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  • Françoise Willmann - La fiction réintroduit du doute et du jeu dans les certitudes, et sort les promesses des sciences et des techniques du cercle fermé de ceux qui les élaborent | poincare.univ-lorraine.fr
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    La spécialiste française de Kurd Lasswitz est interrogée sur l’apport du philosophe allemand à la science fiction.

    Chercheuse en études germaniques et maîtresse de conférences émérite aux Archives Henri-Poincaré, Françoise Willmann a de multiples centres d’intérêt qui sont autant d’entrées dans l’histoire des idées : les sciences et la culture dans l’Allemagne des 19e et 20e siècles ; le néokantisme et ses multiples acteurs et facettes ; la place et les représentations des sciences en littérature, notamment dans la science-fiction. La figure de Kurd Lasswitz (1848-1910) est au croisement de ces champs d’investigation. Auteur prolifique intervenant dans son époque autant comme historien et philosophe que comme vulgarisateur et écrivain, souvent considéré comme un des pères de la science-fiction allemande, l’oeuvre de Lasswitz est un terrain d’étude particulièrement intéressant quant aux relations entre sciences et fiction. C’est ce dont nous parle aujourd’hui Françoise Willmann.

    (Une interview menée par Méline Godard)

    Kurd Lasswitz est considéré comme le précurseur de la science-fiction allemande avec son roman Sur deux planètes (Auf zwei Planeten), paru en 1897. Il a également publié de nombreux récits qu’il qualifie de « contes scientifiques » ou aussi de « contes modernes ». Pourquoi cette dénomination ?

    Sur deux planètes, (C&F éditions, 2026. Traduction d’Annaïck Chollois-Richomme)

    Il est communément admis que le terme même de science-fiction est la création de Hugo Gernsback (1884-1967) qui inventa en 1926 le terme de scientifiction, puis celui de science-fiction en 1929. Gernsback, né au Luxembourg, s’installera aux Etats-Unis en 1904. Grand admirateur de Poe, Verne et Wells, il contribue de manière décisive au développement d’un genre dévolu à la célébration des réalisations scientifiques et techniques de son temps. Dans cette généalogie, la trame germanique passe inaperçue. Sur deux planètes (1897) a certes été traduit assez vite en de nombreuses langues européennes, mais seulement en 1971 en anglais, et encore, dans une version abrégée ! Et il vient tout juste de paraître pour la première fois en français (traduit par Annaïck Chollois-Richomme, édité par C&F éditions, Caen, février 2026) !

    Kurd Lasswitz consacre la première partie de sa vie aux sciences ainsi qu’à la théorie de la connaissance. Comment comprendre le tournant qui l’amène vers l’écriture de « science-fiction » ?

    Il n’y a pas de tournant ! Dans ses publications, Lasswitz a toujours mené de front plusieurs directions de travail : 1. la recherche en histoire et philosophie des sciences à travers son intérêt pour l’atomisme (c’est-à-dire la compréhension de la matière) et depuis sa proximité avec le néokantisme de Hermann Cohen et Paul Natorp, 2. l’écriture fictionnelle – contes et romans – ; et 3. des écrits de « popularisation », destinés à « mettre la science en culture » selon la belle expression (un peu détournée) de Jean-Marc Lévy-Leblond . Ce qui fait le lien, c’est l’investissement au service de la science, fondé sur la certitude que le progrès scientifique est incontournable et source de progrès à tous égards, quoi qu’en pensent les sceptiques, qui ne manquaient pas à l’époque.

    Quels thèmes et quelles questions Lasswitz cherche-t-il à explorer à travers ses fictions ?

    On pourrait considérer les contes et romans de Lasswitz comme des produits dérivés de sa réflexion philosophique et scientifique. En tout cas, c’est là qu’on trouve souvent l’impulsion qu’il développe sous forme de fiction. Par ex. sa thèse de physique est consacrée aux gouttes soumises à la gravité : un conte, Tröpfchen, raconte la promenade initiatique d’une petite goutte d’eau qui découvre ainsi les humains ; un autre conte Prinzessin Jaja s’amuse des questions absurdes auxquelles peuvent mener les interrogations philosophiques sur l’identité ; Psychotomie porte sur la vulgarisation de la philosophie kantienne, non sans auto-dérision. Un autre conte, Die Fernschule, l’école à distance, anticipe un dispositif dont le récit tend à montrer qu’il promet plus qu’il ne tient, etc.

    Quel était l’objectif de ses « contes scientifiques » et de ses romans vis-à-vis de la science et de la vulgarisation ? Quel rôle attribue-t-il plus spécifiquement à l’humour et à l’imagination ?

    Lasswitz est fondamentalement un médiateur, entre scientifiques et philosophes, entre spécialistes et tout public intéressé, qu’il s’agisse de le conforter dans ses attentes ou de le rassurer. En effet, « maîtriser » la nature (c’est-à-dire en comprendre le fonctionnement afin d’améliorer les conditions de vie des humains) est une promesse qui ne va pas sans soulever craintes et rejets. Du coup, l’imagination sert à concrétiser et à anticiper, l’humour à dédramatiser, mais aussi à ébranler les certitudes. Car ces « contes modernes » sont aussi des expériences de pensée. Alors que les écrits de vulgarisation philosophico-scientifiques adoptent le plus souvent le ton didactique péremptoire de l’expert, les projections fictionnelles développent des possibles, des évolutions probables, plausibles ou espérées, et les soumettent au questionnement par les lectrices et lecteurs, en testent les risques ou tout simplement l’utilité, l’intérêt qu’ils représentent pour l’humanité. On pourrait dire aussi : la science élabore des lois sur lesquelles s’appuyer, la fiction réintroduit du doute et du jeu dans les certitudes, et ce faisant, sort les promesses des sciences et des techniques du cercle fermé de ceux qui les élaborent, pour en faire l’affaire de tout le monde.

    Comment ses textes s’inscrivent-ils dans la continuité du projet des Lumières et de l’éthique kantienne ?

    Ils sont portés par la confiance dans la raison humaine et son universalité, par l’idéal d’une pensée autonome et critique. Sur deux planètes célèbre les conquêtes de la connaissance scientifique et des prouesses techniques des Martiens, bien plus avancés que les Terriens, grâce à la plus grande ancienneté de leur planète. Ils s’intéressent à la Terre pour des raisons très concrètes (ils convoitent les possibilités énergétiques qu’offre sa proximité du soleil) mais ce qu’ils mettent en avant, ce sont les raisons éthiques qui les engagent à partager leurs progrès culturels. (De manière transparente, les Martiens sont aux humains ce que les Européens sont aux Africains). On se heurte donc d’emblée à un conflit crucial, leur valeur suprême étant la liberté de la personnalité. Et lorsqu’un Martien déclare : « On ne peut imposer la culture ni l’offrir en cadeau, car il faut l’acquérir par un travail. », les humains ne sont pourtant pas prêts à accepter qu’on les « éduque », comme on le leur propose gentiment, afin de s’accorder avec leurs envahisseurs. Les conflits s’exacerbent, on frôle différentes catastrophes parmi lesquelles la régression morale des Martiens et pour finir la destruction de la Terre pour des raisons techniques. Si dans l’immédiat, le pire semble évité, le chemin vers une paix perpétuelle promet d’être difficile et long.

    Pourquoi pensez-vous que la postérité a retenu le Lasswitz auteur de science fiction plutôt que le Lasswitz philosophe ou scientifique ?

    En fait, très lu à son époque, l’optimisme humaniste de Lasswitz n’a pas résisté très longtemps au contexte belliqueux de la première moitié du 20ème siècle. Il n’y a pas de trace d’interdiction par les nazis, contrairement à ce qu’on lit parfois ; il n’a tout simplement pas été réédité, mais fut redécouvert dans les années 1980. Portrait de Kurd Lasswitz en 1900. Crédits : Forschungsbibliothek GothaPacifiste, convaincu de l’égalité des sexes, ni antisémite, ni nationaliste, ni colonialiste, il attendait beaucoup des sciences et des techniques, et en particulier qu’elles permettent de résoudre « la question sociale ». C’était les placer (à tort mais volontairement) au-dessus des rapports de force politiques et économiques. En revanche, ses fictions ont d’une certaine façon condensé sa réflexion scientifique et philosophique et l’ont prolongée en la confrontant à la pratique, si l’on peut désigner ainsi la réalité imaginée par la fiction.

    C’est là que Lasswitz apparaît aussi comme vulgarisateur de la pensée kantienne : l’être humain, formule-t-il de manière saisissante, pense, veut et sent, en d’autres termes, il peut s’appréhender par la pensée, la morale, l’esthétique. Ces trois facettes sont autonomes et ne peuvent empiéter les unes sur les autres ; ainsi, on ne saurait par exemple combattre la connaissance (scientifique en particulier) par la foi ou la morale (et interdire Galilée ou brûler Giordano Bruno). Mais en traçant ces limites, on ne borne pas la réflexion, on s’applique à comprendre librement chaque facette et à les concilier toutes à un niveau supérieur. La science-fiction de Lasswitz défend la légitimité de la science, mais ne la place pas au-dessus de tout : Sur deux planètes regorge de situations qui nous confrontent à des apories de nos modes de pensée. Pour en sortir, il se peut qu’il suffise de nous laisser du temps pour évoluer. Mais il se peut aussi que nous fassions fausse route dans la mise en œuvre de nos connaissances. La fiction permet donc aussi de prendre du recul par rapport à la science. Elle est fondamentalement philosophique ; c’est ce que lui reprochent d’ailleurs ceux qui la trouvent un peu indigente du point de vue littéraire. Elle est tout aussi fondamentalement médiatrice et c’est sans doute ce que lui reprochent ceux qui préfèrent les scénarios révolutionnaires (scientistes) ou spectaculaires (divertissants).

    #Kurd_Lasswitz #Sur_deux_planètes #Francoise_ Willmann

  • Dédicace Annaïck Chollois-Richomme - Gwalarn
    https://www.gwalarn.com/rencontres/45676

    Dédicace Annaïck Chollois-Richomme
    (Traductrice)

    Nous avons le plaisir d’accueillir en dédicace la traductrice Annaïck Chollois-Richomme, professeur d’allemand à Lannion au Lycée Félix le Dantec, à l’occasion de la sortie inédite en français du roman « Sur deux planètes » de Kurd Lasswitz.
    Contemporain de Jules Verne, Kurd Lasswitz, est considéré comme le fondateur de la science-fiction allemande (le prix allemand de SF porte aujourd’hui son nom). À la fois délicieusement rétro et pourtant plein de questions éthiques parfaitement modernes, « Auf zwei Planeten » a connu une vie mouvementée dans son pays. Publié en 1897 mais jusqu’à présent jamais traduit en français, « Sur deux planètes » remporte un succès largement partagé jusque dans les années 1920. Dès la prise de pouvoir par Hitler, son pacifisme et anticolonialisme n’ayant plus cours, il ne fut plus édité. Il faudra attendre les années 1970-1980 pour que son œuvre connaisse un regain d’intérêt.
    Ayant enseigné l’allemand depuis une vingtaine d’années dans deux collèges publics de Guingamp (Côtes-d’Armor), c’est après l’obtention d’un master de traduction littéraire à Strasbourg entre 2023 et 2024 qu’Annaïck Chollois-Richomme se retrouve à travailler avec les éditions C & F. Après dix-huit mois de travail de traduction entre Paris et Trégastel, c’est finalement en février 2025 que « Sur deux planètes » paraît en France.
    « Sur deux planètes », de Kurd Lasswitz (auteur) et Annaïck Chollois-Richomme (traductrice), C & F éditions, 610 pages, 27€.
    « Trois explorateurs allemands sont sur le point d’atteindre le pôle Nord à bord d’une montgolfière lorsqu’ils sont enlevés par des Martiens. Ils découvrent une civilisation avancée vivant sur une île artificielle. »
    "La bibliothèque universelle", de Kurd Lasswitz (auteur) et Annaïck Chollois-Richomme (traductrice), C&F éditions, 84 pages, 12 €.
    « Quatre amis imaginent la meilleure bibliothèque totale, questionnant les possibilités combinatoires de l’écriture alphabétique, lorsque surviennent de plus gros problèmes. Les essais qui accompagnent cette nouvelle évoquent le langage, l’universalité ou encore la littérature. »
    La signature aura lieu le samedi 27 juin de 15h30 à 17h30 !

    #Sur_deux_planètes #Annaick_Chollois-Richomme #Kurd_Lasswitz

  • Bretagne. Il existe un Jules Verne allemand (interdit par les nazis) et il a enfin sa traductrice
    https://actu.fr/bretagne/lannion_22113/bretagne-il-existe-un-jules-verne-allemand-interdit-par-les-nazis-et-il-a-enfin

    Professeure d’allemand à Lannion (Côtes-d’Armor), Annaïk Chollois-Richomme vient de traduire le roman majeur de Kurd Lasswitz, père de la science-fiction allemande.

    Livres

    Annaïk Chollois-Richomme et ses ouvrages qui ont jalonné son parcours de traductrice.
    Annaïk Chollois-Richomme et ses ouvrages qui ont jalonné son parcours de traductrice. ©Philippe Gestin
    Par Philippe Gestin Publié le 14 mai 2026 à 20h44

    Trois scientifiques à bord d’une montgolfière foncent vers l’inaccessible pôle Nord. Quand soudain… Jules Verne ? HG Welles ? Raté ! Ces premières pages de Sur deux planètes (1897) sont signées Kurd Lasswitz.

    Le très méconnu auteur allemand (1848-1910) a droit à quelques lignes dans l’excellente Histoire de la science-fiction de Xavier Dollo. Le voici mis en lumière grâce à une autre Trégorroise, Annaïk Chollois-Richomme.
    Un conte traduit avec ses élèves

    La professeure agrégée est la première traductrice en français de ce volumineux roman de 600 pages paru chez C&F éditions.

    « Mon aventure avec ces éditeurs a démarré à l’occasion d’un projet de traduction collaborative, avec mes élèves du collège Jacques-Prévert de Guingamp et les lycéens d’Henri-IV. »

    Un conte moderne en allemand, Ada & Zangemann, qui a donné lieu à une traduction française. Lors du lancement du projet, Annaïk Chollois-Richomme, qui prépare un master de traduction littéraire, croise les deux éditeurs caennais. Qui lui proposent d’effectuer son stage d’études dans leur maison d’édition. Reste à trouver un ouvrage à traduire…
    Une découverte

    « Chez C&F, je suis entrée dans un univers très scientifique et sociologique, différent de ce que je connaissais… Ils n’avaient qu’un seul auteur allemand à leur catalogue. Plusieurs pistes ont été données. Puis on a trouvé cet auteur avec lequel je me sentais plus à l’aise. »

    Considéré comme le père de la science-fiction moderne en Allemagne, Kurd Lasswitz, lui-même enseignant, était « féru d’atome et de gravité. Il voulait vulgariser la science. Son dada, c’était de créer de la fiction ».

    L’étude de l’enseignante-chercheuse Françoise Willmann lui permet de s’imprégner du personnage, en même temps que la lecture de ses trois romans, dont le fameux Auf zwei Planeten, publié en 1897, « jamais traduit en France », à l’inverse de quantité de pays européens.
    Sur deux planètes enfin traduit en français. (© C&F éditions)
    Annaïk Chollois-Richomme a également traduit une nouvelle de Lasswitz. (© C&F éditions)
    Le livre par lequel tout a commencé. (© C&F éditions)
    Action et amour au menu

    La séduction est immédiate : « Il m’a eue ! Comme peu d’auteurs le font. Son style est didactique, comme un prof qui radote un peu, les dialogues sont parfois ampoulés. Mais il y a beaucoup d’action, chaque chapitre se termine par un cliffhanger, à la manière d’un feuilleton. L’aventure et la romance jouent un rôle important. Chaque chapitre a son ambiance, je ne me suis pas ennuyée. »
    Une grande modernité

    Surtout, le romancier fait preuve d’un modernisme remarquable en racontant l’histoire de la rencontre de nos trois scientifiques avec des Martiens bien plus évolués.

    « Il réussit un vrai changement de perspective, on sait tout des Martiens. C’est une critique de l’Europe colonisatrice. Il y a une dimension écologique, par l’utilisation de l’énergie solaire, et un zoom sur Berlin polluée par la Révolution industrielle. »

    Inspiré par la philosophie kantienne, Kurd Lasswitz imagine aussi une grande confédération où chaque État peut s’exprimer – prélude à l’Union européenne ? -, il résout la question de la lutte des classes via un système liant savoir, compétences et salaire. Pacifisme et féminisme irriguent également ces pages.
    Kurd Lasswitz, vulgarisateur de la science par la fiction.
    Kurd Lasswitz, vulgarisateur de la science par la fiction. ©DR
    Un livre populaire puis interdit par les nazis

    Outre-Rhin, Auf zwei Planeten a connu une énorme popularité jusque dans les années 1920 avant d’être mis au ban par le régime nazi. Sa dernière réédition date de 1988. Un prix de SF allemand porte le nom de Lasswitz, signe de son importance. Il était grand temps que l’édition française s’y penche.

    Annaïk Chollois-Richomme s’est d’abord fait la main en traduisant une nouvelle de Lasswitz, La Bibliothèque universelle (1904) « qui a inspiré Jorge Luis Borges ». Avant de se plonger dans ce « vrai défi de traduction ».

    Pas du tout coutumière de science-fiction, elle se heurte notamment aux noms martiens, similaires aux pronoms français. Il lui faut aussi maîtriser la géographie du pôle Nord.

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    Dix-huit mois de travail entre Paris et Trégastel

    Un travail aussi complexe que motivant, entamé dans les locaux de l’éditeur. « J’y ai traduit les deux premiers chapitres, j’avais leurs commentaires en direct et dans quelle direction aller. »

    La suite s’écrit à Trégastel où elle réside.

    « Il fallait que je me détache de l’allemand, pour le reformuler en bon français. J’ai écrit les premiers jets à la main, avant de passer à l’ordinateur. Je le faisais lire par mon mari puis je faisais une relecture à voix haute. Ça, c’est imparable ! »

    Dix-huit mois de travail, « dans ma bulle avec les Martiens », et un aboutissement dont elle peut être fière. « C’était mon rêve. Mais je n’ai jamais visé un changement de métier, c’est trop solitaire. » Son nouveau poste au lycée Le-Dantec à Lannion et ses élèves continuent de primer.

    En attendant d’autres histoires, le « Jules Verne allemand » obtient enfin la traduction qu’il mérite. Une plongée Sur deux planètes s’impose désormais à tout amateur de littérature de l’imaginaire.
    Sur deux planètes, de Kurd Lasswitz, C&F éditions, 610 pages, 27 €. Disponible en feuilleton (5 €) sur le site feuilleton.emailLa bibliothèque universelle, de Kurd Lasswitz, C&F éditions, 84 pages, 12 €.

    #Kurd_Lasswitz #Annaick_Chollois-Richomme #Sur_deux_planètes

  • Prof en Bretagne, elle signe la première traduction d’un roman du père de la science-fiction allemande
    https://www.ouest-france.fr/culture/livres/prof-en-bretagne-elle-signe-la-premiere-traduction-dun-roman-du-pere-de
    https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAyNjA0Y2UwYzc1ODE5MWYyMThjNDI4NjRkMDJhNGI3ZjZjNTU?width=1260&he

    Annaïk Chollois-Richomme est professeure d’allemand à Lannion (Côtes-d’Armor). Mais elle est également traductrice littéraire. C’est avec cette casquette qu’elle signe la première traduction française du roman de Kurd Lasswitz, considéré comme le père de la science-fiction d’outre-Rhin.
    Annaïck Chollois-Richomme signe la première traduction française du roman « Auf zwei Planeten », de Kurd Lasswitz.
    Annaïck Chollois-Richomme signe la première traduction française du roman « Auf zwei Planeten », de Kurd Lasswitz. | OUEST-FRANCE

    Ouest-France
    Renée-Laure Euzen
    Publié le 13/04/2026 à 19h44

    Un heureux enchaînement. C’est ainsi qu’Annaïck Chollois-Richomme décrit les deux années qu’elle vient de vivre. Professeure d’allemand durant une vingtaine d’années dans deux collèges publics de Guingamp (Côtes-d’Armor), elle est depuis peu diplômée d’un master en traduction littéraire, validé à la fac de Strasbourg, entre 2023 et 2024. Un cheminement personnel issu de sa rencontre avec CF éditions. "Avec mes élèves, on s’étaient lancés dans un projet collaboratif autour du conte. Le livre a été présenté lors du congrès sur les ressources numériques libres à Rennes auquel participait cette maison d’édition."

    Son année d’études comporte un stage qu’elle effectue là-bas. Celle-ci lui propose de s’attaquer d’abord à une nouvelle de Kurd Lasswitz, « La bibliothèque universelle », publiée en 1904. Un ouvrage qui a inspiré sa « Bibliothèque de Babel » à Jorge Luis Borges. "Dans ce texte, les personnages se questionnent sur cette notion : la bibliothèque infinie existe-t-elle ? Ce texte a une résonnance avec l’époque actuelle où l’IA peut générer du texte", estime la traductrice. Une première version de ce texte existait en français, mais la Bretonne en a donné une nouvelle proposition.

    Un pavé de 750 pages

    Après cet amuse-bouche, Annaïck Chollois-Richomme plonge dans un roman de 750 pages qui n’a jamais été traduit en français. « Auf zwei Planeten » est sorti en 1897. "Il parait un an avant “La Guerre des mondes”, de H.G Wells, mais n’a pas eu la même trajectoire." Ici, le professeur de maths et de physique met aux prises la Terre avec une invasion de Martiens. "Enseignant de formation, il voulait vulgariser les sciences en racontant une histoire. Dans ce texte, on retrouve deux de ses thèmes favoris, l’énergie et la gravité."

    Cette seconde expérience, qui a débuté dans le cadre de son stage de trois mois, s’est inévitablement prolongée. "C’était un nouveau challenge pour moi qui ne suis pas une grande lectrice de science-fiction." On parle d’un texte qui date de 125 ans. "J’avais des a priori mais finalement, je l’ai trouvé très accessible, et il y avait une trame narrative, c’est ce qui m’a plu."

    Car ici, il s’agit d’aller au-delà de la traduction littérale du texte. En redonner le sens, évidemment, mais aussi le mettre au goût du jour. "La maison d’édition m’a guidée, elle voyait un récit très cinématographique."

    Pour ce travail, Annaïck Chollois-Richomme s’appuie sur le texte initial, dont la dernière édition en allemand date de 1998. "Je faisais le premier jet de ma traduction à la main et ensuite, je passais à la version française sur ordinateur." Le style de l’auteur mérite d’être modernisé, et rendu plus fluide. "C’est presque un travail d’écrivain." Une tâche d’écriture qui s’appuie sur un gros travail de recherche. "Quand l’auteur parle de la géographie du pôle Nord et de la composition des glaciers, je n’avais pas le choix que de me documenter sur le sujet."

    Son texte a passé l’étape de la lecture à voix haute, "meilleur moyen d’en apprécier la musicalité". Flaubert n’aurait pas dit mieux.

    #Sur_deux_planètes #Annaick_Chollois-Richomme #Kurd_Lasswitz