• « Le nombre de jours de #vagues_de_chaleur sera multiplié par dix à l’horizon 2100 »

    Face à des canicules toujours plus précoces, #Valérie_Masson-Delmotte critique un « #déni de #responsabilité » de la part des politiques et s’inquiète d’une « #trumpisation » en France, entre coupes budgétaires et licenciement de scientifiques.

    Les prochains jours s’annoncent suffocants. Le 17 juin, 24 départements ont été placés en vigilance jaune canicule par Météo-France, à l’approche de ce qui se dessine comme la toute première vague de chaleur de l’année 2026. Et sa précocité, au même titre que le coup de chaud observé en mai, interroge. Jusqu’à présent, l’Hexagone n’avait connu que quatre vagues de chaleur à cette période de l’année. C’était en 2005, 2017, en 2022 et en 2025. Autrement dit, toutes des années récentes.

    Faut-il y voir le signe d’un emballement du changement climatique ? À quoi ressembleront les étés d’ici 2100, si la trajectoire actuelle se poursuit ? Et les politiques à la manœuvre en France sont-elles à la hauteur des enjeux que posent ces canicules ? La paléoclimatologue de renommée internationale et membre du Haut Conseil pour le Climat, Valérie Masson-Delmotte, répond à Reporterre.

    Reporterre — Quinze jours à peine après l’épisode de chaleur de mai, inédit par sa précocité, les températures s’envolent à nouveau. Des pics à 40 °C sont attendus dimanche dans l’Hexagone. Est-ce historique, ou simplement une « nouvelle normalité » ?

    Valérie Masson-Delmotte — Deux épisodes de chaleur si tôt dans la saison, c’est exceptionnel. Exceptionnel, et en même temps attendu. Bien sûr, il y a une part de hasard dans la formation ou non d’un dôme de chaleur en fonction de la circulation atmosphérique. Toutefois, une des conséquences directes d’un climat qui se réchauffe, c’est l’augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces phénomènes. Des configurations météorologiques tout à fait banales peuvent donner lieu à des événements exceptionnels.

    Ces épisodes peuvent-ils être le signe d’un emballement du réchauffement climatique ?

    Non, personnellement, je n’utilise jamais ce terme. Car, pour l’instant, ce que l’on observe au niveau planétaire est cohérent avec les projections climatiques antérieures. Beaucoup de personnes l’utilisent non pas au regard de l’état du climat, mais par rapport à l’expérience vécue des événements extrêmes toujours plus fréquents et intenses. En France, notamment, le réchauffement est beaucoup plus prononcé en été qu’il ne l’est sur la moyenne annuelle. Le fait d’affronter plus souvent des températures dépassant 30, 35, voire 40 °C donne un sentiment d’emballement alors que c’est juste la fréquence de l’apparition de ces extrêmes qui augmente.

    D’autant que des effets amplificateurs se greffent aux vagues de chaleur successives. Les dômes de chaleur conduisent non seulement à un réchauffement de l’air, mais aussi à l’assèchement très rapide des sols. En temps normal, les sols sont remplis d’humidité et peuvent évaporer ou transpirer pour limiter le réchauffement de surface. Là, ce facteur limitant disparaît.

    Même chose avec les vagues de chaleur marines, en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne et parfois même dans la Manche. Pour peu qu’elles persistent, elles nous privent de l’effet rafraîchissant de l’eau de mer lié à la circulation de la brise. Résultat : la nuit, les températures baissent beaucoup moins que d’ordinaire. C’est ce que l’on appelle les nuits tropicales. L’été dernier, on en avait observées un nombre impressionnant du côté de Nice.

    Si la trajectoire actuelle se maintient, la France pourrait connaître un réchauffement à 4 °C à la fin du siècle. À quoi ressembleront les mois de juin à ce moment-là ?

    À l’horizon 2100, le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par dix. Et ce, sur une saison qui s’élargira plus tôt au printemps et plus tard en automne. C’est vraiment une augmentation extrêmement forte de l’occurrence de ces événements chauds.

    Je ne peux pas vous décrire à quoi ressemblera le mois de juin en 2100, mais globalement, il faut s’imaginer des sols secs deux mois de plus dans l’année, beaucoup moins d’enneigement en montagne, des glaciers en recul massif, des risques de feux de forêt beaucoup plus élevés sur l’ensemble du territoire, une augmentation des précipitations très intenses, et une montée du niveau de la mer dépassant potentiellement 60 centimètres. En d’autres termes, les extrêmes seront dopés.

    Dès 2050, si le réchauffement planétaire atteint 2 °C, la pire configuration possible pourrait conduire une ville comme Paris à atteindre 50 °C. En comparaison, le record de température en France a été enregistré en 2019, près de Montpellier, et s’élève à 46 °C. En région parisienne, il avoisine 42 °C. Le dépassement de 40 °C, autrefois rarissime, est en train de devenir fréquent.

    Comment éviter ce scénario ?

    La réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment liées à la combustion des énergies fossiles, est cruciale. Si l’on atteint un pic et que l’on engage une baisse nette au niveau mondial, on pourra en observer les effets positifs en une vingtaine d’années seulement. En revanche, tant que ce ne sera pas le cas, le climat continuera d’accumuler de la chaleur et les extrêmes poursuivront leur intensification sur terre comme en mer.

    En septembre, vous disiez à Reporterre : « L’été 2025 nous montre à quel point nous ne sommes pas prêts pour faire face au dérèglement climatique. » Vous critiquiez notamment la stratégie du gouvernement, se cantonnant à de la gestion de crise. Neuf mois plus tard, votre opinion a-t-elle changé ?

    La planification et la déclinaison du plan national d’adaptation au changement climatique ont un peu avancé depuis. Seulement, ça ne suffit pas. Des points m’inquiètent réellement. Au moment des alertes canicules du mois de mai, le gouvernement a empêché le lancement de la campagne de prévention sur les risques liés à la chaleur. Elle était pourtant prête. C’est très préoccupant.

    Dans les écoles, des aménagements — aussi simples que des volets ou des ventilateurs — manquent à l’appel pour limiter les conditions dégradées dans les salles de classe exposées au sud avec des baies vitrées. C’est révélateur d’un manque de préparation.

    Encore une fois, le gouvernement a réagi à la dernière minute. En mai, des lycéens ont passé leur bac professionnel sous des températures insupportables. Et les épreuves orales du bac général devraient aussi se dérouler — y compris en après-midi — à partir de lundi. L’égalité des chances est sapée par les conditions de repos dont dispose chaque élève chez lui. Sans parler des enseignants et de tout le personnel de ces établissements bien densément peuplés qui, eux aussi, souffrent de ces conditions.

    Alors oui, certaines choses ont évolué… mais pas du tout suffisamment. Il n’y a pas de prise de conscience assez claire que ces événements records seront sûrement dans quelques dizaines d’années des événements jugés frais. Nos infrastructures, notre aménagement du territoire, notre organisation de société… Tout ça a été pensé pour un climat qui n’existe plus.

    Prenons par exemple les normes thermiques pour le confort des logements. La référence, encore en vigueur, est la canicule de 2003. Certes, elle était exceptionnelle en intensité comme en durée, mais elle s’est produite au cœur du mois d’août. On parle là d’un record datant d’il y a plus de vingt ans.

    Cette canicule n’est pas représentative des vagues de chaleur des vingt à trente prochaines années, c’est-à-dire l’échelle de temps associée à la rénovation ou à la construction d’un bâtiment. Intégrer dans notre système de pensée les vagues de chaleur d’une France à +4 °C, ça pose des questions beaucoup plus vives que de simplement se dire qu’on tire les leçons de 2003.

    Vous parlez d’ailleurs parfois de « déni collectif » sur ces questions-là.

    Oui. Certaines personnes ont pris conscience des risques liés à la chaleur. Notamment les personnes âgées, fragiles ou les femmes enceintes, pour qui la canicule rime souvent avec enfermement. En revanche, on a encore tendance à sous-estimer nos vulnérabilités face à la crise climatique. Quand survient un événement auquel on n’est pas prêt, et qu’il révèle notre inadaptation et engendre des pertes en termes de qualité de vie ou de production agricole, une sorte de déni collectif se met en place. Une fois l’épisode terminé, on se dit que l’essentiel de l’activité peut continuer. On promet de se préparer un peu mieux pour le prochain, mais en fin de compte, on repart comme avant.

    Ce déni collectif est notamment à l’œuvre du côté des responsables politiques. Le gouvernement est sur le pont le temps de l’épisode, il fait de la gestion de crise, sans qu’aucun changement structurel ne soit mis en place. Il est aussi à l’œuvre dans les médias. En mai, les journaux et les télés ont parlé des décès liés à une activité sportive, au travail d’un homme dans le bâtiment ou aux noyades. Et effectivement, c’est choquant.

    Mais presque personne ne parle de la surmortalité des personnes fragiles, âgées. Quelque 5 700 décès liés aux chaleurs extrêmes ont été enregistrés l’été dernier. Trois quarts d’entre eux concernent des personnes de plus de 75 ans, avec une majorité de femmes âgées. Et pourtant, on n’a jamais un visage, jamais un portrait. Comme si on voulait les rendre invisibles.

    À quelques mois de l’élection présidentielle, l’influence croissante de l’extrême droite sur le déni de ces événements extrêmes vous inquiète-t-elle ?

    Dans les déclarations de campagne qu’on entend foisonner, je n’entends presque pas de propositions abordant l’adaptation au changement climatique. Au contraire, on assiste plutôt à une surenchère pour essayer de déconstruire, détricoter le droit de l’environnement. Cela m’inquiète profondément. J’ai peur que l’on sombre dans une forme de « trumpisation », avec un déni complet intégrant des censures, des coupes budgétaires, des licenciements de scientifiques, des destructions de systèmes d’observation.

    À ma connaissance, les différentes personnalités politiques françaises s’accordent toutes à dire que, oui, il y a un changement climatique dû aux activités humaines. En revanche, il y a souvent un silence assez profond, notamment de l’extrême droite, sur la manière d’y faire face. Foisonnent plutôt des propositions visant à maintenir le statu quo, à mettre des petits pansements par-ci par-là pour maintenir le système tel qu’il est, le plus longtemps possible. Il ne s’agit plus du déni brutal sur la réalité du réchauffement climatique, que l’on pouvait observer il y a quelque temps encore. En revanche, c’est un déni de responsabilité, de devoir à agir.

    Ces vagues de chaleur répétées sont la réalité du changement climatique qui se rappelle à nous. Même si l’on construit un déni, même si l’on a des visions idéologiques qui ne l’intègrent pas, cette réalité se rappelle à nous. Plus on tergiverse, moins on se prépare, et plus complexe sera la capacité à y faire face.

    https://reporterre.net/Valerie-Masson-Delmotte-Le-depassement-de-40-oC-autrefois-rarissime-est-
    #chaleur #canicule #climat #changement_climatique #dôme_de_chaleur

  • À l’Assemblée nationale, l’extrême droite s’attaque (encore) à l’écriture inclusive
    https://actualitte.com/article/128415/politique-publique/a-l-assemblee-nationale-l-extreme-droite-s-attaque-encore-a-l-ecriture-i

    Aux côtés de l’islam, des éoliennes ou des migrants, l’écriture inclusive reste une des paniques morales préférées de l’extrême droite, et en particulier du Rassemblement national. Une nouvelle proposition de loi, déposée à l’Assemblée nationale, envisage de l’interdire dans l’enseignement supérieur et la recherche. Une démarche qui n’est pas sans rappeler les efforts de l’administration Trump pour criminaliser certains termes dans la sphère académique, aux États-Unis.

    Publié le :

    30/12/2025 à 11:22

    Antoine Oury

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    Une nouvelle proposition de loi émanant du Rassemblement national s’en prend à l’écriture inclusive, et plus spécifiquement, cette fois, à son usage dans l’enseignement supérieur et la recherche. Rappelons que l’écriture inclusive ne se réduit pas au point médian (lecteurs·rices, par exemple), dont l’usage est particulièrement contesté et polémique.

    En effet, l’écriture inclusive peut adopter de multiples formes, comme le recours préférentiel aux termes épicènes [sans marqueurs de genre, comme artiste, par exemple, NdR] ou encore la double flexion (comme « Françaises, Français », au début d’un discours présidentiel).

    Ainsi, si le point médian reste la manifestation la plus visible — et clivante — de l’écriture inclusive, cette dernière dispose en réalité de nombreux outils, certains étant déjà largement utilisés au quotidien.

    L’extrême droite, toutefois, estime que ces usages de la langue doivent disparaitre, purement et simplement, et envisage de les rendre illégaux pour certains domaines. Sous l’intitulé « Interdire l’écriture inclusive dans l’enseignement supérieur et la recherche », la proposition de loi du député Jocelyn Dessigny (Aisne, Rassemblement national) déplore que « l’écriture inclusive demeure tolérée dans les universités, faute de cadre juridique explicite ».
    De l’Éducation nationale à l’Enseignement supérieur

    L’interdiction proposée par le député Jocelyn Dessigny concernerait « l’écriture dite “inclusive” », soit, d’après sa définition, « les pratiques rédactionnelles et typographiques visant à substituer à l’emploi du masculin, lorsqu’il est utilisé dans un sens générique, une graphie faisant ressortir l’existence d’une forme féminine ».

    Une acception assez large, donc, qui limiterait considérablement les possibilités en matière d’écriture et d’usage de la langue. Dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi, le député évoque ainsi la double flexion, le point médian ou l’usage de néologismes comme « iel », pronom personnel neutre.

    Pour justifier cette interdiction, le député d’extrême droite cite la fameuse circulaire du 5 mai 2021, à l’époque signée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Ce dernier avait alors choisi de « proscrire [dans le cadre de l’enseignement, NdR] le recours à l’écriture dite “inclusive”, qui utilise notamment le point médian pour faire apparaître simultanément les formes féminines et masculines d’un mot employé au masculin lorsque celui-ci est utilisé dans un sens générique ».

    Parallèlement, la même circulaire invitait à « l’usage de la féminisation des métiers et des fonctions » dans le cadre de l’enseignement et dans les actes et usages administratifs. Quelque peu contradictoire, donc, ce texte a néanmoins été conforté par une décision du Conseil d’État, rendue fin 2024, qui estimait qu’elle ne portait pas atteinte « aux principes d’égalité, de non-discrimination, d’égal accès à l’instruction, de droit des parents à l’instruction de leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques, de liberté de conscience des enseignants ou des élèves, de liberté d’expression ou de respect de la vie privée ».

    À LIRE - Écriture inclusive : comment la Région PACA s’est piégée dans son propre combat

    En août 2025, le Conseil d’État a toutefois estimé que cette circulaire ne pouvait pas être étendue à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, malgré la demande de l’association « La France en partage », présidée par Carine Chaix, une proche de... Pierre-Édouard Stérin, milliardaire et soutien de l’extrême droite française.

    Pour Jocelyn Dessigny, « [c]ette situation crée une incohérence manifeste : ce qui est jugé nuisible pour l’apprentissage des enfants reste possible au sein des universités, lieux de formation des élites et de transmission des savoirs scientifiques ». L’article unique de sa proposition de loi précise ainsi : « Dans les établissements d’enseignement supérieur et les établissements ou organismes de recherche, l’usage, dans les supports pédagogiques, les devoirs, les mémoires, les actes, les thèses et tous autres écrits et documents de nature pédagogique, académique ou administrative, de l’écriture dite “inclusive” est interdit dans les établissements universitaires. »
    L’extrême droite et le contrôle

    Pour l’extrême droite, l’écriture inclusive est un marqueur sociétal très utile, qui permet de mobiliser électeurs et électrices à peu de frais. Ce camp politique y a régulièrement recours : fin 2023, le Rassemblement national avait fait fort, à l’occasion d’une niche parlementaire à l’Assemblée nationale. À l’époque, une proposition de loi de Roger Chudeau (Loir-et-Cher) et Bénédicte Auzanot (Vaucluse) cherchait à interdire l’écriture inclusive dans les écrits et documents d’usages scolaires et universitaires.

    Lors des débats, menés le 12 octobre 2023, les députés du RN s’étaient quelque peu ridiculisés, affichant leur manque de maitrise d’un sujet sur lequel ils prétendaient légiférer. Le texte citait en effet la double flexion ou les termes épicènes comme des manifestations de l’écriture inclusive à bannir, ce qui aurait très largement réduit les possibilités de la langue française. Humiliés, les députés RN retireront eux-mêmes leur proposition de loi.

    Si ce navrant épisode révélait les défaillances du RN, il n’a pas pour autant découragé l’extrême droite, comme le montre la proposition de loi du député Jocelyn Dessigny, par ailleurs soutenue par quelques membres de l’Union des droites pour la République (UDR).

    De l’autre côté de l’Atlantique, l’administration Trump fournit un exemple de ce que l’extrême droite fait à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, une fois au pouvoir. Peu après son investiture, le président américain a en effet multiplié les listes de centaines de termes que les agences fédérales et leurs représentants devaient « éviter », dont « genre », « non binaire », « LGBT », « personne enceinte », mais aussi « changement climatique », « femme » ou « noir ».

    À LIRE - N’en déplaise à Trump, les aides fédérales aux bibliothèques rétablies

    Ces tentatives de contrôle de la langue ont des conséquences, notamment sur les financements publics attribués par ces mêmes agences fédérales. Afin de se conformer aux directives de l’administration Trump, ces dernières écartent ainsi les projets de recherche qui se penchent sur ces sujets polémiques.

    Photographie : L’hémicycle de l’Assemblée nationale (illustration, Parti socialiste, CC BY-NC-ND 2.0)

    #Ecriture_inclusive #Trumpisation #Crétins_crétines_du_RN











    Par Antoine Oury
    Contact : ao@actualitte.com

  • Nicolas Cadène - Une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur | Facebook
    https://www.facebook.com/nicolas.cadene/posts/pfbid077wyw3SNouvJ8wJFET8VPadMKGkYh7hrmUHDaoZCwAZzuHnmdfuS4V79BCybCUxkl

    Une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur est non seulement possible, mais nécessaire. Elle est indispensable pour comprendre, prévenir et protéger. MAIS l’enquête diffusée cette semaine par le ministère n’est pas acceptable. Pourquoi ?

    👉 Parce qu’elle interroge les personnels sur leurs opinions politiques, géopolitiques ou idéologiques : sympathie pour la Palestine, Israël, jugements sur les partis politiques, etc.
    Un employeur public n’a pas le droit de sonder les opinions de ses agents, même anonymement (d’autant, qu’en l’espèce, l’anonymat n’est pas total). C’est un principe fondamental de neutralité et de liberté d’opinion.

    👉 Parce qu’elle mélange tout : actes antisémites, opinions sur Israël, représentations des Juifs, positionnement politique et même soutien à la cause palestinienne (le soutien à la cause palestinienne n’est absolument pas constitutif d’antisémitisme)…
    Scientifiquement, cela brouille complètement l’objet de l’étude et entretient des confusions graves.

    👉 Parce qu’elle associe, dans les mêmes tableaux, le soutien à la cause palestinienne et l’antisémitisme.
    C’est une confusion conceptuelle majeure, qui risque de délégitimer des opinions politiques parfaitement légales et même légitimes.

    👉 Parce qu’elle est diffusée par voie hiérarchique, ce qui place les personnels dans une position ambiguë : répondre à des questions sensibles sous l’autorité de leur employeur.

    👉 Parce qu’elle transite par un lien Google, entreprise américaine, alors que l’on traite de données sensibles, au mépris de la souveraineté numérique et des bonnes pratiques RGPD.

    👉 Parce que ce n’est pas une enquête institutionnelle neutre, mais un sondage d’opinion classique plaqué sur un objectif ministériel, avec un risque évident de lectures politiques.

    👉 Enfin, parce que ce type de questionnaire risque d’alimenter des clivages, au lieu de renforcer la protection nécessaire des étudiants et personnels juifs, qui doit être l’enjeu central.

    Enquêter sur l’antisémitisme ? Oui, absolument.

    Mais à condition de respecter :
    – la neutralité de l’État,
    – la liberté d’opinion des agents,
    – une méthodologie rigoureuse,
    – une protection stricte des données,
    – et une focalisation claire sur les actes, faits, expériences et mécanismes réels.
    Ce n’est pas le cas ici (ce qu’ont relevé plusieurs universitaires).
    Et c’est précisément pour cela qu’il faut le dire.
    Enquête accessible ici, pour vous faire votre propre avis... :
    https://drive.google.com/file/d/1Mp_2qJ9dl4ZyveKH62LkFk6491EkYq2I/view

    • REFUSONS LE PROJET D’ENQUÊTE NATIONALE SUR L’ANTISÉMITISME DANS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET LA RECHERCHE
      https://www.ldh-france.org/le-projet-denquete-nationale-sur-lantisemitisme-dans-lenseignement-super

      (...) L’examen, tant de la méthodologie d’enquête que du questionnaire prévu, semble comporter de graves dangers.

      Utiliser un recensement (tous les personnels sollicités par leur hiérarchie pour répondre à un questionnaire, ainsi que toutes les étudiantes et tous les étudiants par leurs établissements) n’est pas une opération courante et ne semble pas avoir fait l’objet des déclarations nécessaire auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) ou d’une étude d’impact relative à la protection des données (article 35 du règlement général de protection des données – RGPD).

      Le processus d’enquête retenu semble loin de garantir l’anonymisation et donc la protection des personnes répondantes. Il contient au contraire des questions dont le rapprochement est propre à permettre l’identification de chaque répondante et répondant.

      Le recours à un lien de redirection Google, une entreprise soumise à la juridiction américaine, interroge sur sa compatibilité aux règles fixées par le RGPD.

      La transmission du questionnaire par la voie hiérarchique place les personnels dans une situation ambiguë au regard de leur lien de subordination. Il ne peut y avoir de consentement libre et éclairé à répondre à des questions aussi sensibles dans un tel cadre.

      Des questions dites sensibles vont être posées. Or, il n’appartient pas à l’Etat de collecter des données sur les opinions religieuses ou politiques des agents publics. La liberté d’opinion est un principe constitutionnel garanti. Le ministère ne peut, sans enfreindre les dispositions de la loi de 1983 sur le statut des fonctionnaires, ni solliciter, ni traiter de telles données, même sous couvert d’anonymat. Le détail des informations collectées (par université, par UFR, etc.) inquiète sur l’usage qui pourrait en être fait.

      #enquête_politique #fichage

    • Antisémitisme : les présidents d’université s’opposent à la diffusion d’un sondage commandé par le ministère de l’enseignement supérieur
      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/25/antisemitisme-les-presidents-d-universite-s-opposent-a-la-diffusion-d-un-son

      Quelle sera la portée d’une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur si les présidents d’université se refusent à la relayer ? Selon les informations du Monde, l’association France Universités a informé le #ministère_de_l’enseignement_supérieur, dans un courrier lundi 24 novembre, qu’au vu d’« un certain nombre de problèmes dans sa conception et les questions posées », elle ne cautionnerait pas le sondage de 44 pages établi par l’IFOP censé permettre de « quantifier le phénomène ».

      Certaines questions ont suscité l’émoi dans la communauté universitaire, « y compris auprès des responsables administratifs et juridiques des établissements [quant au] respect du RGPD [le règlement général sur la protection des données, et à la] neutralité de l’Etat », relève France Universités. Depuis le 18 novembre, les enseignants-chercheurs et personnels administratifs de l’enseignement supérieur sont invités par le ministère à répondre à ce sondage qui les conduit à se prononcer notamment sur le conflit israélo-palestinien, mais aussi à indiquer leur appartenance ou leur proximité avec un parti politique ainsi que leur religion éventuelle.

      « Cette enquête repose sur une méthodologie scientifique et des questions élaborées par les chercheurs du #Cevipof », le centre de recherches politiques de #Sciences_Po, a répondu le ministère dans un communiqué lundi, soir. « La participation est facultative et le choix de la diffuser et d’y répondre est naturellement laissé à l’entière discrétion des établissements et de leurs personnels », poursuit-il, tout en précisant que « le Cevipof garantit la confidentialité absolue de l’ensemble des données recueillies qui seront hébergées sur des serveurs hautement sécurisés ».

      « Aucune crédibilité »

      L’enquête, pour l’heure hébergée sur le cloud de Google, comprend deux volets, l’un à destination des #étudiants et l’autre du personnel. Les résultats seront exploités par deux chercheurs, experts en statistiques et analyses de données et des attitudes et comportements politiques au Cevipof dans le cadre d’un programme de recherche qu’avait annoncé le ministre Philippe Baptiste, le 29 avril.

      Après des questions sur l’antisémitisme à l’#université et en général, on interroge l’opinion des sondés sur l’image d’Israël et les responsabilités du conflit israélo-palestinien : « Selon vous, qui porte la plus grande responsabilité dans la poursuite du conflit israélo-palestinien : Avant tout les Israéliens ? Avant tout les Palestiniens ? Autant les uns que les autres ? », ou encore « Quand vous pensez à la situation d’Israël, de laquelle des deux opinions suivantes êtes-vous le plus proche : “Israël est un pays puissant qui mène une politique agressive vis-à-vis de ses voisins” ou “Israël est un petit pays qui se défend contre des pays voisins, dont certains souhaitent le détruire” ? »

      En fin de questionnaire, chaque répondant doit compléter son âge, son genre, sa fonction professionnelle, le type d’établissement et l’académie où il exerce, le plus haut diplôme détenu, le code postal de son lieu de résidence, mais aussi son appartenance ou sa proximité avec un parti politique ainsi que sa religion éventuelle.

      Largement diffusé sur les réseaux sociaux depuis le 22 novembre, ce questionnaire peut en conséquence être complété par quiconque a connaissance de son lien, qu’il appartienne ou non à l’enseignement supérieur.

      « Je pensais être dans un établissement d’un ministère laïque où mes opinions personnelles, tant philosophique, politique, religieuse, n’avaient pas lieu d’être, ce à quoi je me suis toujours tenu, commente le professeur émérite à l’Institut national des sciences appliquées de Toulouse Gilles Motet. Je ne comprends pas l’intérêt que peut porter le ministère à mes opinions sur ces sujets, d’autant plus que, sans identification du répondant, pléthore de personnes hors enseignement supérieur vont interférer sur les résultats. Aucune crédibilité ne pourra donc être apportée à l’opinion qui sera dite générale. »

      Le professeur des universités se dit aussi « sidéré » par le fait que certaines questions présupposent « une acceptation de faits comme hypothèse » et que d’autres questions « imposent une réponse dans une liste proposée » en l’absence du choix de réponse « sans opinion ». De plus, au cours du sondage, il est impossible de revenir en arrière et aucune confirmation des réponses n’est demandée en fin de questionnaire.

      « Nous vous demandons de la retirer »

      Interrogé, le Cevipof affirme au Monde que la méthodologie utilisée pour cette enquête est « classique ». « Toutes les garanties ont été mises en place pour préserver l’anonymat des répondants » de sorte que « ni le ministère ni le centre de recherche ne disposeront des données individuelles ainsi recueillies par l’IFOP ». Les répondants sont par ailleurs « volontaires », et le lien de ce questionnaire auto-administré en ligne est « entièrement géré par l’IFOP », ajoute-t-on.
      Pour le collectif d’universitaires RogueESR, « l’envoi d’un questionnaire politique à des agents du service public est une première : il viole le principe de neutralité institutionnelle ». Il souligne le risque de réidentification des répondants par le #croisement_de_variables.

      « Etant donné tous les problèmes que soulève cette enquête, nous vous demandons instamment de la retirer », ont écrit, dans une lettre au ministre, lundi, le Snesup, SUD-Education, la Ligue des droits de l’homme, l’Association pour la #liberté_académique, la Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques, l’Observatoire des atteintes à la liberté académique et Stand Up For Science. Ils rappellent que la loi du 13 juillet 1990 contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie prévoit que chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme remet un rapport sur la lutte contre le racisme.

      Interrogée, la direction de l’#IFOP n’avait pas encore donné suite lundi soir à la sollicitation du Monde.

    • Je l’ai écouté dimanche, c’est le rdv dominical des émissions politiques le grand jury etc... le dimanche d’avant tous les invité.e.s étaient d’extrême droite dont Chenu sur france-inter.
      Bompard je l’aime bien, il a du répondant tout en restant calme face à ses contradicteurs et ce dimanche des contradictrices. Déjà du temps de Carine Bécard s’était du lourd, celle-ci a quitté son poste après 24 ans de maison ronde, elle est partie faire du pinard en Bourgogne.
      https://www.telerama.fr/radio/france-inter-alexandra-bensaid-reprend-l-emission-questions-politiques-le-d
      Sa remplaçante Alexandra Bensaid vient du même service et a gardé les inénarrables françoise fressoz, nathalie saint cricq... Avant ou après l’extrait Mamdani, elles sont revenues à la charge avec le concert de jeudi soir à la Philharmonie. Bompard leur a coupé le sifflet en leur disant qu’elles oubliaient les victimes palestiniennes.
      https://seenthis.net/messages/1145395
      55 minutes d’émission et ce n’est pas de l’impro, dîtes vous qu’elles se concertent pour poser leurs questions. Et tout ça avec notre argent comme dirait leur collègue de CNews.
      https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/questions-politiques/questions-politiques-du-dimanche-09-novembre-2025-4638400

    • Post-scriptum (très) discret…
      Mot pour mot ce qu’a répondu en direct Manuel Bompard…

      Message à nos auditeurs
      Lors de l’émission Questions Politiques du 9 novembre 2025, dont le député Manuel Bompard (LFI) était l’invité, plusieurs questions posées par Alix Bouilhaguet (France Télévisions) sur Zohran Mamdani, élu maire de New York, ont suscité des interrogations de nos auditeurs.

      Nous souhaitons apporter les précisions suivantes :

      ----

      Alix Bouilhaguet :

      « Il a repris en son temps le slogan “Mondialiser l’intifada” »

      « Si si, il l’a utilisé, il l’a repris à son compte, pas récemment je vous l’accorde »

      « Il l’a repris à son compte il y a quelque temps. »

      Mamdani n’a jamais prononcé publiquement cette expression.

      Il a, un temps, refusé de la désavouer, expliquant qu’il n’était pas à l’aise avec « l’idée d’interdire certains mots » et qu’il la comprenait comme « l’expression d’une demande de droits égaux pour les Palestiniens ».

      Pendant la campagne des primaires pour la mairie de New York à l’été 2025, il a pris ses distances avec cette expression, déclarant qu’il « décourageait » ses partisans de l’utiliser.

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      Alix Bouilhaguet :

      « Quand on lui demande de condamner le 7 octobre, bien souvent il botte en touche, il répète que le problème, c’est l’occupation d’Israël. »

      On ne peut pas dire qu’il « botte en touche ».

      On ne peut pas dire qu’il n’a pas condamné le 7 octobre, car dès 2023 il a dénoncé des « crimes de guerre ».

      Il dénonçait encore le 7 octobre 2025 des « crimes de guerre horribles ».

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      Alix Bouilhaguet :

      « Il lève des fonds pour l’UNRWA, c’est une agence onusienne accusée de collusion avec le Hamas. C’est pas un problème aussi ? »

      Il est exact que l’UNRWA est « accusée » de liens avec le Hamas, mais il aurait fallu préciser que ces accusations sont portées principalement par Israël et les États-Unis.

      Un rapport de l’ONU dirigé par Catherine Colonna a conclu que l’UNRWA a des « problèmes de neutralité », mais qu’Israël n’a pas apporté la preuve de ses accusations.

      Neuf employés de l’UNRWA qui « pourraient avoir été impliqués » dans les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, selon l’enquête interne des Nations unies qui portait sur dix-neuf personnes, ont été licenciés.

      Radio France et France Télévisions

      Manuel Bompard : « Il me semble évident qu’avant Noël, il y aura une nouvelle motion de censure » | France Inter
      https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/questions-politiques/questions-politiques-du-dimanche-09-novembre-2025-4638400

    • La déontologie journalistique de Alix Bouilhaguet, hum,hum...
      https://mediateur.radiofrance.com/chaines/france-inter/questions-politiques-du-9-novembre-retour-sur-les-erreurs-fac

      L’émission « Questions politiques » du 9 novembre 2025, au cours de laquelle Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, était invité, a suscité de nombreuses réactions d’auditeurs et a fait l’objet d’une saisine de La France insoumise, notamment auprès de la médiation de Radio France.
      Plusieurs erreurs factuelles dans les interventions de la journaliste Alix Bouilhaguet (France Télévisions) ont été relevées au cours de cette émission, coproduite par France Inter et Franceinfo TV.
      À la suite de cette saisine, la direction de l’information de France Inter a procédé à une vérification complète des faits évoqués. Philippe Corbé, directeur de l’information de France Inter, reconnaît que des erreurs ont été commises et m’a indiqué que les journalistes extérieurs, invités sur l’antenne, s’aligneront désormais sur les procédures de vérification éditoriale appliquées pour toutes les émissions de France Inter. La médiation prend acte de cet engagement et rappelle que la rigueur journalistique reste pleinement garantie par l’ensemble de la rédaction. L’obligation de vérifier les faits avant de les évoquer dans une émission ou un reportage et la rectification des erreurs sont des engagements régis par les principes de déontologie journalistique au sein de Radio France. Ces règles ne sont pas des formalités : elles fondent la crédibilité du service public et la confiance que les auditeurs lui accordent.

      à vérifier si elle sera toujours présente dans l’émission de demain, ses écarts lui vaudraient au moins une mise en quarantaine. Sur france-inter d’autres ont été viré pour moins que ça, cela même après avoir été blanchi par décision de justice.

      Alix Bouilhaguet : Parcours, carrière et influence d’une journaliste française engagée.
      https://francaisnews.fr/alix-bouilhaguet-biographie-carriere
      un portrait écrit par elle même ou par Philippe Corbé ?
      portrait suivant : Charlotte d’Ornellas (sa petite soeur ?)

  • Migration et démocratie, #Allemagne 2025

    La montée de la droite autoritaire en Europe est étroitement liée à la « scandalisation » de la migration et de la société migratoire. Les événements de la semaine dernière en Allemagne illustrent de manière paradigmatique cette dynamique. Par Manuela Bojadžijev, Ivo Eichhorn, Serhat Karakayali, Bernd Kasparek

    La montée de la droite autoritaire en Europe est étroitement liée à la « scandalisation » de la migration et de la société migratoire. Les événements de la semaine dernière en Allemagne illustrent de manière paradigmatique cette dynamique.

    Friedrich Merz, le candidat des partis conservateurs à la chancellerie, a décidé de jouer le tout pour le tout après une attaque au couteau mortelle perpétrée à Aschaffenburg. À la manière de Trump, il a annoncé qu’il fermerait les frontières de l’Allemagne à tous ceux qui cherchent protection dès le premier jour de son mandat de chancelier.

    Ce faisant, il a imité les décrets du président américain un peu trop ostensiblement. Cependant, il est rapidement allé encore plus loin que cette annonce. La semaine dernière, il a soumis à la fois une résolution et un projet de loi au vote du Parlement allemand. Et ce, malgré le fait que ces initiatives ne pourraient obtenir la majorité qu’avec l’approbation de l’AfD, parti d’extrême droite.

    Mercredi dernier, le Parlement a commémoré les victimes de la Shoah dans la matinée. C’était le 80e anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz. Dans l’après-midi, les conservateurs (CDU/CSU), les libéraux (FDP) et l’extrême droite (AfD) ont voté ensemble un plan en cinq points qui proclamait la « fin de l’immigration illégale » comme objectif et cherchait à l’atteindre par des mesures drastiques : fermeture des frontières, détention illimitée, « centres fédéraux de retour ». Le vendredi suivant, le projet de « loi sur la limitation des flux migratoires » a échoué de justesse : la normalisation d’un parti d’extrême droite n’était plus acceptable pour certains conservateurs et libéraux ce jour-là.

    Depuis des jours, des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue presque tous les jours pour protester contre le resserrement des rangs de la CDU/CSU, du FDP et de l’AfD. Depuis la semaine dernière, une alliance conservateur-fasciste est envisageable. Friedrich Merz a démontré que, malgré les assurances contraire, il est prêt à travailler avec l’AfD. Pourtant, un coup d’œil au contenu des motions déposées révèle que le resserrement des rangs entre la CDU et l’AfD a depuis longtemps eu lieu au niveau des mesures et de la rhétorique.

    Pour les conservateurs, la source de l’insécurité sociale est la migration elle-même. Elle ne concerne pas exclusivement les demandeurs d’asile célibataires de sexe masculin, contre lesquels Friedrich Merz aime attiser la haine. Lors du débat au Bundestag, par exemple, il a répété la rumeur raciste selon laquelle « des viols collectifs sont commis quotidiennement par la classe des demandeurs d’asile ». Les conservateurs veulent en fait mettre fin à toute migration liée à l’asile.

    Ils exigent la fermeture des frontières et la fin du regroupement familial pour les bénéficiaires d’une protection subsidiaire.

    Mais cela ne s’arrête pas à l’asile. Friedrich Merz s’est également insurgé contre ceux qui ont fui la guerre en Ukraine.

    Avec ses remarques désobligeantes sur les « petits princes », il a clairement indiqué que tous les migrants peuvent être visés à tout moment.

    Le projet des conservateurs de punir les crimes graves par la perte supplémentaire de la citoyenneté souligne que leur politique migratoire vise à diviser la société migratoire, c’est-à-dire la société dans laquelle nous vivons tous ensemble.

    La possession d’un deuxième passeport devient la preuve que le détenteur ne peut pas être un « vrai Allemand ». La citoyenneté devient révocable pour ceux dont les familles ont émigré en Allemagne. Les conservateurs visent toutes les réalisations pour lesquelles les luttes antiracistes ont été menées en faveur de l’ inclusion, de l’égalité et de la démocratisation de la société de migration.

    Les implications fondamentales de cette perspective politique ne semblent pas être pleinement comprises par les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts non plus. Fondamentalement - il faut le dire sans détour - ils sont d’accord avec l’AfD et la CDU qui prétendent que la migration est un problème et une source d’insécurité sociale.

    Ils soulignent que les projets de la CDU/CSU et de l’AfD ne sont pas efficaces, qu’ils attaquent les fondements démocratiques et constitutionnels de l’Allemagne et de l’Europe, et qu’ils ne tiennent pas compte des besoins de l’économie et de la démographie. Jusqu’ici, c’est correct.

    Cependant, les conclusions qu’ils en tirent sont erronées. Le SPD et les Verts rêvent du vieux rêve de la gestion des migrations, à savoir que l’État peut ajuster arbitrairement la politique migratoire pour promouvoir la « bonne migration » et réduire la « mauvaise migration ».

    Leur défense des mesures drastiques de la réforme du régime d’asile européen commun (RAEC) vise à déplacer la régulation de la migration vers les frontières extérieures. C’est exactement la politique qui a déjà été tentée dans l’UE depuis les années 2000 et qui a provoqué la longue crise des politiques migratoires européennes.

    Tout le monde semble d’accord. La migration est un problème qui doit être résolu. Certains la détestent de tout leur cœur et veulent simplement s’en débarrasser. D’autres disent que la migration est un problème complexe.

    Par conséquent, de meilleurs instruments sont nécessaires pour gérer la migration. Des distinctions plus subtiles sont nécessaires pour pouvoir agir de manière plus ciblée. Il existe déjà de nombreuses distinctions juridiques et de nombreux statuts.

    La population vivant en Allemagne est divisée en plus de 50 statuts juridiques différents, allant de la suspension temporaire de l’expulsion à la citoyenneté à part entière. Bien sûr, la migration pourrait être subdivisée en bons et mauvais étrangers, en réfugiés et travailleurs migrants, en migrants bénéficiant d’une protection subsidiaire et en migrants hautement qualifiés, en migration de main-d’œuvre féminine et en fuite des homosexuels, en fuite du Sud global et en migration en provenance d’Asie, en migrants de première, deuxième, troisième et quatrième génération.

    Mais qu’est-ce que cela apporterait ? Chaque subdivision doit déterminer des critères et justifier pourquoi un critère peut être utilisé pour attribuer ou refuser certains droits au groupe concerné. L’origine, l’éducation, les parcours migratoires, etc. servent déjà de tels critères.

    Pourtant, ce regroupement délibéré des formes de migration constitue la base sur laquelle les forces de droite s’appuient à plusieurs reprises pour diviser la société.

    Il fait partie du répertoire standard des forces de droite depuis que les luttes pour la démocratie ont commencé à transformer les inégalités et les différences existantes en ressentiments. De l’introduction du suffrage universel à l’émancipation des Juifs, en passant par l’application des lois du travail et l’égalité des sexes, les forces de droite ont toujours réagi à l’expansion de la participation démocratique en mobilisant ces ressentiments. Elles ont toujours échoué lorsque les mouvements démocratiques ont insisté sur l’égalité pour tous comme principe fondamental et ne voulaient pas être divisés. Cela montre pourquoi la réponse de la SPD et des Verts à la coopération conservatrice-fasciste en matière de politique migratoire ne semble pas convaincante.

    Ils proposent de continuer à optimiser la gestion des migrations, même si cela n’a pas fonctionné jusqu’à présent. Ce faisant, ils partagent le même postulat que les forces du nationalisme : que la démocratie et la migration s’opposent ou, du moins, sont complètement extérieures l’une à l’autre.

    La migration est complexe, tout comme la société. La grande réussite démocratique a été de simplifier radicalement cette complexité en termes de droits : des droits égaux indépendamment de l’origine, du sexe, de l’orientation sexuelle, des croyances religieuses, etc. Cette revendication universelle a dû être affirmée encore et encore.

    Aujourd’hui, il est important de prendre cette revendication à nouveau au sérieux et de lutter pour la démocratisation de la société de la migration - en tant que société de tous, indépendamment de leur origine. Il est possible de ne pas fantasmer sur la migration comme un ennemi à vaincre, comme le fait la droite, ou de ne pas la considérer simplement comme un objet à gérer, comme le fait le « centre démocratique ».

    Une politique migratoire démocratique suppose que les mouvements migratoires d’aujourd’hui sont les citoyens (en devenir) de demain. Elle recherche des institutions de négociation et de prise de décision collectives au-delà des frontières et des inégalités existantes. Elle commence là où les droits de l’homme et les droits civils ne sont pas simplement compris comme des concessions souveraines.

    Son objectif, cependant, est de faire participer toutes les personnes concernées aux décisions sur la façon dont nous vivons ensemble et qui vit ensemble, où et comment. Pour l’Allemagne, cela doit signifier ne plus nier et combattre la réalité de longue date de la société migratoire. Cela signifie de plaider pour une nouvelle forme de citoyenneté en Europe.

    L’alternative, telle qu’elle se dessine dans une conjoncture mondiale, est la répétition de l’horreur qui a déjà englouti l’Europe et le monde une fois auparavant.

    Manuela Bojadžijev, professeure en anthropologie culturelle, Humboldt-University, Berlin, Allemagne
    Ivo Eichhorn, philosophe, Goethe-University, Francfort, Allemagne
    Serhat Karakayali, professeur, études sur les migrations et la mobilité, Leuphana-University, Lüneburg, Allemagne
    Bernd Kasparek, professeur associé en Infrastructures programmables, Delft University of Technology, Pays-Bas

    https://blogs.mediapart.fr/un-collectif-dintellectuels-allemand-es/blog/070225/migration-et-democratie-allemagne-2025

    #extrême_droite #anti-migrations #migrations #réfugiés #Friedrich_Merz #Aschaffenburg #frontières #trumpisation #fermeture_des_frontières

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