#taudis

  • Evadé de l’enfer !

    ‘’Halte !’’ Une voix sortie de nulle part dans l‘obscurité de la mer, nous ordonne de nous arrêter. C’est parti pour un deuxième emprisonnement.
    Pourtant, je croyais avoir fini avec les mauvaises surprises et que l’Eldorado me souriait enfin sur les rives libyennes ; point de départ d’un avenir meilleur.
    Hélas ! Non ! Entre #abus_financiers au niveau des postes de contrôle, #séquestrations, #rapts et #raquettes des passeurs et des groupuscules armés, #rétention et #refoulement des migrants, la migration est un véritable #parcours_de_combattants.
    Je m’appelle S. Zoumana, je suis malien issu d’une famille de trois enfants dont je suis le seul garçon. J’ai 18 ans. Il y’a deux ans, j’ai fait le vent du désert sans m’y être préparé.
    En Libye, dans une geôle de centaines de personnes, toutes nationalités africaines confondues, je vois mon #rêve se brisait ; un Paradis perdu. Quatre mois dans ce #taudis, nous sommes nourris qu’une seule fois par jour et dans une insalubre promiscuité, ont suffi pour attraper cette maladie qui me ronge à petit feu et que je combatte chaque jour.
    Nous devions nous évader de cet endroit et quand plus tard, enfin je décidais de rentrer à la maison, le chemin de retour semblait infernal. C’est à la fois aussi indigne que la montée. En voulant juste traverser la zone algérienne pour le #Mali, nous sommes interpellés, persécutés et livrés par la Police algérienne dans les profondeurs du #désert sans aide humanitaire. Dans ces lots de migrants refoulés y regroupent des femmes enceintes, des enfants, des malades physiques et mentaux. Tous à la merci des rebelles sans cœur qui ont barricadé la route avec de nombreuses postes de transit où l’argent, les portables et même les habits sont monnaie de passage. J’étais vraiment mal en point et je ne croyais pas tenir bon jusqu’à Gao.
    Une fois à la Maison du migrant, je fus administré à l’hôpital. Cela fait plus d’un mois que mon corps est persécuté par les aiguilles de piqûres, de transfusion ou de perfusion. Entre multiples analyses, le médecin soupçonne tantôt une #tuberculose dont les tests de crachats démontent, tantôt une #anémie. En vingt jours, j’ai fondu de 10kg. Pour autant les repas sont riches et variés, pour autant la #maladie gagne du terrain. Je perds espoir !
    Par le biais du centre, j’ai pu entrer en contact avec mon père, lui médecin à l’hôpital à Bamako. En commun accord avec le médecin chef de l’hôpital et du CICR, il a sollicité mon #évacuation sur #Bamako, afin que je puisse bénéficier d’un bon suivi médical et du soutien familial. Hélas le périple continue. A ma grande surprise, j’apprends que le CICR ne déploie leur vol sur Bamako que pour des blessés de guerre et vu les conditions d’insécurité l’hôpital ne compte pas mettre en route leur dernière ambulance. Dès lors, avec la dégradation de la route et l’insécurité sur l’axe #Gao-Bamako qui ont occasionné un détour par #Niamey#Ouagadougou#Bamako, la #Maison_du_migrant prévoit au cours de la semaine, avec le suivi d’un médecin de l’hôpital mettre en disposition un véhicule pour mon voyage. Je prie le Bon Dieu que mon corps puisse résister le trajet et qu’enfin je puisse me rétablir à côté de mes aimés.
    Si par malchance tu viens d’un pays où les questions primaires de #santé et d’#éducation sont mal évaluées par les décideurs comment voudriez-vous que l’immigration s’arrête ?
    Comment pouvons-nous ne pas aspirer à une meilleure vie où les conditions d’un avenir meilleur seront garanties ?
    Telles sont les questions que je me pose sur mon lit de souffrance après deux ans de combat.

    S. Zoumana

    #récit #parcours_migratoire #itinéraire_migratoire #migrations #asile #réfugiés #migrants_maliens #Libye #Algérie #santé

    Reçu via la mailing-list de Migreurop, le 24 juillet 2018. Envoyé par Eric Alain Kamdem de la Maison du migrant de Gao.

    @sinehebdo, voici un autre #mot
    « j’ai fait le vent du désert sans m’y être préparé. »
    –-> #faire_le_vent_du_désert
    #terminologie #vocabulaire


  • Le bailleur très social de la MEL expulse ses syndicalistes Par Elsa Sabado - 4 mai 2018 - Mediacites
    https://www.mediacites.fr/lille/enquete-lille/2018/05/04/le-bailleur-tres-social-de-la-mel-expulse-ses-syndicalistes

    Soliha, l’association qui loge les familles les plus pauvres de la métropole lilloise, mène une restructuration à la hache après avoir frôlé la faillite. Des élus du personnel figurent en bonne place dans les plans sociaux. Une plainte pour discrimination syndicale est sur le point d’être déposée.

    Où est passée la quinzaine d’élus syndicaux de Soliha présents autour de la table lors de la négociation du PSE de 2015 ? » Stéphane Ducrocq, avocat en droit social au barreau de Lille, fait mine de s’interroger. Mais c’est pour donner aussitôt la réponse : « Aujourd’hui, il en reste deux, dont l’une est sous le coup d’une menace de licenciement. En vingt ans de métier, c’est la première fois que je vois cela, c’est un record absolu. » Il s’apprête d’ailleurs à déposer une plainte pour discrimination syndicale dans les prochains jours. Depuis 2013, les dossiers de salariés de l’association s’entassent sur son bureau.


    Pendant très longtemps, ils sont venus travailler au « PACT » (propagande et action contre les taudis), l’ancien nom de Soliha, par conviction, voire par militantisme. Le PACT réhabilite l’habitat dégradé et y loge la population trop pauvre pour prétendre aux HLM. Dans le Nord, c’est un grand patron du textile, Ignace Mulliez, qui en est à l’origine, au sortir de la seconde guerre mondiale. « L’association, qui permettait au départ à la grande bourgeoisie lilloise d’encadrer le sous-prolétariat, est peu à peu devenue un opérateur de politiques publiques, désormais aux mains de la Métropole. C’est le dernier filet de sécurité avant la rue ou l’hébergement d’urgence », explique Antonio Delfini, sociologue spécialiste des questions urbaines dans l’agglomération lilloise. Il y a des équipes techniques qui rénovent le bâti, et des travailleurs sociaux qui dépatouillent les situations des ménages. ».

    « Soliha, ce n’est pas n’importe quelle association, c’est un acteur principal de la politique de logement de notre Métropole »
    Les taudis sont préemptés par les mairies de la MEL qui les transmettent au PACT afin qu’il les restaure. A son apogée, le PACT Métropole Nord possédera jusqu’à 4200 logements. Soit la moitié du patrimoine de la fédération de tous les PACT de France ! Des maisons ou des appartements financés à 100 % par l’argent public, qu’il s’agisse de ventes à l’euro symbolique, de subventions ou d’aides à la pierre. « Soliha Métropole Nord, ce n’est pas n’importe quelle association et dans la politique de logement de notre Métropole, c’est un acteur principal. L’ensemble de nos villes ont utilisé, utilisent, ou utiliseront les services de cette association qui s’adresse aux familles les plus en difficulté et qui les aide à trouver un logement décent », déclamait Max-André Pick, élu LR de Roubaix lors d’une discussion à la MEL le 24 juin 2016. Pour accomplir sa mission, l’association a employé jusqu’à 280 personnes. Mais des années de graves difficultés financières ont ramené les effectifs à 228 salariés en 2016.

    Le profil très fragile des locataires de Soliha, ex Pact Métropole Nord (PMN)
    Depuis le 15 décembre 2017, il faut soustraire deux personnes de plus, deux employées du service comptable depuis respectivement 12 et 29 ans. Elles ont la surprise, ce matin là, de voir arriver dans leur bureau Dany Colomb, la DRH de l’association. Celle-ci leur demande de réunir leurs affaires et de la suivre dans son bureau. Elles en ressortiront mises à pied à titre conservatoire avant un entretien en vue de leur licenciement pour faute grave, encadrées et raccompagnés jusqu’à la sortie par trois membres de la direction. « J’avais l’impression d’être une terroriste. J’étais dans l’incompréhension totale, raconte l’une des deux licenciées. Et les collègues, pareil. Ils pensaient que la direction allait tomber d . . . . .

    La suite est payante.

    #Lille #logement #PACT #Soliha #HLM #Ignace_Mulliez #MEL #taudis #associations #licenciements


  • Logement. Le surpeuplement, un mal en pleine expansion | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/logement-le-surpeuplement-un-mal-en-pleine-expansion-649535#comment-117555

    « Six personnes tassées comme ça dans un deux-pièces, c’est insupportable  !  » lance monsieur Baalouche. Depuis plus de vingt ans, il vit dans ce 43 m2 de l’Est parisien avec sa femme et ses quatre enfants. «  Au début, ça allait, mais les enfants ont grandi. Trois sont maintenant adolescents, et c’est devenu très compliqué  », renchérit sa femme, une petite dame frêle au visage barré par d’énormes cernes. Chaque geste est contraint. Impossible, par exemple, de prendre un repas familial tous ensemble. Il n’y a pas assez de place dans le salon, encombré par deux lits posés perpendiculairement le long des murs. Une petite table ronde est poussée contre le mur. La vie à l’étroit est faite de rangements et de dérangements quotidiens  : chaque soir, il faut réinstaller sur le sol les deux matelas. Chaque matin, «  je suis obligée pour habiller la petite de mettre toutes ses affaires par terre, parce que les habits sont entassés dans un tout petit espace  », explique madame Baalouche. Tout est sujet à tension  : l’accès à la salle de bains, où se trouve aussi l’unique toilette, les rythmes de sommeil différents entre les générations qui dorment dans chaque pièce, les désaccords sur l’heure à laquelle il faut éteindre la télé, le bruit, l’espace pour les devoirs… «  On ne se supporte plus tellement on est serrés  », résume madame Baalouche.

    Cette famille n’est pas un cas isolé. Entre 2006 et 2013, le nombre de ménages en surpeuplement «  modéré  » (1) a augmenté de 11,5 %, souligne la Fondation Abbé-Pierre (FAP), qui met l’accent sur la problématique dans son 23e rapport annuel publié aujourd’hui. Le surpeuplement accentué – à partir de deux pièces en moins que la norme – a, lui, connu une hausse de 17,2 %. Au total, 2,7 millions de ménages sont concernés, selon l’enquête logement 2013 de l’Insee. Près d’un million d’entre eux sont dans le parc locatif privé. Mais, aucun secteur n’est épargné. En HLM, 16,8 % des ménages (776 000) vivent une situation de surpeuplement. Même des propriétaires sont touchés, le plus souvent parce qu’ils se retrouvent bloqués dans un logement devenu trop petit après la naissance des enfants. Proportionnellement, les personnes «  aux portes du logement  » (hôtels, sous-locations, marchands de sommeil) sont les plus affectées, puisque 52 % d’entre elles vivent en situation de surpeuplement (+48 % entre 2006 et 2013 et +77 % pour le surpeuplement accentué).

    Ce «  retour du surpeuplement  » est alimenté par des évolutions lourdes de la société, souligne la FAP  : précarisation des ménages face à l’explosion des prix de l’immobilier, augmentation des familles monoparentales ou recomposées et, enfin, «  crise des politiques d’accueil  » des étrangers, dont 29 % sont affectés par le surpeuplement, contre 7 % pour le reste de la population. Le caractère durable de ces évolutions conduit la FAP à souligner que, loin d’être «  le résidu d’une période révolue  », le surpeuplement est «  un phénomène en expansion, qui pourrait continuer à se développer dans l’avenir  ».
    L’espace, c’est la base de la vie

    «  On n’arrive pas à s’arranger du surpeuplement, c’est une bataille du quotidien, ça prend les gens à la gorge  », a souligné Manuel Domergue, directeur des études de la FAP. Mal étudié et souvent minoré en France, le surpeuplement a un impact durable sur la vie des familles et le parcours de leurs enfants. «  À cause de ce logement, toute la famille est détruite  », analyse monsieur Baalouche. L’appartement est comme une Cocotte-Minute, en permanence au bord de l’explosion. Privés de toute intimité, les deux grands (21 et 22 ans) sont en conflit constant avec les autres. «  Dieu merci, pour le moment, on n’en est jamais venu aux mains, mais les mots, ça, oui  !  » confie la mère, qui hésite à quitter le domicile tellement elle craint l’irruption de violence. Cette tension est alimentée par le manque de sommeil. Quand ils rentrent le soir, les deux garçons, qui travaillent parfois comme chauffeurs chez Uber, allument la lumière et réveillent tout le monde, générant de nouvelles tensions. «  Vous avez vu mes cernes. Je ne dors pas plus de quelques heures par nuit  !  » lance la mère, qui partage la chambre du fond avec ses deux filles.

    Une quinte de toux éclate dans l’appartement. C’est Yasmine, la petite dernière, âgée de 9 ans. «  Avec la poussière et l’humidité, elle est devenue allergique  », explique sa mère. C’est le cas aussi de l’aîné des fils, malade depuis des années. Le surpeuplement a accéléré la dégradation du logement, situé dans une copropriété privée datant des années 1970-1980 et peu rénovée. Le père montre les fenêtres qui ne ferment pas, sur lesquelles le moisi s’est accumulé. Entassés dans un unique placard, les habits de la famille sentent l’humidité et la poussière. «  D’une manière générale, observe la FAP, la dégradation du logement, aggravée par le phénomène de suroccupation, accentue les problèmes de santé.  »

    La fille aînée des Baalouche est en dépression. Incapable de réviser dans cet environnement exigu, elle a raté son bac l’année dernière et semble depuis plongée dans la stupeur. «  Même dans son corps, pour se faire belle ou se laver, elle a abandonné  », se désole sa mère. «  En l’absence d’un espace ‘‘à soi’’ permettant de s’isoler et de se ressourcer, le bien-être des membres du ménage se trouve mis à mal  », observe la FAP, qui souligne à quel point la suroccupation met à mal le droit à l’intimité. C’est d’autant plus vrai pour des adolescents dont «  la construction d’un univers à soi est primordiale  ». L’impossibilité d’amener des amis dans un logement trop petit, dont on a honte, a aussi des conséquences sur la capacité à mener une vie sociale normale.

    Pour ceux qui y grandissent, le surpeuplement est «  une cicatrice à vie  », souligne la FAP. Depuis le développement psychomoteur freiné dans la petite enfance faute d’espaces sécurisés, jusqu’aux difficultés de concentration, en passant par la dégradation des liens interfamiliaux, ces jeunes cumulent les handicaps. L’impact sur leur scolarité est évident. Ils ont 40 % plus de risques que les autres d’accuser une année de retard entre 11 et 15 ans, selon une étude de l’OFCE citée par la FAP. In fine, «  le surpeuplement peut avoir un impact à terme sur l’insertion professionnelle des jeunes  ».

    Avec son arthrose carabinée qui l’empêche de travailler et ses 1 600 euros mensuels d’allocations diverses, monsieur Baalouche a des revenus insuffisants pour accéder à un F4, même dans le secteur social. Malgré une demande de logement datant de vingt-trois ans et l’obtention en 2011 du statut de prioritaire au titre du logement opposable (Dalo), il est bloqué avec sa famille dans son appartement vétuste et trop petit. En colère, il sait que cette situation impacte toute sa vie. «  Pour moi, explique-t-il, l’espace, c’est la base de la vie. Quand on a un grand espace, qu’on est tranquille dans le cerveau, on peut réussir.  »
    (1) auxquels il manque une pièce par rapport à la norme d’une pièce de séjour par ménage, d’une chambre par couple, et d’une chambre pour deux enfants à condition qu’ils aient moins de 7 ans ou soient de même sexe.
    Camille Bauer
    Journaliste rubrique Société

    #logement #sur-occupation (plutôt que surpeuplement) #relégation

    • #vocabulaire c’est intéressant surpeuplement comme terme (que je découvre). Mais comme sur-occupation, le terme sous entends quelque chose qui me dérange, qui renvoit d’une certaine manière à une responsabilité individuelle. Comment disait-on avant ? Appartements trop petits ? Chambres de bonnes ? Galetas ? Taudis ?

    • Oui, en fin de compte, je voulais surtout marquer le fait que le terme « surpeuplement » renvoyait à un concept de « surpopulation », ce concept savamment distillé il y a peu par tous les médias aux ordres pour nous faire réagir que, et bien ... il y avait beaucoup trop de « monde » sur cette pauvre planète et que ... ben ... s’il y en avait qui passait l’arme à gauche ...euh ... ceux qui restent s’en porteraient pas plus mal.
      Il y aurait bien un terme plus approprié pour ce genre de faits, c’est « mal-logement » (mais là aussi, on marche dans les plates-bandes administrativo-médiatiques et ça sent pas forcément la rose). Alors pourquoi pas « pauvreté » ou « précarité » ou « logement-de-merde ». Finalement #taudis c’est pas mal.