• La situation alarmante de la #pédopsychiatrie en France

    Le nombre d’adolescents et d’enfants arrivant aux urgences pédopsychiatriques connaît une hausse vertigineuse depuis le début de la crise due au Covid-19. L’hôpital a accueilli 900 mineurs en 2021. Avec des réponses parfois déficientes, faute de #soignants et de structures adaptées.


    La chambre d’une patiente suivie en pédopsychiatrie, dans le service pédiatrie du CHU de Nantes, le 17 août 2022. LOUISE QUIGNON POUR « LE MONDE »

    La crise a atteint son paroxysme en mars. Tout au long du mois, Laurence Dreno, pédopsychiatre au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, et son équipe ont fait face, chaque semaine, à l’arrivée aux urgences pédiatriques, en moyenne, de dix-sept jeunes en détresse psychologique. « Vous arrivez et, chaque matin, il y a au moins trois jeunes qui ont fait une tentative de suicide, expose, d’une voix blanche, Mme Dreno. A un moment, j’ai ressenti un immense vertige. Je me suis dit : “Mais comment je vais penser dix-sept projets de soins pour les patients ?” »

    La praticienne a vécu un nouveau moment d’abattement lorsque, trois mois plus tard, elle a vu plusieurs de ces jeunes revenir aux #urgences. « Ils n’avaient même pas décroché un rendez-vous dans un CMP [centre médico-psychologique] car toutes les structures sont complètement débordées. Là, je me suis dit que j’avais travaillé dans le vide. »

    Partout, dans les hôpitaux de France, le nombre d’adolescents et d’enfants « présentant un syndrome dépressif modéré à sévère » connaît une hausse vertigineuse depuis la fin du premier confinement dû à la crise liée au Covid-19. Le secteur de la pédopsychiatrie était déjà sous tension, le voici qui prend l’eau, faute de structures adaptées et de moyens humains.

    Près de 900 mineurs de moins de 16 ans sont passés par l’accueil des urgences pédiatriques du CHU de Nantes en 2021 pour des troubles psychologiques. « Quatre cent trente ont été hospitalisés, contre 250 à 280 avant l’épidémie, énonce la professeure Christèle Gras-Le Guen, cheffe du service des urgences pédiatriques et du service pédiatrique de l’hôpital de Nantes. On aurait dû en hospitaliser davantage, mais on n’avait aucune solution. » « Avant, on faisait du soin, souffle Mme Dreno. On voyait les patients, on les prenait en charge. Et puis on les orientait vers des consultations en CMP. Désormais, on fait du tri. »

    Des mineurs exprimant des idées suicidaires sont renvoyés chez eux avec une « simple » orientation vers des consultations. Or, les centres médico-psychologiques affichent des délais de prise en charge variant de quatre à six mois. « Ces structures enregistrent quinze demandes par semaine au bas mot quand, auparavant, elles assuraient quinze consultations par mois, développe Mme Dreno. Ce qui est insupportable, c’est que nous, professionnels, on sait qu’en six mois il se passe beaucoup de choses dans une vie et que les situations peuvent s’aggraver. »

    Au mieux, les mineurs en détresse sont pris en charge en service de pédiatrie. « On fait avec les moyens du bord, souligne Mme Gras-Le Guen. Sur les 36 lits du service de pédiatrie du CHU, il y en a régulièrement la moitié occupée par des patients qui ont des problèmes de santé mentale. »

    Au pire, des jeunes, trop agités, sont désormais transférés, parfois dès l’âge de 10 ans, en psychiatrie adulte à l’hôpital Saint-Jacques de Nantes, « dans des chambres d’isolement, soit des conditions relevant du milieu carcéral, pour les protéger de patients pouvant être dangereux », ainsi que le déplore Mme Gras-Le Guen. La situation, assène la professionnelle, qui préside la Société française de pédiatrie, relève de « la maltraitance institutionnelle. Pour un enfant qui va mal, c’est la double peine : on l’enferme dans un service où il va avoir des soins qui ne correspondent pas à son état de santé ». Plus de 250 mineurs de moins de 16 ans ont été hospitalisés en psychiatrie adulte en 2021 à Nantes. Un bilan qui menace d’être plus élevé en 2022.

    La patientèle passant aux urgences pédopsychiatriques est désormais majoritairement féminine. Et elle se rajeunit dangereusement, avec l’accueil de nombreux jeunes âgés de 12 ans. Les souffrances sont multiples : conflits familiaux, défaillances parentales, harcèlement, sentiment d’insécurité face au monde. Vincent Delaunay, chef du pôle psychiatrie et santé mentale au CHU de Nantes, note aussi « une augmentation des troubles du comportement alimentaire et des pathologies dépressives, ainsi que des pathologies mentales avérées ». A ce tableau clinique se greffe « une souffrance morbide s’accentuant autour des questionnements identitaires sur la sexualité et le genre », représentant « une hausse de 25 % des demandes » depuis la sortie des confinements.

    « Si on tarde, ça explose »

    La crise secoue aussi les professionnels. Certains jettent l’éponge, épuisés et vaincus par un sentiment d’impuissance. Cinq postes sont vacants dans l’unité dirigée par Mme Dreno. Qui alerte : « Comment on va garder nos jeunes praticiens si c’est pour faire du boulot qui n’a pas de sens ? » La praticienne appelle à recruter au plus vite une quinzaine de psychologues et souligne : « Un adolescent, dès lors qu’on s’en occupe, que l’on met de l’attention et du soin, il récupère et il repart. Si on tarde, ça explose. »

    La crise est nationale, mais, selon l’Observatoire régional de la santé des Pays de la Loire, l’offre de soins spécialisés dans la santé mentale des adolescents est particulièrement faible en Loire-Atlantique pour ce qui est des lits d’hospitalisation, le département ne comptant que 6,9 lits pour 100 000 habitants, contre 16,5 lits à l’échelle nationale.

    « Cela fait des années que l’on tire la sonnette d’alarme sur ce sujet », énonce M. Delaunay, qui évoque « une situation absolument catastrophique ». Le manque d’anticipation, par les pouvoirs publics, des évolutions sociétales et de l’essor démographique relève de « l’aveuglement » selon le professionnel, qui note : « Il y a un rattrapage phénoménal à accomplir. »

    L’agence régionale de santé (ARS) partage le constat, mais nuance le diagnostic. La #psychiatrie, dans son ensemble, « accuse un déficit historique en termes de moyens dans les Pays de la Loire », reconnaît le docteur Jean-Paul Boulé, chef de projet santé mentale au sein de l’ARS, qui précise : « On a longtemps été la dernière région métropolitaine pour les dotations par rapport au nombre d’habitants. » Mais la pénurie de lits d’hospitalisation, qui date d’une vingtaine d’années, est liée « à la volonté exprimée par les professionnels de soigner les patients au plus près de leur lieu de vie ». La Loire-Atlantique, fait valoir le médecin, a ainsi fait le choix de « privilégier le développement d’hôpitaux de jour, totalisant à ce jour 207 des 426 places recensées à l’échelle régionale ».

    « Miser sur l’ambulatoire »

    De nouveaux projets sont sur orbite. Huit lits pour enfants et adolescents pourraient être créés au sein de l’établissement psychiatrique de Blain, au nord de Nantes, en 2023. L’ARS a donné son feu vert pour l’extension du service d’hospitalisation intersectoriel de pédopsychiatrie, une unité située à Bouguenais, dans la banlieue sud, comptant quatorze lits, soit la perspective de seize lits supplémentaires d’ici cinq ans, note Julien Vallée, responsable de cette structure.

    La création d’un hôpital de jour « postcrise » consacré aux adolescents, affichant une capacité d’une quinzaine de places, est également espérée en 2023 dans la banlieue nantaise. « C’est vraiment une structure de soins d’aval dont on a besoin, souligne M. Delaunay. Ce qui est fondamental, c’est d’apporter une réponse en temps voulu, éviter les tris aberrants et les renvois à domicile faute de places. » « La priorité », souligne l’ARS, reste_« de soigner un jeune patient au plus près de son lieu de vie » et donc « de miser sur l’ambulatoire ».
    Depuis 2018, les mesures de rattrapage en matière de santé mentale dans les Pays de la Loire représentent une enveloppe de 18 millions d’euros par an, qui s’ajoutent à la dotation annuelle de 450 millions d’euros.
    « Les crédits sont enfin là, mais, maintenant, le goulet d’étranglement, ce sont les ressources humaines qui obèrent la capacité à mettre en œuvre des projets », énonce le docteur Bruno Meslet, conseiller médical au sein de l’ARS. Outre la pénurie de pédopsychiatres, l’agence sanitaire souligne les difficultés de recrutement de psychologues, d’infirmiers, d’aides-soignants ou d’éducateurs…

    « Au-delà de la question de la rémunération, insuffisante, on paye très cher le fait d’avoir mis les personnels en souffrance en réduisant les effectifs », se désole M. Meslet. « La volonté de financer des projets est là, mais, ce qui manque désormais, ce sont les bras_, appuie M. Delaunay. Ce qui est désolant, c’est d’avoir attendu d’être face à la #catastrophe pour réagir enfin. »

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/08/18/jeunes-en-detresse-psychologique-l-appel-au-secours-du-chu-de-nantes_6138320

    le même journal vient de publier plusieurs articles sur la gériatrie, « en crise » elle-aussi, pour un nombre de patients croissant, elle-aussi

    #santé_publique #enfance #souffrance_psychique #folie

  • Urgences saturées à Montpellier : 7 ambulances de pompiers bloquées pendant 2 heures 30
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/montpellier/urgences-saturees-a-montpellier-7-ambulances-de-pompier

    La saturation de l’accueil aux urgences du CHU de Montpellier se poursuit en ce début d’été et le temps d’attente pour décharger les patients s’allonge. En cause : le manque de moyens, malgré un plan d’attractivité lancé par l’hôpital public pour recruter du personnel. Dans la nuit du 14 au 15 juillet, pas moins de 7 ambulances du Service Départemental d’Incendie et de Secours de l’Hérault (SDIS 34) ont ainsi été immobilisées pendant 2 heures 30, entre 22 heures et minuit trente, heure à laquelle la situation est revenue à la normale.

    Il y a quelques jours déjà, Gilles Viriglio, chef de groupement « opération » au SDIS 34 s’émouvait de cet état de fait qui se répète au micro de notre journaliste Caroline Agullo :

    « Le temps d’attente des pompiers pour décharger nos victimes et patients aux Urgences s’allonge. Cela immobilise nos ambulances, quelques fois 5, 6 ou 7 véhicules pendant plus d’une heure, voire 1 heure 30 en attente dans les différents services d’urgences du département. C’est une contrainte de temps et de personnels pour nous. »

  • #Suisse : Nouvelle panne partielle des numéros d’urgence, notamment à Genève ats/asch
    https://www.rts.ch/info/regions/geneve/13243765-nouvelle-panne-partielle-des-numeros-durgence-notamment-a-geneve.html

    Le réseau Swisscom a connu jeudi après-midi une nouvelle panne entre 14h26 et 14h58. Le service a ensuite repris, a indiqué l’entreprise à Keystone-ATS. Les numéros d’urgence ont été partiellement touchés.

    Les appels depuis les téléphones mobiles n’ont pas pu reprendre. Un redémarrage est en cours. La cause est un problème de configuration, précise Swisscom. La panne a été entièrement levée vers 16h45.

    Les centrales d’urgence, notamment de Genève et de Bâle, ont été touchées. Le Service d’incendie et de secours (SIS) de Genève signalait des difficultés depuis 15h00 à atteindre les numéros d’urgence à partir de téléphones portables. En revanche, les appels sur des lignes fixes fonctionnent normalement.

    « Nous recommandons à la population d’utiliser les lignes fixes », a indiqué le lieutenant Nicolas Millot, porte-parole du SIS. L’inquiétude, pour les pompiers, est que des personnes n’arrivent pas à atteindre les urgences.

    #télécommunications #USA ? #Russie ? #Swisscom #Téléphonie #Urgences

    • Twitter inaccessible aux États-Unis et en Europe ce jeudi afp
      https://www.lessentiel.lu/fr/story/une-grosse-panne-sur-twitter-635133511225

      Une vaste panne a affecté temporairement jeudi l’accès au réseau social Twitter, notamment aux Etats-Unis et en Europe où plusieurs utilisateurs se sont retrouvés confrontés à un message d’erreur.

      L’étendue de la panne n’était pas immédiatement connue et la plateforme n’avait pas dans l’immédiat répondu à une sollicitation de l’AFP. Mais le site Downdetector a recensé près de 55 000 signalements d’internautes empêchés de se servir de la plateforme, les premiers étant apparus vers 13h50.

      Le site Downdetector a recensé près de 55 000 signalements d’internautes empêchés de se servir de Twitter, les premiers étant apparus vers 11H50 GMT. « Impossible de récupérer les tweets pour le moment. Veuillez ressayer ultérieurement », était-il affiché sur les comptes des utilisateurs.

      Elon Musk a fait marche arrière
      Le service semble avoir repris progressivement un peu plus d’une demi-heure après le début de la panne, des internautes en profitant pour se moquer gentiment du réseau. « Je viens d’avoir les 30 minutes les plus productives depuis des années. Et sinon, il semble que Twitter soit tombé en panne pendant 30 minutes », a ainsi écrit sur la plateforme @joelyagar.

      Des pannes perturbent régulièrement les plateformes numériques, les interruptions de service de longue durée restant l’exception. Cet accroc technique intervient à un moment sensible pour le groupe, qui a engagé cette semaine une bataille judiciaire avec Elon Musk.
      . . . . .
      #USA ? #Russie ? #twitter

  • En ce moment, on a une campagne de pub du CHU de Montpellier, pour que les gens n’aillent plus aux urgences pour des « bobos » :

    #StopAuBobo 🚨🩹 « Juste recours » aux services d’urgences du @CHU_Montpellier.
    Les #Urgences sont réservées aux cas les plus graves

    Dans tous les autres cas, rendez-vous chez votre médecin ou aux maisons médicales de garde.


    En même temps en Une de la Gazette de Montpellier (l’hebdomadaire local) :

    Urgences : y’a pas que la CHU

    Le directeur du CHU : “70% des passages aux urgences ne sont pas justifiés”

    Alors assez justement, ils sont font allumer sur les réseaux sociaux, et oui je partage ces critiques (dénoncer les faibles qui iraient aux urgences pour des « bobos », dépolitisation du problème de l’hôpital public au profit d’une dénonciation des « assistés »…), mais dans le même temps rappeler qu’on l’a vu venir :

    – il y a 3 semaines nos amis soignants qui nous expliquent que la situation est très compliquée à l’hôpital de Montpellier, qu’on était déjà en train derediriger les moyens des différents services pour sauvegarder les urgences :
    https://seenthis.net/messages/963847

    – juste après, le CHU qui déjà communique sur la saturation des urgences :
    https://twitter.com/CHU_Montpellier/status/1538615337209536517

    Et maintenant on a les vacances des personnels, l’arrivée des touristes, une nouvelle vague Covid… donc on peut critiquer la comm’ à la con, mais je suspecte qu’on passe à côté du principal : cela témoigne que le CHU craint pour son propre effondrement… genre pour là maintenant tout de suite.

  • Retour de la plage où l’on a passé l’après-midi avec des amis soignants. D’après eux, la situation est très difficile à l’hôpital à #Montpellier, qui tient parce que la priorité est redirigée vers les urgences. Mais tous les services sont largement en sous-effectif.

    Et ce n’est pas encore l’été (l’été les gens prennent des vacances, et donc on aura le sous-effectif estival qui s’ajoutera au sous-effectif du moment). Ils prévoient déjà que ce sera très compliqué pendant les vacances.

    Ils me disent que si leur fils voulait faire médecine, ils essaieraient de l’en dissuader.

    Et que s’il y a une vague Covid cet été, le système s’effondrera.

  • Témoignages. La crise aux Urgences vue des patients : « c’est le quart monde. J’ai cru que j’avais changé de siècle, de pays. » Alexandra Huctin - france3-regions
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/lille/temoignages-la-crise-aux-urgences-vue-des-patients-c-es

    Alors qu’Emmanuel Macron et la nouvelle ministre de la santé sont ce 31 mai au chevet des Urgences de l’hôpital de Cherbourg, en Normandie, des patients du Nord et du Pas-de-Calais nous racontent leur vécu. « Un choc, une humiliation », des mots qui reviennent souvent.

    Pas question de vouloir ici incriminer le personnel soignant ou administratif des services des Urgences du Nord et du Pas-de-Calais. Il n ’y a pas de procès d’intention, tout le monde ou presque souligne la bienveillance souvent de ces derniers mais aussi leur « dépassement » face à une situation parfois incontrôlable. « Les soignants des Urgences ne peuvent pas faire de miracle face au système qui se dégrade et aux médecins de garde qui ne se déplacent plus », souligne par exemple Marie-Blanche, elle même infirmière libérale. Nos derniers articles sur l’hôpital public dans les Hauts-de-France https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/roubaix/plans-blancs-et-service-fermes-dans-les-hauts-de-france ont mentionné les appels au secours des hospitaliers épuisés alors que des plans blancs sont déclenchés partout pour pallier les manques de personnel. Nous avons simplement, cette fois, donné la parole à ceux qu’on n’entend jamais : les citoyens, les patients, via un appel à témoin.

    Karine a 47 ans et vit dans l’agglomération lilloise. Cette cadre commerciale chute sur la Grand Place de Lille vers 16H30, le jeudi de l’Ascension. Très vite sa cheville double de volume. Les pompiers la conduise au CHR de Lille. « Je me suis aperçue à ce moment là que je n’avais pas mis les pieds aux urgences du CHR depuis des lustres. »

    « J’ai le cul à l’air à cause du pantalon en papier trop petit  »

    Tout commence, comme pour tout arrivant, par un premier contact administratif puis un « triage ». « Je réalise qu’ils récupèrent alors (ndlr : sur le brancard des pompiers) le film en papier qui protège, pour le réutiliser. Au CHRU, ils n’en n’ont plus », raconte Karine. Elle sera, si elle accepte de rester assise, « mise aux circuits courts. c’est plus rapide ». Mal lui en a pris. Assise, son pied pend dans le vide. « J’ai mal mais je me dis qu’il est 17H30 que ça va aller vite comme on me l’a expliqué. »

    Moins d’une heure après, sa radio est faite. Karine se dit qu’elle a de la chance, et attend la lecture de sa radio pleine d’optimisme. Autour d’elle tout le monde court : « C’est long mais je ne peux en vouloir à personne. Ils enchaînent et moi j’attends l’interne. » La douleur devient insupportable. Karine se glisse sur un banc en métal pour pouvoir « surélever la jambe sur le fauteuil roulant. » Son calvaire commence, elle le réalisera plus tard. 

    J’ai faim, j’ai soif, j’ai froid. Je suis inconfortable. Quatre heures après on m’apprend que c’est fracturé, qu’il faut plâtrer

    Karine, fracture de la cheville, CHR de Lille, le 26 mai à France 3 Hauts-de-France

    A 23H30, soit plus de six heures après son arrivée, Karine est plâtrée rapidement. « On m’enfile alors un pantalon de bloc trop petit  », car elle ne peut plus mettre son jean avec lequel elle est arrivée. « J’ai le jean autour du cou comme un sac. On me pousse vers l’accueil des urgences à minuit, j’ai le cul à l’air à cause du pantalon en papier trop petit. J’ai mal. Avec les béquilles je porte comme je peux mon dossier médical. J’attends le Uber, j’ai froid et je pleure d’humiliation. Je supplie les gens dans le hall de ne pas me regarder. »

    On ne lui commandera pas d’ambulance, trop chère et pas assez rapide. C’est la seule excuse qu’on lui avancera alors qu’elle se sent jetée, abandonnée en pleine nuit. Son plâtre dégoulinant lui glace les sangs. 

    « Le sentiment d’avoir été déshumanisée »
    Elle explique n’avoir vu que des soignants gentils mais pressés et des patients très patients qui « parfois demandent à partir en signant une décharge » tellement c’est insupportable d’être là. L’attente est violente. 

    Un monsieur lui raconte qu’il a passé 11 heures dans le circuit court, avant de partir finalement au bloc. Plus choquant encore selon Karine, ce circuit court qui « bafoue toutes les règles de discrétion » et de secret médical. « On panse dans la salle d’attente devant tout le monde. Un jeune homme à côté de moi doit parler de ses problèmes testiculaires (une contorsion) à l’interne, dans le hall. L’interne qui reçoit aussi un coup de fil du légiste de garde pour savoir si ça vaut le coup d’examiner le vagin de la jeune fille huit jours après. On entend tout, on sait tout sur tout le monde.  » 

    C’est le quart monde ! J’avais l’impression d’avoir changé de siècle, de pays, d’être dans un dispensaire en Afrique. On entend les râles des gens qui souffrent à côté de nous. Il n’y a pas de rideaux, rien, aucune intimité
    Karine, cheville cassée le week-end de l’Ascension
    à France 3 Hauts-de-France

    « J’ai le sentiment d’avoir été déshumanisée » résume Karine encore sous le choc quelques jours plus tard. Les mots n’expriment pas de colère, seulement du désarroi. Sa fille est aide-soignante, elle n’imaginait pas pour autant vivre cela pour une cheville cassée. « Il faut que les gens sachent que ça se passe comme ça . » A Lille mais aussi à Dunkerque. Vanessa nous jure qu’elle n’y remettra jamais les pieds alors qu’elle vient d’emménager dans cette sous-préfecture du Nord. 

    En février dernier, elle ne se sent pas bien un samedi. son généraliste ne consulte pas le week-end. Vanessa est atteinte d’une maladie auto-immune, un lupus systémique. Le médecin de la maison médicale lui dit dit qu’il suspecte une embolie pulmonaire, qu’elle doit immédiatement se rendre aux Urgences sans repasser chez elle prendre quelques affaires. Il lui fait un courrier pour qu’elle le donne à son arrivée là-bas. Son beau-père joue les taxis et elle arrive aux Urgences rapidement en début de journée. 

    Durant plus d’une heure (1h15), elle attend debout. « On me dit de patienter, je crois m’évanouir. » Un monsieur qui est en train de faire son admission avec la secrétaire prend conscience de son malaise et lui amène sa chaise. Personne ne l’avait fait avant, pas un soignant. 

    La seule personne qui a eu pitié de moi c’est la personne qui est venue me chercher pour un scanner. elle m’a donnée un verre d’eau puis un deuxième. Je pleurais tellement qu’elle m’a aidée.

    Vanessa, Urgences de Dunkerque, suspicion d’embolie pulmonaire, en février 2022
    à France 3 Hauts-de-France

    Un yaourt ou un verre d’eau ? C’est trop ?  
    La première personne qui la reçoit à l’aiguillage, affirme qu’avec ce qu’elle a, il faut rester allonger (sic). On lui trouve un brancard. Un test PCR est fait. « Bingo, on me lâche que j’ai le Covid et on me colle dans un box, isolée de tout  ». Vanessa est paniquée, avec sa maladie, elle pense qu’elle a des risques énormes de ne pas supporter le virus. Depuis le début de la pandémie, elle a été épargnée tellement elle est prudente et attachée aux protocoles sanitaires.

    «  Pendant 19h, je me retrouve seule dans ce box. J’ouvre la porte une fois pour demander à boire tellement j’ai la gorge sèche et la bouche pâteuse. Je n’en peux plus, la soif c’est terrible. » Une voix peu aimable la réprimande. «  La seule personne qui a eu pitié de moi c’est la personne qui est venue me chercher pour un scanner. elle m’a donnée un verre d’eau puis un deuxième. Je pleurais tellement qu’elle m’a aidée. » Là aussi, le sentiment d’humiliation après 19h sur un brancard, seule dans un box sans boire ni manger est décuplé quand « on me met dehors à 3 heures du matin dans le froid  », parce que le scanner n’a rien révélé. Elle appelle dans sa famille pour que l’on vienne (vite) la chercher. «  Il y avait dans le couloir, une dame octogénaire qui réclamait à boire et à manger, sans cesse. » Vanessa a le cœur brisé devant les lamentations d’une dame (peut-être en fin de vie) laissée seule, surtout qu’elle entend l’équipe commander des pizzas parce que les plateaux « ne sont pas bons. » Vanessa aurait bien aimé qu’on apporte un yaourt ou un verre d’eau à la vieille dame. Rien que ça. Mais c’est déjà trop ? 

    Il y a un tel manque de personnel qu’on n’existe pas quand on arrive.
    Frédérique, Urgences d’Arras pour un enfant fiévreux
    à France 3 Hauts-de-France

    A Arras, début mai, Frédérique nous raconte s’être bataillée avec une équipe débordée et peu à l’écoute. « Il y a un tel manque de personnel qu’on n’existe pas quand on arrive », se souvient -elle. Avec elle, son fils de 4 ans qui ne va pas bien. La maman sait « en elle » que ça cloche. Mais le pédiatre qu’elle voir après une longue attente lui dit de rentrer chez elle. Elle s’exécute. Son fils en arrivant vomit. Elle repart à l’hôpital, insiste, implore. On diagnostiquera alors une méningite bactérienne à pneumocoque. Si elle n’avait pas osé retourner dans l’arène hostile, son fils pouvait mourir en quelques heures. Une erreur médicale ? Un dysfonctionnement dans la prise en charge aux Urgences ? Avec son témoignage, Frédérique veut surtout alerter, rappeler que dans ces conditions de travail, le risque est grand. On frôle l’accident permanent, l’erreur qui est malheureusement aux Urgences, souvent fatale.

    Des dizaines de témoignages nous sont parvenus, tous racontent l’attente interminable. « 7h15 pour une entorse sur une enfant de 3 ans, C’est honteux », confie cette maman lensoise. Beaucoup nous rappellent aussi « que ça ne date pas d’hier. » Mais le manque de personnel et la crise des vocations dans les écoles de soignants, ne promettent pas d’amélioration à venir. « Mais, que voulez-vous, tout le monde va aux Urgences aussi parce qu’il faut trois semaines pour obtenir une radio en ville, après une chute ». On en est là, du Nord au Sud. 

    #déglingue #EnMarche de l’ #Hôpital et de la #Santé_publique #France #santé #sante #soignantes #Soignants #Urgences #Médecine #Médecins #Lille la ville de Madame #martine_aubry #inhumanité #économie #quart_monde #ue #union_européenne

  • « Aux urgences, un service sur cinq est en danger de fermeture cet été. Il y aura donc des morts »

    Des unités engorgées et une « gestion déshumanisée » des ressources humaines ont pour conséquence la désertion des personnels hospitaliers, alerte, dans une tribune au « Monde », Frédéric Adnet, chef de service des urgences de l’hôpital Avicenne à Bobigny.

    L’hôpital public va mal, les services d’urgences vont très mal. Symptôme et conséquence d’une crise hospitalière profonde, accélérée par la pandémie de la Covid-19, les urgences sont au bord de la rupture. Par manque de personnels hospitaliers, un service sur cinq est en danger de fermeture cet été.

    Il y aura donc des morts… Toutes les études scientifiques le démontrent, l’engorgement aux urgences est un facteur associé à une surmortalité indue. Les urgences sont pourtant la vitrine et la porte d’entrée de l’hôpital. Le départ massif de soignants et de médecins a déstabilisé nos établissements, avec des fermetures de lits et de services, ce qui rend inévitable le goulet d’étranglement que constituent nos urgences.

    Se remettre en configuration de crise Covid

    Ce désamour profond, viscéral des personnels de l’hôpital résulte d’une gestion déshumanisée des ressources humaines, transformant l’administration de nos hôpitaux en management entrepreneurial, dont la seule boussole reste la rentabilité. Critère absurde, puisque nos recettes aggravent le déficit de l’Assurance-maladie, et donc les comptes de la nation, en s’appuyant sur la fameuse tarification à l’activité (T2A), aux effets mortifères. On arrive clairement au bout d’un cycle, appelant une réforme structurelle de fond, maintes fois annoncée par nos différents ministres, mais jamais réalisée ni même initiée.

    Comment passer l’été sans trop de « casse » ? Avec les vacances de nos personnels hospitaliers, la situation va s’aggraver. Afin de limiter les dégâts, il faut donc, en urgence, se remettre en configuration de crise, exactement comme pour la crise due au Covid-19. Les agences régionales de santé et les directions hospitalières doivent réactiver nos fameuses cellules de crise, en instaurant des organisations de « bed management » (gestion de lits), par le recensement journalier, à l’échelle départementale, de tous les lits disponibles et l’information en temps réel des établissements en crise. Oui, ce « dispatching » pourrait être efficace, mais ne nous y trompons pas, affronter cette nouvelle crise imposera d’autres sacrifices pour un personnel en souffrance et épuisé. Le recours à de nouvelles déprogrammations pour libérer des lits redevient ainsi une option envisageable.

    Comment en est-on arrivé là ? Dans mon service, je demande toujours aux infirmiers, aides-soignants, cadres de santé les raisons de leur départ. Deux types d’arguments : d’abord, le manque d’attractivité « factuel » de l’institution ; ensuite, le sentiment d’un manque de reconnaissance humaine. Manque d’attractivité : les difficultés de logement à cause de loyers hors-sol déconnectés des revenus de nos soignants, d’où des trajets plus longs et plus chers. Il faut prendre ce problème à bras-le-corps en réservant, en contractualisant avec les mairies, des logements abordables pour nos soignants.

    Etre considéré comme un pion

    D’autre part, les rémunérations, bien que revalorisées par le Ségur de la santé en 2021, sont toujours aussi peu attractives au vu de l’investissement et de la dureté du travail des soignants. Et la valorisation du travail de nuit et des gardes reste bien en deçà des attentes des personnels. Ces conditions de travail sont toujours alignées sur le moins-disant, au nom de l’efficacité, avec toujours plus de lits gérés par une seule infirmière, sans tenir compte des spécificités médicales ou de la lourdeur de la prise en charge. Et les médecins n’ont plus leur mot à dire.

    « Epuisement, manque de reconnaissance salariale avec, souvent, une direction sourde… Autant de sacrifices sur l’autel de la rentabilité : on a détruit tout ce qui ne rapportait pas »
    Sans compter la fameuse mutualisation des soignants, affublée souvent du doux mot de polycompétence, qui se traduit en fait par le déplacement brutal et souvent à la dernière minute des infirmiers d’un service vers un autre. En clair, pour combler les trous. Alors que ces mêmes soignants ne demandent qu’à valoriser leurs spécificités, leurs spécialités dans un domaine précis de la médecine où ils excellent, comme les infirmières de soins spécialisés en diabétologie, les services ultraspécialisés de neurovasculaire ou de chirurgie thoracique. Etre considéré comme un pion ajoute de la souffrance, voire de la maltraitance, au travail.

    Enfin, il y a le reste, ces petits riens qui font toute la différence. Sentir que l’hôpital vous aime pourrait signifier des services où l’on se sent bien, où il existe de vraies salles de détente du personnel, des salles de garde décentes, des repas qui pourraient rester à un niveau atteint lors de la crise due au Covid-19, des services où il existe un esprit et une solidarité d’équipe dans des locaux rénovés et propres : un coup de pinceau peut changer bien des choses !

    Mépris

    N’oublions pas le télétravail, inaccessible aux soignants et actuellement glorifié par les proches ou des personnels administratifs, qui accentue le sentiment de pénibilité du travail posté. Les cadres de santé souffrent aussi, victimes d’une profession dévalorisée, malades d’une double polyvalence : il n’est pas rare, aujourd’hui, de voir des cadres de santé responsables de services de spécialités différentes et qui, en plus, sont responsables d’équipes de jour et de nuit. Epuisement, manque de reconnaissance salariale, avec, souvent, une direction sourde… Autant de sacrifices sur l’autel de la rentabilité : on a détruit tout ce qui ne rapportait pas.

    Un symbole, anecdotique, mais significatif. Les personnels soignants paramédicaux, infirmiers, aides-soignants, agents hospitaliers sont affublés par les directions hospitalières d’un acronyme : PNM (personnel non médical), par opposition aux PM (personnel médical). Désigner la diversité de ces professions par le simple fait qu’ils ne sont pas médecins ? Comment nos têtes pensantes n’ont-elles pas perçu tout le dédain contenu dans ce terme ! Comment se sentir valorisé dans sa profession lorsque l’on vous nomme « non-médecin » ? Nomme-t-on les artisans des « non-ingénieurs » ? Ce mépris contribue à forger un état d’esprit qui concourt à la désertion massive et jamais vue des personnels hospitaliers que l’on constate aujourd’hui.

    Et la relève ? On constate malheureusement que la plupart des élèves infirmiers hésitent de plus en plus à rejoindre l’hôpital, quand ils n’abandonnent pas tout bonnement leurs études.

    Mais ne vous inquiétez pas, les services d’urgences continueront à assurer leur rôle, comme le faisait l’orchestre jouant à bord du Titanic…
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/06/01/aux-urgences-un-service-sur-cinq-est-en-danger-de-fermeture-cet-ete-il-y-aur

    #urgences #santé_publique #hôpital

  • Dans toute la #France, les #urgences hospitalières en état d’urgence – Libération
    https://www.liberation.fr/societe/sante/dans-toute-la-france-les-urgences-hospitalieres-en-etat-durgence-20220515

    Pendant qu’Emmanuel Macron réfléchit à la composition de son futur gouvernement, les urgences hospitalières craquent. Sans attendre la trêve estivale, les équipes se délitent un peu partout en France, d’Orléans (Loiret) à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), d’Amboise (Indre-et-Loire) à Montmorillon (Vienne), de Laval (Mayenne) à Senlis (Oise), entraînant fermetures partielles ou sporadiques. Et les hôpitaux de taille moyenne ne sont plus seuls concernés. Fait inédit, de gros centres hospitaliers universitaires (#CHU) de province sont aujourd’hui dans la tourmente.

    […]

    « On pensait qu’une fois l’épisode Covid terminé, les choses allaient s’arranger. On a tenu, on a cru que le Ségur de la santé apporterait des solutions. Rien n’a bougé. Plus exactement, ça a empiré. Aujourd’hui, les médecins sont lassés. Ils n’ont plus envie de se battre. Ils partent pour se protéger, physiquement et psychologiquement. Quand ils ne sont pas remplacés, pour ceux qui restent, c’est l’enfer ».

  • Strasbourg. Après un décès aux #urgences, des salariés dénoncent le manque de lits d’hospitalisation
    https://www.ouest-france.fr/sante/strasbourg-apres-un-deces-aux-urgences-des-salaries-denoncent-le-manque

    L’hémorragie digestive, « c’est quelque chose qu’on sait très bien soigner. Mais indéniablement, à force de retarder le début des soins à cause d’un manque de lits disponibles, cela crée une perte de chance pour le patient », a déploré auprès de l’AFP Sébastien Harscoat, praticien hospitalier au service des urgences. (...)

    « Ce qui s’est passé est dramatique, mais ça devait arriver », regrette-t-il. « Aujourd’hui, on a encore eu 14 patients restés plus de 20 heures sur un brancard. Mardi, nous avions jusqu’à 10 ambulances qui ne pouvaient pas déposer leur patient, c’est catastrophique. On en est réduit à envoyer des secouristes à la place des pompiers professionnels, parce que les pompiers restent coincés chez nous ».
    Le responsable syndical réclame désormais l’ouverture d’une enquête par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), outre l’enquête administrative sur le décès.

    Depuis décembre, des centaines de soignants du #CHRU de Strasbourg se sont mobilisées à plusieurs reprises à l’occasion de minutes de silence observées devant leurs établissements pour dénoncer « la mort annoncée de l’#hôpital public ».

  • Le CHU de Rouen lance une grève illimitée pour dénoncer le manque de moyens
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/12/27/le-chu-de-rouen-lance-une-greve-illimitee-pour-denoncer-le-manque-de-moyens_

    « Il faut que l’agence régionale de santé prenne conscience des difficultés de l’hôpital public. Hormis du recrutement, il n’y a pas grand-chose à faire », a estimé le syndicaliste. Selon Frédéric Louis, une cinquantaine de lits sont fermés sur l’ensemble du CHU, en raison des difficultés de recrutement, et une quarantaine de postes d’infirmiers ne sont pas pourvus. « Tout cela entraîne une désorganisation aux urgences. Les collègues des urgences sont débordés à cause de patients qui stagnent du fait d’un manque de lits », a-t-il expliqué.

    Dès mai 2019, certains établissements hospitaliers, notamment leurs services d’urgences, se mettaient en grève. En août de cette année-là, plus d’un tiers des 640 établissements du pays étaient touchés par la mobilisation. « Nos revendications pour plus d’humanité dans la chaîne de soins sont les mêmes », expliquait alors au Monde un assistant de régulation du SAMU de Savoie, en grève pour soutenir ses collègues de l’hôpital de Chambéry. « Ce qu’on veut, ce n’est pas une prime, c’est des collègues. »
    En janvier 2020, près de 1 200 médecins hospitaliers, dont 600 chefs de service et 470 responsables d’unités, démissionnaient de leurs fonctions d’administration, de gestion et de représentation, en l’absence de négociation avec le gouvernement sur les moyens de l’hôpital public.

    #hôpital #CHU #urgences #grève

  • Sabrina AliBenali sur Twitter :
    https://twitter.com/DrSabrinaaurora/status/1461701757076230144

    Moissac Journée ensoleillée fin août 1993 19h30 Une enfant de 8 ans habitant Moissac fait de la poutre sur le rebord en fer d’une piscine dans un jardin pour s’entraîner à sa gym. Elle dérape.

    […]

    Cette petite fille c’était moi. Les soignants, la proximité de l’#hôpital et la prise en charge rapide d’un cas vital ont sauvé ma vie.

    Si cet accident se reproduisait aujourd’hui, il faudrait faire 40 minutes de route ( si j’avais tenu ) jusqu’à Montauban et arriver dans un service d’#urgence surchargé par la densité de population se reportant sur lui.

    #sabotage #criminel #France

  • Aux urgences du Mans, tenir bon malgré la désertification médicale
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/11/14/aux-urgences-du-mans-tenir-bon-malgre-la-desertification-medicale_6102001_32

    Alors que les quatre services d’urgence autour de la capitale de la Sarthe sont sous forte tension, le fragile équilibre habituel est bousculé en cette rentrée post-Covid, avec notamment des chiffres de fréquentation en augmentation.

    #paywall Le Mans est un désert médical !

  • Le CHU de Saint-Étienne réintègre des agents hospitaliers non vaccinés contre le Covid-19
    https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-chu-de-saint-etienne-reintegre-des-agents-hospitaliers-non-vaccines-co

    C’est une victoire pour les trois agents suspendus des hôpitaux de Roanne et de Saint-Étienne. Non vaccinés contre le Covid-19, ils avaient contesté en référé leur suspension devant le tribunal administratif de Lyon. Et dans sa décision rendue vendredi 22 octobre, le tribunal leur a donné raison, en invalidant leur suspension, notamment parce que ces agents travaillent dans les cuisines des deux hôpitaux. 

    Le CHU « prend acte » de la décision du tribunal administratif
    Si dans un premier temps le CHU de Saint-Étienne avait déclaré appliquer la loi sur l’obligation vaccinale des soignants en refusant de réintégrer les agents, l’établissement a finalement fait marche arrière. Dans un communiqué publié ce jeudi, le CHU et le CH de Roanne déclarent prendre « acte des ordonnances prises par le juge des référés du TA de Lyon. Ces ordonnances suspendent la décision de suspension prise pour trois agents hospitaliers ne satisfaisant pas à l’obligation vaccinale posée par la loi du 5 août 2021. » Les deux établissements précisent qu’ils se sont pourvus en cassation.

    Les trois soignants vont donc pouvoir retourner au travail, même si les conditions sont encore à préciser. C’est une victoire selon leur avocat Thomas Bénagès, et cela crée surtout un précédent, « pour ceux qui ne travaillent pas au contact des malades ou du public et qui auraient la possibilité d’être reclassés. » C’est ce que souhaite au moins une trentaine d’agents et pompiers non vaccinés défendus par Thomas Bénagès. Ils sont actuellement en attente d’une autre décision du tribunal administratif, cette fois sur le fond.

    #Tribunal #Justice #Hôpital #CHU #coronavirus #covid-19 #pandémie #santé #violence #emmanuel_macron #covid #crise_sanitaire #macron #vaccin #Saint-Étienne

  • Refus de faire des heures supplémentaires : des infirmières devant le tribunal
    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1809692/temps-supplementaires-infirmieres-urgence-mont-laurier

    Dans une cause liée aux heures supplémentaires des infirmières, le Tribunal administratif du travail vient d’ordonner à des infirmières de l’urgence de l’Hôpital de Mont-Laurier de cesser de refuser de façon concertée de faire leur prestation normale de travail.


    Le CISSS des Laurentides avait demandé l’intervention du Tribunal administratif du travail, après le sit-in de sept infirmières de l’urgence de l’Hôpital de Mont-Laurier. Photo : getty images/istockphoto

    C’est le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides qui avait demandé l’intervention du Tribunal, après le sit-in de sept infirmières de l’urgence de cet hôpital, qui avaient refusé d’entamer leur quart de travail. Il alléguait aussi qu’elles avaient refusé, de façon concertée, de donner leurs disponibilités pour effectuer du travail en heures supplémentaires.

    Le CISSS n’a eu gain de cause qu’en partie.

    Le Tribunal administratif du travail a jugé que le refus de faire sa prestation normale de travail constituait un “moyen de pression illégal”.

    Il a donc ordonné aux infirmières de l’urgence de l’Hôpital de Mont-Laurier de “cesser immédiatement de refuser de façon concertée de fournir leur prestation usuelle de travail”.

    Le Tribunal n’a toutefois pas donné gain de cause au CISSS concernant le refus de faire des heures supplémentaires.

    Il a estimé qu’à ce sujet la preuve était insuffisante, puisqu’elle reposait sur du ouï-dire. Il s’agissait d’un témoin qui disait avoir entendu une conversation qui lui avait permis de conclure qu’un refus de faire des heures supplémentaires volontaires se préparait le 13 juillet.

    La décision du Tribunal administratif du travail a été déposée devant la Cour supérieure, ce qui lui donne le même poids. Ainsi, “elles sont conséquemment susceptibles d’outrage au tribunal en cas de contravention” à l’ordonnance.

    “Tout le monde est épuisé”
    En entrevue avec La Presse canadienne, Julie Daignault, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides, de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), a dénoncé la situation. “Tout le monde est épuisé. Tout le monde a travaillé longuement pendant la pandémie.”

    “On est présentement devant une situation qui est très critique. L’employeur continue de gérer les horaires avec des temps supplémentaires et des temps supplémentaires obligatoires. Il force nos membres à rentrer travailler malgré leur épuisement”, a-t-elle critiqué.

    Mme Daignault concède qu’il y a pénurie d’infirmières, mais elle affirme qu’il y a là aussi un problème de gestion des horaires, d’affichage de postes qui soient intéressants et de recours trop fréquents aux heures supplémentaires.

    “Je sais que je ne le vis pas seulement à Mont-Laurier, qu’on le vit partout dans les Laurentides et au Québec”, ajoute la dirigeante régionale de la FIQ.

    “Si on continue comme ça, à obliger des professionnelles en soins à faire du temps supplémentaire obligatoire, on s’en va vers des gens qui vont tomber en maladie, qui vont démissionner et vouloir faire autre chose”, prévient Mme Daignault.

    La version du CISSS
    Le CISSS des Laurentides, de son côté, a soutenu qu’il n’avait guère le choix d’agir comme il l’a fait, parce qu’il doit veiller à la continuité des soins pour le public.

    “Il est vrai que la situation actuelle peut être difficile pour nos équipes de soins. Cependant, il est essentiel pour nous que les usagers demeurent au coeur des décisions. Nous avons tous la responsabilité de collaborer dans la mise en place de solutions au bénéfice de nos usagers et de notre personnel”, a-t-il fait savoir, par courriel.

    Le CISSS des Laurentides fait valoir que “le sit-in à l’Hôpital de Mont-Laurier survient après celui ayant eu lieu à l’Hôpital régional de Saint-Jérôme”.

    Il ajoute que “tout arrêt de travail concerté, comme le cas du sit-in à l’Hôpital de Mont-Laurier, est une grève illégale. Le personnel du quart de soir, anticipant qu’une ressource manquerait pour le quart de nuit et que du temps supplémentaire obligatoire pourrait être requis, a tenu un sit-in. Les employés ont donc réagi avant même que l’employeur puisse agir et trouver une solution à cette situation précise qui aurait pu survenir 8 heures plus tard”.

    Le CISSS se dit disposé à chercher des solutions aux problèmes soulevés par le syndicat de la FIQ. “Nous souhaitons envoyer un signal clair : il y a d’autres voies pour améliorer la situation, soit celle de la communication et collaboration.”

    “En aucun temps nous n’avons été passifs face à la situation à l’Hôpital de Mont-Laurier. Depuis le 10 mai dernier, une cellule de crise est active et déjà un grand nombre d’actions ont été déployées. La révision des corridors de services, la modulation des lits disponibles en fonction des ressources, la couverture de quarts de travail par d’autres équipes au CISSS des Laurentides qui libèrent du personnel pour donner un coup demain ne sont que quelques exemples de ce qui est déjà en place”, conclut le CISSS.

    #Quebec #Gréve #Syndicats #Femmes #urgences #travail #capitalisme #exploitation #santé #hôpital #femmes #infirmières #soin #conditions_de_travail #soins #soignantes

  • Plus d’urgence de nuit au centre hospitalier de Montaigu (Vendée)

    « Les établissements publics de santé vendéens sont confrontés à une situation inédite de difficultés liée à la pénurie nationale de médecins urgentistes », signale la direction du Centre hospitalier départemental (CHD) de La Roche-sur-Yon.

    Dans un communiqué de presse publié lundi 19 juillet, elle alerte sur un « contexte très tendu » et un déficit de médecins urgentistes au CHD Vendée de La Roche-sur-Yon, au Centre hospitalier Loire Vendée Océan de Challans, au Centre hospitalier Côte de Lumière des Sables-d’Olonne.

    Il n’y aura pas d’urgence de nuit au centre hospitalier de Montaigu jusqu’au 15 août. Les hôpitaux appellent à la responsabilité de chacun et à ne pas encombrer le 15.

    Source : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/vendee/vendee-face-au-manque-de-medecins-urgentistes-cet-ete-les-hopitaux-adap

    #hôpital #santé #france #en_vedette #médecine #hôpitaux #Urgences #EnMarche

  • Débats enflammés autour du futur numéro d’appel d’urgence unique - France - Le Télégramme
    https://www.letelegramme.fr/france/debats-enflammes-autour-du-futur-numero-d-appel-d-urgence-unique-21-05-

    Un numéro unique d’appel pour les urgences, pour remplacer les 13 numéros existant déjà en France. La proposition de loi, qui ne fait pas l’unanimité chez les professionnels, sera débattue à l’Assemblée nationale du 26 au 28 mai.

    Un seul numéro (le 112) pour joindre les services de sécurité, de secours et d’urgence médicale : c’est ce que préconise l’Union européenne depuis quinze ans. « Il existe 13 numéros d’urgence différents en France (†). Il est temps de simplifier les choses », relève Fabien Matras, député (LREM) du Var et rapporteur d’une proposition de loi en ce sens. Celle-ci sera débattue à l’Assemblée pendant trois jours (40 articles, dont un créant le numéro d’appel unique), du 26 au 28 mai.

    Concrètement, si le texte est voté, des plateformes communes, rassemblant pompiers, Samu, police et gendarmerie, devront être créées dans chaque département pour réguler les appels d’urgence. « Soit c’est possible matériellement, soit ces services devront être interopérables », précise le député.
    […]
    (†) La police et la gendarmerie (17), le Samu (15), les pompiers (18), les secours en mer (196), les urgences aéronautiques (191), les urgences pour sourds et malentendants (114), le Samu social (115), les urgences pour les enfants en danger (119 ; 116 000), les alertes attentat (197)…

    • En Allemagne il y a le 112 pour appeler les pompiers en cas d’urgence médicale, pour les incendies et les appels de secours technique (chat dans l’arbre, cave innondée, etc.). Pour les besoins spécifiques comme l’aide aux mineurs le centre d’appel passe le message aux services compétents.

      Quand on appelle le 110 on entre en contact avec le centre d’appel régional de la police, donc c’est pour les dangers immédiats et les secours juridiques. Quand j’ai besoin de faire déplacer une voiture garée devant ma sortie je dois appeller la police car sur la voie publique ceci constitue un acte dont seulement la police à le droit.

      Quand je raccroche avant d’avoir parlé à un agent le centre d’appel va systématiquement rappeller afin de prévenir les malheurs causés par négligence. La communication est enrégistrée et le numéro est identifié même s’il n’est pas affiché pour les utilisateurs normaux.

      Lors d’un appel mobile le lieu approximatif de l’appel est automatiquement détecté et l’appel arrive dans le centre d’appel le plus proche. Pour les appels par voice-over-ip il y un problème car ces appels manquent d’identifiant géographique.

      Les services des pompiers et de la police sont en contact permanent et font intervenir l’organisme compétent, donc en cas de blessure par une autre personne on appelle les pompier qui enverront et le médecin d’urgence et la police pour le procès verbal et la protection des personnes sur place.

      Contrairement à la France on appelle la police au 110 pour les constats des accidents de la route. Ce n’est pas obligatoire mais tout le monde ś’en sert pour faire établir un procès verbal solide.

      La plupart des appels pour des questions moins urgentes comme les problèmes entre voisins passent toujours par le 110 mais on essaye de les orienter vers le « numéro citoyen » qui varie selon les municipalités.

      A Munich par exemple c’est le (089) 2910-1910 et Berlin utilise le (030) 4664 – 4664 .

      C’est un système qui fonctionne très bien sauf que les delais avant l’arrivée de la police ou des pompiers sont parfois plus longs que prévus.

      Quand j’ai des questions sur le mode de fonctionnement des appels d’urgence je m’adresse aux spécialistes qui gérent les processus de communication de la police et des pompiers. J’obtiens systématiquement des informations complètes et précises pour d’être servi de la manière la plus efficace.

      Avec l’introduction des smartphomes et smartwatchs et des systèmes de surveillance et d’alarme privées ces questions se posent de plus en plus souvent.

      Le problème le plus important à resoudre est donc le design de l’interface entre les sphères privées et publiques. J’ai l’impression qu’il n’est toujours pas prévu de transmettre et traiter des metadonnés lors d’un appel d’urgence par téléphone ou par un système automatique. Au niveau technologique c’est faisable mais il n’y a ni de protocole prévu ni les ressources pour traiter ces donnés au sein du système des pompiers et de la police.

      Après il y a toujours les décisions politiques qui font que tel ou tel organisme fonctionne plus ou moins bien. Je pense qu’on ne trouvera jamais de solution aux problèmes liés au double-caractère de la police. Tant que ses agents seront à la fois responsables pour aider les personnes et pour exercer la répression il y aura des bavures et méprises.

      La démarche allemande tente de réduire ce problème en donnant un maximum de responsabilité aux pompiers qui sont un organisme municipal et civil. La police par contre extiste parallèlement sous plusieurs structures différentes.

      Il y a l’organisation fédérale, la Bundespolizei qu’on a crée en transformant la police des frontières ( Bundesgrenzschutz ) dans une copie de la FBI étatsunienne. Puis il y a la police en tant que structure du Land et la police militaire (Feldjäger) qui ne s’occupe en général que des problèmes concernant les membres de forces armées.

      Depuis 1949 la gauche et les mouvements démocratiques tentent de limiter les compétences des structures nationaĺes et fédérales afin de préserver le contrôle citoyen et parlementaire de la police. En conséquence la police régionale est généralement assez ouverte et « proche des citoyens » tant qu’on s’adresse à elle pour des questions de la vie de tous les jours.

      Le numéro unique ne sera donc jamais le seul sauf au cas où les décideurs politiques refusent la mise en place d’une communication variée et adéquate pour le commun des citoyens. Le moment est venu pour vous de vous adresser aux responsables avec vos proposition et mises en garde.

      #ACAB #police #pompiers #urgences #technologie #politique

  • Covid-19 : la barre des 100 000 morts en France est déjà franchie depuis des semaines
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/14/covid-19-en-france-la-barre-des-100-000-deces-est-deja-franchie-depuis-des-s


    Lors de la messe d’enterrement d’une victime du covid-19 à Malo-les-Bains, le 7 avril 2021.
    AIMÉE THIRION POUR « LE MONDE »

    Les données du centre d’épidémiologie sur les causes de décès de l’Inserm, plus fiables car établies à partir des certificats de décès, confirment que le bilan officiel de Santé publique France est largement sous-estimé.

    Le nombre est hautement symbolique mais sous-estimé : le cap des 100 000 décès liés au Covid-19 en France, issu du décompte quotidien de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SPF), est en réalité franchi depuis déjà des semaines.
    C’est ce qu’il ressort des dernières données du centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc). Encore partielles, celles-ci ont été présentées par le démographe et épidémiologiste Jean-Marie Robine (directeur de recherches émérite à l’Inserm), vendredi 9 avril, lors d’un séminaire en ligne sur la mortalité du Covid-19.

    En matière de surveillance de la mortalité et de ses causes en France, les chiffres du CépiDc ne sont pas les plus rapides à être rendus publics, mais ils sont les plus fiables car réalisés à partir de l’ensemble des certificats de décès remplis par les médecins. Ils permettent des études par sexe, tranche d’âge, selon la zone géographique du décès et du lieu de celui-ci (hôpital, domicile…).
    « Pour la période allant du 1er mars au 31 décembre 2020, il y a déjà 75 732 certificats mentionnant le Covid-19 comme cause initiale ou associée de la mort, révèle M. Robine, également conseiller scientifique auprès de la direction de l’Institut national d’études démographiques (INED). Au 31 décembre 2020, le tableau de bord de l’épidémie de SPF faisait, lui, état de 64 632 décès, 44 852 dans les hôpitaux et 19 780 dans les Ehpad [établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] et autres établissements médico-sociaux. »

    « Une usine à gaz »
    En clair, pour les dix derniers mois de 2020 – qui correspondent aux deux premières vagues de l’épidémie sur le territoire –, l’écart est déjà de plus de 11 000 décès entre les données de SpF et celles du CépiDc. Il a sans doute continué à se creuser depuis début 2021. De son côté, l’INED avait récemment évalué à 68 000 le nombre de décès par Covid-19 en France en 2020, à partir des données de l’Insee, soit un delta de près de 8 000 avec les chiffres de l’Inserm.

    Au total, le CépiDc a réceptionné 538 972 certificats de décès exploitables (vingt ne l’étaient pas) pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, dont 75 732 avec la mention Covid-19. L’infection à SARS-CoV-2 est donc impliquée dans 14 % des décès. Les hommes ont payé un plus lourd tribut que les femmes (38 324 décès contre 37 408). Les tranches d’âge 75-84 ans et 85-94 sont les plus touchées.

    • Ces chiffres sont encore provisoires : les certificats reçus représentent 97 % de ceux attendus pour les mois de mars à novembre 2020, et 90,6 % pour décembre (les analyses ne sont effectuées que lorsque le CépiDc a obtenu plus de 90 % des certificats attendus pour un mois donné, ce qui n’est pas encore le cas pour janvier, février et mars 2021).
      Pourquoi de telles différences entre les institutions ? Comme l’avait déjà souligné Jean-Marie Robine dans nos colonnes https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/19/le-decompte-de-la-mortalite-liee-au-covid-19-est-une-usine-a-gaz_6066788_324, le comptage des morts du Covid-19 est « une usine à gaz » . La surveillance est assurée par plusieurs organismes, qui travaillent à partir de bases de données différentes.

      « Plusieurs angles morts »

      SPF comptabilise quotidiennement les décès à partir des remontées des hôpitaux, par le biais de Si-Vic (système d’information pour le suivi des victimes d’attentats et de situations sanitaires exceptionnelles). S’y ajoutent deux fois par semaine les données des Ehpad et autres établissements médico-sociaux.

      « Cette surveillance comporte plusieurs angles morts, explique M. Robine. D’abord, elle ne tient pas compte des #morts_à_domicile. Ensuite, Si-Vic ne comptabilise pas les décès dans les #unités_de_soins_de_longue_durée [USLD], soit 30 000 lits d’hôpitaux en France. Or, les patients des USLD sont particulièrement fragiles et sensibles aux maladies opportunistes. Les décès survenant aux #urgences, dans les services de #psychiatrie et de #soins_de_suite et de réadaptation ne sont pas bien dénombrés, ce qui sous-estime beaucoup de cas nosocomiaux. » Quant aux remontées concernant les décès en Ehpad, le démographe regrette qu’elles n’aient, jusqu’à récemment, pas précisé l’âge et le sexe de la victime.

      Les données : la France a connu en en 2020 la plus importante mortalité de son histoire récente https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/01/15/avec-667-400-deces-enregistres-la-france-a-connu-9-d-excedent-de-mortalite-e

      L’Insee, pour sa part, évalue le nombre de décès de façon réactive à partir des actes d’état civil, en principe transmis dans les vingt-quatre heures. Ces données présentent l’avantage d’être exhaustives, mais l’inconvénient de ne pas permettre une analyse fine de surmortalité faute d’information sur les causes du décès.

      Dans leur analyse publiée en mars https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/17/en-france-68-000-personnes-seraient-mortes-du-covid-19-en-2020_6073436_3244., où ils évaluaient le nombre de décès dus au Covid-19 à 68 000 pour 2020, Gilles Pison et France Meslé de l’INED notaient que ce chiffre était supérieur à l’augmentation du nombre de décès entre 2019 et 2020 : 55 000. « Cela vient du recul d’autres causes de décès comme la grippe et les accidents de la circulation », écrivaient les deux chercheurs.

      « Rendre obligatoire la certification électronique des décès »

      Quant au CépiDc de l’Inserm https://opendata.idf.inserm.fr/cepidc/covid-19, il suit une partie des décès en temps réel, grâce aux certificats électroniques de décès. Mais ceux-ci restent très minoritaires (20 % au début de la pandémie, de 25 % à 30 % actuellement) par rapport aux certificats papiers, envoyés avec des semaines voire des mois de décalage.
      Pour Jean-Marie Robine, qui plaide pour un système réactif de suivi de la mortalité depuis la canicule de 2003 – à la suite de laquelle avaient été mis en place les certificats de décès électroniques –, la situation actuelle est incompréhensible. « Dans cette épidémie, on devrait pouvoir communiquer avec fiabilité sur les décès de la veille. La solution serait simple : rendre obligatoire pour tout médecin la certification électronique des décès dans les quarante-huit heures », martèle le démographe.

      En juillet 2020 https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2020/mortalite-en-france-d-ou-viennent-les-chiffres, Anne Fouillet (SPF) jugeait de son côté « fondamental de déployer dans les meilleurs délais l’utilisation de la certification électronique sur tout le territoire (…) afin d’assurer une surveillance exhaustive et réactive de la mortalité par cause de décès en routine et en particulier en cas de menace sur la santé de la population ».

      100 000 morts du Covid-19 en France : notre sélection d’articles sur le sujet

      Le décryptage : La barre des 100 000 morts en France est déjà franchie depuis des semaines selon l’Inserm

      La synthèse : La mortalité de la pandémie est encore sous-estimée dans le monde

      L’entretien de Marie-Frédérique Bacqué : « Les morts du Covid-19 n’ont été ni identifiés ni pleurés collectivement »

      Le reportage : La troisième vague de Covid-19 vue de l’hôpital Bichat

      #Covid-19 #bilan #mortalité #CépiDc #certificats_de_décès #Covid-19_nocosomial

  • Démission aux urgences : « Je ne vais pas mourir à la tâche et dans l’indifférence de l’administration » - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2020/09/21/demission-aux-urgences-je-ne-vais-pas-mourir-a-la-tache-et-dans-l-indiffe

    Responsable des urgences du CHU du Kremlin-Bicêtre, le docteur Maurice Raphael quitte ses fonctions, lassé de l’indifférence de sa direction. Rien n’a changé, dit celui qui avait déjà alerté il y a moins d’un an.

    Le docteur Maurice Raphael est chef du service des urgences du CHU Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), au sud de Paris. Et il arrête. C’est fini. Il ne craque pourtant pas, il n’est pas en burn-out. Il dit simplement : « Cela suffit, rien ne change, la direction s’en fout, et je ne vais pas mourir à la tâche et dans l’indifférence de l’administration. » Le Dr Raphael vient d’annoncer sa démission de la chefferie d’un des services d’urgences les plus importants de l’Ile-de-France, près de 60 000 entrées par an. « Tous les matins, se retrouver avec au moins seize patients sans lit pour les accueillir, c’est trop, j’arrête. »

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    Et cet homme, apprécié de son équipe, raconte : « Depuis des années, on vit avec, on s’habitue à ces brancards, tout le monde trouve cela normal. Il vous manque des médecins, des aides soignantes, des infirmières ? On laisse faire. » « Ah si, ironise-t-il, la direction va faire un audit. Et après ? Rien se passe, c’est toujours le même constat : si cela marche mal, c’est que vous êtes mal organisé, et c’est en somme de votre faute. » Maurice Raphael se tait un instant : « La direction ne comprend pas, ils ne savent pas que les flux de patients aux urgences, c’est irrégulier. La vraie vie, ce n’est pas comme dans les livres. Nous, on s’épuise. L’équipe, qui s’entend très bien, est en train d’exploser de fatigue. Tout le monde s’en va. On a plus de dix médecins qui ont annoncé leur départ. »

    Rien n’a changé
    Point final. Ce qui est désespérant, c’est que l’histoire ressemble à un disque rayé. Car Maurice Raphael n’est pas un novice. Et sa lassitude ou ses craintes ne sont pas nouvelles. En décembre 2019, c’est lui qui, dans un courrier à sa direction générale rendu public, s’était alarmé, évoquant le « risque majeur d’événements graves » dans son service. Et il motivait, ainsi, sa mise en garde : « La situation pour les semaines à venir s’annonce extrêmement préoccupante. La privation de 100 lits avec une activité qui reste stable, voire qui augmente pendant les fêtes, conduit mathématiquement à un engorgement des urgences et avec pour résultat des patients dans l’attente de lits installés sur des brancards dans les couloirs. » La preuve ? « Le 23 décembre, quand je suis arrivé le matin, nous devions nous occuper de 35 patients sur des brancards, les voir un par un, leur trouver une place, ce qui prend du temps. Et pendant ce temps-là, le flux continue d’arriver et vous êtes toujours en retard. » 

    Voilà. C’était il y a moins d’un an. Et c’était sans compter avec l’arrivée du Covid-19, quelques semaines plus tard. Aujourd’hui, c’est le sentiment que rien n’a changé. « On travaille mal, avec un risque réel : les patients ne sont pas isolés, ils sont sur des brancards qui se touchent, ce n’est ni bon ni sain. Des patients vont attendre des heures avant que l’on ne leur trouve un lit d’hospitalisation. On leur doit au moins que leur attente se déroule dans de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité. » Avec son ami, le Dr Pierre Taboulet, ancien chef de service de l’hôpital Saint-Louis à Paris, ils ont montré dans une étude les effets délétères de l’augmentation du nombre de patients qui restent sur les brancards, faute de lits.

    « Je suis prêt à travailler, même beaucoup, même trop »
    Certains, pourtant, se sont voulus optimistes. Ils ont cru que le Covid allait changer les habitudes, modifiant les attitudes des uns et des autres, rendant ainsi l’administration plus à l’écoute, et les services plus solidaires entre eux. Ce n’est manifestement pas toujours le cas. « J’ai dû à nouveau rentrer de vacances pour pallier le manque de médecins », raconte Maurice Raphael. Mais là, cela a débordé. « Je suis prêt à travailler, même beaucoup, même trop. Mais au moins, qu’il y ait un peu de reconnaissance. Jamais la moindre personne de la direction n’est venue voir ce à quoi nous sommes confrontés. Jamais un remerciement, ni un signe. » La suite ? « Je leur ai dit que je démissionnais. Ils m’ont dit : "Bon." Rien d’autre. Je ne veux pas me détruire pour des gens qui n’ont aucune reconnaissance. » Maurice Raphael s’en va. Il dirigeait ce service depuis dix ans. « On a l’impression de n’être que du consommable. »

    #hôpital #urgences #santé_publique

  • Au Venezuela, le pouvoir accuse les migrants qui rentrent de propager le coronavirus
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/07/20/au-venezuela-le-pouvoir-accuse-les-migrants-qui-rentrent-de-propager-le-covi

    Si, pour Donald Trump, le coronavirus est chinois, pour Nicolas Maduro il est colombien. « Nous livrons une terrible bataille pour stopper le virus colombien qui s’étend au Venezuela », lançait le président vénézuélien le 6 juillet lors d’une allocution télévisée. En évoquant une « explosion des cas importés », M. Maduro accuse son homologue colombien et féroce ennemi, Ivan Duque, de vouloir délibérément « infecter » le Venezuela. Pour le gouvernement chaviste, les milliers de migrants vénézuéliens qui rentrent au pays représentent un danger sanitaire. Jeudi, le ministre de l’intérieur, Nestor Reverol, « déclarait la guerre » aux migrants du retour qui passent la frontière clandestinement. Sur Twitter, un jésuite sympathisant du chavisme, le père Numa Molina, les qualifiait de « bioterroristes ». La Compagnie de Jesus a publié vendredi un communiqué pour condamner les propos de son disciple. L’opposition et les organisations de défense des droits humains s’insurgent contre cette rhétorique du gouvernement qui stigmatise les migrants rentrés illégalement et participe de la « xénophobie endogène » qui s’installe. En dénonçant « le supplice » que vivent les Vénézuéliens qui rentrent dans leur pays, l’organisation Human Rights Watch (HRW) rappelle que la situation d’urgence humanitaire au Venezuela ne résulte pas d’une catastrophe naturelle mais de politiques gouvernementales.

    #Covid-19#migrant#migration#colombie#venezuela#sante#contamination#stigmatisation#dangersanitaire#urgencesanitaire#droit

  • « On passe des heures à essayer de trouver une place aux malades » : le douloureux retour à la normale des urgences à l’hôpital
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/06/15/c-est-la-qu-il-y-a-les-tremblements-de-terre-les-urgences-epicentre-de-la-co

    Après des mois de pandémie, les urgences retrouvent leurs difficultés structurelles. Une journée d’action des personnels hospitaliers est prévue le 16 juin.

    Les maux de l’hôpital 6/6. Elle ne le dit pas trop fort parce que son hôpital a vécu les mêmes drames qu’ailleurs, mais Sheila Gasmi regretterait presque le temps du Covid-19 : « Pendant cette période, on a retrouvé notre âme d’urgentistes. » Depuis dix ans, elle exerce comme médecin aux urgences de l’hôpital Avicenne, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), et ne s’était jamais sentie aussi utile. « On a renoué avec notre cœur de métier : la gestion de crise. Pour une fois, on a eu l’impression de faire notre travail. »

    Et maintenant ? Dans sa main, les dossiers des patients venus aux urgences ce mercredi 10 juin, avec leur motif d’admission. Sheila Gasmi lit : « Bourdonnement de l’oreille depuis quatre semaines, dorsalgie, œil rouge, constipation sans gaz depuis une semaine (déjà venu pour ce motif le 6 juin), douleurs abdominales et vomissements depuis une semaine, abcès fesse depuis trois semaines, plaie index gauche, ivresse… » Un dernier : « Retard de règles. Elle, je lui ai dit : “C’est pas possible. Vous allez chez Carrefour et vous achetez un test de grossesse.” »

    Le retour progressif à la normale, après la vague épidémique, n’est pas facile. Derrière Sheila Gasmi, un homme de 91 ans arrive sur un brancard dans la salle de déchocage, dévolue aux cas graves, une plaie profonde dans la jambe droite. Il a trébuché sur son déambulateur, fracture ouverte du tibia. Mais le retour à la normale, ce n’est pas tant ce qui se passe en salle de déchocage que tout autour.

    « Il y a urgence aux urgences »

    Le retour à la normale, ce sont les patients qui s’entassent pour de la « bobologie » dans la petite salle voisine – « la zone des consultations médicales » –, ce sont ceux qu’il faut hospitaliser, mais qui gisent des heures durant sur un brancard dans les couloirs en attendant un lit, ce sont ceux qui deviennent violents. Un grand panneau de bois remplace une des vitres du guichet d’accueil. Fin mai, un homme excédé par l’attente l’a fait exploser avec une chaise. L’agente qui se trouvait derrière est en arrêt jusqu’au 30 juin.

    En 2018, l’observatoire national des violences en milieu de santé a reçu des services d’urgences 3 450 signalements d’atteintes aux personnes et 513 d’atteintes aux biens – seule la psychiatrie en déclare plus. C’est à la suite de plusieurs faits de violence à Saint-Antoine que les urgences de cet hôpital du centre de Paris se sont mises en grève, en mars 2019, entraînant un immense mouvement de contestation, qui a mis en lumière le malaise dans ces services dont la fréquentation explose : 10 millions de passages aux urgences en 1996, 22 millions en 2018. Les effectifs n’ont pas suivi et les services saturent, aggravant le risque de mortalité ou de complications chez les patients.

    « Il y a urgence aux urgences » a été le refrain de l’année en 2019. Quelque 300 des 474 services des urgences publics se sont déclarés en grève. La secousse avait été puissante − et devrait connaître une réplique mardi 16 juin, journée de mobilisation nationale du personnel soignant. François Braun, président du syndicat SAMU-Urgences de France, résume la situation : « Il y a la plaque tectonique de la médecine de ville et la plaque tectonique de l’hôpital qui bougent, qui dysfonctionnent et, à la jonction des deux, il y a les urgences. C’est là qu’il y a les tremblements de terre. » Les urgences, poste d’observation sans pareil des maux du système de santé français, tant côté ville – « l’amont » – que côté hôpital – « l’aval ».

    « Une sorte de supermarché ouvert 24 heures sur 24 »

    Dans leur rapport intitulé « Pour un pacte de refondation des urgences », établi à la suite du mouvement de grève, le député (LRM) de Charente Thomas Mesnier et le professeur Pierre Carli ont largement souligné que le mal aux urgences était lié à un mal en amont. Ils ont identifié plusieurs causes à la forte hausse de la fréquentation. Parmi elles, « le consumérisme », cette idée selon laquelle, comme le résume Mathias Wargon, chef des urgences de l’hôpital de Saint-Denis, elles sont devenues pour les citoyens « une sorte de supermarché ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, où vous êtes sûr de trouver tout ce dont vous avez besoin », de la prise de sang au scanner.

    Mais le rapport s’attarde surtout sur « ces patients qui ne trouvent pas d’autre accès aux soins ». Ceux pour qui les urgences pallient les manques de la médecine de ville, ceux qui ne savent ou ne peuvent faire autrement, que ce soient les résidents d’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) pas assez médicalisés, ou tous ceux qui n’ont pas de médecin traitant, pas de papiers, pas d’argent.

    Ce 10 juin, sur un brancard au milieu d’autres patients hagards, dans le couloir d’Avicenne, ronfle un clochard que les pompiers ont trouvé ivre mort dans la rue. Il y retournera dès qu’il aura dessoûlé. « J’ai voulu lui trouver une structure d’accueil, il ne veut pas qu’on s’occupe de lui » , soupire Khaïna Daoud, l’assistante sociale du service, qui voit passer à longueur de journée « des SDF, des femmes battues, des mineurs isolés, des personnes âgées vulnérables ».

    « La grève, c’est aussi parce qu’on n’est pas faits pour recevoir ce type de patientèle », explique Laura Michalet, aide-soignante qui ne compte plus les malades psychiatriques « qui errent dans les couloirs, qui se mettent tout nus, qui urinent par terre, qui font des crises de démence ». Avicenne les garde : l’hôpital psychiatrique voisin de Ville-Evrard est toujours plein.

    3,6 millions de passages « inutiles » aux urgences en 2017

    Un rapport de la Cour des comptes estimait, en 2017, à 3,6 millions le nombre de passages « inutiles » aux urgences, des demandes de soins non programmés, sans détresse vitale, « qui auraient pu être pris en charge par la médecine de ville ». Problème : si les urgences sont saturées, souvent, la médecine de ville l’est aussi.

    « S’il y avait une médecine de ville organisée et un maillage important, on aurait moins de visites aux urgences » , affirme Frédéric Adnet, qui dirige celles d’Avicenne. Le problème est ancien. « Je suis persuadé que si l’on avait une permanence de soins en ville correctement organisée, les services hospitaliers d’urgences pourraient travailler dans de bien meilleures conditions », disait déjà, en 2003, le ministre de la santé, Jean-François Mattei.

    La densité déclinante de la médecine de ville qui crée des déserts médicaux – en Seine-Saint-Denis notamment – doit beaucoup au numerus clausus qui a limité le nombre d’étudiants en médecine depuis 1971. Sa levée, à la rentrée 2020, n’inversera pas la tendance avant dix ans. En attendant, le gouvernement mise sur une réorganisation du système de soins en ville, autour de communautés professionnelles territoriales de santé – des réseaux d’acteurs de la santé sur une zone donnée – et réfléchit à la mise en place d’un numéro unique de régulation médicale ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour apporter aux malades une réponse adaptée : l’envoi du SAMU pour l’urgence vitale, un rendez-vous avec un généraliste dans les vingt-quatre heures, ou une téléconsultation.

    Les urgences, la tirelire de l’hôpital

    Le rapport Carli-Mesnier suggère enfin de multiplier les « maisons médicales de garde » à proximité des services des urgences, qui pourraient alors envoyer vers ces lieux, regroupant des médecins libéraux, les patients aux problèmes non urgents. Mais le feront-ils, sachant que cela leur ferait perdre de l’argent ? « La tarification à l’activité et le forfait en fonction du nombre de passages ont encouragé l’hôpital à faire des urgences leur tirelire », dit agacé Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français, premier syndicat de médecins libéraux.

    Chaque passage aux urgences rapporte en moyenne 161,50 euros à l’hôpital, a estimé la Cour des comptes en 2014. Résultat, explique le docteur Braun : « Quand les urgentistes râlent parce qu’ils ont trop de patients à prendre en charge, les directeurs d’hôpitaux disent : “C’est très bien, continuez à bosser.” C’est un peu perturbant. » La réforme du financement des urgences est au cœur du Ségur de la santé, qui doit déboucher d’ici à mi-juillet à une « refondation du système de santé » français.

    A cette situation kafkaïenne, Olivier Véran, pas encore ministre de la santé, a proposé, en 2018, une solution kafkaïenne qui devait entrer en vigueur au moment où le Covid-19 est arrivé : un « forfait de réorientation hôpital-ville » de plusieurs dizaines d’euros. Autrement dit : payer l’hôpital pour qu’il accepte de renvoyer les patients vers la médecine de ville.

    « Le flux de patients qu’on doit caser »

    « En réalité, le problème n’est pas le flux de patients qui arrivent, assure cependant le professeur Adnet, c’est le flux de patients qu’on doit caser. » L’aval. Mercredi 10 juin, à Avicenne, une dizaine de personnes attendaient qu’un lit se libère dans un service. « Ils sont parfois vingt ou vingt-deux », confie-t-il. Dans ces cas-là, le couloir déborde, et les brancards sont mis « en double file », dans un couloir perpendiculaire.

    Les urgences pâtissent par ricochet de la fermeture, entre 1993 et 2018, de près de 100 000 lits dans les hôpitaux. « C’est indécent, un papi qu’on ne peut pas mettre dans une piaule parce qu’il n’y a pas de lit, se désole l’infirmière Virginie Moneo. Les gens passent parfois vingt-quatre heures dans le couloir, c’est devenu normal. On a parfois l’impression d’être dans la maltraitance, mais on subit nous-mêmes la maltraitance gouvernementale depuis vingt-cinq ans. »

    « Les urgentistes ne disent pas qu’ils travaillent trop, ils disent qu’ils travaillent trop dans une fonction qui n’est pas médicale. On passe des heures à essayer de trouver une place aux malades. » Faute de place au bloc opératoire d’Avicenne, ou dans un hôpital des départements voisins, le vieil homme à la fracture ouverte du tibia a attendu six heures pour être opéré.

    Outre des lits et du personnel supplémentaires, les urgentistes réclament 300 euros supplémentaires par mois pour les paramédicaux. Lorsqu’elle était encore ministre de la santé, Agnès Buzyn leur en a accordé 100, sous forme de prime qui ne comptera pas pour la retraite. Laura Michalet, aide-soignante depuis sept ans, touche 1 350 euros net par mois. Virginie Moneo, infirmière depuis dix-huit ans, 2 170 euros. « C’est une honte », dit Mme Gasmi. Après dix ans comme médecin aux urgences, elle-même pourrait, dans le privé, prétendre à deux fois plus que ses 4 000 euros mensuels. « Si je reste là, c’est parce que j’aime mon hôpital, j’aime mon 93, j’aime le service public. »

    #hôpital #santé_publique #urgences #médecine_de_ville #soin

  • Impact of the #COVID-19 Pandemic on Emergency Department Visits — United States, January 1, 2019–May 30, 2020 | MMWR
    https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/69/wr/mm6923e1.htm

    #Etats-Unis : Fréquentation des #urgences « substantiellement moindre » par rapport à la même période de l’année précédente ; le nombre d’arrêts cardiaques est par contre plus élevé.

    During an early 4-week interval in the COVID-19 pandemic, ED visits were substantially lower than during the same 4-week period during the previous year; these decreases were especially pronounced for children and females and in the Northeast. In addition to diagnoses associated with lower respiratory disease, pneumonia, and difficulty breathing, the number and ratio of visits (early pandemic period versus comparison period) for cardiac arrest and ventricular fibrillation increased. The number of visits for conditions including nonspecific chest pain and acute myocardial infarction decreased, suggesting that some persons could be delaying care for conditions that might result in additional mortality if left untreated. Some declines were in categories including otitis media, superficial injuries, and sprains and strains that can often be managed through primary or urgent care. Future analyses will help clarify the proportion of the decline in ED visits that were not preventable or avoidable such as those for life-threatening conditions, those that were manageable through primary care, and those that represented actual reductions in injuries or illness attributable to changing activity patterns during the pandemic (such as lower risks for occupational and motor vehicle injuries or other infectious diseases).

  • Covid-19 : analyse spatiale de l’influence des facteurs socio-économiques sur la prévalence et les conséquences de l’épidémie dans les départements français
    https://economix.fr/uploads/source/media/MA_GA_NL-Covid19_2020-04-18.pdf

    Cette recherche met en évidence que, au-delà de l’importance des caractéristiques individuelles comme facteurs explicatifs de la probabilité de contracter la Covid-19 et de ses conséquences, les
    éléments liés au contexte économique, démographique et social interviennent également. Les départements les plus denses, les plus inégalitaires ainsi que ceux dans lesquels la part d’ouvriers est la
    plus élevée se sont en effet révélés les plus vulnérables. Ces caractéristiques soulignent d’abord la complémentarité entre les politiques de santé d’une part et les politiques sociales et de redistribution de l’autre. Le rôle des services d’urgence comme facteur de réduction des manifestations de l’épidémie va dans le même sens. Il montre en effet qu’en présence d’inégalités les services publics, en l’occurrence de santé, permettent de protéger les populations de la maladie et de réduire les décès. Ensuite, en
    mettant en évidence le rôle de la densité démographique, cet article rappelle que les départements ruraux ou les moins peuplés ne sont pas les plus vulnérables mais que les territoires métropolitains
    présentent aussi des faiblesses au niveau de la prise en charge des malades qu’il est important de considérer. Enfin, les disparités locales et les effets de débordement que nous avons mis en évidence
    vont dans le sens d’une régionalisation poussée de la mise en œuvre des politiques de santé. Menées au plus près des territoires, ces dernières peuvent en effet être en mesure de mieux prendre en
    considération les effets de proximité géographique et socio-économiques qui prévalent au niveau de leur périmètre d’action et, ainsi, être mieux à même d’affecter les ressources humaines et financières.

    #COVID-19 #densité #inégalités_sociales #santé #urgences