• La #révolte contre l’extraction des #gaz_de_schiste en #Ardèche : L’attachement au #territoire comme enjeu politique

    Décembre 2010. On fête la fin de l’année dans les foyers ardéchois. On ne songe pas que la spéculation et les tensions sur le marché de l’énergie, qui sont à l’origine des projets d’exploitation des gaz de schistes un peu partout dans le monde, puissent avoir des conséquences directes dans ce coin préservé autour de Villeneuve de Berg. Et pourtant, c’est bien sûr l’Ardèche que la compagnie Schuepbach a jeté son dévolu, en signant en mars 2010 un Permis exclusif de recherche (PER) avec le ministre de l’Environnement de l’époque, Jean-Louis Borloo, sans aucune forme de concertation, à l’insu de la population locale. Ce n’est que l’un des 61 PER signés à cette époque, principalement répartis dans le Sud-Est de la France et le Bassin Parisien. Même si des mouvements similaires se sont développés, notamment au Québec, il est difficile de retrouver l’élément déclencheur du soulèvement contre ce permis d’exploration en Ardèche, dont l’ampleur ne pouvait être présagée.

    Les premiers à s’être mobilisés et qui, d’ailleurs ne s’attendaient pas à se retrouver si nombreux, se sont vite sentis « dépassés » par la force du mouvement |1|. Beaucoup se sont levés d’un seul bloc pour exprimer un refus radical de tels projets. Très vite, les réunions d’information font salles combles et des collectifs naissent dans chaque village. Le non au gaz de schiste emporte l’adhésion du plus grand nombre, au-delà de clivages politiques traditionnels. La révolte s’organise : autocollants, t-shirts, affiches, mais aussi échange de réflexions et construction collective. Christophe Tourre, du collectif 07, se plaît à rappeler le dicton « En Cévennes, les révoltes peuvent être comme les crues : elles peuvent être soudaines et terribles |2| ». Cette mobilisation « explosive », selon les termes des militants, réanime le passé de révolte des Cévennes, des camisards aux maquisards. Le 26 février 2011, plus de 15 000 personnes se rassemblent dans une grande manifestation à Villeneuve-de-Berg, relayée par la presse nationale : du jamais vu, même lors de la réforme des retraites de 2010, dernière illustration en date des grands rassemblements dans la région. Il faut dire que de nombreuses personnes venues de la France entière et des collectifs découvrent l’existence des permis en France.

    Pourtant, dans de nombreuses régions concernées par des permis d’exploration similaires, la mobilisation n’a pas été aussi fulgurante et massive. Il faut comprendre l’émotion, la colère qui a entraîné les débuts de cette mobilisation. Le fait de ne pas avoir été consulté ni prévenu, dans une région traditionnellement méfiante face au pouvoir central, y est sans doute pour quelque chose et a été vécu comme un dénigrement et une violence injuste de la part des gouvernants. Mais toutes les agressions ne mènent pas à la révolte : la crise et le chômage ébranlent les bases de notre modèle social de manière fatale, les inégalités explosent, sans que des mouvements sociaux puissent véritablement s’en saisir. On note souvent la faiblesse numérique du mouvement des Indignés ou des militants contre le nucléaire en France, malgré l’opinion plutôt favorable à leur égard. Mais pour les militants interrogés, le gaz de schiste apparaît comme « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Il faut lever la tête et se révolter. Quitte à inventer un moyen pacifique de bloquer des camions. Car cette fois-ci, c’est la vie du territoire qui est en jeu.

    Cet élan nous a interpellés, nous chercheurs en sciences humaines et sociales (géographie-tourisme, architecture- aménagement, philosophie) qui travaillons autour des questions de territoire et d’habiter. Nous avons voulu comprendre ce qui a fait l’ampleur de cette révolte et ce dont elle témoigne à plus long terme. Sous le nom de l’équipe Echolocate |3| (Lucinda Groueff, Brice Julien, Claire Revol) nous nous sommes rendus en Ardèche en août 2011 en tant qu’observateurs pour mieux comprendre les ressorts de la mobilisation ardéchoise contre les gaz de schistes.

    L’ampleur de cette mobilisation et le constat d’une affection certaine portée à ce territoire par ses habitants, nous a motivés pour mobiliser nos outils professionnels et approfondir des intuitions. L’équipe s’affranchit d’un cadre scientifique préétabli pour expérimenter une approche hybride et sensible, laissant place à l’affect et à la rencontre. Ainsi nous proposons un regard sur la mobilisation ardéchoise qui entremêle références en sciences sociales et expériences individuelles. Nous avons mené des entretiens filmés avec des habitants – parfois militants – et des explorations du territoire également enregistrées. Nous travaillons à la réalisation de textes et d’un web-documentaire pour éclairer ces événements à l’aide des connaissances de nos disciplines et nos passions. L’approche filmique nous permet de nous saisir et de témoigner des dimensions émotionnelles de la mobilisation chez les habitants. Le croisement de méthodologies diverses témoigne d’une volonté de comprendre, en tant que citoyens, au-delà du seul cadre de la démarche scientifique.

    Une chose nous a frappés, c’est que cette révolte, cette lutte, n’est pas identifiée par ses protagonistes comme un conflit social où se distinguent des rapports sociaux, et où l’on combat pour des idées abstraites : il s’ancre dans un territoire et il est une lutte pour le territoire. « Dans les raisons qui font que cela a fonctionné, il y a le fait que les gens se sont sentis agressés par rapport à quelque chose dont ils sont très proches : leur terre, leur territoire |4| », analyse Michel Mariton, porte-parole du collectif 07, et président de l’Association Viginature qui avait mené d’autres combats environnementaux sur la commune de Lagorce. « C’est une agression contre la vie au pays » |5| inédite, nous dit Jean-Louis Chopy (également porte-parole du collectif 07). Ce constat se retrouvera chez plusieurs personnes interrogées : c’est l’attachement au territoire qui est le moteur de la révolte. Mais la défense du territoire n’est pas ici comprise dans un sens identitaire où le « nous » se retrouve face au « eux » des personnes ou des acteurs jugés extérieurs. De même, se défendre contre l’exploitation des gaz de schistes n’est pas s’exempter de risques environnementaux qui sont la conséquence de modes de vie que tous partagent. Autrement dit, il est impossible de considérer ce mouvement comme la seule expression du syndrome NIMBY (Not In My BackYard – j’accepte l’extraction des gaz de schistes pour subvenir à mes besoins en énergie mais pas chez moi) ou d’un attachement au territoire seulement conservateur.

    L’attachement au territoire qui impulse ce mouvement permet d’envisager le territoire |6|, dans sa globalité, comme un bien commun à soigner et à prendre en charge, en particulier pour ce qui est de ses ressources naturelles (eau) et de l’énergie. Ainsi, la mobilisation forge une légitimité pour les habitants à organiser ce qui relève de ces ressources communes, l’appropria
    tion du territoire de vie par ses habitants pouvant être porteuse d’une dimension révolutionnaire, comme le décrit le géographe marxiste David Harvey s’inspirant du droit à la ville de Henri Lefebvre |7|. Ce qui mobilise dans une telle lutte, au-delà de motifs idéaux (le combat environnemental, les valeurs démocratiques), c’est une appropriation du territoire qui repose sur un attachement.
    L’« explosion » du mouvement et sa structuration

    La construction du collectif 07

    Une véritable « explosion ». C’est ainsi que l’on nous a décrits le début de ce mouvement. Au départ, il y a des personnes d’horizons divers, tous militants, mais il est bien difficile de discerner qui a tiré la sonnette d’alarme en premier. « L’alerte a été l’envoi d’un article de Cap 21, de Corinne Lepage, qui faisait le compte rendu de la situation à l’échelle internationale |8| » se souvient Jean-Louis Chopy, l’un des porte-parole du collectif 07 contre les gaz de schiste, qui est aussi président de la Frapna Ardèche |9|. Pour Guillaume Vermorel, également investi dans le collectif 07, c’est par les réseaux militants d’Europe Écologie Les Verts que l’information est parvenue. Pour Claude Pradal, maire de Villeneuve de Berg, c’est un article paru dans la revue Sciences et avenir. Si différentes forces politiques, syndicales et associatives étaient en présence, toutes se sont accordées pour que le mouvement soit une fédération citoyenne, car cette forme particulière semblait être la seule qui puisse lui convenir. L’information se diffuse d’abord sur internet et dans ces réseaux militants. Puis une première réunion d’information a lieu le 26 janvier 2011 à Saint-Sernin (07), rassemblant plus de 800 personnes. Des réunions d’information sont organisées dans chaque village, et touchent beaucoup de personnes (selon le collectif 07, environ 20 000).

    Au départ, c’est surtout la technique de la fracturation hydraulique et ses effets qui sont expliqués à l’aide de power-points. Puis des extraits du film Gazland de Josh Fox, enquêtant sur les effets néfastes sur la santé et l’environnement de l’exploitation des gaz de schiste aux États-Unis depuis dix ans, et dont les images chocs éveillent les consciences. Une version courte de vingt minutes est ensuite créée, avec des sous-titres et des doublages pour faciliter la compréhension des personnes qui ne lisent pas assez vite ou qui sont loin des écrans dans les salles, souvent combles. L’information se relaie rapidement, des pancartes et des banderoles fleurissent au bord des routes. Sur internet, de nombreux blogs |10| apparaissent ainsi que des vidéos explicatives sur la fracturation hydraulique, les textes juridiques et leur application administrative. En particulier les vidéos de Guillaume Vermorel, l’un des porte-parole du mouvement, enseignant dans le domaine des énergies renouvelables, donc technicien et pédagogue, sont très regardées. Des collectifs se créent au rythme des réunions, dans chaque village. Il faut insister sur le fait que les initiateurs du mouvement ont été surpris de l’ampleur du mouvement et que l’organisation du mouvement s’est faite petit à petit, en essayant de trouver une forme qui puisse contenir cette prolifération de collectifs et les maintenir rassemblés : cette organisation est issue de la discussion collective des militants, à partir de la « base ».

    Ces collectifs locaux se regroupent donc au sein d’un collectif plus large, le « collectif 07 stop au gaz de schiste », qui adopte dès le départ un fonctionnement horizontal : il n’y a pas de leader du mouvement mais un simple porte-parolat, et les décisions ne sont pas prises par des dirigeants, elles sont discutées collectivement. Chaque collectif, association ou parti politique qui s’inscrit dans le collectif 07 est représenté par deux personnes dans chaque réunion mensuelle. Les collectifs de chaque village adhèrent, ainsi que des partis politiques et des associations. Le mot d’ordre est d’emblée « stop au gaz de schiste. Ni ici, ni ailleurs. Ni aujourd’hui, ni demain ». En effet, le collectif 07 ne réclame pas seulement l’abrogation des permis qui concerne son territoire mais de tous les permis en France. Il s’oppose sans distinction à toute forme d’exploitation des hydrocarbures de roche-mère qui nécessiteraient la stimulation de la roche lors de leurs extractions, et pour lesquels on retrouve les mêmes risques quel que soit le nom de la technique utilisée. Au-delà du simple « non au gaz de schiste », il se porte en faveur d’un débat participatif sur la question énergétique (débat qui reste inédit au niveau national) et de l’encouragement des énergies renouvelables. La solidarité avec les autres territoires, au niveau national ou international, fait aussi partie de ce positionnement |11|. Dès le début, des liens sont créés avec des collectifs qui agissent en France, notamment à travers la coordination nationale des collectifs, et avec des collectifs à travers le monde, en particulier avec le Québec, qui connaît aussi une forte mobilisation contre l’exploitation des gaz de schiste. Un réseau de collectifs émerge aussi au niveau de la région Rhône-Alpes. Il s’agit avant tout de connaître la situation dans d’autres régions, et parfois d’élaborer des actions communes.

    Le rôle principal du collectif 07 est de centraliser les informations pour mutualiser les moyens. À cet effet, un site internet est créé, géré par Christophe Tourre. Celui-ci contient des documents pédagogiques et explicatifs, les communiqués du collectif 07, des articles, des revues de presse locale, nationale et internationale, l’annonce des événements à venir dans les agendas… Il émerge directement du fonctionnement du collectif 07. La liste de diffusion, auquel chacun peut souscrire, permet de livrer les dernières informations ou de faire passer des alertes. C’est cette information efficace qui a permis au collectif 07 de rassembler environ 20 000 personnes lors d’une grande manifestation à Villeneuve de Berg, un mois seulement après la première réunion d’information, le 26 février 2011. Cette réussite montre l’ampleur et la force du mouvement, car un tel rassemblement était inédit dans la région, si l’on compare avec des mouvements bien suivis comme celui contre la réforme des retraites en 2010. Nous chercherons à comprendre plus loin ce qui fédère au-delà des clivages politiques traditionnels.

    L’activité du collectif n’est pas seulement celle des réseaux du web, même si Internet a un rôle important dans la recherche d’informations, la centralisation et la diffusion : le mouvement s’ancre dans le territoire. Aux banderoles s’ajoutent d’autres supports de communication : les collectifs créent des t-shirts, des badges, des autocollants, des tracts, des affiches… qui sont fortement visibles et très vite diffusés. On croise fréquemment des voitures qui arborent ces symboles de la lutte et qui invitent à s’informer. Le collectif crée son identité visuelle : logo avec le masque à gaz, et les couleurs reprises sur tous les supports : noir (qui rappelle les hydrocarbures) et bleu, car le cœur de la bataille, au-delà du problème énergétique, est la préservation de la ressource en eau. Et surtout, il correspond à une dynamique collective : des réunions des collectifs locaux (dans chaque village) se déroulent à un rythme souvent hebdomadaire, recréant ce que les aînés avaient connu sous le nom de veillées. Chacun peut s’investir dans la vie du collectif local, alors que le collectif 07 regroupe des référents pour les prises de décisions communes, en particulier pour la trésorerie qui a nécessité la création d’une association de gestion. Le collectif 07 tient une permanence physique et téléphonique dans un local à Largentière, qui est un li
    eu d’information et de diffusion des tracts et autres supports d’information.

    Au niveau du collectif 07, les compétences diverses sont convoquées au sein de commissions qui travaillent sur des dossiers et mutualisent les informations. Les référents, qui sont de simples membres des collectifs, s’investissent s’ils ont le temps et les connaissances nécessaires. Ce sont des personnes qui ont des compétences proches d’un niveau expert, qui font avant tout un travail de recherche d’informations spécialisées et de synthèse, et qui transmettent des informations qui peuvent avoir un rôle dans la stratégie du mouvement. C’est ainsi qu’une contre-expertise a pu s’organiser, par exemple avec la commission scientifique, qui regroupe des géologues, hydrologues, chimiste, et autres personnes susceptibles de comprendre les documents techniques. Il en est de même pour la commission juridique, composée de juristes, qui élabore la stratégie juridique et décrypte les procédures administratives, tout en assurant la veille auprès des administrations pour obtenir les dernières informations relatives aux permis. La commission communication élabore les supports d’information. Il y a également des commissions action, finance, réunions publiques et permanences qui gèrent la vie des collectifs.

    Enfin, la commission vigilance-information-alerte (VIA) et Pyramides |12| ont formé des militants pour bloquer les camions s’ils arrivaient. Cette idée a émergé très vite car dès le départ les militants ont perçu que la lutte traditionnelle, telle la manifestation ou la pétition, ne suffirait pas à protéger le territoire de manière effective. Après quelques fausses alertes et canulars, il a fallu organiser un système fiable et efficace reposant sur un maillage du territoire par des référents et des pyramides d’appel pour vérifier l’information et lancer l’alerte. Le blocage des camions (qu’ils soient de prospection ou qu’ils transportent les foreuses) est l’arme brandie par le collectif pour empêcher les forages. Même s’ils sont autorisés par le parlement et le gouvernement, les forces de l’ordre ne pourraient être envoyées sans frais face à un blocage fortement soutenu par la population. En effet, si le mouvement est par principe non violent, cela ne le rend pas pour autant moins déterminé. La non-violence est l’une de ses principales forces, car elle est en cohérence avec sa dimension citoyenne : il s’agit de peser dans l’exercice du pouvoir par les institutions, être en mesure d’avoir un poids politique. Le mouvement acquiert une certaine légitimité politique, car il a un fort ancrage dans la population, sans pour autant être porté par une structure sociale reconnue, telle le syndicat. Comment s’est constituée cette légitimité politique ?

    Le choix d’un mouvement citoyen

    Le fonctionnement du collectif 07 a été décidé au fil de sa construction, mais il est le fruit d’une réflexion, d’une stratégie délibérée de la part de ses créateurs : il s’agit de permettre l’adhésion et l’investissement du plus grand nombre dans une expérience collective forte, en testant les difficultés de la « démocratie horizontale |13| » qui implique des modes de fonctionnement nouveaux, décentralisés. Dans la démocratie horizontale, la décision ne s’effectue pas par des chefs nommés, même s’ils sont représentatifs, elle est discutée par tous. Aucune organisation membre (par exemple un parti ou un syndicat) ne peut faire valoir son pouvoir face aux autres organisations, le mouvement n’est pas hiérarchisé. Les difficultés inhérentes à ce type d’organisation (lenteur de la prise de décision dans les cas d’urgence, longueur des débats) sont contrebalancées par la robustesse d’un mouvement qui n’a pas de chef, qui accueille et rassemble des personnes de sensibilités diverses réunies autour d’une même cause. Ce qui est perdu en efficacité (la discussion et la prise de décision collective, le consensus réclament du temps) est gagné en audience auprès de la population, car une confiance s’établit. Cela court-circuite la communication des instances pyramidales et centralisées que sont l’État et les grands groupes pétroliers.

    Il est intéressant de voir comment ce mouvement s’est construit par rapport aux instances traditionnelles du pouvoir. Le mouvement est animé par une grande méfiance des membres du collectif à l’égard de la réponse politique, en particulier celle du pouvoir législatif et du gouvernement. La communication de ce dernier est systématiquement décryptée et remise en question. Chaque annonce gouvernementale est perçue comme une tentative de démobiliser la population plutôt que d’apporter une réponse à ses préoccupations, et de gagner du temps pour élaborer une contre-attaque |14|. Dès le départ, c’est le déni démocratique qui soulève les foules, autant que les risques environnementaux : le premier communiqué du collectif 07, datant du 23 février 2011, critique la réponse politique du pouvoir exécutif qui se limite à la création d’une commission d’enquête. En effet, le 4 février 2011, la ministre de l’Environnement, Madame Kosciusko-Morizet, a confié au Conseil général de l’Industrie, de l’Énergie et des Technologies et du Conseil général de l’Environnement la mission d’éclairer le gouvernement sur « les enjeux du développement potentiel de ces éventuelles ressources, sur l’encadrement environnemental approprié à cet éventuel développement et sur les actions prioritaires à conduire |15| ». Le collectif 07 dénonce la posture des grands corps des Mines et des Ponts et Chaussées, mandatés pour mener la commission d’enquête par la ministre, et qui « ont l’habitude de travailler dans l’opacité la plus grande |16| » sans que les citoyens et les membres de la société civile, ou les élus locaux soient consultés. Il dénonce également la création de cette commission qui intervient après la délivrance des permis et sans remettre en question leur délivrance : « Des explications techniques des uns et des autres ne suffiront pas à faire taire notre colère. Vous avez court-circuité le débat au début du projet. Nous ne sommes pas dupes et imaginons très bien la conclusion de la mission |17| ».

    Par la suite, le projet de loi présenté par le gouvernement début avril 2011, qui prévoyait d’interdire la seule technique de la fracturation hydraulique a été analysé comme une réponse inadaptée au problème et une tentative de « noyer le poisson » ou d’« emberlificoter |18| » la population, alors qu’une loi est censée être porteuse d’une légitimité et d’une justice. Il est vrai que le gouvernement communique sur le fait qu’il a résolu le problème, en faisant voter une loi contre la fracturation hydraulique, technique utilisée pour les forages de roche-mère, alors qu’un article autorise les explorations scientifiques et que le terme de fracturation hydraulique n’est pas juridiquement défini. Seuls les indu
    striels déclarant qu’ils utilisent la fracturation hydraulique se verront retirer leurs permis. Après promulgation de la loi le 14 juillet et remise des rapports des industriels précisant les techniques qu’ils comptaient employer deux mois après, seuls trois permis sont abrogés sur les soixante-quatre qui sont recensés sur toute la France, ceux précisément localisés dans les zones de plus forte contestation, dans les Cévennes. Il est bien difficile de ne pas voir une stratégie politique visant à étouffer la contestation sous l’application de la loi, alors que la plupart des médias titrent sur la fin des permis gaz de schiste. Face à la complexité des rouages du pouvoir, et du poids des lobbies, le collectif 07 privilégie la bataille sur le terrain à la bataille juridique : c’est ainsi que le système VIA devient de plus en plus important pour le mouvement, avec un objectif simple : être en mesure de bloquer les camions physiquement. L’attente créée par la loi a permis de jeter un certain flou et de démobiliser quelque peu les Ardéchois. Mais le succès des mobilisations de l’automne (par exemple, le 23 octobre 2011, on compte 6 000 participants à Barjac, encore concerné par un permis), impulsées par l’annonce de Total qui compte faire un recours administratif contre l’abrogation de son permis, témoigne que le mouvement perdure. La population se méfie des propos rassurants des dirigeants grâce à l’audience qu’a su créer le collectif 07, qui pousse à la réflexion sur les instances du pouvoir et de son exercice.

    D’autre part, si la mobilisation s’est construite contre le gouvernement et tous les représentants des instances du pouvoir central, elle n’est pas l’émanation de l’opposition dans le jeu politique traditionnel. La mobilisation s’est construite en fédérant des sensibilités diverses, pas forcément « de gauche ». Si ce mouvement n’a pas été pris en charge par les instances traditionnelles de la démocratie (partis, syndicats), c’est aussi parce qu’il est le reflet d’une crise démocratique aux multiples facettes. On pourrait dire qu’il est traduction française de mouvements comme les Indignés, qui remettent en question le pouvoir représentatif et sa perméabilité aux lobbies financiers. C’est pour cela que le collectif s’est positionné comme étant apolitique, car il ne se reconnaît pas dans le fonctionnement traditionnel des partis. Il cherche à rassembler au-delà des étiquettes. De nombreux militants n’ont d’ailleurs jamais fait partie de mouvements auparavant. L’idée d’un mouvement citoyen était donc la condition pour rassembler un grand nombre de personnes dans la mobilisation et de permettre à chacun d’être acteur du mouvement. La plupart des personnes interrogées disent avoir consacré beaucoup de temps au mouvement, ce fort investissement étant souvent motivé non seulement par la cause mais aussi par l’émulation collective. Les participants disent avoir éprouvé une certaine joie, celle d’être ensemble et de travailler à une cause commune, d’apprendre sur le monde et de développer leurs propres capacités d’initiative.

    Toutefois, les collectifs ne se méfient pas de tous les pouvoirs politiques : ils travaillent en partenariat avec les élus locaux, y compris ceux de droite (même si ceux-ci ont parfois bien du mal à expliquer leur positionnement). Les conseillers régionaux et généraux ont apporté leur soutien, y compris lors des débats sur la loi. Ils apportent une aide financière pour les collectifs, en particulier en finançant la création d’un poste pour un animateur-administrateur du mouvement en automne 2011 à la faveur d’une coordination régionale des collectifs. Les élus locaux se trouvent ainsi renforcés dans leur position politique locale, après avoir été contrariés de ne pas avoir été consultés pour de tels projets, alors qu’ils travaillent à l’avenir de leurs communes, et que certaines responsabilités comme l’approvisionnement en eau potable leur échoient pleinement. Ce sont les premiers à avoir pris des arrêtés contre les forages et, alors que la compagnie Schuepbach les attaque au tribunal administratif pour excès de pouvoir, le collectif 07 organise une manifestation à Villeneuve de Berg, le 7 avril 2011, intitulée « touche pas à mon maire ! » pour les soutenir, avec grand succès. Les élus se regroupent dans un « collectif des maires » de toutes orientations politiques confondues, représenté par Hervé Ozil, maire de Lagorce, qui adhère au collectif 07. Les élus sont solidaires du mouvement, et les conflits communaux quotidiens étant mis entre parenthèses, ils sont soutenus par la population.

    À la faveur de la lutte contre les gaz de schiste, un rapport beaucoup plus direct et coopératif se crée entre la population et les élus locaux. L’attachement et la défense du territoire apparaissent comme un argument plus fort que les idéaux et les débats des partis politiques ; ils sont aussi plus tangibles : dans ce sens, la mobilisation permet de renforcer l’idée du politique comme soin de la cité, du territoire en commun. Claude Pradal, maire de Villeneuve de Berg, constate que la mobilisation apporte à la vie politique de la commune, non dans le sens de débats clivant mais dans la volonté de résoudre un problème ensemble : « ça a soudé les gens, ils avaient un objectif commun et c’est ça qui est important. Ils savent que ceux qui sont à la tête des collectifs sont de toutes sensibilités, le problème c’est le gaz de schiste |19| ». À la méfiance des représentants du pouvoir d’État central répond donc un pouvoir politique local fondé sur la coopération.
    Une convergence portée par l’attachement au territoire comme bien commun

    L’impulsion de la mobilisation. Un rassemblement pour le territoire

    Après avoir décrit les principales caractéristiques et rapidement retracé l’historique du mouvement, il est important de s’intéresser aux enjeux qui ont permis au mouvement de naître, d’emporter l’adhésion d’individus et de créer une dynamique de rassemblement au-delà de groupes traditionnellement constitués et de réseaux militants établis. La piste que nous proposons renvoie à l’attachement au territoire, cet attachement, dont il faut définir les contours et la traduction quotidienne, permettant d’entrevoir une nouvelle donne politique dans le rapport de la population à son territoire.

    En cherchant les raisons d’une telle ferveur citoyenne s’exprimant dans le combat contre les gaz de schiste en Ardèche, de nombreuses personnes interrogées ont vu dans l’histoire de la région un terreau pour la mobilisation actuelle. L’histoire protestante |20| en est souvent évoquée comme le socle, de même que la résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Mais il est difficile de soutenir que c’est cet esprit résistant qui se serait transmis jusqu’aux générations actuelles et dont la révolte contre les gaz de schiste serait une résurgence. En effet, l’Ardèche a connu un fort exode rural dans la seconde moitié du XXe siècle, avant d’accueillir de nombreux néoruraux. L’attachement à l’Ardèche n’est pas lié à une origine commune, des « racines », mais il est lié à cette vie que l’on y construit par ses choix. En effet, rester ou venir s’installer en Ardèche est souvent l’objet d’un choix délibéré et déterminé étant donné la rareté des emplois, et les personnes qui s’y installent le font souvent parce qu’elles apprécient particulièrement ce cadre de vie et ce paysage. De ce point de vue, les références historiques du passé de révolte, de même que certains événements-clés (Mai 68, le Larzac, etc.) constituent une aide à la mobilisation et une justification par les valeurs de résistance qui sont évoquées.

    Pourtant, il ne faudrait pas penser non plus que l’on aurait affaire à une population soudée et univoque, à une communauté unie déjà constituée. Le mouvement est hétérogène : il rassemble des individus ne partageant parfois ni les mêmes convictions, ni les mêmes réseaux. Comment le mouvement a-t-il pu rassembler au-delà de clivages pourtant bien ancrés et qui peuvent donner lieu à des conflits (entre chasseurs et écologistes par exemple, ou entre agriculteurs et riverains) ? Il semble là encore que c’est le fait d’habiter un espace commun, de partager le même « coin » qui permette d’aller au-delà de ces clivages et de rassembler. Ainsi, le mouvement est le résultat d’une convergence autour de la défense du territoire habité, qui fonde ainsi le sentiment subjectif d’appartenance au collectif.

    Cette défense du territoire peut-elle s’apparenter à un simple phénomène NIMBY, comme on le trouve dans d’autres territoires offrant une certaine qualité de vie ? Il est vrai que l’Ardèche est souvent décrite par les personnes interrogées comme une sorte de « paradis vert », un coin « préservé » de la pollution, et que les forages sont perçus comme une destruction de ce cadre privilégié, d’autant plus pour des personnes ayant consenti à des efforts pour venir s’installer. Les conflits environnementaux sont une traduction de cette défense du territoire. Par exemple, de 1985 à 1990, le combat contre l’installation d’une ligne à haute tension en Basse Ardèche avait porté ses fruits, et est à l’origine de l’association Viginature, très active dans le combat contre les gaz de schistes. De même de 2002 à 2007 des militants écologistes ont réussi à s’opposer à un projet de centre de stockage de déchets ultimes sur la commune de Rochecolombe. Plutôt que de considérer cette réaction comme un simple égoïsme, il faut voir la dynamique collective potentielle que permet la prise de conscience d’un territoire à protéger. Les luttes sociales, par exemple pour les droits sociaux (vacances, salaires, retraites, etc.), se sont toujours appuyées sur la volonté d’améliorer et de transformer la situation d’un groupe précis à une époque donnée. Au-delà d’une simple défense de son propre pré carré, il faut donc comprendre ce que permet d’envisager cette mobilisation en défendant le territoire comme un bien commun. Ce qui suppose d’approfondir, ce qui sera l’objet de notre travail, les tenants et les aboutissants de cet attachement au territoire.

    Les biens communs comme enjeux politiques

    Avant d’être un combat pour des idées, le combat contre les gaz de schiste est donc un combat pour le territoire, et l’attachement à ce territoire en est le ressort puissant. Est-ce que ce ressort pourrait être mobilisé pour réaliser un changement politique dans la gestion des biens communs |21| et la nécessité d’une gestion décentralisée de la politique énergétique ? C’est ce que nous voudrions essayer de mesurer.

    En effet, la perspective de l’exploitation des gaz de schiste met bien en avant la fragilité des ressources naturelles communes et de leur appropriation. En particulier pour la question de l’eau. La perspective de voir les nappes phréatiques polluées, bien commun par excellence, par une industrie qui nécessite beaucoup d’eau par ailleurs, a été un déclencheur de la mobilisation, dans une région karstique où l’eau est rare. Un bien commun, selon la définition de Ricardo Petrella |22|, est caractérisé par le fait que l’on ne peut le substituer à une autre ressource, ce qui est bien le cas de l’eau, à la différence des hydrocarbures. Il faut donc le partager et fixer ses modalités d’utilisation, ce qui peut provoquer des conflits d’usage. Mais au-delà d’un bien à partager, c’est un bien engageant une responsabilité collective, c’est-à-dire pour lequel les habitants se sentent convoqués et investis d’une tâche. L’énergie au sens large peut aussi figurer comme un bien commun dont la responsabilité est collective. Les citoyens expriment leur légitimité à discuter à l’échelle locale des projets pour le moment décidés à l’échelle nationale. Ce qui suppose d’aller au-delà de la simple décentralisation pour développer une gestion coopérative du pouvoir. La transition énergétique ne peut se passer de cette impulsion citoyenne, et pas seulement dans sa dimension éducative (les bonnes pratiques) : il s’agit de contraindre au changement des puissances économiques habituées à composer avec le régime démocratique représentatif.

    Pour l’instant, seuls des signaux de cette nouvelle donne politique sont visibles et se sont mis en place à la faveur de la mobilisation. Nous voulons chercher à en prendre une mesure plus précise. Les pouvoirs locaux ont compris qu’il fallait saisir cette opportunité pour la transition énergétique. Le 18 novembre 2011, le Conseil général de l’Ardèche a organisé des Assises départementales de l’énergie pour faire un premier tour d’horizon de la question. D’autres projets territoriaux comme le projet Prospective énergétique sur les territoires ruraux ardéchois (PETRA) visent l’appropriation de la question énergétique par la population locale. Tout l’enjeu consiste donc à maintenir la fédération que recouvre le collectif 07 pour de tels projets. Et au-delà de la question de l’énergie, il s’agit de la question globale de la gestion des biens communs, en particulier de l’eau. Puisque le rassemblement se construit sur l’attachement au territoire, celui-ci doit être mobilisé dans les projets pour que les citoyens soient associés aux prises de décisions de leurs gouvernants.

    http://mouvements.info/la-revolte-contre-lextraction-des-gaz-de-schiste-en-ardeche-lattachemen
    #résistance #lutte #France #biens_communs #commons #collectif_07

  • #Luttes de #territoire : enjeux spatiaux et représentations sociales
    –-> Nouveau numéro de la #revue #EspacePolitique

    Laurent Beauguitte et Marta Severo
    Luttes de territoire : enjeux spatiaux et représentations sociales [Texte intégral]
    Struggles for territory : spatial issues and social representations

    Maude Cournoyer-Gendron, Catherine Trudelle et Laurent DEVISME
    Un nouveau #stade pour #Nantes ? Une production de sens mise à l’épreuve dans une fabrique conflictuelle de la #ville [Texte intégral]
    A New Stadium for Nantes ? A production of meaning put to test through a conflicted urbanism.

    Charlotte Ruggeri
    Un #train au pays des #pick-ups : controverses et conflits autour du projet de #grande_vitesse ferroviaire en #Californie [Texte intégral]
    A Train in the Country of Pick-ups : Controversies and Conflicts over the High-Speed Rail Project in California
    #chemin_de_fer #USA #Etats-Unis

    Marie Méténier
    Lutte environnementale dans le #parc_national de #Dartmoor : (re)définition d’un territoire de nature protégée par la dynamique conflictuelle [Texte intégral]
    Environmental Struggle in Dartmoor National Park : redefining a territory of protected nature through the conflict’s dynamic

    Zénaïde Dervieux
    Pratiques spatiales au nord-ouest du #Zimbabwe : revendications, occupations et résistances [Texte intégral]
    Spatial Practices in Northwestern Zimbabwe : Claims, Occupations and Resistance

    Hadrien Holstein
    #Ségrégation, lutte territoriale et affrontements identitaires dans un espace post-conflictuel, le cas des militants républicains dans les quartiers nationalistes de #Belfast et #Derry [Texte intégral]
    Segregation, Territorial Struggle and Identity Confrontations in a Post-Conflict Space, the Case of Republican Activists in Nationalist Districts of Belfast and Derry
    #Irlande_du_Nord

    Mathieu Uhel
    La « guerre de l’#eau » à #Cochabamba. De la réappropriation de l’espace politique à la reproduction d’un lieu symbolique de la #contestation [Texte intégral]
    #guerre_de_l'eau #Bolivie

    Pablo Corroyer
    « Faunes sauvages » en politique. Tisser et mettre en scène un territoire contestataire : de la #ZAD de #Notre-Dame-des-Landes à #Bure [Texte intégral]
    « Wildlife » in politics. To Weave and To Stage a Territory Protest : from the Notre-Dame-des-Landes’ ZAD To Bure.
    #NDDL

    Laurent Beauguitte
    Le #Bois_Lejuc occupé : éléments sur le fonctionnement d’une petite #zad en #Meuse (2016-2018) [Texte intégral]
    The occupied ’bois Lejuc’ : elements on the operation of a small ’area to defend’ in Meuse (2016-2018)

    https://journals.openedition.org/espacepolitique/6017
    #géographie_politique

    @reka a déjà signalé cet article :
    https://seenthis.net/messages/808509

  • « Nous avons besoin de vivre toute l’année. »

    Entretien croisé sur les luttes contre la touristification
    Par Alexane Brochard et Lucile Dumont

    Des responsables de la planification urbaine aux multipropriétaires, les protagonistes de l’économie touristique traitent les territoires comme des capitaux à faire fructifier. Dans une métropole ou dans un village côtier, l’augmentation des loyers, la réduction du parc locatif à peau de chagrin et les mutations des commerces affectent en premier les habitant·es. Jef Klak a rencontré les membres de trois collectifs de lutte contre la touristification  : Dispac’h en Bretagne, Droit à la (Belle) Ville à Paris et l’Assemblea de Barris per un Turisme Sostenible (ABTS 1) à Barcelone  ; l’occasion de comparer les situations qu’ils combattent, les manières dont ils y répondent et affûtent leurs stratégies.

    https://www.jefklak.org/nous-avons-besoin-de-vivre-toute-lannee

  • Entretien avec Miguel Peralta, prisonnier anarchiste
    d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca

    https://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Miguel-Peralta-prisonnier-anarchiste-d-Eloxochitlan-d

    Histoire des luttes de son village, assemblée communautaire, infiltration des partis politiques, répression, solidarité internationale, liens entre mouvement libertaire et mouvement indigène... Dans cet entretien, Miguel Peralta revient sur cette histoire collective.

    Dans l’État d’Oaxaca, il y a approximativement plus de cinq cents municipalités, la majorité autochtones et qui sont réparties en huit régions. C’est très caractéristique d’Oaxaca cette question, parce que la majorité des gens parlent une langue autochtone, mais aussi parce que depuis très longtemps ces municipalités sont régies par un système qui s’appelle us et coutumes, plus de la moitié sont régies par ce système dont le nom a été modifié il y a tout juste quelques années de cela, il y a cinq ans, pour le remplacer par celui de système normatif interne, qui veut dire qu’on suppose que les municipalités ont leur propre autonomie dans laquelle elles se régissent par ce système, et où elles élisent leurs autorités, tant leurs autorités municipales que toutes les charges qui sont liées à cette organisation politique. Mais c’est de cette manière aussi que l’État a une forme d’ingérence à Oaxaca, parce que, au final, les municipalités sont régies par les us et coutumes, les élections se font par une assemblée et c’est en assemblée que sont pris les accords pour élire leurs autorités, mais quand elles élisent leur représentant ou leurs différents représentants, elles envoient leurs documents au bureau du « Système normatif interne » (...)

    #Mexique #Oaxaca #peuples_originaires #anarchisme #Flores_Magón #assemblée_communautaire #autonomie #territoire #communauté #répression #solidarité

  • Services publics : « La dématérialisation a accentué la fracture territoriale »
    https://www.banquedesterritoires.fr/services-publics-la-dematerialisation-accentue-la-fracture-terr

    S’appuyant sur un rapport de la Cour des comptes de mars, les deux députés parviennent à une conclusion moins optimiste du retrait des services publics. La question du numérique est « un enjeu vital », il permet de compenser « l’enclavement » des territoires isolés, de développer le télétravail... Seulement la couverture est loin d’être achevée : 7 millions de Français n’ont « pas accès à la qualité minimale de connexion ». Bien plus, « menée à la hussarde » - avec pour principal souci de faire des économies -, « la dématérialisation a accentué la fracture territoriale ». En 2018, 93% des réclamations adressées aux délégués du Défenseur des droits avaient trait aux difficultés rencontrées dans la relation avec les services publics, contre 84 % en 2017, constatent-ils. Les députés préconisent donc de « remettre les bœufs avant la charrue ». Les administrations doivent par exemple revenir aux fondamentaux : proposer des modalités d’accès multicanal (en ligne, avec possibilité d’accès téléphonique et physique). Le rapport met aussi l’accent sur l’accompagnement des usagers. Une « cartographie » référençant les dispositifs d’accompagnement sur les territoires est en cours d’élaboration, précise-t-il.

    #territoire

  • Le #transect, outil d’analyse du terrain et de médiation entre les disciplines et les acteurs

    Le terme transect désigne pour les géographes « un dispositif d’observation de terrain ou la #représentation d’un #espace, le long d’un #tracé_linéaire et selon la dimension verticale, destiné à mettre en évidence une superposition, une succession spatiale ou des relations entre phénomènes » (Marie-Claire Robic).


    https://lcv.hypotheses.org/9620
    #paysage #territoire

    ping @reka

    • Le transect urbain. Pour une écriture corrélée des ambiances et de l’environnement

      Le terme transect désigne pour les géographes « un dispositif d’observation de terrain ou la représentation d’un espace, le long d’un tracé linéaire et selon la dimension verticale, destiné à mettre en évidence une superposition, une succession spatiale ou des relations entre phénomènes » (Marie-Claire Robic, 2005). Appliqué au développement d’un territoire, le transect est une pratique dont les éléments ont été théorisés et mis en application au début du XXe siècle, en particulier par l’urbaniste-botaniste Patrick Geddes en Écosse. Technique de représentation autant que pratique de terrain, le transect est aujourd’hui revisité. Pour nous, il se présente comme un dispositif hybride entre la coupe technique et le parcours sensible : il se construit par le dessin, la photo, la mesure, le texte ou la vidéo, autant qu’il se pratique in situ, par la perception, la parole, la déambulation, en général par la marche. Réhabilitant de fait la dimension atmosphérique dans les représentations urbaines, rendant possible l’inscription de récits habitants dans les débats spécialisés entre disciplines, le transect devient un outil d’interrogation et d’expression de l’espace sensible et des pratiques vécues. Comme tel le transect permet d’articuler deux postures habituellement dissociées, celles de l’analyse et de la conception. S’il emprunte à l’inventaire sa capacité à repérer et collecter les situations les plus différentes, s’il renvoie aux atlas Mnemosynes d’Aby Warburg et au paradigme indiciaire de Carlos Ginzburg, le passage du plan à la coupe permet de déployer la ville dans son épaisseur sociale, environnementale, historique et projectuelle. Représentations graphiques, récits de vie, perceptions d’ambiance... Le transect devient un espace de travail partageable et amendable entre les acteurs du territoire – habitant, expert, mais aussi décideur et concepteur. En termes deleuziens, nous en faisons le symbole d’une approche de la ville « par le milieu ». Entre le grand récit, historique, d’une ville et les micro-récits, pragmatiques, de l’usage, le transect devient un instrument de narration idéal pour concevoir les ambiances urbaines de demain comme pour inscrire le projet urbain dans une dynamique – "patrimoniale".

      https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01518091

      Pour télécharger le chapitre :
      https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01518091/document

      #géographie #visualisation

  • Une #métropolisation heureuse est-elle possible ? | Marianne
    https://www.marianne.net/debattons/entretiens/une-metropolisation-heureuse-est-elle-possible

    La métropolisation représente toutefois un moment particulier de cette longue histoire des desseins économiques et politiques dans et par l’urbain. Elle est le stade néolibéral du #capitalisme #patriarcal, engagé depuis une quarantaine d’années, d’abord dans les pays tôt convertis à cette doctrine, puis dans toutes les grandes agglomérations mondialisées. Ce stade est celui de la
    #polarisation urbaine des nouvelles filières économiques postindustrielles et d’une conversion rapide des pouvoirs urbains aux logiques de firme entrepreneuriale. Le statut de Métropole en vigueur en France depuis 2014 entérine et diffuse nationalement un tel mouvement, alors même que ses effets sont déjà largement connus à bien des endroits.

    Tout d’abord, un espace métropolitain n’est pas égalitaire. Les #ségrégations et #relégations y sont légion. Comme toute grande ville de l’ère thermo-industrielle me direz-vous, mais avec néanmoins une ampleur inégalée des #exclusions et évictions sociales. Au point d’interroger ce que la pensée dominante a longtemps défendu comme vertus intégratives de la grande ville : mélange et brassage, anonymisation et émancipation. A en juger par le sort réservé aux migrants, les métropoles ne sont pas les lieux idoines de l’urbanité ou encore de l’hospitalité. Nous y reviendrons. De même, on a connu plus vertueux d’un point de vue écologique. Le fait urbain c’est 55 % de la population mondiale (70 % en 2050 selon l’ONU) pour 70 % des déchets planétaires, 75 % de l’énergie consommée et 80 % des émissions de gaz à effet de serre.

    #territoire

  • L’accueil de réfugiés « réinstallés » dans les communes rurales de #Dordogne

    La campagne serait-elle le meilleur endroit pour accueillir les réfugiés les plus vulnérables ? Dans le cadre des « réinstallations » en France — par le #HCR — de réfugiés venus de pays moins sûrs, des communes rurales se sont portées volontaires pour les accueillir. Récit en Dordogne où la volonté des bénévoles et des élus tente de compenser les manquements de l’État dans l’accompagnement de ces personnes fragilisées par les violences de la guerre ou de leur histoire migratoire.

    Quand, à l’automne 2015, Pascal Bourdeau, maire d’une petite commune de Dordogne, entend l’appel de Bernard Cazeneuve aux édiles de France pour accueillir des réfugiés (« votre mobilisation est déterminante », leur écrit-il), il n’hésite pas une seconde. La France vient de s’engager à recevoir 22 000 réfugiés « relocalisés » depuis les hotspots de Grèce et d’Italie (dont elle n’accueillera finalement que 5 030 personnes). La photo d’Alan Kurdî, enfant syrien trouvé mort sur une plage, plane encore dans les esprits. La ville de Nontron, 3 500 habitants, ouvre donc ses portes à deux familles syriennes. Deux familles soudanaises et une autre centre-africaine les rejoindront deux ans plus tard. Elles sont arrivées dans le cadre d’un programme d’évacuation d’urgence de Libye vers le Niger sous mandat du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés, le HCR (voir notre article à ce sujet).

    « Je considère que c’est un devoir d’accueillir ces gens, déclare le maire devenu également vice-président du conseil départemental. Je suis issu d’une famille de résistants et #Nontron a accueilli des Lorrains et des Alsaciens juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. La Dordogne est une terre d’asile : accueillir ces cinq familles allait de soi ». En 2015, Pascal Bourdeau contacte donc le préfet et prépare l’arrivée de la première famille syrienne avec son conseil municipal. Les conditions sont réunies : les écoles sont mobilisées, des navettes mises en place vers Périgueux et Angoulême (pas Limoges, l’autre grande ville de la zone). Plusieurs associations se disent prêtes à accompagner ces nouveaux venus que la guerre et la vie dans les camps a « un peu cabossés physiquement et mentalement », constate le maire de Nontron.

    Ces réfugiés ont bénéficié du programme de réinstallation du HCR, qui existe depuis longtemps et indépendamment de l’épisode des hotspots de la crise de l’accueil en Europe. La France n’avait jusqu’alors pas participé à ce programme qui permet de réinstaller dans des pays sûrs des réfugiés présents dans les camps de l’organisation humanitaire. C’est le cas au Liban, en Turquie, en Guinée, au Tchad ou encore au Niger. Cette réinstallation s’exerce selon le critère humanitaire de la plus grande vulnérabilité.

    En France, l’accueil des réfugiés passe par les territoires

    L’État français, qui pour la première fois a accepté de participer à un programme de réinstallation, délègue l’accueil de ces familles et personnes réfugiées à des associations nationales ou locales. En octobre 2017, la France annonçait l’accueil de 10 000 réfugiés d’ici octobre 2019, dont 3 000 venant du Tchad et du Niger, dans le cadre des programmes de réinstallation de migrants. Ce chiffre n’est pas encore atteint 1, mais la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (#Dihal) a mandaté pas moins de 24 opérateurs pour accompagner ces réfugiés particulièrement vulnérables sur l’ensemble du territoire.

    À Périgueux, en Dordogne, l’association Aurore s’est occupée des Syriens, tandis que France terre d’asile (FTdA) a pris en charge les Subsahariens évacués de #Libye via le #Niger. Accueillis dans un premier temps dans la #Cité_de_Clairvivre, un important établissement public médico-social à #Salagnac, ils ont été relogés ensuite dans les communes du département qui se portaient volontaires.

    Pour Claire Courtecuisse, historienne du droit à l’Université Grenoble-Alpes, la volonté politique d’installer les migrants à la campagne remonte à la fin du XIXe siècle, quand se consolide l’idée d’une communauté nationale soucieuse d’identifier les étrangers sans les mêler au reste de la population. « On pense alors que le migrant étranger s’installera de façon durable dans des campagnes, vidées par les Français, grâce aux valeurs attachées à la terre, gage de stabilité et d’ancrage ». Les forts besoins en main-d’œuvre, notamment saisonnière, permettent au secteur agricole de déroger aux lois qui protègent la main-d’œuvre nationale, comme celle du 10 août 1932 qui ne s’appliquera pas au secteur primaire.

    Sur les naturalisations, là encore, les zones rurales font exception. À la Libération, instruction est donnée par le général de Gaulle à son ministre de la Justice de « limiter strictement les naturalisations dans les villes, notamment à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable », quitte à les favoriser en milieu rural. L’idée d’une répartition équitable des étrangers accueillis sur le territoire français a ressurgi avec la loi Asile et Immigration du 10 septembre 2018, qui confie à chaque préfet de région un #schéma_régional_d'accueil_des_demandeurs_d’asile_et_des_réfugiés (#SRADAR) en lien avec le schéma national.

    « Avec la politique de #répartition_territoriale, la question de l’accueil par les petites villes et les villages se pose de plus en plus », affirmait Matthieu Tardis, chercheur à l’Ifri, devant les maires de France invités à l’atelier de la Dihal sur le « Relogement des réfugiés : un enjeu pour la cohésion des territoires ». Selon le chercheur, les #territoires_ruraux sont une « terre d’asile (...), le citoyen [étant] l’accélérateur de l’intégration des réfugiés. À la fois parce qu’il les aide à s’approprier la langue, et parce qu’il peut être facteur d’insertion professionnelle ».

    Avec sa « Stratégie nationale pour l’accueil et l’intégration des personnes réfugiées », lancée en juin 2018, l’État en appelle — à nouveau — aux maires pour reloger durablement les réinstallés, réfugiés ou demandeurs d’asile présents dans les #Cada (Centres d’Accueil des demandeurs d’asile) ou #CAO (Centres d’accueil et d’orientation).

    Les premiers CAO, ouverts à la hâte à l’automne 2015 pour « mettre à l’abri » les occupants de la lande de Calais (appelée « la jungle ») et de la place Stalingrad à Paris, n’ont pas toujours été bien accueillis par les populations, se souvient Olivier Clochard, directeur de Migrinter. Installé à Poitiers, ce laboratoire héberge le programme de recherche « Campagnes françaises dans la dynamique des migrations internationales ». Camigri réunit une dizaine de géographes sur trois terrains en Aquitaine (Périgord vert, Vienne et Pyrénées ariégeoises) et s’intéresse à l’installation de nouveaux habitants dans les campagnes, qu’ils soient réfugiés, demandeurs d’asile, néo-ruraux ou agriculteurs. Pendant 5 ans (2016-2021), les chercheurs observeront les changements que ces arrivées provoquent en termes démographiques, économiques et politiques dans ces lieux peu peuplés.

    « La mise en place de dispositifs établis sans concertation inquiète les acteurs, explique Olivier Clochard, on doit entendre ces mécontentements, voire comprendre les raisons qui conduisent les personnes à ces réticences. » Le chercheur retient aussi l’expérience positive des tables rondes menées dans les communes rurales des #Deux-Sèvres : « Ces rencontres permettent de saisir une multitude d’initiatives. Écoutant les protagonistes, effectuant des enquêtes (...), j’observe que les politiques migratoires ne se font plus uniquement dans les ministères ou les préfectures aujourd’hui ; elles se construisent également dans les campagnes avec ces diverses mobilisations. »

    Le rôle important des #bénévoles

    Les bénévoles jouent un rôle central dans l’accueil des réfugiés en zone rurale. À Nontron, Brigitte, l’ancienne directrice d’école, était à la retraite l’année de l’arrivée de la première famille syrienne. « Je suis entrée en lien avec l’association prestataire. On devait rencontrer la famille ensemble, mais la personne de l’association m’a fait faux bond ; alors, je me suis débrouillée, et c’est ce que je fais depuis ! » Brigitte met en place un accompagnement scolaire. Avec les nouvelles arrivées, elle mobilise son frère, Christophe, également à la retraite, puis la femme de Christophe, Marie-Noëlle, retraitée du conseil départemental, qui garde les petits quand les parents suivent des cours de français deux fois par semaine.

    Ces réfugiés particulièrement vulnérables ont besoin de soins médicaux. Les rendez-vous se multiplient, particulièrement pour la famille soudanaise arrivée avec une petite fille handicapée qui demande beaucoup de soins et de déplacements. « J’ai fini par lancer un appel par le Collectif de transition citoyenne en Périgord vert (Gco) qui fonctionne par email, raconte Brigitte. Nous sommes aujourd’hui une trentaine de bénévoles, dont quinze très actifs, et ça marche plutôt pas mal. »

    L’installation de ces familles nombreuses bénéficie aussi aux communes. « Nos cinq familles de réfugiés nous ont apporté 20 enfants et ont sauvé nos écoles », se réjouit Erwan Carabin, l’adjoint au maire de Nontron. « Les plus jeunes ont appris le français en un temps éclair. Pour les adultes, c’est plus compliqué. » Pour raconter son histoire, Issam 2 et sa femme, des Syriens arrivés en 2018 d’un camp du HCR au Liban, demandent à leur fils Mansour, 16 ans, de traduire leurs propos.

    Issam a reçu un éclat d’obus au pied et attend la reconnaissance de son handicap par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) pour pouvoir trouver un travail adapté. Il ne peut pas se déplacer à Périgueux pour suivre les cours de français langue étrangère proposés par le Greta. L’association mandatée localement par l’État pour la prise en charge des « réinstallés » a achevé son mandat après un an pour des raisons budgétaires (c’est la norme). Les cours, et tout le reste, se sont arrêtés du jour au lendemain. « Ils devaient aller deux fois par semaine à Périgueux, explique Brigitte, c’était impossible pour lui, alors nous avons mis en place un cours localement, d’abord financé par une association périgourdine puis, quand ça s’est arrêté, grâce à une bénévole... jusqu’à ce qu’elle trouve du travail ! » Aujourd’hui, il n’y a plus d’enseignement du français pour les réfugiés à Nontron.

    La maîtrise du français est pourtant une des priorités des dispositifs mis en place par les associations prestataires de l’État. France terre d’asile finance également 200 heures de cours de français pendant sa prise en charge. Lorsque le mandat prend fin pour des raisons budgétaires, les communes doivent prendre le relais. Ce n’est pas toujours possible dans une petite ville comme Nontron.

    Dans son HLM, bercé par le chant des canaris en cage, Issam sort son téléphone pour lancer l’application qui lui permet de communiquer en français grâce à une traduction immédiate à l’écrit et à l’oral. Le résultat est plutôt satisfaisant, mais ne convient pas à toutes les situations. Pendant les rendez-vous médicaux, les réfugiés de Nontron peuvent appeler une association d’interprètes à Paris, à laquelle la mairie souscrit par tranches de 15 minutes. « On a bien un habitant qui parle arabe et accepte de venir quand on l’appelle, explique Erwan Carabin, mais on ne peut pas le solliciter tout le temps. Il faut aussi savoir ménager nos bénévoles ! »

    « On ne peut pas s’habituer
    à une souffrance, physique
    ou mentale comme ça,
    surtout quand on ne peut rien faire
    pour la soulager. »

    Marie-Noëlle, bénévole

    Entre les cours de soutien scolaire, deux fois par semaine, et l’accompagnement aux rendez-vous médicaux ou administratifs dans les grandes villes avoisinantes, Brigitte trouve le temps de monter le dossier MDPH de la petite Soudanaise de 8 ans, lourdement handicapée, afin qu’elle soit scolarisée avec des horaires aménagés. Elle a aussi repris le dossier d’Issam, ouvert par l’association prestataire qui a dû renoncer à accompagner cette famille depuis que sa salariée est en congé de longue durée. Les bénévoles ne reçoivent aucune formation et apprennent « sur le tas ». En mai dernier, Brigitte craque ; elle doit s’arrêter quelque temps. « L’histoire de ces gens est douloureuse, explique Marie-Noëlle, sa belle-sœur. Lorsque nous les accompagnons aux rendez-vous médicaux, nous entrons dans leur intimité. On ne peut pas s’habituer à une souffrance, physique ou mentale comme ça, surtout quand on ne peut rien faire pour la soulager. »

    La décision de l’État de placer ces réfugiés particulièrement vulnérables dans des zones qui souffrent de désertification médicale surprend. « Nous avons eu un problème à propos d’une famille qui avait une urgence, se souvient Pascal Bourdeau. Un médecin de Nontron a refusé de les prendre, même entre deux rendez-vous, alors qu’ils ne pouvaient pas se déplacer. Nous avons réglé le problème grâce aux bénévoles et je n’ai pas voulu polémiquer avec lui. La précarité de la médecine en milieu rural est une réalité et sa présence est une aubaine pour l’ensemble de notre communauté. »

    « On a des gens en difficulté dans notre propre population, ajoute Erwan Carabin, on ne peut pas créer de fossé entre les migrants et les autres. Il faut que l’action de la mairie soit pareille pour tous. »
    Les limites de l’installation en milieu rural

    La Dihal a évalué les relogements pour la première fois en avril 2018 à l’échelle des villes et villages de moins de 5 000 habitants. Ils sont opérés depuis 2015 pour « soulager l’effort de certains territoires par la mobilisation de logements vacants dans des territoires moins tendus ». 6 % des relogements de familles ou d’individus réfugiés ont eu lieu dans ces communes.

    Dans son évaluation, le Pôle Migrants de la Dihal fait plusieurs recommandations : ne pas envoyer à la campagne « les personnes nécessitant un suivi médical régulier ou présentant des fragilités psychologiques » ; s’assurer du consentement des réfugiés pour une installation en milieu rural ; vérifier qu’ils ont les moyens de communiquer et se déplacer par eux-mêmes pour prendre rapidement un emploi dans les filières qui recrutent. Et la Dihal de conclure à la nécessité d’un suivi régulier pour « assurer les besoins à court terme des réfugiés relogés dans les territoires ruraux ». Cependant, une fois relogés, les réfugiés ont d’autres besoins, notamment l’aide à l’emploi qui n’est pas prévue dans la mission des associations prestataires.

    L’assistante sociale du département, qui prend le relais quand l’accompagnement spécifique d’un an arrive à son terme, peut intervenir comme elle le fait pour tout autre public « fragile ». En Dordogne, il y a besoin de main-d’œuvre, notamment dans l’agriculture. Les deux pères soudanais de Nontron qui souhaitaient travailler se sont vus proposer un travail à 40 kilomètres. Faute de voiture, ils ont dû décliner.

    « Que faire sans capacité à être mobile
    et tant que les gens ne maîtrisent pas la langue ? »

    Pascal Bourdeau, maire de Nontron en Dordogne

    « On a besoin de gens pour ramasser les pommes, confirme Pascal Bourdeau, et l’économie de Nontron est florissante, notamment dans le luxe avec l’usine Hermès et le sellier CWD de l’équipe de France d’équitation. Certaines entreprises me disent qu’elles manquent de bras, mais que faire sans capacité à être mobile et tant que les gens ne maîtrisent pas la langue ? » Les réfugiés vivent pour l’instant du RSA, des aides de la Caf et de la solidarité du voisinage. « On ne peut pas dire que rien n’a été fait par l’État, reconnaît le maire de Nontron. Un comité de pilotage a été mis en place pendant un an et demi par la préfecture avec les associations prestataires et les assistantes sociales du département, mais le dispositif spécifique s’éteint parfois trop tôt. Il faudrait pouvoir le prolonger pour des cas difficiles. »

    L’intervenante sociale qui suit Aman, un jeune Érythréen désormais installé dans la banlieue de Périgueux (après plusieurs mois à la Cité de Clairvivre), sait qu’il aurait besoin d’être accompagné plus longtemps. Il attend toujours le début d’une formation d’électricien mais, comme les autres réfugiés suivis par les associations prestataires, sa maîtrise du français est très faible, insuffisante pour qu’il soit autonome après un an de prise en charge.

    « Tout cet accompagnement n’est pas assez structuré pour permettre aux réfugiés de s’intégrer », s’emporte Liliane Gonthier, maire de Boulazac, dont la commune a aussi dû accueillir des demandeurs d’asile dans un hôtel proche de la mairie. « Si on veut être une terre d’accueil, il faut une volonté politique. Quand on voit les demandeurs d’asile entassés dans le Formule 1, sans cuisine ou même frigo, ce n’est pas un accueil digne. On sait que, dans certaines communes, les migrants sont repartis vers les grandes villes, peut-être vers la jungle de Calais. Ce n’est pas une politique aboutie et ça manque d’humanité ! » « J’aurais pu continuer à accueillir des personnes », se désole Pascal Bourdeau qui ne souhaite pas recevoir plus de 5 familles dans sa commune, pourtant convaincu que « l’intégration est plus facile dans les campagnes et que les mélanges sont une richesse ». Mais il n’y a aucune coordination entre les différents acteurs institutionnels et peu ou pas de suivi. « Quand on arrive au bout du dispositif prévu par les associations prestataires, on nous laisse tomber ! »

    Certaines familles désirent déjà rejoindre les grandes villes où elles ont des proches. Si Issam, enfant de paysans en Syrie, a choisi la campagne quand le HCR au Liban lui a demandé de choisir, Aman, évacué de Libye via un camp du HCR au Niger, ne savait pas où il arriverait en France quand l’intervenante sociale de FTdA l’a accueilli à Bordeaux.

    « Les territoires ruraux peuvent être des laboratoires de dispositifs innovants en matière d’accueil. »

    Olivier Clochard, directeur de Migrinter

    Comment relever les défis d’une installation dans des petites communes, volontaires mais impuissantes à retenir ces familles et surtout ces hommes en âge de travailler ?

    « Si les lois sont faites principalement par des sédentaires, et des sédentaires qui ne connaissent pas toujours les spécificités de ces territoires ruraux, regrette Olivier Clochard, il me semble important de s’intéresser aux questions politiques relatives à la circulation, voire à l’accueil des personnes dans ces communes rurales — quel que soit le niveau : institutionnel, associatif voire informel — car dans certains cas, elles peuvent être vues à bien des égards comme des laboratoires de dispositifs innovants, rompant avec cette petite musique lancinante des discours présentant généralement l’immigration comme un problème... »

    http://icmigrations.fr/2019/08/30/defacto-11
    #réinstallation #asile #migrations #réfugiés #France #rural #vulnérabilité #campagne
    ping @karine4

  • L’autonomie zapatiste avance et nous interpelle

    Jérôme Baschet

    https://lavoiedujaguar.net/L-autonomie-zapatiste-avance-et-nous-interpelle

    Au Chiapas, le mois d’août a apporté une nouvelle réjouissante qui devrait susciter l’intérêt de toutes celles et ceux qu’atterrent l’emballement productiviste et sa spirale destructrice. Dans un contexte pourtant difficile, marqué par la nécessité de défendre leurs territoires face aux mégaprojets très offensifs du nouveau gouvernement mexicain, les zapatistes ont annoncé d’importantes avancées dans la construction de leurs instances d’autogouvernement, ainsi qu’une nouvelle phase d’échanges et d’interactions avec d’autres luttes, au Mexique et ailleurs.

    Quatre nouvelles communes autonomes viennent s’ajouter aux vingt-sept qui existaient depuis 1994 et sept nouveaux caracoles, avec leurs « conseils de bon gouvernement » respectifs, s’ajoutent aux cinq déjà créés en 2003. Tout en invitant à participer à la construction de ces nouveaux caracoles (selon des modalités qui seront précisés ultérieurement), le même communiqué, signé par le sous-commandant Moisés, porte-parole de l’EZLN, annonce une impressionnante salve de rencontres, nationales et internationales (...)

    #Mexique #Chiapas #EZLN #zapatistes #autonomie #autogouvernement #peuples_originaires #avancées #rencontres #territoires #femmes #arts #sciences #cinéma #Samir_Flores #López_Obrador #gilets_jaunes

  • Taybeh, village chrétien de Palestine
    https://visionscarto.net/taybeh-chretiens-de-palestine

    On n’arrive pas à Taybeh par hasard. Dans le gouvernorat de Ramallah, dans les Territoires occupés, à 50 km au nord de Jérusalem, cette petite ville perchée sur sa colline n’est pas un haut lieu touristique de la Terre sainte. Seuls des groupes de pèlerins chrétiens s’aventurent jusqu’ici, au seuil du désert, entre la Samarie et la Judée bibliques. Qu’en est-il d’être chrétien·ne dans les Territoires palestiniens occupés ? Pour comprendre, je me suis rendue sur place et ce périple a pris la forme d’un (...) #Billets

  • [Book] This is not an atlas

    Attention pépite

    This is not an atlas, est un bel ouvrage papier et pdf proposé en open access, qui rassemble plus de 40 documents de type « contre-cartographies » venant du monde entier.

    Ce n’est donc pas un atlas, au sens classique du terme : les projets (ou documents mis en avant) n’ont en effet pas pour vocation de restituer sous une forme cartographique formalisée une occupation de la surface terrestre, élaborée dans un contexte opérationnel.
    L’objectif de cet ensemble de documents, rassemblés par le kollektiv orangotango, uniques et non comparables, est plutôt de montrer comment des représentations territoriales sont pensées, discutées et fabriquées, coproduites avec les populations concernées dans un contexte de recherche critique, mêlant des considérations artistiques à des objectifs pédagogiques, d’éducation critique.

    La réflexion prend en effet souvent corps dans un contexte de lutte politique de diverses populations qui vont ainsi s’emparer de la « cartographie » pour proposer leur vision de leur territoire en s’appuyant sur des matériaux divers. Les représentations qui en découlent sont subjectives, en ce sens qu’elle parlent de leurs concepteurs-réalisateurs qu’il s’agisse d’indigène latino-américains, de femmes marocaines ou de réfugiés libanais.

    Lire la suite dans une courte recension proposée sur le site de Neocarto : https://neocarto.hypotheses.org/5922

    Les productions étant classées par catégorie, sujet et région du monde concernée, etc. il est possible de consulter des projets ciblés. Par exemple, ceux qui relèvent (au hasard) du sujet Movement.

    Voir une présentation du projet de contre-cartographie web Watchthemed sur Neocarto : https://neocarto.hypotheses.org/5906

    Toutes les productions sont consultables en ligne, sur le site du NonAtlas ici : https://notanatlas.org/#atlas-maps

    #atlas #contre-cartographie #nonatlas #géographie #représentation #territoire #critique #activisme

  • Deux communiqués de l’Amassada

    https://lavoiedujaguar.net/Deux-communiques-de-l-Amassada

    Mercredi dernier, le 3 juillet, cinq de nos camarades ont écopé d’un mois de prison avec sursis assorti de diverses amendes. D’après les dires du juge, il s’agissait seulement de punir les faits : refus de prélèvement d’ADN et avoir dormi une nuit sur le site occupé de l’Amassada. Durant quatre heures, ce dernier n’a cessé de répéter que « nous n’étions pas là pour faire de la politique ». Une des nombreuses différences entre lui et nous est que nous, nous assumons que ce que nous faisons est politique. Nous tenons ici à réaffirmer clairement que l’Amassada se défend, qu’elle continue à être habitée de mille manières, et qu’il faudra nous en déloger physiquement. L’État, RTE (Réseau de transport d’électricité) et la justice marchent ensemble et la peine prononcée n’est là que pour tenter de casser nos énergies. Nous pensons qu’ils veulent éviter au maximum une bataille à Saint-Victor. Ils savent bien que, malgré la déclaration d’utilité publique du transformateur, expulser des paysans, frapper et arrêter une population n’est pas justifiable. Cela ne correspond pas à l’image angélique qu’ils voudraient donner de la transition énergétique. (...)

    #Aveyron #éoliennes_industrielles #habiter #territoire #lutte #tribunal #condamnation #résistance

  • Le plan secret d’#Amazon en France
    https://reporterre.net/Le-plan-secret-d-Amazon-en-France

    Enquête 1/3 - Amazon rêve d’un monde où ses clients seraient livrés en un jour. Pour y parvenir, la #multinationale multiplie les #hangars démesurés où se succèdent les #camions. Ce développement, en France, suit une stratégie de mise en #concurrence de #territoires souvent sinistrés. Reporterre la détaille et publie la carte exclusive des implantations d’Amazon.

    #aménagement #urbanisme #fiscalité_locale

  • Chômage, mirages, naufrages
    https://www.youtube.com/watch?v=Jlv2pN8_8SI

    Ah, les chanceux qui ne font rien de leur journée ! Ils « profitent » ! Et donc nécessairement ils « abusent » ! Fainéants, parasites, inadaptés, oisifs : les privés d’emplois souffrent de tous les préjugés. Toutes ces idées reçues qui permettent de détourner le regard face à la grande pauvreté qui prend place quand le travail s’efface. Et si on osait imaginer qu’en fait, non ce n’était pas forcément « un peu de leur faute » ? Si on osait penser que tout le monde devrait avoir une place dans la société - même les accidentés, même les moins performants ? Si on osait se dire que la solution au chômage se trouve moins dans le contrôle et la répression que dans le changement de notre regard ? Source : #DATAGUEULE 90 - (...)

  • Pour l’amour de la victoire
    Lettre ouverte à Extinction Rebellion

    https://lavoiedujaguar.net/Pour-l-amour-de-la-victoire-Lettre-ouverte-a-Extinction-Rebellion

    Préface de Zadibao
    20 juin 2019

    Le 3 mai dernier, un habitant de la ZAD a écrit cette lettre ouverte à Extinction Rebellion au Royaume-Uni, un nouveau mouvement de désobéissance civile non violente, en lutte contre l’effondrement écologique et la crise climatique, qui venait de bloquer les flux de la métropole londonienne pendant presque une semaine, quelque chose de complètement inédit. Ces derniers mois, le mouvement a connu une croissance exponentielle et commence à apparaître un peu partout dans le monde, y compris en France.

    La lettre est un appel à territorialiser la lutte pour la justice climatique, résister à la construction de la troisième piste de l’aéroport de Heathrow (Londres), et un avertissement qu’une victoire politique est toujours compliquée.

    La missive est devenue virale, et trois semaines plus tard, le 30 mai, Extinction Rebellion annonçait que, le 18 juin prochain, ils et elles bloqueraient l’aéroport de Heathrow avec des corps désobéissants et des drones (...)

    #ZAD #Notre-Dame-des-Landes #Extinction_Rebellion #Heathrow #Grande-Bretagne #aéroport #désobéissance #climat

  • Aux États-Unis, extension du domaine de la #surveillance des élèves
    http://www.internetactu.net/a-lire-ailleurs/aux-etats-unis-extension-du-domaine-de-la-surveillance-des-eleves

    La peur des fusillades dans les écoles aux États-Unis fait prendre à la société américaine des décisions absurdes, estime le journaliste Benjamin Herold (@BenjaminBHerold) dans une longue enquête pour Education Week (@educationweek). Surveiller les #réseaux_sociaux pour prévenir les fusillades ? Dans une des banlieues de Houston au Texas, le district (...)

    #A_lire_ailleurs #Enjeux #Services #Education_et_formation #Territoires

  • Les Européens qui souhaitent vivre avec leur famille palestinienne doivent affronter la puissante bureaucratie israélienne
    Amira Hass, Haaretz, le 10 juin 2019
    https://www.aurdip.org/les-europeens-qui-souhaitent-vivre.html

    La question étant encore d’actualité, la demande courtoise présentée au département consulaire par les auteurs de la lettre reste également valide : ils souhaitent que les missions soient informées de façon claire, complète et transparente de toutes règles applicables aux citoyens européens pour l’octroi de visas leur permettant de vivre, de travailler ou d’étudier à Jérusalem ou en Cisjordanie.

    1. Les citoyens européens mariés à des Palestiniens ne reçoivent habituellement pas de visas de regroupement familial de longue durée même lorsqu’ils vivent de façon permanente avec leur famille à Jérusalem ou en Cisjordanie. Les personnes mariées à des Palestiniens résidants permanents en Cisjordanie font face à des difficultés lorsqu’elles entrent en Israël et/ou arrivent en Cisjordanie. Elles reçoivent un visa B-2 avec un tampon « Permis de visite en Judée et Samarie ».

    Il existe maintenant une nouvelle exigence relative aux visas : les demandeurs de visas de regroupement familial doivent signer une déclaration selon laquelle ils n’ont pas l’intention d’entrer en Israël. À l’occasion, des demandeurs ont été priés de démissionner de leur emploi avant de présenter leur demande. De plus, alors que les visas de cette catégorie étaient auparavant émis pour une durée allant jusqu’à un an, on a vu récemment des cas de visas d’une durée de deux semaines à six mois.

    2. Les citoyens européens bénévoles ou employés en Cisjordanie, notamment dans le cadre d’organisations sans but lucratif, se heurtent également à des difficultés quant à l’obtention de visas auprès des autorités israéliennes. Il semble que le personnel étranger employé par des ONG ne bénéficie plus de visas de travail B-1 mais de visas de tourisme B-2. Dans le cas de ces bénévoles ou employés, souvent engagés pour des périodes longues, il semble qu’on ne peut accéder à d’une information transparente et facilement disponible sur la réglementation des demandes.

    3. Des étudiants européens, y compris des étudiants Erasmus dans des universités palestiniennes, nous ont informés qu’ils sont maintenant empêchés de prolonger leur séjour au-delà de trois mois parce qu’ils ne peuvent ni obtenir un visa pour une période plus longue ni renouveler le visa qu’ils ont déjà.

    Les raisons pour lesquelles les Européens s’impliquent dans cette question sont diverses et évidentes : il s’agit de leurs citoyens et de pratiques que ceux-ci subissent et considèrent comme abusives.

    #Palestine #Jérusalem #Cisjordanie #Territoires_occupés #Europe #Union_Européenne #visa #regroupement_familial #ONG #étudiants #injustice

  • #Tero_Loko : travailler la terre pour mieux s’enraciner

    Le projet est aujourd’hui unique en France : permettre à des personnes au statut de réfugié de s’insérer professionnellement à travers l’agriculture avec pour but de redynamiser un petit village rural et créer du #lien_social. Tero Loko a concrètement vu le jour en avril dernier, après 3 ans de travail préparatoire, avec l’arrivée de ses premiers salariés en insertion, originaires du continent africain. Basée à Notre Dame de L’Osier, un village de 500 habitants, dans le sud de l’Isère (entre Grenoble, Valence et Lyon), Tero Loko s’invite comme une réponse aux nombreuses problématiques auxquelles sont exposés les #territoires_ruraux français, peu habitués à accueillir des étrangers encore moins mobilisés sur du #travail_agricole. Le projet de Tero Loko ? #Maraîchage et production de #pain couplés à un projet d’#hébergement et d’#accompagnement_social.
    #Clémentine_Méténier nous invite dans le quotidien des premiers « tero lokiens », mains, bras et têtes de cette petite entreprise agricole.

    https://clementinemetenier.blog/2019/06/09/tero-loko-travailler-la-terre-pour-mieux-senraciner

    A écouter ici : http://www.rfi.fr/emission/20190607-agriculture-benin-jardins-espoir-ferme-urbaine-tero-loko (pour écouter, s’abonner au podcast « itunes » de l’émission)

    #agriculture #intégration_professionnelle #travail #asile #migrations #Notre-Dame-de-l'Osier #Isère
    ping @odilon @karine4 @isskein