Le projet de mine EMILI et la promesse de souveraineté minérale à l’aune de l’analyse filière [fév. 26]
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En France, le #lithium est un sujet d’actualité avec plusieurs projets de fabrication de #batteries, de composants de batterie, de raffinage et d’extraction de lithium annoncés récemment sur le territoire national. Parmi l’ensemble de ces projets, #EMILI (Exploitation de MIca Lithinifère par Imerys) est probablement celui qui a probablement fait le plus de bruit. Le projet consiste en l’extraction et le raffinage de 34000 tonnes d’hydroxyde de lithium par la compagnie #Imerys à partir de 2030.
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Quelle gouvernance du lithium d’Echassières ?
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Ce sont donc principalement ces constructeurs automobiles qui achètent et dirigent les flux de lithium au sein de la filière. [...] Or, il faut bien considérer que les constructeurs automobiles européens ont fait le choix stratégique d’attaquer leur entrée sur le marché de l’électromobilité en produisant des véhicules lourds et chers. Les #SUV électriques représentent aujourd’hui plus de la moitié des ventes en Europe, ce qui fait que le véhicule moyen vendu en Europe a augmenté de 810 kg entre 2010 et 2023 en moyenne ce qui en retour a des conséquences sur les prix (Alochet et al. 2025). Le prix moyen d’un #véhicule_électrique neuf en Europe est de 66864 euros, le plus élevé au monde (Jato, 2024) . Donc si le lithium d’Imerys est acheté par un constructeur automobile européen, comme l’ont énoncé les défenseurs du projet dans le registre de justification géoéconomique, il servira principalement à alimenter cette montée en gamme, c’est-à-dire qu’il produira essentiellement des SUV électriques en l’absence de diversification de l’offre d’électromobilité actuelle en Europe. Ce que l’on présente comme un levier de #transition correspond à une trajectoire d’intensification matérielle. Un gros SUV doté d’une batterie de 100 kWh nécessite environ 5 fois plus de lithium qu’une petite citadine d’une batterie de 20 kWh, de type Renault Twingo, ce qui veut dire que cette montée en gamme des constructeurs européens crée des besoins supplémentaires en lithium pour des modèles haut-de-gamme uniquement destinés aux foyers les plus aisés.
La destination finale du lithium d’Echassières de ce point de vue cristallise les critiques. Il s’agissait même d’une des premières questions posées aux représentants d’Imerys lors de l’ouverture du débat public le 11 mars. À la question d’un membre de l’association StopMine03, « Pouvez-vous vous engager à ce que cette production de lithium ne soit pas engagée dans un circuit de consommation qui soit celui des véhicules SUV ? », Imerys répond qu’elle ne peut prendre un tel engagement.
Et c’est bien normal, Imerys est une entreprise minière qui tente de se diversifier dans le lithium. Attribuer à Imerys la responsabilité de la destination finale du lithium n’a de ce point de vue pas de sens. L’entreprise ne possède pas encore de clients, les prix du lithium sont bas en raison des surcapacités chinoises et elle semble ne pas avoir encore sécurisé de financement privé pour les débuts du projet. Ces difficultés peuvent expliquer dans une certaine mesure la raison pour laquelle le projet, dont le début était initialement programmé pour 2027, a été retardé à 2030.
Les opposants au projet qui se sont manifestés durant le débat ont justement centré leurs critiques sur l’imposition de l’électromobilité individuelle comme horizon collectif désirable, une critique valide mais à laquelle ne peut pas répondre Imerys sur le fonds. Fanny Verax résume très bien cette critique de l’imposition de l’électromobilité individuelle que suppose l’extraction du lithium dans son intervention lors du débat du 4 avril 2024. Elle y dénonce la voiture individuelle comme une « gabegie énergétique et minérale », rappelant que déplacer une à deux tonnes de matière pour transporter en moyenne 100 kg d’humain constitue un gaspillage incompatible avec les limites planétaires. Selon elle, la puissance publique a la responsabilité de « conditionner la relance minière à des objectifs ambitieux de sobriété », faisant de la réduction des usages superflus une condition de la légitimité même du projet. De même, cette trajectoire de montée en gamme qui favorise l’intensification matérielle de l’extraction du lithium est encouragée par les instruments de politique publique qui gouvernent la filière lithium-batterie. On peut citer l’exemple du bonus écologique, une subvention à la consommation française destinée à financer l’achat de véhicules électriques en France. Cet instrument s’applique à des véhicules jusqu’à 2,4 tonnes, ce qui inclut la quasi-totalité des SUV actuellement commercialisés.
Mais ces appels à conditionner l’extraction à des usages sobres du lithium ont pourtant été écartés par les représentants de l’Etat au nom du fonctionnement d’un marché intégré : dans un espace européen de libre circulation, le lithium, les cathodes, les batteries et les véhicules ne sont ni produits ni consommés dans un périmètre national clos, et toute contrainte d’affectation interne heurterait les règles de concurrence et de libre circulation. De même, imposer des limites industrielles à la taille des batteries par exemple reviendrait à invalider la trajectoire stratégique empruntée par les constructeurs automobiles pour concurrencer la Chine.
Si d’aucuns attribuent cette montée en gamme à la réglementation environnementale européenne qui aurait un temps favorisé les véhicules lourds, l’orientation stratégique des constructeurs automobiles européens peut aussi s’expliquer par la difficulté de produire un véhicule électrique abordable compétitif face aux acteurs chinois, de 36000 euros moins cher, en moyenne, que son équivalent européen (Bibra et al., 2022 ; Alochet et al., 2025). À titre d’exemple, 75 modèles de véhicules électriques sont disponibles à moins de 20000 € en Chine, contre un seul en Europe (Transport & Environment, 2024). L’entrée sur le marché électrique par le véhicule de luxe a permis aux constructeurs automobiles européens de retarder la confrontation commerciale avec les constructeurs automobiles asiatiques sur le terrain de la compétitivité-coût, dans la mesure où celle-ci est moins intense pour les produits de luxe que pour les segments de masse. Les OEMs européens ont pu volontairement renoncer à concurrencer les constructeurs chinois sur les segments d’entrée de gamme, où la pression sur les coûts est la plus forte.
Une fuite de lithium en dehors de la filière française ?
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Dans les faits, ce seront donc probablement les acteurs asiatiques disposant de davantage de capacités financières et dominants sur le marché de la cathode qui achèteront le lithium français au moins dans un premier temps. Cela signifie que le lithium extrait en France sera très probablement exporté pour être transformé à l’étranger, c’est-à-dire exactement dans les destinations que le projet prétendait contourner lorsqu’il était justifié par le registre géoéconomique détaillé plus haut. Un projet vendu comme contributeur effectif à la sécurité d’approvisionnement des gigafactories françaises pourrait pour partie servir à alimenter des capacités de fabrication de matériaux actifs de cathodes chinoises.
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Les moyens attribués au développement de la filière lithium en France et en Europe se sont principalement concentrés sur l’aval de la filière (véhicule électrique et batterie), des activités à forte intensité capitalistique certes, mais qui ne peuvent contribuer à la souveraineté prétendue sans un tissu solide de fournisseurs locaux au sein d’une filière lithium domestique.
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La transition ne dépend pas du minerai lui-même, mais de l’organisation sociale et politique qui en autorise les usages : tant que celle-ci demeure guidée par une intensification matérielle et un imaginaire d’abondance, le lithium ne peut pas devenir ce qu’il est censé incarner.




















