Thierry Breton et des personnalités européennes sanctionnés par Washington pour leur rôle dans la régulation de la tech
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C’est quand même fascinant de voir comment la « liberté d’expression », qui était un étendard de la gauche woke est devenue un mot de passe pour dire « extrême droite ». Il est principalement employé par celles et ceux qui veulent censurer les livres, vider les bibliothèques et les musées des œuvres qui ne leur plaisent pas et épurer les sites publics.
Rappelez-vous, cela avait commencé dès le début des années 2000 quand les éditorialistes de droite en France avaient commencé à émailler leurs discours de « on ne peut plus rien dire », « nous n’avons pas le droit de parler », alors même qu’ils bénéficiaient de la richesse des médias concentrés et de la permissivité du service public
Paris a dénoncé « avec la plus grande fermeté » la décision américaine visant l’ancien commissaire européen qui évoque, de son côté, une chasse aux sorcières. Le département d’Etat qualifie de « censure » les mesures européennes de contrôle des contenus en ligne et a interdit de séjour aux Etats-Unis les cinq personnes visées.
Quand à la réflexion de Thierry Breton "on dirait que MacCarthy revient"... comme dire, encore de l’aveuglement sur l’extrême gravité de ce qui se fait et pire de ce qui se prépare. Ce n’est plus une inquisition locale (aux USA) portant sur une frange minoritaire (Hollywood), mais une question mondiale de préparation de la guerre, de mainmise sur les ressources, de confrontation interne avec la moitié de la population qui vote démocrate. Quand on en est à déclarer que les démocrates ne font plus partie du peuple américain, et qu’ils sont la cible... Comment dire, MacCarthy, c’est plutôt petit bras.
Le Monde avec AFP
Publié le 23 décembre 2025 à 22h56, modifié hier à 07h50
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Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur, à Paris, le 13 juin 2025.
Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur, à Paris, le 13 juin 2025. THOMAS SAMSON/AFP
L’administration Trump a annoncé, mardi 23 décembre, des sanctions visant cinq personnalités européennes engagées pour une stricte régulation du secteur des nouvelles technologies, dont le Français Thierry Breton, ancien commissaire de l’Union européenne (UE).
Les agissements de ces personnes, qui se voient interdites de séjour aux Etats-Unis, s’apparentent à de la « censure » au détriment des intérêts américains, a justifié le département d’Etat. « Depuis trop longtemps, les idéologues européens mènent des actions concertées pour contraindre les plateformes américaines à sanctionner les opinions américaines auxquelles ils s’opposent », a écrit le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, sur X. « L’administration Trump ne tolérera plus ces actes flagrants de censure extraterritoriale », a-t-il ajouté, dénonçant « un complexe industriel mondial de la censure ».
« Un vent de maccarthysme souffle-t-il à nouveau ? », s’est interrogé Thierry Breton, dans la nuit de mardi à mercredi sur X, en référence à la politique de persécution, menée par le sénateur américain Joseph McCarthy dans les années 1950, de toute personne soupçonnée de sympathies communistes.
« Pour rappel : 90 % du Parlement européen – démocratiquement élu – et les 27 Etats membres à l’unanimité ont voté le DSA [Digital Services Act] », la directive européenne sur les services numériques, a-t-il souligné. « A nos amis américains : “La censure n’est pas là où vous le pensez” », a-t-il conclu.
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Des représentants d’ONG sanctionnés
C’est la sous-secrétaire d’Etat pour la diplomatie publique, Sarah Rogers, qui a révélé, sur X, les noms des personnes sanctionnées. A commencer par Thierry Breton, ancien ministre français et artisan du DSA, qui a été commissaire au marché intérieur de 2019 à 2024, avec de larges compétences en particulier sur les dossiers numériques et industriels.
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Les quatre autres personnes sanctionnées sont des représentants d’organisations non gouvernementales (ONG) luttant contre la désinformation et la haine en ligne au Royaume-Uni et en Allemagne : Imran Ahmed, qui dirige le Center for Countering Digital Hate, Clare Melford, à la tête d’un index de la désinformation (GDI) établi au Royaume-Uni, ainsi qu’Anna-Lena von Hodenberg, fondatrice de HateAid, une ONG allemande, et Josephine Ballon, de la même association.
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Tous sont accusés d’avoir joué un rôle déterminant dans des initiatives européennes ou internationales de régulation des contenus en ligne, notamment à travers le DSA, perçu par les autorités américaines comme une menace pour la liberté d’expression. Washington précise qu’aucune des personnes visées n’exerce actuellement de fonctions officielles au sein du gouvernement britannique ou de l’UE, tout en accusant des responsables étrangers de chercher à influencer le débat public américain.
« La France dénonce avec la plus grande fermeté la restriction de visas prise par les Etats-Unis à l’encontre de Thierry Breton (…) et quatre autres personnalités européennes », a annoncé Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères, dans un message publié sur X. « Les peuples de l’Europe sont libres et souverains, et ne sauraient se faire imposer par d’autres les règles s’appliquant à leur espace numérique », a ajouté le chef de la diplomatie française qui a échangé par téléphone avec M. Breton.
Le DSA « a été démocratiquement adopté en Europe pour que ce qui est illégal hors ligne le soit aussi en ligne », a rappelé M. Barrot. « Il n’a absolument aucune portée extraterritoriale et ne concerne en aucun cas les Etats-Unis », a-t-il ajouté.
« Notre Etat de droit, notre souveraineté ne peuvent, en aucun cas, être remis en question par des acteurs extérieurs », a souligné le ministre chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, qui a apporté, sur X, son « soutien à Thierry Breton et aux quatre personnalités sanctionnées par les Etats-Unis ».
Arsenal juridique puissant
Le président américain, Donald Trump, mène une offensive d’envergure contre les règles de l’UE sur la tech qui imposent aux plateformes des obligations, en particulier le signalement de contenus problématiques, ce que les Etats-Unis jugent comme étant des atteintes à la liberté d’expression. L’UE dispose, de fait, de l’arsenal juridique le plus puissant du monde pour réguler le numérique.
La crise couve depuis des mois. Washington a très mal pris l’amende de 120 millions d’euros infligée par l’UE, au début de décembre, à X, le réseau social du milliardaire Elon Musk. M. Rubio avait alors parlé d’une « attaque contre toutes les plateformes technologiques américaines et le peuple américain par des gouvernements étrangers ».
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Depuis son retour au pouvoir, M. Trump s’en prend régulièrement à l’Europe. Dans sa nouvelle stratégie de sécurité nationale, publiée récemment, qui parle d’un « effacement civilisationnel » de l’Europe, Washington cible pêle-mêle les instances européennes « qui sapent la liberté politique et la souveraineté », les politiques migratoires, « la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi » en Europe.
Recul de la liberté d’expression, selon Washington
Dès février, le vice-président américain, J. D. Vance, avait consterné les Allemands et, plus généralement, les Européens, lors d’un discours à Munich dans lequel il avait affirmé que la liberté d’expression « reculait » sur le Vieux Continent. Il avait alors épousé les vues des partis d’extrême droite, comme l’Alternative für Deutschland (AfD).
En mai, le secrétaire d’Etat américain avait annoncé des restrictions de visas pour les étrangers accusés de « censurer les Américains », affirmant que la liberté d’expression était « essentielle au mode de vie américain ».
Par ailleurs, un récent mémo du département d’Etat, cité dans la presse américaine, évoque de nouvelles consignes du gouvernement américain visant à restreindre les visas pour des personnes travaillant dans la tech (les H-1B), notamment spécialisées dans la modération de contenu.
Le Réseau international de vérification des faits (International Fact-Checking Network), établi aux Etats-Unis et qui rassemble plus de 170 entités travaillant sur la vérification des faits et la lutte contre la désinformation, avait exprimé sa « profonde préoccupation » à ce sujet.
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