#utopique

  • Comment changer le cours de l’#histoire | Eurozine
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    Depuis des siècles, le récit expliquant les origines de l’#inégalité sociale est simple. Pendant la plus grande partie de leur histoire, les hommes vécurent dans des petits groupes égalitaires de #chasseurs-cueilleurs. Puis vint l’#agriculture, accompagnée de la #propriété privée, puis la naissance des #villes signifiant l’émergence de la #civilisation à proprement parler. Si la civilisation eut bien des aspects déplorables (les guerres, les impôts, la bureaucratie, la patriarchie, l’esclavage, etc.), elle rendit également possibles la littérature écrite, la science, la philosophie et la plupart des autres grands accomplissements humains.

    Tout le monde, ou presque, connaît les grandes lignes de cette histoire. Depuis l’époque de Jean-Jacques #Rousseau, au moins, elle a informé notre conception de la forme générale et de la direction de l’histoire humaine. Cela est d’autant plus important que ce #récit définit dans le même temps ce que nous percevons comme nos possibilités #politiques. La plupart d’entre nous considère la civilisation, et donc l’inégalité, comme une triste nécessité. Certains rêvent du retour à un #passé #utopique, de la découverte d’un équivalent industriel au “#communisme primitif” ou même, dans les cas les plus extrêmes, de la destruction complète de la civilisation et du retour à une vie de cueillette. Personne, cependant, ne remet en cause la structure élémentaire de cette histoire.

    Et pourtant, ce récit est fondamentalement problématique.

    Car il n’est pas vrai.

    • Pfiou je viens enfin de finir cet article de vulgarisation de l’actualité des connaissances archéo-anthropologiques (oui ça fait deux semaines que je le lis en plusieurs fois…). Il est vraiment super important, je trouve !

      Le premier pavé dans la mare sur notre liste concerne les origines et l’étendue de l’agriculture. La vision selon laquelle celle-ci a constitué une transition majeure dans les sociétés humaines ne repose plus sur aucun fondement solide. Dans les parties du monde où plantes et animaux furent d’abord domestiqués, il n’y eut en fait aucun “revirement” discernable du Cueilleur du Paléolithique à l’Agriculteur du Néolithique. La “transition” entre une vie reposant essentiellement sur des ressources sauvages à une autre fondée sur la production alimentaire s’étendit spécifiquement sur quelque chose comme trois mille ans. Alors que l’agriculture mit au jour la possibilité de concentrations de la richesse plus inégales, dans la plupart des cas, ceci ne commença que des millénaires après ses débuts. Entre les deux périodes, des individus dans des zones aussi retirées que l’Amazonie et le Croissant fertile du Moyen-Orient s’essayaient à l’agriculture pour voir ce qui leur convenait, une “agriculture ludique” si l’on veut, alternant annuellement entre les modes de production, autant qu’ils allaient et venaient en matière de structures sociales.

      […]

      Selon toute évidence, cela n’a plus aucun sens d’utiliser des expressions comme “la révolution agricole” lorsque l’on traite de processus aussi démesurément longs et complexes. Comme il n’y eut pas d’État semblable à l’Éden, à partir duquel les agriculteurs purent démarrer leur marche vers l’inégalité, il y a encore moins de sens à parler de l’agriculture comme ce qui donna naissance aux rangs et à la propriéte privée. S’il y a une chose à dire, c’est que c’est parmi ces populations – les peuples du “Mésolithique” – qui refusèrent l’agriculture pendant les siècles de réchauffement de l’Holocène précoce, que l’on trouve une stratification s’enracinant progressivement

      […]

      Dans au moins certains cas, comme au Moyen-Orient, les premiers agriculteurs semblent avoir consciemment développé des formes alternatives de communauté, pour accompagner leur mode de vie de plus plus intensif en travail. Ces sociétés néolithiques semblent remarquablement plus égalitaires lorsqu’on les compare à celles de leurs voisins chasseurs-cueilleurs, avec une hausse spectaculaire de l’importance économique et sociale des femmes, clairement reflétée dans leur vie rituelle et leurs arts

      […]

      Ces découvertes récentes montrent combien nos connaissances de la distribution et de l’origine des premières villes sont faibles, et combien aussi ces villes sont beaucoup plus vieilles que les systèmes de gouvernement autoritaire et d’administration par l’écrit que nous supposions jusqu’alors nécessaires à leur fondation. Et dans les centres mieux établis de l’urbanisation – la Mésopotamie, la vallée de l’Indus, le bassin de Mexico – il y a de plus en plus de preuves que les premières villes étaient organisées selon des règles consciemment égalitaires, les conseils municipaux conservant une autonomie significative par rapport au gouvernement central. Dans les deux premiers cas, les villes avec des infrastructures civiques sophistiquées fleurissaient pendant plus d’un demi-millénaire, sans aucune trace de sépultures et monuments royaux, sans grandes armées ou autres moyens de coercition à grande échelle, ni indice d’un contrôle bureaucratique direct sur la vie de la plupart des citoyens.

      […]

      Les cités égalitaires, même les régions confédérées, sont des lieux communs historiques. Ce que ne sont pas les familles et ménages égalitaires. Une fois que le verdict historique sera tombé, nous verrons que la perte la plus douloureuse des libertés humaines commença à petite échelle – au niveau des relations de genre, des groupes d’âge et de la servitude domestique – c’est-à-dire le type de relations où la plus grande intimité s’accompagne simultanément des plus profondes formes de violence structurelle. Si nous voulons vraiment comprendre comment il est devenu un jour acceptable pour les uns de transformer la richesse en pouvoir, et pour les autres de se faire dire que leurs besoins et que leurs vies ne comptaient pas, c’est bien là qu’il faudrait regarder. C’est là aussi, prédisons-nous, que le travail, le plus âpre qui soit, de création d’une société libre, devra se dérouler.

      BAM !!!

      #anthropologie #archéologie #vulgarisation #Histoire #préhistoire #structure_sociale #État #inégalité #David_Graeber #David_Wengrow #Rousseau #chasseurs-cueilleurs #agriculture
      critique de #Jared_Diammond et #Francis_Fukuyama entre autre
      @nicolasm :)


  • Fabrice #Nicolino : « Définitivement, je suis un #anarchiste »
    https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2018/12/01/fabrice-nicolino-definitivement-je-suis-un-anarchiste_5391161_4497916.html

    Des Luddites à Elisée Reclus, j’ai un profond respect pour ce #mouvement qui est l’histoire des vaincus. #Utopique et illusoire, certes, mais qui dit que la liberté, ça existe, au moins en #rêve.

    Un jour elle débarque avec un nouveau jules, « le gros Manu, alias Bilboquet ». « Plus jeune que mon frère aîné. Un truand grotesque mais il nous a sauvés de la débine. » Il rit : « Une fois, avec sa bande, il pique un camion de cafés Legal. Il y en avait partout à la maison, ça servait de pieds aux lits qui se déglinguaient. Il n’arrivait pas à l’écouler. Jusqu’au jour où il tombe sur un type qui lui achète cash tout ce qui reste. Champagne ! C’était un flic. Ils se sont tous fait serrer. »

    Chez les Nicolino, des histoires il y en a. Et même un fusil chargé au cas où l’ex-beau-frère qui a menacé sa sœur pointe son nez… C’est alors que la politique débarque comme une « explication consolante » dans la vie de l’adolescent. « Pour moi : un bonheur ineffable. Parce que jusque-là, je ne comprenais rien à ce qui nous arrivait. La pauvreté, la violence, le sort de mon père, ou pourquoi ma mère allait voir des voyous : tout devenait clair. Des explications sur mesure – la rébellion à l’ordre social – et des amis à travers le monde. Et puis cela s’accompagnait d’une exigence intellectuelle qui m’élevait au-dessus de ma classe. »

    Il a le rire tonitruant, le regard tendre, la voix qui porte. Il a grandi en banlieue. « Au 122. » Le 122, Grand-Rue, à Villemomble (Seine-Saint-Denis), une HLM dans une banlieue paumée. Son père est ouvrier estampeur. Militant communiste. Cinq enfants. Fabrice est le quatrième. « Un gourbi. Murs en carton-pâte. Tout le monde sait tout sur ses voisins. De ces histoires ! » Son père meurt à 49 ans, lui n’en a que 8. « On a plongé du prolétariat au sous-prolétariat. Des années d’effroi social. On achetait “à croum” – à crédit – en attendant les allocs. On avait la honte quand on nous envoyait chez la mère Noëlle, l’épicière. C’est pour ça que j’ai une certaine tendresse pour les “gilets jaunes”, je ressens le mépris de classe. Or, qui a voulu la bagnole ? Le diesel ? Les mégalopoles ? Les villes nouvelles ? »

    Un tour au PSU, puis « la Ligue » – les trotskistes –, il y restera six ans. Il aime en découdre : « Je me suis battu contre des fascistes, des staliniens, et accessoirement des flics. Je voulais certes mettre le feu au monde, mais pour que tout le monde en profite. »


  • Demain, des meubles robotiques ? - CNN
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/97047732615

    CNN revient sur les Roombots de l’EPFL, des robots modulaires et adaptatifs qui s’assemblent et s’auto-organisent pour créer des meubles, se transformant ainsi à volonté, de bureau en table, de lit en fauteuil… L’objectif est de créer des meubles qui peuvent être réutilisés de multiples façons explique Auke Ijspeert, le directeur du Laboratoire de biorobotique, nous plongeant dans un environnement qui peut changer de forme et de fonctionnalité à volonté. 

    #robotique #habitat