• Le passé nauséabond de l’industrie textile suisse

    Bien qu’elle n’ait pas eu de colonies, la Suisse a profité du colonialisme. C’est ce que montre l’histoire des #indiennes_de_coton imprimé. Le commerce de ces #tissus colorés avait des liens avec l’#exploitation_coloniale, le #prosélytisme_religieux et le #commerce_des_esclaves.

    Au 17e siècle, le #coton imprimé venait d’#Inde – la seule région possédant le savoir-faire nécessaire. Mais bientôt, cette technique de production d’étoffes imprimées de couleurs vives fut copiée par les Britanniques et les Néerlandais qui, grâce à la mécanisation, les produisaient à meilleur prix. Ils supplantèrent l’industrie textile indienne. Les « indiennes » claires et abordables produites en Europe connurent une telle vogue que, sous la pression des producteurs de laine, de soie et de lin, Louis XIV, le Roi-Soleil, dut interdire leur production et leur importation.

    Cette interdiction fut une aubaine pour la Suisse du 17e siècle. Des #huguenots français qui s’étaient réfugiés en Suisse pour fuir les persécutions religieuses dans leur pays fondèrent des #usines_textiles à #Genève et à #Neuchâtel, d’où ils pouvaient écouler les indiennes en France par #contrebande. La demande atteignait alors un sommet : en 1785, la #Fabrique-Neuve de #Cortaillod, près de Neuchâtel, devint la plus grande manufacture d’indiennes d’Europe, produisant cette année-là 160’000 pièces de #coton_imprimé.

    Le boom en Suisse et le commerce des esclaves

    Le commerce des indiennes a apporté une énorme prospérité en Suisse, mais il avait une face obscure : à l’époque, ces étoffes étaient utilisées en Afrique comme monnaie d’échange pour acheter les #esclaves qui étaient ensuite envoyés en Amérique. En 1789 par exemple, sur le #Necker, un navire en route pour l’Angola, les étoffes suisses représentaient les trois quarts de la valeur des marchandises destinées à être échangées contre des esclaves.

    Les entreprises textiles suisses investissaient aussi directement leurs fortunes dans la #traite des noirs. Des documents montrent qu’entre 1783 et 1792, la société textile bâloise #Christoph_Burckardt & Cie a participé au financement de 21 #expéditions_maritimes qui ont transporté au total 7350 Africains jusqu’en Amérique. Une grande partie de la prospérité des centres suisses du textile était liée au commerce des esclaves, que ce soit à Genève, Neuchâtel, #Aarau, #Zurich ou #Bâle.

    Un projet colonial

    Au milieu du 19e siècle, la Suisse était devenue un des plus importants centres du commerce des #matières_premières. Des marchands suisses achetaient et revendaient dans le monde entier des produits tels que le coton indien, la #soie japonaise ou le #cacao d’Afrique de l’Ouest. Bien que ces marchandises n’aient jamais touché le sol helvétique, les profits étaient réalisés en Suisse.

    L’abolition de l’esclavage aux États-Unis à la suite de la guerre de Sécession a conduit à une crise des matières premières, en particulier de la production du coton qui était largement basée sur une économie esclavagiste. Le marché indien prit encore plus d’importance. L’entreprise suisse #Volkart, active aux Indes depuis 1851, se spécialisa alors dans le commerce du #coton_brut. Afin d’étendre ses activités dans ce pays, elle collabora étroitement avec le régime colonial britannique.

    Les Britanniques dirigeaient la production et, sous leur joug, les paysans indiens étaient contraints de cultiver du coton plutôt que des plantes alimentaires et devaient payer un impôt foncier qui allait directement dans les caisses du gouvernement colonial. Combinée avec l’extension du réseau de chemins de fer à l’intérieur du sous-continent indien, cette politique oppressive permit bientôt à Volkart de prendre en charge un dixième de l’ensemble des exportations de coton vers les manufactures textiles d’Europe. Volkart avait son siège à #Winterthour et occupait ainsi une situation centrale sur le continent européen d’où elle pouvait approvisionner les #filatures installées en Italie, dans le nord de la France, en Belgique, dans la Ruhr allemande ou dans toute la Suisse.

    Les collaborateurs de Volkart devaient éviter les comportements racistes, mais cela ne les empêcha pas d’adopter en Inde certains usages de l’occupant colonial britannique : les Indiens n’avaient pas accès aux salles de détente des employés européens.

    Ardeur missionnaire

    Une autre entreprise prospère à l’époque coloniale fut la #Société_évangélique_des_missions_de_Bâle, ou #Mission_bâloise. Fondée en 1815 par des protestants suisses et des luthériens allemands, son but était de convertir les « païens » au #christianisme. Elle a connu un certain succès au sud de l’Inde dans les territoires des États actuels du #Kerala et du #Karnataka, en particulier auprès des Indiens des couches sociales inférieures qui accédaient ainsi pour la première fois à la formation et à la culture.

    Toutefois, en se convertissant à une autre religion, les autochtones prenaient le risque d’être exclus de leur communauté et de perdre ainsi leur gagne-pain. La Mission de Bâle a réagi en créant des filatures afin de donner des emplois aux réprouvés. Elle résolvait ainsi un problème qu’elle avait elle-même créé et en tirait encore des bénéfices : dans les années 1860, la Mission exploitait quatre filatures et exportait des textiles aux quatre coins de l’#Empire_britannique, de l’Afrique au Proche-Orient en passant par l’Australie.

    L’industrie textile a largement contribué à la prospérité de la Suisse mais de nombreux déshérités l’ont payé au prix fort dans les pays lointains. La Suisse n’était peut-être pas une puissance coloniale indépendante, mais elle a énormément profité du colonialisme.

    https://www.swissinfo.ch/fre/indiennes_le-pass%C3%A9-naus%C3%A9abond-de-l-industrie-textile-suisse/45862606

    #histoire #histoire_suisse #industrie_textile #textile #colonialisme #colonisation #Suisse

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    Ajouté à la métaliste sur la Suisse coloniale :
    https://seenthis.net/messages/868109

  • Des familles se battent face à des directions d’Ehpad muettes | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/080420/des-familles-se-battent-face-des-directions-d-ehpad-muettes
    Évacuation d’un corps dans un Ehpad de Mulhouse, le 5 avril 2020. © SEBASTIEN BOZON / AFP

    La transparence est loin d’être de mise dans les Ehpad. Des familles reprochent aux directions de plusieurs établissements privés qu’une chape de plomb se soit abattue sur l’état de santé de leurs parents, parfois même jusqu’à leur décès. Le groupe no 1 #Korian est particulièrement visé.

    Pour nombre de familles, les maisons de retraite se sont transformées en véritables boîtes noires. Confinés depuis le 6 mars, et pour nombre d’entre eux dans leurs chambres depuis le 17 mars, les résidents des Ehpad vivent coupés de leurs proches. Parfois même quand la maladie, voire le décès, survient. La règle, quand une épidémie est là, est pourtant d’informer les familles, a fortiori quand le plan bleu est déclenché (voir ici et ici la marche à suivre fournie par les agences régionales de santé).

    Cette absence de transparence, c’est ce que vit Laura Marquez et sa famille. Sa grand-mère, 86 ans, est résidente de la Fondation Rothschild (établissement de santé privé à but non lucratif), à Paris, où au moins trente-quatre personnes sont décédées depuis le début de l’épidémie. « C’est en appelant pour l’appareil auditif de ma grand-mère qu’une aide-soignante nous a informés qu’elle était malade. Le lendemain, en rappelant, une soignante nous a annoncé qu’elle avait été testée positive au Covid-19. Cela a été un choc pour ma mère. Il n’y a eu aucun protocole d’annonce et si nous n’avions pas insisté, quand l’aurions-nous su ? »

    Depuis presque une semaine, Laura et ses proches ne cessent de téléphoner à la Fondation pour prendre des nouvelles. « Impossible de joindre qui que ce soit, ni le standard, ni le médecin, ni les infirmières de l’étage. Personne ne répond au téléphone. Nous sommes dans l’angoisse que sa situation se dégrade. » 

    Mardi 7 avril, la famille réussit enfin à joindre le médecin. « On tente de nous rassurer sur les résidents qui ont guéri, son état est stable et on a enfin pu la voir par Skype mais cette lutte pour obtenir des informations ne présage rien de bon. Si elle décède, rien n’est mis en place pour que nous restions en contact et l’accompagner un minimum. C’est ce qu’il y a le plus dur à vivre pour nous. »

    Interrogée sur ces dysfonctionnements, la Fondation Rothschild ne nous a pas rappelés. Mediapart a eu connaissance d’un défaut d’information aux familles similaire, dans le même établissement, pour un résident finalement décédé, cette semaine.

    Dans ce flot de témoignages reçus par Mediapart, le groupe privé Korian, numéro un du secteur des Ehpad, est particulièrement critiqué pour sa gestion opaque de la maladie et des décès (voir à ce sujet notre enquête sur le cas de Mougins, dans les Alpes-Maritimes). Car si les trois cents Ehpad du groupe en France ne sont pas tous soumis au même régime, dans certains établissements, même en dehors des gros foyers d’infection comme le Grand Est ou l’Île-de-France, c’est l’hécatombe.

    À Thise, dans le Doubs, vingt-cinq résidents sont décédés au mois de mars, même si le maire, interrogé par Mediapart, rappelle que l’épidémie semble désormais localement reculer. À Mougins, dans les Alpes-Maritimes, trente-quatre morts sont à déplorer. À Villers-sous-Saint-Leu, dans l’Oise, environ vingt décès, que les familles des résidents ont découverts pour certains par voie de presse, selon cet article du Parisien.
    La situation serait également « catastrophique » à Saint-Jean-de-Losne, en Côte-d’Or, ou à Pollionnay, près de Lyon, où l’Ehpad a connu treize décès consécutifs. Questionné sur le nombre de décès par établissement, le groupe Korian n’a pas souhaité répondre, rappelant qu’il est communiqué via la plateforme mise en place par Santé publique France aux autorités.

    En Île-de-France, c’est l’établissement Korian de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) qui a défrayé la chronique. « Il y a dix-neuf décès pour 84 résidents, rapporte Nadia Boutmar, déléguée syndicale CGT en charge du secteur. Il y a eu des failles pour en arriver là. C’est un Ehpad où c’est un peu la pagaille, avec une seule directrice pour deux établissements, un sur la commune de Louveciennes, et un autre à Saint-Germain, avec énormément de personnels vacataires, et une dizaine au moins de salariés contaminés. » 

    Selon Korian, un nouveau directeur était en cours de prise de poste à Saint-Germain-en-Laye au début du mois de mars. « Sa prise de fonction a été effective au 15 mars », nous a répondu le groupe, qui dément une majorité de vacataires parmi les effectifs mais concède que depuis le début du mois de mars, compte tenu des absences maladie, « des remplaçants ont été mobilisés sur le site pour assurer la continuité des soins ».

    Interrogé sur plusieurs dysfonctionnements, Korian nous a répondu par courriel que « dans cette période épidémique et de confinement », les établissements du groupe s’efforçaient de maintenir un « lien régulier personnalisé, par téléphone, ou par mail, avec chaque référent familial et d’informer régulièrement [les familles] sur la situation et la vie de l’établissement ». Depuis le 1er avril, une cellule d’écoute familiale dédiée a d’ailleurs été mise en place pour « épauler les équipes très sollicitées dans cette période ».

    Le récit de Richard Percevault n’est cependant guère rassurant. Cet homme a perdu sa mère, résidente de l’Ehpad Castel-Voltaire à Châtillon dans les Hauts-de-Seine, le 25 mars. Il a encore du mal à y voir clair et a tenu à consigner, par écrit et avec l’aide de son frère, la chronologie des faits. Au téléphone, il prévient : « D’habitude, je suis plutôt un calme, mais ce que nous avons vécu est dingue, il faut que cela se sache. »

    L’établissement où vit sa mère a, comme les autres, stoppé les visites le 6 mars, puis appliqué un confinement strict en chambre, le 17 mars, pour éviter la propagation du virus. Trois jours plus tard, premier coup de téléphone, la mère de Richard doit subir un prélèvement nasal, car elle semble être touchée par le Covid-19.

    Le 23 mars, sans aucune nouvelle du résultat, son fils contacte l’établissement, qui ne peut le renseigner. Le lendemain, un courriel informe l’ensemble des familles qu’un cas a été diagnostiqué et la personne hospitalisée. « Mais toujours aucune nouvelle de notre maman », rapporte Richard. Le 24 mars, une personne à l’accueil lui explique confusément que sa mère est partie à l’hôpital. Elle est finalement décédée le jour suivant, dans la résidence. Ces péripéties morbides ne s’arrêtent pas là.

    Alors que la famille Percevault se met d’accord pour une crémation avec les pompes funèbres le 2 avril, Richard et son frère apprennent le 1er avril que la mise en bière a eu lieu le jour du décès, dans l’Ehpad, donc le 25 mars. Le personnel des pompes funèbres, ayant estimé qu’il s’agissait d’un cas de Covid-19, avait appliqué le protocole de mise en bière immédiate. Mais personne n’a jugé bon de prévenir la famille. « Ma mère avait 93 ans, nous savions sa fin proche et inéluctable, raconte Richard Percevault. Mais le plus terrible, c’est de ne pas l’avoir revue, et de ne rien savoir du tout de ses derniers jours. » Korian a assuré à Mediapart le 8 avril « être en relation » avec cette famille.

    Olivia Mokiejewski a vécu le même black-out, dans l’Ehpad Bel-Air, situé à Clamart, à quelques kilomètres à vol d’oiseau de Châtillon. Alors que l’épidémie bat son plein dehors, elle remarque que l’animateur en charge du Skype avec les familles manipule la tablette, la passe de mains en mains, sans masque ni protection. « C’est comme si je voyais la contamination en direct, raconte Oliva Mokiejewski. Après cela, j’ai vu ma grand-mère s’affaiblir, se dégrader à chaque fois que je lui parlais. J’ai fait près d’une vingtaine de mails, sans réponse, à la direction et à l’ARS, pour qu’ils la testent, pour qu’ils la soignent. » Sa grand-mère est décédée le 4 avril.

    À force d’insister, elle a bien obtenu la visite d’un médecin, choisi par Korian, qui estime que tout va bien. Olivia Mokiejewski décide alors de faire rentrer l’un de ses proches, médecin également, dans l’établissement. Sa grand-mère s’avère être en réalité en détresse respiratoire, et le Samu l’emporte à l’hôpital, où elle sera testée positive au Covid-19. « Elle est arrivée dénutrie et de déshydratée, avec les deux poumons sévèrement touchés. Donc l’infection n’était pas récente », précise sa petite-fille, furieuse.

    Le 30 mars 2020, la veille du jour où Hermine rentre en soin intensif à l’hôpital, les familles de l’Ehpad Bel-Air reçoivent, d’après des informations obtenues par Mediapart, ce message de la directrice de l’établissement : « Comme vous le savez, l’équipe de la résidence Bel-Air est mobilisée en continu depuis plusieurs semaines pour mettre en place toutes les mesures de protection afin de limiter l’exposition de nos résidents au virus. À ce jour, grâce à cela, nous n’enregistrons aucun cas de coronavirus parmi nos résidents, ni nos salariés ». Le mail envoyé le 30 mars « tenait compte des informations à notre disposition à cette date », assure Korian. « Le premier diagnostic d’un cas de Covid au sein de l’établissement a été reçu le 1er avril au soir, et un nouveau mail est parti immédiatement aux familles. »

    Puis, Olivia reçoit un message de l’animateur de la résidence, l’informant que « sa grand-mère n’est pas disponible » pour un Skype. Pour cause, sa grand-mère est déjà à l’hôpital. D’après le travail d’enquête de France Inter mené sur cet Ehpad, au moins quatre soignants présentaient par ailleurs, lors de toute cette période, des symptômes du Covid-19, une aide-soignante ayant même dû être hospitalisée.

    Là encore, les familles n’en ont pas été informées. Les familles ont également appris que la directrice avait fait rentrer son enfant dans l’établissement, faute de mode de garde, ce que ne dément pas le groupe, d’après un courrier transmis à l’ARS.

    Lorsque l’on contacte Laurence, elle a passé la journée à tenter de trouver une solution pour hospitaliser son père malade. Il réside au même étage qu’Hermine, dans la résidence Bel-Air de Clamart et présente les symptômes du Covid-19. « Après le départ de cette résidente à l’hôpital fin mars, la moutarde m’est montée au nez, se souvient Laurence. J’ai appelé son médecin traitant qui a beaucoup hésité à venir, faute de protection adéquate. Elle a fini par décider par téléphone de le tester et de le mettre sous antibiotiques. »

    Le test, fait par prélèvement, est revenu négatif. « Lundi 6 avril, j’ai enfin eu un appel pour me dire que mon père n’allait pas bien, poursuit Laurence, manifestement secouée. C’est la première fois que j’ai le médecin coordonnateur au téléphone depuis que l’Ehpad est fermé aux familles, le 6 mars. Le premier mail que nous avons reçu de la direction date du 24 mars, et il nous dit que tout va bien ! Alors qu’à cette date, des salariés sont déjà malades ! »

    Pascal en avait lui aussi assez d’entendre le personnel lui dire que sa mère, 81 ans, était systématiquement « endormie », « à la toilette », à l’heure du Skype. Il a fini par avoir, mercredi 1er avril, un infirmier vacataire de l’Ehpad Bel-Air au téléphone, qui lui annonce que sa mère ne « va pas très bien ». « Elle toussait abondamment, avait le souffle très court et était dans un état de fatigue perceptible même au téléphone. » 

    Après plusieurs courriels comminatoires, il obtient que sa mère soit testée pour le Covid-19. « Les tests sont externalisés, il faut attendre trois jours, comment penser que pendant tout ce temps, son état ne va pas encore se dégrader ? », s’inquiète Pascal. En confiance auprès d’un cadre de santé et d’un agent d’accueil, il demande à les avoir au téléphone, mais tous les deux sont en arrêt maladie. « Ce qu’on reproche à Korian, c’est ça : d’avoir des informations, au hasard, par téléphone… » 

    Interrogé par Mediapart sur ces nouveaux éléments, le groupe Korian n’en démord pas : la grand-mère d’Olivia Mokiejewski « est la première personne à avoir été testée Covid 19, lors de son hospitalisation ».

    « Combien souffrent sans que les familles soient au courant ? »

    Nathalie* a placé en février, la boule au ventre, son père dans un Ehpad géré par Korian, dans l’Essonne. Elle avait déjà découvert, avant la crise du Covid, son parent, plusieurs jours après une chute, « des points de suture sur le crâne », sans avoir été informée d’un quelconque passage aux urgences. Depuis la fermeture des portes de l’établissement, les seules infos reçues tiennent dans un courriel, reçu le 20 mars, qui informe les familles de la contamination du médecin coordonnateur et de deux cas suspects parmi les résidents.

    Le mercredi 25 mars, elle joint son père au téléphone. Il tousse, respire mal, a de fortes douleurs. Faute de professionnel disponible dans l’établissement, Nathalie envoie sa propre généraliste dans l’Ehpad, qui ne peut guère faire autre chose que d’administrer de l’oxygène et des médicaments pour la douleur.

    Le soir même, la direction de l’établissement envoie un mail aux familles des résidents pour communiquer sur deux cas testés positifs, mais sans signes graves selon elle. Trois jours plus tard, le père de Nathalie décède. Les divers messages d’alerte de sa fille à la direction sont restés sans réponse, jusqu’à l’annonce de sa mort.

    Là encore, les détails de la fin de vie sont sordides. « Indiqué non Covid-19 initialement sur le certificat de décès fourni par l’établissement, les pompes funèbres sont venues mais l’ont ramené, car pour eux il était contaminé. Il fallait donc une mise en bière immédiate. Son corps a donc fait un aller-retour entre samedi et dimanche… », souffle Nathalie.

    Cette proche, confrontée au deuil dans des circonstances extrêmes, se dit cependant favorisée : « J’ai pu parler à mon père pour lui dire au revoir. On ne peut pas les sauver tous de ce virus. Et je sais que ma médecin l’a soulagé, à la fin. Mais combien souffrent sans que les familles soient au courant ? »

    Albert Papadacci, délégué central CGT du groupe Korian, fait le même constat d’un manque de transparence. « Les morts, ça fait peur aux investisseurs, à la bourse et à l’image de marque. » Les groupes privés, et Korian en tête, sont encore traumatisés par la diffusion, en 2018, d’un reportage accablant, sur France 2, qui montrait la maltraitance institutionnelle dans certains établissements.

    Mais selon le syndicaliste, le groupe refuse aussi de communiquer en direction de ses propres salariés sur sa situation : « Korian ne nous dit rien sur la contamination. Nous faisons comme on peut et de manière forcément parcellaire, par le biais de groupes WhatsApp, notre propre décompte pour y voir clair. » À ce jour, le syndicat CGT chiffre à 120 le nombre de morts chez les résidents de Korian. Mercredi 8 avril la CGT a annoncé sur son blog le décès d’une aide-soignante, salariée du groupe à Mulhouse, emportée par le Covid.

    Interrogé sur ces chiffres, le groupe répond à nouveau que les décès dont il a connaissance sont « communiqués sur la plate-forme ministérielle Santé publique France » et que depuis le 3 mars 2020, des réunions extraordinaires avec le CSE Central de Korian sont organisées pour permettre aux représentants du personnel « d’avoir toutes les informations nécessaires pour accompagner les équipes sur le terrain ».

    Pareille hécatombe ne surprend guère Albert Papadacci : « Nous étions en confinement strict le 17 mars, mais nous n’avons eu des masques que le 24 ! La direction écrit que l’ensemble des salariés est équipé de masques mais c’est faux. Nous savons que des cuisiniers, des lingères, des salariés du ménage n’en ont pas ! Korian se défausse sur les consignes de l’ARS, qui a longtemps expliqué que les masques étaient réservés aux soignants, mais c’est un jeu qui va finir par nous coûter cher. »

    Chez Korian, on répond que dès le 22 mars, après la levée des mesures de réquisition prises par l’État sur les masques et les équipements individuels de protection, « il a été décidé, après consultation des instances représentatives du personnel, d’imposer le port systématique et permanent du masque par l’ensemble du personnel dans tout le réseau médico-social, sur la base d’une dotation d’un masque toutes les 4 heures pour les soignants, un masque par jour pour les administratifs et des masques masques FFP2 pour les actes invasifs ».

    L’homologue d’Albert Papadacci dans le groupe Orpea (l’un des trois mastodontes du secteur avec Domus Vi), Guillaume Gobet, tente lui aussi de compiler des données : « L’ensemble du privé lucratif est dans le même bateau. Nous n’avons aucun retour sur le nombre de personnes contaminées ou les décès, sauf par voie de presse. » Le dirigeant d’Orpea, Jean-Claude Brdenk a ainsi estimé, dans Les Échos le 1er avril, le pourcentage de résidents testés positifs au Covid-19 dans ses structures à 0,5 %, et considère le nombre de décès dans ses établissements comparable aux années passées.

    « Nous avons eu un décès brutal, la semaine dernière, évacué à toute vitesse, rapporte pourtant Sophie *, pharmacienne dans une structure Orpea du Sud de la France. Le test a été négatif mais ce résident avait tous les symptômes du Covid, insuffisance respiratoire, température. Ce cas sera-t-il comptabilisé par le groupe ? Qu’est-ce que l’on a dit aux familles ? »

    Malgré la colère, Albert Papadacci chez Korian essaye de comprendre ce qui a déraillé, lui qui, il y a quinze jours encore, louait encore une direction générale qui « pour une fois, avait mis le paquet ». « Je pense encore qu’elle fait le maximum dans les consignes mais ce n’est pas suivi d’effets sur le terrain. Nous faisons face à des directeurs, localement, à qui on demande depuis longtemps d’avoir surtout l’œil rivé sur la facture. »
    Une famille, dont la parente réside, en bonne santé, dans un établissement Korian à Paris, met de son côté en garde contre la généralisation : « Attention aux procès d’intention. Il faut redire notre immense respect pour ce personnel qui s’occupe de nos parents, dans des conditions difficiles. »

    Laurence, depuis Clamart, s’estime tout à fait consciente de la complexité de l’exercice mais persiste : « On ne reproche pas à Korian que le Covid soit rentré. Ce que nous contestons, c’est cette attitude de déni, ce silence. Nous souffrons déjà de ne plus voir nos parents, nous savons qu’ils vont inexorablement baisser, c’est dur à vivre. Et en plus, on nous ment en nous disant que tout va bien. »

    #Ehpad #usines_à_caches

  • [Édito] Le #Coronavirus impose au monde de relocaliser ses usines

    Le coronavirus est en train de prouver que les grandes chaînes de production mondialisées, en particulier entre la Chine et les pays occidentaux, ne sont absolument pas fiables. Le Covid-19 a réussi à les mettre à genoux en quelques semaines. En France, les voix qui appellent à relocaliser les #usines sur le territoire se font de mieux en mieux entendre.

    Quand j’étais plus jeune, dans les années 90, on m’apprenait à l’école que le monde occidental entrait dans une ère post-industrielle, faite de services, de cerveaux et de valeur ajoutée. La grossière production de biens, les chaînes de productions, avaient pour vocation à être mises dans les mains des pays en voie de développement, la Chine en particulier, qui, à l’époque, commençait à peine à s’"éveiller", comme le disaient les économistes alors. Elle était la future usine du monde.

    Déjà à l’époque, l’idée me semblait absurde. Et cela fait maintenant plusieurs années que l’extrême dépendance des sociétés occidentales, européennes en particulier, aux chaînes de production délocalisées en Asie, est comprise comme un danger. Mais le retour en arrière est difficile ; tant de milliards ont été investis au loin et le coût du travail est si faible ! Le Coronavirus, qui est en train de rendre malade notre économie, va peut-être enfin réussir à défaire ce que plusieurs décennies de mauvaises doctrines économiques ont fait.

    Une industrie poids faible

    La mondialisation n’est pas mauvaise par essence, mais incontrôlée, elle est néfaste. La France le paie cher. L’industrie y représentait 25 % du PIB à la fin des années 70, elle représente maintenant à peine 10 %. La moyenne européenne est à 20 %, l’Allemagne est à 27 %... La promotion récente du Made In France, outre son succès de communication, ne parvient pas à réellement changer la donne. Surfant sur la crise du Coronavirus, Bruno le Maire en profite pour insister sur la nécessité de « relocaliser l’industrie ».

    Il évoque une vraie réorientation stratégique afin de limiter la dépendance française et européenne. Il cite trois secteurs sensibles : les médicaments (dont 90 % des principes actifs sont produits hors de l’Union européenne), l’automobile électrique (pour laquelle l’Europe commence à peine à déployer des usines), ou encore l’aéronautique (dont l’essentiel des fournisseurs est en Chine)… À cela on pourrait rajouter l’électronique et l’informatique.

    La souveraineté technologique et industrielle est un prérequis à la souveraineté politique, assure le ministre français. Alors que cette relocalisation était une question de choix jusqu’alors, le coronavirus en fait une obligation. Le risque épidémique, qui va s’accentuer à l’avenir, tout comme le risque climatique, devient un risque physique pour la survie des entreprises trop dépendantes de chaines d’approvisionnement lointaines qu’en réalité elles ne maîtrisent plus vraiment.

    https://www.novethic.fr/actualite/politique/isr-rse/edito-relocalisation-industrielle-le-coronavirus-abat-des-decennies-de-mauv
    #industrie #relocalisation #mondialisation #globalisation #production_industrielle

  • #LaToya_Ruby_Frazier

    LaToya Ruby Frazier est une des photographes les plus marquantes de sa génération. Depuis le début des années 2000, l’artiste afro-américaine, née à Pittsburgh, développe une pratique documentaire à la fois personnelle et militante, en prise avec les réalités sociales, politiques et économiques de la société américaine contemporaine.

    Réalisée entre 2001 et 2014 autour de trois générations de femmes – sa grand-mère, sa mère et elle-même –, l’ambitieuse série qui l’a fait connaître, #The_Notion_of_Family, témoigne du déclin de #Braddock, banlieue de #Pittsburgh en #Pennsylvanie et ancienne capitale de l’acier, devenue #ville_fantôme. À partir d’expériences individuelles, l’artiste fait émerger une #histoire_collective afro-américaine et des problématiques de portée universelle. « #Braddock_est_partout », dit-elle.

    Autour de The Notion Of Family, se déploieront deux séries récentes prolongeant l’attention qu’elle porte aux classes ouvrières et à l’articulation entre vie personnelle et enjeux sociaux et politiques. La première, On the Making of Steel Genesis : Sandra Gould Ford (2017), est le fruit d’une étroite collaboration avec #Sandra_Gould_Ford, photographe et écrivain afro-américain, qui fut employée dans l’#industrie_sidérurgique à Pittsburgh et documenta de multiples manières la vie dans les #usines et leur #fermeture. La seconde, Et des terrils un arbre s’élèvera (2016-2017), résulte quant à elle d’un ambitieux projet réalisé dans le #Borinage, près de #Mons, en #Belgique, avec d’anciens #mineurs et leurs familles.

    https://www.centrephotogeneve.ch/expo/latoya-ruby-frazier

    #photographie #USA #Etats-Unis #classe_ouvrière
    ping @albertocampiphoto @philippe_de_jonckheere @isskein

  • Lettre d’Italie au temps du #Coronavirus

    La propagation du coronavirus est un scénario jamais vu auparavant. Bien que certains gouvernements continuent de sous-estimer la gravité de la menace (les États-Unis en particulier), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a maintenant officiellement déclaré la COVID-19 comme une pandémie, et de plus en plus de gouvernements commencent à prendre conscience de l’ampleur de la menace.

    L’Italie est aujourd’hui le deuxième pays le plus touché après la Chine, avec plus de 17 000 cas confirmés et plus de 1 200 décès, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. L’Italie peut donc être considérée comme un scénario de test pour déterminer comment le virus pourrait affecter d’autres États du Nord. La situation évolue très rapidement, créant beaucoup de confusion, mais nous avons pensé qu’il serait utile de partager quelques brèves réflexions sur certains aspects de cette crise : l’attitude de l’État face à la propagation du virus ; les mesures gouvernementales ; les luttes sociales qui en découlent ; la manière dont nous nous organisons dans ces circonstances.

    Le COVID-19 est un nouveau virus et les experts ont mis du temps à se mettre d’accord sur la manière de l’affronter. Cette confusion, associée à la rapidité et à la facilité avec lesquelles des informations non vérifiées peuvent être diffusées dans le monde d’aujourd’hui, a fait que les conseils et analyses variés et souvent contradictoires ont abondé. Jusqu’à il y a une semaine, certaines personnalités, y compris des politiciens, la définissaient comme une mauvaise grippe ne touchant que les personnes âgées ayant des problèmes médicaux préexistants. Cependant, la gravité du COVID-19 est maintenant devenue évidente pour tout le monde en Italie. Et il a mis à genoux le système national de santé italien. Cela s’explique par trois raisons principales : le virus se propage efficacement et rapidement ; lorsque les gens tombent gravement malades, ils ont besoin de semaines de soins intensifs ; les coupes et les mesures d’austérité des gouvernements successifs ont érodé l’efficacité d’un système de santé publique qui sinon aurait pu bien mieux s’en sortir. Bien que les soins de santé dans certaines régions du Nord soient, à bien des égards, parmi les meilleurs selon les normes européennes, le fait que le système soit géré au niveau régional signifie qu’il existe d’énormes disparités internes. Jusqu’à présent, il a été reconnu que le seul outil efficace pour contenir la contagion est de limiter les contacts entre les personnes. C’est pourquoi les pays touchés ont décidé de verrouiller certaines zones ou, dans le cas de l’Italie, l’ensemble du pays.

    Les différentes réactions au virus dans les différents États du monde reflèteront l’équilibre des forces sociales dans ce pays. Dans le cas de l’Italie, le gouvernement a pris des mesures drastiques, bien qu’il aurait pu faire beaucoup plus et plus tôt, et bien qu’il faille faire encore davantage. Il a notamment cherché à équilibrer la contradiction entre la menace croissante pour la santé publique et les intérêts du capital, ce qui a donné lieu à une réponse confuse, donnant trop souvent la priorité à la seconde et mettant les personnes en danger.

    L’approche de l’Italie face à la crise

    Le 4 mars, l’Italie a déclaré une fermeture dans les zones du nord les plus touchées, interdisant tout déplacement inutile. Les détails du décret ont été divulgués à la presse avant que le gouvernement n’ait pu faire l’annonce officielle, ce qui a provoqué l’afflux de centaines de personnes dans les gares, qui espéraient prendre un train pour se rendre en dehors des zones rouges. De nombreuses personnes ont voyagé à travers le pays cette nuit-là, atténuant l’effet des mesures de sécurité puisqu’ils emmenaient potentiellement le virus dans de nouvelles régions.

    Le 9 mars, ce décret a ensuite été étendu à l’ensemble du pays. Tous les rassemblements publics ont été interdits, les bars sont obligés de fermer à 18 heures, tous les voyages non essentiels sont interdits et toute personne voyageant doit avoir avec elle un formulaire détaillant les raisons de son déplacement. La fermeture des écoles et des universités a été prolongée jusqu’au 3 avril.

    Dans la soirée du 11 mars, le gouvernement a annoncé la fermeture de tous les commerces non essentiels. Les magasins d’alimentation, les pharmacies, les bureaux de poste, les marchands de journaux, les stations d’essence restent ouverts. Cependant, en réponse à la pression de la Confindustria (l’union des employeurs italiens), de nombreuses activités productives ne sont pas incluses dans ce nouveau décret. Cela signifie que les ouvrier.e.s d’usines, les travailleurs.ses des centres d’appel, les travailleurs.ses du secteur de la logistique sont toujours obligé.e.s de se rendre au travail.

    Ce dernier décret a créé une situation où les gens sont interdits de se rassembler ou de se promener dans les espaces publics (sauf en cas de nécessité) et sont obligé.e.s de rester chez eux.elles, alors qu’une partie importante des travailleuses.eurs est encore entassée dans des usines produisant des biens non essentiels ou offrant des services non essentiels.

    De nombreux rapports ont fait état de conditions de travail dangereuses dans les entrepôts et les usines. Le 9 mars, les travailleurs.euses de l’usine FIAT de Pomigliano, dans le sud de l’Italie, ont fait une grève sauvage pour protester contre le manque de mesures de sécurité. Les travailleurs.euses de la logistique d’un hub de Bartolini à Caorso dans le Nord, et d’un entrepôt de TNT à Caserta ont fait de même. Au moment de la rédaction du présent rapport, des rapports de grève arrivent toutes les heures, touchant les principaux sites de production du pays (pour plus de détails, voir en italien : https://poterealpopolo.org/coronavirus-sciopero-ovunque). Le plus grand syndicat de base USB a appelé à une grève de 32 heures de tous les secteurs non essentiels, et les principales centrales syndicales doivent rencontrer le premier ministre.

    Les prisons italiennes sont un autre point de mire. Le système pénitentiaire italien est depuis longtemps en crise. Des installations obsolètes et un grave surpeuplement font que les prisons italiennes sont en violation perpétuelle des réglementations en vigueur. Dans ces conditions, les restrictions imposées par le gouvernement (interdiction de visites, limitation des appels aux familles et des permis de travail jusqu’au 31 mai, entre autres) ont déclenché des révoltes dans les prisons de tout le pays. Treize personnes sont mortes au cours de ces révoltes dans des circonstances qui ne sont toujours pas claires. Il semblerait qu’un gardien ait été testé positif à Vicence, et les familles témoignent de la crainte des détenu.e.s qui ont un accès limité à l’information et aux conseils. S’il est vrai qu’« On peut juger du degré de civilisation d’une société en entrant dans ses prisons » (Dostoïevski), l’Italie ne se porte pas bien.

    Le gouvernement doit maintenant annoncer un ensemble de mesures économiques. Il paraitrait que ces mesures pourraient inclure des interruptions de remboursement de prêts ou des factures des services de première nécessité ainsi et des extensions des indemnités de chômage, mais il reste à voir si une aide sera apportée aux travailleurs.ses indépendant.e.s, aux travailleuses.rs ayant un contrat « zéro heures » ou qui travaillent au noir. Le gouvernement a débloqué 25 milliards d’euros pour des mesures extraordinaires en réponse au coronavirus, mais avec l’économie italienne au bord de l’effondrement, il est difficile d’imaginer qu’une telle somme puisse faire une vraie différence. L’UE avait montré quelques signes de flexibilité dans son approche, mais le 12 mars, la BCE a renoncé à apporter davantage de soutien, faisant s’envoler les taux d’intérêts et le « spread ». L’économie mondiale se dirige vers une récession majeure, et l’Italie sera plus durement touchée que la plupart des autres pays.

    Coronavirus et entre-aide, que pouvons-nous faire pour nous soutenir mutuellement ?

    Lorsque la crise frappe une société inégalitaire, ce sont toujours les personnes vulnérables qui souffrent le plus : les personnes âgées, les travailleuses.rs, les migrant.e.s, les femmes, les personnes souffrant de maladies préexistantes. En tant qu’activistes de Potere al Popolo, nous essayons de trouver des moyens de briser l’isolement et d’établir des relations de soutien mutuel et de solidarité entre les communautés.

    Dans de nombreuses villes, nous avons mis en place un système d’aide mutuelle pour les personnes ayant besoin de soutien pour les tâches quotidiennes, comme faire les courses pour les produits de première nécessité (dans le respect stricte des conditions de sécurité).

    Nous avons également créé une ligne téléphonique nationale pour fournir des conseils juridiques aux travailleurs.ses touché.e.s par la crise. Cette ligne a été mise en service il y a quelques jours seulement, mais nous avons déjà reçu plus de 70 appels de travailleuses.rs qui sont contraint.e.s de travailler dans des conditions dangereuses, qui ont été licencié.e.s ou qui travaillent au noir et qui, à ce titre, risquent d’être exclu.e.s des plans de soutien du gouvernement en cas de crise. Avec les informations recueillies lors de ces appels, nous sommes en mesure, en tant qu’organisation, de planifier les mesures à prendre et de formuler des demandes aux employeurs.ses et au gouvernement. Tous les appels à la ligne d’assistance sont d’abord pris par un petit groupe de professionnel.le.s juridiques bénévoles, puis les coordonnées des appelants sont transmises aux bénévoles dans leur localité pour un soutien suivi.

    Jusqu’à présent, nous avons identifié trois domaines clés d’intervention. Le premier est le secteur de la logistique. Nous avons été en contact avec des magasiniers d’Amazon qui nous ont dit qu’ils.elles travaillent plus que d’habitude en raison de l’augmentation de la demande (les gens commandent à domicile plutôt que d’aller dans les magasins) et dans des conditions qui ne respectent pas les mesures de sécurité prescrites. Le second est celui des centres d’appel. Les entreprises qui gèrent des centres d’appel ont été réticentes à autoriser les travailleurs.ses à travailler à domicile en raison de l’augmentation des coûts liés à l’acquisition de la technologie nécessaire, de sorte que les travailleuses.rs continuent à travailler dans des bureaux exigus. Dans les deux cas, nous avons demandé à des avocats d’envoyer un avertissement formel aux employeurs en question pour exiger que des mesures de sécurité soient mises en œuvre et que tous les travailleurs.ses soient exempté.e.s d’heures supplémentaires.

    Le troisième est celui des garanties pour les travailleurs.ses saisonniers. Ces travailleuses.rs sont très nombreux.ses en Italie, notamment dans l’agriculture et le tourisme, mais aussi dans les usines. Le travail saisonnier est une forme de travail précaire car l’employeur.se n’est pas obligé.e d’embaucher les mêmes travailleurs.ses chaque année. Toutefois, les travailleuses.rs saisonniers ont accès aux allocations de chômage (les allocations de chômage ne sont pas universellement accessibles en Italie). Nous avons écrit au gouvernement et au département de la sécurité sociale pour demander que les travailleurs.ses saisonniers qui ne seront pas réemployés cette année en raison de la crise se voient accorder des indemnités pour toute cette période de chômage prolongée.

    Au-delà de ces cas spécifiques, qui sont des exemples d’actions concrètes qui peuvent être prises, nous demandons au gouvernement de garantir les salaires de toutes les personnes concernées, y compris les indépendant.e.s, les personnes travaillant sans contrat légal, les travailleurs.ses du spectacle. Nous demandons que toute personne qui a perdu son emploi puisse bénéficier d’allocations de chômage, que toute personne incapable de payer ses factures, son loyer ou son hypothèque puisse bénéficier d’une amnistie.

    Nous demandons également que toutes les activités de production non nécessaires soient arrêtées (avec des travailleurs.es en congé payé).

    Enfin, nous exigeons que l’État investisse massivement dans les services de santé, recrute davantage de travailleuses.rs de la santé sur des contrats à durée indéterminée et place la production de médicaments et d’équipements de santé sous contrôle public. Nous demandons au gouvernement de renoncer à l’austérité et de lever le pacte fiscal de l’UE. L’Italie est actuellement confrontée à une grave crise économique. Seul un changement complet de paradigme, avec des investissements publics énormes dans l’économie, les services publics et la création d’emplois, nous sauvera des pires effets de cette catastrophe.

    Notre réponse à la crise a donc été triple : s’organiser au sein de nos communautés pour répondre aux besoins immédiats ; soutenir les luttes des travailleurs.ses sur le terrain (y compris par des conseils juridiques) ; formuler des demandes politiques plus larges à l’égard de l’État. Nous pensons que la seule façon de sortir de cette catastrophe est de renforcer notre capacité d’action collective et de coordination. Par conséquent, aux organisations progressistes qui observent de loin les événements en Italie, nous conseillons de commencer à s’organiser, d’élever des revendications pour protéger la santé et la sécurité de vos communautés.

    https://poterealpopolo.org/lettre-ditalie-au-temps-du-coronavirus
    #covid-19 #covid_19 #Italie #gravité #système_de_santé #santé_publique #austérité #distanciation_sociale #santé_publique #usines #entrepôts #conditions_de_travail #prisons #grève #économie #soutien_mutuel #solidarité #logistique #centres_d'appel #travailleurs_saisonniers #saisonniers #travail_saisonnier #salaires #compensation #chômage

  • La France se remet à perdre des #usines, même si l’#emploi_industriel progresse
    https://www.banquedesterritoires.fr/la-france-se-remet-perdre-des-usines-meme-si-lemploi-industriel

    L’#industrie continue de créer des emplois en 2019, même si le rythme est un peu moins élevé qu’en 2017 et 2018. C’est ce qu’indique l’étude de Trendeo publié ce 27 février 2020. Le solde net des créations et suppressions d’emplois pour l’année 2019 est ainsi positif et s’établit à 51.644, tous secteurs confondus. 2019 reste l’une des trois meilleures années en termes de créations d’emplois nettes depuis 2009.
    Si l’emploi industriel reste positif, en revanche, les usines repassent en négatif en 2019, selon Trendeo, qui confirme ses récentes mises en garde. La France a ainsi perdu 12 usines l’an dernier. Le solde des ouvertures et fermetures d’usines était pourtant redevenu positif depuis 2016, après une décennie dans le rouge faisant suite à la crise de 2008. « Il y a de plus en plus d’emplois industriels mais ils sont le fait d’extensions d’usines », explique à Localtis David Cousquer, créateur et gérant de Trendeo. Une tendance qui semble s’installer dans la durée. Entre 2009 (date à laquelle Trendeo a commencé son décompte) et 2019, le solde d’ouvertures et de fermetures est positif en Provence-Alpes-Côte d’Azur (10), Occitanie (9), Guadeloupe et Guyane (1). Mais le Grand Est, les Hauts-de-France et le Centre-Val de Loire sont marqués par une forte désindustrialisation, avec respectivement 121, 110 et 87 usines en moins en dix ans.

  • La révolution sera féministe

    Une création de Charlotte Bienaimé
    Un podcast à soi Un podcast à soi — Numéro 9

    Femmes en lutte dans l’Histoire, à #Carrefour et sur la #ZAD

    https://www.arteradio.com/son/61660140/la_revolution_sera_feministe_9

    « C’est chaque fois les femmes qui s’excusent, jamais les mecs, ou très peu. Il faut que j’arrête de m’excuser de prendre la parole et me sentir légitime de le faire. »

    Juste nécessaire contrepoint en ce moment :)

    #Féminisme #féminisme_en_lutte #facilitations #lutte #chansons_de_lutte #ni_dieu_ni_mec #radio

  • #Cinturini

    Semo de Cinturini
    lasciatece passa’,
    semo belle e simpatiche
    ce famo rispetta’.

    Matina e sera, ticchetettà,
    infinu a sabadu ce tocca d’abbozza’
    matina e sera, ticchetettà,
    infinu a sabadu ce tocca d’abbozza’.

    Quanno fischia la sirena
    prima innanzi che faccia jiurnu,
    ce sentite atturnu atturnu
    dentro Terni da passa’.

    Matina e sera, ticchetettà [...]

    Quanno a festa ce vedete
    quanno semo arcutinate
    pe’ signore ce pijate
    semo scicche in verità.

    Matina e sera, ticchetettà [...]

    Se quarcunu che se crede,
    perché semo tessitore,
    ma se noi famo all’amore
    lo facemo pe’ scherza’.

    E se ce dicono, tant’accuscì,
    je dimo squajatela, pe’ me tu poli jì
    e se ce dicono, tant’accuscì,
    je dimo squajatela, pe’ me tu poli jì

    Version chantée par #Lucilla_Galeazzi :
    https://www.youtube.com/watch?v=T3Oafe5bDo4

    Le sens de la chanson :

    Chanson des ouvrières d’une usine de sacs de jute (activité très malodorante) près de Pérouse en Ombrie (Italie), qui dit : Nous sommes de Cinturini, laissez-nous passer, nous sommes belles et sympathiques, nous faisons respecter / Matin et soir, tiketeka (son de la machine à coudre) jusqu’au samedi on doit s’y résigner / Quand sonne la sirène, avant même qu’il ne passe jour, notre odeur se sent partout dans la ville de Terni / Quand vous nous voyez à la fête et que nous sommes bien propres, vous nous prenez pour des dames, nous sommes chic en vérité / Si certains se la jouent parce que nous ne sommes que des couturières, lorsque nous faisons l’amour (avec eux) c’est pour nous amuser (à leur dépens) / Et s’ils nous disent des méchancetés, on leur dit « cassez-vous, parce que pour nous c’est vous qui puez ! »…

    #femmes #chanson #chanson_populaire #classe_ouvrière #ouvrières #histoire #usines #Italie

    ping @sinehebdo

  • #CANNES 2019 - « On va tout péter » - Rage Against the capitalisme - Maze Magazine
    https://maze.fr/2019/05/cannes-2019-on-va-tout-peter-rage-against-the-capitalisme

    Quelle soit nichée dans les commissariats et les halls d’immeubles en France ou au fin fond d’un désert brésilien imaginaire, la colère des cinéastes face à l’injustice sociale anime la plupart des projections cannoises, en ce début d’édition. Un cinéma de combat qui ne se résout pas à accepter la lente mais profonde fracture sociale frappant les 98 % de la population. Épousant la cause de femmes et d’hommes dépendant de la la procédure de liquidation judiciaire, Kowalski a passé jour et nuit avec ces compagnons de la dernière chance. Ce n’est pas forcément leur statut social qui passionne le cinéaste, mais le noble combat qu’ils mènent pour ne pas être mis à la marge, ne pas tomber dans l’oubli.

    #usines #GM&S #cinéma (de combat)

  • Automobile. Les GM&S remportent une bataille symbolique | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/automobile-les-gms-remportent-une-bataille-symbolique-648693

    Les ex-salariés de l’équipementier de La Souterraine (Creuse) ont obtenu, hier, l’annulation de l’homologation du plan de 157 licenciements.

    Une victoire pour la forme. C’est ce qu’ont obtenu, hier, les ex-salariés de GM&S, qui avaient déposé un recours contre la décision de la Direccte de Nouvelle-Aquitaine d’homologuer le PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) de l’équipementier automobile de La Souterraine (Creuse), actant 157 licenciements. Suivant les demandes du rapporteur public, le tribunal administratif de Limoges a en effet estimé que « la motivation de la décision de l’administration ne faisait pas figurer les éléments essentiels de l’examen de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi sur la régularité de la procédure d’information et de consultation des instances représentatives du personnel ». L’administration du travail dispose donc d’un délai de quinze jours pour prendre une nouvelle décision, mieux motivée. Et doit s’acquitter du versement de 600 euros au comité d’entreprise et 600 euros à la CGT au titre des frais de justice. Conformément à la loi Macron de 2015, ce jugement n’a donc pas pour conséquence d’annuler le plan social, et n’entraîne ainsi pas de versement d’indemnités aux ex-salariés.

    Cette décision de justice remet néanmoins le projecteur sur la situation des 157 licenciés et des 120 ex-GM&S repris par GMD qui tardent toujours à voir les maigres engagements de leurs donneurs d’ordres, PSA et Renault, se matérialiser. En effet, quatre mois après la reprise du site, l’usine tourne toujours au ralenti. « Le chiffre d’affaires mensuel est en moyenne de 167 000 euros par mois, alors qu’il devrait être de plus de 2 millions… et toujours pas de visibilité sur l’avenir et les investissements », dénonçait la CGT dans un communiqué, début janvier. Le syndicat y réclamait, en outre, l’embauche de 50 salariés, une diversification de la production pour réduire la dépendance à Renault et PSA, une indemnité supra- légale pour les salariés licenciés et que « les donneurs d’ordres soient responsabilisés » quant aux conséquences sociales du PSE, notamment en finançant les entreprises qui reprendraient des salariés licenciés. Les représentants du personnel ont en outre demandé une audience à Nicole Notat et Jean-Dominique Sénard, en charge de la mission Entreprise et intérêt général, « afin d’alimenter (leur) travail sur les évolutions législatives nécessaires pour instituer une véritable responsabilité sociale des entreprises », expliquent les élus du personnel.

    Loan Nguyen

    #GM&S #licenciements #usines #luttes_syndicales #CGT

    #Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, du commerce, du travail et de l’emploi) : l’info-propagande du gouvernement se trouve ici :
    http://direccte.gouv.fr

    • Pour les soutenir, cette pétition :

      Aux arbres citoyens ! Aidez les forestiers à défendre VOS FORETS
      SNUPFEN Solidaires, le 12 décembre 2017
      https://www.change.org/p/aux-arbres-citoyens

      La forêt est un bien commun de l’humanité, qui nous précède et nous survit.

      En France, les forêts publiques sont des espaces où se côtoient les activités économiques et la vie sauvage, et où chacun peut se ressourcer, courir, rêver... De véritables « laboratoires à ciel ouvert » du fameux « développement durable » !

      Cette harmonie est encore de nos jours garantie par l’Etat.

      Mais depuis 2002, les gouvernements successifs, en imposant une privatisation rampante de l’Office National des Forêts (ONF), en subordonnant son activité aux appétits de la grosse industrie forestière et même de la spéculation sur la biomasse, mettent VOS forêts en coupe réglée !

      Depuis cette date, les forestiers de l’ONF, avec l’aide de leurs syndicats, se battent sans relâche pour faire entendre leur détresse : dizaines de manifestations, de pétitions, organisation de débats publics, centaines de jours de grève, résistance quotidienne…

      Vos forestiers et vos forêts sont encore debout ! Mais la société toute entière doit se soulever !

      Contre la surexploitation des forêts publiques françaises,

      Je soutiens les agents publics de l’ONF, gardiens des forêts,

      Je soutiens leur PROJET DE CONTRAT ALTERNATIF POUR LA GESTION DES FORETS PUBLIQUES !

      #Musique #Musique_et_politique

  • Pollution : la Chine défigurée
    http://www.parismatch.com/Actu/International/Pollution-la-Chine-defiguree-1339097

    Le photographe de 56 ans est un obstiné. Depuis une décennie, il consacre toute son énergie à dénoncer le fléau de la #pollution. Il veut montrer la #mort à l’œuvre chez les habitants, cette tragédie que le pays a longtemps considérée comme un simple dommage collatéral du « miracle chinois ». Alors il continue ses repérages aux abords des #usines, étudie chaque plaine, chaque cours d’eau. Note les allées et venues autour des usines et l’emplacement des caméras de surveillance, se fait des alliés parmi les agriculteurs et les pêcheurs du coin. L’investissement est énorme ; le risque, encore plus. Les autorités voient d’un mauvais œil son activisme. Sans parler des dirigeants des exploitations. Il a été poursuivi en voiture, placé en garde à vue… « On a souvent voulu me confisquer mon appareil, je me suis parfois fait rouer de coups, confie-t-il. Mais, jusqu’à présent, rien de grave ne m’est arrivé. » A la suite de ses publications, l’eau courante a été amenée dans certains quartiers, des villages entiers ont été déménagés dans des lieux plus sûrs. Le photographe a la foi de ceux qui pensent qu’une image peut aider à changer le monde. Et la lucidité de ceux qui savent que, face à la tentation du profit, rien n’est jamais acquis.

  • Le cinéaste Hervé Le Roux est mort
    https://projection-publique.com/2017/07/28/le-cineaste-herve-le-roux-est-mort

    C’est une nouvelle infiniment triste que l’annonce de la mort d’Hervé Le Roux. Pour ceux qui ont connu son humour, sa délicatesse, son attention aux autres, sa curiosité du monde et des films. Pour ceux qui, même sans l’avoir rencontré, ont lu ses critiques toujours si fines et stimulantes, dans les Cahiers du #cinéma des années 1980. Mais, au-delà, parce que cette disparition est à la fois un symptôme, et l’ombre portée d’une autre disparition, qu’il avait racontée mieux que personne.

    Le symptôme est celui d’une difficulté à créer, à expérimenter, qui existe aussi dans ce pays. Hervé Le Roux était cinéaste, et s’il n’a signé que trois films entre ses débuts en 1993, avec Grand Bonheur, et sa mort à 59 ans, ce 28 juillet, c’est que contrairement à une idée trop répandue, il reste difficile de faire des films dans ce pays dès lors qu’on sort des sentiers battus.
    (...)
    L’autre raison, celle pour laquelle Hervé Le Roux aura connu une éphémère reconnaissance, concerne son deuxième film, le grand documentaire qu’il aura réalisé entre ses deux fiction, Grand Bonheur et On appelle ça… le printemps (2001). En 1996, #Reprise inventait une inoubliable enquête, à partir de Reprise du #travail aux #usines #Wonder, le film réalisé en juin 1968 par Jacques Willemont.

    Dans ce court métrage dont Jacques Rivette a pu dire que c’était le seul grand film de #Mai_68, on voyait et on entendait une jeune femme ouvrière chez Wonder crier sa fureur et son désespoir de l’échec de la grève, son refus de rentrer la tête basse, entre les contremaîtres et les permanents syndicaux exhortant à la reprise du travail. Belle et sauvage, vibrante de vie et de colère.

    #syndicat

  • Au programme (3). #industrie, la fin des promesses
    https://www.mediapart.fr/journal/france/120417/au-programme-3-industrie-la-fin-des-promesses

    Dans l’usine Alston de Reichshoffen (Bas-Rhin), en décembre 2016. © Reuters Tout au long de la campagne, les #candidats se sont faits discrets autour des #usines en difficulté. Leurs programmes sont à l’image de cette timidité : ils semblent avoir acté que les politiques n’ont plus de marge de manœuvre pour sauver l’industrie française.

    #France #campagne_présidentielle_2017

  • Grève. Premier débrayage depuis 15 ans dans les ateliers Vuitton

    Mercredi matin une partie des « petites mains » des ateliers de #maroquinerie Louis Vuitton (groupe LVMH) a cessé de travailler durant une heure pour réclamer une « hausse des #salaires digne ». Le groupe a pourtant enregistré des records de ventes en 2016.

    Ce n’était pas arrivé depuis plus d’une décennie. L’ensemble des #syndicats (FO, CFDT, CFTC et CGT) ont appelé les salariés à se rassembler ce matin, de 7 h 30 à 8 h 30 devant les unités de production françaises, à la veille d’une dernière séance de négociation annuelle sur les salaires.

    http://www.ouest-france.fr/economie/commerce/luxe/greve-premier-debrayage-depuis-15-ans-dans-les-ateliers-vuitton-4908215

    L’industrie du luxe « made in France » se réjouit de l’élection et du programme économique de Trump. A lire en complément, cet article de janvier 2017 :

    Pour le secteur du luxe, le début 2016 a été compliqué à cause du ralentissement chinois, de la morosité du marché américain et de la baisse des flux touristiques en Europe à la suite des attentats. Mais nombre d’analystes voient la demande s’accélérer en 2017 à la faveur de l’amélioration du moral des consommateurs en Chine, du programme de baisses d’impôts massives de Donald Trump aux États-Unis, du rebond des dépenses en Russie et au Moyen-Orient grâce au redressement des cours du pétrole.

    Après avoir rencontré le nouveau président des États-Unis, début janvier, le PDG de #LVMH Bernard #Arnault a estimé que la politique économique qu’entend mener Donald #Trump comportait « beaucoup plus d’éléments positifs que d’éléments négatifs ». « Un certain nombre de mesures qui sont prises, (comme) la baisse des impôts, la baisse des réglementations, l’augmentation des grands travaux, c’est quand même extrêmement porteur . » Et d’ajouter : « En plus, la plupart des gens qui ont été nommés au plan économique sont de grands professionnels, donc des bons banquiers dans ces positions-là, ça devrait marcher, voilà mon avis. » Les #États-Unis sont le premier marché mondial de LVMH, représentant 27 % de ses ventes 2016. Lors de cette rencontre, Bernard Arnault avait évoqué la possibilité d’ouvrir de nouvelles #usines « en Caroline et au Texas ».

    http://www.ouest-france.fr/economie/commerce/luxe/lvmh-des-resultats-records-en-2016-expliques-en-cinq-mots-4763090

    #luxe #Louis_Vuitton #travail #grève

  • Les 700.000 #ouvriers invisibles des #usines à #colis françaises | StreetPress
    http://www.streetpress.com/sujet/1484676734-ouvriers-invisibles-des-usines-colis-francaises

    Taisez-vous et bossez !

    Ces grands hangars pourraient fonctionner de manière artisanale, mais les nouvelles technologies les ont transformés depuis une dizaine d’années. L’outil informatique organise, catégorise, contrôle et impose un scénario de travail aux ouvriers.

    C’est la même chose que dans les call centers où la personne suit tout le schéma de conversation sur son ordinateur, selon ce que lui répond le client.

    Un #taylorisme, version #numérique

    Le préparateur de commande reçoit les informations d’une voix numérique dans son casque qui lui dit point par point ce qu’il doit faire. C’est du taylorisme version numérique ! Il évolue dans une bulle au sein de son lieu de travail et n’a plus besoin de poser de question ou de discuter avec un collègue, encore moins de travailler en équipe. Dès qu’il prononce un mot, comme un « bonjour », la machine l’entend et rétorque : « Répétez, ce mot n’est pas compris »…

  • Sur la nature sauvage des enfants & « Scolariser le monde » (par Carol Black) – Le Partage
    http://partage-le.com/2016/12/sur-la-nature-sauvage-des-enfants-scolariser-le-monde-lecole-arme-de-des

    Au début du 20ème siècle, les théoriciens de l’#éducation étaient assez transparents sur le fait qu’ils concevaient des #écoles en vue d’adapter les #enfants au nouvel ordre industriel. Ces #pédagogues soutenaient que les enfants devaient perdre leur nature sauvage « primitive » et développer des manières « civilisées » telles que la ponctualité, l’obéissance, l’ordre et l’efficacité. En 1898, Elwood P. Cubberley, doyen de L’école d’#enseignement et éducation à l’Université de Stanford, déclare que :

    « Nos écoles sont, dans un sens, des #usines, dans lesquelles les matériaux bruts – les enfants – doivent être façonnés en produits… Les caractéristiques de fabrication répondent aux exigences de la #civilisation du 20ème siècle, et il appartient à l’école de produire des élèves selon ses besoins spécifiques. »

    Dans les esprits de ces architectes de l’éducation moderne, « L’Enfant », « Le Sauvage » et « La Nature » étaient des concepts équivalents ; ils représentaient tous quelque chose d’intrinsèquement déviant, bestial, informe. « La Nature », affirme William Torrey Harris, Commissaire à l’Education de 1889 à 1906 aux Etats-Unis, est « l’exact antithèse » de la « nature de l’homme d’esprit ». Il précise :

    « Hors de l’état sauvage, l’homme s’élève en se créant de nouvelles natures, les unes sur les autres ; il matérialise ses idées en institutions, et trouve dans ces mondes idéaux sa demeure réelle et sa vraie nature. »

    L’objet de l’école, en d’autres termes, était d’élever les enfants hors de leur état naturel (qui était, du point de vue de M. Harris, « totalement vicieux ») et de les entraîner à prendre leur place dans le grand projet humain de « #subordination du monde matériel à son usage ». Comme l’explique Harris, « On classait les nations et les peuples du monde… selon le degré auquel ils avaient achevé cet idéal de l’humanité ». Les cultures qui ne voyaient pas les choses ainsi étaient confrontées à un choix : « adopter notre culture et devenir intellectuellement productives ou disparaître. Voilà le jugement prononcé par les Anglo-Saxons sur les races inférieures ».

    Nous avons oublié qu’il s’agissait de la vocation initiale (de la raison d’être) des institutions-usines dans lesquelles la plupart d’entre nous avons grandi ; nous parlons de notre expérience personnelle de l’école comme s’il s’agissait d’une composante naturelle, d’un élément naturel et essentiel de l’enfance humaine, et non pas de ce qu’elle est réellement : une expérience extrêmement récente d’ingénierie sociale menée à grande échelle. Mais le passé, comme l’a brillamment exprimé Faulkner, n’est jamais mort ; il n’est pas même passé. Ces objectifs originels, comme John Taylor Gatto le souligne, ont été imbriqués avec tant d’efficacité dans la structure de l’enseignement moderne – avec ses systèmes sous-jacents de confinement, de contrôle, de standardisation, d’évaluation et de poliçage – qu’ils s’accomplissent aujourd’hui sans même que nous en ayons conscience et sans notre consentement.

  • China Is Building a Robot Army of Model Workers
    https://www.technologyreview.com/s/601215/china-is-building-a-robot-army-of-model-workers/#/set/id/601326

    Despite the huge challenges, countless manufacturers in China are planning to transform their production processes using robotics and automation at an unprecedented scale. In some ways, they don’t really have a choice. Human labor in China is no longer as cheap as it once was, especially compared with labor in rival manufacturing hubs growing quickly in Asia. In Vietnam, Thailand, and Indonesia, factory wages can be less than a third of what they are in the urban centers of China. One solution, many manufacturers—and government officials—believe, is to replace human workers with machines.

    Gerald Wong, CEO of CIG, is developing an automated electronics factory.
    The results of this effort will be felt globally. Almost a quarter of the world’s products are made in China today. If China can use robots and other advanced technologies to retool types of production never before automated, that might turn the country, now the world’s sweatshop, into a hub of high-tech innovation. Less clear, however, is how that would affect the millions of workers recruited to China’s booming factories.

    #Chine #Robots #usines

  • http://anosamis.hautetfort.com/archive/2016/01/16/nous-sommes-les-enfants-de-demain-5745497.html

    Ils ont fait un musée à la gloire des souterrains dans lesquels nous crevions, planté des arbres en lieu et place des bâtiments mais l’odeur est restée. Vous pourrez toujours essayé de nous oublier, le sol est rempli de nos cadavres et vos belles plantent vertes les recrachent.

    #révolte #insurrection #politique #France #élections #usines #mines #ouvriers #blog #anarchie

  • #revue : Revue géographie de l’Est
    Les #lieux de la #ville, processus de fabrication de la ville et #pratiques_habitantes

    1Le présent numéro de la Revue Géographique de l’Est est issu du colloque Les lieux de la ville, qui s’est tenu à Nancy en octobre 2013. Ce colloque est né du souhait de faire travailler ensemble des chercheurs de différentes disciplines sur cet objet souvent commun, et bien difficile à cerner, qu’est la ville. Ainsi, géographes, sociologues et architectes s’interrogent sur la ville, désormais ancrée dans le contexte de l’urbain, et l’approchent avec des méthodologies variées, mais parfois partagées. Comment les uns et les autres abordent-ils cet objet ?

    http://rge.revues.org/5192
    #urban_matters
    cc @reka

    Sommaire

    Cécile Fries-Paiola et Axelle De Gasperin
    Introduction : Les pratiques habitantes au cœur de la recherche contemporaine sur les « lieux de la ville » [Texte intégral]
    Dominique Billier
    Les #Usines_Bertheau, une expérience sociale et urbaine en Île-de-France [Texte intégral]
    The Bertheau’s factories, a social and urban experiment in Île-de-France
    Die Bertheaus Fabriken, ein soziales und städtisches Experiment in Île-de-France
    François Valegeas
    Un « nouvel art de vivre ensemble » : quelles expérimentations sociales dans les quartiers dits durables ? L’exemple du quartier #Beauregard à #Rennes [Texte intégral]
    A "new art of living together" : which social experiments in sustainable neighborhoods ? The example of Beauregard district in Rennes
    Ein « neues Modell des Zusammenlebens » : welche sozialen Erprobungen in sogenannten nachhaltigen Stadtvierteln ? Das Beispiel des « Beauregard » Viertels in Rennes
    Sylvie Clarimont et Kildine Leichnig
    La perception des espaces publics de #nature. Paroles d’élus et d’usagers du Parc naturel urbain palois [Texte intégral]
    Perceptions of nature public spaces ? Mayors, residents and visitors speaking about riverbanks of Pau
    Wahrnehmung von öffentlichen Naturräumen : Bürgermeister, Anwohner und Besucher sprechen über die Flussufer in der Stadt Pau
    Xavier Desjardins et Antoine Fleury
    Les espaces publics dans les territoires de densités intermédiaires : conceptions, usages et potentialités [Texte intégral]
    Public spaces in intermediate density areas : design logics, uses and potential
    Öffentliche Räume in zwischenverdichteten Gebieten : Planungskonzepte, Nutzungspraktiken, Potenziale
    Najet Mouaziz-Bouchentouf
    Le #logement_social à #Oran. Conception, usages et ébauche d’évaluation [Texte intégral]
    How to estimate the social housing after half a century of construction in Oran ?
    Gestaltung, Nutzung und Auswertung der sozialen Wohnungen in Oran
    Valérie Lebois
    Entre le #logement et la #rue, des espaces ambigus ouverts à un processus de production plurielle [Texte intégral]
    Between the housing and the street, ambiguous spaces opened to various production processes
    Zwischen der Wohnung und der Strasse, zweideutige Raüme verschidene Produktionprozessen
    Hassina Imerzoukene Driad, Philippe Hamman et Tim Freytag
    La #mobilité des personnes âgées dans le « #quartier_durable » de #Rieselfeld à #Fribourg-en-Brisgau [Texte intégral]
    Mobility of elderly people in the "sustainable neighborhood" of Freiburg-Rieselfeld
    Mobilität älterer Menschen im "nachhaltigen Quartier" Rieselfeld in Freiburg im Breisgau
    Thibaut Besozzi
    Appropriation de l’#espace_public urbain : entre aménagements et vécus quotidiens d’un #centre_commercial [Texte intégral]
    Appropriation of the urban public place : between arrangements and daily real-life experiences
    Aneignung vom öffentlichen städtischen Raum : Einrichtung und alltägliche Nutzung

  • Le #patrimoine_industriel. Entre #mémoire des lieux et #marketing de la mémoire

    Que devient le bâti des anciennes #usines ? Un « patrimoine industriel » soumis à la logique marchande, un « produit » que sa nouvelle dimension idéelle réduit à être le vecteur d’une #identité territorialisée sur un marché de « #biens_culturels ». En fonction du choix opéré pour valoriser le site — reconversion pour accueillir le siège des entreprises, ou transformation en musée ou autre lieu de mémoire, ou même en parc de tourisme et de loisirs —, la communication rend vie à un passé nécessairement simplifié, avec des raccourcis et des oublis.
    Les contributions de notre dossier se concentrent sur une question centrale : la part que joue l’histoire sociale dans la réinterprétation et la #représentation des lieux sauvegardés à l’intention du grand public. Le but est de mieux comprendre les critères qui motivent le choix des sites et des objets à « patrimonialiser » et de montrer quelle vision de l’histoire ce #patrimoine est censé transmettre.

    http://www.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2014-2.htm