reconnaît qu’elle a drôlement de la chance d’être devenue complètement anhédonique et apathique, parce que n’avoir plus aucun désir d’aucune sorte est la meilleure (pour ne pas dire la seule) façon de ne pas les prendre pour la réalité.
Quel dommage que ça n’ait pas été comme ça depuis le début ! Quoique… est-elle sûre que ça ne l’était pas ? À bien y réfléchir il lui semble qu’elle s’est toujours fait refourguer des envies qui n’étaient pas les siennes, elle s’est fait refourguer des envies « parce qu’il fallait en avoir », c’était comme ça, c’était « normal », il fallait manger, boire, dormir, dire bonjour, trouver des choses belles, convoiter ceci ou cela — n’importe quoi eût d’ailleurs fait l’affaire, on n’aurait pas été très regardant·e à son égard. Mais elle elle s’en fichait, elle ne s’enthousiasmait que pour faire plaisir à celleux qui voulaient qu’elle s’enthousiasme, et après tout le monde était persuadé qu’elle avait des passions alors qu’elle ne s’y adonnait que par lassitude et pour qu’on lui fiche la paix — entraînant les échecs cuisants et les errements que ce genre de simulacres implique inévitablement.
Quoi qu’il en soit (ou en coton) désormais elle s’en tamponne, il ne lui reste plus que dix à douze minutes « d’espérance » de vie alors elle ne fait même plus semblant, devant tout ce qui est considéré par autrui comme potentielle tentation elle hausse les épaules et nathaliebaye aux corneilles, un peu comme dans le poème de Tardieu (1) elle ne veut plus rien, ne rêve plus à rien, ne fait plus rien, ne demande plus rien — et d’ailleurs « a’xiste pas », ou en tout cas de moins en moins.
Libre d’être un légume.
Enfin.
#ConfessionsExtimes.
#VanitasVanitatumEtOmniaVanitas.
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(1) « La Môme néant ».