• La médecine soigne-t-elle vraiment tout le monde ?

    En fin d’études, les médecins prêtent le serment d’Hippocrate, s’engageant à soigner toute personne sans distinction. Mais dans les faits, est-ce vraiment le cas ? Pourquoi certaines personnes sont-elles moins bien prises en charge que d’autres ? Est-ce la faute des médecins eux-mêmes — ou celle d’un système qui trie, hiérarchise, invisibilise en permanence ? Quels effets produit cette médecine qui peine à accueillir les #corps_minoritaires ?

    https://www.binge.audio/podcast/encoreheureux/la-medecine-soignent-elles-vraiment-tout-le-monde

    #médecine #discriminations #soins #tri #invisibilisation #hiérarchisation #minorités
    #audio #podcast

  • Briser le silence sur la #santé des #femmes : le cas du #SOPK

    #Réarmement_démographique”. Si notre président n’était pas si obsédé par ce champ lexical militaire, le terme pourrait presque faire sourire. Sous prétexte de lutter contre l’#infertilité – on s’interroge sur ses vraies velléités –, il est légitime de penser que ces gouvernements successifs portent surtout une volonté de contrôler la population, et en particulier le corps des femmes. Car les causes de l’infertilité sont multiples et complexes. Parmi elles, le syndrome des #ovaires_polykystiques. C’est la première cause d’infertilité en France. Vous n’en avez peut-être que peu, voire pas entendu parler. On fait le point sur ce que c’est, les conséquences de cette pathologie, pourquoi elle est toujours si invisibilisée, et des pistes pour sortir de ce silence général.

    Un syndrome largement méconnu qui concerne une personne menstruée sur sept

    Décrit pour la première fois en 1935, le #syndrome_des_ovaires_polykystiques – ou #syndrome_de_Stein-Leventhal – est une #pathologie_hormonale chronique et évolutive, dont la cause est inconnue, qui peut provoquer un #déséquilibre_hormonal : les femmes qui en sont atteintes ont un taux d’#androgène beaucoup trop élevé par rapports aux normes biologiques. Ce déséquilibre hormonal entraîne un excès de follicules autour de l’ovaire, lesquels impliquent des #cycles_menstruels longs – voire très longs, parfois plus de 100 jours – et anovulatoires.

    Le SOPK touche entre 8 et 13% des femmes “en âge de procréer” selon l’OMS, sans compter les femmes qui n’ont jamais été ou qui rencontrent des difficultés à être diagnostiquées. Ce dernier arrive souvent très tardivement, en moyenne au bout de 7 ans, et généralement pas avant le 5ème rendez-vous. En outre, jusqu’à 70% des femmes touchées par cette pathologie dans le monde ne sont encore pas diagnostiquées. Et encore faut-il supporter le long parcours du diagnostic et les rendez-vous médicaux marqués par l’expression de violences à destination des patientes, voire des #violences_gynécologiques et sexistes.

    Des symptômes corporellement visibles et très stigmatisants

    Les #symptômes du SOPK, s’ils diffèrent d’une personne à l’autre et peuvent changer au fil du temps, sont lourds et souvent visibles corporellement (à la différence de l’#endométriose, plus considérée comme un handicap invisible)… Les plus fréquents sont, pêle-mêle, cycles menstruels longs et irréguliers, #pilosité excessive, prise de #poids, #chute_de_cheveux, #acné, ou encore douleurs musculaires.

    Cette liste est non exhaustive et ne tient d’ailleurs pas compte des pathologies cardiovasculaires et rénales dont le SOPK et ses conséquences sont un facteur de risque conséquent : risque d’#AVC ou d’#infarctus accru, résistance à l’#insuline provoquant un #diabète de type 2, etc… Autant de conséquences qui peuvent indiquer que ce syndrome n’est absolument pas anodin et que le sujet est très important.

    La prise de poids, l’acné et l’#hirsutisme sont des symptômes peu connus du SOPK (qui est lui-même peu connu). Ils évoquent ce qui était autrefois considéré comme de la monstruosité. Toutes ces formes de #stigmatisation induisent des conséquences dans tous les domaines de la vie (#santé_mentale, travail, relations sociales). La #charge_mentale induite par le SOPK, comme le montre de nombreux témoignages, se manifeste à toute heure de la journée : gestion des #douleurs, prise de traitements plus ou moins invasifs visant à soulager les symptômes, charge financière induite par ce traitement, charge mentale et organisationnelle pour caler ses journées sur les manifestations de la maladie, etc, etc.

    L’un des symptômes du SOPK, des plus visibles et gênants, est l’hirsutisme. Longtemps associé à de la #monstruosité par les structures sociales, il se manifeste par une croissance excessive des poils sur le visage, le dos, la poitrine, et d’autres zones du corps. Selon les rares données disponibles, il touche environ la moitié des femmes vivant avec le SOPK.

    Si les femmes possédant une barbe, et souffrant d’hirsutisme, ne sont aujourd’hui plus exposées dans les foires en France – même si elles l’étaient encore durant la première moitié du XXe siècle (donc jusqu’en 1950) –, en pratique, l’hirsutisme induit une charge mentale immense, directement liée au #stigmate_social dont souffrent les femmes : moqueries, humiliations, violences physiques, etc, etc. Cette charge mentale est souvent doublée d’une charge économique induite par l’achat de rasoirs pour le visage, parfois par une épilation électrique ou au laser (très coûteuses), afin d’essayer de reprendre une apparence jugée par les structures normées et andro-centrées comme “normale” ou “féminine”.

    #Invisibilisation et négation de la parole des femmes

    Invariablement, lorsque l’on parle de #santé_des_femmes, leurs souffrances sont banalisées, minimisées, voire niées par une partie du corps médical, et plus largement par une partie de la société. L’endométriose et – plus encore – le SOPK sont perçues comme des maladies de seconde zone, car des “maladies de femmes”. Les longues #errances dans le #diagnostic de ces deux maladies résident dans les attitudes et croyances d’une partie du corps médical, qui néglige les témoignages des femmes concernant leur mal-être physique et psychique.

    Les résultats d’une étude portant sur l’impact des retards dans le diagnostic et le manque d’informations sur l’expérience des femmes atteintes se vérifient dans de nombreux témoignages livrés par des femmes vivant avec le SOPK et ayant connu une longue errance diagnostique :

    “Quand j’allais voir ma gynécologue, elle me disait juste “prenez la pilule”. Le SOPK a totalement pourri mes années de fac. […] La pilule ne faisait qu’amoindrir les symptômes et entretenir des cycles artificiels”

    “Mes règles étaient très douloureuses. Cela n’inquiétait pas les médecins autour de moi qui me répondaient que c’était parfaitement normal. […] je rencontre ma première gynécologue, celle-ci n’était pas très empathique et pas réellement douce. Elle m’informe à la fin de la consultation que j’ai des ovaires polykystiques. Je précise qu’elle me dit que ce n’est pas grave et que cela n’aura aucun impact dans ma vie. Elle me conseille seulement de revenir le jour où je désirerais avoir des enfants”

    “J’ai été diagnostiquée en 2019 après six ans d’errance médicale. Au début, on m’avait juste dit : ce n’est rien, prenez la pilule”

    Ces #témoignages font écho à d’autres que j’ai pu recueillir dans le cadre d’un mémoire de recherche sur l’endométriose chez les étudiantes. Étant classée comme une pathologie féminine et de nature gynécologique, elle est fréquemment considérée comme “sale”, car liée aux #menstruations. Les #douleurs_menstruelles sont normalisées  ; si les femmes présentent des douleurs, elles doivent l’accepter et souffrir en silence. Si elles expriment leur douleur, on dit généralement d’elles qu’elles exagèrent, qu’elles sont douillettes, voire que cette douleur est dans leur tête. Beaucoup de ces stigmates proviennent d’une partie du corps médical qui, traduisant sa #méconnaissance du sujet, se permet de psychologiser de façon outrancière, ou carrément de nier, les souffrances vécues par les patientes : “vous faites ça pour attirer l’attention de vos proches”, “cette maladie n’existe pas”, “je plains votre copain, ça doit pas être facile tous les jours pour lui”.

    Dans le cas de l’endométriose, qui est considérée comme un #handicap_invisible, les symptômes sont peu perçus. Les règles sont considérées par les #normes_sociales comme un phénomène impur, dont les femmes doivent avoir #honte, et qu’il faut de facto, et à tout prix, dissimuler. Pour le SOPK, dont les symptômes sont très visibles corporellement, on considère que ceux-ci sont dus à une négligence physique, à de la paresse ou à de la sédentarité.

    La méconnaissance du SOPK s’explique aussi par le caractère très genré de la production de savoir scientifique et médical. La plupart des articles scientifiques sont écrits (en considérant les deux places les plus “importantes” dans un article, à savoir premier et dernier auteur) par des hommes. Lorsque ce sont des femmes, elles sont parfois, si ce n’est souvent, suspectées de partialité, voire de militantisme, car elles seraient “trop concernées” par le sujet, ce qui biaiserait ainsi fatalement leur travail. Quand elles ne sont pas tout simplement réduites au silence.

    En pratique, lorsque l’on compare la production scientifique1 avec une autre #pathologie_chronique à prévalence similaire, voire quasi-égale : le diabète, types 1 et 2 confondus, on remarque qu’il existe environ 22 fois plus d’articles traitant du diabète que du SOPK. Et si l’on compare production scientifique sur le diabète et sur l’endométriose, qui ont aussi une prévalence semblable, le ratio est de 1 article pour 11. Devinez dans quel sens.

    Aucun traitement malgré de multiples impacts sur la santé mentale et physique

    La majorité des témoignages recueillis sur les sites, blogs et forums en ligne concernent la grossesse et la question de l’infertilité, laquelle est la conséquence la plus largement traitée (par stimulation ovarienne, FIV ou PMA) du SOPK. Lorsque qu’une femme consulte pour une suspicion de SOPK, le corps médical lui parle quasi invariablement de grossesse, laissant de côté les autres conséquences, pourtant très nombreuses.

    Celles-ci sont totalement invisibilisées. Comme pour l’endométriose, une partie du corps médical s’accorde à dire que les symptômes peuvent être soulagés par des changements dans le #mode_de_vie des femmes qui en sont atteintes. Ce postulat repose sur les recommandations actuelles pour le grand public – augmentation de l’activité physique, alimentation équilibrée, etc –, les données relatives aux modes de vie chez les femmes atteintes du SOPK étant très limitées. Sur le site ameli.fr, les recommandations sont ainsi, mais précisent bien que “les femmes ayant un SOPK et n’étant pas en situation de #surpoids peuvent adapter leur mode de vie mais le fait de maigrir n’améliorera pas leurs symptômes”.

    Le gouvernement semble se satisfaire de cet état de fait. En outre, il renforce la croyance que les femmes sont individuellement responsables de leur bien-être lié au SOPK. Et que, si leur état de santé ne s’améliore pas, c’est qu’elles l’ont, au fond, un peu cherché.

    Autre #double_standard : si les traitements pour l’infertilité et l’assistance à la procréation sont remboursés, les autres soins liés au SOPK (suivi psychologique, pilule, traitements contre l’acné, etc) ne le sont majoritairement pas. Ce qui en dit long sur l’importance accordée au bien-être psychologique et mental des femmes.

    Et lorsque de rares traitements font leur apparition sur le marché, ils provoquent quasi invariablement de lourds #effets_secondaires. Exemple : le traitement le plus courant, et le plus prescrit dans le cadre du SOPK, est la #pilule_contraceptive. L’enjeu, qui est de mettre les #ovaires “au repos”, est en réalité un cache-misère qui, si elle peut offrir la sécurité d’un cycle “normal”, contient d’énormes inconvénients en matière sanitaire : une récente étude suédoise a démontré en 2023 que les femmes adultes sous pilule avaient un risque accru de 92% de #dépression (en plus des conséquences directes du SOPK sur la santé mentale).

    Second exemple : pour apaiser l’#hyperandrogénie (qui peut provoquer acné sévère, hirsutisme ou chute de cheveux), qui touche environ 70% des femmes atteintes du SOPK, outre les recommandations sur l’hygiène de vie, les médecins prescrivent souvent une pilule nommée #Androcur (commercialisée depuis les années 80). Cette pilule, provenant du laboratoire Bayer, a été largement prescrite à de très nombreuses femmes, sans que celles-ci aient au préalable été averties des effets indésirables, comme un risque de méningiome au cerveau. Et alors que les effets indésirables graves étaient connus depuis les années 2010. En 2025, la pilule est toujours sur le marché.

    Malgré l’avancée, croissante mais très tardive, de la recherche sur le SOPK, il n’existe toujours aucun traitement curatif pour guérir de la #maladie. Les seules solutions thérapeutiques visent à soulager les symptômes. Comme le montre cette large étude, le diagnostic du SOPK est extrêmement long et les informations livrées par le corps médical sont souvent inadaptées, lorsqu’elles ne sont pas manquantes. La plupart du temps, on prescrit aux femmes concernées une pilule contraceptive, généralement en continu, afin de bloquer l’arrivée des règles, ce qui est supposé calmer les douleurs.

    La chercheuse britannique en physiologie Sophie Williams, spécialiste du SOPK, rappelle à juste titre que « le syndrome des ovaires polykystiques est un sujet sur lequel il y a très, très peu de recherche, et au sein de ce sujet, la santé mentale est encore moins étudiée ».

    Malgré la carence évidente dans le monde de la recherche, les impacts du SOPK sur la santé mentale commencent à être étudiés dans le détail. Les personnes ayant été diagnostiquées avec un SOPK sont environ trois fois plus susceptibles de souffrir d’#anxiété et de dépression que les personnes non diagnostiquées. Le SOPK peut également être associé à un risque accru de troubles obsessionnels compulsifs, de troubles alimentaires, et de troubles bipolaires.

    Le SOPK peut aussi être à l’origine d’une augmentation des #tentatives_de_suicide chez les femmes diagnostiquées, comme le montre cette étude taïwanaise, publiée en février 2024. Cette étude, fondée sur l’analyse des bases de données nationales entre 1997 et 2012, a comparé les trajectoires de vie de plus de 18.000 femmes diagnostiquées avec un SOPK, avec celles de femmes qui n’étaient pas touchées par le syndrome, mais qui avaient des modes de vie similaires. Les résultats nous apprennent qu’en cas de SOPK diagnostiqué, le risque de tentative de suicide est 5,38 fois élevé chez les adolescentes, et monte à 9,15 fois pour les adultes de moins de 40 ans. Les auteurs de l’étude suggèrent, pour expliquer l’évolution du risque de tentative de suicide, que les conséquences du SOPK peuvent être un facteur aggravant pour la santé mentale des adolescentes et des jeunes adultes.

    En termes de santé physique, le SOPK est aussi à l’origine de nombreuses conséquences au travail : les douleurs épuisent plus rapidement et compromettent la réalisation de tâches physiques. Les femmes qui en souffrent sont plus exposées aux violences verbales, attaquant la sacro-sainte productivité au travail, qui est de facto altérée par les conséquences de la pathologie. Et même ici, au travail, tout le monde n’est pas mis sur un pied d’égalité par rapport au SOPK. Les gestions de la douleur ne sont pas les mêmes selon que le travail est principalement d’ordre physique, utilisant le corps comme outil de travail principal, ou d’ordre plus intellectuel (professions de cadres, entre autres). Le stress et la peur du licenciement sont plus forts pour les femmes travaillant dans des métiers pénibles et peu qualifiés. Par rapport à des cadres (sans minimiser les symptômes dont celles-ci souffrent également, la maladie ne faisant pas le tri entre classes aisées et classes populaires), elles ne peuvent pas se permettre de prendre des pauses – plus ou moins régulières – afin de mieux pouvoir gérer les douleurs (physiques et psychiques) générées par les symptômes de la pathologie.

    Politique nataliste et défense de la corporation médicale plutôt que promotion de la recherche

    Grosso modo, pour Macron et compagnie, la santé et l’accès aux soins ne sont pas – mais vraiment pas – une priorité. La santé des femmes l’est encore moins. Et les pathologies chroniques et incapacitantes touchant entre 1 femme sur 10 et 1 femme sur 7 le sont encore moins.

    La prise en charge médicale globale se détériore sous l’effet des politiques macronistes, ainsi que des rejets de contre-propositions concrètes visant à mieux répartir la densité de médecins sur le territoire français ainsi qu’à en former davantage. À chaque fois qu’un amendement vient un tant soit peu menacer la liberté d’installation des médecins – seule profession exerçant une mission de service public qui bénéficie de ce privilège – en France, la macronie et l’extrême droite se planquent derrière les arguments et revendications des syndicats de médecins les plus corporatistes, au détriment des habitant•es qui subissent la perpétuelle extension des déserts médicaux.

    Comme nous l’avions résumé : “d’une façon générale le système de santé français se délabre, en raison de quinze années successives de plans d’austérité, d’une absence d’organisation de la profession médicale qui favorise les déserts médicaux et de conditions de travail de plus en plus difficiles pour les soignants”.

    Du côté de l’Assemblée Nationale, ce n’est guère plus réjouissant. En mars 2024, la droite (minorité présidentielle + LR) a rejeté l’article 1er de la proposition de loi visant à instaurer un congé menstruel en cas de menstruations incapacitantes. Quelles ont été les propositions émanant du gouvernement et de son aile droite (comprendre, le RN) depuis ? Aucune.

    Malgré les propos de Macron, qui traduisent plus une volonté de contrôle des naissances qu’autre chose, il n’y a aucune véritable politique de lutte contre l’infertilité, à savoir aider les femmes qui veulent avoir des enfants à en avoir. La seule grosse mesure en ce sens a été l’extension de la PMA. Sauf que, pratiquée sur une femme souffrant d’un SOPK, elle a de bonnes chances de ne pas aboutir. Il n’y a tout simplement aucune volonté, au sommet de l’État, de s’intéresser aux causes de l’infertilité pour sérieusement prendre en charge des patientes et les aider à réaliser leur désir de maternité – tout en foutant la paix aux personnes ne voulant pas avoir d’enfant.

    Toujours au niveau institutionnel, un rapport sur les causes d’infertilité est sorti il y a deux ans, en 2022. Bien que celles-ci soient très lacunaires, il était déjà possible à ce moment-là de trouver des informations sur les conséquences du SOPK dans la littérature scientifique et médicale. Alors qu’il est, rappelons-le, la première cause d’infertilité chez les femmes, les occurrences “syndrome des ovaires polykystiques” ou “SOPK” ne sont présentes que 20 fois sur 137 pages, et aucune proposition ni solution concrète n’est avancée pour promouvoir la recherche sur ce syndrome, ni pour des programmes de prévention, d’éducation ou de communication.
    Comment agir à notre échelle ?

    Macron et ses gouvernements éphémères traduisent une vision archaïque, préhistorique, des femmes qui ne sont pas considérées comme des êtres humains qui veulent juste vivre pleinement, et s’abstraire de leur aspect physique ou esthétique. Ce que Macron démontre avec ses déclarations, c’est que les femmes sont vues à travers ses yeux comme un objet de procréation. En cela, il est parfaitement aligné sur le calendrier idéologique de l’extrême droite, dont les propositions politiques sur les thématiques de l’enfance et de la famille se résument à : faites le plus d’enfants possibles, sauf si vous êtes noir ou arabe.

    D’ailleurs, tout au long du second quinquennat Macron, la boucle – travail, patrie, et famille –, aura été bouclée  ; on aura eu droit à l’allongement de l’âge de départ à la retraite, à la loi immigration directement inspirée du programme présidentiel du RN, et au réarmement démographique. Mais si la période est rude et peut entraîner au pessimisme, nous ne devons pas nous laisser aller au fatalisme total.

    Le SOPK est un enjeu absolument majeur de santé publique. Comme nous l’avons rappelé tout au long de cet article, il présente des risques quotidiens sur la santé physique et mentale des femmes concernées.

    Sans qu’il faille totalement cesser de parler de l’infertilité, il s’agit en même temps de déconstruire l’association systématique “SOPK-infertilité”, qui ne tient pas compte des autres symptômes, et les met de fait sur le compte de la responsabilité individuelle, et d’offrir une prise en charge globale. La prise de poids, l’hirsutisme et les conséquences sur la santé mentale sont encore largement sous-estimées à l’heure actuelle. Si des propositions d’accompagnement psychologique pour les femmes qui souffrent du SOPK existent, elles ne sont pas systématiquement proposées et surtout, elles coûtent très cher.

    Qu’il y ait une véritable éducation au cycle menstruel pour les enfants et adolescent•es. Quoiqu’en dise l’ex-ministre Alexandre Portier, qui se sert de sa méconnaissance des études sur le genre pour faire avancer son agenda ultra-conservateur, une meilleure connaissance des règles et de leurs implications est nécessaire pour sensibiliser et déconstruire les tabous qui les entourent.

    Qu’advienne une meilleure reconnaissance du statut de patient•e-expert•e : si le paternalisme médical a reculé, en comparaison aux décennies précédentes, il reste encore présent au sein de la société française. Les femmes atteintes d’endométriose et/ou du SOPK sont souvent contraintes de devenir des “patientes-expertes”. Si ce statut présente des avantages : meilleure connaissance de la pathologie, implication auprès d’autres personnes, développement de réseaux associatifs ou de connaissances, il n’est pas officiellement reconnu. Les patientes-expertes ne sont pas, au niveau institutionnel, reconnu comme des expertes “légitimes” et ne bénéficient ainsi pas du statut du médecin ou du gynécologue, malgré un niveau de connaissance parfois supérieur à ceux-ci. Ainsi, si elles peuvent élaborer et animer des programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP), participer à des conférences ou des colloques, elles ne peuvent se substituer aux décisions thérapeutiques prises par le/la professionnel•le de santé, malgré les risques encourues par celles-ci (prescription de pilules présentant de nombreux effets secondaires, entre autres).

    Que trois mots qui, sans l’action des associations, des femmes concernées et des chercheur•euses qui travaillent sur le sujet, ne sont jamais appliqués au pied de la lettre, le soient : écouter, communiquer, sensibiliser. Après des décennies – et même des siècles –, une une meilleure communication sur une pathologie comme l’endométriose4 a permis de faire connaître cette maladie, de sensibiliser les citoyen•nes, les institutions politiques.

    Que le SOPK soit inscrit dans le programme des études de deuxième cycle de médecine (l’endométriose y a seulement été inscrite en 2020). Et que nous puissions, au sein des universités, encourager et accompagner la mobilisation des étudiant•es, afin de pousser les directions à agir et à instaurer des dispositifs d’écoute, de partage d’expérience et d’entraide au sein des universités et des environnements professionnels. Il serait souhaitable que celles et ceux dont la voix s’élève principalement pour critiquer les rares initiatives parlementaires (je ne vise pas, rassurez-vous, l’ensemble des étudiant•es en médecine) visant à encadrer la liberté d’installation, s’engagent également pour la reconnaissance du SOPK et la création d’espaces dédiés à l’écoute et à la solidarité.

    Que chaque lecteur de cet article, qu’il soit familier ou non avec ce syndrome, devienne une oreille attentive et bienveillante pour celles qui pourraient en souffrir. Les chiffres – sous-estimés, rappelons-le –, suggèrent qu’il est fort probable que chacun ait dans son entourage plusieurs personnes concernées.

    Que nous déconstruisions les stigmates jetés sur les femmes souffrant du SOPK. À l’heure actuelle, une situation de surpoids est tout de suite associée à de la fainéantise, et amène à la grossophobie. Une chute ou perte de cheveux est immédiatement perçue comme la conséquence d’une chimiothérapie. L’acné est très vite liée à de la saleté, voire à une négligence. Et ne parlons pas de la présence d’une barbe chez une femme est considérée au mieux comme un homme, au pire comme une monstruosité, dont la place naturelle serait dans un cirque.

    Que le message essentiel à transmettre aux parents, ami·es et proches, qui accompagnent, ou s’apprêtent d’accompagner une fille, une nièce, une sœur ou une cousine, dans la découverte de ses premières menstruations, soit le suivant : un cycle menstruel de plusieurs mois ne doit jamais être banalisé. Une prise de poids significative ne se résume pas toujours à un manque d’activité physique ou à un mode de vie sédentaire. Une chute de cheveux n’est pas systématiquement le signe d’un traitement comme la chimiothérapie. L’acné ne constitue pas forcément une étape inévitable de l’adolescence. Tous ces signaux peuvent être des symptômes du SOPK, et ne doivent jamais être banalisés.

    Que de tout cet article, il faille retenir ceci : le SOPK doit devenir un sujet politique de premier plan, et un vécu partagé et entendu par toutes et tous, dans chacun des cercles de sociabilité (famille, amis, collègues).

    https://www.frustrationmagazine.fr/sopk

    #genre #psychologisation

  • Comment le sexisme de la médecine met la vie des femmes en danger
    https://www.lesinrocks.com/cheek/comment-le-sexisme-de-la-medecine-met-la-vie-des-femmes-en-danger-506984

    Dans leur ouvrage “Les Patientes d’Hippocrate”, les journalistes Maud Le Rest et Eva Tapiero s’intéresse au sexisme de la médecine et aux nombreuses conséquences sur la vie et la santé des femmes. Entretien.

    Pourquoi les jeunes filles sont-elles sommées de se rendre chez un·e gynécologue à l’adolescence tandis que leurs pairs masculins sont dispensés de toute obligation médicale ? Pourquoi faut-il en moyenne huit ans aux femmes atteintes d’endométriose avant de se voir poser un diagnostic ? Pourquoi les femmes ont-elles plus de chances de mourir d’une crise cardiaque que les hommes ? Pourquoi encore, les femmes atteintes d’autisme passent-elles plus facilement sous les radars médicaux ? Et pourquoi, lorsqu’un couple hétérosexuel galère pour avoir un enfant, la femme enchaîne les examens médicaux -plus ou moins douloureux- avant que l’on daigne s’intéresser à la fertilité de son compagnon ?

    C’est à toutes ces questions auxquelles Maud Le Rest et Eva Tapiero, deux journalistes indépendantes, tentent de répondre dans un ouvrage passionnant intitulé Les Patientes d’Hippocrate (Éd. Philippe Rey) en décortiquant les nombreux biais de genre qui interfèrent dans le traitement médical des femmes, encore régi par “une relation inégalitaire par la hiérarchie et par le genre”. En recueillant les témoignages de femmes, en interrogeant des expert·es et en s’appuyant sur des études, les deux autrices souhaitent “faire la lumière sur l’impact du patriarcat dans la médecine”, dénoncer le caractère systémique du sexisme médical et ses conséquences dramatiques sur la vie et la santé des femmes et proposer des pistes pour y remédier. Pour en savoir davantage, nous nous sommes entretenues avec l’une d’entre elles, Eva Tapiero.

    Qu’est-ce qui vous a poussées à vous intéresser à ce sujet ?

    Avec Maud, on travaille sur le sujet des féminismes et des droits des femmes depuis longtemps et le thème de la santé et des inégalités femmes-hommes dans ce domaine nous intéressait. On a voulu creuser davantage et interroger les femmes non seulement pour recueillir leurs témoignages mais aussi pour comprendre les conséquences concrètes de ces biais de genre, de cette maltraitance médicale sur leur vie.

    La douleur des femmes est-elle sous-évaluée par le corps médical, et si oui, comment l’expliquez-vous ?

    Oui, c’est assez paradoxal car elle est à la fois sous-évaluée et perçue comme exagérée. On imagine que les femmes dramatisent, elles ne sont pas prises au sérieux et résultat, on minimise leur douleur. C’est flagrant avec des maladies comme l’endométriose, où l’on observe encore en moyenne une errance médicale de huit ans avant un diagnostic, ou l’infarctus du myocarde dont on parle aussi dans le livre. Il y a une tendance à psychologiser la douleur des femmes, on va mettre leurs symptômes sur le compte du stress, leur conseiller de se détendre et donc passer parfois à côté de leurs pathologies. C’est une habitude sociale liée au patriarcat, on range toujours les femmes dans la catégorie “émotionnelles” et non “rationnelles”.

    Chez les femmes racisées, on recense une discrimination supplémentaire : le “syndrome méditérranéen”. De quoi s’agit-il précisément ?

    Les femmes racisées subissent une double peine, elles sont à la fois victimes de sexisme et de racisme. En réalité, il faudrait tout un ouvrage pour pointer cette discrimination spécifique, dont l’une des facettes est le “syndrome méditerranéen”. C’est un préjugé raciste selon lequel les personnes maghrébines et noires exagèrent leurs douleurs, “en rajoutent”. La conséquence à nouveau est le manque d’écoute, une parole qui n’est pas prise au sérieux, ce qui peut entraîner une prise en charge différée et de la négligence voire de la maltraitance dans les soins.

    Plusieurs recherches montrent d’ailleurs que de nombreux handicaps, symptômes ou maladies sont mieux prises en charge lorsque les patients sont des hommes, pourquoi ?

    C’est ce qu’on appelle dans notre ouvrage le masculin neutre. La norme est masculine et pendant très longtemps, les études ont été faites uniquement sur des hommes, ou sur des mâles. Lorsqu’on ne prend pas en compte la différence anatomique ou physiologique entre les femmes et les hommes, on se coupe fatalement d’un certain nombre d’informations. On peut citer l’exemple de l’infarctus du myocarde, les femmes ont des symptômes différents de ceux des hommes, qui sont moins connus par le corps médical et on peut donc passer à côté du bon diagnostic. Ces dernières années, on a beaucoup communiqué sur le sujet, notamment auprès du grand public, mais il faut du temps pour que ces informations soient, d’une part, enseignées, et d’autre part, diffusées largement.

    Comment expliquez-vous qu’à l’adolescence les jeunes femmes sont encouragées à aller voir un·e gynéco alors que les jeunes hommes, eux, n’ont plus de suivi médical régulier ?

    On nous a mis en tête que le corps des femmes devait être médicalisé : nous sommes incitées à aller nous checker régulièrement, à vérifier que tout va bien, c’est devenu un réflexe. Ça vient d’une volonté de contrôle du corps des femmes, et si elle a été réelle et conscientisée à une certaine époque, elle ne l’est plus aujourd’hui mais c’est rentré dans les moeurs : le corps des femmes doit être vérifié comme on fait le contrôle technique d’une voiture chaque année.

    Dans les parcours de procréation médicalement assistée, il y a aussi de grandes disparités de traitement entre les femmes et les hommes…

    Oui, tout à fait, ce sont les femmes qui sont en ligne de mire et ce sont elles qui subissent la majorité des examens lorsqu’il y a suspicion d’infertilité. La médecine ne se soucie de la fertilité des hommes qu’après alors que statistiquement, les causes de l’infertilité sont partagées entre les deux sexes. Il n’est pas rare de ne voir seulement la femme à une première consultation pour infertilité. On laisse de côté les hommes et d’ailleurs, même eux s’en plaignent parfois. Certes, l’âge des femmes par exemple est un facteur important dans un parcours de PMA, mais celui des hommes l’est également et on l’oublie souvent. On s’acharne sur le corps des femmes sans se soucier des conséquences psychiques et psychologiques.

    Dans votre ouvrage, vous évoquez aussi les violences obstétricales et gynécologiques sur lesquelles on est en train de lever le voile…

    Oui, il y a le déni de la douleur des femmes, et, de façon plus générale, une mauvaise écoute des patientes alors que c’est la base de la médecine. On le voit notamment dans les accouchements où, par exemple, la volonté de la patiente de ne pas accoucher allongée n’est pas entendue. Cette non écoute est un terreau pour d’éventuelles violences. On parle aussi du point du mari (Ndlr : lorsqu’on recoud le vagin après une épisiotomie ou une déchirure avec des points de suture supplémentaires et inutiles pour resserrer l’entrée du vagin), c’est l’apogée du sexisme médical : dans un moment où la femme est dans une grande douleur, on pense au plaisir de l’homme !

    Observe-t-on aujourd’hui une meilleure prise en compte du consentement médical ?

    C’est très lent… À une époque, le consentement lors d’un acte médical n’était jamais pris en compte, aujourd’hui, on en parle davantage et la génération de soignant·es qui arrive est plus au fait de ces considérations. Mais il faut encore que les formations sur le sujet s’améliorent et que les habitudes changent et ça, c’est un très long processus.

    Les Patientes d’Hippocrate, Maud Le Rest, Eva Tapiero, Éd. Philippe Rey.

    #sexisme #misogynie #racisme #violences_médicales #violences_gynecologiques #médecine #santé #discrimination

  • Scandales sanitaires : des femmes en première ligne
    https://www.caminteresse.fr/sante/scandales-sanitaires-des-femmes-en-premiere-ligne-11157697

    Dix ans après le scandale du Médiator révélé par la pneumologue Irène Frachon, les laboratoires Servier ont été reconnus coupables de "tromperie aggravée" et condamnés à 2,7 millions d’euros d’amende ce lundi. Derrière les récents combats de santé publique, il y a très souvent des femmes, qui militent pour une médecine plus sûre et plus transparente.

    Elles s’appellent Aurélie Joux, Marine Martin, Marielle Klein, Marion Larat… Toutes ont un point commun : elles ont mobilisé l’opinion contre les dangers d’un médicament, d’un dispositif médical ou le détournement de son usage : le Distilbène, la Dépakine, le Cytotec, les implants Essure, le Lévothyrox…

    De simples patientes, ces femmes sont devenues des « combattantes ». Des « Résistantes » même, juge Florence Méréo, spécialiste de la santé au Parisien, qui a recueilli le témoignage de douze d’entre elles dans son livre Les résistantes, paru en 2019. Douze femmes qui font bouger la médecine..

    Si toutes ces femmes ont été au cœur des récents scandales sanitaires, c’est aussi qu’elles « en ont payé le plus lourd tribut », analyse Florence Méréo. Les produits incriminés concernent en effet des problématiques typiquement féminines : grossesse, contraception, accouchement… Ou des médicaments utilisés majoritairement par les femmes, tel le Lévothyrox (85% des prescriptions). C’était aussi le cas du Médiator, destiné aux diabétiques mais prescrit comme coupe-faim (75% de consommatrices en France). La pneumologue Irène Frachon avait alerté dès 2008 sur sa toxicité cardiaque. Les lanceuses d’alerte qui ont suivi sa trace se réclament toutes de cette figure de proue.
    Le combat de femmes ordinaires

    Mais cette fois, ce sont les patientes elles-mêmes qui montent au créneau. Certaines sont des victimes directes, comme Marielle Klein, qui a subi de graves symptômes neurologiques et musculaires après la pose des implants Essure, en 2011. Les autres ont été touchées dans la chair de leur chair. Timéo, le fils d’Aurélie Joux, est né lourdement handicapé après le déclenchement de l’accouchement avec du Cytotec. Les deux enfants de Marine Martin, qui a dénoncé les effets de l’anti-épileptique Dépakine pendant la grossesse, souffrent aussi de handicap. Elles racontent comment des industriels ou des médecins ont tenté de les faire passer pour des « folles », des « hystériques » ou des « emmerdeuses ». Parce qu’elles sont des femmes ?

    Aucune étude ne le prouve, mais des travaux montrent que lorsque les femmes se plaignent de douleurs, par exemple, leur ressenti est moins bien pris en compte que celui des hommes.

    Une persévérance qui a un prix

    Envers et contre tout, elles ont persisté, parfois des années durant, jusqu’à devenir des « porteuses d’alerte » : un concept développé par Solène Lellinger, maître de conférence en histoire et épistémiologie des Sciences à Paris-7, dans sa thèse sur les accidents médicamenteux et la genèse du scandale du Médiator. « La lanceuse d’alerte tire la sonnette d’alarme. Mais le terme “porteuse” indique qu’il faut tenir sur la durée », explique- t-elle. Au prix de conséquences parfois lourdes : Marine Martin y a laissé son emploi pour se consacrer à son association depuis neuf ans. Marielle Klein, elle, a quitté la présidence de Resist au bout de trois ans pour retrouver une vie familiale plus sereine. Derrière, d’autres femmes prennent déjà la relève. Dans l’affaire du Distilbène, le combat se transmet de mère en fille. Des études suggèrent que les enfants de la 3e génération pourraient être impactés.

    Je m’étonne au sujet de ce paragraphe :
    Aucune étude ne le prouve, mais des travaux montrent que lorsque les femmes se plaignent de douleurs, par exemple, leur ressenti est moins bien pris en compte que celui des hommes.
    Comment est-ce possible qu’aucune étude ne montre ce biais ?

    #violences_sexistes #violences_gynécologiques #violences_médicales #misogynie #continuum_féminicidaire #essure

  • Paris : un gynécologue accusé de « viol » mis définitivement en retrait de ses responsabilités
    https://www.lefigaro.fr/faits-divers/un-gynecologue-accuse-de-viol-mis-definitivement-en-retrait-de-ses-responsa
    L’homme s’est excusé pour des examens « dénués d’empathie ». Plusieurs femmes ont porté plainte pour #viol à son encontre.

    Emile Daraï, gynécologue renommé de l’hôpital Tenon à Paris visé par une enquête judiciaire pour « viol », est définitivement mis en retrait de ses responsabilités de chef de service et de responsable pédagogique, ont annoncé jeudi 9 décembre l’AP-HP et Sorbonne Université. Spécialiste de l’endométriose, chef de service gynécologique-obstétrique et médecine de la reproduction à l’hôpital Tenon, Emile Daraï est visé par plusieurs plaintes pour viol.

    L’AP-HP et Sorbonne Université avaient annoncé le 8 octobre que le gynécologue était mis en retrait de ses responsabilités pour que l’enquête interne, déclenchée un peu plus tôt par les deux institutions, « puisse se dérouler dans la plus grande sérénité ». « Ce retrait est désormais définitif et le Pr Daraï ne reprendra ni sa responsabilité de chef de service ni de responsabilité pédagogique », ont annoncé les deux institutions dans un communiqué commun.
    « Aucune connotation sexuelle »

    Selon, le rapport d’enquête, rendu public jeudi, « à la lumière des différents témoignages contre le Pr Daraï, la commission estime que l’obligation d’information de ces patientes, le soulagement de leur douleur, le respect de leurs volontés n’ont pas été respectées ». Mais « ne retient aucune connotation sexuelle alors que certains manquements ont été relevés dans le recueil du consentement à certains gestes ».

    À la suite de la première plainte, le parquet de Paris a ouvert le 28 septembre une enquête pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans ». Les investigations ont initialement été confiées à la Brigade de protection des mineurs (BPM). Après une seconde plainte reçue le 30 septembre, le parquet de Paris a élargi cette enquête à l’infraction de « viol en réunion » et les investigations ont été reprises par le 2e district de police judiciaire (2e DPJ).

    Le médecin, qui consulte toujours, a été accusé par plusieurs ex-patientes de pratiquer des examens vaginaux et rectaux de manière brutale et sans demander le consentement. Dans une lettre datée de mardi et adressée à Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris, le gynécologue se dit « contraint de reconnaître que ces femmes ont pu percevoir l’examen clinique que j’ai pratiqué comme dénué d’empathie et de bienveillance ». « Je suis profondément désolé et tiens à leur présenter mes plus sincères excuses ».

    #violences_gynecologiques

  • Charte de la consultation en gynécologie et en obstétrique
    https://syngof.fr/actualite-syndicale/charte-de-la-consultation-en-gynecologie-et-en-obstetrique

    Le SYNGOF adhère à la Charte de la consultation en gynécologie et en obstétrique

    Les professionnels ont parfaitement conscience de la particularité de la consultation de gynécologie ou d’obstétrique qui touche à l’intimité psychique et physique des femmes. Cette consultation nécessite une écoute, une attitude, un dialogue et un examen physique dans un esprit de bienveillance et de respect mutuel. C’est pourquoi le CNGOF, la FNCGM ainsi que plusieurs sociétés savantes proposent à tous les praticiens de France d’adhérer à cette charte et de l’afficher dans les lieux d’attente, et à chaque femme d’en prendre connaissance avant la consultation.

    Charte de la consultation en gynécologie et en obstétrique

    La consultation en gynécologie ou en obstétrique n’est pas une consultation comme les autres puisqu’elle touche à l’intimité des patientes.

    Le praticien, médecin ou sage-femme, conduit la consultation avec bienveillance et respect, en gardant à l’esprit la particularité de cette consultation et les besoins d’écoute et de dialogue.

    L’examen clinique n’est pas systématique. Par exemple, il n’est pas conseillé lors de la première consultation d’une jeune femme pour contraception, en l’absence de symptômes.

    L’examen clinique est précédé d’une explication sur ses objectifs et ses modalités. Si la femme désire ne pas être examinée, elle est invitée à en faire part en début de consultation

    L’examen fournit des renseignements que l’imagerie ne peut pas apporter (comme l’état de la vulve, du vagin et du col, la mobilité des organes pelviens, la contraction des muscles ou la cartographie des zones douloureuses et la typologie des douleurs, ou encore l’origine de saignements ou de pertes). Il permet aussi la pratique de prélèvements (frottis, examens bactériologiques).

    L’accord oral de la femme est recueilli avant tout examen clinique.

    La femme doit pouvoir se dévêtir à l’abri des regards, dans le respect de sa pudeur.

    La personne examinée peut être assistée par l’accompagnant de son choix.

    L’examen peut comporter une palpation des seins, une palpation abdominale, un toucher vaginal avec gant ou doigtier, et l’usage de matériels médicaux tels qu’un spéculum ou une sonde endovaginale. Dans certains cas, le recours à un toucher rectal après explications peut être justifié.

    L’examen doit pouvoir être interrompu dès que la patiente en manifeste la volonté. Aucune pression, en cas de refus, ne sera exercée sur elle ; il convient alors de l’informer de l’éventuelle nécessité d’un nouveau rendez-vous pour réaliser l’examen, si celui-ci est indispensable, et de l’informer des limites diagnostiques et thérapeutiques que cette absence d’examen clinique peut entraîner.

    À l’hôpital ou en cabinet de ville, pour former les soignants de demain, un étudiant est susceptible d’assister à la consultation ; la présence d’un tiers, soignant, est soumise au consentement de la femme. Tout geste médical ou examen clinique éventuel pratiqué par l’étudiant est également subordonné à l’accord de la personne examinée.

    Les termes de cette charte s‘appliquent à toutes les explorations d’imagerie gynécologiques (telles les échographies endovaginales, les colposcopies, les hystéroscopies, les hystérographies, les hystérosonographies, les bilans urodynamiques…), qui doivent également respecter la pudeur de la femme.

    Rédaction 20 octobre 2021

    CNGOF – Collège national des gynécologues et obstétriciens français

    CIANE – Collectif interassociatif autour de la naissance

    CEGO – Collège des enseignants de gynécologie obstétrique

    CNEGM – Collège national des enseignants de gynécologie médicale

    FNGCM – Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale

    SFG – Société française de gynécologie

    CNSF – Collège national des sages-femmes de France

    #violences_obstericales #violences_medicales #violences_gynecologiques #violences_sexistes #sexisme #gynecologie

  • Enquête pour viol contre un ponte de la gynécologie : huit ans d’alertes ignorées - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/021021/enquete-pour-viol-contre-un-ponte-de-la-gynecologie-huit-ans-d-alertes-ign

    Une enquête pour « #viol sur mineure de plus de quinze ans », visant un #chirurgien de l’hôpital #Tenon, a été ouverte par le parquet de Paris fin septembre. Plusieurs de ses patientes avaient dénoncé, depuis 2013, des #violences_gynécologiques auprès de l’#AP-HP, de Sorbonne Université et de l’Ordre des médecins, sans qu’aucune vérification n’ait été lancée.

    #pédocriminalité

    • Plusieurs témoignages dénonçant des #violences_gynécologiques qui auraient eu lieu au sein de l’#hôpital Tenon situé à Paris ont récemment fait surface, incriminant particulièrement le chef du service de #gynécologie, le professeur Émile Daraï. Dans le cadre de l’enquête sur l’endométriose que FLUSH a débutée en 2019, nous publions aujourd’hui des témoignages complémentaires qui mettent en lumière ses agissements.

       ! Attention, certains des faits décrits ci-dessous sont violents et pourraient heurter la sensibilité de certaines personnes.

      Certaines l’appellent le « boucher », d’autres le considèrent comme leur « héros ». Elles sont toutes atteintes d’#endométriose, une maladie gynécologique méconnue qui toucherait au moins une femme sur dix. Elle se caractérise par la présence dans le corps de tissus similaires à celui de l’endomètre, la muqueuse intérieure de l’utérus qui se désagrège pendant les règles. Parfois ces tissus saignent, créent des adhérences entre les organes, tiraillent. L’endométriose peut être très handicapante. Certaines femmes en souffrent, d’autres non. Peu de médecins connaissent et savent prendre en charge cette pathologie. Le quotidien de ces femmes est fait de douleurs, pendant les règles et parfois en permanence, pour dire le moins. Dans leur parcours, ces femmes ont cherché les meilleurs spécialistes. Elles ont été orientées par d’autres professionnels de santé ou par des femmes qui avaient entrepris la même quête du Graal. Après leur passage à l’hôpital Tenon, elles pensaient être des exceptions, mais il n’en est rien.

      « J’ai envie de pleurer parce que je réalise que je viens d’assister à un #viol et que je n’ai rien dit. »

      Le 13 septembre dernier, le collectif Stop VOG a publié sur son compte Twitter, sous le hashtag #StopOmerta, un témoignage d’interne passé par le service gynécologie de l’hôpital Tenon : « J’ai envie de pleurer parce que je réalise que je viens d’assister à un viol et que je n’ai rien dit. » Cette personne parle d’un #médecin « dont la renommée n’est plus à faire ». Puis, elle décrit : « sans prévenir, il insère [un spéculum] dans le vagin de la dame. D’un coup. Elle se crispe sous la douleur. Ses muscles se contractent et font ressortir l’instrument. Le médecin le renfonce plus fort. Il hurle : ‘Détendez-vous !’. Elle gémit. Il est évident qu’elle est terrorisée. ‘J’ai dit détendez-vous ! Je ne peux pas vous examiner, là !’ Il s’exaspère. Le spéculum ressort encore. Il le renfonce de plus en plus brutalement. Elle se cabre presque. » Sur les réseaux sociaux, les témoignages ont afflué, incriminant le professeur Émile Daraï.

      voir aussi Pour une M.E.U.F. (Pour une Médecine Engagée Unie et Féministe)
      https://seenthis.net/messages/930805

    • Violences obstétricales : un deuxième médecin du service gynécologie de l’hôpital Tenon mis en cause

      https://www.leparisien.fr/faits-divers/violences-obstetricales-un-deuxieme-medecin-du-service-gynecologie-de-lho

      Après les témoignages mettant en cause les pratiques du professeur Emile Daraï, chef du service gynécologie à l’hôpital Tenon, à Paris, et visé par une enquête pour viol sur mineur, un autre médecin de ce même établissement de l’AP-HP est sous le coup d’un signalement pour des violences obstétricales supposées.

      #paywall

  • « Quand les seins tombent, je refuse la consultation. » Sur Facebook, des médecins violent leur serment
    https://www.nouvelobs.com/notre-epoque/20200105.OBS23047/quand-les-seins-tombent-comme-ca-je-refuse-la-consultation-sur-facebook-1

    Sur le groupe Facebook privé « le Divan des médecins », regroupant plus de 11 000 praticiens, sont publiées des photos reconnaissables de patients et des commentaires à caractère pénal. Contacté, l’Ordre des Médecins promet une analyse juridique de ces contenus « effarants ».

  • « Trop paternaliste et autoritaire » : la formation des futurs gynécologues en pleine réflexion
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/12/12/la-formation-des-futurs-gynecologues-en-pleine-reflexion_6022567_4401467.htm
    Empathie, consentement, sensibilisation aux violences gynécologiques : la formation des jeunes spécialistes du corps des femmes évolue. Mais les pratiques varient beaucoup d’une université à une autre.

    Etudiante en troisième année de médecine à Lyon-Est, Lisa ne compte plus le nombre de fois où elle est sortie d’amphi « choquée » par ses premiers cours de gynécologie. « Le professeur nous faisait écrire que les femmes sont plus enclines à avoir des relations sexuelles avec des sentiments, quand les hommes sont plus dans le visuel. Ce sont des clichés sans fondements biologiques. Il y avait aussi beaucoup de jugements sur certaines sexualités, des propos sexistes ou infantilisants. Quel type de médecin ces enseignements feront-ils de nous ? », se désole la jeune femme de 19 ans.

    Cette question, le Haut Conseil à l’égalité (HCE) a tenté d’y répondre en 2018. Dans son rapport où il alerte sur la multiplication des violences gynécologiques et sur le « sexisme ambiant » dans le monde médical, le HCE recommande, dans le cadre de la formation des gynécologues, de repenser le rapport aux patientes, les pratiques obstétriques – notamment les épisiotomies [incision du périnée lors de l’accouchement], ou l’accueil des personnes LGBTI. Des défis multiples pour une formation « trop paternaliste et autoritaire », convient la ministre de la santé Agnès Buzyn, auditionnée pour ce rapport.

    Parmi les violences obstétricales ou gynécologiques répertoriées par l’Institut de recherche et d’action pour la santé des femmes figurent l’imposition d’actes (frottis, touchers vaginaux) hors des recommandations de la Haute autorité de santé, d’examens cliniques non consentis, les jugements humiliants, les violations de l’intimité ou de la confidentialité. Mais aussi le refus de poser un stérilet à une jeune femme, ou d’une péridurale demandée par la patiente, le retrait d’implant sous-cutané ou la réfection d’épisiotomie sans anesthésie locale…
    « Gynéco bashing »

    « Un climat très dur règne dans la formation médicale, que ce soit dans les rapports hiérarchiques entre internes et médecins ou dans la très sexiste culture carabine. Cela imprègne les mentalités et les schémas de comportement des futurs médecins, et peut rejaillir dans leurs pratiques », analyse Margaux Collet, corapporteure de l’étude du HCE. « La relation patient-soignant et l’empathie sont délaissées, tout au long du cursus, au profit de la technique, ajoute-t-elle. On pense que le gynécologue – le sachant – n’aurait pas besoin d’associer la patiente à la prise de décision. Ce sont autant de choses à bousculer d’urgence. »

    Côté praticiens, certains dénoncent une forme de « gynéco bashing » et la généralisation de cas particuliers. Ils rappellent l’existence d’impératifs médicaux ou de contraintes liées au temps, mais réfutent le terme de « violences » gynécologiques. Une position partagée par Madeleine, étudiante de 22 ans : « Le débat peut exister sur certains gestes, mais beaucoup de polémiques sont galvaudées. Par exemple, on reproche aux étudiants de ne pas dire explicitement qu’ils sont étudiants avant une consultation mais, dans les hôpitaux universitaires, c’est une évidence ! »

    La suite est réservée aux abonnés.

  • Le « label bientraitance » du CNGOF : de la poudre aux yeux pour ne pas changer les pratiques
    http://marieaccouchela.net/index.php/2019/10/18/le-label-bientraitance-du-cngof-de-la-poudre-aux-yeux-pour-ne-pas-c

    Le CNGOF vient de sortir son « label bientraitance » pour les maternités, à grand renfort de communication dans la presse.

    Les gynécos auraient-ils compris les femmes, et prennent-il le taureau par les cornes pour changer de fond en comble les pratiques afin de respecter les accouchements ? Y aurait-il enfin une volonté de respecter les recommandations basées sur l’état de la science ? Les médecins se mettraient-il à appliquer la loi sur les droits des patients ?

    Au risque de vous surprendre, la réponse est non.

    Aujourd’hui, lorsqu’on examine le contenu des critères permettant d’obtenir ce label, se dégage un sentiment situé entre la stupéfaction de voir le piètre résultat de deux ans de travaux et le rire face au contenu de ces critères. Je vais vous les présenter.

    Cette idée de label de bientraitance implique que les maternités qui n’ont pas ce label sont par définition des lieux de maltraitance.
    #violences_gynécologiques #violences_médicales
    Sinon je remarque que le Syngof à changé de nom,

    • @mad_meg oui, bienvenue :)
      Je suis outrée que les avortements sans anesthésie de #Karman pratiqués avant la loi sur l’avortement ne soient pas enseignés et pratiqués dans les hopitaux : ce serait un gain pour tout le monde, à commencer par les patientes.

      Si on ne prend que l’avortement dans le suivi gynéco …

      D’abord les tests pratiqués avant l’avortement où le/la gynéco force à une échographie faite avec pénétration d’une sonde vaginale en forme de bite technologique et écran tourné parfois vers la patiente.
      Ensuite, si je ne m’abuse, il y a deux méthodes d’avortement pratiquées en hôpitaux publics ou privés : l’aspiration sous anesthésie ou les hormones dite RU.

      Deux terribles façons de montrer aux femmes qu’elles ne sont pas là pour qu’on prenne soin d’elles, il faut bannir le terme « soignées » de la gynécologie, prendre soin c’est accorder de l’importance à l’autre et là ce n’est vraiment pas le cas.

      Pour l’aspiration sous anesthésie, c’est un séjour à l’hôpital pour l’opération avec de la chimie injectée dans les veines et dans les poumons suivi d’un forçage de l’ouverture du col de l’utérus pour brancher un tuyau et aspirer les cellules indésirées. En plus du risque de se faire violer par des étudiants venus pratiqués le touché vaginale sans consentement pendant l’anesthésie.

      Pour l’IVG médica_menteur, ce sont des cachets d’hormones à haute dose : la mifépristone (ou RU486) et le misoprostol à prendre à plusieurs heures d’interval. Au moment de l’expulsion, c’est le plus souvent dans la solitude que la femme se retrouve devant le placenta et l’embryon, mais qu’importe « elle a eu ce qu’elle voulait » et elle peut retourner bosser.

      De cette technicité médical de l’avortement découle maltraitances et empoisonnement car ces hormones sont cancérigènes. Sans parler du risque létal de l’anesthésie.

      Donc, quelque part, d’avoir spolier et continuer d’ignorer que les femmes peuvent avorter en 20 minutes, sans anesthésie, en souriant, pour conserver ces méthodes barbares, je trouve que c’est dans la continuité de la souffrance infligée aux femmes parce qu’elles ont un utérus.

      Je viens de recevoir l’annonce de la fermeture du Planning Familial de l’Aude, il n’y a donc plus d’endroit dans ce département pour s’informer dignement.

      #karman

  • « Mettre fin à l’#impunité des agresseurs » avec #Isabelle_Attard

    Comment libérer la parole autour des #violences_sexistes et sexuelles ? Comment mettre un terme à l’impunité des agresseurs ? Isabelle Attard nous répond à l’occasion du salon « Des livres et l’alerte » qui se tenait à la Maison des métallos à Paris le 17 novembre 2018.


    https://radioparleur.net/2019/01/24/isabelle-attard-entretien
    #sexisme #violences_sexuelles

  • #Violences_gynécologiques : fin de partie(s) ?

    Pensée depuis plus de vingt ans en Amérique latine, la question des violences gynécologiques commence à peine à émerger en France. Un ramdam bien mérité qui fera peut-être date dans l’histoire des luttes anti-sexistes. Voyage en #gynécologie, une discipline où soignant rime un peu trop souvent avec maltraitant.

    « Elle va patienter pour la péridurale. Elle a voulu un gosse à 16 ans, elle va comprendre » ; « Vous savez où est votre point G ? Je peux vous aider à le trouver si vous voulez » ; « La pilule ne vous convient pas ? Dans ce cas on se reverra pour une IVG ou un suivi de grossesse. » Voici un florilège de paroles de soignants, de sages-femmes et de gynécologues. Des propos heurtants, parfois suivis d’actes plus brutaux encore, preuves de l’existence d’une réalité peu reluisante : celle des violences gynécologiques.

    En France, le sujet a longtemps été éludé, jusqu’à ce qu’une poignée de femmes s’empare de la question en 2014. En 24 heures, sous l’impulsion du hashtag #Payetonuterus, pas moins de 7 000 témoignages sont recueillis. L’année suivante, la polémique enfle après la parution d’une note de la faculté de médecine de Lyon-Sud qui révèle que des touchers vaginaux ont été réalisés par des étudiants en médecine sur des patientes endormies. Il faudra attendre 2017 et des milliers de témoignages pour que l’État commence à réagir : en juillet, le gouvernement charge le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) de rédiger un rapport sur l’ampleur du phénomène. Un an plus tard [1], à la publication, le constat est sans appel : la gynécologie a tendance à faire preuve de trop de complaisance face à un modèle patriarcal pas aussi élimé qu’il n’y paraît.

    Une échelle de la #violence

    « Les violences gynécologiques, ce sont une continuité d’actes qui vont de la remarque jugeante à la blague déconsidérante, du geste intrusif ou non consenti au geste violent. Jusqu’à l’agression sexuelle. Tout ça fait partie d’une forme de domination masculine qui rend possible un contrôle social du corps de la femme », explique Nina Faure, réalisatrice du documentaire Paye (pas) ton gynéco [2]. Cette approche graduelle de la question permet de faire la lumière sur ce sujet. Pointer du doigt ces violences ne revient pas à affirmer que tous les gynécologues sont des violeurs en puissance, ni même qu’ils sont volontairement malveillants, mais c’est soutenir l’idée qu’il existe une forme de #sexisme_latent, bien ancré dans les représentations des professionnels de la gynécologie.

    Hiérarchiser ces agissements, c’est aussi permettre aux femmes de prendre conscience du fait qu’il n’y a pas que les actes qui sont violents. Les mots lâchés ou les climats instaurés font partie intégrante de ces maltraitances. C’est ce qu’explique Sophie [3], rencontrée au cours d’une projection du film de Nina Faure : « Comme beaucoup de femmes, je suis souvent sortie de chez mon gynécologue en me disant que cela ne s’était pas très bien passé, qu’il y avait quelque chose qui grinçait sans pour autant mettre la main dessus. Se dire qu’il y a eu de la violence, c’est une nouvelle étape. »
    Une affaire d’hommes

    « Pour vraiment comprendre les tenants et les aboutissants de ces violences, on ne peut pas faire l’économie de l’histoire de la médecine occidentale, explique Nina Faure. Du fait qu’elle se soit construite sur des bûchers, entre hommes, après que la plupart des femmes ayant un savoir médical sur le corps féminin et la gynécologie ont péri pendant la chasse aux sorcières entre le XIVe et le XVIIe siècle. La médecine moderne s’est construite sans elles. Et cela éclaire ce qu’il se passe aujourd’hui. »

    À partir du XVIe siècle, l’Église et l’État ont accusé les matrones d’entraver les politiques natalistes et de propager une forme d’anti cléricalisme en pratiquant des avortements et en donnant aux femmes l’accès à des techniques de contraception. D’une transmission exclusivement féminine et orale des savoirs populaires, la gynécologie a peu à peu glissé dans le domaine des sciences, essentiellement tenu par des hommes. Au XVIIe siècle, dans la droite ligne des politiques natalistes et pour faire face au taux élevé de mortalité infantile, ce ne sont pas les médecins mais « les barbiers [qui] entrèrent dans les chambres des femmes en couche. Ils étaient désignés, non pas pour leurs compétences médicales, mais parce qu’ils possédaient les outils nécessaires. [...] Les barbiers scièrent donc les bassins des mères, expulsant du corps de femmes laissées pour mortes des nouveau-nés bien vivants. » [4]
    Non, c’est non

    Depuis, la donne a changé. Les femmes demeurent sous-représentées dans les instances décisionnelles mais elles constituent tout de même la moitié des obstétriciens [5] et 94 % des praticiens en gynécologie médicale. Les violences gynécologiques seraient donc essentiellement l’œuvre de femmes. « Les violences gynécos et obstétricales sont des violences systémiques et concernent donc tout le monde dans une certaine mesure. Elles sont le fruit de la domination sexiste, mais aussi du paternalisme médical qui est indissociable de l’enseignement reçu en médecine et des pratiques de soin », explique Héloïse de Bearn, étudiante en master d’« éthique du soin et recherche » à Toulouse.

    C’est en fait une double peine qui est infligée aux femmes. À une forme de domination d’un sexe sur l’autre vient s’ajouter celle du soignant sur le soigné, l’un détenant le savoir et la technique, l’autre étant maintenu dans l’ignorance. Pour Héloïse de Bearn, « le pouvoir que les médecins se donnent repose en grande partie sur leur savoir. Ne pas expliquer aux patientes relève donc d’une stratégie de maintien de la domination. Le problème, c’est que le consentement doit être éclairé et repose donc sur une compréhension par les patientes des examens et soins proposés. »

    C’est cette question du consentement qui cristallise les tensions. Beaucoup de gynécologues maintiennent qu’obtenir l’accord d’une patiente avant tout acte n’a pas de sens, sous prétexte qu’une femme qui entre dans leur cabinet « sait ce qu’il va lui arriver ». Sauf que, dans bien des cas, les touchers vaginaux, les épisiotomies [6] et autres palpations mammaires, réalisés de façon quasi systématique, ne sont pas nécessaires. De nombreux témoignages de patientes pointent un réel défaut de prise en compte de leur avis. Comme celui de cette femme qui se souvient, avec douleur, de son accouchement : « Arrivée en salle de travail, lorsqu’on me pose une perfusion, j’accepte mais je précise que c’est le seul acte médical que je souhaite, car j’ai déjà deux accouchements par voie basse non médicalisés derrière moi et que ce troisième bébé est plus petit que les précédents. Que nenni, à peine mes jambes écartées, on me perce la poche malgré mes demandes d’attendre au moins encore quelques contractions que ça se fasse tout seul, et on me fait l’épisiotomie dans la foulée. » [7] Cette impasse sur le consentement place pourtant les médecins en faute vis-à-vis de la loi Kouchner (2002), qui insiste sur le fait qu’« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne ».
    Un imaginaire à la peau dure

    Certains professionnels et spécialistes des violences gynécologiques soulèvent aussi l’existence d’un imaginaire collectif particulièrement sexiste. Pour Marie-Hélène Lahaye, juriste, blogueuse et auteure du livre Accouchement, les femmes méritent mieux [8], l’examen gynécologique conseillé dans l’année qui suit le premier rapport sexuel se rapprocherait peu ou prou du rite initiatique. Elle explique : « L’appropriation collective du corps des femmes est un principe de base du patriarcat qui considère qu’avant d’appartenir [au] mari, le corps des femmes appartient à d’autres personnes, en particulier à une autorité supérieure. La forme la plus extrême de ce principe est le droit de cuissage que le seigneur aurait pratiqué en déflorant lui-même les jeunes épouses de ses serfs lors de leur nuit de noces. Bien que les historiens doutent de l’existence réelle de cette pratique moyenâgeuse, le fait qu’elle ait perduré dans la mémoire collective jusqu’à nos jours montre la puissance symbolique de ce rite. L’examen gynécologique imposé par l’autorité médicale à toutes les jeunes filles aux prémices de leur vie sexuelle, voire comme condition pour accéder à une contraception, donc à la sexualité, se rapproche étonnamment de ce principe. » [9]

    Selon Clara de Bort, directrice d’hôpital et auteure du blog En jupe !, les touchers vaginaux répétés, notamment lors des accouchements, véhiculeraient par ailleurs l’idée que « lorsqu’une femme a été pénétrée une fois, elle peut l’être [sans limites] ».
    Des consultations à part

    La banalisation des violences gynécologiques serait également liée au fait que le caractère singulier de cette consultation est bien souvent nié. Face à la caméra de Nina Faure, le président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, Israël Nisand, refuse de parler de pénétration pour un toucher vaginal. Son prédécesseur à ce poste, Bernard Hédon, estime même que ce toucher n’est pas un examen invasif.

    La réalisatrice a, quant à elle, un tout autre point de vue : « Le problème, c’est que, spontanément, on aimerait bien que le médecin puisse faire complètement abstraction du corps qu’il a en face de lui. Mais ce n’est pas parce que c’est vrai pour le médecin que c’est vrai pour nous : mon sexe ne change pas de nature quand je passe la porte d’un cabinet. Il ne devient pas un pied ou une épaule. Ce qui compte, c’est quel point de vue est reconnu comme légitime ? » Elle ajoute : « D’ailleurs, ce n’est pas vrai qu’ils l’oublient. Une étudiante en médecine me disait que face à un enseignant qui lui tenait ce discours, elle avait demandé pourquoi les étudiants ne s’exerçaient pas les uns sur les autres comme c’est le cas par exemple pour les prises de sang. Personne n’avait répondu. »
    Surveiller et punir

    Le rapport du HCE s’attarde également sur la tendance constante à réduire l’appareil génital féminin à sa fonction reproductrice. Savoir que la première représentation anatomique complète du clitoris date de 1998 et que cette même représentation a dû attendre 2017 pour être publiée dans un manuel scolaire, donne un aperçu du tabou qui règne sur la sexualité et le plaisir féminin. Pour Coline Gineste [10], la gynécologie « sert désormais à surveiller et corriger les comportements contre-productifs aux yeux de la société. Or qu’y a-t-il de plus contre-productif qu’une femme qui n’enfante pas ? Une sexualité détachée de la procréation, qui ne viserait que le plaisir, désorganiserait la société, mettrait en question la pérennité du peuple, elle doit donc être maîtrisée, normativisée, disciplinée. [...] La gynécologie, alors qu’elle devient sur le papier un champ de libération des personnes de sexe féminin, dans la pratique que l’on en fait s’avère être un organe de contrôle de la sexualité féminine. »

    Cela s’illustre assez bien lorsqu’un gynécologue refuse à une femme n’ayant pas encore d’enfant de lui poser un DIU [11] en cuivre sous prétexte qu’il exposerait la patiente à des risques infectieux pouvant mener à une stérilité, ou lorsqu’un médecin refuse de ligaturer les trompes d’une femme qui en fait pourtant la demande. « Encore une fois, il s’agit de dire : “ Ce n’est pas à vous les femmes de décider ni de ce que vous faites, ni de comment vous le faites. ” Le fait d’émettre des jugements permanents nous dépossède de notre autonomie et de notre capacité à décider par nous-mêmes. On va d’ailleurs souvent chez le gynécologue non pas pour avoir des conseils avisés mais en culpabilisant. Pourtant on n’est pas chez le médecin comme chez le curé, on n’est pas là pour confesser nos péchés », assène Nina Faure.

    Si l’injonction à la norme est souvent mal vécue, elle l’est d’autant plus pour les femmes qui se trouvent à l’intersection de plusieurs formes de stigmatisation : « Tous les rapports de domination qui traversent la société s’expriment dans un cabinet gynécologique. La violence de ces rendez-vous se décuple quand on est homo, trans, racisée, handicapée, obèse... », renchérit Nina Faure.

    D’après de multiples témoignages, quand il s’agit d’accompagner une patiente lesbienne, beaucoup de gynécologues sont encore englués dans un imaginaire complètement déconnecté des réalités et largement emprunt d’homophobie. Certains considèrent d’ailleurs que les rapports entre femmes ne constituent pas de vraies relations sexuelles. Cela se corse davantage quand la patiente est un homme trans. La plupart des gynécologues sont complètement déboussolés face à la prise en charge de cette patientèle. Les personnes handicapées ou obèses se heurtent, elles aussi, à des barrières qui rendent parfois infranchissable la porte du cabinet gynécologique. Quant aux femmes racisées et allophones, elles sont souvent démunies face à l’impossibilité de communiquer avec leur interlocuteur. D’autres sont parfois soumises à des jugements largement teintés d’ethnocentrisme.
    Une quatrième vague féministe ?

    Face à ces violences, les langues se délient peu à peu dans l’espoir d’équilibrer un peu la balance. « Cette libération de la parole, c’est une tentative collective de créer une nouvelle intégrité physique. On essaie d’exister en agrandissant l’espace de liberté autour de ce point », se réjouit #Nina_Faure. La création du site #Gyn&co (https://gynandco.wordpress.com) fait partie des initiatives qui vont dans ce sens. Cette plate-forme collaborative propose une cartographie des soignants dont la prise en charge est considérée moins paternaliste et plus inclusive. Certaines femmes font également le choix de se tourner vers l’#auto-gynécologie, aussi appelée #self-help. Elles réinvestissent leur corps en apprenant à en connaître le fonctionnement. Certaines réalisent elles-mêmes leurs frottis dont elles envoient le prélèvement à un laboratoire. D’autres deviennent expertes dans la pose de DIU. Un collectif, dont fait partie Nina Faure, s’attelle en ce moment à l’actualisation et la réédition d’un ouvrage phare des années 1970, Notre corps, nous-mêmes, dont la parution est prévue pour septembre 2019. Une quatrième vague féministe ? Force est de constater que les déferlantes se multiplient et s’abattent avec fracas sur une digue du patriarcat de plus en plus friable. Mais toujours debout.

    http://cqfd-journal.org/spip.php?page=pages_mobiles&squelette_mobile=mobile/article&id_article=2459
    #femmes #médecine #sexisme

    • Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical - Des remarques aux violences, la nécessité de reconnaître, prévenir et condamner le sexisme

      Depuis plusieurs années, les témoignages de femmes se multiplient dénonçant un suivi gynécologique porteur d’injonctions sexistes, des actes médicaux non nécessaires pendant l’accouchement voire des violences sexuelles dans le cadre du suivi gynécologique et obstétrical. Ces témoignages, partagés sur Twitter, des tumblrs, des blogs ou dans les médias ont notamment émergé, en France, après le lancement du hashtag #PayeTonUtérus, fin 2014, mentionné par plus de 7000 tweets en 24 heures. Les faits dénoncés par les femmes ont été regroupés sous l’appellation « violences gynécologiques et obstétricales », expression, apparue en Amérique latine aux débuts des années 2000, qui a permis de faire émerger une réflexion féministe sur la spécificité des maltraitances subies, par les femmes, dans le cadre de la relation de soins. Dans ce contexte, la Secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes a saisi en juillet 2017 le Haut conseil à l’égalité d’un rapport sur ce sujet, avec pour objectifs de « mesurer et objectiver le phénomène en identifiant précisément la nature des problématiques soulevées » et de « mettre en exergue les différents leviers à mobiliser », autant en termes de besoins de formation des professionnel.le.s concerné.e.s, que sur l’évolution des pratiques souhaitables dans le suivi gynécologique et obstétrical.

      https://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/184000411-les-actes-sexistes-durant-le-suivi-gynecologique-

      #rapport

    • Oui @aude_v tout à fait d’accord
      J’ajoute que c’est l’expression du fait que les médecins et leurs représentant·es adoptent le point de vue du violeur et non celui de la victime.
      Dans les sondages qui questionnent les violeurs, ils répondent souvent qu’ils le font pour « remettre une personne à sa place »- le but est d’humilier et briser la victime pas de prendre du plaisir pour l’agresseur. Il y a aussi des violeurs qui violent pour que ca leur porte chance, ou qui croient que ca leur soigne le VIH, tous ces mecs n’ont pas de motivation sexuelles, tout comme les médecins.
      La question du viol n’est pas de savoir si l’agresseur a bien bandé et quelle était l’intensité du plaisir sexuel qu’il a éprouvé. La question c’est le fait qu’une personne a été pénétré sans son consentement.
      C’est ce qu’essaye de faire comprendre la personne qui parle à Nisan dans le docu « Paye (pas) ton gyneco » mais le vieux violophile n’y arrive toujours pas.

  • #Violences_gynécologiques et obstétricales en #Croatie : les #femmes brisent le silence

    Grâce à la campagne #prekinimošutnju (« #brisonslesilence ») lancée par l’ONG Roda, les expériences gynécologiques et obstétricales traumatisantes vécues par de nombreuses femmes en Croatie reçoivent enfin l’attention du public. Des #témoignages bouleversants qui révèlent le contexte délétère de la #santé et l’attitude vis-à-vis du #corps des femmes et de leurs #douleurs. Analyse engagée.

    https://www.courrierdesbalkans.fr/Violences-gynecologiques-obstetricales-Croatie
    #violences_obstétricales #gynécologie

  • Violences gynécologiques : pour la secrétaire générale du syndicat des gynécos, « le problème, c’est l’#attirance » entre médecins et patientes

    Les syndicats de gynécologues et obstétriciens reconnaissent les actes sexistes dans le suivi médical des femmes, mais dénoncent un « #bashing » de leur profession.


    https://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/violences-gynecologiques-pour-la-secretaire-generale-du-syndicat-des-gy
    #gynécologie #violences_gynécologiques #violence #femmes #sexisme #médecine

  • Violences gynéco : des étriers à l’épisio, un rapport douloureux - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/06/28/violences-gyneco-des-etriers-a-l-episio-un-rapport-douloureux_1662694

    Une enquête du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, publiée ce vendredi, met en lumière le sexisme dans le suivi gynécologique et obstétrical. Des cabinets d’examen aux plus hautes instances, les dysfonctionnements persistent.

    Présentez un spéculum vaginal à un homme. Demandez-lui de le toucher, puis de dire ce qu’il ressent. « C’est primitif, effrayant, froid », s’exclame l’air médusé l’un d’entre eux dans le documentaire Paye (pas) ton gynéco, réalisé par Nina Faure (1). L’objectif du court-métrage : mieux faire entendre la voix des femmes victimes de violences gynécologiques et demander des explications aux représentants de la profession. Et là, on n’est pas déçu, quand un ponte affirme que « non, un toucher vaginal n’est pas invasif » ou lorsqu’un gynéco après une auscultation prend la tension (plutôt basse) de la patiente en s’exclamant : « Hé ben, je vous excite pas des masses. » Tellement délicat. Tellement vrai ? Ce docu, disponible depuis le 27 juin, tombe à pic alors que le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (#HCE) saisi par la secrétaire d’Etat à l’Egalité publie ce vendredi un rapport intitulé : « Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical. Des remarques aux violences, la nécessité de reconnaître, prévenir et condamner le sexisme ». Compilant des remarques faites à des parturientes - c’est-à-dire des femmes en train d’accoucher - ou patientes (du style « Vous avez mal pendant les rapports ? Mettez-y un peu du vôtre »), les 170 pages de cet état des lieux assorti de préconisations sont le fruit de neuf mois d’une enquête très attendue après la polémique qui monte depuis près de cinq ans.

    Lancé sur Twitter en 2014, le hashtag #PayeTonUtérus a fait affleurer plus de 7 000 témoignages de femmes en vingt-quatre heures. Dans la foulée, en 2015, le blog « Je n’ai pas consenti » recense une centaine de témoignages de patientes ayant subi des actes non consentis dans un cadre médical.

    Scandale, toujours cette année-là : des documents de la faculté de médecine de l’université Lyon-Sud révèlent qu’il est attendu, dans le cadre de leur formation, que les étudiants pratiquent des touchers vaginaux sur des patientes « endormies », sans leur consentement donc. Depuis, les témoignages n’ont cessé de se multiplier sur ces violences qui méritent d’être reconnues pour mieux être combattues. L’an passé, le Tumblr et la page Facebook « Paye ton gynéco » se sont créés simultanément, recensant des « témoignages de sexisme et/ou de violences gynécologiques/obstétricales ». Un pic est atteint l’été dernier lorsque la secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène #Schiappa, s’insurge contre le taux exorbitant (et en fait surévalué par la secrétaire d’Etat) d’#épisiotomies pratiquées lors des accouchements : tempête sur les réseaux sociaux.

    C’est dire s’il était temps qu’une enquête au-dessus de tout soupçon fasse le point. Mette au jour toutes ces fois « où les femmes ne sont pas considérées comme des êtres pensants et vivants mais seulement comme des corps » par le monde médical, comme l’explique Margaux Collet, corapporteure de ce travail qui recommande au gouvernement de réaliser la première enquête de santé publique dédiée au suivi gynécologique. Il souligne aussi la nécessité de renforcer la formation initiale et continue des professions médicales et paramédicales en matière de bientraitrance, de respect du consentement et de dépistage des violences sexistes et sexuelles ou encore de faciliter et améliorer les procédures de signalements lorsque violence il y a eu.

    En attendant, zoom sur quelques points de ce rapport.

    Accouchement : episio, c’est toujours trop

    Le chiffre évoqué l’été dernier par Marlène Schiappa avait fait l’effet d’une bombe : 75% de taux d’épisiotomies en France ? « Foutaises ! » avaient scandé les organisations représentatives des gynécologues-obstétriciens. Selon le dernier rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médiale (Inserm), cette intervention clinique - une incision du périnée sur quelques centimètres effectuée pour agrandir la taille de l’orifice vulvaire et faciliter l’expulsion du bébé - concerne 20% des accouchements par voie basse. Ce taux atteint 34,9% pour les primipares (premier accouchement) et descend à 9,8% pour les multipares. Oui mais problème : c’est encore beaucoup trop. Car cette « routine » dite « préventive » ne diminuerait en rien les possibilités de déchirures graves et entraîne des complications non négligeables (pertes importantes de sang, infection). En 2005, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français avait même confirmé l’absence de bénéfices de cette pratique. Certaines maternités ont réduit drastiquement la pratique. C’est le cas du centre hospitalier de Besançon et son fameux 0,3% de taux d’épisiotomies, malgré sa spécialisation dans « l’accueil de grossesses pathologiques et à grands risques ». D’autres en revanche frôlent encore les 45%. Et surtout, sans prévenir en amont les premières concernées. Selon le HCE, une femme sur deux « déplore un manque (16%) ou l’absence totale d’explication (31%) sur le motif de l’épisiotomie ».

    Absence de consentement : violences ordinaires

    Refuser de poser un stérilet à une nullipare (qui n’a jamais eu d’enfant) en bonne santé. Introduire un spéculum sans informer la patiente en amont. Palper les seins sans demander l’autorisation. Imposer la position du décubitus dorsal (allongée sur le dos, les pieds dans les étriers) pour un examen gynécologique sans même proposer la position latérale (qui existe). Réaliser un frottis sur des femmes jeunes, au premier rendez-vous, sans nécessité médicale. Pratiquer une épisiotomie sans l’accord explicite de la femme qui accouche. Puis la recoudre légèrement plus serrée, de manière à rendre plus étroit le canal vaginal (le fameux « point du mari »)…

    Les témoignages recueillis par le Haut Conseil à l’égalité recouvrent une multitude de pratiques mais soulèvent une unique problématique : celle des violences ordinaires. Celle du mépris pour le consentement, aussi. Il y a bien la fameuse loi Kouchner de 2002, qui formule « qu’aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé » du patient. Mais dans les faits, la parole des femmes est trop souvent bafouée par les professionnels de santé. Mais comment leur apprendre à entendre une patiente dire « non, je ne veux pas » ? La question se pose quand on sait que, en moyenne, une femme va avoir 50 consultations gynécologiques et obstétricales au cours de sa vie (#frottis réguliers, renouvellement de #contraception, #IVG…).

    Instances : que d’hommes, que d’hommes

    Bien sûr, si les témoignages de #femmes mal traitées, mal respectées ou mal informées affluent, nul ne songerait à jeter l’opprobre sur celles et ceux qui accompagnent les patientes et parturientes. Un monde d’ailleurs largement féminin.

    Les hommes ne représentent que 2,6% des sages-femmes. Les femmes sont majoritaires (94%) au sein de la gynécologie médicale. Et depuis peu, la #gynécologie-obstétrique est exercée à 51% par des femmes. La parité est donc enfin atteinte.

    Mais c’est au-dessus, là où les impulsions doivent être données ou les sanctions prononcées (lire ci-dessous) que cela se gâte. Près de 90% des membres du Conseil national de l’Ordre des médecins sont des hommes ; ils représentent également 89% des doyens des facultés de médecine ; 74% des membres du bureau du Collège national des #gynécologues et #obstétriciens français et 100% des membres du bureau, du conseil d’administration, des présidents de comité, des présidents et secrétaires des commissions de l’Académie nationale de médecine.

    Autre fait préoccupant, en dépit de l’augmentation importante de la part des femmes dans le secteur médical, les relations entre les deux sexes demeurent empreintes de sexisme : 86% des internes de médecine (95% des femmes et 68% des hommes) déclarent avoir été exposés à du sexisme et près d’un interne sur dix déclare avoir été victime de harcèlement sexuel.

    Avertissements, suspensions, radiations : des plaintes qui se perdent

    C’est peut-être le constat le plus fâcheux relevé par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes : les violences sexistes (remarques sexistes et/ou à connotation sexuelle, harcèlements, agressions, viols) dans le suivi gynécologique et obstétrical font encore trop peu l’objet de signalements et aboutissent rarement à des sanctions ou condamnations. Qui peut s’en étonner ? L’institution a étudié les 104 plaintes portées devant la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins de 2007 à 2016. Sur l’ensemble des poursuites, seules 29% ont conduit à une radiation du professionnel de santé. Pour le reste, on parle d’avertissement, d’interdiction temporaire d’exercer (d’un mois à trois ans), voire d’absence totale de condamnation (22 %). Des chiffres qui concernent uniquement les femmes qui ont osé porter plainte.

    Et toutes les autres ? Celles qui se sont murées dans le silence ? Qui méconnaissent leur droit ? Qui redoutent l’expertise judiciaire car elle comprend un examen gynécologique ?

    Difficile d’évaluer leur nombre. Mais le HCE est clair sur un point : tant que l’Ordre des médecins et des sages-femmes organisera des réunions de conciliation entre les victimes et leur agresseur, « un nombre conséquent de plaintes ne verront jamais le jour ». Pour rappel : ce mode de médiation est formellement interdit par la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Que la France a ratifiée en 2014.

    Le petit documentaire :
    https://www.youtube.com/watch?v=fsRZ59Urc2I


    Et au détour des commentaires on apprend que Nisand donne des conférences sur la sexualité dans les collèges !!!! À l’aide !

    #santé_publique #sexisme #violences_obstétricales #violences_médicales

  • #Témoignage d’un #frottis vaginal. ça c’est passé hier, à Grenoble. Les protagonistes : une biologistes d’un laboratoire d’analyse biologique et moi-même.

    Je m’y rends suite à un courrier de ma gynéco, qui dit :

    « Votre frottis cervico-vaginal est normal mais inflammatoire, ce qui peut être dû à la présence d’une infection vaginale. Il faut donc faire partiquer un prélèvement vaginal en #laboratoire (ordonnance ci-jointe). Dès réception du résultat, je vous ferai parvenir une ordonnance si une infection vaginale était mise en évidence. Dans le cas contraire, il n’y aura rien de plus à faire »

    Je décide d’aller au laboratoire qui se trouve à quelques dizaines de mètres de chez moi (pour des raisons de praticité).

    Je n’y avais jamais mis le pied avant.

    A noter que j’ai quand même fait pas mal traîné ce moment... car après avoir fait un premier frottis chez la gynécologue, je n’avais vraiment pas envie d’en faire un autre quelques semaines plus tard... j’y suis donc allée de manière plutôt récalcitrante et 2 mois après avoir reçu la lettre.

    Je rentre, on me fait patienter quelques minutes, puis on me dit d’aller dans une petite salle, où j’attends encore quelques minutes.
    Jusque là, tout normal.
    La biologiste arrive. Une dame d’une cinquantaine d’années. Je ne sais même pas son nom, car elle ne s’est même pas présentée (premier truc un peu bizarre).

    Voici le dialogue et les gestes qui ont suivi son arrivée.

    Biologiste : « Pourquoi vous êtes là ? »
    Moi : « C’est ma gynécologue qui m’a dit de faire un frottis »
    Biologiste : « Oui, mais suite à quoi ? »
    Moi : « Suite à un premier frottis qui... » (et elle ne m’a pas laissé terminer)
    Biologiste : « Ok. Suite à un frottis. »
    Elle écrit cela sur un papier.
    Moi : « C’est ça que vous vouliez savoir ? »
    Biologiste : « Oui. Bon. On fait un nouveau frottis. Si il y a un problème on mettra en place un traitement adéquat. »
    Moi : « Ok »
    Biologiste : « Déshabillez vous. Que en bas. »
    Je me déshabille dans la petite salle, que en bas, comme demandé par la biologiste.
    Biologiste : « Allongez-vous. »
    Je m’allonge.
    Biologiste : « Pliez les jambes. » Et elle me prend une jambe pour la plier.
    Mais je n’ai presque pas eu le temps de pliez les deux jambes que le coton tige était déjà dans mon vagin. Ce coton tige qui frottais partout dans le vagin.
    Evidemment, vu la vitesse et le manque d’empathie dans laquelle tout s’est passé, je n’étais pas à l’aise du tout. Et du coup, c’était très désagréable et douloureux.
    Après quelques secondes la biologiste prononce un « ça va ? » de routine.
    Je lui réponds : « Bhein, disons qu’il y a des choses plus agréables à faire dans la vie. »
    Biologiste : « C’est sûr »

    Et après avoir encore bien remué le coton tige dans mon vagin pendant un temps qui m’a semblé très long mais que je ne saurais pas évalué, la biologiste me dit « C’est bon. Habillez vous. On va envoyer le matériel pour les analyses. Vous pouvez venir chercher les résultats en début de semaine prochaine. Au revoir. »
    Sur ce, elle quitte la salle alors que je n’avais pas encore remis mes culottes. Je suis sortie de la salle en me sentant très seule.
    Je passe dans le couloir, et puis devant l’accueil.
    La biologiste se trouve derrière le comptoir de l’accueil, avec le dos tourné vers moi, car elle était en train de ranger quelque chose dans l’armoire derrière.
    Je me suis arrêtée quelques secondes.
    La biologiste s’ est retournée et m’a dit : « Tout est bon. Au revoir. »

    Fin de l’histoire.

    En sortant de là, je me suis dite que ce n’était quand même pas normal ce que j’ai vécu.
    Et j’ai tout de suite pensé que si moi j’ai passé un moment très désagréable, je pouvais quand même assez facilement surmonter ce moment, car dans ma vie, heureusement, je n’ai pas subi de violences. Mais toutes les autres femmes ? Cette dame ne sait rien de moi, rien, absolument rien. Une parfait inconnue. Cela aurait pu être vraiment traumatisant (ou re-traumatisant).
    Du coup, j’ai pris la décision que je n’allais pas me taire. Je vous écris donc ce #témoignage ici, sur seenthis. Mais je vais aussi envoyer ce récit à ma gynéco et à mon médecin traitant.

    Affaire à suivre. Je ne m’y attends rien. Mais au moins je n’aurais pas tu.

    #violence #violences_médicales #femmes #Violences_gynécologiques #maltraitance_médicale #gynécologie

    • Je ne vais plus voir de gynéco, veux plus
      Quand j’ai voulu faire poser un stérilet, ma gynéco me l’a posé en forçant parce que mon col est trop petit. J’ai fait un malaise mais ça ne l’a pas dérangé, elle m’a juste dit de rester allongée le temps que ça passe. Ça semblait habituel.
      J’ai fini par repartir avec mais je ne l’ai jamais supporté.
      J’avais des saignements entre mes règles et des douleurs au ventre. J’y suis retourné pour qu’elle me l’enlève ce qui m’a aussi fait mal. C’est la dernière fois que j’ai mis les pieds chez un·e gynéco.

    • Ça me rappelle ma dernière visite chez une gynéco, je n’y vais plus non plus. Les fois d’après je suis allée voir une sage femme. À l’époque je prends encore la pilule mais j’en ai marre et je me suis tapé les 500 pages du bouquin de Winckler sur la contraception pour essayer d’avoir le plus d’infos possibles. C’est un peu mon truc l’obsession de l’information lol. Je lui dis que je réfléchis à me faire poser un stérilet sans hormones. Elle me dit c’est pas possible vous n’avez pas d’enfant. Alors je lui dis ben si c’est possible je l’ai lu, il y a même un type de stérilet spécialement conçu pour les nullipares. Et là elle me répond ah mais c’est comme vous voulez, je peux tout à fait vous le poser et ça vous fera très, très mal parce que vous n’avez jamais eu d’enfant. Mais si vous aimez avoir mal il n’y aucun problème !
      Bon je n’ai rien répondu alors que d’habitude je suis une grande gueule finie, je suis sortie et me suis promis qu’elle ne me reverrait plus.

    • cool @sandburg
      Si une personne a l’accès au contenu de cet article sous #paywall je suis preneuse.
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      edit - voici un extrait :

      Que reprochez-vous aux acteurs de la gynécologie et de l’obstétrique ?

      De ne pas écouter les femmes. Depuis des mois, il y a vrai un mouvement dans l’opinion public au sujet des violences gynécologiques. On en parle dans la presse, dans des livres, sur les réseaux sociaux. Et ces professionnels-là sont totalement déconnectés de la réalité et des revendications qui font écho en France. Comment est-ce possible qu’aucun de tous ces médecins ne songe à en parler plus ? Jusqu’à présent, la seule chose que le CNGOF a fait, c’est une petite conférence de presse jeudi dernier suite à la polémique sur ces violences. Ils en ont surtout profité pour faire la promotion de leur futur label « bientraitance » des maternités qu’ils aborderont d’ailleurs vendredi lors du congrès pendant une heure trente seulement ! La bientraitance c’est une chose, mais l’application des recommandations médicales et de la loi, c’en est une autre. Visiblement, ils n’ont pas pris la mesure du sujet.

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      Le label en question existe aujourd’hui

      https://www.liberation.fr/france/2019/10/18/marie-helene-lahaye-un-label-pour-les-maternites-bienveillantes-c-est-de-

      En réponse aux accusations de violences obstétricales, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français a présenté jeudi un label, destiné aux maternités « bienveillantes ». Une réponse inadaptée pour la militante féministe et juriste Marie-Hélène Lahaye.

      Est-ce qu’il faut vraiment labelliser des maternités pour qu’elles respectent les recommandations médicales, pour qu’elles soient gentilles, bienveillantes, polies avec les femmes ? Ce sont des choses qui devraient être au cœur même des maternités. Deux ans plus tard, je découvre ce label ridicule. Il comporte douze critères pas du tout élaborés. Ce label ne montre pas de volonté de sélectionner les maternités les plus à la pointe pour tirer les autres vers le haut.
      Que pensez-vous des critères établis ?

      Les critères sont soit tellement évidents qu’ils devraient être pratiqués dans toutes les maternités, soit des incitations à ne pas respecter la loi. Chaque point est problématique. Un exemple sur le premier : la transparence. Il faut afficher son taux d’épisiotomie, de césarienne, de déclenchement. C’est bien, mais c’est juste un affichage de taux par rapport à la moyenne nationale. Par exemple, on sait qu’en France, une césarienne sur deux est inutile. On aurait donc pu penser qu’ils n’attribueraient ce label qu’aux maternités s’inscrivant dans ces critères de diminution.

      Un critère veut aussi que « toute intervention en urgence donne lieu à une explication avant la sortie de la maternité ». La loi Kouchner de 2002 dit qu’il faut le consentement libre et éclairé du patient avant chaque acte médical. La femme doit donc avoir obtenu toute l’information nécessaire en amont pour accepter ou non cet acte. Ici, on promet une explication trois jours plus tard. Ce critère ne respecte pas la loi voire incite à ne pas la respecter. Même en cas d’urgence, il faut deux conditions cumulatives pour passer outre le consentement : une urgence vitale avérée et l’impossibilité à donner son consentement, donc que la patiente soit inconsciente. Autre point : un projet de naissance modèle sera proposé à toutes les patientes. C’est un document où les femmes expliquent comment elles voient leurs accouchements, une base de dialogue servant à orienter la prise en charge. Qu’est-ce que contient ce modèle ? Est-ce que ce n’est pas une manière de cadrer les patientes pour éviter qu’elles demandent des choses en dehors des protocoles ? Rien n’est dit non plus sur ce qui est fait de ce document. Après deux ans de travail, sa prise en compte aurait pu être généralisée à toutes les maternités.

  • Françoise Vergès (politologue) : « Comment le #capitalisme gère-t-il le #ventre des #femmes #racisées ? »
    http://www.alternativelibertaire.org/?Francoise-Verges-politologue-Comment-le-capitalisme-gere-t-i

    Le point de départ de l’ouvrage est le suivant : en juin 1970, un médecin trouve une jeune fille de 17 ans dans un état comateux suite à un #avortement. La police est prévenue et l’enquête révèle que des milliers de femmes ont été victimes d’avortements et de #stérilisations sans #consentement, c’est-à-dire qu’après leur avoir menti, on les endormait et au matin, elles étaient avortées, et ce, dans une clinique de l’île qui appartient à un homme puissant de la droite locale. Le scandale est tel qu’il est relayé par des journaux et organisations politiques de gauche en France.

    Le verdict du procès est rendu début mars 1971, soit deux mois avant la parution du Manifeste des 343 femmes [3] dans Le Nouvel Observateur qui déclarent publiquement avoir avorté. Or le MLF ne dira mot sur ce qui s’est passé deux mois avant à La Réunion, alors même que Le Nouvel Obs avait couvert l’affaire. La lutte pour l’avortement et la contraception en France est conçue par le MLF comme une lutte qui concerne toutes les femmes de la même manière. Or, ce que nous montre le scandale de La Réunion, c’est que l’État choisit quelles femmes ont le droit de donner naissance (les femmes métropolitaines blanches), et lesquelles ne l’ont pas (les femmes racisées des outre-mer).

    Au procès, les médecins déclarent s’être sentis entièrement légitimes dans leur pratique et ils avaient raison. Tout un système a non seulement rendu leur pratique possible, il l’a encouragée. Les médecins et la clinique se sont aussi considérablement enrichis, car les femmes avortées et stérilisées étant pauvres, l’acte était remboursé par la Sécurité sociale – sous un autre nom évidemment puisque l’avortement était toujours un #crime – et le plus souvent surfacturé.

    C’était un business lucratif, et à ce sujet un médecin, à l’occasion de la présentation de mon livre à La Réunion, m’a confié qu’on lui disait alors qu’il faisait ses études de médecine à Lyon : « Tu veux te faire des couilles en or ? Alors va à La Réunion et pratique des avortements. » Les seuls condamnés ont été un médecin d’origine marocaine et un infirmier réunionnais d’origine indienne (un « malbar »). Aucun médecin blanc n’a été inquiété, ni bien sûr le directeur de la clinique. Un profond #racisme animait les médecins qui n’avaient aucun scrupule à mutiler les corps des Réunionnaises, pouvant pratiquer des avortements non consentis jusqu’à plus de sept mois de grossesse !

    #domination #oppression #intersectionnalité

  • L’école des soignants : Le président du Collège des gynécologues-obstériciens (CNGOF), modèle (!??) contemporain de paternalisme médical à la française | Martin Winckler
    https://ecoledessoignants.blogspot.fr/2017/06/un-modele-contemporain-de-paternalisme.html

    Ces jours-ci, le site du magazine Elle publiait un entretien avec Israël Nisand (chef de service en gynécologie-obstétrique aux hôpitaux de Strasbourg, et Président du Collège national des gynécologue et obstétriciens français), au sujet des violences gynéco-obstétricales. Je le reproduis ici accompagné de réflexions et d’interrogations. J’invite les lectrices et lecteurs à intervenir, soit sous forme de commentaire après le texte, soit en m’écrivant plus longuement Source : L’école des soignants

  • Ces derniers mois ont été marqués par une visibilité accrue des dénonciations de violences obstétricales dans l’espace médiatique et au sein d’associations. Si l’on peut se réjouir de cette prise de parole publique contre les maltraitances pendant l’accouchement, il est néanmoins surprenant d’assister à des tentatives de faire taire les femmes de la part de soignants engagés dans des pratiques respectueuses de la naissance.

    Des manifestations de cette tendance ont lieu sur les réseaux sociaux, notamment dans des groupes de lutte contre les violences obstétricales. Parfois des mères violentées y racontent leur calvaire avec une douleur encore très prégnante et beaucoup colère contre le monde médical. En réponse, il arrive que des sages-femmes les rappellent à l’ordre en exigeant d’elles nuances, absence de généralisation et respect pour les soignants. L’attitude de ces sages-femmes est paradoxale puisqu’elles sont conscientes en participant à ces groupes des dégâts de la médicalisation de l’accouchement, et qu’elles proposent pour la plupart un accompagnement respectueux de la naissance. S’en suivent alors des échanges houleux, où les femmes déjà fragilisées sont une fois de plus contrôlées par des soignantes, et où les sages-femmes se sentent visées par les propos qui pourtant ne les concernent pas

    http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2017/03/21/pourquoi-meme-des-soignants-respectueux-font-parfois-ta
    #violences_gynécologiques #violences_obstétricales #NotAllSoignants