• Lecture d’un extrait du livre « Chiens » de Julien Viteau, publié aux éditions Verdier, en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/chiens-de-julien-viteau

    En 1985, Julien, adolescent précoce, tente de survivre à une famille dysfonctionnelle et passe l’été au Touquet où il travaille dans une librairie. Entre les bunkers de la plage et les néons du Midnight, il s’éveille au désir, guidé par deux boussoles mythologiques : Argos le Grec, chien du mythe et de l’errance, et Keleb le Juif, gardien de l’érudition. Julien cherche à désapprendre le monde plutôt qu’à le conquérir. Ce troublant récit d’initiation a une forme inédite. Certains mots, mis en relief, en gras, suspendent le temps du récit. Ces boussoles émotionnelles fragmentent le texte, leurs fulgurances renforcent la singularité du regard du narrateur sur son propre parcours. Une enquête métaphysique sur le temps, l’identité et le langage.

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Langage, #Corps, #Désir, #Identité, #Temps, #Portrait, #Biographie (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_chiens_julien_viteau.mp4

    https://editions-verdier.fr/livre/chiens

  • #Canicule : la #charge_écologique pèse lourdement sur les #femmes

    Alors que la France traverse une canicule historique, les appels à adapter nos modes de vie s’intensifient. Mais les #écogestes reposent de manière disproportionnée sur les épaules des femmes rappelle une étude de la Fondation Jean-Jaurès, jusqu’au #risque_de_décrochage.

    Avec la canicule, impossible d’accueillir les enfants dans près de 2000 #écoles en France… Et ce sont majoritairement les femmes qui vont les garder à la maison sous des températures éprouvantes. Un #poids de plus sur leurs épaules.

    Depuis que les températures record rappellent l’urgence climatique, les appels à « #faire_des_efforts » pour la planète se multiplient. Mais derrière ces #injonctions, une réalité invisibilisée : ces efforts reposent encore très majoritairement sur les femmes. C’est ce que met en lumière une étude de la Fondation Jean-Jaurès, menée avec L’ObSoCo et Citeo, publiée le 25 juin 2026.

    #Argent, #temps, #équipement : ce sont généralement les obstacles invoqués avant d’entreprendre des efforts d’#adaptation. Pourtant, l’analyse menée par Diane Blanchard, Marie Gariazzo (L’ObSoCo) et Rozenn Nardin (Citeo) lève le voile sur un angle mort majeur de cette transition : l’#éco-citoyenneté se traduit trop souvent par un surcroît de #travail_domestique invisible majoritairement pris en charge par les femmes.

    #Fatigue

    Faire ses produits ménagers, acheter en vrac, cuisiner davantage ou encore gérer le tri et le compost demandent une #organisation complexe et chronophage. Résultat : une #fatigue_écologique s’installe. Certaines femmes interrogées évoquent un sentiment d’#épuisement, voire de #décrochage.

    « C’est très bien le #do-it-yourself, mais qui prend l’initiative de cela ? […] La question environnementale, c’est une #charge supplémentaire dans la besace de la #charge_mentale et dans les #tâches_domestiques pour les femmes. » note Amandine Clavaud, directrice de l’Observatoire égalité femmes-hommes à la Fondation Jean-Jaurès.

    Injonctions et #culpabilité

    L’étude décortique les #conditions_psychologiques dans lesquelles s’implantent ces nouvelles pratiques : « les hommes et les femmes rencontrés évoluent dans un univers saturé d’attentes, d’exigences et de rôles à tenir ». Les femmes sont face à une accumulation d’#injonctions : être une bonne mère, une professionnelle investie, et désormais une consommatrice exemplaire sur le plan environnemental

    Beaucoup des participantes décrivent un sentiment de fatigue, voire d’épuisement. Elles disent avoir l’impression que leurs #efforts ne sont jamais suffisants. Cette culpabilité est renforcée par une #inquiétude réelle face au dérèglement climatique, particulièrement chez les #mères qui associent directement la dégradation de l’environnement à l’avenir de leurs enfants.

    Répartition inégale

    L’étude montre que les écogestes sont loin d’être répartis équitablement au sein des couples. Les femmes réalisent encore majoritairement les #courses alimentaires, choisissent les produits, surveillent les emballages, organisent les repas et gèrent le tri des déchets. Elles sont aussi les premières à initier de nouvelles pratiques plus durables : achats en vrac, fabrication de produits ménagers, réduction des déchets ou compostage.

    Selon les données citées, 72 % des femmes déclarent s’occuper principalement des courses alimentaires, contre seulement 42 % des hommes.

    Travail invisible des femmes

    Et cette implication reste largement invisible. Les familles disent volontiers « on » « on trie », « on mange bio ». Les autrices analysent que « ce « on » ne révèle rien du « qui fait quoi ? » et agit comme un facteur de minimisation du rôle de chacun ». Derrière cette illusion de partage, elles tranchent : « derrière le « on est écolo », c’est souvent le #travail_invisible des femmes qui en est à l’origine. Les entretiens montrent que beaucoup de femmes minimisent elles-mêmes cette différence avant de reconnaître qu’elles sont celles qui pensent au compost, surveillent le tri ou rappellent les consignes au reste de la famille.

    Politique des écogestes

    L’étude insiste sur un point clé : la #transition_écologique ne pourra pas reposer uniquement sur les efforts individuels, et encore moins sur ceux des femmes.

    Le développement du #réemploi, par exemple, suppose une réorganisation complète du quotidien -stocker, rapporter, laver les contenants. Cette #réorganisation nécessite une réflexion sur le partage des tâches au sein des familles mais aussi et surtout sur les infrastructures avec des points de collecte accessibles, des services adaptés. Faute de quoi, ces nouvelles pratiques risquent d’aggraver les déséquilibres existants et d’être impossibles à faire tenir sur la durée.

    https://www.lesnouvellesnews.fr/canicule-la-charge-ecologique-pese-lourdement-sur-les-femmes
    #genre

    • L’#écologie du #quotidien : les femmes en première ligne

      Alors que la France connaît une canicule historique, force est de constater que l’écologie du quotidien se heurte à un triptyque structurant : argent, temps, équipement. Mais à ces marqueurs sociaux et économiques s’ajoute un angle mort : celui du genre. À partir d’entretiens qualitatifs, Diane Blanchard, cheffe de projet à L’ObSoCo, Marie Gariazzo, directrice à L’ObSoCo, et Rozenn Nardin, directrice innovation et anticipation à Citeo, montrent que la charge écologique repose principalement sur les femmes dans les ménages, accentuant les inégalités femmes-hommes, la fatigue, voire le décrochage.

      https://www.jean-jaures.org/publication/lecologie-du-quotidien-les-femmes-en-premiere-ligne
      #rapport

  • Lecture d’un extrait du livre « Venise, millefleurs » de Ryoko Sekiguchi, publié aux éditions P.O.L., en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/venise-millefleurs-de-ryoko-sekiguchi

    De 2023 à 2025, Ryoko Sekiguchi a effectué huit séjours à Venise. Elle y découvre l’herbier d’Ilaria, jeune botaniste du XIXᵉ siècle. Ce journal intime l’incite à engager une relation épistolaire avec la jeune femme à travers le temps. Il l’incite ainsi à appréhender d’une manière inédite l’espace de la cité lacustre qu’elle perçoit comme un archipel familier, un espace vivant avec ses jardins secrets. Sensible aux eaux stagnantes et à l’isolement des îles, elle délaisse le décor de théâtre et les clichés du tourisme de masse pour rendre la parole aux habitants et aux plantes. Ce livre, qui s’inspire de la technique verrière du millefiori, assemble une mosaïque de fragments qui nous révèle que Venise est moins une ville de pierre qu’un poème vivant en perpétuelle germination.

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Photographie, #Paysage, #Venise, #Art, #Temps, #Espace, #Nature (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_venise_millefleurs_ryoko_sekiguchi.mp4

    https://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-6512-9

  • L’#université à l’épreuve des machines

    Les #IA génératives n’ouvrent pas seulement un nouveau chapitre de la #fraude_académique. Elles déstabilisent plus profondément le #régime_de_preuve sur lequel l’université s’est longtemps reposée : nous avons pris des textes finis pour des signes d’#apprentissage. Lorsque des réponses plausibles deviennent triviales à produire, l’enjeu n’est plus de protéger des devoirs, mais de former et d’éprouver le #jugement.

    À l’été 1956, à Dartmouth, un petit groupe de chercheurs se réunit autour d’une hypothèse que beaucoup tenaient pour de la science-fiction : tout aspect de l’apprentissage pourrait, en principe, être décrit avec une précision suffisante pour être simulé par une machine. C’est là que fut forgée l’expression « #intelligence_artificielle ». Près de soixante-dix ans plus tard, les descendants de ce pari composent des textes, du code et des argumentaires avec une aisance qui peut passer, au premier regard, pour celle d’un esprit cultivé. La question qu’ils posent à l’université n’est pas seulement technique. Elle est institutionnelle : que certifions-nous au juste lorsque nous disons qu’un étudiant a appris ?

    On affirme volontiers que l’intelligence artificielle a créé une crise de l’#éducation. C’est inexact. Elle a surtout rendu impossible à dissimuler une confusion beaucoup plus ancienne. Pendant des années, les universités ont récompensé la #fluidité plus que la #compréhension, le poli plus que la profondeur, la #performance plus que le #jugement. Tant que produire un texte cohérent demandait du #temps, de l’#effort et une #compétence relativement rare, l’illusion tenait. Elle ne tient plus. Lorsqu’un étudiant peut obtenir en quelques minutes une #dissertation propre, structurée et plausible en donnant quelques consignes à un #modèle_de_langage, la vraie question n’est plus seulement celle de la #fraude. Elle est de savoir ce que nos exercices mesuraient réellement.

    J’en ai eu récemment une illustration simple. Un étudiant me présente un brouillon impeccable : phrases nettes, transitions soignées, argumentation apparemment maîtrisée. Je lui demande pourquoi une proposition découle de la précédente. Il hésite, puis se met à décrire le texte comme on décrirait un objet : ce qu’il contient, l’effet qu’il produit, l’usage qu’on peut en faire. Le #texte avait été généré avec l’aide d’un modèle, puis retouché. Il était correct. Il n’était pas habité. Ce qui frappait n’était pas l’usage de l’outil, mais la dissociation entre l’#aisance_verbale et le #travail_de_la_pensée. Le problème n’était pas seulement l’#auctorialité du texte ; c’était l’effondrement du lien entre la #production_d’un_écrit et la #preuve_d’un_apprentissage.

    Produire un résultat, former un jugement

    C’est ce lien que l’IA fragilise. L’université moderne a longtemps traité la #production_finie comme l’indice suffisant d’un travail intérieur : un devoir rendu, un commentaire composé, une note de synthèse, un mémoire. Or produire un résultat n’est pas former un jugement. Certaines opérations peuvent être déléguées parce qu’elles visent un objet extérieur : mettre en forme, résumer, reformuler, ordonner des matériaux. D’autres changent de nature dès qu’on prétend les déléguer : remarquer ce qui résiste, identifier une faille, peser une objection, décider qu’une conclusion ne suit pas, répondre de ce que l’on avance. Ces actes n’ont d’effet que si une personne les accomplit. Leur fin n’est pas seulement de produire un énoncé ; elle est de former celui qui l’énonce.

    Formulé autrement, le problème n’est pas d’abord qu’un texte généré puisse ressembler à un texte d’étudiant. Il est que l’institution ait peu à peu cessé de distinguer entre un artefact verbal convaincant et une pensée véritablement éprouvée. Ce que l’IA met en crise, ce n’est donc pas seulement l’#authenticité des copies ; c’est le type d’épreuve à partir duquel l’université prétend reconnaître une formation.

    Le cas français est ici instructif à condition de ne pas le mythifier. Certaines de ses formes les plus exigeantes – dissertation, khôlle, soutenance, oral de concours – ont longtemps reposé sur une intuition simple : un texte ne suffit pas, encore faut-il qu’un sujet en réponde. Mais la #massification_universitaire, la #bureaucratisation de l’#évaluation et la multiplication des #livrables ont, là aussi, restauré le règne du produit fini. L’intérêt de ces traditions n’est donc pas de fournir un refuge nostalgique. Il est de rappeler qu’une #épreuve_intellectuelle est d’abord un dispositif de mise en #responsabilité.

    On aurait tort d’y voir le privilège de quelques filières d’élite. La logique qui importe n’est pas sociale ; elle est épistémique : rendre visible, dans un échange, ce qu’aucun livrable ne montre à lui seul.

    L’ignorance de qualité

    Ce point vaut aussi pour la recherche. Le scientifique ne travaille pas seulement avec du #savoir_établi ; il travaille avec des #problèmes. Ou, selon la formule du biologiste Stuart Firestein, avec de « l’#ignorance_de_qualité » : une conscience disciplinée de ce qui #manque, de ce qui ne tient pas encore, de la question qui n’a pas trouvé sa forme définitive. L’image est celle d’un cercle qui s’élargit : plus le savoir croît, plus sa circonférence – c’est-à-dire la frontière avec ce que nous ne comprenons pas encore – s’étend. La #découverte ne vit pas au centre du cercle, dans l’archive stabilisée de ce qui a été établi. Elle vit à la périphérie, là où les #certitudes se dissolvent et où les #questions n’ont pas encore reçu de réponse.

    Je le vois au quotidien dans ma propre discipline, la biologie mathématique. Formuler une hypothèse féconde n’est pas un exercice de combinatoire sur ce qui est déjà publié. C’est un acte qui commence par une perception : quelque chose ne colle pas dans les données, un résultat établi n’est pas aussi robuste qu’on le croit, une question importante se dissimule derrière des formulations convenues. Cet acte de perception précède la méthode. Il suppose qu’un esprit ait séjourné assez longtemps dans l’#incertitude pour sentir, presque physiquement, où se trouve le problème digne d’être posé. C’est un travail de longue haleine, qui ne se transmet pas par simple énonciation.

    Les grands modèles de langage opèrent avec une virtuosité remarquable dans le domaine du déjà-dit. Ils synthétisent, recombinent, prolongent l’archive. Lorsqu’ils paraissent proposer une hypothèse nouvelle, ils remontent en réalité une hypothèse connue ou oubliée depuis l’intérieur de leurs données d’entraînement. Ils ne séjournent pas dans l’incertitude comme le fait un esprit engagé dans une #enquête. Ils ne sentent pas, de l’intérieur, qu’un raisonnement est creux malgré sa correction apparente. Ils peuvent étendre le discours ; ils ne peuvent pas assumer la responsabilité de la #vérité. Former des chercheurs, c’est former des esprits capables de se tenir à la circonférence du cercle. Ce n’est pas seulement leur transmettre ce qui est su ; c’est leur apprendre à habiter ce qui ne l’est pas.

    C’est pourquoi la #recherche n’est pas un supplément prestigieux à la mission pédagogique de l’université. Un enseignant qui travaille lui-même à la frontière du connu n’apporte pas seulement un stock de contenus : il introduit les étudiants à une certaine manière d’habiter l’incertitude, de formuler une objection, d’accepter qu’une bonne question vaille davantage qu’une réponse prématurée. L’université commence à perdre sa raison d’être lorsqu’elle sépare trop nettement #transmission, recherche et #jugement. Cette proximité avec la recherche n’est pas un luxe réservé à quelques-uns ; elle est la condition d’une université qui ne se contente pas d’administrer des connaissances.

    Les deux fausses sorties

    D’où l’insuffisance des deux réponses les plus répandues. La première est l’#interdiction : détecteurs, surveillance, inflation réglementaire. Elle est vouée à l’épuisement. Ces outils sont déjà trop présents pour être tenus durablement hors des salles de cours, et il serait absurde de former des diplômés condamnés à ignorer la technologie la plus structurante de leur époque. La seconde est la #capitulation_managériale : réduire l’université à une école d’adaptation où l’on apprend surtout à rédiger de bonnes consignes et à exploiter plus vite les outils. L’étudiant devient alors un opérateur. Dans les deux cas, on présuppose que la mission de l’université consiste avant tout à produire des réponses. C’est précisément ce que l’IA nous oblige à réexaminer.

    La bonne réponse est plus exigeante. Elle consiste moins à inventer une mission nouvelle qu’à rendre à l’université sa tâche propre : former le jugement en mettant les esprits à l’épreuve. Cela suppose davantage d’écriture en présence, davantage de défense orale des arguments, davantage de séminaires organisés autour de questions réelles plutôt que de réponses attendues. Une conversation de dix minutes suffit souvent à distinguer une idée comprise d’une idée seulement produite. Si l’étudiant utilise l’IA, qu’il le dise, qu’il en montre les traces, qu’il explique ce qu’il a gardé, écarté, reformulé, et pourquoi. L’enjeu n’est pas la police des usages ; c’est la responsabilité de l’énonciation.

    À Dartmouth, là même où l’expression « intelligence artificielle » fut inventée, nous commençons à intégrer ces outils non comme des raccourcis, mais comme des occasions de #rigueur. Dans certains séminaires d’écriture de première année, les étudiants peuvent demander à un modèle de proposer des contre-arguments ou des interprétations alternatives. Puis le vrai travail commence : annoter ce que l’outil a produit, repérer ce qui est inexact ou inventé, défendre à voix haute les choix retenus et ceux qui ont été écartés. Un étudiant est ainsi arrivé avec un paragraphe élégamment rédigé et une citation assurée. Lorsqu’on lui a demandé d’où venait la source, le silence s’est installé. Il a fallu remonter pas à pas le fil du texte généré, reconnaître que la référence n’existait pas, puis reprendre l’argument en nommant cette fois l’incertitude plutôt qu’en la recouvrant. L’outil avait accéléré la rédaction ; le séminaire a exigé le jugement.

    Le principe du #tutorat

    Paradoxalement, la solution la plus moderne est peut-être l’une des plus anciennes : le principe du tutorat. Il ne s’agit pas d’un artifice institutionnel hérité d’Oxford ou de Cambridge, mais d’une forme pédagogique dont la logique philosophique est beaucoup plus ancienne. La #disputatio médiévale, l’#entretien_socratique, la soutenance de thèse – toutes ces pratiques partent d’une même intuition : la pensée véritable se manifeste et se vérifie dans le #dialogue, lorsqu’un esprit doit répondre à la question qu’un autre esprit lui pose.

    Ce que le tutorat met à l’épreuve n’est pas la mémoire, ni même la qualité du texte préalablement rédigé. C’est la capacité de l’étudiant à habiter son propre #argument : à en suivre les implications lorsqu’elles sont contestées, à reconnaître les points où il avait escamoté la difficulté, à reformuler en temps réel lorsqu’une objection oblige à préciser. Cette épreuve ne peut être simulée. Non parce que la machine manquerait d’intelligence, mais parce que l’acte dont il s’agit est, par sa nature même, celui d’une personne qui répond de ce qu’elle a dit.

    Un étudiant écrit, puis s’assoit face à un enseignant ou à un chercheur et soutient son #argumentation dans une #conversation. Il devient alors difficile de se cacher derrière l’élégance de surface. Une machine peut fournir un texte ; elle ne peut ni répondre de ce qu’elle affirme, ni porter la responsabilité d’une idée. Ce n’est pas un archaïsme pédagogique. C’est peut-être, dans l’âge des machines à réponses, la forme la plus contemporaine de l’exigence universitaire.

    Généraliser ce principe ne suppose pas de copier la forme sociale du tutorat anglais. Il s’agit d’en adopter la logique : des séminaires qui culminent dans une #défense_orale ; des laboratoires où l’étudiant doit expliquer ce qu’un résultat dit et ce qu’il ne dit pas ; une pédagogie de l’écriture qui rend visible le travail de #révision et exige que l’étudiant assume ses #choix. Dans le monde français, les traditions de la dissertation orale, de la khôlle et de la soutenance fournissent des points d’ancrage précieux. Elles ne sont pas à ranger au musée. Elles sont à réactiver.

    L’université et le jugement démocratique

    Les enjeux de cette redéfinition dépassent de beaucoup les murs de l’université. L’IA amplifiera tout à la fois le savoir et le bruit, la productivité et la manipulation, la connaissance et la #désinformation. Dans un tel environnement, la compétence la plus précieuse n’est pas celle de produire rapidement des énoncés vraisemblables – les machines le feront toujours mieux que nous. C’est celle d’évaluer ce que l’on reçoit, de distinguer un argument d’une #rhétorique, de reconnaître les signes d’une fabrication, et de changer d’avis sans humiliation lorsque les preuves l’exigent.

    Aucune #démocratie ne survit à long terme si ses citoyens confondent la fluidité d’un énoncé avec sa vérité. Or la fluidité, désormais, est gratuite. Dans les mois qui viennent, elle sera mise au service aussi bien du commerce que de la propagande, de la science que du charlatanisme, de la délibération publique que de l’influence algorithmique. Les institutions qui forment des esprits capables de résister à cette saturation – qui apprennent à peser, à #douter, à #réviser – jouent donc un rôle civique que l’on ne peut pas sous-traiter. L’université est la première de ces institutions, non par privilège, mais par fonction.

    Cette fonction n’est pas nouvelle. Elle est consubstantielle à l’idée d’#enseignement_supérieur telle qu’elle s’est formée dans la tradition européenne : former des personnes capables de peser des #preuves, d’articuler une #conviction, et d’en porter la #responsabilité_publique. Ce que l’IA met en demeure, ce n’est pas cette tradition ; c’est la dérive qui a, dans trop d’institutions, substitué à la formation du jugement la certification de productions.

    Ce qui se déplace

    L’université n’aura pas à rivaliser avec les machines sur le terrain des réponses. Elle perdrait d’avance, et ce serait une erreur de terrain. Son avenir dépend d’autre chose : sa capacité à redevenir le lieu où l’on apprend non seulement à produire des énoncés plausibles, mais à en répondre. À mesure que les réponses deviennent abondantes, la rareté se déplace. Elle ne réside plus dans l’#information, mais dans la formation d’un esprit capable d’assumer un jugement, de l’exposer à la #contradiction, de le réviser et d’en porter la responsabilité.

    C’est dans ce déplacement que se joue l’avenir de l’institution. Les universités qui persisteront à produire des diplômes au sens administratif – des certificats adossés à des livrables acceptables – trouveront dans l’IA un concurrent imbattable et un révélateur. Celles qui redécouvriront leur tâche propre – former des esprits capables de juger – découvriront que la technologie qui semblait les menacer avait en réalité clarifié leur mission. L’âge de la machine à réponses est peut-être, paradoxalement, celui où l’université retrouve ce pour quoi elle a été faite.

    https://aoc.media/analyse/2026/05/12/luniversite-a-lepreuve-des-machines
    #AI #intelligence_artificielle #à_lire

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    Je retiens notamment :

    D’où l’insuffisance des deux réponses les plus répandues. La première est l’interdiction : détecteurs, surveillance, inflation réglementaire. Elle est vouée à l’épuisement. Ces outils sont déjà trop présents pour être tenus durablement hors des salles de cours, et il serait absurde de former des diplômés condamnés à ignorer la technologie la plus structurante de leur époque. La seconde est la capitulation managériale : réduire l’université à une école d’adaptation où l’on apprend surtout à rédiger de bonnes consignes et à exploiter plus vite les outils. L’étudiant devient alors un opérateur. Dans les deux cas, on présuppose que la mission de l’université consiste avant tout à produire des réponses. C’est précisément ce que l’IA nous oblige à réexaminer.

    La bonne réponse est plus exigeante. Elle consiste moins à inventer une mission nouvelle qu’à rendre à l’université sa tâche propre : former le jugement en mettant les esprits à l’épreuve. Cela suppose davantage d’écriture en présence, davantage de défense orale des arguments, davantage de séminaires organisés autour de questions réelles plutôt que de réponses attendues. Une conversation de dix minutes suffit souvent à distinguer une idée comprise d’une idée seulement produite. Si l’étudiant utilise l’IA, qu’il le dise, qu’il en montre les traces, qu’il explique ce qu’il a gardé, écarté, reformulé, et pourquoi. L’enjeu n’est pas la police des usages ; c’est la responsabilité de l’énonciation.

  • Lecture d’un extrait du livre « Rien que les heures » de Pierre Ménard, publié aux éditions JOU, en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/rien-que-les-heures-de-pierre-menard

    Ce livre se déploie, au fil des heures d’une journée, sur la ligne du méridien de Paris. À chaque étape géolocalisée le long de ce parcours, traversant la ville du nord au sud, une mosaïque de brefs récits et de scènes variées se succède dans différents lieux du monde, exactement au même moment. La juxtaposition de ces fragments d’histoires, de ces arrêts sur image, permet d’explorer simultanément différents points de vue. Le texte détourne la chronologie d’une journée pour la transformer en une topographie de l’omniprésence des expériences humaines. Un voyage immobile, une cartographie de l’intime et du collectif, pour observer le monde en l’espace d’un instant.

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Photographie, #PierreMénard, #Monde, #Histoire, #Temps, #Espace, #MéridiendeParis (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_rien_que_les_heures_pierre_menard.mp4

    https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures

  • #Retraite_progressive : en un an, au moins deux fois plus de Français sont en demande
    https://www.liberation.fr/economie/social/retraite-progressive-en-un-an-au-moins-deux-fois-plus-de-francais-sont-en

    Pour bénéficier de ce système qui permet de percevoir une partie de sa #retraite tout en continuant de cotiser, il faut avoir validé au moins 150 trimestres et avoir une activité réduite selon son statut (salarié, fonctionnaire ou indépendant). Par exemple, pour les salariés, le #temps_partiel doit être compris entre 40 % et 80 % d’un temps plein. Fin 2024 déjà, une hausse de près de 17 % des demandes progressives était observée en un an. Résultat, 31 300 assurés du régime général en bénéficiaient.

    Le dispositif est en effet apparu comme un amortisseur face au recul de l’âge légal de départ à 64 ans engagé par la réforme des retraites de 2023. Dans le même temps, ce départ progressif a aussi été rendu possible pour les fonctionnaires (pas comptabilisé dans les chiffres de l’Assurance retraite qui concernent les salariés du privé). Autre changement majeur qui peut expliquer un regain d’intérêt pour le départ progressif : depuis le 1er septembre 2025, il est possible d’opter pour cette option non plus à 62 ans comme la loi le prévoyait, mais dès 60 ans.

    Des ajustements qui ont forcément eu un impact sur la hausse des demandes, mais qui peuvent aussi être « le signe de conditions de travail qui incitent à partir plus tôt », dit Frédéric Lerais, économiste à la tête de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). Car la plupart du temps, la retraite progressive implique une baisse de pouvoir d’achat. « En plus des revenus du salaire réduit dû au temps partiel, on reçoit une partie de sa retraite dont les indemnités sont plus basses que le niveau de salaire », détaille Frédéric Lerais.

    A la CGT cette hausse des demandes de #retraite_anticipée n’étonne pas, « car avec la réforme des retraites et le recul de l’âge de départ, elle répond à un besoin », analyse Denis Gravouil, secrétaire confédéral, qui regrette tout de même que les patrons conservent le droit de refuser un temps partiel, et donc la possibilité pour les employés de partir en avance. En matière de retraite anticipée, le syndicat observe deux profils très demandeurs : les travailleurs qui ont des soucis de santé et ceux qui ont déjà cumulé leurs vingt-cinq années les mieux rémunérées sur lesquelles sont calculées les retraites du privé pour percevoir des indemnisations au taux maximum.

    « Cette tendance confirme celle observée depuis la réforme Touraine qui prévoit un allongement de la durée de cotisation et depuis laquelle des actifs veulent raccrocher plus tôt même s’il leur manque des trimestres et avec une décote », observe Denis Gravouil. Et d’ajouter : « S’il permet pour certains de réduire leur temps de travail en fin de carrière, le dispositif ne règle pas les problèmes structurels liés à la réforme des retraites, et, avec une baisse des revenus de certains retraités, accroît les inégalités. »

    #emplois_vieux

  • État de santé des livreurs des plateformes : une étude inédite révèle des chiffres alarmants

    Cette étude SANTÉ-COURSE est la première à documenter à grande échelle l’état de santé et les conditions de vie et de travail des livreurs en France. Elle révèle un état de santé largement dégradé par des conditions d’exercices indignes. Médecins du Monde, la Maison des Livreurs de Bordeaux et la Maison des Coursiers de Paris réclament que les pouvoirs publics prennent des mesures pour contrer les effets de l’ubérisation sur les conditions de travail et la santé des livreurs.


    L’enquête, réalisée auprès de plus de 1 000 livreurs à Paris et à Bordeaux, est le fruit d’un partenariat entre des acteurs associatifs (l’Association de mobilisation et d’accompagnement des livreurs, le Collectif pour l’insertion et l’émancipation des livreurs, la Maison des livreurs de Bordeaux, la Maison des coursiers de Paris et Médecins du Monde), une équipe de recherche interdisciplinaire (l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national d’études démographiques) et des livreurs.

    L’étude dévoile une situation médico-sociale alarmante, étroitement liée à une mise en #précarité_administrative et socio-économique des livreurs et au dévoiement du statut d’#auto-entrepreneur.

    Près de la moitié des livreurs estime que leur état de santé global s’est dégradé depuis le début de leur activité.

    Cette détérioration, résultant de conditions de travail délétères, a de nombreuses conséquences :

    Une #santé_mentale fortement fragilisée : 45 % des livreurs enquêtés sont en situation de # détresse_psychologique (caractérisée par des #troubles_anxio-dépressifs modérés à sévères) ; 
    Une prévalence très élevée des troubles musculo-squelettiques, génito-urinaires et psychosomatiques. 36 % des livreurs sont sujets à des #douleurs intenses et régulières au bas du dos, 32 % rapportent des #troubles_urinaires récurrents et 85 % expriment une #fatigue_chronique.

    L’étude SANTE-COURSE révèle également un recours aux #soins limité par plusieurs facteurs, dont l’absence totale de #couverture_santé pour 32 % des livreurs. Sont également cités comme obstacles le manque de #temps, alors que le #rythme de travail moyen s’élève à 63 heures par semaine, et le manque de moyens, le #revenu moyen étant inférieur à 6 euros bruts par heure.

    https://www.medecinsdumonde.org/actualite/enquete-livreurs
    #uber_eats #livreurs #santé #France #rapport #Médecins_du_monde #conditions_de_vie #conditions_de_travail #travail

  • « #StravaLeaks » : le #porte-avions « #Charles-de-Gaulle » #localisé en #temps_réel par « Le Monde » grâce à l’application de sport
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/19/stravaleaks-le-porte-avions-charles-de-gaulle-localise-en-temps-reel-par-le-

    La présence dans la région du groupe aéronaval français, composé au minimum de trois frégates et d’un ravitailleur en plus du porte-avions, n’est pas un secret. Le 3 mars, Emmanuel Macron lui-même annonçait avoir ordonné son déploiement, quelques jours seulement après le début de la guerre entre Israël, les Etats-Unis et l’Iran. Le seul porte-avions français se trouvait alors en mer Baltique dans le cadre d’exercices de l’OTAN et devait y rester jusqu’en mai. Le 6 mars était annoncé son passage du détroit de Gibraltar.

    Reste que la transmission de la position exacte du groupe aéronaval, quasiment en temps réel et publiquement sur Internet, constitue une imprudence dangereuse dans un contexte de guerre au Proche-Orient. D’autant que ces dernières semaines, au moins deux bases militaires françaises dans la région ont été touchées par des frappes du camp iranien. Un soldat français a été tué et six autres blessés dans le nord de l’Irak à la suite d’une attaque de drone.

    Plusieurs profils #Strava
    A travers le compte d’Arthur sur Strava, il est donc possible à tout un chacun de suivre les déplacements du Charles-de-Gaulle et des navires qui l’accompagnent. Le 14 février, une activité « footing » localisée en pleine mer situe le marin au large du Cotentin, à 40 kilomètres de Cherbourg. Les 26 et 27 février, Arthur est à terre, à Copenhague, d’après ses données publiées sur Strava. Une brève escapade dans la capitale danoise alors que le porte-avions fait escale à Malmö, en Suède, de l’autre côté du détroit. Et le 13 mars, donc, le jeune homme est au nord-ouest de Chypre. Une information qu’il est possible de recouper quelques jours plus tard, lorsque des images de cette zone de Méditerranée orientale prises par satellites sont disponibles.

    Sur cette image satellite, photographiée un peu plus d’une heure après le footing d’Arthur, on distingue la forme caractéristique du porte-avions français, long de 262 mètres. Nous avons ajouté sur ce cliché l’itinéraire géolocalisé du footing d’Arthur (voir ci-dessous). Il a la forme de boucles dans l’eau, probablement parce que le marin courait sur un bateau en mouvement. Cette course a lieu à environ 6 kilomètres de là où le navire est ensuite photographié. Deux raisons peuvent expliquer ce décalage : soit Arthur courait à bord du porte-avions et ce dernier a continué de se déplacer ; soit le jeune homme était alors à bord de l’un des vaisseaux qui escortent le porte-avions. Dans les deux cas, c’est le partage public des activités sportives d’Arthur qui a permis au Monde de localiser le Charles-de-Gaulle.

  • si vous avez un peu de temps (9h15, tout de même) : À l’Ouest des rails,
    Tie Xi Qu : West of the Tracks (2002) - Wang Bing
    [ENG SUB - BEST QUALITY] - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=M4oxipESPtk

    After much research and video coding changes, I am uploading Wang Bing’s magnus opus “Tie Xi Qu: West of the Tracks” at the highest quality that can be watched and joining its three parts so that it is all in one video. The English subtitles have not been made by me, as I don’t speak Chinese, but I have used the most used and accepted translation, with some grammatical and technical errors that I could spot and change. Enjoy probably the best documentary ever created, one of the most important and unique films in history, it is a look at humanity that cannot be forgotten and must not be forgotten.

    0:00:00 Part 1: Rust
    4:03:37 Part 2: Remnants
    7:01:47 Part 3: Rails

    • À l’ouest des rails — Wikipédia
      https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_l%27ouest_des_rails

      À l’ouest des rails (铁西区, Tiě xī qū) est un film documentaire chinois réalisé par Wang Bing, sorti en 2002.

      Entre 1999 et 2001, Wang Bing documente la lente agonie de la plus grande zone industrielle de l’époque de Mao, qui employait au début des années 1980 près d’un million de travailleurs et comptait une centaine d’usines. Ce documentaire de plus de neuf heures est un exemple de simplicité et d’humilité. Wang Bing cherche à capturer les réactions d’une classe ouvrière à qui l’on avait promis un avenir beaucoup plus brillant ; en prenant en compte les conséquences dramatiques de la transition du pays d’une économie socialiste à une économie fondée sur les lois du marché. Il tente de dresser une critique de notre condition humaine, en capturant les témoignages des ouvriers et de leurs familles délaissées.

      Le film est divisé en trois parties :
      Partie 1 : Rouille (铁西区第一部分:工厂)
      Partie 2 : Vestiges (铁西区第二部分:艳粉街)
      Partie 3 : Rails (铁西区第三部分:铁路)

      À l’ouest des rails est classé 7e dans la liste des meilleurs films des années 2000 des Cahiers du cinéma.

    • Images de la culture : Politique de la lenteur - tous les articles en ligne
      LA CINÉ MATHÈQUE DU DOCUMENTAIRE
      https://imagesdelaculture.cnc.fr/-/politique-de-la-lenteur

      dans une rétrospective sur Wang Bing

      “Si j’ai commencé A l’ouest des rails par filmer les rails, c’est parce que les rails, c’est précisément ce qui relie l’ensemble des parties. Le rail donne aussi l’impression d’un lien entre le passé et le présent. Tu entres dans le passé.” 1 Ainsi le cinéaste chinois Wang Bing décrit-il sa première grande œuvre d’envergure, le film de neuf heures consacré au gigantesque complexe industriel Tie Xi, constitué pendant le temps de l’occupation japonaise et filmé par le cinéaste de 1999 à 2001, au moment même de l’effondrement économique du complexe minier. Consacrée à la désindustrialisation de la Mandchourie et composée de trois parties complémentaires – Rouille, Vestiges et Rails, – cette plongée documentaire multiplie les plans fixes, les gros plans, au sein d’une temporalité d’ensemble qui fait de la lenteur un outil opératoire. “Le récit par étape du déclin de l’usine se ramène à quelques brefs sous-titres : ce long documentaire se joue du temps, le dilate, le contracte, le redouble, selon la logique profonde de cette chronique à la temporalité distendue”, écrit Guy Gauthier à propos de A l’ouest des rails, qui constitue pour l’historien du cinéma documentaire un véritable essai politique, en vertu même de l’extrême cohérence du tournage et du montage, de l’attention minutieuse portée aux personnages, donnant au film la dimension réflexive qui pourrait manquer à une simple chronique. 2

      Le principe structural d’immobilité ou de mouvement de la caméra déterminant des focalisations multipliées sur des espaces, sur des visages, sur des gestes, est à l’œuvre dans d’autres films de Wang Bing, notamment dans Crude Oil (2008, mention spéciale au Festival international du film de Rotterdam), film de quatorze heures qui traite de l’extraction du pétrole dans le désert de Gobi, ou dans L’Argent du charbon (2008).

  • Lecture d’un extrait du livre « Tout le monde quelque chose » de Corinne Lovera Vitali, paru aux Éditions MF, en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/tout-le-monde-quelque-chose-de-corinne-lovera-vitali

    Corinne Lovera Vitali déploie un labyrinthe de monologues entretissés où douze voix s’expriment depuis leurs enfermements. Ce récit est conçu comme un « cabinet de parole » qui explore les méandres de la psyché à travers un flux de pensées obsessionnel, où le rythme devient l’unique souffle de liberté. Le texte aborde avec vivacité des thèmes universels comme les liens familiaux, le vieillissement et le besoin viscérale d’attention. L’autrice y interroge les pouvoirs et les impuissances du langage, utilisant la libre association pour traduire une forme d’aliénation ordinaire. C’est une œuvre exigeante sur la difficulté d’exister au-delà de ses propres égarements. Une invitation à devenir quelque chose d’autre que soi seul.

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Portrait, #Femme, #Langage, #Temps, #Voix (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_tout_le_monde_quelque_chose_corinne_lovera_vitali.mp4

    https://www.editions-mf.com/produit/162/9782378041007/tout-le-monde-quelque-chose

  • De 9 heures à 21 heures, six jours par semaine : l’émergence des rythmes de travail « 996 » dans les start-up françaises

    Portées par la course à l’intelligence artificielle, certaines start-up françaises valorisent l’engagement total de leurs salariés et la disponibilité permanente comme conditions de réussite.

    Le vrai sujet, c’est : est-ce que les meilleurs de ta boîte sont prêts à venir un dimanche pour régler les vrais problèmes ?

    https://www.lemonde.fr/emploi/article/2026/03/09/de-9-heures-a-21-heures-six-jours-par-semaine-l-emergence-des-rythmes-de-tra
    Quelqu’un.e aurait cet article en complet ?
    #996

    • Portées par la course à l’intelligence artificielle, certaines start-up françaises valorisent l’engagement total de leurs salariés et la disponibilité permanente comme conditions de réussite.

      « Tout le monde parle du 996, mais le vrai sujet, c’est : est-ce que les meilleurs de ta boîte sont prêts à venir un dimanche pour régler les vrais problèmes ? » La phrase est signée Jérémy Goillot, fondateur de The Mobile-First Company, start-up française créée en 2023, spécialisée dans les applications professionnelles, qui vient de lever 10 millions d’euros. Pour illustrer son propos, le dirigeant raconte avoir envoyé, un samedi soir, un message à son équipe : « Demain, 9 heures-19 heures, on se met en salle et on règle nos trois plus gros sujets. Vous êtes chauds ? » Le lendemain, quatre jeunes hommes, tous visiblement âgés de moins de 30 ans, ont répondu présent – la scène est immortalisée sur LinkedIn.

      Derrière la photo conviviale, le message est clair : pour intégrer la start-up, il faut accepter une forte implication et une disponibilité presque permanente, présentées comme des valeurs essentielles de la culture d’entreprise. Sans mentionner explicitement le « 996 », ce rythme de travail consistant à travailler de 9 heures à 21 heures, six jours par semaine, certains dirigeants de start-up en France en adoptent déjà la philosophie et n’hésitent pas à s’en vanter sur les réseaux sociaux : travail le week-end, disponibilité étendue, mise à distance de toute vie extérieure à l’entreprise.

      Ce rythme extrême, aux allures de « dépassement de soi », porté par les success stories américaines de la Silicon Valley, s’est intensifié avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA) outre-Atlantique. A titre d’exemple, Daksh Gupta, président de la start-up américaine Greptile, résumait récemment pour le San Francisco Standard la norme chez les jeunes entrepreneurs là-bas : « Pas d’alcool, pas de drogue, 996, gym, courir, se marier tôt, surveiller son sommeil, steaks et œufs. »

      Intensification des cadences

      Présenté comme le prix à payer pour une croissance rapide et sans limites, le modèle gagne la France de manière plus insidieuse. Pourtant, la loi est claire : repos quotidien de 11 heures entre deux journées et durée hebdomadaire limitée à 35 heures. Même les cadres en forfait jours, rémunérés à l’année sans décompte horaire, sont protégés : leur employeur doit garantir que leur charge de travail ne mettra pas leur santé en danger.

      Jérémy Goillot, aujourd’hui expatrié aux Etats-Unis pour développer sa start-up, revendique dans ses offres d’emploi l’organisation de « retreats », présentée comme une tradition interne. Concrètement, il s’agit de périodes de travail intensif durant lesquelles les équipes françaises, américaines et argentines s’isolent pendant quatorze jours dans une villa, « en mode 996 », avec pour objectif affiché d’« accomplir en deux semaines ce qui prendrait normalement un mois ». Contacté par Le Monde, le PDG n’a pas donné suite.

      Même si le « 996 » n’est pas appliqué à la lettre dans toutes les start-up, la logique d’engagement intensif reste bien présente. Côté salariés, l’incentivity, mot anglais désignant la motivation par récompense, souvent sous forme de parts dans la start-up ou de bonus sur le salaire variable, pousse bon nombre de salariés à se dépasser sans compter leurs heures.

      Jean-Romans, 30 ans, commercial en transformation IA pour les entreprises, l’a observé dans son ancienne start-up Agicap (un logiciel de trésorerie piloté par intelligence artificielle) : « Il y avait une tradition de podium à la fin de chaque mois pour mettre en avant ceux qui performent le mieux par rapport aux autres. » S’il organise ses horaires comme il l’entend, il reconnaît que cette intensification des cadences est aussi liée aux investisseurs : « De plus en plus de fonds américains investissent dans les start-up françaises et attendent que les entreprises copient leur modèle en matière de rythme et de mentalité », analyse-t-il.

      « Changement de paradigme »

      Même constat pour Charles (le prénom a été modifié), 28 ans, designer fondateur dans une start-up française financée majoritairement par des fonds américains. En développant le marché américain de sa start-up, il découvre aussi une nouvelle mentalité : « Là-bas, celui qui réussit le plus, c’est souvent celui qui travaille le plus », explique-t-il. Un état d’esprit qui infuse rapidement dans ses habitudes… et dans celle de l’organisation de sa start-up. Il accepte d’expérimenter, par périodes, des rythmes proches du « 996 » lors de projets spécifiques. « Sur le moment, ça crée une vraie dynamique collective et une connexion avec les collègues, mais c’est impossible à tenir sur le long terme », admet-il, évoquant sa vie à l’extérieur de la boîte. Contrairement à certains collègues, plus jeunes ou célibataires, « qui peuvent se le permettre », il se dit prêt à faire du « 996 » ponctuellement pour « sortir un produit », tout en veillant, aidé par ses proches, à ce que cela ne devienne pas habituel.

      Ces expériences illustrent un phénomène plus large dans la tech française, un « changement de paradigme depuis 2023 », observe Christophe Pasquier, fondateur et PDG de Slite, base de connaissances pour les entreprises, alimentée par l’IA, où les salariés travaillent à 100 % à distance. Selon lui, l’arrivée de l’IA, d’abord aux Etats-Unis puis en France, constitue un « moment charnière » et un « terreau parfait pour les entrepreneurs », mais entraîne aussi une « intensité de travail extrême ». Cette accélération s’explique par la « peur de rater le coche » et la nécessité, pour de nombreuses start-up, de se réinventer rapidement. « Dans trois ans, ce sera peut-être trop tard », estime-t-il.

      Interrogé sur le modèle du « 996 », Christophe Pasquier nuance : « Le vrai enjeu, c’est de savoir à quel point tu le fais peser sur tes employés, et ça dépend de l’ambition de ta boîte », explique-t-il. « Ces horaires extrêmes ? C’est un passage obligé pour tous les fondateurs de start-up », affirme-t-il, balayant d’un revers de la main l’« hypocrisie » à ce sujet. « Tous les entrepreneurs que je connais sont passés par là, et beaucoup apprécient ça. » Pour autant, Christophe Pasquier trace une ligne claire : « Chez Slite, pas question d’imposer ces cadences aux salariés. » L’entreprise mise sur un management fondé sur l’autonomie : « S’il y a des gens qui veulent se donner à fond, tant mieux, on ne les y oblige pas », admet-il, tout en reconnaissant un recrutement exigeant, axé sur des profils « très engagés ».

      Les chiffres

      1114

      C’est le nombre de start-up spécialisées en intelligence artificielle recensées en France, selon France digitale. L’écosystème affiche une croissance importante, avec 750 jeunes pousses l’an dernier et 590 il y a deux ans. Le nombre d’entreprises a ainsi quasiment doublé.

      109

      C’est, en milliard d’euros, le montant des investissements « privés français et étrangers » dans l’intelligence artificielle annoncé, le 9 février 2025, par Emmanuel Macron pour « les prochaines années ».

    • Et puis cette injonction que « réussir », c’est faire qqchose de sa vie, laisser une trace, des trucs de base : inventer l’énergie infinie, terraformer Mars, transférer un esprit humain dans une machine... tout le monde peut le faire.
      Alors que la vie calme, sans impact environnemental, sans besoin de consommer du pétrole ni russe, ni américain, ni iranien, ni vénézuelien, lire des livres, transmettre sa connaissance, donner envie aux autres d’être heureux, transmettre le marxisme, nommer l’ennemi... ça, tous les startupeurs s’en foutent.

  • Lecture d’un extrait du livre « Nietzsche au piano » de Frédéric Pajak, paru aux Éditions Libretto, en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/nietzsche-au-piano-de-frederic-pajak

    Frédéric Pajak explore la relation fusionnelle et tourmentée de Friedrich Nietzsche avec la musique. Le philosophe la considérait comme l’essence même de sa pensée. Nietzsche s’est perçu toute sa vie comme un compositeur, s’adonnant au piano et à la création d’œuvres souvent jugées maladroites par ses pairs. Le texte retrace son amitié passionnée puis sa rupture fracassante avec Richard Wagner, un déchirement né de divergences esthétiques et idéologiques profondes. Le philosophe a fini par rejeter le romantisme allemand au profit d’une musique « méditerranéenne », plus solaire et légère. À travers ce prisme, la vie de Nietzsche apparaît comme une quête de rédemption esthétique face à la solitude et à la maladie. Cette biographie illustrée démontre finalement que, pour lui, chaque phrase écrite possédait sa propre rythmique symphonique.

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Histoire, #Temps, #Ville, #Mémoire (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_nietzsche_au_piano_frederic_pajak.mp4

    https://www.editionslibretto.fr/catalogue/nietzsche-au-piano

  • Lecture d’un extrait du livre « Recours à la nuit » de Virginie Gautier, paru aux Éditions Nous, en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/recours-a-la-nuit-de-virginie-gautier

    Dans ce livre qui se situe à la croisée du journal, de l’essai, de la poésie et du récit sensible, Virginie Gautier n’explore pas la nuit pour la dissiper, mais pour y entrer pleinement, en éprouver les textures, les sons, les puissances discrètes. Fragment après fragment, l’autrice déplace notre manière de percevoir : moins voir, davantage sentir, toucher, écouter. La nuit devient un territoire à part entière, poétique et politique, qui résiste à la surveillance, à la vitesse et à la domination du visible. En interrogeant la lumière artificielle, la pollution lumineuse et notre besoin de maîtrise, le livre ouvre une réflexion profonde sur nos façons d’habiter le monde. Recours à la nuit est une invitation exigeante à ralentir et à retrouver, dans la pénombre, une attention plus juste au vivant.

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    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Histoire, #Temps, #Art, #Poésie, #Nuit, #Nature, #Création (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_recours_a_la_nuit_virginie_gautier.mp4

    https://www.editions-nous.com/main.html

  • Lecture d’un extrait du livre « On ne verra pas les fleurs le long de la route » d’Eric Pessan, paru aux Éditions Aux forges de Vulcain, en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/on-ne-verra-pas-les-fleurs-le-long-de-la-route-d-eric-pessan

    Un couple roule de nuit dans un paysage ravagé par les incendies, sans certitude d’arriver quelque part. Dans un monde où écrire et lire deviennent suspects, l’amour et la poésie restent des gestes de résistance fragiles mais essentiels. Le roman, parsemé d’un millier de fragments de livres inséré à l’intérieur des pages, à la manière du roman-collage de Yak Rivais, Les Demoiselles d’A. ou du centon Les mille et une phrases, d’Éric Simon, mêle errance et réflexion sur la catastrophe écologique et l’effondrement culturel. Une forme de révolte créative face à l’effacement programmé. Une mémoire de secours, une bibliothèque secrète protégée des menaces extérieures qui rappelle « tout ce que la littérature peut nous offrir. Tout ce qu’elle mettait en partage. Les communautés d’affinités qu’elle engendrait. »

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    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Histoire, #Temps, #Ville, #Mémoire (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_on_ne_verra_pas_les_fleurs_le_long_de_la_route_eric_pessan.mp4

    https://auxforgesdevulcain.fr/a/eric-pessan/on-ne-verra-pas-les-fleurs-le-long-de-la-route

  • Poétique de l’obscurité : Recours à la nuit, de Virginie Gautier, aux Éditions Nous

    https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/poetique-de-l-obscurite

    Recours à la nuit de Virginie Gautier se déploie à la croisée du journal intime, de l’essai poétique et de l’enquête sensible. Loin de chercher à percer les secrets de l’obscurité, l’autrice s’y immerge pour en éprouver la matière, les textures et les résonances. Elle déplie l’espace nocturne pour en révéler les multiples dimensions poétiques, géographiques, mais aussi éminemment politiques. Le livre se présente ainsi comme une invitation vivifiante à se déprendre d’un monde dominé par le visible et la maîtrise pour retrouver, dans l’expérience de la nuit, une relation à la fois plus intense et plus humble au monde. Un appel à une nouvelle écologie de la perception.

    (...)
    #Écriture, #Livre, #Lecture, #VendrediLecture, #Littérature, #Paysage, #Poésie, #Art, #Temps, #Nuit, #Silence, #Nature (...)


    https://www.virginiegautier.com/recours-a-la-nuit

  • Lecture d’un extrait du livre « Bruits » d’Anne Savelli, paru aux Éditions Inculte, en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/bruits-d-anne-savelli

    Bruits d’Anne Savelli est un livre intense qui fait entendre la ville comme une épreuve permanente. Le récit suit une très jeune enfant qui s’enfuit de chez elle après une violente descente de police dans son immeuble. Sa fugue se transforme en une longue et chaotique traversée de la ville, à la fois physique et mentale. Un parcours initiatique vers le langage et l’autonomie. Autour d’elle, une multitude de lieux et de voix se croisent. Le texte se développe, au fil des minutes, en une exploration polyphonique de l’environnement sonore urbain et de son impact psychologique sur les personnages qui, pour s’en sortir, doivent faire preuve d’imagination, inventer des récits. L’écriture fragmentée de ce roman propose une cartographie éclatée d’un monde surchargé d’informations et de stimuli.

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Histoire, #Temps, #Biographie, #Violence, #Ville, #Bruits, #Sons (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_bruits_anne_savelli.mp4

    https://actes-sud.fr/bruits

  • F comme Fugue : Une polyphonie de voix au milieu du fracas.
    « Bruits » le roman d’Anne Savelli vient de paraître aux Éditions Inculte

    https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/f-comme-fugue-polyphonie-de-voix-au-milieu-du-fracas

    Bruits est un texte fragmenté. Chaque extrait est précédé d’un horodatage et d’indications de lieu ([06:02] [cité] [troisième étage] [palier]). La narration saute d’une conscience à une autre, mêlant dialogues, pensées et descriptions en un flux continu et saccadé. Cette écriture imite le bombardement de stimuli du monde contemporain et la perception psychologique d’un environnement saturé. La fragmentation n’est pas synonyme de désordre, elle est au contraire la forme la plus juste pour dire un monde qui a perdu son centre.

    (...)
    #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Histoire, #Roman, #Ville, #Temps, #Enfance, #Silence, #Bruit (...)

    https://actes-sud.fr/bruits

  • Dictionnaire dissident du temps : ou comment prendre des chemins de traverse

    Le #livre est présenté ainsi par l’éditeur :

    « Courir après le #temps, le rattraper, craindre d’en perdre semblent devenus les leitmotivs propres à nos sociétés occidentales contemporaines. Pourtant, si le “progrès” et l’impératif d’efficacité modèlent notre appréhension commune du temps, ce dernier peut aussi être réapproprié, vécu autrement par la création d’interstices ou de brèches, comme autant d’ouvertures possibles au sein même de l’ordre temporel. C’est le constat qui préside à la naissance de ce #dictionnaire. Pensé comme « dissident », cet ouvrage des spécialistes les plus inspirés octroie une large place aux espaces, objets ou notions qui proposent ou suggèrent une alternative au temps linéaire et chronologique. On y trouve ainsi des entrées comme : Âge d’or, Il était une fois, Mémoire, Merveilleux, Prophétie, No Futurism, Révolution, Uchronie, Kant, No Man’s Time, Proust, Sieste… Il pose ainsi la question des usages et des imaginaires du temps tels qu’ils peuvent être saisis en ce début du XXIe siècle. »

    Cet ouvrage est un excellent outil de travail pour tous ceux qui se penchent sur les questions de l’imaginaire, des mythes contemporains, des alternatives à notre société linéaire, consumériste et rationalisé, propre de nos sociétés occidentales contemporaines.

    https://tempspresents.com/2025/11/27/dictionnaire-dissident-du-temps-ou-comment-prendre-des-chemins-de-tra

    Audrey Tuaillon Demésy et Clémentine Hougue « Dictionnaire dissident du temps » - entretien

    Le Dictionnaire dissident du Temps est une somme de près de quatre-cent pages, qui donne accès, avec économie et exigence, à des notions complexes, et où la « Physique » (Océane Gusching) côtoie, par le plus grand des hasards, la « Poésie » (Céline Pardo), l’« Anarchisme » (Camille Mayer) l’« Archéologie » (Ségolène Vandevelde), le « Jeu » (Olivier Caïra) la « Langue » (Frédéric Landragin) et « Karl Marx » (Alain Bihr) la « Mémoire » (Joël Candau).

    https://mutation-magazine.com/audrey-tuaillon-demesy-et-clementine-hougue-dictionnaire-dissiden

    #contre_culture

  • #Hamster

    Project Hamster est un outil de #gestion_du_temps #open_source. Il permet aux utilisateurs de suivre facilement leur #temps passé sur différentes #tâches et projets. Cet outil est particulièrement utile pour les professionnels et les #équipes qui cherchent à améliorer leur productivité et à mieux gérer leur temps.

    https://www.topdigitaltools.info/project-hamster
    #logiciel #gestion_de_projet #suivi

  • #ethnographie des quartiers populaires français
    https://laviedesidees.fr/Ethnographie-des-quartiers-populaires-francais

    Les quartiers populaires occupent aujourd’hui une place centrale dans le débat public mais aussi dans le paysage culturel. La lecture croisée de deux ouvrages ouvre des pistes de réflexion.

    #Société #banlieue
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20251027_quartiers.pdf

    • Des insiders expliquent aux sociologues

      (...) les pratiques déviantes sont ainsi repensées à l’aune d’une expression politique enserrée désormais dans « la problématique de la survie » (p. 89) et marquée par le discrédit des voies démocratiques traditionnelles et des modes de classement issus du monde ouvrier.

      Mickaël Chelal, Grandir en cité. La socialisation résidentielle de « jeunes de cité », Bordeaux, Le bord de l’eau, 2025, 216 p., 20 €, Éric Marlière, Matériaux pour une sociologie des quartiers prioritaires de la politique de la ville, Éditions du cygne, 2025, 200 p., 20 €.

      La note, détaillée, donne envie de lire les ouvrages cités.

      #enquête #observation_participante #quartiers_populaires #pratiques_sociales #représentations #femmes #espace_public #livre #note_de_lecture

    • Vingt ans après la mort de Zyed et Bouna : « Depuis 2005, le discours caricatural sur les banlieues en France s’est enkysté », Fabien Truong, sociologue.
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/27/vingt-ans-apres-la-mort-de-zyed-et-bouna-depuis-2005-le-discours-caricatural

      Dans un entretien au « Monde », le sociologue Fabien Truong revient sur les 20 ans de la mort des deux adolescents, électrocutés alors qu’ils tentaient d’échapper à un contrôle de police, le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois.
      Propos recueillis par Yasmine Khiat

      Le 27 octobre 2005, deux adolescents, Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, cherchent à échapper à un contrôle de #police à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Se réfugiant dans un transformateur électrique EDF, ils meurent électrocutés. Durant plus de deux semaines, de violentes #émeutes secouent la #banlieue parisienne et des dizaines de villes en France. Pour y mettre fin, le gouvernement décrète l’#état_d’urgence − pour la première fois depuis la guerre d’Algérie.
      Enseignant à l’université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, Fabien Truong est sociologue, spécialiste des banlieues et de la jeunesse. Il a notamment écrit Loyautés radicales (La Découverte, 2022). Coauteur avec Gérôme Truc de Grands ensemble (La Découverte, 380 pages, 22 euros), il a mené une enquête qui a duré dix ans sur la vie des habitants de Grigny (Essonne).

      Y a-t-il eu un avant et un après-2005 dans la perception que nous avons de la banlieue ?

      Vingt ans après, rien n’a changé dans les #médias de masse. Pire, le discours caricatural sur les banlieues en France s’est enkysté. Car, ce qui a vraiment basculé depuis 2005, c’est le traitement médiatique et politique des #quartiers_populaires, qui se fait dorénavant majoritairement sous le prisme du fait divers. Les images produites à la suite des émeutes, de voitures qui brûlent, d’une jeunesse en révolte, ont été instrumentalisées par les médias de masse et nombre de politiques : elles renforcent l’imaginaire de la banlieue comme étant inassimilable. Cette mise en avant systématique du fait divers finit par faire croire aux personnes extérieures que les #jeunes_de_banlieue sont tous dangereux.

      Que représente la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré dans la mémoire des quartiers populaires ?

      La mort de Zyed Benna et Bouna Traoré a été vécue comme un traumatisme. Dans bien des cas de #violences_policières, tout se réduit à parole contre parole, et c’est souvent celle de la police qui l’emporte. Or, la preuve que les policiers étaient conscients de ce qui risquait de se passer – rendue publique par les conversations radio policières – a profondément choqué. #Zyed_et_Bouna jouaient au foot, ils rentraient chez eux, ils n’avaient aucun lien avec la délinquance. En voyant les policiers, ils ont eu peur – peur d’être contrôlé et de se retrouver en garde à vue pour ne pas avoir leurs papiers d’identité sur eux – et ils ont couru pour se réfugier dans un poste électrique EDF. Les policiers l’ont su, ne les ont pas protégés. L’émotion a ensuite été vécue de manière viscérale [phénomène amplifié par l’attaque policière, deux jours après leur mort, d’une mosquée à Clicy, ndc]. Les jeunes d’autres quartiers se sont projetés dans l’expérience de ces deux adolescents. Morts pour rien.

      Désormais, dans les tensions entre la police et les jeunes, les preuves circulent parfois sur les réseaux sociaux. On se souvient de la vidéo de l’interpellation de #Nahel_Merzouk, tué par un policier à Nanterre il y a deux ans.

      Oui, la séquence 2005-2023 est frappante : les mêmes causes, qui produisent les mêmes effets. Et la vidéo de Nahel a choqué : rien ne justifie qu’un adolescent de 17 ans soit abattu pour un #refus_d’obtempérer. Mais les politiques publiques, notamment celles mises en place pour lutter contre les trafics de drogue dans les quartiers, alimentent la conflictualité. Et là, on peut regretter la suppression, en 2003, de la police de proximité, qui avait l’avantage de bien connaître les habitants d’un quartier. Elle était donc parfaitement outillée, car pour démanteler un point de deal, il faut prendre le temps d’enquêter, connaître une population, des lieux, un contexte, sans d’emblée imposer sa force.

      Aujourd’hui, la police ne peut pas faire la différence entre une petite minorité délinquante de jeunes et les autres. Résultat ? Si vous êtes un jeune garçon dans l’espace public, que vous portez un sweat à capuche et que vous êtes non-blanc, vous avez un profil de suspect. Ce qui revient à suspecter quasiment tous les jeunes dans un contexte de ségrégation forte. S’ajoutent les contrôles réguliers humiliants et qui n’aident en rien à apaiser le rapport aux institutions.

      Dans les quartiers populaires, qu’est-ce qui a changé ?

      En réalité, ces quartiers portent la population la plus dynamique du territoire français, mais ces mobilités sociales ascendantes et résidentielles sont invisibilisées : ce sont des faits sociaux et non des faits divers. Avec Gérôme Truc, nous avons enquêté pendant dix ans à Grigny, « la ville la plus pauvre de France » , et on constate que près de la moitié de la population a changé en ce laps de temps : c’est spectaculaire.

      Quant aux nouvelles populations , contrairement à la narration xénophobe, comme celle du « grand remplacement », elles ne chassent personne : elles prennent les seules places disponibles quand on est pauvre et quand on arrive de loin. Rappelons-le, les villes les plus riches de France préfèrent payer l’amende de la loi SRU plutôt que d’accueillir ces populations et de faire de la mixité sociale. Les quartiers populaires demeurent ainsi des réserves de #travailleurs_pauvres, dont les métiers sont pourtant essentiels : aides-soignants, techniciens de maintenance, agents de propreté, chauffeurs-livreurs, celles et ceux qu’on applaudissait pendant le confinement. Non seulement toutes ces personnes sont sous-payées, mais, en plus, elles font de longs déplacements pour exercer dans le cœur des villes. Cette mobilité est aussi complètement invisibilisée. [spéciale dédicace à @monolecte]

      Pour revenir aux jeunes, ils sont toujours plus nombreux à faire des études supérieures : l’expérience universitaire s’est démocratisée. Dans mon livre Jeunesses françaises. Bac + 5 made in banlieue (La Découverte, 2015), j’ai enquêté sur le parcours étudiant de mes anciens élèves lorsque j’étais professeur en Seine-Saint-Denis. Par exemple, la moitié sont aujourd’hui cadres et propriétaires d’un logement : ils ont quitté leur quartier et ont été remplacés par des familles plus modestes.

      étonnants propos de conclusion : "cadre" ne veut rien dire en terme de revenu (on est "cadre" à bac+3) pas plus que "employé des services" serait nécessairement non-ouvrier en terme de travail effectué ; quant au patrimoine immobilier je demande à voir, bien que je ne sache pas si les crédits immobiliers peuvent se faire sur 30 ou 40 ans. Je crois qu’il s’adresse à son lectorat, de cadres et de propriétaires, sans doute avec l’intention de prendre dans le sens du poil ces tocards démocrates.

      #contrôles_d'identité

    • Grandir en cité : dans l’intimité de la jeunesse des quartiers populaires
      https://www.bondyblog.fr/opinions/interview/grandir-en-cite-dans-lintimite-de-la-jeunesse-des-quartiers-populaires

      De 2014 à 2021, Mickaël Chelal a réalisé une enquête ethnographique au cœur du quartier où il habite, les Marnaudes à Rosny-sous-Bois.

      En sociologie des quartiers populaires, on s’intéresse très peu aux enfants. Pourtant, ils sont omniprésents dans les quartiers. D’une part parce qu’ils ont pas mal de temps libre. D’autre part, car les familles de classes populaires inscrivent moins leurs enfants dans des activités extrascolaires, contrairement aux classes supérieures, ils ont plus de #temps_libre qu’ils passent en partie dans la #rue.

      Le temps qui n’est pas pris par ces activités-là, ils le passent dans la rue. Les enfants façonnent l’ambiance du quartier. Tu les entends, tu les vois, ils mobilisent tout l’espace pour développer leurs jeux. Ils donnent une tonalité familiale au quartier.

      Comment s’organisent les relations dans l’#espace_public ?

      Souvent, on peut entendre que les quartiers sont des espaces dans lesquels la loi du plus fort règne, que la rue, c’est l’anarchie, une sorte de jungle urbaine. Derrière tout ça, il y a l’idée de désorganisation sociale.

      En réalité, ce sont des quartiers qui sont, en tout cas pour la jeunesse, très structurés. Il y a des règles et des codes. La jeunesse qui se retrouve dans la rue s’organise principalement en deux catégories, les “petits” et les “grands” démarqués par leur âge et leur ancienneté. Cette division forme une organisation sociale qui se caractérise par une #hiérarchie_sociale où les grands ont un pouvoir de domination et d’autorité sur les petits.

  • Rien que les heures, un livre de Pierre Ménard à paraître aux Éditions Jou le 15 mai 2026. Aidez-nous à produire ce livre et recevez-le avant sa diffusion en librairie, dès la mi-avril 2026.

    https://liminaire.fr/projets/article/rien-que-les-heures

    Une traversée de Paris du nord au sud en une journée. À chacune des 60 étapes du parcours, le temps s’arrête, en alerte. Une heure, une adresse pour seul jalon. Au même instant, des scènes se déroulent, dans différents endroits du monde : 146 pays et 396 villes. La succession des histoires qui surgissent, au fil des heures, des situations qui apparaissent dans le désordre comme autant d’épiphanies, forme une constellation d’instants suspendus, d’arrêts sur image.
    La juxtaposition de ces multiples strates du récit permet d’explorer simultanément différents points de vue dans une expérience polyphonique.
    Un lent cheminement qui révèle, de la veille au lendemain, le trait d’union reliant l’espace dans le temps, l’épreuve d’une présence au monde. Un monde où trouver sa place, où il y a lieu d’être.
    Ce récit n’est pas une invitation au voyage, mais une traversée immobile qui nous relie aux autres et à nous-même.

    (...)
    #Écriture, #Livre, #Lecture, #Littérature, #Voix, #Monde, #Psychogéographie, #Parcours, #Poésie, #Récit, #Temps, #Édition (...)

    https://youtu.be/r3CeUQvBiRU

    https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures

    https://www.helloasso.com/associations/association-jou/collectes/rien-que-les-heures