• Harvard s’oppose à Donald Trump, le président américain gèle 2,2 milliards de dollars d’aide à la prestigieuse université
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/04/15/harvard-refuse-de-se-soumettre-aux-injonctions-de-l-administration-trump_659

    Harvard s’oppose à Donald Trump, le président américain gèle 2,2 milliards de dollars d’aide à la prestigieuse université

    La réponse de Donald Trump n’a pas tardé contre l’université accusée de ne pas avoir lutté contre l’antisémitisme, lors des manifestations propalestiniennes après les massacres du 7-Octobre et la guerre dans la bande de Gaza. La plus ancienne université des Etats-Unis est la première à oser un choc frontal contre le président américain, affaibli par ses reculs dans sa guerre commerciale.
    .../...
    « D’ici à août, l’université doit réformer son recrutement des étudiants internationaux afin d’empêcher l’admission d’étudiants hostiles aux valeurs et aux institutions américaines, y compris les étudiants soutenant le terrorisme ou l’antisémitisme », exige l’Etat fédéral. La prise en compte de la diversité et de l’inclusion dans le recrutement des élèves est proscrite et l’université est priée de communiquer tous les documents d’admission à l’Etat fédéral.

    https://justpaste.it/8en30

    • La diversité est proscrite pour les minorités mais exigée pour les prof nuls de droite.

      « L’université devra demander à un organisme externe de procéder à un audit de la diversité des points de vue auprès des étudiants, des professeurs, du personnel et de la direction, de sorte que chaque département soit individuellement diversifié »

      Après ce serait vraiment un « choc frontal » si Harvard revendiquait fièrement les protestations contre le génocide qui s’y sont tenues plutôt que de dire que beaucoup de changements nécessaires ont eu lieu depuis 1 an qui vont dans le sens de l’état fédéral et que ce n’est déjà plus la même université...

    • Réactions sur le gel des aides à Harvard par l’administration Trump (via @politipet sur le Fediverse ; https://piaille.fr/@politipet/114340866874780308) :

      The Harvard chapter of the American Association of University Professors sued the Trump administration Friday over what they call an “unlawful and unprecedented” attempt to use federal funding cuts to restrict free speech.

      The Department of Education announced in late March that it would review $8.7 billion in federal grants and contacts given to Harvard, alleging that the school failed to prevent antisemitic discrimination on campus.

      The Trump administration then unveiled a broad set of demands on April 4 the university must agree to in order to keep getting federal funding, including cutting all diversity, equity and inclusion programming, and modifying any programming and departments that “fuel antisemitic harassment.” The administration gave Columbia University a similar set of demands in March, which the school agreed to.

      The lawsuit by the professors’ group, filed in Massachusetts federal court, alleges that the administration’s federal funding review violates the Title VI of the Civil Rights Act, which prohibits discrimination in programs that receive federal funds. The court filing says the law requires specific procedures to cut federal funds and that the Trump administration has not taken any of those steps.

      The group said in a press release that the administration’s actions are in effort to create a chilling effect among universities and faculty to stop speech that the president does not like.

      “Eliminating discrimination and protecting all students is important,” said Nikolas Bowie, a Harvard law professor and the secretary-treasurer of the school’s AAUP chapter, in a statement. "But Trump is defying the Civil Rights Act, terrifying students, and illegally holding hostage grants for hospitals and scientific research so he can accomplish his real goal of punishing academics for our politics.”

      The lawsuit says that the actions by the administration have “already caused severe and irreparable harm by halting academic research and inquiry at Harvard.”

      This is the second suit that the Harvard AAUP* chapter has filed against the Trump administration this year. The first was a joint suit with other chapters, including one from Columbia, over federal efforts to deport Mahmoud Khalil and students that engaged in Pro-Palestinian activism.

      https://www.wbur.org/news/2025/04/14/harvard-aaup-trump-funding-cuts-lawsuit

      *AAUP : American Association of University Professors

    • Pr. Logos sur le Fediverse à propos de la mise au pas (de l’oie) des universités françaises par notre « cher » ministre chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste :

      Pourquoi Philippe Baptiste a-t-il soudainement mis l’accélérateur sur la LRU 2.0, par les COMP, c’est à dire la liquidation de toute autonomie des universitaires et des chercheurs et la soumission intégrale des sciences et de l’Université au pouvoir politique ?
      Hypothèse (sans preuve)

      Parce que la communauté académique a bougé contre les KeyLabs (victoire), pour Stand Up for Science (immense succès), pour obtenir la suppression du contrôle politique par le Hcéres (victoire à confirmer), et les étudiants bougeottent contre les 3 milliards € de coupes et annulation de crédits.

      Il tente la guerre éclair pour déborder les défenses immunitaires en pensant qu’il n’en a pas forcément pour longtemps au ministère, du fait de la condamnation de la Le Pen (le RN tenant le gouvernement dans sa main). Il veut soumettre l’Université et la recherche avant de donner les clés au RN.

      Il sait qu’il peut compter sur la veulerie des laquais invertébrés de France Universités qui ont décidé ce jour de soutenir cette soumission (chimique) de l’Université au pouvoir politique. Il espère que Stand Up + austérité + Hcéres + etc + cela fasse trop de fronts pour la Résistance.

      Nous avons une chance paradoxale : les attaques aux Etats-Unis ont immensément choqué la communauté universitaire et scientifique. Tout le monde voit (sauf les buraucrates de l’Udice et France Universités) que les COMP livrent l’Université à l’extrême-droite, à poil, et pieds et poings liés.

      Et le milieu académique a renoué avec l’idée qu’elle ait se mettre debout, et même qu’elle peut faire front commun avec les étudiantes et les étudiants.

      Nous sommes dos au mur. Et l’accélérationnisme musko-trumpien est bien là, reconnaissable à son odeur.

      Nous allons nous battre pied à pied.

      (https://piaille.fr/@Pr_Logos/114338206067666297)

      Et aussi :

      #ESR #VeilleESR
      4200 universitaires, chercheurs et praticiens défendent un nouvel horizon pour l’Université et les sciences, contre le ministre, seul, et ses COMP (contrat d’objectifs, de moyens et de performances) qui livrent l’ESR au RN.
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/15/le-haut-conseil-de-l-evaluation-de-la-recherche-et-de-l-enseignement-superie

      Vous pouvez signer cette tribune pour soutenir une recherche et une université autonome vis-à-vis du pouvoir politique (et de tous les pouvoirs) et de la reprise en main accélérationniste en cours ici, dans le temps même où les sciences sont sous attaque aux USA.
      https://rogueesr.fr/tribune-hceres

      (https://piaille.fr/@Pr_Logos/114340619342173033)

    • [Univetsity President] Garber condemned the demands, calling them a political ploy disguised as an effort to address antisemitism on campus.

      It makes clear that the intention is not to work with us to address antisemitism in a cooperative and constructive manner,” he wrote. “Although some of the demands outlined by the government are aimed at combating antisemitism, the majority represent direct governmental regulation of the ‘intellectual conditions’ at Harvard.

      Garber’s response on Monday follows an intense campaign from Harvard faculty and Cambridge residents to resist the Trump administration’s demands.

      On Saturday, nearly 500 Harvard affiliates and Cambridge residents gathered in Harvard Square to urge Garber to resist the demands — a call he appeared to answer on Monday.

      Garber’s Monday email marked the most forceful condemnation yet from any Harvard official against the Trump administration’s now months-long campaign against the University.

      In the lead-up to the funding review, Garber had tried to quietly walk a middle road between federal pressure and resistance on campus. In March, Harvard ousted personnel at its Center for Middle Eastern Studies, suspended programming focused on Israel and Palestine at the Harvard Divinity School, and terminated its partnership with the oldest university in the West Bank — seemingly a preemptive measure to fend off scrutiny from Washington.

      And while the Trump administration acknowledged the moves as an “expression of commitment” to addressing antisemitism on campus, it was not enough to halt the $9 billion funding review or curb the flow of new demands.

      https://www.thecrimson.com/article/2025/4/15/harvard-denies-trump-demands

    • on est dans le délire le plus total…

      Elie Honig Gobsmacked at White House Letter to Harvard
      https://www.mediaite.com/tv/elie-honig-stunned-when-white-house-admits-it-sent-menacing-letter-to-harv

      Elie Honig Stunned When White House Admits It Sent Menacing Letter to Harvard by Mistake – But Blamed Harvard Anyway : ‘I Mean…’

      The White House admitted on Friday that it mistakenly sent Harvard University a threatening letter that the school’s attorneys subsequently ripped apart in a public rebuke.

      The New York Times published a wild report on Friday evening, stating that the rejection prompted “a frantic phone call from a Trump official.”

      “The April 11 letter from the White House’s task force on antisemitism, this official told Harvard, should not have been sent and was ‘unauthorized,’” two sources told the Times. The letter included a list of demands, including the elimination of diversity, equity, and inclusion programs and the expulsion of pro-Palestine protestors. It also demanded that Harvard guarantee “viewpoint diversity.”

      President Donald Trump threatened to rescind the institution’s tax-exempt status after the university rejected his administration’s demands.

      The Times report included quite the comment from a Trump official, who said Harvard should have called the White House after receiving the letter instead of responding with a letter of its own that it made public.

      “It was malpractice on the side of Harvard’s lawyers not to pick up the phone and call the members of the antisemitism task force who they had been talking to for weeks,” said May Mailman, the White House senior policy strategist. “Instead, Harvard went on a victimhood campaign.”

      On Friday’s edition of The Source, CNN Senior Legal Analyst Elie Honig phoned in to discuss the Times report about the errant letter, which he called “outrageous” and “obviously unconstitutional.” He was also in awe of the administration placing the blame on Harvard:

      Ok, so the White House’s position is, it was malpractice by Harvard to not realize that this letter was so outrageous, it probably wasn’t true. I mean, [inaudible] I think that statement actually just sort of gives away the whole game. Essentially, the argument that we’re hearing there from May Mailman at the White House is, “They should’ve known. They should’ve known there was something wrong. They should’ve picked up the phone and said to us at the White House, ‘Hey guys, this looks like a mistake.’”

      I think it’s pretty obvious where the fault lies, though.

      Honig concluded by wondering what’s next.
      “Now, does the White House withdraw this?” he said. “Or do they sort of decide, ‘Whoops, we’re pot-committed now, and we’re gonna have to have this fight through to the end’?”

  • Julien Gossa : « [#VeilleESR] 904 M€ de crédits supprimés pour la MIRES (Mission Interministérielle Recherche et Enseignement Supérieur) www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORF... » — Bluesky
    https://bsky.app
    https://bsky.app/profile/michelbessiere.cpesr.fr/post/3klym4gm7cs2d

    Plus de 20% des annulations de crédit (2,2Md€) portent sur le programme Écologie, développement et mobilité durables.

    500M€ d’annulations portent sur les dépenses de personnel de l’enseignement scolaire.

    Tout un programme politique.

    Les 15 programmes les plus touchés.

    Le programme 172 (Recherche = CNRS, etc.) arrive en 6e position avec 383M€ annulés.

    Commentaire de Michel Bessière
    https://bsky.app/profile/michelbessiere.cpesr.fr/post/3klym4gm7cs2d

    Dormez braves gens ac la LPR plein de moyens et on va atteindre 3% du PIB pour la recherche
    – 80M€ sur pgm 150 (enseignement supérieur et recherche universitaire)
    – 383M€ sur pgm 172 (recherche)
    – 125M€ sur pgm 231 (vie étudiante)
    – 192M€ sur pgm 193 (recherche spatiale)

  • Trouver Mon Master, Parcoursup des Master : depuis quelques semaines, c’est l’effervescence autour d’un mystérieux projet de nouvelle plateforme de sélection.
    #VeilleESR

    Le contexte : depuis 2016, les facs peuvent (et sauf dérogation, doivent) sélectionner en M1.
    La plupart des facs qui ont essayé d’échapper à cette réforme se sont faites rattraper par le sous-financement : y a pas assez de profs, donc on sélectionne.

    Du coup, c’est la catastrophe, comme à #Nanterre (l’une des univ. les plus sous-dotées) avec le scandale des #SansFacs.
    Et comme ces milliers de drames des #ÉtudiantsSansMaster : l’an dernier, 12 000 étudiant⋅es ont fait un recours après avoir vu tous leurs vœux refusés !

    Heureusement, @VidalFrederique a une solution !
    La ministre vient d’annoncer un grand plan d’investissements pour recruter des enseignant⋅es et accueillir tou⋅tes les étudiant⋅es qui ont le droit de poursuivre en Master.
    Hahahaha, non bien sûr, on rigole !

    Le ministère, donc, modifie #TrouverMonMaster, plateforme initialement créée pour les étudiant⋅es recalé⋅es, pour en fait un #Parcoursup des Masters.
    Faut dire que ça avait si bien marché, Parcoursup.

    Et depuis quelques semaines, les responsables de parcours se voient demander de remonter tout un tas d’infos, en plus des « capacités d’accueil » de chaque formation.
    Tout ça « avant Noël », alors qu’on n’a aucune info fiable pour l’instant... https://education.newstank.fr/article/view/2

    Hier, @ASBarthez a enfin pensé à informer les organisations étudiantes. Un certain nombre de rumeurs ont donc été clarifiées. À commencer par le calendrier de la procédure.
    Voilà donc une réforme majeure, extrêmement technique, impliquant un travail monstre des enseignant⋅es, présentée en novembre pour une publication des textes en décembre, et une mise en place début février ...

    ... On lit même que des concours d’entrée pourraient être mis en place : pour rappel, c’est bien prévu par la réforme de 2016.
    Et voilà le retour du problème central de la sélection en master : elle sert surtout à favoriser quelques formations « d’élite ».

    Le problème, c’est toujours le même : quelques formations sur-financées veulent sélectionner drastiquement, pendant que la masse des masters crève du sous-financement de l’enseignement supérieur.

    On peut bien réformer, jouer les admissions en Master à pierre-feuille-ciseaux ou à la roulette russe, ça ne changera : RIEN.
    Et c’est pour ça qu’il faut :
    – l’abandon de ce projet stupide, bien sûr,
    – mais surtout les financements pour accueillir tout le monde.
    Non ?

    https://twitter.com/AlternativeESR/status/1463615225610047490

    • Parcoursup en master. Vidal se prépare à renforcer la sélection pour les L3
      https://revolutionpermanente.fr/Parcoursup-en-master-Vidal-se-prepare-a-renforcer-la-selection-

      Alors que le Covid a remis sous le feu des projecteurs la précarité structurelle de la jeunesse et a été un facteur d’accélération des dynamiques de sélection sociale en poussant à l’échec les jeunes issus des classes populaires et les étudiants travailleurs, à nouveau le gouvernement s’affirme comme un adversaire de la jeunesse.

      Il est possible de se battre en revendiquant un autre programme, les sans-facs de Nanterre qui luttent pour l’inscription des laissés pour compte de l’université le montrent actuellement. En 2019, nous l’avions également démontré avec Le Poing Levé à Paris 1 en réclamant dans un contexte pandémique la validation de tous et toutes et ce jusque devant les tribunaux. Face à ces attaques la jeunesse doit dès à présent s’organiser pour revendiquer l’abrogation de toutes les réformes de sélection et une augmentation drastique des moyens alloués à l’université qui réponde à l’augmentation du nombre d’élèves et d’étudiants. Il s’agit aussi de revendiquer la titularisation de tous les enseignants précaires, une université véritablement ouverte à toutes et tous, au service des besoins de la majorité et de l’émancipation, à l’opposé du modèle qui nous est proposé aujourd’hui.

      Dans cette optique enfin, nous réclamons un revenu pour les jeunes au moins égal au SMIC revalorisé pour que plus personne n’ait à choisir entre étudier, se loger ou se nourrir et afin que les plus précaires et les étudiants travailleurs ne soient plus exclus des rangs de l’université. Ce programme il faudra le défendre par la mobilisation, sur nos lieux d’études et dans la rue, nous le porterons aussi dans la campagne d’Anasse Kazib aux présidentielles. La jeunesse n’a pas être une variable d’ajustement de leurs politiques austéritaires et libérales. Etudier est un droit, pas un privilège !

      ParcourSup du master : un système automatique et discret d’évacuation des étudiants en surnombre – la faute à l’algorithme.

  • « Bientôt nous ne pourrons plus du tout » : une universitaire répond à #Frédérique_Vidal

    Je suis maîtresse de conférences dans une “petite” université hors des grandes métropoles. Comme la plupart de mes collègues, la plus grande partie de mes heures de travail consiste non pas à enseigner ou à chercher, mais à effectuer des tâches administratives. La mienne est d’être responsable d’une licence dont les enseignant·es sont, en grande majorité, des vacataires ou des contractuel·les.

    En cette semaine de rentrée universitaire à l’ère de la Covid-19, j’ai bossé 75 heures, de 5h à 23h certains jours, pour préparer une rentrée impossible. Aucun moyen humain supplémentaire ne nous a été alloué alors que nous devons, déjà en temps normal, nous surpasser pour tenir le coup. Mais pas de panique : des caméras sont en train d’être installées dans les amphithéâtres : les enseignant·es pourront doubler la capacité de leur cours en enseignant à la fois “en distanciel” et “en présentiel”, en répondant aux questions dans la salle et sur leur ordinateur par chat. Voici la fameuse révolution louée par Frédérique Vidal, car il faut dépasser “les cours magistraux traditionnels, où le professeur lit son cours face à un amphi d’étudiants qui ne posent pas de questions”. Non pas en nous permettant de privilégier les TD en petits groupes plutôt que les CM bondés, non pas recrutant des collègues qui permettront de nous donner plus de temps de suivi individuel des étudiant·es, non pas en nous rendant les heures d’enseignement volées à nos licences au fil des coupes de budget. Non : en mettant les étudiant·es chez eux face à un écran pour suivre les cours. Révolutionnaire comme pratique pédagogique ! Au passage, Frédérique Vidal nous insulte tou·tes et montre sa dangereuse méconnaissance de la réalité : cela fait bien longtemps qu’on a remisé l’image d’Épinal d’un·e mandarin·e monologuant face des étudiant·es qui prennent des notes sans lever la tête. Si la ministre veut voir de vraies “innovations”, qu’elle assiste donc à nos cours et découvre nos pratiques pédagogiques.

    Donc cette semaine, en 6 jours, j’ai bossé 75 heures. Il m’a fallu créer des groupes de TD adaptés aux nouvelles capacités de chaque salle et donc refaire les emplois du temps, recruter les 3 enseignant·es qui manquaient pour l’année, arriver à faire payer les vacataires non payé·es l’an dernier, rendre un dossier d’auto-évaluation de la licence pour l’HCERES, former les enseignant·es au numérique, assurer l’organisation et la tenue de 6 réunions de rentrée, faire soutenir 16 étudiant·es de M2 et, accessoirement, donner 8 heures de cours. Je ne parle pas de la recherche, qui redevient un horizon inatteignable : j’y ai consacré les congés d’été, seule période un peu calme où l’on peut se concentrer.

    Si les universités sont “prêtes” pour la rentrée universitaire comme le clame Frédérique Vidal, c’est à quel prix ? Beaucoup de fatigue bien sûr, énormément de culpabilité aussi de ne pas avoir été là pour la rentrée de mes enfants, que je n’ai retrouvé que vendredi soir. Ce sera comme ça tout le mois de septembre, sans doute un peu plus.

    Je ne me plains pas vraiment, parce qu’il y a pire comme boulot, parce que le mien m’apporte encore des satisfactions, parce que participer chaque jour pour à la production et à la diffusion de savoirs c’est bien loin d’être un bullshit job ou un travail aliénant. Parce que je gagne plus de 2000 euros et que, si ce n’est bien sûr pas du tout à la hauteur des salaires des enseignant·es-chercheur·es dans les autres pays européens, je ne galère pas à nourrir mes enfants en fin de mois. Ces 70 heures de travail, je les ai parfois faites le sourire aux lèvres, lorsque j’ai découvert les étudiant·es de première année de licence, lorsque j’ai retrouvé les enseignant·es que j’adore, lorsque j’ai fait soutenir des étudiant·es qui avaient mis tout leur cœur dans leur premier travail de recherche. On le sait, l’amour de notre métier et les bénéfices secondaires qu’il nous procure est aussi ce qui nous perd : nous sommes prêt·es à tout pour que l’université fonctionne.

    Mais quelle colère ! Quelle colère quand je découvre en fin de semaine l’interview de notre ministre Frédérique Vidal qui annonce qu’elle va « créer 30000 places supplémentaires dans les Universités », sans un seul recrutement !
    On fait comment ? Quelle est le secret de ces “places magiques” ? Vraiment, à la fin de cette semaine, la seule chose que je sais c’est que JE NE PEUX PAS FAIRE PLUS. Ce n’est plus possible. Il n’y a plus d’heure de sommeil ou de temps de famille à rogner.

    Attention : je suis bien évidement foncièrement favorable à l’ouverture de places supplémentaires. Je suis pour que tou·tes les bachelièr·es aient accès aux études supérieures, sans la sélection sociale et raciste mise en place par Parcoursup et l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant·es extra-européen·nes. Pour accueillir tous ces étudiant·es, il manque au minimum 60 000 postes d’enseignant·es-chercheur·es et probablement autant pour les personnels administratifs et techniques. Ces personnes sont à nos portes, en attente d’être recruté·es pour assurer ces 35 heures supplémentaires faites en une semaine. Ils et elles sont déjà à la fac, font quelques heures payées au lance-pierre, survivent avec un peu de chômage ou le RSA. Mais Macron nous l’a dit : recruter des enseignant·es “c’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays”. Voici donc 100 milliards d’euros pour les grandes entreprises et même pas quelques miettes pour le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui forme la jeunesse et produit des savoirs essentiels à notre avenir et à notre vie démocratique.

    Nous sommes épuisé·es par tant de mépris. Nous sommes épuisé·es que le gouvernement choisisse cette période où nous sommes à bout de souffle pour faire passer en force – “en procédure accélérée” – une LPPR qui détruit nos statuts et contre laquelle nous avons été en grève partout en France l’an dernier. Nous sommes à bout car tout s’effondre : un bout de bâtiment à l’université de Caen, les conditions de vie des étudiant·es, le volume d’heures dans les formations, la possibilité de produire de la recherche essentielle aux enjeux contemporains, le moral et les corps des collègues. Nos universités accueillent 300000 étudiant·es de plus qu’il y a 10 ans, et nous devons le faire avec moins de travailleur·ses titulaires, dans des bâtiments toujours plus vétustes.
    Tout ne tient plus qu’à un fil, l’université est au bord de l’effondrement.

    Cette rentrée sera plus douloureuse et plus inégalitaire que jamais. Aux exclu·es de Parcoursup vont bientôt s’ajouter celles et ceux qui verront leur université fermer, faute de véritables moyens humains et matériels pour assurer notre sécurité sanitaire à tou·tes et des conditions d’étude acceptables. C’est le service public de l’université et de la recherche que Frédérique Vidal et Emmanuel Macron assassinent.

    Si nos revendication ne sont pas entendues, nous serons des centaines à claquer la porte.
    Nous ne pouvons pas plus.
    Bientôt, nous ne pourrons plus du tout.

    https://universiteouverte.org/2020/09/05/bientot-nous-ne-pourrons-plus-du-tout-une-universitaire-repond-a-

    #ESR #enseignement_supérieur #facs #université #France #alarme #effondrement #tâches_administratives #précarisation #rentrée_2020 #rentrée_impossible #dédoublement_des_classes #moyens #manque_de_moyens #distanciel #enseignement_à_distance #coronavirus #covid-19 #présentiel #enseignement_mixte #pédagogie #travail #conditions_de_travail #colère #mépris #épuisement #témoignage

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