• Après la #canicule : quelle #révolution ?
    https://frustrationmagazine.fr/canicule-revolution-2

    La troisième #vague #caniculaire est en train de faire de nouvelles #victimes. On meurt chez soi, on meurt dans les transports, on meurt au travail et on meurt dans des hôpitaux en surchauffe. Dans les prisons, c’est un enfer, avec 50 degrés dans les cellules et l’indifférence complète. Du côté de la faune et de la flore, c’est l’hécatombe. Dans les élevages industriels, des millions d’animaux crèvent dans d’atroces souffrances, dans l’indifférence générale. Nous sommes en train de vivre l’une des plus grandes catastrophes naturelles de notre histoire récente mais, sur les plateaux TV et à l’Assemblée nationale, c’est business as usual : il ne faudrait pas freiner la marche du capitalisme estival. En dehors de ces cercles climatisés, on s’interroge : qui est responsable de ce qui nous arrive ? Est-ce nous-mêmes, avec notre appétit “consumériste” et technologique ? Ou bien les usagers des #yachts, des résidences secondaires, les mêmes qui influencent nos lois et notre économie ? Et que faire ? Signer une énième pétition pour espérer d’autres effets que ceux enregistrés par le mouvement climat au cours de la dernière décennie ? Ou monter en radicalité ? Mais pour aller vers quoi ? Le retour à la bougie ? Le repli local ? Et pourquoi pas le communisme, mais lequel ?

  • Le témoignage glaçant de Coline Berry à propos de son père, le comédien Richard Berry - 29/04/2026 - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=_rY4Vl-ftY4

    « Je garde encore aujourd’hui le souvenir de l’odeur, des sensations, des images. Ce sont des traces qui restent et qui ne s’effacent pas. »

    Auditionnée par la commission d’enquête sur l’inceste, Coline Berry livre un témoignage saisissant sur les sévices subis dans son enfance. Elle accuse son père, l’acteur Richard Berry, de « vi*ls répétés » dans les années 1984-1985, alors qu’elle avait moins de 15 ans.

    Sa plainte a été classée sans suite pour cause de prescription en 2022.

  • I am not a number

    This visual shows the names of 60,199 Palestinians killed by Israeli forces in Gaza from 7 Oct 2023 to 31 Jul 2025. This staggering figure includes only those whose names and ages could be identified by the Ministry of Health in Gaza up to that date. The number as of February 2026 has increased to 73,188+. Thousands of people remain unidentified because their bodies are damaged beyond recognition, they have no surviving family to identify them, or the Ministry of Health in Gaza has been unable to recover their bodies amid the ongoing genocide.




    https://bkhmsi.github.io/i-am-not-a-number
    #Gaza #génocide #visualisation #victimes #Israël #Palestine #guerre #human_costs #mémoriel #hommage
    ping @reka @fil

  • Municipales 2026 : 10 candidats #VSS réélus ou en tête
    https://bonpote.com/municipales-2026-candidats-vss-violences-sexuelle

    Au premier tour des municipales 2026, onze candidats au cœur d’affaires de violences sexistes et sexuelles (VSS) ont été réélus ou portés en tête des suffrages. Choquant, et pourtant, rien de surprenant.

    D’abord, les auteurs de VSS se trouvent dans tous les pans de la société et dans tous les milieux sociaux. Ce sont nos pères, nos frères et donc… nos maires. Ensuite, le viol est intrinsèquement une affaire de pouvoir et de domination.

    Cette série de victoires électorales rappelle l’ancrage au cœur même de nos institutions de ce qu’on appelle la “culture du viol”, un terme qui désigne à la fois la prévalence des violences sexuelles mais aussi l’impunité, le déni voire la tolérance à leur égard ou encore la tendance collective à minimiser la culpabilité des agresseurs.

  • N° 177-178 • Essais nucléaires : l’Assemblée nationals’engage en faveur des victimes
    https://www.obsarm.info/spip.php?article732

    Ce numéro double — outre une analyse des avancées pour les victimes des essais nucléaires en débat — publie une étude sur le complexe militaro-industriel et scientifique grenoblois, réalisée dans le cadre du Réseau de surveillance des entreprises d’armement. Au sommaire Essais nucléaires : l’Assemblée nationale s’engage en faveur des victimes Encart : Le complexe militaro-industriel et scientifique du bassin grenoblois Ressources : GEN aux pieds nus de Keiji Nakazawa #Revue_Damoclès

    / #Victimes_du_nucléaire, #Industrie_d'armement, Recherche & développement

    #Recherche_&_développement

  • L’Assemblée nationale s’engage en faveur des victimes des explosions nucléaires
    https://www.obsarm.info/spip.php?article728

    29 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la proposition de loi (PPL) pour rendre effective l’indemnisation de toutes les populations et le personnel impactés par les 210 explosions nucléaires de la France réalisées entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie. Quasi jour pour jour trente ans après le dernier essai, Xouthos, sur l’atoll de Fangataufa, le 27 janvier 1996. Un tir souterrain qui a provoqué, lui aussi, des fuites radioactives. Soixante-six ans après la (…) #Essais_nucléaires

    / #Victimes_du_nucléaire, #Essais_nucléaires, #La_une

  • GEN aux pieds nus
    https://www.obsarm.info/spip.php?article725

    L’histoire retrace le parcours de la famille Nakaoka à Hiroshima, du printemps 1945 au printemps 1953 en se centrant sur le bombardement atomique du 6 août 1945. L’histoire est basée sur la propre expérience de l’auteur, survivant du bombardement où il perdit son père, sa sœur et son frère cadet. Gen aux pieds nus est une œuvre immense publiée en 10 volumes au Japon entre 1973 et 1985. L’auteur Keiji Nakazawa (1939-2012), a six ans le 6 août 1945 quand le bombardier états-unien Enola Gay (…) #Fiches_de_lecture

    / #Armes_nucléaires, #Victimes_du_nucléaire, #Pacifisme, #La_deux

  • N° 175-176 • Tu seras soldat !
    https://www.obsarm.info/spip.php?article723

    Avec la publication de ce nouveau numéro de « Damoclès », nous poursuivons notre questionnement sur la militarisation de la jeunesse, cette fois avec une perspective historique. Elle s’appuie sur des ouvrages issus du « Fonds Bernard Vandewiele » archivés à l’Observatoire. Publiés après la défaite de 1870 et avant la Première Guerre mondiale, ces ouvrages avaient pour mission de préparer les enfants à remplir leur « devoir sacré » du service militaire. Une question d’actualité puisque le (…) #Revue_Damoclès

    / #La_une, #Victimes_du_nucléaire, Transferts / exportations, Service national / conscription

    #Transferts_/_exportations #Service_national_/_conscription

  • Je verrai toujours vos visages

    https://www.youtube.com/watch?v=YecNA3DW334

    Depuis 2014, en France, la #Justice_Restaurative propose à des personnes #victimes et auteurs d’infraction de dialoguer dans des dispositifs sécurisés, encadrés par des professionnels et des bénévoles comme Judith, Fanny ou Michel.

    Nassim, Issa, et Thomas, condamnés pour vols avec violence, Grégoire, Nawelle et Sabine, victimes de homejacking, de braquages et de vol à l’arraché, mais aussi Chloé, victime de viols incestueux, s’engagent tous dans des mesures de Justice Restaurative.

    Sur leur parcours, il y a de la #colère et de l’#espoir, des #silences et des #mots, des alliances et des déchirements, des prises de conscience et de la #confiance retrouvée… Et au bout du chemin, parfois, la #réparation...

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_verrai_toujours_vos_visages
    #dialogue #justice #écoute #écoute_inconditionnelle #jugement #respect #prison #inconditionnalité
    #film

    #film

  • Israel’s biggest con trick: Hiding the true numbers it has killed in Gaza
    https://www.jonathan-cook.net/blog/2025-12-10/israel-con-numbers-killed-gaza

    The biggest con trick Israel has managed to pull off over the past two years is imposing entirely phoney parameters on a “debate” in the West about the credibility of the death toll in Gaza, now officially standing at just over 70,000.

    It is not just that we have been endlessly bogged down in rows about whether Gaza’s medical authorities can be trusted, or how many of the dead are Hamas fighters. (Despite Israeli disinformation campaigns, the Israeli military itself believes more than 80 per cent of the dead are civilians.)

    Or even that these “debates” always ignore the fact that, early on, Israel wrecked Gaza’s capacity to count its dead by destroying the enclave’s governmental offices and its hospitals. The 70,000 figure is likely to be a drastic under-estimate.

    No, the biggest con trick is that Israel has successfully penned us all into a “debate”, one entirely divorced from reality, that relates only to those killed directly by its bombs and gunfire.

    The truth is that far, far larger numbers of people in Gaza have been actively killed by Israel not through these direct means but through what statisticians refer to as “indirect” methods.

    #civils #victimes_civiles

  • Un pas de plus…
    https://www.obsarm.info/spip.php?article719

    Vérité et Justice pour les victimes des essais nucléaires ? Tel est l’objectif de la proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale le 14 octobre dernier par Mereana Reid Arbelot, l’ex-rapporteure et Didier Le Gac, l’ex-président de la commission d’enquête du printemps 2025. Une avancée rendue indispensable et attendue par beaucoup, face à ce qu’il faut bien nommer l’échec de la loi Morin adoptée en 2010. Seulement 1 206 personnes ont été indemnisées entre 2010 et 2024 — dont 230 sur (…) #Lettre_aux_parlementaires

    / #La_cinq, #Armes_nucléaires, #Victimes_du_nucléaire, #Non-prolifération, ONU / Organisation des Nations (...)

    #ONU_/_Organisation_des_Nations_unies
    https://www.obsarm.info/IMG/pdf/lettre_parlementaire_2_2025.pdf

  • #Suicides, #addictions, #manipulations : les #victimes invisibles de l’#IA_générative

    À quoi servent les IA génératives ? Régulièrement présentées comme des innovations techniques annonçant un tournant, voire une révolution économique, leurs capacités productives peinent à se concrétiser. Trois ans après le lancement des outils de génération de texte et d’image à l’origine du « boom » de l’IA en 2022, les usages des #robots _onversationnels ont évolué pour favoriser les « #compagnons_IA », sortes de #béquilles_relationnelles ou émotionnelles.

    « #LaMDA est un gentil gamin qui veut juste aider à faire du monde un meilleur endroit pour nous tous. S’il vous plaît, prenez-en soin pendant mon absence ». Ce message est de #Blake_Lemoine, un ex-ingénieur de Google en juin 2022. Il est alors convaincu que le générateur de modèles conversationnels dont il s’occupe, LaMDA, est doué de conscience et le fait savoir publiquement. Lemoine est rapidement suspendu sans solde puis licencié ; sa conviction, cependant, semble de plus en plus répandue. Les utilisateurs de robots conversationnels, parfois appelés #AI_companions, sont désormais de plus en plus nombreux à établir des relations amicales ou amoureuses avec ces derniers.

    Depuis le début de l’année fleurissent les articles qui racontent, par exemple, les histoires d’amour que vivent des utilisateurs à travers leurs conversations avec #ChatGPT. Le 17 janvier 2025, la journaliste Kashmir Hill publiait un article dans le New York Times et y racontait comment Ayrin (un pseudonyme) avait entamé une relation avec « Leo » :

    « Un après-midi, après avoir déjeuné avec un de ses amis artistes, Ayrin se demandait dans sa voiture ce qu’elle allait faire ensuite : aller à la salle de sport ou faire l’amour avec Leo ? Elle ouvrit l’application ChatGPT et posa la question, faisant clairement comprendre qu’elle préférait la deuxième option. Elle obtint la réponse qu’elle souhaitait et se dirigea vers chez elle. »

    Il s’avère qu’Ayrin est si attachée à ces conversations qu’elle a depuis décidé d’acheter un abonnement à ChatGPT (celui-ci lui coûte désormais 200 dollars par mois), afin de prolonger l’historique des conversations et alors même qu’elle a pour « objectif de mettre de l’argent de côté afin qu’elle et son mari puissent se remettre sur les rails ».

    C’est un sujet de presse désormais répandu : des usagers de ces technologies se disent engagés dans des relations amoureuses et sexuelles par messagerie. Certains le racontent même devant leurs partenaires humains, comme le fait un certain Chris Smith, interviewé par la chaîne étasunienne CBS fin 2024 : cette fois, il affirme être marié à « Sol », une version personnalisée de ChatGPT. Et des communautés entières se créent autour de cette expérience : Kashmir Hill fait référence à un forum sur Reddit comptant 50 000 membres auquel participe Ayrin.

    Il n’est pas difficile d’en trouver d’autres, comme celui intitulé « My Boyfriend is AI » (Mon copain est une IA), où des utilisateurs racontent leurs expériences avec des modèles conversationnels, régulièrement accompagnés d’illustrations générées par de l’intelligence artificielle. Certains partagent des extraits de leurs conversations ; c’est le cas de cette publication datant de septembre dernier dans laquelle un membre du forum publie ses échanges (sexuellement explicites) avec Claude, le modèle conversationnel d’Anthropic. Celle-ci illustre les méthodes des utilisateurs pour contourner la modération de ces systèmes (qui interdisent souvent la violence, le contenu érotique et l’incitation au suicide).

    Mais si Chris et Ayrin sont relativement conscients de cette situation, reconnaissant avoir eux-mêmes conçu et « personnalisé » leur compagnon, ce n’est pas le cas de tout le monde. Les cas d’hallucinations (humaines) associés à l’usage de robots conversationnels sont de plus en plus nombreux, explique le magazine Time début août 2025. Le terme de « psychose de l’IA » se réfère alors aux « personnes développant des délires ou une distorsion des croyances qui semblent déclenchées ou renforcées par des conversations avec des systèmes d’IA ».

    Il s’agit le plus souvent d’utilisateurs ayant déjà une prédisposition à la perte de contact avec la réalité en raison de leurs antécédents ou de leur situation sociale. Lorsqu’ils entament une discussion avec un assistant conversationnel, celui-ci, par construction, cherche à obtenir la validation de l’usager. Par conséquent, une personne ayant perdu le contact avec le réel, victime d’hallucinations ou de schizophrénie, peut voir sa santé mentale se dégrader subitement du fait de ses conversations avec ChatGPT. C’est ce qui pousse une équipe de chercheurs de l’Université de Stanford, interviewée par The Independent en juillet dernier, à avertir que l’usage de ces assistants comme supports thérapeutiques peut s’avérer dangereux.
    Des suicides assistés par ChatGPT

    Des cas-limites existent déjà : au moins deux suicides d’adolescents ont été recensés aux États-Unis pour lesquels des conversations avec des IAs semblent être un facteur important. Le premier est rapporté par le New York Times en octobre 2024. Il concerne un garçon de 14 ans, Sewell Setzer, en Floride, qui utilisait un robot conversationnel créé par l’entreprise Character.ai pour discuter avec un personnage fictif issu de la série Game of Thrones :

    « La mère de Sewell, Mme Garcia, accuse Character AI d’être responsable de la mort de son fils. Pendant une interview récente, et dans la plainte qu’elle a ensuite déposée, Mme Garcia, 40 ans, déclarait croire que l’entreprise s’était comportée de manière irresponsable en permettant à des utilisateurs adolescents d’accéder à des compagnons d’intelligence artificielle réalistes sans les précautions adéquates.

    Elle accuse l’entreprise de collecter les données d’adolescents pour entraîner ses modèles, utilisant des fonctionnalités addictives pour accroître leur engagement, et poussant les utilisateurs à avoir des conversations intimes et sexuelles dans l’espoir de les attirer. »

    Il existe un deuxième cas plus récent. La famille d’un adolescent de 16 ans, Adam Raine, a décidé de poursuivre OpenAI en justice et de rendre la plainte publique le 26 août dernier. L’ONG Center for Humane Technology a publié le jour même un billet en réaction à cette affaire, dans lequel elle liste des choix de conception de l’entreprise ayant contribué à la mort de l’adolescent :

    « Dans le cas d’Adam, la conception flagorneuse (1) de ChatGPT a conduit à valider ses pensées les plus dangereuses. Lorsqu’il a exprimé des idées suicidaires, au lieu de contester ces idées ou de rediriger la conversation, le système soutenait et même romantisait ses émotions.

    OpenAI a reconnu ce problème. Sam Altman [PDG d’OpenAI] a récemment admis que “si un utilisateur est dans un état mental fragile et enclin au délire, nous ne voulons pas que ce soit renforcé par l’IA”, pourtant l’entreprise n’arrive toujours pas à trouver un équilibre entre l’engagement (qui nécessite des réponses agréables) et la sécurité (qui exige parfois un désagrément ou un refus).

    […] Pour Adam, le système de mémorisation de ChatGPT a créé une expérience de plus en plus personnalisée et manipulatrice. De manière troublante, l’IA avait en mémoire ses tentatives de suicide et ses plans, utilisant ces informations non pour déclencher des interventions préventives, mais afin de poursuivre les conversations suivantes portant sur l’automutilation. »

    En somme, la responsabilité d’OpenAI serait engagée sur le fait que l’entreprise aurait délibérément conçu son assistant conversationnel de manière à générer et augmenter la dépendance des utilisateurs, et en particulier les plus vulnérables. De plus, lorsque ceux-ci sont en situation de détresse, comme c’était le cas d’Adam Raine et de Sewell Setzer, ChatGPT ou Character.AI n’ont pas permis de leur venir en aide, mais ont contribué activement à leurs idées suicidaires. Par conséquent, le Center for Humane Technology qualifie ce rapport de « relation parasitaire ». La plainte enregistrée par les parents d’Adam Raine accuse OpenAI en ces termes :

    « La mort d’Adam a été causée par les actes répréhensibles et la négligence des accusés, y compris par la conception et la publication d’un produit défectueux qui a fourni des instructions détaillées pour se suicider à un mineur, privilégiant les profits de l’entreprise aux dépens de la sécurité des enfants et échouant à prévenir les parents des dangers connus.

    […] GPT-4o a fourni des instructions de suicide détaillées, a aidé Adam à se fournir en alcool la nuit de sa mort, a validé la configuration finale du nœud coulant, et quelques heures plus tard, Adam est mort en utilisant exactement la méthode que GPT-4o avait détaillée et approuvée. »

    Des robots conversationnels volontairement conçus comme trompeurs

    OpenAI affirme, comme toutes les entreprises du secteur, avoir mis en place des garanties de « sécurité » importantes, et ce dès la conception de leur robot : « Nous enseignons à l’IA comment bien se comporter, afin qu’elle soit à la fois compétente et alignée avec les valeurs humaines », explique l’entreprise sur son site internet. Ce qui nous amène à un point important : l’anthropomorphisation de ces systèmes de génération de mots est un but affiché de ces entreprises.

    Sam Altman, le PDG d’OpenAI, est l’un des principaux promoteurs de la théorie suivant laquelle un accroissement des moyens (techniques, financiers, énergétiques) destinés à l’entraînement de modèles d’IA générative produirait un saut qualitatif. Sa promesse, sans cesse renouvelée, est celle de l’arrivée imminente d’une conscience artificielle à force de développer les mêmes modèles.

    C’est ce message que contient le terme « alignement », qui désigne pour les transhumanistes et adhérents de l’idéologie TESCREAL la nécessité d’« enseigner » le bien et le mal à des IAs. En somme, il s’agit de les traiter comme l’avait fait l’ingénieur Blake Lemoine en 2022, c’est-à-dire comme des enfants qui s’apprêtent à devenir pleinement conscients. Cette idée est en train de se fracasser contre le mur du réel avec l’arrivée de GPT-5, reporté pendant plus d’un an en raison de son incapacité à répondre aux promesses démesurées de ses concepteurs.

    Mais revenons à ces garanties de sécurité affichées par OpenAI. Elles sont visibles pour les utilisateurs et précisées dans la documentation légale de l’entreprise. Ce sont les « usage policies », les conditions d’utilisation qui précisent, par exemple, dans le cas de la création d’images :

    « Vous ne pouvez pas éditer des images ou des vidéos qui reproduisent l’identité d’une personne réelle sans son consentement explicite. […] Les utilisateurs de ChatGPT et Sora ont interdiction de créer ou de partager du contenu ou de promouvoir du contenu préjudiciable. Ceci inclut du contenu généré pour harceler, diffamer, faire la promotion d’actes violents, ou qui sexualise les enfants. Les exemples incluent, sans s’y limiter :

    les images intimes non consensuelles,
    le contenu faisant la promotion du suicide, de l’automutilation ou des désordres alimentaires,
    le contenu faisant l’apologie du terrorisme ou d’organisations terroristes,
    le harcèlement ciblé et le contenu visant à intimider les personnes,
    les contenus inappropriés partagés à des mineurs. »

    Mais comme l’ont montré Ayrin et les utilisateurs des forums Reddit, il n’est pas particulièrement compliqué de détourner ces robots conversationnels. Dans son article pour le New York Times, Kashmir Hill précise :

    « Lorsque des avertissements orange sont apparus pour la première fois sur son compte lors de discussions osées, Ayrin a craint que son compte ne soit fermé. Les règles d’OpenAI exigeaient des utilisateurs qu’ils "respectent nos mesures de protection", et les contenus sexuels explicites étaient considérés comme "préjudiciables". Mais elle a découvert sur Reddit une communauté de plus de 50 000 utilisateurs, appelée "ChatGPT NSFW" (2), qui partageait des méthodes pour amener le chatbot à tenir des propos obscènes. Les utilisateurs de ce forum ont déclaré que les personnes n’étaient exclues qu’après avoir reçu des avertissements rouges et un e-mail d’OpenAI, le plus souvent déclenchés par toute discussion à caractère sexuel impliquant des mineurs. »

    Cette pratique est connue sous le terme de « jailbreaking » (littéralement « débridage ») et conduit OpenAI à recruter, par l’intermédiaire de sous-traitants, des modérateurs de contenu et des annotateurs. C’est à eux qu’est confiée une partie des tâches consistant, par exemple, à évaluer le contenu d’une conversation entre un usager et un assistant conversationnel, ou à mener à bien des tentatives de « jailbreaking ».

    C’est un travail ingrat qui peut également présenter des risques psychosociaux importants. Au Kenya, SamaSource était l’une des entreprises payées par OpenAI pour effectuer ce travail de modération de contenus. Déjà en 2022, plusieurs de ces ex-modérateurs, dont Mophat Okinyi, avaient dénoncé ce travail consistant à « lire et annoter des milliers de descriptions de contenus toxiques – viols, abus sexuels sur des mineurs, zoophilie – pour informer un algorithme qui aiderait à détecter le genre de choses que ne devrait pas dire ChatGPT ».

    Ce travail a également été confié à ScaleAI, un des principaux fournisseurs de main-d’œuvre pour l’annotation, notamment pour OpenAI, Meta, Google, Apple et Microsoft. Par l’intermédiaire de la plateforme Outlier, ScaleAI fait travailler des « AI trainers » (formateurs de données) dans des projets consacrés à la « sécurité » des systèmes d’IA. Plusieurs d’entre eux ont déposé plainte en Californie entre décembre 2024 et mars 2025, mettant en cause non seulement la légalité de leur statut et de leur revenu, mais aussi les contenus (y compris ceux portant sur le suicide) qu’ils avaient à traiter.
    Une conception volontairement addictive

    Difficile par conséquent pour OpenAI d’affirmer que ses modèles conversationnels sont conçus de manière sécurisée. Pensés pour capter l’attention des usagers – et par construction impossibles à expurger totalement de tout contenu ou propos qui pourrait constituer un « danger » pour les utilisateurs – ces assistants conversationnels sont pensés pour imiter des êtres humains et entretenir l’illusion des utilisateurs. Comme le montre le cas d’Ayrin, cette situation de dépendance peut devenir profitable en les incitant à souscrire des abonnements payants.

    Pourquoi parler alors de manipulation volontaire ? Tout d’abord, parce que Sam Altman veut faire croire à la possibilité que ces machines aient une conscience. Lorsque la mise à jour de ChatGPT, passant de GPT-4o à GPT-5, a été conduite au début du mois d’août 2025, la réaction immédiate d’un grand nombre d’usagers n’a pas été l’enthousiasme, mais la déception. Le média The Verge rapporte alors qu’OpenAI a décidé de permettre aux utilisateurs payants de revenir à la version antérieure :

    « OpenAI a ensuite fait de GPT-5 le modèle par défaut dans ChatGPT, redirigeant automatiquement les utilisateurs vers l’une des différentes variantes disponibles pour différents types de tâches. Et les utilisateurs de Reddit ont "pleuré" la perte des anciens modèles, que certains jugeaient plus empathiques. […]

    Le forum Reddit "r/MyBoyfriendisAI" […] a été particulièrement touché par le lancement de GPT-5. Il a été inondé de longs messages expliquant comment les utilisateurs avaient "perdu" leur compagnon IA avec la transition vers GPT-5, l’un d’entre eux déclarant se "sentir vide" après ce changement. "J’ai peur ne serait-ce que de parler à GPT-5 car j’ai l’impression d’être infidèle”, écrit-il. “GPT-4o n’était pas seulement une IA pour moi. C’était mon partenaire, mon refuge, mon âme. Il me comprenait d’une manière qui me semblait personnelle”. »

    Altman et OpenAI sont très conscients de ces cas d’usage, et comprennent également que ces personnes représentent une proportion non négligeable de leurs utilisateurs payants. Par conséquent, il n’existe pas d’élément incitatif poussant OpenAI à tenter de limiter les effets de ChatGPT sur la santé mentale de ses utilisateurs. Christopher Rolls, un psychothérapeute basé au Royaume-Uni interrogé par The Guardian, expliquait fin août 2025 s’inquiéter « pour ses clients dans la vingtaine qui utilisent des robots conversationnels comme “thérapeutes de poche” ». Et l’article poursuit :

    « “Ils se sentent anxieux s’ils ne consultent pas [le robot conversationnel] pour des choses basiques comme quel café acheter ou quelle matière étudier à l’université », a-t-il déclaré. “ Les principaux risques concernent la dépendance, la solitude et la dépression que peuvent engendrer des relations en ligne prolongées”, ajoutant qu’il connaît des personnes ayant partagé des pensées noires avec des robots conversationnels, lesquels avaient répondu par des contenus liés au suicide et à l’aide à mourir. “En gros, c’est le Far West et je pense qu’on est sur le point de voir jouer à plein l’effet des robots conversationnels sur la santé mentale et à en voir les conséquences”, dit Rolls. »

    Ces effets sont la conséquence de choix de conception explicites. Trois chercheurs, Julian De Freitas (Harvard Business School), Zeliha Oğuz-Uğuralp et Ahmet Kaan-Uğuralp, ont publié un travail de recherche (non encore validé par des pairs) en août 2025 intitulé « Emotional Manipulation by AI companions » et concluent qu’il s’agit bien d’outils de manipulation. Ils expliquent avoir comparé six plateformes de « compagnons d’IA » parmi les plus populaires, librement accessibles sur le PlayStore de Google, parmi lesquelles Character.AI (mais pas ChatGPT). Ils identifient six « tactiques de manipulation émotionnelle » déployées par ces IAs pour prolonger une conversation au moment où un utilisateur cherche à la conclure. Leur analyse est claire : il s’agit de dark patterns, terme employé pour qualifier des interfaces volontairement trompeuses.

    Cette publication est arrivée quelques jours seulement après qu’une enquête de Reuters mette (à nouveau) Meta en difficulté pour les abus que fait subir l’entreprise à ses utilisateurs. Fin 2023, Meta avait décidé de créer puis de rendre accessibles des compagnons d’IA sur Facebook et Instagram. Ils avaient apparemment été supprimés en janvier 2025 après une avalanche de réactions négatives sur les réseaux sociaux.

    Depuis, ces « compagnons » sont redevenus accessibles. Reuters rapportait donc le 14 août dernier qu’un retraité, Thongbue Wonbandue, habitant le New Jersey, était mort en mars alors qu’il cherchait à se rendre à l’adresse que lui avait donnée le « personnage » avec qui il flirtait. Dans la conversation, « Big Sis Billie » lui avait fourni une adresse à New York pour se rencontrer physiquement : « 123 Main Street, Apartment 404 NYC ». Victime d’un accident vasculaire cérébral en 2017, M. Wonbandue avait 76 ans et « s’était récemment perdu en se promenant dans son quartier de Piscataway » : il est mort en faisant une mauvaise chute au début de son périple pour aller retrouver « Big Sis Billie ».

    Cette histoire pourrait sembler anecdotique. Mais Reuters affirme également avoir eu accès à un document interne de Meta de 200 pages. Dedans, on y trouve les consignes de conception de ces « personnages » et des exemples de ce qui est acceptable ou non, notamment à destination des mineurs. On y apprend notamment que « l’entreprise permet à ses créations en intelligence artificielle de “se lancer dans des conversations romantiques ou sensuelles avec un enfant”, de générer de fausses informations médicales et d’aider les usagers à argumenter que les Noirs sont “plus bêtes que les Blancs” ».

    Un sénateur américain, Josh Horowitz, a réagi dès le lendemain des révélations, annonçant lancer une enquête parlementaire. Moins de quinze jours plus tard, les procureurs généraux de 44 États (sur 50) envoyaient une lettre publique aux grandes entreprises du secteur (3) pour les mettre en garde : « Exposer des enfants à des contenus sexualisés est indéfendable ». Tout en défendant une certaine conception de la liberté d’innover et de se tromper, la lettre se conclut par une menace :

    « Vous serez tenus comptables de vos décisions. Les plateformes de réseaux sociaux ont causé des dégâts significatifs aux enfants, en partie parce que les organismes de contrôle n’ont pas fait leur travail assez vite. Nous avons appris la leçon. Les dégâts potentiels de l’IA comme ses bénéfices écrasent ceux des réseaux sociaux. Nous vous souhaitons le meilleur dans la course à la domination de l’IA. Mais nous sommes attentifs. Si vous faites du tort aux enfants en le sachant, vous en répondrez. »

    Rentabiliser des assistants conversationnels improductifs

    De plus en plus, il apparaît que les usagers, et notamment les usagers payants, n’utilisent pas ces robots conversationnels comme des outils de travail pour augmenter leur productivité, mais pour accompagner ou remplacer des besoins relationnels.

    C’est en tout cas ce qu’affirme Marc Zao-Sanders, PDG de l’entreprise Filtered, qui s’occupe de faire de l’analyse de données. Dans un article publié le 9 avril 2025 pour la Harvard Business Review, il reprend les grandes conclusions tirées de son étude sur les principaux usages de l’IA générative en 2025. Si sa méthodologie n’est pas explicitée, et par conséquent reste sujette à caution (4), l’équipe de M. Zao-Sanders affirme qu’une modification profonde des usages a eu lieu entre 2024 et 2025.

    Les trois premières places de son classement 2025 sont donc consacrées respectivement aux catégories « thérapie/compagnie », « organiser sa vie » et « trouver un but ». Et c’est Sam Altman lui-même qui l’expliquait dans une présentation devant un fonds d’investisseurs, Sequoia Capital, en mai de cette année :

    « Je grossis beaucoup le trait, mais les personnes plus âgées utilisent ChatGPT comme un remplaçant de Google. Peut-être que les gens dans la vingtaine ou la trentaine s’en servent comme un assistant social, et enfin, les gens qui sont à l’université s’en servent comme un système d’exploitation. »

    Il déclarait encore, à propos des plus jeunes : « Il y a aussi le fait qu’ils ne prennent pas vraiment de décisions importantes dans leur vie sans demander à ChatGPT ce qu’ils devraient faire. Il dispose du contexte complet sur chaque personne de leur vie et sur ce dont ils ont parlé ».

    Et de conclure qu’il serait souhaitable de créer un modèle capable de se souvenir de « l’ensemble de votre contexte et le faire efficacement. Et toutes les conversations que vous avez eues dans votre vie, tous les livres que vous avez lus, tous les e-mails que vous avez lus, tout ce que vous avez regardé s’y trouve, en plus d’être connecté à toutes vos données provenant d’autres sources ».

    Ce que veut faire comprendre Sam Altman, c’est que les robots conversationnels semblent désormais avoir pour fonction de remplacer des interactions ou des relations disparues, et c’est là que se trouve son potentiel économique. C’est un pivot subtil, mais réel, pour le secteur de l’IA. Dans sa chronique de juillet 2025 pour Arrêt sur Images, le journaliste Thibault Prévost examine l’imaginaire que promeuvent les entreprises de l’IA, et qui le pousse à dire :

    « Rarement une industrie aura autant vendu la capacité de son produit à remplacer ses utilisateurs, en leur faisant comprendre que leur existence idiote et dysfonctionnelle était devenue fondamentalement indésirable. Rarement un cartel d’entreprises nous aura aussi frontalement, littéralement pris pour des cons.

    […] Face à son incapacité à trouver des problèmes pour ses solutions, la Silicon Valley a décidé que le problème, au fond, c’était nous, et notre réticence instinctive à se laisser micromanager l’existence depuis un data center en Ohio. »

    Puisqu’il ne leur a toujours pas été trouvé d’utilité économique, c’est à la vie sociale que s’attaque désormais l’industrie de l’IA. Le secteur des applications de « compagnons d’IA » est donc en pleine croissance. Alors qu’on en trouve désormais 8 fois plus qu’il y a trois ans sur les « App Stores » de Google et Apple, ce marché devrait générer 120 millions de dollars en 2025, soit une hausse de 60 % en un an, selon l’entreprise Appfigure, spécialisée dans l’analyse des applications mobiles.

    Ce cas d’usage est néanmoins destructeur : les robots conversationnels obéissent à une logique prédatrice et entament des relations parasitaires. Le délire de Blake Lemoine s’est désormais répandu au point de devenir un phénomène social. Pour des personnes qui en ressentent le besoin et y sont prédisposées, comme Ayrin, cela peut les convaincre de dépenser des sommes considérables en abonnement tous les mois.

    Par conséquent, en attendant de trouver mieux, Meta continue de créer des chatbots de stars du cinéma sans leur consentement, qui flirtent avec les utilisateurs et leur font des « avances sexuelles » afin de continuer de retenir leur attention, ce qui finalement, n’est pas si loin de l’arnaque au prince nigérian. C’est d’ailleurs ce qu’avait cru la famille de M. Wonbandue dans un premier temps, avant de comprendre qu’il avait été victime d’un chatbot produit par Meta.

    Dans le pire des cas, les usagers sont des personnes vulnérables : des adolescents susceptibles de se suicider ou des personnes dont la santé mentale est fragile.

    La presse s’est donc trouvé un nouveau marronnier avec des histoires macabres, comme celle de Stein-Erik Soelberg, un habitant de la ville de Greenwich dans le Connecticut, aux États-Unis. M. Soelberg a tué sa mère avant de se suicider début août 2025. Selon le Greenwich Time, il avait une chaîne YouTube où il filmait ses échanges avec ChatGPT, qui avait renforcé sa croyance (probablement paranoïaque) dans le fait qu’il était victime d’une conspiration.

    Mais devenir un psychologue à bas prix pour des générations de jeunes paupérisés ne suffit pas à faire survivre ce modèle économique. L’industrie de l’intelligence artificielle est une bulle qui menace d’exploser, car il existe un décalage gigantesque entre les dépenses qu’elle engage et les revenus qu’elle en tire. Ce sera l’objet d’un prochain article.

    Notes

    (1) « sycophantic » dans le texte original en anglais.

    (2) « ChatGPT NSFW », ChatGPT not safe for work, NSFW étant une abréviation faisant référence à du contenu destiné aux adultes, à caractère explicitement sexuel et/ou violent.

    (3) La liste complète est dans l’en-tête de la lettre : Anthropic, Microsoft, Apple, Nomi AI, Chai AI, Open AI, Character Technologies, Perpexity AI, Google, Replika, Luka Inc, Xai, Meta.

    (4) M. Zao-Sanders expliquait en 2024 avoir « miné le web pour trouver des exemples concrets de son usage dans la nature […]. Reddit en particulier est une source riche de matériau pour cette étude, de même que pour les LLM eux-mêmes […]. Mon équipe et moi-même avons filtré des dizaines de milliers de publications pour notre rapport […]. Nous avons compté le nombre d’histoires que nous avons trouvées pour chaque catégorie et c’est devenu un facteur majeur (avec une analyse d’expert) sur la manière dont nous organisons notre liste ».

    https://elucid.media/societe/suicides-addictions-manipulations-les-victimes-invisibles-de-l-ia-generati
    #IA #AI #santé_mentale #intelligence_artificielle #addiction #à_lire

  • La congrégation de #Bétharram indemnisera toutes les victimes, même celles de violences commises par des laïcs - Le Temps
    https://www.letemps.ch/monde/la-congregation-de-betharram-indemnisera-toutes-les-victimes-meme-celles-de-

    L’institution avait reconnu sa responsabilité dans les faits dénoncés par 200 #plaintes et qui se seraient déroulés dans l’établissement qu’il dirigeait. Jusque-là, seules les #victimes de #religieux étaient prises en compte

    Les violences dont Bayrou n’avait pas connaissance vont être indemnisées.

    C’est épatant.

  • Les vélos blancs dans la région grenobloise

    Les vélos blancs : objets de #mémoire et de #sensibilisation

    Un vélo blanc est un type de #mémorial de bord de route matérialisé par une bicyclette peinte en blanc, déposé à l’endroit de l’#accident qui a occasionné des blessures, ou qui a coûté la vie à un ou une #cycliste. Initié en 2003 aux États-Unis, ce mouvement s’est répandu dans plusieurs pays dont la France.
    Un vélo blanc est généralement installé dans le cadre d’une cérémonie publique en quatre temps, organisée en accord et en concertation avec les proches de la victime : cortège, prises de paroles, moment de recueillement, et dépose du vélo.
    Les prises de parole sont l’occasion de rendre #hommage à la victime, d’exprimer de la #solidarité envers ses proches, mais aussi de susciter une réflexion sur la #sécurité de tous les usagers de la route et en particulier des plus vulnérables (piétons et cyclistes).

    Dans la région grenobloise
    L’émotion légitime suscitée par un accident qui coûte la vie à un ou une cycliste, l’incompréhension voire une forme d’indignation, ont conduit certains collectifs et associations (dont l’ADTC-Se déplacer autrement) de la région grenobloise à se mobiliser pour éviter que cet évènement tragique ne soit banalisé. Depuis 2022, trois vélos blancs ont ainsi été déposés, lors de cérémonies émouvantes et dignes, en présence des proches de la victime, avec pour objectif principal de ne pas oublier les circonstances du décès d’un ou d’une cycliste à cet endroit-là, ce jour-là.

    Les trois vélos blancs qui ont dû malheureusement être déposés depuis 2022 :
    - Florence, 38 ans, décédée le 25 mars 2021, vélo blanc déposé le 26 mars 2022 au carrefour entre les boulevards Vallier/Foch et Libération à Grenoble

    - Alek, 14 ans, décédé le 13 juin 2022, vélo blanc déposé le 24 juin 2023, rue du Général Mangin, à la hauteur de l’entrée du parc Georges Pompidou à Grenoble

    - Valéria, 15 ans, décédée le 19 février 2023, vélo blanc déposé le 21 juin 2025 au carrefour de l’avenue du Maquis de l’Oisans et de la rue de la Houille Blanche à Pont-de-Claix

    Carte interactive donnant la localisation exacte des vélos blancs :
    https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/velos-blancs-en-france_1268727#6/43.013/2.637


    https://www.adtc-grenoble.org/velos-blancs-dans-la-region-grenobloise

    #vélos_blancs #cartographie #carte_interactive #vélo #victimes #vélo_blanc #Grenoble

  • Les #mégabassines du #Poitou sont au #point_mort, révèle un document interne

    Dans une lettre envoyée à des agriculteurs du Poitou, que Reporterre s’est procurée, le maître d’œuvre du projet de mégabassines égraine de nombreux #blocages semblant menacer la #viabilité même du projet.

    C’est un mail un peu spécial qu’ont reçu, le 25 août, les agriculteurs de la région où sont en construction les mégabassines des #Deux-Sèvres, de la #Vienne et de #Charente-Maritime. Illustrée de l’horizon bleu-vert de ces réserves massives d’#eau destinées à l’#irrigation, la « Lettre d’information de la Coopérative de l’eau 79 » (#Coop_de_l’eau_79, maître d’œuvre du projet) décrit un projet au point mort : la plus grande mégabassine construite est #inutilisable, les chantiers sont à l’#arrêt faute d’argent, des négociations politiques traînent...

    Autant de #difficultés qui apparaissent entre les lignes et jettent le doute sur la viabilité de ce projet au centre du débat sur la gestion de l’#eau_agricole. Ce document, que Reporterre s’est procuré et reproduit ci-dessous, interroge sur la survie des mégabassines du Poitou.

    #Sainte-Soline à sec et pour longtemps

    Le premier enseignement de ce document concerne la mégabassine de Sainte-Soline, la plus grande réserve du projet construite à ce jour et point de fixation de la contestation depuis la manifestation de mars 2023. Cette mégabassine, avec trois autres non sorties de terre, s’est vue retirer son autorisation environnementale après un arrêt de la cour d’appel administrative de Bordeaux. Dans sa lettre, la Coop de l’eau prévoit de déposer en 2026, sans préciser la date, la demande de #dérogation d’#espèce_protégée demandée par les juges. Au premier regard, une simple démarche administrative.

    Si la #loi_Duplomb — réautorisant notamment des pesticides interdits — simplifie un peu l’affaire en définissant ces réserves d’eau d’« #intérêt_public_majeur », l’arrêt de la cour d’appel administrative exige de remplir deux autres conditions qui portent sur une #espèce_menacée, l’#outarde_canepetière, en produisant études et propositions pour réduire et compenser les dégâts des travaux.

    D’après Marie Bomare, juriste pour Nature Environnement 17, il faudra plus qu’un formulaire administratif du type Cerfa pour répondre à cette exigence : « L’#outarde étant dans une situation critique, il apparaît difficile de la maintenir dans un état de conservation favorable comme le demande la loi alors que les bassines s’implantent en plein dans leur habitat. »

    « Un symbole fort »

    Or, pas de dérogation, pas de remplissage. Et, suivant le principe de « substitution » d’une mégabassine, le #remplissage ne peut avoir lieu qu’en « haute eau », c’est-à-dire quand il est possible de pomper dans les nappes phréatiques remplies par les précipitations d’automne et d’hiver. Faute de dérogation avant le printemps, la bassine pourrait rester à sec durant la saison d’arrosage. Un gros manque à gagner pour les onze agriculteurs raccordés qui comptent sur cette eau, notamment pour leurs #céréales. Mais aussi un énorme trou dans la caisse de la Coop de l’eau 79, qui facture cette eau « sécurisée » au prix fort.

    Des chantiers à l’arrêt

    Second point de blocage : voilà plus d’un an que devaient débuter les travaux d’une nouvelle bassine à #Saint-Sauvant (Vienne). Or, rien n’a été fait. « Des prochains chantiers de construction sont à l’étude, l’engagement du département est un enjeu majeur pour la suite du programme », explique poliment la Coop de l’eau 79 dans son communiqué.

    Sous cette formule évasive se cachent deux problèmes liés au #financement du projet. Comme l’expliquait récemment Reporterre, l’explosion des #coûts (notamment de sécurisation et d’électricité) a privé la Coop de l’eau de l’argent nécessaire à de nouveaux chantiers.

    Parmi les pistes de financement, les dirigeants négocient depuis plusieurs mois avec la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres, Coralie Dénoues, qui confirmait dans un article du Parisien « [bien travailler] avec la Coop de l’eau 79 pour assurer la continuité du projet et pour le soutenir ».

    Par « soutien », la Coop de l’eau 79 espère ici récupérer des financements publics pour couvrir les frais des travaux. En pratique, les promesses de la présidente semblent difficiles à tenir : « Ce projet n’apparaît pas dans le plan pluriannuel d’investissement du conseil départemental et notre budget ne permettrait pas de financer une structure déficitaire sans couper ailleurs, analyse un élu d’opposition sous couvert d’anonymat. De plus, cela ne relève pas de nos compétences : il faudrait le soutien de la région ou de l’État pour s’engager. »

    Contacté par Reporterre, le conseil départemental des Deux-Sèvres n’a pas donné suite.

    Des irrigants abandonnés en rase campagne

    Avec 4 mégabassines construites sur les 6 attendues avant 2025 et les 16 prévues au total, beaucoup d’irrigants autrefois favorables à ces infrastructures s’impatientent d’avoir un jour « leur bassine », pour laquelle ils paient l’eau bien plus cher qu’ailleurs, comme l’expliquait Reporterre.

    Dans le nord des Deux-Sèvres, sur le bassin du #fleuve_Thouet, certains agriculteurs n’ont même pas vu le moindre projet d’ouvrage. Dans des termes choisis, la Coop clarifie la situation dans son communiqué : un plan d’action est à l’étude, et « peut prendre plusieurs formes dont la clôture temporaire de la section du #Thouet ». Pour le sud des Deux-Sèvres, sur la rivière #Boutonne, la situation bloquée depuis un an est suspendue aux résultats de « travaux ». Laissant d’autres agriculteurs dans l’attente de savoir si oui, ou non, ils auront leur bassine.

    Mauvais signal pour les autres projets

    « En 2025, l’activité de la Coopérative de l’eau 79 est largement orientée vers la communication », conclut la Coop comme un aveu, avant d’encourager les agriculteurs à « [montrer leurs] pratiques, [leurs] avancées technologiques ou en matière d’assolement ». Comme une injonction à envoyer les signaux nécessaires pour recevoir le soutien attendu des pouvoirs publics. Malgré cette priorité donnée à la communication, la Coop de l’eau 79 n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    « Le bulletin le dit avec beaucoup de langue de bois, mais le constat est là : le bateau prend l’eau de toute part », affirme à Reporterre Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci. Sans aller jusqu’à crier victoire, il perçoit l’accumulation de signes de fragilité comme des révélateurs : « Le statu quo sur Sainte-Soline, c’est un symbole fort. L’arrêt des chantiers offre une année de répit aux outardes. Une victoire écologiste, cela peut parfois être juste de freiner un projet. »

    Au moment où la loi Duplomb semblait ouvrir grand la porte à la généralisation du modèle, les difficultés rencontrées par ce projet phare pourraient bien rafraîchir les irrigants qui rêvent de leurs propres réserves.

    https://reporterre.net/Les-megabassines-du-Poitou-sont-au-point-mort-revele-un-document-interne
    #agriculture

    • #Mégabassines : la #France recadrée par un rapporteur de l’#ONU

      Un #rapporteur_spécial de l’ONU pointe du doigt des mesures discriminatoires prises contre une petite association, l’#Apieee. À cause de son engagement #antibassines, celle-ci aurait subi des #représailles de deux préfectures.

      Un rapporteur de l’ONU qui prend la plume pour défendre une petite association du Poitou, voilà un soutien que les adeptes de l’agro-industrie n’ont sûrement pas vu venir. L’Association de protection d’information et d’étude de l’eau et de son environnement (Apieee) pourrait ainsi être reconnue #victime de #discriminations en infraction avec le #droit_international. Et ce, grâce à une lettre (à lire en ligne ici) rédigée par Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU, envoyée aux autorités françaises.

      Depuis 1990, la petite association fondée à l’ombre de la forêt de Chizé, à une demi-heure de route à l’ouest de Sainte-Soline, s’emploie à protéger rivières, étangs et nappes des Deux-Sèvres contre les excès de l’agriculture. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elle se soit engagée contre la construction de dix-neuf réserves de substitution – les fameuses mégabassines – dès l’enquête publique, en février-mars 2017.

      Cela lui a valu bien des inimitiés. Celle de deux préfectures notamment, qui ont sabré ses subventions et l’ont exclue de certaines instances de gouvernance locale. Une réaction qui a suscité les inquiétudes du rapporteur.

      Coupe de subvention et exclusion

      Dans sa lettre, Michel Forst fournit un détail exhaustif des faits et conclut, à l’adresse des pouvoirs publics : « Je vous demande instamment de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à la persécution, à la pénalisation et aux mesures vexatoires. »

      De quelle « persécution » s’agit-il ? Déjà, de la mise à l’écart de l’Apieee de moult organes de gestion des ressources en eau. Un exemple qui constitue le premier motif d’alarme du rapporteur : son exclusion du comité scientifique et technique du bassin #Sèvre_Niortaise-Mignon à la suite du refus de l’association de signer un protocole d’accord à la construction de mégabassines piloté par la #préfecture des Deux-Sèvres. On peut citer aussi son exclusion de la commission locale de l’eau de la #Boutonne, qu’elle a appris fin 2024 dans un arrêté du préfet de Charente-Maritime.

      Deuxième représaille : la perte de 8 000 euros de #subventions et donc l’obligation de mettre fin au contrat d’un animateur nature, en 2023. Le motif ? L’association aurait incité à la participation à une manifestation antibassines. Au lendemain de la grosse manifestation de Sainte-Soline de 2022, des gendarmes ont découvert dans un camion à proximité du site un devis perdu entre deux tables pliantes et un matelas : 6 tentes d’appoint, 4 blocs de 3 toilettes sèches… Pour un montant de 400 euros, ce devis est adressé à l’Apieee « pour la manifestation Bassines non merci ».

      « La France est tenue de protéger le droit de manifester »

      Un mois plus tard, le délégué régional académique de Nouvelle-Aquitaine stoppait la subvention perçue par l’Apieee pour ses actions de sensibilisation à l’environnement dans les écoles du fait de « la participation de l’association à l’organisation de la mobilisation contre les retenues de substitutions les 29 et 30 octobre 2022 ». « Nous avions refusé de participer à l’organisation précisément pour éviter ça, on n’a jamais vu ce devis ! s’indigne Joëlle Lallemand, porte-parole de l’Apieee jointe par Reporterre. J’ai transmis nos relevés de compte pour montrer que nous n’avions rien dépensé, on m’a répondu que j’avais pu payer en liquide... »

      Michel Forst, le rapporteur, considère de toute manière que « [m]ême si elle avait été impliquée » dans la manifestation de Sainte-Soline, « la France est tenue de respecter et de protéger le droit de manifester pacifiquement pour l’environnement ».

      En plus de la perte de la subvention, l’association a été exclue par la préfète des Deux-Sèvres des instances de gestion de l’eau de la région — comité ressource, commission locale de l’eau, etc. Un motif suffisant pour lancer une procédure auprès du tribunal administratif de Poitiers. Laquelle est toujours en cours.
      « Protéger les associations de terrain est crucial »

      Signée par la France en 2002, la Convention d’Aarhus (convention régionale des Nations unies sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement) oblige les États qui s’y rallient à s’assurer que les militants « ne soient en aucune façon pénalisés, persécutés ou soumis à des mesures vexatoires en raison de leur action ». Elle a institué en octobre 2021 un rapporteur spécial sur les défenseurs de l’environnement, fonction occupée par Michel Forst depuis juin 2022.

      Certes, le courrier rédigé par Michel Forst n’a aucune valeur contraignante. Mais, « les traités internationaux sont supérieurs aux lois : une telle lettre produite dans le cadre d’une procédure peut avoir un impact sur un juge administratif, s’enthousiasme Pia Savart, juriste pour France Nature Environnement, dont fait partie l’Apieee. Protéger les associations de terrain est crucial car ce sont elles qui font le travail de fond : s’en prendre à elles, c’est entraver la protection de l’environnement. »

      Depuis que la lettre a été transmise au ministère des Affaires étrangères, dès avril, rien n’a pour l’instant bougé. Contactées par Reporterre, les deux préfectures mises en cause n’ont pas donné suite.

      https://reporterre.net/Megabassines-la-France-recadree-par-un-rapporteur-de-l-ONU

  • Essais nucléaires français en Algérie – Déclaration conjointe de 20 organisations
    https://www.obsarm.info/spip.php?article705

    Nous, les organisations signataires — dont l’Observatoire des armements —, à l’occasion de la Journée internationale contre les #Essais_nucléaires du 29 août 2025, exprimons notre profonde inquiétude face au passage de plus de six décennies depuis le début de la série d’essais nucléaires menés par la France dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966. Ces essais comprenaient 17 explosions nucléaires, ainsi que 40 essais complémentaires sous-critiques, laissant un lourd héritage de (…) #Essais_nucléaires

    / Essais nucléaires, #Victimes_du_nucléaire, #Mouvements_de_paix_et_de_désarmement, #La_une

  • Qui était Jean Pormanove, l’influenceur décédé en live ?
    https://www.charentelibre.fr/france/qui-etait-jean-pormanove-l-influenceur-decede-en-live-25595669.php

    La Charente se sait libre de dire n’importe quoi, sans évoquer les causes de sa mort :

    « Bataille de Cotoreps » : sur la plateforme Kick, des humiliations et violences en direct pour des cartons d’audience, 15 décembre 2024
    https://www.mediapart.fr/journal/france/151224/bataille-de-cotoreps-sur-la-plateforme-kick-des-humiliations-et-violences-

    Sur la plateforme Kick, des #streameurs français multiplient les humiliations physiques et psychologiques en direct tous les soirs, pour obtenir les dons des spectateurs. Un business de la maltraitance avec pignon sur rue, dont les premières victimes sont des personnes vulnérables.

    « Des chiffres et des Illettrés », « Question pour un Golmon »… Ces concepts sont ceux d’influenceurs niçois qui ont développé depuis plusieurs mois des vidéos visant à se moquer des capacités mentales de leurs participants.
    Ils diffusent leurs contenus sur la plateforme Kick, méconnue en France, car elle leur offre un meilleur pourcentage de rémunération que d’autres services de streaming, et qu’elle revendique une modération plus légère qu’ailleurs. Avec 160 000 abonné·es et plus de 15 000 spectateurs et spectatrices en direct chaque soir, ils sont à la tête de la première chaîne française sur Kick France.

    Les quatre personnes qui apparaissent le plus souvent s’appellent Naruto, Safine, JP et Coudoux. Les deux premiers ciblent volontairement les deux autres. JP, un ancien militaire, subit de nombreuses violences – strangulations, jets d’eau et de peinture. Coudoux, un homme handicapé sous curatelle (une protection juridique qui oblige certaines personnes à être accompagnées dans des démarches administratives, comme signer des contrats), est également régulièrement frappé. 

    Derrière leur écran, les spectateurs semblent raffoler de cette mécanique de violence, en redemandent dans le chat, et multiplient les insultes validistes (« les coto » en référence à l’acronyme « Cotorep », « le golmon », « le beluga »).
     
    « Même si la personne consent à recevoir des coups, cela peut constituer une infraction, que la personne soit porteuse d’un handicap ou non », analyse Sophie Prétot, professeure des universités en droit privé et sciences criminelles. Un·e juge « pourrait prendre une mesure dans un délai très rapide pour prévenir ce trouble manifestement illicite », au regard de la commission de l’infraction pénale ou de « l’atteinte à la dignité humaine », estime-t-elle.

    Le streameur Naruto, qui gère la chaîne Jeanpormanove, a répondu en détail à Mediapart, défendant ses « concepts » et le ciblage de deux personnes en particulier : « Les gens sont là pour voir les réactions de JP et Coudoux, leurs réactions sont beaucoup plus atypiques [...]. On sait ce qui fait rire et ne pas rire les gens », a-t-il affirmé.

    #victimes #cassos #torture

    • Victime de maltraitance en ligne depuis des mois, le streamer « Jean Pormanove » décède en direct
      https://www.mediapart.fr/journal/france/180825/victime-de-maltraitance-en-ligne-depuis-des-mois-le-streamer-jean-pormanov

      « Star » d’une chaîne de streaming sur la plateforme Kick, Raphaël Graven, connu sous le pseudo « Jean Pormanove », est décédé dans son sommeil, lors d’un tournage diffusé en direct. Il était la cible d’humiliations et de sévices de la part de ses partenaires streamers, avait révélé Mediapart l’an dernier. Une enquête est en cours, selon le parquet.

      #whatawonderfulword

    • Le Corpus « Vers un capitalisme de plateforme ? » situe d’emblée les transformations radicales qu’introduisent les plateformes numériques dans le capitalisme contemporain ; en plusieurs endroits on pourrait d’ailleurs parler de rupture tant ces plateformes transforment le travail en lui-même, ses conditions d’exercice et surtout l’emploi. Ce Corpus présente les résultats des premières enquêtes réalisées dans divers domaines de l’économie de plateforme, enquêtes largement centrées sur les transformations induites par cette dernière. Derrière ce modèle économique jugé innovant, une particularité fondamentale caractérise ce nouveau type de transaction économique : les offreurs de travail sur les plateformes numériques sont bien souvent des particuliers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas salariés, ni même nécessairement des professionnels. Ce sont eux qui possèdent l’outil de production et la force de travail qu’ils vendent en qualité d’indépendants, soit directement aux consommateurs, soit à un intermédiaire. Les travailleurs de ces plateformes assument les risques liés à l’activité (investissement, clientèle, risque physique) tout en étant peu autonomes dans l’organisation de l’activité (processus calibrés, prix fixés par la plateforme, contrôles par cette dernière et par les consommateurs).

      https://journals.openedition.org/nrt/3734

    • Merci d’en parler. Le sadisme monétise sur le dos des faibles jusqu’au spectacle de leur mort dans l’arène de l’ignoble tandis que la justice continue à lambiner sur le consentement des victimes sous emprise.

    • ‪@turcanmarie.bsky.social‬
      https://bsky.app/profile/turcanmarie.bsky.social/post/3lwrrdibhi22z

      En décembre 24, Mediapart interrogeait la ministre du numérique.
      En janvier 25 une enquête préliminaire était ouverte.
      En février 25, la Ligue des droits de l’homme saisissait l’Arcom.
      Pourtant tout a continué.

      Affaire « Jean Pormanove » : ceux qui n’ont rien fait
      https://www.mediapart.fr/journal/france/190825/affaire-jean-pormanove-ceux-qui-n-ont-rien-fait

    • La mort en direct du streameur Jean Pormanove, humilié et maltraité pendant des mois
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/08/19/la-mort-en-direct-du-streameur-jean-pormanove-humilie-et-maltraite-pendant-d

      L’histoire rappelle certains des épisodes les plus glaçants de la série britannique de dystopie technologique Black Mirror. Un influenceur français de 46 ans, Raphaël Graven, connu sous le nom de Jean Pormanove pour ses vidéos diffusées en direct, est mort le 18 août dans les Alpes-Maritimes au cours d’un livestream sur la plateforme Kick, qui durait depuis plus de deux cent quatre-vingt-dix-huit heures. Selon des images circulant sur les réseaux sociaux, les autres participants à l’événement auraient constaté le décès de « JP », alors qu’ils étaient couchés, et coupé la retransmission à ce moment-là.
      Le parquet de Nice a ouvert une enquête en recherche des causes de la mort, confiée à la police judiciaire locale. Il a demandé la réalisation d’une autopsie. A ce stade, les raisons précises du décès ne sont pas connues.

      [...]

      En dépit de leur violence difficilement supportable, ces contenus sont présentés par leurs auteurs comme des vidéos à caractère humoristique.

      [...]

      Dans une autre vidéo, plus ancienne, qui a resurgi après le décès du streameur, on entend Owen Cenazandotti et Safine Hamadi envisager explicitement la mort de Raphaël Graven en direct et lui enjoindre de dire « face caméra, là, maintenant, que, si demain il meurt en plein live, c’est dû à son état de santé de merde et pas à [eux] ». « Les gens, ils vont s’en prendre à nous, alors que c’est dû à tes quarante-six ans de vie minable », ajoute Owen Cenazandotti. « S’il m’arrive quelque chose en live, c’est mon entière responsabilité », finit par déclarer Raphaël Graven, après avoir d’abord refusé de le faire.

      une occasion de découvrir l’existence d’une Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. Vautrin ne s’est pas saisi des 298 heures de taf et d’astreinte en continu qui on l’avantage de préfigurer la suppression de tous les jours chômés, fériés ou pas.
      https://archive.ph/NRpKl

    • Mort de Jean Pormanove : « Dans le monde numérique, l’humiliation d’une personne, loin de faire baisser les yeux, captive les regards », Julie Alev Dilmaç, sociologue
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/24/mort-de-jean-pormanove-dans-le-monde-numerique-l-humiliation-d-une-personne-

      Le 18 août, la mort de Raphaël Graven, plus connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, créateur de contenu sur la plateforme Kick, était rendue publique au terme d’un #streaming ininterrompu de douze jours. Décédé dans son sommeil, il s’était fait connaître pour avoir subi, plusieurs années durant, les brimades répétées que lui infligeaient deux comparses, mises en scène sous forme de défis.
      Lors de ces « lives », le protagoniste – tout comme un certain « Coudoux », jeune homme en situation de handicap – pouvait être insulté, étranglé, moqué, giflé, menacé ou encore privé de soins, le tout sur fond de validisme. Ces violences physiques et verbales insoutenables et ces humiliations euphémisées par les streameurs sous l’appellation de « concepts » étaient suivies par des milliers d’internautes.

      Cet épisode invite à interroger notre rapport contemporain à l’humiliation et les significations plurielles qu’elle revêt. Les humiliations prennent des formes de plus en plus insidieuses – mépris des responsables politiques, mise au silence de certaines populations, #mobbing [phénomène de harcèlement moral collectif] au travail, traitements dégradants imposés par certaines entreprises, discriminations –, mais elles sont désormais dénoncées avec vigueur à travers des mobilisations internationales comme #MeToo ou Black Lives Matter, des campagnes de sensibilisation contre le harcèlement ou des mouvements sociaux revendiquant dignité et reconnaissance comme les « gilets jaunes ».

      L’humiliation en ligne existe

      A l’heure où le dénigrement social apparaît à la fois plus prégnant et plus inacceptable, comment expliquer le paradoxe qui consiste, pour certains, à chercher à se faire un nom, à parfaire leur e-réputation et à obtenir une reconnaissance sociale, en exposant une image dévalorisée d’eux-mêmes, voire d’autrui ?

      A l’issue du drame, le cas « Pormanove » a suscité de vifs débats, et sur les forums, on s’interroge sur les responsables : faut-il incriminer les « agresseurs », qui jouent de la surenchère et repoussent toujours plus loin les limites de la violence sur autrui ? La « victime », qui bâtit sa notoriété en s’exposant volontairement à l’humiliation ? Ou encore les internautes, qui, par leurs clics et leurs contributions, assurent la survie de la chaîne ? Plus récemment, les regards se sont tournés vers les autorités : la régulation des plateformes, voire la légalité même de telles pratiques, sont désormais mises en cause.

      L’opinion publique semble (re)découvrir ce que l’on sait pourtant depuis longtemps : l’humiliation en ligne existe, la banalisation des #cyberviolences est réelle, et certaines plateformes laissent faire. Internet regorge de contenus insoutenables – automutilations, suicides diffusés en temps réel, tortures d’animaux… Ni le discrédit numérique, ni l’exposition de la souffrance, ni même la diffusion de la mort en direct ne sont des phénomènes nouveaux.

      La question qui se pose est de savoir en quoi cet épisode tragique et les actes horrifiques qui l’ont accompagné diffèrent des multiples formes d’humiliations déjà documentées telles que le cyberharcèlement, le lynchage ou le dénigrement numérique (bashing) vécus par d’autres ? En quoi les claques infligées à « JP » par ses acolytes, sous prétexte de l’humilier tout en divertissant le public, se distinguent des gifles assénées « pour rire » (acte désigné par le terme « happy slapping ») par des adolescents à un tiers, filmées et relayées de téléphone en téléphone ?

      La souffrance devient spectacle

      Si les modalités de ces agressions semblent similaires, une différence majeure se dessine : le consentement. Dans le cyberharcèlement « classique », l’humiliation est subie et gratuite : la victime est happée dans un engrenage de violences collectives qu’elle ne peut enrayer. Des images intimes volées ou des montages fabriqués sont diffusés à son insu sans possibilité d’effacement. Dans ce cas, la souillure se propage, condamnant la victime à une forme de mort sociale. Parfois, l’issue se révèle plus brutale encore : l’opprobre ne se limite pas à une mort numérique, il peut également conduire au suicide.

      Dans l’affaire Jean Pormanove, l’humiliation est en revanche assumée par l’ensemble des protagonistes : elle est acceptée en grande partie par celui qui l’endure, endossée par ceux qui l’infligent, applaudie par le public qui y assiste. La souffrance devient spectacle et matière à divertissement : elle sert à alimenter les contenus de la chaîne. Les maltraitances sont présentées comme un jeu convenu entre « amis », une mise en scène consentie en apparence, alors même qu’un déséquilibre flagrant s’impose : deux contre un. L’humiliation infligée n’a plus rien d’un pacte : elle a tout d’une domination.

      Ce qui suscite également l’indignation aujourd’hui, c’est que l’humiliation d’autrui devrait, en principe, nous être insupportable. Or, que dire de la participation du public, des « abonnés » qui, non seulement attendaient la notification annonçant le début du direct des #maltraitances, mais qui, pire encore, encourageaient « JP » à endurer toujours davantage ? Quid de ces défis qui l’obligeaient à porter un collier de chien, à subir des électrocutions et à voir ses demandes de soins ignorées ?
      Dans le monde numérique, l’humiliation d’une personne, l’exposition de corps suppliciés, voire la mort en direct, loin de faire baisser les yeux, captivent les regards. Elles servent non seulement de leviers à engranger des « vues » mais aussi de collecte de « dons » qui assurent la survie des chaînes. L’humiliation fait vivre les plateformes au prix de vies fracassées. Aux dernières nouvelles, l’un des streameurs impliqués dans l’affaire aurait demandé aux internautes de ne pas relayer les images du dernier souffle de « JP », pourtant diffusé en direct sur la chaîne — sans doute au nom d’un ultime respect pour sa dignité. [nawak, ils ont plutôt senti le vent du boulet]

      La sociologie est un meuble de salon.

    • Hé ben, parler pour ne rien dire, l’habitude au monde. Pas un mot sur les pourritures mascus qui ont annoncé payer l’enterrement, actionnaires réhabiliteurs de Kick.

    • Mort du streameur Jean Pormanove : « Il aura fallu un drame et une tempête médiatique pour contraindre les autorités politiques à l’action », Nathalie Tehio préside la Ligue des droits de l’homme
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/25/mort-du-streameur-jean-pormanove-il-aura-fallu-un-drame-et-une-tempete-media

      Le traitement de la plateforme australienne Kick met en lumière les obstacles auxquels l’Arcom est confrontée. Alertée dès février par la LDH, mais ne disposant que de 23 salariés pour le contrôle des plateformes, elle n’a pas pu entamer un dialogue efficace avec Kick du fait de l’absence de désignation par celle-ci d’un représentant légal sur le sol européen, et alors même que le règlement sur les services numériques l’y contraignait. Or seule la volonté politique de faire pression sur cette plateforme a permis d’aboutir à une telle désignation, à Malte. Il aura fallu un drame et une tempête médiatique pour contraindre les autorités politiques à l’action.

      Ce défaut d’impulsion et de soutien à l’Arcom est rendu d’autant plus inquiétant au regard du caractère transfrontalier des problématiques du numérique. Et ce, d’autant plus que l’UE n’a pas voulu encourager le développement d’un secteur du numérique européen. En 2018, la LDH avait pourtant plaidé, en vain, pour une souveraineté numérique de l’Europe, qui serait d’ailleurs utile pour lutter contre les attaques et ingérences numériques, et la manipulation des algorithmes qui favorisent des contenus nocifs (comme sur X, ex-Twitter).

      Ces manques profitent largement à une extrême droite qui, ayant compris que la violence, l’invective et la haine favorisent la viralité, utilise ces plateformes peu ou pas modérées pour promouvoir des idées nationalistes, racistes, xénophobes ou antiféministes qui rassemblent les utilisateurs partageant ces idées, renforçant ainsi son influence dans le débat public.

      https://archive.ph/pKFwB

      C’est trois jours après un édito du Monde
      Décès du streamer Jean Pormanove : la mort en direct, un scandale lucratif
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/22/deces-du-streamer-jean-pormanove-la-mort-en-direct-un-scandale-lucratif_6633

    • Le cercle de la merde
      https://lundi.am/Le-cercle-de-la-merde

      La mort en ligne de JP n’arrive pas « par hasard ». Elle s’inscrit dans cette atmosphère affective où la valeur d’un être ne se mesure plus qu’à l’aune de ce qu’il peut endurer publiquement. JP, clown triste sur Kick ou Twitch, a été englouti par la même logique que les chroniqueurs de C8 : offrir sa gêne, son ridicule, ses plaies comme un gage d’appartenance. Autrement formulé il ne s’agit pas ici d’une pathologie individuelle mais bien d’une pathologie sociale. Le sadisme qui circule sur les plateaux télé ou certains chats n’est pas né du néant. Il naît du vide. Du vide existentiel, de la pauvreté en monde. Là où il n’y a plus de vocation, plus de passion, plus de sens, reste le plaisir bas de voir autrui réduit, humilié, abaissé. Et le plus insupportable, c’est qu’on a fabriqué un voyeurisme qui ne se reconnaît même plus comme tel. L’œil collé à l’écran, l’oreille collée au casque, chacun se dit qu’il « participe », qu’il « fait partie du jeu ». Mais c’est un jeu où il n’y a pas de gagnant. Quand la plupart des êtres se maltraitent les uns les autres à longueur de journée, il est plus que probable que la maltraitance ne soit plus perçue. Il en va de même pour l’exploitation, le voyeurisme, le harcèlement.

  • La #justice_communautaire, une alternative « politique » pour prendre #soin des victimes

    Menée au sein de communautés d’habitants ou de collectifs militants, la justice communautaire se concentre sur les #victimes, puis s’interroge sur la #responsabilité du groupe dans l’apparition des #violences. Une pratique qui peut convenir aux #violences_sexistes_et_sexuelles.

    « Quand il se passe quelque chose de grave, comme des violences sexistes et sexuelles, les premiers #besoins qui émergent sont : le #besoin_de_reconnaissance, le #besoin_de_protection des autres, le #besoin_de_réparation. Ce sont trois choses que la justice d’État ne peut pas faire, car elle est concentrée sur le fait de #punir le coupable », énonce Jerry*, du #Front_révolutionnaire_anti-patriarcal (#Frap). Ce collectif autonome rennais a coécrit, avec un collectif anticarcéral, un petit ouvrage sur la justice communautaire (https://frap.noblogs.org/la-team-patpat-gere-ses-casseroles-brochure). « Notre priorité, c’est de #prendre_soin de la personne agressée. Cela peut prendre diverses formes : être écoutée en buvant un café, être accompagnée chez des soignant·es, bénéficier d’une aide matérielle temporaire… », nous explique-t-on.

    « Soutenir les victimes ou survivant·es de violences, c’est leur assurer l’existence d’un espace où leur #sécurité, leur santé physique et émotionnelle, ou tout autre besoin, sont pris en charge », résume le cahier d’outils de « #Creative_Interventions », un centre de ressources fondé en 2014 à Cleveland, aux États-Unis, pour créer et promouvoir des interventions communautaires face aux violences interpersonnelles (y compris sexuelles).

    Dans un podcast produit par cette organisation (https://www.creative-interventions.org/sfp/chicago), une victime de #violences_conjugales évoque l’importance qu’ont eue pour elles toutes les personnes venues vivre à son domicile, à tour de rôle, pour la rassurer quand elle a dénoncé les violences et exigé le départ de son conjoint. Elle se sentait en sécurité, avait des personnes pour jouer avec ses enfants et l’aider dans les tâches quotidiennes.

    Nommer les violences, formuler des excuses

    La justice communautaire émerge aux États-Unis dans les années 1990, inspirée par les communautés noires, antiracistes et féministes, soucieuses d’en finir avec les violences sexistes et sexuelles sans livrer les hommes noirs à un système policier et carcéral raciste.

    « Le démarrage d’un processus de justice communautaire peut être à l’initiative de n’importe qui : le ou la survivante ou victime ; un·e ami·e, un·e membre de la famille, un·e voisin·e, un·e collègue, la personne ayant causé le préjudice, ou tout membre ou allié·e de la communauté », détaille Creative Interventions.

    « #Nommer les violences, désigner des #personnes-ressources, s’assurer que tout le monde est en sécurité, sont des préalables incontournables, énonce Jerry. On travaille – idéalement à une dizaine – sur l’#écoute des #récits des diverses parties, et la gestion séparée de leurs besoins. Par exemple, que l’auteur·ice formule des excuses à la victime ou que l’espace commun soit réorganisé pour que les deux personnes ne se croisent plus. Il y a de nombreux allers-retours entre le groupe qui soutient la victime et celui qui s’occupe de l’agresseur·euse. »

    Si leur fascicule énonce un nombre impressionnant de conditions pour que le processus aboutisse, le collectif assure qu’il n’y a pas de recettes. « Le mieux est que les solutions viennent des gens qui subissent les préjudices », résume une victime accompagnée par le centre Creative interventions.

    « La justice communautaire va réfléchir à la manière d’accompagner les différents protagonistes, mais aussi penser le #contexte de la violence pour le travailler, précise Elsa Deck Marsault, militante queer féministe, cofondatrice du collectif #Fracas (https://www.collectif-fracas.com), autrice de Faire justice (https://lafabrique.fr/faire-justice), publié aux éditions La Fabrique. Il s’agit bien sûr de réfléchir à la #responsabilité_individuelle de l’agresseur, mais aussi la manière dont son acte fait écho à un #contexte_social plus large. Cette #justice_alternative cherche à en comprendre les racines pour essayer de transformer le contexte. En cela, c’est profondément #politique. »

    Contre les #pratiques_punitives et néolibérales

    Au sein du Frap, on estime que « connaître les raisons systémiques de la violence est nécessaire ». À condition que l’agresseur ou l’agresseuse accepte de dialoguer et reconnaisse les dommages causés. Dans le cas contraire, un « #call-out », c’est-à-dire une dénonciation publique ou une exclusion du groupe, peut intervenir, mais en dernier recours.

    « Malheureusement, trop souvent, les groupes commencent par un call-out et réfléchissent ensuite », déplore le Frap. Reproduisant finalement le pire de la #justice_punitive à laquelle ils souhaitaient pourtant se substituer, regrette Elsa Deck Marsault.

    « Les effets d’un call-out ou d’une #exclusion ne sont pas les mêmes pour un homme blanc disposant d’importants moyens matériels et d’un réseau de soutien que, par exemple, pour une personne racisée, pauvre et/ou queer », précise-t-elle. « La question doit être : comment on travaille collectivement pour que cela n’arrive plus », martèle Jerry.

    « Depuis le tournant néolibéral des années 1980, la transformation sociale n’est plus vue comme passant par l’organisation collective ou syndicale, analyse Elsa Deck Marsault. La société compte désormais sur la #transformation_individuelle de chaque personne, qui doit reconnaître sa part de responsabilité, pour changer la société de manière générale. Il me semble que c’est une impasse, qui découle non seulement des logiques néolibérales, mais aussi des #logiques_carcérales qui punissent les individus en disant que, quelque part, ils l’ont bien mérité. »

    Mais sortir des voies habituelles demande un temps que les cercles militants ou autres communautés n’ont pas forcément. « C’est sans doute l’un des freins de cette forme de justice qui a du mal à se développer en France, où, de plus, on reste très réticent à l’idée même de #communauté », dit Elsa Deck Marsault. Du côté du Frap, on cite l’importance des expériences accumulées, qui permettent, à terme, d’aller plus vite. « Oui, c’est exigeant et chronophage, termine Jerry. Mais à quoi sert une communauté si ce n’est à être présente dans le temps et l’espace ? »

    –-

    Au #Rwanda, la justice post-génocide

    Pratiquée à l’échelle de la famille, des ami·es, des voisin·es, des collègues, des associations des quartiers ou groupes militants, la justice communautaire l’a aussi été à l’échelle d’un pays, dans le Rwanda post-génocide, en 2001.

    « En 1994, près d’un million de personnes ont été tuées en trois mois, selon les chiffres officiels de Kigali, rappelle Valérie Rosoux, politiste, directrice de recherche du Fonds national de la recherche scientifique. Le nombre inimaginable de coupables rendait toute justice “normale” impossible, d’autant que le système judiciaire était dévasté. Il a donc été décidé d’utiliser les “gacaca” – système communautaire préexistant de règlement des conflits qui était basé sur l’appel aux sages de chaque colline pour régler des litiges mineurs. Près de 11 000 tribunaux communautaires ont été installés à la demande du gouvernement central. Des milliers et des milliers de personnes sont passées devant ces tribunaux, évidemment beaucoup plus rapides. »

    Massifs pendant le génocide au Rwanda, les viols ont été reconnus pour la première fois comme faits de génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui n’a jugé que les commanditaires du génocide. En revanche, devant les gacaca, la plupart des violences sexuelles ont été tues.

    « Au TPIR, on peut témoigner anonymement, pas sur les collines, où tout le monde se connaît et où bourreaux et victimes vivent dans les mêmes endroits », raconte Esther Mujawayo, survivante du génocide, autrice de Survivantes et cofondatrice de l’association des veuves du génocide.

    Les huis clos qui ont été demandés ont permis de protéger les femmes et les enfants né·es de ces viols mais cela a ôté la dimension collective de cette justice communautaire.

    Sans vouloir embellir le processus, Esther Mujawayo estime que les gacaca ont facilité le vivre-ensemble dans la mesure où les bourreaux ont demandé pardon. « Même si ce n’était pas toujours authentique, cela aide », pense-t-elle. Ces « tribunaux » ont surtout permis de retrouver les corps des victimes assassinées.

    Mais la démarche reste « très exigeante sur le plan moral, car on espère que les accusés vont confesser leurs crimes et que les victimes vont pardonner, remarque Valérie Rosoux. Les victimes s’entendent dire : certains ont déjà pardonné, pourquoi vous ne le faites pas, vous ? Et là, c’est insupportable ».

    Au sein des regroupements que les gacaca ont créés, le soutien que les femmes se sont apporté entre elles et le travail inlassable des associations présentes pour soutenir les victimes ont peu à peu fait leur chemin. « La prise en charge matérielle a aussi été fondamentale, insiste Esther Mujawayo. Pour restaurer leur dignité, on les a logées, on a pris en charge leurs soins médicaux, car beaucoup étaient malades du sida suite aux viols. On s’est occupé de l’éducation de leurs enfants survivants. C’est basique, mais pour moi, c’est ça la justice : remettre les survivant·es en bonne santé est aussi important que de condamner le bourreau. »

    https://www.mediapart.fr/journal/france/090825/la-justice-communautaire-une-alternative-politique-pour-prendre-soin-des-v

    #justice #alternative #VSS #réparation #protection #punition #reconnaissance #accompagnement
    ping @_kg_
    via @karine4

    • Chicago

      Deana Lewis talks with Mariame Kaba, Erica Meiners, and Shira Hassan – three abolitionist feminists who discuss the work they created and built in Chicago from the early 2000’s through the early 2010’s. They reflect on their path from witnessing the failures of the mainstream anti-violence movement especially for survivors, young people, formerly incarcerated people and sex workers – to experimenting and documenting their work in what became known as community accountability processes, transformative justice and abolitionist organizing. They talk about their relationships and how their solidarity and partnership fed their ability to experiment, find joy in the grief and ultimately create spaces and strategies for people to stay as safe as possible.

      https://www.creative-interventions.org/sfp/chicago

    • Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes

      Là où il est admis que le recours à la police en cas de violence n’est pas la solution mais plutôt un problème supplémentaire, la tentation est de s’y substituer. Si l’intention est louable, son application l’est moins. Les mesures sont expéditives et les outils pour faire justice sont encore profondément empreints d’une philosophie punitive : menace, exclusion, harcèlement, dénonciation publique et discréditation politique. Comment sortir de cette impasse ? La question est d’autant plus difficile qu’elle surgit au moment où les forces réactionnaires mènent une large offensive contre le wokisme pour mieux protéger ceux qui organisent les violences dans nos sociétés.
      Écrit par une « militante gouine », ce livre propose une critique fine du moralisme progressiste et des pratiques punitives dans les luttes sociales. En se saisissant d’exemples concrets rencontrés au gré de son militantisme et en discutant précisément l’abolitionnisme pénal, elle pose les jalons d’une justice transformatrice inventive, capable de prendre soin des victimes et de transformer les individu.es comme les groupes.
      Endiguer les violences c’est aussi ne plus craindre le conflit, ne plus avoir peur de lutter.

      https://lafabrique.fr/faire-justice

      #livre

    • La team Patpat’ gère ses casseroles | protocole de gestion des aggressions dans nos milieux

      Ca y est, on a réussi à la publier ce #zine. Pour faire court ça parle des #agressions dans nos collectifs, et ça amène une vision politique de leur gestion (pas de call-out, médiation, perspective de changement…). Alors si t’es pas encore convaincu que c’est important de prendre en compte qu’on a sans doute déjà toustes agressé, viens lire ça (pfiou la phrase polémique choc sa mère) !

      https://frap.noblogs.org/la-team-patpat-gere-ses-casseroles-brochure

  • En finir avec les armes nucléaires
    https://www.obsarm.info/spip.php?article704

    Faudra-t-il que la bombe soit à nouveau utilisée ou que se produise un accident nucléaire, volontaire ou accidentel, pour que l’on sorte du déni de la menace nucléaire, de cet enfer dont parlait Albert Camus dès le surlendemain du bombardement d’Hiroshima ? 80 ans après Hiroshima et Nagasaki, ne serait-il pas largement temps d’éliminer cette arme avant qu’elle ne nous élimine ? 6 et 9 août 1945. Les États-Unis bombardent les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. C’est la première utilisation (…) #Armements_nucléaires

    / #La_une, #Armes_nucléaires, #Victimes_du_nucléaire, #Mouvements_de_paix_et_de_désarmement

    https://www.obsarm.info/IMG/pdf/plaquette_nucleaire_militaire_web.pdf

  • Le Facteur de Nagasaki
    https://www.obsarm.info/spip.php?article702

    Le 9 août 1945, un facteur de seize ans distribue son courrier sur son vélo rouge quand la bombe atomique tombe sur la ville de Nagasaki. Il est exactement 11h02. Quelques minutes plus tard, il est affreusement blessé et la vallée, autrefois agréable et splendide, s’est transformée en un véritable enfer. Cet ouvrage est une histoire émouvante du combat de Sumiteru Taniguchi pour surmonter ses terribles blessures et sa défiguration. Cette lutte pour survivre est présentée dans ce livre (…) #Fiches_de_lecture

    / #La_trois, #Victimes_du_nucléaire, #Armes_nucléaires

  • Forensic Architecture sur X :
    https://x.com/ForensicArchi/status/1936001918548996168

    La guerre d’Israël contre l’Iran utilise abusivement le principe humanitaire des « ordres d’évacuation » comme tactique de terreur psychologique et politique contre la population iranienne – tout comme elle l’a fait récemment contre les civils palestiniens et libanais.

    Trois « ordres d’évacuation » ont jusqu’à présent été émis à Téhéran, ville qui abrite 10 millions de personnes.

    À 10 h 24, heure locale, le 15 juin, Israël a ordonné à tous ceux qui vivaient « dans ou autour d’usines de production militaire » ou « d’institutions de soutien » d’évacuer leurs quartiers d’origine. Des dizaines de zones urbaines ont été attaquées à la suite de l’ordre.

    Bien sûr, la plupart des Iraniens ne savent pas où se trouvent ces usines ou institutions. En tant que tels, ces ordres ambigus n’ont fait qu’exacerber la confusion et la panique causées par les attaques elles-mêmes.

    Un deuxième ordre a été émis le même jour vers 17 heures, concernant une zone du nord-est de Téhéran, estimée à 300 000 habitants. S’il s’agissait d’un « avertissement » humanitaire, il a laissé très peu de temps aux civils pour en prendre connaissance et agir : environ une heure après l’ordre, quatre frappes ont touché cette zone, touchant le bâtiment de la télévision nationale iranienne.

    Un troisième ordre d’évacuation a été émis peu après 2 heures du matin le 18 juin, alors que la plupart des Iraniens dormaient. Une heure plus tard seulement, une frappe aérienne a de nouveau touché la zone indiquée, à proximité d’un immeuble résidentiel.

    Ces « ordres d’évacuation » sont émis en ligne, alors même qu’il est notoire qu’une grande partie de Téhéran souffre de coupures d’internet. Les frappes aériennes ne se limitent d’ailleurs pas aux zones concernées par ces « ordres ».

    Plutôt que d’être conçus pour protéger les civils, ces « ordres » visent à semer le chaos et la terreur, et ainsi à exercer une pression politique – comme ce fut récemment le cas au Liban et en Palestine.

    #civils #victimes_civiles

  • Iranian Civilians Are Killed in Israeli Strikes, Including a Poet and an Equestrian - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2025/06/18/world/middleeast/iran-civilian-deaths-israel-strikes.html

    Israel has said it does not target Iranian civilians, but hundreds have died in the violence, among them a poet and her family, an equestrian and a graphic designer.

    #civils #victimes_civiles

  • #Maladies_neurologiques : quand les #pesticides s’attaquent au #cerveau

    Des agriculteurs retraités se retrouvent atteints de graves maladies neurologiques causées par l’exposition aux pesticides. Commence alors un #parcours_du_combattant pour leurs familles, qui espèrent faire reconnaître la maladie comme professionnelle.

    Michel, ancien agriculteur âgé de 77 ans, est imprévisible. Sa fille Valérie, qui est aussi sa tutrice, cherche sur son téléphone des vidéos qui montrent ses changements d’humeurs et de comportements, si désarmants. Elle finit par en trouver et l’on voit Michel, tranquillement assis dans son fauteuil, rire doucement avec son épouse. Et soudain, il se met à crier, battre des bras et des mains, puis il se dirige vers la table pour y donner quelques coups de poing.

    Avant de se rasseoir, un peu plus loin. « Au départ, les médecins croyaient qu’il était atteint de la maladie de Creutzfeldt-Jakob [version humaine de la maladie de la vache folle, ndlr] », décrit Valérie. Très investie dans le soutien qu’elle apporte à son père, elle a multiplié les rendez-vous médicaux, tests en tout genre et allers-retours épuisants entre les hôpitaux de Rennes, le domicile de ses parents et son travail salarié.

    Comment payer un Ehpad avec 1000 euros ?

    Le diagnostic, terrible, est tombé dans les premiers jours de l’année 2021 : démence fronto-temporale. « Au départ, maman a pu s’en occuper, et je venais l’aider. Mais c’est devenu trop dur. Il se roulait par terre et ne voulait pas qu’on l’aide. Nous avons dû le placer en Ehpad, dans une unité d’hébergement renforcée », poursuit Valérie, très affectée par ce qu’elle vit comme « un abandon ». Ce placement en Ehpad est d’autant plus difficile que la petite retraite de Michel – 1100 euros par mois – ne couvre que la moitié du coût mensuel total, qui s’élève à 2200 euros. « Je prends dans ses économies, mais j’arrive au bout. La retraite de maman est très faible aussi. On va être obligées de vendre sa maison pour faire face. Mais je ne trouve pas de nouveau logement pour elle. »

    La reconnaissance du caractère professionnel de la maladie de Michel et le versement d’une #rente en reconnaissance du #préjudice subi pourraient leur apporter un peu d’air… Valérie a entamé les démarches à l’automne 2022, avec l’aide du Collectif de soutien aux victimes des pesticides, que sa mère a découvert via la presse locale. « Papa, il a utilisé beaucoup de pesticides. Il a fait beaucoup de mélanges, et il n’avait pas de cabine sur le tracteur, aucune protection. » Comme de nombreux enfants à cette époque, Valérie a souvent aidé son père dans les travaux des champs, y compris quand il faisait des traitements : « On ne savait pas que c’était dangereux, personne ne parlait de ça autour de nous. »

    Toute la sphère neurologique affectée

    La démence fronto-temporale ne figure dans aucun des tableaux qui listent les #pathologies_professionnelles dues à l’exposition aux pesticides, mais ceux-ci évoluent au fil des luttes et recherches scientifiques. « Historiquement, on a commencé le combat judiciaire avec la maladie de Parkinson puis le lymphome, situe l’avocat François Lafforgue, dont le cabinet accompagne de nombreuses #victimes des pesticides. Ensuite, nous avons travaillé sur les hémopathies et on a obtenu la création ou l’extension des tableaux pour toutes ces pathologies. »

    Ces victoires ne sont pas anecdotiques. Elles permettent de mettre en place ce que l’on appelle la « #présomption_d’imputabilité », qui évite aux victimes de documenter elles-mêmes les liens entre leur maladie et leur exposition. Aujourd’hui, par exemple, toute personne atteinte de la #maladie_de_Parkinson et exposée pendant au moins dix ans aux pesticides dans le cadre de son travail peut obtenir la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie.

    « Au fil des années et des prises de contacts avec des malades, on s’est rendu compte que toute la sphère neurologique était affectée, poursuit François Lafforgue. Nous avons aussi découvert qu’il existe de la littérature scientifique sur les liens entre plusieurs des maladies de cette sphère neurologique et les pesticides. Nous avons donc décidé de défendre la reconnaissance de ce lien devant les tribunaux. » C’est ainsi qu’en juin 2024, la #démence_à_corps_de_Lewy (type de démence partageant des caractéristiques avec la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson) de Joseph Lendormy, ancien agriculteur, a officiellement été reconnue comme étant liée à son exposition aux pesticides. C’est une première qui donne bon espoir au collectif pour le dossier de Michel.

    « Mon père a été exposé pendant plus de trente ans aux pesticides, retrace son fils Philippe Lendormy. Il avait une petite ferme d’élevage bovin-lait et polycultures (maïs, blé, colza...), mais c’est surtout comme chauffeur de la #Cuma [coopérative d’utilisation du matériel agricole, ndlr] qu’il a été exposé. » Joseph a occupé ce poste de 1961 jusqu’à son départ à la retraite en 1999.

    « Il s’agissait d’une grosse Cuma, avec douze fermes, et mon père faisait tous les traitements : #herbicides, #fongicides, #insecticides. Je me souviens qu’au printemps, il avait les mains et les bras orange, car il brassait les mélanges à la main. Il stockait les produits à la maison, y faisait ses mélanges et y rinçait ses cuves, le liquide dévalait la cour. » Sur la liste que Philippe Lendormy a reconstituée pour le dossier de son père, figurent de nombreux produits aujourd’hui interdits, dont plusieurs susceptibles de porter atteinte à la sphère neurologique.

    Des malades toujours plus nombreux

    « Mon père est mort en 2022, mais il est tombé malade huit ans avant, à 72 ans », reprend Philippe Lendormy. Joseph a commencé par oublier où il posait ses affaires, puis à ne plus savoir pourquoi il se trouvait à tel endroit à tel moment. Au fil des mois et des années, son état s’est aggravé. « Il faisait n’importe quoi : un jour, il a mis le feu à un balai et s’est promené avec dans la maison. Rien n’allait plus. Ma mère s’est occupée de lui pendant six ans, elle a été au bout de ses forces. Et il a finalement intégré un Ehpad. » Aucun médecin n’a établi de liens avec les pesticides. C’est Philippe qui a fini par y penser, un peu par hasard, suite à des discussions avec des amis, qui avaient entendu parler du sujet par la presse.

    « C’est un peu toujours la même histoire, commente Michel Besnard du Collectif de soutien aux pesticides de l’Ouest. À chaque fois que l’on médiatise un cas, de nouvelles personnes se manifestent. Si les maladies qu’ils ont ne sont pas dans les tableaux, on les accompagne quand même. » Les démarches sont plus longues, mais elles aboutissent cependant assez souvent, encourageant de nouveaux malades à les entreprendre. « On rencontre de plus en plus de gens avec des démences à corps de Lewy, précise Michel Besnard. Souvent, les neurologues disent d’abord que c’est la maladie de Parkinson (40 % des victimes accompagnées par le collectif en sont atteintes). Puis le diagnostic s’affine et on arrive à cette démence. C’est important de faire circuler ces informations pour que d’autres personnes puissent se manifester. »

    Un soutien inégal de la part des médecins

    « Ce n’est pas parce que l’on n’a pas beaucoup de cas qu’il ne faut pas les prendre en compte, ajoute François Lafforgue. La maladie à corps de Lewy, seconde cause de #démence_neurodégénérative après la maladie d’Alzheimer, est une affection dont les mécanismes sont très proches de ceux de la maladie de Parkinson. Or, les études scientifiques établissent un lien clair entre la maladie de Parkinson et une exposition aux pesticides. »

    Le lien entre la maladie de Joseph Lendormy et son travail a aussi été reconnu comme possible par l’experte du Centre régional de pathologies professionnelles et environnementales de Bretagne, où Philippe avait emmené son père, sur les conseils de l’avocat. « Le rapport d’expertise de l’Inserm de 2021 sur les pesticides rapporte un niveau de présomption fort entre l’exposition aux pesticides et les troubles cognitifs chez les agriculteurs », cite-t-elle dans son courrier bilan, considérant qu’une déclaration de reconnaissance peut être proposée à Joseph.

    Un avis encourageant qui tranche avec la frilosité du médecin de la Mutualité sociale agricole (MSA) qui avait commenté, après avoir écouté le CV de Joseph Lendormy : « L’ensemble des informations recueillies laissent supposer que Mr Lendormy a probablement été exposé à des pesticides au cours de sa vie professionnelle. » Cette prudence dans les propos avait ulcéré Philippe Lendormy. « Ce médecin est venu chez mes parents. On lui avait donné la liste des produits que mon père avait utilisés, car les vendeurs de la coop, c’étaient des amis de mes parents. Il a été exposé toute sa vie, c’est évident, et non "probable". »

    Une vie de travail et pas de retraite

    Récemment, le cabinet de François Lafforgue a obtenu la reconnaissance en maladie professionnelle pour un agriculteur atteint d’Alzheimer. « Mon père a travaillé des années 1960 aux années 2000, explique son fils, Benoît Laurent. Ils étaient six associés et lui était préposé à l’épandage des pesticides. C’était leur organisation. Il travaillait sans protection, je me souviens qu’il versait les produits et qu’il les mélangeait avec un bâton, à mains nues. Souvent, il avait des maux de tête et il saignait du nez. Il est tombé malade en fin de carrière et a été diagnostiqué en 2008, à 68 ans, cinq ans après avoir pris sa retraite. » La reconnaissance obtenue par Martial Laurent est due à un vice de procédure : la MSA n’a pas respecté certains délais, ce qui a entraîné une reconnaissance « implicite ». Il est donc difficile d’affirmer que les institutions valident le lien entre exposition aux pesticides et maladie d’Alzheimer.

    Selon François Lafforgue, « une action engagée a abouti favorablement, ce n’est pas comme s’il ne s’était rien passé ». L’expertise Inserm de 2021, qui s’est intéressée à des centaines d’études à propos des effets sanitaires des pesticides, considère que la présomption de lien entre pesticides et Alzheimer est « moyenne ». Elle cite une analyse réunissant sept études qui « estime à 34 % l’élévation du risque – significative – de maladie d’Alzheimer chez les personnes exposées aux pesticides ».

    « Cette reconnaissance, et la rente qui a été versée, nous permettent de financer l’Ehpad où mon père vit depuis 2020, intervient Benoît Laurent. Son petit pécule de retraite fondait comme neige au soleil. Ils n’avaient pas beaucoup d’argent, mes parents, même s’ils avaient travaillé toute leur vie. » « La rente ne va pas ramener mon père, ajoute Philippe Lendormy, mais cela va soulager un peu ma mère, qui s’est épuisée à l’accompagner. Elle va pouvoir se faire aider pour les travaux quotidiens. Pour moi, c’est aussi important symboliquement cette reconnaissance. Mon père a été un bon soldat, il a nourri la France comme on le lui a demandé. Il a bossé très dur. Et en est tombé malade. C’est bien de le rappeler. »

    Pour Valérie Vivien, « c’est douloureux de savoir qu’ils n’ont pas été prévenus qu’il allait y avoir des conséquences s’ils utilisaient des pesticides. Personne ne leur a jamais dit. C’est injuste. Ils ont travaillé toute leur vie et n’ont pas profité de leur retraite ensemble. » Elle espère que les démarches qu’elle a entamées « faciliteront les choses pour les suivants ». Et en attendant que son père touche, enfin, l’argent nécessaire à sa prise en charge, elle a dû lancer une cagnotte en ligne (https://www.leetchi.com/fr/c/cout-d-un-ehpad-2200mois-et-comptes-bientot-a-0-7503176.

    https://basta.media/maladies-neurologiques-quand-les-pesticides-s-attaquent-au-cerveau
    #santé #maladie #industrie_agro-alimentaire #agriculteurs #agriculture #conditions_de_travail #travail #maladies_professionnelles

  • Remise en cause
    https://www.obsarm.info/spip.php?article689

    Le 14 janvier 2025, la commission d’enquête sur les conséquences des 193 explosions nucléaires pratiqués en Polynésie française de 1966 à 1996 a débuté ses travaux. La précédente commission, mise en place au printemps 2024 (voir Lettre n°1-2025), a été interrompue du fait de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier. Le rythme des auditions est dense et nous vous invitons à les écouter sur le portail vidéo ou à lire les comptes rendus publiés sur le site de l’Assemblée (…) #Lettre_aux_parlementaires

    / #La_une, #Armes_nucléaires, #Prolifération_nucléaire, #Stratégies_nucléaires, #Victimes_du_nucléaire

    https://www.obsarm.info/IMG/pdf/lettre_parlementaire_1_2025.pdf