#un_démocrate

  • « Un Démocrate » de Julie Timmerman - Trailer - theatre-contemporain.net
    https://www.theatre-contemporain.net/video/Un-Democrate-trailer

    Eddie vend du savon.
    Eddie vend des pianos.
    Eddie vend du bacon.
    Non, Eddie ne VEND pas : il fait en sorte que les gens ACHÈTENT.

    Excellente pièce qui vient de connaître un nouveau succès en Avignon.

    N’oubliez pas le livre compagnon
    https://cfeditions.com/bernays

    #Un_Démocrate #Julie_Timmerman #Edward_Bernays

  • Un démocrate (version en duo) - la chronique du spectacle
    https://www.avoir-alire.com/un-democrate-la-chronique-du-spectacle

    Critique : Il y a des spectacles qui nous marquent et nous suivent tels des compagnons d’esprit. On s’y réfère comme à des repères d’excellence, des boussoles qui placent la barre haute.
    Julie Timmerman est de retour au Festival d’Avignon avec Un démocrate. La pièce y avait rencontré un grand succès. Depuis 2016, elle tourne avec plus de deux cents représentations.
    Cette fois-ci, l’auteure, metteuse en scène et comédienne nous présente la version duo de ce spectacle, dans la perspective de l’emmener « sur toutes les routes et dans toutes les contrées qui ne pouvaient pas accueillir sa forme habituelle - pour des raisons financières ou techniques », et ainsi en faire bénéficier tous les publics.
    Julie Timmerman partage l’affiche et une vingtaine de personnages avec Mathieu Desfemmes, excellent comédien au timbre de voix saisissant, variant les accents et la gestuelle avec beaucoup d’agilité.
    Le talent de Julie Timmerman, on le sait, est multiple : aura d’auteure, comédienne rayonnante, metteuse en scène qui manie l’inventivité comme une baguette magique.
    L’année dernière, entre deux confinements, elle nous avait enthousiasmés avec Bananas (and kings), où figurait notamment Mathieu Desfemmes : l’histoire de la United Fruit Company et de l’asservissement des peuples autochtones. Il existe d’ailleurs des passerelles et une parentalité entre les deux spectacles (propos et force de frappe).
    Avec Un démocrate en duo, Julie Timmerman réussit à faire de cette création une version concentrée qui déborde d’énergie, toujours fondée sur un rythme haletant et saisissant. Dans le cadre d’une conférence qui dégénère, le cynisme assumé s’expose.
    L’auteure explique : « Nous passons ainsi du mode épique à la comédie de la com’, du cabaret à la tragédie de la résistible ascension d’Edward Bernays, de la sortie de jeu à des séquences où des conseillers en com’, tels des apprentis laborantins, regardent un homme se débattre dans la maison créée pour lui - métaphore du Système et de la Pensée Unique. Un mélange des genres qui, par la jubilation de la dénonciation, se veut facteur d’éveil de la pensée, en même temps que divertissement pour tous ».
    Le texte d’Un démocrate nous offre des répliques ciselées, cyniques, drôles, pleines d’intelligence. Traduite en trois langues (italien, espagnol et catalan), la pièce est publiée en France par C&F, sera bientôt éditée en Italie et en Argentine.
    En assistant à ce spectacle, chaque spectateur peut avoir l’assurance d’être transporté et secoué. Un grand moment de vie.

    #Julie_Timmerman #Un_démocrate #Edward_Bernays

  • Un Démocrate de Julie Timmerman - Avignon / 2021 Avignon Avignon Off. La Condition des Soies
    https://www.journal-laterrasse.fr/un-democrate-de-julie-timmerman-3

    Dans une forme brechtienne fine et assumée, Julie Timmerman questionne l’état de la démocratie à travers le parcours du méconnu Edward Bernays, neveu de Freud et inventeur des techniques de manipulation de masse.

    « Edward L. Bernays (1891-1995) ». Sous un portrait accroché à un mur noir, l’épitaphe crée un horizon d’attente précis : le comblement d’une lacune historique. En compagnie de trois comédiens, Julie Timmerman y répond avec talent à travers un portrait chronologique à la manière brechtienne. Entre narration distanciée des épisodes marquants de la longue vie de Bernays, incarnation de certaines situations et intermèdes musicaux volontiers burlesques, Un démocrate déploie la biographie d’un homme aussi peu connu qu’important. Double neveu de Freud, le héros de la pièce de Julie Timmerman est le fondateur de l’industrie des Relations Publiques. Autrement dit, d’une méthode de manipulation des masses qui repose sur les avancées des sciences sociales au tournant du XIXème et du XXème siècle. Celles de la sociologie, de la psychologie sociale, et bien sûr de la psychanalyse. Dans un contexte de crise des démocraties européennes, la figure d’Edward Bernays est pour Julie Timmerman prétexte à un appel à la vigilance et à l’esprit critique.

    Edward Bernays, père des relations publiques

    Traversée éclair des cent ans d’existence du père des relations publiques, Un démocrate s’ouvre sur un court monologue d’un Edward Bernays centenaire interprété par Mathieu Desfemmes, puis laisse place à la reconstitution des succès majeurs du protagoniste. Parmi lesquels, la promotion de Damaged Goods d’Eugène Brieux, pièce sur la syphilis, sujet tabou à l’époque. Edward Bernays développe une technique qui lui servira plus tard dans son travail pour des fabricants de savons, de pianos, le patron de la marque de cigarettes Lucky Strike ou encore la compagnie bananière United Fruit Company. Sorte de laboratoire où les idées sont évoquées à travers les corps et des matériaux simples, le plateau de Un démocrate est tout sauf la tribune d’une classique leçon d’histoire. Ponctuée des maximes cyniques et paradoxales dont le neveu de Freud avait le secret – « pour lutter contre la propagande il faut plus de propagande », par exemple –, cette pièce où chaque comédien joue plusieurs rôles traduit avec force le désir de théâtre politique et populaire de Julie Timmerman.

    Anaïs Heluin

    #Un_démocrate #Edward_Bernays #Julie_Timmerman

  • « Bananas (and kings) », Julie Timmerman : Le rire anti-trust par Gilles Costaz | Politis
    https://www.politis.fr/articles/2020/09/bananas-and-kings-julie-timmerman-le-rire-anti-trust-42348

    Très bel article dans Politis sur le travail politique et théâtral de Julie Timmerman. J’ai vu la pièce qui réussit à parler d’une situation dramatique sans ennuyer. Jeu d’acteur + mise en scène inventive, une belle soirée assurée.

    Et pour continuer le plaisir, n’hésitez pas à vous plonger dans "Un démocrate" (https://cfeditions.com/bernays).

    Jeune metteuse en scène et créatrice de la compagnie Idiomécanic Théâtre, Julie Timmerman ne cache pas ses intentions. En exergue de son nouveau spectacle, Bananas (and kings), elle écrit : « Qu’en est-il de nos démocraties à l’heure où les multinationales ont un tel pouvoir ? Que nous reste-t-il pour lutter contre la confiscation de notre pouvoir de citoyens ? C’est le rôle du théâtre de traquer la matrice [de la mainmise des grands groupes états-uniens sur l’économie], de la disséquer et d’exposer ses entrailles, pour armer les peuples contre elle. » Elle fait donc une forme de théâtre politique, mais limite les déclarations d’intention aux documents de communication. Sur scène, ses pièces ne sont pas discoureuses, elles dénoncent à coups de sketchs percutants, retrouvant la forme un peu disparue de l’agit-prop que pratiquaient les révolutionnaires russes et qu’ont reprise des artistes comme Erwin Piscator ou Dario Fo. Pour cette artiste, le théâtre affirme sa puissance de plaisir par le filtre pamphlétaire.

    Julie Timmerman avait déjà frappé un grand coup avec Un démocrate, écrit, mis en scène et joué à partir de 2016. Ce spectacle eut un tel retentissement qu’il continue de tourner en France. Il y avait là un gros lièvre de levé : Edward Bernays, l’un des inventeurs de la propagande moderne, l’Austro-Américain qui établit le mécanisme de la manipulation des masses. Ce parfait « démocrate », qui n’avait rien à se reprocher puisqu’il était rarement hors la loi, donna aux managers et aux hommes politiques les clés pour vendre tout ce qu’il était possible de vendre : du tabac, des produits de consommation, l’altruisme des discours et l’oppression des peuples démunis.

    Des chercheurs et des réalisateurs ont eux aussi sorti de l’oubli – récemment – ce sinistre Bernays, mais Julie Timmerman a beaucoup contribué à mettre au jour cette page d’histoire, car son spectacle repose sur une longue enquête faite en dialogue avec des sources états-uniennes. C’est d’ailleurs une maison d’édition numérique à caractère universitaire, C&F Éditions, qui a choisi d’éditer la pièce et de la faire suivre d’un dossier composé d’études sur celui qui fut le maître de la propagande dans la sphère libérale.

    La nouvelle pièce de Julie Timmerman, Bananas (and kings), naît de la précédente. Dans le premier texte, il était question rapidement du rôle de la United Fruit Company dans le coup d’État ourdi par la CIA au Guatemala en 1954, quand les États-Unis étaient parvenus à mettre fin à la réforme agraire de ce pays pour rétablir leur pouvoir commercial sur le colossal marché des fruits. Le texte, joué à présent à la Reine-Blanche, avant de tourner dans un certain nombre de villes de la banlieue parisienne et des régions, se concentre sur la banane et ses enjeux quasi mafieux.

    Ah, la banane, fruit délicieux, facile à cultiver et à exporter, alors d’un exotisme aisé à amplifier, et auquel on peut même ajouter une connotation sexuelle (ce qui, pour dire vrai, ne figure guère dans le spectacle) ! En fait, c’est moins un fruit qu’un tiroir-caisse à l’échelon mondial. Ce que conte Julie -Timmerman, dans une -succession chronologique mais avec la férocité allègre de la satire, c’est l’histoire de cette United Fruit Company, plus puissante qu’une armée en marche. Au Guatemala surtout, mais avec des réseaux qui agissent à travers les deux -Amériques.

    Les tableaux qui s’enchaînent donnent à voir les patrons voyous du groupe (disons plutôt gang-sters, c’est Chicago à Wall Street) mettant en place leur stratégie de rouleau compresseur, les petites mains qui font le sale travail, les réticents et les opposants vite rétamés, un effarant successeur du premier PDG et les élus guatémaltèques broyés tour à tour par le même pouvoir olympien.

    Allez, allez, mangez des bananes ! Ne prenez pas celles des paysans qu’on étouffe, mais celles du trust qui s’empare tranquillement de leurs terres ! Elles vont devenir d’un beau bleu, comme les pesticides qui s’y sont infiltrés et comme les hommes qui les cueillent et meurent parfois d’avoir respiré ce venin bleuté. Et toute personne qui n’applaudit pas aux méthodes de l’United Fruit Company est un communiste !

    Mais nous sommes au théâtre, sur une scène qui pourrait être dans la rue ou dans une cour d’usine, ou à un cabaret de l’histoire où l’on rêverait de voir en nombre les classes dites laborieuses. On est là pour se venger de l’injustice en riant. Dans ce style, Julie Timmerman déploie un savoir-faire qu’elle dit brechtien. Il y a de ça, en effet. Les dessins sont brossés à gros traits et les affrontements claquent comme les lanières d’un fouet. On ne peut pas se tromper sur les méchants ! Mais il y a là une épaisseur historique qui est propre à la compagnie Idiomécanic. Même réécrits, souvent tournés à la farce (farce glaçante, bien sûr), les épisodes sont vrais, contiennent des paroles et des textes qui ont vraiment été dits ou publiés.

    Les quatre interprètes jouent un grand nombre de rôles, sans en rester à leur genre. Julie Timmerman elle-même termine en homme humilié et en statue de la Liberté parodique. Elle associe étonnamment punch et sensibilité. Anne Cressent s’intègre au jeu pamphlétaire avec une forte dimension dramatique souterraine. Mathieu Desfemmes et Jean-Baptiste Verquin manifestent ensemble et séparément un art de jouer les crapules qui les situe haut dans le guignol politique. De même qu’Apollinaire disait : « Que la guerre est jolie ! », on osera dire qu’ainsi croquée cette ignominie est fort réjouissante.

    Bananas (and kings), théâtre de la Reine-Blanche, Paris, 01 40 05 06 96. Jusqu’au 1er novembre. Puis aux Rencontres Charles-Dullin (Orly, Fresnes, Le Kremlin-Bicêtre) et en tournée jusqu’au 27 mai. À lire : Un démocrate, Julie Timmerman, C&F éditions.

    #Julie_Timmerman #Un_démocrate #Bananas_and_kings #C&F_éditions

  • Bananas (and kings) de Julie Timmerman : l’emprise d’une multinationale - Théâtre Paris Théâtre La Reine Blanche
    https://www.journal-laterrasse.fr/focus/bananas-and-kings-de-julie-timmerman-lemprise-dune-multinationale

    Création / Texte et mise en scène Julie Timmerman
    Publié le 6 août 2020 - N° 286

    Instruire, émouvoir, bouleverser, divertir : en s’appuyant sur l’Histoire, Julie Timmermann et sa compagnie L’Idiomécanic Théâtre réfléchissent notre monde. Présentée à partir du 9 septembre au théâtre La Reine Blanche, leur nouvelle création opère un zoom circonstancié sur la United Fruit Company.

    Depuis la création de votre compagnie L’Idiomécanic Théâtre en 2008, avez-vous exploré un champ particulier de questionnements ?

    Julie Timmerman : Nous avons toujours créé des spectacles qui éclairent les combats individuels contre les diktats sociaux, moraux, religieux ou politiques visant à enfermer l’homme. Ce champ de recherche infini, d’une grande diversité, s’avère captivant. Il n’est pas nouveau ! Depuis l’Antiquité et L’Orestie d’Eschyle, le théâtre s’empare de la question de la démocratie. Mon premier spectacle, Un jeu d’enfants (2008) de Martin Walser, pose un regard cynique sur la révolte inaboutie des fils à travers un conflit générationnel en 1968. Etonnamment la United Fruit Company y était déjà citée ! Ensuite, Words are watching you s’inspire de la “novlangue“ dans 1984 de George Orwell et dissèque la manipulation par le langage. Puis La Sorcière d’après Jules Michelet met en scène une femme en lutte contre le pouvoir de l’Eglise, à l’instar de Rosmersholm, magnifique pièce d’Ibsen où le désir de liberté se heurte au poids des héritages. Enfin, je me lance dans l’écriture avec Un démocrate, qui expose les mécanismes de manipulation des masses, aujourd’hui complété par Bananas (and kings), qui resserre la focale sur la United Fruit Company et son emprise en Amérique centrale. Ces deux volets complémentaires sur la démocratie peuvent être vus indépendamment l’un de l’autre. Le parcours de la compagnie dessine un sillon qui, en questionnant les enjeux de la démocratie, interroge les freins à la liberté et la justice.

    Pourquoi vous appuyez-vous sur des faits réels pour mettre en scène les fragilités de la démocratie ?

    J.T. : S’inspirer de l’Histoire permet à la représentation de fournir des outils de réflexion fondés sur des faits vérifiés, incontestables. Plutôt que poser plus ou moins adroitement la question de savoir si nous sommes aujourd’hui vraiment en démocratie, s’appuyer minutieusement sur le déroulé des événements passés nourrit l’enquête : le passé éclaire le présent. Nous voulons penser ensemble grâce à l’Histoire sans donner de leçon. Pendant des mois, j’ai effectué des recherches afin de pouvoir créer un théâtre documenté, et non pas documentaire, car il se raconte comme une fiction. Certains spectateurs de Un Démocrate nous ont confié trouver tel ou tel fait ou personnage exagérés, alors même que tout ce qui était dit était vrai ! La pièce retrace le parcours de Edward Bernays (1891-1995), pionnier des techniques de marketing et de manipulation de masse, qui a vendu indifféremment savons, cigarettes, Présidents et coups d’état de la CIA. Inspiré par la technique des associations d’idées qu’utilise son oncle Freud à des fins thérapeutiques, il l’applique pour façonner les comportements. Il parvient par exemple à faire fumer les femmes en associant la cigarette à l’idée de liberté. Au Guatemala, il met au point une guerre psychologique contre le président réformiste Jacobo Arbenz. Les instruments de la propagande y font leurs preuves, en écho direct au processus de fabrication du consentement tel qu’énoncé par Noam Chomsky. Notre nouvelle création, Bananas (and kings) complète le diptyque en montrant la subordination du politique aux intérêts économiques, à travers l’essor implacable de la United Fruit Company.
    « Le théâtre doit être un endroit où on a terriblement envie d’aller. »

    © Dominique Hamot
    BANANAS (and kings)

    Quelle est cette compagnie bananière ? Comment la représentez-vous sur scène ?

    J.T. : Fondée en 1899, la compagnie a organisé la production et le commerce de la banane, et pour cela elle a colonisé toute l’Amérique centrale, s’appropriant les ressources, les infrastructures, les terres. Générant l’asservissement des peuples autochtones et l’empoisonnement de la terre par les pesticides, l’exploitation s’est développée tout au long du siècle. Devenue en 1989 Chiquita Brands International, la firme est parvenue à corrompre et confisquer le pouvoir politique des « Républiques bananières ». Je montre le système en train de se construire, braquant le projecteur sur le coup d’état de 1954 au Guatemala, qui a constitué un laboratoire au service de la compagnie. Je mets en scène des personnages de fiction et surtout les véritables protagonistes de l’histoire. Parmi ceux-ci, le fondateur de la compagnie, Minor Keith, et son successeur Sam Zemurray. Quant à Jacobo Arbenz, éphémère président du Guatemala qui a représenté un espoir de réforme démocratique, il apparaît comme une figure tragiquement seule. Parmi les personnages fictifs, j’ai imaginé le fantôme d’une Indienne témoignant à un procès, ouvrant vers un monde autre, hantant Minor comme Banco revient hanter Macbeth. En tout quatre comédiens – Anne Cressent, Mathieu Desfemmes, Jean-Baptiste Verquin et moi-même – interprètent plus de quarante personnages, le récit traverse tout un continent et un siècle et demi, en collaboration artistique avec le compositeur Benjamin Laurent.

    Quelle est la tonalité de votre mise en scène ?

    J.T. : Pablo Neruda dit de la United Fruit Company qu’elle « instaura l’opéra-bouffe ». Face à des enjeux aussi forts, à une telle démesure, il est intéressant de dépasser le réalisme, de faire en sorte que ces gens d’une ambition à toute épreuve puissent aussi faire rire. C’est une tragédie d’une grande violence déployée dans un monde phagocyté par l’appât du gain, mais nous voulons pour le public qu’une forme d’humour se dégage, à travers l’écriture ludique et jubilatoire, à travers la dimension comique de ces clowns monstrueux. Bananas comme Un Démocrate s’inscrit dans une filiation brechtienne, même si ce nouvel opus est plus incarné. Le théâtre doit être pour moi un endroit où on a terriblement envie d’aller, pour éprouver des émotions, découvrir un imaginaire singulier, engager une réflexion commune sur notre monde. Une réflexion artistique et politique…

    Propos recueillis par Agnès Santi

    #Julie_Timmerman #Un_Démocrate #Edward_Bernays #Théâtre

  • Introduction de Stéphane Resche au livre « Un démocrate », une pièce de Julie Timmerman | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/07/27/introduction-de-stephane-resche-au-livre-un-democrate-u

    Introduction de Stéphane Resche au livre « Un démocrate », une pièce de Julie Timmerman
    Publié le 27 juillet 2020 | Poster un commentaire

    Avec l’aimable autorisation des Editions C&F

    On commence par céder sur les mots
    et on finit parfois par céder sur les choses.
    Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi

    Tout a commencé en 2017 avec une représentation d’Un démocrate, pièce écrite et mise en scène par Julie Timmerman, consacrée à la figure d’Edward Bernays, le père des Public Relations. Né à Vienne en (1891 et mort à Cambridge (près d’Harvard, aux États-Unis) en 1995, Bernays est aujourd’hui une figure discrète du panorama médiatique occidental. Globalement, on ignore en effet le rôle fondamental qu’a joué, tant du point de vue théorique que pratique, le « double neveu » de Sigmund Freud dans la structuration textuelle, publicitaire, communicationnelle de notre actuelle société de la suggestion.

    Alors que le spectacle Un démocrate de la compagnie Idiomécanic Théâtre tournait (il tourne encore !), le texte réclamait une attention, un écrin, une diffusion. Son édition s’est imposée comme une évidence. Il a été décidé de l’accompagner d’autres contributions – artistiques et critiques –, autant d’outils potentiels de compréhension d’un monde malmené par les apparences.

    L’ouvrage que vous tenez entre les mains (on vous l’a bien vendu, n’est-ce pas ?) est le fruit d’un enchaînement de collaborations et de partenariats, comme pour démontrer que face à la manipulation des masses par la manipulation des mots, la seule solution consiste à se souder, à faire corps et front, pour mieux comprendre d’abord, pour mieux répondre ensuite. Le résultat est évident : c’est un livre qui dit les choses de notre temps. Un livre que l’on peut renverser, lire d’un trait, dans le désordre, ou feuilleter. C’est une pièce de théâtre augmentée mais aussi une série de points de vue illustrés.

    Notre invitation est donc double : la pièce de théâtre est d’abord à votre disposition pour être découverte sans détour ni accompagnement paratextuel (en espérant que vous aurez la chance de voir le spectacle aussi, si ce n’est déjà fait). Mais ce texte pour la scène a également fait naître des échanges captivants, qui ont fait jaillir ce que nous avons regroupé sous la forme d’un dossier critique, qui emboîte le pas à l’imagination foisonnante et tangible qu’une lecture de la pièce vous procurera assurément. Celui-ci comprend cinq contributions précédées d’une courte introduction dramaturgique qui est aussi un excursus sur la séduction de la propagande et sa mise en scène.

    Bernays était le roi de l’information publique, il nous fallait donc, dans notre dossier, aborder à la fois les mondes visuel et écrit. Voilà qu’un premier partenariat s’est noué avec la promotion 2018-2019 du nouveau DN MADE (diplôme national des métiers d’art et du design) Gravure, images imprimées et Images et narration, de l’école Estienne (école supérieure des arts et industries graphiques). Et les étudiants, accompagnés par Florence Jamet-Pinkiewicz, de prendre à bras-le-corps les métaphores dramaturgiques pour mieux interroger la distance critique nécessaire à leur profession future. En tant que créatrice, Florence Jamet-Pinkiewicz propose sa lecture de la pièce de Julie Timmerman et une réflexion sur les images. Elle développe également le processus de création des illustrations de la pièce par les étudiants de l’école Estienne. De cette manière, le témoignage ici reporté nous introduit dans la forge intellectuelle de futurs graphistes éclairés.

    Dans le prolongement des premiers féconds échanges avec les étudiants d’Estienne, la promotion 2019-2020 du master 2 Métiers du livre et de l’édition (parcours édition) de l’université de Caen – chapeautée par Marie-Astrid Bailly-Maître avec le regard avisé de Nicolas Taffin – a apporté sa curiosité, son engagement, son expertise, à la confection d’un ouvrage conçu sur-mesure. Permettez que l’on rende sincèrement et totalement, à Marie-Astrid Bailly-Maître et à son équipe au complet, les honneurs de la réussite de l’ouvrage qui vous appartient désormais. Dans sa contribution, Nicolas Taffin, notre éditeur et conseiller en chef, revient quant à lui sur l’art discret de la typographie, qui nous invite selon ses termes à « décortiquer les mécanismes de la publicité et de la propagande ». L’association des images construit des signes, des sens, qui ont vocation à manipuler le public. Et dans le retrait du monde plus effacé des livres, il est un art de la composition qui favorise à l’inverse la déconstruction, laissant la liberté éclore. La typographie présente ainsi une lueur d’espoir au sein même de l’organisation de la page.

    Lors des rencontres et des sessions de travail éditorial communes qui se sont tenues entre l’automne 2018 et le printemps 2020, la jeunesse nous a exhortés à repenser les codes, déjouant les attentes, réclamant des explications. Chacun a tiré en définitive des enseignements fertiles. En appui de nos discussions et des perspectives d’action, Karine Chambefort-Kay a ainsi décidé de nous apporter à son tour un éclairage sur la manière dont la photographie a su, dès les années 1930, concevoir des stratégies de riposte à l’usage propagandiste des images. En prenant du recul sur les travaux de Bernays, la chercheuse développe dans son exposé un discours critique sur les images, exposant la photographie comme outil de propagande, mais aussi comme instrument de combat fondamental face à la manipulation des masses.

    À ces réflexions s’ajoute l’intervention biographique, dynamique, indispensable que Mathis Buis a voulu consacrer spécifiquement à Bernays. En somme, avec sa plume acerbe, l’auteur nous ouvre les portes de la vie d’« Eddie » et nous propose, par la même occasion, une analyse de la société ultra-contemporaine, celle de la surconsommation, d’internet et de Netflix.

    Julie Timmerman, enfin, a accepté de nous confier ses convictions éminemment politiques du travail de mise en scène. Dans cet entretien mené par votre serviteur, l’autrice revient sur la genèse de sa pièce, Un démocrate, sur sa démarche de création, sur ses sources d’inspiration, ainsi que sur les idées qu’elle a tenu à défendre et à illustrer.

    Les présentations sont faites. Et l’ouvrage n’impose aucune préséance dans son utilisation. La pièce de théâtre, comme le dossier critique qui l’accompagne, n’attendent plus que vous. Nous espérons qu’ils vous plairont et qu’ils sauront vous offrir quelques belles idées pour affronter l’avenir. Bonne lecture !

    Stéphane Resche

    Julie Timmerman : Un démocrate

    Suivi du dossier : Edward Bernays, petit prince de la propagande

    C&F éditions, Caen 2020, 240 pages, 18 euros

    https://cfeditions.com/bernays

    #Un_démocrate #C&F_éditions #Edwards_Bernays #Propagande