• Le drame du #Drac

    Aujourd’hui dans Affaires sensibles, retour sur le drame du Drac. Ou comment en décembre #1995, alors que la France manifeste contre le #plan_Juppé et sa réforme des retraites, six enfants trouvent la mort lors d’une #sortie_scolaire, en Isère.

    Un #accident terrible, dû à un enchainement de circonstances qui désigne de nombreux responsables de la région grenobloise. Mis en cause : l’Éducation Nationale, bien sûr, mais aussi la ville de Grenoble et la direction d’#EDF, qui a ordonné l’ouverture des vannes du #barrage, en amont de la #rivière... précisément là où des enfants effectuaient leur classe de découverte.

    Une véritable onde de choc traverse alors la région... Une région où, immédiatement, chaque corporation se protège et renvoie la #responsabilité sur les autres. Alors, qui a failli dans sa mission ? Et qui ment ? Comment expliquer que cette sortie, qualifiée de « classique », ait pu dégénérer en un tel drame ? Un drame symptomatique de certaines dérives, bien sûr, mais symptomatique aussi de l’évolution de la #justice : avec ses jurisprudences, ses lobbys, ses nouvelles lois, et son système aux vues politiciennes – du moins dans ce cas-là !

    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-mardi-15-novembre-2022-5270851
    #décès #manifestations #grève #France #Alain_Juppé #montée_des_eaux #podcast #audio

    • Il y a vingt ans, sept morts lors de la #tragédie du Drac

      Le 4 décembre 1995, une classe de CE1 de l’Externat Notre-Dame, une école privée de Grenoble, effectue une sortie verte dans le lit du Drac, à #Saint-Georges-de-Commiers, à une quinzaine de kilomètres de Grenoble. Un #lâcher_d’eau pratiqué par EDF sur un barrage en amont surprend le groupe : six enfants de sept ans et une accompagnatrice trouvent la mort.

      Ils étaient venus observer les castors dans le lit du Drac, mais un terrible concours de circonstances a transformé cette sortie de classe verte en tragédie : il y a vingt ans jour pour jour, six enfants âgés de sept ans et une accompagnatrice ont péri lorsqu’une subite montée des eaux du Drac a emporté le groupe, sur la commune de Saint-Georges-de-Commiers. Vécu comme un véritable #traumatisme national, ce drame a entraîné d’importantes répercussions dans l’organisation des #sorties_scolaires en France, de nombreux manquements liés à la préparation de la sortie et à son encadrement ayant été pointés au cours de l’enquête et, plus tard, devant la justice. In fine, seuls des responsables d’EDF ont été condamnés.
      Une scène de pure terreur

      Le 4 décembre vers 16 h 15, les 22 enfants de cette classe encadrés par leur institutrice et une accompagnatrice de la Ville de Grenoble, exploraient les rives du Drac lorsque des techniciens d’EDF ont ouvert les vannes du barrage situé cinq kilomètres en amont, à Notre-Dame-de-Commiers.

      Une dizaine d’enfants sont parvenus à s’enfuir sur le chemin qui longe la rive droite de la rivière. L’institutrice et six autres élèves ont quant à eux pu se réfugier sur un monticule situé sur un ilôt. Les autres, au cours d’une scène de pure terreur, ont été emportés par la vague. Alors que la nuit était déjà tombée et que d’importants secours terrestres convergeaient vers les lieux de la catastrophe, un hélicoptère de la Sécurité civile est parvenu à treuiller les enfants et l’institutrice depuis l’ilôt et à les déposer en lieu sûr. Peu après, les corps de deux enfants et de l’accompagnatrice étaient localisés, les sapeurs-pompiers et le Samu tentant, en vain, de les ranimer.

      « Je l’ai serré très fort et j’ai pleuré »

      Le lendemain, dans le lourd silence de l’aube, les plongeurs se sont immergés dans les eaux grises de la rivière pour tenter de localiser les quatre enfants disparus. Gilles Rondelli, sapeur-pompier à Grenoble, était parmi eux. Interrogé par le Dauphiné Libéré en 2007 (1 ), il évoquait la pire expérience de sa carrière : « Nous savions bien que l’espoir était infime de retrouver vivant ne serait-ce que l’un des petits. Après le passage de la vague, il restait une vaste mare. La logique voulait que les enfants soient là. Nous ne les avons pas trouvés le matin et nous avons continué jusqu’au Pont-Rouge à Pont-de-Claix. En fin de matinée, nous sommes remontés à Saint-Georges-de-Commiers à pied. Vers 13 heures, nous avons décidé de reprendre tout depuis le début. Et c’est bien dans la vaste mare que nous avons trouvé les quatre enfants. Le soir, je suis entré dans la chambre de mon bébé, âgé de quatre mois. Je l’ai serré très fort et j’ai pleuré ».

      Vingt ans plus tard, les opérations de secours restent gravées dans l’esprit de tous ceux qui y ont participé. Mais que dire de la détresse absolue des parents des victimes accourus le soir du drame à la salle polyvalente de Saint-Georges-de-Commiers, et attendant que les autorités communiquent la liste des enfants décédés…

      Par la suite, la longue litanie des #procès en première instance, en appel et en cassation, s’est prolongée jusqu’en 2002. Deux responsables d’EDF ont été condamnés à des peines d’emprisonnement avec sursis, l’institutrice et la directrice de l’école étant relaxées en dernier ressort. L’affaire a même introduit la notion de délits non intentionnels commis par des personnes morales, la Ville de Grenoble étant d’ailleurs condamnée, puis relaxée, dans cette affaire.

      Vingt ans après la catastrophe, le temps a effacé les traces de cette longue bataille judiciaire. Reste le souvenir des enfants du Drac, morts un soir de décembre en allant voir les castors.

      (1 ) Soixante ans de faits divers. Editions du Dauphiné Libéré, novembre 2007

      https://www.ledauphine.com/isere-sud/2015/12/04/il-y-a-vingt-ans-sept-morts-lors-de-la-tragedie-du-drac

    • Effets pervers

      Souvenez-vous : le 4 décembre 1995, 6 enfants et leur accompagnatrice, en sortie pédagogique, furent noyés suite à un violent lâché d’eau d’EDF au barrage de Notre-Dame-de-Commiers.

      Le procès de juin dernier avait été accablant pour EDF, et le procureur avait requis deux ans de prison avec sursis et 50 F d’amende pour trois cadres de cette entreprise. Il avait également réclamé des peines de prison avec sursis pour l’institutrice et deux responsables de l’Education nationale, ainsi qu’une amende de 100.000 F pour la Ville.

      Le tribunal correctionnel, dans son jugement du 15 septembre, condamne l’institutrice à 18 mois de prison avec sursis, et les trois cadres d’EDF à un an de prison avec sursis et à des peines d’amende. L’amende de la Ville a été confirmée. Les responsables de l’Education nationale sont relaxés, ainsi que la directrice de l’externat Notre Dame.

      Quelles ont été les réactions depuis juin dernier ?

      Les parents des enfants ont trouvé les sanctions requises insuffisantes.

      EDF a multiplié les opérations de séduction auprès des journalistes, en nommant un attaché de presse au moment du procès, puis en prodiguant dans les journaux des conseils de prudence aux promeneurs (cf. Le Dauphiné Libéré des 3 et 4 septembre), en s’offrant les services d’une agence de relations publiques lyonnaise (cf. Marianne du 23 juin).

      Et le préfet de l’Isère ? Il a décidé le 4 juillet de fermer le site du Drac aux activités de loisir. Le site a en outre été défiguré, la végétation rasée sur 140 ha à coups de tronçonneuse (coût : 15 M.F.). D’affreuses souches lui donnent un aspect de vestige de cataclysme. 142 km le long de 7 rivières ont été interdits au public. A la suite de protestations locales, les 142 km interdits ont été ramenés à 118 pour permettre certaines activités de loisir estivales bénéfiques à l’économie de la région : kayak, pêche...

      Il s’agit bel et bien là d’une confiscation du domaine public au profit d’EDF. Car n’oublions pas que l’on ne peut imputer ce tragique accident aux caprices du Drac : il n’est pas dû à une catastrophe naturelle et il aurait suffi qu’EDF suive les procédures d’alarme normales pour l’éviter. Le site du Drac, classé pour sa richesse en faune et flore, constituait une promenade superbe et toute proche pour les grenoblois. Cet aspect aurait dû être pris en compte par le préfet.

      Alors, pourquoi pénaliser les enfants des écoles en sortie pédagogique, les promeneurs du samedi, du dimanche et des autres jours, ainsi que les pêcheurs de rivière ?

      Ils ne sont en rien responsables, et devraient avoir le droit de profiter de ce site qui leur appartient, et non à EDF, ni au Préfet.

      Geneviève Jonot

      https://www.ades-grenoble.org/ades/presse/rv/RV61/rv61-drac.html

  • Côte d’Ivoire : depuis le début de l’année, 670 Ivoiriens ont été rapatriés depuis le Maghreb et le Niger - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72047/cote-divoire--depuis-le-debut-de-lannee-670-ivoiriens-ont-ete-rapatrie

    Côte d’Ivoire : depuis le début de l’année, 670 Ivoiriens ont été rapatriés depuis le Maghreb et le Niger
    Par La rédaction Publié le : 24/06/2026
    Depuis le début de l’année, 670 migrants ivoiriens sont rentrés dans leur pays d’origine depuis les pays du Maghreb et du Niger, selon le responsable de la direction générale des Ivoiriens de l’extérieur (DGIE). Des retours souvent motivés par les conditions de vie délétères des migrants en Tunisie notamment.
    Environ 670 migrants ivoiriens en provenance du Maghreb ont bénéficié de « retours volontaires » pour rentrer en Côte d’Ivoire depuis le début de l’année 2026, a indiqué mardi 23 juin à Abidjan, Mathieu Bouabré, un responsable de la direction générale des Ivoiriens de l’extérieur (DGIE).
    Selon ce dernier, ces retours se sont effectués en cinq vagues successives depuis janvier, avec une majorité de migrants provenant de pays du Maghreb - Tunisie, Algérie et Maroc - ainsi que du Niger.
    Parmi eux se trouvaient des hommes, des femmes et des enfants. « Il y a [...] même des bébés qui accompagnent leurs parents », a-t-il précisé. Entre 2022 et 2025, près de 8 700 migrants ivoiriens sont rentrés chez eux avec l’appui de l’Organisation internationale des migrations (OIM), selon RFI. Un tiers d’entre eux sont revenus de Tunisie.
    Beaucoup d’Ivoiriens demandent à rentrer au pays à cause de leurs conditions en Tunisie, notamment à Sfax, dans le centre-est du pays, où ils subissent la politique anti-migrants du gouvernement de Kaïs Saïed. Depuis février 2023, date d’un discours présidentiel virulent, le chef de l’État tunisien a multiplié les restrictions pour pousser les migrants hors du pays. On estime que le nombre de migrants irréguliers en Tunisie se situe entre 20 000 et 25 000, d’après les chiffres des ONG.À Tunis, d’ailleurs, le programme de « retour volontaire » mis en place en juillet 2025 par les autorités - sans le concours de l’ONU - s’est intensifié avec des vols quasi journaliers. Près de 5 000 migrants sont retournés dans leur pays d’origine via ce programme en un an.De nombreux retours sont aussi organisés depuis le Niger car le pays est un carrefour migratoire sur la route vers l’Europe. Mais de nombreux exilés restent bloqués dans ce pays et survivent dans des conditions difficiles. Ils finissent par demander un « retour volontaire ».
    Face à ces flux de retours, l’État ivoirien a mis en place un dispositif d’accueil dès l’arrivée à l’aéroport, incluant des opérations de « profilage » impliquant plusieurs structures, notamment les services de sécurité, les ministères techniques et les services sociaux. Ce mécanisme vise à évaluer les besoins des migrants et à faciliter leur réintégration socio-économique.Les autorités ivoiriennes envisagent également la mise en place d’un guichet unique dédié aux migrants de retour. Ce dispositif permettra de centraliser les données, grâce à un système d’identification reposant sur un numéro unique, afin d’assurer un meilleur suivi des bénéficiaires.
    Une fois rapatrié, les migrants, fragiles et polytraumatisés, devront se réinsérer. Une étape qui peut s’avérer difficile car certains sont rejetés par leur famille, d’autres supportent mal l’échec de leur exil.
    Rencontrée par InfoMigrants à Abidjan en mars 2025, Reine a vécu cette mauvaise expérience . Après huit années passées en Tunisie, cette Ivoirienne, mère de trois enfants, n’a reçu que le mépris de sa famille à son retour : « Ça n’a pas été facile. J’ai été rejetée, je n’ai pas eu l’accueil que j’aurais voulu avoir... ».De manière générale, « les Ivoiriens qui rentrent au pays sont dans un état psychique très compliqué. Beaucoup ont subi des sévices, ont été victimes de traite, ont été réduits en esclavage », détaillait aussi en mars 2025, Stéphane Guéla, chargé du programme réintégration de l’OIM à Abidjan

    #Covid-19#migration#migrant#cotedivoire#tunisie#algerie#tunisie#rapatriement#sante#santementale#OIM#trauma

  • Des cunnilingus imposés à une enfant ne sont pas un viol : la cour d’appel de Paris persiste dans « l’archaïsme » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/100426/des-cunnilingus-imposes-une-enfant-ne-sont-pas-un-viol-la-cour-d-appel-de-

    Mise en garde

    Cet article fait état de violences sexuelles sur une enfant.

    En décembre 2025, dans un tribune publiée dans L’Humanité, des personnalités féministes, parmi lesquelles Emmanuelle Piet, du Collectif féministe contre le viol, Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes, ou encore Céline Piques, d’Osez le féminisme, avaient appelé la chambre de l’instruction à rendre une « décision déterminante » pour affirmer qu’un cunnilingus imposé est bien un viol.

    « Pénétrer la vulve ne suffirait pas à caractériser un viol. Cette interprétation restrictive du sexe féminin opère une mutilation symbolique : une excision judiciaire. Elle nie l’anatomie réelle des femmes pour ne retenir que ce qui sert au plaisir des hommes ou à la procréation », soulignaient ces militantes. « Un cunnilingus forcé […] répond parfaitement à la définition légale du viol. Prétendre le contraire, c’est effacer le corps des femmes du droit pénal », insistaient-elles aussi, demandant de « revenir sur une jurisprudence indigne ».

    (...)

    Le cas de Daphné n’est pas concerné par cette loi de 2021, puisque les faits dénoncés sont antérieurs. Paradoxalement, l’amendement censé éclaircir une bonne fois pour toutes les choses a été pris au pied de la lettre par les magistrats, qui considèrent que les cas de cunnilingus imposés antérieurs à 2021… ne constituent pas des viols. « C’est révoltant et rageant. La loi a eu l’effet inverse à celui escompté pour les victimes », analyse la plaignante. « La loi du 21 avril 2021 a visé précisément à contrecarrer cette jurisprudence profondément patriarcale en sanctuarisant les actes bucco génitaux dans la définition du viol. C’est donc un parfait contresens de considérer qu’ils doivent en être exclus lorsqu’ils sont antérieurs à son entrée en vigueur », estime son avocate.

    #patriarchie #viols #enfance_brisee #justice_archaïque #france_2025 #revenez_dans_300_ans

    https://justpaste.it/m61wz

  • #Réfugiés_climatiques... britanniques...

    Les maisons que vous voyez au premier plan sont celles des premiers « #déplacés_climatiques » britanniques. Seize maisons rachetées pour 3 millions d’euros dans une rue devenue inhabitable.

    Dans ces maisons on trouve une quarantaine de personnes, toutes ou presque traumatisées par la #tempête_Dennis en 2020, certains racontent avoir frôlé la mort, bloqués dans leur maison. #Partir est un #traumatisme évidemment mais personne ne se fait prier.

    Pendant 5 ans l’autorité de régulation des #inondations du #Pays_de_Galle a étudié différents scénarios pour ces maisons : élargir le lit de la rivière, construire une mur plus haut. A la fin aucune de ces options n’a été jugé pertinente sur le plan économique, les habitants de la rue étaient à la fois soulagés de voir les experts arriver à une conclusion et se sont dit « tout ça pour ça ».

    Donc on va racheter les maisons et ils pourront refaire leur vie ailleurs. Trois millions d’euros en tout, un peu moins de 200 000 euros par maison. Est-ce que c’est beaucoup ? C’est une histoire d’échelle.

    L’affaire a été gérée au niveau du « bourough » qui compte 230 000 habitants, c’est à peu près l’équivalent de la Mayenne ou de l’Aube en France. Donc ils peuvent trouver 3 millions d’euros, d’ailleurs ils rappellent que les dégâts de la tempête Dennis ont couté environ 150 millions d’euros de réparations sur les infrastructures donc c’est somme toute finançable 3 millions.

    Mais on parle seulement de 16 maisons, des 40 premiers déplacés climatiques du pays, un peu comme on a eu Blendecques en France. L’histoire nous apprend qu’ensuite est venu Treffiagat et puis Miquelon, cette fois-ci à l’échelle d’un village.

    Au fait il s’appelle comment ce village du Pays de Galles ? C’est là que les choses se corsent, on dirait un mot compte triple au Scrabble : #Ynysybwl

    Alors on va retenir le nom de la rue : Clydach Terrace. C’est ici que début 2026 on a dit à une quarantaine de personnes qu’ils allaient devoir partir. Que la rivière était trop dangereuse dans un climat déréglé et que plus personne ne pourrait habiter là.

    https://www.linkedin.com/posts/antoinepoincare_les-maisons-que-vous-voyez-au-premier-plan-activity-742701
    #migrations #déplacés_internes #IDPs #UK #Angleterre #inhabitabilité

  • Migrants africains : « Ces personnes font face à de la violence institutionnelle et psychique », selon une psychologue - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69737/migrants-africains--ces-personnes-font-face-a-de-la-violence-instituti

    Migrants africains : « Ces personnes font face à de la violence institutionnelle et psychique », selon une psychologue
    Par RFI Publié le : 10/02/2026
    Les drames liés à la migration africaine, et particulièrement la migration irrégulière, font souvent la une des journaux sur le continent. On ne compte plus les témoignages de personnes de retour dans leur pays, soit rapatriées, soit secourues en mer, dans le désert ou issues d’autres routes migratoires. Mais on parle rarement de toutes celles et ceux qui parviennent à rejoindre l’Europe, notamment la France, et arrivent très traumatisés par leur voyage. À Bobigny, tout près de Paris, l’hôpital Avicenne reçoit des migrants atteints de graves troubles psychiques liés à leur parcours d’exil. La psychologue clinicienne française Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky travaille au centre psychiatrique de l’hôpital. Elle est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané.

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#santementale#violence#trauma#routemigratoire

  • Le #Conseil_de_l'Europe #critique l’#externalisation des procédures d’asile

    Le Conseil de l’Europe estime que le #renvoi de migrants vers des #pays-tiers pour y traiter leur demande de protection présente de nombreux #risques.

    Michael O’Flaherty, Commissaire aux droits de l’homme au Conseil de l’Europe, a récemment déclaré dans un communiqué que la perspective d’envoyer des demandeurs d’asile vers des pays tiers pouvait entraîner « un #traumatisme grave et des #souffrances prolongées ».

    Ce commentaire fait suite à un projet de loi actuellement en discussion au sein de l’UE pour donner à ses États membres davantage de pouvoirs pour refuser d’accueillir un demandeur d’asile si ce dernier peut être envoyé dans un autre pays considéré comme sûr.

    Cette disposition des « #pays-tiers_sûrs » viendrait étoffer le nouveau #Pacte_européen_sur_l'immigration_et_l'asile, qui a été signé l’année dernière. Sa mise en oeuvre est en cours et doit être transcrite dans le droit national des pays de l’UE d’ici juin 2026.

    La gestion migratoire, un thème devenu une priorité pour l’UE

    En attendant, des amendements pourraient donner le droit aux Etats d’envoyer des demandeurs d’asile vers des pays tiers avec lesquels ils n’ont que peu ou pas de liens.

    Certains gouvernements y voient un moyen de #dissuasion pour lutter contre l’immigration clandestine.

    Une personne pourrait par exemple être renvoyée vers un pays sûr parce qu’elle y avoir fait escale dans un aéroport ou parce qu’elle y a séjourné avant d’atteindre l’UE.

    Cette dispositions s’étendrait également aux cas de mineurs non accompagnés, qui jusqu’à présent étaient exemptés des mesures d’expulsion dans toute l’UE.

    Des #accords avec des pays tiers

    Michael O’Flaherty, du Conseil de l’Europe, y voit le risque d’exposer des demandeurs d’asile à la torture, à la détention arbitraire et de mettre leur vie en danger.

    Le Conseil de l’Europe a exhorté à plusieurs reprises les gouvernements européens à prendre en considération les préjudices que ces renvois pourraient causer, notamment « un accès limité à l’aide juridique et des garanties de protection incertaines ».

    Le Conseil souligne par ailleurs que l’idée d’expulser des migrants dans le cadre d’accords de coopération avec des pays tiers soulève des questions éthiques. Il appelle les États membres à « respecter leurs obligations en matière de droits de l’homme et de démocratie ».

    L’exemple américain

    Dans sa déclaration, le Conseil de l’Europe compare également la direction prise par l’UE aux politiques controversées de l’administration de Donald Trump. Les Etats-Unis expulsent désormais des personnes en situation irrégulière vers des pays tiers aussi éloignés que le Soudan du Sud, l’Eswatini, le Salvador et le Rwanda. Or la plupart de ces personnes n’ont aucun lien avec ces pays de destination.

    En Europe, la déclaration fait également référence à la tentative avortée du #Royaume-Uni d’externaliser une partie de son système d’asile vers le #Rwanda. L’ambition a finalement été abandonnée l’année dernière après l’arrivée au pouvoir des du parti travailliste.

    Le texte cite également les efforts controversés de l’#Italie pour envoyer des demandeurs d’asile en #Albanie, qui n’est pas un pays membre de l’UE. Sous la Première ministre d’extrême-droite Giorgia Meloni, l’Italie a ouvert deux centres d’asile en Albanie afin de traiter les demandes d’une partie des migrants secourus par les garde-côtes italiens dans les eaux internationales.

    La justice italienne s’est opposée à la démarche et les deux centres peinent à fonctionner. Le gouvernement italien entend malgré tout poursuivre son projet en adaptant son arsenal législatif sur l’asile et la liste des pays d’origine considérés comme sûrs.

    D’autres pays de l’UE, tout comme le Royaume-Uni « ont manifesté leur intérêt pour cette approche », souligne également la déclaration..

    L’influence limitée du Conseil de l’Europe

    Les questions soulevées par le Conseil de l’Europe n’ont toutefois aucune incidence directe sur l’UE.

    Alors que l’Union européenne est une entité politique et économique qui compte actuellement 27 États membres, le Conseil de l’Europe est un organisme totalement distinct qui réunit 46 pays. Son rôle est de défendre les droits de l’homme et la démocratie. Il ne peut, dans la pratique, qu’émettre des recommandations.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/67135/le-conseil-de-leurope-critique-lexternalisation-des-procedures-dasile

    #asile #migrations #réfugiés #return_hubs

    –-

    ajouté à la métaliste sur les tentatives de différentes pays européens d’#externalisation non seulement des contrôles frontaliers (https://seenthis.net/messages/731749), mais aussi de la #procédure_d'asile dans des #pays_tiers :
    https://seenthis.net/messages/900122

  • #Payer_la_terre. À la rencontre des premières nations des #Territoires_du_Nord-Ouest_canadien

    En 2015, Joe Sacco s’est rendu par deux fois dans les territoires du Nord-Ouest du Canada, au-dessous de l’Arctique. Il est allé à la rencontre des Denes, un peuple autochtone. L’auteur nous raconte l’histoire de ce peuple, ses traditions, restées intactes pour certaines, les premières rencontres avec les Anglais.
    Pendant longtemps, les peuples indigènes du Grand Nord, vivant sur des terres non propices à la colonisation agricole, restèrent livrés à eux-mêmes, jusqu’à ce que la découverte de pétrole et d’or incite le gouvernement à officialiser son autorité sur eux, comme sur leurs terres. À cette période, les autorités s’appropriaient les territoires, non plus par les massacres, mais cliniquement, méthodiquement, et de façon administrative – grâce à des traités.
    En lisant ceux-ci, on n’échappe pas à l’impression que les « Indiens » ont donné la terre où ils vivaient en échange de la promesse d’une annuité de quelques dollars, de quelques outils et de médailles pour ceux qui se disaient leurs chefs. Aujourd’hui, la fracturation hydraulique ajoute la pollution à la spoliation initiale.

    https://www.futuropolis.fr/9782754818551/payer-la-terre.html
    #BD #livre #bande-dessinée
    #Joe_Sacco #Canada #peuples_autochtones #Dene
    #nature #forêt #nomadisme #environnement #montagne #animaux #humilité #fracturation_hydraulique #fracking #pétrole #Territoires_du_Nord-Ouest #industrie_pétrolière #Compagnie_de_la_Baie_d'Huston #extractivisme #conflits #résistance #travail #alcoolisme #drogue #alcool #argent #éducation #champs_pétroliers #exploitation_minière #développement #gaz_naturel #Sahtu #Mackenzie_Valley_Land_and_Water_Board #missionnaires #Eglise_catholique #religion #spiritualité #communauté #mines #uranium #ski-doo #fourrures #or #Traité_8 #Traité_11 #René_Fumoleau #oralité #tradition_orale #Wunk_Sheek #Fraternité_indienne_des_Territoires_du_Nord-Ouest #Denedeh #affaire_Paulette #François_Paulette #justice #combat_juridique #gazoduc #prise_de_conscience #identité #Fort_Simpson #Nation_dene #diamants #prospection #droits_miniers #accords_territoriaux #quantum #autonomie_gouvernementale #Fraternité_indienne #logement #harcèlement_policier #Hire_North #Accord_tlicho #colonisation #sédentarisation #genre #langue #violence_domestique #maltraitance #abus_sexuels #suicide #scolarisation #évangélisation #pensionnats #assimilation #acculturation #pensionnats_autochtones #christianisation #châtiments_physiques #commission_de_vérité_et_conciliation #viols #travail_salarié #excuses #génocide_culturel #souffrance #traumatisme #dédommagement #inceste #colère #déculturation #parentalité #Trout_lake #aides_sociales #revendication_territoriale #différend_territorial #Colombie-Britannique #Yukon #Fort_Liard #mer_de_Beaufort #Inuvik #racisme #identité #violence_relationnelle #Dene_Nahjo #Idle_No_More #déracinement #capitalisme #genre #dépossession #mine_Giant #complexe_d'infériorité

    • ’My work is not finished’ : #François_Paulette named officer of Order of Canada

      Denesuline elder has long advocated for Indigenous and treaty rights

      Denesuline Elder François Paulette has many accomplishments under his belt. He’s an educator, activist, spiritualist, father, grandfather, former chief, and a traditional knowledge holder.

      Now he can add one more title to his name — officer of the Order of Canada.

      The national order recognizes people who have made extraordinary contributions to the country. Paulette is among 120 people — six from the North — who are being honoured this year. He is being recognized for his longtime contributions to treaty and Indigenous rights and his promotion of circumpolar health research.

      “My biggest job has always been protecting the Earth and the water. And that’s always for the future of the children. And also the rights of Indigenous people, treaty rights,” he said.

      But Paulette, who is a member of the Smith’s Landing First Nation, said he’s not one for medals and awards. When he learned he was an Order of Canada recipient, he said he had to think about whether or not to accept the honour. He ultimately decided to do it for his 10 grandchildren.

      “It’s not in my blood to get recognition, at least from the Canadian government or the Crown for the work I’ve done, because my work is all about protecting Mother Earth and working on rights of Indigenous people,” he said.

      For Paulette, one of his proudest accomplishments is moving back to his home community where he and his wife built a log home and raised their children in a contemporary-traditional lifestyle.

      “It was a sense of renewal for me,” he said.

      Paulette was born in April 1949, near Fort Fitzgerald, Alta, and lived there until his community was relocated to Fort Smith, N.W.T., by the federal government beginning in 1959.

      Paulette said he’s also proud of his work negotiating outstanding Crown treaty obligations.

      In 1969, Paulette was one of the founding members of the Indian Brotherhood of the Northwest Territories — renamed the Dene Nation in 1978 — which was formed in opposition to The White Paper. That federal document proposed terminating existing treaties and assimilating Indigenous people in Canada.

      A turning point for the Dene

      In 1971, Paulette became the youngest chief in the territory at that time. The following year, he was part of the Paulette Case, something he said was a “turning point for the Dene.”

      In that case, Paulette and 16 other chiefs from the Mackenzie Valley, challenged the Canadian government to recognize Indigenous title to over 1,165,494 square kilometres of land in the N.W.T. They filed a caveat arguing the Dene didn’t surrender their rights or land when they signed Treaty 8 and Treaty 11 and sought to prevent construction of the proposed Mackenzie Valley Gas Pipeline.

      In 1973, Supreme Court Justice William Morrow ruled that the chiefs had established a case for claiming rights to the land. While the ability to register the caveat was overturned by the Supreme Court of Canada, Morrow’s findings regarding Indigenous rights were upheld. The case also helped prompt the Berger Inquiry, which led to a moratorium on the proposed gas pipeline.

      “I think that turned the page of how the Dene were to begin to negotiate … Canada’s outstanding obligation to the First Nations,” Paulette said.

      Paulette said he is also proud to have been one of the delegates that travelled to Geneva, Switzerland, in 1977, to begin talks that led to the United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples.

      “That was nice to see that eventually unfold and be recognized by the world.”

      Since then, Paulette has been involved with the Institute for Circumpolar Health Research and is now an adjunct professor at the University of Alberta’s School of Public Health. He has also travelled around the globe speaking to people about Indigenous and treaty rights, spiritualism, healing and environmental protection.

      “If this little token of, this Order of Canada can elevate my profile, I will continue,” he said. “My life in that way is not going to change, my work is not finished.”

      Paulette will be honoured by the Order of Canada at a ceremony in Ottawa later this year.

      https://www.cbc.ca/news/canada/north/francois-paulette-order-of-canada-1.5413265

  • À #Madagascar, le calvaire d’un peuple forcé à la #migration_interne

    La #famine a poussé 90 000 personnes dans une immense migration interne à Madagascar depuis 2018. Les racines de cette crise remontent à la période de la #colonisation française, dénonce Amnesty International.

    « Les personnes sensibles se sont évanouies. C’était absolument déchirant, témoigne Manome [1]. Nous sommes restées sans nouvelles de plusieurs de nos enfants pendant des jours. Nous les avons retrouvés, errant dans la savane. » Amnesty International a dévoilé le 30 juillet un rapport documentant le sort d’habitants de Madagascar, contraints par la #crise_climatique à quitter leurs terres ancestrales.

    Pour fuir les famines, imputables aux #sécheresses à répétition, près de 90 000 personnes vivant à l’extrémité sud de l’État insulaire — l’un des dix plus pauvres du monde — ont entrepris une migration de 1 500 km vers le nord, entre 2018 et 2024. Parmi elles figure une grande majorité d’#Antandroy, un peuple qui occupe cette région de l’île. À leur arrivée, elles sont confrontées à un dénuement extrême : famine, droits humains bafoués et #expulsions_arbitraires. Les travaux des chercheurs décrivent les multiples #traumatismes engendrés par ce périlleux voyage, mais aussi les responsabilités historiques de la France dans cette crise.

    Crise humanitaire causée par les colons

    De 1924 à 1929, l’administration coloniale française a organisé l’introduction de cochenilles sur l’île. Autrefois nommés « poux des plantes », ces insectes sont des parasites affaiblissant leurs hôtes végétaux en aspirant leur sève. Et c’était là tout l’objectif des colons : éradiquer Opuntia monacantha, un cactus couvrant alors 40 000 hectares de terres.

    Résistante à la sécheresse, cette plante offrait aux Antandroy de quoi se nourrir et leur apportait de précieuses ressources en eau. Répercussions immédiates : dès 1930, une crise humanitaire — baptisée kéré, littéralement « affamé jusqu’à la mort » dans le dialecte antandroy — a frappé le territoire.

    « En avril, Emmanuel Macron est venu à Madagascar annoncer la création d’une commission d’historiens sur les atrocités commises par l’armée française pendant l’insurrection de 1947, note Nciko Arnold, chercheur ayant participé à l’élaboration de l’étude. Mais rien n’a été dit sur les répercussions encore actuelles de la politique coloniale. Il doit mettre en place une justice réparatrice pour les préjudices causés aux Antandroy. »

    Bientôt un siècle plus tard, cette politique coloniale continue d’affaiblir la résilience du peuple face au changement climatique. Les chercheurs ont dénombré depuis quatorze autres épisodes de grande famine, la dernière en date en 2021. « La migration des Antandroy, observée aujourd’hui, puise ses origines profondes dans les agissements du régime colonial français, qui ont contribué à les rendre plus vulnérables aux sécheresses », déplore auprès de Reporterre Nciko Arnold.
    Relations sexuelles contraintes

    Pour mieux cerner le vécu des victimes, une équipe d’Amnesty International a interrogé 122 Antandroy déplacés. Leur récit peint le sombre tableau d’un voyage aux mille souffrances. N’ayant souvent pas suffisamment d’argent pour s’offrir un ticket de bus, beaucoup ont dû s’endetter, vendre leurs biens, voire s’arrêter en chemin pour dénicher un emploi éphémère, quitte à dormir à la rue ou dans la forêt le temps de l’escale.

    Lia, désormais habitante du nord de l’île, a expliqué aux auteurs avoir été contrainte à des relations sexuelles avec des conducteurs en échange d’un laissez-passer. Un homme de 48 ans, Masoandro, témoigne lui avoir négocié une place à bord d’un bus en échange des services de son fils comme gardien de troupeau. Un an de labeur pour s’acquitter de la somme de 220 000 ariary — l’équivalent de 43 euros. « Mon fils l’a fait car il n’avait pas le choix, étant donné que le chauffeur avait menacé de nous faire emprisonner si la dette n’était pas remboursée. »

    L’arrivée dans le Boeny, dans le nord-ouest du pays, n’a pas signé pour eux la fin du cauchemar. Les pouvoirs publics n’ont accordé aux populations déplacées aucune aide, y compris pour tenter d’accéder à des terres productives. « Toutes ont déjà été allouées à la population locale », s’est défendu auprès d’Amnesty International le gouverneur, Mokhtar Andriantomanga.

    À la place, entre avril et juillet 2021, les autorités ont expulsé de force les Antandroy parvenus à se bâtir un logis de fortune et à cultiver quelques terres sur une zone destinée à un programme de reboisement, en lisière du parc national Ankarafantsika. Des pratiques contraires au droit à disposer d’un logement convenable, déplore Amnesty International.

    Aujourd’hui âgée de 28 ans, Betro se remémore l’instant où les gendarmes ont débarqué brutalement dans l’église où la femme enceinte de neuf mois était en train de prier. « À ce moment-là, sous le choc de les voir, j’ai accouché et puis j’ai fui, dit-elle. Le cordon ombilical n’avait même pas encore été coupé… L’État n’a rien fait [pour nous]. Ils se sont contentés d’arrêter des gens. »

    Mère de douze enfants, Fahihira, impuissante, a observé les gendarmes éventrer sa case avec un pied-de-biche avant de l’incendier. « Ils m’ont frappé à la poitrine avec un morceau de bois, dit Fitataha, 30 ans. Je n’ai pas saigné de la poitrine, mais ma bouche a rendu du sang pendant une semaine. » « Nous avions peur pour nos vies », confirme Jiro, mère de six enfants.
    Prison à ciel ouvert

    Certains Antandroy ont aujourd’hui trouvé refuge sur un site construit pour accueillir les exilés. « Une prison à ciel ouvert », déplore Amnesty International. L’étanchéité médiocre des murs des 33 petites cases laisse pénétrer la pluie, le vent et la chaleur écrasante. Les conditions de vie y sont dégradantes ; l’eau potable, la nourriture et les installations sanitaires manquent.

    « Nous n’avons pas de semences pour cultiver et pas de zébus. Nous n’avons pas non plus d’outils agricoles, dit Marandrano, l’un des premiers arrivants. La terre ne vaut rien, elle n’est pas fertile. Nous avons essayé de planter, mais quand les racines commencent à s’étendre, le sol se craquelle et les plantes meurent. »

    Lors de la saison des pluies, le fleuve Kamoro, situé à proximité, déborde. « Le site se retrouve encerclé par des eaux infestées de crocodiles, coupé des services essentiels comme les marchés, les pharmacies, les hôpitaux et les écoles », écrivent les auteurs.

    « Si on tombe malade, c’est la mort, car on ne peut pas traverser la rivière, témoigne Mandry, mère de huit enfants. Nous n’avons pas assez d’argent pour payer la pirogue. » Le prix de la traversée s’élève à 1 000 ariary (20 centimes d’euro). Cela correspond approximativement à ce que les habitants peuvent espérer gagner pour une journée de travail complète, à vendre du charbon ou faire des lessives.
    Femmes et enfants en première ligne

    Sans solution, la plupart des habitants choisissent de traverser la rivière sans pirogue, bien que peu d’entre eux sachent nager. Certains marchent jusqu’à quatre heures, le long du cours d’eau, dans l’espoir de dénicher un endroit moins profond. Tea, elle, essaie de supplier les piroguiers de l’embarquer sans frais.

    Avant de fuir ses terres natales, sous le poids de la famine, Falala cultivait des champs pour subvenir aux besoins des siens. Aujourd’hui, ses filles et elle tentent de vivre de la pêche, malgré les dangers : « L’eau est trop profonde, nous n’avons pas pied, dit-elle. Une personne a été tuée par un crocodile, une autre est morte noyée. »

    En janvier, une nouveau-née, appelée Anakaondry, est morte : sa mère, trop affaiblie par la faim et la soif, ne parvenait plus à l’allaiter. Les femmes et les enfants sont les premières victimes de ces conditions de vie insupportables, rapporte Amnesty International, qui dénonce les violations des droits humains commises par l’État malgache. En dépit de ces terribles témoignages, les autorités locales estiment à une centaine le nombre d’Antandroy débarquant chaque semaine sur le territoire.

    https://reporterre.net/A-Madagascar-le-calvaire-d-un-peuple-force-a-la-migration-interne
    #IDPs #déplacés_internes #responsabilité #France #crise_humanitaire #sécheresse #cochenilles #Opuntia_monacantha #cactus #kéré #politique_coloniale #climat #changement_climatique #Boeny #reboisement #Ankarafantsika #fleuve_Kamoro

  • « Vous êtes tous racistes » : la colère antiraciste au sein du mouvement écologiste

    Les mouvements antiracistes et décoloniaux ont exprimé leur déception avec colère au festival #Les_Résistantes. Les collectifs écologistes doivent se « déblanchiser », au risque de ne jamais voir leur alliance se concrétiser.

    « OK, stop. » Les Résistantes, le festival de rencontres des #luttes locales et globales qui se tenait du 7 au 10 août, ont réellement commencé lors de la cérémonie de clôture. Sur scène, une dizaine de militants racisés, la voix tremblante d’émotion et de colère. Sur l’herbe, les festivaliers, des personnes blanches pour la quasi-totalité, dans un silence de plus en plus chargé.

    « On a tous fait le même constat : on est fatigués, on est tristes et en #colère, parce qu’on a vécu beaucoup de #violence, explique une première intervenante de ce collectif informel. Tout cela vient s’ajouter à un quotidien déjà très lourd pour nous. C’est d’autant plus dur de subir ce type d’#agressions dans un #festival où nous étions censés arriver en milieu allié. »

    Une autre enchaîne : « Vous êtes tous racistes. Ceci n’est pas un festival antiraciste. Pour l’instant, il est loin de l’être. » Puis une troisième : « On ne veut pas de vos applaudissements. On ne veut plus de votre #hypocrisie. On a besoin que vous nous assistiez vraiment. » Et une quatrième : « Chaque question que vous posez est centrée sur vous ; c’est trop rarement que vous nous demandez ce qu’on ressent. » Puis, alors que les orateurs descendent en pleurs de l’estrade au milieu d’un silence pesant : « Ce [silence], c’est un sentiment d’#inconfort collectif. Une transformation systémique nécessite un inconfort collectif. [...] Sentez l’inconfort, la transformation antiraciste qui est en train de vous traverser, et j’espère qu’à un moment vous serez des militants antiracistes avec nous. »

    Le rendez-vous semble être fixé avec les mouvements de luttes sociales et environnementales : si, suite à cet appel, les transformations réclamées n’ont pas lieu, la #convergence désirée de longue date entre collectifs sociaux et mouvements antiracistes et décoloniaux pourrait bien ne jamais voir le jour. Si elles engendrent une véritable évolution, elles pourraient devenir l’épisode fondateur de cette alliance qui ne parvient pas à émerger.

    L’un des moments clés pour comprendre ce qui s’est joué lors de ces quatre jours de festival, c’est une table ronde consacrée aux #pesticides comme forme de #colonialisme_chimique. Les membres du Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides, dont le #chlordécone, de #Guadeloupe et de #Martinique (#COAADEP), y ont exposé longuement les ravages causés par ce pesticide utilisé de 1972 à 1993 aux #Antilles, principalement pour la production de #bananes, qui continue de polluer les sols et générer des maladies mortelles sur ces territoires.

    Un membre du public a alors fait valoir que la France hexagonale aussi connaissait des enjeux de #pollution aux pesticides, en citant l’exemple de la #loi_Duplomb. « La pétition contre la loi Duplomb a récolté plus de 2 millions de signatures ; personne ne soutient nos actions contre le chlordécone, malgré les nombreux morts qu’il a engendrés », ont répondu les membres du COAADEP, avant de quitter la discussion. « Il y a un manque de visibilité profond de nos luttes », condamne après coup Lilith [], membre du COAADEP. Encore sous le coup de l’émotion, elle dénonce aussi avoir été « mal accueillie » et « infantilisée » par des festivaliers lors de l’arrivée du collectif, engagé depuis le 2 août dans une marche en solidarité avec les victimes de ce pesticide.

    « Pas qu’un enjeu théorique »

    D’autres tensions ont émaillé le festival, amenant un grand nombre de participants racisés à faire part, publiquement, de leur colère et de leur #déception.

    « Ces événements ne sont pas nouveaux, ils illustrent la manière dont les personnes blanches ramènent à leur propre condition les #récits que nous partageons », expose Micheline [], du collectif #Vietnam_Dioxine, en soutien aux victimes de l’#agent_orange, un #défoliant chimique, au #Vietnam.

    Elle ajoute : « Nous livrons notre #émotion liée aux #souffrances engendrées par la #domination_coloniale, et celles-ci sont mises à #distance. Plutôt que de nous poser des questions sur le fond, ou de nous demander comment nous allons, on nous demande des conseils pour faire de l’agriculture au Chili, comme si nous étions des porte-parole du Sud Global. »

    « Il ne suffit pas d’avoir lu Malcom Ferdinand »

    La militante a publié une série de stories sur Instagram pour signaler les violences subies par les intervenants sur des causes similaires lors de ce festival, soulignant notamment que « [leurs] histoires douloureuses ne sont pas écoutées par les Blancs qui se disent antiracistes décoloniaux ». « L’enjeu n’est pas pour autant de critiquer l’organisation, qui a mis en place une commission décoloniale, précise-t-elle toutefois. L’#écologie_antiraciste et décoloniale n’est pas qu’un enjeu théorique : il ne suffit pas d’avoir lu #Malcom_Ferdinand [chercheur en sciences politiques et auteur notamment de « Une Écologie décoloniale » (Seuil, 2019)], c’est avant tout une #pratique_politique, et créer cette commission est déjà un acte politique. »

    Les organisateurs de l’événement avaient en effet souhaité insister sur l’enjeu décolonial et antiraciste, qui était l’un des fils rouges des conférences du festival, au même titre que les luttes féministes, LGBT+, contre les idées d’extrême droite, internationalistes, écologistes, paysannes et sociales.

    « Il y a en ce moment des discussions partout sur le camp, et une assemblée générale autogérée sur le sujet, a expliqué Victor Vauquois, cofondateur du collectif Terres de luttes, dans la soirée du dimanche, après la prise de parole. De son côté, l’organisation va en rediscuter pour prendre à bras le corps le sujet, voir comment réparer et apprendre de nos erreurs pour pleinement contribuer à un front antiraciste, écologique et social. »

    Des pistes pour « #déblanchiser » les collectifs

    Reste que chacun des temps consacrés à la perspective antiraciste et décoloniale a montré l’étendue du chemin à parcourir pour que les différents mouvements de lutte se mettent à la hauteur de ce qui leur est demandé.

    Pour Nabil [], de l’#Assemblée_des_quartiers, un collectif né en 2024 formant les jeunes des quartiers populaires à entrer dans l’arène politique, si l’on veut comprendre pourquoi il y a eu autant de « rendez-vous manqués », il faut souligner le peu d’intérêt porté par les écologistes aux dynamiques des populations racisées.

    « Les gens ici ne connaissent pas nos histoires. Nous, on apprend vos luttes : le Larzac, Notre-Dame-des-Landes, etc. La réciproque n’est pas à la hauteur. Qui, ici, connaît le #Mouvement_des_travailleurs_arabes ou le #MIB ? » interroge-t-il, en référence au Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), un mouvement politique né en 1995 dans le sillage de la #Marche_de_1983 (surnommée la « #marche_des_Beurs »). Peu connu dans les courants écologistes, le MIB est pourtant l’un des éléments structurants des collectifs antiracistes et contre les #violences_policières contemporaines, à l’instar du #Comité_Adama.

    Cette #méconnaissance des organisations politiques des quartiers n’est « pas qu’un enjeu moral, elle a des conséquences politiques », observe Tara [], du mouvement #Le_Next_Level, qui réunit des associations concernées par les #discriminations. Selon elle, s’imaginer que les quartiers n’ont pas d’histoire politique revient à penser qu’il incombe aux organisations traditionnelles d’aller politiser leurs habitants — comme s’ils étaient des sujets passifs plutôt que des acteurs politiques à part entière. « Pourquoi il n’y a pas de personnes racisées dans votre mobilisation ? Peut-être, simplement, parce que ce que vous faites n’est pas pertinent pour leurs problématiques, ou que votre manière de la faire les en exclut. »

    Le « #privilège_blanc », l’« #ignorance_blanche »...

    Les ateliers visant à outiller les collectifs militants aux enjeux antiracistes ont fait émerger de nombreuses recommandations pour effectuer cette mise à niveau. Mais la liste est si longue, et touche à tant de domaines, que les intervenants en venaient plutôt à recommander de participer à des formations complètes à l’antiracisme. Alors que plusieurs participantes racisées expliquent avoir déserté des groupes militants parce qu’elles y subissaient des #agressions_racistes, d’autres s’interrogent sur la manière de « déblanchiser » ces mêmes collectifs.

    « Il n’y a pas de recette magique, explique Hortensia [], de la commission soins des Résistantes et animatrice de l’atelier. Cela dépend toujours de votre relation à la personne et de votre position dans un groupe social. Mais vous pouvez commencer par certains éléments, comme vous renseigner sur le privilège blanc », défini par l’universitaire étasunienne Peggy McIntosh comme la possibilité pour les Blancs de garder un statut social élevé qui masque les #inégalités_raciales.

    Elle ajoute : « Vous pouvez vous documenter sur l’ignorance blanche, qui consiste à penser que son récit est universel, ou encore sur le #trauma_racial [un concept selon lequel les #traumatismes liés au racisme engendrent des troubles mentaux], qui permet de mieux comprendre certaines réactions de personnes racisées au sein de votre groupe. »

    « Vous portez nos keffiehs comme si vous les méritiez »

    Tous insistent sur la nécessité de ne pas faire de la « #tokenisation » des personnes racisées, c’est-à-dire d’inclure dans un collectif des personnes racisées simplement comme des faire-valoir, pour leur qualité de personne racisée. Cela peut aboutir, raconte une participante, à lui mettre la pression pour représenter le collectif, dans le but de donner à voir une #inclusivité de façade.

    Celle-ci concerne aussi les espaces du festival baptisés Pinar Selek, Djamila Boupacha, Mahsa Jîna Amini, Ifti Nasim, bell hooks, Angela Davis... Autant de figures « token », dénoncent les militants antiracistes sur de grandes pancartes portées sur scène lors de leurs prises de parole. « En fait, vous adorez nos #symboles, vous portez nos #keffiehs à longueur de journée comme si vous les méritiez ; vous utilisez nos #icônes, nos figures ; mais pendant ce temps, vous nous déshumanisez complètement. »

    Certains rappellent que tant que ces discussions débouchent vers la #culpabilité des personnes blanches à l’égard des #oppressions, ce sont encore les personnes racisées qui portent la « #charge_raciale » et doivent rassurer, voire conforter, les personnes blanches.

    Tarik [], de l’association #A4, qui favorise l’intégration d’exilés dans le milieu agricole, rappelle qu’il y a une différence entre #intégration (qui demande que les personnes racisées fassent des efforts pour se plier aux modes d’organisation) et #inclusion (qui implique de s’approcher, de manière proactive, de la position des autres). Et il interroge : « Nous, on fait l’effort de s’adapter aux modes d’organisation des Blancs, mais vous croyez vraiment que c’est la seule manière de s’organiser ? »

    Lucie [*], activiste pour le climat, pose enfin : « Moi, ce que j’aurais voulu, c’est des #excuses, parfois : qu’on me dise “Pardon, je n’ai pas prêté attention à ce que tu as dit, ou à la personne que tu es”. »

    Ressources recommandées par les intervenants

    Livres :

    – Mécanique du privilège blanc — Comment l’identifier et le déjouer ?, Estelle Depris, Binge Audio, 2024
    – Décolonisons-nous, Frank Lao, JC LAttès, 2023
    – Dans le blanc des yeux — Diversité, racisme et médias, Maxime Cervulle, éditions Amsterdam, 2021
    – La Domination blanche, Solène Brun Claire Cosquer, Textuel, 2024
    – Vous les asiates. Enquête sur le racisme anti-asiatique en France, Linh-Lan Dao, Denoël, 2025
    – Moi et la suprématie blanche, Layla Saad, Marabout, 2021
    – Une Minorité modèle ? Chinois de France et racisme anti-Asiatiques, Ya-Han Chuang, La Découverte, 2021
    – Le Privilège de dénoncer — Justice pour toutes les victimes de violences sexuelles, Kharoll-Ann Souffrant, 2022, Éditions du Remue-ménage
    – La Charge raciale — Vertige d’un silence écrasant, Douce Dibondo, Fayard, 2024
    – Comme nous existons, Kaoutar Harchi, Actes Sud, 2021
    – Le Triangle et l’Hexagone — Réflexions sur une identité noire, Maboula Soumahoro, La Découverte, 2020
    – Le Racisme est un problème de Blancs, Reni Eddo-Lodge, Autrement, 2017
    – Les Femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?, Hanane Karimi, Hors d’atteinte, 2023
    – Entrer en pédagogie antiraciste — D’une lutte syndicale à des pratiques émancipatrices, collectif SUD Éducation 93, Shed Publishing, 2023

    Podcasts :

    – Une histoire du Mouvement des travailleurs arabes, France Culture (série de 4 épisodes)
    – Kiffe ta race, Binge Audio
    – Histoires Crêpues
    – Des Colonisations, Spectre Media
    – Je ne suis pas raciste, mais, Slate

    https://reporterre.net/Vous-etes-tous-racistes-la-colere-antiraciste-au-sein-du-mouvement-ecolo
    #racisme #écologie #décolonial #antiracisme #déshumanisation

    ping @karine4

  • A Paris, un centre psychiatrique pour « soulager » les migrants
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/07/14/a-paris-un-centre-psychiatrique-pour-soulager-les-migrants_6621196_3224.html

    A Paris, un centre psychiatrique pour « soulager » les migrants
    Par Mustapha Kessous
    Lancée en 2021, une unité du groupe hospitalier universitaire psychiatrie & neurosciences de la capitale accueille les migrants en situation de précarité. Son but : atténuer l’anxiété et les traumatismes liés à la route migratoire et leur arrivée en France.
    Elle se répète pour qu’on la croie. En pleurs, cette Sri-Lankaise a peur d’oublier le visage de son fils de 10 ans, resté au pays. « J’oublie tout ce que je fais. Pourquoi ça m’arrive ? », lance la quadragénaire en anglais, montrant son poignet couvert de pense-bêtes. L’infirmier, qui la suit et la rassure, s’éclipse pour chercher une collègue. La psychiatre Maria Vittoria Carlin écoute à son tour la patiente – arrivée en France en 2024 et qui redoute d’en être expulsée – puis lui saisit la main : « Votre cerveau est trop stressé, il n’en peut plus. »
    La scène se déroule dans l’unité consultation d’accompagnement psychiatrique et social (Capsys), lancée en mars 2021, du groupe hospitalier universitaire psychiatrie & neurosciences de Paris. Situé dans un bâtiment discret du 1er arrondissement, ce service est exclusivement dédié à la santé mentale des migrants en situation de précarité en Ile-de-France, qu’ils soient demandeurs d’asile, réfugiés ou sans-papiers.
    Trois psychiatres, une psychologue, un infirmier, tous accompagnés d’interprètes, si nécessaire, y reçoivent – avec ou sans rendez-vous –, du lundi au vendredi (sauf le mercredi), une trentaine d’exilés venus le plus souvent d’Afghanistan, mais aussi de Guinée, du Soudan, ou encore d’Ukraine. Les écouter, saisir leurs tourments, les soigner : telle est la mission de ce dispositif du secteur public financé par l’agence régionale de santé Ile-de-France. Ici, pas de carte Vitale et son accès est gratuit. Le Monde a assisté à plusieurs consultations.
    En cette fin de matinée de juillet, la salle d’attente est déjà saturée. A l’autre bout du couloir exigu, Maria Vittoria Carlin, visage rassurant et sourire immuable, vient de passer cinquante-six minutes avec Fatou (les prénoms des patients ont été modifiés). Cette Sénégalaise, accompagnée d’une interprète diakhanké, consulte pour la première fois une spécialiste de la santé mentale. Son assistante sociale a pris rendez-vous en signalant que « madame semble très à distance de son histoire et n’arrive pas à se connecter (…), ce qui nous met en difficulté dans son accompagnement ».
    Maria Vittoria Carlin explique son rôle. Il le faut, le plus souvent, car ces migrants n’ont jamais eu affaire à un « psy » et peinent à décrire leur mal-être. La médecin invite Fatou à se confier, celle-ci se lance : elle évoque un mariage forcé, un époux violent, ses cicatrices dans le dos. Puis, un jour, le mari a brûlé des ordures, le feu s’est propagé à une maison, un enfant est mort. « Mon mari s’est enfui, raconte-t-elle. Le chef de village a décidé de me donner au monsieur qui a perdu son petit. » Paniquée, elle a confié ses trois enfants à une proche avant de fuir. Direction l’Europe, après trois jours en mer. En France, sa demande d’asile a été rejetée. Quand elle ne dépend pas du 115, Fatou dort dans le métro. « Je suis bloquée, je n’arrive pas à avancer », souffle-t-elle.
    Le Capsys est un concentré de détresse et de tristesse. Tout y est intense : les regards, les silences, les journées. Et ces récits d’exil qui, entre ces murs, n’étonnent plus. « C’est plus qu’un centre de consultation, nous traitons le désespoir d’une population invisible avec des symptômes invisibles », explique la psychiatre Andrea Tortelli, responsable de l’unité, également à l’origine de sa création. « Nous sommes là pour les apaiser », lui fait écho Gilles Charel, l’infirmier. L’objectif est d’atténuer l’anxiété et les traumatismes liés à la route migratoire ou aux épreuves de l’arrivée en France : démarches administratives ardues, hébergement de plus en plus rare, vie dans la rue.
    Le plus souvent, travailleurs sociaux, associations ou services d’urgences orientent ces personnes vers l’unité Capsys afin d’obtenir de l’aide. Les médecins peuvent leur prescrire des antidépresseurs, somnifères ou anxiolytiques. L’unité est d’ailleurs dotée d’une pharmacie pour ceux qui n’ont pas de complémentaire santé solidaire ou d’aide médicale d’Etat. « C’est le lieu du soulagement, note Abdulraziq Mangual, réfugié et interprète afghan. Ils ont la possibilité de comprendre pourquoi ils vont mal, c’est une chance. »
    Pascal, un jeune Congolais, a le moral en berne depuis le refus, en juin, de sa demande d’asile. Les agents n’ont pas cru à son histoire, celle d’un homme torturé dans son pays en raison de son homosexualité. « Je suis sous le choc », décrit-il à Maria Vittoria Carlin. « Il faut s’accrocher », répond-elle. Il est venu renouveler son traitement pour un mois. « Si je n’ai pas de médicaments, je peux faire des dégâts. Avec la dépression, tous les jours, j’irais en garde à vue, explique-t-il en aparté au Monde. Parler avec Mme Carlin me fait du bien. Sans elle, tout serait difficile. »
    Au Capsys, il n’est pas question de juger la sincérité du parcours des migrants. « Il faut que je croie en la souffrance pour soigner et, jusqu’à présent, je n’en ai jamais douté », souligne la psychiatre. Au bout de plusieurs semaines de traitement, les patients vont mieux, assurent les médecins. « Le cerveau reposé, ils reviennent nous voir, nous recommandent à d’autres », atteste Andrea Tortelli. « On redonne une identité de sujet à ces personnes qui n’ont pas de statut social, insiste Gilles Charel. Cela participe à leur redonner de l’estime [d’eux-mêmes]. »
    La prévention est l’autre enjeu de ce dispositif : « Plus nous traitons tôt et rapidement le stress des migrants, moins les troubles psychiatriques sévères se développent, et moins cela coûte à la collectivité », admet Andrea Tortelli. La psychiatre alerte toutefois sur l’impact des décisions politiques, comme lorsque Bruno Retailleau, le ministre de l’intérieur, avait décidé de déployer 4 000 membres des forces de l’ordre pour interpeller des « clandestins » dans les gares et les bus, en juin. « Des rendez-vous ont été annulés, les gens ont eu peur de venir, affirme-t-elle. C’est un risque de rupture de soins. »
    Il est 15 h 11. Divine arrive, accompagnée d’une traductrice. Cette Congolaise d’une vingtaine d’années a les yeux cernés d’un noir intense, une chevelure en désordre, le visage épuisé et abîmé par le chagrin. La demandeuse d’asile dit entendre des voix et être tourmentée par les cauchemars. Pourtant, pour Maria Vittoria Carlin, qui l’a déjà rencontrée, Divine va mieux, ces voix sont moins récurrentes que l’an passé. La psychiatre veut en savoir plus sur elle, car elle ne connaît pas son histoire. Divine accepte.
    D’un ton à peine audible, elle raconte qu’à l’âge de 16 ans, son père a voulu la marier à un homme influent et riche. Elle a refusé. Pourtant, un jour, en revenant de l’école, elle s’est fait enlever par deux inconnus. « Je me suis retrouvée dans une chambre, l’homme influent était en face de moi, il m’a dit : “Désormais, tu es chez toi”, relate-t-elle. Il voulait avoir un rapport sexuel avec moi. » Et puis, plus rien. Elle se fige, son visage aussi. Elle est ailleurs, le regard perdu. « Divine ? Vous êtes en France, vous savez qui je suis ? Vous pouvez dire mon nom ? » Silence. « Vous reconnaissez ma voix ? Vous êtes en sécurité. » Après de longues minutes, elle revient à elle. Divine veut rentrer. Maria Vittoria Carlin lui renouvelle son ordonnance.
    En 2024, le Capsys a réalisé 6 280 consultations, contre 1 416 en 2021. Face à une telle croissance, « il faudrait que nous soyons le double [de soignants] », assure Andrea Tortelli. « Cette unité nous redonne confiance, glisse un demandeur d’asile mauritanien, torturé dans son pays, dit-il, pour ses idées politiques. J’ai pu dominer ma peur. Leur travail est vital. »

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#santementale#routemigratoire#psychiatrie#traumatisme

  • #Anouk_Grinberg : “Les hommes rigolent derrière l’enceinte de l’#impunité. Ça suffit.”

    Avec “#Respect”, Anouk Grinberg fait face au système qui a tenté de la détruire. D’une voix forte et claire, elle analyse les mécanismes qui permettent aux #violences_sexuelles et psychologiques de se produire et de se reproduire.

    Dans un monde qui compte sur le silence des victimes pour faire perpétuer sa violence, prendre la parole est un acte politique. La comédienne Anouk Grinberg signe Respect, un texte court, incisif, qui décrit avec une grande clarté la manière dont s’organise l’omerta. Partant de son propre vécu, elle raconte ce que cela fait, dans la tête et dans la chair, lorsque l’on a porté atteinte à notre intimité.

    “Je pense que sans le mouvement #MeToo, je ne me serais jamais réveillée de cette espèce d’insensibilisation que je me suis imposée pour survivre aux agressions qui ont jalonné ou percé ma vie. Il y a un mouvement très vertueux et assez fantastique qui se passe en ce moment autour des femmes et des relations entre hommes et femmes. J’avais l’impression que mon histoire pouvait apporter une bûche au feu. Ce feu n’est pas dévastateur, au contraire, il est là pour réparer.”

    “Je raconte mon histoire, mais je sais qu’en racontant mon histoire, je parle d’un « nous ». Je parle de millions de femmes, si ce n’est de milliards, qui sont agressées plus ou moins violemment, parfois très violemment, et qui, à la suite de ça, sont brisées à jamais, et se terrent dans un silence qui est le propre des crimes sexuels.”

    Elle poursuit : “C’est ce que je ne comprends pas. Qu’est-ce qu’il y a avec ce putain de crime ? Comment ça se fait que les victimes sont coupables et que les coupables sont innocents ? Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et qui, évidemment, est le travail inconscient de la société ou des familles qui fabriquent le déni, qui fabriquent l’omerta. Quels que soient les viols ou les violences par lesquels on est passé, c’est à la femme d’avoir honte, c’est à la femme de se taire, c’est à la femme de ravaler son envie de mourir. Il faut que les hommes comprennent que quand ils nous touchent de force, quand ils nous violent, ils nous tuent. On a beau être vivant encore, on a beau marcher dans les rues, travailler, avoir des maris, des enfants, quelque chose est mort en nous. Et eux ils rigolent. Ils rigolent derrière l’enceinte de l’impunité. Et ça suffit.”

    A travers le récit de cette trajectoire individuelle intrinsèquement liée à la violence, elle fait le portrait d’une société impuissante à regarder en face sa propre brutalité. Prenant l’exemple du cinéma de Bertrand Blier, dont elle fût l’un des visages dans les années 90, Anouk Grinberg dénonce l’hypocrisie qui consiste à refuser de voir qu’en fait et place d’art subversif ce que nous avons célébré - et continuons parfois de défendre - est l’expression d’une jouissance à abimer les femmes.

    “Si des gens regardent « Mon homme », je voudrais qu’ils sachent que c’est un film de torture. Je ne voulais pas le faire. Blier, quand je l’ai connu, je ne connaissais rien de son cinéma, je n’avais jamais vu ses films. Il m’a accueillie dans son monde avec un tel enthousiasme que j’ai cru que c’était de l’amour. En fait, c’était un ogre. Très vite, je suis devenue sa chose, sa muse. Être la muse, c’est être l’objet des délires d’un homme. C’est être encerclé par le regard d’un homme qui fait de vous son fantasme. Et vous n’avez rien le droit d’être d’autre que ça.”

    “Blier était très fier de balancer sa misogynie au monde. Il a fait de l’humiliation des femmes un divertissement [...] C’est fou que la société entière ait applaudi ça. C’est dire à quel point il y a quelque chose de si archaïque, si ancien et si profond dans le dysfonctionnement des rapports entre les hommes et les femmes.”

    La suite est à écouter.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/anouk-grinberg-respect-8017184
    #VSS #viols #violences_psychologiques #livre #inceste #emprise #hantise #traumatisme #violence #honte #sidération #respect #pierre #amour #trahison #péché #silence #violences_conjugales #domination #soumise #agressions #identité #déni #omerta #hystérie #nausée #souvenir #mémoire #rage #mort #souffrance #mépris #cinéma #Bertrand_Blier #tragédie

    #podcast #audio

    • Anouk Grinberg : « Je suis un soleil plus fort que ce qu’on m’a fait »

      La comédienne révèle, pour la première fois, les violences sexuelles qu’elle a subies depuis l’enfance jusqu’à sa relation avec le réalisateur Bertrand Blier, décédé en janvier. Dans un livre à paraître jeudi, elle dépeint les dommages, irréparables, et l’espoir suscité par #MeToo.

      Anouk Grinberg est une voix qui porte, et qui compte. La comédienne soutient depuis des mois les plaignantes face à Gérard Depardieu. Elle était dans la salle d’audience lors du procès pour agressions sexuelles de l’acteur. Cette fois, c’est d’elle qu’elle parle.

      Dans un livre nerveux, sobrement intitulé Respect (Julliard, 2025), l’actrice et peintre révèle une vie marquée par les violences sexuelles. Pendant l’enfance d’abord, avec un viol à l’âge de 7 ans commis, dit-elle, par un beau-père de substitution qu’elle « adorait », avant un inceste à 12 ans. Cela ne s’est plus vraiment arrêté ensuite, à l’exception de ces dernières années – elle partage aujourd’hui sa vie avec le mathématicien Michel Broué.

      Anouk Grinberg raconte un #continuum_de_violences sur les plateaux de cinéma ou de théâtre, quasi quotidiennes. Elle évoque surtout, pour la première fois publiquement, sa relation pendant plusieurs années, durant les années 1980 et 1990, avec le réalisateur Bertrand Blier, décédé au mois de janvier. Elle l’accuse de violences conjugales, d’emprise, dans la vie privée comme au cinéma.

      Le constat est accablant, et lui ne peut plus répondre. Seuls les livres de Blier et ses films sont encore là, souvent empreints de scènes violentes et de propos sexistes.

      L’actrice a longuement hésité avant de parler. Elle a eu besoin de temps. #MeToo,« le travail des journalistes et notamment de Mediapart », les témoignages d’autres femmes, l’ont aidée à mettre les mots. À comprendre que ce n’était « pas de [s]a faute ». L’an dernier, elle est tombée malade, « un cancer grave » ; elle a voulu tout dire.

      Mediapart a alors entamé une série d’entretiens avec Anouk Grinberg. « Vous m’avez proposé de réfléchir sur la période Blier, et pourquoi j’avais consenti à ma propre destruction et mon #humiliation pendant toutes ces années », raconte Anouk Grinberg. Mais la comédienne n’était pas encore prête : « Je vivais encore sous le régime de l’omerta qu’on m’avait imposé depuis tant d’années, celle du milieu du cinéma, celle de ma famille. » Et puis, elle avait besoin de mettre ses mots à elle, de reprendre le contrôle de sa vie, de ce qu’on lui avait volé petite. Anouk Grinberg a écrit un livre.

      « Si ce que moi j’ai dû traverser peut permettre à d’autres de mieux résister, tant mieux », nous confie-t-elle. Avant de dire, d’un ton bravache : « Je m’attends à des calomnies, à des agressions verbales et, en même temps, je suis dans une position confortable. Car moi, je dis la #vérité. »

      https://www.mediapart.fr/journal/france/020425/anouk-grinberg-je-suis-un-soleil-plus-fort-que-ce-qu-m-fait
      #sexisme #terreur #violences_conjugales #solidarité #sororité #vérité #guérison #réparation #survivante #mensonge #soleil

  • DDR, Krippentrauma und Widerstand gegen Forschung: Neue Studien widerlegen Klischees
    https://www.berliner-zeitung.de/politik-gesellschaft/ddr-krippentrauma-und-widerstand-gegen-forschung-neue-forschung-wid

    30.3.2025 von Wiebke Hollersen - Neue Studien widerlegen das „Krippentrauma“ und zeigen, dass ostdeutsche Kinder auch nach der Wende weniger Gewalt erlebt haben. Die Forscher werden dafür angegriffen. Ein Interview.

    Es gibt seit acht Jahren eine Forschungsgruppe mit dem Namen „DDR-Vergangenheit und psychische Gesundheit: Risiko- und Schutzfaktoren“, sie hat ihren Sitz an der Universität Mainz. Weit weg von jenem Teil des Landes, dessen Vergangenheit sie durchleuchtet. Eine solche Entfernung kann in der Forschung ein Vorteil sein. Auch der Leiter der Gruppe stammt aus dem Westen, Elmar Brähler, ein Sozialpsychologe; sein Blick auf die DDR ist nicht durch sein Erleben der DDR beeinflusst.

    Die Gruppe wird attackiert, seit sie Studien veröffentlicht, die Klischees über die DDR widersprechen. So zeigten die Forscher, dass Menschen, die in der DDR eine Krippe besucht haben, nicht reihenweise psychische Schäden davon getragen haben. Sie wiesen auch nach, dass Menschen mit DDR-Sozialisation sogar seltener traumatische Erfahrungen in der Kindheit erlebten als Westdeutsche. Nun hat Christoph Kasinger, Psychotherapeut und Forscher in der Arbeitsgruppe, zwei neue Auswertungen zur Kindheit im Osten vorgelegt – die erneut auf Widerstand stoßen.

    Herr Kasinger, seit Jahren wird darüber gestritten, ob die frühkindliche Betreuung in der DDR ein Krippentrauma ausgelöst hat. Sie haben auf dem Kongress für Psychosomatik eine neue, große Untersuchung vorgestellt. Was wollten Sie herausfinden?

    Weil über die Erkenntnisse, die es zu dieser Frage schon gab, so viel gestritten wird, wollten wir sie an einer großen Gruppe von Menschen überprüfen. Wir haben Daten aus der Nationalen Kohorte verwendet, das ist eine groß angelegte bundesweite Studie, für die regelmäßig um die 200.000 Menschen zu ihrer Gesundheit und ihren Lebensumständen befragt werden. Wir haben die Daten von Personen, die nach 1988 geboren wurden oder nach Deutschland eingewandert sind, herausgelassen. Es blieb eine riesige Stichprobe übrig, Daten von 143.549 Personen. Das hat uns auch ermöglicht, zum ersten Mal die Auswirkungen von frühkindlicher Betreuung in der Bundesrepublik genauer zu untersuchen. Wir haben uns angeschaut, ob Menschen, die in beiden Teilen des Landes in der Krippe oder dem Kindergarten waren, häufiger unter Angststörungen oder Depressionen leiden.

    Und, haben ehemalige Kita-Kinder öfter psychische Probleme?

    Das haben wir tatsächlich nur bei einer Gruppe von Westdeutschen festgestellt. Menschen, die zwischen 1957 und 1973 in der Bundesrepublik geboren wurden und vor ihrem dritten Geburtstag schon in der Kita betreut worden sind, zeigen mehr Angst- und Depressionssymptome.

    Woran könnte das liegen?

    Wir können nicht sagen, ob das an der Erziehung in der Krippe lag. Aber ich würde vermuten, dass es eher an den sozialen und wirtschaftlichen Umständen lag, in denen die Kinder aufwuchsen. Im Westen kamen damals vor allem Kinder alleinerziehender Mütter so früh in die Krippe. Die Kinder waren vermutlich vielfach belastet.

    Bei Menschen, die in der DDR aufgewachsen sind, konnten Sie keine negativen Folgen der Betreuung außerhalb der Familie feststellen?

    Es geht nicht um die Frage, ob einzelne Menschen psychische Probleme haben. Sondern wir wollten wissen, ob Menschen, die als Kinder in der Krippe oder der Kita waren, besonders häufig psychisch krank sind. Hier haben wir nur in einer Gruppe eine Häufung gefunden: Bei Personen, die zwischen 1944 und 1956 in Ostdeutschland geboren und schon vor ihrem ersten Geburtstag in der Krippe betreut wurden.

    Vor dem ersten Geburtstag, das ist außergewöhnlich früh.

    Ja. Diese Menschen berichten, dass sie mehr Angst, mehr Depressivität und mehr Stress erleben. Allerdings ist auch da unklar: Lag das an der Krippe oder sind auch diese Menschen eine spezielle Stichprobe? Also sind da etwa Kinder von Vertriebenen stark vertreten oder Menschen, die in einem Heim oder einer Wochenkrippe waren. Eine Schwäche unserer Studie ist, dass wir die Art der Unterbringung nicht kennen; in der Nationalen Kohorte wird nur gefragt, ab welchem Alter die Menschen in Einrichtungen betreut wurden. Bei Ostdeutschen, die später geboren wurden und erst ab dem ersten oder gar dritten Geburtstag in der Kita waren, lässt sich keine Häufung von psychischen Problemen feststellen.

    Haben Sie die Ergebnisse überrascht?

    Ich muss bei dieser Antwort ein bisschen weiter ausholen. Ich bin 1990 geboren und in Baden aufgewachsen, weit weg von der DDR. Ich hatte auch keinerlei familiäre Bezüge zur DDR.

    Waren Sie selbst in der Kita?

    Ja, aber erst ab drei.

    Was wussten Sie über die DDR?

    Nur das, was ich so aufgenommen habe aus den Medien, dem öffentlichen Diskurs, Film und Fernsehen. Ich bin mit einer anderen Erwartung in dieses Thema gestartet, ich hätte einen schädigenden Effekt erwartet. Hinzu kommt auch noch, dass ich approbierter Psychoanalytiker bin. Wir befassen uns viel mit frühkindlichen Beziehungserfahrungen, und ich hätte angenommen, dass es einen negativen Einfluss hat, wenn Kinder früh die Krippe besuchen. Aber ich kannte andere Forschungsergebnisse, die zeigen, dass die frühe Betreuung von Kindern außerhalb der Familie der Psyche nicht schaden muss und gerade in der DDR offenbar nicht geschadet hat. Aber ich war durchaus überrascht, dass sich das jetzt in der großen Stichprobe bestätigt.

    In den anderen Studien wurden viel weniger Menschen befragt, waren Sie deshalb skeptisch?In den anderen Untersuchungen hat sich ja auch gezeigt, dass Personen, die in der DDR in der Wochenkrippe betreut worden sind, durchaus von höheren psychischen Belastungen im späteren Leben berichten. Diese Menschen sind Teil unserer Stichprobe. Aber obwohl sie unter negativen Folgen leiden, zeigt sich das für die Gesamtzahl der Menschen, die in der DDR in der Krippe waren, nicht. Der Anteil der Wochenkrippen-Kinder an der Gesamtbevölkerung war vielleicht nicht so hoch. Wir haben die Daten von Menschen einbezogen, die zwischen 1944 und 1988 geboren wurden.

    Wie waren die Reaktionen, als Sie die Studie auf dem Kongress vorgestellt haben?

    Auch bei früheren Studien, die gezeigt haben, dass die Kinderbetreuung in DDR-Einrichtungen keine auffälligen Traumatisierungen hinterlassen hat, war ich Co-Autor. Was immer kommt, wenn wir diese Ergebnisse vorstellen, ist der Einwand: Sind die Ostdeutschen nicht durch die Erfahrung in der Diktatur gehemmter, ehrlich zu antworten? Man traut den Selbstauskünften von in der DDR geborenen Menschen offenbar nicht. Es gibt allerdings Untersuchungen, zum Beispiel zu Depressionen, in denen man sieht, dass sich Ost- und Westdeutsche nicht in ihrem Antwortverhalten unterscheiden. Und wir wissen ja eben von Menschen, die in der Wochenkrippe betreut wurden, dass das negative Folgen hatte – weil sie es in Befragungen gesagt haben.

    Ostdeutschen wird unterstellt, auch 35 Jahre nach dem Mauerfall nicht die Wahrheit zu sagen?

    Einer der Moderatoren auf dem Kongress hat zum Glück angemerkt: Man müsse sich dann auch fragen, ob es nicht auch Verzerrungen in Westdeutschland gibt. Er sei in einem erzkatholischen Dorf in Bayern aufgewachsen, wo die Kinder geschlagen worden seien, er sei heilfroh, dort nicht im Kindergarten gewesen zu sein. Man könnte sich auch fragen, ob Menschen darüber offen berichten.

    Frühere Studien haben einen Fragebogen verwendet, der vor allem nach traumatischen Erfahrungen in der Familie fragt. Das wurde kritisiert, weil man damit nicht erfassen kann, was in DDR-Kindergärten passiert ist.

    Bei sexuellem Missbrauch wird in diesem sogenannten „Adverse Childhood Experiences“-Fragebogen auch nach Erlebnissen außerhalb der Familie gefragt. Aber ansonsten kann ich die Kritik nachvollziehen. Es gibt allerdings auch Untersuchungen, die andere Bögen, etwa den „Childhood Trauma Questionnaire“ verwendet haben. Dabei kam ebenfalls heraus, dass Menschen, die in der DDR aufgewachsen sind, weniger traumatisierende Erfahrungen aus der Kindheit berichten.

    Sie haben gerade auch eine Studie veröffentlicht, in der Sie der Frage nachgegangen sind, ob sich das nach der Wende fortgesetzt hat. Ob Menschen, die im Osten aufgewachsen sind, immer noch weniger schlimme Erfahrungen aus der Kindheit berichten. Wie kamen Sie auf diese Fragestellung?

    Wir haben in so vielen Datensätzen immer wieder diese Ergebnisse gesehen: Personen, die in der DDR sozialisiert worden sind, berichten seltener über Missbrauch und Vernachlässigung in der Kindheit. Mich interessieren transgenerationale Mechanismen in Gesellschaften. Gibt es psychische Risiko- oder Schutzfaktoren, die über Generationen hinweg wirken? Wir haben etwa 6000 Menschen in beiden Teilen des Landes befragt. Und interessanterweise haben wir dieselben Unterschiede gefunden: Menschen, die im Osten leben und nach 1988 geboren sind, berichten seltener über traumatisierende Erlebnisse in ihrer Kindheit als Menschen im Westen.

    Was könnten mögliche Erklärungen dafür sein?

    Es muss etwas weitergegangen sein, nur was? Das ist eine spannende Suche. Es gibt mehrere denkbare Erklärungen. Zum einen konnten Studien zeigen, dass Ostdeutsche das Erziehungsverhalten ihrer Eltern positiver erinnern. Die Erziehung wird als wärmer, weniger überbehütend, weniger strafend erinnert, im Vergleich zum Westen. Eine weitere Studie, die in unserem Forschungsverbund entstanden ist, konnte zeigen, dass Menschen, die im Westen aufgewachsen sind, mehr körperliche Bestrafung von den Eltern erlebt haben als im Osten aufgewachsene Menschen.

    Das klingt, als könnte es im Westen eine andere Erziehungskultur gegeben haben.

    In der Bundesrepublik wurde Literatur der schwarzen Pädagogik noch lange vertrieben und gelesen, etwa das Buch „Die deutsche Mutter und ihr erstes Kind“ von Johanna Haarer, das 1934 erstmals erschienen ist und zu einer gewissen Härte schon gegenüber Babys rät. In der DDR wurde es nicht neu verlegt und war nicht zu kaufen. Es könnte sein, dass andere Erziehungseinstellungen fortwirken. Es gab auch eine andere Gesetzeslage. In der DDR waren Körperstrafen in der Schule seit 1949 verboten, in der Bundesrepublik erst seit 1973, in Bayern erst seit 1983. Wir wissen aus der Forschung, dass Menschen, die als Kinder körperliche Misshandlung erlebt haben, selbst häufiger Gewalt anwenden.

    Es gibt auch die Hypothese, dass Kinder im Osten weniger traumatische Erfahrungen gemacht haben, gerade weil sie öfter im Kindergarten betreut wurden. Wieso kann es ein Kind schützen, in die Kita zu gehen?

    Sexueller Missbrauch findet nach wie vor am häufigsten in der Familie statt. Schon allein, dass ein Kind nicht in der Familie ist, kann es schützen. Außerdem fallen in der Kita vielleicht die Spuren von Missbrauch oder Gewalt auf. Und es kann Kindern helfen, mehr Erwachsene als Bezugspersonen zu haben, an die sie sich wenden können. Bei körperlicher Misshandlung kann es schützend wirken, dass die Betreuung in der Kita Druck aus der Familie nimmt. Es gibt noch einen weiteren Faktor, der in der DDR gewirkt haben könnte und im Osten weiter schützend wirken könnte: Die größere berufliche Selbstständigkeit der Frauen, die weniger abhängig von gewalttätigen Männern waren und diese Beziehungen leichter verlassen konnten.

    Das alles widerspricht dem Bild vom Osten, das es im Westen gibt, oder?

    Wenn wir die Ergebnisse im medizinischen oder psychotherapeutischen Kontext präsentieren, dann gibt es im Westen immer Therapeuten, die sagen, das kann doch gar nicht sein, sie haben da diesen einen Patienten mit DDR-Geschichte, bei dem das alles ganz anders war. Das kann ja sein, das widerspricht unserer Forschung nicht. Im Osten sind die Therapeuten weniger überrascht von den Ergebnissen.

    Viele in Westdeutschland sozialisierte Menschen sind der Auffassung, dass eine frühe Betreuung in der Kita generell schadet. Was ist da der Stand der Forschung?

    Es gibt die NICHD-Studie aus den USA, die größte und bisher umfassendste Studie zur frühkindlichen Betreuung. Da kam heraus: Man findet Unterschiede bei Kindern, die früh in der Krippe waren. Aber sie sind gering, kaum wahrnehmbar. „Wir könnten nicht in ein Klassenzimmer gehen und die Kinder identifizieren, die früh und viel in der Betreuung waren“, sagt Jay Belsky, der die Studie geleitet hat.

    Wie sind Sie eigentlich dazu gekommen, sich als Forscher mit der ostdeutschen Psyche zu befassen?

    Ich habe in Mainz meine Ausbildung als Psychotherapeut gemacht, und hier gibt es den Forschungsverbund „DDR-Vergangenheit und psychische Gesundheit“. Ich interessiere mich sehr dafür, wie die Sozialisation von Menschen und das Auftreten von psychischen Erkrankungen zusammenhängen. Die DDR bietet die historisch einmalige Chance, das zu untersuchen.

    Warum das denn?

    Man hat ein Design, das fast aus einem Experiment stammen könnte: Man hat eine Bevölkerungsgruppe mit der gleichen Vorgeschichte, der gleichen Sprache, einer ähnlichen Kultur. Diese Gruppe wurde aufgebrochen, in zwei Staaten mit unterschiedlichen soziopolitischen Bedingungen. Und dann ist diese Bevölkerungsgruppe wieder zusammengekommen. Wenn man hier Unterschiede findet, besteht eine große Wahrscheinlichkeit, dass sie auf die unterschiedlichen Systeme zurückzuführen sind. Das eröffnet ein Untersuchungsfeld, in dem man schauen kann, welche politischen und sozialen Rahmenbedingungen schädlich für die psychische Gesundheit sind – oder eben eine Schutzwirkung haben. Man kann zum Beispiel fragen: In welchem soziopolitischen Rahmen kommt es zu weniger Kindesmisshandlung?

    Die Studien, die zeigen, dass die Kindheit in der DDR womöglich gewaltfreier war, werden sehr stark angegriffen. Oder es wird gar nicht darüber berichtet.

    Ich halte es für fast fahrlässig, nach den Ergebnissen so vieler Untersuchungen nicht auch zu gucken: Okay, was hat denn die DDR da scheinbar richtig gemacht?

    Aber das will man sich nicht fragen?

    Als Forscher habe ich, seit ich mich mit diesen Themen befasse, am eigenen Leib erfahren, wie viele negative Vorurteile es gegenüber Menschen gibt, die im Osten aufgewachsen sind oder der DDR, die so gar nicht stimmen. Ich hatte diese Vorurteile zum Teil ja auch.

    Ihr Forschungsverbund unterschlägt die negativen Seiten der DDR nicht, es gibt etwa Studien zu den Spätfolgen bei Menschen, die Repressionen erlebt haben.

    Es gab diese furchtbaren Seiten, wir beschönigen nicht. Ich möchte Menschen, die unter der DDR gelitten haben, keinesfalls ihre Erfahrungen absprechen. Sie sind in den Medien und in Filmen vielfach dargestellt worden. Es gab aber eben auch andere Erfahrungen. Ich kann vieles aus dem Buch von Dirk Oschmann, jetzt als Forscher, als Westdeutscher, 1990 geboren, nachfühlen. Über den Osten wird auf eine festgelegte Weise geschrieben und gesprochen. Das westdeutsche Narrativ über das Leben in der DDR ist primär negativ. Und es gibt scheinbar Widerstände, dass sich daran etwas ändern soll. Das merkt man an dem Gegenwind, der uns für unsere Ergebnisse entgegenschlägt.

    In den letzten Jahrzehnten gab es viele Enthüllungen über schreckliche Erfahrungen von Kindern in Westdeutschland, der Missbrauch an der Odenwaldschule, die vielen Missbrauchsfälle bei der katholischen Kirche. Wird das verdrängt?

    Meine Eltern haben in der Schule beide noch Lehrer erlebt, die mit Rohrstöcken geschlagen haben. In den 1960er und 70er-Jahren, in Baden-Württemberg. Ich glaube, das war keine Ausnahme.

    Zur Person

    Dr. phil. Christoph Kasinger, geboren 1990 in Achern, studierte Psychologie (M.Sc) in Frankfurt am Main und Istanbul. Seit 2020 arbeitet er als wissenschaftlicher Mitarbeiter an der Universitätsmedizin Mainz im Projekt zur DDR-Vergangenheit und psychischen Gesundheit, in dem er 2024 seine Promotion erfolgreich abgeschlossen hat. Parallel dazu absolvierte er eine Ausbildung zum Psychologischen Psychotherapeuten mit der Fachkunde Psychoanalyse im Weiterbildungsstudiengang für Psychodynamische Psychotherapie an der Universitätsmedizin Mainz.

    #pédagogie #traumatismes #DDR