• Une nouvelle chaire UNESCO en #toponymie_inclusive

    Une équipe internationale, dirigée par l’UNIGE, va travailler sur les questions de #nominations_des_lieux à l’échelle mondiale, en se penchant notamment sur les questions de #genre, de visibilité des #minorités et de #développement_durable.

    Comment les lieux sont-ils nommés dans le monde ? Par qui ? Avec quels enjeux politiques, culturels, sociaux, mémoriels ? Pour répondre à ces questions, une nouvelle chaire UNESCO en toponymie inclusive voit le jour à l’Université de Genève (UNIGE) : « #Dénommer_le_Monde ». Les objectifs ? Rendre visible cette problématique –qui prend actuellement de plus en plus d’ampleur–, en expliquer les mécanismes, créer un espace de dialogue entre les académiques, la société civile et les opérateurs publics et privés, et inventorier de bonnes pratiques et recommandations en la matière. En effet, de ce qui semble n’être qu’une sous-branche de la linguistique découlent de nombreuses problématiques comme la question du genre, la visibilité des minorités, les #langues et #savoirs_autochtones et le rapport à la #colonisation. Durant les quatre prochaines années, l’UNIGE initiera un fonctionnement en Réseaux de partenaires autour de cette chaire, particulièrement avec l’Afrique et l’Europe pour les réseaux académiques, et avec des organisations internationales.

    La toponymie classique est l’étude de l’origine des noms de lieux et de leur évolution à travers le temps. « La toponymie permet la reconstitution archéologique du peuplement et du rapport à l’environnement dans le passé, précise Frédéric Giraut, professeur à la Faculté des sciences de la société de l’UNIGE et directeur de la chaire UNESCO en toponymie inclusive. Encore récemment, des archéologues allemands ont découvert un indicateur de lieu en haute Égypte, qui date de 4000 ans AV.-JC ! »

    Des enjeux de genre et de visibilité des minorités

    Toutefois la toponymie n’est pas que la simple explication et utilisation des #noms_de_lieux. Des enjeux importants découlent de l’étude de sa production contemporaine qui détermine la #visibilité de certaines #mémoires et symboliques dans l’#espace_public, la #signalétique, la #cartographie et les #adresses. « On parle de toponymie inclusive, car la question du genre, de par la sous-représentation des femmes dans le marquage de l’espace public, est patente, tout comme celle des minorités peut l’être dans le marquage de l’espace en général, que cela soit en Occident ou dans les pays au passé colonial », relève Frédéric Giraut. Les recherches menées par les collaborateurs/trices de la chaire UNESCO vont donc s’axer sur la représentation des différentes mémoires, des cultures, des visions du social et de l’espace en favorisant le débat entre les académiques, la société civile et les opérateurs via l’organisation de forums. « Nous allons également traiter les questions de #commémorations et de revendications controversées en analysant les termes des débats, dans leurs dimensions historiques, sociales et éthiques », annonce le chercheur genevois. La chaire va donc s’intéresser aux questions liées aux #mémoires_collectives et à leurs contradictions éventuelles. Dans quelles conditions le nom est-il consensuel ou conflictuel ? Différentes mémoires peuvent-elles être présentes simultanément et comment ? Ces questions se retrouvent dans des contextes et à des échelles très différentes, et relèvent du choix et de la reconnaissance des langues et des références historiques, culturelles et politiques.

    #Toponymie_officielle contre #toponymie_vernaculaire

    Autre problématique soulevée par la chaire UNESCO en toponymie inclusive : l’#adressage. « Dans les pays dits en développement, principalement, des quartiers entiers de villes sont construits indépendamment d’une autorité officielle, qui tente a posteriori d’organiser ces ‘villes informelles’ par un système de repérage fondé sur les numérotations de parcelles et de noms de rues », explique Frédéric Giraut. Mais cette logique se heurte à une organisation vernaculaire qui elle, emploie ses propres noms de repères vécus dans la vie de tous les jours, créant des tensions entre les politiques publiques et les habitant-es des quartiers et multipliant les systèmes antagoniques.

    De manière plus générale, s’interroger sur les politiques officielles sera l’occasion d’analyser quels noms sont retenus et pourquoi, notamment vis-à-vis de la #marchandisation de certains noms de lieux, vendu ou loué, ou du #marketing_territorial. Il s’agit d’aller de l’observation du processus contemporain de la nomination à l’analyse rétrospective grâce à des sources de nature diverses qui relèvent de la cartographie, des archives, de la presse ou des systèmes d’information géographique.

    Le glissement de la toponymie cartographiée du public au privé

    Qui dit toponymie, dit cartographie. « Assurée par les autorités étatiques, d’abord militaires puis civiles, la cartographie de détails a vu des acteurs privés, comme le géant Google ou les entreprises de #GPS embarqués, s’instaurer comme références majeures pour les utilisateurs », relève Frédéric Giraut. A cela s’ajoute la cartographie participative, qui permet à tout un chacun de contribuer à la cartographie de détail du monde, notamment grâce à OpenStreetMap. Ces différents #systèmes_d’information_géographique constituent autant de cartographies du monde, parfois en contradiction. « L’intérêt de ces cartes ‘non-officielles’, mais dont les usages sont généralisés, est qu’elles permettent de faire jaillir des #quartiers_informels, invisibles sur les cartes étatiques, promouvant des toponymies vernaculaires et alternatives », s’enthousiasme le géographe.

    Un partenariat international

    Pour traiter ces problématiques, un consortium académique sera mobilisé en démarrant par la formalisation d’un réseau existant à deux échelles : mondiale d’une part, en fédérant les spécialistes et leurs équipes situés sur tous les continents ainsi que les Organisations internationales intéressées, et africaine d’autre part, avec le lancement d’un observatoire de la néotoponymie africaine (soit la nomination de nouveaux objets géographiques) qui inclut une plate-forme d’échanges avec les praticien-nes et les expert-es. Le programme de la chaire comportera également la réalisation d’un manuel double édition français et anglais et d’un cours en ligne intitulé “Dénommer le Monde”.

    Le choix de la candidature de l’UNIGE pour une nouvelle chaire UNESCO a pour but de valider l’affirmation de ce champ émergent, dont les thématiques culturelles, patrimoniales et de développement sont en adéquation avec les thèmes fondateurs de l’organisation internationale. De même, les orientations de la chaire sont en adéquation avec plusieurs des priorités de l’UNESCO, notamment les questions de genre, le partenariat académique et technique Nord-Sud, particulièrement avec l’Afrique, et enfin la prise en compte des aspects culturels, notamment les savoirs autochtones et vernaculaires, dans les initiatives de développement durable.

    https://www.unige.ch/communication/communiques/2021/une-nouvelle-chaire-unesco-en-toponymie-inclusive
    #toponymie #chaire_UNESCO #université_de_Genève #toponymie_politique

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  • Comment restituer le patrimoine toponymique vernaculaire en situation postcoloniale ? Expériences néocalédoniennes
    https://neotopo.hypotheses.org/2079

    F.G. Entretien avec Jean Chatelier, novembre 2018 La toponymie officielle de la Nouvelle Calédonie telle qu’enregistrée par le Service Topographique NC et partiellement reprise par les cartes de l’Institut Géographique National rend compte de...

    #Catégories #ExploreNeotopo #Notes_de_recherche

    • La toponymie officielle de la #Nouvelle_Calédonie telle qu’enregistrée par le Service Topographique NC et partiellement reprise par les cartes de l’Institut Géographique National rend compte de corpus hétérogènes d’origine coloniale d’une part, et autochtone (la grande majorité) d’autre part. Dans les deux cas, on note des inspirations successives avec influences externes. Pour les toponymes coloniaux, plusieurs sources d’inspiration successives et simultanées (religieuse et républicaine notamment), et pour les toponymes autochtones, une réinterprétation d’une partie des noms à partir de la colonisation avec des transcriptions sélectives et approximatives.

      La #cartographie officielle de la #toponymie_vernaculaire, particulièrement d’origine autochtone, n’est que partielle. Initialement, elle ne portait que sur les lieux les plus fonctionnels pour le système politique et économique moderne de l’île dans ses rapports avec l’extérieur et notamment la métropole. Autrement dit, une bonne part de la toponymie n’était pas enregistrée par les cartes de l’IGN (qui reprenait la base des services de topographie de Nouvelle Calédonie) et celle cartographiée faisait la part belle aux toponymes d’inspiration autochtone mais largement sélectionnés et influencés par l’extérieur, ne serait-ce que dans les transcriptions. Cette situation a considérablement évolué avec les éditions des années 1990 et le travail d’inventaire des noms autochtones réalisé à l’amont et dont il sera question dans l’entretien qui suit.

      L’opposition stricte exonyme/endonyme n’apparait cependant pas forcément pertinente dans un contexte où les nominations autochtones aussi bien que les nominations coloniales et administratives ont pu être conditionnées respectivement par les influences historiques, culturelles et religieuses externes et par le substrat toponymique vernaculaire. Ce fait explique d’ailleurs pourquoi aucune corrélation systématique n’est possible dans l’analyse du peuplement entre ses origines (autochtone ou européenne) et celle du nom de la commune : ce qui peut apparaitre comme un exonyme peut désigner des collectivités largement autochtones (Ile des Pins) ou d’origine européenne (Le Mont-Dore ; La Foa), alors que ce qui peut apparaitre comme endonyme peut désigner des collectivités de peuplement d’origine principalement européenne (Nouméa) ou autochtone (Ouvéa).

      La première cartographie générale de la Nouvelle Calédonie débuta suite à l’insurrection Kanak de 1878. Elle fut réalisée de 1879 à 1886 et eu une longue histoire qui se termina avec les travaux IGN de 1951 à 56, cartes publiées dans les années 1960. Cette première cartographie donnera à l’exposition universelle de 1900 à Paris, une carte en relief, qui sera reprise par les américains à partir de 1942 pour les besoins de la guerre du Pacifique. Cette carte de 8 m de long (Grande terre) est visible au Centre territorial des archives à Nouméa. La toponymie générale, n’évoluera guerre avant les années 1980. La toponymie fut cependant plus ou moins bien recueillie sur les “plans minutes”, équivalents des plans cadastraux, au fur et à mesure des besoins de l’installation foncière et minière européenne. Les quelques inventaires savants hétérogènes et localisés ultérieurs furent peu utilisables avant qu’une expérience volontariste originale et féconde de collecte et de visibilisation de la toponymie vernaculaire ne soit menée dans les années 1980 et 1990. Cette initiative, dont il est question ici, s’apparente à une révision toponymique. Elle a été pilotée par un Ingénieur Géomètre du Service Topographique de Nouvelle-Calédonie, Jean Chatelier, en relation avec Mme de la Fontinelle et le défunt Michel Auffrey ; qui ont participé à quelques enquêtes terrain ainsi qu’à la rédaction d’une convention d’écriture homogène des 28 langues de NC, dont 6 sont écrites. L’expérience a fait l’objet d’un article détaillé en 2007 qui rend compte de l’ambition et de la rigueur de l’opération, tout en restituant avec chaleur l’aventure humaine qu’elle a constitué. On note particulièrement l’établissement d’une méthodologie reproductible pour la collecte des noms issus de la tradition orale, méthodologie qui permet la compilation des données de localisation, d’objet géographique désigné, d’origine de l’information et de l’informateur, de contexte d’utilisation…

      S’agissant d’une toponymie vernaculaire dont la conservation et la transmission était orale, l’opération de sélection et de transcription nécessaire à sa cartographie s’apparente à la fois à une restitution/révélation toponymique vernaculaire et à l’établissement d’une néotoponymie écrite issue du patrimoine vernaculaire. Cette opération a permis de collecter 15 250 nouveaux toponymes, elle s’est traduite dans l’établissement d’une nouvelle carte IGN au 1/50 000 e révisée et enrichie en 1990, avec le passage à cette échelle de la cartographie de 4750 toponymes pour toute la Nouvelle Calédonie à plus de 12 000 (soit les deux tiers d’une base toponymique enrichie passant des 4750 initiaux de la carte IGN à 20 000 avec les 15 250 apportés par l’étude) . Mais le travail réalisé appelait d’autres développements dans le cadre notamment de l’accord de Nouméa . Qu’en est il ?

      #post-colonialisme #toponymie #patrimoine_toponymique #Jean_Chatelier #peuples_autochtones #colonialisme

      ping @reka