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Augmenter les expulsions, faire payer les demandeurs d’asile... : le Royaume-Uni examine un projet de loi pour durcir la politique migratoire
Par La rédaction Publié le : 30/06/2026
Le Parlement britannique examine cette semaine un projet de loi visant à renforcer les procédures d’immigration et d’asile. Les propositions de Shabana Mahmood, la ministre de l’Intérieur, comprennent notamment une augmentation des expulsions et l’obligation pour les demandeurs d’asile de contribuer aux frais de leur hébergement.Le gouvernement britannique avait déjà annoncé à la fin de 2025 une vaste réforme afin de durcir sa politique d’asile. Le texte présenté le 30 juin devant le Parlement visent à inscrire toutes ces réformes dans la loi.Et selon Shabana Mahmood, la ministre de l’Intérieur britannique, il y a urgence. Selon des données Home Office qui ont fuité dans la presse, plus de 400 000 migrants en situation irrégulière se trouveraient actuellement au Royaume-Uni. Une situation intolérable pour le gouvernement et pour Shabana Mahmood qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale « une mission morale ».
Quelles sont les principales mesures de ce projet de loi sur « l’immigration et l’asile de 2026 » discutées au Parlement ?
1/ Parrainer des réfugiés pour les faire venir par « voie légale »
Le Home Office souhaite mettre en place de nouvelles « voies légales » pour faire venir des étrangers au Royaume-Uni, notamment en autorisant les associations locales à parrainer des réfugiés - selon un système similaire à celui en vigueur au Canada.
Ce système entrera en vigueur dans le courant de l’année. Les associations et certaines universités « de confiance » pourront ainsi parrainer des réfugiés, dont les premières arrivées sont attendues à l’automne 2027.Pour certains députés conservateurs comme Chris Philp, « nombre de ceux qui ne seront pas admis au Royaume-Uni dans le cadre de ce dispositif légal tenteront de toute façon d’entrer par ’small boat’. Le plan du gouvernement ne changera rien aux traversées illégales » de la Manche.
2/ Demander un effort financier aux nouveaux réfugiés
Ce nouveau dispositif, soumis aux conditions de ressources, obligera les réfugiés à payer un forfait pour rembourser leurs frais de subsistance pris en charge par l’État britannique quand ils étaient demandeurs d’asile. En cas de refus, ils s’exposent à ne jamais obtenir le statut de résident permanent au Royaume-Uni.
Concrètement, les personnes ayant obtenu l’asile au Royaume-Uni devront rembourser environ 10 000 £ (environ 11 000 euros) pour couvrir leurs frais d’hébergement une fois qu’elles commenceront à gagner leur vie. La ministre de l’Intérieur aura le pouvoir d’ajuster à l’avenir ce montant et les seuils de remboursement afin « qu’ils soient équitables pour le contribuable et qu’ils ne plongent aucun migrant dans la misère ».Les associations y voient une forme de taxe imposée aux réfugiés fuyant la guerre, la torture et la famine. Shabana Mahmood estime, elle, que ces changements démontreraient que « le soutien aux demandeurs d’asile est un droit, mais aussi une responsabilité ».L’an dernier, le ministère de l’Intérieur a dépensé « environ 4 milliards de livres sterling d’argent public pour soutenir les demandeurs d’asile », rappelle la BBC. « Le coût moyen du logement d’un demandeur d’asile pour une nuit est de 144 £ dans un hôtel - tandis que les allocations de subsistance varient de 9,95 £ à 49,18 £ par personne et par semaine ».Depuis plusieurs années, le gouvernement subit des pressions pour réduire le nombre de demandeurs d’asile hébergés dans des hôtels aux frais des contribuables, tandis que les arrivées illégales de petites embarcations ont également sapé la confiance du public dans le système d’asile.
3/ Augmenter les expulsions en encadrant les recours à la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH)
C’est un point qui cristallise les défenseurs d’une ligne migratoire dure : l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH). Cet article évoque le droit au « respect de la vie privée et familiale », mais les autorités britanniques contestent son interprétation et accusent les migrants de se servir de ce texte pour empêcher leur expulsion. Selon le gouvernement, ce motif de « respect de la vie familiale » est en effet souvent invoqué par les étrangers pour éviter les renvois. « Comme l’a confirmé le discours du roi, le gouvernement présente [...] un projet de loi sur l’immigration et l’asile, qui réformera les lois relatives aux droits de l’homme telles que la législation sur l’esclavage moderne et l’article 8 de la CEDH afin de mettre fin aux abus commis par les migrants illégaux qui entravent leur expulsion », explique un communiqué du Home Office.
4/ L’aide financière aux demandeurs d’asile devient conditionnelle
L’obligation légale de fournir un soutien financier et un hébergement aux demandeurs d’asile pourrait être abrogée. Et remplacée par un pouvoir discrétionnaire."Une aide ne [sera] accordée qu’aux personnes qui en ont réellement besoin et qui respectent la loi", indique le Home Office. Par exemple, ceux qui ne se conforment pas aux directives d’éloignement ou qui travaillent illégalement perdraient ce soutien financier.Une partie des députés vent debout contre ces mesuresD’autres mesures seront également en discussion :
–La limitation de regroupement familial
–Le renforcement du système pour évaluer l’âge des mineurs isolés étrangers. Le gouvernement envisage le recours à l’intelligence artificielle pour estimer l’âge des demandeurs d’asile.
–Le gouvernement veut aussi réformer la loi sur l’esclavage moderne, découlant de l’article 3 de la CEDH, pour réduire son champ d’application devant les tribunaux en matière de demande d’asile - et mettre fin aux dépôts tardifs de plaintes, ont indiqué des sources gouvernementales.
–Le remplacement des juges actuels de l’immigration par des civils pour statuer sur des recours des demandeurs d’asiles au sein de l’Autorité indépendante d’appel en matière d’immigration (IIAA). Cette nouvelle structure serait rattachée au ministère de l’Intérieur. Elle est également censé permettre l’expulsion immédiate des personnes ayant épuisé tous leurs recours.Le gouvernement n’a pas l’intention de modifier certaines mesures déjà en vigueur : comme celle qui a doublé le temps nécessaire pour obtenir un permis de séjour permanent le faisant passer de cinq à dix ans. Ou celle sur le statut de réfugié temporaire - réexaminé tous les deux ans et demi en fonction de la situation dans le pays d’origine de la personne.
Toutes ces mesures, qualifiées de draconiennes par les organisations caritatives, ont été dénoncées la semaine dernière par le Travailliste Alf Dubs. Ce député qui a fui les nazis à l’âge de six ans, a appelé Andy Burnham à les abroger s’il devenait Premier ministre le mois prochain.
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