• Marché du travail : « La catégorie des seniors “ni en retraite ni en emploi” va augmenter »
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/03/21/marche-du-travail-la-categorie-des-seniors-ni-en-retraite-ni-en-emploi-va-au


    (illustration Le Monde, non visible sur le site - ?- mais embarquée avec l’article...)

    La sociologue Anne-Marie Guillemard alerte sur la formation d’une nouvelle poche de pauvreté générée par la logique de mise en préretraite.

    Entretien. Sociologue, professeure émérite à l’université de Paris Descartes-Sorbonne, Anne-Marie Guillemard est notamment l’auteure d’ Allongement de la vie. Quels défis ? Quelles politiques ? (La Découverte, 2017).

    Que pensez-vous de la tendance des entreprises à favoriser la sortie de l’entreprise des seniors dans les plans de départs ?

    Dans un contexte de longévité, les préretraites sont une absurdité. C’est une catastrophe par rapport à l’équité entre les générations. Il y a maintenant trois générations en emploi et on en a besoin. La durée moyenne de la retraite atteint aujourd’hui vingt-huit ans. La coopération intergénérationnelle est un élément important pour la compétitivité et l’innovation qui vient du croisement de l’expérience et du travail nouveau. Le jeune ouvrier sait lire le plan, son binôme senior anticipe toutes les pannes qu’il connaît.

    Mais les entreprises sont confrontées à un problème de réduction de la masse salariale à moindre coût social…

    En France, nous sommes restés dans la culture de la sortie précoce. Dès qu’il y a un problème, on reprend la vieille recette, alors qu’il faut sortir de la segmentation par l’âge pour résoudre le problème de l’emploi. La demande de travail des seniors est restée une boîte noire [alors quelle a effectivement augmenté faute de pré-retraites payés, ou de durée de droit à allocation chômage suffisante, ndc] . Ce n’est pas à 50 ans qu’on se préoccupe de la deuxième partie de sa carrière. L’entretien du #capital_humain se fait sur tout le parcours.
    Aujourd’hui, c’est indispensable car l’allongement de la vie augmente la population active. Il y a certes une remontée du taux d’emploi des seniors avant 60 ans. Mais la France est, derrière le Luxembourg, le pays de l’OCDE où on quitte le marché du travail le plus tôt, à 60,8 ans en moyenne, alors même que l’âge légal de départ à la retraite a été repoussé. Les #ruptures_conventionnelles représentent 25 % des fins de CDI des seniors contre 16 % pour les jeunes.
    La priorité donnée aux seniors dans les plans de départs va augmenter la population des « ni-ni seniors » − « ni en retraite ni en emploi » −, une catégorie mise « en attente » de pouvoir liquider sa retraite.

    A-t-on une idée du nombre de « ni-ni seniors » aujourd’hui ?

    A 60 ans, dans la période 2015-2017, 29 % des personnes n’étaient ni en emploi ni en retraite : 7 % au chômage, 12 % inactives depuis l’âge de 50 ans et 10 % inactives dès avant 50 ans. Dans toutes ces catégories, on trouve de nombreux bénéficiaires des minimums sociaux. On est en train de créer une nouvelle poche de #pauvreté : 42 % de ceux qui liquident leur retraite sont déjà sortis du marché du travail , une partie sont auto-entrepreneurs. Soit ils coûtent aux pouvoirs publics [si peu..., ndc] , soit ils dépendent de la solidarité familiale. Dans les deux cas, ce n’est pas satisfaisant, car ils pourraient être au travail. Pour en sortir, des politiques publiques peuvent jouer leur rôle, avec une politique active pour construire les parcours professionnels et rendre le travail soutenable plus longtemps. Aujourd’hui, la fin de carrière n’est plus du tout attractive. Les seniors ont l’impression d’être sur un siège éjectable, et les entreprises veulent se délester d’effectifs. Il y a une convergence d’intérêt.

    Aucun recul historique, or les mécanismes de préretraite avec revenu mensuel garanti ont surtout été employés pour restructurer diverses, industries dès les années 70, ce qui pouvait poser les problèmes de qualités de la main d’oeuvre employées relevées par la sociologue émérite (déperdition de compétences, disent-ils aujourd’hui). On est passé à un autre régime avec préretraite à indemnité unique (prime) et chômage et minima.

    #travail #vieux #seniors

  • L’Ephad et ses fantômes : l’expérience de MSF en France pendant la crise sanitaire. Entretien Par Caroline Izambert
    https://mouvements.info/lephad-et-ses-fantomes-lexperience-de-msf-en-france-pendant-la-crise-sa

    Au début du printemps 2020, l’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) a lancé une mission dans les Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) d’Ile-de-France, touchés de plein fouet par la pandémie de Covid-19. Après avoir réfléchi à la mise en place de soins palliatifs de nuit, l’organisation s’est finalement orientée, suite à une phase exploratoire, vers un appui en journée à des Ehpad en difficulté. Puis à partir de l’été, une fois la crise terminée, les équipes de MSF ont proposé aux personnels des établissements un accompagnement en santé mentale. Retour le 28 septembre 2020 sur cette expérience avec quatre membres de la mission, Olivia Gayraud (coordinatrice projet), Jean-Hervé Bradol (médecin, membre du CRASH-Centre de Réflexion sur l’Action et les Savoirs humanitaires attaché à MSF), Marie Thomas (psychologue) et Michaël Neuman (membre du CRASH)

    . . . . . il vaut mieux mourir confortablement dans un Ehpad que mal installé sur un brancard dans un couloir d’un service d’urgences ». Le tableau brossé par notre collègue du Samu correspondait à la saturation de certains hôpitaux en mars-avril. Nous ne parlons pas de lits de réanimation, qui la plupart du temps ne correspondent pas aux besoins des résident·es d’Ehpad, mais de simples lits de gériatrie aiguë pour une prise en charge de l’infection et, éventuellement, des soins de fin de vie. En face, dans les Ehpad, les personnels nous disaient qu’ils avaient peu de moyens pour accompagner les personnes vers la mort, qu’un lit d’Ehpad, ce n’est pas la même chose qu’un lit d’hôpital, les soins aigus y sont difficiles. Même dans les Ehpad où l’on réussit à mettre les personnes sous oxygène et sous antibiotiques – des mesures qui ont permis à certains·es résident·es de s’en sortir –, on restait loin des standards d’un lit de gériatrie à l’hôpital. C’est de ce décalage entre ce que l’on demandait aux Ehpad et ce qu’ils pouvaient faire qu’est née la mission. . . . .

    . . . . . Olivia Gayraud : Ce qui m’a frappé et m’a motivée dans cette mission, c’était l’absence criante de présence médicale dans les Ehpad. Certaines institutions n’avaient plus de médecins coordonnateurs, beaucoup étaient âgés et devaient donc se confiner, d’autres étaient tout simplement déjà tombés malades. Les médecins de ville qui suivent les résidents-es ne venaient plus. Il n’y avait plus aucune continuité de soins alors qu’il s’agit de personnes très âgées avec de lourdes pathologies chroniques. Par rapport à la situation de la nuit, c’était un véritable appel au secours. Des aides-soignant·es se retrouvaient seul·es à devoir accompagner des personnes âgées en train de mourir dans des circonstances extrêmement difficiles. J’ai trouvé cela terrible un tel manque d’accès aux soins, un tel traitement des personnes âgées et du personnel dans un pays comme la France. On a demandé aux Ehpad de devenir des unités de soins mais sans logistique, sans ressource et sans compétence. Une fois la problématique connue, nous avons constitué une équipe mobile médicale et nous sommes allés visiter les Ehpad qui avaient été identifiés et qui acceptaient de recevoir de l’aide. . . . .

    . . . . . Ce qui s’est passé au printemps était l’exacerbation d’une crise institutionnelle déjà présente depuis plusieurs années. Avec la Covid-19, le nombre de personnes touchées étaient sans commune mesure avec les épisodes précédents : parfois, dans un même établissement, on avait jusqu’à trente ou quarante personnes âgées très malades. Ensuite, le manque de personnel était criant et les protocoles impossibles à respecter. Une partie du personnel était infectée ou avait fui par peur de se contaminer. Quand vous avez deux aides-soignantes pour 90 résident·es, même les soins de conforts comme les toilettes ne peuvent être faits correctement. Enfin, ces lieux étaient devenus de véritables bombes virales. . . . .

    . . . . . Ce qui m’a marqué, c’est le décalage entre l’obsession sur les lits de réanimation au niveau national alors que sur le terrain, ce dont avaient besoin les résident·es des Ehpad, c’était de simples lits d’hospitalisation avec de l’oxygène et quelques prescriptions standardisées ou des soins palliatifs. Et puis le 28 mars, il y a eu la demande faite par Olivier Véran, ministre de la Santé de confiner les personnes non seulement dans les établissements mais dans leur chambre. . . . . .

    . . . . . écouter les vieux des Ehpad, ça n’a jamais été au programme. Malgré le plébiscite des résident·es, sous la pression des autorités sanitaires régionales, une directrice d’Ehpad a du démanteler un dispositif de visites pour les proches. Peu de gens y ont vu quelque-chose à dire, surtout parmi les mandarins, les grands professeurs de réanimation qu’on entendait toute la journée à la télévision.

    Cela est rentré en résonance avec d’autres expériences d’incarcération ou d’enfermement dans des lieux comme des prisons ou des orphelinats que nous rencontrons très régulièrement en tant qu’humanitaires, des expériences aux conséquences souvent catastrophiques. . . . .

    . . . . . Ceux et celles qui ont le plus souffert, sont ceux et celles qui avaient initialement le moins de troubles cognitifs et dont l’état s’est beaucoup aggravé pendant la crise. L’enfermement a été meurtrier sur le plan psychique comme physique. Aujourd’hui (en septembre 2020), il n’y a plus de consignes nationales, l’État s’est déchargé sur les directions en leur disant que c’était à elles de décider si le confinement se poursuivait ou pas. C’est un stress et une responsabilité énorme pour les équipes. Il y a des endroits où l’on arrive à des situations ubuesques : si le directeur ou la directrice part trois jours en week-end et bien on confine trois jours pour rouvrir ensuite…

    . . . . . L’expression « ballet de cercueils » est revenue à de nombreuses reprises. Dans les Ehpad, les plus touchés, il y a eu en 10 jours le nombre de morts qu’il y a habituellement en 18 mois, c’est normal de ne pas pouvoir l’intégrer et accepter. D’autant que la relation entre le personnel et les résidents-es n’est pas du tout la même qu’à l’hôpital. Elles – je dis elles parce que ce sont à 80% des femmes – parlent souvent de « leurs résident·es » et les appellent par leur prénom. Au départ, cela surprend mais il y a de grandes relations d’attachement dans ces lieux avec des personnes qui se voient tous les jours pendant des années et partagent les joies et les peines du quotidien. Elles évoquent les sacs mortuaires comme des sacs poubelles dans lesquels ont été mises les personnes ainsi que l’empêchement d’accompagner les personnes âgées jusqu’à la mort. . . . . .

    . . . . . es scènes extrêmement intolérables et choquantes notamment dans les Ehpad où l’oxygène a manqué. Des corps retrouvés bleus par terre, des personnes recroquevillées dans des positions fœtales (signe de douleur), des choses difficiles à entendre même pour nous. Les réminiscences sont également auditives : le bruit des cercueils qu’on scelle, un souvenir qui est évoqué par beaucoup comme insupportable. Les refus du Samu de se déplacer ont aussi été très mal vécus par les équipes. Et malgré ce traumatisme, il a fallu continuer à travailler sur une longue période. Beaucoup de personnes parlent de changer de métier, de retraite anticipée, d’arrêt maladie. . . . . .

    . . . . . par rapport à des mots qu’utilisent les personnels dans les groupes de parole. Dans six groupes différents, dans six lieux différents, les personnes ont comparé ce qui s’est passé à l’élimination des handicapé·es par les nazis. Cette comparaison montre bien à quel point ce qu’ils ont vécu a été violent et ils-elles se sont senti·es abandonné·es du reste de la société. . . . . .

    . . . . . en Belgique comme en Espagne, les dirigeants des pays ont accepté l’idée qu’ils avaient été dépassés par les événements. En France, le discours officiel a été : « l’hôpital a tenu », il n’y a jamais eu aucune reconnaissance du fait d’avoir été débordé par la situation. La doctrine de l’infaillibilité de l’État et son corollaire, le système de soins français le « meilleur du monde » (sic), a prévalu tout au long de la crise. Les pouvoirs publics n’ont jamais laissé entendre qu’ils avaient besoin d’aide et ils ont même réussi à le faire croire. . . . . .

    #msf #santé #covid-19 #France #Ehpad #coronavirus #vielles #vieux #confinement #masques #vieillesse #soignants #femmes #crise_sanitaire

  • Reconfinement : pourquoi Emmanuel Macron ne varie pas
    https://www.lejdd.fr/Politique/reconfinement-pourquoi-emmanuel-macron-ne-varie-pas-4028138

    Quand on aura vacciné 80% des plus fragiles, on aura une réalité épidémiologique proche d’un épisode de grippe. Ce sera le cas en mai

    Finalement, c’est pas l’été qui est attendu pour le mois de mai... C’est la vaccination des vieux.

    #à_chaque_jour_sa_révélation

    • LES ENCOMBRANTS, UN EUGENISME SOFT

      Regardez ces deux images, laquelle vous choque ?

      Le 5 février 2021

      L’image du nègre faisait bien rigoler nos ancêtres. Aujourd’hui c’est le vieux qu’on peut mépriser sans souci. Si le racisme est toujours présent, l’ "Agisme" est la plus banale et le plus répandue des stigmatisations. La question du confinement en apporte une preuve violente. Si malgré tout, l’opinion hésite un peu, nos grands experts et nos pitres médiatiques s’efforcent de propager le virus d’un nouvel eugénisme.
      Destruction massive d’emploi, jeunesse dans la détresse, petits patrons au bord de l’explosion. On se traine entre déprime et colère et pas la moindre lumière au bout du tunnel.
      Solution ? Laissez crever les vieux.
      C’est pas dit comme ça, bien sûr, mais ça se dit de moins en moins tout bas.

      On le répète, les 70 000 morts du covid, à 80% c’est des plus de 75 ans. Et pour protéger ces vieux, tout le pays est bloqué. Nos enfants sacrifiés, notre économie en loques, nos artistes désespérés, tout ça pour des vieillards au bout du rouleau qui ont joui toute leur vie et qui ne veulent pas lâcher la rampe. Il faut les obliger à se confiner et qu’on en finisse avec cette génération dorée.

      Mais tout de même, enfermer les vieux et les vulnérables, on se demande si c’est bien moral, ce sont des êtres humains, on hésite. Heureusement certains n’ont pas ces scrupules, nous avons des experts, des penseurs, des grands professeurs et des personnalités médiatiques qui sont là pour nous dire ce que nous devons penser.

      François de Closet par exemple : « Toutes le vies n’ont pas le même prix ». À 87 ans cette ancienne vedette du petit écran est fidèle à l’idéologie qu’il a défendue avec entrain toute sa vie. Il reste l’immortel auteur de « Toujours plus » publié en 1982, un best-seller vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires : « Nous pouvons nous passer de journalistes, de médecins, de professeurs, de fonctionnaires, de cadres et d’ingénieurs, pas de créateurs d’entreprise. Aussi longtemps que la France misera sur l’économie de marché, elle devra tout faire pour favoriser les candidats à la fortune capitaliste. Et tant mieux s’ils ramassent de gros dividendes. Il faut que l’audace paie. »

      Aujourd’hui, c’est ces vieillards dont il faut se passer. François de Closet milite pour le confinement des personnes âgées : « Est-il normal de fiche en l’air la vie des futures générations pour sauver les plus de 80 ans ? ».
      Bien sûr que ce n’est pas normal, François. Il faut éliminer ces vieux qui sont autant d’ obstacles pour les candidats à la fortune capitaliste. Éliminer ? Oui, car pour encourager les vieux à disparaître, François de Closet est prêt à sacrifier sa vie pour donner l’exemple.
      « S’il faut faire des sacrifices, il faut que ce soit le passé au profit de l’avenir. […] Que je vive un peu moins ou un peu plus longtemps, ça n’a aucune importance. […] On est parti sur l’idée que la vie n’a pas de prix mais que toutes les vies ont le même prix. Moi, je vous dis que la vie a un prix et que toutes les vies n’ont pas le même prix ! » [1]

      Francois de Closet fait-il mine d’ignorer que confiner une partie de la population est anticonstitutionnel ? En France le principe d’Egalité est un pilier de notre droit. Malgré l’état d’urgence, les dérogations sont très peu probables. L’idée avait déjà suscité la colère des plus âgés, lorsqu’elle avait été évoquée par Emmanuel Macron en avril dernier. [2] Au moment du déconfinemment, il avait demandé aux « personnes vulnérables et aux personnes âgées de rester confiné au maximum ». Levée de bouclier. La mesure fut abandonnée.

      Francois de Closet n’est pas seul.
      Le philosophe Luc Ferry un autre « bon client » lui fait concurrence. Toujours prêt avant même qu’on le sonne, il est célèbre pour son appel à encourager les policiers à tirer à balle réelle sur les gilets jaunes. « Qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ! Ça suffit, ces espèces de nervis, ces espèces de salopards d’extrême droite et extrême gauche ou des quartiers qui viennent taper des policiers. […] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies ». [3]

      Cette fois c’est les vieux et les obèses auxquels il faut mettre fin. Luc Ferry tient d’ abord à affirmer que « le vaccin est la victoire de la mondialisation libérale » [4] puis il nous livre son analyse. « On ne peut pas empêcher la société entière de vivre sous prétexte que des personnes de 80 ans qui sont malades, en commorbidité ou qui sont obèses vont être obligés de faire attention »
      Obligation donc d’enfermer ceux qui nous empêchent de vivre. Un peu moins convainquant que François de Closet, mais très bien tout de même.

      Un autre philosophe médiatique, le toujours bien peigné André Comte-Sponville. Il affirme lui aussi « Tous les morts ne se valent pas ». Pour André tout est question d’âge. Si le jeunisme était un parti il en serait le président. « On sacrifie les jeunes au détriment des personnes âgées, la liberté sur l’autel de la santé ». Aux jeunes, le philosophe fait don de ses conseils : « Ne sacrifiez pas toute votre vie à la santé de vos parents et de vos grands parents ». Ne pas gâcher l’existence de tous pour sauver quelques octogénaires. « Nos dettes, ce sont nos enfants qui vont les payer (…) Ma priorité́ des priorités, ce sont les enfants et les jeunes en général. Et je me demande ce que c’est que cette société́ qui est en train de faire de ses vieux la priorité́ des priorités ». [5]

      À ces penseurs engagés on peut ajouter Jean François Delfraissy, le très influent président du Conseil Scientifique : « Continuer à préserver la santé des anciens mais peut-être au détriment de la santé des jeunes » [6]

      Pas de « peut-être » avec Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat à Paris. Oracle consulté par tout les médias, notamment par France Inter, et avec tout le prestige que lui confère son titre de professeur et sa blouse blanche. Xavier est très clair « Je pense qu’on a intérêt à faire des confinements sur des populations à risque. Il faut admettre qu’à 80 ans, tout ce qu’on vit après 80 ans c’est du bonus. Est-ce qu’aujourd’hui on peut s’autoriser ces bonus ? Je ne suis pas certain. Je pense qu’il faut prioriser des jeunes générations et les forces actives de la société… ». [7]

      Si ces propos clairement discriminatoires n’ont suscité aucune réaction du journaliste présent, les auditeurs de France Inter ont été très nombreux à protester , dénonçant des propos franchement eugénistes et rappelant la mission pour le médecin de soigner sans distinction jusqu’aux plus humbles vulnérables.

      On peut rappeler ici que l’eugénisme peut se définir comme l’ensemble des méthodes et pratiques visant à sélectionner les individus d’une population en se basant sur leur patrimoine génétique et à éliminer les individus n’entrant pas dans un cadre de sélection prédéfinie.
      Mené par des scientifiques et des médecins, le mouvement de promotion de l’eugénisme qui se met en place au tournant du XXe siècle milite en faveur de politiques volontaristes d’éradication des caractères jugés handicapants ou dans le but de favoriser des caractères jugés bénéfiques. A noter que la suppression des indésirables est interdite dans l’Union Européenne. La charte des droits fondamentaux adopté en 2 000 interdit l’eugénisme.

      Mais pour Christophe Barbier , l’ancien directeur de l’Express il n’y a pas à hésiter. Pour sauver l’économie, il faut se débarrasser de ces vieux soixante-huitards égoïstes et jouisseurs. C’est depuis longtemps l’obsession de Christophe : « Ils ont vécu les années 60. Ils étaient jeunes au moment du rock’n roll. Ils ont épanoui leur sexualité entre la fin de la syphilis et le début du sida. Bref, ce sont des enfants gâtés.(...) [8]
      « À un moment donné, pour sauver quelques vies de personnes très âgées, on va mettre des milliers de gens au chômage ? La vie n’a pas de prix. Mais elle a un coût pour l’économie. » [9] Infatigable, il rabâche encore avec son dernier livre, « Les tyrannies de l’épidémie » contre « le dernier hold-up des baby boomers » où il constate tristement « Nous avons préféré la sécurité des vieux à l’avenir des jeunes ».

      Sur le compte Twitter de Christophe Barbier, les commentaires ne sont pas toujours dignes de ce grand éditocrate. Un des messages se limite à un sobre « Pauvre con ». Un autre pose une question « Dis-moi Cricri, il s’appelait comment le régime des années trente qui disait vouloir laisser mourir "les bouches inutiles" ?

      Daniel Mermet
      (avec Dominique Vidal)

      Notes
      [1] RMC cité par Le Point, 29 janvier 2020.

      [2] Adresse aux français, 13 avril 2020

      [3] Radio Classique, cité par Le Parisien, 08 janvier 2019

      [4] C NEWS, La Matinale, 03 décembre 2020

      [5] France Inter, 14 avril 2020

      [6] Audition de Jean-François Delfraissy par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, 28 janvier 2021.

      [7] France Inter, journal de 13h, 24 janvier 2021

      [8] BFM, 28 septembre 2017

      [9] BFM, 25 février 2020

      ________

      Le 5 février à 22:01, par Virginie

      Bonjour , j’ai trente ans , je dis ça pour situer mon opinion pour ce qui est de l’âgisme .
      Je ne sais pas si vous avez entendu parler du mouvement "OK boomer" , cette réponse des générations X Y Z aux papy-boomers quand ils reçoivent leurs conseils avisés ou reproches ?
      C’est le constat que le monde a toujours été dirigé par des décisionnaires vieux blancs et riches qui imposent leur agenda depuis , quitte à écraser femmes , personnes racisées , enfants , pauvres , handicapés , malades mentaux , animaux , la planète entière , pour leurs propres bénéfices . Les personnes âgées pauvres ou pas loin , aux corps aussi abimés que leurs rêves par le capitalisme n’ont rien à voir là-dedans.
      Voir une énième récupération d’un concept qui les dénonçait à la base , c’est abject mais prévisible , voire ennuyeux...Et peut-être qu’à force de désigner un nouvel ennemi par semaine tout le monde va finir par être montré du doigt chacun son tour , ça aidera à être moins dupe ceux qui l’étaient encore ?
      Bof...De toute façon les jeunes ne regardent pas la télé....
      PS : les seins qui tombent c’est pas honteux ni triste , c’est plutôt l’impératif de la glorieuse demi-pomme, le soutif rembourré devenu loi , le téton interdit , l’allaitement qui apparait dégueulasse en public tant on nous a sexualisé et calibré les seins.
      Voila salut les AMG et désolée pour le style pompeux je sais pas écrire autrement c’est terrible !

  • La valeur d’une vie

    Bientôt les pauvres n’auront plus le droit de parler, les vieux de vivre et les jeunes de chanter. Une alliance inédite entre la science, la rationalité économique et le néolibéralisme autoritaire prépare des monstres que nous ne soupçonnons pas. Cette alliance nous accommode au pire, dont le renoncement aux valeurs et principes qui fondent le vivre ensemble et notre humanité.

    La gestion politique de la #crise_sanitaire est une machine à discriminer. Elle élève au carré les #inégalités sociales et économiques, de classe et de genre, et aujourd’hui les inégalités devant le #droit_à_la_santé et à la vie. Ces inégalités étaient insupportables avant la pandémie. Elles sont aujourd’hui la cause d’un effondrement social, économique et tout simplement moral. Si des études sérieuses (voir celle de l’INSEE ici) montrent que le virus « creuse les inégalités », ce sont avant tout les politiques néolibérales qui causent en priorité la mort des personnes âgées et des plus pauvres, l’exposition et la fragilisation des ouvriers, quand les classes sociales les plus favorisées traversent la pandémie avec infiniment moins de risque.

    Les choix politiques du gouvernement en matière de gestion de la crise sont passés successivement du mensonge d’Etat aux errements criminels, des errements à la bureaucratisation inefficace, de la bureaucratisation à la rationalisation impuissante, et désormais de la rationalisation au contrôle des corps. Cette dernière étape nous fait entrer dans la plus vertigineuse des dystopies. Des hommes politiques et des médecins ont pu concevoir d’interdire la parole dans les transports en commun. Alors que l’impératif sanitaire de la distance (physique et sociale) crée des pathologies de masse, il faudrait encore que les pauvres et le jeunes s’imposent le silence dans les transports en commun. Pourquoi donc l’Etat n’a-t-il pas pris depuis mars 2020 les dispositions qui auraient permis à chaque personne qui prend un bus, un tram ou un métro de bénéficier gratuitement d’un masque FFP2 ? Au lieu de cela on interdit aux plus défavorisés et aux jeunes de porter leur masque artisanal, sans prévoir une campagne et des moyens de protection pour quelques millions de personnes. Le problème n’est pas que l’Etat néolibéral de Macron et Castex serait maladroit, commettrait des erreurs à répétition, improviserait et jonglerait dans les difficultés de gestion d’une crise effroyable – même si ce peut être le cas -, le problème est qu’ils assomment systématiquement les pauvres, les jeunes et les vieux. Ce qui est effroyable, ce n’est pas le virus en lui-même, c’est le capitalisme qui le gère et en développe les conséquences. Parmi celles-ci, il en est une qui doit nous alarmer. La remise en cause du droit à la vie.

    Depuis le début de cette pandémie chaque jour qui passe accroît notre tolérance à l’insupportable. L’insupportable m’a été donné à entendre dans la bouche d’un Chef de service de l’Hôpital Bichat qui s’exprimait au journal de 13h de France-Inter ce dimanche 24 janvier 2021. On peut l’entendre ici, à 12mn et 40 secondes. Les propos de ce médecin ont créé en moi un choc. Un choc d’une grande violence. Ce choc a été provoqué par la rencontre entre la mémoire, l’historicité et la culture d’un côté, et de l’autre une parole médicale, autorisée et publique appelant à choisir la mort de nos aîné.es - et associant ce choix à un « courage » politique. Voici la transcription exacte des propos tenus par ce médecin, qui évoque des alternatives à un reconfinement général :

    « Soit faire des confinements sur des populations extrêmement à risque, soit admettre que ce qu’on vit après 80 ans c’est du bonus.

    Est-ce qu’aujourd’hui est-ce qu’on peut encore s’autoriser ces bonus ?

    Je pense qu’il faut prioriser les jeunes générations, les forces actives de la société, les PME.
    Je pense qu’il faut qu’on fasse des choix qui sont difficiles. » Il parle d’une « vision globale du courage. »

    Il convient de bien comprendre la portée de ces propos. Une portée incalculable et qui échappe certainement, du moins en partie, à celui qui les tient.

    Tout d’abord le médecin use d’un lexique de gestionnaire et fait entrer la question de la valeur d’une vie dans une rationalité comptable : le « bonus », les « forces actives », « s’autoriser » et « les PME ». C’est ici le point de vue d’un gestionnaire du vivant, à savoir très exactement ce qu’ont produit vingt années de massacre managérial et de rationalisation comptable dans les hôpitaux publics.

    Ensuite le médecin, qui est un très bon communiquant – comme tout excellent gestionnaire –, prend soin de surfer sur l’opposition au confinement, le soutien à la jeunesse et à l’économie pour nous arracher un consentement (« admettre ») au moyen d’une question rhétorique (« est-ce qu’on peut encore s’autoriser »), mais jamais au moyen d’un raisonnement ou une démonstration. Car il faudrait demander à ce Chef de service comment il explique que la fin du bonus des plus de 80 ans aiderait en quoi que ce soit à sauver la jeunesse. Quel est son raisonnement ? Pourquoi prioriser les jeunes générations devrait-il conduire à sacrifier nos aîné.es ? Le souci de tous n’exige-t-il pas de travailler au bien de la jeunesse comme à celui des aîné.es ? L’imposition d’un choix, soumis à un impératif totalement subjectif et irrationnel (« il faut », « il faut ») ne serait-il pas ici un moyen de résoudre la situation proprement tragique des personnels hospitaliers et des médecins en première ligne : diminuer la charge sur les hôpitaux par un consentement à laisser mourir les aîné.es dans les Ehpad ou à leur domicile, ce qui s’est produit massivement lors deux premiers confinements ? Le discours est ici celui d’un accommodement avec le pire. La banalisation de la transgression de tous les codes de déontologie et des éthiques médicales est en route. J’invite qui n’aurait pas en mémoire le Serment d’Hippocrate à le relire où à en prendre connaissance : https://www.conseil-national.medecin.fr/medecin/devoirs-droits/serment-dhippocrate . Vous pourrez aisément lister les principes sur lesquels le médecins’assoit. Et les articles du Code de déontologiequ’il appelle à transgresser.

    Enfin il faut vraiment être attentif à ceci que le médecin ne parle pas ici de la question très sensible du choix que font collectivement des équipes médicales confrontées à l’impossibilité de prendre en charge tous les patients. Choix codifié par des règles précises. Il nous parle de tout autre chose : d’un choix à faire pour la société, un choix politique et social, « difficile » et « courageux », une « vision globale ». On se dit alors que cet homme est prêt à entrer en politique ou bien au CA de SANOFI. Car, le médecin, comme bien de ses collègues arpentant les radios et les plateaux de télévision, sort non seulement de la morale, de l’éthique médicale, de la déontologie, mais il sort aussi tout simplement de sa profession (ce qui est une faute), pour s’instituer en manager du politique. C’est ce à quoi on assiste massivement depuis bientôt un an : la fabrique de l’opinion et l’administration politique de la crise sanitaire par les nouveaux managers de la science et une classe très particulière de médecins-experts qui ne font pas honneur à une profession, laquelle est, avec tous les soignants, dans les plus grandes difficultés et qui paye un tribut considérable à cette pandémie.

    Ce déportement de la parole médicale vers le politique, au nom d’une expertise et de l’autorité scientifique, concerne directement la communauté de recherche et d’enseignement.. Allons-nous laisser les nouveaux managers de la science, au demeurant rigoureusement incultes, avilir toutes les règles de l’éthique médicale et de l’intégrité scientifique en les laissant proférer à longueur de journée, énormités, mensonges, contre-vérités, sophismes, paradoxes et dans le cas qui nous occupe une monstruosité absolue, laquelle parvient à rencontrer du crédit chez un nombre significatif de collègues et de citoyens, dont la raison aura certainement été mise à mal par les temps très durs que nous traversons ?

    Bien sûr ce médecin n’est pas le tout de l’Hôpital. Il ne le représente pas. Il n’est pas la vie vivante des soignants qui se battent pour sauver autrui, quel qu’il soit, sans aucune discrimination. Il n’est pas l’infirmière qui se prend le Covid parce qu’elle n’a pas de FFP2. Qui est donc ce médecin, qui est cet homme pour appeler à supprimer les « Èves octogénaires » de Baudelaire ? À en finir avec le bonus, la chance et le bonheur d’être vivant à 80 ans ? Et pourquoi pas 75 ? ou 85 ? ou 90 ? J’aimerais inviter ce médecin, non pas à lire « Les petites vieilles » de Baudelaire, mais simplement à ouvrir une histoire de l’art ou de la littérature (ou même de la science), et à rechercher les œuvres qui ont été créées par des artistes qui avaient plus de 80 ans. Je pourrais l’inviter à considérer les « bonus » de Pierre Soulages ou Bernard Noël. Et ce « bonus » incroyable du sourire de sa propre grand-mère.

    La question qu’il nous revient de nous poser aujourd’hui est double : accepte-t-on de laisser passer, une fois, deux fois, trois fois, le discours de ce médecin jusqu’à la banalisation du Mal, jusqu’à se complaire dans le plus abject des cynismes, au risque de sortir de l’humanité ? Et plus fondamentalement : quelle est la valeur d’une vie ? Quelle valeur accordons-nous à une vie humaine ? Spinoza exposait cette conception de la vie humaine dans son Traité politique : « … une vie humaine, qui n’est pas définie par la seule circulation du sang, et d’autres choses qui sont communes à tous les animaux, mais surtout par la raison, la vraie vertu et la vie de l’Esprit »*.

    Pascal Maillard

    *La traduction est de Henri Meschonnic dans Langage, histoire une même théorie, Verdier, 2012, p.78, chapitre 5. "L’humanité, c’est de penser libre". Ce chapitre est la reprise d’une communication faite au colloque Qu’est-ce que l’humanité organisé à Toulouse les 8-17 mars 2004.

    https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/260121/la-valeur-d-une-vie
    #droit_à_la_vie #coronavirus #covid-19 #pandémie #néolibéralisme #néo-libéralisme #contrôle_des_corps #discriminations #capitalisme #vieux #jeunes #choix #médecine #politique #éthique

  • « Accepter de prendre des risques pour vivre une vie pleine, c’est préférer mourir plutôt que vivre indignement »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/12/qu-est-ce-qui-est-plus-essentiel-que-de-pouvoir-decider-du-moment-de-sa-prop

    Accepter de prendre des risques – y compris celui de mourir – pour vivre une vie pleine, conviviale, épanouie, c’est d’une certaine manière préférer mourir plutôt que vivre indignement. C’est donc vouloir la mort plutôt qu’une vie rétrécie. Or ceux qui, en raison des souffrances, des handicaps et de la dépendance que provoquent la vieillesse ou la maladie, choisissent délibérément de mourir, que font-ils d’autre ? Il est incohérent de défendre le choix d’une vie qui inclut la mort d’un côté et de refuser la liberté de choisir celle-ci au terme d’une réflexion approfondie, conduisant à estimer sa vie « accomplie ».

    #biopolitique #paywall

    • Comment les plus âgés doivent-ils pouvoir gérer le risque lié à la pandémie due au coronavirus ? Le philosophe François Galichet défend le droit à vouloir la mort plutôt qu’une vie rétrécie.

      Tribune. La psychologue Marie de Hennezel, dans un vibrant plaidoyer (« Notre réaction au Covid-19 montre que plus on dénie la mort, moins on tolère le risque et l’incertitude », Le Monde du 8 janvier https://seenthis.net/messages/850474), défend le droit des plus âgés à « retrouver le sens des choses et aller droit à l’essentiel », et notamment à ne plus dénier la mort : « Plus on dénie la mort, moins on tolère le risque et l’incertitude. »

      Ce plaidoyer aura certainement fait sursauter tous ceux qui savent que Marie de Hennezel est une farouche adversaire de la liberté de mourir. Elle dénonce une politique qui « a voulu protéger les plus âgés en les infantilisant parfois, en les privant de leur libre choix de décider ce qui était essentiel pour eux ». Mais qu’est-ce qui est plus essentiel que de pouvoir décider du moment de sa propre mort ?

      Ce refus de l’infantilisation est effectivement attesté par de nombreuses enquêtes auprès des seniors. « Oui, je prends le risque, je préfère me sentir vivant et aller voir ma famille quitte à mourir, mais en restant libre. A notre âge, on veut profiter de ce qui nous reste. » Ils affirment préférer « vivre que durer » (« Covid-19 : “A notre âge, on veut profiter de ce qui nous reste” », Le Monde du 5 septembre 2020).

      Le refus de vivre indignement

      Accepter de prendre des risques – y compris celui de mourir – pour vivre une vie pleine, conviviale, épanouie, c’est d’une certaine manière préférer mourir plutôt que vivre indignement. C’est donc vouloir la mort plutôt qu’une vie rétrécie. Or ceux qui, en raison des souffrances, des handicaps et de la dépendance que provoquent la vieillesse ou la maladie, choisissent délibérément de mourir, que font-ils d’autre ? Il est incohérent de défendre le choix d’une vie qui inclut la mort d’un côté et de refuser la liberté de choisir celle-ci au terme d’une réflexion approfondie, conduisant à estimer sa vie « accomplie ».

      C’est pourquoi j’invite Marie de Hennezel à assumer son plaidoyer jusqu’au bout. Les personnes que j’ai accompagnées dans leur choix de mourir délibérément, comme celles qui détiennent les moyens de le faire, témoignent exactement des qualités qu’elle décrit chez les seniors.

      Lire aussi En temps de Covid-19, « les vieux entendent aussi décider de leur mort »

      Comme le montre l’enquête que j’ai menée auprès d’elles (dans mon livre Qu’est-ce qu’une vie accomplie ? , Odile Jacob, 2020, chapitre 5), « elles organisent leur vie autour de ce qui est pour elles essentiel ». Elles entretiennent « un autre rapport au temps » et jouissent de tous les bienfaits de la vie, parce qu’elles savent qu’elles peuvent en sortir si elle devient intolérable. Elles ont une relation plus sereine avec leurs proches, parce qu’elles sont certaines de n’être jamais un poids pour eux.

      Seul pays d’Europe à l’interdire

      Les sondages montrent que 96 % des Français sont favorables à une aide à mourir. L’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, l’Autriche l’ont légalisée ou s’apprêtent à le faire, après la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse. La France sera bientôt le seul pays d’Europe à l’interdire, comme elle a été l’un des derniers à abolir la peine de mort.

      Lire aussi « La médecine des personnes âgées ne peut pas tourner indéfiniment le dos à la liberté et à la mort »

      Refuser l’aide à une mort délibérée, c’est entretenir le déni de la mort que Marie de Hennezel prétend combattre ; c’est en faire une fatalité et non une composante fondamentale de notre liberté, comme l’ont reconnu bien des philosophes : Platon, Sénèque, Montaigne, Hume, Nietzsche, Cioran, entre autres.

      Un projet de loi vient d’être déposé au Sénat pour légitimer enfin l’aide à mourir. Après tant d’occasions manquées, celle-ci sera-t-elle la bonne ?

      #vieux (et, par extension, #malades...) #loi_sur_la_fin_de_vie #aide_à_mourir #suicide_assisté #éthique #euthanasie

  • Calais : sur instruction de Gérald Darmanin, le préfet interdit la distribution de repas aux migrants par les associations non-mandatées
    https://www.lavoixdunord.fr/863431/article/2020-09-10/migrants-le-ministre-interdit-la-distribution-des-repas-par-les-associa

    Ce jeudi en fin de journée, la maire de Calais Natacha Bouchart était reçue par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, place Beauvau, à Paris. Parmi les annonces du ministre, celle de ne plus autoriser les distributions de repas par les associations.

    Éric Dauchart | 10/09/2020

    • Après une heure et quart d’entretien avec le ministre nordiste, la maire a obtenu plusieurs avancées. Parmi elles la rédaction d’un arrêté préfectoral qui interdit la distribution de repas sauvages par les associations. Seules resteront autorisées celles de la Vie Active, financées par l’État. « Cela concerne un périmètre assez large qui va de la Mi-Voix (NDLR : centre commercial Carrefour) au Fort-Nieulay, en passant par le quai de la Moselle, la gare, le Minck… Le ministre s’est engagé à ce que l’on conserve une bonne tenue du centre-ville », note Natacha Bouchart.

      Par bonne tenue du centre-ville de Calais, le p’tit facho de l’intérieur veut dire qu’il faut avoir le bon dress code (avec un masque) pour faire son shopping.

    • comment oser ce terme de « repas sauvages » aux relents militaires racistes, ne pas énoncer plutôt « repas libres et ouverts » ou « repas solidaires », dire « repas sauvages » comme si il y avait à l’opposé des « repas civilisés ». Et c’est corroboré par le « bonne tenue du centre-ville » qui suit.
      Interdire à des personnes de recevoir un repas ce n’est pas être civilisé, c’est de la #barbarie.

      #journalisme_de_prefecture

    • Et faire croire que c’est pour des raisons sanitaires est mensonger :

      À Calais, Gérald Darmanin interdit la distribution de nourriture aux migrants
      https://www.ladepeche.fr/2020/09/12/a-calais-gerald-darmanin-interdit-la-distribution-de-nourriture-aux-migran

      Une décision fustigée par les associations

      Quatre distributions quotidiennes de repas seront toujours assurées par l’association La Vie Active selon la préfecture. L’État aurait par ailleurs mis à disposition 38 robinets d’eau dont 22 accessibles 7 jours sur 7. “L’ensemble des prestations assurées permet d’apporter aux personnes migrantes des prestations humanitaires suffisantes au regard des besoins de cette population notamment alimentaires” a estimé la préfecture.

      Des prestations jugées insuffisantes par beaucoup d’associations qui ont critiqué la décision des autorités : "Il y a un prétexte sanitaire mais aux distributions de La Vie Active (l’association mandatée par l’Etat), c’est pareil, les gens sont les uns sur les autres", a fustigé François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants interrogé par l’AFP. L’Auberge des migrants dit assurer la distribution de 200 à 300 repas chaque jour en centre-ville et plusieurs centaines dans d’autres points de la ville. "Si l’Etat veut entasser les gens autour de l’hôpital (site de distribution de La Vie Active) où il y a déjà 700 personnes, il prend ses responsabilités, mais on va arriver à une situation pire que précédemment", a déclaré François Guennoc.

    • https://seenthis.net/messages/875983

      [...« Les arguments avancés sont totalement exagérés, on ne va pas laisser passer ça ! Quand on laisse des gens vivrent dans la rue, il est évident que les distanciations sociales ne peuvent être respectées », ajoute Antoine Nehr. Pour François Guennoc, cette mesure est contre-productive. « Des milliers de migrants vont s’entasser aux distributions de la Vie active, donc les mesures de distanciation ne pourront pas être appliquées », pense le militant. Selon les associations, environ 1 400 migrants sont actuellement présents à Calais...]

    • Un arrêté préfectoral indigne contre les actions de solidarité à Calais

      Communiqué LDH - 14.09.2020
      https://www.ldh-france.org/un-arrete-prefectoral-indigne-contre-les-actions-de-solidarite-a-calais

      Le ministre de l’Intérieur, pour la deuxième fois en visite à Calais depuis sa nomination, vient d’autoriser le préfet à prendre un arrêté restreignant les distributions alimentaires au centre de Calais à une seule association agréée par l’Etat, en dépit des besoins importants insatisfaits.

      Il cède ainsi aux pressions de la maire, Nathalie Bouchart, dans son travail de sape des actions humanitaires des associations et qui vise à réduire les droits fondamentaux des exilés qui cherchent désespérément à rejoindre le plus souvent famille et proches outre-manche.

      Aujourd’hui, alors que la situation reste dramatique, ces associations de terrain sont accusées de « créer des nuisances », d’organiser « des distributions de repas de façon totalement anarchique » « caractérisées par le non-respect des mesures de distanciation sociale dans le cadre de la lutte contre la Covid-19 ». (...)

    • Pour faire disparaître les migrant·es... il suffit de les affamer.
      https://www.gisti.org/spip.php?article6472
      « Il est interdit toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires dans les rues listées ci-dessous [du centre-ville de Calais] pour mettre fin aux troubles à l’ordre public et limiter les risques sanitaires liés à des rassemblements non déclarés », a décidé le préfet du Pas-de-Calais par un arrêté longuement motivé publié le 10 septembre [1].
      https://www.gisti.org/IMG/pdf/arrete_2020-09-11.pdf

      Pour favoriser une meilleure compréhension de cet arrêté, nos associations en ont réalisé une réécriture, débarrassée des faux-semblants du langage bureaucratique.

      CABINET DU PRÉFET

      DIRECTION DES SÉCURITÉS - BUREAU DE LA RÉGLEMENTATION DE SÉCURITÉ

      Considérant que l’Europe et ses États membres mènent une politique visant à maintenir à distance respectable de leurs frontières les personnes qui tentent de fuir les guerres, persécutions et autres calamités provoquées par les élites politiques, économiques et financières ;

      Considérant que la présence persistante dans le centre ville de Calais de personnes que leur aspect désigne comme étrangères et totalement démunies met en évidence l’inhumanité de cette politique et constitue en conséquence une nuisance insupportable ;

      Considérant que la présence de ces exilé·es à proximité de la frontière franco-britannique accroît d’autant cette nuisance que, selon des sources bien informées, confronté aux pressions du Royaume-Uni en faveur d’un accord visant à renvoyer tous les migrant-es en provenance de France, le ministère de l’intérieur fait valoir que "si on accepte ça, on deviendra la poubelle des Anglais » [2] ;

      Considérant que les actions déterminées menées jusqu’à ce jour pour soustraire ces personnes aux regards de la population et les dissuader se rassembler sur le territoire de la commune et, si possible, du département, voire du territoire national, n’ont pas encore parfaitement atteint leur but ;

      Considérant notamment que si les destructions quotidiennes de campements, tentes et cabanes de même que les opérations policières de harcèlement et de dispersion ont largement contribué à réduire significativement leur visibilité, nombre d’entre elles s’obstinent pourtant à apparaître à la vue de tou·tes et ce, à toutes heures du jour ;

      Considérant que doit en conséquence être empêchée toute réunion de personnes paraissant étrangères et démunies ainsi que toute action favorisant ces réunions, notamment les points de fixation créés pour assurer la satisfaction de leurs besoins élémentaires ;

      Considérant que des associations subversives persévèrent à distribuer quotidiennement la nourriture dont ces personnes manquent et que, révélant les carences de la commune et de l’État, elles discréditent ainsi leur action ;

      Considérant que par une ordonnance du 22 mars 2017, le tribunal administratif de Lille avait certes sanctionné les décisions précédemment prises par la maire de Calais visant à interdire ces distributions en violation de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme ;

      Mais considérant qu’après concertation entre la maire de Calais et le ministre de l’intérieur, il est apparu nécessaire, pour assurer l’éradication définitive des points de fixation, de passer outre cette décision de justice et, la police étant étatisée sur la commune de Calais, que soit pris un arrêté, préfectoral cette fois, réitérant les décisions interdisant la distribution de nourriture aux personnes étrangères qui en ont besoin ;

      Considérant que la pandémie de Covid 19 constitue dès lors l’occasion inespérée de fonder un tel arrêté sur les risques de propagation du virus, peu important que ces risques ne puissent être majorés par la réunion de personnes déjà en situation de proximité permanente et au demeurant parfaitement informées des mesures de distanciation à prendre ;

      Considérant en conséquence que cet arrêté doit être pris et ainsi motivé, quand bien même cette motivation apparaîtra pour ce qu’elle est : un prétexte ;

      Arrête

      Article 1er : Il est interdit aux personnes étrangères exilées et migrantes de se nourrir et, par voie de conséquence, à toute personne ou association de leur procurer de la nourriture ;

      Dans le prolongement de cet exercice de réécriture, nos associations appellent chacun·e à œuvrer pour que, sans délais, soient mises en œuvre des politiques tournant définitivement le dos à ces dérives nauséabondes et fondées sur le principe de la liberté de circulation et d’installation.
      Le 17 septembre 2020

      #gisti

      https://seenthis.net/messages/876342

  • #Covid-19: risk of death in UK care homes 13 times higher than in Germany | Coronavirus outbreak | The Guardian
    https://www.theguardian.com/world/2020/jun/28/covid-19-risk-of-death-in-uk-care-homes-13-times-higher-than-in-germany

    The analysis of official statistics was carried out by academics at the London School of Economics as part of the International Long Term Care Policy Network.

    Of all the UK’s care home residents, 5.3% were confirmed or suspected to have died from Covid-19, compared with 0.4% in Germany, according to analysis of official statistics.

    About 3,500 people died in care homes in Germany compared with more than 16,000 in the UK, despite Germany having a care home population twice as large. Its test-and-trace system and 14-day quarantine for people leaving hospital have been credited with protecting homes from outbreaks.

    #vieux #royaume-uni #Allemagne

  • Personnes âgées dépendantes et sacrifiées, par Philippe Baqué (Le Monde diplomatique, juin 2020)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2020/06/BAQUE/61877

    À la mi-mai, la moitié des décès du Covid 19 en France provenaient d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Pénurie de tests, de masques. Incurie dans la gestion de la crise. L’hécatombe était cependant bien prévisible. Depuis des mois, le personnel alertait sur le manque de moyens et la dégradation des conditions de travail.

    #coronavirus #vieux

  • Compétitivité, retraites, Etat : Emmanuel Macron choisit le risque , Cécile Cornudet, Les Echos
    https://www.lesechos.fr/politique-societe/emmanuel-macron-president/exclusif-competitivite-retraites-etat-emmanuel-macron-choisit-le-risque-120

    La crise sanitaire s’éloignant, le chef de l’Etat prépare une nouvelle étape pour le pays, qu’il présentera début juillet. Il n’y aura pas de tournant social, commence-t-il à diffuser.

    La première pierre de l’édifice est à peine posée. Emmanuel Macron veut consulter, associer, et trouver grâce aux présidents des Assemblées deux ou trois mesures qui feront consensus dans le pays. Il veut prendre le temps de réfléchir avant de dévoiler, début juillet, les contours d’une nouvelle étape pour le pays et la définition d’un nouvel « en même temps », entre « reconstruction » et « vivre ensemble ».

    Mais une chose est sûre : il veut prendre des risques, du moins sur le volet « reconstruction ». S’exposer et oser, puisque tel est sa marque de fabrique.  » Je ne suis pas du genre à regarder la Seine », dit-il souvent. Et tant pis s’il y a un vrai « paradoxe à prendre plus de risques encore pour parachever ce qui a été fait », alors que les crises se sont enchaînées et que ses marges de manoeuvre se sont réduites.

    De virage social, il ne saurait être question (ce n’est pas à la hauteur, estime-t-il), de reprendre le fil du quinquennat comme si rien ne s’était passé non plus (le confinement et le choc économique ont créé des traumatismes). Emmanuel Macron veut bâtir du nouveau sur ce qui a été fait, sans renier ses réformes, y compris celle des retraites qu’il voudrait reprendre en partie, et sans renoncer à ses priorités économiques que sont l’amélioration de la compétitivité et la politique de l’offre.

    La France a tenu le choc dans la crise du Covid parce qu’elle était forte d’avoir maintenu le cap après les « gilets jaunes », analyse-t-il. Les Français ont mesuré leur attachement à l’indépendance du pays sur les secteurs stratégiques. Or ce n’est pas une réorientation de la mondialisation qui permettrait au pays d’être souverain, défend-il, mais sa puissance. Souveraineté et compétitivité sont dans son esprit intimement liés.

    Priorité à l’emploi, soutien aux entreprises et baisses d’impôts plus que hausse générale des salaires, poursuite de la modernisation du pays : le chef de l’Etat repense sa méthode (« Une réforme n’a pas besoin d’être brutale » ), mais pas son orientation. Sa « réinvention » prend la forme d’une accélération, comme après les « gilets jaunes ». [#réforme_des_retraites, ndc]

    Le mandat dans le mandat

    De l’observation attentive du pays pendant la crise, il retient notamment deux choses : la résilience des Français, mais aussi la défiance qui les anime. Paris contre province, peuple contre élites, et même élus contre Etat puisque les partis traditionnels ont fait cette « faute lourde » , analyse-t-il, de confondre combat politique et remise en cause de « l’Etat qui fait Nation ». Les fractures sont multiples et pour les contrer, il commence à voir le chemin : il faut que les citoyens adhèrent aux décisions, « faire circuler les énergies » [Qi gong, CAC 40 et cocaïne, ndc] et rééquilibrer les pouvoirs.

    A deux ans de l’élection présidentielle, il serait ainsi prêt à rouvrir le chantier éruptif de la réforme de l’Etat. [...]

    #politique_de_l'offre #réforme_de_l'État

    • Gouverner c’est prévoir

      L’Elysée revoit tous ses procédures de sécurité en perspective d’un automne marqué par des manifestations, en particulier des Gilets jaunes, a-t-on appris auprès d’une source militaire. « Le confinement avait permis de commencer cet review des procédures ».

      Un salarié du Figaro
      https://twitter.com/Malbrunot/status/1269191757029310465

      Je sais pas quel gendarme de la sécu du Palais s’est épanché au comptoir, mais ressortir là les Gilets jaunes (et pas les Sans culottes ?) quand tout le « social » est à risque, c’est tout au plus donner un exemple pour motiver la sécu du Palais, mi-dire que que ce qui inquiète leur chef relève de compositions éventuelles aussi logiques et imprévisibles que le furent les GJ.

      Casse-tête : ne pas surligner la fragilité, façon bunkérisation élyséenne de l’automne hiver 2018/2019 ; ne pas redoubler la coupure (pas mur de grilles de 3 kms comme Trump en a fait ériger un autour de la Maison Blanche) ; faire classique en abandonnant la position (la sortie dérobée ou souterraine, à la Retailleau) est coûteux et à n’utiliser qu’en derrière extrémité ; ne pas se réfugier à Versailles ou Baden Baden.
      Un casse-tête qui demande pas mal de « procédures à roder » et que l’emploi sur la zone des gaz incapacitants (blindés de la gendarmerie) peut contribuer à résoudre.

    • Le nombre de retraités ne baisse pas assez : Retraites : un déficit de près de 30 milliards d’euros attendu en 2020
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/06/12/retraites-un-deficit-de-pres-de-30-milliards-d-euros-attendu-en-2020_6042590

      Une « estimation provisoire » du Conseil d’orientation des retraites anticipe une aggravation du déficit, déjà actuellement de 25,2 milliards d’euros. Par Bertrand Bissuel et Raphaëlle Besse Desmoulières

      Les comptes du système de retraite sont sévèrement affectés par la crise liée au Covid-19. En 2020, ils pourraient afficher un déficit de 29,4 milliards d’euros, soit 1,5 % du produit intérieur brut (PIB), selon des données diffusées, jeudi 11 juin, par le Conseil d’orientation des retraites (#COR).

      Il s’agit d’une « estimation provisoire » , susceptible d’être revue ultérieurement, car elle repose sur des hypothèses incertaines. Mais ce chiffrage s’avère, quoi qu’il en soit, plus élevé que les précédentes projections réalisées en novembre 2019 : celles-ci tablaient alors sur un solde négatif de 4,2 milliards pour 2020. En sept mois, les différents régimes de pension, pris dans leur globalité, auraient donc vu leurs perspectives financières se dégrader de 25,2 milliards d’euros.

      Pour éloquentes qu’elles soient, ces données n’ont rien d’étonnant, car elles convergent avec les tendances relevées dans d’autres champs de notre Etat-providence – l’assurance-chômage, par exemple. Il y a toutefois une singularité, s’agissant des caisses de retraite : les dépenses n’augmentent pas, contrairement au dispositif d’indemnisation des demandeurs d’emploi. Elles sont même très légèrement orientées à la baisse (environ – 500 millions d’euros, par rapport aux calculs effectués en novembre 2019). Une évolution imputable à l’ « excès de mortalité » que l’on observe surtout chez les personnes de plus de 65 ans : l’épidémie pourrait, in fine , se traduire par une baisse de 0,15 % du nombre de retraités, avec, comme corollaire, l’arrêt des pensions octroyées aux individus décédés, et donc des dépenses en moins.

      C’est sur les recettes que l’incidence de la récession est la plus marquée. Comme le rappelle le COR, des « pans entiers de l’économie » ont été mis à l’arrêt, durant la période de confinement, et plusieurs centaines de milliers de personnes, très majoritairement en CDD et en intérim, dans un premier temps, ont perdu leur emploi. Une flambée du chômage qui risque de se poursuivre durant les mois à venir. La « masse des rémunérations totales » versées en 2020 pourrait, par voie de conséquence, baisser de 8,5 % : or, c’est principalement sur elle que sont assises les ressources du système de retraite. Cette contraction des rentrées d’argent est accentuée par les reports et les exonérations de cotisations aux entreprises, afin de soulager leur trésorerie.

      Progression de la pension moyenne nette

      Sans surprise, l’impact de la crise est très puissant pour les régimes du secteur privé : leurs recettes vont s’affaisser en raison de l’attrition du volume des salaires versés. Le trou dans la caisse en 2020 pourrait atteindre 27,2 milliards d’euros, soit presque 11,5 fois plus que dans les projections présentées en novembre 2019 par le COR. En revanche, les comptes des régimes spéciaux (RATP, SNCF…) et ceux de la fonction publique ne devraient quasiment pas être touchés par la crise.

      Enfin, les retraités semblent relativement épargnés par les turbulences actuelles, puisque la « pension moyenne nette » progresserait de 1,2 % entre 2019 et 2020 ; à l’inverse, la masse des rémunérations allouées aux personnes en activité fléchirait (– 5,3 %). Du coup, le niveau de vie des retraités, déjà supérieur « à celui de l’ensemble de la population » , s’élèverait encore, passant de 105 % à 110 % en 2020. Le prochain rapport annuel du COR, initialement prévu pour juin, sera peut-être publié en novembre, « si la situation le permet » – c’est-à-dire à condition qu’il y ait moins d’inconnues sur le contexte sanitaire et économique.

      #retraites #retraités #vieux

  • « Croire qu’une société développée doit protéger ses aînés au détriment de ses jeunes est une erreur », Anne Lambert
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/03/croire-qu-une-societe-developpee-doit-proteger-ses-aines-au-detriment-de-ses

    La pandémie constitue une crise sociale et générationnelle majeure qui hypothèque l’avenir des jeunes, estime la sociologue Anne Lambert, responsable scientifique de l’enquête Coconel (« Coronavirus et confinement »), dans une tribune au « Monde ».

    Tribune. N’ayons pas peur des mots. La pandémie a creusé les inégalités entre les générations, mais elle a aussi réveillé la guerre – politique, celle-là – entre les âges. Car en matière d’avenir et d’investissements collectifs, c’est bien de choix politiques dont il s’agit. La solidarité a un coût.

    L’enquête Coconel « Logement, travail, voisinage et conditions de vie : ce que le confinement a changé pour les Français », réalisée par l’Ined, est, de ce point de vue, sans appel.

    Rappelons brièvement ses principaux enseignements. Conduite du 30 avril au 4 mai par Internet, auprès de la population adulte française, l’enquête montre que, quel que soit l’indicateur retenu (logement, conditions de vie, revenus, emploi), la situation des jeunes s’est massivement dégradée et ce, plus fortement que pour les autres tranches d’âge.

    Certes, aucune catégorie n’a été épargnée par le confinement et la récession qui a suivi. Mais les jeunes apparaissent les plus touchés par la crise sociale et économique engendrée par la pandémie de Covid-19 et le confinement, en raison de leur précarité aujourd’hui devenue structurelle.

    Vulnérabilités

    Les 18-24 ans constituent la tranche d’âge qui cumule le plus de vulnérabilités, à la fois résidentielles, matérielles et relationnelles. Les jeunes vivent plus souvent dans des logements petits ; ils disposent en moyenne de 36 m2 pour vivre (contre 48 m2/personne dans la population française) et sont plus souvent locataires du parc privé (32 % contre 22 %), ou hébergés chez des proches (29 % contre 7 %).

    Sur le marché du travail, leur situation n’est pas meilleure : avec, en moyenne, des revenus plus faibles, un surchômage (20 %, contre 14 % de la population française), les 18-24 ans travaillaient aussi davantage avec un contrat précaire ou sans contrat de travail (38 %, contre 13 % de la population française) que les autres actifs. C’est donc sans surprise que leur situation fragile, peu prise en charge par les mécanismes collectifs de protection sociale – les jeunes sont par exemple exclus du revenu de solidarité active (RSA) –, s’est dégradée.
    Plus encore, ils ont perdu des plumes en matière d’entraide et de solidarités intergénérationnelles. Les aînés (75 ans et plus) ont en effet capté le surcroît de solidarité apportée par le voisinage pendant la pandémie. Et ce, au détriment des familles et des plus jeunes, qui ont moins reçu de services de la part de leurs voisins pendant le confinement.

    Contraints, pour un tiers d’entre eux, de quitter leur domicile pour rentrer chez leurs parents ou chez des proches à cause de leurs mauvaises conditions de logement, à un âge où se construisent l’autonomie conjugale et l’entrée dans la vie adulte, leur sentiment de bien-être (ou plutôt leur mal-être…) s’est massivement dégradé : 44 % des 18-24 ans se sentent isolés, contre 24 % en temps normal. C’est le cas de 38 % des jeunes qui ont rejoint leur famille pendant la pandémie.

    Une « société de la longévité » contre-productive

    La pandémie de Covid-19 a pourtant réveillé l’appel à la solidarité intergénérationnelle et à la refonte du pacte social, en même temps qu’elle a aiguisé les appétits de la « silver economy » [dédiée aux personnes âgées]. Au nom de la valeur supérieure de la vie (biologique), et du rôle central des aînés dans nos sociétés (mais les 80 ans et plus fournissent-ils encore seulement des services de garde à leurs enfants et petits-enfants ?), il faudrait réaménager nos villes, revoir nos mobilités, réformer nos systèmes de formation universitaire et professionnelle pour préparer le vieillissement de nos sociétés.

    Or l’appel à construire une « société de la longévité » est non seulement contre-productif sur le plan économique, mais il est aussi très largement inégalitaire sur le plan social si l’on n’intègre pas d’emblée la question de son financement. Faut-il le rappeler, l’espérance de vie des ouvriers et des employés est nettement plus courte que celle des cadres et des ménages aisés.

    Surtout, croire qu’une société développée est une société qui protège ses aînés au détriment de ses jeunes – sur qui est reporté le poids de la dette et du financement de la dépendance – est une grossière erreur d’optique. Protéger la vie coûte que coûte, dans un contexte de raréfaction des ressources naturelles et d’argent public limité, est en réalité tout sauf une bonne idée. A moins que la peur de mourir ne soit d’abord celle de nos aînés, qui ne connaîtront ni les conséquences désastreuses du réchauffement climatique ni le recul (déjà engagé) de l’espérance de vie en bonne santé dans les sociétés développées ?
    En définitive, d’abord et avant tout considérée comme une crise sanitaire, la pandémie constitue aussi une crise sociale et générationnelle majeure qui hypothèque l’avenir des jeunes, notamment des plus modestes d’entre eux – mais pas seulement. Les jeunes générations paient un très lourd tribut à la pandémie, dont la plus faible exposition au risque sanitaire ne rend pas compte. C’est avec elles, et pour elles, que nous devons refonder notre pacte social.

    "La jeunesse a payé un prix extravagant à cette crise", Patrick Boucheron
    https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-03-juin-2020

    Sacrifice générationnel

    "Je ne vais pas dire que j’ai eu le confinement heureux, parce que franchement me séparer des autres, c’est m’affaiblir" explique l’historien, qui veut avant tout pointer du doigt le tribut payé à cette crise par les jeunes générations : "La jeunesse a payé un prix extravagant, et encore aujourd’hui : il y a eu un sacrifice générationnel, enfant compris, et les étudiants".

    "Dans les annonces gouvernementales, les universités venaient toujours en dernier, après les terrasses et le Puy du Fou de fou, on leur disait : ’elles ne rouvriront pas’. Mais quel scandale !"

    "On ne parle que des exams, on s’assure qu’ils [les étudiants] n’ont pas triché, on utilise leurs webcam comme outil de télésurveillance. Ils [le gouvernement] ne sont pas très précis ni très pressés" estime l’historien et universitaire.

    [...] "On doit dire à la jeunesse qu’elle a peut-être la solution à des questions que leurs ainés ont été incapables de poser (...) J’ai 54 ans, et je suis dans une société ou l’on considère que je suis jeune ! Ça ne va pas ! On encombre ! On doit penser à la jeunesse, il ne faut pas la pousser à la révolte, c’est absurde !" .

    "On ne peut pas se laisser désigner par une catastrophe, la jeunesse ne peut [accepter de se faire appeler la génération Covid], à eux de donner le nom du temps qu’ils ont vécu (...) l’événement, c’est moins l’épidémie, que la réponse politique : ce sont les jeunes qui doivent dire, aujourd’hui, de quelle génération ils veulent être."

    Versions cultivées du #jeunisme d’interventions diverses qui cherchent à coller aux aspirations "des jeunes", sans jamais dire un mot de ce que serait une "protection des jeunes", sur un plan social ou écologique.

    #crise_sanitaire #jeunes #jeunesse #vieux

  • « Le risque est d’oublier la dignité humaine des personnes âgées et vulnérables »
    https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-risque-est-doublier-la-dignite-humaine-des-personnes-agees-et-vuln

    Interdiction des visites dans les Ehpad, isolement dans les chambres… Certaines mesures de protection des personnes âgées ou vulnérables prises durant la pandémie de Covid-19 posent question. Entretien avec le gériatre Régis Aubry, co-président de la Plateforme nationale pour la recherche sur la fin de vie, et Benoît Eyraud, sociologue au Centre Max Weber.

    [...]« En qualifiant [les résidents des Ehpad] de vulnérables, les pouvoirs publics ne se sont pas rendus compte qu’ils disqualifiaient leurs capacités à s’approprier et à ajuster les nouvelles règles sanitaires. »

    #Ehpad #réduction_des_risques #vieux #fin_de_vie

  • Ehpad Korian : le « coût des repas journalier dépasse à peine 4 euros par jour de matières premières par résident pour les quatre repas quotidiens ».
    Le géant des Ehpad Korian a programmé 54 millions d’euros de dividendes malgré le désastre sanitaire
    https://www.nouvelobs.com/economie/20200429.OBS28133/le-geant-des-ehpad-korian-a-programme-54-millions-d-euros-de-dividendes-m


    #EHPAD #covid-19 #mort #vieux #dividendes

    • Ehpad : le groupe Korian fait pression sur des familles
      de résidents décédés

      https://www.mediapart.fr/journal/france/300420/ehpad-le-groupe-korian-fait-pression-sur-des-familles-de-residents-decedes

      Après le deuil, des familles de victimes passent à l’attaque contre le premier opérateur français de maisons de retraite médicalisées, où le Covid-19 a fait des ravages, provoquant la mort de 606 personnes. À ce jour, au moins quatorze plaintes ont été déposées par des parents de personnes âgées mortes après avoir contracté le virus dans des établissements Korian.
      Dix plaintes ont été enregistrées par le parquet de Grasse pour les décès survenus dans l’Ehpad La Riviera de Mougins, dans les Alpes-Maritimes, le plus touché, où 37 personnes ont été emportées par le virus. Les tests réalisés le 6 avril à Mougins sur les 73 survivants sont accablants : 23 personnes sont indemnes, soit seulement un cinquième de l’effectif initial.

      [...] Dans les Hauts-de-Seine, où l’Ehpad Bel-Air de Korian à Clamart a également été contaminé, deux familles ont adressé des plaintes au parquet de Nanterre. Mais celui-ci se montre plus lent à la détente qu’à Grasse et n’a encore ouvert aucune enquête.

      [...] En attendant que la justice donne suite à leurs plaintes, les familles endeuillées de la région parisienne doivent faire face à un autre stress : les pressions dont elles sont l’objet de la part du groupe Korian. Car depuis l’onde de choc provoquée par les premiers articles de presse consacrés à l’hécatombe dans ses maisons de retraite, le groupe a engagé une contre-offensive méthodique, destinée à faire taire les critiques et redresser une image abîmée. Un impératif pour une entreprise cotée en bourse, dont le cours a perdu 30 % de sa valeur depuis le début de la crise... Le groupe, très rentable et en forte croissance, a réalisé en 2019 un bénéfice net de 136 millions d’euros, en progression de 10,4 % sur l’année précédente, pour un chiffre d’affaires de 3,612 milliards.

      Pour l’aider à gérer sa communication de crise, Korian a recours, depuis 2019, aux services de l’agence de communication Havas, en la personne de Vincent Deshayes, directeur au sein du pôle influence de Havas après avoir exercé pendant six années comme conseiller en communication, d’abord à l’Élysée sous la présidence de François Hollande, puis dans plusieurs cabinets ministériels.

      [...] Le 20 avril, Korian a annoncé son intention de porter plainte en diffamation contre Libération, suite à l’enquête parue ce jour-là sous le titre « Dans les Ehpad Korian “engloutis par la vague” du Covid 19 ».

      En outre, selon nos informations, deux proches de personnes décédées à l’Ehpad Bel-Air de Clamart ont reçu des courriers menaçants de la part d’un cabinet d’avocats parisien missionné par la directrice de l’établissement, pour s’être permis de critiquer publiquement la manière dont Korian avait géré l’épidémie... Dans l’un de ces courriers, l’avocat développe l’argumentaire [suivant] : « Les propos que vous tenez publiquement portent atteinte à l’honneur et à la considération de l’établissement Bel-Air, de ses salariés et de son encadrement. Si le groupe peut mettre les propos que vous tenez sur le compte d’une émotion en raison de la situation particulière que nous vivons actuellement, elle ne peut admettre que vous diffamiez publiquement le groupe alors que ce dernier est pleinement mobilisé pour lutter contre cette pandémie. »

      [...] De nombreux membres du personnel de Korian craignent désormais de s’exprimer, d’autant qu’une fracture s’est dessinée entre leurs représentants. Tandis que l’UNSA, le syndicat majoritaire, affiche ouvertement son soutien à la direction, un front CGT-SUD-FO fait entendre de vives critiques.

      #société_d'abandon #omerta #plaintes_en_justice #UNSA

    • " De fait, l’annonce d’un déconfinement le 11 mai atteste que notre gouvernement cherche l’immunité collective plutôt que la suppression." Mais ce menteur parle vrai, on doit lui prêter attention.

      ...l’obligation de confinement est nécessaire à cause des externalités qu’un déconfiné impose à la société, que ce soit le fait de devenir vecteur du virus ou d’occuper un respirateur qui pourrait sauver quelqu’un d’autre. Dans le cas de la politique que je propose, ces externalités me semblent être de second ordre. Un senior qui sortirait alors que les jeunes et les adultes se refilent le virus à qui mieux mieux [les jeunes et les adultes vont s’exposer au virus pour leur offrir l’immunité collective. En fait, il s’agirait d’un bel exemple de solidarité intergénérationnelle. #Christian_Gollier, à aussi] avec un taux de prévalence par moment supérieur à 20%, ce serait une forme de suicide individuel. Je propose donc de ne pas imposer le confinement aux seniors, mais d’indiquer clairement que ceux d’entre eux qui prendraient le risque de se déconfiner pendant la phase d’immunisation collective ne pourraient revendiquer une priorité dans l’allocation des lits de réanimation et des respirateurs.

      Victor Hugo avait pas envisagé la nécessité de fermer des écoles.
      La responsabilité individuelle se fait ouvertement punition. Si on achève les vieux et les vulnérables (il reste de la morphine ou pas ?) c’est qu’ils ont commis l’erreur de sortir de notre politique sanitaire. Qu’importent les faits et la logique, l’#immunité_collective est l’horizon de l’humanité pandémique. Une épidémiologie d’abattoir. Dont on doit - après tout, nous humains, on cause - débattre des modalités.
      À voir comment le gouvernement refuse de se nourrir de quelque élément de réflexion étayée que ce soit (la cybernétique encombrée par tout feedback , une dame démissionnaire de la la REM en parle pendant un entretien aussi long qu’un garde-à-vue anti-terroriste
      https://seenthis.net/messages/848428, pour elle c’est un truc d’ « intellectuel » ...), il faut être content que ce confinement selon l’âge ait du être abandonné (provisoirement ?) pour conserver une réserve électorale. Les jours heureux viendront, on ira encore promener les gens des Ehpad... vers l’isoloir.

      #déconfinement_différenciée_selon_l’âge #offre_de_soin #rareté #vieux #vulnérabilité

  • Anger in Sweden as elderly pay price for coronavirus strategy | World news | The Guardian

    https://www.theguardian.com/world/2020/apr/19/anger-in-sweden-as-elderly-pay-price-for-coronavirus-strategy

    Il peuvent être très en colère, oui.

    It was just a few days after the ban on visits to his mother’s nursing home in the Swedish city of Uppsala, on 3 April, that Magnus Bondesson started to get worried.

    #coronavirus #suède
    “They [the home] opened up for Skype calls and that’s when I saw two employees. I didn’t see any masks and they didn’t have gloves on,” says Bondesson, a start-up founder and app developer.

    “When I called again a few days later I questioned the person helping out, asking why they didn’t use face masks, and he said they were just following the guidelines.”

  • Ageist “Triage” Is a Crime Against Humanity

    My cohort of over-65 people are supposed to be enjoying the new Age of Longevity. But do some younger people still associate us older folks with dying — however unconsciously — so that our premature demise may come to seem — sadly — normal? These questions arise with more gravity because the pandemic Covid-19 may become an atrocity-producing situation for older persons. Will anxiety, which already runs high, come to be focused on the figure of an old person who is seen as expendable? This depends on how panicked different nation-states become, and how discourse about victims is structured by governments and the media.

    The ethical position is that old people have equal claims to life with anyone else. Arthur L. Caplan, head of the Division of Medical Ethics at NYU’s School of Medicine, writes, “It seems to me that we want to guide our decisions about access to healthcare not by biases about being too old or treatments being too expensive, but first and foremost, we want to ask whether there is benefit. Does it work? Is it going to help the individual?” The ethical responsibility is clear: If a 90-year-old can benefit and wants to have a necessary treatment, give it to her. Risks to older people arise in societies when health care systems are overwhelmed. Given the government delays, this is likely to happen in the United States now: “What will happen when there are 100, or a 1000 people who need the hospital and only a few ICU places are left?” Matthew K. Wynia and John L. Hick, who helped write the Guidelines for Establishing Crisis Standards of Care, give the standard answer, “The ethical justification for withholding or removing potentially lifesaving care from one person or group without their consent and giving it to another is that the latter person or group has a significantly better chance at long-term survival.”

    General guidelines become questionable, however, if younger people in power are already implicitly biased, thinking that people much older than they are close to death, or that they have had “full lives,” or that they no longer care to survive. Do you believe this? Doctors may not recognize the ageist prejudice involved in any of these prejudgments. Or they may admit these beliefs, assuming — because ageism is so common — that everyone agrees. An otherwise healthy 75-old gets pneumonia, as does a 37-year-old with end-stage lung cancer. “Which very sick patient gets intensive care?” If the 37-year-old would die even on a respirator … you save the “old man” who could have 25 good years.

    In Italy and Switzerland, where the epidemic has stressed the medical system, doctors asking this question are sometimes answering, it seems, on the basis of age alone. In Switzerland, the head of an infectious disease unit, Pietro Vernazza, projects that they will have to weigh “a patient of a certain age in desperate conditions” against “a younger sick person.” But verbally, this is already wrongly decided, by labelling the older person’s condition “desperate” while the younger person is only “sick.” The mayor of Bergamo said that in some cases in Lombardy the gap between resources and the enormous influx of patients “forced the doctors to decide not to intubate some very old patients,” essentially leaving them to die. “Were there more intensive care units,” he added, “it would have been possible to save more lives.”

    In a crisis like this, ethical decision-making going case by case must fight every societal bias of long standing: refusing to weigh the life of a white person as worth more than that of a person of color, the life of a man more than a woman, a cis person over a trans person, or a younger person over an older person. And what of an old black woman, or someone else whose intersectional category may activate prejudice? Ethical triage focuses on the individual’s condition, not the sociological category. Training for doctors must include not only clinical guidance, but situational awareness about potential bias.

    This ethical trial of rapid decision-making (who will be allowed to survive?) is often foisted on front-line medical personnel who do not have such training. After the Covid-19 epidemic is over, do we want to be forced to conclude that elders died more frequently than younger people (as some early mortality statistics show they do) because, in many cases, age-bias denied them treatment?

    Denying anyone medical care is heartbreaking, but denying someone out of bias is exponentially worse. Once aware of the high stakes of medical ageism, some responsible people, particularly as they grow older, may find themselves left with a lifetime of shame and growing remorse.

    The advice from the European Society of Intensive Care Medicine’s Task Force on avoiding the tragedies of triage is obvious: “Hospitals should increase their ICU beds to the maximal extent by expanding ICU capacity and expanding ICUs into other areas. Hospitals should have appropriate beds and monitors for these expansion areas.” The real crime at the governmental levels, and at the level of hospital administration, is to not open enough hospital beds and intensive care units, fast enough. Preparation is the task of yesterday, and certainly today. We must do everything we can to avoid hastening the deaths of the old.

    As a society, we will be grieving all deaths. Triage is tragic in itself, whether on the battlefield or in civilian hospitals. But only bias makes it criminal. In this saddened state, we should be able to go forward without the added burden of fearing that our country, and our medical personnel, were guilty of a crime against humanity.

    https://lareviewofbooks.org/short-takes/ageist-triage-covid-19
    #tri #crime_contre_l'humanité #âge #coronavirus #covid-19 #vieux #âgisme

    • Avoiding Ageist Bias and Tragedy in #Triage. Even a lottery is fairer than triage by age

      Triage means exclusion from treatment. In parts of the US, triage may become grievously necessary, as pandemic peaks overwhelm resources. Setting proper criteria for such decision-making is crucial for avoiding injustice, guilt, and tragedy. Sorrowfully, a medical consensus on whom to exclude has been forming, in “guidelines” from universities and state commissions, that often works explicitly against the old, and implicitly against people with disabilities, people of color, poor people, and those who live in crowded nursing homes, who are over 75, or 60, or even over 40. Bias in triage decisions is a danger to those whom society has made vulnerable.

      “The transition from conventional to , , , crisis care comes with a concomitant increase in morbidity and mortality,” warns a document on “crisis standards of care” transmitted to the Trump Task Force on March 28. [i] This essay responds to recent arguments justifying crisis exclusions that are erroneous and, to my mind, unethical, but, because they are authoritatively presented or widely held, dangerous.

      “One thing everyone agrees on is that the most morally defensible way to decide would be to ask the patients,” Dr. Wynia, a bioethicist, is quoted as saying in a survey of opinions reported by Sheri Fink for the New York Times. [ii] This sounds plausible: In health, some people make living wills requesting that if unable to speak for themselves (because of e.g., severe cognitive impairment, coma), they be kept alive with “heroic” measures, or not. Consent is indeed necessary from Covid-19 patients who can speak for themselves, who are gasping and scared and might benefit from ICU or intubation if offered. Would such patients sign the same advance directive now? This is supposed to be a moment of choice, involving reassuring explanations from medical personnel about options (even induced coma).[iii] A danger emerges: some candidates for scarce resources might eliminate (“sacrifice”) themselves.

      Consider that internalization of inferiority is real and affects wide swaths of the population. As the feminist and disability rights movements have taught, many people feel they must be self-abnegating: Others’ lives are worth more than theirs, Depressed people may agree to relinquish their chance—but many older people are depressed by the pandemic. We are told often that our lives are more at risk than the lives of others. Family members will be unavailable if we are hospitalized. And, because we are suddenly framed as less valuable by popular opinion and some medical guidelines, older and disabled people may feel expendable.

      The elderly and disabled category has had pointed aggressive societal pressure aimed at them for a long time. Vehemently denied but still widely held, is the feeling that the older the patient, the more undeserving of treatment. “So close to death already.” The attitude spreads, first unconsciously and now explicitly, that younger adults are more valuable than older adults; the healthy more desirable than the less abled.

      Ageism permeating the medical profession, a widespread problem, adds to triage confusion. Older people–not deaf and not cognitively impaired—complain in conventional situations that their doctors often ignore them, preferring to talk to their adult children. We are not seen. We may insultingly be considered “burdens”–too costly, too unproductive, too time-consuming.

      Equal treatment, a constitutional right and an existential necessity, is likely to be ignored in the crisis situation. The University of Pittsburgh guidelines, a model, don’t mince words. The tie-breaker should be age. (A tie means all patients with that score have an equal likelihood of survival.) These guidelines give priority to younger patients within these age groups: 12 to 40, 41 to 60, 61 to 75, over 75+. (Massachusetts’ new guidelines are similar, as reported on April 13th.) The Pittsburgh document calls this “the life-cycle principle.” [iv] A principle! That sounds not just plausible but lofty. Less so if we call it “culling the old.” The United States has seen a growth of longevity that any nation could be proud of. Now their longevity may be used against people as young as forty.

      Do the math. If age is the tie-breaker, let’s say there are 10 ventilators, and 100 people who are tied in terms of equal benefit. One is 83 years old, 4 are 70; 22 are 60, 35 are 50; the rest are under 40. All 10 of those under 40 would get the ventilators; none of the others. That is culling the old. Some triage guidelines suggest patients be warned their ventilator could be taken away from them. Some triage guidelines suggest patients be warned their ventilator could be taken away from them.[v] Isn’t a lottery more fair? A lottery system (for a brief time of crisis) may horrify some people, but in the long run “the ice floe” principle is far more perilous for a society.

      With hostile ageism rampant, as we see, mere chronology counts more than an individual’s medical condition. An article in NEJM gives “priority to those who are worst off in the sense of being at risk of dying young and not having a full life.” [vi] The retired veteran New York philosopher, Andrew Wengraf, argues against the “full-life” argument.

      Age may be a vivid sociological category, but to age is just to go on living. It is true that when Bertrand Russell died age 97 he was said to have had a fulfilled life, a life not free of disappointments but certainly fulfilled. . . . And inasmuch as life is finite, we are nearer death when we are old. But Russell was not obliged to die because of having enjoyed a long, rich life. The burden of proof is on anyone who thinks Russell has a duty to die prematurely. That person needs to explain how Russell could acquire that discriminatory outcome as an obligation. Without that, it cannot simply be imposed upon him in a triage queue.

      New York state’s guidelines are not ageist; Governor Andrew Cuomo said categorically, “My mother is not expendable.” Justice in Aging, a San Francisco legal NGO that protects low-income older people, has co-written a letter to California health officials asking that treatment discussions “include an explicit prohibition on triage and triage guidance that consider an individual’s estimated remaining number of years of life and other factors that cannot realistically be operationalized without taking age into account.”[vii] The Johns Hopkins criteria for treatment, which rightly depended on public input, ask no more than one year of potential life, thus respecting people in their nineties. I have a dear aunt who is 99, healthy, practicing social isolation, not ready to die. At 79, I assert that my life is worth no more than that of my aunt, nor less than that of a 30-year-old.

      Ethicists rightly omit most exclusion criteria (color, gender, low income). Future perceived value ought to be another no-no. Behind the mask, fortunately, a doctor cannot tell if that person with double pneumonia is Einstein or a homeless person of the same age. But age is as visible as gender and race. If we were to exclude people because of age, we would lose many of our current leaders. The UK would lose Queen Elizabeth. And some disabilities are clearly visible.

      In a hospital crisis, ethical decision-making going case by case must fight every societal bias of long standing: refusing to weigh the life of a white person as worth more than that of a person of color, the life of a man more than a woman, a cis person over a trans person, an apparently able person over a person with an obvious disability, or a younger person over an older person. And what of an old black woman, or someone else whose visible intersectional category may activate prejudice? Ethical triage even in crisis care should focus on the individual’s medical condition, not the sociological category. Training for doctors and nurses must include not only clinical guidance, but situational awareness about potential bias.

      Having to decide on triage occurs at many stages, from EMTs to the bedside. Excluding people or withdrawing treatment from some may feel tragic to doctors, as well as for the patients who die, and for their families. Where bias rules, however, triage becomes criminal. The government document to the Trump Task Force, wants all healthcare workers to have “adequate guidance and legal protections . . . from unwarranted liability” (p.4).

      But even the best-designed bias training cannot prevent the appearance at these multiple decision points of many people suffering from long-term health inequalities based on gender, race, national origin, or immigrant status, and low income. For them discrimination starts in utero, with inadequate prenatal care. Early deficiencies may grow worse (toxic environments, substandard housing) throughout life, as sociologist Dale Dannefer has shown through his concept of cumulative disadvantage. [viii] Middle ageism—causing people to lose jobs early in life, preventing them from finding work again—leads to family dysfunction, foreclosure, diseases of stress. Inequality goes on so relentlessly that such people are inevitably at more risk if Covid-19 hits them. Injustice is clearly built into any crisis standard of care that prioritizes the likelihood of highest long-term survival, in a society that has lacked Medicare for All for the past sixty years.

      The most just answer seems to be that all those with similar conditions and equal chances of one-year survival, participate in a lottery. A petition to this effect, addressed to the US Surgeon General, called “Just Rationing,” can be signed at Change.org/JustRationing

      The US government, burdened with racist, market-driven, small-government ideology, for decades denied the poor the right to health care and exacerbated inequality. Under Trump the government underfunded its public health service, disregarded science, procrastinated in preparations. The underfunding of nursing homes, the overwork and underpayment of staff, have already led to uncountable deaths. In many countries, the excess deaths of the pandemic will be the fault of the state. The deaths incurred thereby are crimes against humanity.

      But suppose the curve flattens–we are spared triage! Eventually the data will tell us how many died after having suffered a life of disadvantages. What has been revealed already, however, through these calm, ostensibly reasonable, “ethical” medical guidelines, is a frightening explosion of explicit hate speech against people who are simply older. Older than the valued young. An entire nation has learned that this is normal and expectable. When pinch comes to shove, we alone have a duty to die, cursed by our date of birth. In the midst of grief, outrage.

      ——————————————————-

      [i] National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine. 2020. Rapid Expert Consultation on Crisis Standards of Care for the COVID-19 Pandemic (March 28, 2020). Washington, DC: The National Academies Press, p. 3.. https://doi.org/10.17226/25765. https://www.nap.edu/catalog/25765/rapid-expert-consultation-on-crisis-standards-of-care-for-the-covid-19-pandemic

      [ii] Sheri Fink, “The Hardest Questions Doctors May Face: Who Will Be Saved? Who Won’t?
      https://www.nytimes.com/2020/03/21/us/coronavirus-medical-rationing.html

      [iii] See for example, the interview with a respiratory therapist at Newton-Wellesley Hospital, Boston Globe, April 15, 2020: p. .

      [iv] U of Pittsburgh, Department of Critical Care Medicine, “Allocation of Scarce Critical Care Resources During a Public Health Emergency Executive Summary,” p. 6, 8. https://ccm.pitt.edu/sites/default/files/UnivPittsburgh_ModelHospitalResourcePolicy.pdf

      [v] “Fair Allocation of Scarce Medical Resources in the Time of Covid-19,” by Ezekiel J. Emanuel et al, NEJM March 23, 2020. https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMsb2005114?query=RP

      [vi] “Fair Allocation of Scarce Medical Resources in the Time of Covid-19,” by Ezekiel J. Emanuel et al, NEJM March 23, 2020. https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMsb2005114?query=RP Dr. Emanuel is the author of the notorious article in The Atlantic that said all people should voluntarily refuse medical care after age 75, and that he would do so.

      [vii] Included in a bulletin from Justice in Aging, “Justice in Aging Statement on Discriminatory Denial of Care to Older Adults,” April 4, 2020. https://www.justiceinaging.org/wp-content/uploads/2020/04/Justice-in-Aging-Letter-to-Sec-Ghaly-Age-Discrimination-04032020.pdf

      [viii] Dale Dannefer, “Cumulative Advantage/Disadvantage and the Life Course: Cross-Fertilizing Age and Social Science Theory,” Journal of Gerontology: Social Sciences Vol 58b (2003).

      https://www.tikkun.org/avoiding-bias-and-tragedy-in-triage

    • [pour cliquer moins]

      (...) En Europe, les contacts avec leur environnement vont devoir rester limités au moins jusqu’à la fin de l’année 2020 assure la présidente de la Commission européenne. « Sans vaccin, il faut limiter autant que possible les contacts des seniors », notamment ceux qui vivent dans les maisons de retraite, a déclaré Ursula von der Leyen dans le quotidien allemand Bild, ce dimanche.

      « Je sais que c’est difficile et que l’isolement pèse, mais c’est une question de vie ou de mort. Nous devons rester disciplinés et patients », a-t-elle dit. « Les enfants et les jeunes jouiront plus tôt de davantage de liberté de mouvement que les personnes âgées et celles avec des antécédents médicaux », a dit la dirigeante allemande de l’exécutif européen.

      Un vaccin, mais quand ?

      Elle dit aussi « espérer » le développement d’un vaccin par un laboratoire européen « vers la fin de l’année ». « Pour qu’on puisse ensuite rapidement vacciner nous sommes déjà en discussion avec des fabricants sur des capacités de production mondiales », a-t-elle dit.

      De nombreux laboratoires essayent actuellement de mettre au point un vaccin. Même si toutes les procédures habituelles sont accélérées, sa diffusion pourrait prendre un, voire deux ans, si tant est qu’il arrive à être mis au point.

      Concernant les modalités du confinement en France, dont la prolongation a déjà été annoncée, le président de la République doit prendre la parole lundi soir, à 20 heures.

      #vieux #mort_sociale #confinement #déconfinement

  • COVID-19 : LES VIEUX SACRIFIÉS

    « Je me suis dit que j’avais du mal comprendre. Je cherche confirmations sur les sites professionnels et j’en trouve facilement. Ils font état de la prise en injection de #Rivotril dans les #Ephad, qui vise à tuer les patients avant qu’ils ne soient transportés pour mourir en hôpital et ainsi en éviter l’#engorgement. On les achève par voie injectable, parce qu’il n’y a plus de place et de respirateurs. »

    #Denis_Robert sort en forêt pour raconter sa troisième semaine de confinement. Il décide de ne plus nommer ceux qu’il juge malfaisants, mais sort l’artillerie contre les communicants et les fachos, les méchants préfets et les fuyants agents régionaux de santé. Tous ceux qui cherchent à masquer une réalité douloureuse.

    https://www.youtube.com/watch?v=CTA7kY-aWEE&feature=youtu.be


    #vieux #covid-19 #coronavirus #décès #mort #pénurie #décès #mort #système_de_santé #tests #dépistage #masques #mensonge #mensonges #responsabilité #confinement #quartiers_populaires #autorisation #autorisations #abus_de_pouvoir #animaux #nature #hôpital #hôpitaux #médicaments #réserve_de_médicaments #vétérinaire #médicaments_vétérinaires #euthanasie #tissu_compassionnel

    Quelques citations :

    ping @reka @fil @simplicissimus

    Le texte dit-il à la fin, se trouve facilement sur le site de LeMedia... épisode 6... moi... pas vraiment trouvé...
    https://www.lemediatv.fr/articles/2020/assigne-a-resistance-regarder-le-cauchemar-droit-dans-les-yeux-VH9QtFoaSma

    #vieux

    –----

    A partir de la minute 5’30, référence au travail de @davduf (Allô, Place Beauvau) et parle de la #police en ces temps de confinement...

  • A l’Ehpad des Quatre-Saisons, la vie et la mort au jour le jour
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/31/coronavirus-a-l-ehpad-des-quatre-saisons-la-vie-et-la-mort-au-jour-le-jour_6

    Les Quatre-Saisons, où vivent 65 résidents, fait partie des quelque 7 000 Ehpad que compte la France. Dans cette maison de retraite de Bagnolet, en banlieue proche de Paris, le quotidien a été totalement bouleversé, à partir de la mi-mars, par les mesures de protection contre le virus. Les visites étant interdites, récit de la vie confinée.

    Florence Aubenas, grande reporter au « Monde », a passé les onze premiers jours de confinement avec des personnes âgées à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis. Face à la progression du coronavirus, le personnel tente de faire face.

    « Vous seriez en droit de m’engueuler »

    Mardi 17 mars, 1er jour de confinement. Le couple s’est planté sur le trottoir, juste devant la façade. Ils doivent avoir la cinquantaine, et c’est elle qui se met à crier la première, mains en porte-voix : « Maman, montre-toi, on est là ! » Aux fenêtres, rien ne bouge. Alors le mari vient en renfort, mimant une sérénade d’une belle voix fausse de baryton : « Je vous aime, je suis sous votre balcon ! » Un volet bouge. « Maman » apparaît derrière la vitre ; ses lèvres remuent, mais elle parle trop doucement pour qu’ils l’entendent. « Tu as vu ? Elle a mis sa robe de chambre bleue », constate madame. Puis ils ne disent plus rien, se tenant juste par les yeux, eux en bas et elle en haut, qui agite délicatement la main, façon reine d’Angleterre. Quand le couple finit par s’en aller, elle fait pivoter son fauteuil roulant pour les apercevoir le plus longtemps possible.

    Cela fait près d’une semaine que les visites des proches sont interdites aux Quatre-Saisons, un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) public situé à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis. Face à la pandémie, cette maison de retraite – un immeuble de trois étages construit dans les années 2000 – fonctionne désormais à huis clos, comme les 7 000 autres de France. Les animations extérieures – sophrologie, chorale, coiffeur ou pédicure – étaient déjà suspendues, mais le confinement général vient d’être déclaré de l’autre côté des portes aussi : plus de 60 millions de Français sont bouclés chez eux à travers le pays.

    Il est 11 heures aux Quatre-Saisons, la décision vient d’être prise de mettre maintenant les administratifs à distance. Même l’accueil sera fermé. « De toute façon, on n’accueille plus personne. » La gestionnaire remet son manteau, la responsable des ressources humaines aussi. Elles devraient déjà être parties, mais elles grappillent quelques instants encore. Sale impression d’abandonner le navire. Il faut presque les pousser dehors.

    Désert, le hall prend des sonorités de cathédrale. Réunion dans la salle à manger pour ceux qui vont se relayer auprès des 65 résidents : les soignants, la cuisine, l’entretien, la direction, soit une petite quarantaine de personnes par rotation. Au stade 3, le plus haut de la pandémie, un masque de protection est obligatoire en Ehpad. La raison est double : le coronavirus s’attaque aux voies respiratoires, et les personnes âgées sont les premières victimes.

    « Je ne vais pas vous mentir : je n’ai pas de quoi vous distribuer des masques. Il faudra se débrouiller sans », commence Laurent Garcia, cadre de santé et bras droit du directeur, Edouard Prono. Il lui en reste 200 en réserve, de quoi tenir trois jours s’il fallait appliquer les consignes. Lui-même n’en porte pas, le directeur non plus. Qui comprendrait que la hiérarchie soit seule à pouvoir s’équiper ? « Vous seriez en droit de m’engueuler. A votre place, je serais même tenté d’aller mettre le souk dans mon bureau », continue Laurent Garcia. On rit, tout paraît irréel. « Pas grave, M. Garcia », lâche l’une. Lui, désespéré : « Mais si c’est grave. »

    Tous ici se souviennent des gants, des masques ou du gel hydroalcoolique, royalement distribués à l’accueil il y a quinze jours à peine, comme par temps de grippe ou de gastro. C’était le début de la contagion sur le territoire français. Une ou deux soignantes s’étaient aventurées dans le bus avec leur masque. On les avait toisées comme des extraterrestres, elles l’avaient retiré avant la fin du trajet. « On nous expliquait que le risque était faible, on ne se rendait pas compte », explique Laurent Garcia. Lui venait de renouveler sa commande, 500 masques, histoire d’assurer. Début mars , coup de fil du fournisseur : l’Etat a préempté tout le stock , plus rien de disponible, priorité aux hôpitaux et à la région Grand-Est, la plus touchée. Pour les Ehpad, même réponse évasive à tous : « C’est en cours. » Une infirmière des Quatre-Saisons coupe net : « On voit bien ce qu’ils pensent. Là-bas, ce sont des vieux, ils ont déjà vécu. »

    Par la grande baie vitrée, les résidents regardent passer des familles à rollers, un monsieur qui porte un gâteau cérémonieusement. Les petits dealeurs du quartier font des slaloms en quad au bout de la rue. Plus loin, un match de foot commence au stade des Rigondes. Les premiers moments du confinement respirent l’insouciance candide d’un long dimanche ensoleillé.

    Dans les couloirs de l’Ehpad, Rosa, l’animatrice, tend par réflexe la main à tous ceux qu’elle rencontre. Le directeur sursaute : « Ne me touchez pas, Rosa. Pensez aux consignes, pas de contacts. » Elle : « Vous êtes sérieux, M. Prono ? » Rosa a du mal à se dire que c’est pour de vrai. La veille du confinement encore, elle faisait la queue dans un restaurant algérien bondé vers Ménilmontant et se noyait avec délice dans la cohue du marché de Romainville. « Nous sommes en guerre », a répété le président Emmanuel Macron, la veille, à la télévision. Dans la salle de pause, un agent d’entretien approuve : « C’est vrai, au Leclerc de Rosny-sous-Bois, les gens se battent ».

    « Le Désert des Tartares »

    Mercredi 18 mars, 2e jour de confinement. Pas un bruit ne sort du bureau d’Edouard Prono. Depuis le matin, il est en train d’essuyer un bombardement terrible, mais silencieux, venu de sa boîte mail. Un collègue fait savoir que 16 résidents sur 20 sont touchés par le virus dans son établissement. Près de Montpellier, ils sont 47 sur 86, 3 en sont morts. De leur côté, les pompes funèbres viennent d’envoyer une note détaillée sur les types de cercueil autorisés pendant la pandémie. Deux possibilités seulement : « l’hermétique, qui permet un enterrement classique, mais il n’y en aura pas forcément assez vu la demande ». Ou alors, « le modèle simple, destiné à la crémation ». Conseil aux Ehpad : commandez déjà vos housses mortuaires. « Vous en avez pris ? », se risque à demander Edouard Prono à la docteure Claire Bénichou, médecin-coordonnateur de l’établissement.

    Sur un forum professionnel, des vieux de la vieille échangent en boucle des messages, dans lesquels chacun assure n’avoir « jamais vu ça ». Edouard Prono traduit immédiatement : « On n’arrivera pas à accompagner tout le monde. » Lui, c’est un garçon timide et bien élevé, 34 ans, jeune comme beaucoup de directeurs d’Ehpad aujourd’hui. « Il y a une question de génération. Comment on fait quand on vient de sortir de l’école et qu’on se prend ça de plein fouet ? »

    La porte de son bureau s’entrouvre : Laurent Garcia, le cadre de santé, annonce que la pharmacie ne livrera pas les 15 litres de gel hydroalcoolique. La commande a été oubliée, et plus rien n’est disponible maintenant. Les gants ? Fini aussi, ou presque. D’heure en heure, les infos changent, ordres et contre-ordres se succèdent. Le ministère de la santé vient d’envoyer la troisième version de son guide méthodologique, très strict au départ, la doctrine officielle s’assouplit à mesure que les stocks fondent au niveau national. En Ehpad, les masques ne sont finalement plus obligatoires au stade 3 de la pandémie, sauf infection déclarée. « Bref, pas de masques, mais des housses mortuaires : vous voyez le message ? », s’étrangle Laurent Garcia.

    Assis à son bureau, très pâle et très droit, les mains sur le clavier de l’ordinateur, Edouard Prono se met à pleurer. « Excusez-moi, ça ne m’arrive jamais. » Les alertes de messages carillonnent l’une derrière l’autre sur son téléphone, mais il ne les entend plus. « On est dans Le Désert des Tartares, à attendre les mains nues que la catastrophe nous tombe dessus. »

    Au troisième étage, Mme X., 90 ans, vient de se mettre à tousser, un des symptômes les plus classiques du virus. L’accès à sa chambre est aussitôt limité. « On ne va pas se mentir : il faut se préparer à avoir des cas. Si ça vous stresse, je m’occuperai moi-même de Mme X. », annonce Laurent Garcia à l’équipe. Dans un coin, la télévision psalmodie le nombre de décès du jour, en France et à travers le monde. Zineb sent ses jambes se dérober. Elle doit s’asseoir : « Il faut déjà que je meure, moi qui n’ai jamais voyagé, jamais profité de la vie, même pas été à l’école. » Elle a 45 ans, elle est agent d’entretien. Mais déjà, elle se relève, son chariot cahote vers les chambres, dans un tintement de vaisselle. Par-dessus son épaule, elle lance à Stéphanie, son binôme : « Tu viens, ma bichette ? » Eternels oubliés d’un secteur médical lui-même en crise, les Ehpad ont toujours manqué de tout – personnel, salaires, budgets. « On est habitués à passer derrière, à prendre sur nous. »

    Dans la salle à manger, les résidents attaquent la paella. « Et mon verre de rouge ? Marre de cette baraque, marre de ce putain de virus », tonne Daniel, bretelles noires tendues sur le ventre. Un serpent tatoué ondoie sur son avant-bras gauche, Brigitte Bardot croise haut les jambes sur le mur de sa chambre, sous un drapeau tricolore souligné d’un « Vive la France ». Ça se met à chahuter. « M. Daniel est volontiers grossier, mais il faut reconnaître qu’il met de l’ambiance », commentent poliment deux dames très sages à la table d’à côté. Charlotte attaque le yaourt : « Un virus ? Ah bon ? Je l’ai pas vu passer. » Ici, elle mange à sa faim, et son mari, « un fêlé, du genre qui cognait », a enfin disparu du paysage. Maintenant, elle se sent tranquille. Un ange passe avant que Charlotte relance, faisant rouler son accent des faubourgs : « Trop tranquille, même. » Sa voisine hausse les épaules. « Moi, j’ai été privée de jeunesse avec la guerre. Alors, je vais pas me laisser piquer ma vieillesse par un virus. » Sous l’auvent de l’entrée, Laurent Garcia allume une cigarette. « Je crois que, ce soir, je vais prendre quelque chose pour dormir. Un whisky, peut être. »

    « Ni complotiste, ni franc-maçon »

    Jeudi 19 mars, 3e jour de confinement. « Bonjour, je ne suis ni complotiste, ni franc-maçon », annonce un petit bonhomme filmé en gros plan dans son salon. Sur une vidéo, il promet de prouver « par A plus B » que le coronavirus a été volontairement créé par des chercheurs français. Ça dure vingt-deux minutes, et l’infirmier de service aux Quatre-Saisons se repasse une nouvelle fois la démonstration sur son portable. Le monde scientifique l’a unanimement dénoncé comme la « fake news » en vogue du confinement. Mais l’infirmier ne croit plus les discours officiels. « On saura la vérité un jour, dans vingt ou trente ans. » Si ça se trouve, un antidote a déjà été mis au point. Il l’envisage. « Mais on ne nous le donne pas. » Pourquoi ? Sourire entendu, hochement de tête. « Faites fonctionner votre cerveau. » Il regarde sa montre. Bientôt la distribution de médicaments.

    Dans les couloirs, des rumeurs et des doutes ont commencé à s’insinuer doucement. Un chauffeur à la retraite feuillette le bulletin des anciens d’Algérie. « De toute façon, on ne nous dit pas la vérité. C’est le problème en France. » Son regard plonge dans la rue. En deux jours, elle s’est vidée. Une voiture passe au ralenti, un homme en costume seul au volant, mais affublé d’un masque et de gants comme pour se protéger de lui-même. Sur les trottoirs, personne, à l’exception des petits dealeurs, plus discrets sous les porches mais en panoplie intégrale de bloc opératoire. L’un s’est rajouté un flacon de gel hydroalcoolique à la ceinture. L’autre manie une béquille, « par solidarité avec les malades du corona », dit-il mystérieusement. Le troisième tient un chiot en laisse, en cas de contrôle de police. Un copain le lui a loué. La bête a été baptisée « #Attestation ».

    « En fait, il n’y a que nous à ne pas avoir de matériel », dit Laurent Garcia, le cadre de santé. Il doit passer chercher trois tubes d’aloe vera chez sa cousine pour fabriquer du gel dans la cave des Quatre-Saisons. Francis, le responsable maintenance, s’en chargera après la panne d’ascenseur et avant le coup de main en cuisine. Le commis aussi a arrêté de venir.

    « Vous avez combien de morts chez vous ? »

    Vendredi 20 mars, 4e jour de confinement. Dans une aile du bâtiment, Zineb et Stéphanie, agents de service, aménagent une zone fermée en cas de propagation, de grandes chambres où la lumière se déverse à flot. En nettoyant les tiroirs, un papier oublié leur tombe sous la main, au nom d’un résident, décédé l’été dernier. Soupir. « C’était avant, du temps où on mourait encore d’autre chose. »

    Plus la pandémie progresse, plus elle paraît mystérieuse. « On avance dans le brouillard », signalent les échanges entre médecins. La liste des premiers symptômes n’en finit pas de s’allonger : diarrhée, confusion, chutes inhabituelles ou rhinites sont désormais répertoriées comme des signes possibles avant que se déclenchent les problèmes respiratoires et la fièvre, caractéristiques d’une infection due au coronavirus. « Mais, dans un Ehpad, presque tous les résidents présentent au moins un de ces symptômes », s’alarme Karim, un infirmier.

    A faire le tour des chambres, le Covid-19 semble maintenant à chaque chevet. Des chiffres ont commencé à circuler en sous-main, d’autant plus alarmants qu’ils sont impossibles à vérifier : 170 Ehpad seraient touchés sur les 700 en région parisienne. « Vous avez combien de morts chez vous ? », demande un journaliste au téléphone.

    « Ça y est, la vague arrive : la semaine prochaine va être terrible », se dit Edouard Prono. Aux Quatre-Saisons, onze personnes sont préventivement placées à l’isolement, après avis de la docteure Bénichou. Une résidente regarde la feuille rose sur sa porte, qui décrète l’accès très restreint à sa chambre. « Le directeur est venu la coller en personne. Je ne me fais pas d’illusions. Je me suis condamnée moi-même. »

    Désormais, un seul soignant dans chaque équipe prendra en charge ces 11 résidents-là, afin de limiter les contacts. Qui s’en chargera parmi les soignants ? Passe un frisson. « Marie-Jeanne, j’ai pensé à vous », ose Laurent Garcia. Marie-Jeanne secoue la tête, lentement, et la mèche blonde de sa perruque balaie son visage en mesure. « Non, je le ferai pas », elle dit. Il y a quelques mois, des punaises de lit avaient envahi 25 chambres de l’Ehpad, notamment à l’étage dont elle s’occupe. Marie-Jeanne se revoit un dimanche à la messe, quand elle avait ouvert sa bible : des insectes s’étaient échappés d’entre les pages. Elle avait affronté la honte, les reproches de la famille – même ceux restés à Kinshasa –, la peur que l’école ou les voisins l’apprennent. « Non », répète Marie-Jeanne.

    La main d’Ephline se lève : « Moi je peux. » Ephline avait la vocation des chiffres, une formation de comptable pour travailler dans un cabinet juridique. Quand elle cherchait du travail dans son secteur, elle précisait toujours au téléphone : « Je suis noire. » Il y a vingt-cinq ans, « les gens refusaient carrément, on avait du mal à trouver des Noirs dans les bureaux. On me conseille souvent de ne pas le dire, mais c’est vrai ». Elle a fini par suivre Mylène, sa sœur, aide-soignante aux Quatre-Saisons.

    Dans l’autre équipe, c’est d’ailleurs Mylène qui s’est portée volontaire pour s’occuper des 11 « isolés ». Les deux sœurs se relaieront donc en tandem, affaire conclue sans une parole, ni entre elles, ni avec les autres. « Normal, ça ne pouvait être que nous », explique Mylène. Dans ce petit Ehpad familial, chacun sait tout des autres, les vies sont aussi transparentes que l’aquarium à l’entrée. Les deux sœurs ont des enfants déjà grands, elles sont les plus âgées du groupe, 47 et 49 ans. Or, une question obsède les salles de pause : les gamins. Les médecins ont beau se montrer rassurants sur la capacité des jeunes à résister au coronavirus, la méfiance domine. « Est-ce qu’on nous dit vraiment tout ? Qui s’occupera des petits au cas où ? »

    A la réunion, Taoufik, un aide-soignant, alpague une des deux sœurs. La gratitude le transporte : « Je te jure, si j’avais un masque, je te le donnerais. » Laurent Garcia s’est assis. Il y a des histoires qui le cassent en deux, celle des masques en est une. Il ne cherche pas à s’en cacher. Gorge étranglée, il lance : « Pardon, pardon. Et merci d’être là, je vous aime. Vous avez des questions ? » Une voix féminine se risque : « Est-ce qu’on va augmenter les salaires, surtout pour celles qui vont faire ça ? On est courageuses, tout de même. » Laurent Garcia ne répond pas. La tête dans la main, il s’est endormi sur sa chaise.

    Il est 15 h 30. Dans la salle à manger, Rosa commence l’animation de l’après-midi pour les résidents. C’est la dernière avant un nouveau confinement dans le confinement. Comme beaucoup d’Ehpad, les Quatre-Saisons ont dû s’y résoudre : les regroupements de résidents aussi vont être suspendus, y compris pour les repas, que chacun prendra désormais dans sa chambre. Pour combien de temps ? On ne sait pas. L’infirmier-stagiaire lance la musique, un vieux succès de La Compagnie créole, tandis que Rosa, en blouse rouge éclatante, un minuscule chignon piqué sur la nuque, se met à danser en saisissant le micro : « On y va, tout le monde chante avec moi. » Alors, d’un parterre de fauteuils roulants et de déambulateurs s’élève un chœur de voix frêles, certaines ne tenant que par un fil, mais toutes reprenant comme un cantique : « C’est bon pour le moral, c’est bon pour le moral… »

    « Au revoir, madame »

    Samedi 21 mars, 5e jour de confinement. Dans le hall de l’Ehpad, deux employés des Pompes funèbres ont étalé leur tenue : combinaison, trois paires de gants, charlotte, protège-pieds, lunettes. « T’es sûr qu’on n’oublie rien ? » Ils commencent à se harnacher, minutieusement, quand l’un s’arrête soudain, doigt pointé vers un personnel de l’Ehpad : « Vous ne portez pas de masque ?

    – On n’en a pas. »

    Sous sa charlotte, l’employé n’en croit pas ses oreilles : « Mais vous êtes un secteur à risque, avec des personnes âgées.

    – On n’en a pas », répète l’autre.

    L’employé insiste : « Moi, si j’ai pas au moins un masque, je le fais pas. Et c’est tout le monde pareil chez nous. »

    Aux Quatre-Saisons, une résidente est morte dans la nuit.

    Son état avait commencé à inquiéter une semaine plus tôt, mais les urgences avaient refusé de l’accueillir : elle n’entrait pas dans les critères instaurés avec la crise. Le médecin avait promis de passer vers minuit. Sur le coup de 4 heures du matin, toujours personne. Panique à l’Ehpad. La résidente est finalement transférée au petit jour. Un test de dépistage du Covid-19 est demandé par l’équipe des Quatre-Saisons. Réponse : « Ici, on ne teste pas, on applique la politique de l’autruche. » Qui leur en voudrait ? L’hôpital craque, qui ne le sait pas, services à bout, des lits rajoutés partout, y compris dans les couloirs, visites interdites, sauf quinze minutes parfois chez les malades en fin de vie. On espère qu’une clinique privée pourra accueillir certains convalescents pour éviter l’explosion. Finalement, le test est accordé : négatif. Selon le vœu de ses enfants, la résidente est rapatriée à l’Ehpad, où une disposition spéciale les autorise à passer du temps avec elle.

    Il est 10 heures quand le cercueil sort des Quatre-Saisons. A la fenêtre du premier étage, deux femmes regardent la scène.

    « Vous avez vu la tenue des employés ? On dirait des cosmonautes.

    – J’ai l’impression de ne rien reconnaître, comme si on était maintenant dans un pays étranger. »

    Le cercueil est chargé sur le corbillard.

    « Moi, j’ai 87 ans. Je m’en fiche de mourir du corona ou d’autre chose. Et vous ?

    – Je voudrais être enterrée dans le Jura, mais est-ce que j’aurais le droit avec cette histoire-là ? Dans le doute, je préfère attendre un peu. »

    Le convoi démarre.

    « Regardez, elle s’en va. Ça me fait quelque chose quand même.

    – Au revoir, madame. »

    « Tu l’as eu où, ton masque ? »

    Dimanche 22 mars, 6e jour de confinement. Ça y est, Myriam aura été la première à l’avoir. Elle vient d’arriver au boulot le visage barré d’un masque, un FFP2, plus protecteur encore que le modèle classique, généralement utilisé dans les Ehpad. Son mari lui a acheté au pied de l’immeuble, dans leur cité à Bagnolet, 50 euros la boîte de 20. L’infirmier de permanence esquisse une moue d’expert : « Pas excessif, le prix. » Il valait 1 euro pièce en pharmacie avant le coronavirus. D’un même mouvement, les collègues se penchent vers Myriam pour scruter la merveille de plus près. Ses yeux roulent comme des billes par-dessus le FFP2. Ici, le masque est devenu le symbole de la crise sanitaire : en avoir ou pas. « Aujourd’hui, si tu poses ton portable et ton masque, on te vole ton masque », lance quelqu’un.

    Myriam l’admet : « Je suis une meuf qui fait beaucoup d’arrêts maladie. » Quatre gamins pas bien grands, la maison à faire tourner, la vie, tout simplement. Mais, en ce moment, elle se découvre une énergie inépuisable pour partir au boulot. Il y a cette envie d’être là, tout le temps, l’adrénaline qui monte en traversant la ville déserte, l’impression que son boulot d’agent d’entretien a pris une autre dimension. Chez elle, les rôles se sont inversés avec le confinement : son mari reste à la maison et elle file travailler. L’autre jour, il s’est retrouvé à baigner les enfants, pour la première fois de sa vie. En douce, il pousse les petits à la supplier : « Maman, reste avec nous ! »

    Son portable sonne. C’est lui, le premier coup de fil de l’interminable série qu’ils échangent pendant la journée. « Tu ne lâches pas l’affaire ? », demande le mari. Elle se marre. « Arrête de psychoter. Comment les autres vont faire si je ne viens pas ? » Lui : « T’as mis ton masque au moins ? »

    Dans les étages, c’est l’heure du café au lait, des tartines beurrées et du jus d’orange. Non, pas de jus d’orange, la livraison n’a pas eu lieu. Manque aussi la charcuterie, dont M. Daniel raffole au petit-déjeuner. Il jaillit de sa chambre, en marcel et bretelles. « Qu’est-ce qui nous reste comme plaisir ? Donnez-moi un flingue directement, j’ai hâte de crever pour ne plus vous voir ! » Une résidente arpente le couloir en chemise de nuit, répétant toujours, sur la même note : « Maman, j’ai peur, il va me battre. » Derrière son FFP2, Myriam l’attrape par le bras, s’époumonant pour se faire entendre. « Qui va vous battre, ma chérie ? Montrez-le-moi et je le défonce. » Elle tombe nez à nez avec une collègue portant un masque, elle aussi. Moment de saisissement. Toutes les deux s’exclament en même temps : « Tu l’as eu où ? » La collègue fait des manières pour donner le prix. « Je ne peux pas le dire, c’est un cadeau de mon fils. Je le mets pour lui. » M. Prono, le directeur, s’en mêle. « Je vois des masques, mesdames ? Si vous avez un filon, n’hésitez pas à me le dire. »

    Rosa, qui n’est pas de service, est venue quand même après le marché de Romainville. Poches pleines de mandarines qu’elle distribue dans les chambres : les prix ont doublé après une semaine de confinement. Seuls trois vendeurs avaient dressé leur étal. « Ça dure toujours, cette histoire de virus ? », demande un homme, allongé sur son lit.

    Depuis le passage des Pompes funèbres, la rumeur s’est répandue d’un décès aux Quatre-Saisons. Les familles appellent, l’une derrière l’autre. « Le corona est là ? » Rosa, à pleine voix dans le combiné : « Non, non, on n’a pas de cas chez nous. »

    Un fils insiste : « Y a un problème ? Ma mère va bien ? Pourquoi vous criez ?

    – C’est l’habitude de parler fort aux résidents, monsieur. Maintenant, je parle comme ça même chez moi. »

    Dans le petit jardin de l’établissement – quelques massifs que surplombent les HLM voisins –, des filles fument, d’autres discutent. Myriam attend le moment pour appeler son mari. Elle lui dira : « Prépare-toi, j’arrive. » Et ce sera la même scène que tous les autres soirs. Elle ouvrira la porte et lancera aux enfants : « Mettez les mains devant vos yeux. » Puis, dès l’entrée, elle enlèvera ses habits, très vite, pour ne contaminer personne et courra toute nue vers la douche. Le portable sonne. C’est lui.

    « T’as entendu ?, demande le mari.

    – Quoi ? »

    Un urgentiste de Compiègne vient de mourir, le premier hospitalier à succomber. Grace écrase sa cigarette. Voix glacée. « Hier, ça touchait la Chine, aujourd’hui, nos collègues. Ça y est, le virus vient sur nous. »

    « Si elle l’a, je l’ai »

    Lundi 23 mars, 7e jour de confinement. Accroupie près de l’ascenseur, Sihem répare le déambulateur de Mme Dupont. Une toux secoue la vieille dame, et Sihem sent quelques postillons lui tomber sur le visage. « Cette fois, c’est fait, elle pense. Si elle l’a, je l’ai. » Sihem se relève. Se ressaisir. Empêcher le film catastrophe de lui envahir la tête. Continuer la tournée du matin en se disant : « On est l’armée, il y a une guerre, il faut être courageuse. »

    A l’étage, elle croise Tiana. L’infirmière regarde son thermomètre. « Attention, Mme Dupont est en train de faire un pic de fièvre à 39, 1 °C. » Sihem se sent vaciller. Même quand elle dort, sa tête reste ici, à l’Ehpad, depuis le confinement. Elle se demande : « Qui est malade ? Qui ne l’est pas ? Comment le savoir quand on entre dans une chambre ? » Les Ehpad n’ont droit qu’à trois dépistages pour les résidents, et aucun n’a été réalisé aux Qautres-Saisons, après avis de la docteure Claire Benichou et d’un infectiologue.

    Dans le hall, Arnaud Dubédat, le médecin de Mme Dupont, arrête Sihem.

    « Vous savez qui s’est occupé d’elle aujourd’hui ?

    – Moi.

    – Vous avez quel âge ?

    – 37 ans.

    – Des enfants ?

    – Une fille de 12 ans. »

    A la pensée de la petite merveille, quelque chose se gonfle dans la poitrine de Sihem. Elle la revoit la veille, quand elle lui avait proposé de descendre la poubelle. L’enfant avait voulu se coiffer, s’habiller, tout excitée à la simple idée de mettre le nez dehors. C’était sa première sortie en une semaine. Sihem ne veut prendre aucun risque. Sa propre mère est morte quand elle était petite. Sa hantise serait que sa fille vive la même situation.

    Le médecin la regarde. « Je vais vous dire la vérité : Mme Dupont a peut-être des symptômes du Covid-19. »

    Il est 14 heures quand deux soignantes sont envoyées pour se faire dépister. Toux, fièvres, fatigue intense. Le test a lieu dans un labo à côté, un fauteuil planté sur un coin de parking derrière des draps tendus. Un infirmier des Quatre-Saisons vient déjà d’y passer. Pas de réponse avant trois jours, le circuit est engorgé. Sihem demande à passer le test aussi, mais, là encore, le matériel manque. Il faut déjà présenter des symptômes pour avoir droit au dépistage. Pourtant indispensable auprès des résidents, le personnel d’entretien en a d’abord été exclu : il a fallu la protestation de plusieurs médecins, dont la docteure Bénichou, pour qu’il finisse par en bénéficier.

    Au bout de la rue, les petits dealeurs ont disparu. Rupture de stock, la marchandise n’arrive plus.

    « Vous voulez qu’on appelle votre fils ? »

    Mardi 24 mars, 8e jour de confinement. Il faut un certain temps pour comprendre à quoi tient le silence qui règne dans les étages. En fait, les télés sont éteintes, toutes ou presque. Il n’y a plus que M. Daniel encore planté devant Premier Baisers, sa série préférée, les tribulations amoureuses d’une bande de lycéens. « Pourquoi pas ? Voir des petits jeunes, ça fait du bien dans ce mouroir. » Les autres résidents ont coupé l’image et le son, malgré les mesures d’isolement. « Ça ne parle que de morts, j’en peux plus du virus », dit une infirmière à la retraite.

    Dans sa chambre, Mme X. regarde son plateau-repas sans comprendre. C’est la première à avoir été isolée. « Qu’est-ce que je dois faire ? », elle demande. Elle prend la fourchette, la repose, perdue, repères qui semblent s’effacer un à un à force de solitude. Selon Hervé, le cuistot, les résidents mangent moitié moins depuis le confinement. « Si ça continue, il faudra peut-être permettre à certains proches de venir », suggère Lorette, la psychologue.

    Elle passe de chambre en chambre.

    « Vous voulez qu’on appelle votre fils ?

    – Je ne sais pas si je vais trouver quelque chose à lui dire, c’est flou. Dites-lui que je ne suis pas maltraitée. »

    Une soignante commence les toilettes. Quel jour on est ? Elle n’arrive pas à le dire. Même pour l’équipe, le calendrier commence à se mélanger, temps en apesanteur que ne rythment plus l’école ou les activités. Les magasins autorisés ouvrent et ferment à leur guise. « Chaque minute est devenue un combat, dit la soignante. J’ai du mal à voir plus loin. »

    A la réunion du matin, Tiana l’infirmière ouvre le bal : « Je ne vous le cache pas, j’ai pleuré avant de venir. » Sara vient d’arriver, déposée en voiture par son fils. « Il ne veut pas que je me mette à côté de lui. Il me fait monter derrière comme une chienne. J’ai honte. » Elle est agent d’entretien, 56 ans. Pour la première fois depuis son mariage, son mari a appelé sa mère : « Votre fille préfère son travail à moi. » Lui est vigile, il devient fou à force de rester à la maison. Tous les soirs, il répète : « Tu vas me ramener le virus et on est dans le même lit. » Lui, le confiné, se réveille la nuit, secoué de toux. C’est nerveux, assure le médecin. Une autre dort sur le canapé. Chez une vacataire, un traversin sépare en deux le matelas conjugal. « Chez moi, on me traite comme une pestiférée. » Sa mère l’appelle tous les soirs pour la supplier de se mettre en arrêt maladie. Elle n’est pas sûre de pouvoir continuer à venir. « Je vous en demande beaucoup, vous pouvez me détester, explique Laurent Garcia. Personne ne vous en voudra si vous restez chez vous. Mais je vous en supplie, pour les résidents et les collègues, ne me prévenez pas au dernier moment. » Dans le hall, une banderole a été tendue et l’équipe pose derrière : « Merci à nos familles de nous laisser sortir. »

    « Tu crois que c’est vrai ? On m’applaudit aussi ? »

    Mercredi 25 mars, 9e jour de confinement. Pour rien au monde, Martine ne raterait le rendez-vous de 20 heures, quand les Français se mettent aux balcons pour applaudir ensemble le personnel de santé. Elle en a fait une fête avec ses filles, chacune se remaquille pour apparaître au mieux devant les voisins. Cette fois, un type l’a alpaguée à travers la chaussée, celui qui habite le pavillon en face et conduit une Volvo. « Dites-moi, vous ne seriez pas infirmière ou quelque chose comme ça ? » Martine a rougi. « Je suis aide-soignante. » Elle a encore baissé d’un ton pour préciser qu’elle travaille en Ehpad, aux Quatre-saisons, à Bagnolet. Quand le type a applaudi plus fort, en la regardant droit dans les yeux et en criant « Bravo ! », Martine a cru qu’il se moquait d’elle. Pas du tout. « C’est vous aussi qu’on remercie tous les soirs », a précisé le voisin. Elle n’y avait jamais pensé. Elle n’aurait pas osé. En général, ceux des Ehpad se trimballent une image de sous-soignants par rapport aux hôpitaux, où se ferait la « vraie » médecine. « Toi, tu torches le cul des vieux », a rigolé un jour une copine. Martine a l’habitude, à force. Elle dit même qu’elle s’en fout. A 20 h 5, en refermant la fenêtre, elle a demandé à sa grande fille : « Tu crois que c’est vrai ? On m’applaudit aussi ? »

    « Le virus, on l’a tous eu au moins cinq minutes »

    Jeudi 26 mars, 10e jour de confinement. Le gel hydroalcoolique vient d’être livré, les 15 litres à 130 euros au lieu de 75, de quoi tenir une semaine. En revanche, plus un thermomètre sur le marché. Mais la grande nouvelle est venue de M. Prono, le directeur. « A 14 heures, je vais récupérer une dotation de 350 masques. Désormais, on en aura toutes les semaines. » Il a lâché l’info à sa manière, voix contenue, l’air de ne pas y toucher, comme si c’était tout à fait normal. La docteure Bénichou et Laurent Garcia ont attendu de voir la caisse sur la table pour le croire.

    A 16 h 30 commence la première réunion où toute l’équipe porte un masque. Il y en aura deux par jour pour le personnel d’entretien et trois pour les soignants. Dommage que les embrassades soient interdites.

    Et puis, d’un coup, l’ambiance vire au tragique. Les résultats des dépistages viennent d’arriver : deux des collègues sur trois ont été testés positifs, les premiers aux Quatre-Saisons. Les yeux bougent par-dessus les masques, à toute vitesse, chacun se cherche du regard. On discute entre soi, à voix basse.

    « Tu vas le dire à ton mari ?

    – Je suis pas sûre.

    – Tu crois qu’on est obligée ?

    – En tout cas, on a franchi une étape. Qu’est-ce qui va se passer ? »

    Rosa, l’animatrice, se lève : « Je n’avais pas peur, mais oui, je vais le dire : maintenant, j’ai peur. » D’ailleurs, elle ne se sent pas très bien. « Vous me voyez ? Je pèse 90 kilos, mais j’ai une petite santé, en fait. » A bien y réfléchir, elle cumule même tous les signes du virus. La voilà qui se palpe le ventre, la tête, la gorge. « Arrêtez, Rosa : ce n’est pas la première fois que vous nous annoncez votre mort », plaisante Laurent Garcia, alias l’ambianceur – c’est son surnom depuis qu’il a abandonné sa blouse d’infirmier pour devenir cadre de santé, il y a douze ans. Lui aussi, comme tout le monde, a eu son petit coup de fatigue, un peu plus tôt dans la journée. D’une voix mourante, il a demandé à l’infirmière : « Vous pouvez me prendre ma température, s’il vous plaît ? » 36,4 °C. Retour du sourire. « Le virus, on l’a tous eu au moins cinq minutes. » Une aide-soignante le coupe. « Jurez-nous quelque chose, M. Garcia : chaque fois que quelqu’un sera touché, vous nous le direz ? »

    « Dommage, ma famille ne pourra pas venir »

    Vendredi 27 mars, 11e jour de confinement. Dans sa chambre, une résidente a mis ses photos sur ses genoux et, un à un, elle caresse les visages. Les moments lui reviennent, les mariages et les drames, la guerre aussi. Et alors ? Ils vivaient les uns avec les autres, tous ensemble. « Ne quittez pas votre chambre, vous êtes à l’isolement », lui a recommandé la soignante chargée de son étage. La résidente a pris un air penaud : « Dommage, ma famille ne pourra pas venir. » La soignante n’a rien dit. Toutes les deux savent très bien qu’elle n’a jamais aucune visite. La résidente se lève de son fauteuil. Elle monte dans l’ascenseur. Personne dans le hall en bas. Quelques pas seulement la séparent de la porte vitrée qui ouvre sur la rue. Si elle sortait ? Coups d’œil sur le trottoir. Désert aussi. C’est vrai, elle s’en souvient maintenant, la France entière est confinée. Elle l’a vu aux infos. De l’autre coté de la fenêtre, elle aperçoit une femme qui se hâte de rentrer. Une pensée lui traverse l’esprit. Et si tout le pays était devenu un gigantesque Ehpad, chacun chez soi, interdiction de sortir, rien à faire sauf manger ? Et elle se met à rire, comme elle n’avait pas ri depuis une éternité.

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    #vieux #Ehpad #société_d'abandon #le_travail_tue #masque_de_protection #gants #isolement #housses_mortuaires #soignantes #soignants #agents_d'entretien #premiers_de_corvée #Noirs #Arabes #soin #Soins_palliatifs #courage #torcher_le cul_des_vieux #in_retrospect

  • Que faire de nos #vieux ?

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    Longtemps assimilées aux grands infirmes ou aux handicapés, les personnes âgées ont perdu les bénéfices de la politique du handicap à la fin du XXe siècle. Priorité a été donnée aux économies budgétaires et aux logiques des finances publiques dans les politiques sociales.

  • [Saturday Night Panik] SNP S04 EP 08 Invites : Mariama & #Vieux & #Spoot_Rix - SNP S04 EP 08 Invites : Mariama & Vieux & Spoot Rix
    http://www.radiopanik.org/emissions/saturday-night-panik/snp-s04-ep-08-invites-mariama-vieux-spoot-rix

    Oui c’est la fin ! Dernière émission de l’année pour SNP et puis on se retrouvera à partir de Janvier tous les samedis sur les ondes du #105.4 FM de Panik ! On parlera ce soir de vos voeux, de vos bonnes et mauvaises résolutions ! Est ce une bonne chose de s’appeler Noël quand on est né dans cette période ? Mais, mais, mais, nous parlerons également musique ! Et ce soir, nous irons du côté du Sénégal avec Mariama et Vieuw piur le SNP Live Session !

    Vous pouvez les découvrir juste ici : https://www.youtube.com/watch?v=F5AGvGlRInY&feature=youtu.be

    Et pour le dernier Saturday Night Panik Mix de l’année, Dj Spoot Rix à partir de 00h00 pour faire vibrer les ondes !

    Rendez vous 23h30 (...)

    #SNPanik_Mix #SNPanik #Maniama #SNPanik_Mix,SNPanik,105.4,Spoot_Rix,Maniama,Vieux
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/saturday-night-panik/snp-s04-ep-08-invites-mariama-vieux-spoot-rix_07941__0.mp3

  • Agnès Tricoire - Alors c’est l’histoire du petit Chaperon Rouge et...
    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10220558165175007&set=a.10200914546216810&type=3&theater

    Alors c’est l’histoire du petit Chaperon Rouge et du méchant loup.
    Un jour de pluie...

    La dame est directrice d’école. Ces fats, ministre et recteur, viennent la visiter.
    La morale de cette fable, puisque c’est une fable, c’est que le pouvoir d’en haut, les yeux tournés vers la caméra, se protège des gouttes.
    Et que les parapluies du pouvoir ne sont pas là pour abriter ceux qui travaillent.
    Mais la morale que le peuple connaît, c’est que plus personne n’a peur du grand méchant loup. Et que plus personne ne peut avoir de respect pour ce pouvoir.