• La vie souterraine de Berlin, entre infrastructure et politique Clarence Hatton-Proulx

    Eau, électricité, gaz : dans Remaking Berlin, Timothy Moss propose une histoire des réseaux d’infrastructures de Berlin de 1920 à 2020, montrant comment leur fonctionnement a varié au gré des régimes politiques.


    Timothy Moss, Remaking Berlin. A History of the City through Infrastructure, 1920–2020, Cambridge (Massachusetts), MIT Press, 2020, 472 p.

    Pour quiconque s’intéresse à l’histoire des villes, le cas de Berlin est particulièrement riche. En moins d’un siècle, la capitale allemande a connu une succession de régimes politiques différents : république de Weimar, règne nazi, division de la ville en deux républiques concomitantes (une libérale et une socialiste) pendant plus de quarante ans, puis, après la réunification des deux Allemagne en 1990 https://metropolitiques.eu/Qu-est-il-arrive-a-Berlin-depuis-1989.html , son nouveau statut de capitale. Cette diversité incomparable de régimes politiques se prête bien à l’étude d’un objet pourtant réputé pour sa résistance au changement et son insularité par rapport aux contextes sociaux : l’infrastructure. Timothy Moss, auteur de Remaking Berlin, remet magistralement en cause ces deux idées reçues à partir d’une monographie passionnante. Son étude est originale à plusieurs égards. Alors que l’infrastructure est habituellement traitée de manière sectorielle, Moss fait le choix d’étudier cinq types d’infrastructure simultanément : l’électricité, le gaz, le chauffage urbain, l’eau et le traitement des eaux usées. Ce choix permet de rendre compte des dynamiques de compétition comme de symétrie entre les différents réseaux étudiés. De plus, analyser l’évolution de ces réseaux sur le temps long, entre 1920 et 2020, met au jour les continuités et les changements du traitement des réseaux par des régimes politiques hétérogènes.

    Quatre tensions importantes ressortent du livre. Le mode de gestion des entreprises d’infrastructure change plusieurs fois pendant le siècle étudié, oscillant entre municipalisation – actionnariat et contrôle majoritaire de la municipalité – et privatisation. Sous la république de Weimar (1919-1933), les services en réseau sont contrôlés par la municipalité. Elle s’en sert pour propulser la production industrielle et la modernisation des équipements domestiques. Après une période d’incertitude liée à l’hyperinflation qui culmina en 1923, les entreprises municipales d’infrastructure améliorent la qualité et la portée de leurs réseaux et proposent des tarifs relativement bas, ce qui augmente rapidement le nombre de ménages connectés. Leurs bénéfices contribuent ainsi de manière importante au budget municipal. Ce mode de gestion est mis en cause par la Grande dépression et par des déficits budgétaires municipaux qui se sont creusés à cause de la crise. Bewag, l’entreprise d’électricité de Berlin, est privatisée en 1931. Si la municipalisation comme mode de gestion des infrastructures connaît ensuite un regain d’intérêt sous les nazis, c’est parce qu’elle permet d’expulser les actionnaires étrangers, en particulier juifs. Les entreprises d’infrastructure, qui étaient toutes publiques à Berlin-Est et sous contrôle municipal majoritaire ou minoritaire à Berlin-Ouest après le conflit, seront finalement toutes privatisées dans les années 1990. La raison invoquée ne tient pas tant à des performances insuffisantes, puisque Bewag et Berliner Wasserbetriebe (BWB), l’entreprise d’eau, étaient profitables. Leur vente a plutôt pour objectif de renflouer les coffres de la ville, laissés vides par la désindustrialisation massive et la chute des subventions fédérales accordées à Berlin après la réunification. BWB sera finalement municipalisée à nouveau en 2013, ce qui montre à quel point le triomphe d’un mode de gestion, quel qu’il soit (entreprise d’État, gestion municipale, privée), dépend de contextes politiques historiquement mobiles.

    La deuxième tension importante concerne le mode d’approvisionnement en eau et en énergie, constamment tiraillé entre le local et le lointain. Dès les années 1920, les gestionnaires d’infrastructures berlinois mettent l’accent sur la nécessité de produire localement, alors que la production d’électricité commence à s’éloigner des centres urbains dans plusieurs autres pays occidentaux. Suite à la scission physique du territoire de Berlin à partir de 1948, les dirigeants de Berlin-Ouest confirment cette option locale – une décision forcée par l’isolement politique et géographique de la ville entourée par la République démocratique allemande (RDA) et accélérée par le blocus soviétique mis en place cette année-là. Afin de se soustraire à d’autres blocus potentiels, Berlin-Ouest adopte une politique d’autarcie facilitée par les financements généreux de la République fédérale (RFA). Des stocks énormes de charbon et de pétrole sont constitués sur le terrain des centrales électriques et gazières de Berlin-Ouest et la capacité maximale de l’infrastructure d’eau et d’énergie est elle aussi considérablement augmentée pour tendre vers l’autosuffisance, au risque de développer un réseau inefficace en cas d’utilisation trop faible. À Berlin-Est, on constate le phénomène inverse : la production de gaz et d’électricité est graduellement déplacée hors du centre urbain, notamment pour valoriser le lignite est-allemand extrait en Lusace, puis le gaz naturel soviétique. Cette même tension est aussi soulevée pendant la période nazie. Alors que l’eau de Berlin provient de son aquifère, Hitler insiste pour que celle-ci vienne plutôt de sources de montagne. Cette lubie coûteuse ne verra pas le jour.

    Le troisième type de tensions, entre priorités urbaines et agenda national, est parfaitement illustré par la période nazie https://metropolitiques.eu/La-conquete-d-une-petite-ville-par.html . Berlin, capitale du nouveau Reich et, aux yeux d’Adolf Hitler, symbole de la métropole « dégénérée » aux mains des prolétaires marxistes et des Juifs, est un terrain idéal pour mettre en œuvre les politiques nazies. Les intérêts municipaux sont subordonnés à ceux du Parti et de l’État. Les dirigeants nazis imposent ainsi la construction d’un gazoduc de Watenstedt à Berlin afin d’assurer l’approvisionnement des usines de munitions de la capitale. Ils obligent Bewag à acheter le tiers de son électricité au fournisseur électrique national. L’agenda nazi donnait la priorité à l’utilisation des eaux usées pour produire des fertilisants agricoles utilisés dans les fermes à proximité de la ville et négligeait la qualité de l’eau sanitaire. Toutes ces mesures s’inscrivent dans un contexte de préparation à une guerre imminente qui oblige à renforcer l’autarcie nationale, au détriment de l’indépendance de la ville de Berlin. Quand le conflit éclate, ce sont évidemment les usages militaires de l’infrastructure qui priment sur les usages civils, contraignant les ménages à restreindre leur consommation pour que l’industrie de guerre puisse tourner à plein régime. Les infrastructures urbaines sont relativement épargnées par les bombardements alliés et l’artillerie soviétique, notamment en raison de leur caractère en partie souterrain. Cela n’empêchera pas que la période d’après-guerre soit marquée par des insuffisances chroniques d’approvisionnement en charbon, limitant la fourniture d’électricité et de gaz et compliquant l’activation des pompes à eau – indiquant de ce point de vue la centralité de l’utilisation du charbon dans le fonctionnement des différents types d’infrastructure. La destruction partielle du système d’épuration des eaux usées ainsi que des logements conduit en outre au déversement de quantités impressionnantes d’eaux non traitées dans les cours d’eau de la ville.

    La dernière tension se rapporte à la distance, au cours de tout le siècle écoulé, entre les prévisions de demande et les fluctuations imprévisibles de la consommation. Sur la base de projections démographiques ambitieuses, les dirigeants des entreprises d’infrastructures formulent la plupart du temps des prévisions de hausse de la demande afin de justifier l’extension des réseaux. Selon Moss, le mot d’ordre de cette stratégie, dominante pendant la période, est « construire et offrir ». On la retrouve à l’époque de Weimar, en RDA https://metropolitiques.eu/Une-exploration-urbaine-urbex-a-Plauen.html , ou encore dans la Berlin réunifiée. Pourtant, elle se heurte souvent à la réalité. Les plans quinquennaux socialistes prévoyaient que la consommation moyenne d’eau à Berlin-Est doublerait entre 1959 et 1980, mais cette hausse importante n’a pas eu lieu. Une même hypothèse optimiste de hausse de la demande caractérise les projections suivant la réunification berlinoise. Or, la quantité d’électricité et d’eau consommée dans la ville décline entre 1990 et 2011. 13 439 millions de kWh sont vendus à Berlin en 1990, contre 11 371 en 2011. 369 millions de mètres cubes sont distribués à Berlin en 1989, contre 217 en 2013. Cette baisse s’explique entre autres par la désindustrialisation massive de l’agglomération ainsi qu’une légère baisse démographique. Mais l’histoire de Berlin est également ponctuée de tentatives relativement infructueuses de réduction de la demande, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale et en RDA.

    La suite  : https://metropolitiques.eu/La-vie-souterraine-de-Berlin-entre-infrastructure-et-politique.html

    #Berlin #histoire #ville #villes #municipalité #infrastructures #politique #gestion_municipale #électricité #gaz #chauffage_urbain #eau #traitement_des_eaux_usées #histoire

  • CFP: Queer(ing) urban planning and municipal governance

    "Despite a decade of research, LGBTQ+ urban planning issues have yet to be ‘mainstreamed’ and evenly integrated into the everyday work of municipal governance. Through theoretical reflection and methodological innovation, this special issue critically scales up the existing LGBTQ+ urban planning scholarship from neighbourhoods to city-regions and empirically extends research frameworks to surface the messy materialities of municipal governance for sexual and gender non-normative subjects. This collection builds on a legacy of queer planning scholarship that both questions the heteronormative assumptions foundational within urban planning texts and practices (Forsyth, 2001; Frisch, 2002) and addresses the need for inclusive queer spaces (Doan, 2011; 2015). Beyond the empirical particularities of gayborhoods and their institutions, this special issue engages with municipal governance by focusing on plans and policies that address LGBTQ+ needs for infrastructure provision, social services and community facilities access, housing and economic development, community-event financing, public safety, social inclusion, and civic participation.

    This special issue invites critical interdisciplinary engagement with the following questions within three thematic areas:

    1) Socio-spatial regulation
    > How have bylaws, licenses, zoning, and plans regulated LGBTQ+ lives in cities and suburbs within and beyond gayborhoods?
    > How have families, gender, and sexuality been normatively constructed in community development plans and housing policies?
    > How have urban redevelopment priorities and/or policing strategies (re)produced LGBTQ+ exclusions in public spaces?
    2) Queering plans and policies
    > Where does LGBTQ+ knowledge, networks, and less commodifiable lived experiences fit into social inclusion policies or community plans or municipal agendas for creative, livable, digital, and sustainable cities?
    > To what extent do queer and transgender competencies inform muncipal urban planning and policymaking?
    > What conflicts, impediments, and contradictions are found in municipal urban planning and policymaking responses to queering planning?
    3) Governance coalitions and activisms
    > How do LGBTQ+ activists rework and resist municipal logics to build community resilience?
    > When does LGBTQ+-inclusivity exceed social planning to engage with an (in)visibility politics that may impact upon the tangible materialities of infrastructure?
    > What tensions, disconnects, and misrecognitions are generated through the integration of LGBTQ+ and QTBIPOC activists into local participatory urban planning processes and planning discourses?
    The special issue guest editors Alison Bain and Julie Podmore welcome titles and abstracts (approximately 300 words) for papers based on original research results that have not been published elsewhere of a maximum length of 6,000 words (including title, abstract, tables, figures, and references list). Please note that during the revisions stage, authors may extend the article length to a maximum of 8,000 words to address the reviewers and editors’ comments (Instructions for Authors). The deadline for submitting abstracts is May 31, 2021, with confirmation of participation by the end of June 2021. Authors will be required to submit manuscripts for preliminary review by the guest editors by December 1, 2021, with submission to the journal for peer-review by January 31, 2022.

    Urban Planning is an open-source peer-reviewed journal indexed in the Web of Science-ESCI and Scopus (CiteScore: 2.9), that ensures permanent and universal free readership access to articles worldwide. The cost of production and full access are offset by a research article processing charge of €900 (plus VAT if applicable) except in the case of scholars working at an institution that has joined Cogitatio’s Institutional Membership Program (Institutional Members). Authors who demonstrate financial need and cannot afford the article processing charge can apply for a waiver during the initial article submission process (Publication Fees).

    For all inquiries and submissions please contact the guest editors Alison Bain (abain@yorku.ca) and Julie Podmore (jpodmore@johnabbott.qc.ca).

    Julie Podmore, PhD
    College Professor & Chair, Geosciences, John Abbott College
    Affiliate Assistant Professor, Geography, Planning and Environment, Concordia University

    John Abbott College
    21275 Lakeshore Road
    Ste-Anne-de-Bellevue, QC Canada
    H9X 3L9
    (514) 457-6610 x5496
    jpodmore@johnabbott.qc.ca❞

    #CfP #queer #urban_planning #ville #LGBTQ

  • Solidarité avec le soulèvement en Colombie, où une répression ultra-violente s’étale sans complexe
    https://ricochets.cc/Solidarite-avec-le-soulevement-en-Colombie-ou-une-repression-ultra-violent

    Soulèvement et répression en Colombie « Si un peuple sort dans la rue en pleine pandémie, c’est parce que son gouvernement est plus dangereux que le virus. » En Colombie, la situation est aussi glaçante que le silence qu’elle trouve à l’international, et particulièrement en France. Les voies qui s’élèvent contre la dissimulation des massacres à l’encontre du mouvement social trouvent peu de résonance dans les colonnes des médias d’information, à part pour leur consacrer des chiffres froids et (...) #Les_Articles

    / #Violences_policières, Autoritarisme, régime policier, démocrature..., Révoltes, insurrections, (...)

    #Autoritarisme,_régime_policier,_démocrature... #Révoltes,_insurrections,_débordements...
    https://lundi.am/Soulevement-et-repression-en-Colombie

  • Reflections on Four Years of Housing-Justice Support Work with #Mapping_Action_Collective

    Mapping Action Collective, based in #Portland, Oregon, leverages mapping and data to support housing-justice organizing, using #GIS to dismantle systems of oppression, and grounding its work in the needs of the communities and movements with which it works.

    As the interwoven US crises of homelessness, evictions, displacement, and housing instability reach catastrophic levels, students, scholars, practitioners, and activists are joining the call of housing justice for all. In this article, we reflect on the work of Mapping Action Collective (#MAC), a small nonprofit organization based in Portland, Oregon, that over the past four years has leveraged mapping and data to support housing-justice organizing. MAC’s work includes curating and producing relevant nontraditional or hard-to-acquire datasets owned by and in support of community-based groups; developing decision-support software consisting of an interactive map; producing spatial analyses that support campaign work; and organizing educational workshops and events focused on applied critical methods and data literacy.

    MAC formed out of a student club in Portland State University’s geography department, where several members became frustrated with the dominant paradigm of academic geographic information systems (GIS), which often fancies itself value-free, apolitical, or neutral, regardless of outputs or products that suggest otherwise. While critical perspectives have emerged in the domain of GIS since the 1990s, many of those criticisms are rarely considered in the standard quantitative GIS course curriculum. Few spaces are available for students to engage critically with their newfound data and mapping skills. The 2017 Resistance GIS (RGIS) conference provided a space to discuss and learn from other like-minded scholars, students, and organizers. Building on the work of critical geographers around the globe, at RGIS we asked ourselves if there was room for subversion of the status quo in GIS: can mapping and data be used to dismantle systems of oppression, rather than reinforce them?

    Asset mapping and spatial analysis supporting Portland’s unhoused community

    Shortly after the conference, our small student group grew into MAC and began to apply that question to our studies and work in Portland. Through a small grant from Second Nature, we focused our efforts on the exploding crisis of homelessness in our community. Grounding our work in non-extractive collaboration, we began building a relationship with Street Roots, a local nonprofit organization that, in addition to advocacy work, publishes a weekly alternative newspaper sold by people experiencing homelessness to earn an income. One of Street Roots’ main assets to the people it serves is the Rose City Resource (RCR), a comprehensive list of resources and services such as food boxes, bathrooms, needle exchanges, shelters, and counseling and recovery services. No other organization in the area curates such an important dataset for those experiencing homelessness, and this one could only be accessed in a printed three-by-three-inch (7.6 × 7.6 cm) paper booklet, and was updated only twice yearly.

    While honoring the value of this paper booklet as a low-barrier, nontechnical way of sharing resources, we wondered if broadening its reach via mobile phone and web, or structuring its format for wider dissemination, would benefit Street Roots and the community it serves. Simultaneously, we reflected on the inherent problem of our outsider thinking and wanted to avoid preaching technology as savior. We learned more about the work Street Roots was doing, joined their events, and built relationships with Street Roots organizers and staff to learn what they needed to do their work. As it turned out, our thinking and Street Roots’ vision aligned—increasing the reach of the RCR was a necessary endeavor.

    In late 2018, MAC and Street Roots staff began working together to navigate web development, data management, and data communication (the practice of informing, educating, and raising awareness of data-related topics), to create a tool that was accurate, accessible, and easy for Street Roots staff and volunteers to use and update. Most importantly, MAC wanted the tool to be useful to the community that Street Roots serves. To get feedback on the usability of the tool, MAC members stopped by the Street Roots HQ to test it with paper vendors, folks who dropped in to get coffee or use the restroom, and Street Roots volunteers. MAC integrated this feedback into the development of the tool. The end result was the Rose City Resource Online, a web application and data-transformation pipeline that was collaboratively created with the community it was intended to serve—designed to be easy to use, and functional for any member of the community to use to get up-to-date information about resources and services. The tool was officially launched at the onset of the Covid‑19 pandemic.

    We also joined activists working to end the overpolicing and criminalization of people experiencing extreme poverty and homelessness on the streets of Portland. This criminalization occurs through excessive policing within “enhanced service districts” (ESDs). ESDs, similar to business improvement districts (BIDs), are zones where businesses and property owners pay an extra fee collected as a tax to pay for extra security and maintenance. Proponents of ESDs claim they facilitate urban beautification and keep neighborhoods safe, but overlook the reality that this process of so-called revitalization amounts to coercive exclusion of vulnerable people. Clean & Safe, Portland’s largest ESD in downtown, pays for armed and unarmed private security, and supervises six Portland Police officers who solely patrol in their district. In August 2020, an award-winning audit of ESDs revealed the City provides almost no oversight of the activities of these districts, even as they have large budgets and authority over public space. This year, Portland city commissioners will vote on whether to renew Clean & Safe’s 10‑year contract. Organizers and community members are preparing to oppose the contract, especially given recent scrutiny of the district and its managing organization, Portland Business Alliance.

    West Coast–based activists from Right 2 Survive, Sisters of the Road, and the Western Regional Advocacy Project asked us to analyze and map police arrest data to strengthen their argument against ESDs. A report from the city auditor that incorporated arrest data from 2017 to 2018 had already concluded that over half of all arrests made by the Portland Police Bureau were of the unhoused. Building on that fact, our research found that the citywide average of arrests for unhoused individuals was 6.1 per square mile, but within the bounds of ESDs that number was 137.7. And while correlation is not causation, it is hard to ignore the magnitude in difference between these numbers.

    Data on police harassment and arrest of the unhoused community are difficult to obtain and understand. Through our work with the anti-ESD team, MAC members have learned how to navigate the complicated system of roadblocks that keep this data from the public, and use the data to support the argument against policing homelessness.
    Collaboratively developed tools for fighting displacement and speculation

    We have also collaborated with organizations we consider leaders in the intersecting space of data activism and housing justice. In the summer of 2019, we joined the efforts of the Anti-Eviction Mapping Project (AEMP) to develop a tool to facilitate landlord and building research in San Francisco (and soon Oakland). For years, tenant unions and organizers have scrutinized corporate-ownership documents, property records, assessor data, and eviction data to unmask speculators, serial evictors, greedy landlords, and their entangled networks of limited-liability companies (LLCs) and shell companies. Investment companies purchase properties using different LLCs for the purpose of anonymity and liability reduction. The corporate web guarding landlords can make ownership and property research challenging and slow.

    At the commencement of the project, AEMP contributors in San Francisco garnered feedback from their partners at the San Francisco Anti-Displacement Coalition and facilitated workshops with local tenant groups to assess their research needs and questions in fighting displacement. Shortly thereafter, MAC joined AEMP by assisting in the prototyping process, and by providing general support, design capacity, code contributions, and cloud infrastructure for hosting the project. The result is Evictorbook (in development), a web-based tool that simplifies organizer and tenant research by enabling a user to type an address, landlord, or neighborhood into a search bar to reveal a profile of a building’s eviction history, its owner, and the corporate network to which it belongs. The ability to surface this data to the user is the result of a custom data-processing pipeline that links and stores publicly available assessor, eviction, property, and corporate-ownership data in a regularly updated graph database. A public launch of Evictorbook is expected in the coming months.

    Similar collaborative work has evolved through a partnership with the Urban Praxis Workshop (UPX) to redevelop Property Praxis, a research tool focused on speculative and bulk property ownership in the city of Detroit. Every year since 2015, members of UPX have curated a dataset that incorporates assessor data that is augmented with tax-foreclosure data and corporate filings to illuminate the LLCs and individuals that own more than 10 properties in the city. The intention of Property Praxis is to offer a more holistic understanding for organizers and community members of how speculative property ownership impacts Detroit neighborhoods. In late 2019, UPX asked MAC to build upon their previous work by modernizing the Property Praxis user interface and automating their data-curation process. The new version is currently in development and will be launched later this year.
    Final thoughts

    Activist work can be strengthened by research and data, but only if this is done in a way that is not extractive and based on community need (voiced by the community). Four years of experience working with MAC has taught us that grounding our work in the needs of the communities and movements we support is crucial to doing justice-oriented work. This can only happen by building successful, trusting, and long-lasting partnerships. By showing up and participating in community events and never moving forward on project work without meaningful discourse and consideration of community goals, we work towards dismantling the top-down legacy of data work. Even after several years of doing this work, we still have lessons to learn from our community partners on trust-building and accountability.

    Part of our development as an organization over the last few years has been the choice to organize horizontally, make decisions through consensus, and avoid toxic tech culture in our own spaces. Such intentionality promotes healthy working environments and reflects the values at the core of our organization in our day-to-day operations. Organizing in this way is by no means simple, efficient, or profitable. It takes long conversations, trust-building among members, and solid conflict-resolution mechanisms to operate without hierarchy. Despite the extra time and mental and emotional labor that it can require, our group feels strongly that it is worth it.

    While we try to hold these aspirational goals, we are also aware of our own complicity in problematic systems in the fields of research and data analysis. Recognizing and dismantling our own internalized norms of white supremacy, sexism, classism, and colonist behavior is work that is ongoing. We are a work in progress. We continue to be inspired and led by the work of our partners and we look forward to many more years of collaborative work.

    https://metropolitics.org/Reflections-on-Four-Years-of-Housing-Justice-Support-Work-with-Mappin
    #résistance #cartographie #visualisation #cartographie_participative #USA #Etats-Unis #logement #justice_spatiale #ressources_pédagogiques

    ping @visionscarto @reka

  • Violences sexistes & sexuelles et #déontologie : les groupes de travail remettent leurs rapports

    Les deux groupes de travail consacrés respectivement à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et à la déontologie au sein de #Sciences_Po ont remis mardi 4 mai 2021 les conclusions de leurs travaux à l’administratrice provisoire Bénédicte Durand.

    > Lire le rapport sur les violences sexistes et sexuelles (PDF, 10Mo)
    https://www.sciencespo.fr/sites/default/files/sciencespo-rapport-groupe-travail-violences-sexuelles-sexistes-2021-fr.pd

    > Lire le rapport sur la déontologie (PDF, 1Mo)
    https://www.sciencespo.fr/sites/default/files/sciencespo-rapport-groupe-travail-deontologie-fr-2021.pdfdi

    Depuis la mise en place de ces deux commissions le 17 février 2021, les présidentes, Danièle Hervieu Léger et Catherine de Salins, ainsi que les différents membres se sont mobilisés avec un engagement remarquable, et en toute indépendance, pour tirer les leçons de la crise traversée par Sciences Po ces derniers mois.

    Dans leurs rapports respectifs, les commissions dressent un état des lieux détaillé des dispositifs de déontologie (http://www.sciencespo.fr/groupe-de-travail-sur-la-deontologie-0#Mission) et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (http://www.sciencespo.fr/groupe-de-travail-sur-la-lutte-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles) au sein de l’établissement, et formulent des recommandations concrètes et ambitieuses afin de renforcer ces dispositifs.

    Bénédicte Durand a adressé sa reconnaissance à chacune et chacun des membres des groupes qui se sont investis sans compter au service de Sciences Po, et annoncé un calendrier provisoire de mise en oeuvre de ces recommandations :

    “La qualité des propositions qui m’ont été adressées me permet de confirmer l’engagement que j’ai pris devant vous de présenter le plus rapidement possible un plan de mise en œuvre. Nous proposerons une démarche et un calendrier d’application avant la fin de l’année universitaire. Nous souhaitons en effet, que dès la rentrée prochaine, le renforcement de notre dispositif d’écoute et de prise en charge des victimes et la refonte de la procédure disciplinaire puissent être engagés.”

    L’administratrice provisoire a également exprimé sa volonté d’engager une réflexion similaire sur le sujet de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, et toute forme de discrimination dans l’établissement. “À l’instar des violences sexistes et sexuelles, la haine de l’autre, quelles qu’en soient les raisons, doit être prévenue, combattue, et sanctionnée sans relâche à Sciences Po.”

    Danièle Hervieu-Léger explique les conclusions du groupe de travail sur les violences sexistes et sexuelles :

    https://www.youtube.com/watch?v=_ESetBgGpjo&feature=emb_logo

    Catherine de Salins explique les recommandations du groupe de travail sur la déontologie :

    https://www.youtube.com/watch?v=mAqdQsy1eRI&feature=emb_logo

    https://www.sciencespo.fr/fr/actualites/actualit%C3%A9s/violences-sexistes-sexuelles-et-deontologie-les-groupes-de-travail-remettent-leurs-rappor/5521

    #violences_sexistes #violences_sexuelles #université #facs #France #ESR

    ping @_kg_

  • Retour au « village de Bamboula » : en 1994, un « zoo humain » à prétention touristique - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090521/retour-au-village-de-bamboula-en-1994-un-zoo-humain-pretention-touristique

    Retour au « village de Bamboula » : en 1994, un « zoo humain » à prétention touristique
    9 mai 2021 Par Julien Coquelle-Roëhm et Nina Soyez

    Le 10 mai 2001, la loi Taubira reconnaissait la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Mediapart revient sur l’organisation du dernier « zoo humain » français, près de Nantes. Un épisode entouré de silences.

    Port-Saint-Père (Loire-Atlantique).– « À toute chose, malheur est bon. Dans la vie, c’est l’expérience qui te fait grandir. » Lassina Coulibaly n’est pas du genre à se morfondre. Toute sa vie, il a pu vivre de ce qu’il aimait le plus : la musique. Encore aujourd’hui, à 52 ans, on le retrouve avec son groupe d’afro-rock dans une ferme de Loire-Atlantique, loin de sa Côte d’Ivoire natale.

    Son vieil ami Benoît, ancien professeur de percussions, raconte comment il a rencontré Lassina en 1994, au parc Safari Africain de Port-Saint-Père, pas loin de Nantes, qui venait d’ouvrir son « village de Côte d’Ivoire » : « On m’avait dit qu’il y avait des musiciens ivoiriens qui jouaient super bien. Ces jeunes qui avaient l’air d’être des enfants jouaient avec une telle qualité de son. Tout le monde au parc était époustouflé. » Mais « quand on est arrivés, se souvient aussi Benoît, un petit enfant a montré du doigt mon fils qui est métis et a dit : “Oh ! regarde, maman, un Bamboula !” J’ai vu la pancarte au loin, j’ai vite compris. »

    L’entrée du parc Safari Africain de Port-Saint-Père, en avril 1994, exhibition rappelant les « zoos humains » de l’époque coloniale. © Yves Forestier / Sygma via Getty Images L’entrée du parc Safari Africain de Port-Saint-Père, en avril 1994, exhibition rappelant les « zoos humains » de l’époque coloniale. © Yves Forestier / Sygma via Getty Images

    Haute de plusieurs mètres, flanquée d’une statue géante à l’effigie d’un petit garçon noir habillé d’un pagne au motif léopard, l’entrée du parc affiche « Le village de Bamboula ». La pancarte est affublée d’un logo de la biscuiterie St Michel, qui commercialise alors les gâteaux du même nom. Face à la caméra de la télévision locale, en novembre 1993, Dany Laurent, le directeur du Safari Africain, principal parc touristique de la région où sont exposés plus d’un millier d’animaux, semble convaincu de sa dernière attraction : « Ce village, c’est une première sur le sol français et même sur le sol européen. Je me suis inspiré d’un village authentique qui s’appelle Fégéré en Côte d’Ivoire. J’ai voulu que ce soit une vraie reconstitution. [...] Le but ici est de promouvoir le tourisme en Côte d’Ivoire. En contrepartie, le ministère du tourisme nous offre [sic] des artisans et un groupe [d’artistes] pour assurer l’animation toute la saison. »

    Sur un prospectus publicitaire du parc, la visite du village « protégé par les fétiches » qui « transporte au cœur de l’Afrique Noire » est présentée comme une « aventure sereine, colorée et inoubliable ». « Ici, le folklore a le goût de l’authentique, les jeunes chantent et dansent au rythme des coutumes ancestrales. » Une « authenticité » poussée jusque dans la construction du village, réalisée par des ouvriers venus de Côte d’Ivoire pendant l’hiver 1993, et saluée par le premier ministre ivoirien Daniel Kablan Duncan, présent le jour de l’inauguration.

    Parmi « les jeunes [qui] chantent », on retrouve Lassina, qui a alors 25 ans et joue du djembé. Il y a aussi les treize autres membres du DJOLEM, la troupe de musiciens et de danseurs choisie par le ministère du tourisme ivoirien. « Comme tout groupe en Afrique, quand on nous a dit qu’on allait venir en France, on était tous contents », raconte Lassina. « Le mot “bamboula”, je ne savais même pas ce qu’il voulait dire. »

    Certains d’entre eux sont très jeunes : derrière leurs djembés, Harouna Dembélé et son petit frère Issouf ont respectivement 15 et 10 ans. « On était contents de jouer, et puis c’était notre travail, affirme sans détour Harouna, retrouvé par Mediapart. On savait qu’on pourrait gagner un peu d’argent pour nourrir notre famille en Afrique. »

    Les cases du village factice accueillent aussi des artisans qui « pratiquent leur art traditionnel » devant les touristes : un forgeron, une potière, un tisserand, un peintre et un sculpteur, Kolo, qui pose pour la photo devant l’entrée du parc. Mediapart l’a retrouvé, au bout du fil, à Korhogo, une ville du nord de la Côte d’Ivoire célèbre pour son artisanat. « Nous, les artisans, on venait tous de Korhogo. J’étais le seul à être déjà venu en France. Pour les autres, c’était la première fois. On nous avait demandé de venir avec notre femme, certains ont accepté, moi j’ai refusé », raconte le sculpteur. « Le forgeron est reparti au bout de trois mois car sa femme était enceinte. Dany Laurent était d’accord pour la renvoyer au pays, mais il voulait que le forgeron reste. Le forgeron a refusé que sa femme rentre seule. »

    Pour Sandrine Lemaire, professeure agrégée en histoire, qui a coécrit avec Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch et Nicolas Bancel l’ouvrage Zoos humains et exhibitions coloniales (La Découverte), le concept du « faux » village résonne fortement avec les attractions de l’époque coloniale. « En plus du processus d’exhibition, on leur demande de rejouer une vie quotidienne supposée. Tout cela est très similaire au zoo humain. »

    Que la visite du parc animalier se finisse par celle du village est aussi très significatif : « En mêlant des humains à des animaux, on les présente, si l’on puit dire, plus proches de l’animal que de la civilisation, comme des sauvages. On est encore dans des stéréotypes très coloniaux. »

    Tous les jours de la semaine, les artistes et artisans animent le village en habits traditionnels dans des températures qui, parfois, ne dépassent pas 15 °C. Les femmes dansent souvent seins nus, en extérieur, devant les touristes. Les performances s’enchaînent toutes les 30 minutes, jusqu’à la fermeture du parc à 19 heures. « Dans le ballet, en Afrique, on répète tous les jours, mais ce ne sont pas les mêmes conditions, détaille Harouna. Dans une répétition, tu as une énergie différente du spectacle où tu donnes tout. Un spectacle de 30 minutes peut te prendre l’énergie d’une répétition de 4 heures. À un moment, c’est vrai qu’il y avait de la fatigue, et on a gardé ce même rythme pendant 6 mois. »

    Lassina se souvient de ses mains douloureuses à force de jouer : « Certains jours, c’était dur. Parfois, quand on finissait, on passait les mains sous l’eau tiède et on frottait avec du beurre de karité. Et puis au tout début, il faisait froid. On avait tellement mal qu’il nous est arrivé de prendre des baguettes pour jouer. »

    Vivant sur place, dans une maison située dans l’enceinte du parc, les déplacements des artistes et artisans sont aussi limités car soumis aux horaires d’ouverture. « Le soir, quand le parc fermait, ils barraient la grande porte, on était comme des animaux », se rappelle Kolo.

    « Il y avait des enfants qui travaillaient sept jours sur sept »

    Au Safari, les plaintes sont pourtant passées sous silence. Souleymane*, le chef de la troupe du DJOLEM, répond à toutes les questions des touristes et demandes d’interviews de la presse locale et nationale. « Si je n’étais pas venu ici, je l’aurais regretté à mort. Aucun de nous ici n’est malheureux, ni exploité », assure-t-il devant la caméra de TF1 en avril 1994. Aucun autre membre du village ne souhaite s’exprimer, et pour cause : « Souleymane et Dany Laurent nous avaient prévenus que si l’on ne disait pas que tout allait bien, si on se plaignait, on nous renverrait au pays », confie Lassina. Les interrogations de la presse, des syndicats et des associations, pourtant, s’accumulent peu à peu.

    La section locale du SNAM-CGT (Union nationale des syndicats d’artistes-musiciens de France) a pris connaissance du village avant même son ouverture. Philippe Gauthier, son représentant, devenu aujourd’hui secrétaire général national, débutait dans le syndicalisme lorsqu’il a entendu parler du « village de Côte d’Ivoire ». « Tout était écrit dans le journal local avant même que ça commence : qu’ils n’allaient pas être salariés français mais payés au tarif de la Côte d’Ivoire. Il y avait des enfants qui travaillaient sept jours sur sept, personne n’a pensé qu’il y avait une obligation scolaire en France. »

    Un constat auquel Dany Laurent, le directeur – décédé en 2014 – opposera toujours le même argument : « Tout le monde est sous l’autorité de l’Organisation internationale du tourisme et de l’hôtellerie (OITH) et de la législation ivoirienne par le biais d’une convention. Ici, c’est le droit ivoirien qui s’applique. » Les salaires sont alors déterminés en francs CFA, entre 50 000 à 120 000 pour les artistes (équivalent à 76 et 182 euros), et 300 000 (457 euros) pour les artisans. Aucune scolarisation des enfants n’est prévue, le directeur compare leur situation à celle « des enfants de cirque ».

    Mais les associations locales n’entendent pas en rester là. La section nantaise de la Ligue des droits de l’Homme, le SNAM-CGT, le GASPROM (branche nantaise de l’Association de soutien aux travailleurs immigrés) et SOS Racisme créent le collectif « Non à la réserve humaine », qui entame ses premières actions contre l’imaginaire colonialiste du village et ses entorses au droit du travail.

    Plusieurs militants se rendent régulièrement au parc, et distribuent à l’entrée des tracts qui comparent le village à l’exposition coloniale de Lyon de 1894, où les « villages nègres » apparaissaient en tête d’affiche comme l’attraction phare.

    Certains membres du collectif découvrent la maison qu’occupent les artistes et les artisans. Les 14 membres du DJOLEM se répartissent dans deux chambres, femmes et hommes séparés : six femmes se partagent 12 m2 et huit hommes 14 m2, alors que le droit du travail prescrit au minimum 6 m2 par personne. Adultes et enfants dorment ensemble sur des matelas posés à même le sol. Les artisans, moins nombreux, manquent aussi d’espace. La direction départementale du travail et de l’emploi jugera étonnamment leurs conditions de vie « correctes ».

    Les militants interpellent alors les pouvoirs publics et élus locaux sur la situation au village, sans grand succès. Le département, qui louait les terres au parc et siégeait à son conseil de surveillance, n’a jamais répondu aux interrogations du collectif. Jean-Marc Ayrault, alors maire de Nantes depuis 1989, n’a jamais réagi à la polémique.

    Aujourd’hui président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, l’ex-premier ministre n’a pas souhaité répondre aux questions de Mediapart. Ni son épouse, Brigitte Ayrault, conseillère générale de Loire-Atlantique à l’époque. Joseph Thomas, maire de Port-Saint-Père en 1994, proche de Dany Laurent et soutien du parc depuis sa création, n’a pas non plus donné suite à nos demandes d’interview.

    Après avoir multiplié les réclamations, le collectif « Non à la réserve humaine » décide d’assigner le parc en référé. « Peu de temps après, le préfet nous convoque en réunion, nous informant que le Safari voudrait nous faire des propositions », se souvient Philippe Gautier de la CGT. « Ils étaient d’accord pour augmenter tous les artistes et leur assurer une couverture sociale si l’on retirait notre référé. »

    Le collectif accepte, mais peu de choses changent. Les sorties hors du parc sont toujours contrôlées, Philippe Gautier raconte même avoir vu l’ensemble des passeports ivoiriens dans le coffre-fort de Dany Laurent. Les enfants continueront de travailler un jour sur deux. De l’école, ils ne verront qu’une institutrice détachée sur le parc quelques heures le matin, pendant seulement un mois.

    Enfin, les artistes et artisans ne percevront jamais le Smic : « [Après cette réunion], on nous a dit qu’il n’y aurait plus de cadeau. Que la nourriture, le logement et les charges seraient désormais à nos frais, raconte Kolo, le sculpteur. On devait toucher 600 000 francs CFA par mois [l’équivalent du Smic français en 1994 – ndlr], mais à la fin, il n’en restait que 400 000. »

    Chez les musiciens, c’est Souleymane qui se charge depuis le début de redistribuer l’argent. Mais « un mois avant de partir, on a voulu un peu d’argent pour acheter des cadeaux, les ramener au pays, se souvient Lassina. Souleymane nous a dit qu’il avait transféré notre argent sur son compte ivoirien, et qu’il nous paierait en rentrant à Abidjan. » De retour en Côte d’Ivoire, le percussionniste se souvient n’avoir touché en tout que 100 000 francs CFA (152 euros) pour 6 mois. « On ne savait pas comment le système marchait, quels étaient nos droits ou même le montant des salaires français », constate aujourd’hui Lassina Coulibaly.

    Pour Kolo, l’ensemble du groupe a été « trompé » par un directeur qui les a « baladés ». « Aujourd’hui, si l’on me demandait de faire un travail dans ces conditions, je n’accepterais pas », admet Harouna Dembélé, devenu musicien professionnel.

    Mis au courant des agissements de la direction, le collectif entame en juillet 1994 une seconde action en justice, qui, cette fois, ne se soldera pas par un arrangement à l’amiable. Un rapport d’expert est alors exigé par le juge. Alors que les griefs se multiplient et que la gronde se répand peu à peu au sein du groupe ivoirien, le « village » ferme ses portes en septembre et ne rouvrira pas au printemps d’après, comme prévu. C’est dans un parc vide que l’expert mène donc son enquête. Elle confirmera de nombreux points soulevés par le collectif et permettra d’autres découvertes : un employé du Safari racontera qu’en cas de maladie, les Ivoiriens étaient parfois soignés par le vétérinaire du parc.

    Trois ans plus tard, en 1997, le tribunal de grande instance de Nantes condamne le Safari Africain pour des violations du droit du travail et de droits aussi fondamentaux que celui « d’aller et venir », au préjudice des « contractants ivoiriens ». Le parc versera un franc symbolique aux cinq associations qui l’ont attaqué, et déboursera 4 000 francs de dommages et intérêts pour les frais de justice.

    « Le travail illégal est, au final, l’unique raison pour laquelle le village a fermé », s’étonne Sandrine Lemaire, coauteure de l’ouvrage sur les zoos humains. « Ce n’est pas tant la morale qui a choqué, mais plutôt l’aspect financier et légaliste de la chose. » L’image réductrice et colonialiste de l’Afrique perpétuée en 1994 par le directeur Dany Laurent persiste même de nos jours selon l’historienne : « Cette vision de hiérarchie des civilisations reste encore très présente dans les esprits. Ça reste inconcevable qu’on puisse montrer une Afrique très urbanisée, très développée, parce qu’on continue à les présenter comme symptômes du sous-développement. »

    Un sentiment partagé par Mathilde Bouclé-Bossard, présidente de l’association Les Anneaux de la Mémoire qui travaille sur le passé esclavagiste de Nantes : « Il y a des images de l’Afrique qui restent encore, comme celles qui ont été véhiculées au village africain. » Pour la militante, les circonstances de la création du « village » interpellent : « Depuis 1992, une exposition au château des ducs de Bretagne retraçait les thématiques de la traite à travers le passé négrier de Nantes. » Exposition à laquelle certains Ivoiriens ont d’ailleurs été invités. « Ça montrait bien qu’il y avait encore besoin de remettre des choses en place... »

    Depuis 1994, le Safari Africain a été revendu et s’est trouvé, comme parc animalier, un nouveau nom : Planète Sauvage. Le « village de Côte d’Ivoire » est, lui, devenu le « village de Kirikou », où le petit personnage du film de Michel Ocelot guide le visiteur. Des outils, des instruments de musique et des fétiches inspirés du film sont disposés dans ce qu’il reste des habitations artificielles. Le touriste est désormais invité à s’essayer au pilage du mil, à jouer du djembé, ou encore à « palabrer », comme le propose un des panneaux explicatifs. On peut y lire aussi que la musique est un « moyen d’expression » auquel les « Africains s’initient dès le plus jeune âge ». Un peu plus loin, un dessin montre Kirikou accroupi, laissant ses empreintes à côté de celles d’animaux. Aujourd’hui encore, à Port-Saint-Père, se visite une certaine idée de l’Afrique.

    #zoo_humain #racisme #tourisme

  • Pour une médecine féministe, avec #GYN&CO

    « On se lève et on se casse. » Pour sa saison 2, Genre aux poings se consacre aux féminismes de 2021 et à leur bouillonnement. Quelles stratégies coexistent contre la domination patriarcale ? Quelle force et quels moyens sont mobilisés pour se battre ? Cette semaine, Mélanie et Charline du collectif Gyn&Co nous parlent de leur travail et de la définition d’une médecine féministe.

    Épisode 9 : Pour une médecine féministe, avec Gyn&Co

    C’est quoi une médecine féministe ? Qu’est-ce qu’un‧e soignant‧e safe ? Charline et Mélanie, toutes deux membres du collectif Gyn&Co, créé en 2013, mettent en avant un principe d’écoute des besoins et des douleurs des patient‧es. « C’est être à l’écoute de ce que la ou le patient‧e exprime, son vécu, son besoin et qu’aucun acte ne lui soit imposé. C’est se départir de ses préjugés racistes, sexistes, transphobes, et être conscient‧e de ces oppressions dans le milieu médical. »

    Les discriminations liées au sexe et au genre s’immiscent aussi dans les cabinets médicaux et les services des hôpitaux. Depuis une dizaine d’années, les témoignages s’accumulent de patient‧es qui dénoncent les violences sexistes et sexuelles subies lors de consultations. Souvent, les champs de la gynécologie et de l’obstétrique concentrent beaucoup de témoignages. Le 19 novembre 2014, le hashtag #PayeTonUtérus fait émerger plus de 7000 témoignages de femmes en moins d’une journée.
    Renverser une médecine oppressive

    Au-delà de recevoir ces témoignages de #violences et de #discriminations, Gyn&Co se veut une initiative permettant de renverser plus profondément la pratique de cette médecine longtemps exercée par des hommes et pour des hommes. « On s’inscrit dans une tradition féministe du ‘#self-help’. Les mouvements des années 70 ont offert la #réappropriation_des_savoirs et des pouvoirs sur nos #corps. L’institution médicale a eu pour objet de nous déposséder de ces #savoirs », précise Charline.

    https://radioparleur.net/2021/05/01/medecine-feministe-avec-gynco
    #féminisme #médecine_féministe #gynécologie #femmes #audio #podcast

    • Haute-Savoie : 260 bateaux dessinent la frontière franco-suisse au milieu du Léman ce dimanche

      Matérialisation éphémère de la frontière entre France et Suisse ce dimanche au milieu du Léman. A l’initiative d’un jeune architecte de Lausanne, 260 bateaux vont s’aligner sur une ligne invisible de 59 km entre Hermance dans le canton de Genève et Saint-Gingolph en Haute-Savoie

      Visualiser la frontière entre France et Suisse sur le Léman, pas facile quand il n’existe pas de véritable élément géographique. Alors pour rendre visible ce qui ne l’est pas, un étudiant architecte suisse de l’EPFL École Polythechnique Fédérale de Lausanne, a sollicité les navigateurs de part et d’autres du lac.

      Une ligne invisible de 59 km

      #Bastian_Marzoli leur a demandé de s’aligner tous pour la même heure ce dimanche après-midi sur cette ligne invisible de 59 km représentée sur les cartes au milieu du lac depuis le 16 e siècle.

      260 navigateurs de 60 ports

      260 navigateurs de 60 ports de Haute-Savoie, et des trois cantons suisses du Valais, de Vaud et de Genève ont accepté de jouer le jeu et se positionneront pour 14h30. Le projet a remporté un concours lancé par l’école d’architecture de Genève. Les photos qui seront prises ce dimanche seront exposées à partir de la mi-mai au Pavillon Sicli à Genève. Si la météo veut bien rester clémente, le spectacle, les clichés et vidéos tournés ce jour, promettent d’être aussi beaux que mémorables.

      https://www.francebleu.fr/infos/insolite/haute-savoie-260-bateaux-francais-et-suisses-dessinent-la-frontiere-au-mi
      #matérialisation #visibilisation #in/visibilité

  • Dr. Yara Hawari د. يارا هواري sur Twitter : “... this Palestinian woman in Jerusalem was dragged by her hijab, beaten & handcuffed by Israeli soldiers whilst they took selfies with her. Israeli soldiers are known to routinely take pictures of their Palestinian prisoners as a trophy, even posting them on social media.” / Twitter
    https://twitter.com/yarahawari/status/1391314608158294016

    #sionisme #vitrine_de_la_jungle

  • Seeing the Real Faces of Silicon Valley - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2021/05/08/business/economy/seeing-the-real-faces-of-silicon-valley.html

    The workers of Silicon Valley rarely look like the men idealized in its lore. They are sometimes heavier, sometimes older, often female, often darker skinned. Many migrated from elsewhere. And most earn far less than Mark Zuckerberg or Tim Cook.

    This is a place of divides.

    As the valley’s tech companies have driven the American economy since the Great Recession, the region has remained one of the most unequal in the United States.

    During the depths of the pandemic, four in 10 families in the area with children could not be sure that they would have enough to eat on any given day, according to an analysis by the Silicon Valley Institute for Regional Studies. Just months later, Elon Musk, the chief executive of Tesla, who recently added “Technoking” to his title, briefly became the world’s richest man. The median home price in Santa Clara County — home to Apple and Alphabet — is now $1.4 million, according to the California Association of Realtors.

    For those who have not been fortunate enough to make billionaire lists, for midlevel engineers and food truck workers and longtime residents, the valley has become increasingly inhospitable, testing their resilience and resolve.

    Here are 12 of them, who originally appeared in our book, “Seeing Silicon Valley,” from which this photo essay is excerpted.

    #Fred_Turner #Mary_Beth_Meehan #Visages_Silicon_Valley

  • Il y a 40 ans sortait « The Burning », premier film produit par Harvey Weinstein, concentré de la culture du viol  Nicolas Dufour

    Première production de Harvey Weinstein avec son frère Bob, le film d’horreur « The Burning » sortait le 8 mai 1981. Slasher dans le sillage de « Halloween », il comprenait aussi des échos de l’idéologie d’assaut sexuel de l’époque

    Elles s’agitent dans la prairie à jouer au baseball en petite tenue. Elles se trémoussent en courant. La caméra serre les jeunes poitrines et fesses. Sur un bord du terrain, les garçons se mettent en appétit en se chambrant sur leurs prochaines audaces, leurs hypothétiques consommations charnelles.

    Après une scène d’ouverture horrifique, ainsi commence The Burning (Carnage), un film de Tony Maylam sorti il y a juste 40 ans, le 8 mai 1981. Il s’agit du premier long métrage produit par Harvey Weinstein, et il est impossible, aujourd’hui, de ne pas le voir en pensant à la tempête #MeToo déclenchée par les révélations sur le producteur, en 2017. Certains amateurs ont (re)découvert le film en 2018, lors d’une soirée spéciale au Festival du film fantastique de Neuchâtel.

    Les Weinstein veulent entrer au cinéma
    A l’orée des années 1980, Harvey Weinstein et son frère Bob cherchent à tout prix à entrer dans le business du cinéma. Enfin, à bas prix surtout : il faut trouver le moyen de produire un film bon marché qui rapporte un maximum d’argent. Ils viennent de créer leur première société, Miramax, et s’intéressent à un genre montant, le slasher, film de tueurs en série en général circonscrits à un lieu ou une ville. En 1978, John Carpenter avait fait peur au monde entier avec Halloween , dont une suite se préparait alors. En 1980, Sean S. Cunningham avait dupliqué l’expérience dans Vendredi 13 , dans lequel Jason Voorhees trucidait des ados dans un camp de vacances. Pour une mise de moins de 600 000 dollars, le long métrage faisait jackpot – à cette heure, il aurait rapporté plus de 58 millions de dollars.

    Pourquoi ne pas retenter le coup ? Les Weinstein se lancent. Harvey se souvient d’une légende urbaine sur un gardien d’un camp de loisir qui aurait agressé des jeunes dans l’Etat de New York. L’histoire est toute trouvée, c’est celle de Cropsy, le concierge à qui des gamins ont mis le feu en voulant lui faire peur, que la médecine a sauvé et qui veut se venger.

    Quelques valeurs sûres
    Malgré tout, les frères se donnent les moyens de leurs ambitions. Quelques jeunes talents – le film révèle notamment Holly Hunter et Jason Alexander – sont dirigés par l’Anglais Tony Maylam, que les Weinstein connaissent pour avoir acheté les droits de films sur Genesis qu’il a réalisés. A la musique, donc aux synthétiseurs, un Anglais aussi : Rick Wakeman, pape du rock progressif passé par Yes. Au montage, Jack Sholder, qui fera l’un des films de la franchise Freddy, Hidden puis Arachnid . Aux effets spéciaux, Tom Savini, déjà une vedette, qui a fait les grimaces et les jets de sang de Zombie de George A. Romero et qui est passé par le tournage de Vendredi 13.

    Le film dépeint de manière bien particulière les relations entre garçons et filles. Réaliste, peut-être, pour les années 1980, mais avec le « bigger than life » cinématographique. Jusqu’à la caricature prémonitoire, s’agissant d’une œuvre « créée par Harvey Weinstein » – le producteur est ainsi crédité au générique.

    A-t-on raison après coup ?
    Bien sûr, il est facile de se donner raison après coup. Mais à voir certaines scènes de The Burning, il est impossible de ne pas penser aux sordides révélations qui tomberont près de quatre décennies plus tard.
    Certes, les filles du Carnage ne sont pas dépeintes comme des sottes. Elles résistent aux jeunes mâles, se rient de leurs maladresses, poussent à l’eau le playboy musclé qui prend d’abordage leur plateforme, sur le lac au bord duquel se trouve le camp. Pourtant, The Burning reflète bien une culture masculine apposée sur ses personnages boutonneux.

    L’obsession de l’assaut sexuel
    Dans la scène du baseball, le dragueur principal, celui qui ose aborder les filles, reluque les fesses de la blonde qu’il convoite en lançant qu’elle lui « appartient de droit divin ». Il rigole, mais est-ce un gag ? Peu après, le maladroit du groupe fait le voyeur dans les douches. Il est enguirlandé par le musclé, celui de la plateforme, pas pour ce qu’il a fait, mais parce qu’il l’a fait en épiant sa présumée copine.

    Plus tard, le musclé, encore lui, n’est pas loin de violer sa soi-disant amie. Dans l’eau, elle se refuse en lui rappelant qu’il « a promis » de se tenir correctement. Mais « elle l’a laissé l’approcher », se défend-t-il, elle « en a envie ». Il la colle, l’enlace avec force. Elle s’en dégage – elle se défile, donc.

    Entre eux, les garçons digressent sur les manières de conquérir les filles, au sens plutôt littéral : les prendre d’assaut, les assiéger, afin d’obtenir l’objet de leurs obsessions.
    Source : https://www.letemps.ch/culture/y-40-ans-sortait-the-burning-premier-film-produit-harvey-weinstein-concentre

    #balancetonporc #culture_du_viol #viol #harcèlement_sexuel #violences_sexuelles #femmes #sexisme #weinstein #harcèlement #féminisme #domination_masculine #harvey_weinstein #cinéma #médias #déni #film #slasher

    • A lire aussi : Harvey Weinstein, vu par ses proies
      https://www.letemps.ch/societe/harvey-weinstein-proies

      Réalisé par Ursula Macfarlane, le documentaire « Untouchable » donne la parole aux femmes victimes du producteur d’Hollywood, dont le procès pour viol et agression sexuelle débutera en septembre à New York.

      https://www.youtube.com/watch?v=b-1fKna9l38

      Un prédateur sexuel assoiffé de pouvoir, aux méthodes de shérif. Untouchable, le documentaire réalisé par la Britannique Ursula Macfarlane, livre un portrait sans concession de Harvey Weinstein. Des témoignages, glaçants, constituent son fil rouge. Des femmes victimes de ses agressions sexuelles se confient, mais également des journalistes, d’anciens collaborateurs et sa secrétaire.

    • Ce qui est parlant aussi c’est le succès de ces films violophiles. Les phallosophe appelent ca « la catharsis », une soit disant purge de l’âme, mais en fait c’est seulement le plaisir sadique des dominants à se donner des idées de sévices à faire subir aux dominées.

  • Une fois de plus le droit de légitime défense est refusé aux femmes !

    Anaëlle est une jeune femme de 26 ans, déscolarisée à 15 ans, en situation de prostitution depuis ses 17 ans.

    Rappelons que le droit applicable définit le fait de recourir à la prostitution d’autrui, comme une violence sexuelle (loi 2016) et comme une atteinte portée à la dignité Humaine de l’autre (Convention des Nations-Unies de 1949).

    Un de ses « clients réguliers » était un homme de 52 ans. Cet homme l’a violée le 16 août 2017 avec un sextoy. Pour s’arracher à ce viol qu’elle était en train de subir, Anaëlle a saisi un couteau et a porté plusieurs coups, dont son client décèdera. Se défendre était nécessaire et légitime. Ce droit lui sera pourtant refusé par la justice.

    Vulnérable, exploitée, elle est poursuivie pour meurtre. À l’issue d’un procès d’une rare violence, elle vient d’être condamnée dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 mai à dix ans de prison par la Cour d’assises de l’Ain.

    Il est indubitable que la situation de prostitution d’Anaëlle a influencé la cruauté de ce verdict. Y aurait-il un régime dérogatoire pour les femmes les plus vulnérables, contre qui tout est possible ? L’argent exonère-t-il du crime de viol ? La domination masculine est-elle fondée en droit ?

    La justice a commis une faute lourde car Anaëlle est victime.

    Rappelons les obligations qui s’imposent à l’institution judiciaire s’agissant des victimes de viols : Le droit international, la Cour Européenne des Droits de l’Homme notamment, est clair : le viol est un « acte grave, qui met en jeu des valeurs fondamentales et des aspects essentiels de la vie privée ». La CEDH oblige les institutions judiciaires des Etats à protéger les femmes et tout particulièrement les personnes vulnérables.

    Un viol est un crime, « un viol c’est un meurtre psychique » pour reprendre les termes de Gisèle Halimi.

    Le droit international impose également aux juges d’interpréter la loi à la lumière des connaissances actuelles dont la société dispose sur les réactions et les conséquences traumatiques des viols sur les victimes.

    Les juges doivent connaître et maîtriser la victimologie, les notions de trauma, de dissociation, de décorporalisation notamment. C’est leur travail. Un procès d’assises n’est pas un comptoir de bar tabac ! Ils ne peuvent se faire les porte-voix d’idéologies sexistes et de faux savoir arriérés sans commettre une faute lourde et engager la responsabilité de l’Etat.

    L’obligation positive de ne pas faire subir aux femmes victimes de violences de « victimisation secondaire » lors des procédures emporte des conséquences très claires.

    Or, dans cette affaire le droit a été bafoué !

    L’avocat général, qui représente le peuple, l’intérêt de la société, a commis une faute lourde en tenant ces propos inacceptables : « Dire qu’elle est violée sauvagement et faire l’amour trois jours après… » : pour l’avocat général, son comportement signerait un « cynisme incompatible avec son récit victimaire ».

    Une telle méconnaissance de la question est effrayante et honteuse en 2021, alors que toute la société depuis 5 ans ne parle que de ça et que de gros progrès ont été faits en victimologie et dans la compréhension de ces faits par les spécialistes depuis plus longtemps encore !

    Alors que la Convention d’Istanbul qui date de 2011 apporte des éclairages scientifiques sur les conséquences des viols, alors que la jurisprudence de la CEDH mais aussi de la Cour de Cassation le précisent clairement depuis plus de dix ans.

    Près de 50 % des crimes jugés aux assises sont des viols, et il existe encore des magistrats incompétents sur ces questions.

    Dans quel monde vivons-nous pour que de tels propos soient tenus dans l’enceinte d’un lieu où la justice est supposée s’exercer pour défendre les faibles et les victimes ?

    Le sens de cette décision est inacceptable et surtout contraire à tous les droits : Les femmes doivent-elles laisser les hommes les violer ?

    Nous demandons au Ministère Public, de présenter des excuses à Anaëlle pour ces propos innommables et qui couvrent de honte la Justice.

    Nous exigeons que le Parquet général se désolidarise et forme appel de cette décision afin de requérir l’acquittement d’Anaëlle qui est victime dans cette affaire. Il a 10 jours pour le faire à compter de la date de la décision, soit jusqu’au 16 mai : il y a urgence !

    La légitime défense est un droit naturel et imprescriptible. Ce droit ne saurait être interdit aux femmes contre les violences masculines.

    Nous demandons à Monsieur Éric Dupond-Moretti de condamner ces propos de l’Avocat général, et de respecter les obligations de formation initiale et continue des magistrats et des experts à la victimologie et à la traumatologie, pour que de tels propos ne soient plus jamais entendus dans une cour d’assises ou ailleurs !

    Anaëlle a été contrainte de se défendre contre l’homme qui la violait en le tuant. Elle est victime. Elle doit être protégée et respectée.

    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/080521/une-fois-de-plus-le-droit-de-legitime-defense-est-refuse-aux-femmes

    #prostitution #misogynie #putophobie #viol #culture_du_viol #injustice #légitime_défense

  • Plaisir honteux | les éditions du remue-ménage
    https://www.editions-rm.ca/livres/plaisir-honteux

    TW pédo

    Lorsqu’un enfant est soumis à un abus sexuel par un de ses proches, il est possible (et relativement fréquent) qu’il ressente du plaisir sexuel. Le plaisir est ainsi associé aux émotions négatives et extrêmement destructrices qu’implique une relation incestueuse, et le traumatisme subi en est d’autant plus grave. Michelle Desaulniers a voulu mettre en lumière cette réalité que bon nombre d’entre nous préféreraient garder sous silence. Après avoir réalisé un film percutant d’une grande sensibilité intitulé Plaisir honteux, elle publie ce livre afin de poursuivre son questionnement sur le sujet. S’appuyant sur de nombreuses recherches scientifiques, cet ouvrage bien documenté dévoile dans toute son horreur la dynamique plaisir-abus qui s’établit entre l’agresseur et sa victime.

    Accompagnée de témoignages des plus bouleversants, la réflexion de Michelle Desaulniers nous oblige, en tant que société, à nous interroger sur notre responsabilité collective face à ce drame que vivent trop d’enfants. Devons-nous continuer d’éviter le sujet ou allons-nous regarder la réalité en face afin de trouver des solutions adéquates ?

    • d’autres via : https://twitter.com/OpalePublic/status/1220756746920132609

      " Les auteurs qui se sont penchés sur la problématique du plaisir sexuel des enfants en situation d’inceste ont décrit avec beaucoup d’indignation la manipulation extrêmement raffinée à laquelle les abuseurs soumettent leur victime . Cette indignation vient sans doute d’un constat douloureux qui semble a priori absurde : plus la relation incestueuse comporte de gratifications pour l’enfant (amour, attention, plaisir physique etc ) plus les séquelles de l’abus seront graves à long terme.

      Bref chez les enfants ainsi manipulés « en douceur » la souffrance est tout aussi vive sinon plus vive que chez ceux qui sont forcés et menacés .
      (...)
      Rappelons en effet que d’après les résultats des recherches de Jehu 1988 , 80.4 % de ses répondants (ayant ressenti du plaisir ou non ) ont participé passivement aux abus dont ils étaient victimes . Que 64.7 % ont utilisé la relation incestueuse pour recevoir de l’attention et de l’affection , que 37.2% ont participé activement à l’abus soit par besoin d’amour soit par attirance pour le plaisir physique, que 49% éprouvaient de la tendresse pour leur abuseur et que 12% (Mac Card 1985 ) déclarent être restés passifs pendant la relation à cause du plaisir physique qu’elle procurait.

      Manifestement les relations incestueuses apportent des gratificications à l’enfant tant sur le plan émotionnel que physique . Voilà un énoncé qui dérange et que tous préféreraient ignorer. Pourtant ce fait doit être reconnu et non caché et nié comme c’est généralement le cas , parce que c’est justement pour cette raison que les conséquences sont si pernicieuses . Pour un grand nombre de victimes les relations sexuelles avec l’agresseur constituent en effet l’unique possibilité de se sentir psychologiquement et physiquement appréciées et aimées ( Forward et Buck 1988 , Maltz et Holmann 1987 ).

      Pour ces enfants, recevoir ces attentions sexuelles signifie tout bonnement recevoir de l’amour .Les auteurs qui ont étudié la question du plaisir dans l’inceste s’accordent à dire que l’incapacité à reconnaître la manipulation est le propre de tout inceste commis en douceur mais que lorsque le plaisir physique est présent, il devient pratiquement impossible pour l’enfant de prendre conscience de la situation.

      Selon Courtois (1988) un grand nombre d’abuseurs se donnent beaucoup de mal pour stimuler sexuellement leur victime jusqu’à ce que celle ci soit excitée ou vive un orgasme . Les abuseurs cherchent ainsi à prouver que l’enfant voulait vraiment ces relations sexuelles.

      Ces victimes subissent un véritable lavage de cerveau leur faisant croire que ce sont elles qui sont à blâmer : certains agresseurs prennent d’autant plus de plaisir aux réponses sexuelles de l’enfant qu’elles pourront servir à justifié leur geste. C’est extrêmement perturbant pour la victime , c comme si elle entendant "tu vois tu as joui . Tu le veux vraiment et tu aimes cela .

      Courtois ajoute que devenues adultes, ces personnes voient dans la relation vécue avec l’abuseur la preuve que leur sexualité a tjs été perverse .

      Livre #Plaisir_honteux, #Michelle_Desaulniers #1998 . Québec

      #inceste #pédophilie #pédocriminalité #viol #abus_sexuels #sans_violence

    • Rappelons en effet que d’après les résultats des recherches de Jehu 1988 , 80.4 % de ses répondants (ayant ressenti du plaisir ou non ) ont participé passivement aux abus dont ils étaient victimes .

      C’est quoi « participé passivement » à l’ agression (et non à l’abus qui est un anglicisme foireux de violophiles) ?

    • yo @mad_meg je comprends que tu ais des réactions épidermiques avec le sujet, mais faut pas me rentrer dedans comme ça c’est hyper désagréable. Je sais que tu t’adresse au texte et pas à moi, mais il se trouve que les extraits que je cite me semblent sans ambiguïté ou complaisance. J’ai pas lu tout le bouquin, qui doit pouvoir être critiqué, mais je reconnais beaucoup de mon expérience dans les extraits cités, et il me semble que cet aspect de la chose est rarement dit et que c’est important de le dire. Je pense que la figure de la victime pure et innocente est extrêmement toxique. Et encore une fois, même si la ligne est ténue, il ne s’agit pas de rendre les anciennes victimes responsables des agissements,des crimes, des adultes...

  • La France #EnMarche EP60 - L’ancien régime contre-attaque Studio Crapulax
    Je croyais l’inspiration disparue à jamais... Et Pierre Jean Chalençon est apparu ! La soupe de crapules est amère mais elle est servie avec bon coeur !

    https://www.youtube.com/watch?v=gszwe_NqLCM&t=3s

    Y a vraiment pas de quoi rire !

    Source : https://twitter.com/Studiocrapulax/status/1389149374777810947

    #France #néo-libéralisme #ordo-libéralisme #injustice #populisme #violences_policières #emmanuel_macron #islamo_gauchisme #Gabriel_Attable #Affaire_Chalençon #covid-19 #coronavirus #santé #france #confinement

  • Consulter pour moins débattre ? Retour sur l’enquête publique de 1859 sur l’annexion des communes suburbaines parisiennes Alexandre Frondizi

    La consultation des habitants sur la réorganisation administrative de l’agglomération parisienne est-elle le gage d’un processus démocratique ? L’édition des réponses à la consultation publique conduite en 1859 pour recueillir les avis des habitants sur l’annexion des communes périphériques à Paris fait apparaître une certaine continuité dans les enjeux d’une telle entreprise.


    Nathalie Montel. 2012. Faire le Grand Paris. Avis des habitants consultés en 1859, Rennes : Presses universitaires de Rennes ; Paris : Comité d’histoire de la Ville de Paris

    En 1859, Georges-Eugène Haussmann convia les habitants de Paris, des dix-sept communes qui devaient être remodelées et des onze communes qui devaient être supprimées, à donner officiellement leurs avis sur « le mode et les conditions » de son projet d’extension des limites de la capitale. D’aucuns, certes très peu nombreux, se rendirent alors entre le 13 et le 27 février à leur maire pour, comme il était convenu, faire inscrire, « sous la direction et la surveillance d’un commissaire-enquêteur, [leurs] observations et réclamations » individuelles dans un registre ad hoc ou pour faire annexer au registre des dires individuels et collectifs écrits à l’avance sur papier libre. « Montrant l’extension des limites de Paris sous un jour qui n’est ni celui sous lequel l’ont montré les autorités, ni celui donné à leur suite par l’historiographie, ces écrits sont susceptibles d’alimenter d’autres histoires mais questionnent aussi notre époque », lit-on dans Faire le Grand Paris (p. 151), l’un des trois ouvrages publiés par le comité d’histoire de la Ville de Paris, à l’occasion du cent-cinquantenaire de l’extension haussmannienne du territoire de la capitale. Extraite de sa longue introduction à l’édition d’une sélection de 339 réponses individuelles et collectives à la consultation publique de février 1859, l’affirmation témoigne de deux dimensions principales du livre de Nathalie Montel : de sa confiance dans la richesse et la portée heuristique des sources publiées, mais également de l’ambition scientifique de sa présentation.

    Les ambiguïtés d’une consultation publique
    Nathalie Montel interroge effectivement l’actualité géopolitique des Franciliens. Et cela moins par une critique des projets actuels concernant le Grand Paris – toutefois suggérée dans les lignes conclusives de son texte, où elle rapproche les modalités actuelles de consultation des habitants de celles de la « démocratie césarienne » de Napoléon III (p. 154) – que par son travail novateur d’historicisation des enquêtes publiques en matière de redéfinition du territoire métropolitain. En mettant constamment en rapport les enjeux et les formes concrètes prises par la procédure consultative, elle propose une interprétation stimulante de ce qu’enquêter veut dire en 1859, et donc des biais des sources éditées par ses soins.

    Cette consultation publique constituait d’abord une stratégie pour cantonner « les modalités de la protestation [contre l’extension des limites parisiennes] à des formes pacifiques » (p. 116). L’inscription de l’enquête dans son contexte dialogique montre qu’elle permettait aux autorités de faire « sortir le débat de la sphère médiatique où il avait pris place […] pour le confiner dans l’univers administratif et législatif » (p. 134). Surtout, aux yeux de Nathalie Montel, cet encadrement du débat provoquerait une définition étatique de l’espace public et du politique dans laquelle les déposants demeuraient prisonniers malgré eux : « ils adoptent le grand partage implicite qui veut que les autorités soient seules habilitées à dire l’intérêt général, et à en discuter les fondements, les particuliers ne pouvant faire état que d’intérêts privés que l’enquête est précisément destinée à recueillir » (p. 116). On peut néanmoins se demander s’il n’y a pas ici une surestimation de l’efficacité « pacificatrice » de la procédure, qui aurait pu être contournée par ceux à qui elle se destinait. Haussmann lui-même prit conscience de ce danger de débordement, lorsqu’il reprocha aux notabilités de La Villette d’avoir pris le risque de faire participer à l’enquête les ouvriers locaux.

    La suite : https://metropolitiques.eu/Consulter-pour-moins-debattre-Retour-sur-l-enquete-publique-de-1859-
    #démocratie #politique #économie #france #démocratie_ #histoire #paris #grand_paris #banlieue #urbanisme #Haussmann #commission_Merruau #confiscation #Rues #territoires #repères #Paris #annexion #ville #architecture #cartographie #concertation #participation #villes #logement #géographie_urbaine #gentrification #consultation

  • Une nuit à Jérusalem, avril 2021
    https://visionscarto.net/une-nuit-a-jerusalem-avril-2021

    Ces dernières semaines ont été marquées par de nombreux incidents aux portes de la Vieille ville de Jérusalem. Les affrontements entre des ultra-nationalistes juifs, de jeunes Palestiniens et les forces de police de la municipalité ont conduit à de nombreuses arrestations et hospitalisations. Pour beaucoup de personnes en France, l’annonce de ces violences nocturnes a suscité malaise et incompréhension. Face à ces hordes de jeunes d’extrême droite qui prennent d’assaut les abords de la Vieille ville et (...) #Billets

  • A night in Jerusalem, April 2021
    https://visionscarto.net/a-night-in-jerusalem-april-2021-767

    The last few weeks have been marked by numerous incidents at the gates of the Old City of Jerusalem. Clashes between Jewish ultra-nationalists, young Palestinians and the municipality’s police force have led to numerous arrests and hospitalisations. For many people in France, the announcement of this nightly violence caused unease and incomprehension. Faced with these hordes of extreme right-wing youths storming the outskirts of the Old Town and wanting to “smash Arabs”, the memory of the (...) #Articles

  • L’autre chantier haussmannien : changer les noms des rues de Paris Cédric Feriel

    À la suite de l’annexion de la « petite banlieue » en 1860 https://metropolitiques.eu/Consulter-pour-moins-debattre-Retour-sur-l-enquete-publique-de-1859- , la plus grande opération de modification des noms de voies est engagée sous l’autorité de la commission Merruau, étudiée par l’historienne Florence Bourillon. Sous le Second Empire https://metropolitiques.eu/Haussmann-de-la-modernite-a-la.html , la transformation urbaine de la capitale passe aussi par la dénomination des rues : ce chantier a fixé les repères actuels de nos déplacements dans la capitale.


    Florence Bourillon (textes prés. et éd. par.), Changer les noms des rues de Paris. La Commission Merruau – 1862, Rennes : Presses universitaires de Rennes/Paris : Commission des travaux historiques/Paris : Comité d’histoire de la Ville de Paris, 2012, 345 p.

    Les transformations de Paris effectuées sous la direction du Baron Haussmann, préfet de la Seine, sont bien connues du grand public, mais souvent réduites à leur versant le plus spectaculaire ou polémique, comme celui des grandes percées et des opérations immobilières qui y sont liées. Des publications récentes (Pinon 2002 ; Pinol et Garden 2009) ont permis de rendre compréhensible l’étendue des opérations menées sous le Second Empire. L’un des chantiers les plus ambitieux de la période est probablement l’annexion partielle ou totale, en 1860, de vingt-quatre communes limitrophes de la capitale, https://metropolitiques.eu/Consulter-pour-moins-debattre-Retour-sur-l-enquete-publique-de-1859- lui donnant (presque) ses frontières administratives actuelles. Elle a constitué un immense défi d’aménagement. Depuis 1990, plusieurs ouvrages, faisant suite à des expositions, ont tenté d’éclairer les enjeux de cette annexion (Cohen et Lortie 1992 ; Lucan 1996). À l’occasion du 150e anniversaire des limites actuelles de Paris, Florence Bourillon a organisé avec Annie Fourcaut un colloque à l’université Paris‑1 en octobre 2010 avec l’ambition de « mettre un terme à l’amnésie sur l’origine de l’agrandissement de la capitale » (Bourillon et Fourcaut 2012, p. 9). Le présent ouvrage poursuit ce travail en s’intéressant cette fois-ci à l’une des conséquences de l’annexion : l’unification du nouveau territoire parisien. Xavier Malverti et Aleth Picard ont montré les efforts considérables menés par l’administration de la capitale pour normaliser les voies publiques entre le Paris historique et les communes annexées (Malverti et Picard 1996). Le travail mené par Florence Bourillon souligne encore davantage la très forte empreinte de cette période sur la formation des repères parisiens actuels. Il constitue la première étude des archives liées à l’activité de la commission administrative dite « Merruau », du nom de son président, chargée par Haussmann en 1860 de proposer des solutions pour réformer le système de numérotation et la dénomination des voies de la capitale agrandie. Il ne s’agit donc pas, on l’aura compris, d’un nouveau livre sur l’histoire des rues de Paris, mais bien de la redécouverte de l’un des grands travaux haussmanniens.

    L’auteure présente les conclusions de ses recherches dans une introduction développée (82 pages) dotée de nombreux tableaux et cartes statistiques et organisée selon une trame chronologique (formation de la commission ; travaux ; propositions ; devenir des propositions). À la suite sont reproduits les principaux documents de la commission Merruau : le Rapport terminal (41 p.) et la version intégrale des tableaux de changements de noms présentés par arrondissement (198 p.). Enfin, en annexe figure une lettre d’Haussmann de 1864 mettant en évidence le devenir des recommandations de la commission.

    Normaliser les repères urbains : une annexion par les mots
    L’un des apports de l’ouvrage porte sur les longs débats préparatoires qui ont occupé les membres de la commission au sujet de l’adoption d’une méthode uniforme de repérage dans l’espace parisien, méthode qui est aujourd’hui toujours en vigueur (chapitre 2). De ce point de vue, l’ouvrage intéressera ceux qui suivent les recherches actuelles sur les mots de la ville (Topalov et al. 2010).

    En effet, la commission Merruau a procédé à l’inventaire de toutes les dénominations usitées pour les voies de Paris dans ses nouvelles frontières pour ne conserver qu’une liste de termes jugée suffisante pour dire la ville (« boulevard, cours, avenue, rue, ruelle, faubourg, quai, place, impasse »). Il s’agit là de la première tentative de fixer une codification institutionnelle des termes de voiries, justifications à l’appui. Concernant la numérotation des immeubles, c’est tout le système qui est soumis à évaluation. Faisant preuve d’ouverture, les membres envisagent toutes les pratiques existant alors en Europe : une numérotation continue pour toute la ville à partir d’un point de référence (Italie, Pologne) ; une division de la ville en quartiers ayant chacun sa numérotation (Moscou, Vienne) ; une numérotation par pâté de maison (Karlsruhe) ; une numérotation des immeubles par rue par ordre croissant en commençant par un côté pour revenir à l’autre (Berlin). La commission exclut toutes ces méthodes au profit du maintien du système parisien introduit en 1805 : numérotation par rue, alternant côté pair et impair, en prenant pour référence la Seine. Les rues « parallèles » à la Seine ont le numéro 1 en amont du fleuve, les rues « perpendiculaires » ont le numéro 1 au plus proche du fleuve. En progressant dans les rues, le côté pair doit être à main droite.

    Au terme du processus, c’est en grande partie le système du Paris traditionnel qui est étendu au Paris agrandi – une sorte d’annexion par les mots et les normes qui a largement été oubliée aujourd’hui.

    Entre esprit de système et refus du bouleversement
    Depuis les Comptes fantastiques https://metropolitiques.eu/Les-comptes-fantastiques-du-grand.html d’Haussmann de Jules Ferry (1868), l’image du préfet de la Seine a souvent été dénigrée pour l’ampleur et la violence des destructions qu’il aurait directement causé, bouleversant la capitale.

    . . . . . . .
    La suite : https://metropolitiques.eu/L-autre-chantier-haussmannien.html

    #paris #banlieue #urbanisme #Haussmann #commission_Merruau #confiscation #Rues #territoires #repères #Paris #annexion #ville #architecture #cartographie
    #villes #logement #géographie_urbaine #gentrification

  • Etats-Unis : la communauté asiatique « en état de siège »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/07/etats-unis-la-communaute-asiatique-en-etat-de-siege_6079469_3210.html

    Dès que l’épidémie de Covid-19 s’est répandue hors de Chine, en février 2020, le professeur Russell Jeung s’est douté de ce qui attendait la communauté asiatique aux Etats-Unis. Doyen du département d’études américano-asiatiques à l’université de San Francisco, il a ouvert un site pour recueillir les témoignages des victimes d’incidents racistes : Stop AAPI Hate (AAPI ou Asian Americans and Pacific Islanders, terme qui désigne la communauté des Américains d’origine asiatique et du Pacifique). Le déferlement de récits l’a « horrifié ». Insultes, menaces, harcèlement. « On a dû créer une catégorie spéciale pour les gens qui avaient essuyé des crachats ou des toux intentionnelles », raconte-t-il.Ce que l’universitaire n’avait pas prévu – mais « c’était tristement inévitable », dit-il –, c’est que la haine irait jusqu’à tuer. (...)
    Les Américains d’origine asiatique ont connu d’autres périodes sombres. Dans les années 1980, le ressentiment contre l’automobile japonaise a coûté la vie au technicien chinois Vincent Chin, battu à mort en juin 1982 près de Detroit (Michigan) par un contremaître de Chrysler et un ouvrier licencié. En 1992, les émeutes de Los Angeles, après l’acquittement des policiers responsables du tabassage de Rodney King, ont laissé plus de 2 200 échoppes coréennes pillées et incendiées. La mémoire collective est émaillée de références historiques douloureuses : la loi de 1882 d’exclusion des Chinois (Chinese Exclusion Act) ; l’internement de 120 000 Japonais et d’Américains d’origine japonaise, en 1942, après Pearl Harbor. Même le Titanic en 1912 n’a pas souffert d’exception. Six des survivants étaient chinois. Quand ils sont arrivés à New York, ils ont été expulsés.
    Un dépliant réalisé par la Fédération coréenne américaine de Los Angeles pour sensibiliser aux crimes haineux anti-asiatiques avec l’instruction d’appeler le 911 dans le quartier Koreatown de Los Angeles, lundi 29 mars 2021.
    Depuis mars 2020, les Américains d’origine asiatique font figure de boucs émissaires de la pandémie. Selon un sondage du Pew Research Center publié le 21 avril, 45 % d’entre eux ont été témoins d’au moins un incident, 32 % disent avoir peur d’être attaqués. Et 81 % citent la montée de la violence comme le phénomène qui les angoisse le plus. « On est arrivés à un point où les gens craignent plus le racisme de leurs compatriotes que le Covid-19, déplore le professeur Jeung. Nous sommes une communauté en état de siège. »Les Asiatiques sont la minorité qui croît le plus rapidement aux Etats-Unis. Ils étaient 10,5 millions en 2000 ; 18,9 millions en 2019 (+ 81 %). Plus de la moitié d’entre eux sont nés à l’étranger. Le mythe de la « minorité modèle », mis en avant dans les années 1980 par les conservateurs pour montrer – essentiellement aux Noirs – que tout le monde peut s’en sortir, est trompeur. La communauté asiatique est celle où les inégalités de revenus sont les plus prononcées. Les Américains sont abreuvés de statistiques sur les performances scolaires des jeunes Asiatiques (35 % d’entre eux ont un score de plus de 700 points au test d’entrée à l’université contre 9 % des Blancs et 1 % des Noirs). Ou sur leur réussite, illustrée – caricaturée – par le film Crazy Rich Asians (Jon Chu, 2018). Ils sont peu conscients de la vulnérabilité qui subsiste dans la population asiatique, notamment chez les femmes et les personnes âgées, principales victimes des agressions actuelles.
    Le site Stop AAPI Hate, qui avait été mis en place en 2020 par le professeur Jeung et deux associations, sans la moindre subvention, s’est vu attribuer une bourse de 300 000 dollars de l’Etat de Californie. Il a publié un nouveau rapport jeudi 6 mai ; 6 603 incidents lui ont été rapportés entre le 19 mars 2020 et le 31 mars 2021. Les victimes signalent des micro-agressions de tous ordres : remarques stéréotypées sur les goûts alimentaires des Chinois, leur aptitude aux maths, discrimination au travail. « Dès qu’un employé asiatique tousse dans un bureau, il est invité à rester chez lui alors que ça n’est pas le cas pour les autres », remarque Russell Jeung.
    Une manifestation pour exiger la fin des violences anti-asiatiques, le 4 avril 2021, à New York. Longtemps, les victimes ont enfoui les blessures dans la nécessité de « se fondre dans le paysage ». « Les Asiatiques ne se plaignent pas, et encore moins de racisme », résume le professeur. Mais les attaques sacrilèges contre les anciens ont entraîné une mobilisation sans précédent. Une nouvelle génération se fait entendre, qui discute pendant des soirées entières sur Clubhouse, le forum audio en ligne. « Ce que les parents nous ont enseigné, c’est : ne t’occupe pas des autres, sois aussi Américain que possible et travaille », témoigne Wenchi Yu, une analyste financière qui a longuement hésité à envoyer un message alertant ses collègues. Elle l’a effacé, puis finalement reposté. « C’est important d’avoir les Blancs avec nous. »Jess Owyoung, 37 ans, une éducatrice pour enfants handicapés, a cofondé l’association Compassion in Oakland, un nom volontairement œcuménique dans une ville qui compte parmi les plus multiethniques du pays. « Ce qu’on voudrait surtout, c’est plus d’empathie dans les quartiers », explique-t-elle. Ses grands-parents avaient un atelier de couture dans le quartier chinois. Pour elle, Chinatown, une collection de huit rues animées, entre downtown et autoroute, était un endroit festif, même si un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté. Fin janvier, elle a été atterrée quand un homme de 91 ans, qui aurait pu être son grand-père, a été poussé et projeté violemment au sol. « C’est tellement injuste. Nos grands-parents ont tellement travaillé et pendant si longtemps. » En fait, il s’est trouvé que la victime, dont l’identité n’a pas été révélée, était hispanique ; l’agresseur, Yahya Muslim, un homme de 28 ans, souffrait de troubles psychiatriques.
    Compassion in Oakland compte maintenant 400 bénévoles qui patrouillent le week-end avec des gilets fluo. Le groupe a distribué plusieurs milliers de sifflets d’urgence dans le quartier. Une collecte sur GoFundMe a permis de recruter des vigiles privés. « C’est la première fois qu’il y a un mouvement de cette ampleur consacré exclusivement aux Asiatiques », se réjouit Jess Owyoung.Kye Kim Perrot, une juriste d’origine coréenne, a lancé mi-avril une association, CaliKyeCab, qui rembourse les courses en taxi. Au début, elle payait de sa poche. En deux semaines, elle a collecté plus de 13 000 dollars et pu offrir plus de 300 trajets à des habitants qui avaient peur de sortir, même pour aller à leur rendez-vous médical. Bao Nguyen, 45 ans, informaticien d’origine vietnamienne, se trouvait dans le métro avec sa mère de 82 ans, quand ils ont été pris à partie. Il ne la laisse plus sortir seule, même pour son exercice matinal de taï-chi dans le parc. « Quand j’étais jeune, il y avait de la pauvreté et de la criminalité à Oakland, mais la race n’était pas un facteur, assure-t-il. J’ai été élu vice-président de ma classe de dernière année à Berkeley ! »
    Le Covid-19, selon lui, a tout changé, surtout en année électorale. Selon le sondage du Pew Research Center, 20 % des Asiatiques rendent Donald Trump directement responsable de la montée de la violence, pour avoir constamment qualifié la pandémie de « virus chinois ». Mais l’ancien président a aussi ses supporteurs, comme Meina Young, une quinquagénaire installée avec une pancarte à Portsmouth Square, au cœur du Chinatown de San Francisco, où se mêlent joueurs de cartes, drapeaux de Chine populaire et taïwanais. « Assez de discours ! Place à la loi et l’ordre ! », réclame-t-elle.Bao Nguyen a créé lui aussi une association, One Dollar Rides, qui met en contact des habitants qui ont peur de circuler à pied avec des volontaires triés sur le volet. « Beaucoup de non-Asiatiques essaient d’aider, note-t-il, mais il y a un problème de confiance. » Le cofondateur de One Dollar Rides est Marcus Chun Chung, 26 ans, un étudiant de Berkeley qui a quitté Hongkong en 2015 (son vrai nom, souligne-t-il, est Tsz, malheureusement « imprononçable »). « J’ai vu ces épouvantables vidéos sur les réseaux sociaux. Je voulais faire quelque chose. » Depuis un an, il est pris à partie mais il ne se démonte pas. « Qu’est-ce que tu fais ici ? », lui a demandé une femme à la caisse d’un magasin. Il a fait mine de ne pas comprendre : « Je paie mes achats. » Un homme dans un fast-food a traité devant lui les Asiatiques de « lézards ». Marcus lui a demandé dans « quel genre d’école » il avait été scolarisé. « Je suis grand, dit-il. Ils ne s’en prennent pas trop à moi. »

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#asie#sante#minorite#pandemie#discrimination#violence

  • Lecture d’un extrait du livre « À la folie » de Joy Sorman

    http://liminaire.fr/radio-marelle/article/a-la-folie-de-joy-sorman

    Joy Sorman s’est rendue une fois par semaine, pendant un an, en observatrice, dans une unité psychiatrique. Ce récit documentaire en immersion, entre enquête et roman, restitue dans une approche directe différents témoignages de cadres de santé, infirmiers, intermédiaires, médecins, et de patients rencontrés lors de ses visites : schizophrènes, paranoïaques, bipolaires. (...) #Radio_Marelle / #Écriture, #Histoire, #Langage, #Livre, #Lecture, #Récit, #Vidéo, #Voix, #Foot, #En_lisanten_écrivant, #Mémoire, #Corps, #Podcast, #Folie, #Internement, (...)

    http://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_a_la_folie_joy_sorman.mp4

    https://editions.flammarion.com/a-la-folie/9782080235336

  • A son procès en diffamation, Assa Traoré dénonce « une criminalisation des victimes »
    Le Monde avec AFP Publié 7 mai 2021 à 00h44, mis à jour à 08h38
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/07/a-son-proces-en-diffamation-assa-traore-denonce-une-criminalisation-des-vict

    (...) « Je suis juste une sœur qui demande justice »

    Droite à la barre, Assa Traoré a repris le discours qu’elle martèle depuis cinq ans : « Je suis juste une sœur qui a perdu son frère et qui demande la justice. » Adama Traoré, un jeune homme noir de 24 ans, est mort dans la caserne de Persan près de deux heures après son arrestation dans sa ville de Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), au terme d’une course-poursuite un jour de canicule.

    Depuis ce jour, sa famille se bat pour voir les gendarmes sur le banc des accusés. « Si mon frère n’avait pas croisé la route de ces gendarmes, il ne serait pas mort. Si la justice avait fait toutes les investigations, je n’aurais pas été là aujourd’hui », a dénoncé Assa Traoré. Depuis cinq ans, des juges d’instruction tentent de déterminer les causes de cette mort, s’appuyant sur des expertises médicales dont les conclusions divergent quant à la responsabilité des gendarmes, lesquels, à ce stade, ne sont pas mis en examen.

    #Violences_policières