chaussures. Malgré ces difficultés, il n’a toujours pas l’intention de quitter le Maroc, du moins pour le moment. « Je dois gagner un peu d’argent pour vivre et me reposer, dit-il. J’essaierai l’Europe plus tard. »
    Pourtant, à son arrivée au Maroc, Alioun Dialou avait espéré continuer le voyage vers l’Europe. Aujourd’hui, il a une fille de 11 ans scolarisée dans une école marocaine. Elle parle le français, la langue locale berbère et l’arabe marocain. Nombre de Marocains sont allés chercher du travail dans des grands centres urbains depuis le début des années 2000 et une longue période de sècheresse qui a presque décimé le secteur agricole. Cette dernière a supprimé 1,7 million d’emplois agricoles, selon les statistiques officielles citées par Reuters qui précise que le nombre de Marocains travaillant activement dans l’agriculture a été divisé par deux au cours des vingt dernières années.
    Dans des villes comme Tanger, Rabat et Casablanca, qui ont connu ces dernières années une croissance annuelle de 1 %, de nombreux Marocains se sont depuis longtemps construit une nouvelle vie, n’ayant plus beaucoup d’attaches dans les zones rurales.
    Rachid Benali, président de la Confédération nationale des producteurs agricoles (COMADER), estime que cette tendance ne va pas s’inverser. Selon lui, « une fois que les gens se sont habitués à la vie urbaine, il est difficile de les faire revenir travailler dans les exploitations agricoles des zones rurales ». Or, il est devenu difficile de trouver de la main-d’œuvre. La forte demande a également poussé les travailleurs agricoles marocains à exiger des salaires plus élevés. Dans le même temps, des migrants comme Abdulfattah Aliou travaillent pour des bas salaires. Selon Reuters, ils gagnent moins d’un cinquième du salaire en vigueur pour les Marocains.
    Abdelaziz El Maanaoui, président d’une association de producteurs dans les plaines de Souss-Massa, confirme que le secteur est devenu dépendant de la main-d’œuvre immigrée : "Sans la main-d’œuvre subsaharienne, un certain nombre d’exploitations auraient dû fermer
    Ainsi, des voix s’élèvent aujourd’hui pour demander la régularisation d’environ 150 000 personnes au Maroc. Abdelaziz El Maanaoui se dit favorable à cette initiative. D’autant que les taux de natalité chez les Marocains est en forte baisse et un déclin démographique est désormais en cours. Cela signifie que la pénurie de main-d’œuvre va encore s’amplifier dans le secteur agricole. De plus, l’urbanisation se poursuit : le gouvernement marocain a investi massivement dans le renforcement de ses infrastructures des villes, en construisant de nouvelles voies ferrées, des routes et des aéroports. Rachid Benali a expliqué à Reuters qu’une « pénurie structurelle de main-d’œuvre agricole, tant qualifiée que non qualifiée, dans le pays » mettait gravement en péril la compétitivité de l’agriculture marocaine

    #Covid-19#migration#migrant#maroc#subsaharien#agriculture#economie#travailleurmigrant#sante#demographie#regularisation#droit

  • Tunisie : plus de 1 100 migrants ont bénéficié d’un « retour volontaire » depuis le début de l’année - InfoMigrants
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    Tunisie : plus de 1 100 migrants ont bénéficié d’un « retour volontaire » depuis le début de l’année
    Par La rédaction Publié le : 02/03/2026
    LOrganisation internationale des migrations (OIM) a organisé le « retour volontaire » de 309 migrants – 164 Guinéens et 145 Ivoiriens – les 24 et 25 février dernier via deux vols charters. Au total, 1 182 exilés ont bénéficié d’un « retour volontaire » au départ de la Tunisie depuis le début de l’année. De plus en plus de migrants subsahariens fuient le pays de Kaïs Saïed qui les pousse dans une précarité extrême.
    Le dernier vol organisé par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a eu lieu le 25 février. Il a permis de ramener dans leur pays 145 Ivoiriens qui étaient en Tunisie, selon un communiqué de l’agence onusienne. La veille, 164 Guinéens avaient eux aussi bénéficié d’un « retour volontaire » de l’OIM.Selon l’organisation, « les bénéficiaires reçoivent une assistance sur mesure avant, pendant et après leur retour, y compris une assistance médicale, psychologique et sociale, des moyens de subsistance durables et des soins individuels ».
    Au total, 1 182 migrants sont rentrés chez eux via un « retour volontaire » de l’OIM au départ de la Tunisie depuis le début de l’année. Un chiffre important qui coïncide avec les dernières statistiques. En 2025, année « record », 8 853 migrants ont bénéficié du programme de « retour volontaire ». Et ce chiffre ne cesse d’augmenter. En 2024, 6 885 personnes avaient profité de ce programme, et 2 558 en 2023.
    Une augmentation qui s’explique notamment par la considérable détérioration des conditions de vie des migrants en Tunisie. Depuis près de trois ans et le discours anti-migrants de Kaïs Saïed, la vie des exilés désirant rejoindre les côtes européennes en traversant la Méditerranée au départ de ce pays de transit « empire de jour en jour ». Violences, racisme, abandons dans le désert, les maux sont nombreux. « Ici, il y a beaucoup d’agressions, de vols, de viols de femme et d’hommes… Moi-même, j’ai été kidnappé et séquestré en 2024 », racontait en novembre 2025 Lamine*, un Guinéen, à InfoMigrants.
    Pour Ibrahim*, un autre Guinéen interrogé par notre rédaction, « la Tunisie est devenue plus dangereuse que la Libye pour les Subsahariens ». Après avoir été intercepté en mer, il raconte avoir vécu un enfer avant d’être abandonné dans le désert à la frontière avec la Libye : « Les policiers nous ont frappés avec des matraques et des bâtons. On devait baisser les yeux. Si on levait la tête, ils nous tapaient. Ils ont aussi fouillé les gens et ont pris leurs effets personnels : les téléphones et de l’argent »."Je ne peux plus recevoir d’argent, je ne peux plus travailler" : en Tunisie, la politique du gouvernement pousse les migrants subsahariens dans l’extrême pauvretéDes opérations de police sont aussi régulièrement menées dans les camps de migrants dans les oliveraies autour de Sfax, ville du centre-est de la Tunisie connue pour être un lieu de départ des canots de migrants vers l’Italie. Durant ces opérations, les tentes et effets personnels des exilés sont détruits et les occupants forcés à fuir.
    Fin mars 2025, le président tunisien Kaïs Saïed avait mis la pression aux services de l’ONU pour intensifier ses efforts afin d’assurer les « retours volontaires » des Subsahariens en situation irrégulière en Tunisie. Mais le temps d’attente reste de plus en plus long pour les migrants. Par exemple, Edwige*, une mère de famille ivoirienne de 28 ans installée à Tunis, avait demandé un « retour volontaire » fin avril 2025. Elle n’a eu un rendez-vous avec l’OIM qu’en octobre.
    Le dispositif peut effectivement mettre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. « Le délai d’un ’retour volontaire’ varie en fonction du pays de retour, la situation administrative de la personne, la composition familiale, la présence de vulnérabilités, ainsi que la disponibilité ou non de documents de voyage », avait expliqué l’an dernier à InfoMigrants l’organisation onusienne.
    L’agence, qui disposait déjà de quatre centres d’hébergement en Tunisie, en a ouvert un cinquième en février 2025 « afin de mieux répondre à la demande croissante et de garantir des soins dignes et appropriés », selon l’OIM. Mais de nombreux migrants se retrouvent tout de même à la rue et vivent dans la précarité en attendant le retour dans leur pays. On estime que le nombre de migrants irréguliers en Tunisie se situe entre 20 000 et 25 000, d’après les chiffres des ONG.

    #Covid-19#migrant#migration#tunisie#OIM#retourvolontaire#sante#politiquemigratoire#migrationirreguliere#subsaharien

  • En Égypte, les arrestations de réfugiés africains se multiplient dans une vaste campagne de répression - InfoMigrants
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    En Égypte, les arrestations de réfugiés africains se multiplient dans une vaste campagne de répression
    Par Julia Dumont Publié le : 25/02/2026
    Depuis plusieurs mois, l’Égypte a lancé une campagne d’arrestations et d’expulsions de réfugiés et de demandeurs d’asile africains installés dans le pays. Près de 5 000 réfugiés ont été emprisonnés en deux semaines, selon une ONG égyptienne de défense des droits humains. Cette campagne d’arrestations viserait à tarir le flux de demandeurs d’asile arrivant en Égypte.
    Depuis le mois de décembre 2025, un climat de peur s’est installé en Égypte chez les personnes réfugiées. « Dans tout le pays, des policiers en civil arrêtent arbitrairement des personnes originaires de Syrie, du Soudan, du Soudan du Sud et d’autres pays d’Afrique subsaharienne, après des contrôles d’identité dans la rue ou sur leur lieu de travail », alertait Amnesty international dans un rapport publié le 16 février dernier.
    Selon l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), en deux semaines, près de 5 000 réfugiés ont été placés en détention dans des commissariats surpeuplés. Et une ONG érythréenne de défense des droits humain, HRCE, avance que plus de 3 000 réfugiés érythréens ont été arrêtés depuis début janvier, subissant parfois des mauvais traitements et des violences sexuelles. Au moins quatre témoignages recueillis par l’AFP décrivent des cellules bondées, des détenus entassés, debout pendant des heures, dormant à tour de rôle, d’autres parqués dans des cours extérieures.
    La Plateforme des réfugiés, une ONG locale, a, de son côté, fait état de deux décès : un enfant détenu malgré des douleurs thoraciques et un homme de 67 ans privé de soins. Début février, les autorités égyptiennes avaient démenti la mort d’un autre Soudanais.
    Plus d’un million de réfugiés enregistrés
    Ces dernières années, l’Égypte a vu le nombre de personnes en quête de protection internationale croître fortement sur son sol. En cause : les conflits au Soudan, au Soudan du sud, dans la bande de Gaza, mais aussi les violences et menaces qui subsistent pour de nombreuses populations en Syrie, en Érythrée et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne. En janvier 2026, 1 099 024 personnes réfugiées et demandeuses d’asile étaient ainsi enregistrées auprès du HCR dans le pays."En nombre de demandes d’asile reçues, l’Égypte se classe deuxième derrière les États-Unis", affirmait en juillet Sebastian Herwi, à la tête des relations extérieures du Haut-commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) au Caire.
    La semaine dernière, lors d’une session du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la guerre au Soudan, le représentant égyptien Ihad Awad a rappelé que son pays avait « reçu des centaines de milliers de frères et de soeurs soudanais, accueillis comme des invités ».
    Le Caire juge qu’une grande partie de ces réfugiés et demandeurs d’asile sont aujourd’hui en situation irrégulière, faute de titre de séjour valide. Mais de nombreuses personnes concernées par ces expulsions et interrogées par Amnesty international étaient bien enregistrées en tant que réfugiées auprès du HCR dans le pays.
    Par ailleurs, « nombre des personnes réfugiées et demandeuses d’asile arrêtées depuis fin décembre 2025 avaient des rendez-vous programmés à la Direction générale des passeports et de la nationalité du ministère de l’Intérieur, en vue de renouveler leur permis de séjour », souligne, dans son rapport, l’ONG de défense des droits humains.
    Mais « ces rendez-vous sont souvent repoussés en raison des retards de traitement du gouvernement : des personnes réfugiées et demandeuses d’asile ont déclaré avoir attendu jusqu’à trois ans pour avoir un rendez-vous », détaille encore l’ONG.Les rendez-vous avec le HCR et les services d’immigration égyptiens s’échelonnent jusqu’en 2029, ont constaté Amnesty et l’EIPR, de quoi provoquer une « irrégularité forcée », juge Karim Ennarah, directeur des recherches à l’EIPR, interrogé par l’AFP. Plus grave encore : des réfugiés se sont vus confisquer leur carte de réfugié du HCR et leur titre de séjour par des policiers lors d’arrestations. Le rapport d’Amnesty international mentionne notamment le cas d’Eisa, un réfugié érythréen de 20 ans enregistré auprès du HCR et titulaire d’un permis de séjour égyptien en règle. « Sa mère a déclaré que des policiers avaient confisqué sa carte du HCR et son permis de séjour et lui avaient dit : ’La prochaine fois, nous t’arrêterons sans papiers et tu seras placé en détention et expulsé’ », rapporte l’ONG.Pour Karim Ennarah, la campagne en cours vise « à créer un climat anti-immigration » pour réduire les arrivées alors que l’Égypte affronte une crise économique majeure.
    Mais l’Égypte contredit ses propres engagements en pratiquant ces arrestations et expulsions. Car le pays est signataire de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés et a également adopté en 2024 sa propre loi nationale relative à l’asile. « En expulsant de force des personnes réfugiées et demandeuses d’asile, les autorités égyptiennes bafouent non seulement le droit international relatif aux droits humains et aux personnes réfugiées, mais également les protections garanties par la loi relative à l’asile adoptée récemment par le pays lui-même et interdisant le ’refoulement’ de personnes reconnues comme réfugiées », a déclaré Mahmoud Shalaby, chercheur sur l’Égypte et la Libye à Amnesty International. Pays d’immigration, l’Égypte est aussi devenu un pays de forte émigration ces dernières années en raison du contexte économique et la répression politique qui sévit dans le pays dirigé par Abdel Fattah al-Sissi depuis 2014. « Depuis qu’il a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 2013 et qu’il est devenu président en 2014, Abdel Fattah al-Sissi dirige l’Égypte d’une main de fer. Son gouvernement [...] a emprisonné et torturé des milliers de détracteurs et d’opposants présumés, les maintenant souvent en détention provisoire prolongée ou les condamnant à l’issue de procès manifestement inéquitables », rappelait l’ONG Human Rights Watch dans un communiqué en mars 2024.
    Selon le HCR et l’agence des gardes-côtes européenne Frontex, les ressortissants égyptiens sont même devenus, en 2025, la première nationalité africaine à atteindre clandestinement les côtes européennes, notamment la Crète et l’Italie.

    #Covid-19#migrant#migration#egypte#subsaharien#immigration#asile#refugie#sante#droit

  • En Égypte, les arrestations de réfugiés africains se multiplient dans une vaste campagne de répression - InfoMigrants
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    En Égypte, les arrestations de réfugiés africains se multiplient dans une vaste campagne de répression
    Par Julia Dumont Publié le : 25/02/2026
    Depuis plusieurs mois, l’Égypte a lancé une campagne d’arrestations et d’expulsions de réfugiés et de demandeurs d’asile africains installés dans le pays. Près de 5 000 réfugiés ont été emprisonnés en deux semaines, selon une ONG égyptienne de défense des droits humains. Cette campagne d’arrestations viserait à tarir le flux de demandeurs d’asile arrivant en Égypte.
    Depuis le mois de décembre 2025, un climat de peur s’est installé en Égypte chez les personnes réfugiées. « Dans tout le pays, des policiers en civil arrêtent arbitrairement des personnes originaires de Syrie, du Soudan, du Soudan du Sud et d’autres pays d’Afrique subsaharienne, après des contrôles d’identité dans la rue ou sur leur lieu de travail », alertait Amnesty international dans un rapport publié le 16 février dernier. Selon l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), en deux semaines, près de 5 000 réfugiés ont été placés en détention dans des commissariats surpeuplés. Et une ONG érythréenne de défense des droits humain, HRCE, avance que plus de 3 000 réfugiés érythréens ont été arrêtés depuis début janvier, subissant parfois des mauvais traitements et des violences sexuelles.
    Au moins quatre témoignages recueillis par l’AFP décrivent des cellules bondées, des détenus entassés, debout pendant des heures, dormant à tour de rôle, d’autres parqués dans des cours extérieures.
    La Plateforme des réfugiés, une ONG locale, a, de son côté, fait état de deux décès : un enfant détenu malgré des douleurs thoraciques et un homme de 67 ans privé de soins. Début février, les autorités égyptiennes avaient démenti la mort d’un autre Soudanais.
    Ces dernières années, l’Égypte a vu le nombre de personnes en quête de protection internationale croître fortement sur son sol. En cause : les conflits au Soudan, au Soudan du sud, dans la bande de Gaza, mais aussi les violences et menaces qui subsistent pour de nombreuses populations en Syrie, en Érythrée et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne. En janvier 2026, 1 099 024 personnes réfugiées et demandeuses d’asile étaient ainsi enregistrées auprès du HCR dans le pays.
    « En nombre de demandes d’asile reçues, l’Égypte se classe deuxième derrière les États-Unis », affirmait en juillet Sebastian Herwi, à la tête des relations extérieures du Haut-commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) au Caire. La semaine dernière, lors d’une session du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la guerre au Soudan, le représentant égyptien Ihad Awad a rappelé que son pays avait « reçu des centaines de milliers de frères et de soeurs soudanais, accueillis comme des invités ». Le Caire juge qu’une grande partie de ces réfugiés et demandeurs d’asile sont aujourd’hui en situation irrégulière, faute de titre de séjour valide. Mais de nombreuses personnes concernées par ces expulsions et interrogées par Amnesty international étaient bien enregistrées en tant que réfugiées auprès du HCR dans le pays.
    Par ailleurs, « nombre des personnes réfugiées et demandeuses d’asile arrêtées depuis fin décembre 2025 avaient des rendez-vous programmés à la Direction générale des passeports et de la nationalité du ministère de l’Intérieur, en vue de renouveler leur permis de séjour », souligne, dans son rapport, l’ONG de défense des droits humains. Mais « ces rendez-vous sont souvent repoussés en raison des retards de traitement du gouvernement : des personnes réfugiées et demandeuses d’asile ont déclaré avoir attendu jusqu’à trois ans pour avoir un rendez-vous », détaille encore l’ONG.
    Les rendez-vous avec le HCR et les services d’immigration égyptiens s’échelonnent jusqu’en 2029, ont constaté Amnesty et l’EIPR, de quoi provoquer une « irrégularité forcée », juge Karim Ennarah, directeur des recherches à l’EIPR, interrogé par l’AFP. Plus grave encore : des réfugiés se sont vus confisquer leur carte de réfugié du HCR et leur titre de séjour par des policiers lors d’arrestations. Le rapport d’Amnesty international mentionne notamment le cas d’Eisa, un réfugié érythréen de 20 ans enregistré auprès du HCR et titulaire d’un permis de séjour égyptien en règle. « Sa mère a déclaré que des policiers avaient confisqué sa carte du HCR et son permis de séjour et lui avaient dit : ’La prochaine fois, nous t’arrêterons sans papiers et tu seras placé en détention et expulsé’ », rapporte l’ONG.
    Pour Karim Ennarah, la campagne en cours vise « à créer un climat anti-immigration » pour réduire les arrivées alors que l’Égypte affronte une crise économique majeure. Mais l’Égypte contredit ses propres engagements en pratiquant ces arrestations et expulsions. Car le pays est signataire de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés et a également adopté en 2024 sa propre loi nationale relative à l’asile."En expulsant de force des personnes réfugiées et demandeuses d’asile, les autorités égyptiennes bafouent non seulement le droit international relatif aux droits humains et aux personnes réfugiées, mais également les protections garanties par la loi relative à l’asile adoptée récemment par le pays lui-même et interdisant le ’refoulement’ de personnes reconnues comme réfugiées", a déclaré Mahmoud Shalaby, chercheur sur l’Égypte et la Libye à Amnesty International. Pays d’immigration, l’Égypte est aussi devenu un pays de forte émigration ces dernières années en raison du contexte économique et la répression politique qui sévit dans le pays dirigé par Abdel Fattah al-Sissi depuis 2014. « Depuis qu’il a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 2013 et qu’il est devenu président en 2014, Abdel Fattah al-Sissi dirige l’Égypte d’une main de fer. Son gouvernement [...] a emprisonné et torturé des milliers de détracteurs et d’opposants présumés, les maintenant souvent en détention provisoire prolongée ou les condamnant à l’issue de procès manifestement inéquitables », rappelait l’ONG Human Rights Watch dans un communiqué en mars 2024. Selon le HCR et l’agence des gardes-côtes européenne Frontex, les ressortissants égyptiens sont même devenus, en 2025, la première nationalité africaine à atteindre clandestinement les côtes européennes, notamment la Crète et l’Italie.

    #Covid-19#migrant#migration#egypte#subsaharien#immigration#droit#sante#asile#refugie

  • Espagne : le corps d’un migrant retrouvé à Ceuta, le neuvième depuis le début de l’année - InfoMigrants
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    Espagne : le corps d’un migrant retrouvé à Ceuta, le neuvième depuis le début de l’année
    Par La rédaction Publié le : 24/02/2026
    Le corps d’un migrant a été découvert samedi dans la baie nord de Ceuta, enclave espagnole frontalière avec le Maroc. Il s’agit du neuvième migrant décédé à cette frontière depuis le début de l’année. Ce sont les secours maritimes de Ceuta qui ont découvert le corps d’un migrant samedi dernier dans les eaux de la baie nord de l’enclave espagnole. Selon leur estimation, il était mort depuis plus de 15 jours. Le corps a été localisé vers 11h00 par le navire Isla Verde, à cinq milles de Ceuta, selon le journal local El faro de Ceuta, qui précise que l’état du cadavre rend toute identification ou reconnaissance visuelle impossible.
    Plus tôt le même jour, c’est le corps d’un père de famille marocain de 55 ans qui a été retrouvé au large des côtes. Abd al-Samad Ashqar avait quitté son pays le dimanche 15 février. C’est sa famille qui avait signalé sa disparition et l’a identifié. Quelques jours plus tôt, le 8 février, c’est cette fois-ci le corps d’un migrant subsaharien qui a été retrouvé près de la forteresse San Francisco de Asís. Selon le quotidien espagnol, il est mort d’hypothermie, notamment à cause des intempéries et des chutes de température dues à la période hivernale. En un mois, ce sont les cadavres de six exilés originaires d’Afrique subsaharienne qui ont été retrouvés dans ou autour de l’enclave espagnole. Ces dernières semaines, l’enclave de Ceuta et sa région ont effectivement été touchés par les tempêtes Marta et Ingrid, provoquant de fortes pluies et de puissantes rafales de vent. Et au total, au moins 9 migrants sont morts en mer ou proche de la barrière qui marque la frontière entre le Maroc et l’Espagne depuis le début de l’année.
    Un bilan notamment du à une explosion des arrivées. Entre le 1er janvier et le 15 février, 962 migrants ont atteint l’Espagne en passant par Ceuta, selon le ministère de l’Intérieur espagnol. Sur la même période l’année dernière, ce chiffre était de 137, soit une hausse de 602%. Les officiers de la Garde civile sont « à bout de souffle », affirmait à Europa press un membre de l’Association unifiée des gardes civils (AUGC). « Le flux est quotidien », les traversées ne sont « plus saisonnières », rapporte à l’agence de presse Rachid Sbihi, secrétaire de l’AUGC à Ceuta. « La pression est énorme sur terre comme sur mer ».

    #Covid-19#migrant#migration#ceuto#espagne#maroc#subsaharien#routemigratoire#migrationirreguliere#mortalite#sante#frontiere

  • Libye : opération d’envergure à Sabha, avec l’arrestation de 2 000 migrants et la démolition de camps - InfoMigrants
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    Libye : opération d’envergure à Sabha, avec l’arrestation de 2 000 migrants et la démolition de camps
    Par Leslie Carretero Publié le : 04/02/2026
    Une opération d’envergure a été menée mardi matin dans la ville de Sabha, au centre de la Libye : plus de 2 000 exilés subsahariens ont été arrêtés et leurs habitations de fortune démolies. Sabha, un des principaux carrefours migratoires de la région, est tristement connue pour les violences commises sur les migrants en route vers le nord du pays. C’est ici qu’un marché aux esclaves avait été filmé par une télévision américaine en 2017.
    Aux premières heures de la journée du mardi 3 février, des dizaines de véhicules de police ont débarqué dans un quartier de Sabha, une ville du sud de la Libye. Les policiers, soutenus par des militaires, ont mené une opération d’envergure dans cette municipalité, connue pour être un lieu de transit des exilés en route vers le nord du pays. Cette manœuvre visait « les sites de rassemblements de migrants illégaux dans la ville », indiquent les autorités libyennes sur Facebook.
    Les vidéos publiées sur les réseaux sociaux du ministère libyen de l’Intérieur montrent des pièces spartiates où étaient entassés les migrants subsahariens. Les exilés étaient contraints de dormir à même le sol, parfois sur des couvertures, et ne bénéficiaient que d’un petit filet de lumière via des trous sur le toit, construit avec des morceaux de bois.Sur d’autres images, on voit des dizaines de personnes en fil indienne sortir des habitations de fortune, puis assises par terre en attendant les consignes des policiers, armés de kalachnikovs. Parmi ces exilés, on compte de nombreuses femmes et plusieurs jeunes enfants.
    Au total, plus de 2 000 Subsahariens, de différentes nationalités, ont été interpellés lors de cette opération d’ampleur. Aucune information n’a été donnée sur l’endroit où ont été emmenés les migrants mais on peut supposer que ces personnes ont été transférées vers des centres de détention. Pour en sortir, elles devront certainement payer une rançon qui s’élève à plusieurs centaines d’euros.Le camp a été totalement démoli mardi par des pelleteuses, qui ont rasé l’ensemble des abris de fortune.
    Avec cette opération, les autorités entendent « renforcer les contrôles et envoyer un message fort aux réseaux de contrebande », écrivent-elles sur Facebook. Dans une des vidéos, un officiel rappelle qu’"il est interdit de louer des appartements à des migrants en situation irrégulière". Et l’homme en uniforme de continuer : « Cette année, on va ‘purifier’ tous les quartiers [où vivent] des migrants irréguliers ».
    Selon l’association Refugees in Libya, qui documente le quotidien des migrants en Libye, « ces actions n’ont aucun lien avec la réglementation de l’immigration (…) mais semblent plutôt liées à des conflits politiques locaux et à des rivalités sécuritaires ». L’organisation s’inquiète de « l’instrumentalisation des migrations à des fins de punition collective et de représailles politiques ».
    Ville du centre de la Libye, Sabha est l’un des principaux carrefours migratoires de la région. La plupart des Subsahariens qui quittent leur pays dans l’espoir d’atteindre les côtes libyennes, puis l’Europe, transitent par cette ville au sud du pays. Mais Sabha est aussi un lieu très dangereux pour ces exilés. C’est notamment dans cette ville qu’une journaliste américaine de la chaîne de télévision CNN avait réussi à filmer un marché aux esclaves en 2017.La rédaction d’InfoMigrants a, au fil des années, reçu de nombreux témoignages de migrants racontant avoir été détenus, torturés et parfois revendus dans cette ville, par des trafiquants d’êtres humains.
    En 2017, Issa, 16 ans, nous avait raconté sa détention dans une prison clandestine de Sabha. Privés de nourriture, de médicaments, d’eau, contraints au silence, les exilés détenus dans ces centres meurent par dizaine. « Il faut être en bonne santé. Les gens qui y entrent malades meurent en moins d’une semaine… », avait raconté Issa, qui ne pesait plus que 45kg après un mois de détention.
    En 2020, Ibrahim, un Sénégalais de 20 ans, avait aussi contacté InfoMigrants pour témoigner de son calvaire dans une prison non officielle de Sabha. « Chaque jour, nos geôliers nous frappaient et appelaient nos familles. Sous les coups, j’appelais ma mère, qui m’entendait crier, pour lui demander de m’envoyer de l’argent afin de sortir de là. Ma mère pleurait à l’autre bout du fil, c’était très dur », avait expliqué le jeune homme.
    Autre signe de ces conditions de vie inhumaines infligées aux migrants dans la région : en mars 2024, 65 corps de migrants ont été découverts dans une fosse commune située en plein désert, entre Sabha et Tripoli

    #Covid-19#migrant#migration#libye#subsahariens#camp#sante#droit#violence#esclavage#detention

  • Libye : 21 corps de migrants découverts dans une fosse commune - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69253/libye--21-corps-de-migrants-decouverts-dans-une-fosse-commune

    Libye : 21 corps de migrants découverts dans une fosse commune
    Par La rédaction Publié le : 15/01/2026
    Vingt-et-un corps de migrants ont été retrouvés dans un charnier à Ajdabiya, dans le nord-est de la Libye, selon des médias locaux citant une source gouvernementale. Les victimes étaient retenues dans une ferme de la région transformée en « lieu de détention pour migrants clandestins ».L’Agence de sécurité intérieure (ASI) d’Ajdabiya, dans le nord-est de la Libye, a fait état mercredi 14 janvier dans la soirée de la « découverte d’une fosse commune contenant les corps de 21 personnes de diverses nationalités africaines », a indiqué la chaîne de télévision libyenne al-Masar. Selon ce média, loyal à l’homme fort de l’est libyen Khalifa Haftar, « une enquête a permis d’identifier un suspect de ces homicides, un ressortissant libyen aux antécédents judiciaires, arrêté lors d’un raid mené dans une ferme » ayant servi de « lieu de détention pour migrants clandestins ».
    Des photos et une vidéo - qui n’ont pu être authentifiées - ont fait le tour des réseaux sociaux et des médias locaux, montrant des corps entassés et plus d’une dizaine de sacs mortuaires alignés sur le sol. Dans cette « ferme », des migrants « dans un état critique » - certains présentaient des blessures par balle - ont été secourus et hospitalisés après avoir signalé l’emplacement du charnier aux autorités, d’après les médias dont aussi la chaîne indépendante Al Wasat.
    Des équipes médico-légales ont été déployées sur place pour exhumer les corps, identifier les victimes, et recueillir des preuves des sévices subis. Ce n’est pas la première fois que des fosses communes sont découvertes en Libye. En juin 2025, plus de 80 corps, dont certains carbonisés, avaient été découverts dans le quartier d’Abu Salim, dans la banlieue de Tripoli, en Libye. Selon le Haut-commissariat aux Nations Unies, des instruments suspects de torture et de maltraitance ont été découverts sur place. L’ONU avait alors demandé que ces sites soient scellés pour permettre des enquêtes médico-légales. En février 2025, près d’une centaine de corps avaient été retrouvés pendant plusieurs jours dans les régions désertiques de Jikharra et de Kufra, dans le sud-est libyen. Une enquête avait permis d’identifier l’existence d’une « bande dont les membres séquestraient des migrants irréguliers, les torturaient et les soumettaient à des traitements cruels, dégradants et inhumains », avait expliqué le bureau du procureur général libyen.
    « Les migrants et les demandeurs d’asile, y compris les enfants, continuent d’être victimes de graves violations des droits de l’Homme en Libye […] La découverte alarmante et tragique de charniers à la suite de raids sur des sites de trafic d’êtres humains met en lumière le grave danger auquel sont confrontés les migrants en Libye », avait alors déploré la sous-secrétaire générale de l’ONU pour les Affaires politiques Rosemary DiCarlo lors d’un discours devant le conseil de sécurité des Nations unies. En mars 2024, une fosse contenant « au moins 65 corps de migrants » avait été découverte dans la zone désertique d’Al Shwayrif, dans le sud-ouest de la Libye, avait rapporté l’OIM. Les migrants avaient probablement péri alors qu’ils traversaient le désert pour rejoindre les côtes du nord du pays.
    En Libye, les exilés sont des proies faciles. Interpellés dans les rues par les autorités ou enlevés par des milices, ils sont envoyés dans des prisons officielles ou non et y subissent toutes sortes de tortures. Lors des sévices, les bourreaux appellent les familles des exilés afin qu’ils payent pour leur libération. Ces dernières années, InfoMigrants a récolté des dizaines de témoignages de Subsahariens rapportant les violences subies dans les centres de détention du pays.

    #Covid-19#migrant#migration#libye#subsaharien#mortalite#sante#routemigratoire#migrationirreguliere

  • Tunisie : record de « retours volontaires » de migrants en 2025 - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69080/tunisie--record-de-retours-volontaires-de-migrants-en-2025

    Tunisie : record de « retours volontaires » de migrants en 2025
    Par Leslie Carretero Publié le : 07/01/2026
    En 2025, 8 853 migrants ont bénéficié du programme de « retour volontaire » de l’Organisation internationale des migrations (OIM). Un chiffre en hausse de 28% par rapport à l’année précédente. Ce record s’explique par la dégradation des conditions de vie en Tunisie des exilés, empêcher de travailler ou de louer un appartement, et harcelés par les autorités.
    Jamais autant de migrants n’avaient cherché à fuir la Tunisie. En 2025, l’Organisation internationale des migrations (OIM) a « franchi un cap record » en organisant le « retour volontaire » de 8 853 migrants vers leur pays d’origine, a indiqué l’agence onusienne dans un communiqué publié mercredi 7 janvier. Un chiffre en hausse de 28% par rapport à l’année précédente. En 2024, 6 885 personnes ont bénéficié de ce programme, et 2 558 en 2023. Ces opérations ont concerné 27 pays de destination via 22 vols charters et 368 vols commerciaux, précise le document. Par ailleurs, « 103 demandeurs d’asile et refugiés ont bénéficié de la réinstallation dans cinq pays tiers » en 2025.
    Depuis près de trois ans, la situation des migrants s’est considérablement détériorée en Tunisie, pays de transit pour ceux désireux de rejoindre les côtes européennes en traversant la Méditerranée. Selon les estimations des ONG, environ 20 000 personnes vivent en situation irrégulière dans ce pays du Maghreb.
    « La Tunisie est devenue plus dangereuse que la Libye pour les Subsahariens », affirmait même en fin d’année à InfoMigrants, Ibrahim, un Guinéen. Après le discours raciste du président tunisien Kaïs Saïed début 2023 fustigeant l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays, les Noirs ont été la cible de violences de la part de la population et des autorités.
    Des milliers de migrants ont été chassés de leurs logements et leurs emplois informels. Des centaines ont été raflés par les autorités et abandonnés dans le désert, à la frontière libyenne ou algérienne. La photo d’une mère de famille et de sa fille de six ans gisant sur le sable avait fait le tour des réseaux sociaux à l’été 2023. Comme elles, une centaine de personnes sont mortes à cette période dans les zones désertiques, selon les associations.
    Ces pratiques, illégales au regard du droit international, n’ont jamais cessé depuis. Elles semblent même s’être organisées. InfoMigrants a recueilli de nombreux témoignages ces dernières années faisant état de transfert de migrants aux frontières entre des forces tunisiennes et des milices libyennes. Plusieurs Subsahariens ont détaillé le déroulé des expulsions et de ces échanges dans le désert à la rédaction. Au milieu de nulle part, « les policiers tunisiens sont sortis du bus et sont partis à la rencontre de milices libyennes, qui nous attendaient. Il y a eu une concertation entre eux, ils ont discuté un petit moment. Ensuite, les Libyens, armés et cagoulés, nous ont récupérés », racontait par exemple en février 2025 Augustin*, un Guinéen, arrêté dans la rue par la police. Les exilés sont ensuite transférés dans des prisons libyennes où le seul moyen pour en sortir est de payer une rançon de plusieurs centaines d’euros.
    Partout en Tunisie, les Noirs sont de plus en plus empêchés de travailler, de louer des appartements et même d’utiliser les transports publics. Les exilés sont constamment harcelés par la population et les autorités. Chassés des centres-villes, Les Subsahariens se sont réfugiés à l’été 2023 dans les champs d’oliviers d’El-Amra, dans la région de Sfax (centre-est de la Tunisie). D’immenses bidonvilles ont été érigés dans les oliveraies.
    Mais début avril 2025, la Garde nationale tunisienne a mené une opération d’ampleur dans la région. Plusieurs campements disséminés le long de la route qui mène de Sfax à Jebeniana ont été démolis, à coup de pelleteuses. Tentes, effets personnels et réserves de nourriture ont été brûlés par les policiers, selon les exilés. D’après les autorités, ces expulsions font suite à de nombreuses plaintes déposées par des propriétaires d’oliveraies empêchés d’accéder à leur terrain. Après ces démantèlements d’envergure – qui perdurent encore – des dizaines de personnes s’étaient massées devant les locaux de l’OIM de Sfax et de Tunis pour obtenir un « retour volontaire ». L’agence onusienne s’est vite retrouvée débordée et peine encore aujourd’hui à prendre en charge l’ensemble des demandes. Fin mars, le président tunisien Kaïs Saïed avait mis la pression aux services de l’ONU pour intensifier ses efforts afin d’assurer les « retours volontaires » des Subsahariens en situation irrégulière en Tunisie. Mais ces rapatriements chapeautés par l’OIM sont perçus par des chercheurs comme des expulsions déguisées, « la seule alternative possible » pour des migrants résignés, victimes de racisme et d’exactions. « Il n’y a rien de moins volontaire que les ’retours volontaires », estiment-ils, face à la forte hausse de demandes de rapatriement de migrants, « acculés » aux frontières sud de l’Europe. Dans une interview à France 24, Romdhane Ben Amor, le porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), une association qui vient en aide aux migrants dans le pays, affirme que « le terme de ‘retour volontaire’ [utilisé par la présidence] est largement critiqué parmi les migrants, car il s’est transformé en un retour forcé ».

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#subsahariens#retourvolontaire#expulsion#rapatriement#OIM#politiquemigratoire#sante

  • Tunisie : des responsables de Terre d’asile, jugés pour aide aux migrants, ont été libérés
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/01/06/tunisie-des-responsables-de-terre-d-asile-juges-pour-aide-aux-migrants-ont-e

    Tunisie : des responsables de Terre d’asile, jugés pour aide aux migrants, ont été libérés
    Des travailleurs humanitaires de l’ONG française Terre d’asile en Tunisie, jugés pour avoir « facilité l’entrée illégale et le séjour » de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi 6 janvier, a annoncé le comité de soutien de l’une d’entre eux.
    Sherifa Riahi, ancienne directrice de l’ONG, et plusieurs de ses collègues étaient emprisonnés depuis plus de vingt mois. Le comité a publié sur Facebook une vidéo d’elle à sa sortie de prison et a ajouté que les autres travailleurs humanitaires avaient également été libérés. L’avocat Mahmoud Daoud Yaacoub, membre du collectif de défense de Sherifa Riahi, a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) que le tribunal avait prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis à l’encontre des accusés, jusqu’ici placés en détention provisoire. « Demain, nous prendrons connaissance du reste du jugement concernant les accusés en liberté », a-t-il ajouté.
    Parmi les 23 prévenus figurent aussi les 17 membres du conseil municipal de la ville de Sousse, dans l’est du pays, dont deux en détention, mis en cause notamment pour avoir prêté des locaux à l’association.
    Avant l’audience de lundi, le comité de soutien à Sherifa Riahi avait assuré que « toutes les accusations laissant supposer l’existence d’activités illégales et non conformes aux procédures de l’action humanitaire [avaient] été levées » pendant l’instruction. Il en est « de même » pour « les allégations relatives à des financements illicites, à des flux financiers suspects », selon le comité. Les 23 prévenus, également inculpés « d’entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement », encouraient jusqu’à dix ans de prison.
    Leurs avocats soulignent qu’ils ont mené une action humanitaire d’aide aux demandeurs d’asile et migrants vulnérables dans le cadre d’un programme approuvé par l’Etat tunisien, en coordination directe avec le gouvernement. Sur sa page Facebook, la rapporteuse des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, avait appelé dimanche les autorités tunisiennes à « remettre [Mme Riahi] en liberté plutôt que de la poursuivre sur la base d’accusations fallacieuses liées à sa défense des droits des migrants ». Les prévenus emprisonnés avaient été interpellés en mai 2024 en même temps qu’une dizaine d’autres travailleurs humanitaires, parmi lesquels la militante antiraciste Saadia Mosbah, dont le procès s’est ouvert fin décembre.
    La Tunisie est un point de passage important pour des milliers de migrants d’Afrique subsaharienne cherchant chaque année à rejoindre clandestinement l’Europe par la mer. En février 2023, le président Kaïs Saïed avait dénoncé l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays. Les mois suivants, des milliers de Subsahariens avaient été rapatriés ou avaient fui par la mer pendant que des centaines d’autres étaient conduits par la police tunisienne, selon des ONG, aux frontières désertiques avec l’Algérie et la Libye, où au moins une centaine d’entre eux sont morts.

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  • En Tunisie, des salariés de Terre d’asile devant la justice, pour avoir aidé des migrants
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/12/15/en-tunisie-des-salaries-de-terre-d-asile-devant-la-justice-pour-avoir-aide-d

    En Tunisie, des salariés de Terre d’asile devant la justice, pour avoir aidé des migrants
    Par Monia Ben Hamadi
    Le procès de Sherifa Riahi, 42 ans, ancienne directrice de Terre d’asile Tunisie, s’ouvre lundi 15 décembre, devant la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis. Incarcérée depuis plus d’un an et demi, elle est poursuivie pour avoir facilité l’entrée, l’hébergement et l’installation de migrants en situation irrégulière sur le fondement de plusieurs textes relatifs aux passeports, documents de voyage, à la condition des étrangers en Tunisie, ainsi qu’au code pénal, qui prévoient des peines allant d’un à dix ans d’emprisonnement, selon Seifallah Ben Meftah, son avocat. Une affaire emblématique de la répression en cours contre le milieu associatif en Tunisie.
    Concrètement, on lui reproche d’avoir mis en œuvre, dans le cadre de ses fonctions au sein de l’antenne tunisienne de l’ONG France Terre d’asile, des programmes d’aide aux migrants et aux demandeurs d’asile. « L’association travaillait en étroite collaboration avec les organes gouvernementaux, notamment le ministère de l’intérieur, dans le cadre de conventions ratifiées par l’Etat tunisien », déclare au Monde Me Meftah, qui dénonce l’« absurdité » de l’affaire.
    Le 7 mai 2024 au soir, Mme Riahi était interpellée à son domicile, dans la banlieue de Tunis, alors qu’elle était en congé maternité après la naissance de son deuxième enfant. Le lendemain, Yadh Bousselmi, actuel directeur de Terre d’asile Tunisie, et Mohamed Jouou, responsable financier de l’association, étaient à leur tour incarcérés.
    Quelques jours plus tard, l’ancien maire de Sousse, ville côtière du centre-est du pays, et son adjointe subissaient le même sort, accusés d’avoir conclu un partenariat avec l’ONG dans le cadre d’un projet destiné aux migrants et réfugiés. Tous les quatre sont en détention depuis lors. Au total, vingt-trois personnes sont poursuivies dans cette affaire, dont six employés de Terre d’asile Tunisie et dix-sept anciens membres ou employés du conseil municipal de Sousse.« Ils sont uniquement poursuivis pour leur travail légitime consistant à fournir une aide et une protection vitales à des réfugiés, personnes en quête d’asile et migrants se trouvant dans des situations précaires », a dénoncé, vendredi, Amnesty International. Anne Savinel-Barras, la présidente de la section française de l’ONG, a, pour sa part, mis en garde contre un « acharnement » révélateur d’une « stratégie alarmante de la part de l’Etat, qui a pour but de démanteler les fondements de l’espace civique en Tunisie ».
    Depuis mai 2024, une dizaine de personnes ont été arrêtées pour leur engagement associatif ou leur participation à des projets de soutien aux migrants et aux personnes vulnérables. Cette vague d’arrestations a coïncidé avec la tenue d’un conseil de sécurité, le 6 mai 2024, au cours duquel le président tunisien, Kaïs Saïed, a accusé, sans les nommer, des organisations de la société civile de recevoir « des centaines de millions d’euros » de l’étranger afin, selon lui, d’encourager l’installation de migrants en situation irrégulière.
    Le chef de l’Etat reprenait alors une rhétorique déjà employée en février 2023, lorsqu’il avait évoqué un « complot » visant à modifier la composition démographique du pays, fomenté par « des traîtres et des agents de l’étranger ». Ces attaques verbales du président ont été accompagnées d’une campagne contre les ONG sur les réseaux sociaux.
    Le 28 janvier, à l’issue de l’instruction, l’association a bénéficié d’un non-lieu. Mme Riahi et les quatre autres prévenus ont toutefois été maintenus en détention, dans l’attente de leur procès. Cette répression contre les acteurs associatifs ne cesse de s’accentuer alors que, depuis le coup de force du 25 juillet 2021 par lequel Kaïs Saïed s’est octroyé les pleins pouvoirs, la Tunisie connaît un virage autoritaire sans précédent depuis la « révolution » de 2011.
    Mustapha Djemali, président du Conseil tunisien pour les réfugiés, et Abderrazak Krimi, chef de projet au sein de l’organisation, ont été condamnés, le 24 novembre, à deux ans de prison.

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#subsaharien#ONG#droit#sante#migrationirreguliere

  • « La situation est préoccupante » : en Tunisie, des femmes et enfants migrants arrêtés et détenus arbitrairement pour mendicité risquent l’expulsion - InfoMigrants
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    « La situation est préoccupante » : en Tunisie, des femmes et enfants migrants arrêtés et détenus arbitrairement pour mendicité risquent l’expulsion
    Par Julia Dumont Publié le : 19/11/2025
    Un groupe de femmes et d’enfants migrants a été arrêté la semaine dernière à Tunis pour mendicité. Détenus de manière arbitraire dans un centre d’accueil utilisé comme centre détention, ils risquent d’être expulsés vers la frontière libyenne. Depuis jeudi 13 novembre, Victor* est rongé par l’inquiétude. Ce Sierra-Léonais de 26 ans a eu la terrible surprise de ne pas retrouver sa femme et sa fille d’à peine un an en rentrant chez lui après sa journée de travail. Sa femme est pourtant généralement de retour avant lui dans le petit appartement qu’ils louent à Tunis. Victor est allé interroger ses voisins, puis est parti à leur recherche dans le quartier, en vain. « Le lendemain, j’ai reçu l’appel d’un ami qui me disait que ma femme cherchait à me joindre. Elle n’avait pas pu m’appeler directement car je me suis fait voler mon téléphone récemment et j’ai dû changer de numéro. J’ai alors pu lui parler un petit peu au téléphone et elle m’a expliqué ce qu’il s’était passé », raconte le jeune père à InfoMigrants.
    Ce jour-là, Sarah était sortie dans le centre-ville de la capitale tunisienne, espérant rapporter un peu d’argent en mendiant. Le couple d’exilés sierra-léonais vit avec leur petite fille à Tunis depuis quatre mois. « Nous avons quitté les camps de la région de Sfax [dans le centre-est de la Tunisie, ndlr] car il n’était plus possible d’y vivre, avec la police qui venait brûler nos affaires tous les quatre jours environ », explique Victor.
    Pour survivre à Tunis, Victor travaille de temps en temps en tant que maçon. « Mais ce que je gagne ne nous suffit pas pour vivre. Ma femme mendie pour compléter nos revenus car nous avons beaucoup de dépenses avec notre fille ». Jeudi dernier, la jeune femme se trouvait place Barcelone, dans le centre-ville de Tunis avec sa fille. « Des policiers habillés en civil sont venus les voir sans se présenter. Ils leur ont juste dit qu’ils voulaient leur poser quelques questions. Comme il y en avait un qui filmait, ma femme a cru qu’ils étaient journalistes », rapporte Victor. La mère et la fille sont alors emmenées dans le centre d’El Ourdia, en banlieue sud de Tunis. Elles y sont depuis détenues avec 16 autres femmes et 23 enfants, dont certains sont sans leurs parents.
    De plus en plus de migrants sont contraints de mendier dans les villes tunisiennes, souvent accompagnés de leurs enfants, car, depuis l’été 2023, les autorités tunisiennes ont multiplié les mesures empêchant les exilés dans le pays de gagner de l’argent. À l’interdiction de travailler s’est ajoutée l’impossibilité de recevoir des devises de l’étranger - notamment de la part des familles de migrants.,Le but des autorités est d’empêcher les exilés de financer leur traversée de la Méditerranée et de tarir les revenus des passeurs. Mais, dans la réalité, ces mesures ont fait sombrer les Subsahariens dans une extrême précarité.
    « C’est la première fois que nous voyons des femmes et des enfants être détenus pour mendicité », s’inquiète une membre d’une ONG de la société civile tunisienne ayant requis l’anonymat. En Tunisie, la mendicité constitue un délit pénal depuis l’époque coloniale mais, dans les faits, les femmes arrêtées pour ce motif – surtout quand elles sont accompagnées d’enfants – sont généralement relâchées dans les heures qui suivent. « Cette fois-ci, la situation est très préoccupante. On assiste vraiment à une escalade avec ces femmes et enfants détenus de manière arbitraire et en violation des convention internationales ratifiées par les autorités tunisiennes », souligne la même source.Pour tenter d’obtenir leur libération, son organisation a alerté le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, ainsi que le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR), l’Unicef et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), pour le moment sans effet.
    Depuis le centre d’El Ourdia, Sarah a pu raconter à son mari ses conditions de vie. « Elle m’a dit qu’elle et ma fille n’avaient pas assez de nourriture, pas de vêtements. Il n’y a pas suffisamment de lits pour tout le monde », décrit Victor. Le 16 novembre, le défenseur des droits des migrants David Yambio et le groupe Refugees on Tunisia ont publié sur le réseau social X une vidéo montrant ces femmes et enfants dans le centre où elles sont détenues. On les voit regroupées dans une pièce avec une fenêtre mais ne comportant que trois ou quatre lits. « La police leur a indiqué qu’elles allaient être emmenées dans le désert car elles refusent de fournir les informations [nécessaires] à leur renvoi dans leur pays d’origine », rapporte David Yambio dans son message posté sur X. C’est aussi ce que la femme de Victor lui a confié. « Les Tunisiens leur ont dit qu’elles seraient expulsées dans leur pays ou envoyées dans le désert. Samedi [15 novembre], ils ont essayé de les faire monter dans un bus pour les transférer dans les zones désertiques [à la frontière libyenne ou algériennes] mais les femmes ont beaucoup pleuré et protesté. Donc elles et les enfants ont été remises dans le centre », précise-t-il.
    Pourtant la détention à El Ourdia n’a rien de légal. La structure où se trouvent Sarah et sa fille a une appellation officielle de centre d’accueil et d’orientation et est placé sous la tutelle de la direction des frontières et des étrangers au sein du ministère tunisien de l’Intérieur. Mais l’endroit est officieusement utilisé comme centre de détention pour migrants alors qu’il n’est pas enregistré, ni administré comme un lieu de privation de liberté.
    Le centre a déjà été évoqué à plusieurs reprises par InfoMigrants pour les nombreuses violations des droits des personnes détenues qui y sont observées. El Ouardia a également été épinglé par l’Organisation mondiale de lutte contre la torture (OMCT) comme une « zone de non droit où des personnes sont arbitrairement privées de leurs libertés ». En 2024, Christian Kwongang, ex-président de l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie (AESAT) et lui-même étudiant, avait été incarcéré pendant dix jours dans ce centre alors qu’il était simplement sorti récupérer sa carte de séjour définitive. Plusieurs associations de défense des droits humains avaient milité activement pour sa libération.

    #Covid-19#migrant#migration#tunisie#subsaharien#politiquemigratoire#droit#sante#humanitaire#libye

  • En Tunisie, les migrants prennent toujours plus de risques pour partir
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/11/05/en-tunisie-les-migrants-prennent-toujours-plus-de-risques-pour-partir_665236

    En Tunisie, les migrants prennent toujours plus de risques pour partir
    Par Driss Rejichi (Ghedhabna, Jbeniana, Nabeul [Tunisie], envoyé
    Sur la petite plage discrète de Ghedhabna, dans l’est de la Tunisie, des traces longilignes sillonnent le sable de la forêt jusqu’à la mer. « Les Africains arrivent en soirée, ils dorment dans les buissons, puis prennent le bateau pendant la nuit », explique un pêcheur. Plusieurs habitants confirment que c’est bien au large de ce village qu’a eu lieu le deuxième naufrage le plus meurtrier de l’année dans le pays : quarante morts, dont douze enfants de moins de 5 ans, partis dans la nuit du 21 au 22 octobre, selon Walid Chtabri, porte-parole du tribunal de première instance de Mahdia.
    « Autant de petits et de mères sur un bateau, c’est rare », glisse d’un ton sombre « Padre », figure de la communauté ivoirienne qui vivotent dans les champs d’oliviers de Jbeniana, près de Sfax, et qui connaissait personnellement l’un des passagers. C’est depuis les camps de fortune de cette région, où s’entassent des milliers de migrants subsahariens depuis l’été 2023, qu’aurait été organisé le convoi du 22 octobre.
    Habituellement, les barques métalliques à destination de Lampedusa partent des plages de Jbeniana, en face des camps. Mais la multiplication des interceptions en mer ces derniers mois a forcé les migrants à se déplacer le long de la côte pour embarquer. La forêt de Ghedhabna se situe à une quarantaine de kilomètres au nord de Sfax.
    Selon les données du ministère de l’intérieur italien, un peu plus de 4 300 migrants sont arrivés en Italie depuis les côtes tunisiennes depuis le début de l’année, contre près de 17 500 sur la même période en 2024 – soit une baisse d’environ 75 %. Contactée par Le Monde, une source au sein d’Alarm Phone, un collectif qui surveille les opérations de secours en mer, estime que les garde-côtes réalisent effectivement « davantage de contrôles », tout en soulignant la difficulté d’accéder aux chiffres. Les autorités tunisiennes n’ont pas publié de données sur le nombre d’interceptions depuis le début de l’année. Sur la base des garde-côtes du port de Sfax, les agents se refusent à tout commentaire.
    Mais les migrants sont catégoriques : depuis plusieurs mois, les départs depuis les plages du nord de Sfax échouent plus souvent. « Les eaux sont fermées. Si on entend parler de convois depuis Mahdia, Monastir ou Nabeul, on sera forcément intéressés », explique Padre. Les villes qui jalonnent la côte au nord de Sfax servent depuis des années de points de départs ponctuels. Les Subsahariens les rejoignent en général quelques jours, voire quelques heures avant la traversée.
    Mais de plus en plus d’entre eux quittent la région de Sfax pour s’installer à Nabeul, à soixante kilomètres au sud de Tunis. Selon Abdelkader, un Nigérien arrivé dans la ville en 2021 et qui souhaite rester anonyme, la plupart cherche à travailler « dans les restaurants ou les champs autour de Nabeul ». Dans les quartiers populaires du nord de la ville, les Subsahariens sont en effet visibles aux abords des épiceries ou des cafés. D’après Abdelkader, beaucoup privilégient ces quartiers « pour éviter les contrôles de police ». En réunissant assez d’argent, certains espèrent rejoindre les groupes qui partent des plages du Cap Bon, même si « peu de départs ont été documentés récemment », selon Alarm Phone.
    La rareté des convois et les nouvelles contraintes logistiques ont fait grimper les prix : jusqu’à 3 000 dinars (quelque 880 euros) pour une traversée depuis Nabeul à l’automne, soit trois fois plus que dans la région de Sfax. Les départs seraient également plus précipités et plus risqués. Moussa (prénom d’emprunt), un migrant ayant survécu à un naufrage au large de Mahdia en octobre, raconte qu’il s’est rendu compte en embarquant que « le bateau était surchargé ». Pourtant, « personne n’a eu l’idée de rebrousser chemin », à cause du prix des places, de la distance parcourue depuis Sfax, mais aussi de l’arrivée imminente de l’hiver et d’un climat défavorable aux traversées. « Quand on ferme une route, on ne fait que déplacer les itinéraires et les rendre plus dangereux », souligne une source d’Alarm Phone, qui observe la même logique « dans la Manche ». Des risques qui n’entament en rien la détermination des exilés. « Dieu a décidé que cette fois, ce n’était pas la bonne. Peut-être la prochaine », espère Moussa.

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