• On parle de plus en plus d’Open badge
    Un Open Badge est une image numérique dans laquelle sont enregistrées un certain nombre d’informations, ou métadonnées, dont les principales sont :
    – l’identité du récepteur du badge ;
    – celle de l’émetteur ;
    – les critères d’attribution du badge ;
    – les preuves justifiant de son attribution.
    Il constitue une déclaration numérique vérifiable et infalsifiable relative aux expériences, réalisations, compétences, engagements, valeurs ou aspirations d’une personne.
    http://www.dane.ac-versailles.fr/comprendre/qu-est-ce-qu-un-open-badge
    On a peur-de-rien....
    #tracage #traquage #dérive_technologique

  • StopCovid, les leçons d’un désastre français
    https://www.letemps.ch/economie/stopcovid-lecons-dun-desastre-francais

    CHRONIQUE. L’application française de traçage des contacts cumule les défauts. Des erreurs à ne surtout pas répéter en Suisse avec SwissCovid Comment faire plus faux ? Comment cumuler davantage d’erreurs ? Difficile. La France semble avoir placé la barre très haut avec son application de traçage des contacts StopCovid. Le gouvernement a multiplié les faux pas et sa stratégie s’apparente d’ores et déjà à un échec avec à la clé à peine plus de 2% de la population ayant téléchargé l’app. L’histoire jugera, (...)

    #algorithme #StopCovid #smartphone #contactTracing #interopérabilité #technologisme #consentement #BigData #COVID-19 #santé (...)

    ##interopérabilité ##santé ##SwissCovid

  • #Belgique : Le suivi de contacts ( Le StopCovid belge) peine à démarrer
    https://bx1.be/news/le-suivi-de-contacts-peine-a-demarrer/?theme=classic
    Les personnes testées positives au Covid-19 sont très réticentes par rapport au suivi de leurs contacts. Aujourd’hui, le dispositif ne fonctionne pas à plein régime même si en une semaine, 1.440 personnes ont été identifiées comme étant à contacter en Région bruxelloise.
    . . . . . . . .
    sur 100 personnes testées positives au Covid-19, on n’avait pas de coordonnée pour 30 d’entre elles et 30 autres refusent de répondre. 29 répondent à l’appel mais 12 ne donnent pas les noms des personnes qu’elles ont rencontrées. Celles qui jouent le jeu, donnent en moyenne 2 noms alors que les experts s’attendaient à devoir contacter une dizaine d’individus.
    . . . . . . . .
    A Bruxelles, la situation n’est évidemment pas très différente. Au 1er juin, 115 équivalents temps plein seront actifs dans les centres d’appel alors que la Région avait prévu d’en engager 234. Mais vu le faible nombre de personnes à contacter, il est pour le moment inutile de poursuivre le recrutement. Cela représente une économie d’environ 800.000 euros.

    “Nous pouvons absorber un travail supplémentaire, ajoute le ministre. A l’heure actuelle, tous les jours, 22 personnes sont testées positives à Bruxelles. Entre le 11 et le 27 mai, 1.440 personnes ont été identifiées comme étant à contacter pour un suivi des contacts.”


    . . . . . . . .
    Aujourd’hui, nous sommes dans la capacité d’effectuer plus de tests mais il faut revoir les critères de dépistage.”
    Actuellement, 9 centres sont ouverts sur les 13 qui étaient disponibles au départ. Et ces 9 centres ne sont pas en surcharge de travail. Certains réduisent même leurs horaires. La semaine dernière, 1.221 tests ont été réalisés dans les centres de tri et 140 personnes ont été détectées positives.
    . . . . . . . .

    #confiance #vie_privée #surveillance #données_personnelles #santé #privacy #coronaviris #Covid-19 #call_centers #contacts #traçage

  • Les travailleurs palestiniens sont les plus durement touchés par la pandémie
    Par Riya Al’sanah et Rafeef Ziadah | Traduction : MUV pour l’Agence Media Palestine | Jacobinmag.com
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/05/27/les-travailleurs-palestiniens-sont-les-plus-durement-touches-pa

    (...) La diminution du nombre de travailleurs palestiniens a porté un coup dur au secteur israélien de la construction. Fin avril, seuls 15 à 17 000 ouvriers palestiniens restaient sur les chantiers, ce qui a entraîné l’arrêt des travaux sur 9 000 des 22 000 chantiers en activité.

    Les pertes financières israéliennes, couplées à l’incapacité de l’AP à soutenir ces travailleurs, ont conduit les deux parties à conclure un accord permettant à 67 000 ouvriers, principalement dans la construction, de retourner en Israël et dans ses colonies illégales en Cisjordanie. Cet accord était soumis à la condition qu’ils ne rentrent pas chez eux entre le moment de leur entrée le 3 mai et la fin du Ramadan.

    L’accord restreint la circulation des travailleurs et confie à des entrepreneurs israéliens le soin de surveiller leur localisation. Profitant pleinement de la situation, Israël a étendu l’utilisation d’une application pour téléphone portable appelée Al-Monasiq (« Le Coordinateur »), qui donne à l’armée israélienne l’accès à l’emplacement d’une personne, au micro et à la caméra de son téléphone, ainsi qu’à toutes ses données stockées.

    Bien qu’en théorie il ne soit pas obligatoire d’utiliser l’application, en pratique les travailleurs n’ont guère le choix, car elle est devenue le principal outil utilisé pour demander des permis et vérifier leur validité. (...)

    #stopcovid #traçage

  • Comment la République de Corée a aplati la courbe sans confinement national ni fermeture des frontières : Rapport | Organisation internationale pour les migrations
    https://www.iom.int/fr/news/comment-la-republique-de-coree-aplati-la-courbe-sans-confinement-national-ni-fe

    Depuis le premier cas de COVID-19 signalé le 20 janvier, ce pays de plus de 51 millions d’habitants compte 11 050 cas confirmés et 262 décès en date du 17 mai. Le rapport décrit les éléments clés de la réponse globale de la République de Corée contre la propagation du virus, qui devraient présenter un grand intérêt pour les autres pays actuellement aux prises avec le nouveau coronavirus et qui envisagent une gestion efficace de la mobilité pendant la pandémie. Le gouvernement de la République de Corée s’est concentré sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour effectuer des tests rapides à grande échelle, rechercher les contacts et diffuser des informations essentielles en cas d’urgence, tout en renforçant les contrôles aux frontières et en appliquant des mesures strictes de quarantaine dans le pays.
    Le rapport souligne en particulier la Procédure spéciale d’immigration qui est appliquée avec souplesse en fonction de l’évolution du coronavirus, à mesure que davantage de passagers proviennent des zones touchées. Afin d’empêcher l’exode de voyageurs infectés vers les pays étrangers, le pays a également renforcé son processus de dépistage aux points d’entrée.
    Le recours aux 3T - tests généralisés, traçage rigoureux et traitement gratuit - a permis au pays de gérer les flux de passagers entrants et sortants de manière ouverte et responsable. Le rapport met également en évidence des facteurs sous-jacents tels que le leadership, l’approche pangouvernementale, le soutien juridique et administratif systématique, la flexibilité des politiques et la confiance du public fondée sur la transparence, comme les principaux attributs de la gestion remarquable du pays concernant la COVID-19. « La nature contagieuse des maladies infectieuses et l’interconnexion du monde moderne ont amené de nombreux pays à recourir aux restrictions de mobilité comme principal outil de contention », a déclaré Miah Park, responsable du Bureau de l’OIM en République de Corée. Selon l’OIM, en date du 23 avril, 215 pays, territoires et zones avaient mis en œuvre 52 262 mesures restrictives au total.

    #Covid-19#migrant#migration#CoréeSud#frontière#pandémie#propagation#test#dépistage#flux#voyageurs#gouvernance#maladies-infectieuses#traçage#santé

  • Turkey to Use App to Track Intercity Travels, Test International Passengers for Covid-19- English Bianet
    Passengers will have to receive a code to demonstrate that they are not infected or did not contact someone who is infected.

    #Covid-19#Turquie#Erdogan#confinement#Surveillance#Politique#Liberté#Tracage#migrant#migration

    http://bianet.org/english/health/224583-turkey-to-use-app-to-track-intercity-travels-test-international-passe

  • En Corée du Sud, le coronavirus stoppé grâce au traçage numérique - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2020/05/05/coronavirus-coree-du-sud-covid-19-stoppe-tests-tracage

    Quelles sont les clés du succès sud-coréen face à l’épidémie ?
    François Amblard : À la base de l’organisation mise en place pour combattre le coronavirus, il y a ici une réflexion parfaitement rationnelle entièrement basée sur les sciences, sur les connaissances et la médecine. Ce qui a conduit a exécuter les opérations dans des circonstances très différentes de ce qui se passe en France, par exemple. L’ensemble des opérations sont conduites par les professionnels de la santé qui jouissent d’un respect accordé au savoir médical et scientifique. C’est d’ailleurs ce qui s’impose devant tout le reste ici. Du fait de ce pouvoir accordé aux autorités sanitaires, l’interférence avec l’échelon politique est quasiment nul. L’échelon ministériel n’intervient pas dans les choix décidés par le Centre coréen de contrôle des maladies (Korean Center for Disease Control, KCDC). C’est l’opposé de ce à quoi on assiste aux États-Unis. Les Sud-Coréens seraient scandalisés d’entendre leur président, ou même un ministre non médecin, prendre position sur des questions qui sont du ressort de la médecine.

    Mais attention toutefois de ne pas se laisser abuser par le ton consentant de l’introduction où l’on pourrait avoir la désagréable impression que le #traçage est LA solution pour contenir l’épidémie. Oui le traçage peut être un moyen de lutter contre la propagation du virus mais sous certaines conditions : transparence concernant le traitement et la conservation des données, coopération des services de l’état avec les experts médicaux, lesquelles services de l’état ont la bienséance d’afficher leur volonté de s’effacer devant l’expertise des responsables sanitaires dont la mission est de gérer la crise.

  • En Corée du Sud, le coronavirus stoppé grâce au traçage numérique - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2020/05/05/coronavirus-coree-du-sud-covid-19-stoppe-tests-tracage

    La Corée du Sud rapporte 252 décès liés au coronavirus. L’expérience du SRAS et du MERS a beaucoup joué. Mais aussi et surtout, une politique de dépistage permettant d’isoler et de prendre en charge le plus rapidement les porteurs du virus à couronne. Avec une population de 52 millions d’habitants, le pays a testé près de 635 000 de personnes depuis début janvier. Le traçage permettant également de retrouver les personnes éventuellement contaminées.

    Un traçage qui, contrairement à certains pays en Europe, fait peu débat en Corée, soulignait récemment Frédéric Ojardias dans La Croix. Et pour cause : il est strictement encadré par la loi, explique François Amblard dans cet entretien réalisé juste après la publication d’un premier rapport sur la lutte contre le coronavirus en Corée du Sud.

    La loi précise que cette base de donnée est temporaire et sera en principe détruite à la fin des opérations. Elle est surtout hébergée en dehors du gouvernement. Les données sont à disposition de la KCDC qui est sous la tutelle du ministère de la Santé, mais elle est gérée par un hébergeur autre. En France, on pourrait par exemple faire que des institutions qui ont une certaine indépendance comme l’Institut National de Recherches en Informatique et en Automatique (INRIA) ou le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) puissent servir d’hébergeur. Si le ministère de l’Intérieur veut interroger la base de données, il doit se déclarer à la porte d’entrée. Toute requête, toute information qui sort de la base est elle aussi tracée. Ce qui rend très difficile toute autre exploitation que ce pourquoi la base a été établie, à savoir tracer le virus. Cette base de données existe également en version anonymisée ouverte. L’information de la population est donc permise à des acteurs privés mais sur la base de données anonymisées. Des étudiants de mon université ont mis au point par exemple une application spécifique à notre ville à partir de ces données anonymes.

    Parmi les recettes, une forte indépendance de cette administration, alors que chez nous le conseil scientifique a simplement pour tâche d’informer le général Macaron qui dispose sur la foi de ses 8 millions d’électeurs en mai 2017.
    #test #traçage
    Ça me semble déjà assez intrusif, comme dispositif, alors l’idée qu’on puisse faire pire en France est assez flippante. En tout cas, comparé à la France où la lutte contre le coronavirus, c’est des flics qui sortent donner des amendes pour des achats de serviettes hygiéniques et tuer des jeunes mecs racisés, la Corée ressemble moins à un pays du Tiers Monde...

  • A Singapour, le traçage par app dégénère en surveillance de masse - Le Temps
    https://www.letemps.ch/economie/singapour-tracage-app-degenere-surveillance-masse

    En lançant le 20 mars son application, Singapour est l’un des premiers, si ce n’est le premier Etat – Chine mise à part – à lancer un programme de traçage du virus. Le programme TraceTogether, développé par l’Etat, est proposé de manière volontaire et anonyme. Il se base sur la technologie Bluetooth pour détecter si deux individus sont restés à proximité l’un de l’autre durant plus de quinze minutes. Singapour a lancé TraceTogether après avoir fermé partiellement ses frontières et imposé des mesures de quarantaine aux voyageurs.

    La suite sera beaucoup plus compliquée. De nombreux experts pensaient que les Singapouriens, réputés pour leur discipline, leur acceptation des règles et leur utilisation importante des technologies, allaient utiliser en masse TraceTogether. Il n’en est rien : un peu plus d’un million de personnes la téléchargent, soit environ 20% des 5,6 millions habitants de la cité-Etat. On est loin des 60% espérés, un taux jugé par de nombreux scientifiques comme nécessaire pour endiguer la propagation du virus.

    Mais le 21 avril, le premier ministre, Lee Hsien Loong, insiste : « Nous devons utiliser pleinement la technologie pour retracer le parcours des personnes infectées par le virus. » Fini la base volontaire. La cité-Etat annonce une mesure drastique : l’obligation de s’enregistrer lorsque l’on pénètre dans un bâtiment public, via le système SafeEntry. Depuis le 23 avril, les Singapouriens doivent scanner, avec leur smartphone, un code QR lorsqu’ils entrent et qu’ils sortent d’un tel bâtiment. Cette obligation sera étendue aux centres commerciaux et aux entreprises dès le 12 mai. Et le gouvernement veut aussi que les gares et les parcs soient équipés de tels lecteurs de codes QR.

    Ainsi, le système central obtiendra les coordonnées complètes – du nom au numéro de téléphone – des Singapouriens qui fréquentent ces lieux. SafeEntry diffère ainsi de TraceTogether sur deux points majeurs : d’abord, son caractère obligatoire, comme on vient de le voir – même si un haut responsable de la Santé vient de demander que TraceTogether devienne obligatoire. Ensuite, la qualité des données récoltées diffère : la première application lancée fonctionne de manière anonyme – ni le nom, ni la localisation des personnes n’étant révélés. SafeEntry ne semble pas avoir suscité, pour l’heure, de critiques.

    #Singapour #StopCovid #Traçage #Surveillance #Promesses_et_réalité

  • La Cnil s’inquiète d’un possible transfert de nos données de santé aux Etats-Unis
    https://www.mediapart.fr/journal/france/080520/la-cnil-s-inquiete-d-un-possible-transfert-de-nos-donnees-de-sante-aux-eta

    Au nom de l’état d’urgence, le gouvernement a accéléré la mise en place du Health Data Hub, une plateforme devant centraliser la quasi-totalité de nos données de santé. Dans un avis, la Cnil relève, notamment, que le contrat « mentionne l’existence de transferts de données en dehors de l’Union européenne ». La directrice du projet, Stéphanie Combes, dément.

    Tandis que tous les yeux sont rivés sur les débats autour de l’application #StopCovid et du dispositif de fichage envisagé dans le cadre des enquêtes épidémiologiques de suivi des personnes infectées, le gouvernement a autorisé, au nom de l’état d’urgence sanitaire, le déploiement anticipé du Health Data Hub, la plateforme devant centraliser l’ensemble de nos données de santé, hébergées par #Microsoft et, s’inquiète la Commission nationale de l’informatique et des libertés (#Cnil), potentiellement transférables aux États-Unis.

    Alors que le projet était encore en cours de déploiement, et que tous les textes d’applications ne sont pas encore prêts, le gouvernement a pris le 21 avril dernier, au nom de l’état d’urgence sanitaire, un arrêté modifiant celui du 23 mars sur l’organisation du système de santé durant l’épidémie. Il autorise le Health Data Hub, ainsi que la Caisse nationale de l’assurance-maladie (Cnam), à collecter, « aux seules fins de faciliter l’utilisation des données de santé pour les besoins de la gestion de l’urgence sanitaire et de l’amélioration des connaissances sur le virus Covid-19 », un nombre considérable de données.

    Seront ainsi intégrées à la plateforme les données du Système national des données de santé (SNDS) qui regroupe lui-même les principales bases de données de santé publique, les « données de pharmacie », les « données de prise en charge en ville telles que des diagnostics ou des données déclaratives de symptômes issues d’applications mobiles de santé et d’outils de télésuivi, télésurveillance ou télémédecine », les données des laboratoires, celles des services d’urgence, « des enquêtes réalisées auprès des personnes pour évaluer leur vécu » ou encore celles issues du pourtant contesté SI-VIC, le système de suivi des victimes lors de catastrophes sanitaires qui, au mois d’avril dernier, avait été utilisé pour ficher des gilets jaunes.

    Le Health Data Hub récupérera aussi des données issues des enquêtes épidémiologiques instaurées par la loi de prolongation de l’état d’urgence sanitaire, dont celles du Système d’information national de dépistage populationnel (SIDEP), un fichier spécialement créé pour centraliser les résultats d’analyses des laboratoires. Comme l’explique un document du ministère de la santé que Mediapart a pu consulter, l’un des buts du SIDEP sera en effet de « permettre un réutilisation des données homogènes et de qualité pour la recherche ». « Dans le cadre du Health Data Hub », cette réutilisation se fera « avec un chaînage avec les autres données du SNDS ».

    Ce fichier « va aider à l’identification des cas car il permet d’avoir une visibilité sur les nombreux cas de contamination testés en dehors de l’hôpital », explique à Mediapart la directrice du Health Data Hub Stéphanie Combes. « Les données seront pseudonymisées », assure-t-elle.

    Autre ajout au Health Data Hub, l’arrêté prévoit une « remontée hebdomadaire » des données du programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI), qui comptabilise les actes médicaux facturés par les hôpitaux dans un but de gestion économique et administrative des établissements. « C’est essentiellement un fichier économique et qui peut avoir ses limites en fonction des usages, détaille Stéphanie Combes. Mais il comporte beaucoup d’informations intéressantes. Il comprend des codes qui permettent de déterminer chaque acte médical, et donc par exemple de savoir si le patient a été en réanimation. Croisées aux données de l’Assurance-maladie, elles permettront par exemple d’évaluer la comorbidité ou les facteurs de risque. »

    À quoi servira une telle concentration de données ? « Les outils numériques peuvent être une aide à la gestion de cette crise sanitaire », assure Stéphanie Combes, qui donne quelques exemples. « Il y a tout d’abord des outils d’aide à la modélisation de l’évolution de l’épidémie, en analysant notamment les passages aux urgences. On pourra également plus facilement évaluer l’efficacité des traitements grâce à ce qu’on appelle des “essais virtuels”, les “données de vie réelle” qui, croisées avec les données pathologiques, permettront de comprendre dans quels cas le virus se développe et donc de mieux suivre les patients à risque. Même si pour l’instant il est un peu trop tôt, on pourra analyser les parcours de soin des personnes ayant été contaminées. Enfin, à plus long terme, ces données permettront d’étudier les conséquences plus générales de cette crise, au-delà du virus lui-même. Je pense par exemple aux conséquences du confinement sur notre système de santé qui a entraîné le report de nombreux actes médicaux. On pourra mieux prévoir et organiser la reprogrammation de ces actes. »

    Pourtant, la publication de cet arrêté accélérant la mise en place du Health Data Hub n’est pas du goût de tout le monde. Lancé au printemps 2018 par Emmanuel Macron dans la foulée du rapport Villani sur l’intelligence artificielle, ce projet est en effet vivement contesté en raison des craintes relatives à la protection de la vie privée des usagers et faisait actuellement l’objet de discussions visant à apaiser les tensions.

    Le Health Data Hub avait été acté par la loi santé du 24 juillet 2019. Son but est de remplacer l’actuel SNDS qui centralise déjà les principaux fichiers de santé, dont celui de l’Assurance-maladie, tout en élargissant considérablement sa portée. À terme, toute donnée collectée dans le cadre d’un acte remboursé par l’Assurance-maladie sera centralisée dans le Health Data Hub, des données des hôpitaux à celles du dossier médical partagé ou celles des logiciels professionnels utilisés par les médecins et les pharmaciens.

    Cette concentration sans précédent de données de santé avait suscité immédiatement de vives inquiétudes, notamment de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Dans un avis rendu sur la loi santé, elle soulignait qu’« au-delà d’un simple élargissement, cette évolution change la dimension même du SNDS, qui viserait à contenir ainsi l’ensemble des données médicales donnant lieu à remboursement ». La commission appelait « dès maintenant l’attention sur la problématique majeure du respect, en pratique, des principes de limitation des finalités et de minimisation des données par ces nouveaux traitements, évoluant dans un contexte d’accumulation de données pour alimenter les algorithmes d’intelligence artificielle ».

    De plus, le Health Data Hub est géré par un groupement d’intérêt public (GIP) chargé d’administrer l’ouverture des données à des acteurs extérieurs. Or, comme le soulignait la Cnil, la loi santé a également modifié les textes régissant ces accès afin de permettre leur utilisation par des acteurs privés. Jusqu’alors, les données personnelles de santé ne pouvaient être soumises à un traitement informatique que dans le cadre de « l’accomplissement des missions des services de l’État » ou « à des fins de recherche, d’étude ou d’évaluation » et « répondant à un motif d’intérêt public ». La loi santé a fait disparaître toute référence à une finalité scientifique pour ne conserver que le « motif d’intérêt public ».

    Enfin, et sans doute s’agit-il du point le plus bloquant, l’ensemble de ces données sera hébergé par le géant américain Microsoft.

    Comme le racontait Mediapart, ce projet était confronté à une fronde de plusieurs acteurs du monde médical. Les hôpitaux, notamment, possèdent déjà leurs propres bases de données, stockées dans des « entrepôts », qu’ils exploitent déjà par eux-mêmes. Beaucoup acceptent mal cette obligation de transférer, sans contrepartie, ce véritable patrimoine numérique, qui plus est pour que celui-ci soit centralisé à l’extrême et confié à un acteur soumis à la loi américaine qui peut, en théorie, le contraindre à offrir un accès à ces données aux autorités. Ces craintes avaient été notamment exprimées dans un courrier envoyé par le directeur de l’AP-HP Martin Hirsch au ministère de la santé et que Mediapart avait pu consulter.

    De plus, l’attribution de l’hébergement à Microsoft s’était faite sans appel d’offres, provoquant ainsi la colère d’autres acteurs du numérique français. Au mois de mars dernier, plusieurs d’entre eux avaient écrit au ministère de la santé pour dénoncer un délit de « favoritisme » et demander l’ouverture d’une enquête.

    Dans ce contexte particulièrement tendu, le déploiement du Health Data Hub devait se faire de manière progressive. La loi santé ne faisait que fixer les grands principes de la plateforme. De nombreux points, notamment son architecture, devaient être tranchés en collaboration avec la Cnil et l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’informations (Anssi) avant de faire l’objet d’un décret qui n’a toujours pas été pris. Interrogé par Mediapart au mois de novembre, Thomas Dautieu, directeur de la conformité à la Cnil, se voulait pourtant rassurant. « La sécurité informatique est un sujet dont l’importance est bien prise en compte, nous expliquait-il. Nous avons des échanges réguliers et nous travaillons avec le ministère et avec l’Anssi sur ces questions. Il y a également la question des droits des personnes. C’est un aspect important. Nous avions demandé que les missions de la future plateforme incluent la protection des droits des patients, ce qui a été accepté. »

    Stéphanie Combes renvoie à « la page 11 du contrat »

    La mise en place accélérée du Health Data Hub est donc vue par beaucoup comme un passage en force. Et du côté de la Cnil, le ton s’est visiblement durci. Jeudi 23 avril, la commission a rendu un avis pointant de nombreuses inquiétudes, et dévoilant au passage quelques nouvelles informations sur le projet.

    La plus importante est sans doute que, contrairement à ce qui était jusqu’alors affirmé, des données confiées à Microsoft pourront bien être transférées aux États-Unis dans certains cas. Jusqu’à présent, les données devaient être stockées dans des serveurs gérés par le géant américain, mais localisés dans l’Union européenne. Selon la Cnil, qui a pu consulter le contrat liant le Health Data Hub à Microsoft, celui-ci prévoit bien une localisation par défaut des données au sein de l’UE. En revanche, « cette localisation ne s’applique qu’aux données “au repos”, alors même que le contrat mentionne l’existence de transferts de données en dehors de l’Union européenne dans le cadre du fonctionnement courant de la plateforme, notamment pour les opérations de maintenance ou de résolution d’incident ».

    La Cnil poursuit en soulignant que la législation américaine permet aux autorités de contraindre les entreprises à leur fournir leurs données. Elle rappelle « les inquiétudes […] concernant l’accès par les autorités des États-Unis aux données transférées aux États-Unis, plus particulièrement la collecte et l’accès aux données personnelles à des fins de sécurité nationale », notamment dans le cadre de la loi FISA. Elle rappelle que cette question fait d’ailleurs l’objet actuellement d’une procédure « soumises à la Cour de justice de l’Union européenne » et qu’« un arrêt de la Cour dans cette affaire est attendu dans les mois qui viennent ».

    Interrogée sur ce point, Stéphanie Combes dément pourtant les affirmations de la Cnil. « Nous ne sommes pas alignés sur cette phrase de l’avis. Le contrat prévoit en effet que des données peuvent être transférées par l’hébergeur dans certains cas, sauf indication contraire. Or, nous avons bien spécifié que les données ne devaient pas sortir du territoire français », explique-t-elle. La Cnil aurait-elle alors mal lu le contrat ? « Je ne dis pas ça. Mais je trouve que les faits sont un peu détournés. En tout cas, nous avons bien indiqué que les données ne pourront pas être transférées. Je peux même vous dire que c’est à la page 11 du contrat. »

    Peut-être encore plus inquiétant, la Cnil affirme que, même si les données stockées seront bien chiffrées « avec des algorithmes à l’état de l’art à partir de clés générées par les responsables de la plateforme sur un boîtier chiffrant maîtrisé par la plateforme des données de santé », les clefs de déchiffrement seront envoyées à Microsoft. « Elles seront conservées par l’hébergeur au sein d’un boîtier chiffrant, ce qui a pour conséquence de permettre techniquement à ce dernier d’accéder aux données », pointe l’avis de la commission.

    Elle s’inquiète également d’un manque d’encadrement des procédures d’accès des administrateurs de la plateforme. Dans l’étude d’impact du projet, « une fonctionnalité d’autorisation préalable des accès administrateurs » était bien prévue. Mais « la Commission relève que cette fonctionnalité ne semble pas mentionnée dans les contrats fournis. En outre, la Commission s’interroge sur l’effectivité de cette mesure qui ne semble pas couvrir la totalité des accès possibles ».

    Sur ce point, Stéphanie Combes explique qu’en effet les clefs de chiffrements des données seront générées par un « HSM » (Hardware Security Module), un « coffre-fort numérique » et envoyées à la plateforme ainsi qu’à Microsoft. Mais ces clefs « sont utilisées de manière automatique sans intervention humaine ».

    Concernant les accès des administrateurs, la directrice du Health Data Hub explique « qu’il peut y avoir un accès des administrateurs à certaines conditions. Mais pas n’importe lesquelles. Nous contrôlons ces accès et nous nous sommes engagés à refuser toute demande qui ne serait pas légitime. Nous avons totalement sécurisé cet aspect-là », assure-t-elle.

    La Commission remet en cause un autre engagement du Health Data Hub : les données mises à la disposition des porteurs de projets ne devaient pouvoir être utilisées qu’au sein de la plateforme, sans pouvoir les exporter. Si ce principe est maintenu, la Cnil s’interroge désormais dans son avis « sur l’effectivité du blocage de toute possibilité d’exportation » et semble indiquer que celle-ci sera en réalité possible dans certains cas. « En conséquence la Commission appelle le ministère à indiquer explicitement que toutes les fonctionnalités d’exportation des données seront totalement désactivées et inaccessibles aux utilisateurs », recommande l’avis.

    Sur ce point également, Stéphanie Combes dément. « Dans la plateforme, des contrôles tant techniques qu’organisationnels ont été mis en place pour garantir l’impossibilité d’exporter des données brutes. Seuls les résultats des recherches peuvent être exportés après contrôles. Je n’explique pas pourquoi la Cnil exprime des doutes à ce sujet car ce fonctionnement a été présenté dans nos séances de travaux communs et semblait leur convenir », explique-t-elle.

    La directrice du Health Data Hub et la commission sont en revanche d’accord sur un point : la durée de conservation des données. Dans son avis, la Cnil pointe en effet que « le projet ne mentionne pas de durée de conservation précise, s’agissant des données contenues dans l’entrepôt ». Elle « en déduit que les données ne devront être conservées dans celui-ci que pour la durée de l’état d’urgence sanitaire ». Elle précise cependant que celles-ci pourraient être conservées si le décret d’application de la loi santé à venir le prévoit. À condition que celui-ci soit pris avant la fin de l’état d’urgence. La Cnil « considère […] que dans l’hypothèse où l’adoption du cadre juridique de droit commun applicable à la plateforme des données n’aurait pu être finalisé à l’issue de l’état d’urgence sanitaire, l’ensemble des données collectées pendant cette période devra être détruit », indique l’avis.

    « En effet, les données ne sont censées être stockées que durant la période de l’état d’urgence sanitaire, acquiesce Stéphanie Combes. À sa fin, elles devront être détruites, sauf si un autre texte prévoit cette conservation lors de la mise en place finale du Health Data Hub. »

    « On a l’impression que le big data est une réponse magique »

    Sur la forme, la Cnil ne cache pas son étonnement de voir le gouvernement accélérer à ce point la mise en place du Health Data Hub, quitte à donner l’impression d’un passage en force. En effet, non seulement le projet ne dispose pas encore de cadre juridique et technique, mais il faisait en outre actuellement l’objet d’« un plan d’action conséquent de mise en œuvre de mesures de sécurité s’étalant sur une période de plusieurs mois ». « La Commission s’interroge donc sur les conditions de démarrage anticipé de la solution technique dans un contexte où la plateforme de données de santé a dû accomplir en quelques semaines des opérations, dont certaines structurantes, pour garantir la sécurité des données traitées, étaient prévues pour s’étaler sur plusieurs mois », souligne l’avis.

    « Nous avions prévu de mettre en production au début du mois de juin. L’arrêté a été pris fin avril. Cela ne fait que quelques semaines d’avance, plaide Stéphanie Combes. De plus, nous continuons à travailler avec la Commission. Ils étaient d’ailleurs présents à notre dernière réunion d’homologation. Les échanges ne sont pas du tout rompus. Nous allons leur montrer ce que nous avons mis en place. »

    Mais était-il vraiment nécessaire d’utiliser l’état d’urgence pour faire avancer le projet ? « Nous attendons toujours le décret qui va inscrire le Health Data Hub dans notre système santé, répond Stéphanie Combes. Il doit fixer notamment son catalogue, la liste des bases de données qui seront partageables. Pour être totalement transparente, je peux vous dire qu’actuellement, le Health Data Hub ne contient que les données de la base OSCOUR de Santé publique France qui enregistre les passages aux urgences. De plus, les projets qui nous sont présentés doivent respecter toutes les procédures. Il ne peut y avoir d’accès sans cadre clair. C’est pour cela que nous avions besoin d’un texte en attendant que ce décret soit pris. »

    Il n’en reste pas moins que le gouvernement va devoir composer avec les vives résistances que suscite ce projet et que cet arrêté et l’avis de la Cnil ont ravivées. Dès le 10 décembre, une tribune publiée dans Le Monde et signée par plus d’une centaine de personnes, dont de nombreux professionnels de la santé, appelait à « garder la main sur les technologies employées » et à « empêcher la privatisation de la santé » en favorisant des solutions alternatives comme le « partage d’algorithmes et de logiciels transparents et utiles aux patients ».

    Depuis la publication de l’arrêté, le collectif Interhop, composé de professionnels du secteur de la santé et de l’informatique médicale, a publié un nouvel appel. « Contrairement à l’avis de nombreux acteurs – Commission national informatique et des libertés, Ordre national des médecins, Conseil national des barreaux, hôpitaux –, le gouvernement français s’appuie sur le géant américain Microsoft pour stocker l’ensemble des données de santé, affirme-t-il. Nous appelons à la constitution d’un écosystème universitaire, médiatique, juridique, associatif et politique pour réaffirmer les valeurs d’autonomie et des “communs” et, pour faire naître un large débat de société. »

    Les informations de la Cnil selon lesquelles les données pourraient être transférées aux États-Unis par Microsoft, qui, de plus, disposerait des clefs permettant de déchiffrer les données, peuvent, si elles sont avérées, avoir un effet dévastateur sur le projet comme en témoigne cet appel, lancé par un médecin marseillais.

    https://youtu.be/Qbq3JlX29rM

    « Je me souviens que, très tôt, des responsables du Health Data Hub étaient venus nous présenter le projet au CNRS et la question de Microsoft avait été l’une des premières posées », se rappelle Catherine Bourgain, chercheuse en génétique humaine et sociologie des sciences à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

    « Ce projet suscite beaucoup d’oppositions et de freins, poursuit la chercheuse. Les hôpitaux et les chercheurs trouvent exorbitant qu’on leur demande de transférer des données qu’ils ont collectées. J’ai par exemple un collègue de l’Inserm qui est responsable d’une grosse cohorte avec qui je discutais de ce sujet et qui me disait qu’il ne transférerait pas ses données en m’expliquant : “Si nous transférons nos données, c’est également la responsabilité liée à ces données que nous transférons.” Quand un chercheur récolte des données, il y a un contrat moral, et parfois même un contrat tout court, entre lui et la personne qu’il interroge. S’il perd la main sur ses données, comment pourrait-il savoir l’usage qui en sera fait ? »

    Et les autorités auraient tort de sous-estimer le poids de ces résistances, estime Catherine Bourgain : « Il y a le texte et il y a ce qu’en font les acteurs. Penser qu’un arrêté peut changer les pratiques du monde médical, c’est ignorer à quel point celui-ci est structuré par des élites, voire des baronnies, locales ou thématiques, avec une culture très forte de l’opposition. C’est un corps qui ne se laisse pas facilement dicter ce qu’il doit faire. »

    La chercheuse, elle-même, est sceptique sur l’utilité réelle du Health Data Hub. « Il y a une sorte de croyance dans les capacités des traitements algorithmiques, estime-t-elle. Le pari, c’est qu’on va pouvoir croiser des données avec un niveau de quantité très important, même si elles ne sont pas de bonne qualité, pour obtenir quelque chose. Mais beaucoup de spécialistes sont très sceptiques sur cette approche. On a l’impression que le big data est une réponse magique à tous les problèmes, permettant de compenser la qualité par la quantité. Mais cela relève surtout d’un rapport à la construction du savoir très déplacé car ne prenant pas en compte la valeur individuelle des données. »

    Stéphanie Combes, de son côté, reste optimiste. « Les gens du collectif Interhop ne représentent pas tout le monde hospitalier, attaque-t-elle. J’ai encore eu aujourd’hui des réunions avec les initiateurs de trois projets portés par des établissements hospitaliers de l’Est et du Grand-Ouest. Le Health Data Hub ne va pas remplacer les initiatives locales. Nous sommes là pour les favoriser, les aider notamment financièrement en leur proposant des partenariats, car nous avons des financements prévus pour cela. Je suis certaine que les premiers projets vont servir d’exemple et vont réussir à convaincre les autres de suivre. »

    Contactée par Mediapart, la Cnil n’a pas souhaité répondre à nos questions. Mais elle précise qu’elle reviendra « très prochainement » sur le sujet. Selon nos informations, un avis non sollicité par le gouvernement et ne concernant pas le décret doit être adopté jeudi prochain. Parallèlement, Stéphanie Combes sera auditionnée le même jour par la Commission. L’occasion de dissiper les malentendus ou de mettre les points sur les « i ».

    #santé #données_personnelles #big_data #big_pognon #épidémie #traçage

  • Apps : l’ONU s’attend à des effets sur la mobilité « pour des années » - SWI swissinfo.ch
    #Covid-19#migrant#migration#tracage#sante#Monde

    https://www.swissinfo.ch/fre/toute-l-actu-en-bref/apps--l-onu-s-attend-%C3%A0-des-effets-sur-la-mobilit%C3%A9--pour-des-ann%C3%A9es-/45743448

    L’ONU s’attend à un effet « durable » des applications de traçage sur la mobilité « pour les années à venir ». Les contrôles sanitaires de migrants vont aussi probablement s’étendre, situation qui pourrait favoriser la clandestinité, a dit jeudi à Genève le chef de l’OIM.

  • #Pierre_Bühler | #Asile et #coronavirus : l’actualité au prisme de l’éthique

    Pierre Bühler, contributeur régulier de la revue Vivre Ensemble, nous livre une analyse fine de la gestion de la crise sanitaire vis-à-vis des populations de personnes exilées. Il scrute ainsi l’actualité de ces dernières semaines en nous aidant à la comprendre à travers le prisme de principes philosophiques éclairants. De la situation dans les camps sur les îles grecques, en évoquant le manque de sauvetage en Méditerranée, pour revenir sur la décision de maintien des procédures d’asile en Suisse, l’auteur interroge les notions d’éthique et de morale qui peuvent entrer en conflit et la façon dont ces conflits sont tranchés. La déontologie est-elle sacrifiée aux diverses finalités politiques ? Ou en d’autres termes : le fait que “chaque être humain doit être protégé” préside-t-il aux décisions et mesures prises dans ce contexte de crise ? S’inspirant de Paul Ricoeur et de John Rawls, Pierre Bühler rappelle que : “ce n’est pas au prix de la déontologie que nous pouvons viser ‘une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes’, mais bien plutôt avec elle pour fondement et pour référence. “

    –-------

    L’actualité s’est précipitée, ces dernières semaines, et il est bon de prendre un peu de recul, pour tenter de réfléchir à ce qui se passe du point de vue de l’asile en ces temps de #crise_sanitaire.

    Un petit modèle théorique

    Dans sa grande Théorie de la justice[1], le philosophe anglophone #John_Rawls distingue deux perspectives fondamentales qui peuvent s’entrecroiser et entrer en conflit l’une avec l’autre. Nous avons des visées, des velléités de #justice, nous nous efforçons vers des buts : c’est l’aspect téléologique (du terme grec telos, le but, la finalité). Sous cet angle, #Rawls est en débat avec l’#utilitarisme, une position très répandue dans le monde anglo-saxon et qui peut dire que le #sacrifice de quelques-uns est légitime, si cela contribue au plus grand bien pour le plus grand nombre possible. Selon la formule traditionnelle : la fin justifie les moyens. Pour Rawls, une telle position entre en conflit avec la perspective qu’il appelle déontologique (du grec deon, ce qui doit être, le devoir) : au nom des droits et devoirs humains, il n’est pas légitime de sacrifier qui que ce soit, chaque être humain étant à protéger. Ainsi, pour lui, toutes nos téléologies doivent être constamment soumises à la déontologie.

    Pour faire court, il en déduit deux principes de justice : le premier, c’est que toutes les personnes sont égales de droit et doivent avoir des chances égales ; le second dit que si des #inégalités sont nécessaires, elles doivent toujours être organisées de manière à améliorer la situation des plus défavorisés (c’est ce qu’il appelle la #règle_du_maximin : « #maximaliser_les_minima »).

    Dans ce qu’il a appelé sa « petite éthique » dans son livre Soi-même comme un autre[2], le philosophe français #Paul_Ricœur a repris cette idée, en articulant éthique et #morale : l’éthique est portée par ce que nous visons : nous voulons « une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes » ; la morale nous impose un certain nombre de #normes et d’#obligations indispensables auxquelles nous devons nous plier. Le troisième moment de la « petite éthique », c’est ce que Ricœur appelle la « #sagesse_pratique » : parce que les visées et les normes entrent constamment en conflit, il faut apprendre à assumer notre action concrètement, en affrontant les #conflits avec courage.

    Ce petit modèle théorique me permet de relire certaines réalités vécues ces derniers temps, car nous sommes en régime de sagesse pratique, et dans les conflits que nous vivons, c’est bien souvent la déontologie qui est sacrifiée aux diverses téléologies.
    Les mesures d’urgence sanitaire

    Les gouvernements ont pris, plus ou moins rapidement et plus ou moins judicieusement selon les pays, des #mesures_d’urgence contre la propagation du coronavirus. La #protection_sanitaire de la population constitue, certes, une #exigence_déontologique, mais elle menace temporairement la #déontologie plus fondamentale. Elle suspend certains #droits_fondamentaux qui nous sont, en temps normal, garantis constitutionnellement : la #liberté_de_mouvement, la #liberté_de_rassemblement, etc. Pour faire passer l’état d’urgence du #confinement, on peut parler massivement d’une #guerre à mener, comme l’a fait le président Macron. Mais il n’en reste pas moins la nécessité de veiller à la déontologie, car la fin risque ici aussi de justifier trop rapidement les moyens (par exemple, la #surveillance_numérique des rassemblements ou des relations interpersonnelles pour le bien du #traçage de la propagation – danger du « Big Brother is watching you », à l’aide des smartphones !). Comme le confinement, le #déconfinement contient un grand risque de #discriminations, et il faudra y veiller !

    Du point de vue du système démocratique, cette tâche de veilleur reviendrait au pouvoir législatif, et heureusement que les parlements vont enfin reprendre leur travail, après une pause déontologiquement problématique. C’est encore plus catastrophique lorsque le parlement donne plein pouvoir à l’#exécutif, comme c’est le cas en Hongrie !

    La crise sanitaire a révélé des dysfonctionnements majeurs. J’aimerais en évoquer deux, avant d’en venir aux implications pour les questions d’asile.
    a) En amont : ces dernières années, le #système_de_santé a subi d’énormes pressions économiques : il fallait le rentabiliser, et donc le réduire au minimum, en économiser les coûts. La pandémie a montré le danger de ces #téléologies_économistes et souligné la nécessité déontologique d’un système de santé solide, digne de respect (quand on voit des néo-libéraux applaudir à 21h l’héroïsme du personnel soignant, on a juste envie de les pousser de leurs balcons – pardon pour cette parenthèse : elle n’est pas « déontologiquement correcte » !).

    b) En aval : certes, l’économie a souffert, et il est donc légitime de penser à l’avenir de celles et ceux qui sont au chômage, qui ont perdu leur travail, etc. Mais je me demande si ceux qui réclament à grands cris des investissements pour la relance économique pensent aux plus défavorisés et portent le souci déontologique d’un « maximin ». Je crains qu’ils ne songent plutôt à leur propre profit, à se refaire une santé financière, ou tout simplement à faire remonter d’urgence le sacro-saint PIB ! Retour aux affaires, alors que la crise serait une bonne occasion de faire le point, de se demander ce que nous voulons et ce que nous devons (krisis, en grec, signifie le jugement). Et déjà on soupçonne les démunis de vouloir profiter : « l’aide d’urgence ne doit pas devenir un oreiller de paresse », dixit Guy Parmelin.
    Asile : pas de « maximin » !

    Venons-en aux conséquences dans le domaine de l’asile. Ici aussi, le second principe de justice ne s’est pas appliqué. La pandémie a, certes, suscité un grand mouvement de solidarité, mais elle a aussi révélé des disparités dans l’exercice de cette dernière. Ce ne fut pas de la « solidarité sans frontières » … Donnons quelques exemples.

    Je viens de parler de celles et ceux qui ont perdu leur travail, et les requérant-e-s d’asile en sont. Ils risquent de se retrouver parmi les plus défavorisés des plus défavorisés, car on ne se souciera d’eux qu’en tout dernier, si personne ne prend leur défense.
    Nous avons pu observer combien l’idée de l’école à la maison a mis des familles de requérant-e-s d’asile en situation difficile : manque de matériel informatique, connaissances lacunaires de la langue d’enseignement, et donc grandes difficultés d’assumer les tâches déléguées d’enseignement. Il y a un danger de fracture sociale.
    Les plus exposés à la pandémie sont les plus fragilisés, et il était donc du devoir de la société d’appliquer les règles de confinement là où elles sont le plus nécessaires, notamment dans les centres d’accueil de requérants d’asile. Mais combien a-t-il fallu insister, et insister pour que cela se fasse, et à l’heure où j’écris ces lignes, il y a des lieux où cela n’est toujours pas fait.
    Enfin le droit d’asile lui-même est devenu victime de la pandémie. En effet, on a déclaré les frontières fermées, même si les frontaliers pouvaient la passer tous les jours, même si on pouvait rapatrier par milliers des citoyens bloqués à l’étranger. Mais elles sont résolument fermées pour les requérants d’asile : plus de possibilité de déposer une demande d’asile – violation du droit international, et donc problème déontologique fondamental.

    Le sauvetage en mer : une déontologie à la dérive

    J’étends quelque peu les perspectives. Le droit marin est absolument clair : toute personne en danger de se noyer doit être sauvée, qui qu’elle soit. Comment se fait-il que cette déontologie marine soit devenue aussi impossible en Méditerranée au fil des ans ? Au point où il faut lutter pour avoir le droit de faire une opération de sauvetage, puis obtenir un accueil dans un port sans devoir forcer les barrages, puis éviter la mise sous séquestre du bateau ? Alors qu’on compte depuis 1993 à 2018 environ 36’000 naufragés dont la mort a pu être documentée. Pour celles et ceux qui peuvent lire l’allemand, je recommande vivement, sur ce sujet, les livres publiés par les deux jeunes capitaines allemandes Carola Rackete et Pia Klemp, qui se sont battues et se battent encore sur ce front[3].

    La déontologie maritime a été disqualifiée par l’Europe : les sauveteurs sont accusés de faire du trafic d’êtres humains, en collaboration avec les passeurs. Et l’approche du problème se fait économique : si nous offrons un sauvetage, cette offre provoque un appel d’air ; plus il y a de navires de sauvetage, plus il y a de bateaux de fugitifs qui arrivent. Pour « réguler ce flux » (oui, c’est comme ça qu’on parle…), il faut réduire l’attrait. Il n’y a donc plus qu’une téléologie : renforcer la surveillance des frontières extérieures, et donc développer Frontex, à coup de milliards, et quant aux fugitifs sur leurs barques de fortune, la meilleure attitude, c’est de « laisser mourir » ou de « refouler vers les camps de la Libye »[4]. Ce faisant, l’Europe trahit ses principes fondamentaux, la déontologie qui constitue sa base.

    L’arrivée du coronavirus a permis de renforcer cette fermeture de la forteresse Europe. Un à un, les pays déclarent leurs ports pas sûrs et donc fermés à toute arrivée de rescapés (comme s’ils avaient été très ouverts auparavant…) ; les bateaux de sauvetage sont mis en panne ; les sauvetages sont bloqués. Mais les bateaux de fugitifs continuent de partir en mer, ce qui, d’ailleurs, contredit tragiquement la théorie économique de l’offre et de la demande… Mais la téléologie de la fermeture des frontières a pris le pas sur la déontologie du droit marin.
    Les camps des îles grecques : un utilitarisme à outrance…

    Environ 40’000 hommes, femmes et enfants vivent dans des camps prévus pour environ 6’000 personnes, dans des conditions innommables : la gale et d’autres maladies se répandent, la nourriture, distribuée dans des longues queues d’attente, est souvent déjà avariée, l’hygiène est rudimentaire ou inexistante, la violence sévit, les femmes subissent des viols, les enfants s’automutilent ou se suicident par désespoir, et régulièrement des incendies dévastent des parties des habitations, tandis qu’aux alentours, des groupes d’extrême-droite répandent la terreur. La description que fait Jean Ziegler dans son livre Lesbos, la honte de l’Europe[5] est sidérante. Mais ce qui est peut-être encore plus frappant, c’est comme il montre que cette misère est délibérément voulue : l’Europe laisse croupir les fugitifs entassés dans ces camps pour dissuader d’autres de venir, en montrant combien peu attractive et non accueillante est l’Europe. Au sens de Rawls, un utilitarisme à outrance : 40’000 personnes utilisées pour protéger l’Europe d’un « flux migratoire » (toujours le « flux » …) incontrôlable. On signalera en passant que Mme von der Leyen a intégré au département européen pour la migration la tâche de « la protection du style de vie européen ». D’ailleurs, lorsqu’une délégation de Bruxelles est allée visiter la frontière gréco-turque, elle a félicité la Grèce dans sa fonction de « bouclier de l’Europe », et l’aide qui lui a été promise à cette occasion, c’était « plus d’équipement technique, comprenant des bateaux, un avion de surveillance maritime, ainsi que des véhicules (équipés de dispositifs de vision nocturne) avec lumière thermique ». Donc, en somme, plus de Frontex, plus de militarisation des frontières ! Une fois de plus, une téléologie s’est imposée par rapport au devoir moral : l’Europe doit se protéger d’une menace à ses frontières extérieures, et dans l’Est de l’Europe, on entend même dire que ces fugitifs souilleraient la pureté ethnique de la population.

    Une possible propagation du coronavirus dans ces camps de la honte serait une catastrophe, car un confinement est impossible (longues queues d’attente, un robinet d’eau pour 1’300 personnes, familles nombreuses dans de petites tentes de fortune, etc.). La menace de la crise sanitaire a été l’occasion pour les autorités grecques de fermer complètement les camps, si bien que même le personnel des ONGs ne peut plus y entrer. Ce bouclage protège peut-être provisoirement du virus, mais suscite surtout une grande peur dans les camps, qui se décharge facilement dans des émeutes et des affrontements avec la police omniprésente.
    En réponse aux appels de Pâques : « pas de crise »

    La misère qui règne dans les camps grecs, amplifiée par la menace de la pandémie, a conduit de nombreux mouvements à lancer des appels de Pâques au Conseil fédéral, lui demandant de poser un signe clair, susceptible de faire bouger l’Europe, en accueillant immédiatement plusieurs milliers de fugitifs en Suisse, l’impératif déontologique étant d’évacuer ces camps le plus vite possible[6]. La réponse est négative. Comme elle l’avait déjà annoncé depuis plusieurs mois, après une procédure assez compliquée, la Suisse se contentera provisoirement d’accueillir mi-mai 21 ou 22 mineurs non accompagnés ayant de la famille en Suisse, comme le Luxembourg qui vient d’en accueillir 12 et l’Allemagne 47. Comme le disait une journaliste dans le journal allemand Die Republik, le message de telles actions est en somme : « Rassurez-vous, nous vous protégeons des réfugiés. »

    Mais la pression continue, car les appels de Pâques sont portés par une forte vague de sympathie. Je vous propose de relire la petite description de la misère dans les camps des îles grecques faite ci-dessus, puis de lire la réponse aux appels de Pâques de Mario Gattiker, secrétaire d’État aux migrations, dans une interview de la NZZ : « La situation en Grèce est difficile, mais il n’y a pas de crise. » Le gouvernement grec peut et doit faire son travail, et la Suisse l’aidera : en améliorant et en accélérant les procédures d’asile, on résoudra le problème des camps. Que faut-il de plus dans ces camps pour que le fonctionnaire bernois inamovible reconnaisse qu’il y a une crise ? Et surtout, que fait-il de la thèse de Jean Ziegler que ces camps doivent rester pour continuer de dissuader, que la téléologie européenne, c’est que ces « hot spots » doivent rester brûlants, incandescents ?
    L’État de droit – sous plexiglas …

    Dans le cadre du confinement, toutes les procédures judiciaires en Suisse ont été interrompues, sauf en matière d’asile. Même si c’est dans des conditions difficiles, les auditions de requérant-e-s d’asile et les prise de décision au SEM et au TAF ont continué, en mettant en danger la santé des personnes impliquées. Des décisions de renvoi ont été prononcées (en Grèce, notamment !), même si le renvoi ne peut pas se faire. Suite à de nombreuses protestations, appelant à interrompre ces procédures, elles furent brièvement interrompues pour aménager les salles d’audition selon les règles de confinement, notamment par l’installation de vitres en plexiglas, ce qui a permis de les reprendre de plus belle dès le 1er avril (et ce ne fut pas un poisson d’avril !).

    Pour justifier cette poursuite des procédures dans des interviews, Mme Keller-Sutter et Mario Gattiker ont invoqué l’État de droit, je dis bien : l’État de droit ! Joli paradoxe : pour poursuivre leur obsession administrative de liquidation des requêtes d’asile, ils ont revendiqué la déontologie : « Particulièrement en temps de crise, l’État de droit doit se montrer fort. » Même si les juristes et les traducteurs sont à distance – ou manquent –, même si les conseillers juridiques sont en télétravail et s’efforcent du mieux qu’ils peuvent de mener à bien leur mission, même si les médecins luttent contre le virus et n’ont pas le temps de faire des rapports médicaux, l’État de droit sous plexiglas continue son travail… Seule concession : on allonge un peu les délais de recours…

    On prétend d’ailleurs respecter les efforts sanitaires des autorités supérieures, mais les contradictions n’ont pas manqué. Un seul exemple : un requérant d’asile kurde du nom de Sangar Ahmad travaillait depuis plusieurs semaines avec son entreprise de nettoyage à désinfecter les locaux hospitaliers vaudois, mais il a dû interrompre ce travail fort utile le 13 avril, parce qu’un rejet de son recours l’obligeait à quitter ce travail et à entrer dans le régime de l’aide d’urgence. Rendu attentif à ce problème par une pétition, le SEM a prolongé le délai de deux mois : on espère que la crise sanitaire sera terminée ou qu’un vol de renvoi sera possible. Obsession de la téléologie, quand tu nous tiens…
    En guise de conclusion : Dürrenmatt et la Suisse

    Pour parler avec Ricœur : les conflits relevant de la sagesse pratique conduisent souvent à la défaite de la déontologie. Or, ce n’est pas très sage. La sagesse doit nous appeler à tenir tête à cette hégémonie des velléités qui contournent le devoir, qui font que si souvent ce qui doit être n’est que ce qui devrait être et n’est pas. La sagesse pratique nous appelle donc à être des veilleurs de la déontologie, dévoilant sans cesse les fausses téléologies, car ce n’est pas au prix de la déontologie que nous pouvons viser « une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes », mais bien plutôt avec elle pour fondement et pour référence.

    Le jeune Dürrenmatt, dont nous fêterons le centenaire en janvier prochain, l’exprimait dans un texte de 1950 dans lequel il se demandait quel serait l’avenir de la Suisse dans l’Europe en train de se construire. J’en cite quelques phrases qui me paraissent encore d’actualité et qui me serviront de conclusion :
    « Seule une Suisse qui garantit aux réfugiés toute la protection et toute l’aide possibles a un droit d’exister. C’est notre premier devoir politique de penser d’abord aux autres, puis à nous. Nous ne pouvons jamais faire assez pour les exilés, car nous justifions ainsi notre existence. Chaque cuillérée de soupe que nous leur donnons a plus de valeur que tous les discours de nos pères de la patrie et de nos professeurs. […] Aucun État ne repose autant sur la justice que la Suisse. Ce n’est qu’en justice qu’une liberté est possible qui ne soit pas le règne de l’arbitraire. La justice est la plus haute tâche de la Suisse. […] Nous devons comprendre que nous sommes à un tournant de l’histoire. Une Suisse future n’est pensable que comme l’État le plus social du monde, sinon elle sera mentionnée occasionnellement comme une curiosité dans l’enseignement de l’histoire des générations futures. »[7]
    Pierre Bühler,
    Neuchâtel/Zurich

    [1] Publiée en anglais en 1971, elle a paru en traduction française en 1987 (Paris, Éd. du Seuil ; 667 pages !).

    [2] Paris, Éd. du Seuil 1990.

    [3] Carola Rackete, Handeln statt Hoffen. Aufruf an die letzte Generation, Munich, Droemer, 2019 : Pia Klemp, Lass uns mit den Toten tanzen. Roman, Augsburg, MaroVerlag, 2019.

    [4] Cf. l’excellent dossier à ce sujet dans la Gazette de Vivre ensemble #5 que nous venons de recevoir.

    [5] Paris, Éd. du Seuil, 2020.

    [6] Ces appels peuvent être lus sur le site www.asile.ch.

    [7] Friedrich Dürrenmatt, Meine Schweiz. Ein Lesebuch, Zurich, Diogenes, 1998, p. 240-241 (trad. P. Bühler)

    https://asile.ch/2020/05/06/pierre-buhler-asile-et-coronavirus-entre-deontologie-et-teleologie
    #migrations #réfugiés #covid-19 #applaudissements #économie #école_à_la_maison #fermeture_des_frontières #sauvetage_en_mer #droit_marin #Etat_de_droit #Dürrenmatt

    ping @isskein @karine4 @thomas_lacroix

  • Le gouvernement veut créer un #fichier pour les malades du coronavirus

    Le projet de loi du gouvernement prévoit la création d’un fichier spécifique rassemblant les noms des #malades du #Covid-19 ainsi que de leurs contacts. Et ce « sans le consentement » des personnes concernées.

    Comment assurer le #suivi des malades du Covid-19 et des personnes qu’ils ont croisées ? C’est pour répondre à cette question que le gouvernement entend créer un nouveau fichier, prévu par le projet de loi prorogeant l’#état_d’urgence_sanitaire, qui devrait être examiné par les parlementaires les 4 et 5 mai.

    L’article 6 du texte prévoit en effet que soient rassemblées dans un même fichier toutes les informations susceptibles d’aider à la reconstitution, par des « #brigades » d’#enquêteurs_épidémiologiques, des #relations de chacun. Le fichier, non anonyme, devrait ainsi contenir l’#identité des malades et les résultats de leurs #examens_biologiques, mais aussi plus largement la liste des personnes croisées au cours des derniers jours – car « présentant un #risque_d’infection » -, leur #adresse et leurs #déplacements. Et ce afin d’opérer, peut-on lire dans le texte du gouvernement une « #surveillance_épidémiologique aux niveaux national et local ».

    Plusieurs administrations auront accès aux données

    Le nouveau fichier, qui n’a aucun lien avec l’application de #traçage #StopCovid, dont Olivier #Véran a annoncé qu’elle ne serait pas prête le 11 mai, abritera ces #informations, d’abord collectées par le #médecin_traitant puis par les « brigades » de l’#Assurance_maladie. Des #données_personnelles extrêmement sensibles qui seront ensuite mises à la disposition non seulement des professionnels de santé en charge du suivi des personnes malades, mais aussi de plusieurs administrations comme le #ministère_de_la_santé, le service de santé des #armées, l’Assurance maladie et les #Agences_régionales_de_santé.

    Le dossier est d’autant plus sensible que les données dont il est question sont en partie couvertes par le #secret_médical. « Comme lorsque nous consultons un confrère à propos d’un patient ou lorsque nous envoyons à l’Assurance maladie les motifs médicaux d’arrêt de travail, nous serons dans le cadre d’un #secret_médical_partagé », assure le docteur Jacques Battistoni, président du premier syndicat de médecins généralistes, #MGFrance. Les #généralistes seront chargés de collecter les premières informations sur le « #premier_cercle » fréquenté par un malade dans le fichier. Ils ont d’ailleurs reçu un courrier en ce sens, jeudi 30 avril, signé par Nicolas Revel, le patron de l’Assurance maladie.

    « Je comprends que ce système puisse impressionner, car il contient des #informations_sensibles et personnelles, mais c’est un moindre mal. Il me semble vraiment indispensable si l’on ne veut pas que l’#épidémie reparte », souligne le docteur Battistoni.

    Une transmission de données « sans le #consentement des personnes »

    Autre question sensible, au cœur de ce nouveau fichier : la #transmission_des_informations qu’il contient sera opérée « sans le consentement des personnes intéressées », peut-on lire dans le projet de loi gouvernemental. Une précision qui inquiète plusieurs observateurs, comme le président de l’#Union_française_pour_une_médecine_libre (#UFML), le docteur Jérôme Marty. « Le consentement est l’un des socles de la médecine. Le fait de ne pas demander le consentement de son patient pour constituer un fichier est sans précédent. La situation d’#urgence ne peut pas tout justifier », alerte-t-il.

    « Imaginez le scandale si nous avions fait ce genre de fichiers pour le sida, poursuit-il. Cela pose un problème #éthique et déontologique important. » Ce praticien réclame l’avis Conseil de l’Ordre sur le sujet, mais aussi celui du Comité national d’éthique, de l’Académie de médecine, de la Cnil et du Conseil constitutionnel.

    « Garde-fous »

    « Que signifie cette absence de consentement ? », interroge quant à lui l’avocat Thierry Vallat. Ce spécialiste des données personnelles estime que des « #garde-fous » devront ainsi être nécessaires. « Il faut définir très précisément qui collectera les informations, la liste des informations précises, qui pourra y avoir accès et surtout pour combien de temps », insiste l’avocat. Sur ce dernier point, le gouvernement prévoit la disparition du fichier « au plus tard » un an après la promulgation de la loi.

    Mais surtout, l’avocat s’inquiète d’éventuelles #fuites de données. « Nous sommes dans un contexte exceptionnel où les services de l’État agissent très rapidement, et risquent de ne pas avoir le temps de sécuriser ce nouveau fichier. Or les données de santé font régulièrement l’objet de fuites, et elles sont extrêmement convoitées », estime-t-il.

    Dans l’ensemble, l’architecture de ce nouveau dispositif demeure assez floue. Et pour cause : il devrait ainsi être précisé, après coup, par un #décret d’application. Ce qui permettra de consulter la Cnil sur ce nouveau fichier. Jusqu’à maintenant, la Commission indépendante n’a en effet pas été sollicitée sur ce dossier sensible.

    https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sante/Le-gouvernement-veut-creer-fichier-malades-coronavirus-2020-05-03-12010923
    #coronavirus #France #loi #déontologie
    ping @etraces @isskein

  • Traçage numérique : l’histoire secrète (et laborieuse) de l’application StopCovid
    https://www.marianne.net/politique/tracage-numerique-l-histoire-secrete-et-laborieuse-de-l-application-stopco

    Sur le fond, les inquiétudes se multiplient. « Les données les plus sécurisées sont celles qui n’existent pas », écrivent la députée Paula Forteza, qui a quitté LREM en janvier, et le chercheur Baptiste Robert, dans une note qui souligne le risque d’un « effet cliquet ». « L’Etat, de par sa légitimité, serait en train de rendre socialement acceptable, en temps de crise et dans l’urgence, une technologie dont nous n’imaginons encore pas les usages potentiels à l’avenir », pointent-ils. Si une application réussit à retracer les contaminations au Covid-19, pourquoi ne pas l’utiliser pour la grippe saisonnière ou toute autre maladie ? Un autre député macroniste qui a requis l’anonymat va plus loin, en s’inquiétant de futures dérives dans le secteur de l’assurance : « On nous dit que c’est anonyme, mais les acteurs prudentiels s’en fichent. Leur métier est d’évaluer le risque. A partir de ces données qui représentent en fait un sondage sanitaire, ils peuvent dégager des profils de risque, ce qui a une énorme valeur marchande. »

    #stopcovid #traçage_numérique #covid19

  • Ne laissons pas s’installer le monde sans contact
    Appel au boycott de l’application StopCovid-19

    Écran total

    https://lavoiedujaguar.net/Ne-laissons-pas-s-installer-le-monde-sans-contact-Appel-au-boycott-d

    Du point de vue sanitaire, l’épidémie de Covid-19 mettra du temps à livrer tous ses mystères. Le brouillard qui entoure l’origine de la maladie, sa diffusion et sa létalité ne pourra se dissiper que lorsqu’elle cessera de frapper dans autant de pays à la fois. À ce jour, personne n’a l’air de savoir quand une telle accalmie se produira. D’ici là, pour continuer de vivre, nous ne devons ni sous-estimer, ni surestimer cette épidémie en tant que telle.

    Par contre, ce que nous sentons très clairement, c’est que la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il paraît en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement. (...)

    #épidémie #technologie #gouvernements #Internet #France #numérisation #stratégie #Chine #traçage #fichage #surveillance #Edward_Snowden #boycott #télétravail

  • En Israël, la Cour suprême lance un ultimatum au gouvernement pour encadrer la traque des portables - Middle East Eye

    La Cour suprême d’Israël a donné jusqu’à jeudi au gouvernement pour initier un projet de loi encadrant l’utilisation par les services secrets de technologies pour géolocaliser les téléphones portables de personnes possiblement infectées par le coronavirus.

    Si le gouvernement ne présente pas d’ici jeudi un projet de loi, le Shin Beth, les services de renseignement intérieurs, devra mettre fin à ce traçage dénoncé comme une atteinte à la vie privée par des associations de défense des droits humains.

    #Covid19#Israel#Politique#Tracage#Shin-Beth#migrant#réfugiés#migration

    https://www.middleeasteye.net/fr/live/coronavirus-suivez-lactualite-dans-la-region-mena

  • Applis de #traçage : #scénarios pour les non-spécialistes
    https://framablog.org/2020/04/24/applis-de-tracage-scenarios-pour-les-non-specialistes

    Un document de plus sur les dangers de l’application de traçage ? Nous n’allons pas reproduire ici les 13 pages documentées et augmentées de notes de référence d’une équipe de 14 spécialistes en #cryptographie : Xavier Bonnetain, University of Waterloo, Canada ; Anne Canteaut, … Lire la suite­­

    #Droits_numériques #Framaconfinement #Internet_et_société #Libertés_Numériques #Non_classé #Anonymat #Applications #base_de_données #COVID-19 #Informatique #Libertés #Malware #Securite #StopCovid #Surveillance #tracking

  • Le traçage anonyme, dangereux oxymore
    https://risques-tracage.fr


    L’entreprise RIPOUE souhaite recruter une personne pour un CDD. Elle veut s’assurer que le candidat ne tombe pas malade entre l’entretien d’embauche et la signature du contrat. Elle utilise donc un téléphone dédié qui est allumé seulement pendant l’entretien, et qui recevra une alerte si le candidat est testé positif plus tard.

    Le traçage automatisé des contacts à l’aide d’une application sur smartphone comporte de nombreux risques, indépendamment des détails de fonctionnement de cette application. Nous sommes spécialistes en cryptographie, sécurité ou droit des technologies. Notre expertise réside notamment dans notre capacité à anticiper les multiples abus, détournements et autres comportements malveillants qui pourraient émerger. Nous proposons une analyse des risques d’une telle application, fondée sur l’étude de scénarios concrets, à destination de non-spécialistes.

  • Une appli de #traçage du COVID 19 qui échappe à Big Brother ?
    https://framablog.org/2020/04/12/une-appli-de-tracage-du-covid-9-qui-echappe-a-big-brother

    Ou plutôt pas de traçage du tout ? Oui bien sûr, ce serait sans doute la meilleure solution compte tenu des inévitables « glissements » que redoute comme nous Hubert Guillaud dans cet article. Mais à l’heure même où se profile l’appli gouvernementale, … Lire la suite­­

    #Droits_numériques #Internet_et_société #Non_classé #Santé #aléatoire #application #base_de_données #BD #BigBrother #Comic #COVID-19 #Hôpital #Sante #StopCovid #ViePrivee

  • Comment Facebook se positionne sur le marché de l’online dating
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/facebook-app-couples-confinement

    L’application Tuned créée par Facebook encourage les couples à partager divers contenus dans un espace privé. Zucki serait-il touché par les cœurs brisés ? Qu’on se rassure, il ne perd pas le nord : les données pourront être utilisées à des fins de ciblage publicitaire.
    Entre messagerie instantanée et journal intime

    Alors que bon nombre de couples sont séparés à l’heure du confinement, Facebook dévoile sa nouvelle application de messagerie, Tuned, spécialement conçue pour eux. Développée par NPE Team, elle permet de leur offrir un espace de communication privé pour partager musique, photos, notes et messages vocaux. « Un espace privé où vous et votre moitié pouvez être vous-mêmes, être aussi décalé, idiot, ou mielleux que dans la vraie vie », explique la firme dans l’AppStore. La nouvelle application, disponible pour l’instant uniquement aux Etats-Unis, peut être utilisée même sans compte Facebook.
    Utiliser les données à des fins commerciales

    Évidemment, c’est une histoire de data plus que d’amour. Les données des utilisateurs pourront être utilisées pour de la publicité ciblée. Pour Facebook, cette application représente une opportunité : récolter des données personnelles sur un secteur qu’elle connaît mal. En effet, les tentatives de la firme pour investir le terrain amoureux se sont soldées par des échecs. Le service de rencontres Facebook Dating, dont la sortie était initialement prévue début 2020, a été retoqué par la CNIL irlandaise (DPC), faute de garanties.
    Retrouver sa côte de popularité auprès des millennials

    60% des personnes connaissant Facebook Dating ont déclaré qu’elles n’étaient pas intéressées, mais ça n’empêche pas la firme de vouloir se positionner en « match maker » sur un marché qui pèse 12 millions de dollars, rapporte Planet. Facebook cherche désespérément des solutions pour reconquérir les jeunes générations. Sa plateforme ne cesse de perdre des utilisateurs : 15 millions entre 2017 et 2019, en particulier chez les 12-34 ans.
    L’émergence des small social networks

    Un constat qui confirme la tendance des small social networks prônant des espaces sains, engageants et plus faciles à réguler. Comme Tuned, ces espaces privés ne sont pas des endroits destinés à la rencontre d’un partenaire. Face à une perte de confiance dans la protection des données personnelles de nombreux réseaux sociaux, les utilisateurs se tournent vers des espaces plus restreints, dédiés à des proches, amis, couples ou famille souhaitant communiquer au sein d’un groupe fermé. Et deux anciens de Facebook sont aussi sur le coup avec une nouvelle application lancée fin 2019, Cocoon, qui a déjà levé 3 millions de dollars.

    #Facebook #Vie_privée #Sites_rencontre #Espace_privés #Traçage_publicitaire

  • Coronavirus : en Turquie, la gestion erratique de la crise nourrit les tensions politiques- Le monde
    Recep Tayyip Erdogan a annoncé le confinement total de la population pendant le prochain week-end. Le précédent couvre-feu, mal organisé, avait conduit à un dérapage.
    #Covid-19#Turquie#Erdogan#confinement#Surveillance#Politique#Liberté#Tracage#migrant#migration

    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/15/coronavirus-en-turquie-une-gestion-erratique-de-la-crise-nourrit-les-tension

  • Turkey Seeks Power to Control Social Media- Human Rights Watch

    Not content with simply cracking down on individuals for critical social media posts, Recep Tayyip Erdogan’s presidency is now intent on using the COVID-19 crisis as a pretext to exert direct control over social media platforms like Twitter, YouTube, and Facebook.

    #Covid-19#Turquie#Erdogan#réseaux-sociaux#Surveillance#Politique#Liberté#Tracage#migrant#migration

    https://www.hrw.org/news/2020/04/13/turkey-seeks-power-control-social-media