• Rencontre avec un hacker citoyen - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=QB117KUG2lQ


    Mais, mais… ce mec est GÉNIAL !!!!
    J’adore trop comme il donne envie de bidouiller ! Il a trop la classe ! Il est dans l’action, il pointe les bons enjeux, il est sur le terrain, il parle bien (j’adore ses expressions). Ahhh trop envie de le croiser un jour pour échanger.
    #hacking #voiture #voiture_connectée #RatZillaS #Musquet #hermitagelab


  • Affaire Facebook/Cambridge Analytica : le lanceur d’alerte s’explique

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/03/26/affaire-facebook-cambridge-analytica-le-lanceur-d-alerte-s-explique_5276659_

    Christopher Wylie accuse l’entreprise britannique d’avoir utilisé les données de millions d’individus pour manipuler les élections et construire « l’alt-right » aux Etats-Unis.

    Un mois après avoir été embauché en juin 2013 par l’entreprise qui allait devenir Cambridge Analytica, Christopher Wylie a pour la première fois compris qu’il ne s’agissait peut-être pas d’une société comme les autres. « Mon poste de directeur de la recherche était vacant parce que mon prédécesseur était mort dans des conditions inexpliquées dans sa chambre d’hôtel à Nairobi, alors qu’il travaillait pour Uhuru Kenyatta [actuel président du Kenya] », explique-t-il.

    Le Canadien, petit génie de l’informatique, qui a appris tout seul à coder, alors âgé de 24 ans, a progressivement découvert qu’il travaillait pour une firme qui siphonnait les données personnelles de millions de personnes sur Facebook, avait comme vrai patron un certain Steve Bannon, cherchait à manipuler les élections à travers le monde et poussait sur Internet les théories du complot pour développer « l’alt-right », les mouvements d’extrême droite américaines.

    Cambridge Analytica a ensuite aidé Donald Trump lors de la campagne présidentielle américaine et à influer au Royaume -Uni en faveur du Brexit. Ayant quitté l’entreprise fin 2014, mais ayant longtemps gardé d’étroits contacts, M. Wylie a désormais décidé de révéler tout ce qu’il savait. « On ne peut pas défaire ce qui a été fait, mais il faut alerter. »

    Surveillance de masse

    Désormais, il ne fait plus que ça, dénonçant une société qui met en danger la démocratie, selon lui. Une semaine après avoir parlé pour la toute première fois au New York Times et au Guardian, le lanceur d’alerte a longuement rencontré dimanche 25 mars un groupe de huit journalistes européens, dont Le Monde. Depuis plusieurs mois, il travaille aussi avec les autorités britanniques, qui enquêtent contre Cambridge Analytica. Mardi 27 mars, il témoignera devant un comité parlementaire britannique, et a accepté de faire de même devant le Congrès américain.

    A écouter M. Wylie, le scandale qu’il dénonce présente un parallèle à celui qu’Edward Snowden a mis à jour en 2013. L’Américain avait montré comment les agences d’espionnages, notamment la NSA (National Security Agency) ou son équivalent britannique Government Communications Headquarters (GCHQ), utilisaient Internet pour mettre en place une surveillance de masse de leurs citoyens. « Mais la NSA ou GCHQ sont encadrés, alors que les entreprises privées peuvent collecter des données sur les citoyens comme elles le veulent. [Cambridge Analytica] a fait disparaître la frontière entre espionnage et recherche marketing traditionnelle. »

    Il faut réguler

    Pour lui, les données personnelles, qui s’accumulent à vitesse exponentielle, sont « la nouvelle électricité » du XXIe siècle, quelque chose indispensable à la vie quotidienne mais qu’il faut réguler. « Les données sont un outil, comme un couteau qui peut être utilisé pour préparer un repas trois étoiles au Michelin ou pour commettre un meurtre. En tant que telles, elles ne sont pas un problème. Mais ce que Cambridge Analytica met au jour est l’échec des législateurs et de la société à mettre des limites à leur utilisation. »

    Retour à mi-2013. M. Wylie est arrivé à Londres depuis trois ans, pour étudier le droit à la London School of Economics. Techniquement, Cambridge Analytica n’existe pas. L’entreprise qui l’embauche s’appelle SCL. Sa création remonte aux années 1960, et l’entreprise est spécialisée dans le secteur de la défense, travaillant particulièrement dans les pays émergents. Sa spécialité : mener des campagnes de désinformation à l’ancienne. Envoyer une prostituée chez un opposant politique et filmer la scène à son insu est une technique favorite. Mais SCL perçoit qu’Internet est le nouveau champ de bataille et veut s’y développer.

    M. Wylie aide à créer Cambridge Analytica, pour en faire une filiale de l’entreprise. Il fait pour cela appel à un professeur de l’université de Cambridge, Aleksandr Kogan, un neuroscientifique, qui met au point un petit quiz sur Facebook qui permet d’évaluer le profil psychologique de ceux qui le remplissent. L’application est très populaire et 270 000 personnes l’utilisent. Ce qu’elles ne savent pas est que leurs données ne sont pas utilisées par des raisons de recherche, comme promis, mais par Cambridge Analytica, qui va les utiliser à des fins commerciales. Pire encore, le quizz donne l’autorisation de télécharger les données de tous les amis sur Facebook de ceux qui ont rempli le questionnaire. Cambridge Analytica siphonne ainsi les données détaillées de plus de 50 millions de personnes, essentiellement aux Etats-Unis.

    « Une autre façon d’approcher les choses »

    Ce trésor est la base de l’entreprise. Cela lui permet de cibler de façon extrêmement précise des sous-groupes sur Facebook. La pratique de ciblage est courante, utilisée de tous les publicitaires. Mais cette fois-ci, en plus des données démographiques (âge, sexe, etc.), l’entreprise a le profil psychologique des individus.

    De ce côté-là, la recherche sur Facebook impressionne. Des scientifiques ont démontré qu’avec une dizaine de « likes », un ordinateur peut comprendre le profil psychologique d’une personne mieux que son propre collègue de bureau ; à 70 « likes », la machine le comprend mieux qu’un ami ; à 150 « likes », elle dépasse la perception d’un membre de sa famille ; à 300 « likes », elle excède la compréhension de son propre époux ou épouse.

    C’est alors qu’arrive Robert Mercer et Steve Bannon. Le premier est un milliardaire américain, qui a fait fortune grâce aux algorithmes utilisés sur les marchés financiers. Le second veut mener une « révolution culturelle » dans la politique et il s’est fait connaître avec Breitbart News, un site d’information proche de l’extrême droite. Il deviendra ensuite l’éminence grise de Donald Trump, avant la rupture entre les deux hommes.

    En 2013, M. Mercer investit dans l’entreprise et met M. Bannon aux commandes du conseil d’administration. « Bannon venait au moins une fois par mois à Londres, raconte M. Wylie. Et tous les lundis matins, on avait une conférence téléphonique avec lui et Bekkah Mercer [la fille du milliardaire]. »

    Leur objectif ? « Développer l’alt-right », explique M. Wylie. « Steve Bannon pense que pour changer la politique, il faut changer la culture. Mais Breitbart était resté un site relativement petit. Il cherchait d’autres outils pour mener sa guerre culturelle. Pour lui, SCL, qui faisait de la propagande militaire, était une autre façon d’approcher les choses. »

    Théories du complot

    A l’époque, il n’est pas question d’élections ni de Donald Trump. Les deux Américains utilisent Cambridge Analytica pour travailler en profondeur. Ils surveillent les théories du complot qui circulent, pour les amplifier. Ainsi, fin 2014, des rumeurs circulent : Barack Obama, aurait commencé à amasser des troupes au Texas pour ne pas partir de la présidence américaine. L’entreprise britannique vise les gens qu’elle sait intéressés par les théories du complot et pousse ce message vers eux. « Ensuite, ces gens voyaient ce genre d’information sur Facebook, mais rien de tout cela en regardant CNN ou les médias traditionnels. Et ils se disaient : pourquoi CNN me cache-t-elle des choses ? »

    Bien plus tard, Donald Trump a embauché Cambridge Analytica pour mener à bien sa campagne numérique. Et du côté du Brexit, la société a travaillé gratuitement et pendant quelques semaines auprès de Leave.eu, l’un des organismes faisant campagne pour le Brexit. Une société canadienne qui lui est proche, AggregateIQ, que M. Wylie a aidé à créer, aurait aussi travaillé indirectement pour Vote Leave, un autre organisme pro-Brexit, contournant ainsi le plafond des dépenses de la campagne électorale.

    Pour M. Wylie, les agissements de Cambridge Analytica ont pipé les dés de la démocratie. Mais beaucoup d’experts mettent en doute cette idée. Après tout, l’influence d’une chaîne d’information comme Fox News aux Etats-Unis, ou la campagne anti-européenne menée par le Daily Mail et le Sun depuis trente ans au Royaume-Uni, ont certainement eu une influence profonde dans ces élections. Facebook n’est pas le seul facteur.

    « Il faut réparer Facebook, pas effacer Facebook »

    Dominic Cummings, qui dirigeait Vote Leave, estime que l’argument de M. Wylie, repris initialement par le Guardian, est une sorte de théorie du complot des anti-Brexiters. « Leur fantasme est que le référendum a été perdu parce que (…) les “fake news” et Facebook auraient pris en traître des millions d’ignorants qui ne comprennent pas la réalité. (…) Ce fantasme est plus pratique que de reconnaître que leur campagne a perdu alors que presque toutes les forces du pouvoir et de l’argent au monde étaient de leur côté. »

    M. Wylie reste convaincu que l’influence de Cambridge Analytica a été déterminante. Mais il ajoute un argument plus large. « C’est comme le dopage. Si un athlète gagne les Jeux Olympique en se dopant, on peut toujours dire qu’il aurait gagné même sans se doper. Reste qu’on lui enlève quand même sa médaille, parce que ça remet en cause l’intégrité de tout le processus démocratique. »

    Le lanceur d’alerte canadien ne demande pas pour autant la fin des réseaux sociaux ou l’interdiction de l’utilisation des données privées. « Il faut réparer Facebook, pas effacer Facebook. » Pour lui, les plates-formes sur Internet doivent être régulées comme des entreprises d’utilité publique, par exemple comme les fournisseurs d’électricité ou d’eau. « Il est devenu impossible de vivre sans ces plates-formes, mais il faut les encadrer. » Impossible, trop complexe ? « Pas du tout. Facebook et Google sont plein de gens intelligents, qui savent comment repérer si du micro-ciblage a lieu. Elles pourraient dire par exemple : attention, ceci est une publicité, vous avez été visé et voilà qui paie pour ça. » En sortant de l’ombre et en parlant, il espère que le débat sur la régulation des réseaux sociaux est désormais ouvert.



  • Je ne suis pas une balance, mes agresseurs ne sont pas des porcs. | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2017/11/17/je-ne-suis-pas-une-balance-mes-agresseurs-ne-s

    Il y a quarante ans, un vent de liberté de parole a soufflé sur les victimes d’agressions sexistes et sexuelles. Des dizaines d’entre elles ont témoigné en s’appropriant les médias de l’époque : les plateaux de télévision, les livres. Est ainsi paru, aux États-Unis, The courage to heal, un recueil décapant de témoignages de femmes victimes de viol pendant l’enfance. Les femmes de cette génération ont dit que la violence sexiste s’arrêtait ici et maintenant, que c’en était fini du patriarcat. Des lois ont été votées, telle, en France, en 1980, la première loi faisant du viol un crime passible de quinze ans de réclusion criminelle. Puis des associations qui préfiguraient l’actuel SOS Papa sont apparues, et avec elles la théorie anti-scientifique des faux souvenirs. La chape est retombée, les victimes de viol se sont tues.

    Il y a vingt ans, un vent de liberté de parole a soufflé sur les victimes d’agressions sexistes et sexuelles. Des centaines d’entre elles ont témoigné en s’appropriant les nouveaux médias de cette nouvelle époque : les forums sur internet. Sur l’ancien site web des Chiennes de garde, par exemple, s’est constitué le fil de discussion « banalités des violences sexuelles » au long duquel, en quelques semaines à peine, plus de six cents femmes ont décrit les violences qu’elles avaient subi, et les symptômes dont elles souffraient encore. J’avais vingt-cinq ans. J’ai expliqué à mes aînées que ce qu’elles n’avaient pas réussi à déclencher à la génération précédente allait enfin se produire, que la violence sexiste s’arrêtait ici et maintenant, que c’en était fini du patriarcat. En France, la notion de viol s’est élargie pour inclure celle du viol sur mineur de quinze ans et aussi celle, encore balbutiante (le consentement des deux époux étant présumé jusqu’à preuve du contraire), du viol conjugal. Puis l’affaire d’Outreau a déporté les projecteurs des victimes de viol vers les dérives judiciaires (tout le monde a oublié aujourd’hui que, dans cette affaire, même si l’on a désigné de faux coupables, de vrais enfants ont été violés pour de vrai). La chape est retombée, les victimes de viol se sont tues.

    Aujourd’hui, une fois encore, les victimes de la nouvelle génération entendent souffler le vent de la liberté de parole. Par milliers, elles s’approprient les réseaux sociaux : de « je connais un violeur » sur Tumblr à #balancetonporc. L’actrice américaine Alyssa Milano, qui a relancé le mouvement #metoo, a récemment expliqué dans une interview que la violence sexiste doit s’arrêter ici et maintenant, qu’on doit en finir avec le patriarcat.Le gouvernement français prépare un texte qui inscrira dans la loi le non-consentement présumé de l’enfant (à l’heure où j’écris ces lignes, l’absence de consentement doit être établie au cas par cas, indépendamment de l’âge de la victime) et, en 2010, a enfin disparu de la loi le consentement présumé des deux époux (autrement dit, se marier n’équivaut plus à consentir a priori à tout acte sexuel voulu par le conjoint). J’espère que la chape ne retombera pas. Mais…

    • C’est aussi celui de la radicalité des mouvements d’extrême droite, c’est aussi celui des millions de facho masculinistes « connectés à internet ». Donc ce n’est pas l’existence de cette technologie qui devrait changer grand chose (#techno-béat :p)

      (Et c’est faux, depuis le 19ème siècle les mouvements révolutionnaires, ouvriers, anarchistes, féministes, dialoguent entre pays et sont peut-être pas planétaires ok mais inter-nationaux quand même. Les militant⋅es de tel pays savaient qu’il y avait une grosse manif dans tel autre pays, sans internet et même sans téléphone, faut arrêter la réécriture progressiste du passé quand même.)

    • Oui je suis assez refroidie aussi, j’etais sur le forum des CDG en 2001 et aujourd’hui je constate que tout ce qui va rester de cette affaire Weishtein en France c’est que le seul violeur c’est Tarik Ramadan, que les pedovioleurs peuvent se faire plaisir avec des mineurs de 13 à 18ans et que le féminisme va servir de prétexte a la police pour harceler les hommes racisés.

    • En fait le texte répond à tes remarques de départ @fsoulabaille et c’est pas que ce que tu dit est faux et qu’il y a pas du positif dans le fait que les victimes s’expriment.
      Le fait que c’est pas identique à il y a 40 ans est clairement dit dans le texte et ce que j’ai mis ici n’est que le début. Ok il y a une différence d’échelle, on passe de « international » à « planétaire » et c’est pas pareil.

      Ce que j’aimais particulièrement dans ce texte c’est qu’il donne un peu de contexte historique. C’est pas la première vague de révélations du tout et je trouve important de rappeler les actions des féministes car elles sont aussi méthodiquement effacées de l’histoire que le message qu’elle porte. Planétairement les femmes témoignent des violences qu’elles subissent et planétairement les hommes n’en ont profondément rien a fiche et attendent que ca passe pour faire comme si de rien n’était. Avant ca, internationalement les femmes ont témoignés des violences qu’elles subissent et internationalement les hommes n’en ont rien eu à fiche.
      Si les témoignages pleuvent actuellement on sait que la chape de silence que le patriarcat fera retombé sera d’autant plus lourde. Pour la France l’affaire d’Outreau a servie à banalisé à nouveau l’inceste et à faire taire les victimes ( avec l’aide des faux souvenirs, SAP, SOS papa, maintenant garde-alterné imposé par défaut...).

      D’autre part ce texte me fait pensé à celui sur l’histoire des femmes et de l’imprimerie ( https://seenthis.net/messages/645682 ). Quand j’ai lu ce texte de Viennot j’avais l’impression qu’en décrivant les fraternités des clercs (étudiants, apprentis, compagnons...) elle décrivait le comportement des Kheys (frères) du forum 15-25ans de jeux-video qui à force d’insulter les femmes dans la littérature française et de menaces de viol via la prostitution sont arrivé à se faire appeler « Immortels » et « grands hommes » et à établir leur domination. Aujourd’hui le numero anti-relou n’est plus disponible et l’etat qui sois disant veut lutter contre le harcelement de rue n’interviens pas et ne propose pas de protection des victimes de harcelement et des outils qu’elles mettent en place.

      Je dit pas que 2017=1517 par contre je remarque que les hommes se donnent beaucoup de mal pour ne rien entendre, y compris sur seenthis (BCE et Butadaie ont donné beaucoup d’énergie pour discrédité le sujet). Et pour les réponses des politiques, Macron a exprimé sont rien-à-foutre, la press n’a rien changé dans sa manière de rigoler des viols et des enfants et femmes assassinées par les hommes.

      Enfin ce qui est bien dans ce texte c’est que la critique du tag « Balance ton porc » est faite sans discrédité la parole des femmes qui s’exprime tout en expliquant ce qui pose pbl avec ces mots.

    • @mad_meg merci <3 :-)
      « C’est pas la première vague de révélations du tout »

      Je suis totalement d’accord avec ça, et cet article est utile en cela qu’il nous le rappelle. L’Histoire ne se répète jamais deux fois, ce qui doit être rapproché à ce texte c’est qu’il commet cette erreur de perspective.

      Il ne s’agit plus d’un mouvement local/national dont la nouvelle se propage, ce n’est pas comparable. Ce n’est pas non plus un organisme (association, collectif, etc.) qui lance le mouvement. Il n’existe aucune coordination, aucun « hub » (un site web ou autre) par lequel passent l’ensemble de l’information.
      ça n’est vraiment pas comparable d’un point de vue sociologique ou culturel non plus.
      ça ne touche pas qu’un petit nombre d’hommes non plus.
      Les hommes ont commencé à se déchirer entre eux (i.e. Charlie vs Mediapart), la situation n’est donc pas sous leur contrôle comme elle pouvait l’être auparavant.

      @rastapopoulos
      Les mots ont un sens. Je les emploie avec délicatesse, je les choisis. Quand je les lis, je les comprend avec leur sens, je suis ce qu’on appelle, une lecteurice « littérale ».
      Me dire que ce que j’écris est faux alors que ce n’est pas le cas c’est très irritant car ton argumentaire est bon, mais il est tellement a coté de ce que j’écris que j’ai la sensation d’être une voix qui s’exprime dans le désert. J’ai beaucoup connu ça en politique, nier l’autre pour mieux rester droit dans ses bottes. C’est tellement « vieux monde » et machiste que ça discrédite l’intelligence de celleux qui enferment ainsi leurs pensées.

    • Je ne connais pas Saratoga qui signe l’article, mais je n’aime pas du tout comme iel écrit.
      Par exemple :
      « Les agresseurs ne sont pas des porcs et les témoins qui préfèrent se rincer l’œil plutôt que d’intervenir (combien de collègues rient des agressions verbales à mon encontre au lieu de protester) ne sont pas des porcs non plus. Tous ces hommes ont intégré, et revendiquent, le fait que le corps des femmes appartient à l’espace public. »

      deux phrases distinctes, la première, prise isolément, est à double sens contradictoires :
      1/ le vocabulaire employé n’est pas adapté à ce qui est dénoncé, c’est pire
      2/ le vocabulaire employé n’est pas adapté à ce qui est dénoncé, c’est exagéré

      la deuxième prise isolément est à double sens encore une fois :
      – ces hommes sont sincères et honnêtes et ne réclament que leur bien
      – ces hommes sont masculinistes.

      Du coup, je ne sais pas lire ce texte sans y voir le doute permanent, la bascule entre le sexisme et le féminisme est permanente tout au long du texte. Il est clair que l’auteurice manque de recul sur iel-même pour ce qui concerne les rapports femmes-hommes, entre le désir et le dégout.

    • Je voie pas ou le texte dit que l’histoire se répète à l’identique et je ne voie pas non plus ou il est ecrit qu’il y a rien de spécifique à l’affaire Weinstein.

      par raport à ceci :

      ça ne touche pas qu’un petit nombre d’hommes non plus.
      Les hommes ont commencé à se déchirer entre eux (i.e. Charlie vs Mediapart), la situation n’est donc pas sous leur contrôle comme elle pouvait l’être auparavant.

      les hommes dont tu parle sont en conflit depuis longtemps et les femmes ( mais sutrout Monsieur T.Ramadan) ne sont qu’un pretexte à un nouvel épisode de leur conflit qui est raciste et islamophobe. Du coup je comprend pas trop ce que ces machos de Charlie prouvent ni viennent faire ici. il y a des homme qui instrumentalisent les violences faites aux femmes pour se battre entre eux mais j’appel pas ca une nouveauté. Le fait qu’en france le seul agresseur affiché dans la presse soit musulman est inquiétant.

    • La répétition de l’Histoire n’est pas exprimée clairement dans une phrase. elle est sous entendue dans le texte avec la superposition des deux premiers paragraphes commençant et se terminant par les mêmes mots à un près :
      « Il y a quarante ans (...) La chape est retombée, les victimes de viol se sont tues.
      Il y a vingt ans (...) La chape est retombée, les victimes de viol se sont tues. »

      Ce texte est truffé de pièges et d’artifices, je ne l’aime pas du tout.

    • « Il y a quarante ans (...) La chape est retombée, les victimes de viol se sont tues.
      Il y a vingt ans (...) La chape est retombée, les victimes de viol se sont tues. »
      Pourtant c’est ce qui s’est passé. Après Outreau la chappe de plomb est tombé sur l’inceste en France, l’affaire Dutroux avait commencer le travail de détournement de l’attention populaire vis à vis de l’inceste.
      La comparaison historique est possible non ? Le fait de travailler sur une mémoire des actions des femmes et des féministes est pour moi une chose importante et ta vision sois disant global (ne pas considéré les faits un à un) n’apporte rien à la cause des femmes. Ce que tu dit me semble un discours largement entendu depuis le début de l’affaire weistein et ce qui m’interesse dans ce texte c’est qu’il donne d’autres perspectives. Il me semble plus interessant de prevenir la future chappe de plomb qui se fabrique collectivement (comme il s’en fabrique une à chaque fois) et d’y réfléchir plutot que de faire la fete comme si le patriarcat était tombé.

    • L’affaire d’Outreau c’est de l’entre-mecs juges et vrais ou faux coupables, pareil pour Dutroux. C’est entre les mains de la justice, de la police et de la presse. Il y a un calendrier administratif, on en connait les échéances on peut doser l’effet au fil du temps, faire monter la sauce, la laisser retomber etc.

      J’insiste sur la spontanéité de ce qu’il se passe en ce moment. On déboulonne Elie Wiesel, prix Nobel de la paix et harceleur sexuel, c’est passé comme un verre d’eau, ça n’a heurté personne ou si peu. La presse a chaque jour et presque chaque heure un nouveau scandale qui lui vient à la connaissance mais elle ne peut pas en faire grand chose car l’info est publique dans le même temps. Il n’y a pas de calendrier possible, rien n’est prévisible. je ne vois pas comment une chappe de plomb pourrait avoir une couverture planétaire désormais.

    • Je comprend pas ce que tu dit sur Outreau, mais ca change pas que cet « entre-mec » à eu comme résultat de faire taire les victimes et d’invisibilisé les problèmes d’inceste et violences dans la famille.
      Pour ton second paragraphe personne ne prétend que ce que tu dit n’est pas vrai, l’article en question ne dit pas que ce mouvement n’est pas spécifique et particuilier. Pour l’aspect spontané, la vague de témoignages sur le forum CDG en 2001 était spontanée aussi.
      Et pour le fait que tu voie pas comment une chappe de plomb planétaire se formerait, c’est pas une raison pour t’opposer à l’élaboration d’une réflection sur ce sujet. Perso je vois une bonne quantité de moyen pour que le silence retombe : euphémisation, retour du discours d’une égalité déjà la, prétexte que le sujet est connu et qu’il faut passé à autre chose, baisse de la majorité sexuelle en France, instrumentalisation du harcelement sexuel à des fins raciste, classistes, xenophobes, correctionnalisation des viols, peines legères voire symbolique pour les agresseurs et non-lieux en masse dans les procès suite à cette vague et lourde condamnation des victimes attaquées en diffamation, accusation des femmes d’en faire trop, victimisation des agresseurs, naturalisation de la domination sexuelle ... Dans le texte le fait que le « porc » devienne un argument retourné contre les femmes est possible, genre « les hommes sont des porcs, c’est leur nature que voulez vous ». Argument deja bien connu et très utilisé par les français·e·s qui s’accommodent de cet etat de fait.

      Pour le prix nobel je l’ai pas vu passé et je me focalise sur le contexte français, comme la personne qui écrit l’article de départ le fait aussi. Même si la parole est dénoué de manière planétaire (avec quand meme une seule japonnaise et beaucoup de pays qui n’ont pas fait de bruit du tout) en France il y a une forte résistance au féminisme et les masculinistes sont en position de force. Pour l’instant il me semble qu’en France le problème est en train de se réduir au cas Ramadan et d’un truc propre à Hollywood et je trouve utile de se servir des enseignements du passé pour empêcher que cela sois le cas.


  • La fin du travail, le nerf de la guerre, Philippe Escande
    « Retours sur le futur (5/5). Des auteurs ont anticipé la société à venir dans des livres vendus à des milliers d’exemplaires. En 1997, Jeremy Rifkin théorisait ce qui allait inspirer la gauche française lors de nombreux débats politiques : la destruction des emplois par la technologie. »

    http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/08/18/la-fin-du-travail-le-nerf-de-la-guerre_5174023_4415198.html

    Michel Rocard ne s’y était pas trompé : ce livre est « effrayant ». Dans la préface de l’édition française, il écrit qu’il est sidéré par l’ampleur du défi lancé par l’auteur de La Fin du travail (Jeremy Rifkin, La Découverte, 1997. Publication originale : The End of Work, 1995). Depuis plus de cinq mille ans, l’homme courbe l’échine sous le poids de ses obligations, et voilà que Jeremy Rifkin, spécialiste de prospective, annonce sa libération.

    Dans cet essai « torrentiel, déconcertant et parfois agaçant » – toujours selon Rocard –, l’auteur prédit que la technologie va progressivement faire disparaître la force de travail humaine et qu’il convient de s’y préparer en investissant massivement dans l’économie sociale. Il faut anticiper le chômage et l’extension de la misère, et aviver l’espoir de l’avènement d’une société moins marchande et plus solidaire.

    Il est déconcertant de constater qu’un débat lancé il y a plus de vingt ans ait refait surface, en France, lors de la campagne présidentielle de 2017. Bien des idées du candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, résonnent étrangement avec celles proposées par Rifkin : les robots vont tuer l’emploi, un revenu universel est nécessaire et il faut renforcer un tiers secteur non marchand. L’Américain a multiplié ses disciples.

    Vendu à 125 000 exemplaires aux Etats-Unis – ce qui est loin d’en faire un best-seller –, le livre a connu une belle carrière internationale. Traduit en dix-sept langues, il a lancé la carrière de son auteur et l’a installé dans le fauteuil confortable de prophète d’un monde nouveau, marqué par la triple révolution numérique, biologique et écologique. (

    Papy débonnaire
    Son ouvrage précédent, Au-delà du bœuf (Beyond Beef, Dutton Adult, 1992), plaidoyer d’un végétarien convaincu qui dénonce la consommation de viande et l’élevage bovin, ne laissait pas prévoir qu’il allait s’attaquer aussi abruptement à l’un des fondements de l’activité humaine. Douceur du regard, calvitie de notaire et moustache de sergent-major, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession.

    Un révolutionnaire se cache pourtant derrière Jeremy Rifkin, ce papy débonnaire aux costumes soignés et aux pochettes de soie assorties. Son premier engagement, celui qui déterminera tout le reste, a lieu en 1967 quand, jeune diplômé en droit, il organise la première manifestation nationale contre la guerre au Vietnam. Plus tard, il épouse la cause de la lutte contre les manipulations génétiques. Il trouble, avec ses camarades, les cénacles de l’Académie des sciences, en déployant ses banderoles et en chantant « Nous ne voulons pas être clonés », sur l’air de l’hymne aux droits civiques (We Shall not Be Moved).

    En 1977, dans le Library Journal, le critique Ken Nash presse le destin de ce jeune homme qui n’avait pourtant produit qu’un seul livre (Own Your Own Job, Bantam Books, 1977) : « Le socialisme de Rifkin est aussi américain que la tarte aux pommes, écrit Nash. Il est peut-être notre plus talentueux vulgarisateur d’idées radicales. » La France va adorer.

    Multiples retirages

    Quelques mois après la publication de The End of Work, le sociologue français Alain Caillé dévore le livre et rêve d’une édition française. Théoricien du don et militant de l’anti-utilitarisme, alternative humaniste au libéralisme et au marxisme, il retrouve ses thèmes dans l’ouvrage de Rifkin : l’impasse de l’économie marchande qui exclut de l’emploi et la nécessité d’encourager l’économie solidaire.

    Il fait le siège de son éditeur, La Découverte, pour le convaincre de le publier. « Ça ne se vendra pas », le prévient François Gèze, le patron de la maison. A tort : il a vendu plus de 30 000 exemplaires la première année de sa sortie, sans compter les multiples retirages, qui élèvent le nombre à 57 000. « Et il s’en vend toujours aujourd’hui », pointe l’éditeur. Il faut dire qu’il avait réussi à convaincre son ami Michel Rocard de préfacer l’ouvrage.

    Philippe Séguin, à l’époque président de l’Assemblée nationale (1993-1997) et autre amoureux du débat sur le travail, avait décliné car Jeremy Rifkin exerce déjà sur le personnel politique, français comme européen, un attrait indéniable. Comme si ses idées originales ouvraient de nouveaux horizons à des décideurs en panne de solutions nouvelles. Avant la sortie de l’édition française, il était l’invité d’honneur d’une conférence de deux jours organisée par Philippe Séguin à Epinal, son fief des Vosges, rassemblant leaders syndicaux et chefs d’entreprise.

    « Nouvel esprit de paresse »

    Le succès de l’ouvrage est aussi dû à un concours de circonstances exceptionnel : rincés par une crise qui n’en finit pas en ce milieu des années 1990, les Français sont en proie au doute. « Contre le chômage, on a tout essayé », reconnaît, en 1993, le président François Mitterrand. On imagine alors la disparition de l’emploi. Un an avant la traduction de Rifkin, la sociologue et philosophe Dominique Méda publie Le Travail, une valeur en voie de disparition (Alto, 1995). Un tabou saute. La droite hurle à l’Assemblée face à ce « nouvel esprit de paresse ».

    Dans le même temps, la romancière Viviane Forrester fait un tabac avec son Horreur économique (Fayard, 350 000 exemplaires). L’entreprise n’est plus tendance, le débat s’installe à gauche. Mais nous sommes en France, et l’argumentaire économique promu par Rifkin vire à la controverse philosophique.

    Pour Méda, comme pour André Gorz et d’autres penseurs de gauche, la question du progrès technologique n’est pas centrale. Il s’agit d’affirmer que le travail, valeur réhabilitée au XVIIIe siècle avec les Lumières, ne constitue pas l’essence de l’homme et que l’entreprise ne doit pas être son seul horizon. Il convient d’en réduire la durée pour se consacrer à d’autres activités plus épanouissantes : la famille, la communauté, l’enrichissement intellectuel… La conclusion est identique à celle de l’Américain mais prend d’autres chemins.
    « Je ne dis pas que le travail va disparaître, assure la sociologue, mais je souhaite qu’il prenne moins de place. » Une idée que partage également l’économiste Gilbert Cette, professeur à l’université d’Aix-Marseille, et qu’il traduit en des termes plus économiques :
    « Augmenter le temps de loisirs est une forme de redistribution des gains de productivité. »

    Déprime des salariés

    A ces données s’ajoutent une déprime des salariés (le plus grand succès des éditions La Découverte à cette époque sera d’ailleurs Le Harcèlement moral, de Marie-France Hirigoyen, en 1998, vendu à 600 000 exemplaires…) et une réflexion à gauche qui s’oriente de plus en plus vers la réduction du temps de travail.

    A la faveur de la dissolution du Parlement par Jacques Chirac en 1997, la gauche, exsangue cinq ans plus tôt, revient au pouvoir. A court d’idées neuves, elle saute sur la réduction du temps de travail, soufflée à Martine Aubry par Dominique Strauss-Kahn. Gilbert Cette intègre le cabinet de la ministre et donne une réalité à ce vieux rêve.
    Jeremy Rifkin ne pouvait imaginer pareille consécration : la plus importante réforme sociale de l’après-guerre en France, mise en route deux ans après la parution de son livre qui en faisait l’apologie ! Pourtant, la destruction des emplois par la technologie, thèse principale du livre, n’a pas abouti à une disparition du travail mais à sa transformation. Le drame que décrivait si bien l’auteur n’était pas celui de la fin du salariat mais de la désindustrialisation.

    Légitimité du débat

    Et si le débat revient aujourd’hui avec la peur de l’avènement des robots, la plupart des spécialistes en rejettent l’idée, de surcroît contredite par les faits : vingt ans après sa prédiction funeste, le taux de chômage mondial est plus bas qu’à l’époque (1 % de moins) ! Vieille opposition du scientifique face au vulgarisateur qui noircit le trait pour mieux vendre son message au risque de le déformer…
    « Monsieur Rifkin est un charlatan ! C’est un consultant qui a eu le flair d’enfourcher, au bon moment, les grandes peurs collectives de notre fin de siècle : les risques liés au progrès technologique et le chômage », lançait Olivier Blanchard, ancien chef économiste au FMI et enseignant au MIT, l’un des rares de sa profession qui soit entré dans le débat. Les autres ont préféré l’ignorer.

    Jennifer Hunt est l’une des plus grands spécialistes du travail aux Etats-Unis. Elle fut chef économiste au ministère du travail américain pendant la mandature de Barack Obama. « J’étais professeure à l’université Yale à l’époque, dit-elle. Nous ne le connaissions même pas. En 1995, nous sortions de la récession, c’était le début de la nouvelle économie et la croissance de l’emploi était très rapide. » Tout juste reconnaît-elle qu’il est parfois utile « d’avoir des gens qui ne sont pas contraints par une discipline et par des faits scientifiques ». Pour l’économiste Daniel Cohen, « Ce livre est arrivé à un moment de grande fatigue. Il est faux de dire que le travail disparaît, mais le débat sur la finalité de celui-ci est légitime ».

    Conférences convoitées
    C’est finalement le destin des Rifkin, Attali ou Minc de saisir l’air du temps, de lire beaucoup et de former, à partir de cela, des idées bien plus audacieuses que celles de la communauté scientifique… Et d’en faire commerce. Les conférences de Jeremy Rifkin, réclamées par toutes les grandes entreprises et organisations mondiales, se monnayent entre 20 000 et 40 000 euros.

    Sa société de conseil enchaîne les contrats avec la Commission européenne, le gouvernement allemand, la ville de La Haye, le Luxembourg, la région des Hauts-de-France… Les missions sont facturées entre 350 000 et 450 000 euros – « Le prix d’un rond-point », tempère modestement le prospectiviste –. « Sa notoriété et son charisme nous ont permis de rassembler tous les acteurs de la région autour d’un projet mobilisateur », insiste l’ancien ministre Philippe Vasseur, qui a monté avec lui le projet de « Troisième révolution industrielle » pour les Hauts-de-France.

    La Fin du travail a permis à Rifkin de gagner ses galons de millénariste en chef. Après la fin du bœuf et celle du travail, sont intervenues celles de la propriété (L’Age de l’accès, La Découverte, 2005) et des énergies fossiles (La Troisième Révolution industrielle, Les Liens qui libèrent, 2012). Il prédit maintenant la fin du capitalisme par sa dissolution dans le collaboratif (La Nouvelle Société du coût marginal zéro, Babel, 2016), voire la fin de l’espèce humaine, si l’on ne prend pas de mesure contre le réchauffement climatique.

    Des idées fortes qui retentissent dans une Europe en proie aux doutes existentiels. « Si je devais renaître, j’aimerais que ce soit en France ou en Italie », a coutume de lancer Jeremy Rifkin. Il en est déjà le citoyen de cœur et, avec ses certitudes, il est au moins le prophète d’un monde incertain.

    https://seenthis.net/messages/262461

    #Rifkin #Travail #emploi


  • David Graeber : Occupy Saturne
    Par Renaud Garcia
    In CQFD n°145 (juillet-août 2016)
    http://cqfd-journal.org/David-Graeber-Occupy-Saturne

    Lecteur attentif de Graeber depuis assez longtemps maintenant, dès sa période « underground », pourrais-je dire, il m’a fallu revenir plusieurs fois sur ce livre, constitué principalement de trois articles datés de 2012, pour me rendre à cette fâcheuse évidence : notre « anthropologue-anarchiste » peut désormais tout se permettre, y compris exhumer ses fonds de tiroir de façon éhontée. Entendons-nous bien cependant : Bureaucratie contient dans son premier article des développements intéressants qui manient le paradoxe avec goût. On pense d’ordinaire une opposition entre l’État et le marché ? Il n’en est rien : la rationalité marchande se coule parfaitement dans le principe d’efficacité de la bureaucratie. Efficacité seulement prétendue, car dans une société entièrement régie par des contrats (un rêve libertarien !), la nécessité de recourir à des rapports bureaucratiques serait multipliée et non limitée, segmentant les relations collectives entre dépôt de projets et réponse à des contrôles. Voilà des éléments indéniablement intéressants et bien tournés. Ils ne doivent pas pour autant occulter l’inanité du deuxième article reproduit dans ce recueil, « Des voitures volantes et de la baisse du taux de profit », qui ne s’est guère attiré de commentaires critiques alors qu’il enchaîne énormités sur énormités.

    • Sur le point de me laisser embarquer par cet optimisme technologique sans faille, une malheureuse citation est revenue doucher ma naissante euphorie : « Durant un siècle, l’humanité s’est livrée à une expérience fondée sur l’hypothèse suivante : l’outil peut remplacer l’esclave. Or, il est manifeste qu’employé à de tels desseins, c’est l’outil qui de l’homme fait son esclave. La dictature du prolétariat et la civilisation des loisirs sont deux variantes politiques de la même domination par un outillage industriel en constante expansion. » Ces lignes d’Ivan Illich, dans La Convivialité, datent de 1973, lorsque le jeune Graeber devait dévorer tout Asimov en rêvant de laisser un androïde sur Mars. Or, des réflexions de cet acabit n’existent tout bonnement pas dans la galaxie de notre anthropologue-anarchiste. À ses yeux, il est au contraire étonnant que nous n’ayons pas déjà perçu à quel point le capitalisme freine l’innovation, au lieu de favoriser précisément sa constante expansion. L’iPhone, objet révéré de notre époque, ne serait ainsi qu’une « modeste amélioration » conçue pour amuser la galerie. Qu’il soit utile, incidemment, pour tracer, géolocaliser, conserver le salarié sous pression perpétuelle et exploiter par consentement les dynamiques auto-entrepreneurs de la nouvelle économie : de tout cela, pas un mot.

      #David_Graeber #Renaud_Garcia #critique_techno #progressime #techno-béat



  • Quand les humains n’auront plus besoin de postuler - Le 4e singe
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/103029710578

    « L’automatisation est inévitable. Nous devons donc commencer à penser à ce qu’il se passera quand une large proportion de la population ne pourra plus être employée, sans aucune faute de sa part. Que faire dans un #futur où, pour la plupart des emplois, il sera inutile de postuler dans on sera humain ? »

    #vidéo. Via le 4e Singe. 

    #travail #digiwork #automatisation #robotisation #prospective


  • Les secrets du passe Navigo — Applidium, agence mobile à Paris
    http://applidium.com/news/les_secrets_du_passe_navigo

    Nous pensons que la compatibilité de ces cartes avec les mobiles est un pas important dans la direction du m-transport. En effet, cela ouvre la possibilité à un large champ d’applications qui étaient jusque là techniquement impossibles.
    On peut imaginer par exemple, avoir la possibilité de recharger la carte Navigo à travers son mobile plutôt que de faire la queue au guichet tous les débuts de mois.
    Encore mieux, des ponts entre le passe de l’utilisateur et un service mobile d’information voyageur pourraient être créés afin de personnaliser les fonctionnalités de l’application mobile : stations favorites, alerte trafic personnelle, statistiques de consommation du réseau …

    C’est moi ou ils sont bêlants de naïveté et de joie de vivre en ignorant les risques de NFC ? La carte est en lecture/écriture, on pourrait donc, dans les faits, y mettre le bronx non ?

    #privacy


  • Jeremy Rifkin, l’Internet des objets et la société des Barbapapa
    http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2014/09/28/jeremy-rifkin-l%E2%80%99internet-des-objets-et-la-societe-d

    Ce système hypothétique d’abondance planétaire à coût très faible repose sur une hypothèse centrale sans laquelle il ne tient pas debout : les énergies (renouvelables) vont « devenir pratiquement gratuites » à terme. Aucun autre « spécialiste » que Rifkin ne dit cela dans le monde ! Tous disent que l’énergie restera chère, renouvelable ou pas, parce que certes le soleil et le vent sont gratuits, mais les panneaux photovoltaïques, les éoliennes, les réseaux électriques intelligents et toutes les autres techniques, exigent des matériaux, des métaux et des terres rares qui sont et seront chers, et même de plus en plus. Cela ruine le modèle techno-économique « hors-sol » de Rifkin, aussi bien pour cette nouvelle production 3D que pour sa vision de robots prenant la place de l’essentiel du travail humain. (...) (...)


  • Let’s All Stop Saying ‘Disrupt’ — NYMag
    http://nymag.com/daily/intelligencer/2014/06/lets-all-stop-saying-disrupt.html

    when #start-ups working in heavily regulated industries encounter resistance from lawmakers or industry overseers, the concept of #disruption is invoked almost instinctively. “But we’re disruptive!” the start-up pleads. “How can you be against disruption?”

    The problem with this reaction is that it lumps all opposition to new technology into the same category — anti-progress Luddites protecting the status quo at the expense of innovation. In reality, motives differ widely. Maybe a flashy new biotech start-up is being opposed becuse regulators are in the pocket of Big Pharma. Or maybe the FDA is holding it up because the founder is a charlatan selling fake stem-cell treatments to children. When every new innovation is cast as disruptive, there’s no way to distinguish between legitimate opposition and mere protectionism. The effect on honest conversation is chilling: As Michael Bartel puts it, the dominant view becomes one in which “any objections to change are irrelevant, because change itself is necessarily good.”


  • « Internet : les héros sont fatigués » Rassurez-vous, l’article va à l’encontre de son titre. Internet est-il fichu ? Est-il temps d’entonner le chant des pleureuses, qui se répand dans tous les médias en ce moment « la fin d’Internet », « la mort d’une utopie », etc ? Laurent Chemla et Éric Walter ne sont pas d’accord. Ils dénoncent ce discours pessimiste à la mode et soupçonnent qu’il n’est qu’un moyen de faire accepter les futures censures.

    L’article a été piraté par un de ses auteurs : http://pastebin.com/KLhT3Y1f

    Car l’original est derrière un paywall : http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2014/05/06/internet-les-heros-sont-fatigues_1011830

    Numerama en a fait une bonne synthèse : http://www.numerama.com/magazine/29299-eric-walter-hadopi-et-laurent-chemla-ensemble-contre-la-surregulatio

    • Le texte n’a été mis en ligne par Libération que dans son édition réservée aux abonnés, ce qui est totalement absurde s’agissant d’une tribune qui lui est offerte et qui vise être lue par le plus grand nombre.

      #anéfé !

    • Autant je suis d’accord pour ce qui est de la liberté, de la neutralité, etc. Autant argumenter cela en mettant en avant plusieurs fois « l’infinité », ça fait très #techno-béat #libéral-libertaire.

      L’espace électronique n’est pas infini, il est limité par le nombre de serveurs et l’énergie que l’on doit utiliser pour faire tourner cette monstrueuse machinerie mondiale (et qui continue de s’étendre avec tous les périph mobiles et objets connectés).

      Pour moi un semblant de liberté viendrait plutôt d’une autolimitation (volontaire donc) par mutualisation associative/coopérative des outils. Et pas que des serveurs, y compris des outils clients.

      Ne pas utiliser les gros services centralisés méchants, mais ne pas non plus avoir chacun ses N outils dans son coin (beurk beurk l’autohébergement super individuel pour l’explosion du nombre de choses connectées).

      Je n’ai aucune envie de me lancer « dans la conquête de l’infini » !

      #technologie #TIC #internet #neutralité #critique_techno



  • Non au techno-féodalisme !
    http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2014/02/14/non-au-techno-feodalisme_4366485_3234.html
    par Martin Wolf

    Longtemps les plus riches ont vécu une vie oisive aux dépens des masses laborieuses. L’émergence des machines intelligentes permettra à un nombre infiniment plus grand de gens de mener une telle existence sans pour autant exploiter autrui.

    Le puritanisme triomphant d’aujourd’hui est révulsé à la perspective d’une telle inactivité. Eh bien, dans ce cas, laissons les gens s’amuser « activement » ! Sinon, dans quel but aurions-nous réalisé l’accroissement considérable de la prospérité générale ?

    Surtout, il faudra redistribuer revenus et richesses. Cela pourrait prendre la forme d’un revenu de base versé à tout adulte, auquel s’ajouterait un financement de périodes de formation à tout âge de la vie. Les fonds pourraient provenir de taxes sur les pratiques nocives (la pollution…) ou sur les locations (dont celles des terrains et, surtout, de la propriété intellectuelle).

    Les droits de propriété sont une création sociale. Le fait que seule une minorité infime soit en mesure de profiter massivement des nouvelles technologies doit être remis en cause. L’Etat devrait ainsi recevoir automatiquement une part des revenus de la propriété intellectuelle qu’il protège.