• Génocide des Tutsis : lettre ouverte des femmes rwandaises à l’ancienne première dame du Rwanda

    « Nous, femmes et filles du Rwanda, veuves, orphelines, rescapées du génocide perpétré contre les Tutsis, savons bien ce que vous incarnez dans l’histoire du Rwanda ». Plus de 600 femmes rwandaises s’adressent à l’ancienne première dame Agathe Habyarimana, alors que la Chambre de l’instruction doit décider ce mercredi 6 mai si elle confirme le non-lieu dont elle a bénéficié. « Nous appelons l’opinion française à prendre conscience de ce subterfuge et, faute d’avoir empêché le crime, d’éviter de salir la mémoire des victimes ».
    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/04/29/genocide-des-tutsis-combattre-sans-relache-limpunite-et-loubli-autre-texte/#comment-74247

    #rwanda #genocide #tutsi

  • Génocide des Tutsis au Rwanda : l’ONU appelle à tirer les leçons du passé face à la montée des discours de haine

    À l’occasion de la Journée internationale de réflexion sur le génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda, l’Organisation des Nations Unies a mis en garde contre la résurgence de signaux alarmants, appelant les États à tirer les leçons de cette tragédie afin d’en prévenir toute répétition.

    Trente-deux ans après le génocide contre les Tutsis au Rwanda, l’un des crimes les plus atroces du XXe siècle, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié mardi cette tragédie de « l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’humanité », rappelant que « plus d’un million de personnes ont été tuées » en cent jours, en grande majorité des Tutsis, mais aussi des Hutus et d’autres opposants.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/04/29/genocide-des-tutsis-combattre-sans-relache-limpunite-et-loubli-autre-texte/#comment-73274

    #rwanda #genocide #tutsi

  • Génocide des Tutsis : l’État français bloque une nouvelle fois l’accès à des archives militaires clés

    Ce 3 juillet 2025, la rapporteure publique du Tribunal Administratif de Paris a demandé le rejet des requêtes pour l’accès à des archives portant sur les interventions militaires françaises successives au Rwanda. Conservées par le Service Historique de la Défense (SHD), ces documents n’ont jamais été consultés ni par la justice, ni par les historien-nes. Le journaliste Marc Bouchage avait déposé des demandes concernant l’évacuation par les forces militaires françaises de l’orphelinat Sainte-Agathe de Masaka, en avril 1994, dans le cadre de l’opération Amaryllis. Deux militants de l’association Survie, François Graner et Antoine Vieu, int demandé l’accès à des documents qui permettraient de lever le voile sur deux événements mettant potentiellement en cause des responsabilités françaises dans le génocide des Tutsis au Rwanda : l’attentat du 6 avril 1994 et l’opération Turquoise. Ce manque de curiosité témoigne d’un malaise persistant au sein des institutions françaises et pose question au regard de la séparation démocratique des pouvoirs.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/12/29/responsabilites-francaises-dans-le-genocide-des-tutsis-au-rwanda-les-rescape-es-tutsi-es-survie-la-ldh-et-la-fidh-se-pourvoient-en-cassation-dans-lenquete-menee-sur-les-faits-de-bise/#comment-67851

    #france #tutsi #génocide

  • Introduction (édition de 2019) de Sandrine Ricci à son ouvrage : Avant de tuer les femmes, vous devez les violer ! Rwanda, rapports de sexe et génocide des Tutsi

    D’abord paru en 2014 sous une forme numérique, le présent ouvrage part sous presse alors que s’amorce la vingt-cinquième commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. C’est une période généralement pénible à traverser pour les personnes survivantes et leurs proches, une période « où, inévitablement, la mort semble nous toiser à nouveau », comme me l’écrivait une amie rwandaise.

    Malgré la somme de titres parus sur le génocide des Tutsi, l’expérience et le point de vue des femmes ayant survécu à ces funestes cent jours, entre avril et juillet 1994, s’avèrent insuffisamment analysés, surtout dans l’aire francophone. C’est pourquoi je suis reconnaissante que la maison d’édition Syllepse collabore avec M Éditeur pour faire résonner encore les propos des femmes rescapées qui m’ont confié leur récit, des « réchappées de l’enfer » qui n’ont guère le privilège d’être lues ou entendues. Des femmes en quête de sens. Des femmes dont le corps a échappé aux coups de machettes, mais pas aux tortures sexuelles. Des femmes dont la miraculeuse survivance s’accompagne de lourdes responsabilités, souvent synonymes d’un devoir de mémoire. Des femmes dont plusieurs mortes des suites de 1994, de leur chagrin, de leurs blessures ou de leur contamination au VIH-sida. #kwibuka. Je me souviens.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2019/05/01/introduction-edition-de-2019-de-sandrine-ricci

    #international #rwanda #tutsi #viol

  • Parlons du Congo

    Je suis ravie de vous annoncer la sortie du premier épisode du podcast Parlons du Congo, soutenu par l’UMR 8586 Prodig.

    Avec deux collègues, Valéry Ntwali, doctorant en sciences politiques et Emma Belmonte, journaliste indépendante, nous avons lancé ce podcast pour expliquer à un public non spécialiste l’histoire, les acteurs et les enjeux de cette #guerre qui ravage l’est de la #RDC depuis près de 30 ans. Pendant 12 épisodes, nous échangerons avec des chercheurs et chercheuses en sciences sociales spécialistes de ce conflit, des journalistes et des acteurs de la société civile pour aborder différents aspects de cette guerre encore trop peu médiatisée.

    Dans la première partie de ce premier épisode, nous revenons sur la #guerre_civile au #Rwanda puis sur le #génocide des #Tutsis pour comprendre comme cette histoire va croiser celle des groupes armés présents depuis longtemps à l’est de la RDC, qui s’appelle alors le #Zaïre. Nous racontons comment l’#Ouganda, le Rwanda et le #Burundi s’appuient sur #Laurent-Désiré_Kabila pour former l’#AFDL et renverser #Mobutu, puis comment cette alliance éclate pour donner lieu à la Deuxième Guerre du Congo.

    Dans la partie 2 de l’épisode 1, nous partirons de la Deuxième Guerre du Congo, pour comprendre comment on en arrive à la situation actuelle, avec un focus particulier sur l’histoire du #Mouvement_du_23 Mars ou #M23.

    Voici le lien pour écouter l’épisode, sur toutes les plateformes d’écoute : https://linktr.ee/parlonsducongopodcast

    Si vous êtes sur Instagram, nous faisons également des posts pour expliquer l’histoire de personnages historiques ou d’éléments d’analyses importants pour comprendre cette guerre (@parlons_du_congo).

    https://linktr.ee/parlonsducongopodcast
    #podcast #audio
    #Congo #République_démocratique_du_Congo
    ping @karine4

  • Génocide des Tutsis : Combattre sans relâche l’impunité et l’oubli (+ autre texte)

    A l’occasion de la commémoration du génocide perpétré contre les Tutsis, le président Macron s’est félicité de « la détermination de notre pays à combattre sans relâche l’impunité et l’oubli ». S’il est vrai que la France a instauré une journée officielle de souvenir du génocide, que la justice française poursuit et condamne les génocidaires vivant en France, qu’elle a condamné pour la première fois un négationniste, force est de constater qu’envisager politiquement ou judiciairement la complicité française reste impossible. A moins que la justice administrative, maintenant saisie, ne se montre plus audacieuse ?

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/04/29/genocide-des-tutsis-combattre-sans-relache-lim

    #genocide #tutsi

  • Du génocide des Tutsis au Rwanda à la haine en ligne : l’ONU appelle à la vigilance

    Lors d’une cérémonie annuelle en mémoire des victimes du génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda en 1994, le chef de l’ONU a exhorté, lundi, la communauté internationale à tirer les leçons d’un passé encore vif.

    Plus de trente ans après les cent jours les plus sombres de l’histoire contemporaine africaine, l’ONU a une nouvelle fois marqué, lundi 7 avril, la Journée de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2021/05/18/ce-que-le-rwanda-a-enfin-appris-aux-historiens/#comment-66487

    #international #rwanda #tutsi

  • Eugène Rwamucyo reconnaît le génocide des Tutsis « oui, mais… »

    Un médecin condamné

    Le 30 octobre, la cour d’assises de Paris a condamné le docteur Eugène Rwamucyo à vingt-sept ans de réclusion criminelle pour participation à une entente en vue de la préparation d’un génocide et complicité dans le génocide des Tutsis en 1994. Retour sur le procès.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/03/11/recits-de-rescapes-du-genocide-des-tutsi-en-prefecture-de-gikongoro/#comment-65424

    #international #genocide #tutsi

  • Responsabilités françaises dans le génocide des Tutsis au Rwanda : les rescapé-es tutsi-es, Survie, la LDH et la FIDH se pourvoient en cassation dans l’enquête menée sur les faits de Bisesero

    Mettant fin aux investigations et blanchissant les militaires témoins assistés d’une quelconque infraction à Bisesero du 27 au 30 juin 1994, la confirmation, le 11 décembre 2024, du non-lieu dans ce dossier emblématique du double jeu de Paris au Rwanda est fondée sur des arguments très contestables. Elle appelle un pourvoi en cassation de la part des parties civiles, qui regrettent que certains documents clefs rendus accessibles aux historien-nes de la Commission dite Duclert n’aient pas été transmis aux juges d’instruction.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/12/29/responsabilites-francaises-dans-le-genocide-de

    #france #rwanda #tutsi #genocide

  • Responsabilités françaises dans le génocide des Tutsis : la justice administrative entérine la raison d’État

    30 ans après les faits et 3 ans après la remise du « rapport Duclert » qui souligne pourtant les « responsabilités lourdes et accablantes » de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda, les procédures engagées devant la justice pénale sont toujours au ralenti, voire au point mort. Des rescapé.es et des familles de victimes ont porté leurs espoirs d’avancée sur le droit administratif qui sanctionne les manquements d’une institution publique. Nouvelle déception : le Tribunal administratif de Paris s’est aujourd’hui déclaré incompétent pour juger les actions de l’exécutif français menées en soutien à un gouvernement génocidaire. Le Tribunal refuse ainsi d’armer le droit face à la complicité de génocide et dans la lutte contre l’impunité.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/09/13/responsabilites-politiques-briser-le-deni-francais/#comment-63095

    #rwanda #france #genocide #tutsi

  • La France a-t-elle ’manqué de volonté’ pour arrêter le génocide des Tutsis au Rwanda ?

    Dans le cadre des trentièmes commémorations du génocide des Tutsis au Rwanda, Survie propose un colloque d’une journée à Paris dédiée aux développements récents concernant le traitement juridique des accusations de complicité de génocide visant des décideurs politiques et militaires français.

    INSCRIPTION GRATUITE ET OBLIGATOIRE ICI.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/04/27/la-lancinante-question-de-la-complicite-francaise-dans-le-genocide-des-tutsi-du-rwanda/#comment-62608

    #international #rwanda #tutsi #genocide

  • Ruben Morin : Charles Onana devant la justice
    Négationnisme

    Ce 7 octobre débutera le procès du « journaliste » Charles Onana et des éditions du Toucan. La suite d’une plainte pour contestation de crime contre l’humanité déposée par plusieurs associations, dont Survie.

    « La thèse conspirationniste d’un régime hutu ayant planifié un “génocide” au Rwanda constitue l’une des plus grandes escroqueries du XXe siècle ». C’est ce qu’écrit Charles Onana à la page 198 de son livre Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise – Quand les archives parlent, paru en 2019 [1]. Le journaliste y affirme également que « le conflit et les massacres du Rwanda n’ont rien à voir avec le génocide des Juifs » (p.34). Ou encore : « Continuer à pérorer sur un hypothétique “plan de génocide” des Hutus ou une pseudo-opération de sauvetage des Tutsis par le FPR est une escroquerie, une imposture et une falsification de l’histoire » (p.460).

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/04/27/la-lancinante-question-de-la-complicite-francaise-dans-le-genocide-des-tutsi-du-rwanda/#comment-62541

    #international #rwanda #genocide #tutsi #négationisme

  • La France a-t-elle ’manqué de volonté’ pour arrêter le génocide des Tutsis au Rwanda ?

    Dans le cadre des trentièmes commémorations du génocide des Tutsis au Rwanda, Survie propose un colloque d’une journée à Paris dédié aux développements récents concernant le traitement juridique des accusations de complicité de génocide envers l’État français.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/04/27/la-lancinante-question-de-la-complicite-francaise-dans-le-genocide-des-tutsi-du-rwanda/#comment-62266

    #france #rwanda #genocide #tutsi

  • Responsabilités politiques : briser le déni français

    Dans son dernier livre [1], l’historien Vincent Duclert dénonce, avec des limites, les responsabilités de l’État français dans le génocide des Tutsis au Rwanda et le déni persistant aujourd’hui quant à cette politique.

    Il a approfondi les recherches effectuées par la commission qu’il a présidée pendant deux ans et qui avait abouti en 2021 à la publication du rapport éponyme. Au travail mené sur les archives françaises de la période 1990-1994 qui avaient été mises à sa disposition, Vincent Duclert a ajouté d’autres sources ainsi que de nombreux articles de presse. Il pointe clairement les responsabilités écrasantes de la France dans le génocide des Tutsis du Rwanda, comme cela avait déjà été fait dans de nombreux ouvrages, dont ceux de François-Xavier Verschave, de Jean-Paul Gouteux, de Raphaël Doridant et François Graner, de Jacques Morel [2], ainsi que dans son Rapport.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/09/13/responsabilites-politiques-briser-le-deni-fran

    #france #rwanda #tutsi

  • Assumpta Mugiraneza : « La politique de la mémoire au Rwanda doit être réinventée, renégociée »

    Assumpta Mugiraneza, 57 ans, est cofondatrice et directrice du Centre IRIBA pour le patrimoine multimédia, à Kigali. Avec une liberté de parole rare, elle raconte la construction de la mémoire après le génocide des Tutsis au Rwanda, en 1994. Elle évoque « les mémoires » rwandaises et le faible espace offert pour qu’elles s’expriment toutes. Et invite à reconsidérer la justice gacaca avec plus de sobriété.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/03/11/recits-de-rescapes-du-genocide-des-tutsi-en-prefecture-de-gikongoro/#comment-60729

    #rwanda #tutsi #genocide

  • #Hubert_Védrine, le #bâillon en bandoulière
    https://afriquexxi.info/Hubert-Vedrine-le-baillon-en-bandouliere

    Costume et cravate sombres, chemise bleu ciel, lunettes rectangulaires à bords épais sur le bout du nez et aplomb caractéristique : ce 25 mars, devant les juges de la 17e chambre du tribunal de Paris, Hubert Védrine affirme ne pas avoir « une doctrine de poursuite » mais que « trop, c’est trop », raison pour laquelle il attaque pour « complicité de diffamation publique envers particulier » le journaliste Patrick de Saint-Exupéry. De quoi s’agit-il ? Le 3 mars 2021, invité dans l’émission À l’air libre du journal Mediapart pour la sortie de son livre La Traversée (Les Arènes), l’ancien reporter du Figaro, l’un des premiers journalistes à avoir mis en cause la France dans le #génocide des #Tutsis, qui a fait près de 1 million de morts entre le 6 avril et le 15 juillet 1994, s’en prend violemment à l’ancien secrétaire général de l’Élysée (de 1991 à 1995).

    Selon Patrick de Saint-Exupéry, Hubert Védrine est un « négationniste », qu’il compare à Robert Faurisson (négationniste de la Shoah). Il lui reproche de relayer depuis trente ans la thèse du « double génocide ». Pour lui, les propos de l’ancien ministre sont même comparables à ceux de Théoneste Bagosora, le « cerveau » du génocide qui a nié son existence durant son procès au Tribunal pénal international pour le #Rwanda (#TPIR), admettant du bout des lèvres « des massacres excessifs ». La thèse du double génocide, interrogée dès novembre 1994 par François Mitterrand1, entend minimiser celui, avéré, perpétré contre les Tutsis au Rwanda, en invoquant d’autres #massacres dans l’est du Congo qui auraient fait 3 à 4 millions de morts depuis 1994. En d’autres termes, si génocide des Tutsis il y a eu, un génocide des Hutus aurait également eu lieu.

    #rdc

  • Récits de rescapés du génocide des Tutsi en préfecture de Gikongoro

    Sous la direction de Florence Prudhomme et Michelle MullerAvec la collaboration d’Odette MukantagaraClassiques Garnier, 2024 Trente ans ont passé depuis le début du Génocide des Tutsi, en avril 1994 au Rwanda. En 2004, pour accompagner les rescapé·es vers la reconstruction de soi, nous avons construit avec et pour elles et eux une Maison de quartier à Kigali

    En 2004, pour accompagner les rescapé.es vers la reconstruction de soi, nous avons construit avec et pour elles et eux une Maison de quartier à Kigali. Dix ans plus tard, nous avons créé au sein de cet espace un Atelier de mémoire, qui a donné naissance à deux publications : Cahiers de mémoire, Kigali 2014 et Cahiers de mémoire, Kigali 2019 (Classiques Garnier).

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/03/11/recits-de-rescapes-du-genocide-des-tutsi-en-pr

    #international #rwanda #genocide #tutsi

  • Entendez-nous

    Par leurs témoignages, par leurs réflexions, par leur Appel final à l’Humanité, Espérance, Annonciata, Esther, Chantal, Immaculée, Dancille, Sylvie… Treize membres fondatrices de l’association des veuves du génocide perpétré contre les Tutsi (AVEGA-AGAHOZO) font vivre l’extermination radicale de la filiation, le génocide au féminin. « Elles » content pas à pas la fondation de l’association nationale des veuves du génocide, la première reviviscence de la Nation rwandaise alors que les hommes avaient disparu.

    Nation dont les enfants du groupe humain ciblé en tant que tel ont arrêtés, seuls, le génocide. Héros avec lesquels les veuves rescapées ont inventé les premières solutions de mémoire, de solidarité, de sécurité, de santé physique et mentale, de sauvegarde de l’enfance, permettant au Rwanda de commencer à renaître alors que plus rien n’existait.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/02/17/entendez-nous

    #tutsi #genocide

  • « Les négationnistes poursuivent l’œuvre des génocidaires. » Luttes mémorielles juives et rwandaises. Entretien avec Jessica Gérondal Mwiza et Jonas Pardo
    Par Judith Chouraqui et Elvina Le Poul

    Les génocides font systématiquement l’objet de discours les dépolitisant et les remettant en cause. Autour de l’extermination des Juif·ves d’Europe et de celle des Tutsi au Rwanda, des thèses s’insinuent qui nient aussi bien la volonté d’anéantissement guidant les génocidaires que la réalité des massacres qu’iels ont perpétrés. Discussion croisée avec Jessica Gérondal Mwiza, militante afroféministe franco-rwandaise travaillant notamment au sein de l’association Ibuka France, et Jonas Pardo, membre du Réseau d’action contre l’antisémitisme et tous les racismes.
    Cet entretien est issu du dernier numéro de la revue papier Jef Klak, intitulé « Feu follet » et traitant des relations entre les vivant⋅es et les mort⋅es.

    https://www.jefklak.org/%e2%80%85les-negationnistes-poursuivent-loeuvre-des-genocidaires-%e2%80%85

  • Décryptage du rapport Duclert : une analyse superficielle qui exonère à tort l’État français
    https://survie.org/themes/genocide-des-tutsis-au-rwanda/la-france-et-le-genocide-des-tutsis/article/decryptage-du-rapport-duclert-une-analyse-superficielle-qui-exonere-a-tort-l

    Survie a lu et analysé le rapport de la #commission_Duclert sur les archives relatives au rôle de la #France au #Rwanda entre 1990 et 1994. En attendant la publication annoncée de milliers de documents, il n’apporte pas vraiment d’éléments nouveaux... mais occulte ou édulcore les questions les plus compromettantes. La commission se permet ainsi de conclure "responsable mais pas coupable", au sujet d’une complicité qu’elle a par ailleurs évité d’aborder en ne travaillant que sur les #archives. A ce titre, elle fait pire que la mission d’information parlementaire de 1998, qui avait déjà contribué, dans un exercice similaire, à masquer la complicité de l’ #État_français.

    La manière dont l’État français s’est engagé auprès du régime génocidaire étant connue et documentée depuis longtemps, ce rapport ne contient rien de véritablement nouveau. En travaillant à partir d’un matériau parcellaire (les archives versées uniquement), la commission ne pouvait pas mener l’enquête approfondie qui aurait permis d’éclairer certaines zones d’ombre. Pour cela, il aurait fallu qu’elle croise les documents avec d’autres sources (témoignages en particulier) et qu’elle les confronte avec les travaux existant sur la question pour tirer les conclusions qui s’imposent.

    Des points cruciaux ne sont abordés que de manière superficielle, comme la formation du Gouvernement Intérimaire Rwandais sous la houlette de l’ #ambassade de France, ou l’abandon à leurs tueurs de 2 000 #Tutsis à #Bisesero, sans que la hiérarchie militaire ne donne l’ordre de les secourir [1]. De plus, les aspects les plus controversés de la présence française au Rwanda sont occultés, comme le rôle éventuel joué par des militaires ou des mercenaires français dans l’attentat du 6 avril 1994 et dans la défense de #Kigali entre avril et juillet 1994, les raisons de la présence officieuse de soldats français pendant le génocide, les livraisons d’armes pendant le #génocide, l’ordre donné de réarmer les auteurs du génocide une fois ceux-ci passés au #Zaïre, ou encore le soutien apporté par les autorités françaises au projet de reconquête du Rwanda par le régime génocidaire.

    Par ailleurs, en désignant des boucs émissaires, l’état-major particulier du chef de l’État et l’ambassadeur de France à Kigali notamment, la commission attribue l’essentiel des responsabilités de la faillite de la politique française au Rwanda au président #François_Mitterrand, aujourd’hui décédé, à ses conseillers militaires, à l’ambassadeur #Georges_Martres, sans qu’un lien soit fait avec la politique ordinaire de la France en #Afrique.

    Car si ces acteurs, prisonniers de représentations idéologiques erronées – ethnicisme, lutte d’influence avec les « Anglo-Saxons » - se sont montrés incapables de prendre en compte le génocide en préparation puis en cours, beaucoup d’éléments montrent que ces représentations n’étaient pas le propre de Mitterrand et d’un petit cercle de conseillers. Elles étaient largement partagées au sein du Quai d’Orsay et de l’état-major des armées. Cette analyse des réalités africaines en termes ethnicistes et de rivalité géopolitique avec les Anglo-Saxons remonte à la #colonisation et imprégnait en 1994 toutes les structures de l’État ayant à faire avec l’Afrique. La commission s’exonère ainsi d’évoquer la #Françafrique et de questionner le fonctionnement global des institutions.

    Pour finir, c’est une « responsabilité accablante » qui est évoquée, mais en rejetant toute idée de complicité. La commission donne pour cela une définition très étroite de la #complicité_de_génocide, selon laquelle le complice doit partager l’intention. La commission exclut donc que les autorités françaises aient pu se rendre complices des auteurs du génocide. Cette définition est erronée. Se rend en effet complice celui qui aide le criminel, en connaissance de cause, avec un effet sur le crime commis, sans pour autant partager son intention. A l’évidence la commission est sortie de son rôle d’analyse historique pour endosser un rôle politique au service du pouvoir.

    [1] Ils seront secourus à l’initiative de militaires français. Sur cet épisode, voir cet article : https://survie.org/themes/genocide-des-tutsis-au-rwanda/nos-actions-en-justice/article/dossier-judiciaire-bisesero-mobilisation-des-parties-civiles-pour-eviter-un

    • Commission Duclert sur le rôle de la France au Rwanda : l’Elysée privilégie « l’aveuglement » pour masquer la complicité française

      https://survie.org/themes/genocide-des-tutsis-au-rwanda/la-france-et-le-genocide-des-tutsis/article/commission-duclert-sur-le-role-de-la-france-au-rwanda-l-elysee-privilegie-l

      La « commission Duclert » vient de remettre à #Emmanuel_Macron le fruit de 2 ans de travail sur le rôle de la France au Rwanda, avant et pendant le génocide des Tutsis : un rapport de 1200 pages, dont l’ #Élysée a savamment fait la promotion auprès des journalistes en annonçant qu’il concluait à une « responsabilité accablante », basée sur une « faillite de l’analyse » et un « aveuglement » des décideurs français. Selon les éléments communiqués par l’exécutif français, la commission Duclert rejette l’accusation de « complicité de génocide », au prétexte que l’intention génocidaire n’était pas partagée par Paris.

      Pour l’association #Survie, qui dénonce depuis 1994 le soutien de la France aux génocidaires rwandais, ces premiers éléments rappellent les conclusions édulcorées de la mission d’information parlementaire de 1998, ou encore les propos du Président #Sarkozy en 2010 qui faisaient état de "graves erreurs d’appréciation" au sujet du Rwanda.

      Comme l’explique #Patrice_Garesio, co-président de Survie, « Si l’Élysée matraque de tels éléments avant même que chercheurs et associations aient pu lire le rapport, c’est mauvais signe : c’est une tentative de saborder tout débat. Parler de "faillite de l’analyse" et d’"aveuglement" est un recul, car on savait avant même la création de la commission que des analyses très lucides et pertinentes ont été transmises jusqu’à la tête de l’État et qu’elles ont été sciemment écartées par les décideurs de l’époque. La complicité est documentée, l’enjeu serait plutôt de compléter le tableau, hélas très cohérent sur la base de ce qui est déjà public. »

      Aujourd’hui, il n’y a plus de doute, seulement des dénégations. Le soutien français aux génocidaires n’avait rien d’aveugle ; il s’est même poursuivi après le génocide, alors que les faits étaient connus. Comme l’association Survie l’a déjà montré dans ses publications [1] : il y a bien eu #complicité, dans le sens d’un appui effectif qui a facilité le crime,et en connaissance de cause. Rappelons que #Maurice_Papon a été condamné pour complicité de crime contre l’humanité malgré l’absence "d’intention génocidaire".

      L’association Survie, à travers un travail collectif de ses militants, va analyser en profondeur le rapport et en publiera prochainement un compte rendu ; ainsi, le débat pourra s’établir sur des bases concrètes, plutôt que sur des effets d’annonce du Palais.

      Contact presse : Mehdi Derradji - chargé de la communication et des relations externes (+33 6 52 21 15 61) mehdi.derradji@survie.org

      [1] Voir notamment : Raphaël Doridant et François Graner, L’État français et le génocide des Tutsis au Rwanda, coll. Dossiers noirs, Agone-Survie, Marseille, 2020. https://agone.org/livres/letatfrancaisetlegenocidedestutsisaurwanda/9782748903942

    • Rwanda : les créanciers du génocide
      https://cadtm.org/Rwanda-les-creanciers-du-genocide

      Les principaux fournisseurs d’armes au Rwanda entre 1990 et 1994 sont la France, la Belgique, l’Afrique du Sud, l’Égypte et la République populaire de Chine. Cette dernière a fourni 500 000 machettes. L’Égypte - dont le vice-ministre des Affaires étrangères, chargé des relations avec l’Afrique, n’était autre que Boutros Boutros-Ghali - a offert au Rwanda un crédit sans intérêt pour lui permettre d’acheter des armes d’infanterie pour un montant de six millions de dollars en 1991. Une fois le génocide déclenché, alors que l’ONU avait décrété, le 11 mai 1994, un embargo sur les armes, la France et la firme britannique Mil-Tec ont fourni des armes à l’armée criminelle via l’aéroport de Goma au Zaïre (Toussaint, 1996). Une fois Kigali, capitale du Rwanda, prise par le FPR, plusieurs hauts responsables du génocide ont été reçus à l’Élysée. Les autorités rwandaises en exil ont installé à Goma avec l’aide de l’armée française le siège de la Banque Nationale du Rwanda. Celle-ci a effectué des paiements pour rembourser l’achat d’armes et en acheter de nouvelles jusque fin août 1994. Les banques privées Belgolaise, Générale de Banque, BNP, Dresdner Bank... ont accepté les ordres de paiement des génocidaires et ont remboursé les créanciers du génocide.

    • The Silence: 25 Years Since the Rwandan Genocide
      https://www.magnumphotos.com/newsroom/conflict/gilles-peress-silence-25-years-since-rwandan-genocide
      Author Philip Gourevitch’s memories and Gilles Peress’ images: the importance of documenting atrocity


      Gilles Peress Near the border of Rwanda. Goma. Zaire. 1994. © Gilles Peress | Magnum Photos

      “The immensity of this crime is beyond our imagination and is only surpassed by the unbelievable indifference of the West”
      – Gilles Peress

  • #Rwanda : un document prouve l’ordre de la France de laisser s’enfuir les génocidaires

    Juillet 1994. Les principaux membres du gouvernement responsable du #génocide des #Tutsis sont dans une zone contrôlée par l’#armée_française. Leur arrestation est possible et même réclamée. Un document inédit, émanant du cabinet du ministre des affaires étrangères de l’époque, #Alain_Juppé, prouve aujourd’hui que la #France a préféré les laisser partir. Il est signé de l’actuel patron de la DGSE.

    L’#ordre_politique de laisser s’enfuir à l’été #1994 les principaux membres du gouvernement responsable du génocide des Tutsis au Rwanda, alors que leur arrestation était possible et même demandée, a été directement pris par le #gouvernement_français, selon un document inédit émanant du ministère des affaires étrangères.

    Le massacre des Tutsis du Rwanda, dernier génocide du XXe siècle, a fait près d’un million de morts en cent jours, entre avril et juillet 1994.

    Le document, dont Mediapart a pu prendre connaissance, apparaît vingt-cinq ans après les faits comme la pièce manquante de l’un des épisodes les plus sombres de la #responsabilité française dans la tragédie rwandaise.

    Il a été obtenu par le chercheur François Graner, auteur de plusieurs livres sur le Rwanda et membre de l’association Survie, qui a récemment pu accéder à des #archives inexplorées de la présidence Mitterrand grâce à une décision du Conseil d’État. La plus haute juridiction administrative a mis fin, en juin dernier, à des années d’entraves orchestrées par les gardiens de la mémoire de l’ancien chef de l’État et de la politique de la France durant le génocide des Tutsis.

    Le document en question est un télégramme « confidentiel diplomatie » émis le 15 juillet 1994 par le cabinet du ministre des affaires étrangères de l’époque, Alain Juppé, aujourd’hui membre du Conseil constitutionnel, et adressé à l’ambassadeur #Yannick_Gérard, alors représentant du Quai d’Orsay auprès des militaires français envoyés au Rwanda dans le cadre de l’#opération_Turquoise.

    L’ambassadeur Gérard avait réclamé le jour même des « instructions claires » du gouvernement (pour lui et pour l’armée française) afin de procéder sur place à l’#arrestation des autorités qui, écrivait-il dans un télégramme, « portent une lourde responsabilité dans le génocide ». Le fait est que les principaux membres du gouvernement génocidaire, au premier rang desquels son président, #Théodore_Sindikubwabo, se trouvaient alors dans une zone intégralement contrôlée par l’armée française, à proximité du Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo), pays frontalier du Rwanda.

    « Nous n’avons pas d’autre choix, quelles que soient les difficultés, que de les arrêter ou de les mettre immédiatement en résidence surveillée en attendant que les instances judiciaires internationales compétentes se prononcent sur leur cas », soulignait le haut fonctionnaire, conscient d’avoir des génocidaires identifiés à portée de main.

    La réponse du gouvernement français fut pourtant à l’exact opposé de la requête de l’ambassadeur Gérard. Dans le télégramme du 15 juillet, rédigé à 18 h 22 et adressé à « Yannick Gérard seul », le cabinet du ministre Juppé donne ainsi pour instruction de transmettre aux autorités génocidaires « notre souhait qu’elles quittent » la #zone_contrôlée par les forces armées françaises.

    Le message à transmettre semble si délicat que le cabinet Juppé demande à son ambassadeur de ne pas s’entremettre personnellement avec les génocidaires. « Vous pouvez en revanche utiliser tous les canaux indirects et notamment vos contacts africains, en ne vous exposant pas directement », peut-on lire dans le télégramme, qui a d’ailleurs pour titre : « Le département vous autorise à passer notre message de manière indirecte ».

    « Vous soulignerez que la communauté internationale et en particulier les Nations unies devraient très prochainement déterminer la conduite à suivre à l’égard de ces soi-disantes autorités », précise encore le télégramme, qui, insistant de la sorte sur une décision à venir de la communauté internationale, offre un #sauf-conduit au gouvernement génocidaire pour quitter sans la moindre anicroche le territoire sous contrôle français. Et passer au #Zaïre.

    Le document porte la signature « #EMIE ». Il s’agit de #Bernard_Émié, l’actuel directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l’un des principaux #services_secrets français, qui était à l’époque conseiller d’Alain Juppé au ministère des affaires étrangères, avant de rejoindre l’Élysée sous la présidence de Jacques Chirac.

    Sollicité par Mediapart, Alain Juppé a fait savoir qu’il ne souhaitait pas répondre à nos questions. Également sollicité, Bernard Émié n’a, pour sa part, pas donné suite.

    Un quart de siècle après la tragédie rwandaise, il n’y a aujourd’hui pas de doute sur le fait que la France savait qui étaient les organisateurs et commanditaires du génocide, et où ils se trouvaient. C’est donc en toute connaissance de cause que le gouvernement et l’Élysée les ont laissés filer.

    D’innombrables documents et témoignages, obtenus depuis des années par des historiens, des journalistes ou des juges, ont déjà largement permis de documenter que la France avait connaissance d’un génocide en préparation avant que celui-ci n’ait lieu et qu’elle a maintenu un soutien indéfectible aux autorités en cause quand le pire a commencé.

    Cela est si vrai que le gouvernement génocidaire, constitué au lendemain d’un attentat ayant tué le président #Habyarimana, jugé trop modéré par la frange la plus radicale du pouvoir hutu, a été formé, le 8 avril 1994, dans les locaux mêmes de l’#ambassade de France à Kigali, sous le nom de « #gouvernement_intérimaire_du_Rwanda » (#GIR).

    C’est un certain Théodore #Sindikubwabo, ancien président de l’Assemblée nationale, qui sera choisi pour diriger le pays avant que celui-ci ne s’enfonce dans les ténèbres. Pédiatre de formation, Sindikubwabo est considéré comme l’un des commanditaires du génocide, soupçonné d’avoir personnellement incité aux #massacres – notamment à l’occasion d’un discours retransmis le 19 avril sur Radio Rwanda – et d’avoir démis de leurs fonctions les préfets et autorités qui ne tuaient pas assez.

    Sindikubwabo fait partie des responsables politiques du génocide qui ont pu rallier le Zaïre en juillet 1994 avec l’aval du gouvernement français. Il est mort en 1998 dans des circonstances mal connues et sans jamais avoir été inquiété pour ses crimes.

    L’ordre de Juppé, l’ombre de Védrine

    Il existe dans les archives disponibles la trace d’un contact, en mai 1994, entre Sindikubwabo et le général #Christian_Quesnot, le chef d’état-major particulier du président de la République. Dans une note du 6 mai écrite à l’attention de #François_Mitterrand, après son échange avec le nouveau chef de l’État génocidaire – les massacres ont débuté un mois plus tôt –, le militaire indique que le dignitaire rwandais le « remercie » pour tout ce qu’il a « fait pour le Rwanda ».

    Dans ses commentaires personnels à la fin du document, le général Quesnot préconise alors d’appuyer, même au prix d’une « #stratégie_indirecte », le pouvoir rwandais face aux forces armées tutsies. Le général Quesnot dit, en effet, craindre l’établissement d’un « #Tutsiland » (sic), le tout « avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels remarquables relais d’un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d’État ». Le document est annoté de la main du secrétaire général de la présidence de la République, #Hubert_Védrine, d’un mot : « Signalé ».

    Pourtant, sur le terrain, la diplomatie et les services de renseignements français ne cessent d’accumuler des éléments sur la responsabilité du gouvernement intérimaire dans le génocide.

    Un télégramme « confidentiel diplomatie » daté du 10 juillet 1994 de l’ambassadeur Gérard, également découvert par le chercheur François Graner grâce à la décision du Conseil d’État de juin dernier, évoque même « un témoignage digne de foi qui confirme la responsabilité collective et personnelle des autorités de #Gisenyi [le gouvernement génocidaire – ndlr] dans les massacres ». Le diplomate ajoute que, selon d’autres témoignages « directs et concordants », le président Sindikubwabo a personnellement appelé à plusieurs reprises à « l’élimination totale des Tutsis » et que l’une de ses ministres a, en particulier, réclamé le massacre « des femmes et des enfants ».

    Cinq jours plus tard, c’est donc en parfaite connaissance de cause que l’ambassadeur Gérard demande des « instructions claires » au gouvernement pour pouvoir mettre aux arrêts ou, au moins, en résidence surveillée les génocidaires.

    En vain.

    À Paris, la question de l’arrestation des membres du gouvernement génocidaire a pourtant été source de confusion au sommet de l’État, comme le prouvent plusieurs autres documents.

    Dans les archives de l’Élysée figure notamment la copie d’une dépêche émise depuis Paris, le 15 juillet en fin de matinée, par l’agence de presse Reuters sous un titre éloquent : « Paris prêt à arrêter les membres du gouvernement ». « Les membres du gouvernement intérimaire rwandais […] seront mis aux arrêts s’ils tombent aux mains de soldats de français dans la #zone_humanitaire_protégée par l’opération Turquoise », indiquait l’agence de presse internationale, qui disait tenir ses informations d’une « source autorisée à Paris ».

    Seulement voilà : une annotation manuscrite, inscrite par Hubert Védrine dans la marge de la dépêche imprimée par les services de l’Élysée, montre qu’il n’en était, en réalité, rien. « Lecture du Président : ce n’est pas ce qui a été dit chez le Premier ministre », peut-on lire sous la plume du secrétaire général de l’Élysée.

    Le document du cabinet Juppé sur l’ordre de laisser filer les génocidaires, daté lui aussi du 15 juillet, vient aujourd’hui conforter le soupçon d’un ministre des affaires étrangères, Alain #Juppé, en accord avec la politique élyséenne, bien qu’appartenant à un gouvernement de cohabitation dirigé par #Édouard_Balladur. Ce dernier fera d’ailleurs savoir à ce sujet, en 1998, qu’il « n’était pas question » aux yeux de Mitterrand « de châtier les auteurs hutus du génocide ». « Et il n’était pas question aux miens, ajoutait-il, de permettre à ceux-ci d’aller se mettre à l’abri au Zaïre ».

    C’est pourtant exactement ce qui s’est passé, et ce, sur ordre de son propre ministre Alain Juppé. Sur le terrain, l’#exfiltration est pilotée par le lieutenant-colonel #Jacques_Hogard, qui commande le groupement Sud-Turquoise au Rwanda, formé de troupes de la #Légion_étrangère.

    Dans un supplément spécial consacré aux opérations au Rwanda, la revue militaire Képi blanc a résumé des années plus tard la situation dans un style d’une raideur militaire qui ne fait guère dans la contorsion : « L’#EMT [#état-major_tactique] provoque et organise l’#évacuation du gouvernement de transition rwandais vers le Zaïre. »

    Le lieutenant-colonel #Hogard confirmera lui-même à plusieurs occasions les faits, notamment au journaliste David Servenay et à l’universitaire Gabriel Périès, auteurs du livre Une guerre noire (La Découverte). Dans cet ouvrage, le militaire raconte être allé voir en ces termes son homologue zaïrois pour lui parler des génocidaires qu’il s’apprêtait à laisser partir : « Vous ne fermez pas les #frontières, vous les laissez poreuses, je ne veux pas que vous empêchiez ces gens-là de partir, le Zaïre est grand, ils n’ont que ça pour partir. »

    Dès le 16 juillet, c’est-à-dire au lendemain du télégramme envoyé par le cabinet Juppé, le lieutenant-colonel Hogard rencontre le chef de l’État du Rwanda pour lui faire savoir que lui et ses hommes doivent – et peuvent – partir dans les vingt-quatre heures. Et c’est ainsi que la France escorte du Rwanda à la frontière zaïroise parmi les principaux responsables politiques du génocide.

    Un militaire de l’opération Turquoise, Guillaume Ancel, a raconté des années plus tard dans un livre (Rwanda, la fin du silence, éditions Belles Lettres) avoir vu le lieutenant-colonel Hogard quelque temps après cette scène. « Certes, il est convaincu que ce n’est pas notre rôle de rendre justice, mais escorter poliment des décideurs qui ont de terribles responsabilités dans les massacres et “du sang jusqu’au cou” le tourmente. Il aurait pu les arrêter, il aurait même pu les neutraliser, mais ses ordres ne lui laissaient pas le choix », a-t-il témoigné.

    Un document déclassifié de l’état-major de l’armée française confirme que les membres du gouvernement génocidaire « ont franchi la frontière rwando-zaïroise » le 17 juillet en fin de journée, « l’option clairement avouée étant de replier également le reste des #FAR [#forces_armées_du_gouvernement – ndlr] avec leur armement au Zaïre, afin de poursuivre la #résistance depuis ce pays ».

    En un mot : que les génocidaires soient à l’abri pour que le sang, lui, continue de couler.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/140221/rwanda-un-document-prouve-l-ordre-de-la-france-de-laisser-s-enfuir-les-gen
    #génocide #Quesnot #Balladur #Edouard_Balladur

    signalé par @arno : je mets ici le texte complet

    • Une guerre noire. Enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994)

      Au printemps 1994, au Rwanda, près d’un million de personnes ont été exterminées en quelques semaines. À un rythme trois fois plus élevé que le génocide des juifs d’Europe. Comment un tel crime de masse a-t-il été rendu possible ? Quelle est la responsabilité des grandes puissances occidentales et de la France, surtout, si proche des génocidaires ? Après quatre ans d’enquête, dans les archives du monde entier, sur le terrain, auprès des militaires français, rwandais et belges, à interroger diplomates et politiques, Gabriel Périès et David Servenay tentent de répondre à ces questions. À l’aide de témoignages inédits et de documents confidentiels, ils lèvent le voile sur l’une des origines secrètes du génocide rwandais : la doctrine française de la « guerre révolutionnaire ». Des opérations clandestines menées dans le « pré carré » au moment de la décolonisation, en passant par le trouble jeu du général De Gaulle, ils établissent la généalogie de ce qui fut pendant des décennies un véritable savoir-faire de l’armée française. Formalisé pendant la guerre d’Indochine et appliqué en Algérie, il a largement inspiré les dispositifs répressifs mis en place dans un grand nombre d’États africains… dont le Rwanda des années 1960. Et ce n’est pas le fruit du hasard si l’un des meilleurs élèves africains de la « guerre révolutionnaire » perpétra, plus de trois décennies plus tard, le dernier génocide du XXe siècle : hiérarchies politico-militaires parallèles, gardes présidentielles transformées en escadrons de la mort, action psychologique, quadrillage administratif et militaire des populations formèrent un système efficace susceptible de mobiliser toute une société au service du projet exterminateur de ses dirigeants. Cette histoire inconnue éclaire d’un jour nouveau la responsabilité de l’État français dans le génocide rwandais.

      https://www.editionsladecouverte.fr/une_guerre_noire-9782707149145

      #livre #Gabriel_PÉRIÈS #David_SERVENAY

    • Rwanda, la fin du silence. #Témoignage d’un officier français

      Au lourd secret qui entoure le véritable rôle de la France et de son armée lors du génocide des Tutsi au Rwanda, #Guillaume_Ancel oppose la vérité de ses carnets de terrain, témoignage des missions auxquelles il a participé durant l’opération Turquoise. La fin du silence est aussi le récit du combat mené par cet ancien officier pour faire savoir ce qui s’est réellement passé durant cet été 1994 et « rendre hommage, dignement, aux centaines de milliers de victimes rwandaises que nous n’avons pas su empêcher. »
      Officier de la Force d’action rapide, détaché au sein d’une unité de la Légion étrangère, le capitaine Ancel mène avec ses hommes des opérations d’extraction de personnes menacées. Sous couvert d’une opération humanitaire destinée à mettre fin aux massacres, cet officier comprend vite que la France soutient le gouvernement génocidaire rwandais dont elle a formé l’armée. Il décrit les errements de l’armée française, ballotée au gré de décisions politiques dont les motivations sont toujours tenues secrètes, les archives officielles restant inaccessibles. Ce témoignage dévoile également certains épisodes méconnus de cette opération « #humanitaire » durant laquelle l’armée française a tué. Parfois pour défendre, parfois pour des raisons moins avouables.

      https://www.lesbelleslettres.com/livre/3565-rwanda-la-fin-du-silence
      #opération_humanitaire

  • L’État français et le génocide des Tutsis au Rwanda

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/L-Etat-francais-et-le-genocide-des-Tutsis-au-Rwanda

    « L’État français a, par pur cynisme, choisi le camp qui lui apparaissait le plus à même de maintenir le Rwanda dans sa zone d’influence. » Raphaël Doridant et François Graner reprennent tous les éléments constitutifs de la complicité française rassemblés et analysés depuis vingt-cinq ans. Diplomatique, militaire, financière, médiatique, celle-ci remonte à la préparation du génocide, s’est poursuivie pendant et après. Idéologique même, puisque les responsables politiques et militaires français ont largement répandu la propagande hutue, la négation du génocide et celle de leur propre rôle.

    Ils reviennent sur l’histoire du pays. Avant la colonisation par l’Allemagne à partir de 1894, puis par la Belgique à partir de 1916, la société est articulée autour de groupes sociaux qui ne sont aucunement des catégories ethniques : les Hutus étaient agriculteurs, les Tutsis éleveurs et les Twas potiers. « Les Européens, imprégnés de l’idée de hiérarchie des races humaines, projettent ce paradigme sur les peuples qu’ils découvrent en pénétrant à l’intérieur du continent africain. » Les colonisateurs s’appuient sur une élite tutsie, assimilée à une « race » supérieure, pour asseoir leur domination et enseignent cette supériorité sur la base pseudo-scientifique du mythe d’un ancien peuplement hamitique éthiopien venu « civiliser » les « Nègres » de la région. Dans les années 1930, une immatriculation « éthique » est mise en place. (...)

    #Afrique #France #Rwanda #Hutus #Tutsis #génocide #archives #Mitterrand #Juvénal_Habyarimana #Interahamwe #DGSE

  • Base de données sur le rôle de la France
    dans le génocide des Tutsi

    http://francegenocidetutsi.org/index.html.fr

    But de cette base de données


    FgtDb comme France Genocide Tutsi Database est une base de données relative au rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.

    Le génocide des Tutsi a été exécuté par des Rwandais. Mais nous formulons les hypothèses :

    1) Le génocide n’aurait pas eu lieu si la France n’était pas intervenue militairement au Rwanda, si elle n’avait pas fourni des armes et entraîné l’armée gouvernementale rwandaise, et si elle n’avait pas soutenu les politiciens et militaires rwandais qui depuis 1990 voulaient éliminer les Tutsi.

    2) Le coup d’État des 6-8 avril 1994, qui a coûté la vie au président Habyarimana, au Premier ministre Agathe Uwilingiyimana et à d’autres ministres et personnalités politiques n’aurait pu réussir qu’avec le soutien de la France par son ambassadeur à Kigali et sa représentation au Conseil de sécurité des Nations Unies.

    3) À tout moment du 7 avril au 18 juillet, la France aurait pu commander à ses alliés de cesser les massacres.

    Partis d’une démarche de citoyens français responsables, nous nous efforçons de tester ces hypothèses de manière aussi scientifique que possible en rassemblant des documents. Nous n’excluons pas a priori des documents qui vont à l’encontre de nos hypothèses, pourvu qu’ils rapportent des faits vérifiables.

    Sur ce site web http://francegenocidetutsi.org plus de 9.000 documents sont accessibles, triés par date, auteur, journal ou source. Un moteur de recherche permettant d’interroger suivant plusieurs critères et d’accéder à la fiche descriptive des documents est accessible ici
    Historique

    Ces documents ont été réunis depuis 2001 pour la rédaction du livre La France au coeur du génocide des Tutsi, publié en 2010 en quelques 300 exemplaires, épuisé depuis, mais restant déchargeable à l’adresse : http://francegenocidetutsi.org/FranceCoeurGenocideTutsi-IP.pdf

    L’idée initiale était de donner au lecteur du livre en format pdf de Adobe l’accès à une copie du document original en utilisant les pointeurs hypertextes pris en compte par Acrobat reader ou les logiciels équivalents.

    De là est née la conception d’une fiche descriptive des documents et la préoccupation de les étudier pour eux-mêmes dans un souci d’objectivité.

    Depuis de nouveaux documents ont été trouvés qui débordent maintenant de beaucoup la portée de ce livre. Le besoin de les publier comme preuve s’en est fait sentir.

    Cette base de données, commencée début 2013, existe sur un ordinateur. Elle répertorie environ 24.000 documents, 4.000 auteurs provenant de 700 journaux ou sources et d’une centaine de fonds d’archives.

    Il reste à faire une publication systématique des documents sur le web, ce qui est une exigence de chercheur mais qui est encore largement à faire. Les collaborations sont souhaitées.

    Avant avril 2016, ce site web était à l’adresse http://www.francerwandagenocide.org/documents

  • #Déogratias

    Derrière ce dessin, il y a plus d’un million de morts. Qui peut imaginer un million de morts ? C’est un chiffre qui ment, proie des comptables de l’horreur chicanant sur les dizaines, les unités. Un million, notre esprit se montre incapable de nous en transmettre une image précise. Un million de #morts, c’est le résultat de l’#indifférence devant le premier homme assassiné parce qu’il est Tutsi. Au deuxième, il est déjà trop tard pour arrêter l’#abomination. Alors, des êtres comme le jeune Hutu Déogratias célèbrent comme un trophée la corde à linge où pendouillent les dessous de femmes violées et, sans doute, trucidées. Corde qui signale « ici commence l’#horreur ». Avril #1994, Rwanda : le fleuve de sang emporte l’amour de Déogratias pour une jeune Tutsi. Et ce flot se nourrit du sang des Tutsi que Déogratias a tués de ses mains


    https://www.dupuis.com/seriebd/deogratias/284
    #Hutus #Tutsis #viol #guerre_civile #massacre
    #génocide #Rwanda #histoire #BD #livre