• La crise du recrutement, vue par une contractuelle recalée au Capes (Carnet de classe(s))
    http://carnetdeclasses.tumblr.com/post/146961504250/la-crise-du-recrutement-vue-par-une-contractuelle

    Et pourtant, cette année encore, j’ai été « refusée » au Capes, concours de recrutement des enseignants du secondaire. Je suis prof, mais précaire. Je suis prof, mais sans réelle formation. Je suis prof sur le tas. Je suis prof qui dort mal parce que je ne sais pas comment je ferai à la rentrée prochaine.

    J’ai participé à toutes les réunions sur la réforme du collège, sur les EPI, l’AP. Je connais mes élèves et leurs situations personnelles par cœur. Je sais comment faire cours quand je suis épuisée et que ça fonctionne, je sais comment faire cours quand ils sont épuisés et que ça fonctionne. Je sais comment gérer le cours qui n’a pas fonctionné, sans raison aucune.

    Merde, je suis prof. Mais sans poste fixe, sans certitude d’avoir un salaire, sans reconnaissance de l’institution.

    Et pourtant, sans moi, sans nous tous et toutes contractuelles, le système ne marcherait plus.

    #éducation #métier #enseignant.e.s #recrutement #précarité #concours #CAPES #institution #système_scolaire

    • J’ai survolé le témoignage... oui, c’est affligeant cette utilisation des statuts précaires... maintenant, sur le fond, « cette année encore » elle est recalée au CAPES... Je n’ai vu qu’en maths, et le niveau demandé est bas. Donc je ne sais pas quoi en tirer de ce genre de témoignage, qu’on a des personnes épuisées physiquement, nerveusement, et qui ne maîtrise pas la matière qu’ils enseignent ? Ça peut sembler méchant comme critique, mais imaginer que mes enfants font avoir des profs de maths au collège qui ne maîtrisent pas les outils qu’ils manipulent, qui ne savent pas ce qu’est un raisonnement par récurence, ça me dérange. Certes, c’est pas ce qu’on demande au collège, mais comment faire aimer les maths à des enfants quand on ne maîtrise pas la matière... encore une fois, on parle d’un double échec à un concours pas si compliqué...

    • Ce que j’imagine, c’est que passer le concours alors qu’on a déjà la tête sous l’eau à cause du boulot, ça n’est pas simple !... Mais ça me fait un peu penser aux étudiants que j’ai pu voir, qui sont depuis 5 ans inscrits en licence, et qui ont péniblement 6 de moyenne, en L3... Je trouve ça incroyablement dommage. D’un côté ils ont raison de s’entêter (et éviter de se dire qu’ils ont perdu 5 ans, pour rien). De l’autre, je me dis qu’il y a eu un énorme problème d’orientation avant. N’était-il pas possible se de rendre compte plus tôt que ces personnes n’y arriveraient pas ? C’est un danger que je vois à l’université avec les formations non sélectives, avec ce message stupide « tout le monde peut y arriver », c’est que certains échouent régulièrement et persistent. Et je ne sais honnêtement pas quelle est la solution !
      http://www.humanite.fr/les-colleges-vont-encore-manquer-de-profs-575823

      Au Capes de mathématiques, on compte ainsi 1 802 admissibles pour 1 440 postes proposés. Soit un ratio de seulement 1,3 candidat par poste avant l’écrémage final des oraux, qui éliminent encore environ la moitié des candidats. L’année dernière, il y avait 1 899 admissibles pour 1 243 postes. Et au final, seules 838 personnes ont décroché le concours, laissant 405 postes vacants.

      Comment faut-il interpréter ces chiffres ? Pour avoir vu les sujets, je ne pense pas que le concours soit trop difficile...

  • En 1967, les élèves de Barbiana, en Italie, prennent la plume. Leur lettre à une maîtresse d’école est un réquisitoire contre les injustices du système qui a encore toute son actualité. « Une école qui sélectionne, écrivent-ils, détruit la culture. Aux pauvres elle enlève les moyens d’expression. Aux riches elle enlève la connaissance des choses. »
    http://www.imagespensees.org/societe/article/lettre-a-une-maitresse-d-ecole?lang=fr

  • « Il y a en France une intégration à sens unique » (Cris Beauchemin (Ined) , JeuneAfrique)
    http://www.jeuneafrique.com/293806/societe/cris-beauchemin-ined-il-y-a-en-france-une-integration-a-sens-unique

    L’école non seulement ne parvient pas à surmonter les différences sociales mais en plus elle favorise le développement de différences selon l’origine.
    […]
    Les immigrés et les enfants d’immigrés s’identifient à la France, se sentent français mais beaucoup d’entre eux disent ne pas être vus comme des Français. En ce qui concerne les aspects socio-culturels (maîtrise de la langue, relations sociales, choix du conjoint, etc.), qui relèvent des immigrés eux-mêmes et de leurs enfants, on voit que l’intégration fonctionne. C’est ce qui relève de l’accès aux ressources qui coince, à cause de barrières à l’accès aux études, au marché de l’emploi, au logement, etc. Ces résultats sont importants parce qu’ils proviennent d’une enquête nationale produite par l’État. Il faut bien reconnaître que, 30 ans après la marche des beurs, la France peine encore à donner aux immigrés, et encore plus aux enfants d’immigrés la place qui devrait être la leur.

    #éducation #statistiques #trajectoires #origines #genre #système_scolaire #discrimination #inégalités #INED

  • Ecole : pourquoi les garçons issus de l’immigration ont autant de mal (LeMonde.fr)
    http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/01/28/ecole-pourquoi-les-garcons-issus-de-l-immigration-ont-autant-de-mal_4855509_

    « Il faut absolument mettre en œuvre une vraie politique de lutte contre les discriminations » (LeMonde.fr)
    http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/01/28/il-faut-absolument-mettre-en-uvre-une-vraie-politique-de-lutte-contre-les-di

    Bon, il y a un #paywall sur tout le dossier et c’est bien dommage…

    Menée depuis 2008 par des chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la vaste enquête «  Trajectoires et origines  » (TeO), dont les résultats viennent d’être rendus publics (Le Monde du 9 janvier), le confirme avec force  : à niveau social équivalent et toutes origines confondues, les filles issues de l’immigration témoignent d’une intégration scolaire sensiblement équivalente à celle de la population générale.

    Même si sur la partie publique quelques formulations font déjà bondir : “n’ont pas réussi leur insertion” !?!

    Les garçons, en revanche, marquent le pas. L’enquête pointe même un groupe, les fils de Maghrébins et de parents venus d’Afrique subsaharienne, dans lequel une part importante de jeunes gens, du fait de leur échec scolaire massif, n’ont pas réussi leur insertion...

    #éducation #statistiques #trajectoires #origines #genre #système_scolaire #intégration #immigration #INED

  • Pourquoi dois-je aller à l’école ? (The Conversation)
    https://theconversation.com/pourquoi-dois-je-aller-a-le-cole-1-52342

    Depuis l’âge de 13 ans, l’école a perdu tout sens à mes yeux. Je l’ai toujours vue comme une boîte sombre. Une boîte dans laquelle vous devez rentrer, peu importe les conséquences, même si vous devez renoncer à tout ce que vous aimez.

    Une boîte qui ne permet pas la créativité, la diversité, la liberté, l’exploration et, le plus important, le questionnement. […]

    Quel est le but de l’école si elle ne nous permet pas d’explorer, d’exprimer notre créativité et d’élargir notre esprit et notre cœur ?

    Je suis en train de mourir intellectuellement à l’école.

    #éducation #élèves #objectifs #système_scolaire #créativité #sens

  • L’école de la République (La chronique du Tocard)
    http://www.lecourrierdelatlas.com/1063629122015La-chronique-du-Tocard.html

    Mais en vérité, toutes ces histoires d’humiliations incarnées avaient débuté très tôt. Dès le début en fait. A 6 ans, à l’école primaire où l’instituteur avait divisé notre classe en trois rangées. Les bons élèves, principalement les fils de bourges, qui avaient accès à la culture, comme les boulangers ont accès à du bon pain, étaient placés près de la fenêtre et recevaient les plus grandes attentions du prof, les « moyens » étaient au milieu ; eux avaient droit aussi à un peu de considération. Et enfin les nuls, les enfants de la cité, les « incapables », les indésirables, voire les irrécupérables, dont je faisais partie intégrante. On était installé près du mur et l’instituteur nous offrait sa plus grande indifférence. Nous n’existions pas pour lui. Il n’avait pas le choix de nous avoir dans sa classe alors il faisait avec.

    […]

    La daronne, comme toutes les mamans immigrées, était trop étrangère au fonctionnement ordinaire de l’école et aux modalités de pression dont elle aurait pu se servir pour contrer les propos de mon instituteur.

    A l’opposé, je me souviens très bien que les rares brimades qui concernaient les fils de bourges provoquaient chez leurs parents une forte indignation en bonne et due forme et tu les voyais débouler à l’école très vite, très remontés. Quand ils ne faisaient pas une demande express de rendez-vous auprès du professeur, ils écrivaient une lettre de protestation à l’inspecteur académique.

    Au collège, agacé par toutes ces humiliations à répétition, et bien décidé à nous « venger », on avait créé alors avec deux de mes cousins « la Police Arabe ».

    Munis d’une carte, avec notre nom de famille et une photo de portrait à l’appui, que nous présentions à chacune de nos victimes, on allait s’en prendre, à chaque récréation à un bon petit bourgeois blanc de notre choix qu’on massacrait allégrement à coups de cartable dans la gueule. Il nous arrivait même de coller ses jambes qu’on écartait au maximum sur la surface d’un tronc d’arabe pour lui compresser sa paire de couilles.

    Certes, c’était débile comme comportement, horrible comme manière de faire, d’une lâcheté impitoyable, puisque nous étions à trois sur un type, ça aurait pu même s’appeler en 2015 du "racisme anti-blanc", mais pour nous c’était juste un moyen comme un autre d’atténuer la colère que nous ressentions à l’encontre d’un système qui avait fait de nous ce que nous étions : des bêtes sauvages.

    #éducation #école #collège #lycée #relations_école_familles #système_scolaire
    #déchéance_de_scolarité

  • Antoine Jacob, Journaliste à Riga suivant l’actualité du monde nordique, écrit sur facebook :

    http://jacobnordiques.blogspot.no

    « ...Deux semaines après la rentrée des classes en Suède, le plus grand groupe d’écoles "libres" (privées) du pays, Academedia, a indiqué qu’il allait être mis en vente. Son propriétaire, la société de capital risque EQT (famille Wallenberg), a confirmé vouloir s’en séparer. Trouvera-t-il acquéreur, lequel ? Sinon, Academedia sera-t-il introduit en bourse ? Tout se passera bien, on est en Suède ! Pendant ce temps-là, non non et non, les quelque 60 000 élèves étudiant dans les établissements d’Academedia (sans parler des 30 000 adultes qui y suivent des formations) et les 12 000 salariés du groupe n’auront pas l’impression d’être de la marchandise qu’on achète et qu’on vend. Et si on se les échange, c’est qu’ils ont de la valeur, n’est-ce pas ?... »

  • La formation continue (à poser problème) (L’instit’humeurs)
    http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/04/19/la-formation-continue-a-poser-probleme.html

    Cette semaine la Cour des Comptes a sorti le carton rouge pour le ministère de l’éducation nationale : dans un référé de 6 pages, la Cour des Comptes résume parfaitement tous les manques et les dysfonctionnements de la formation continue des enseignants, constatés au quotidien sur le terrain.
    […]
    Ce semble être une habitude très française, de réformer l’école sans former les enseignants. Au primaire, on doit enseigner l’anglais sans avoir été formés, on doit enseigner l’informatique (et bientôt le code) sans avoir été formés, on accueille des élèves à « besoins spécifiques » (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, troubles envahissant du développement, autisme, etc…) sans avoir été formés…

    Le monde tourne, de plus en plus vite, la société change à grande vitesse, la technologie évolue très rapidement, les sciences de l’éducation avancent et la recherche scientifique avec, mais tout ceci sans nous enseignants, qui restons enkystés dans nos classes, alors que nous serions tellement preneurs d’une formation de qualité.

    A ce besoin de formation, ces envies d’évolution, il est trop souvent répliqué que tout enseignant a l’obligation de mettre à jour ses compétences, de se former à tout ce qui pourra aider son enseignement. Sauf que l’auto-formation a ses limites, on ne peut décemment pas fonder une politique nationale d’éducation sur la capacité de chaque enseignant à se débrouiller seul, à amender dans le désert son enseignement année après année.

    #éducation #enseignants #formation_continue #système_scolaire

  • Les français ont une mauvaise image de l’école (surtout s’ils sont de droite et sans enfant scolarisé) (L’instit’humeurs)
    http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/05/30/les-francais-ont-une-mauvaise-image-de-lecole-surtout-sils-sont-de

    On a ici la confirmation que l’école est devenue un des sujets de sociétés les plus clivant dans ce pays, un enjeu politique majeur car il permet des positionnements tranchés et marqués idéologiquement.

    On retrouve ce clivage sur la question des priorités de l’école : si tout le monde est d’accord pour placer la transmission des connaissances en tête des missions de l’école (80%), les sympathisants de droite placent la transmission du goût de l’effort en deuxième position (50%, à gauche cette mission vient en 5ème position avec 21%), quand ceux de gauche placent au deuxième rang l’épanouissement des enfants (34%, à droite cette mission est 4ème avec 18%). Enfin, si les français se préoccupent globalement peu que l’école puisse réduire les différences sociales, ils sont quand même 23% à gauche à penser que c’est important, contre… 3% à droite.

    […]

    Sur les sujets d’éducation, je suis toujours très étonné qu’on ne distingue pas davantage l’opinion des parents d’élèves de celle des français en général. […]
    Dans ce sondage, l’opinion des parents d’élèves vient nuancer de façon assez sensible celle des français dans leur ensemble.
    […]
    En somme, les parents d’élèves, qui constituent la seule zone de contact entre la société et son école, viennent dire que le collège et surtout l’école fonctionnent mieux que ce que pensent les français, et la maternelle moins que ce que l’on croit.
    […]
    Pour le coup, la droite et la gauche sont d’accord sur les matières à enseigner en priorité : français (95%) et maths (70%) viennent en tête, il y a ensuite un léger désaccord sur les langues (pour 53% des gens de gauche, 37% des gens de droite) et l’histoire-géo (37% et 45%). Derrière, les autres matières viennent bien plus loin : l’informatique, avec 15%, vient nettement avant les sciences (6%, et même 1% pour les sciences naturelles à droite !) et avant le latin et le grec (3%).
    Cette dernière donnée vient relativiser le considérable brouhaha constaté au sujet des langues antiques, dont tout le monde ou presque semble se ficher.
    En revanche, on peut être particulièrement étonné du peu de cas fait des sciences, grandement déconsidérées, ce qui laisse songeur quand on sait le besoin du pays en chercheurs de premier plan.

    #éducation #sondage #système_scolaire #analyse #disciplines

  • « Je plains les professeurs d’école... » (Pierre Frackowiak)
    http://www.meirieu.com/FORUM/fracko_je_plains_les_profs.pdf

    Il faudrait citer ce texte dans sa quasi-intégralité tant l’analyse me paraît juste sur l’état de l’École aujourd’hui.
    À lire absolument avant de s’engager dans n’importe quel débat impliquant le fonctionnement du système scolaire en France aujourd’hui.

    Dans ce contexte morose, on observe un désengagement croissant des enseignants : faiblesse de la participation à toute réunion non obligatoire ou hors temps de travail, désengagement de la vie des syndicats, des associations partenaires de l’école, des mouvements.
    Même les réunions syndicales autorisées sur le temps de travail ont vu le nombre de participants fondre au fil du temps.
    L’art de la résistance passive se peaufine.
    L’amertume se généralise et gangrène le corps. Désabusé, on ne croit plus à rien.
    On peut toutefois encore trouver quelques raisons d’espérer en entendant, dans des relations de confiance non hiérarchique, une grande majorité des enseignants dubitatifs sur les réformes
    et sur ce qu’en fera leur hiérarchie, déclarer : « Tout cela, les réformes, les textes illisibles, la paperasse, nous barbe (pour ne pas écrire les mots réellement utilisés), mais j’ai encore du plaisir quand la porte se referme, et que je travaille avec mes élèves ».

    #éducation #système_scolaire #enseignants #syndicats #parents_d'élèves #mouvements_pédagogiques #hiérarchie #tâchisme #souffrance_au_travail #autoritarisme #pilotage #évaluationnite #désengagement

  • Le destin dans le berceau (Camille Peugny)
    http://alternatives-economiques.fr/blogs/peugny/2011/06/24/non-tout-le-monde-na-pas-le-baccalaureat

    L’âge d’or du baccalauréat auquel on se réfère, lorsque seuls 10% d’une génération obtenaient le parchemin, est un âge fondamentalement inégalitaire où seuls les enfants riches du patrimoine économique et culturel de leurs parents fréquentaient le lycée. Les nouveaux bacheliers des années 1980 et 1990 sont des bacheliers populaires : pour les beaux esprits, ils ont évidemment fait baisser le niveau. […]
    Qu’on l’accepte ou non, le niveau général de connaissance de la population ne cesse d’augmenter car des dizaines de milliers d’élèves chaque année poursuivent des études dont ils étaient jadis largement exclus. Parmi les enfants d’ouvriers sortis de l’école depuis 5 à 8 ans en 2009, 75% exercent un emploi d’ouvrier ou d’employé, soit une diminution d’à peine 10 points en un quart de siècle. C’est bien ce constat insupportable, celui d’un degré de reproduction sociale insupportable dans la France du 21ème siècle qui doit interpeller, et non pas un débat vide de sens sur le niveau des bacheliers. Comment se fait-il, alors même que les taux de scolarisation des enfants des classes populaires ont considérablement augmenté au cours des dernières décennies, que les cartes ne soient pas plus radicalement redistribuées entre les générations ?

    Evidemment, les sociologues de l’éducation ont apporté beaucoup de réponses. Si les enfants des classes populaires accèdent au collège puis au lycée, alors les inégalités se déplacent plus loin dans le système scolaire mais ne disparaissent pas. Par ailleurs, la filiarisation croissante des différents niveaux d’enseignement à partir du deuxième cycle de secondaire transforment des inégalités « quantitatives » (en termes de niveau d’étude) en inégalités « qualitatives » (le type d’études, la nature du diplôme).

    Mais il faut aussi prendre en compte l’élitisme échevelé de l’école française, qui dès le plus jeune âge, évalue, note et classe les élèves, alors même que ces premières années de scolarité sont fondamentales : même si les inégalités sociales de réussite sont déjà présentes, c’est à ce stade qu’elles sont les plus faibles puisqu’elles ne font qu’augmenter dans la suite du cursus. A rebours des politiques menées ces dernières années, la lutte contre les inégalités sociales de réussite et de cursus scolaires et ainsi la lutte contre la reproduction sociale passent par un effort considérable pour l’enseignement maternel et primaire.

    #éducation #inégalités #système_scolaire

  • Bernard Lahire : « Macron est le pur produit du système scolaire élitiste français » (Les Inrocks)
    http://www.lesinrocks.com/2014/09/19/actualite/lahire-11525185

    Je défie quiconque aujourd’hui de dire précisément ce qu’est un illettré. Un analphabète n’a pas appris à écrire et à lire : là au moins la situation est nette. Certains dits-illettrés savent rédiger des lettres mais font des fautes. C’est ce qui fera qu’on les qualifiera d’illettrés. Cette catégorie n’est pas très sérieusement définie. On présuppose par ailleurs qu’il y a un lien direct, de cause à effet, entre le fait de ne pas avoir les bonnes qualifications et la perte d’emploi ou la difficulté à en trouver. On occupe la jeunesse au chômage depuis très longtemps par la formation, c’est une solution d’attente, qui peut parfois être utile. Quand dans les années 70, le chômage s’est installé de manière structurelle, les pouvoirs publics ont répondu au problème par le retour à la formation. C’est à cette époque qu’a émergé la notion d’illettrisme. On a inversé la causalité. Le moment où l’on a commencé à observer des gens qui avaient des problèmes à l’écrit – une cause d’échec scolaire – correspond au moment d’apparition du chômage. Les mines et les usines sidérurgiques ferment. Les formateurs disent des chômeurs qu’on leur envoie : ‘ils ont du mal à lire et à écrire’. Le chômage a été une condition de mise en évidence de l’illettrisme, mais on a fini par en faire une des causes du chômage. Il y a de nombreux emplois pour lesquels être fort en orthographe n’est pas très important.
    […]
    Comme le fait qu’une mère illettrée ne saurait pas lire sur le flacon d’un produit dangereux et qu’elle serait donc potentiellement une mauvaise mère. On a parlé à une époque de la citoyenneté de la même façon : comment voulez-vous qu’ils fassent des choix alors qu’ils ne savent pas lire. […] Les diplômés eux ne seront jamais emmerdés. On ne fera pas porter sur eux le stigmate du mauvais père, du mauvais citoyen. A une époque, on a même dit que les illettrés pouvaient être dangereux. C’était les thématiques d’un expert en matière d’illettrisme : ils ne maîtrisent pas la langue et par conséquent ils peuvent passer à l’acte.
    […] les cadres du FN sont des avocats, des médecins, des juristes, des professions libérales. Les dérapages verbaux au FN sont commis par des gens très cultivés. La culture n’a jamais protégé de la barbarie, de la violence, ce ne sont pas les dits-”incultes” les plus intolérants. On fait peser beaucoup de soupçons sur les dits-illettrés, on les voit comme des objets de manipulations. On peut dire que la gauche a abandonné le monde des ouvriers, des petits employés et des petits paysans, dans le sens où ces catégories ne voient pas leur situation s’améliorer lorsque la gauche arrive au pouvoir.

    #éducation #formation #illettrisme #diplôme #système_scolaire #élitisme #illettré.e #mépris

  • Dans la classe. Une année à l’école primaire (Les Cahiers pédagogiques)
    http://www.cahiers-pedagogiques.com/Dans-la-classe-Une-annee-a-l-ecole-primaire

    On sous-estime les effets ravageurs d’une petite phrase, lâchée dans un moment d’agacement, mais qui continuera de faire son chemin dans la tête de l’enfant bien après qu’on l’aura oubliée. Les adultes, tous les adultes, doivent faire des efforts.
    […]
    D’un autre côté, mon parcours m’a donné un certain recul sur les prises de décision, les situations tendues, les organisations… Ce qui me permet, je pense, de résister assez bien à l’infantilisation que l’on rencontre dans cette grande maison. Je la déplore autant que mes collègues, mais j’en souffre moins.
    […]
    J’y vois un autre paradoxe de notre maison : mal organisée, elle est confrontée à de tels problèmes que, pour compenser ses manques, elle s’en remet surtout au dévouement de ses agents. Leur talent et leur motivation suppléent au manque de moyens, sans quoi la situation serait bien pire. Mais l’Education Nationale ne fait rien pour entretenir ce dévouement. Et pourtant il est devenu son principal moteur et la dernière chance des élèves.
    […]
    Heureusement qu’il y a la salle de classe !

    Mot d’enfant cité dans l’article :
    « Un poète, c’est quelqu’un qui parle à moitié en français et à moitié en poésie »

    #éducation #système_scolaire #témoignage #management #MEN #enseignants #infantilisation

  • Schulsystem: Verschlungene Wege | ZEIT ONLINE

    http://www.zeit.de/2014/37/schulsystem-schulbildung-bildungsweg

    Pas mal, la visu

    Diese Grafik versucht Unmögliches: das deutsche Schulsystem auf einen Blick zu zeigen, mit Linien, deren Dicke proportional zu den Schülerströmen ist. Schon allein unser föderales Bildungssystem macht es schwierig, ein einheitliches Bild zu zeichnen, es sind sehr viele Vereinfachungen nötig. Und natürlich wissen wir heute noch nicht, welche Bildungswege die ABC-Schützen von heute einmal einschlagen werden – wir zeigen also einen Querschnitt, bei dem die heutigen Schülerzahlen höherer Klassen entsprechend skaliert werden. So entsteht ein komplexes Bild, das klar zeigt: vom sogenannten „dreigliedrigen Schulsystem“ haben wir uns längst weg entwickelt hin zu einem vielfältigen System, das die Kinder früh separiert, ihnen aber auch später noch Chancen gibt, ihren eigenen Weg zu finden.

    #école #allemagne #système_scolaire #visualisation

  • Éduquer au XXIeme siècle (Sciences Humaines)
    http://www.scienceshumaines.com/eduquer-au-xxie-siecle_fr_33123.html

    Comment éduquer les enfants ? Hier encore, chacun avait sa réponse. Deux camps s’affrontaient, pédagogues contre républicains, luttant chacun pour imposer sa méthode. D’un côté, l’enfant au centre, son intelligence, sa curiosité naturelle, son épanouissement ; de l’autre, l’autorité du maître, la discipline, l’effort, le mérite. 


    Il a suffi d’une décennie pour que les certitudes s’affaissent. Il a suffi, surtout, d’un séisme nommé Pisa. Édition après édition, tel le cruel miroir de Blanche-Neige, ce classement international des systèmes scolaires nous rappelle qu’il y a meilleur que nous. La France est en milieu de tableau, et le milieu n’est jamais loin – du moins étymologiquement – de la médiocrité.

    Dossier sous #paywall :
    • Heur et malheur de l’école républicaine (François Dubet)
    • Instruire ou éveiller ? Un débat transatlantique (Michael Behrent)
    • « Nous n’avons pas encore trouvé la bonne école » - Entretien avec Marcel Gauchet
    • La révolution numérique aura-t-elle lieu ? (Emmanuel Davidenkoff)
    • L’éducation nouvelle, une aventure à revisiter (Philippe Meirieu)
    • Des systèmes scolaires plus efficaces ? (Cécile Peltier)
    • Vers une mondialisation de l’éducation ? (Christian Baudelot)
    • Scolarisation ou apprentissage ? (Vincent Troger)
    • Huit idées pour réinventer l’école (Sylvain Marcelli)

    #éducation #système_scolaire #réforme

  • L’école, une jungle ultralibérale ? (NouvelObs.com)
    http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20140905.OBS8335/l-ecole-une-jungle-ultraliberale.html

    Le système scolaire est le lieu des paradoxes français les plus extraordinaires. Voilà en effet l’espace social où sont invoquées, avec une vigueur et une constance qu’on ne trouve plus ailleurs, les notions d’égalité des chances" et de « #méritocratie » que tout, dans les faits, contribue à démentir.

    Un espace où les « valeurs de la République », du « progrès social » et du « vivre-ensemble » sont martelées à l’excès, alors que la réalité repose sur une loi du plus fort digne des sociétés ultralibérales.

    […]

    Le problème (explicité dans cet ouvrage), c’est que le grand public confond souvent deux notions : « #massification » et « #démocratisation ». Oui, de plus en plus d’enfants des milieux populaires se lancent dans des études longues - cela, c’est la massification.

    Mais cet accès ne signifie nullement que la réussite est davantage ouverte à tous. Car les élèves issus des milieux qui connaissent moins l’Education nationale (les modestes, donc) n’intègrent pas les mêmes filières que leurs camarades des « bonnes » familles. Du coup, le bon grain reste pour ces derniers, l’ivraie pour les autres.

    #éducation #système_scolaire #ségrégation_sociale #inégalités #égalité_des_chances

  • Céline Alvarez, une institutrice révolutionnaire (LeMonde.fr)
    http://www.lemonde.fr/festival/article/2014/09/04/celine-alvarez-une-instit-revolutionnaire_4481540_4415198.html

    L’ancienne enseignante a démissionné de l’éducation nationale, mais n’a pas renoncé à diffuser les outils de l’école de demain

    […]

    Et pourtant, c’est bien « l’effet d’une bombe » que l’on a pu ressentir en entrant, ce printemps, dans la classe multiniveau – mêlant petite, moyenne et grande sections – de Céline Alvarez. Pas seulement parce que les enfants savaient lire à 5 ans (parfois avant), maîtrisaient le sens des quatre opérations, comptaient jusqu’à 1 000 et même au-delà…

    Pas seulement parce que la salle colorée regorgeait d’un matériel en libre accès (« lettres rugueuses », « cabinet de géographie »…) inconnu de la plupart des écoles, vers lequel les enfants pouvaient se tourner au moment précis où ils en éprouvaient l’envie, « pour ne jamais rater la fenêtre de tir permettant d’entrer dans les savoirs », expliquait la jeune femme lors de notre première rencontre. Non, c’est surtout l’entraide, l’empathie, la joie, la curiosité que manifestaient ces tout-petits qui retenaient l’attention.

    […]

    « Tous ces jeunes que je trouvais intelligents mais qui n’arrivaient pas à se fondre dans le moule et qui décrochaient, ça m’indignait ! », se souvient-elle. Dans son cercle familial, aussi, cette fille d’une employée de banque et d’un ouvrier tourneur-fraiseur se forge la conviction que « l’être humain possède un potentiel inné pour penser, créer, partager… et que le système scolaire l’empêche d’émerger ».

    #éducation #école #Montessori #innovation_pédagogique #système_scolaire #neurosciences

    • Même si dans un sens, ça l’est, c’est toujours aussi fou qu’on continue d’appeler « révolutionnaire » ou « pédagogie nouvelle » des méthodes inventées il y a plus d’un siècle et qui ont fait leur preuve (tout du moins avec l’effectif humain qu’il faut et le matériel qu’il faut). Si un truc de 100 ans est nouveau, c’est dire à quel point les pédagogies courantes sont VIEILLES.

    • À noter :

      Les résultats obtenus à Gennevilliers dépendent directement de cette recherche. Ils ne sont en aucun cas garants des résultats d’écoles dites « Montessori », dont le cadre théorique et pédagogique diffère.

      Car ça s’inspire de plein plein de choses de Montessori (et d’autres) mais l’école continue la recherche scientifique, des tests réguliers de là où ça en est, etc. D’après ce que je comprends, ils sont partis d’une pédagogie précise (très nettement Montessori) mais ensuite ils ne font pas que suivre un truc tout prêt, ils continuent d’améliorer en testant ce qui marche ou pas. C’est cool !

      Bon, quand même, d’après toutes les vidéos, c’est immensément Montessori. Je reconnais tout le matériel ! :)

      et cc @sloumpy

    • Notons aussi que l’expérience se fait dans une école publique, avec à priori tout le matos payé par le service public, et pas dans un quartier de bourges avec des parents qui ont un gros capital temps/culture.

      Mais évidemment, on en a déjà parlé, l’EN paye et aide à mettre en place ce genre d’expérience qu’en tant… qu’expérience. Un îlot. Un truc à part qui n’est jamais reproduit massivement et encouragé partout.

    • Ce qui semble la distinguer des autres pédagogues et qui semble lui ouvrir les portes de l’illustre journal Le Monde c’est ses liens avec Stanislas Dehaene (neuroscientifique) et Manuela Piazza (cognitiviste et neuroscientifique).

      Il y a tout juste une semaine c’est à l’université d’été du Medef qu’on (en particulier Martine Daoust) espérait faire entrer les neurosciences dans les écoles.

      Est-ce lié ?

      http://www.medef.com/medef-universites-dete/videos/detail-videos/medeftv/lecole-de-la-reussite.html

      Conférence-débat le mercredi 27 août de 15h30 à 17h15.

      – Nouvelles expertises, nouvelles compétences, nouveaux métiers
      – Méritocratie vs égalitarisme
      – Enseignants et chefs d’entreprise partagent-ils les mêmes valeurs ?
      – Chaque année 150 000 jeunes sans qualification. Comment mettre en adéquation besoins des entreprises et offres de formation ?
      – Up to date, all life long !
      – Les ruptures technologiques au service de la formation
      – La Finlande, un exemple à suivre
      – Pourquoi le décrochage français dans les classements internationaux ?
      – Redorer le blason des ingénieurs et techniciens

      Animateur : Jean-Luc Placet, président d’IDRH

      Intervenants :

      Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne
      Martine Daoust, professeure à la faculté de pharmacie de l’Université de Picardie Jules Verne,ancienne rectrice des académies de Limoges et Poitiers
      Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
      Pr. Eric Fouache, vice-chancelier de l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi
      Gérald Karsenti, PDG de Hewlett-Packard France
      Jorma Kauppinen, directeur à la Direction générale de l’enseignement de Finlande
      Denis Olivennes, président du directoire de Lagardère Active

    • Merci @gastlag pour ce complément d’informations. Dans la vidéo à la fin, elle dit d’ailleurs :

      Le cerveau humain est doté d’algorithmes puissants d’apprentissage. Comme dit Stanislas Dehaene, c’est un super ordinateur programmé pour apprendre.

      ARG. Ça donne tout de suite moins envie de la suivre. Le cerveau n’est pas « comme un ordi » mais en plus puissant. C’est un réductionnisme de certains neuro-merdes ça (pas tous heureusement).

      Moi ce qui m’intéresse c’est plutôt ça :

      Non, c’est surtout l’entraide, l’empathie, la joie, la curiosité que manifestaient ces tout-petits qui retenaient l’attention.

      Pour ce qui est du fonctionnement du cerveau, je n’arrive pas encore à ne pas être mitigé (oui ma phrase est tordue).
      Il reste encore dans cette discipline quelques gens qui tentent uniquement de comprendre ce qui se passe, et non de vouloir le changer (exemple : Catherine Vidal versus Clinatec).

    • C’est compliqué, ces histoires de neurosciences (quand je pense que j’ai fait un DEA dans un labo de sciences cognitives dans une vie précédente…).
      C’est compliqué, cette articulation entre neurosciences (parfois orientées très « dressage ») et les pédagogies « actives ».
      C’est compliqué Stanislas Dehaene et l’apprentissage de la lecture, on finirait par croire qu’il ne faut entraîner que les zones que SD voit s’allumer quand quelqu’un lit avec des électrodes sur la tête :)
      C’est compliqué de manière générale, les gens qui pensent avoir tout compris au cerveau humain, en oubliant qu’à une époque on ne jurait que par la bosse des maths.
      Même Catherine Vidal, c’est compliqué (cf. http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1218933-sexe-et-cerveau-la-neurobiologiste-catherine-vidal-a-tort-).
      Bref, j’ai acheté ça :
      http://www.educavox.fr/editorial/article/les-neurosciences-au-coeur-de-la
      Faudrait que je le lise… :)

    • Haha, Peggy Sastre… hum… J’avoue immensément préférer la rigueur, la précision, et l’exhaustivité des arguments d’Odile Fillod. L’article sur Vidal se base intégralement sur Nicolas Gauvrit, dont Fillod a (re)parlé récemment :
      http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2014/07/23/camion-poupee-jeux-singes/#part5L

      Le pseudo-scepticisme a été décrit par le sociologue Marcello Truzzi, l’un des fondateurs de la première société savante de scepticisme scientifique (ou zététique) dans les années 1970 et de sa première revue, dont il s’est ensuite démarqué en raison de qu’il percevait comme un dévoiement de la démarche sceptique. Dans un éditorial de Zetetic Scholar publié en 1987, il définit le pseudo-scepticisme comme une attitude consistant, plutôt que d’en rester à la formulation de doutes concernant la force des éléments de preuve avancés à l’appui d’une théorie (caractérisant le scepticisme véritable), à affirmer que cette théorie est fausse. Alors que le sceptique se contente d’arguer que la validité d’une théorie n’est pas démontrée par les données avancées à son crédit, le pseudo-sceptique prétend trancher le débat scientifique. Le pseudo-scepticisme de Nicolas Gauvrit a été plusieurs fois dénoncé sur http://pseudo-scepticisme.com/spip.php?page=recherche&recherche=gauvrit, et j’en donne ici un nouvel exemple. Nicolas Gauvrit tient également un blog sur la plateforme Scilogs de Pour la science hébergeant celui de Sébastien Bohler.

      (Bohler dont elle a démontré plusieurs fois qu’il était soit peu rigoureux, soit qu’il racontait carrément n’importe quoi.)

      Sinon pour l’article de Pierre Frackowiak :

      Ce n’est pas parce que nos aïeux s’éclairaient à la bougie que nous refusons l’électricité.

      et

      Dans ce livre, il n’est donc pas question de prôner le retour ou le maintien de la bougie et de la diligence.

      Quand je lis ou entends des phrases comme ça, j’ai juste envie d’éteindre l’écran, de courir dans la montagne planter ma tente, et d’allumer une bougie en écoutant les oiseaux. :D

    • À propos des neurosciences, un article révélateur sur le Monde Diplo papier de ce mois : « Le cerveau ne pense pas tout seul »
      Un aperçu :
      http://www.monde-diplomatique.fr/2014/09/CLEMENT/50779

      Les progrès de l’imagerie cérébrale ont réactivé un vieux fantasme : celui de pouvoir tout expliquer par l’observation du cerveau — la pauvreté, la délinquance, l’échec scolaire… Lourde de dérives potentielles, cette illusion repose sur de fausses évidences.

    • Il y a pas mal de problématiques soulevées dans les derniers messages. Quelques pistes, rapidement :
      – Historiquement, ce qu’on appelle l’éducation nouvelle rassemble des courants très diverses voire philosophiquement incompatibles (à la racine on trouve aussi bien des rationalistes qui se réclament de la philosophie des Lumières que des héritiers d’un Romantisme nourri de spiritualité : leur seul point commun est que tout le monde se réfère à un moment ou un autre à Rousseau :) ).
      – Philosophiquement, pour prendre les 3 figures les plus connues, c’est assez contrasté. Rudolf Steiner était un philosophe spiritualiste, occultiste et penseur social qui a fondé l’anthroposophie (je vous laisse regarder). Maria Montessori était médecin, a collaboré avec la Société théosophique (je vous laisse regarder) et est partie vivre des aventures mystiques en Inde. Célestin Freinet est un instituteur nourri de laïcité, de principes émancipateurs, libertaires et autogestionnaires, qui fraya avec le PCF.
      – L’Éducation nouvelle a toujours dû faire les preuves de son efficacité (alors que l’éducation traditionnelle jamais), et ses lieux d’expérimentations ont toujours été aux deux extrêmes : l’élite (voire même sous la forme de préceptorat cf. Rousseau) ou les laisser-pour-compte dont tout le monde se fout et sur qui on peut bien expérimenter (handicapés, orphelins, délinquants, pauvres, etc.).

      Du coup, on retrouve une certaine logique historique dans le fait que les écoles Steiner/Montessori soient des établissements privés souvent chers et que des écoles Freinet ont revendiqué leur place dans l’école publique. Néanmoins, il y a aussi des établissements privés qui se réclament de la pédagogie Freinet, et les méthodes Montessori ont nourri les pratiques de nombreux enseignants de l’enseignement public en maternelle notamment.

      Par ailleurs, il me semble que les classes supérieures ne sont pas spécialement friandes de pédagogies nouvelles, au contraire on les retrouvera massivement dans des établissements très sélectifs, très traditionnels, très transmissifs, très reproducteurs (ceux qui préparent aux très grandes écoles dès la maternelle), la classe dominante reste conservatrice et réactionnaire. C’est la sous-classe supérieure des bobos qui revient en vélo de la calandreta Montessori avant de passer à l’Amap :)

      Par ailleurs, il me semble que plus qu’à un problème de démocratisation, l’enseignante s’est heurtée à la culture de l’EN incapable historiquement et structurellement de laisser vivre en son sein (i) l’expérimentation et (ii) le partage horizontal des pratiques.

    • Faute de pouvoir élargir l’expérimentation, elle a pris la lourde décision de donner sa démission. Ensuite parce que ce n’est pas pour « professer », comme elle dit, que cette jolie trentenaire a passé en candidat libre, il y a cinq ans, le concours de l’enseignement. Et elle le justifie sans s’embarrasser de fausse modestie : « C’était pour infiltrer le système et parvenir à le changer, pas pour enseigner. Je me laissais trois ans pour proposer un environnement de classe faisant l’effet d’une bombe pédagogique, explique-t-elle, trouver les bons outils permettant de révéler spontanément tout le potentiel des enfants, et réussir à les diffuser auprès des enseignants. »

      #jolie_trentenaire #sexisme

  • Éducation : qu’est-ce qui décourage les élèves ? (Le Point)
    http://www.lepoint.fr/societe/education-qu-est-ce-qui-decourage-les-eleves-02-07-2014-1842491_23.php

    Mais l’étude de l’OCDE va plus loin : un système sélectif nuirait à la motivation et à la progression des élèves. Alors même que l’on pourrait imaginer que la multiplicité des filières qui s’offrent aux élèves leur permettrait d’effectuer un choix affiné qui correspondrait mieux à leurs attentes, et ainsi les encouragerait dans l’effort, il n’en est rien. Pisa montre que la motivation chute lorsque le système éducatif propose un grand nombre de filières, lorsqu’il favorise l’orientation dans des voies professionnelles et lorsque cette orientation se fait à un jeune âge. D’autant que cette sélection accentue les inégalités sociales et que les élèves le perçoivent parfaitement, les « perdants » de la sélection ayant le sentiment de ne pas bénéficier des mêmes chances de réussite.

    Conséquence : la motivation pâtit du tri, sur des critères académiques, avec les gagnants qui rejoignent des établissements sélectifs et les autres qui sont « orientés » dans d’autres filières ou établissements en raison de leurs faibles résultats, de problèmes de comportement ou de besoins éducatifs spécifiques. En somme, si l’on suit les conclusions de Pisa, ce qui motive les meilleurs élèves démotive les plus fragiles. Apparemment, c’est la quadrature du cercle.

    #éducation #système_scolaire #échec_scolaire #sélection

  • Immuable rentrée, immuable école (Bernard Collot)
    http://education3.canalblog.com/archives/2014/08/27/30482447.html

    Ce qui est effrayant, ce n’est pas la fuite du temps qui me concerne, c’est son immobilité absolue en ce qui concerne l’école : rien n’a changé. A six ans autrefois ou un peu plus tôt aujourd’hui, c’est la même séparation, la même préparation de ce qui va conférer le statut qui va vous habiller en élève avec ses affutiaux obligatoires, les mêmes recommandations parentales, la même entrée dans une enceinte avec ses personnages auxquels il va falloir se soumettre (pourquoi ?), les mêmes sonneries, cloches, injonctions ou claquements des mains qui vont réguler presque jusqu’à votre respiration, les mêmes ordres qui vous assignent une place, les moments où vous pouvez la quitter, ceux où vous devez ouvrir un livre, prendre un crayon… et même ceux où vous devez aller faire pipi !
    […]
    Et chacun va en prendre pour une quinzaine d’années. Une quinzaine d’années où pour la plupart l’essentiel sera résumé à « attendre ». Attendre l’ordre qui dira ce qu’il faut faire ou ne pas faire, attendre une récré (ou la craindre), attendre l’heure de la sortie, attendre… la libération de l’école pour tenter d’être et de vivre.
    […]
    Il est effrayant et cela devrait effrayer : près de soixante-dix ans après, dans ce que me raconte mon fils au collège et ce que je peux en savoir, je peux me revoir tel je l’étais dans le cours complémentaire, tel dans ce qu’on me faisait faire ou subir, jusqu’à la place qu’on me faisait occuper ! Rien, strictement rien n’a changé y compris dans l’organisation, y compris dans les comportements des enseignants et par voie de conséquence des élèves. Les cahiers sont passés au format A4, des matières ont changé de nom (on ne fait plus de la science mais des SVT !), il faut acheter une calculette (dont il ne faut pas se servir en dehors d’exercices spécifiques), la liste des fournitures s’allonge ce d’autant qu’elles ne sont plus… fournies, il vaut mieux avoir un ordinateur à la maison,… rien d’autre.

    Ce qui est effrayant, c’est que presque personne, pas plus les enseignants que les parents, ne se rend compte que rien n’a changé. Pire, certains se font même croire que cela a trop changé ! Les mêmes polémiques sur les méthodes perdurent tout en restant soigneusement des polémiques, les grands discours ministériels se reproduisent, les « experts » continuent de s’empoigner sur les médias, tout doit changer, va changer… à condition que rien ne change.

    #éducation #système_scolaire #tout_change_rien_ne_change #c'est_la_rentrée

  • L’égalité toujours au ban de l’école (Libération)
    http://www.liberation.fr/societe/2014/07/08/l-egalite-toujours-au-ban-de-l-ecole_1060032

    Inégalités territoriales, entre établissements, entre classes, absence de mixité sociale, ségrégation scolaire... L’école de la République n’est plus la même pour tous.

    #éducation #école #inégalités #système_scolaire #inégalités_territoriales #mixité_sociale #ségrégation #déterminisme_social

  • Sur la Réforme de l’Enseignement (Lou Mestre d’Escolo, octobre 1944)
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32815350t/date

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8841902/f1.highres

    « Bien qu’elle ait beaucoup servi dans certains programmes électoraux, l’École Unique n’a pas été mise en pratique en France. Ce qui a été réalisé, ce sont des réformes de détail […]. La réforme avait de l’importance - une importance à la fois symbolique et pratique - pour la masse des petites gens, pour les classes moyennes de la ville. Pour la classe ouvrière, pour les paysans pauvres, il aurait fallu bien autre chose […]. D’autres corrections partielles atténuaient, sur tel ou tel point particulièrement sensible, le caractère de privilège et d’inégalité inhérent à maints points du système d’enseignement public. […] Mais il n’en reste pas moins que […] la structure fondamentale de l’enseignement français demeurait en place : sauf la correction d’un modeste système de bourse, la sélection des élèves admis aux écoles secondaires continuait à être pure affaire d’argent. Aptitude à étudier et possibilité d’étudier ne coïncidaient pas toujours. »
    « Un élève entré à 11 ans au lycée pouvait parcourir le cycle d’enseignement le plus long et le plus difficile, passer successivement le baccalauréat, une licence, une agrégation, sans recevoir absolument aucune vue tant soit peu approfondie sur l’histoire du travail et de l’organisation économique de son peuple ou sur les bases juridiques et sociales de la cité. Encore moins était-il question bien entendu, de lui donner une initiation aux gestes les plus généraux de l’activité manuelle et à la vie de l’homme de métier, ou un aperçu des notions fondamentales de technologie. Sauf quelques enseignements fragmentaires qu’il pouvait tirer successivement de l’histoire politique, de la géographie et de la littérature, rien ne préparait le lycéen au contact concret avec la société précise dans l’élite de laquelle il était censé entrer […] »
    « Les méthodes actives ne trouvaient pas d’emploi étendu […]. Une importance exagérée était fréquemment accordée, à tous les degrés de l’enseignement, aux examens et à leur préparation, aux compositions, aux manuels et aux cours dictés, à la pédagogie livresque. »
    « Ce qui se faisait dans un sens réformateur était le plus souvent dû à l’initiative privée : c’était l’œuvre des maîtres eux-mêmes (ou de leurs associations), et cette œuvre, loin d’être toujours soutenue par les pouvoirs publics, était à l’occasion combattue par eux. »

    #éducation #réforme_de_l'enseignement #histoire_de_l'éducation #inégalités #système_scolaire #méthodes_actives

  • Le niveau scolaire des Français en 1913 : loin du mythe de l’âge d’or
    http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-momiron/090813/le-niveau-scolaire-des-francais-en-1913-loin-du-mythe-de-l-age-d-or

    « Il faudrait en finir avec le mythe d’une école où régnait l’ordre et le silence, où les élèves apprenaient tous à lire, à écrire et à compter, et où ils connaissaient les grandes dates de l’histoire de France, les départements avec leur préfecture et leurs sous-préfectures, et les fleuves avec leurs affluents. »

    […]

    Si des progrès considérables avaient été engagés, puisque moins de 5 % des conscrits ne savaient ni lire ni écrire, le certificat d’études ne concernait en réalité que les bons élèves, les seuls que les instituteurs présentaient à l’examen. Et donc on ne comptait qu’un tiers d’une classe d’âge titulaire du certificat d’études. Un diplôme qui, s’il garantissait des apprentissages solides en lecture, écriture, orthographe et calcul, se contentait aussi de connaissances très minces en sciences, en histoire et en géographie, comme le montre l’observation des copies des lauréats. Mais surtout, le sort des autres élèves ne constituait pas une préoccupation pour la société, société pour laquelle il était évident que tous les élèves ne pouvaient réussir. Aucun inspecteur n’aurait reproché à un maître d’avoir de grands élèves juste capables d’ânonner, car l’existence de cancres faisait partie de la normalité. Leur échec n’inquiétait personne puisque la société leur permettait tout de même de se trouver une place. Le rôle du maître, tel que chacun le concevait, était de faire réussir les bons élèves au certificat d’études.

    Et le baccalauréat ? Eh bien, en 1913, un peu moins de 8 000 lycéens l’ont obtenu cette année-là. […] Le diplôme sanctionnait un niveau de culture humaniste sans utilité immédiate. Il était l’apanage de l’élite sociale, c’est-à-dire de la bourgeoisie. Être bachelier suffisait à distinguer les jeunes bourgeois dont beaucoup arrêtaient là leurs études sans que cela ne leur nuise pour faire une belle carrière. Et donc une minorité de bacheliers s’engageait dans des études supérieures (41 000 étudiants en 1913, contre 2 millions aujourd’hui). […] Mais cette minorité ne suffisait pas aux besoins en travailleurs très qualifiés de l’économie. L’enseignement primaire supérieur et l’enseignement pratique (écoles des arts et métiers) complétaient ces besoins avec les titulaires du brevet supérieur (pratiquement au niveau du bac) et les diplômes d’écoles professionnelles ou des écoles pratiques du commerce et de l’industrie. […]

    Ces réalités méritent d’être diffusées de nos jours, tandis que les médias et le grand public se complaisent dans un discours désespérant sur l’état actuel du niveau d’étude des Français.

    #éducation #histoire_de_l'éducation #système_scolaire #diplôme