• Le Covid-19 frappe plus durement les pauvres
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/07/20/le-covid-19-frappe-plus-durement-les-pauvres_6046774_3244.html

    Une étude française met en évidence un excès de mortalité particulièrement important dans les communes les plus modestes. En cause, le surpeuplement des logements et la nature des emplois occupés.

    Mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade : la phrase de Francis Blanche, même prononcée avec le sourire, a pris des allures de dicton. Le comédien aurait-il pu imaginer que quelques décennies plus tard, un vilain virus donnerait à sa boutade le sérieux d’un résultat scientifique ? Quatre économistes français viennent en effet de montrer que le Covid-19 tue d’abord, et de façon particulièrement importante, les plus modestes. En croisant les données de mortalité, le revenu des communes et les zones de déconfinement, ils mettent en évidence, pour la première fois, par une étude systématique, l’excès de mortalité provoqué par l’épidémie dans les municipalités aux revenus les plus bas. Leur travail vient d’être rendu public, en prépublication, sur le site d’archives ouvertes HAL.

    Pour les quatre économistes, le travail n’était pourtant réalisé qu’à moitié. « Ce qui nous intéressait peut-être le plus, c’était les vecteurs de diffusion », admet Simon Briole. Autrement dit, comprendre les mécanismes qui faisaient des pauvres une cible privilégiée du virus. La littérature leur offrait deux « canaux potentiels » d’exposition : la surpopulation des logements et la nature des emplois occupés. Cette fois, outre les données de recensement, qui permettent de connaître la nature des habitations, ils ont profité de la déclaration annuelle de données sociales réalisée auprès des services fiscaux pour mesurer le poids des différents types d’emploi dans chaque commune.
    Grande promiscuité

    L’indice qu’ils ont ensuite construit laisse apparaître, là encore, des résultats indiscutables. Ces deux canaux expliqueraient jusqu’à 60 % de la surmortalité. L’économiste Eric Maurin, professeur à PSE et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), y voit d’ailleurs un des « points forts » de l’étude :

    « Ce n’est pas simplement que les personnes pauvres sont plus souvent en mauvaise santé qui les a exposées à la surmortalité due au Covid, c’est aussi et surtout leurs conditions de logement et leur métier. »

    Article sur HAL :
    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02895908/document

    #COVID-19 #Inégalités #Conditions_travail

  • Global: Health workers silenced, exposed and attacked | Amnesty International
    https://www.amnesty.org/en/latest/news/2020/07/health-workers-rights-covid-report

    Governments must be held accountable for the deaths of health and essential workers who they have failed to protect from COVID-19, Amnesty International said today, as it released a new report documenting the experiences of health workers around the world.

    The organization’s analysis of available data has revealed that more than 3000 health workers are known to have died from COVID-19 worldwide - a figure which is likely to be a significant underestimate.

    Alarmingly, Amnesty International documented cases where health workers who raise safety concerns in the context of the COVID-19 response have faced retaliation, ranging from arrest and detention to threats and dismissal.

    With the pandemic still accelerating around the world, we are urging governments to start taking health and essential workers’ lives seriously.
    Sanhita Ambast, Researcher and Advisor on Economic, Social and Cultural Rights.

    “With the COVID-19 pandemic still accelerating around the world, we are urging governments to start taking health and essential workers’ lives seriously. Countries yet to see the worst of the pandemic must not repeat the mistakes of governments whose failure to protect workers’ rights has had devastating consequences,” said Sanhita Ambast, Amnesty International’s Researcher and Advisor on Economic, Social and Cultural Rights.

    “It is especially disturbing to see that some governments are punishing workers who voice their concerns about working conditions that may threaten their lives. Health workers on the frontline are the first to know if government policy is not working, and authorities who silence them cannot seriously claim to be prioritising public health.”

    Thousands have lost their lives

  • COVID-19 : 4 scénarios pour la période post-confinement - anticiper pour mieux protéger
    https://www.capgeris.com/pros-1403/covid-19-4-scenarios-pour-la-periode-post-confinement-anticiper-pour-mieux

    – Le premier des quatre scenarios est le plus favorable. C’est celui d’une épidémie sous contrôle au vu des indicateurs disponibles, associée à l’occurrence de clusters localisés pouvant être maitrisés. En présence du virus, ce scenario nécessite cependant un maintien des mesures de lutte contre l’épidémie.
    – Plus défavorable, le deuxième scenario verrait apparaître des clusters critiques, laissant craindre une perte de contrôle des chaînes de contamination, et donc du contrôle de l’épidémie elle-même. Ce scénario exigerait des mesures strictes, précoces et localisées, afin d’éviter une perte de contrôle plus large de l’épidémie.
    – Le troisième scenario, ferait basculer une situation contrôlée vers une reprise progressive et à bas bruit de l’épidémie, plus difficile à identifier. Des indicateurs se dégraderaient alors sans que les chaînes de contamination puissent être identifiées, ni a fortiori contrôlées. Ce scenario exigerait des mesures strictes ainsi que l’activation rapide de plusieurs mesures du P2R-COVID. Les mesures à prendre pourraient encore être envisagées à une échelle régionale si les indicateurs le permettent ou au niveau
    – Enfin, dans le quatrième scénario, la dégradation critique des indicateurs traduirait une perte du contrôle de l’épidémie, et exigerait des décisions difficiles, conduisant à choisir entre un confinement national généralisé, permettant de minimiser la mortalité directe, et d’autres objectifs collectifs, économiques et sociaux, s’accompagnant alors d’une importante mortalité directe.

    Je remarque (avec un certain mauvais esprit) qu’il n’y a pas de scénario « le virus disparaît tout seul parce qu’il fait beau ou pour toute autre raison mystérieuse ».

  • Dominique Méda : « Les plus forts taux de surmortalité concernent les “travailleurs essentiels” »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/23/dominique-meda-les-plus-forts-taux-de-surmortalite-concernent-les-travailleu

    En revanche, l’équivalent britannique de l’Insee, l’Office for National Statistics (ONS), a exploité les données de mortalité par le Covid-19 (« Coronavirus (Covid-19) Roundup ») sous l’angle socioprofessionnel. L’une de ses études analyse les 2 494 décès impliquant le coronavirus intervenus entre le 9 mars et le 20 avril dans la population en âge de travailler (20-64 ans) en Angleterre et au Pays de Galles. La profession étant indiquée sur le certificat de décès, on peut comparer la composition socioprofessionnelle des personnes décédées du Covid-19 à celle de l’ensemble des personnes décédées du même âge et du même sexe.

    Les plus forts taux de surmortalité concernent en premier lieu les travailleurs des métiers du soin à la personne (hors travailleurs de la santé, car les médecins et infirmières n’ont pas enregistré de surmortalité), suivis des chauffeurs de taxi et d’autobus, des chefs cuisiniers et des assistants de vente et de détail ; autrement dit, ceux que l’ONS décrits comme les « key workers », les « travailleurs essentiels ». L’ONS a aussi montré la plus forte probabilité pour les non-Blancs de décéder du coronavirus, en partie explicable par des facteurs socio-économiques.

    L’étude :
    https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/healthandsocialcare/conditionsanddiseases/articles/coronaviruscovid19roundup/2020-03-26

  • Le géant français des centres d’appel met en danger ses travailleurs dans le monde entier
    https://www.bastamag.net/Teleperformance-leader-mondial-call-center-centre-d-appel-droit-de-retrait

    La multiplication des cas de Covid-19 contractés sur les lieux de travail révèle que de nombreuses entreprises ont fait passer leur profit avant la santé et la sécurité de leurs salariés. C’est le cas de Teleperformance, leader mondial des call-centers, qui doit prendre les mesures nécessaires pour protéger ses travailleurs face au Covid-19. Inconnue du grand public, Teleperformance est la face cachée de l’économie numérique. Ses 330 000 salariés, répartis dans 80 pays, sont chargés d’assurer le service (...) #Débattre

    / A la une, #Multinationales, #Conditions_de_travail, Emploi

    #Emploi_

  • Comment la direction de Pôle emploi a minimisé les cas de contamination au sein de ses agences
    https://www.bastamag.net/Pole-emploi-agents-contamines-gants-masques-accueil-du-public-inspection-d

    Un conseiller Pôle emploi de l’agence d’Ivry-sur-Seine est mort du Covid-19 le 5 avril. Les élus du personnel avaient pourtant alerté dès fin février la direction de l’évidence de l’épidémie. Une enquête de l’inspection du travail est en cours. Comment Pôle Emploi a-t-il assuré la sécurité de ses employés – et du public – face au Covid-19 ? Bien avant l’annonce du confinement, des instances avaient vu venir le péril et sonnaient déjà l’alarme. En Île-de-France, le comité social et économique de Pôle Emploi (...) #Décrypter

    / #Services_publics, #Conditions_de_travail, #Ma_vie_au_travail, A la une

  • 51 NYC Department of Education staffers have died from coronavirus
    https://nypost.com/2020/04/13/51-nyc-department-of-education-staffers-have-died-from-coronavirus

    Fifty city school employees have died from the coronavirus, the Department of Education said Monday.

    The DOE released the grim tally after weeks of pressure from the United Federation of Teachers and others to publicly release the number of COVID-19 fatalities in the school system.

    The current total includes 21 teachers, 22 para-professionals, two administrators, a guidance counselor, a food-service worker and two central-office employees, the DOE said.

    The DOE, which said it will update the school system’s death count each week, also reported the coronavirus-related passing of a staffer at a city “enrichment center” for children of essential workers and select other groups.

  • Philippe Klein : « J’ai conseillé à Emmanuel Macron un confinement strict, tout arrêter pendant quinze jours »
    https://www.franceinter.fr/monde/philippe-klein-j-ai-conseille-a-emmanuel-macron-un-confinement-strict-to

    « On ne peut pas parler de #déconfinement tant que l’on n’a pas réussi le confinement. Si j’analyse a posteriori la situation chinoise, les Chinois ont fait un confinement extrêmement efficace sur une période courte, et un déconfinement progressif et contrôlé. C’est ça la bonne méthode : il faut faire un confinement avec une #méthodologie, un confinement strict d’environ 15 à 20 jours où on va empêcher le brassage de la population, associé à l’identification de tous les positifs et les contacts. Et ensuite, un déconfinement progressif.

    À partir du moment où on maîtrise la situation, on peut permettre un retour progressif à un fonctionnement normal de l’économie, puis ensuite un retour dans l’espace public des individus qui sont sans danger pour les autres. Et enfin, une réouverture des écoles : les écoles, c’est toujours ce qu’on rouvre en dernier, parce que c’est ce qu’on doit fermer en premier ».

    #coronavirus

    • Je comprends son propos. Mieux vaut un vrai confinement court qu’un faux (avec industries « vitales » et non-vitales qui fonctionnent toujours, #travailleurs_exposés dans des trains de banlieue bondés) qui dure des semaines, voire des mois. Mais sans masques, sans gel et sans tests, on n’a pas trop le choix, il faut confiner longtemps, et pour que ça tienne ouvrir plein de vannes (pour l’économie, pour l’acceptabilité sociale) qui le rendent de fait peu efficace.

  • La facture | Emma
    https://emmaclit.com/2020/04/13/la-facture

    Salut à toutes et tous, j’espère que vous vous en sortez !
    J’ai le sentiment que ces dernières semaines ont été un peu hors du temps, rapides et suspendues en même temps. On voit passer des tas d’informations sur les réseaux sociaux, et on a du mal à avoir une idée précise de ce qu’il se passe.
    Du coup j’ai essayé de rassembler des informations en une BD, avec, vous vous en doutez, « un peu » de mon regard dedans.
    Les statistiques changent, malheureusement, très vite, donc elles valent ce qu’elle valent, une image de ce qui se passe aujourd’hui, 13 Avril.



    #masques #incurie #coronavirus #Agnès_Buzyn #pandémie #travailleurs_exposés #premiers_de_corvée #stratégie_du_choc
    Mais garanti sans Didier R. !

  • Transmission de COVID-19 par aérosol, les implications pour la santé publique
    https://www.lejournaldumedecin.com/actualite/transmission-de-covid-19-par-aerosol-les-implications-pour-la-sante-publique/article-opinion-47087.html?cookie_check=1586247788

    Nous sommes un groupe pluridisciplinaire et international d’experts qui concluent que la négligence de la transmission du COVID 19 par aérosol est à l’origine de la différence entre les pays qui contrôlent ou ne contrôlent pas la propagation du nouveau coronavirus. La distanciation sociale de 1 m est largement insuffisante. Soyons adultes et acceptons la réalité du risque de transmission par aérosol, limitons toutes activités non essentielles, utilisons tous les moyens de protection de nos voies respiratoires, du FFP2 à l’humble châle, en attendant de développer les outils pour retourner à la pleine activité, à savoir une capacité de dépistage nucléique et sérologique massive de ce virus associé a un confinement des personnes infectées, et une capacité de production locale de masques de FFP2 pour toute (...)

    • ... pour toute la population.

      Quand une personne est infectée, sa toux, ses éternuements, mais aussi sa conversation ou ses chants vont produire un nuage de gouttelettes depuis sa bouche ou son nez.

      Les modes de contamination des maladies virales respiratoires peuvent alors être classés en trois catégories suivant la taille de ces gouttelettes :

      – Pour les grosses gouttelettes si vous êtes à faible distance (inférieure au fameux 1 m) elles peuvent être directement projetées sur vous (la personne saine).

      – Ces mêmes gouttes peuvent tomber sur une surface et la contaminer. Si vous la touchez et portez les mains à votre visage le risque est fort d’être contaminé.

      – Mais pour les gouttelettes de très petites tailles, elles sont susceptibles d’être aéroportées et de se propager sur des distances bien supérieures à 1 m et de produire ainsi un aérosol contaminant pour celui qui le respire.

      Les recommandations données actuellement à la population pour ralentir l’épidémie sont exclusivement basée sur les deux premiers modes transmission du COVID-19 décrite ci-dessus et excluent la troisième possibilité.

      Qu’est-ce qu’un aérosol

      Un aérosol consiste en microgouttelettes qui restent en suspension dans l’air. En effet plus la goutte est petite plus la force de résistance de l’air est grande par rapport à son poids et plus la goutte tombe doucement, éventuellement à vitesse quasi nulle. De plus ces microparticules peuvent par évaporation d’eau diminuer en taille, ce qui leur permet de se maintenir presque indéfiniment en suspension.

      Le mouvement de gouttelettes de différentes tailles produites lors d’une conversation normale, ou d’une toux ou d’un éternuement, peuvent être visualisés par illumination laser comme montré dans la figure ci-dessous, adaptée d’un article publié par un des auteurs de cette tribune dans le Journal of Fluid mechanics en 2014. Dans cet article il est montré que le nuage d’aérosols peut se propager beaucoup plus loin que des gouttelettes isolées grâce aux interactions entre les gouttelettes et la phase gazeuse du nuage. Ainsi un éternuement peut envoyer des gouttelettes jusqu’à 6 mètres de distances.

      Une vidéo récente réalisée par des scientifiques japonais montre aussi très bien comment ces microgouttelettes peuvent rester en suspension dans l’air et voyager très loin, voir ▻https://www.ccn.com/japan-scientists-find-new-transmission-route-of-coronavirus-in-breakthrough-stu

      Quand une personne est infectée, qu’elle soit symptomatique ou non, les microgouttelettes peuvent contenir du virus qui reste infectieux pendant longtemps (la stabilité du virus se mesure en heures), et elles sont donc capables d’infecter les personnes qui les respirent.

      #Masques #aérosol

    • #travail #entreprises

      Les espaces confinés favorisent la transmission par aérosol et peuvent être le lieu d’épisodes de super-contagion, comme ce fut le cas dans des rassemblements évangéliques en France (Mulhouse) et en Corée du Sud (Daegu). En effet, le phénomène peut être exacerbé par un système de chauffage aérotherme ou de la climatisation, où l’air est remis en circulation à l’intérieur des locaux par souci d’économie de chauffage (ou de froid). Il est donc recommandé d’arrêter tout dispositif de ce type, qui contribue à faire circuler l’air ambiant. Par contre, l’aération massive et fréquente par l’air extérieur dans les locaux encore fréquentés par le public, les pharmacies, la poste, les petits magasins d’alimentation et les supermarchés, contribue par dilution à une réduction du nombre de particules infectieuses auxquelles le public est exposé.

      Les systèmes de chauffage aérotherme de nombreux bâtiments comprennent bien évidemment une admission d’air frais pour maintenir la qualité de l’air intérieur, mais ils n’ont été prévus que pour des polluants ordinaires et maintenir un taux d’humidité acceptable. Encore beaucoup plus grave, des systèmes aérothermes autonomes, essentiellement constitués d’un simple échangeur de chaleur muni d’un ventilateur sont largement utilisés pour le chauffage d’ateliers, garages, magasins alimentaires etc. Leurs utilisateurs (artisans, petits industriels, commerçants etc.) doivent prendre conscience du danger qu’ils présentent et de la nécessité d’une mise à l’arrêt immédiate.

      Tu le vois le gros #rebond pour dans une semaine ???

    • Bah... L’armée de réserve montera au front vague après vague. C’est pour une bonne cause. Un petit coup de clairon, un peu de pornhub en direct streaming et quelques jeux du cirque plus tard, et hop ! On n’en entendra même plus parler. Sinon, on pourra toujours compter sur quelques balances providentielles qui nous dévoileront mensuellement deux ou trois vidéos salaces ciblant quelque politi-tocard bien en cour sur les rézosocios. Et si la troupe regimbe, il y aura triple ration de gnôle. Ou des fusillés pour l’exemple.
      Georges Clémenceau ! Sors de ce corps !

  • Confrontés à des conditions de travail dégradées, les chauffeurs-routiers menacent d’exercer leur droit de retrait
    https://www.bastamag.net/Contamination-covid-chauffeurs-routiers-logistique-fret-livraison-frontier

    Six camions de fret français sur dix sont à l’arrêt. Les autres assurent la logistique et l’approvisionnement des secteurs encore en activité, notamment ceux considérés comme essentiels. Avec la fermeture des aires et restaurants routiers, ou l’absence de mesures d’hygiène dans certains entrepôts, les conditions de vie de nombreux chauffeurs-routiers sont jugées déplorables. En temps normal, ils assurent 88 % du transport de marchandises en France. Nombre d’activités considérées comme essentielles, de (...) #Décrypter

    / Santé , #Transports, #Ma_vie_au_travail, A la une

    #Santé_

  • « S’ils veulent mourir ça les regarde, mais qu’ils n’embarquent pas tout le monde avec eux »
    https://acta.zone/sils-veulent-mourir-ca-les-regarde-mais-quils-nembarquent-pas-tout-le-monde-a

    En tant qu’infrastructure fondamentale du capitalisme avancé, la logistique occupe un rôle central dans la crise sanitaire en cours. Dans les entrepôts, s’opposent des directions qui veulent produire à tout prix et des ouvriers qui se battent pour préserver leur santé, celle de leurs familles et la nôtre. Dans la plateforme du groupe Geodis à Gennevilliers, cette bataille soulève des enjeux de vie et de mort. Comme le raconte Nouman1, ouvrier et syndicaliste CGT, c’est dans un rapport renouvelé par la gravité du contexte que s’obtient la préservation des corps. Source : Acta

    • Dans les entrepôts, ces contradictions qui ressurgissent actuellement s’expriment de façon très nette : entre des directions qui veulent produire à tout prix et des ouvriers qui se battent pour préserver leur santé, celle de leurs familles et la nôtre. Dans la plateforme du groupe Geodis à Gennevilliers, cette bataille soulève des enjeux de vie et de mort. Comme le raconte Nouman1, ouvrier et syndicaliste CGT, c’est dans un rapport renouvelé par la gravité du contexte que s’obtient la préservation des corps.

      En ce moment l’entrepôt continue de tourner : comment ça se passe le travail en période de crise sanitaire ? Il y a des mesures mises en place pour vous protéger ? Vous avez déjà eu des cas de Covid-19 ?

      Jusqu’au 17 mars à 23H30, la direction n’a rien fait, mais absolument rien. Enfin si, ils ont juste proposé un point de distribution de gel hydroalcoolique. Mais un seul…pour 300 personnes ! Au bout de 3 heures il n’y avait plus de gel et rien n’était prévu pour réapprovisionner. Ce qui montre bien deux choses : d’abord que les gens étaient inquiets, les salariés ont vite pris les choses au sérieux ; et en parallèle ça montre qu’au contraire la direction n’est pas du tout à la hauteur, ils ne calculent rien, ou alors trop tard.

      Le trop tard a donc eu lieu le 17 mars à 23H30. Un cariste a fait plusieurs malaises respiratoires dans l’entrepôt, sur le quai. Il n’arrêtait pas de tousser et avait du mal à respirer. Il a vomi plusieurs fois. C’était super flippant. On a appelé les urgences et le Samu est venu le chercher immédiatement. À l’hôpital il a été testé positif au Covid-19 et il est resté une semaine, en mauvais état. Maintenant ça va mieux, mais franchement on a cru qu’il allait crever. Le gars il a 6 enfants à la maison2.

      Immédiatement après le malaise, avec les élus CGT on a prévenu tout le monde dans l’entrepôt mais aussi au-delà. On a envoyé des courriers à la direction régionale et nationale, au PDG, avec copies à la CARSAT et à l’Inspection du Travail. Pour les forcer à réagir.
      Le lendemain, la direction a enfin renouvelé le stock de gel. Ils n’avaient pas vraiment le choix, vu que tout le monde était super flippé. Mais ce n’est pas suffisant, un point de gel pour tout le monde. Déjà il faudrait des flacons pour chaque personne, pour que chacun puisse se protéger et protéger les autres en mêmes temps. Mais il faudrait aussi des gants pour tout le monde. Et surtout, il faudrait désinfecter toutes les zones de contacts et dans un entrepôt il y en énormément : tous les scanners qu’on utilise, les douchettes, tous les engins de manutention, c’est des outils qui passent sans arrêt d’une main à l’autre.

      Mais c’était sûr que ça allait arriver. On est nombreux dans l’entrepôt et il y a plein de points de contacts avec l’extérieur. Il y a de grandes chances que le gars ait chopé le virus sur le site, avec les camions qui viennent de partout. On a des chauffeurs qui viennent tous les jours de l’Oise où il y avait pas mal de cas, mais aussi du Nord, ou de plein d’autres pays d’Europe. Et même après la fermeture des frontières avec l’Italie, les circuits logistiques ont continué de tourner. Les boites faisaient passer les camions par le Luxembourg ou la Suisse. Alors qu’on sait que le virus peut rester plusieurs jours sur une surface, les colis continuaient de sortir des camions et dans les entrepôts personne n’était protégé.

      Dans de nombreux cas on voit que les syndicalistes de base ont réagi bien avant les directions d’entreprises. C’était le cas chez vous aussi ? À partir de quand vous avez commencé à sentir le risque ?

      Dès le 11 mars on a eu des suspicions de cas dans l’entrepôt, mais c’était mis sous le tapis. Il y a deux ouvriers qui ont été renvoyé chez eux, un salarié et un intérimaire, avec des signaux assez clairs, la toux et des poussées de fièvre. Mais la direction n’a rien communiqué là-dessous. Ils ne voulaient surtout pas risquer des droits de retrait ou la fermeture du site. Nous on a eu l’information directement par les personnes malades.

      #ouvrier #logistique #Géodis #crise_sanitaire #travail #économie #premiers_de_corvée #travailleurs_exposés #droit_de_retrait #syndicalisme

  • « Ils nous remercient d’être en première ligne pour leurs propres intérêts » : entretien avec un caissier
    https://acta.zone/ils-nous-remercient-detre-en-premiere-ligne-pour-leurs-propres-interets-entre

    Alors que les caissiers et les caissières se retrouvent en première ligne face à l’épidémie de coronavirus, cet entretien permet de mieux saisir la manière dont le travail se reconfigure en période d’état d’urgence sanitaire. Il apparaît aussi que cette situation contribue à mettre en lumière de façon accrue les inégalités de classe qui structurent la société : « la conscientisation sur notre rôle productif et déterminant ne fait que grandir ». Source : ACTA

  • Chez Leclerc, la crise sanitaire révélatrice d’un management par la peur
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/03/chez-leclerc-la-crise-sanitaire-revelatrice-d-un-management-par-la-peur_6035

    Lorsqu’il s’est ému auprès de l’Agence France-Presse, vendredi 20 mars, de l’absence de décontamination du rayon boulangerie après le confinement d’une de ses collègues, dont le conjoint était suspecté d’infection par le SARS-CoV-2, Mathieu Lamour, employé depuis douze ans par le magasin Leclerc de Saint-Etienne-du-Rouvray, dans la Seine-Maritime, et délégué CGT, a reçu de son employeur… une lettre. Ce courrier, Le Monde a pu consulter, lui indiquait que, à la suite de son « intention malveillante » de diffuser de « fausses nouvelles » et de « diffamer » l’entreprise, la direction prendra « les mesures qui s’imposent » et engagera des ­« actions en justice ».

    « Ils ont mis des Plexiglas aux caisses, fournis du gel, mais, les employés n’ont pas de gants, explique le salarié. Et la direction nous a dit qu’elle n’en fournirait pas. Ils ont même mis des affichettes disant qu’il était inutile de mettre des gants sous prétexte d’une surcontamination » La prime de 1 000 euros – versée par certains groupes de la grande distrbution à l’appel du gouvernement pour les salariés mobilisés pendant la crise –, il en était encore moins question. Et quand certains employés ont voulu savoir comment exercer leur droit de retrait, « la direction a répondu que ceux qui exerceraient ce droit ne seraient pas payés », raconte M. Lamour.

    Le quotidien de l’extrême-centre en voie de black-blockisation accélérée. « Management par le peur » ? Qu’est-ce qui te prend, le Monde ?

    • « Le magasin applique la réglementation relative au droit de retrait, indique la direction nationale de l’enseigne E. Leclerc. Sa direction a pris des mesures de protection pour ses salariés, conformément à la recommandation du gouvernement. Le droit de retrait ne paraît donc pas, dans ce cas, justifiable, comme l’explicitent d’ailleurs les instructions du ministère du travail sur son site Internet. »

      La direction précise être « d’accord sur le principe d’une prime », dont elle étudiera les modalités « dans les semaines qui viennent ». Elle souligne que pour les masques, « des livraisons sont programmées pour le magasin en fonction des arrivages » ; et que « pour ce qui est des gants, la médecine du travail a recommandé au magasin de privilégier le lavage des mains plutôt que le port des gants ».

      Chaque magasin a son propre patron

      S’ils adhèrent tous au Mouvement E. Leclerc, chaque magasin, franchisé, possède son propre patron. Un entrepreneur local, indépendant, gros pourvoyeur d’emplois peu qualifiés dans sa région, souvent à la tête de plusieurs supermarchés ou hypermarchés Leclerc, complétés parfois de drive, de stations-service, de magasins de bricolage… Fin mars, ils étaient 542 adhérents Leclerc pour 721 magasins en France. « Certains sont de vrais négriers, mais il y a aussi des patrons qui sont très bien », souligne un autre syndicaliste. Sur France Inter le 18 mars, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, avait mentionné que « des entreprises font pression sur les salariés pour être à leur poste, certains magasins Leclerc par exemple qui ne jouent pas le jeu ».

      La crise sanitaire a mis l’accent sur des pratiques observées dans plusieurs magasins du réseau. « A la pointeuse le matin, faut voir les têtes. Certains soupirent, d’autres lancent un “Vivement ce soir !”. On vient bosser parce qu’on est obligé », soupire Gilles, qui officie dans la logistique. Il nous avait raconté son quotidien quelques semaines avant le confinement, tout comme d’autres salariés travaillant sur divers sites en France, en supermarché, au drive, à la logistique ou dans des bureaux.

      Leurs noms ont été changés à leur demande, par crainte de représailles. Ils décrivent tous une même pression. « Toujours surveillés, toujours encadrés, toujours sous contrôle », « méthodes sournoises », « cadences de plus en plus élevées et flicage de personnel », « diviser pour mieux régner »… « Quand j’ai fini de charger mon camion, je suis obligé d’appeler mon chef pour qu’il vérifie que je l’ai bien fait… J’ai l’impression d’être à la maternelle », raconte encore Gilles.

      Une ascension insolente

      Parallèlement, le réseau Leclerc affiche une ascension insolente. Depuis 2013, il a doublé des géants comme Carrefour ou Casino avec ses 21,8 % de part de marché en France. « Tout ce qui est négatif, on n’en parle pas, et tout ce qui est positif, on en parle, photos à l’appui sur les réseaux sociaux », constate M. Lamour.

      Mais le drame survenu dans l’hypermarché Leclerc de Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle) a fait office de révélateur. Le samedi 11 janvier, peu avant l’ouverture du commerce, Maxime Chery, responsable du rayon bières, dix-sept ans de présence dans le magasin, mettait fin à ses jours sur son lieu de travail. Problèmes personnels, harcèlement, délicate position de ce syndicaliste FGTA-FO au sein de l’enseigne ? Le procureur de la République de Nancy a ouvert une enquête judiciaire.

      Le magasin avait alors adressé « ses sincères condoléances à sa famille » et « témoign[é] son soutien dans cette épreuve dramatique ». Le syndicat FGTA-FO attend les conclusions du procureur pour se porter partie civile ou porter plainte pour « harcèlement moral au travail », « homicide involontaire », et « mise en danger de la vie d’autrui ». Il est conseillé par l’avocat Dominique Riera, qui l’avait représenté dans le procès sur les suicides chez France Télécom. Ce dernier indique « avoir eu des retours spontanés de plusieurs salariés qui vivaient des choses identiques. On recense actuellement les cas individuels pour les instruire ».

      S’ils ne sont pas passés à l’acte, certains y ont songé avant de se raviser. « Cela va me faire beaucoup de bien d’en parler avec vous car, à part mon mari, je ne peux en parler à personne », lâche Carine. Dans son magasin, comme dans d’autres, même les salariés se méfient les uns des autres. « On sait qu’il suffit de se taire, pour monter en grade », lance José.
      Du haut de ses vingt ans de maison, Gilles a vu le système se durcir peu à peu. « Quand j’ai commencé, les dirigeants parlaient cash, on se disait les choses en face, et, après ça, on en restait là. Ils passaient dans les allées, disaient bonjour. Aujourd’hui, le PDG, on ne le voit même plus descendre. » « Il ne regarde que les chiffres », renchérit Paul.

      « Quand je suis arrivé, ils m’ont dit “Nous, c’est notre magasin, c’est une ambiance familiale”, raconte Yann. Effectivement, le PDG a mis toute sa famille, l’un comme directeur du drive, l’autre comme directeur du magasin… Mais ce n’est pas cela qui fait une ambiance familiale. » Paul, dont le magasin était autrefois un Casino voit lui aussi la différence : « L’ambiance a changé, tout comme la façon de travailler. Même les clients voient qu’il y a un malaise dans le magasin. On a enchaîné les démissions, les gens ont craqué. »

      Des dérives managériales

      Les dérives managériales ne sont pas rares, comme avec « cette femme seule avec son enfant, à qui le responsable pourrissait la vie, en modifiant régulièrement ses horaires », raconte un de ses collègues. D’autres encore ont vu leur chef lancer en réunion un : « Moi, je vais vous coller aux couilles. » Dans certains Leclerc, les salariés sont convoqués pour des avertissements, avec procès-verbal. « Vous êtes convoqués au bureau du directeur en présence du DRH, en général au pied levé sans pouvoir vous faire accompagner, raconte Carine. On vous reproche alors votre retard, votre comportement… Et, à la fin, ils dressent un constat. Et vous obligent à le signer. Du coup, cela laisse entendre qu’on reconnaît la faute. »
      « S’ils vous voient sortir votre téléphone, même si c’est pour regarder l’heure, on ne vous le dit jamais en face, mais quelques minutes après, vous êtes convoqué pour ce qu’ils appellent un “suivi d’activité” », relate Gilles. Ils vous demandent de le signer sans nous en donner une copie. Ils finissent où ? ça va sûrement dans les dossiers des gens. »
      Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : avec la crise sanitaire, les travailleurs invisibles sortent de l’ombre
      Sans oublier ce cas de salarié convoqué « pour avoir oublié de retirer de la vente un produit périmé de son rayon, alors qu’on lui avait demandé d’en gérer un autre », raconte M. Lamour. Ou encore cette procédure pour « une erreur dans la gestion des documents durant une journée où… la salariée était en vacances ». « Une fois qu’on est dans le viseur », soupire-t-il.
      Dans d’autres magasins, les caméras de surveillance ne surveillent pas que les tentatives de vol des clients. Comme ce salarié, rappelé à l’ordre pour avoir renseigné « un peu trop longtemps » un client. La direction, « lui a montré la vidéo », raconte un de ses collègues. « Il y a beaucoup de flicages. Du coup, les salariés sont très tendus. »

      Des horaires à rallonge

      Le commercial d’une marque de biens de consommation qui fréquente plusieurs enseignes pour y placer ses produits décrit « des magasins où le droit du travail est peu souvent respecté », où « mes interlocuteurs, en rayon, ont 35 heures indiquées sur leur fiche de présence et en font 60 ». Et où « les trois quarts du service comptabilité sont réquisitionnés pour faire les plateaux de fruits de mer à Noël ».
      Des horaires à rallonge, et parfois des temps de pause non comptabilisés comme dans cet autre Leclerc, où « souvent on nous fait démarrer à 7 h 15, ce qui fait sauter les 3 minutes de pause par heure », raconte Carine. Ou encore, poursuit-elle : « Des plannings qui commencent à 6 h 30 au lieu de débuter à 8 heures conformément au temps de repos, que les gens n’osent pas contester par peur d’être réprimandés. »

      Dans cet autre magasin encore, lorsqu’il a ouvert le dimanche matin, les employés se sont rendu compte, à la fin du mois, que leur salaire n’avait pas été majoré comme le prévoient les textes de loi. La situation a été par la suite régularisée face aux interrogations du personnel. « Le dimanche, chez nous, c’est un volontariat obligatoire », rapporte Yann, s’appuyant sur les propos lancés par son directeur : « Je vous forcerais à venir quitte à aller aux prud’hommes. »
      Pour Carole Desiano, secrétaire fédérale FGTA-FO, « bien souvent dans les grands groupes, quand on nous fait remonter un problème dans un magasin, on passe quelques coups de fil au DRH, pour que des consignes redescendent. Chez Leclerc, on n’a pas d’interlocuteur ».

      La direction d’E. Leclerc répond que « chacun de ces entrepreneurs (comme tous les commerçants indépendants de la distribution française) est autonome et seul responsable de la gestion de son entreprise et notamment dans le management et les ressources humaines. Le sujet de la représentation syndicale concerne donc légitimement chaque société d’exploitation qui en est responsable ».

      #premiers_de_corvée #travailleurs_exposés

  • « Laissés pour compte » : des éboueurs franciliens surexposés face au Covid-19
    https://blogs.mediapart.fr/jeanne-guien/blog/190320/laisses-pour-compte-des-eboueurs-franciliens-surexposes-face-au-covi

    A l’heure du confinement et du télétravail, les éboueu.r.se.s restent en activité, sans bénéficier des équipements nécessaires. Face au danger, Dominique, éboueur chez Veolia, et Eduardo, balayeur à la ville de Paris, racontent comment les valeurs du service public sont récupérées par le secteur privé, incitant le personnel à faire son « devoir » sans le protéger ni du virus, ni de la précarité.


    On nous a dit de bien nous laver les mains, de rester à un mètre... C’est un protocole de Parlement : concrètement, on n’a pas de gel, ni de masque, ni de gants. Quand on part sur nos lieux de collecte, on est dans un camion, confiné.e.s à trois dans une cabine. On ne sait pas si on a le coronavirus, on est proches, on ne sait pas et on n’a pas de protection, et ça fait peur, dans le contexte actuel...

    E. : Je suis sorti faire des courses au marché à côté de chez moi, les éboueu.r.se.s n’avaient ni masque ni gant.

    On vous dit de vous laver les mains pendant les collectes... Mais où ?

    D. : En temps normal, au café, quand on s’arrête pour prendre notre pause. Mais maintenant que les cafés et les brasseries sont fermés, on n’a aucun endroit pour pouvoir se laver les mains, se désinfecter. Ce matin, notre responsable d’exploitation nous a dit qu’il y avait des gels hydroalcooliques : il n’y avait que 14 petits flacons, et 15 masques, pour 130 salarié.e.s ! Par contre, on nous a bien stipulé qu’il fallait prendre les gels, les utiliser et après les rapporter à l’agence...

    ...Vous devez vous les passer entre vous ?

    D. : Oui, parce qu’il n’y en pas, donc ils les gardent, ils les réquisitionnent pour l’usage de la collecte. Il y a même certains camions qui sont réutilisés l’après-midi, sans être lavés, ils ne sont pas désinfectés. C’est pareil pour les locaux. Il n’y a aucune procédure d’hygiène qui est mise en place pour ça, quoi... C’est : "allez-y avec votre courage, et advienne que pourra".

    Vous avez le sentiment d’être envoyé.e.s au casse-pipe ?

    D. : C’est ça. On est conscient de la gravité de la situation, qu’il y a une pénibilité pour les gens, pour la nation. Mais on voudrait un minimum de protection, on a des familles derrière, on n’est pas tranquille. Tout le monde reste chez soi, nous on part au travail, on ne sait pas ce qu’on peut rapporter à la maison...

  • Moi, c’est à ce moment-là que j’ai commencé à penser que l’humanité était foutue : l’invention du Sac baguette publicitaire personnalisé
    https://crea-pack.fr/catalogue/sacs-baguettes

    L’annonceur a même oublié le support papier, au profit des réseaux sociaux et des bannières en tous genres sur internet. L’impression papier mort ? Pas tout à fait, car il existe encore des supports que beaucoup d’annonceurs n’abandonneront pas dès lors ou l’on aura toujours autant d’addiction à notre baguette fraiche et croustillante du matin, c’est le sac à baguette personnalisé, ou le sac à pain papier publicitaire, utilisée par les boulangers, quand ils nous remettent leur succulent produit. Il est impossible de manquer ce message publicitaire sur ce type de support. On le lit en retournant à notre voiture, ou quand le pain se retrouve sur notre table pour y être déguster. Dans ce contexte, ces messages liés à ce moment de plaisir, n’en sont que plus décuplés.

    • Au casino à côté de chez moi, la gentille vendeuse qui enfile une à une les baguettes dans leur fourreau papier me demande d’attendre mon tour dehors. On discute en même temps, ah ben non, elle n’a plus de masque, la pharmacie est en pénurie, elle a réussi à avoir quelques gants qu’elle a enfilé avant. Quand j’ai fini mes courses, elle accourt derrière le comptoir, celui-ci est protégé d’un plastique transparent qui tombe du plafond. Elle ne peut décemment changer ses gants à chaque fois, elle passe les produits au scanner, clic clic avec ses gants, un panonceau indique de bien vouloir payer en Carte de crédit sans contact.
      C’est plus sûr.
      #les_sacrifié·es

  • Listes de #livres mis en #accès_libre par les maisons d’#édition.
    #gratuit

    Éditions La Découverte
    https://editionsladecouverte.fr/art_home/article.php?id=14351

    Dans ces circonstances exceptionnelles, La Découverte a décidé de rendre certains de ses ouvrages accessibles en ligne durant toute la durée du confinement, avec l’accord et l’enthousiasme des auteurs et autrices concerné·e·s. Nous espérons que cela vous permettra de vous occuper mais aussi que cela contribuera à votre réflexion sur l’après et vous permettra de vous projeter dans d’autres horizons.

    Chez soi de Mona Chollet (à lire ici)

    Abondance et liberté du philosophe Pierre Charbonnier (à lire ici)

    Fabuler la fin du monde de Jean-Paul Engélibert (à lire ici)

    L’An 2440 de Louis-Sébastien Mercier (à lire ici)

    * Le droit à la paresse de Paul Lafargue (à lire ici)

    Éditions Amsterdam
    https://fr.calameo.com/accounts/6196393

    Les Briques rouges
    http://www.editionsamsterdam.fr/les-briques-rouges

    Quentin Ravelli
    Les briques rouges
    Dettes, logement et luttes sociales en Espagne

    En Espagne, la brique (ladrillo) est bien davantage qu’un matériau de construction. Elle est l’un des rouages essentiel du capitalisme. Elle est au coeur de la crise de suraccumulation que connait le pays depuis le début des années 2000. Située dans la région de la Sagra en Castille, l’enquête au long cours de Quentin Ravelli, issue d’un documentaire cinématographique, parvient à reconstituer la biographie d’une marchandise ordinaire sur laquelle repose un système entier de domination économique et politique.
    « Pour Angel, la cinquantaine, le choc est ce jour-là violent : il court, nerveux et angoissé, de l’extrudeuse à la “guillotine”, du “piano” au poste de contrôle. Habitué à la tuile, il a dû se reconvertir à la brique en une matinée. Il tremble, il sue, il s’énerve pour un rien. Derrière lui, un enchevêtrement de tapis roulants grincent et crient en acheminant la terre des carrières, tandis que la grosse caisse du mélangeur d’argile, surnommé le “moulin”, pousse des râles graves qui résonnent sous les tôles à chaque passage de la meule. Devant lui, l’extrudeuse ronronne. Sous pression, elle pousse sans fin un gros ruban d’argile chaud et fumant – une brique infinie, un churro géant. »

    Le Propriétaire absent
    http://www.editionsamsterdam.fr/le-proprietaire-absent

    Takiji Kobayashi
    Le propriétaire absent

    À mi-chemin du reportage et du roman, Le Propriétaire absent peint la vie des paysans à Hokkaido dans les années 1920. Partis défricher et coloniser l’île par milliers après son annexion définitive à la fin du XIXe siècle, ces migrants découvrent les duretés de l’exploitation et de la lutte. Dans cet ouvrage, l’auteur livre, par des voies détournées, quelque chose de sa propre expérience et dénonce les abus de la Hokkaidô Takushoku Bank, qui l’emploie alors et qui s’en sépare quand paraît ce roman à charge. Après la publication du
    Bateau-usine, voici un autre ouvrage majeur de la littérature prolétarienne japonaise.

    « Les fabriques de conserves, les bâtiments de l’administration coloniale, les grandes banques, les usines de XX, les canaux, les entrepôts, les parcs, les villas, les automobiles, les bateaux à vapeurs, le quai au charbon… tout ça se mélange, ça hurle comme dans un grand tourbillon. À marcher dans cette ville saturée, on en vient même à douter que quelque part dans ce monde puissent exister des ­paysans tout tordus et couverts de boue. Herbe, montagne, épis, rivières, engrais – c’est ça, un village de paysans ! À ceci près que les habitants d’Otaru, ils n’ont peut-être jamais vu de leurs propres yeux, pas même une fois, un vrai paysan. […] La seule chose, c’est qu’on ne peut plus se laisser avoir éternellement comme des “paysans”. »

    La Petite Ville
    http://www.editionsamsterdam.fr/la-petite-ville

    Éric Chauvier
    La petite ville

    Depuis la fermeture de son abattoir, de sa mine d’or et de ses usines, la petite ville de Saint-Yrieix la Perche, située en Haute Vienne, connaît une déprise démographique et économique. Les mutations du capitalisme ont produit une ville sans qualité. Dans une enquête anthropologique où se mêlent mélancoliquement l’histoire intime du narrateur et l’histoire sociale des habitants de Saint-Yrieix, Éric Chauvier revient sur les traces de son enfance.

    « C’est ici, sur une carte mentale, la mienne probablement, dans un nœud de mémoire, à Saint-Yrieix la Perche, petite ville française du sud du département de la Haute-Vienne, que je suis né (Une nuit de neige et de vent, je m’en souviens comme si c’était hier), le 17 novembre 1971, dans une chambre de la maternité de la ville. Tout au long du xxe siècle naissent en ce lieu des milliers ­d’Arédiens – le nom donné aux habitants de Saint-Yrieix la Perche, étymologiquement référés à Arédius, le saint qui, dit-on, fonda la ville (Ton père était venu à la maternité avec tes grands-parents…). Mais aujourd’hui ce temps est révolu (C’était une nuit très froide), car ce lieu prévu pour donner la vie (Il y avait des congères le long des routes), comme la plupart des usines, comme l’abattoir, comme les magasins du centre-ville, comme les enfants courant dans les rues, criant, riant, explorant ce monde – qui va bientôt disparaître –, a disparu à jamais. »

    #littérature_prolétarienne #sciences_sociales

    Les Liens qui libèrent
    Bullshit Jobs - David Graeber
    https://fr.calameo.com/read/006196667134f1b042fa2

    #travailleurs_exposés (exposés pour leur utilité sociale pas reconnue ou bien pour le seul bénéfice des patrons)

    La Fabrique
    https://lafabrique.fr/offres-epub

    En attendant la réouverture des librairies, La fabrique vous offre 10 livres en téléchargement libre et gratuit.

    Grégoire Chamayou
    Théorie du drone

    Le drone est l’instrument d’une violence à distance, où l’on peut voir sans être vu, toucher sans être touché, ôter des vies sans jamais risquer la sienne. Cette forme de violence télécommandée, […]

    Andreas Malm
    L’anthropocène contre l’histoire

    Du delta du Nil aux cercles polaires, le constat est effrayant : la Terre se réchauffe dans des proportions qui nous mènent aujourd’hui au seuil de la catastrophe. Le concept d’Anthropocène, s’il […]

    Eric Hazan
    La dynamique de la révolte

    Un livre d’histoire ? oui et non. Oui, parce qu’on y parcourt quelque 220 ans d’émeutes, soulèvements, insurrections et révolutions, depuis la prise de la Bastille jusqu’à la chute de Ben Ali […]

    Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Judith Butler, Georges Didi-Huberman, Sadri Khiari, Jacques Rancière
    Qu’est-ce qu’un peuple ?

    Peuple, un mot qui implique la disparition de l’État existant ? Populaire, un adjectif à travers lequel les dominés acceptent les conditions les plus défavorables à leur propre langage ? « Nous, le […]

    Mathieu Rigouste
    La domination policière

    La violence policière n’a rien d’accidentel, elle est rationnellement produite et régulée par le dispositif étatique. La théorie et les pratiques de la police française sont profondément enracinées dans le système colonial […]

    Kristin Ross
    L’imaginaire de la Commune

    William Morris, Élisée Reclus, Pierre Kropotkine : ce ne sont pas les premiers noms qui viennent à l’esprit s’agissant de la Commune de Paris. S’ils tiennent dans ce livre un rôle important, […]

    Joëlle Fontaine
    De la résistance à la guerre civile en Grèce

    Platon, Aristote, l’invention de la démocratie : c’est une tout autre image de la Grèce que montre ce livre, celle d’un pays sacrifié et humilié – comme il l’est aujourd’hui. On y […]

    Françoise Vergès
    Un féminisme décolonial

    Dans le débat public, être décolonial est une infamie. Dans les universités, dans les partis de gauche et d’extrême gauche, les syndicats, les associations féministes, partout on traque une « pensée décoloniale » infiltrée […]

    Houria Bouteldja
    Les Blancs, les Juifs et nous

    Ce livre est un cri – pas un cri de guerre, plutôt un cri de paix. Plus exactement, c’est une série de claques alternant avec des caresses. Appliquées à qui ? Aux Blancs […]

    La Révolution russe, une histoire française
    Éric Aunoble
    La Révolution russe, une histoire française

    En France, la révolution russe est devenue un repoussoir, le moment fondateur d’un totalitarisme aussi terrifiant que le nazisme. Elle n’est plus envisagée que sous l’angle de ses victimes, aussi bien dans le […]

    Les éditions Libertalia
    https://www.editionslibertalia.com/blog/epub-et-pdf-en-acces-libre

    Pour vous accompagner pendant le confinement, nous vous offrons les versions numériques de quelques-uns de nos livres.
    D’autres titres s’ajouteront ces prochains jours.
    • Mon histoire, Rosa Parks : epub (540 ko) / pdf (626 ko).
    • Trop classe !, Véronique Decker : epub (214 ko) / pdf (283 ko).
    • Appel à la vie, Raoul Vaneigem : epub (153 ko) / pdf (229 ko).
    • Les Historiens de garde, Blanc, Chéry & Naudin : epub (379 ko) / pdf (545 ko)

    Codine, Panaït Istrati : epub (152 ko) / pdf (328 ko)

    Raisons d’agir
    La Casse du siècle. À propos des réformes de l’hôpital public
    Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent
    http://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/Casse_siecle_pages.pdf

    • @cdb_77 @fil est-ce que cette image est disponible quelque part. J’aimerai bien l’imprimer et la coller autour de chez moi et la poser dans l’épicerie bio qui ne protège ni ses salariés ni ses clients.

    • @alexcorp Les chiffres ne sont certainement pas très valides, avec d’énormes doutes sur beaucoup de pays (dont Chine, Iran, US…), et pas seulement la France. Mais partout ils sont sous-évalués, et c’est ce qu’on a de mieux pour le moment.

      @touti L’image vient du Financial Times, il faut ajouter soi-même la mention « masques »

    • Ce n’est pas la première fois que je vois ce dessin que je trouvais démonstratif (il confortait la colère : ici, en gros, on a pas de masques), mais là ça me saute aux yeux : pourquoi la Chine est-elle placée dans la zone « no masks » sur ce graphique graffité en deux zones ’avec’ ou ’sans’ ?

    • J’ai vu une super interview en italien sur le masque. Le masque de chirurgien qui empêche de transmettre le virus aux autres (geste civique pour tou·tes) sans se protéger, le masque FFP2 qui empêche de le choper soi-même mais qui le dissémine allègrement venant de soi et devrait donc être réservé aux #travailleurs_exposés (en particulier les soignant·es), sachant qu’en l’absence de tests on ne sait pas qui est porteur et qui est à protéger...

      C’était super intéressant. Un masque est-il utile ? Non, pas pour marcher dans la rue, faire du vélo ou prendre sa caisse, seulement en cas d’interactions avec des personnes à moins de 2m et qui parlent ou éternuent (parler étant un super moyen de disséminer le virus, contrairement à respirer). Comment utiliser un masque ? Le mettre en le touchant le moins possible, ne jamais le retoucher, l’enlever par les élastiques, ne jamais le mettre en contact avec d’autres choses puisqu’il est vite dégueulasse... Si pénurie et impossibilité de le jeter, le désinfecter en l’exposant au soleil ou aux UV.

      Le médecin faisait un peu flipper sur l’usage des masques et sa conclusion est qu’un mauvais usage ne sert à rien, voire contribue à la dissémination, donc le laisser aux soignant·es. Ou tester, former aux règles d’hygiène les personnes porteuses pour améliorer notre réponse. Mais sur ça, on est à la ramasse.

      L’ignorance tue, que ce soit sur le statut de chacun·e (où sont les tests ???) soit que les gestes d’hygiène soient finalement mal connus ou compris (je veux bien que les personnes qui ont le virus ne sortent pas en pensant bien faire avec un FFP2 et je n’ai aucune idée moi-même d’un paquet de trucs comme la durée de tenue du virus sur un vêtement, une boîte d’œufs si j’en retrouve un jour ou un emballage plastique).

      Je n’ai pas la référence (et en ce moment il y a plein de fausse monnaie qui court, celui-ci disait expliquer les recommandations de l’OMS) mais je peux demander.

  • « La voix sans maître », l’émission anarchiste de #Radio Campus Lille.

    2’25 Lecture d’"Après" https://paris-luttes.info/apres-13677?lang=fr
    7’54 Musique : Poison girls - State Control
    10’50 Inteview d’#Isabelle_Attard
    24’55 Altin Gun - Tatlı Dile Güler Yüze
    41’50 René Binamé - Quelques mots sur le cirque éléctoral

    http://www-radio-campus.univ-lille1.fr/ArchivesN/2020-03-27/Voix_sans_maitre_27-03-2020_20h00.mp3

    #état_d'urgence #confinement #stratégie_du_choc #coronacapitalisme #fascistovirus #anarchisme #audio

  • Chez moi hors de moi
    Lor Zevan (statut FB, 28 mars 2020)

    J’attends de la revoir. Je n’applaudis pas les soignants tous les soirs à 20h. Le spectacle de l’hôpital en ce moment me donne envie de hurler, pas d’applaudir. Je suis subjective, là ? Je serai objective quand je serai un objet. Pour le moment je suis sujette à la peur et à la colère. Ma fille est parmi les soignants dans un hôpital public qui naufrage « grâce » à nos bons maîtres. Je n’ai pas envie d’applaudir. Les soignants ne sont pas des héros. Ils travaillent. Dans l’enfer où on les a mis, ils font leur travail. Ils ne veulent ni mourir ni laisser mourir. Depuis deux ans, ils sont dans la rue pour dire la détresse et le danger de l’hôpital « managé », l’hôpital à conférences budgétaires, l’hôpital amputé de lits, de matériel, de personnel pour accueillir et soigner tout le monde, l’hôpital à faire fric mais à salaires minables, l’hôpital amputé de sa vocation à soigner et faire vivre.

    Chez moi hors de moi. Si je branlais des hashtags je dirais ça. Chez moi hors de moi. Deux êtres que je chéris sont parmi les soignants : un médecin et une infirmière. L’ infirmière, c’est ma fille. Je n’applaudis pas les soignants tous les soirs à vingt heures à ma fenêtre. J’ai envie de hurler pas d’applaudir. Je ne dors pas et, dans la nuit, j’ai peur et je veux parler d’elle, un peu. Ma fille, voyez vous, est une jeune-femme remarquable. Elle est née artiste et, dès l’enfance, elle nous a cloué le bec en dessinant le monde d’un trait. Attentive et attentionnée. Rien, du vivant, ne lui échappe. Elle est comme ça. Magique. Attentive et attentionnée. Elle aime la vie, elle aime la protéger, l’embellir, la préserver, la soigner. Elle est diplômée en arts appliqués, bien, mais avec ou sans diplômes, elle est artiste et, en plus, elle est devenue une adulte d’une rare gentillesse. La vraie gentillesse, celle qui est une force. Rare. Un jour, elle a changé de cap. Pas facile. Elle l’a fait. Ma fille, aujourd hui, depuis un an, est infirmière en chirurgie. Ma fille est infirmière et j’ai peur. J’ai peur.
    J’attends de la revoir. Je n’applaudis pas les soignants tous les soirs à 20h. Le spectacle de l’hôpital en ce moment me donne envie de hurler, pas d’applaudir. Je suis subjective, là ? Je serai objective quand je serai un objet. Pour le moment je suis sujette à la peur et à la colère. Ma fille est parmi les soignants dans un hôpital public qui naufrage « grâce » à nos bons maîtres. Je n’ai pas envie d’applaudir. Les soignants ne sont pas des héros. Ils travaillent. Dans l’enfer où on les a mis, ils font leur travail. Ils ne veulent ni mourir ni laisser mourir. Depuis deux ans, ils sont dans la rue pour dire la détresse et le danger de l’hôpital « managé », l’hôpital à conférences budgétaires, l’hôpital amputé de lits, de matériel, de personnel pour accueillir et soigner tout le monde, l’hôpital à faire fric mais à salaires minables, l’hopital amputé de sa vocation à soigner et faire vivre. Les soignants crient depuis des mois : « Nous devons retrouver un hôpital humain. » Personne ne les a écoutés. Dans l’hôpital délabré, ils étaient là. Ils ont dit. Personne n’a applaudi, ni compris, ni agi. Aujourd’hui, en plein fléau, dans l’hôpital carrément naufragé, ils sont toujours là. Comme avant. Quand ça allait très mal mais pas pour tout le monde, on n’écoutait pas. Quand ça va très mal mais pour tout le monde, là on applaudit. Qu ’est-ce qui fait applaudir aujourd’hui ? La prise de conscience d’un danger dont on se croyait préservé mais qui déborde ? La peur d’être touché aussi ? C’est le nombril de quelle angoisse personnelle qui applaudit tous les soirs à 20 heures ? L’hopital débordé, ça fait des mois que les soignants le crient partout où ils peuvent. Les soignants ne sont pas des héros. Le héros étouffe l’ humain. Le héros, on l’applaudit et on l’oublie. Le héros est éjecté de l’humain. Je n’ai pas mis au monde une héroïne. Je n’ai pas mis au monde un sacrifice sur pattes. Ma fille est infirmière. Elle travaille à l’hôpital public. Elle a choisi l’hôpital public. Elle travaille. Elle ne se sacrifie pas. Elle travaille. Elle fait très bien son métier et, comme tous les soignants, et tous les malades, elle est mise en danger par le contexte de ce travail, hôpital délabré par des choix politiques délibérés, dans l’indifférence générale jusqu’à présent.
    Ce métier, elle l’a choisi pour sa dimension humaine. Elle est comme ça. Je n’applaudis pas, je l’aime infiniment. D’être si vraie, si vivante. Ça fait grandir encore. Ma fille me fait grandir encore. Je n’applaudis pas. Seul, le silence peut.
    Quand mes enfants étaient petits, souvent me revenait une phrase entendue dans un film de Théo Angelopoulos, « l’Apiculteur ». Une scène dans laquelle, autour d’un nouveau-né, chacun y va de sa prophétie « Il sera roi, il sera acteur, il sera un génie, un héros ! » et l’apiculteur les arrête d’une voix douce : « S’il vous plait, si vous devez lui apprendre une seule chose, apprenez-lui à être comme tout le monde. » J’ai essayé d’ apprendre, ça, à mes enfants, être comme tout le monde. Ça ne veut pas dire faire ou avoir les mêmes choses. Ça veut dire être. Comme tout le monde. C’est-à-dire essayer de retrouver encore et toujours, n’importe quand, n’ importe où, en n’importe qui, le chemin de l’humain en soi-même et dans les autres. Ne pas perdre le code du vivant. Ce n’ est pas si facile. Surtout dans un monde où certains expliquent à d’autres qu’il y a des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. Et qui reviennent, un jour de grand désastre, dire « Je compte sur vous. » Y compris sur ceux-là qui « ne sont rien » ? Oui. Simplement parce qu’il n y a pas de gens qui ne sont rien. Parce que chacun est tout et rien. Tout le monde est tout et rien. Nous le mesurons en ce moment.
    Le monde n a pas besoin de héros. Le monde a besoin d’humanisme et d’honnêteté. Et ça ira.

    Lor Zevan

    #hôpital #coronavirus #covid19 #santé #infirmières #infirmiers #soignants #néolibéralisme #austérité #HP

  • Clément Viktorovitch : Après la crise sanitaire, la crise morale - Clique à la Maison - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=e57BsCXQFnM

    Ça y est, je regarde enfin les chroniques de ce fameux Clément Viktorovitch. Il est intéressant mais c’est assez drôle de le voir passer d’un soir à l’autre partir de positions assez peu critiques (ici accord sur la rhétorique guerrière de Macron jeudi 12) à des positions plus radicales (bon je trouvais pas ça génial, de parler de guerre, mais là c’est devenu indécent). Je croise les doigts pour que ce soit le parcours d’un paquet de gens qui commencent par applaudir les soignant·es à leur fenêtre puis finissent par huer ces #connards.

    #inégalités_sanitaires #travailleurs_exposés #travail #vidéo #guerre #guerre_sociale

  • Krach test Corona - Le Monolecte
    https://blog.monolecte.fr/2020/03/27/krach-test-corona


    Pour me sortir de ma sidération, il me fallait un coup de fil salvateur.

    À quel moment sait-on que l’on vit dans un monde dirigé par d’immondes raclures ?

    C’est quand, au onzième jour de confinement, Astrid t’appelle à l’heure de la sieste pour te proposer posément de discuter de la meilleure manière de faire des économies sur ta putain de facture d’électricité.

  • Nettoyage, entrepôts, livraisons… les travailleurs étrangers en première ligne face au coronavirus
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/27/nettoyage-entrepots-livraisons-les-travailleurs-etrangers-en-premiere-ligne-
    Un livreur à Paris, le 18 mars, jour 2 du confinement. Plusieurs syndicats et collectifs de livreurs ont demandé leur « arrêt immédiat », avant que les livreurs ne tombent comme des mouches », disent-ils dans un communiqué, publié jeudi 26 mars PHILIPPE LOPEZ / AFP

    Les secteurs du nettoyage, de la sécurité ou de la livraison recourent beaucoup aux travailleurs issus de l’immigration, parfois sans papiers. Et souvent sans protections.

    Hamidou Sow prend le bus, le RER et le métro tous les matins. Depuis la Seine-Saint-Denis, où il habite, il rejoint le sud de Paris. Ce Sénégalais de 38 ans travaille dans le nettoyage et son employeur ne lui a pas donné congé. Au contraire. Sur un chantier géré par un grand groupe de BTP, il récure bungalows, toilettes et espaces de restauration au quotidien.

    « Mercredi, on nous a fourni des gants, des masques, du gel hydroalcoolique », énumère-t-il. Alors, il se sent « un peu protégé ». Hamidou Sow est en cours de régularisation. Comme de nombreux travailleurs étrangers, il évolue dans des secteurs aujourd’hui fortement sollicités, malgré les consignes de confinement. « Les travailleurs étrangers, avec ou sans titre de séjour, sont en première ligne dans les activités de nettoyage, de ramassage et de tri de déchets, d’aide à la personne, d’agriculture ou de commerce, indispensables aujourd’hui », considère Marilyne Poulain, chargée des questions liées aux travailleurs sans papiers à la CGT.

    Mahamadou Kebbe, Franco-Malien de 33 ans, est agent de sécurité. Il travaille le week-end à l’accueil des urgences d’un hôpital de Seine-Saint-Denis. « C’est très compliqué, reconnaît-il. Je vois beaucoup de monde avec des symptômes du virus. Je regarde deux ou trois fois par jour ma température et j’ai décidé de ne plus faire de ronde dans les services. » Malgré la situation, l’employeur de Mahamadou Kebbe ne lui a pas fourni d’équipement de protection, faute de disponibilité. « Si l’hôpital ne nous en avait pas donné, on serait en danger », souligne-t-il.

    « Ils sont environ 70 là-dedans »
    Daouda (le prénom a été modifié) fait, lui, sans masque. Ce jeune Malien sans papiers travaille comme éboueur pour une grande intercommunalité d’Ile-de-France. « Pour le moment, personne n’est malade, ça se passe bien, se rassure-t-il. On nous a donné des savons et on se lave les mains avant et après le service. » Chauffeur de poids lourds dans la collecte des ordures ménagères dans le Val-de-Marne, Ousmane Sissoko a quant à lui eu des masques « au début ». « Mais là, on n’en a plus », confie ce travailleur malien, régularisé en 2009. Pour plus de prudence, son équipe s’organise : « On évite d’être trois dans la cabine du camion, il y en a un qui peut rester derrière », explique-t-il.

    « Les salariés les plus précaires sont exposés et ce ne sont pas des professionnels de la santé. Il faut que l’employeur prenne des dispositions », rappelle Rémi Picaud, représentant de la CGT-Commerce, soucieux notamment des conditions de travail dans les entrepôts logistiques des plates-formes de commerce en ligne. Farid (le prénom a été modifié), franco-algérien, travaille dans l’un d’eux, dans les Hauts-de-Seine, comme agent de sécurité. Il a été arrêté il y a quelques jours par son médecin. « Le collègue qui me remplace la nuit m’avait appelé depuis l’hôpital. Sa femme est malade et lui a un arrêt de quinze jours », justifie-t-il.

    Farid ne veut pas prendre de risque : « Je suis diabétique et j’ai des enfants en bas âge. » Il s’inquiète de l’absence de précautions prises pour les travailleurs de l’entrepôt. « C’est catastrophique, dit-il. Ils sont environ 70 là-dedans. Et j’en ai vu un seul avec un masque. Ils prennent tous les transports en commun. Les produits arrivent en vrac et ils les emballent avant de les réexpédier. C’est tous des étrangers. La plupart sont autoentrepreneurs ou intérimaires. »

    Quelques jours avant d’être arrêté, Farid avait déclenché une procédure de droit d’alerte auprès de son employeur en raison des risques de propagation du Covid-19. « Il a envoyé quatre flacons de gel, des gants et un masque pour toute l’équipe », détaille l’agent de sécurité.

    « Virés »
    Jean-Albert Guidou, de la CGT de Seine-Saint-Denis, rapporte le cas de deux salariés d’un commerce alimentaire, sans papiers et atteints du Covid-19. « Ils ont travaillé alors qu’ils avaient des symptômes et qu’on était dans une situation qui pouvait faire craindre une contamination plus large, estime-t-il. L’employeur, qui ne les avait pas déclarés, les a finalement virés. »
    « Un grand nombre de travailleurs sans papiers sont indispensables à l’économie du pays et sont plus vulnérables, souligne Mme Poulain. Nous revendiquons plus que jamais leur régularisation. Il faut aussi garantir leur accès aux soins. Ils n’ont pas la sécurité sociale alors qu’ils cotisent, et beaucoup n’ont pas droit à l’aide médicale d’Etat car ils dépassent le seuil de ressources. »

    La responsable syndicale s’étonne par ailleurs du maintien de certaines activités comme la livraison de repas via les plates-formes comme Uber Eats ou Deliveroo. Plusieurs syndicats et collectifs ont demandé leur « arrêt immédiat », « avant que les livreurs ne tombent comme des mouches », disent-ils dans un communiqué, publié jeudi 26 mars. « On voudrait que les livreurs puissent se protéger mais les plates-formes ne les indemnisent que si un médecin justifie de leur mise en quarantaine ou de leur contamination, relate Jean-Daniel Zamor, président du Collectif des livreurs autonomes parisiens. Quant aux autres, soit ils ne gagnent plus d’argent, soit ils continuent de travailler. »

    Le gouvernement prône la livraison « sans contact » (avec le client, le repas…) mais la règle est impossible à respecter. Digicodes, portes d’immeuble, boutons d’ascenseur, rampes d’escalier… le risque est omniprésent.

    #travail #travailleurs_étrangers #premiers_de_corvée

    • Les salariés de la propreté aux avant-postes face au coronavirus
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/30/les-salaries-de-la-proprete-aux-avant-postes-face-au-coronavirus_6034904_323

      Dans ce secteur comme ailleurs, le manque de masques ou d’équipements de sécurité se fait cruellement sentir. Pourtant, très peu de salariés font valoir leur #droit_de_retrait.

      Anne-Marie n’est ni infirmière ni caissière, et personne ne l’applaudit le soir à 20 heures. Pourtant, elle aussi dit aller au travail le matin « la peur au ventre ». Comme son mari, elle est employée dans des entreprises de #nettoyage. « Chaque matin, on se demande si on va aller travailler. Nos deux enfants voudraient que nous restions à la maison. Mais on a les charges à payer, le réfrigérateur à remplir, alors, on y retourne. »

      Environ 550 000 personnes sont salariées dans le domaine de la propreté et du nettoyage en France, un secteur aujourd’hui soumis à deux mouvements antagonistes : d’une part, la fermeture des bureaux, commerces non alimentaires, écoles, crèches (ce qui entraîne une réduction d’environ 60 % de l’activité) ; d’autre part, la nécessité, pour les entreprises, de continuer à intervenir afin d’assurer le nettoyage des établissements de soins (hôpitaux, cliniques, Ehpad...), des transports en commun, des supermarchés et des commerces alimentaires ou encore des entrepôts logistiques. Sans oublier les copropriétés, où les prestataires viennent toujours évacuer les ordures ménagères, nettoyer halls d’entrée, ascenseurs et escaliers avec une attention toute particulière aux « points de contacts » : digicodes, poignées de porte, boutons d’ascenseur...

      « Nous avons aussi été appelés pour assurer la continuité sanitaire dans les copropriétés dont les gardiens ont été mis en congés par les syndics », témoigne Aurélie Boileau, présidente de l’entreprise Utile et Agréable, qui emploie 1 000 salariés pour entretenir 5 000 immeubles en Ile-de-France.

      Dans ce secteur comme ailleurs, le manque de masques ou d’équipements de sécurité se fait cruellement sentir. Selon Jean-Pierre Duquesne, président de la FEP (Fédération des entreprises de propreté et services associés) Ile-de-France et dirigeant de Netindus, « quelques entreprises on pu mettre des équipements de protection individuelle à disposition de leurs salariés ». Mais la grande majorité se « débrouille » avec les moyens du bord : des gants de ménage, « mais ni masques ni combinaisons jetables ».

      « Ils sont très courageux et savent se mobiliser »

      « Nos salariés ont tous du gel hydroalcoolique et des gants à usage unique, mais pas de #masques », confirme Aurélie Boileau. Pour de nombreux chefs d’entreprise, la situation est intenable. « Les employés sont pleins de bonne volonté, mais si on les envoie sur le terrain, il faut qu’ils soient en sécurité », insiste Laurent Ruh, directeur général de RH Propreté, une entreprise installée dans l’Est.

      Ainsi, Philippe Jouanny, le président de la FEP, a écrit une lettre ouverte au gouvernement pour « demander que les entreprises de propreté puissent être incluses dans les métiers dits essentiels au maintien de la salubrité civique et pouvoir ainsi bénéficier des équipements et des moyens de transport en priorité (...) Il est impératif que ces professionnels de l’hygiène et de la désinfection puissent poursuivre leurs activités indispensables à court et moyen termes dans les conditions optimales de protection des agents de service de propreté ».

      Malgré ces conditions difficiles sur le terrain, le secteur ne reçoit que très peu de demandes de droit de retrait de la part des salariés, qui continuent à aller travailler vaille que vaille. « Nos salariés ont des vies difficiles. Ils sont très courageux et savent se mobiliser », reconnaît Aurélie Boileau, qui a mis en place des échanges avec les partenaires sociaux au sein de son entreprise pour informer les équipes.

      Anne-Marie, déléguée syndicale CGT, avance une autre explication : « Le secteur compte beaucoup de #travailleurs_précaires, qui parlent mal le français et ne savent pas se défendre. » De fait, selon les statistiques diffusées par la profession, un salarié sur deux n’a aucun diplôme de formation initiale, un sur trois est de nationalité étrangère, et six sur dix sont à temps partiel. En outre, le quart des fonds de professionnalisation de la branche est consacré à la lutte contre l’illettrisme.

      #premiers_de_corvée

    • Coronavirus : avec la crise sanitaire, les travailleurs invisibles sortent de l’ombre, Par Laurence Girard , Alexandre Piquard , Camille Bordenet , Francine Aizicovici , Juliette Garnier , Cécile Prudhomme , Eric Béziat , Béatrice Madeline et Louisa Benchabane
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/01/avec-la-crise-les-travailleurs-invisibles-sortent-de-l-ombre_6035123_3234.ht

      TÉMOIGNAGES Alors que l’économie française connaît un arrêt brutal en raison de l’épidémie de Covid-19, caissières, livreurs, agents de nettoyage, ouvriers de chantier, conducteurs de métro, auxiliaires de vie, apparaissent enfin pour ce qu’ils sont : des rouages essentiels de la vie du pays.

      Le Covid-19 les a fait surgir au grand jour. Alors que l’économie du pays est clouée au sol, caissières, livreurs, agents de nettoyage, ouvriers de chantier, conducteurs de métro, auxiliaires de vie, ces #travailleurs_invisibles apparaissent enfin pour ce qu’ils sont : des rouages essentiels de la vie du pays, sans lesquels point de commerces, de transports ou de services aux personnes.

      Alors qu’une partie des salariés s’installent dans le télétravail, ils et elles n’ont pas d’autre choix que de continuer à aller travailler, parfois de nuit, souvent en horaires décalés, toujours au risque d’attraper la maladie. Quatre d’entre eux ont déjà perdu la vie, comme le rappelle la fédération CGT des commerces et services dans une lettre ouverte adressée à la ministre du travail Muriel Pénicaud, le 31 mars. Et des centaines d’autres sont contaminés. Une situation qui a incité la CGT Commerce a déposé plainte contre la ministre du travail devant la Cour de justice de la République, estimant que les salariés de la distribution manquaient de protection face au coronavirus. « Cette crise fait apparaître une forme de pénibilité que l’on n’imaginait plus : celle d’être exposé à un risque sanitaire létal dans le cadre de son activité professionnelle », souligne le sociologue Julien Damon, professeur associé à Sciences Po. « Cette exposition à des risques majeurs n’était plus tellement prise en compte dans l’évolution de notre droit du travail, on l’avait un peu oubliée. »

      Selon une note de l’OFCE publiée lundi 30 mars, 8,4 millions de personnes en France peuvent travailler à distance, de leur domicile : la moitié sont des cadres, les autres sont employés qualifiés ou appartiennent aux professions intermédiaires, comme les enseignants. Et, à l’inverse, 18,8 millions de salariés, ouvriers ou employés pour l’essentiel, ne peuvent effectuer leur travail à distance. Pour certaines personnes interrogées, il existe une certaine fierté à continuer à aller au travail, que ce soit pour ne pas laisser tomber les « copains » ou les personnes dont elles s’occupent, pour contribuer à assurer le service public. Mais c’est aussi un non-choix. Droit de retrait difficile à faire appliquer, nécessité de faire rentrer un salaire coûte que coûte. Beaucoup y vont la boule au ventre, avec la peur de tomber malade, de contaminer leur famille.

      « On est là pour la survie de l’entreprise »
      Samuel Dubelloy, 48 ans, ouvrier chez Arc à Arques (Pas-de-Calais)

      « Je travaille chez Arc depuis plus de quinze ans, pour un salaire de 1 944 euros, à raison de trente-deux à trente-trois heures par semaine. Le mois prochain, j’aurai 49 ans. Je n’ai jamais vu autant de gars ayant peur d’aller travailler, c’est énorme. Depuis lundi 23 mars, toute l’organisation du personnel a été revue [seuls 700 des 2 500 ouvriers y ont conservé leur poste sur les chaînes de production, à la suite de l’adoption d’un plan de crise réduisant de 70 % le tonnage pour se conformer aux mesures de distanciation sociale]. Certains sont en chômage partiel. D’autres sont en congés maladie pour garde d’enfants de moins de 16 ans.

      Je suis assistant à la fusion de l’un des cinq fours qui produit encore au sein du site. On y fabrique du verre pour des hublots de machines à laver et des assiettes de couleur noire, à raison de 440 tonnes par jour. Bien que l’Audomarois soit épargné et qu’il n’y ait pas eu de malades du coronavirus dans le coin, ni à l’usine, pour le moment, j’ai peur. Quand j’arrive, j’ai mal au ventre. Et puis ça passe. Au fond, le boulot, il n’a pas changé. Tout le monde est bien protégé. On est habitués à porter des masques, puisque la fusion du verre fait appel à des produits nocifs, du nickel, de la silice, du chrome ou de la chaux vive. Et puis je me dois d’être là au côté de mon fils, qui est conducteur de machines, et pour la survie de l’entreprise. Arc a traversé des situations très difficiles [en 2013, elle a frôlé le dépôt de bilan]. Cette crise ne va pas améliorer la situation, ça c’est sûr. Mais on ne peut pas arrêter des fours verriers. On ne peut pas tout mettre par terre. Il y a 680 personnes qui d’habitude travaillent sur ce four. Beaucoup ont plus de 50 ans. Ils retrouveraient difficilement un emploi si Arc s’arrêtait. »

      « La prime de 1 000 euros, je m’en fous »
      Olivier*, 49 ans, agent de nettoyage en gare TER (Bouches-du-Rhône) pour le compte de Sud Service, filiale du groupe Nicollin

      « La prime de 1 000 euros ? Je m’en fous pas mal. Ce n’est pas ça qui va me rassurer sur mes conditions de travail. J’ai peur, oui, je ne peux plus faire semblant. Nous sommes deux agents de nettoyage dans une camionnette. Mon collègue a des allergies. Il éternue, renifle, toute la journée. Et ni lui ni moi n’avons de masque. Pourquoi on ne me donne pas un autre véhicule ? L’entreprise en a plein d’autres. Au moins le temps que le pic d’épidémie passe. Je ferais ma tournée seul. Au volant, je ne peux pas être à moins de 1,50 m de mon collègue. De 8 heures à 16 heures, toute la journée, je ramasse des mouchoirs usagés, nettoie les trains, les toilettes. Et nous n’avons pas de gel hydroalcoolique.

      Partout, sur les réseaux sociaux, le Groupe Nicollin dit « prendre des mesures pour votre sécurité et celle de ses agents ! » Mais nos chefs ne savent rien de ce qui se passe sur le terrain. Dans les gares, comme les toilettes sont fermées, je ne peux plus me laver les mains. Et comme il n’y a plus d’agents de la SNCF, les voyageurs s’adressent à nous pour trouver leur train. Ils sont pressés. Ils parlent fort, postillonnent. Ils se tiennent trop près de nous. On ne peut pas continuer comme ça. »

      « Je contribue à la continuité du transport public »
      Cédric Gentil, 41 ans, conducteur RATP sur la ligne A du RER (Ile-de-France)

      « Pour aller travailler, je dispose d’un équipement de protection assez sommaire. Depuis la mi-mars, nous avons un kit personnel que nous emportons en permanence avec nous. Il contient des lingettes désinfectantes, des gants et deux masques chirurgicaux à utiliser uniquement si je dois porter assistance à un voyageur malade. L’un des masques est pour moi et l’autre est destiné à l’usager.

      A chaque prise de poste, l’entreprise me fournit six petites lingettes désinfectantes pour nettoyer mon poste de conduite. Mais cela ne suffit pas. Alors, comme mes collègues, j’arrive avec mes propres lingettes. Cette question du nettoyage, c’est le sujet qui suscite le plus de crainte, de colère même, chez les conducteurs. Avec parfois l’envie d’arrêter. Sachant que, dans mon centre d’attachement de Torcy (est de la ligne A du RER), on compte une dizaine de personnes positives au Covid-19. Les mesures d’assainissement prises avec retard ne sont toujours pas effectives. Par exemple, l’équipe de nettoyage en bout de ligne, à Saint-Germain-en-Laye, est présente une fois sur deux.

      A Boissy-Saint-Léger, un collègue a un jour signalé qu’une voiture avait été souillée par les vomissures d’une personne malade. La consigne a été d’en interdire l’accès parce qu’on n’avait pas les moyens de la nettoyer. Ce n’est déjà pas acceptable en temps normal mais alors, durant cette période… Cela me met d’autant plus en colère qu’au même moment Ile-de-France Mobilités [l’autorité organisatrice des transports dans la région parisienne] communique en disant que les trains sont désinfectés plusieurs fois par jour.

      Il y a quand même des mesures qui fonctionnent, comme la nouvelle organisation mise en place pour réduire le nombre de personnes présentes en même temps dans les centres d’attachement. Contrairement à certains de mes collègues, je n’ai pas d’appréhension majeure dans le fait d’aller travailler, je suis même plutôt satisfait de contribuer à la continuité du transport public. »

      « Nous avons besoin de considération »
      Cécilia*, 29 ans, auxiliaire de vie (Allier)

      « Je suis auxiliaire de vie, nous sommes auxiliaires de vie, celles qui permettent à des personnes âgées de maintenir leur vie à leur domicile, que ce soit par souhait, par manque de moyens, de places en structure… Je vais être encore plus directe, nous sommes celles qui empêchent certaines personnes de crever la bouche ouverte en silence, seules, parce qu’elles n’ont personne. C’est ce qui arriverait si toutes les aides à domicile se mettaient à faire la grève en même temps, et encore plus en ces temps de crise sanitaire. Si nous n’étions pas là, qui ferait les courses pour ces personnes fragiles, qui leur préparerait leurs repas, les laverait, les écouterait, et j’en passe ?

      On nous laisse sur le terrain avec pas ou peu de moyens de protection, notre profession n’étant pas considérée comme prioritaire. Certaines ont aussi de grandes difficultés à exercer leur droit de retrait. Et tout cela pour ne pas avoir la moindre reconnaissance de notre gouvernement : pas un mot gentil à notre égard ou une mesure. Je suis une maman de deux enfants en bas âge qui, en plein confinement à cause d’une épidémie, se lève et va travailler. J’aime mon métier et j’ai de l’affection pour ces personnes en situation de faiblesse, mais nous avons besoin qu’on nous donne les moyens d’exercer sans risque notre métier. Nous avons aussi besoin de considération. »

      « C’est le pot de terre contre le pot de fer »
      Tatiana Campagne, 30 ans, élue SUD-Solidaires et employée logistique chez Amazon à Lauwin-Planque (Nord)

      « Au début du coronavirus, parmi les employés d’Amazon de mon site, on a fait comme tout le monde, on a attendu de voir. Mais comme nous recevons beaucoup de marchandise de Chine, nous avons commencé à nous inquiéter. Nous avons évoqué l’idée d’utiliser des gants ou du gel hydroalcoolique mais ça faisait plutôt sourire. Pourtant, si on nous avait écoutés plus tôt…

      La peur s’est vraiment installée le jeudi 12 mars, quand Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des écoles. Ça confirmait que le virus était bien dangereux. Avec les autres syndicats de notre entrepôt, nous avons cherché à répondre aux inquiétudes des salariés. Et avons commencé à dénoncer le manque de mesures de protection sur le site. Nous avons conseillé aux salariés d’arrêter le travail en exerçant leur droit de retrait. Mais Amazon estime la sécurité satisfaisante et refuse de payer les employés qui font jouer ce droit. En réponse à notre mobilisation, la direction a renforcé les mesures pour faire respecter la distanciation sociale, en poussant les meubles des salles de repos, en décalant les horaires de travail…

      Mais, avec 2 500 salariés sur le site, c’est très difficile d’éviter le risque de contagion. Il n’y a toujours pas de gel pour tout le monde, de masques, de gants… Pour nous, Amazon outrepasse ses droits. C’est le pot de terre contre le pot de fer. Donc, avec l’intersyndicale, nous allons porter les cas de droit de retrait devant les prud’hommes. Moi, j’aurais voulu faire jouer mon droit de retrait mais je ne me voyais pas rester à la maison, en sécurité, et laisser tomber les employés. »

      « Les collègues sont à fleur de peau à cause de la promiscuité »
      Laurence Gillet, 56 ans, responsable du rayon des produits frais, libre-service et découpe, au Super U d’Egletons (Corrèze), et élue du syndicat Force ouvrière

      « Ce métier, je l’ai choisi. J’aime ce que je fais. Ici, on est dans une petite ville, dans un magasin où l’on se sert les coudes. Les collègues me disent : “Je viens car je ne suis pas un tire-au-flanc, mais j’ai peur.” Et puis, on s’entend bien. Mais la fatigue commence à s’installer, physique, et surtout psychologique. Les premiers jours ont été très difficiles, avec beaucoup d’incivilités. C’était la razzia dans les rayons. Les protections pour les hôtesses de caisse, les gants, le gel, ont été mis en place un peu tard, et parfois dans la débrouille : une collègue a par exemple utilisé une toile cirée mise comme un rideau de douche.

      Avec la loi d’urgence sanitaire, on peut faire le remplissage du magasin la nuit et éviter de croiser du public. Le magasin a demandé qui était volontaire pour faire l’équipe de nuit. Depuis mardi 24 mars, au lieu de travailler de 6 heures à midi, je commence à 18 heures jusqu’à minuit, voire 1 heure du matin.

      La nuit, la fatigue est physique, mais, dans l’équipe de jour, les collègues sont à fleur de peau à cause de la promiscuité avec les clients… Jusque-là, personne n’a été touché, mais le jour où on aura un cas, j’ai peur que ça dérape. D’autant qu’il y a encore des clients qui n’ont rien compris, qui font leur sortie journalière pour acheter une bouteille de Coca ou un paquet de sucre. D’autres qui viennent en famille avec leurs enfants qui courent partout. Et au drive, c’est encore pire, car les gens ne supportent pas d’attendre. »

      « J’ai pensé arrêter de travailler. Mais je n’ai pas le choix »
      Thomas De Carvalho, 30 ans, artisan taxi pour sa société, Thomas TRC (Ile-de-France)

      « J’ai perdu 90 % de mon chiffre d’affaires en mars. Il n’y a presque pas de clients. J’ai ma clientèle privée, ça marche encore un peu, avec deux ou trois courses par jour. Pour rassurer les clients, j’ai mis un film alimentaire entre les sièges avant et arrière, des gants et du gel hydroalcoolique à disposition à l’arrière, c’est gratuit. J’ai commandé du Plexiglas pour remplacer ce rafistolage. Je nettoie ma voiture après chaque client. Si l’un d’eux ne met pas les gants, je le refuse. Je suis là pour servir, pas pour subir, ni mourir.

      Je n’ai pas peur du coronavirus pour moi-même. Mais j’ai peur pour ma famille, mes clients. J’ai pensé arrêter de travailler. Mais je n’ai pas le choix. J’ai 5 000 euros de charges par mois, dont 1 500 euros pour la licence et 565 euros pour la voiture. Vendredi 20 mars, j’ai appelé des grandes surfaces pour leur proposer mes services pour livrer. J’attends. »

      « Mon employeur a refusé mon droit de retrait »
      Antoine*, 34 ans, chef d’équipe logistique d’un sous-traitant d’EDF, dans la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly (Loiret)

      « Dans la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, il aura fallu que les salariés de sous-traitants menacent d’arrêter de travailler pour qu’EDF prenne des précautions. Dans la zone contrôlée, on est tenu de mesurer sa radioactivité fréquemment, notamment en glissant ses mains pendant dix secondes dans un appareil. Mais celui-ci n’était pas désinfecté, malgré le passage de centaines de personnes par jour. De plus, dans le bâtiment du réacteur en cours de rechargement, les distances de sécurité n’étaient pas respectées et les poignées de porte n’étaient désinfectées que deux fois par jour. Mon employeur a refusé que je fasse usage de mon droit de retrait. Il l’a considéré abusif. De mon côté, je n’avais qu’une peur : contaminer ma famille en rentrant chez moi le soir.

      Mais à partir du mardi 17 mars, nous avons commencé à nous mobiliser en refusant d’entrer dans la zone contrôlée tant que des précautions n’étaient pas mises en place par EDF. Autour du 23 mars, EDF a adapté le dispositif : une distance d’un mètre est respectée dans la zone contrôlée, et on est autorisés à porter des gants pour mesurer notre radioactivité. Les chantiers sur les arrêts de tranche (période pendant laquelle un réacteur est arrêté) sont aussi suspendus le week-end. Mais ces mesures arrivent trop tard. Quelques collègues présentent des symptômes de la maladie. »

      « On vit au jour le jour »
      Amélie Huyn, 26 ans, assistante marketing de la société Alpina Savoie à Chambéry (Savoie)

      « Avec la fermeture des restaurants et des cantines, mon entreprise, connue pour ses marques de pâtes, de semoule et de crozets, a vu une partie de ses débouchés se fermer. La direction m’a proposé d’opter pour un chômage partiel ou de prêter main-forte à la production. Je n’ai pas hésité un instant.

      Depuis lundi 23 mars, après une courte période de formation, je travaille de 8 heures à 16 heures sur les lignes de conditionnement des crozets. C’est tout nouveau pour moi, cela me rapproche des coulisses, cela se passe bien, on se serre les coudes. Je ne suis pas du tout inquiète. Toutes les mesures sanitaires sont prises. Je porte masque, charlotte, blouse et chaussures de sécurité. A la pause du midi, chacun a une place numérotée, sans vis-à-vis et espacée. Je ne sais pas encore combien de temps durera l’expérience. On vit au jour le jour. »

      « Il faut assurer la propreté ! »
      Célestin, 64 ans, agent de service (Seine-Saint-Denis)

      « Je suis agent de service, je fais le nettoyage dans des immeubles et des locaux professionnels. Je fais ce travail depuis trente-six ans. On a des gants jetables et du gel hydroalcoolique, mais pas de masque, et cela ne m’empêche pas d’aller travailler. Il faut quand même assurer la propreté des lieux ! On nettoie les portes, les boîtes à lettres, les rampes d’escalier… On est tous inquiets. On évite les contacts directs avec les occupants, quand on croise quelqu’un, on garde nos distances. On ne se laisse pas postillonner dessus ! Mais les gens m’encouragent, ils sont contents de ce que je fais pour eux. Je me sens utile. »

      Coronavirus : dans toute la France, les caissières en première ligne, Par Raphaëlle Rérolle , Marie-Béatrice Baudet , Béatrice Gurrey et Annick Cojean
      Publié le 22 mars 2020
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/22/coronavirus-a-paris-comme-en-province-les-caissieres-de-france-en-premiere-l

      ENQUÊTE La plupart des « hôtesses de caisse » n’ont pas cessé le travail depuis le début de l’épidémie, obligées de rester fidèles au poste, malgré la peur d’être exposées au virus.
      Ces gants-là, ça ne vaut rien. Assise derrière la caisse, elle regarde sa main comme un objet étrange, dans un bref moment d’accalmie. Ces doigts en plastique transparent, beaucoup trop larges, la légère transpiration à l’intérieur… Elle l’agite comme une marionnette et on entend le froissement du plastique. Un peu plus tard, elle accepte de donner son numéro de téléphone pour raconter, à l’abri des oreilles indiscrètes, sa vie de caissière pendant l’épidémie.

      Maintenant on dit « hôtesse de caisse », mais il faudrait, en temps de guerre contre le coronavirus, parler de bons petits soldats, voire de chair à canon, tant elles ont subi – ce sont des femmes à 90 % – l’assaut d’une clientèle devenue folle, juste avant le confinement, décrété mardi 17 mars à midi.

      Elles sont de moins en moins nombreuses depuis dix ans dans les super et les hypermarchés, avec l’apparition des caisses automatiques. Une baisse d’environ 10 %, soit un bataillon de 150 000 équivalents temps plein, selon la Fédération du commerce et de la distribution. Mais il est chaque jour au front depuis que tous les commerces « non indispensables » ont fermé. On ne peut plus dire « l’intendance suivra ». Elle précède tout.

      Bénédicte, le prénom qu’elle a choisi pour ne pas être reconnue, a 30 ans et travaille en Normandie pour une chaîne de supermarchés de hard discount. « Ce sont des gants de boulangerie, on s’en sert pour mettre les viennoiseries en rayon, question d’hygiène. On se protège comme on peut mais ce n’est pas pratique pour rendre la monnaie. » La jeune femme travaille là depuis plusieurs années, payée au smic avec un contrat de 30 heures : « C’était ça ou rien. Quand il y a un rush on fait un avenant au contrat. »

      Du jamais vu

      Pour un rush, c’en était un, du jamais vu. Une heure et demie de queue devant le magasin, dès que les rumeurs de confinement ont commencé à courir, vendredi. Lundi, ce fut bien pire. « J’avais l’impression qu’on n’allait pas s’en sortir. Forcément, la contamination on y pense. On est en communication avec les microbes », dit cette mère de deux jeunes enfants.

      Ses journées durent dix heures. Après le paiement, les clients sont à touche-touche avec elle car les caisses n’ont pas de rebord, à dessein : « Faut que ça soit du tac au tac, que ça dégage vite. On doit passer 3 000 articles à l’heure, c’est l’objectif fixé. » Quand il y a moins de monde, Bénédicte fait le ménage ou de la mise en rayon. Pour la semaine du 23 mars, on leur a promis un bouclier de Plexiglas. Mais toujours pas de masques.

      Des masques, il n’en manque pas dans cet hypermarché d’Ille-et-Vilaine. Au rayon frais, charcuterie et fromage, les deux vendeuses articulent haut et fort pour être comprises des clients. Jeudi, la circulation des chariots est plutôt fluide dans les allées, où des hommes, masqués eux aussi, réapprovisionnent les rayons.

      Aux caisses, en revanche, le visage de Manon se montre à découvert. « J’ai essayé le masque mais ça me gêne, ça m’oppresse. Je n’en ai jamais porté, je n’ai pas l’habitude, c’est pas comme les soignants », explique la jeune femme, en apparence guère affolée.

      Au sol, des lignes bleues marquent l’espacement obligatoire entre chaque chariot, « 1 mètre », répète une voix au micro. Nathalie, qui officie à la caisse prioritaire pour femmes enceintes et handicapées, apprécie cette précaution mais a renoncé au masque : « J’ai essayé, mais très vite je ne vois plus rien, tellement j’ai de buée sur mes lunettes. »

      Petit salaire et horaires de fou

      Ce sont les invisibles, les discrètes, les modestes. Les fragiles, souvent. Celles qui se perdent dans le décor, confondues avec la caisse qui semble faire le seul travail incontestable : compter. Celles à qui l’on ne reconnaît aucune expertise – et pourtant. « Les hôtesses de caisse, on passe pour des nulles, tranche Déborath, 38 ans. Mais s’il fallait que les clients prennent notre place, ils ne tiendraient pas cinq minutes. »

      Elle travaille dans un hypermarché du Var, très saisonnier, la première ville est à 5 km. Elle aime bien rire, Déborath, mais il était temps qu’un peu de reconnaissance arrive, enfin, avec le virus : « Pour une fois, la roue tourne. Ils ont besoin de nous pour manger. C’est con hein, mais un merci et un bravo, c’est la première fois et ça fait du bien. » Elle raconte le petit salaire, les horaires de fou, les gens qui les prennent pour des idiotes « alors qu’il faut gérer les clients, les problèmes de prix, les conflits entre personnes ».

      Déborath, caissière : « On aurait dit qu’on allait tous mourir. Les gens se battaient pour des produits d’entretien et du papier toilette »
      Le jour de la grande ruée l’a mise en colère : « C’était genre fin du monde. On aurait dit qu’on allait tous mourir. Les gens se battaient pour des produits d’entretien et du papier toilette. S’il y en avait un de contaminé, on le sera tous. » Les trois agents de sécurité étaient débordés, les clients se servaient sur les palettes : « J’étais du soir, on est partis à 21 heures au lieu de 20 h 30. Il a fallu ramasser la cinquantaine de chariots abandonnés dans le magasin. » Puis tout remettre en rayon, sauf le frais et le surgelé, partis à la poubelle. Combien de manipulations ? Cela fait quelques jours maintenant, et cela semble une éternité : « On était très en colère contre l’humain ce jour-là. » Déborath se demande encore comment des clients ont pu faire, qui 650 euros de courses, qui 900 euros : « D’où ils les sortent ? »

      « Ce que j’ai ressenti, c’est de la peur, de l’angoisse, du stress, malgré toutes les précautions prises ici », dit-elle. Peur de contaminer sa mère de 70 ans, avec laquelle elle vit. Angoisse de voir resurgir une crise de polyarthrite, dont elle-même est atteinte. Stress de journées qui ne ressembleront plus à celles d’avant. Que faire aujourd’hui de ces deux heures de pause qui lui permettaient d’aller à la plage ou d’aller se balader dans le centre commercial ?

      C’est un sujet de discussion avec le directeur du magasin, qui s’est montré exemplaire, assure la trentenaire : « Ça va être un moment compliqué à vivre ensemble et il n’a pas envie qu’on tombe malade. Sa femme travaille dans la santé. » Une entrée au lieu de trois habituellement, un système de barrières, des intérimaires embauchés, travail nocturne pour les manutentionnaires, « qui ont énormément apprécié, parce qu’ils ne sont plus en présence des gens », gants obligatoires, gel hydroalcoolique à disposition et conseils d’hygiène. Aux caisses, elles ne sont plus qu’une sur deux et les clients ne passent plus devant elles. Ils récupèrent leur marchandise au bout du comptoir, en passant par-derrière.

      « Malade ou pas ? On se croirait dans un film mais ce n’est pas un film »
      « L’ambiance est bizarre. Un client qui porte un masque, on se pose la question à chaque fois. Malade ou pas ? On se croirait dans un film mais ce n’est pas un film. » Cette atmosphère irréelle, presque de science-fiction, tient aussi aux confinements individuels improvisés dans les magasins, telles ces caissières de Chamalières (Puy-de-Dôme) entourées d’un habillage en cellophane, comme une sorte de cloche, ou les vitres de protection en Plexiglas, apparues ici ou là.

      Ce n’est pas le cas partout. Aucun masque, aucune explication, aucune réunion, par exemple, dans ce grand magasin de proximité parisien. Une chaîne pourtant « branchée » qui s’est adaptée à son public de bobos. Une de ces femmes-troncs remarque, sans perdre son sourire, qu’on ne les a pas averties non plus du changement d’horaire, survenu du jour au lendemain pour avancer la fermeture du magasin, habituellement nocturne. Aucune instruction sur l’hygiène et les comportements à observer avec la clientèle. Les gants jetables que l’on a mis à leur disposition se trouent à la première occasion.

      « La trouille au ventre »

      Le directeur, lui, est parti en vacances et la chef du secteur caisses aussi. « Nous sommes livrées à nous-mêmes. Et j’ai la trouille au ventre, conclut une brune dynamique. On sait que la maladie circule parmi nos clients et qu’on finira par l’avoir. Comment faire autrement ? Ils sont proches de nous, on sent souvent leur souffle… »

      Un client de ce quartier cossu lui a confié l’autre jour que sa fille, restée à la maison, avait le Covid-19. Il attendait peut-être du réconfort, mais il lui parlait à moins de 1 mètre, sans penser un instant qu’il la mettait en danger. Elle, elle l’avait bien en tête. « J’étais glacée d’angoisse mais je n’ai rien montré. C’est la règle. Et quand ils sont agressifs on serre les dents. Sinon, nous serions dans notre tort. »

      Un droit de retrait ? Bien sûr que non ! Elles ont trop peur de perdre leur job, ces femmes, ces mères de famille, parfois célibataires ou divorcées. « Avec un loyer qui prend plus de la moitié de mon salaire net, 1 200 euros, je n’ai aucune marge de manœuvre », explique l’une d’elles.

      Seules quelques mamans de très jeunes enfants ont demandé à ne pas venir pendant quelques jours. Une autre hôtesse nuance : « Ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Les caissières ont aussi une conscience professionnelle ! On est là en temps de crise. On assure un service public. On ne flanche pas. »

      « Si seulement Macron avait mentionné les caissières ! Vous n’imaginez pas comme on aurait été fières ! »
      Elles ont noté – et approuvé – l’hommage appuyé du président de la République, Emmanuel Macron, aux personnels soignants, l’autre soir, à la télévision. Mais elles auraient aimé un mot, rien qu’un mot, pour les « obscurs », les « petites mains », les « chevilles ouvrières », qui contribuent à l’effort pour que le pays continue à manger, à boire, à vivre. « Si seulement il avait mentionné les caissières ! Vous n’imaginez pas comme on aurait été fières ! »

      Dans ce magasin bio de Haute-Loire, situé dans une ville de 6 800 habitants, Maxime, le gérant, a reçu, lui, une avalanche d’instructions de sa chaîne, réactualisées plusieurs fois par jour, comme le lavage des mains tous les quarts d’heure. « Nous ne portons pas de gants, c’est un faux ami qui donne une impression de sécurité alors qu’on peut avoir les mains sales », détaille-t-il. Deux gros bidons de gel hydroalcoolique, fabriqué par une entreprise locale, attendent les clients à l’entrée. « Je ne suis pas angoissé du tout, assure Thomas, un caissier de 32 ans. Ce n’est pas dans ma nature et nos clients sont respectueux. »

      Mercredi 18 mars, Maxime, dépité de s’être vu refuser des masques à la pharmacie, s’est approvisionné en visières transparentes, celles dont on se sert pour éviter les projections dans les opérations de tronçonnage. Au petit supermarché voisin, les caissières portent toutes ces masques tant convoités et réservés aux soignants. « Ce sont des réserves de la dernière épidémie de grippe. Mais on en a peu, alors on les garde toute la journée », précise l’une d’elles. Il ne faut pourtant pas les conserver plus de quatre heures pour s’assurer de leur efficacité…

      « Quand on voit des gens venir acheter une bouteille de bière toutes les deux heures, une par une, on se dit qu’ils n’ont rien compris »
      Dans une moyenne surface du même département, les caissières s’ennuient un peu derrière leur vitre de Plexiglas, maintenant que l’heure du reflux a sonné. Se sentent-elles rassurées dans ce magasin dépeuplé ? « Bah, quand on voit des gens venir acheter une bouteille de bière toutes les deux heures, une par une, on se dit qu’ils n’ont rien compris », se désole Sylvie.

      Au moins, se sentent-elles un peu mieux protégées que leurs collègues, à 15 km de là. De vagues morceaux de carton, de moins d’un mètre de côté, taillés dans de vieux emballages, ont été placés devant les caisses. « C’est tout ce que le gérant a trouvé pour nous protéger », déplore Monique.

      La foule s’est évanouie et un aspirateur vrombit. Les caissières montent la garde derrière leur illusoire bouclier de carton. Angoissées mais étonnamment stoïques, quand des clients, âgés pour la plupart, passent leur tête sur les côtés pour mieux les entendre. Comme si le carton n’existait pas. Comme si l’épidémie n’existait pas. Comme si de rien n’était.

  • #Coronavirus et conditions de #travail scandaleuses : #recension thématique que je mettrai à jour :

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    Employées domestiques (Guatemala) :
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    Infirmières philippines aux USA
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    Marins :
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    Intermittents :
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    Précaires de l’université (Lausanne) :
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    Agriculteurs aux USA :
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    Usines de sardines au Maroc
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    –----------------------------
    Salariés du nettoyage d’Onet :
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    Uber :
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    Renault :
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    Derichebourg Aero :
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    Pôle Emploi :
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    FNAC :
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