#subsistance

  • BALLAST | L’#écoféminisme en question — par Janet Biehl
    https://www.revue-ballast.fr/lecofeminisme-en-question-par-janet-biehl

    En 1991, l’es­sayiste éta­su­nienne Janet Biehl fai­sait paraître son livre Rethinking Ecofeminist Politics : une cri­tique réso­lue du mou­ve­ment éco­fé­mi­niste. Bien que consciente de la diver­si­té des cou­rants qui tra­versent ce der­nier, l’au­trice y per­çoit un renon­ce­ment glo­bal à cer­tains des idéaux du fémi­nisme. Dans l’ex­trait que nous tra­dui­sons ici, Biehl dénonce tout par­ti­cu­liè­re­ment la réha­bi­li­ta­tion de l’oikos — la mai­son —, du « foyer » et du « care » pour mieux louer la Cité, la chose publique, bref, la poli­tique, enten­due sous sa plume comme radi­ca­le­ment démo­cra­tique et éco­lo­gique. Face à ce qu’elle per­çoit comme des « replis mys­tiques régres­sifs » et un « déni­gre­ment direct ou indi­rect de la rai­son », l’é­co­lo­giste sociale enjoint à tra­vailler à « un ensemble d’i­dées anti­hié­rar­chique, cohé­rent, ration­nel et démo­cra­tique ».

    • ah bé c’est marrant, je venais juste d’enfin lire ya quelques heures le dernier chapitre de Sorcières, où @mona l’évoque à quelques pages de la fin :

      Mais cet essentialisme, peut-on vraiment se satisfaire de le récuser, comme le fait par exemple Janet Biehl, qui fut proche du théoricien écosocialiste Murraya Mookchin ? Selon la philosophe Catherine Larrère, « pour libérer les femmes de la domination qui pèse sur elles, il ne suffit pas de déconstruire leur naturalisation pour les rapatrier du côté des hommes - celui de la culture. Ce serait ne faire le travail qu’à moitié, et laisser la nature en plan. La cause de la nature y perdrait, mais tout autant celle des femmes ». Les écoféministes, explique Émilie Hache, veulent pouvoir se réapproprier, investir et célébrer ce corps qui a été diabolisé (c’est le cas de le dire), dégradé et vilipendé pendant des siècles ; et elles veulent aussi pouvoir questionner le rapport guerrier à la nature qui s’est développé en parallèle. Le problème qui se pose à elles pourrait se résumer ainsi : « Comment (re)construire un lien avec une nature dont on a été exclue ou dont on s’est exclue parce qu’on y a été identifiée de force et négativement ? ».

      Dans le même temps, elles refusent que la « nature » serve de prétexte pour leur imposer un destin ou un comportement normés tels que la maternité ou l’hétérosexualité. L’expérience méconnue du « retour à la terre » de communautés séparatistes lesbiennes dans les années 70 en Oregon témoigne bien de cette attitude (en plus d’avoir de quoi rentre catatoniques ceux qui, en France, sortent de leurs gonds à la simple idée que des femmes - ou des victimes du racisme - organisent une réunion non mixte de deux heures). "Pourquoi laisser aux hétérosexuels le monopole d’une sexualité « naturelle » et penser que les mouvements queer n’ont pu se développer que dans les villes, loin de la nature et contre celle-ci ?" interroge Catherine Larrère, qui ne voit « pas de raison de construire le féminisme sur le déni de la nature ».

      Alors oui, mais du coup j’ai l’impression que c’est sans lien avec la critique de Janet Biehl évoquée au début du passage, puisque justement elle est écosocialiste…

      Alors je ne sais pas si du coup elles parlent (@mona et Biehl) des mêmes écoféministes, puisqu’il y a plusieurs courants, et si on est capable de déterminer lesquelles sont les plus connues, les plus lues, les plus influentes ? Là dans l’article Biehl évoque Hamilton en disant qu’elle est une exception, mais que (c’est moi qui souligne)

      pour l’essentiel, les écrits écoféministes sont remarquablement dépourvus de référence à la démocratie. L’approche la plus courante ignore complètement la question de la polis

      […]

      Les nombreuses écoféministes qui ignorent complètement le sujet de la démocratie semblent penser que les « valeurs féminines » de « care et d’éducation » constituent une alternative pleine d’empathie naturelle à l’idéal démocratique, supposé froid, abstrait, individualiste et rationaliste — voire carrément « masculin »

      #féminisme #éco-féminisme #éco-socialisme #care #démocratie #essentialisme (ou pas) #débat #Janet_Biehl
      @antonin1

    • Dans Être écoféministe, Jeanne Burgart Goutal parle de cette diversité : les essentialistes, les matérialistes, les intersectionnelles... À la fin on a tout mélangé mais l’autrice nous dit que c’est pas grave. Elle mentionne Janet Biehl et est un peu critique envers elle mais ne l’assassine pas. J’ai le bouquin de Biehl chez moi mais je ne l’ai pas encore ouvert. Donc : pas d’avis !

      Voir aussi
      https://ecorev.org/spip.php?article711
      pour le texte de Biehl

      https://www.lechappee.org/collections/versus/etre-ecofeministe
      (Plein d’interv en lien.)

    • « Dans cette période de privatisation massive, nous ne pouvons pas permettre que ce qui subsiste de la sphère politique démocratique soit souillé par des penchants privatistes, particularistes, ou repliés sur l’oikos. Nous devons nous réapproprier la tradition politique de la démocratie radicale, nous battre pour la préserver et la généraliser. »

      Le problème étant que la « démocratie radicale » ne peut exister que sur la base d’une réappropriation de la #subsistance par des communautés autonomes, et donc aussi en partie sur le « foyer ». Une fois de plus les progressistes oublient la base matérielle sur lesquelles leurs constructions politiques reposent...

      Voir : http://sniadecki.wordpress.com/tag/subsistance

    • Il me semble que c’est bien ce que professe généralement le courant écosocialiste (Biehl c’est courant Bookchin) donc ya pas d’oubli. Sauf que non pas au niveau d’un « foyer » même un peu étendu, mais plutôt à l’échelle d’une commune + des communes liées (et pour l’instant je ne pense pas non plus que là de nos jours, avec les ressources actuelles, les compétences des gens, etc, on puisse subvenir à tous les besoins de base, habitat + nourriture + habits, etc, au niveau d’un « foyer » seulement, alors qu’au niveau d’une commune ça s’imagine quand même). Mais donc au niveau d’une commune ça nécessite une démocratie non basée uniquement sur le foyer et le « care ». Enfin c’est ce que je comprends.

  • Le surplus de subsistance |Bruno Latour, Revue Esprit
    https://esprit.presse.fr/actualites/bruno-latour/le-surplus-de-subsistance-42765

    Tout change s’il s’agit, non pas de maintenir ou d’accélérer la production pour avoir plus à redistribuer et le faire plus équitablement, mais d’assurer le maintien des conditions de subsistance de tous les participants nécessaires à l’habitabilité des humains.

    La crise sanitaire actuelle est d’une telle dimension qu’elle commence à donner une petite idée des crises à venir imposées par la mutation climatique1. Il y a de nombreuses manières d’aborder les liens entre ces deux événements majeurs, mais c’est aux rapports entre ce qu’exigent les gouvernements et ce que les sociétés considèrent comme acceptable que je voudrais m’intéresser ici. Il me semble qu’il faut aviver le contraste entre l’autorité dont dispose l’État pour imposer des mesures concernant la santé, au sens traditionnel du terme, et celle dont il disposerait s’il en venait à nous imposer des mesures drastiques pour notre santé, au sens élargi qu’impose l’écologie. La Covid-19 ne teste pas l’administration de la même façon que la mutation climatique – plus ancienne, plus massive, plus radicale. Si l’on a accepté pour un temps de multiplier les « gestes barrières » à la contagion d’un virus, je ne suis pas sûr que l’on soit prêt à accepter du même État l’imposition de gestes barrières pour favoriser la santé de la planète !

    De la biopolitique un à la biopolitique deux

    La probabilité pour que la crise sanitaire serve de répétition ou de « crash test » pour la mutation écologique paraît faible quand on compare les relations qu’entretiennent la société civile et l’administration – pour reprendre provisoirement des catégories trop générales. Quand il s’agit de santé et de protection de la vie, on bénéficie de plusieurs siècles derrière nous au cours desquels la société civile a pris l’habitude de s’en remettre à l’État et, en gros, malgré d’innombrables critiques, à lui faire confiance. D’ailleurs, sans l’État, sans l’appareil statistique, sans les capacités de mobilisation des ministères, sans la police ou même parfois sans l’armée, les populations ne sauraient pas comment se comporter devant une menace dont elles ne verraient même pas clairement les effets. Pour cette crise-là, et parce qu’il s’agit de maladie, le public accepte donc ce rapport relativement infantilisant de se trouver littéralement « dans la main de l’État ». La raison en est que la légitimité de son action s’est construite depuis très longtemps (depuis l’hygiène au XIXe siècle, la mise en place des vaccinations, etc.) et que la société civile a transféré ses connaissances et ses compétences à l’administration. D’où la docilité très relative avec laquelle le confinement a été accepté. On s’est retrouvée dans la biopolitique décrite par Michel Foucault avec un rapport plus ou moins filial à l’État pasteur qui gère, soigne et dirige ses « brebis »… (N’appelle-t-on pas, en Allemagne, Madame Merkel « Mutti » pour souligner ce rapport filial et presque maternel avec son administration ?)

    La situation est entièrement différente avec les questions dites écologiques. Là, c’est l’administration qui est souvent considérée comme un obstacle aux efforts encore timides de la société civile pour imaginer ce que peut vouloir dire une alternative écologique aux sociétés industrielles du passé. Il n’est pas question ici de volonté générale partagée entre l’administration et le public, puisque ni le public ni l’État ne partagent des conceptions communes sur ce qu’il convient de faire. Dans ce cas-là, le décalage est parfaitement clair entre une administration qui a su accompagner, après-guerre, la reconstruction, puis l’effort de modernisation ( ce qu’on a fort indûment appelé les « Trente Glorieuses »2), mais qui, déjà à partir des années 1980, a eu toutes les peines du monde à se situer dans l’immense mouvement de la globalisation où elle ne savait pas s’il fallait l’accélérer ou le ralentir3. Voilà un cas typique où le logiciel actuel de l’administration est en décalage avec la nouvelle tâche d’exploration nécessaire pour faire face à la mutation écologique. Par conséquent, chaque décision de l’État se trouve en conflit radical ou partiel avec les nécessités de la transition. Pour ces questions nouvelles, l’administration ne peut donc en aucun cas jouer le rôle de gestion paternelle et donner des directions fiables à ses « brebis »…

    #crise_sanitaire #écologie #subsistance #biopolitique #État #Bruno_Latour (...)

    • C’est... incroyable soit de malhonnêteté soit -ms je n’ose pas le penser, moi je suis une nobody de basse extraction- d’inculture !

      https://twitter.com/JustUnaDonna/status/1265348020448702465

      Quel géographe et / ou quel marxiste conséquent peut ne pas hyperventiler en lisant le dernier B.Latour ?
      C’est très, très mauvais. [...]

      Classe « géosociale » parce que le type découvre que les outils marxistes sont pas du tout ce qu’il croyait, et qu’il a au mieux 50a de retard ?

      Que l’écologie en fait c’est aussi de l’économie, donc lié aux territoires et ressources ?

      [...] C’est ça le génie que le monde ns envie ?
      Mais. Mais la géographie politique, l’écologie politique, il... n’en a pas eu vent ? Il a pas su ?

      Bruno Latour a rejoint Sciences Po en 2006 comme Professeur des Universités, avant d’en devenir directeur adjoint et directeur scientifique à la rentrée 2007.

      https://medialab.sciencespo.fr/equipe/bruno-latour

      #Bruno_Latour

  • Snowden, Constant et le sens de la liberté à l’heure du désastre | Terrestres
    https://www.terrestres.org/2019/12/20/snowden-constant-et-le-sens-de-la-liberte-a-lheure-du-desastre

    Aurélien Berlan

    Les géants du numériques ont aboli la « vie privée », face visible de la liberté des Modernes. C’est au contraire à l’autre versant de cette conception de la liberté qu’il faudrait renoncer : être délivrés des nécessités de la vie, rendue possible par l’instauration de dispositifs lointains et aliénants. Il s’agit alors de reconquérir la liberté de subvenir à nos vies.

    A propos d’Edward Snowden, Mémoires vives, Seuil, Paris, 2019.

    Les appels à décréter « l’état d’urgence écologique » qui foisonnent aujourd’hui à l’adresse des Etats sont le dernier avatar d’une idée qui hante une partie du mouvement écologiste depuis longtemps. Compte tenu des liens historiques entre la dynamique des sociétés industrielles et la conception occidentale moderne de la liberté, enrayer l’aggravation des nuisances et la multiplication des catastrophes que ces sociétés provoquent supposerait d’engager une politique étatique volontariste, voire dirigiste, supposant de restreindre les libertés, que ce soit sous la forme d’un renouveau républicain ou d’une dictature verte1. Entre la nature et la liberté, il faudrait choisir – et vu le degré de dégradation environnementale déjà atteint, manifeste dans la brutalité de l’effondrement en cours du vivant, on n’aurait en réalité pas le choix.

    Sur les terrains de lutte ayant une dimension écologiste, là où des gens se mettent en danger pour empêcher tel ou tel projet désastreux de se réaliser, qu’il s’agisse d’un méga-transformateur électrique pour exporter de l’énergie prétendument verte (comme en Aveyron où l’Amassada vient d’être expulsée manu militari), d’une mine de lignite (à Hambach en Allemagne où l’intervention de la police a provoqué un mort) ou d’une poubelle nucléaire (à Bure où les militants font l’objet d’une répression judiciaire acharnée), c’est un autre son de cloche que l’on entend en général. Les militant-es ne se battent pas pour que les prérogatives de l’Etat soient encore renforcées après deux décennies de lois « antiterroristes » (utilisées contre la contestation écologiste lors de la COP 21) et cinquante ans de politiques « sécuritaires », mais pour reconquérir une liberté que le capitalisme industriel, avec la complicité des Etats, nous a selon eux ravie.

    Dans les deux cas, il ne s’agit bien sûr pas de la même liberté – notion dont on sait à quel point elle est polysémique. Dans le premier discours, c’est la conception (néo)libérale de la liberté qui est en ligne de mire, c’est-à-dire la liberté d’échanger et de faire des affaires sans entraves (« laisser faire, laisser passer »), sur les deux plans individuel (« je fais ce que je veux ») et entrepreneurial (« dérégulation des marchés ») – et l’on retombe dans les vieilles ornières du débat opposant les libéraux aux interventionnistes, qu’ils se disent socialistes, républicains ou écologistes. Dans le second discours, c’est une autre idée de la liberté qui est en jeu, que les militant-es désignent en général par la notion d’autonomie en un sens qui ne se réduit pas au fait de « se donner ses propres lois » (l’autonomie politique, au sens étymologique), mais implique aussi de pourvoir à ses propres besoins – c’est de cela dont il est question quand on parle d’autonomie matérielle en général, et en particulier d’autonomie énergétique, alimentaire, médicinale, etc.❞

    • Excellent article !

      Car le désir d’autonomie qui anime une partie du mouvement écologiste, et bien au-delà, invite à lire l’histoire autrement, à penser que si une conception de la liberté a triomphé, c’est l’aspiration à la délivrance – vieux rêve dont le transhumanisme incarne aujourd’hui la radicalisation high-tech : en promettant le dépassement de la mort et en faisant miroiter la colonisation de Mars aux riches qui s’inquiètent tout de même de leurs chances de survie sur la Terre dévastée, cette idéologie réactualise le fantasme d’être délivré des aspects négatifs de la condition terrestre. Or, ce fantasme s’est historiquement imposé contre les aspirations à l’autonomie des classes populaires qui, pendant des siècles, ne se sont pas battues pour être déchargées des nécessités de la vie, mais pour avoir libre accès aux moyens de subsistance, en premier lieu la terre, permettant de prendre en charge ces nécessités.

      […]

      En réalité, les révélations de Snowden n’en étaient que pour celles et ceux qui ne s’étaient jamais interrogés sur les tenants et aboutissants de l’informatisation de leurs activités, ou qui ne le voulaient pas. Pour les autres, elles ne faisaient qu’administrer les preuves irréfutables de ce qu’ils avaient déjà dénoncé, dans l’indifférence générale. Le rappeler, ce n’est pas amoindrir le mérite de Snowden, mais mettre en évidence sa véritable contribution au débat, absolument décisive : avoir permis de démasquer les béni-oui-oui de la High-tech, qui taxent toute critique de « conspirationniste » ou de « technophobe ». Grâce à Snowden, on sait désormais que les discours rassurants sur la révolution numérique sont le fait, au mieux de grands naïfs se voilant la face, au pire de marchands de sable cyniques que l’informatisation du monde renforce et enrichit.

      […]

      Si la sacralisation de la vie privée avait gardé de sa force, on aurait pu s’attendre – c’est ce qu’espérait Snowden – à ce que ses révélations provoquent une levée de boucliers de ce type. Il n’en fut rien. En France, la plupart des gens qui se disaient choqués n’envisageaient pas pour autant de modifier leurs pratiques de communication, comme s’il n’y avait rien d’essentiel à défendre ici, et donc aucune raison de se mobiliser ou de changer ses habitudes électroniques. Ce que l’affaire Snowden a révélé fut pour lui une cruelle désillusion : la liberté pour laquelle il avait pris tant de risques ne faisait plus vibrer grand monde11. Est-ce à dire que la liberté ne nous importe plus ? Ce n’est pas ce que suggère le matraquage idéologique persistant à vendre n’importe quelle réforme et n’importe quelle innovation dans l’emballage de la « liberté ». En réalité, l’indifférence suscitée par Snowden tient au fait que nous nous sentons toujours aussi « libres » qu’avant, comme si la violation de la vie privée n’affectait plus notre liberté. Mais alors, n’est-ce pas le mot liberté qui aurait changé de sens ? Si la véritable révélation de Snowden concerne la dissolution de la liberté des Modernes dans les réseaux de fibre optique, alors nous serions, comme Constant en son temps, à un tournant dans l’histoire du mot liberté, qu’il nous faudrait interroger à nouveau. Où en est-on dans l’histoire du sens de la liberté ?

      […]

      Nous pouvons dès lors reformuler le problème posé par Snowden. Si nous nous sentons toujours libres aujourd’hui, ce n’est peut-être pas que le sens de la liberté aurait fondamentalement changé, mais plus simplement que l’inviolabilité de la sphère privée n’était pas la seule chose qui faisait la valeur de la liberté aux yeux des Modernes, ou la chose principale qui faisait qu’ils se sentaient libres. Mais alors, quelle qualité constituait le cœur de la liberté bourgeoise ?

      […]

      Ce que signe l’affaire Snowden n’est donc pas tant la fin de la liberté des Modernes que celle de l’interprétation libérale qui la définissait par l’inviolabilité de la vie privée. En réalité, ce critère constitutionnel, effectivement bafoué aujourd’hui, masque le fait que les Modernes aspirent d’abord à autre chose, à la délivrance à l’égard des nécessités politiques et matérielles de la vie sur terre. C’est justement ce que suggère l’indifférence suscitée par les révélations de Snowden. C’est aussi ce que confirme une lecture attentive de Constant. Et c’est également ce qu’une histoire de la liberté moderne montrerait. Car face à la conception libérale de la liberté comme délivrance à l’égard des soucis matériels et politiques, le socialisme a souvent, dans ses tendances marxistes dominantes, surenchérit sur ce désir de délivrance en rêvant de surmonter le « règne de la nécessité » par le productivisme industriel et de dépasser la conflictualité sociale dans « l’administration des choses25 ».

      #Aurélien_Berlan #philosophie #liberté #libéralisme #démocratie #politique #capitalisme #anti-industriel #subsistance #autonomie #Edward_Snowden #Benjamin_Constant #vie_privée #privacy #Modernité #transhumanisme @antonin1

    • C’est un très beau texte, et bien écrit. Berlan reprend l’alternative de Constant sur les deux libertés, montre que la liberté individuelle ne peut exister sans liberté politique, collective, et qu’on nous vend la première, censée compenser la perte de la seconde, dans un contexte où celle-ci ne peut pas s’exercer. Et il étend la notion classique de liberté politique en liberté d’assurer et de contrôler ses conditions de vie matérielle, sa subsistance. Au final, c’est comme ça que je l’entends, nous avons accepté le « ou bien oui bien » de cette fausse alternative en prenant la seconde, dénuée de son sens et protégée par de bien maigres garde-fous et déclarations d’intention, parce qu’elle nous libère des nécessités de la vie en nous fourguant des biens et services bien « pratiques » (bagnole, télécom, bouffe produite par des spécialistes, objets à deux balles mais en nombre, la #poubelle_industrielle avec ses nuisances écologiques qu’on feindra de déplorer).

      Ce faisant, on comprendra pourquoi nous nous sentons toujours aussi « libres », en dépit des révélations de Snowden : parce que le système étatico-industriel, si liberticide soit-il, nous délivre toujours plus des limites et des contraintes liées à la vie humaine sur terre.

      Mais depuis, il est devenu clair que la liberté effective ne dépend pas seulement des droits fondamentaux et de l’agencement des institutions, mais aussi de conditions sociales et matérielles. Si l’on dépend d’une instance supérieure pour assurer ses besoins, on se retrouve « à sa merci » et donc potentiellement en situation d’impuissance et d’oppression

      Et si la quête de délivrance à l’égard des nécessités de la vie sur terre, le désir d’un allègement de nos conditions de vie jusqu’à l’apesanteur, jusqu’à l’idée de quitter la terre pour mener une vie extra-terrestre, a fait le lit du capitalisme industriel et du saccage de la planète, il faut rompre avec cet imaginaire et revaloriser l’autonomie comme une manière de revenir sur terre, de revenir à une vision terrestre de la liberté, compatible avec la préservation de nos conditions de vie sur notre planète fragile. En tout cas, c’est une perspective plus enthousiasmante que celle d’un état d’urgence écologique qui conduirait à une restriction draconienne du peu de libertés qui nous reste.

      Merci @rastapopoulos pour l’appel !

  • Gustav Landauer, Appel au socialisme , 1911

    Au sein de la tradition libertaire, #Gustav_Landauer (1870-1919), qui se décrivait lui-même comme « anarchiste-socialiste » est peut-être l’auteur dont la pensée se prête le plus à des tentatives d’actualisation, et cela en raison de quelques caractéristiques de son idéal social, exposé dans son Appel au socialisme (1911).
    Il s’agit d’abord d’un socialisme culturel, associé à une critique de la modernité capitaliste qui dénonce non seulement l’État et l’exploitation du travail, mais aussi la foi en le Progrès et la technique, ainsi que la disparition des formes de vie partagée. Il s’agit ensuite d’un socialisme critique à l’égard du marxisme, qui récuse sa croyance en un déterminisme historique implacable et son matérialisme étroit, qui refuse d’accorder au prolétariat en tant que tel le rôle de sujet révolutionnaire et qui réhabilite les activités de subsistance pour penser la transformation sociale. Il s’agit enfin d’un socialisme communautaire, qui revalorise les formes héritées du passé tout en prônant la constitution de nouvelles communautés, considérées comme des commencements, ici et maintenant, de la future société socialiste.
    Associée à la dénonciation des faux besoins et du déclin du monde engendré par le développement capitaliste, cette insistance sur l’expérimentation sociale, qui ne renonce pas pour autant à la révolution, est sans doute ce qui peut continuer à faire de l’ Appel au socialisme une source d’inspiration pour le présent.

    https://sniadecki.wordpress.com/2019/11/14/landauer-socialisme

    #socialisme, #anarchisme, #révolution, #critique_sociale, #marxisme, #réaproppriation, #subsistance et #communauté.

    Bonne lecture !

  • Illich et la guerre contre la subsistance,
    hier et aujourd’hui

    Jean Robert

    https://lavoiedujaguar.net/Illich-et-la-guerre-contre-la-subsistance-hier-et-aujourd-hui

    Durant l’automne de 2013, l’essayiste public que je prétends être a dû faire face à deux tâches hétérogènes entre lesquelles j’ai eu l’intuition de convergences à explorer, mais aussi la certitude immédiate d’incompatibilités. Ce furent, d’une part, la rédaction d’un essai et la traduction française de textes d’un collègue mexicain sur la « petite école » zapatiste qui eut lieu en août, et, d’autre part l’élaboration de l’article que le lecteur a sous les yeux.

    La première de ces tâches consistait à mettre au net, d’abord en espagnol et puis en français, les souvenirs des jours passés au Chiapas à étudier, sous la conduite de paysans et paysannes indigènes, l’expérience zapatiste, depuis 2003, de construction d’un monde de liberté et de justice concrètes, c’est-à-dire proportionnées aux communautés qui les pratiquent. La seconde : la rédaction du présent article sur un homme — un penseur, un historien, un philosophe et un théologien qui se défendait de l’être — qui m’honora de son amitié du début des années 1970 à sa mort, en 2002 : Ivan Illich. Quel rapport y a-t-il entre ce qui en 2002 était encore un mouvement insurgé indigène et ce penseur « radical au vrai sens du mot » ? (...)

    #Ivan_Illich #zapatistes #EZLN #Mexique #Guillermo_Bonfil #Ernst_Bloch #État-nation #Marché #subsistance #guerre #travail #autonomie #modernité #développement #aliénation #Karl_Polanyi #Marx #transports #villes #conquête #invasion #faim #misère #Bentham #Mumford

  • Le numéro 0 de la revue #Nunatak , Revue d’histoires, cultures et #luttes des #montagnes...


    Sommaire :

    La revue est disponible en ligne :
    https://revuenunatak.noblogs.org/files/2016/09/nunatakzero.pdf

    Je mettrai ci-dessous des mots-clés et citations des articles...

    –-----

    des info plus détaillées sur le numéro 1 déjà sur seenthis :
    https://seenthis.net/messages/784730

    #revue #montagne #Alpes #montagnes

  • Jean Robert, Les visages de la modération radicale, 2016
    https://sniadecki.wordpress.com/2019/05/09/robert-moderation-radicale

    Un long article mettant en lien les zapatistes et Ivan Illich par Jean Robert.

    Durant l’automne de 2013, l’essayiste public que je prétends être a dû faire face à deux tâches hétérogènes entre lesquelles j’ai eu l’intuition de convergences à explorer, mais aussi la certitude immédiate d’incompatibilités. Ce furent, d’une part, la rédaction d’un essai et la traduction française de textes d’un collègue mexicain sur la « petite école » zapatiste qui eut lieu en août et, d’autre part l’élaboration de l’article que le lecteur a sous les yeux.

    La première de ces tâches consistait à mettre au net, d’abord en espagnol et puis en français, les souvenirs des jours passés au Chiapas à étudier, sous la conduite de paysans et paysannes indigènes, l’expérience zapatiste, depuis 2003, de construction d’un monde de liberté et de justice concrètes, c’est-à-dire proportionnées aux communautés qui les pratiquent. La seconde : la rédaction de présent article sur un homme – un penseur, un historien, un philosophe et un théologien qui se défendait de l’être – qui m’honora de son amitié du début des années 1970 à sa mort, en 2002 : Ivan Illich.

    #Mexique #Ivan_Illich #Jean_Robert #zapatisme #Histoire #petite_école #autonomie #subsistance
    @val_k

  • Maria Mies, Patriarcat et exploitation dans l’économie mondialisée, 2005
    https://sniadecki.wordpress.com/2019/02/09/mies-patriarcat

    Le patriarcat a aussi été renforcé à travers les traités de l’OMC, notamment l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), car nombre de ces nouveaux services incluent l’activité des femmes comme domestiques. Certaines féministes s’en félicitent au motif que cela libèrerait les femmes du fardeau des tâches ménagères. Mais en y regardant de plus près on constate que ce sont surtout des femmes des pays du sud et de l’Est dont beaucoup n’ont même pas de papiers qui font office de nouvelles bonnes pour les classes moyennes et même les femmes des milieux ouvriers des pays industrialisés, qui peuvent de ce fait mener librement leur carrière. En tous cas, on ne saurait parler de libération quand une femme parvient à se hisser dans la hiérarchie capitaliste par l’exploitation d’une autre femme. Il s’agirait plutôt d’une nouvelle forme de colonialisme.

    Ces stratégies détournent habilement les concepts et le langage de la libération des femmes et les revendications d’égalité. Pour bien des féministes encore aujourd’hui, l’égalité est le principal but de la libération des femmes. Elles ne revendiquent pas la fin du patriarcat et du capitalisme. A en juger par les résultats d’une telle stratégie dans le contexte d’une restructuration néolibérale mondiale, on ne saurait y déceler d’amélioration pour la majorité des femmes. S’il est vrai que certaines ont bénéficié de cette stratégie pour monter dans l’iceberg de l’économie capitaliste, c’est principalement au détriment d’autres personnes, femmes ou hommes. Le capitalisme continue d’avoir besoin du patriarcat pour entretenir différents niveaux d’inégalité et d’exploitabilité. Le système ne permet pas de défendre l’égalité pour tous, en particulier au niveau des élites. Si « égalisation » il y a, elle concerne donc les femmes et les hommes situés au-dessous de la surface, qui deviennent« égaux » aux travailleurs les moins chers de la planète. Telles sont les règles de la mondialisation néolibérale et de la concurrence mondiale.

    #Maria_Mies #écoféminisme #intersectionnalité #capitalisme #féminisme #subsistance

    • Expérimentation à peu près sans intérêt car s’adressant à une population très réduite, au milieu d’une population sans et pour une durée déterminée.

      Tout l’intérêt du #RdB, c’est précisément son impact en tant de fait social total : il déprécarise toute la population d’un coup, la libérant de l’inquiétude récurrente de la #subsistance. Même avec un CDI, tu peux faire semblant d’avoir un horizon de #sécurité alimentaire pour les 30 prochaines années, mais en vérité, ton seul horizon concret, c’est la fin du mois. Plus vaguement 23 mois de chômage, en sachant que cet assurance n’est jamais réellement acquise en cas de problème et qu’il est régulièrement possible de se la faire retirer. Donc, en gros, ce qui caractérise la très grosse majorité de la population, c’est l’#incertitude de la #survie à court terme et c’est comme cela qu’effectivement, on peut forcer des tas de gens à faire de boulots immondes et destructeurs.

      À partir du moment où tu as la certitude qu’en tant que personne, tu auras toujours au moins de quoi assurer ta subsistance, toutes les perspectives changent et donc toutes tes décisions. Et cela, démultiplié par toute la population.

      Dans l’expérience finlandaise, c’est juste un bonus discrétionnaire pour deux ans : rien qui puisse amorcer des changements de vie et encore moins des changements de société.

  • Voilà pourquoi je refuse de prendre une décision de suspension/radiation de #RSA | Actuchômage
    http://www.actuchomage.org/2015031526592/Mobilisations-luttes-et-solidarites/voila-pourquoi-je-refuse-de-prendre-une-decision-de-suspensionradiation

    Le bénéficiaire du RSA serait un #non-adulte qu’il faudrait éduquer. Considérer l’allocataire du RSA comme un adolescent, un adulte indigne qui ne peut emprunter le droit chemin qu’en étant sanctionné, en le privant de moyens vitaux, relève de plusieurs clichés hautement discutables.

    L’allocataire serait reconnu responsable juridiquement dans tous les actes de la vie, mais irresponsable dans certaines de ses attitudes, infantilisé par une puissance publique et donc contraint d’accepter une diminution de ses #droits pécuniaires. Le délit est donc avéré, attesté, conduit à la #punition.

    Les CLLE s’appuyant sur la loi et réglementation sont donc des tribunaux informels, de fait en dehors le domaine juridique. Le droit fondamental à la défense de l’allocataire, inscrit constitutionnellement tant au plan national qu’européen par la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales (qui a pour objectif de garantir un certain nombre de droits et libertés individuels), ratifiée par la France, reste donc à garantir...

    Faire dire le droit, une fois les recours administratifs épuisés, reste un parcours du combattant pour le privé d’emploi, de ressources, de moyens de mobilité.
    Pousser un peu plus loin le raisonnement des CLLE qui décident de sanctions tendrait à mettre tous les #pauvres sous tutelle, proclamant ainsi une incapacité à gérer un RSA à taux plein, et a minima un mésusage du revenu de #subsistance.

  • How climate change will brew a bad-tasting, expensive cup of coffee | Environment | The Guardian
    http://www.theguardian.com/environment/2014/mar/28/climate-change-bad-expensive-coffee-ipcc

    Coffee drinkers may see the effect in their cups, but the 25m rural households around the globe whose livelihoods depend on coffee will be hit far harder.

    The world’s foremost climate science group, the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), will include the effect of warming on coffee as part of a landmark report published next Monday on the global impacts of climate change. It is expected to conclude: “The overall predictions are for a reduction in area suitable for coffee production by 2050 in all countries studied. In many cases, the area suitable for production would decrease considerably with increases of temperature of only 2.0-2.5C.”

    The IPCC will report that in Brazil, the world’s biggest coffee producer, a temperature rise of 3C would slash the area suitable for coffee production by two-thirds in the principal growing states of Minas Gerais and São Paulo and eliminate it in others. While growing will become possible in states further south, this will not compensate for losses further north. An IPCC report on the science of climate change published in September projected the world will warm by 2.6-4.8C by the end of the century without deep cuts in greenhouse gas emissions.

    #climat #café #subsistance

  • Réduire le coût du travail ?, par Patrick Mignard

    Cette question est aujourd’hui posée comme une évidence, un passage obligé, un impératif économique catégorique.

    Ce qui sont pour l’affichent clairement. Ceux qui sont contre prennent des chemins tortueux, et pas évidents à suivre pour exprimer une idée dont on n’est pas toujours sûr qu’elle soit claire.

    Avant d’aller plus loin quelques rappels utiles.

    TRAVAIL ET FORCE DE TRAVAIL

    Parler de coût du #travail est en fait un abus de langage. En effet, le travail ne coûte pas… l’activité travail crée la valeur… et ceci quel que soit le système économique.

    Ce qui « coûte », c’est ce qui effectue ce travail, c’est-à-dire celle ou celui qui travaille. Et quel est son coût ? Ce dont il a besoin pour exister en tant que producteur de valeur… autrement dit travailler et vivre socialement..

    Dans le système de l’esclavage, le maître est tenu d’entretenir son esclave, dans le système féodal, le serf se débrouille seul, ou en communauté, et doit une partie de sa production au seigneur qui le « protège ». Dans le cas du salariat, si le chef d’entreprise veut une force de travail, il va la louer sur le marché dit « du travail »,… en fait de la force de travail.

    Le #salaire est à la fois le coût que doit supporter l’employeur pour disposer d’une force de travail dont il a besoin pour son #entreprise, mais c’est aussi un #revenu, indispensable pour le salarié pour assurer sa #subsistance.

    La force de travail, et non le travail, est donc une marchandise. Valeur d’usage pour l’employeur qu’il la paie à sa valeur et la consomme. Valeur d’échange pour le salarié qui, en échange de sa force, acquière les moyens de sa subsistance.

    Le #marché de la force de travail apparaît comme parfaitement équitable. Le contrat de travail entérine l’accord entre l’employeur et le salarié. L’usufruit de l’utilisation de la force de travail est le profit, propriété de l’acheteur de la force.

    Sauf que… l’employeur a tendance à « louer » le moins cher possible cette force de travail, et le salarié, la céder le plus cher possible.

    Les luttes des salariés pour améliorer leurs conditions de rémunération : salaire minimum, conventions collectives, limitation de la durée du travail, surpaiement des heures supplémentaires, charges patronales,… sont des conquêtes importantes qui ont fait perdre de vue l’essentiel – et qui réapparaît aujourd’hui –

    Revenons maintenant à la question initiale.

    FAUT-IL RÉDUIRE LE « COÛT DU TRAVAIL » ?

    On comprendra qu’il faut entendre, en fait, le « coût de la force de travail ».

    Pour l’employeur c’est une évidence. D’ailleurs l’essentiel des conflits depuis que le salariat existe porte sur cette question : si, à la limite, le chef d’entreprise pouvait se passer totalement de salariés, il n’hésiterait pas une seconde. Or, cela il ne le peut pas, simplement parce que c’est le travail, et lui seul, qui crée la valeur. Notons que même, le #capital technique (les machines), n’est socialement, qu’un produit du travail. Autrement dit, seul le travail est créateur de valeur.

    Le problème, si l’on peut dire, c’est que le progrès technique, rend de plus en plus efficace l’acte de travail au point que l’on a besoin de moins en moins de force de travail pour produire,… et que celle que l’on utilise doit être, d’abord déqualifiée, puis du fait de l’automatisation généralisée, de plus en plus qualifiée.

    On comprend donc la logique de l’employeur qui, entre financer un progrès technique qui accroîtra sa productivité, donc sa capacité de concurrence, et continuer à payer des salaires… a vite fait le choix.

    S’ils ne peuvent pas, l’employeur, et l’Etat garant de ce système, pour des raisons de paix sociale, licencier massivement et ne garder qu’un petit nombre de salariés, ils vont donc être obligé d’agir sur le niveau des salaires.

    Or, nous l’avons vu, le salaire est la valeur d’échange de la #marchandise force de travail. C’est lui qui assure la subsistance et l’existence du salarié.

    Inutile de détailler les conséquences de la réduction du salaire pour le salarié.

    On peut objecter qu’une diminution des salaires directement, ou indirectement (réduction de la contribution sociale des entreprises qui obligera les salariés à compenser), entraînant, dans tous les cas, une baisse de pouvoir d’achat, va porter atteinte à l’intérêt de ces mêmes entreprises… les consommateurs étant les salariés.

    Ceci est vrai, ou plutôt était vrai, lorsque nous fabriquions l’essentiel des produits manufacturés que nous consommions. Or ce ne plus tout à fait le cas aujourd’hui. Beaucoup de produits manufacturés sont des produits d’importation… Une politique de la demande relancerait donc les importations, aggravant le déséquilibre de la balance commerciale, tout en accroissant les coûts de production intérieurs, faisant baisser la compétitivité des produits intérieurs et exportables.

    C’est donc tout à fait logiquement que le #MEDEF et le gouvernement optent pour une politique de l’offre (réduction des coûts de production, relance de l’investissement, allègement des charges des entreprises) qui ne dit pas son nom.

    Le problème à résoudre est : comment faire passer une telle politique de manière indolore ?

    « PACTE » ou « CHOC » DE COMPÉTITIVITÉ ?

    Les mots ont leur importance car, à défaut d’innover en matière de politique économique-« tendance austérité », les différences se font plus sur la forme que sur le fond.

    Pour la Droite, ce n’est pas compliqué, elle assume parfaitement. Pour la Gauche c’est, en principe et politiquement, plus délicat car, traditionnellement elle opte pour une politique de la demande ; or, nous venons de le voir, celle-ci ne fonctionne plus dans le cadre du capitalisme mondialisé actuel. Il faut donc, cette fois, sans faux semblants, assurer, et assumer, un total changement d’orientation.

    Pour ce faire, rien de tel qu’un « bon rapport », fait par un « expert compétent » qui explique en long et en large qu’il n’y a pas d’autres solutions.

    La mesure phare du dispositif actuel – suite au rapport Gallois - résume bien la problématique économique du Gouvernement.

    « Crédit d’impôts » plutôt que « réduction des charges sociales » des entreprises (préconisée par le rapport ). Pas de différence sur le fond, mais le « crédit d’impôt » donne moins l’impression d’un cadeau aux entreprises. Au total ceci équivaut à une baisse de 6% du « coût du travail ». On ne touche donc pas directement, par cette mesure, au niveau des salaires. Dans les faits, ce dispositif est financé par une hausse modulée de la #TVA (que le PS avait juré ne pas toucher), ce qui porte atteinte au pouvoir d’achat des salariés et chômeurs.

    Pour en revenir à nos concepts de départ, la valeur de la force de travail est indirectement dévalorisée, non pas au niveau du salaire (sa valeur), mais du fait de la réduction du pouvoir d’achat de ce salaire. Nous avons ici une baisse implicite déguisée du salaire. De la rémunération du capital (dividendes) il n’en ai nullement question et pour cause… gestion du système oblige !

    La cerise sur le gâteau est incontestablement la mesure qui consiste à « introduire des représentants des salariés dans les conseils d’administration ou de surveillance des entreprises de plus de 5000 salariés ». Mesure qui va aboutir à une cogestion du système, autrement dit à faire assumer – cas de l’Allemagne – par les salariés les contraintes imposées par un système dont ils sont les principales victimes.

    Le rapport social salarial demeure, la force de travail demeure une marchandise, l’intérêt du système passe par la #domination des banques, de la finance, le pouvoir réel est toujours entre les mains des actionnaires,… et les salariés vont être conviés à accepter les mesures de limitation des salaires, précarisation de l’emploi, réduction de leur protection sociale et tout cela au nom de… la défense de leur emploi ( ?).

    S’il y a un « vrai changement maintenant », c’est celui de l’adhésion parfaite, par le Gouvernement socialo-écologiste, et sans réserve, aux règles du #libéralisme économique. Désormais, la boucle est bouclée.

    • Toute cette réflexion autour du travail, de la présence des machines, de l’absence de compensation du travail réalisé par les machines par un autre travail, cette histoire d’opensource qui ne crée pas forcément d’emploi et précarise... Ca ne cesse de me ramener à Matrix et à l’état idéal que l’être humain pourrait atteindre : un tas de chair branché sur des tuyaux de nourriture... à rêver sa vie. Sans salaire en échange, évidemment. A part ça, quoi d’autre ?

    • Je pense que l’humanité arrive plus ou moins à accomplir l’un de ses rêves : se libérer du travail tout en assurant plus que sa subsistance. Mais ce que l’on fait de cette libération est un choix de société. On pourrait donc tous travailler un peu et vivre beaucoup et au lieu de cela, nous avons des gens qui bossent comme des malades pour compenser le sous-emploi de tous les autres. Et tout le système d’exploitation des gens et de spoliation de l’ensemble de la population des fruits de son travail ne tient qu’au maintien artificiel de deux classes de prolétaires : les inclus et les exclus et de la peur que tous ont de tomber dans la trappe à misère des seconds.