• Masques en tissu : des costumières s’organisent pour sortir du travail gratuit — Entretien avec Annabelle Locks : Agir par la culture
    https://www.agirparlaculture.be/masques-en-tissu-des-costumieres-sorganisent-pour-sortir-du-travail

    Depuis le début de la crise poli­ti­co-sani­taire liée à la pan­dé­mie du Covid19, des cou­tu­rières ne cessent d’être mobi­li­sées à coup de larges appels à fabri­ca­tion béné­vole de masques en tis­su éma­nant de pou­voirs publics pei­nant à éla­bo­rer d’autres solu­tions pour pal­lier leur incu­rie et les pénu­ries de pro­tec­tions. Anna­belle Locks avait lan­cé l’alerte sur les condi­tions dans les­quelles se mènent ces opé­ra­tions qui font tra­vailler de nom­breuses femmes gra­tui­te­ment depuis chez elles et sans cadres. Cos­tu­mière, elle ini­tie aujourd’hui le pro­jet « Les­mas­ques­de­bruxelles » , un col­lec­tif « fémi­niste et mixte qui réunit cos­tu­mières et livreuses, ain­si que des hommes char­gés de la col­lecte de tex­tiles et des com­mandes » et qui vise ali­men­ter Schaer­beek en masques. Réflexions sur la condi­tion de cou­tu­rière à l’ère du coro­na­vi­rus alors que les masques sont deve­nus aujourd’hui des pro­duits de pre­mière néces­si­té et le sym­bole d’une ges­tion gou­ver­ne­men­tale désas­treuse. Mais aus­si sur ce que de nou­veaux pro­jets soli­daires peuvent faire naitre d’espoirs et pré­parent un après plus dési­rable.

    Comment en êtes-vous arrivée à fabriquer des masques en tissus

    C’est d’abord une colère face à la situa­tion et face à ce large appel à des béné­voles pour fabri­quer des masques en tis­su. La pre­mière étape a été très théo­rique, ça a pris la forme de la rédac­tion de l’article inti­tu­lé « Lutte contre le coro­na­vi­rus : si les femmes s’arrêtent, les masques tombent » avec la jour­na­liste Manon Legrand et paru dans le maga­zine Axelle. https://www.axellemag.be/coronavirus-femmes-confection-masques C’est une réflexion autour des condi­tions dans les­quelles les masques sont fabri­qués en Europe face à la pénu­rie. Son tra­vail de jour­na­liste a énor­mé­ment comp­té dans l’énergie et le cré­dit que ça m’a don­né. Grâce à ce pre­mier tra­vail, j’ai tel­le­ment été inves­tie de cette idée qu’il fal­lait à tout prix faire tra­vailler des femmes avec des contrats et des condi­tions dignes que je me suis mise à le faire ! Pour moi, c’est très clair : si ce n’est pas payé et sans contrats, je pré­fère autant res­ter chez moi à lire ma biblio­thèque fémi­niste. Petit à petit, ça a pris de l’ampleur, j’ai consti­tué une équipe, on va for­mer pro­chai­ne­ment une ASBL et faire des contrats.

    Je me suis assez rapi­de­ment oppo­sée au fait que des pro­fes­sion­nelles réa­lisent des masques béné­vo­le­ment. Le métier de cos­tu­mier est par nature pré­caire, fait de CDD, nos contrats ont été annu­lés et face à la crise, nous avons un savoir-faire utile à la socié­té. En tant que professionnel·les, nous devons être rému­né­rées pour cette acti­vi­té. En revanche, je ne m’oppose évi­dem­ment pas aux béné­voles qui cousent des masques de bon cœur et dont la situa­tion finan­cière et maté­rielle le per­met. C’est même très beau que celles et ceux qui le peuvent, le fassent. Je sou­haite tou­te­fois aler­ter sur le risque de sur­me­nage pour cer­taines qui se sentent inves­ties d’une mis­sion immense : puisqu’il faut des mil­lions de masques, cer­taines tra­vaillent des heures impos­sibles, et ce, béné­vo­le­ment. On a d’ailleurs déjà vu quelques cas de burn-out chez les béné­voles. Dans notre col­lec­tif, nous res­pec­tons des horaires accep­tables et même si la cadence est intense, nous posons les limites de ce que nous accep­tons de pro­duire chaque jour.

    On peut en effet se demander pourquoi les pouvoirs publics (Régions et communes) demandent à des femmes de coudre des masques systématiquement bénévolement, comme si c’était une évidence. Pourquoi devrait-on forcément travailler gratuitement quand il s’agit de masques en tissu ?

    Parce que 95% des per­sonnes qui fabriquent des masques sont des femmes ! D’ailleurs, quand des appels à cou­tu­riers sont lan­cés, ils sont tou­jours adres­sés aux « cou­tu­riEREs » béné­voles et jamais aux cou­tu­riERs. Si c’était des hommes qu’on mobi­li­sait pour la pro­duc­tion d’un pro­duit de pre­mière néces­si­té, je doute qu’on fasse appel à leur gen­tillesse et à leurs géné­ro­si­tés sup­po­sées. Toute cette notion du care, du soin, est attri­buée aux femmes. Dans l’imaginaire col­lec­tif, cela revien­drait à nous, les femmes, de prendre la res­pon­sa­bi­li­té de ce genre de chose… Même si très curieu­se­ment, on peut consta­ter le contraire dans le choix de l’illustration d’articles de presse sur le sujet : des pho­tos prises dans des ate­liers où seuls des hommes s’affairent der­rière des machines à coudre…

    https://seenthis.net/messages/847324
    https://seenthis.net/messages/832910

    #costumières #femmes #travail_des_femmes #salaire #Care #Soin #prévention #Travail_gratuit travail_invisible #masques

  • « Celles qui se salissent les mains pour les autres », Anne Bory
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/04/15/celles-qui-se-salissent-les-mains-pour-les-autres_6036622_1650684.html

    Dans cette carte blanche, la sociologue Anne Bory analyse la façon dont le « sale boulot » échoit souvent à des femmes. Les mêmes qui se trouvent aujourd’hui en première ligne face au Covid-19.

    Carte blanche. A quoi sert la sociologie en temps d’épidémie ? A défaut de pouvoir soigner les malades, elle permet de saisir les causes du chaos provoqué par le Covid-19, et de comprendre ce qui se joue dans les interstices de l’organisation sociale qui se met en place, souvent à marche forcée, depuis quelques semaines.

    Le temps de la recherche n’est pas celui de l’urgence, mais les travaux déjà menés permettent d’éclairer un constat qui s’impose en ces temps de confinement : la majorité des cadres télétravaillent, alors que la majorité des ouvriers, ouvrières, employées, employés et professions intermédiaires continuent de prendre les transports et de travailler au contact du public et/ou de leurs collègues.

    Pour le dire autrement, et à l’exception notable des médecins, les professions qualifiées, qui bénéficient des rémunérations et du prestige social les plus importants, sont aussi celles qui sont le moins exposées à la contagion grâce au télétravail, tout en bénéficiant souvent des conditions de confinement les plus confortables, du fait de logements spacieux et plus souvent pourvus d’extérieurs privatifs (voire d’une résidence secondaire).

    Faire « ce qui reste à faire »

    L’épidémie rend ainsi plus visibles les inégalités qui structurent la vie sociale. Elle rend également plus évidente l’importance, dans notre quotidien, de ce que le sociologue étasunien Everett C. Hughes a appelé les « sales boulots » : ces activités professionnelles jugées dégradantes, voire dégoûtantes, présentées par certains parents mal avisés comme des avenirs humiliants à leurs enfants rétifs au travail scolaire, sont absolument indispensables au fonctionnement de notre société.

    Souvent peu visibles et socialement dévalorisés, ces « sales boulots » – qui peuvent être aussi des tâches moins valorisantes au sein de professions prestigieuses – font l’objet du dernier numéro de la revue Travail, genre et sociétés (n° 43) : la nature et la division du travail des chiffonniers et chiffonnières, éboueurs, travailleurs et travailleuses du tri des déchets, aides à domicile, aides-soignantes, infirmières, secrétaires médicales y sont étudiées, notamment selon les normes de féminité et de masculinité.

    Dans leur article « Se salir les mains pour les autres. Métiers de femme et division morale du travail », Christelle Avril et Irene Ramos Vacca examinent, les rôles professionnels dévolus aux femmes, en croisant leurs enquêtes de terrain, menées dans le milieu médical et l’aide à domicile. Qu’est-ce donc qu’un « métier de femmes » ? Les deux sociologues montrent que c’est bien souvent un métier qui implique de faire « ce qui reste à faire », ce qui n’a pas été effectué par d’autres (supérieurs, collègues, proches de la personne prise en charge…).

    Des tâches totalement invisibilisées

    Aides-soignantes, infirmières, secrétaires médicales et aides à domicile sont amenées à prendre en charge des activités considérées comme dégradantes, notamment parce qu’elles sont en lien avec les corps et leurs fluides. Mais elles effectuent également des tâches qui sont moralement dévalorisées, de contrôle ou de répression plutôt que de soin, ou totalement invisibilisées, en palliant les erreurs de ceux pour lesquels elles travaillent (il suffit de penser aux excuses trouvées par les secrétaires pour expliquer retards, absences).

    Cette « division morale du travail » permet à d’autres de se concentrer sur les aspects techniquement les plus valorisés et moralement irréprochables (empathie, amour...) de l’activité et d’en sortir grandis.
    Ces femmes qui se salissent les mains pour les autres, au sens propre et au sens figuré, sont aujourd’hui nombreuses à être exposées au Covid-19, pour que d’autres ne le soient pas ou guérissent. Elles le sont d’autant plus que leurs conditions de travail sont parmi les plus touchées par les politiques de rationalisation menées dans le secteur sanitaire et social. Il n’est pourtant pas du tout sûr que l’échelle de prestige de la division du travail en soit, « après », bouleversée.

    #travail #travail_des_femmes #emploi #ouvrières #employées #badjobs #division_du_travail #division_morale_du_travail #conditions_de_travail

  • En Espagne, les femmes de chambres s’organisent pour en finir avec le « sale boulot »
    https://information.tv5monde.com/terriennes/en-espagne-les-femmes-de-chambres-s-organisent-pour-en-finir-a

    Les touristes internationaux ne les remarqueront sans doute pas. Elles sont les petites mains de l’industrie du tourisme de masse. Invisibles, ou presque. Les femmes de chambre, maillon incontournable de la prestation offerte au client d’hôtel, effectuent des tâches difficiles et peu valorisées. 

    En Espagne, la détérioration des conditions de ce travail éreintant a poussé Las Kellys, acronyme de « Las que limpian » (celles qui nettoient), à se regrouper et créer un collectif de revendication. Fondée en novembre 2016 à Barcelone, l’association Las Kellys dispose de huit relais à l’échelle espagnole. Outre Madrid, elles sont présentes dans plusieurs points névralgiques du tourisme ibère : Benidorm, Cádiz, Fuerteventura, La Rioja, Mallorca ou encore Lanzarote...

    Si c’est à Barcelone, première ville touristique de la péninsule (19 millions de visiteurs en 2017) qu’a émergé ce mouvement, comme d’autres avant, les Kellys déploient une stratégie multi-polaire. La bataille légale se mène de manière parallèle, aux portes des parlements régionaux et des Cortes espagnoles (chambre des députés et sénat), à Madrid. C’est dans la capitale espagnole que se joue par exemple la reconnaissance des maladies spécifiques à ce travail laborieux.

    #femmes #féminismes #femmes_en_lutte #travail_des_femmes #précaires #auto-organisation #Espagne

  • La réembauche a pris le pas sur l’embauche
    http://www.lemonde.fr/emploi/article/2016/02/10/la-reembauche-a-pris-le-pas-sur-l-embauche_4862912_1698637.html

    Quel est le mode de recrutement le plus courant dans de nombreux secteurs ? La #réembauche, c’est-à-dire le fait de signer un contrat pour un employeur avec lequel on a déjà travaillé. En effet, en progression dès les années 1990, la réembauche représente 69 % des embauches en 2012. C’est sur ce phénomène encore peu étudié, bien que répandu, que se penche une enquête de l’#Unedic parue en fin janvier.

    L’étude s’appuie sur le Fichier national des #allocataires de l’Unedic et de Pôle emploi. Menée par Hélène Benghalem, doctorante à l’Unedic rattachée au laboratoire du CREST (centre de recherche en économie et statistique), l’enquête s’interroge sur les raisons de la progression de la réembauche, et détaille la réalité de ce phénomène.

    Ainsi, difficile de comprendre cette progression sans se pencher sur la typologie de contrats concernés. Car si la réembauche a progressé, c’est principalement en raison de l’augmentation des CDD d’un mois ou moins, qui ont plus que doublé entre 2000 et 2012. La réembauche est en effet une pratique caractéristique des contrats courts : elle représente 84 % des embauches en #CDD d’un mois ou moins.(...)

    Quant au public concerné, c’est une population majoritairement féminine et en moyenne peu diplômée. « En effet, certains secteurs très féminisés tels que la publicité, les enquêtes et sondages et l’hébergement médico-social sont surreprésentés dans la réembauche intensive », explique Hélène Benghalem.

    En termes de volume de travail, l’impact de la réembauche est faible : essentiellement réalisée en contrats courts, elle représente entre 3 % et 5 % de l’ensemble des heures de travail effectuées en 2012.

    #Chômage #travail_des_femmes

  • Vous reprendrez bien une petite louche de sexisme Wikipédien ?
    travail — Wiktionnaire
    https://fr.wiktionary.org/wiki/travail

    travail \tʁa.vaj\ masculin

    Labeur, application à une tâche, effort soutenu pour faire quelque chose, en parlant de l’esprit comme du corps.
    Le seul aspect de la femme révèle qu’elle n’est destinée ni aux grands travaux de l’intelligence, ni aux grands travaux matériels. Elle paie sa dette à la vie non par l’action mais par la souffrance, les douleurs de l’enfantement, les soins inquiets de l’enfance. — (Arthur Schopenhauer, Essai sur les femmes, dans Pensées & Fragments, traduction par J. Bourdeau , Félix Alcan, éditeur, 1900 (16e éd.))

    • Je pense que vous faîtes un procès d’intention : Schopenhauer est certes sexiste mais pas (du moins, on ne peut en être sûr) le wikipédien ayant placé la citation. La mise en forme est importante :

      Labeur, application à une tâche, effort soutenu pour faire quelque chose, en parlant de l’ esprit comme du corps [c’est moi qui met en valeur ici].
      Le seul aspect de la femme révèle qu’elle n’est destinée ni aux grands travaux de l’intelligence, ni aux grands travaux matériels

      La citation sert à illustrer que le travail peut être à la fois intellectuel et manuel et évite ainsi de faire appel à plusieurs citations.

    • Nan mais dites donc, faudrait arrêter de prendre les cochons pour des camés sauvages. Je vous rappelle que là il s’agit de trouver une phrase pour illustrer la définition du mot travail !
      Donc réfléchissons ne serait-ce que 2 minutes à cette belle valeur rendue obligatoire quand on n’est pas rentier·e qui permet
      1- d’être valorisé·e
      2- d’être valorisé·e
      Ah, ben oui, tiens en passant, il parait que les femmes ne valent rien, la preuve, elles sont payées 2 fois moins à diplôme égal. Euh, mais et les femmes qui n’ont pas de diplôme, elles ne travaillent peut-être pas ? ça doit surement être ça. Quoi, tu veux dire que pour se déchirer les entrailles à faire des petits soldats, les nourrir et leur torcher le cul, laver les chaussettes de Monsieur, se mettre à quatre pattes pour passer la serpillère, en fait, c’est pas vraiment vraiment du travail, tu as pas de diplome et encore moins d’argent pour ce que tu sues tout les jours. Et pourquoi ? Ben parce que les hommes ne font pas exprès de prendre les meilleurs places et de ne pas empêcher les femmes de faire la vaisselle plutôt que d’aller étudier, ils sont mignons les hommes, non plus qu’il ne font exprès de ne pas se rendre compte qu’ils ont des enfants avec la femme qu’il quitte pour une plus jeune. En fait, les hommes sont seulement des irresponsables, ils trouvent parfaitement normal de choisir une phrase pourrie et sexiste que de jeunes femmes vont lire quand leur mère leur dit de vérifier sur WP l’étymologie de travail (Tripalium) et que la gamine s’étonne d’apprendre une fois de plus (oui, parce qu’en fait c’est comme le lessive, c’est récurrent) le sexisme illustre, parce qu’évidemment on aurait mis une phrase d’un inconnu ça ne passerait pas aussi bien. Vive la culture des grands hommes !
      Nan, mais laissez moi mourir de suite de rire, j’ai plus envie d’attendre 3000 ans finalement.

  • Center Parcs : 36 métiers, 40 misères
    http://larotative.info/center-parcs-36-metiers-40-miseres-1175.html

    Dans le cadre de la lutte contre l’installation d’un #Center_Parcs à #Roybon (Isère), des opposants se sont penchés sur les conditions d’emploi dans ces centres de vacances. Le texte qui suit, tiré du n°2 de la revue De tout bois publié en avril 2015, apporte un éclairage édifiant sur la précarité de ces boulots. Avec l’ouverture récente d’un Center Parcs aux Trois-Moutiers, dans la Vienne, à quelques kilomètres de #Chinon, on a jugé intéressant de reproduire ce texte.

    Les 700 emplois qui seraient créés pour faire fonctionner l’infrastructure touristique, apparaissent aux yeux des défenseurs du projet Center Parcs de Roybon comme l’argument essentiel et indiscutable. De quels emplois s’agit-il au juste ? Quelles sont les conditions de travail que les salariés devront supporter ? Depuis que le projet de Roybon a été rendu public, les différents Center Parcs ouverts dans le pays ont essuyé de nombreuses grèves. Parcourons chacun des quatre sites existants au moment de ces grèves et laissons les employés exprimer eux-mêmes leurs reproches.

    (...)

    « Nous travaillons presque tous les week-ends sans aucunes compensations avec des horaires pas faciles pour la vie de famille. Nous sommes actuellement plus de 280 salariés alors que nous avons été plus de 300 l’année passée pour autant de travail si ce n’est plus. Le parc de L’Ailette a pour particularité de ne pas avoir le nettoyage intégré dans les effectifs. Nous avons une société de nettoyage. Les salariés de cette boite trinquent encore plus que nous (c’est peu dire. Nombre d’entre eux sont actuellement en procédure aux Prud’hommes) ».

    Soixante-dix employées de cette société de nettoyage (du Groupe K) dont nous parlait ce délégué CGT avait en effet manifesté le 9 mai 2008 devant le Center Parcs du Lac d’Ailette contre certains cadres aux méthodes jugées dégradantes et insultantes : « Pourquoi nous fouille-t-on systématiquement dès que nous sortons du parc ? ». Et aussi : « On nous humilie, on nous rabaisse, on nous insulte plus bas que terre ». Sans oublier la question des cadences : « 118 minutes pour nettoyer une maison pour 8 personnes, c’est intenable ! », et des « retards dans le versement des salaires et des absences de régularisation pour des heures effectuées en supplément ou les jours fériés »…

    (...)

    « On est des esclaves, souffle une manifestante. On travaille trois week-ends par mois et on n’a aucune reconnaissance. » Les femmes de ménage dénonçaient :

    « On commence à la piscine à 5 h jusqu’à 9 h 30. De 10 h à 15 h, on est dans les cottages. Certains sont propres, d’autres très sales. Les temps qui nous sont donnés pour nettoyer les chalets sont trop courts. Pour que les clients aient leur logement à 15 h nous sommes obligées, la plupart du temps, de ne pas prendre notre pause de 12 h à 12 h 30. Je touche 270 € par mois pour deux jours de travail par semaine, témoigne un agent technique de nettoyage. Si on rajoute la mutuelle "obligatoire" de 30 €, il ne reste plus grand-chose à la fin du mois. »...

    #travail_précaire #travail_des_femmes

  • Commerce : « La loi Macron reprend les revendications des patrons sur le travail de nuit »
    http://larotative.info/commerce-sur-le-travail-de-nuit-la-932.html

    L’un des aspects les plus connus de la loi Macron concerne le travail du dimanche dans le commerce. Or, depuis 2010, les syndicats du commerce de Paris luttent contre les ouvertures le dimanche et les déréglementations d’horaires, au sein du comité de liaison intersyndical du commerce de Paris (CLIC-P). Échange à ce sujet avec Céline, militante à la CGT et active au sein du CLIC-P.

    La loi Macron veut créer des « zones touristiques internationales », notamment à Paris, avec possibilité pour les commerces d’ouvrir les dimanches et jusqu’à minuit. Comment tu analyses ce texte ?

    En ce qui concerne le travail de nuit, ce texte est la reprise d’une revendication patronale qui s’est développée suite aux luttes que nous avons menées. Le CLIC-P a fait condamner de nombreuses enseignes qui ne respectaient pas la législation sur les horaires de travai : Galeries Lafayette, le BHV, Uniqlo, Apple, etc. Mais notre lutte contre Sephora a marqué un tournant. On a vu se développer, du côté patronal, la revendication de nouvelles dispositions concernant le « travail en soirée ». Le « travail en soirée » est une expression du patronat qui vise à désigner le travail entre 21 heures et minuit, et qui a été reprise telle quelle dans la loi Macron. Cette notion vient empiéter sur le travail de nuit, qui recouvre normalement le travail effectué entre 21 heures et 6 heures.

    Au moment de l’affaire Sephora, le CLIC-P a été violemment attaqué. On a vu les journaux changer de discours à notre sujet, et nous décrire comme de méchants syndicats qui empêchaient des salariés volontaires de travailler. Le groupe LVMH, qui est propriétaire de Sephora, a mobilisé toute sa puissance de frappe contre nous, en publiant dans les journaux des pages entières de publicité prenant la forme de pétitions de salariés complètement bidons.

    La mise en place du « travail en soirée » dans les zones touristiques internationales nous semble particulièrement injuste. Jusque-là, le travail de nuit était interdit dans le commerce. Pourquoi serait-il soudain autorisé dans certaines zones ? Soit le travail de nuit est dangereux pour la santé – ce que révèlent toutes les études sur le sujet –, soit il ne l’est pas, mais on ne peut pas prétendre que les effets nocifs du travail de nuit seraient tolérables dans certaines zones.

    (...)

    Pour l’instant il est prévu que les patrons, dans les zones touristiques internationales, veillent à la manière dont les salariés rentreront chez eux après avoir débauché. Or, on imagine mal que le patron nous paye le taxi. Si on ajoute à ça la prise en charge par l’entreprise des gardes d’enfants, on monte rapidement à 120 euros par soirée et par salarié. Dans ces conditions, l’ouverture des commerces en soirée n’aurait donc pas un grand intérêt d’un point de vue économique, et apparaît comme une mesure purement idéologique.

    (...)

    Puisque toutes les organisations syndicales étaient opposées au travail de nuit et du dimanche, nous nous sommes regroupées pour peser davantage. On a donc systématiquement trainé en justice les supérettes et les grandes enseignes qui ne respectaient pas la loi, et nous avons aidé l’inspection du travail en nous portant partie intervenante lorsque des procès-verbaux étaient dressés. On a aussi mené des actions de sensibilisation auprès des salarié-es, on a organisé des assemblées générales et des manifestations de rue. On n’est pas restés sur le terrain juridique, on a aussi développé des pratiques militantes.

    C’est comme ça, petit à petit, qu’on a réussi à construire la mobilisation. Parce que lors de notre première manifestation devant un Monoprix du 7ème arrondissement, il y avait beaucoup plus de CRS que de manifestant-es. Mais quand on a manifesté contre la loi Macron au mois de novembre 2014, on était 2 000 en grève et dans la rue. Ces mobilisations ont permis de combattre l’idée selon laquelle les salarié-es étaient favorables au travail le dimanche. Pendant toute une période, les patrons ont mis en avant des salarié-es qui étaient soi-disant volontaires pour travailler le dimanche, histoire de casser la dynamique syndicale. Castorama et Leroy Merlin ont carrément fait appel à une boîte de com’ pour faire passer l’idée que les salarié-es n’étaient pas hostiles au travail du dimanche.

    #travail #dimanche #macron #syndicalisme #commerce

    • Transversalité et offensive : lors de la plupart des conflits sociaux d’ampleur, telle la grève générale de 1995, ou la mobilisation des chômeurs en 1997/98, ces « tatas » ont à Marseille joué un rôle éminent de liaison du fait d’être placées à l’intersection du présent et d’un à venir (les enfants) partagés, du populaire (les parents d’une ville qui inclue une bonne part de ce qui est ailleurs une « banlieue ») et des salariés du public (profs etc.).

      #école #care #précarité #travail_des_femmes #territoire

  • Le cul des autres par Mademoiselle
    http://cqfd-journal.org/Le-cul-des-autres

    Sandrine et Héléna grappillent toutes les deux le Revenu de solidarité active (RSA). Sandrine a un enfant de huit ans, vit en couple et travaille quelques heures par jour dans le « service à la personne ». Toute la journée, elle court entre la maison, les courses, le ménage, la bouffe, l’école et les personnes âgées qu’elle lave, fait manger et écoute se plaindre. Elle bosse deux heures par jour, quarante-cinq minutes le matin, quarante-cinq minutes le midi, et une demi-heure le soir. Évidemment, avec les temps de trajet, ce boulot n’est absolument pas rentable, puisqu’elle passe deux heures sur vingt-quatre dans sa voiture… soit autant qu’au boulot ! Sans compter qu’elle se casse le dos et se coltine souvent des cas assez lourds, comme M. D., qui pisse partout et se partout comporte comme un gros dégueulasse. Elle le supporte pourtant tous les matins, du lundi au dimanche compris. Au total, elle travaille environ quarante-cinq heures par mois, ce qui l’aide vaguement à mettre du beurre dans les coquillettes. Mais il paraît qu’elle a plutôt de la chance, car elle n’est pas seule, même si son mari ne fait pas grand-chose à la maison et que le gamin est suffisamment grand pour « se garder tout seul ».

    Ce qui n’est pas le cas d’Héléna, qui a une enfant de deux ans et qui est « parent isolé », comme on dit. Elle s’est toujours demandé pourquoi on appelait cela « parent isolé », parce que jusqu’à présent, à chaque fois qu’elle rencontre quelqu’un qui élève seul ses gamins, c’est une femme. Comme beaucoup d’entre elles, Héléna essaie de courir après son ex pour toucher une pension alimentaire qui ne vient jamais. Elle reçoit 778 euros de RSA et, en plus, cumule deux petits boulots. Ce n’est pas que ça l’enchante, mais elle s’est sentie obligée d’accepter la dernière proposition qu’on lui a faite, pour ne pas avoir l’air de rechigner à la tâche. Du coup, elle enchaîne des journées marathon et mange dans sa voiture, en cinq minutes, en espérant que les heures effectuées ne lui fassent pas baisser les aides qu’elle touche. Ce serait la catastrophe, avec la nounou à payer et le prix de l’essence. Faire garder les mioches, c’est la grande préoccupation des femmes qui se débattent avec les minimas, comme on dit, et auxquelles on demande d’accepter des petits boulots mal payés pour montrer qu’elles font preuve de bonne volonté dans leur démarche de « retour à l’emploi ». L’une d’entre elles, l’air morne, me résume sa vie ainsi : « Comme boulot, on me propose toujours de m’occuper du cul des vieux… Ça ne me change pas, à la maison, je torche déjà celui de mon mec et de mon gamin. »