• Libye : plus de 650 migrants bénéficient d’un « retour volontaire » pour rentrer dans leur pays - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72073/libye--plus-de-650-migrants-beneficient-dun-retour-volontaire-pour-ren

    Entre le 12 et le 22 juin 2026, un total de 687 migrants sont rentrés au Mali, au Nigeria et au Tchad depuis la Libye, a annoncé l’Organisation internationale des migrations (OIM).
    L’Organisation internationale des migrations (OIM) a aidé au rapatriement de 687 migrants via quatre vols depuis la Libye vers le Tchad, le Mali et le Nigeria ces derniers jours - entre le 12 et le 22 juin 2026.
    Dans le détail, un groupe de 162 ressortissants tchadiens a regagné N’Djamena, le 23 juin 2026, dans le cadre d’une opération de « retour volontaire » depuis Benghazi, en Libye, selon la presse tchadienne. L’opération a été coordonnée par le gouvernement tchadien, via le consulat général du Tchad à Benghazi, en partenariat avec l’OIM.
    Début juin, d’autres vols avaient déjà décollé de Libye pour rapatrier 150 Gambiens et 182 Nigérians. « Un soutien médical et en matière de protection a permis d’assurer un voyage sûr et digne pour tous les bénéficiaires. Merci au soutien de l’UE », avait tweeté l’OIM.
    Ces opérations de « retours volontaires » témoignent de la dureté de la vie en Libye pour les migrants. Dans ce pays de transit pour les exilés tentant de rejoindre l’Europe, les conditions de vie sont extrêmement difficiles.Le nombre de rapatriements effectués depuis la Libye ces dernières années témoigne de cet « enfer libyen ». Entre le lancement du programme d’aide au « retour volontaire » (VHR) de l’OIM en 2015 et juin 2025, plus de 100 000 migrants en Libye ont regagné leur pays en Afrique et Asie. En effet, passeurs et trafiquants ont profité du climat d’instabilité qui règne dans le pays depuis la chute et mort de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi en 2011 pour développer des réseaux mafieux autour de la traite d’êtres humains.
    Depuis le début du mois de juin, la situation a empiré. Les Africains subsahariens en Libye se disent victimes d’une véritable « chasse aux migrants » dans le pays. Des rafles sont organisées dans les quartiers qu’ils fréquentent à Tripoli, la capitale, mais aussi dans les autres villes de l’ouest, à Zouara, Sabratha ou encore Zaouïa."Toutes les municipalités sont touchées, les petites comme les grandes", affirme à InfoMigrants une source humanitaire. « Il y a une véritable chasse aux Noirs en ce moment en Libye. Les policiers, lourdement armés, bouclent la zone avec leurs véhicules blindés. Ils défoncent les portes des maisons et arrêtent les Noirs. On ne peut pas s’échapper car lors de ces opérations, les agents de l’immigration quadrillent les environs », raconte Ibrahim, un Guinéen de 24 ans, terrifié, avec qui InfoMigrants est en contact depuis plusieurs années.
    La majorité des migrants subsahariens jetés arbitrairement en prison sont aux mains de ces trafiquants et victimes d’extorsions. Les geôliers les torturent, les filment et envoient les vidéos à leurs familles pour demander des rançons. De nombreux migrants meurent aussi en détention, faute de famille et d’argent.
    Depuis de nombreuses années, la rédaction d’InfoMigrants et de nombreuses ONG et institutions témoignent de la violence subie par les exilés dans cet État d’Afrique du Nord. « Nous étions tous enfermés, il y avait des jeunes comme moi, mais aussi des personnes âgées, ils ne nous donnaient pas à manger et ils nous frappaient. Ils nous ont demandé le numéro de téléphone de nos familles et ont passé des appels vidéo pour leur demander de l’argent pendant qu’ils nous frappaient », témoignait un Bangladais interrogé par InfoMigrants en août 2025.D’après les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en 2025, plus de 800 000 migrants se trouvent actuellement en Libye. Les Subsahariens sont parmi les plus nombreux dans les rangs de ces migrants qui se rendent dans le pays pour tenter ensuite de rejoindre l’Europe en traversant la mer Méditerranée. La Libye, situé à environ 300 km des côtes italiennes, est l’un des principaux points de départ en Afrique du Nord pour les migrants, en majorité provenant d’Afrique subsaharienne, qui tentent la traversée au péril de leur vie. Plus de 1 300 migrants sont morts en Méditerranée centrale en 2025, selon l’OIM.

    #Covid-19#migration#migrant#libye#mali#nigeria#tchad#retourvolontaire#OIM#sante#droit#violenceroutemigratoire#migrationirreguliere

  • Tchad : un million de réfugiés soudanais menacés par des coupes d’aide potentiellement mortelles

    Plus d’un million de réfugiés soudanais au Tchad font face à des réductions immédiates et potentiellement mortelles de l’aide en alimentation, en eau, en abris, en protection et en soins de santé, ont alerté jeudi des agences onusiennes, alors que le conflit au Soudan entre dans sa troisième année.

    Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM) préviennent qu’ils disposent de moins de la moitié des ressources nécessaires pour répondre aux besoins, compromettant déjà l’accès à l’aide vitale.

    « L’aide essentielle aux réfugiés au Tchad sera encore réduite dans les mois à venir, à moins qu’un déficit de financement de 428 millions de dollars — 289 millions pour le HCR et 139 millions pour le PAM — ne soit comblé », ont averti le HCR et le PAM.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/10/28/tchad-la-repression-systematique-des-manifestations-contre-la-prolongation-de-la-periode-de-transition-doit-immediatement-cesser/#comment-73334

    #tchad #soudan

  • Tchad : Une modification constitutionnelle menace l’état de droit et la démocratie

    La suppression de la limitation du nombre de mandats risque de prolonger indéfiniment le maintien au pouvoir du président et de mettre les droits davantage en danger

    (Nairobi) – La nouvelle révision de la constitution du Tchad abolissant la limitation du nombre de mandats présidentiels constitue un grave recul pour l’état de droit et la démocratie, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette modification ouvre la voie à un maintien indéfini au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby, affaiblissant encore davantage les perspectives d’un changement démocratique significatif du gouvernement, de manière conforme aux normes internationales, notamment en matière de droit de vote et de participation politique.

    « En supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels, les autorités tchadiennes ont démantelé un garde-fou important contre l’autoritarisme », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Au lieu de renforcer les normes démocratiques qui permettent une concurrence politique dans le cadre d’élections périodiques, libres et équitables, le gouvernement a consolidé les bases d’un régime dominé par un seul homme. »

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/10/28/tchad-la-repression-systematique-des-manifestations-contre-la-prolongation-de-la-periode-de-transition-doit-immediatement-cesser/#comment-69632

    #international #tchad

  • #Pastoralism is facing existential threat in #West_Africa - ScienceDirect
    https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0962629825000952

    #Political_Geography
    Volume 121, August 2025, 103363
    Political Geography
    Guest editorial
    Pastoralism is facing existential threat in West Africa
    Olivier J. Walther, Lacey Harris-Coble, Leif Brottem, Mirjam de Bruijn, Han van Dijk, Cletus F. Nwankwo, Adegbola T. Adesogan

    https://doi.org/10.1016/j.polgeo.2025.103363

    In March 2025, pro-government militias killed more than 130 Fulani pastoralists in the western Boucle du Mouhoun region of Burkina Faso, according to Human Rights Watch (HRW, 2025). This attack against unarmed civilians is far from an isolated incident in West Africa. It reflects a larger and disturbing trend in the region, where pastoralists are routinely accused of siding with violent extremist organizations affiliated with Al Qaeda and the Islamic State, and targeted by government forces and their allied militias.
    The increased frequency of such massacres is but one of the many threats facing pastoralism, a vital sector of the West African economy that contributes to the livelihoods of an estimated 25 million people in the Sahel and outskirts of the Sahara. From Senegal to Chad, pastoralists supply meat and dairy products to a rapidly growing population. Beyond the economic sphere, pastoralism is a cultural system in which animals are regarded as a source of social standing. Fulani, Tuareg, Moore and Tubu pastoralists are the carriers of unique conflict resolution mechanisms, knowledge of production systems, religious networks, political organizations, and gender roles.
    While they remain crucially important to West African #societies, these #pastoral_systems have experienced major crises since the second half of the 20th century. In the 1970s and 1980s, the great #Sahelian #droughts decimated livestock and led pastoral populations to adopt other modes of subsistence based on mobility, such as trade, tourism, and war. A new form of pastoralism emerged, managed by absentee owners, #neo-pastoralists, politicians, and businessmen, who abandoned the traditional equilibrium based on ecological complementarities. More than a result of climatic conditions, these changes were encouraged by state policies implemented to control the movements of populations deemed too politically independent (Walther & Retaillé, 2021). #Sedentarization, intensification, and privatization policies were also widely supported by international donors, despite a history of failure in the region and the reluctance of the pastoralists themselves to change their way of life.

    Je peux fournir le PDF si besoin !

    • Au #Tchad, la justice menace de poursuites les journalistes enquêtant sur un massacre d’#éleveurs
      https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/06/16/au-tchad-la-justice-menace-de-poursuites-les-journalistes-enquetant-sur-un-m

      Le procureur de la République de N’Djamena a menacé de poursuites judiciaires, samedi 14 juin, les journalistes ou acteurs de la société civile qui se rendent à Mandakao (sud-ouest du Tchad), sur les lieux d’un massacre commis en mai et visant des éleveurs locaux.

      Selon les autorités, 42 personnes ont péri dans cette tuerie. Les victimes sont des éleveurs peuls dont majoritairement des femmes et des enfants, selon des sources locales. « Certains journalistes et membres des sociétés civiles se permettent de se rendre, de leur propre initiative, à Mandakao (…) pour interroger certains habitants de ce village », a écrit le procureur Oumar Mahamat Kedelaye dans un communiqué parvenu à l’Agence France-Presse (AFP) dans la nuit de samedi à dimanche.

      Le 21 mai, l’opposant tchadien et ancien premier ministre, Succès Masra, avait été placé en détention provisoire sur des accusations « d’incitation à la haine » à la suite du massacre de Mandakao. Le chef du parti Les Transformateurs, candidat malheureux à la présidentielle de 2024, avait été arrêté cinq jours plus tôt à N’Djamena.

      « Compte tenu de la sensibilité de l’affaire, toute autre démarche parallèle [à la justice] est susceptible de constituer un empiétement sur les fonctions judiciaires », écrit le procureur dans son communiqué, ce qui selon lui pourrait entraîner des « poursuites judiciaires ».

  • Libye : plus de 300 Subsahariens bénéficient d’un retour volontaire vers le Tchad et le Mali depuis la ville de Sebha - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/64869/libye--plus-de-300-subsahariens-beneficient-dun-retour-volontaire-vers

    Libye : plus de 300 Subsahariens bénéficient d’un retour volontaire vers le Tchad et le Mali depuis la ville de Sebha
    Par Julia Dumont Publié le : 30/05/2025
    Les 26 et 28 mai, deux vols de l’OIM ont permis à 134 Maliens et 169 Tchadiens de rentrer dans leur pays respectifs depuis la ville de Sebha, dans le centre de la Libye. De plus en plus d’exilés demandent cette solution de retour pour fuir les conditions de vie extrêmement difficiles que connaissent les Subsahariens en Libye.
    Selon le ministère libyen des Affaires étrangères, c’est la première fois depuis 15 ans qu’un vol de retour volontaire quittait l’aéroport de Sebha, dans le centre du pays. Mercredi 28 mai, 169 migrants tchadiens ont pu retourner dans leur pays d’origine grâce à un vol organisé par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en collaboration avec les autorités libyennes et tchadiennes, selon l’ambassade du Tchad en Libye.
    « Cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts conjoints visant à protéger nos concitoyens et à assurer leur retour en toute sécurité, en réponse aux conditions difficiles rencontrées par certains membres de la communauté tchadienne dans le sud libyen », a indiqué l’ambassade du Tchad en Libye sur son compte Facebook.
    Deux jours plus tôt, le 26 mai, 134 migrants maliens avaient déjà quitté la ville de Sebha par un vol de retour volontaire de l’OIM à destination de Bamako.
    Ville du centre de la Libye, Sebha est l’un des principaux carrefours migratoires de la région. La plupart des Subsahariens qui quittent leur pays dans l’espoir d’atteindre les côtes libyennes puis l’Europe transitent par cette ville. Mais Sebha est aussi une ville très dangereuse pour ces exilés. C’est notamment dans cette ville qu’une journaliste américaine de la chaîne de télévision CNN avait réussi à filmer un marché aux esclaves en 2017. La rédaction d’InfoMigrants a déjà reçu de nombreux témoignages de migrants racontant avoir été détenus, torturés et parfois revendus dans cette ville, par des trafiquants d’êtres humains. En 2017, Issa, 16 ans, nous avait raconté sa détention dans une prison clandestine de Sebha.
    Privés de nourriture, de médicaments, d’eau, contraints au silence, les exilés détenus dans ces centres meurent par dizaine. « Il faut être en bonne santé. Les gens qui y entrent malades meurent en moins d’une semaine… », avait raconté Issa, qui ne pesait plus que 45kg après un mois de détention. Autre signe de ces conditions de vie inhumaines infligées aux migrants dans la région : en mars 2024, 65 corps de migrants ont été découverts dans une fosse commune située en plein désert, entre Sebha et Tripoli. En février dernier, de nouvelles fosses communes contenant des corps de migrants ont été exhumées dans le désert libyen. Selon les autorités libyennes, il s’agirait de migrants exécutés par des trafiquants d’être humains dans la région de Kufra.
    En mer Méditerranée, au large des côtes de Tripoli, le sort des migrants n’est pas plus enviable. Lorsqu’ils sont arrêtés par les gardes-côtes libyens, les exilés sont presqu’automatiquement envoyés dans des centres de détention où les exactions sont légion.
    Face à ces conditions de vie et aux difficultés pour atteindre les côtes européennes par la mer, de plus en plus de migrants subsahariens se résignent donc à demander un retour volontaire. En collaboration étroite avec le gouvernement libyen, l’OIM organise alors des vols de retour vers les pays d’origine des exilés.
    Ainsi, le 8 avril déjà 172 migrants tchadiens avaient pu rejoindre N’Djamena depuis Tripoli. En tout, depuis 2023, plus de 4 000 Tchadiens sont rentrés dans leur pays par les retours volontaires de l’OIM, selon le directeur général de l’administration des Tchadiens de l’étranger Mbodou Seïd. Au total, depuis 2015, quelque 98 000 migrants ont bénéficié d’un retour volontaire vers leur pays d’origine, selon le bureau de l’OIM en Libye.
    La Tunisie, pays voisin de la Libye, souhaite, elle aussi, développer les vols de retours volontaires pour les migrants vivant dans le pays. Pour le seul mois d’avril, 1 009 personnes sont rentrées dans leur pays d’origine depuis la Tunisie via ce dispositif. Ces retours volontaires sont critiqués par les défenseurs des droits humains qui plaident que les exilés subissant des conditions de vie inhumaines en Tunisiene sont pas en mesure de choisir réellement de rentrer dans leur pays. Ils y sont contraints par la force des choses. En 2024, un nombre record d’exilés étaient déjà retournés chez eux via l’OIM : 7 250 personnes contre 2 250 en 2023. Les retours au pays doivent par ailleurs être fortement accompagnés pour que les personnes retournées ne se retrouvent pas marginalisées au sein de leur communauté. Certains exilés rentrent dans leur pays traumatisés et peinent à se réinsérer.

    #Covid-19#migrant#migration#libye#tunisie#mali#tchad#retourvolontaire#sante#droit#sante

  • Libye : plus de 300 Subsahariens bénéficient d’un retour volontaire vers le Tchad et le Mali depuis la ville de Sebha - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/64869/libye--plus-de-300-subsahariens-beneficient-dun-retour-volontaire-vers

    Libye : plus de 300 Subsahariens bénéficient d’un retour volontaire vers le Tchad et le Mali depuis la ville de Sebha
    Par Julia Dumont Publié le : 30/05/2025
    Les 26 et 28 mai, deux vols de l’OIM ont permis à 134 Maliens et 169 Tchadiens de rentrer dans leur pays respectifs depuis la ville de Sebha, dans le centre de la Libye. De plus en plus d’exilés demandent cette solution de retour pour fuir les conditions de vie extrêmement difficiles que connaissent les Subsahariens en Libye.
    Selon le ministère libyen des Affaires étrangères, c’est la première fois depuis 15 ans qu’un vol de retour volontaire quittait l’aéroport de Sebha, dans le centre du pays. Mercredi 28 mai, 169 migrants tchadiens ont pu retourner dans leur pays d’origine grâce à un vol organisé par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en collaboration avec les autorités libyennes et tchadiennes, selon l’ambassade du Tchad en Libye.
    « Cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts conjoints visant à protéger nos concitoyens et à assurer leur retour en toute sécurité, en réponse aux conditions difficiles rencontrées par certains membres de la communauté tchadienne dans le sud libyen », a indiqué l’ambassade du Tchad en Libye sur son compte Facebook.
    Deux jours plus tôt, le 26 mai, 134 migrants maliens avaient déjà quitté la ville de Sebha par un vol de retour volontaire de l’OIM à destination de Bamako.
    Ville du centre de la Libye, Sebha est l’un des principaux carrefours migratoires de la région. La plupart des Subsahariens qui quittent leur pays dans l’espoir d’atteindre les côtes libyennes puis l’Europe transitent par cette ville. Mais Sebha est aussi une ville très dangereuse pour ces exilés. C’est notamment dans cette ville qu’une journaliste américaine de la chaîne de télévision CNN avait réussi à filmer un marché aux esclaves en 2017.
    La rédaction d’InfoMigrants a déjà reçu de nombreux témoignages de migrants racontant avoir été détenus, torturés et parfois revendus dans cette ville, par des trafiquants d’êtres humains. En 2017, Issa, 16 ans, nous avait raconté sa détention dans une prison clandestine de Sebha. Privés de nourriture, de médicaments, d’eau, contraints au silence, les exilés détenus dans ces centres meurent par dizaine. « Il faut être en bonne santé. Les gens qui y entrent malades meurent en moins d’une semaine… », avait raconté Issa, qui ne pesait plus que 45kg après un mois de détention.
    Autre signe de ces conditions de vie inhumaines infligées aux migrants dans la région : en mars 2024, 65 corps de migrants ont été découverts dans une fosse commune située en plein désert, entre Sebha et Tripoli. En février dernier, de nouvelles fosses communes contenant des corps de migrants ont été exhumées dans le désert libyen. Selon les autorités libyennes, il s’agirait de migrants exécutés par des trafiquants d’être humains dans la région de Kufra.
    En mer Méditerranée, au large des côtes de Tripoli, le sort des migrants n’est pas plus enviable. Lorsqu’ils sont arrêtés par les gardes-côtes libyens, les exilés sont presqu’automatiquement envoyés dans des centres de détention où les exactions sont légion.
    Face à ces conditions de vie et aux difficultés pour atteindre les côtes européennes par la mer, de plus en plus de migrants subsahariens se résignent donc à demander un retour volontaire. En collaboration étroite avec le gouvernement libyen, l’OIM organise alors des vols de retour vers les pays d’origine des exilés.
    Ainsi, le 8 avril déjà 172 migrants tchadiens avaient pu rejoindre N’Djamena depuis Tripoli. En tout, depuis 2023, plus de 4 000 Tchadiens sont rentrés dans leur pays par les retours volontaires de l’OIM, selon le directeur général de l’administration des Tchadiens de l’étranger Mbodou Seïd. Au total, depuis 2015, quelque 98 000 migrants ont bénéficié d’un retour volontaire vers leur pays d’origine, selon le bureau de l’OIM en Libye.
    La Tunisie, pays voisin de la Libye, souhaite, elle aussi, développer les vols de retours volontaires pour les migrants vivant dans le pays. Pour le seul mois d’avril, 1 009 personnes sont rentrées dans leur pays d’origine depuis la Tunisie via ce dispositif. Ces retours volontaires sont critiqués par les défenseurs des droits humains qui plaident que les exilés subissant des conditions de vie inhumaines en Tunisiene sont pas en mesure de choisir réellement de rentrer dans leur pays. Ils y sont contraints par la force des choses.
    En 2024, un nombre record d’exilés étaient déjà retournés chez eux via l’OIM : 7 250 personnes contre 2 250 en 2023. Les retours au pays doivent par ailleurs être fortement accompagnés pour que les personnes retournées ne se retrouvent pas marginalisées au sein de leur communauté. Certains exilés rentrent dans leur pays traumatisés et peinent à se réinsérer.

    #Covid-19#migrant#migration#libye#tchad#mali#OIM#retourvolontaire#sante

  • Guerre au Soudan : en deux ans, 1,3 million de réfugiés ont afflué au Tchad
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/04/16/guerre-au-soudan-en-deux-ans-1-3-million-de-refugies-ont-afflue-au-tchad_659

    Guerre au Soudan : en deux ans, 1,3 million de réfugiés ont afflué au Tchad
    Par Victor Mauriat (Adré, Tchad, envoyé spécial)
    Des cases de paille et de tôle alignées à perte de vue au milieu du désert. Dans le camp d’Aboutengué, à une trentaine de kilomètres au nord d’Adré, ville tchadienne frontalière du Soudan et principal point d’entrée des réfugiés dans le pays, 46 000 personnes sont installées depuis bientôt deux ans. En cette période de l’année, le soleil, lorsqu’il n’est pas caché par la brume, fait rapidement monter le mercure au-delà des 45 °C.
    « Le vent nous apporte toujours du sable, c’est beaucoup plus difficile de vivre ici qu’au Soudan », témoigne Arafa Djoumoua Adam Ibrahim, emmitouflée dans son « toub » jaune et vert, un vêtement traditionnel qui la couvre de la tête aux pieds. Elle a quitté Al-Geneina, la capitale du Darfour occidental, avec ses six enfants en juillet 2023. « Les Forces de soutien rapide [FSR, milice paramilitaire commandée par le général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », et opposée à l’armée du général Abdel Fattah Al-Bourhane] ont tué beaucoup d’hommes. Ils ont pris notre argent et brûlé la région. Mon mari est mort, il est parti en martyr. Maintenant je joue le rôle de la mère et du père », raconte-t-elle dans un arabe soigné.
    Le conflit soudanais, qui a éclaté en avril 2023, a provoqué le déplacement de 13 millions de personnes, dont 1,3 million au Tchad, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Comme la plupart des réfugiés du camp d’Aboutengué, Arafa Djoumoua Adam Ibrahim est masalit, une ethnie non arabe du Darfour, cible des hommes de « Hemetti ». Selon l’ONU, sur les 150 000 personnes tuées lors de ce conflit depuis deux ans, environ 15 000 Masalit sont morts à Al-Geneina, une ville située à une dizaine de kilomètres de la frontière tchadienne.
    Une plainte pour « complicité de génocide » visant les Emirats arabes unis a été déposée par le camp du général Al-Bourhane auprès de la Cour internationale de justice (CIJ). Dans sa requête, il affirme que la perpétration de « génocide, meurtres et déplacements forcés » a été rendue possible « par le soutien direct apporté par les Emirats arabes unis à la milice rebelle des FSR ». Un soutien jugé « crédible » et opéré, selon des experts de l’ONU, via des livraisons d’armes depuis l’aéroport tchadien d’Amdjarass, à 300 km au nord d’Adré. N’Djamena est ainsi régulièrement accusé par Khartoum de soutenir les FSR.
    Dans les 19 camps de réfugiés installés ces deux dernières années au Tchad, l’ONU et les ONG ont déployé de grands moyens. A Aboutengué, jusqu’en mars, le Programme alimentaire mondial (PAM) distribuait des rations alimentaires d’urgence aux réfugiés, principalement des céréales et de l’huile. Depuis avril, il donne à la place 8 000 francs CFA (environ 12 euros) par personne et par mois, « ce qui correspond au prix du panier qu’on fournissait auparavant », précise Olympe Rittimann, emergency officer au PAM : « L’objectif est de leur permettre de subvenir à leurs besoins alimentaires et, comme pour les distributions de denrées, on donne pour trois mois », ce qui représente plus de 1,1 milliard de francs CFA (environ 1,7 million d’euros) pour les 46 000 réfugiés du camp.
    Selon les ONG, le camp d’Aboutengué fonctionne plutôt bien. La situation est beaucoup plus difficile dans celui d’Adré, qui abrite environ 237 000 personnes. Si l’afflux de réfugiés s’est considérablement réduit – entre 100 et 200 personnes traversent la frontière chaque jour, contre 1 000 à 2 000 en 2023 et 2024 –, l’accueil demeure compliqué, tout comme la délocalisation des réfugiés loin de la frontière, voulue par les autorités tchadiennes. A l’approche de la saison des pluies (de juin à septembre), il est urgent d’acheminer le plus de réfugiés possible d’Adré vers d’autres camps, car les routes non goudronnées de l’est du Tchad ne permettent pas aux camions de circuler durant cette période.
    Par ailleurs, depuis la reprise de Khartoum par l’armée soudanaise, fin mars, les FSR ont accentué la pression sur El-Fasher, la capitale du Darfour du Nord. La violence des combats a déjà fait fuir des dizaines de milliers de personnes du camp de déplacés de Zamzam, au sud de la ville, faisant craindre une nouvelle arrivée massive de Soudanais au Tchad. « Au Soudan, il n’y a plus de nourriture, la vie est chère et on ne peut plus travailler », explique Mahmoud Khamis Id, 39 ans, originaire d’El-Fasher et arrivé le 11 avril au Tchad avec ses cinq enfants. Accueilli par la Croix-Rouge du Tchad, il doit désormais attendre d’être enregistré auprès du HCR pour pouvoir ensuite rejoindre un des 19 camps de la région.
    N’Djamena appelle régulièrement la communauté internationale à lui donner « plus de moyens » pour gérer la crise. Si l’Union européenne (UE) a annoncé une hausse de ses investissements humanitaires dans la zone (de 44 à 74 millions d’euros), elle est loin de compenser le gel des financements publics américains, qui représentaient près de la moitié des fonds mis à disposition des agences de l’ONU et des ONG. « On craint les prochains mois, confie la responsable d’une organisation internationale très présente sur le terrain. Pour l’instant, la décision américaine nous empêche d’anticiper les contrats des équipes, mais d’ici à la saison des pluies, elle aura des conséquences sur nos actions. Nous ne savons pas comment nous allons garder le rythme alors qu’il faudrait faire plus ! »

    #Covid-19#migrant#migration#soudan#tchad#HCR#camp#UE#crise#darfour#sante#droit#refugie

  • Despair in Chad camps as violence and hunger in Sudan drive 25,000 across border in a week | Global development | The Guardian
    https://www.theguardian.com/global-development/2024/oct/21/despair-chad-camps-refugees-flee-sudan
    https://i.guim.co.uk/img/media/dc56d0840a57731f7ebf2d203a9923005ab8c6a7/0_135_4000_2400/master/4000.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    Despair in Chad camps as violence and hunger in Sudan drive 25,000 across border in a week
    Warning of ‘lost generation’ in Adré and Farchana camps as Sudan’s civil war drives huge numbers across border
    What caused the civil war in Sudan and how has it become one of the world’s worst humanitarian crises?
    Zeinab Mohammed Salih in Adré and Farcha
    Refugees and aid agencies have warned of deteriorating conditions in overcrowded and severely underfunded camps in Chad, as intensifying violence and a hunger crisis in Sudan drive huge numbers across the border.About 25,000 people – the vast majority women and children – crossed into eastern Chad in the first week of October, a record number for a single week in 2024. Chad, one of the world’s poorest countries, hosts 681,944 Sudanese refugees – the highest number globally.
    Conditions are particularly difficult at the Farchana camp, say refugees who were moved there earlier this year from the Adré camp on the border. The new arrivals joined Sudanese people who have lived in the camp since the genocide in Darfur in the 2000s.
    Refugees interviewed by the Guardian at both camps spoke of their despair about the conditions they faced. Many will move on towards Italy, other European countries, southern Africa and the Gulf, the UN has said.
    Hatim Abdallah El-Fadil, appointed the Farchana camp chief by his fellow refugees, said some Sudanese people had resorted to begging in the town’s market in order to eat.The 39-year-old father of four said many of those transferred to Farchana had returned to Adré because work opportunities were better there. “Many people here have had to sell their possessions to make a living,” he said. “I really don’t know how they can continue to survive like this.” A lack of education is also a significant concern. Younger children are receiving sporadic lessons from refugees who happen to be teachers, using books they smuggled out of the city of Geneina in Darfur. Teenagers not attending school were at risk of becoming “a lost generation”, refugees told the Guardian.
    War has raged since April 2023 between the Sudanese army under the country’s de facto ruler, Abdel Fattah al-Burhan, and the paramilitary Rapid Support Forces (RSF) led by his former deputy Mohamed Hamdan Dagalo. Both sides have been accused of war crimes, including targeting civilians and blocking humanitarian aid. The conflict has left tens of thousands dead and 26 million people facing severe food insecurity, with famine declared in the Zamzam displacement camp in Darfur.The rising number of arrivals reflects the worsening conflict in Darfur, where the RSF controls all but one big population centre – El Fasher, which it has subjected to a months-long siege.Hassan Ibrahim Yahiya, a businessman in Geneina before the war began, now farms peanuts on a small plot behind his tent in Farchana. “I’ve lost everything you can imagine,” he said. “I am here without hope.”
    Hassan Ibrahim Yahiya
    Essam Abdelrasoul fled to Adré from Geneina at the start of the war. The father of seven used to work at Sudan’s biggest engineering company but is now struggling to make ends meet. The rest of his family is living in the city of Kosti in Sudan’s White Nile state.
    The journey to reunite with them would involve overland travel to the Chadian capital, N’Djamena, a flight to Cairo, another flight to Port Sudan then a long journey by road to Kosti. “I just don’t have the money,” he said. “My dream now is to get out of here and go to any country that offers me a job, then I can go and see my children.”
    Despite the difficulties faced by refugees in Chad, the threat of extreme violence in Sudan, especially in Darfur, and a growing hunger crisis are driving ever-increasing numbers of people to flee there.
    Last week, experts appointed by the UN accused both sides in the war of using “starvation tactics” against 25 million civilians, leaving 97% of Sudan’s population facing “severe levels of hunger”.“Never in modern history have so many people faced starvation and famine as in Sudan today,” said the group of about a dozen independent experts. “The world must pay attention to the largest modern famine taking shape in Sudan today.” NGO workers interviewed in Chad all complained about a severe funding gap for the refugees. A UN appeal for $1.5bn to support Sudanese refugees and their hosts in the region to the end of the year remains only 27% funded. The UN World Food Programme (WFP), which supports refugees at the Farchana camp, says it receives 8,000 Central African francs (£10) of funding for each person at the camp every two months, which constitutes 50% of per-person assistance. The other 50% of assistance comes in the form of beans and rice. Alexandre Le Cuziat, WFP’s deputy representative for Chad, said funding was inadequate. He also warned that the number of people crossing into the country was likely to rise, owing to the conflict intensifying in Darfur and the drop in water levels as the rainy season ends.
    In an interview with Agence France-Presse last week, Mamadou Dian Balde, the UN’s Sudan regional refugee coordinator, said it would be “a big mistake” to think the flow of displaced people would be limited to Sudan and the wider region. “There are more and more who are coming towards Italy, Europe and southern Africa … there are some who will go towards the Gulf countries too,” he said.
    Back in Farchana, El-Tayeb Zakria is still coming to terms with his life as a refugee. In Sudan he had served as an adviser to the West Darfur state governor Khamis Abakar, who was assassinated in June 2023 in an attack blamed on the RSF. The Farchana camp, he said, lacked basic services, with no clinic or even wells for water. “Living here feels like a gradual death.”

    #Covid-19#migrant#migration#soudan#Tchad#darfour#camp#deplace#asile#humanitaire#sante

  • Au Tchad, les réfugiés soudanais racontent qu’au Darfour « la vie n’est plus possible, les gens ont tellement faim »
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/04/16/au-tchad-les-refugies-soudanais-racontent-qu-au-darfour-la-vie-n-est-plus-po

    Au Tchad, les réfugiés soudanais racontent qu’au Darfour « la vie n’est plus possible, les gens ont tellement faim »
    Près de 600 000 personnes ont traversé la frontière depuis le début de la guerre, il y a un an. Une crise humanitaire dont les habitants de la région d’Adré subissent eux aussi les conséquences.
    Par Carol Valade (Adré, Tchad, envoyé spécial)
    Un vent sec et brûlant accueille les réfugiés soudanais au poste-frontière d’Adré. Ils sont près de 600 000 à avoir fui au Tchad depuis un an, après que les deux généraux Abdel Fattah Al-Bourhane et Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », se sont engagés dans une lutte à mort pour le pouvoir à Khartoum. Parmi eux, Khadija Abdallah, 25 ans, passe les contrôles de police à bord d’une petite calèche tractée par un cheval éreinté. Elle vient d’un village en périphérie d’Al-Geneina, la capitale du Darfour occidental, à 35 kilomètres de là. « Il n’y a plus rien à manger là-bas, plus rien à donner aux enfants, dit-elle. Nous n’avions pas d’autre choix que fuir. » Si les premiers réfugiés au Tchad, au printemps 2023, fuyaient majoritairement les combats pour le contrôle des villes et les massacres à grande échelle commis au Darfour, les derniers arrivés sont poussés par la faim qui gagne les campagnes, soumises aux pillages et au racket des milices. Alors que le conflit a rendu presque impossible toute forme d’agriculture, plus de 18 millions de Soudanais sont désormais en situation d’insécurité alimentaire, selon l’ONU.
    « C’est presque rien, concède Vanessa Boi, officière d’urgence au Programme alimentaire mondial, en remplissant des sacs de vivres. La ration est prévue pour quatre jours, en attendant les grandes distributions mensuelles. Mais, en raison du manque de financement, nous ne sommes actuellement pas en mesure de dire quand elles auront lieu, ni même si elles auront lieu. »Dans ce contexte, beaucoup de réfugiés revendent une partie de leur ration sur le marché d’Adré, afin de pouvoir préparer leur unique repas quotidien. « Je sais bien que c’est interdit, admet Djamila Hisseine Abdoulrahamane, tandis que sur son étal les monticules de sorgho brûlent au soleil. Mais comment faire une soupe sans condiment ? » En ce soir d’Aïd-el-Fitr, les huit membres de sa famille partagent un bol de bouillie, une poignée de haricots et quelques litres d’infusion de mauve, une plante herbacée très consommée dans la région, pour se remplir le ventre. « Nous sommes toujours mieux lotis que ceux qui sont restés de l’autre côté », se console-t-elle.
    « L’autre côté », c’est le Darfour. « Là, la vie n’est plus possible, les gens ont tellement faim, ils ont besoin d’aide », sanglote Assari Ismail, 17 ans, dans une interminable file d’attente pour recevoir des vivres. Vêtue d’une longue robe noire, elle a guidé son père aveugle sur près de 400 kilomètres en partant de Nyala, dans le sud du Darfour, vers la frontière tchadienne, lorsqu’elle a entendu parler des distributions alimentaires. Jusqu’à présent, ni le gouvernement soudanais ni l’ONU n’ont déclaré l’état de famine. Officiellement, le pays reste au stade 4 sur l’échelle IPC qui classifie l’insécurité alimentaire – le dernier palier avant que soit reconnue la catastrophe. A entendre les témoignages des rescapés, la famine semble pourtant déjà là.(...) Côté tchadien, l’ONG constate un afflux croissant d’enfants malnutris. De la grande tente blanche qui sert de clinique monte une polyphonie de pleurs de nourrissons aux bras amaigris et aux yeux creusés. Si la plupart sont des réfugiés soudanais, les enfants tchadiens sont de plus en plus nombreux à être pris en charge. (...)
    Avec plus de 1,2 million de réfugiés sur son sol pour une population de 18 millions d’habitants, le Tchad est devenu l’un des principaux pays d’accueil au monde, et les habitants du Ouaddaï, la région frontalière, en subissent les conséquences de plein fouet. Dans cette province aride, la majorité des produits manufacturés étaient importés du Soudan jusqu’au début de la guerre. Sur le marché, leurs prix ont été multipliés par trois ou quatre. L’eau minérale et le carburant sont devenus inabordables.(...) Adré, ville-frontière, s’est construite sur les échanges tchado-soudanais. Nombre de familles sont partagées entre les deux pays. Mais, dans les campagnes alentour, la cohabitation devient difficile. Dans le village de Tongori, des dizaines d’abris construits par l’Organisation internationale pour les migrations pour les Tchadiens revenus du Soudan ont été réduits en cendres par un incendie criminel.
    Des incidents de ce type pourraient se multiplier, avertit le colonel Ali Mahamat Sebey, préfet du département : « La zone est saturée. Des tensions apparaissent autour des points d’eau et sur le domaine foncier. Le Tchad mène une véritable guerre humanitaire aux côtés des ONG, mais nous manquons de soutiens, comme si cette crise était tombée dans la poubelle de la communauté internationale. » Un sentiment d’abandon largement partagé dans le milieu humanitaire, épuisé par un an de gestion d’une urgence sous-financée. Il y a vingt ans, le Darfour faisait pourtant la une, et des vedettes internationales, comme l’acteur George Clooney, attiraient les projecteurs sur cette tragédie.« Aujourd’hui, la crise soudanaise est reléguée au second plan par la situation à Gaza et en Ukraine, soupire Jérôme Merlin, représentant adjoint du HCR au Tchad. Mais, si l’on regarde les chiffres, c’est sans doute la crise humanitaire la plus grave dans le monde actuellement. » En privé, certains humanitaires confient leur colère, leur frustration, voire un sentiment d’injustice : « La réponse pour l’Ukraine est presque surfinancée, alors qu’ici nous ne recevons même pas de quoi couvrir 4 % des besoins », fulmine l’un d’eux, qui a travaillé dans les deux pays.« Cette crise peut paraître lointaine quand on la regarde de Paris ou de Bruxelles, poursuit Jérôme Merlin. Mais nos observations montrent que les mouvements de réfugiés soudanais vers l’Europe ont commencé, avec déjà plusieurs milliers d’arrivées en Italie. » Ce qui s’explique aussi par le profil des réfugiés, souvent venus des grandes villes du Darfour, notamment des cadres, médecins, avocats et professeurs, pour qui la vie dans un camp en rase campagne ne représente pas une perspective acceptable. « Le Tchad est une digue, mais elle est au bord de la rupture, conclut Jérôme Merlin. Si elle cède, il faut s’attendre à des mouvements migratoires de grande ampleur. »

    #Covid-19#migrant#migration#soudan#tchad#refugie#crise#famine#sante#humanitaire

  • How an EU-funded security force helped Senegal crush democracy protests

    An elite EU-trained Senegalese police unit was meant to tackle cross-border crime. Instead it was used to quash a popular movement, an Al Jazeera investigation has found.

    The Senegalese government deployed a special counterterrorism unit, created, equipped, and trained with funding from the European Union, to violently suppress recent pro-democracy protests, a joint investigation between Al Jazeera and porCausa Foundation reveals.

    Since 2021, the trial of popular and controversial opposition leader #Ousmane_Sonko has led to demonstrations across the West African nation, in which dozens have been killed. Al Jazeera and porCausa obtained visual evidence, Spanish government contracts, a confidential evaluation report, and testimonies from multiple sources suggesting that the EU-funded #Rapid_Action_Surveillance_and_Intervention_Group, also known as #GAR-SI, was used to violently crush those protests.

    In one video, security personnel in the same type of armoured vehicles the EU bought for #GAR-SI_Senegal are seen firing tear gas at a protest caravan organised by Sonko last May. Al Jazeera verified that the incident happened in the southern Senegalese village of #Mampatim, about 50km (31 miles) from Kolda, in the Casamance region.

    The EU-funded elite units were instead meant to be based in Senegal’s border areas with Mali to fight cross-border crime.

    Elite unit

    #GAR-SI_Sahel was a regional project lasting between 2016 and 2023 and funded with 75 million euros ($81.3m) from the EU’s Emergency Trust Fund for Africa (#EUTF_for_Africa), a pot of development funding dedicated to addressing the root causes of migration in Africa.

    The programme was implemented by the #International_and_Ibero-American_Foundation_for_Administration_and_Public_Policies (#FIIAPP), a development agency belonging to Spain’s Ministry of Foreign Affairs. GAR-SI units were created across the region, in countries like Burkina Faso, Chad, Mali, Mauritania, Niger and Senegal, “as a prerequisite for their sustainable socio-economic development”.

    The Senegalese 300-strong unit, created in 2017, cost more than 7 million euros ($7.6m at the current exchange rate) and was aimed at creating a special intervention unit in the town of #Kidira, on the border of Mali, to protect Senegal from potential incursions by armed groups and cross-border crimes, including migrant smuggling.

    Modelled after Spanish units that fought against the separatist movement Basque Homeland and Liberty, also known by the Spanish initials ETA, GAR-SI Senegal has received technical training and mentoring from the Spanish Civil Guard as well as French, Italian and Portuguese security forces.

    After the completion of the project, at the request of all stakeholders, the EU delegation in Senegal continued with a second phase using another funding mechanism, according to one Spanish and one Senegalese police source familiar with the matter. About 4.5 million euros ($4.9m) was earmarked for a second 250-strong GAR-SI Senegal unit near the town of Saraya, close to the border with Guinea and Mali.

    A second unit was also created in Mali but for other countries, especially Chad, the project was considered to be a “failure”, according to the former Senegalese police official, who said the EU lost money by paying for equipment that was not appropriate for use.

    https://www.aljazeera.com/features/2024/2/29/how-an-eu-funded-security-force-helped-senegal-crush-democracy-protests

    #Sénégal #police #formation #EU #UE #Union_européenne #démocratie #ingérence #contre-terrorisme #Trust_Fund #Espagne #France #Italie #Portugal #frontières #financement #Mali #Tchad #équipement

  • Niger : les flux migratoires augmentent depuis l’abrogation de la loi anti-passeurs (OIM)
    https://www.dakaractu.com/Niger-les-flux-migratoires-augmentent-depuis-l-abrogation-de-la-loi-anti-

    Niger : les flux migratoires augmentent depuis l’abrogation de la loi anti-passeurs (OIM)
    Les flux migratoires vers la Libye et l’Algérie ont significativement augmenté depuis l’abrogation par les militaires au pouvoir au Niger d’une loi criminalisant le trafic illicite de migrants, selon un rapport de l’Organisation internationale des migrations (OIM) consulté par l’AFP dimanche."Depuis le mois de décembre 2023, les flux de manière générale ne cessent de progresser", indique l’OIM, attribuant cette hausse « à l’abrogation de la loi 036/2015 » adoptée en 2015 et abrogée en novembre. Dans le nord du Niger, couloir de passage des migrants subsahariens en route vers la Libye, l’Algérie ou l’Europe, les flux transfrontaliers ont augmenté de 50% par rapport à décembre 2023, et les flux « sortants » depuis le Niger de 69%, selon l’OIM.
    « Les principales nationalités observées au niveau des points de suivi des flux étaient les Nigériens (75%), les Nigérians (7%), les Tchadiens (5%) et les Maliens (2%) », précise l’organisation.Les ressortissants nigériens dans leur immense majorité pratiquent une migration dite « circulaire » entre le Niger et les pays du Maghreb en quête d’opportunités économiques, au contraire de migrants d’autres nationalités qui font route vers les frontières de l’Europe. La loi controversée de 2015 avait fait du Niger un partenaire stratégique de la politique migratoire de l’Union européenne (UE).
    L’UE a suspendu sa coopération avec le Niger dans la foulée du coup d’État qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum en juillet dernier. Le transport de migrants constitue depuis des décennies l’un des piliers de l’économie du nord du Niger, une région désertique située sur les anciennes routes caravanières, devenue un couloir de trafics transsahariens. Les militaires au pouvoir avaient dénoncé une loi adoptée « sous l’influence de certaines puissances étrangères » et qui « ne prenait pas en compte les intérêts du Niger et de ses concitoyens » pour justifier cette abrogation, largement saluée par les habitants de cette région.

    #Covid-19#migrant#migration#niger#UE#nigeria#tchad#mali#routemigratoire#oim#flux#frontiere#sante

  • Au #Darfour, la terreur à huis clos : « Ils veulent nous rayer de la carte »

    Depuis le 15 avril et le début de la #guerre au #Soudan, plus de 420 000 personnes se sont réfugiées dans l’est du #Tchad. Principalement issues des communautés non arabes du Darfour, elles témoignent d’attaques délibérées contre les civils, de multiples #crimes_de_guerre, et dénoncent un #nettoyage_ethnique.

    Un mélange de boue et de sang. Des corps emportés par le courant. Des cris de détresse et le sifflement des balles transperçant l’eau marronasse. C’est la dernière image qui hante Abdelmoneim Adam. Le soleil se levait à l’aube du 15 juin sur l’oued Kaja – la rivière saisonnière gonflée par les pluies qui traverse #El-Geneina, capitale du Darfour occidental – et des milliers de personnes tentaient de fuir la ville.

    Partout, des barrages de soldats leur coupaient la route. « Ils tiraient dans le tas, parfois à bout portant sur des enfants, des vieillards », se souvient Abdelmoneim, qui s’est jeté dans l’eau pour échapper à la mort. Des dizaines d’autres l’ont suivi. Une poignée d’entre eux seulement sont arrivés indemnes sur l’autre rive. Lui ne s’est plus jamais retourné.

    Ses sandales ont été emportées par les flots, l’obligeant à poursuivre sa route pieds nus, à la merci des épines. Attendant le crépuscule, il a coupé à travers champs, sous une pluie battante, évitant une dizaine de check-points tenus par les paramilitaires et slalomant entre les furgan, les campements militaires des miliciens arabes qui encerclaient El-Geneina. Il lui a fallu 13 heures pour parcourir la vingtaine de kilomètres qui le séparait du Tchad.

    Le Darfour s’est embrasé dans le sillage de la guerre amorcée le 15 avril à Khartoum entre l’armée régulière dirigée par le général Abdel Fattah al-Bourhane et les #Forces_paramilitaires_de_soutien_rapide (#FSR) du général Hemetti. Dans cette région à l’ouest du pays, meurtrie par les violences depuis 2003, le #conflit a pris une tournure ethnique, ravivant des cicatrices jamais refermées entre communautés.

    Dans la province du Darfour occidental qui borde le Tchad, l’armée régulière s’est retranchée dans ses quartiers généraux, délaissant le contrôle de la région aux FSR. Ces dernières ont assis leur domination en mobilisant derrière elles de nombreuses #milices issues des #tribus_arabes de la région.

    À El-Geneina, bastion historique des #Massalit, une communauté non arabe du Darfour à cheval entre le Soudan et le Tchad, environ 2 000 volontaires ont pris les armes pour défendre leur communauté. Ces groupes d’autodéfense, qui se battent aux côtés d’un ancien groupe rebelle sous les ordres du gouverneur Khamis Abakar, ont rapidement été dépassés en nombre et sont arrivés à court de munitions.

    Après avoir accusé à la télévision les FSR et leurs milices alliées de perpétrer un « génocide », le gouverneur massalit Khamis Abakar a été arrêté le 14 juin par des soldats du général Hemetti. Quelques heures plus tard, sa dépouille mutilée était exhibée sur les réseaux sociaux. Son assassinat a marqué un point de non-retour, le début d’une hémorragie.
    Démons à cheval

    En trois jours, les 15, 16 et 17 juin, El-Geneina a été le théâtre de massacres sanglants perpétrés à huis clos. La ville s’est vidée de plus de 70 % de ses habitant·es. Des colonnes de civils se pressaient à la frontière tchadienne, à pied, à dos d’âne, certains poussant des charrettes transportant des corps inertes. En 72 heures, plus de 850 blessés de guerre, la plupart par balles, ont déferlé sur le petit hôpital d’Adré. « Du jamais-vu », confie le médecin en chef du district. En six mois, plus de 420 000 personnes, principalement massalit, ont trouvé refuge au Tchad.

    Depuis le début du mois de septembre, les affrontements ont baissé en intensité mais quelques centaines de réfugié·es traversent encore chaque jour le poste-frontière, bringuebalé·es sur des charrettes tirées par des chevaux faméliques. Les familles, assises par grappes sur les carrioles, s’accrochent aux sangles qui retiennent les tas d’affaires qu’elles ont pu emporter : un peu de vaisselle, des sacs de jute remplis de quelques kilos d’oignons ou de patates, des bidons qui s’entrechoquent dans un écho régulier, des chaises en plastique qui s’amoncellent.

    Les regards disent les longues semaines à affronter des violences quotidiennes. « Les milices arabes faisaient paître leurs dromadaires sur nos terres. Nous n’avions plus rien à manger. Ils nous imposaient des taxes chaque semaine », témoigne Mariam Idriss, dont la ferme a été prise d’assaut. Son mari a été fauché par une balle. Dans l’immense campement qui entoure la bourgade tchadienne d’Adré, où que se tourne le regard, il y a peu d’hommes.

    « Les tribus arabes et les forces de Hemetti se déchaînent contre les Massalit et plus largement contre tous ceux qui ont la #peau_noire, ceux qu’ils appellent “#ambay”, les “esclaves” », dénonce Mohammed Idriss, un ancien bibliothécaire dont la librairie a été incendiée durant les attaques. Le vieil homme, collier de barbe blanche encadrant son visage, est allongé sur un lit en fer dans l’obscurité d’une salle de classe désaffectée. « On fait face à de vieux démons. Les événements d’El-Geneina sont la continuation d’une opération de nettoyage ethnique amorcée en 2003. Les #Janjawid veulent nous rayer de la carte », poursuit-il, le corps prostré mais la voix claquant comme un coup de tonnerre.

    Les « Janjawid », « les démons à cheval » en arabe. Ce nom, souvent prononcé avec effroi, désigne les milices essentiellement composées de combattants issus des tribus arabes nomades qui ont été instrumentalisées en 2003 par le régime d’Omar al-Bachir dans sa guerre contre des groupes rebelles du Darfour qui s’estimaient marginalisés par le pouvoir central. En 2013, ces milices sont devenues des unités officielles du régime, baptisées Forces de soutien rapide (FSR) et placées sous le commandement du général Mohammed Hamdan Dagalo, alias Hemetti.

    À la chute du dictateur Omar al-Bachir en avril 2019, Hemetti a connu une ascension fulgurante à la tête de l’État soudanais jusqu’à devenir vice-président du Conseil souverain. Partageant un temps le pouvoir avec le chef de l’armée régulière, le général Bourhane, il est désormais engagé dans une lutte à mort pour le pouvoir.
    Un baril de poudre prêt à exploser

    Assis sur des milliards de dollars amassés grâce à l’exploitation de multiples #mines d’#or, et grâce à la manne financière liée à l’envoi de troupes au Yémen pour y combattre comme mercenaires, Hemetti est parvenu en quelques années à faire des FSR une #milice_paramilitaire, bien équipée et entraînée, forte de plus de 100 000 combattants, capable de concurrencer l’armée régulière soudanaise. Ses troupes gardent la haute main sur le Darfour. Sa région natale, aux confins de la Libye, du Tchad et de la Centrafrique, est un carrefour stratégique pour les #ressources, l’or notamment, mais surtout, en temps de guerre, pour les #armes qui transitent par les frontières poreuses et pour le flux de combattants recrutés dans certaines tribus nomades du Sahel, jusqu’au Niger et au Mali.

    Depuis la chute d’Al-Bachir, les milices arabes du Darfour, galvanisées par l’ascension fulgurante de l’un des leurs à la tête du pouvoir, avaient poursuivi leurs raids meurtriers sur les villages et les camps de déplacé·es non arabes du Darfour, dans le but de pérenniser l’occupation de la terre. Avant même le début de la guerre, les communautés à l’ouest du Darfour étaient à couteaux tirés.

    La ville d’El-Geneina était segmentée entre quartiers arabes et non arabes. Les kalachnikovs se refourguaient pour quelques liasses de billets derrière les étalages du souk. La ville était peuplée d’un demi-million d’habitant·es à la suite des exodes successifs des dizaines de milliers de déplacé·es, principalement des Massalit. El-Geneina était devenue un baril de poudre prêt à exploser. L’étincelle est venue de loin, le 15 avril, à Khartoum, servant de prétexte au déchaînement de violence à plus de mille kilomètres à l’ouest.

    Mediapart a rencontré une trentaine de témoins ayant fui les violences à l’ouest du Darfour. Parmi eux, des médecins, des commerçants, des activistes, des agriculteurs, des avocats, des chefs traditionnels, des fonctionnaires, des travailleurs sociaux. Au moment d’évoquer « al-ahdath », « les événements » en arabe, les rescapés marquent un temps de silence. Souvent, les yeux s’embuent, les mains s’entortillent et les premiers mots sont bredouillés, presque chuchotés.

    « Madares, El-Ghaba, Thaoura, Jamarek, Imtidad, Zuhur, Tadamon » : Taha Abdallah énumère les quartiers d’El-Geneina anciennement peuplés de Massalit qui ont aujourd’hui été vidés de leurs habitant·es. Les maisons historiques, le musée, l’administration du registre civil, les archives, les camps de déplacé·es ont été détruits. « Il n’y a plus de trace, ils ont tout effacé. Tout a été nettoyé et les débris ramassés avec des pelleteuses », déplore le membre de l’association Juzur, une organisation qui enquêtait sur les crimes commis à l’ouest du Darfour.

    Sur son téléphone, l’un de ses camarades, Arbab Ali, regarde des selfies pris avec ses amis. Sur chaque photo, l’un d’entre eux manque à l’appel. « Ils ne sont jamais arrivés ici. » Sur l’écran, son doigt fait défiler des images de mortiers, de débris de missiles antiaériens tirés à l’horizontale vers des quartiers résidentiels. « J’ai retrouvé la dépouille d’un garçon de 20 ans, le corps presque coupé en deux », s’étouffe le jeune homme assis à l’ombre d’un rakuba, un préau de paille.

    Ce petit groupe de militants des droits humains dénonce une opération d’élimination systématique ciblant les élites intellectuelles et politiques de la communauté massalit, médecins, avocats, professeurs, ingénieurs ou activistes. À chaque check-point, les soldats des FSR ou des miliciens sortaient leur téléphone et faisaient défiler le nom et les photos des personnes recherchées. « S’ils trouvent ton nom sur la liste, c’est fini pour toi. »

    L’avocat Jamal Abdallah Khamis, également membre de l’association Juzur, tient quant à lui une autre liste. Sur des feuilles volantes, il a soigneusement recopié les milliers de noms des personnes blessées, mortes ou disparues au cours des événements à El-Geneina. Parmi ces noms, se trouve notamment celui de son mentor, l’avocat Khamis Arbab, qui avait constitué un dossier documentant les attaques répétées des milices arabes sur un camp de déplacé·es bordant la ville. Il a été enlevé à son domicile, torturé, puis son corps a été jeté. Les yeux lui avaient été arrachés.

    « Tous ceux qui tentaient de faire s’élever les consciences, qui prêchaient pour un changement démocratique et une coexistence pacifique entre tribus, étaient dans le viseur », résume Jamal Abdallah Khamis. Les femmes n’ont pas échappé à la règle. Zahra Adam était engagée depuis une quinzaine d’années dans une association de lutte contre les violences faites aux femmes. Son nom apparaissait sur les listes des miliciens. Elle était recherchée pour son travail de documentation des viols commis dans la région. Rien qu’entre le 24 avril et le 20 mai, elle a recensé 60 cas de viols à El-Geneina. « Ensuite, on a dû arrêter de compter. L’avocat chargé du dossier a été éliminé. Au total, il y a des centaines de victimes, ici, dans le camp. Mais la plupart se terrent dans le silence », relate-t-elle.

    De nombreuses militantes ont été ciblées. Rabab*, une étudiante de 23 ans engagée dans un comité de quartier, avait été invitée sur le plateau d’une radio locale quelques jours avant le début de la guerre. Sur les ondes, elle avait alerté sur le risque imminent de confrontations entre communautés. Début juin, elle a été enlevée dans le dortoir de l’université par des soldats enturbannés, puis embarquée de force, les yeux bandés, vers un compound où une soixantaine de filles étaient retenues captives. « Ils disaient : “Vous ne reverrez jamais vos familles.” Ils vendaient des filles à d’autres miliciens, parfois se les échangeaient contre un tuk-tuk », témoigne-t-elle d’une voix éteinte, drapée d’un niqab noir, de larges cernes soulignant ses yeux.

    Depuis 2003, au Darfour, le corps des femmes est devenu un des champs de bataille. « Le viol est un outil du nettoyage ethnique. Ils violent pour humilier, pour marquer dans la chair leur domination. Ils sont fiers de violer une communauté qu’ils considèrent comme inférieure », poursuit Zahra, ajoutant que même des fillettes ont été violées au canon de kalachnikov.

    Selon plusieurs témoins rencontrés par Mediapart, dans les jours qui ont suivi les massacres de la mi-juin, plusieurs chefs de milices arabes, en coordination avec les Forces de soutien rapide, ont entrepris de dissimuler les traces du carnage. Les équipes du Croissant-Rouge soudanais ont été chargées par un « comité sanitaire » de ramasser les corps qui jonchaient les avenues.

    « L’odeur était pestilentielle. Les cadavres pourrissaient au soleil, parfois déchiquetés par les chiens », souffle Mohammed*, le regard vide. « Chaque jour, on remplissait la benne d’un camion à ras bord. Elle pouvait contenir plus d’une cinquantaine de corps et les camions faisaient plusieurs allers-retours », détaille Ahmed*, un autre témoin forcé de jouer les fossoyeurs pendant dix jours, « de 8 à 14 heures ». Les équipes avaient interdiction de prendre des photos et de décompter le nombre de morts. Il leur était impossible de savoir où les camions se rendaient.
    Une enquête de la Cour pénale internationale

    Échappant aux regards des soldats, l’étudiant de 28 ans s’est glissé entre la cabine et la benne de l’un des camions. Le chauffeur a pris la direction d’un site appelé Turab El-Ahmar, à l’ouest de la ville. « Les trous étaient déjà creusés. À plusieurs reprises, un camion arrivait, levait la benne et déversait les corps », se souvient-il. Puis une pelleteuse venait reboucher la fosse.

    Quartier par quartier, maison par maison, ils ont ratissé la ville d’El-Geneina. « En tout, il y a eu au moins 4 000 corps enterrés », estime Mohammed. Début septembre, le Commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme a annoncé avoir reçu des informations crédibles sur l’existence de treize fosses communes.

    Les paramilitaires nient toute responsabilité dans ce qu’ils dépeignent comme un conflit ethnique entre communautés de l’ouest du Darfour. Malgré les demandes de Mediapart, la zone reste inaccessible pour les journalistes.

    « Entre le discours des FSR et celui des victimes, la justice tranchera », conteste Arbab Ali avec une once d’optimisme. Le 13 juillet, la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé l’ouverture d’une nouvelle enquête pour « crimes de guerre » au Darfour. Elle vient s’ajouter aux investigations démarrées en 2005 à la suite de la guerre qui, sous le régime d’Omar al-Bachir, avait déjà fait plus de 300 000 morts dans la région.

    Pourtant, il règne chez les rescapé·es du Darfour un sentiment de déjà-vu. À ceci près que la guerre actuelle ne soulève pas la même indignation internationale qu’en 2003. Beaucoup de réfugié·es n’attendent plus rien de la justice internationale. Vingt ans après les premières enquêtes de la CPI, aucune condamnation n’a encore été prononcée.

    Alors, dans les travées du camp, le choc du déplacement forcé laisse place à une volonté de revanche. Certains leaders massalit ont pris langue avec l’armée régulière. Une contre-offensive se prépare. Le camp bruisse de rumeurs sur des mouvements de troupes et des livraisons d’armes au Darfour. Côté tchadien, les humanitaires et les autorités s’attendent à ce que la situation dégénère à nouveau.

    Au Soudan, le conflit ne se résume plus seulement en un affrontement entre deux armées. Aujourd’hui, chaque clan et chaque tribu joue sa survie au milieu de la désintégration de l’État. Les voix dissidentes, opposées à une guerre absurde, sont criminalisées par les belligérants et souvent emprisonnées. La guerre est partie pour durer. Et les civils, prisonniers d’un engrenage meurtrier, en payent le prix.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/131123/au-darfour-la-terreur-huis-clos-ils-veulent-nous-rayer-de-la-carte
    #réfugiés_soudanais #génocide

  • Au #Tchad, « urgence humanitaire majeure » pour les #réfugiés_soudanais

    "Les besoins humanitaires empirent chaque jour" pour les quelque 400 000 réfugiés soudanais qui ont fui les combats vers le Tchad voisin, a alerté mercredi l’ONG Handicap International, affirmant que "1 500 à 2 000 personnes traversent chaque jour la frontière".

    Selon l’ONG Handicap International, ces personnes « vivent dans des conditions désastreuses, manquant de tout, notamment d’eau, de nourriture, d’abris et de soins médicaux ».

    "Les besoins humanitaires empirent chaque jour" pour les quelque 400 000 réfugiés soudanais qui ont fui les combats vers le Tchad voisin, a alerté mercredi l’ONG Handicap International, affirmant que "1 500 à 2 000 personnes traversent chaque jour la frontière".

    Ces personnes "vivent dans des conditions désastreuses manquant de tout, notamment d’eau, de nourriture, d’abris, de soins médicaux..." et "les quelques ONG présentes sur place (...) font face à une urgence humanitaire majeure qui se détériorera sans un soutien immédiat et conséquent des États bailleurs", précise l’organisation dans un communiqué.

    Au total, plus de 400 000 personnes sont aujourd’hui réfugiées au Tchad, selon le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (UNHCR) – dont 86% sont des femmes et des enfants.

    Chaque jour, nombre d’entre eux continuent de traverser la frontière après des kilomètres de marche pour fuir les sanglants combats au Soudan déclenchés le 15 avril entre l’armée et les paramilitaires, avant que les miliciens tribaux ne se jettent eux aussi dans la bataille.

    Le Tchad est le troisième pays le moins développé au monde selon l’ONU et son système de santé à genoux ne peut souvent rien pour les plus fragiles.

    Avant la dernière guerre au Soudan, le pays accueillait déjà quelque 410 000 Soudanais ayant fui la guerre du Darfour (province occidentale du Soudan) dans les années 2000, ainsi que des dizaines de milliers de réfugiés du Cameroun dans l’ouest et de Centrafrique dans le sud.

    Selon les projections de l’ONU, 200 000 nouveaux réfugiés du Soudan pourraient encore arriver bientôt.

    https://fr.africanews.com/2023/10/06/tchad-urgence-humanitaire-majeure-pour-les-refugies-soudanais

    #crise_humanitaire #asile #migrations #réfugiés #Soudan #chiffres #statistiques

  • Au Tchad, une « urgence humanitaire majeure » pour les 400 000 réfugiés soudanais
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/10/06/au-tchad-une-urgence-humanitaire-majeure-pour-les-400-000-refugies-soudanais

    Au Tchad, une « urgence humanitaire majeure » pour les 400 000 réfugiés soudanais
    Selon l’ONG Handicap International, ces personnes « vivent dans des conditions désastreuses, manquant de tout, notamment d’eau, de nourriture, d’abris et de soins médicaux ».
    Le Monde avec AFP
    Publié hier à 11h15, modifié hier à 11h30
    « Les besoins humanitaires empirent chaque jour » pour les quelque 400 000 réfugiés soudanais qui ont fui les combats vers le Tchad voisin, a alerté l’ONG Handicap International, mercredi 4 octobre, affirmant que « de 1 500 à 2 000 personnes traversent chaque jour la frontière ». Ces personnes « vivent dans des conditions désastreuses, manquant de tout, notamment d’eau, de nourriture, d’abris, de soins médicaux », et « les quelques ONG présentes sur place […] font face à une urgence humanitaire majeure qui se détériorera sans un soutien immédiat et conséquent des Etats bailleurs », précise l’organisation dans un communiqué.
    Au total, plus de 400 000 personnes sont aujourd’hui réfugiées au Tchad, selon l’ONU, dont 86 % sont des femmes et des enfants. Chaque jour, nombre d’entre eux continuent de traverser la frontière après des kilomètres de marche pour fuir les sanglants combats au Soudan, déclenchés le 15 avril entre l’armée et les paramilitaires, avant que les miliciens tribaux ne se jettent eux aussi dans la bataille. Le Tchad est le troisième pays le moins développé au monde, selon l’ONU, et son système de santé, à genoux, ne peut souvent rien pour les plus fragiles. Avant cette nouvelle guerre, le pays accueillait déjà quelque 410 000 Soudanais ayant fui le conflit au Darfour (ouest) dans les années 2000, ainsi que des dizaines de milliers de réfugiés du Cameroun et de Centrafrique. Selon les projections de l’ONU, 200 000 nouveaux réfugiés du Soudan pourraient encore arriver bientôt.
    Le Monde avec AFP

    #Covid-19#migrant#migration#tchad#crise#humanitaire#refugiesoudan#darfour#sante#frontiere#onu

  • En Libye, les travailleurs étrangers rescapés « sont parmi les plus détruits psychologiquement par la catastrophe » de Derna
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/09/23/en-libye-les-travailleurs-etrangers-rescapes-sont-parmi-les-plus-detruits-ps

    En Libye, les travailleurs étrangers rescapés « sont parmi les plus détruits psychologiquement par la catastrophe » de Derna
    Par Nissim Gasteli et Madjid Zerrouky (envoyés spéciaux à Derna, en Libye)
    Publié le 23 septembre 2023 à 10h05, modifié le 24 septembre 2023 à e
    Venus d’Egypte, du Soudan ou du Tchad, de nombreux immigrés, saisonniers ou plus permanents, doivent surmonter le traumatisme de l’inondation sans le secours des solidarités familiales. Ils seraient quelque 100 000 dans les zones affectées par les inondations.
    La mort a fini par congédier Awad au dernier moment. Le 11 septembre, alors qu’on s’apprêtait à refermer le sac mortuaire dans lequel il avait été placé, un spasme a alerté les employés des services funéraires de Derna et l’a ramené dans le monde des vivants. Dans la nuit, la crue du Wadi Derna venait d’emporter un tiers de cette ville libyenne de 100 000 habitants, pulvérisant ou projetant des blocs d’habitation entiers dans la mer.
    (...)Des jeunes psychologues de l’hôpital psychiatrique de la ville préviennent : « Ici se trouvent ceux, petits et grands, qui sont parmi les plus détruits psychologiquement par la catastrophe. Ils ont vécu les mêmes scènes d’horreur que beaucoup d’entre nous, mais ils sont isolés et ne peuvent pas compter sur les solidarités familiales. » La ville compte 40 000 déplacés.
    Fiévreux, le visage marqué, les avant-bras et les mains anormalement gonflés, Awad est toujours sous le choc quand il se présente à nous. Solitaire quand les autres rescapés devisent en groupe à l’extérieur ou font le ménage à l’intérieur. Comme tous les habitants de Derna, il commence par raconter « son » 11 septembre : « C’était le jour du jugement dernier. Je m’étais barricadé avant de dormir dans le restaurant quand, vers 2 h 30, j’ai entendu un son terrifiant [la rupture du premier barrage, à 1 kilomètre en amont de la ville]. L’immeuble roulait sur lui-même. J’ai repris conscience quatre heures plus tard après avoir vomi de l’eau. Ils m’avaient déshabillé et commençaient à m’envelopper. Techniquement, j’étais mort, raconte-t-il d’une traite. Je n’habitais Derna que depuis deux semaines… »
    Près de 8 000 migrants et travailleurs étrangers
    De sa vie d’avant, il ne lui reste qu’un compte Facebook et les téléphones que lui prêtent ses compatriotes et compagnons d’infortune. Parmi eux, Mohamed Al-Saïd, 29 ans, Saïd Al-Masry, 26 ans, et Ahmad Mohamad, 24 ans. Assis à l’ombre de quelques arbustes sur une couverture, les trois amis sont originaires du village égyptien décimé de Nazlat Al-Sharif, une petite commune de la vallée du Nil d’où de nombreux jeunes étaient partis travailler en Cyrénaïque (province de l’est de la Libye, frontalière de l’Egypte) pour nourrir leur famille. Officiellement, soixante-quinze d’entre eux sont morts à Derna. Ils seraient davantage, selon les trois amis. « Environ 120 habitants de notre village sont décédés ou disparus », estime Mohamed, le pied bandé. Il s’est blessé sur des tessons de bouteille en escaladant un mur lors de la montée des eaux. Tous trois travaillent dans le secteur du bâtiment. « Beaucoup d’entre nous sont des travailleurs saisonniers, qui viennent ici pour quelques mois. D’autres restent un, deux ou trois ans avant de repartir en Egypte », précise Saïd Al-Masry.
    Selon l’Organisation internationale pour les migrations, la ville comptait près de 8 000 migrants et travailleurs étrangers au moment de la catastrophe, sur plus de 100 000 vivant dans les zones affectées par les inondations, la plupart originaires d’Egypte, du Tchad et du Soudan. Près de 430 d’entre eux auraient perdu la vie dans la nuit du 11 septembre, selon des bilans encore très parcellaires. Les autorités égyptiennes, qui faisaient état de plus de 120 corps identifiés jeudi, restaient sans nouvelles de 300 de leurs ressortissants.
    Les Egyptiens se rendent depuis des décennies en Libye pour y chercher du travail, « attirés par la prospérité relative du pays, structurellement plus riche et moins peuplé que l’Egypte », explique Jalel Harchaoui, chercheur associé au Royal United Services Institute for Defence and Security Studies. La migration de travail vers la Cyrénaïque est d’abord un enjeu socio-économique : pour Le Caire, elle offre des débouchés professionnels à ses ressortissants et leur permet de soutenir financièrement leurs familles restées au pays, afin d’éviter toute gronde sociale. « L’accueil continu des Egyptiens en Libye est perçu par les autorités égyptiennes comme un dû, vu les défis démographiques et économiques croissants de l’Egypte », précise l’universitaire. Dans ce contexte, le sort des travailleurs égyptiens est imbriqué dans les relations entre leur pays et le pouvoir de Benghazi, principale ville de la Cyrénaïque. Début juin, les autorités de l’Est libyen ont mené de larges opérations d’arrestations et d’expulsions contre les migrants égyptiens. Près de 4 000 auraient été reconduits aux frontières, selon des sources sécuritaires égyptiennes citées par Reuters. En Egypte, cette politique a été perçue comme une « humiliation », survenant à un moment de tensions entre Le Caire et Benghazi, ajoute M. Harchaoui. La situation s’est depuis apaisée, permettant aux Egyptiens de poursuivre leurs occupations professionnelles dans l’Est.(...)
    Les grandes villes de la Cyrénaïque ne sont pas les seules à attirer la main-d’œuvre venue d’ailleurs. La région du djebel Akhdar et ses multiples exploitations agricoles s’appuient sur de nombreux travailleurs migrants. Les dégâts provoqués par la tempête, qui a ravagé les cultures sur des milliers d’hectares, pourraient faire basculer l’avenir de beaucoup d’entre eux. « Je devais être payé mi-septembre, mais mon patron ne m’a pour l’instant rien donné », explique Naïm, 21 ans, employé d’un élevage de poulets près de la ville de Gandoula.
    Originaire du nord du Tchad, Naïm garde aujourd’hui l’entrée d’une exploitation vide de toute vie et d’activités. « Je gagne 1 000 dinars [190 euros] et je suis soutien de ma famille qui est restée là-bas. Enfin, je gagnais… », explique d’un ton doux le jeune homme. Il ne s’en cache pas, il se rêvait un avenir au-delà de l’horizon libyen : « J’espérais constituer un petit pécule pour quitter ce pays un jour. Je n’ai plus rien. Même mes papiers d’identité ont été emportés par l’eau. »
    La Cyrénaïque est aussi un point de départ majeur vers l’Europe. Depuis la fin de l’année 2022, un corridor reliant l’est de la Libye à l’Italie s’est rouvert, sur lequel s’élancent de vétustes chalutiers embarquant plusieurs centaines de personnes. La route est empruntée par de nombreux Egyptiens, qui ont représenté le premier contingent d’arrivées en Italie en 2022, avec 21 301 personnes, mais aussi par des Syriens qui y voient une alternative à la route des Balkans, désormais difficile d’accès, et des Bangladais.Mais, pour les trois rescapés de l’Institut technique de Derna, pas question de bouger pour le moment. « Nous resterons ici jusqu’à ce que nous retrouvions nos disparus. Puis nous retournerons en Egypte. Si telle est la volonté de Dieu », annoncent, fatalistes, Mohamed, Saïd et Ahmad. Revenu d’entre les morts, Awad, lui, n’a que faire du destin. « Ce sont des erreurs humaines, assène-t-il. Nous sommes venus dans ce pays pour travailler, pas pour finir au fond de la mer à des kilomètres [des immeubles entiers ont été repérés à 3 kilomètres de la côte, leurs habitants toujours piégés à l’intérieur]. Qui s’occupait des barrages ? Qui a permis qu’on construise sur des sols dangereux ? Je ne demande pas des comptes à Dieu, j’en réclame aux autorités libyennes. »

    #Covid-19#migrant#migration#libye#travailleurmigrant#mortalite#inondation#crise#humanitaire#egypte#soudan#tchad#sante#santementale#routemigratoire

  • 🛑 Une fois n’est pas coutume... on relaie l’éditorial du dernier numéro du journal « Lutte Ouvrière » (8 septembre)... avec lequel on partage l’essentiel du point de vue, si l’on fait abstraction de la rhétorique et de la déclamation hautement et indéniablement « trotsko-trotskyste »... 😅🙃

    « On vit chez les fous ! », s’est étranglé Macron, lundi dernier, à propos de la vague de putschs en Afrique, devant les ambassadeurs réunis à l’Élysée. Mais qui sont les fous dans cette histoire ? Ceux qui rejettent la présence française au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ou ceux qui, comme Macron, sont prêts à déclencher une nouvelle guerre qui enfoncera davantage le Sahel dans le chaos guerrier ?
    Macron joue les matamores contre la junte nigérienne et refuse de rappeler son ambassadeur. Il ne digère pas que la France soit poussée dehors. À l’entendre, l’armée française aurait sauvé le Sahel du djihadisme ! Mais la population est bien placée pour faire le vrai bilan de l’opération Barkhane, lancée il y a dix ans : les bandes armées continuent de pulluler, elles rackettent et sèment la terreur dans une zone de plus en plus étendue (...)

    #Afrique #putschs #Macron #Françafrique #exploitation #capitalisme #militarisme #guerre #djihadisme #dictature #Mali #Niger #BurkinaFaso #Congo-Brazzaville #Gabon #Bongo #Tchad... #domination #France #EtatsUnis #Russie #Chine #Néocolonialisme #impérialisme #LutteOuvrière

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    ▶️ https://journal.lutte-ouvriere.org/2023/09/06/bas-la-francafrique-travailleurs-dafrique-et-de-france-memes
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  • We Must Act Now to Avert a Humanitarian Catastrophe in Eastern Chad: IOM DDG Ugochi Daniels | International Organization for Migration
    https://www.iom.int/news/we-must-act-now-avert-humanitarian-catastrophe-eastern-chad-iom-ddg-ugochi-dani

    We Must Act Now to Avert a Humanitarian Catastrophe in Eastern Chad: IOM DDG Ugochi Daniels
    Geneva/ N’Djamena – The window of opportunity to avert a humanitarian catastrophe in Eastern Chad is rapidly closing. As the situation in Sudan, and particularly in Darfur deteriorates, I have witnessed firsthand the severe impact this senseless violence has had on ordinary civilians here in Chad. 
    The knock-on effects of the crisis in Sudan could have serious humanitarian implications on neighbouring countries particularly Chad which was already responding to a significant displacement crisis before this influx which was poorly resourced. I have heard stories of former teachers, nurses, and traders whose lives were upended by the fighting, who have had to return to Chad, and now need support to rebuild their lives. I appeal to the leaders of the Sudanese Armed Forces and the Rapid Support Forces to cease hostilities, restore calm, and begin a dialogue to resolve the crisis. 
    IOM estimates that 20 per cent (45,000 persons) of the 225,000 people displaced into Chad are Chadian returnees and stranded migrants from South Sudan, Ethiopia, Nigeria, Uganda, Niger, and Uganda. While a few of them have been able to integrate into local communities, the majority live in extremely precarious conditions across 25 sites, including a high school in the border town of Adré.  The first responders to this humanitarian crisis were local community members who provided returnees with space to settle, blankets to shelter themselves and food. Despite their already limited resources, they have shown solidarity and generosity to their brothers and sisters in need. 
    But today, as more people continue to arrive in Eastern Chad, local communities and authorities are reaching their breaking point.Since the beginning of the crisis in Sudan, IOM has been on the ground to support the Chadian Government’s efforts to respond to the situation. We are helping returnees meet some of their immediate needs through shelter, water trucking and unconditional cash assistance. We have also set up a humanitarian evacuation mechanism to enable stranded migrants to return home and reunite with their families.   But this is just a drop in this ocean of despair. The looming rainy season is already threatening to cut off entire communities, as rivers and wadis are filling with water, thus hindering the delivery of much-needed humanitarian aid.

    #Covid-19#migrant#migration#tchad#deplaceinterne#conflit#crise#humanitaire#sante#soudan#ethiopie#nigeria#ouganda#niger#migrationretour#postcovid

  • Le Tchad appelle à l’aide internationale face à l’afflux de réfugiés soudanais
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/06/26/le-tchad-appelle-a-l-aide-internationale-face-a-l-afflux-de-refugies-soudana

    Le Tchad appelle à l’aide internationale face à l’afflux de réfugiés soudanais
    Plus de 100 000 femmes et des enfants venus du Darfour ont traversé la frontière dans l’est du pays depuis mai, s’ajoutant aux 680 000 personnes déjà présentes.
    Le Monde avec AFP
    Publié hier à 09h29, modifié hier à 09h32
    GUEIPEUR DENIS SASSOU / AFP
    Le Tchad, où de nouveaux réfugiés fuyant la guerre au Soudan affluent par dizaines de milliers, a réclamé, samedi 24 juin, une « aide massive » de la communauté internationale, qu’il accuse de le « laisser presque seul » face à une crise humanitaire « sans précédent ».
    « La mobilisation de la communauté internationale (…) n’est pas à la hauteur de la mobilisation observée sous d’autres cieux, laissant le Tchad presque seul face à l’accueil des réfugiés en épuisant au maximum ses ressources propres », a asséné, samedi, devant les diplomates et représentants des organisations internationales le premier ministre Saleh Kebzabo.Début juin déjà, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) avait sonné l’alarme en annonçant que plus de 100 000 Soudanais, essentiellement des femmes et des enfants venus du Darfour, avaient traversé la frontière dans l’est du Tchad en un mois et demi de conflit. Venant s’ajouter à plus de 680 000 réfugiés déjà présents dans ce pays semi-désertique d’Afrique centrale, dont 60 % de Soudanais.Et l’agence onusienne déplorait alors que les besoins de financement pour leur venir en aide n’étaient couverts qu’à 16 % par la communauté internationale. « Le Tchad sollicite l’appui et l’assistance technique et financière massive des pays et organisations » et « une conférence internationale (…) sur la mobilisation des fonds » pour l’aider à faire face à une « crise migratoire sans précédent », a déclaré M. Kebzabo dans un discours dont le texte a été transmis par ses services à l’AFP.
    Venant s’ajouter à des dizaines de milliers de réfugiés du Cameroun dans l’ouest, de Centrafrique dans le sud, et plus de 409 000 Soudanais déjà présents dans l’est depuis le conflit meurtrier des années 2000 et 2010 au Darfour, de nouveaux réfugiés affluent depuis le début, le 15 avril, de la guerre civile entre les deux généraux qui se disputent le pouvoir à Khartoum.Tchad et Soudan se partagent une frontière extrêmement poreuse de plus de 1 300 km en plein désert. Les réfugiés « ont bénéficié de la solidarité des populations hôtes qui les ont accueillis et ont partagé leurs maigres ressources », mais « le Tchad s’expose de plus en plus à des crises internes liées à la rareté de ses ressources » dans un pays à l’« économie déjà fragile », s’alarme le premier ministre.« Sans votre sollicitude, votre solidarité et votre élan de cœur, le Tchad ne pourra pas supporter le poids de cette crise », a-t-il conclu devant les représentants de la communauté internationale.

    #Covid-19#migrant#migration#postcovid#soudan#tchad#darfour#refugie#cameroun#centrafrique#HCR#refugie#crisemigratoire#frontiere#guerre

  • « Jeudi Noir » - Rapport d’enquête sur la répression sanglante des manifestation du 20 octobre 2022 au Tchad - OMCT-LTDH - Avril 2023
    https://www.omct.org/site-resources/files/Rapport-Tchad-OMCT-LTDH-_-Avril-2023.pdf

    Le 20 octobre 2022, le Tchad s’est réveillé dans un chaos infernal marqué par une répression sans précédent de manifestants pacifiques écrasés par des bombes lacrymogènes et des tirs à balles réelles de la part des forces de sécurité. Ce « Jeudi Noir » restera dans l’histoire comme le jour de la prise de pouvoir effective du général Mahamat Idriss Déby Itno, fils du défunt président, Idriss Déby Itno, grâce à un recours excessif et brutal à la force en dehors des principes démocratiques constitutionnellement consacrés.
    Six mois après la répression sanglante de manifestations au Tchad, l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) et la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH) publient un rapport d’enquête qui documente l’usage planifié et disproportionné de la force armée, la traque des opposants, les disparitions forcées et les déportations massives vers des lieux de détention où la torture a été pratiquée. Trois mois d’enquêtes dans la capitale N’Djamena et les villes de Moundou, Mongo, Doba et Koumra, et une cinquantaine de témoignages de rescapés, de familles de victimes et de témoins oculaires, ont permis d’établir que la répression des manifestations du 20 octobre 2022 par les autorités tchadiennes s’est soldée par la mort de 218 personnes, des dizaines de torturés, des centaines de blessés, au moins 40 cas de disparitions et 1300 arrestations.

    #Tchad #Répression #Torture #Manifestations #Disparitions_forcées

  • Dix ans après le coup d’Etat, la République centrafricaine confrontée à une nouvelle crise majeure ? | Crisis Group

    En mars 2013, les rebelles de la Séléka déclenchaient une guerre civile en République centrafricaine. Une décennie plus tard, des fortes tensions internes et externes font craindre un nouveau transfert violent du pouvoir. Dans ce Q&A, l’experte de Crisis Group Enrica Picco décrypte la situation.

    #République_centrafricaine #Conflit #Tchad #Soudan #Wagner