• Violences conjugales : le 3919 ne répondra-t-il bientôt plus ?
    https://www.mediapart.fr/journal/france/120121/violences-conjugales-le-3919-ne-repondra-t-il-bientot-plus

    Souvenez-vous du 3 septembre 2019. Ce jour-là s’ouvrait le Grenelle contre les violences conjugales. La date – le 3/9/19 – n’avait pas été choisie au hasard par le gouvernement, mais « en écho au 3919, le numéro d’écoute anonyme et gratuit destiné aux femmes victimes de violences ».

    Critiquée pour avoir axé une grande partie de cette mobilisation sur la communication – le rapport d’information des sénateurs Arnaud Bazin et Éric Bocquet s’intitulait d’ailleurs « Le financement de la lutte contre les violences faites aux femmes : une priorité politique qui doit passer de la parole aux actes » –, Marlène Schiappa, ancienne secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, répondait dans les colonnes du Point : « La communication est essentielle en matière de droits des femmes. Prenez le 3919 dont j’ai augmenté trois fois le budget. Quand je suis arrivée, 8 % de la population connaissait ce numéro ; à mon départ, près de 65 % des personnes le connaissent. Voilà à quoi cela sert de communiquer sur les dispositifs : parfois, cela sauve des vies. »

    Pourtant, d’après le collectif féministe #NousToutes, ce numéro pourrait désormais disparaître, dans la foulée d’un appel d’offres lancé par le gouvernement pour la « gestion d’un service téléphonique d’écoute, d’information et d’orientation sur le champ des violences sexistes et sexuelles ». L’annonce de la mise en concurrence de l’administration du 3919, portée par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) depuis près de trente ans, avait déjà suscité la colère des associations féministes à l’automne dernier.

    Mais, dans une vidéo postée ce lundi, Caroline De Haas, fondatrice de #NousToutes, va plus loin : « Juste avant les vacances, le gouvernement a publié le dossier de l’appel d’offres. On a découvert qu’il avait décidé de supprimer le 3919 pour le remplacer par un autre numéro. » La militante en veut pour preuve la réponse du gouvernement à une question déposée sur la plateforme des marchés publics. « Ils disent que le futur numéro de téléphone n’est pas encore prévu. »

    En effet, parmi les « Questions sur le marché relatif à la gestion d’un service téléphonique d’écoute, d’information et d’orientation sur le champ des violences sexistes et sexuelles » posées à la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), on peut lire : « Il est indiqué [dans le cahier des clauses techniques particulières du marché public – ndlr] “la marque associée à ce service d’écoute est en cours de définition et de conception”. Pourriez-vous préciser si le nom de la marque a été choisi et/ou s’il le sera avant la date de remise des offres ? » Et la réponse publiée le 11 janvier : « La marque associée au service d’écoute est en effet en cours de définition et ne sera donc pas communiquée avant la date de remise des offres. »

    Pourtant, du côté du cabinet d’Élisabeth Moreno, la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, on garantit qu’« il n’est aucunement question de supprimer le 3919. On veut complètement rassurer là-dessus ». Au contraire, « ce numéro est connu et identifié », surtout après le Grenelle. « Ce qu’on souhaite, c’est renforcer l’accompagnement des femmes victimes de violences, via ce service », qui serait désormais accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, « en vertu des engagements pris lors du Grenelle ».

    Mais alors quid de la marque ? Car le 3919 appartient à la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF). « C’est la pierre d’achoppement. Le gouvernement, d’ailleurs, ne pourrait pas le supprimer car il ne lui appartient pas, il s’agit d’une marque déposée. Ils peuvent bien dire qu’ils vont le conserver, ces promesses n’engagent que ceux qui les font », philosophe Dominique Guillien-Isenmann, présidente de la FNSF.

    Si une autre entreprise ou association remportait l’appel d’offres lancé par le gouvernement, devrait-elle alors lui racheter ce numéro ? « La procédure doit être menée à son terme avec le recueil des candidatures, on ne peut pas préjuger à ce stade des prochaines étapes. L’objectif est la continuité du service. Il ne s’agit en aucun cas de supprimer le 3919 », répète-t-on du côté du ministère.

    La lecture de l’appel d’offres « relatif à la gestion d’un service téléphonique d’écoute, d’information et d’orientation sur le champ des violences sexistes et sexuelles » laisse pourtant place au doute. Même si le ministère affirme qu’il ne s’agit que « du cahier des charges des exigences attendues de la part du prestataire », on peut notamment y lire que la plateforme sera accessible « depuis un N° d’accès téléphonique (numéro court généraliste à tarification gratuite, “support d’un service à valeur ajoutée”) fourni par l’État ».

    Un paragraphe est même consacré à ce numéro et à la marque attenante : « Le N° d’accès téléphonique unique […] est exploité par l’État pour router les appels […] durant la durée d’exécution du marché. La marque associée à ce service d’écoute, en cours de définition et de conception, sera la propriété de l’État. Une convention de licence d’exploitation temporaire de ladite marque pourra le cas échéant être accordée par l’État au titulaire pour la durée d’exécution du marché. » Plus loin encore : « L’Administration est le propriétaire du N° d’accès téléphonique mis à disposition du titulaire. »

    Faut-il alors imaginer qu’un autre numéro d’écoute pour les femmes victimes de violences serait créé, en parallèle du 3919 ? Mais comment la FNSF pourrait-elle faire fonctionner ce 3919 sans les subventions de l’État ? Le numéro disparaîtrait-il de lui-même, enterré par la mise en concurrence ?

    Un changement de numéro serait pourtant dramatique. « Il faudrait repartir de zéro sur toute la sensibilisation », se désole Caroline De Haas. Surtout, le 3919 est aujourd’hui imprimé sur des milliers d’affiches, de flyers, de supports de communication, partout en France, afin de toucher le plus de femmes possible. « Mais s’il n’y a plus de subvention, il va disparaître. Que va-t-il se passer pour celles qui vont appeler ? Elles vont se retrouver en danger. »

    #féminicide #privatisation #violences_conjugale #violences_masculine #LREM

  • #Allison_Hanes : Des pères tuent femmes et enfants
    https://tradfem.wordpress.com/2020/11/04/des-peres-tuent-femmes-et-enfants

    Le 1er septembre 2019, des militantes se sont rassemblées sur la place du Trocadéro devant l’emblématique Tour Eiffel de Paris, certaines portant des pancartes avec des numéros se terminant par 100, pour marquer le 100e féminicide commis au pays en 2019.

    Au total, 121 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ancien partenaire en France en 2018, ce qui équivaut à un décès tous les trois jours, selon les chiffres du gouvernement publiés en juillet 2019.

    La semaine dernière, au Québec, c’est arrivé à Jaël Cantin. Cette mère de six enfants, âgée de 33 ans, a été retrouvée gravement blessée à son domicile de Mascouche et est décédée plus tard à l’hôpital.

    Le jour de Noël, c’était Astrid Declerck. Cette mère de deux adolescents, âgée de 48 ans, a été retrouvée blessée par balle dans son appartement de la rue Sherbrooke Ouest, au centre-ville de Montréal. Elle a également succombé à ses blessures.

    Le 4 décembre, c’était Dahia Khellaf. Le corps de cette femme de 43 ans a été découvert dans sa maison de ville de Pointe-aux-Trembles avec ceux de ses deux enfants, Adam, 4 ans, et Askil, 2 ans.

    Il ne s’agit là que d’une poignée de crimes similaires commis à Montréal ou dans ses environs. Et ce que ces récentes tragédies ont en commun, c’est que les femmes semblent être victimes d’homicides conjugaux. Dans ces deux derniers cas, les partenaires des femmes se sont également suicidés, ce qui met fin à toute spéculation sur ce qui s’est passé. Mais dans le cas de Cantin, on possède plus d’éléments pour comprendre ce qui est arrivé.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://montrealgazette.com/opinion/columnists/hanes-the-tragic-ubiquity-of-domestic-homicide
    #fémicides #violences_masculines #système_patriarcal #hébergement_d'urgence

  • #ANALYSES DE GAUCHE DU PORNO (compilation par #SONIA_ESS)
    https://tradfem.wordpress.com/2020/10/13/analyses-de-gauche-du-porno

    #Noam_Chomsky dit à propos de la pornographie : « La pornographie représente l’humiliation et l’avilissement des femmes. C’est une activité scandaleuse. Les femmes sont avilies comme de vulgaires objets sexuels. Ce n’est pas ce que sont les êtres humains ». Il est allé plus loin lorsqu’on lui a posé la question la plus courante que les défenseurs de la pornographie aiment évoquer : Ces femmes n’ont-elles pas choisi d’être dans l’industrie du porno ? « Le fait que ces personnes acceptent et soient payées », a répondu Chomsky, « est à peu près aussi convaincant que d’affirmer que nous devrions être en faveur des ateliers clandestins en Chine où les femmes sont enfermées dans une usine et où l’usine brûle et où elles meurent toutes. Oui, elles ont été payées et ont consenti, mais cela ne me rend pas pour autant favorable à cette pratique. Donc, cet argument est irrecevable. Quant au fait que c’est l’érotisme de certaines personnes, eh bien, c’est leur problème. Cela ne veut pas dire que je dois y contribuer. S’ils tirent du plaisir de l’humiliation des femmes, alors ils ont un problème ».
    Dans le livre de #Chris_Hedges, publié en 2009, L’empire de l’illusion : La Mort de la culture et le Triomphe du spectacle (LUX Éditeur), au chapitre 2, « L’Illusion de l’amour », Hedges consacre 33 pages à démanteler l’industrie du porno et à dénoncer les violences sexuelles
    « Dans notre société, on dit aux femmes qu’elles ont deux choix », déclare #Gail_Dines, autrice de Pornland : Comment le porno a envahi notre sexualité (#Éditions_LIBRE, 2020, Traduction : Nicolas Casaux). « Elles sont soit baisables soit invisibles. Être baisable signifie se conformer à la culture du porno, être sexy, être soumise et faire ce que l’homme veut. C’est la seule façon d’être visible. Vous ne pouvez pas demander aux adolescentes, qui meurent pour acquérir de la visibilité, de choisir l’invisibilité. »

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : The price of the pleasure
    #système prostitutionnel #prostitution-prostitution_filmée #violences_masculines #exploitation_sexuelle

  • #Julie_Bindel : La vérité à propos de Pornhub
    https://tradfem.wordpress.com/2020/10/12/la-verite-a-propos-de-pornhub

    Vous n’avez probablement jamais entendu parler de MindGeek, l’énorme société de technologie qui possède Pornhub : le site porno le plus populaire au monde. Pornhub, qui reçoit 42 milliards de visites par an, est actuellement critiqué pour son manque apparent de contrôles de sécurité. Six millions de vidéos par an sont publiées sur le site ; certaines, selon les militantes anti-pornographie, montrent des viols et des agressions sexuelles. L’Internet Watch Foundation (IWF) a trouvé plus de 100 cas d’agressions d’enfants sur ce site entre 2017 et 2019.

    Inspirées par la pétition créée par le mouvement Traffickinghub, qui a récemment atteint les deux millions de signatures, des activistes portent la lutte contre la pornographie directement aux portes de MindGeek. Le 2 octobre, une manifestation, avec masques et distanciation sociale bien sûr, se déroule devant son siège britannique à Uxbridge, dans le Grand Londres, dans l’espoir que cette protetestation publique fasse pression sur le gouvernement pour qu’il accélère l’adoption de son règlement sur les préjudices en ligne et qu’il tienne les sites pornographiques responsables de leur complicité dans toute cette exploitation sexuelle.

    MindGeek est la société mère de près de 100 sites web qui consomment collectivement plus de bande passante que Facebook, Twitter et Amazon réunis. Elle est devenue le plus grand conglomérat multinational de porno au monde, contrôlant la plupart des principaux sites pornographiques gratuits. Pornhub attire le trafic en offrant un accès gratuit, mais les utilisateurs sont ensuite bombardés de publicités pour des sites payants.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.spectator.co.uk/article/the-truth-about-pornhub
    #violences_masculines #industrie_du_porno #mobilisation_féministe #MindGeek #pornhub

  • #Lettre_ouverte à l’organisation #Survivors’_Agenda qui prétend parler au nom des survivantes de l’exploitation sexuelle
    https://tradfem.wordpress.com/2020/10/10/lettre-ouverte-a-lorganisation-survivors-agenda-qui-pretend-parle

    Nous sommes des autochtones, des représentant.e.s des premières nations, des « intouchables », des métis.ses, des Européen.ne.s et des descendants d’Européen.ne.s, des Africain.ne.s et des descendant.e.s d’Africain.ne.s, des Latino-Américain.e.s et des Antillais.es, mais aussi des Asiatiques et des Océanien.ne.s des six continents. Survivors’ Agenda est basée aux États-Unis, mais les signataires américain.e.s ci-dessous sont rejoints par d’autres militant.e.s du monde entier, qui partagent des systèmes étatiques cautionnant l’oppression, le patriarcat, le néocolonialisme, ainsi que la discrimination basée sur le sexe et le genre. Nous savons tous que la justice et l’égalité, la paix et les droits humains demeureront hors de portée partout dans le monde tant que l’achat et la vente d’êtres humains dans le système prostitutionnel continueront à exister. Nous ne parvenons pas à croire qu’en dépit des conclusions de l’Organisation des Nations Unies, de leurs agences, ainsi que des gouvernements du monde entier, vous vous refusiez à admettre que le commerce du sexe est un phénomène qui se chiffre en milliards de dollars, qui se caractérise par une exploitation honteuse, et qui fonctionne comme un marché, soumis aux forces de l’offre et de la demande, où l’incitation à réaliser des profits importants est considérable.

    Dans ce contexte, l’« offre » est constituée de personnes en situation de grandes vulnérabilités, pour la plupart des femmes, des filles et des jeunes transgenres/au genre non conforme, en particulier appartenant à des minorités visibles. La « demande » pour leurs corps émane d’acheteurs d’actes sexuels ― quasiment tous des hommes ― tout cela pour les profits de tout un éventail d’exploiteurs.

    Le Survivors’ Agenda ne paraît pas comprendre que chaque dollar généré par le commerce du sexe provient de chaque centime que les acheteurs d’actes sexuels paient pour cet accès.

    Pour cosigner ce texte avec déjà plus d’un millier d’opposant-e-s à la décriminalisation du proxénétisme : https://docs.google.com/forms/d/16-PD4IzFoH3gfcRkzJF39hChladAQkmSR2LfO19hihw/edit

    #WeDissent #exploitation_sexuelle #système_prostitutionnel #violences_masculine #premières_nations #femmes_autochtones

  • #Camilla_Nelson : Regarde ce que tu m’as poussé à faire : pourquoi il est temps que la lutte contre la violence familiale focalise sur l’agresseur.
    https://tradfem.wordpress.com/2020/09/23/camilla-nelson-regarde-ce-que-tu-mas-pousse-a-faire-pourquoi-il-e

    Vous ne trouverez pas le sommeil si vous lisez le nouveau livre de Jess Hill. Personne ne devrait pouvoir le trouver.

    Les personnes familières avec le journalisme d’enquête de Jess Hill auront eu vent des documentaires sur la violence familiale et conjugale qui lui ont valu le Walkley Award (ndt : le Pulitzer australien). On y trouve des interviews sidérantes avec des femmes et des enfants ayant survécu à cette violence.

    Regarde Ce Que Tu M’as Poussé à Faire est le fruit de quatre années d’un travail d’enquête intensif ; c’est un livre qui évoque dramatiquement l’énormité du problème de façon terrifiante. On y trouve le récit de violences et de survie au sein de toutes les couches de la société – des arrondissements huppés du Bible Belt de Sydney où ‘les rues sont immaculées et les maisons énormes’, jusqu’aux régions isolées des communautés régionales.

    Hill examine minutieusement les causes sociales et psychologiques de la violence familiale, ses conséquences terrifiantes, et – c’est le pire – l’incapacité des institutions sociales et juridiques à réagir au problème de façon appropriée.

    Une idée lumineuse de clarté est au centre de son récit. Au lieu de demander « Pourquoi n’est-elle pas partie ? » – ou de se lancer dans une énième campagne de sensibilisation pour changer les attitudes sexistes, qui n’aura sans doute d’effets que dans vingt ans – nous devons investir dans des programmes d’intervention judiciaire qui ciblent carrément les agresseurs, et leur fait rendre des comptes.

    Traduction : Tradfem
    Version originale : https://theconversation.com/see-what-you-made-me-do-why-its-time-to-focus-on-the-perpetrator-wh
    #violences_masculines #misogynie #australie #justice_patriarcale

  • #Debbie_Cameron : Quelles leçons de vie reçoivent les filles à l’école ?
    https://tradfem.wordpress.com/2020/09/22/lecons-de-vie

    En classe, les garçons parlent du corps des filles et de ce qu’ils « leur feraient », lancent des gémissements sexués féminins aux enseignantes et aux filles, demandent aux filles de la classe si une photo particulière les représente, si elles se sont fait raser la vulve, à quoi elle ressemble (Témoignage d’une enseignante du secondaire)

    Certains des garçons font des commentaires sur beaucoup de filles de nos années et les filles doivent simplement faire la sourde oreille parce que personne ne pense que c’est un problème (Étudiante)

    Dans les écoles secondaires, l’utilisation d’un langage sexiste et misogyne n’est plus, si tant est qu’elle ne l’ait jamais été, une activité réciproque et égalitaire : il s’agit en grande majorité de garçons qui ciblent les filles avec des commentaires ouvertement sexuels. Et l’effet sur les filles n’est pas négligeable. Selon l’organisation Girl Guiding UK, qui mène une enquête annuelle auprès d’un échantillon de filles âgées de 11 à 16 ans, la crainte d’attirer ces commentaires de la part des garçons fait que de nombreuses filles hésitent à attirer l’attention sur elles ; environ un quart d’entre elles déclarent essayer de garder le silence en classe. Même si la plupart des filles se refusent à cette autocensure, pourquoi devrait-on s’attendre à ce qu’une fille (ou même n’importe qui) doive passer plus de 30 heures par semaine dans un environnement où la violence verbale est un phénomène quotidien ? Au-delà de ses effets sur l’éducation scolaire des filles, quelles leçons de vie cette expérience leur enseigne-t-elle ?

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://public-api.wordpress.com/bar/?stat=groovemails-events&bin=wpcom_email_click&redirect_to=htt
    #éducation_sexiste #violences_masculines #école

  • #Jeanne_Sarson et #Linda_MacDonald : Qu’est-ce qu’une analyse féministe et pourquoi nous en faut-il une dans l’enquête sur la fusillade de masse commise en Nouvelle-Écosse en avril ?
    https://tradfem.wordpress.com/2020/08/03/quest-ce-quune-analyse-feministe-et-pourquoi-nous-en-faut-il-une-


    Nous faisons les divulgations suivantes avant de répondre aux deux questions posées dans le titre.

    Nos écrits éthiques, professionnels et personnels sur les racines misogynes de la violence masculine envers les femmes et les filles sont influencés, avant tout, par nos enfances différentes mais similaires, où nous sommes nées de pères très violents qui battaient nos mères.

    Lorsque nous étions enfants, la violence conjugale n’était pas un crime en soi. Il était rare que les spectateurs se préoccupent de ces « affaires familiales » ou tentent d’intervenir dans ce domaine. De tels rejets sociaux étaient douloureux. Aujourd’hui, des décennies plus tard, bien que des lois aient été adoptées, le négationnisme des attitudes misogynes qui contribue à cette violence demeure et, comme on peut le constater, a contribué aux féminicides et homicides de masse commis en avril 2020 en Nouvelle-Écosse.

    Notre deuxième révélation est que moi, Jeanne, j’ai vécu le meurtre soudain de ma mère. Un chauffeur ivre l’a tuée sur le coup. Mes fils jumeaux n’avaient que quatre ans. Ils n’ont jamais eu l’occasion de vivre une relation avec elle comme grand-mère aimante. On m’a dit que le chauffeur ivre avait plusieurs fois été reconnu coupable de conduite en état d’ivresse et le lendemain, il est apparu dans une pub en portant un T-shirt où l’on pouvait lire : « Je suis un tueur ». C’était avant que MADD Canada ne devienne « un réseau national de victimes/survivants et de citoyens concernés qui travaillent pour mettre fin à la conduite en état d’ivresse et pour soutenir les victimes/survivantes de ce crime violent ». Lorsque ma mère a été tuée, la conduite en état d’ivresse était simplement considérée comme « macho » ou « comme un « comportement typique des jeunes hommes ».

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://nsadvocate.org/2020/08/03/what-is-a-feminist-analysis-and-why-do-we-need-one-as-part-of-the-nova-scotia-mass-shooting-inquiry/?unapproved=82991&moderation-hash=8828e98f5a59f274a48c5ff1b9defc2f#comme
    #misogynie #violences_masculines #analyse_féministe #féminicide

  • #Finn_Mackay : Argumenter contre l’industrie de la prostitution : Au-delà de l’opposition abolitionnistes contre « travailleuses du sexe »
    https://tradfem.wordpress.com/2020/07/03/argumenter-contre-lindustrie-de-la-prostitution-au-dela-de-loppos

    Quelle est la différence entre vendre son travail pour gagner de l’argent ou être en prostitution pour gagner de l’argent ?

    Il est intéressant d’approfondir ce refrain courant selon lequel la prostitution est un travail comme un autre. Les arguments féministes contre l’industrie de la prostitution soutiennent qu’il y a une différence entre vendre son travail et vendre l’accès à son corps. Les survivant-e-s de la prostitution disent souvent la même chose [10]. Un-e charpentier-ère ou un-e plombier-ère travaille avec son corps, il ou elle vend son travail qui est un produit de sa capacité physique, y compris son esprit. Un-e journaliste ou un-e universitaire travaille aussi avec son corps, en réfléchissant, en écrivant, en donnant des conférences, en se déplaçant pour assister à des conférences, etc. Mais ce n’est pas la même chose que de vendre l’accès à son corps. Les biens sont produits par les travailleurs grâce au travail de leur corps – leur corps n’est pas le bien lui-même. D’aucuns ont alors tendance à désigner les danseuses et danseurs ou les autres artistes qui font usage de leur corps dans leur art. Mais le même argument peut s’appliquer, car si les danseurs et danseuses produisent de la danse et les artistes produisent de l’art avec leur corps, leur corps n’est pas le bien commercialisé. Les limites du corps sont inscrites dans la loi, notre intégrité corporelle est universellement comprise ; partout sauf dans les débats sur la prostitution, semble-t-il. La plupart d’entre nous comprendraient qu’il y a une différence entre être frappé-e au visage et être violé-e. Notre droit traite différemment ces deux agressions violentes, car la seconde est considérée comme une atteinte à l’intégrité corporelle, c’est une violation des limites du corps. C’est en partie pour cela que travailler avec son corps et faire de son corps un bien en soi, sont deux choses très différentes. Pour parler franchement, être constructeur n’implique pas de mettre son corps à la disposition de ses employeurs à des fins sexuelles ; il en va de même pour les journalistes, les universitaires, les serveurs, etc.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.feministcurrent.com/2013/06/24/arguing-against-the-industry-of-prostitution-beyond-the-abolitionis
    #système_prostitutionnel #travail_du_sexe #capitalisme #racisme #violences_masculines #misogynie

  • #Robert_Jensen : Les hommes, la pornographie et le féminisme radical - la lutte en faveur de l’intimité dans le patriarcat
    https://tradfem.wordpress.com/2020/06/19/robert-jensen-les-hommes-la-pornographie-et-le-feminisme-radical-

    En prenant au sérieux cette perspective critique de la pornographie, j’ai appris l’une des leçons les plus importantes de ma vie : le féminisme radical n’est pas une menace mais plutôt un cadeau pour les hommes. Lorsque j’ai rencontré la critique féministe radicale de la pornographie, elle m’est apparue comme l’analyse à ce jour la plus convaincante des contenus sexuellement explicites, d’autant plus vraie aujourd’hui et plus nécessaire que jamais. Dans cet article, je défends ces affirmations en m’appuyant non seulement sur les ressources disponibles, mais aussi sur ma propre expérience. Tout d’abord, un peu d’histoire.

    En 1979, au cours de ce qui est communément appelé aux États-Unis la deuxième vague féministe, Andrea Dworkin a publié Pornography : Men Possessing Women, un livre révolutionnaire analysant les bases patriarcales de cette industrie pornographique en pleine essor. Cette même année, le groupe Women Against Pornography a manifesté dans Times Square à New York pour protester contre l’acceptation de la pornographie par la culture dominante sous couvert d’une soi-disant éthique de libération sexuelle. Le mouvement féministe radical anti-pornographie naissant a exigé que les pornographes et les consommateurs principalement masculins rendent des comptes, et a contesté l’idéologie de gauche/libérale qui tentait de normaliser l’exploitation.

    Cette idéologie libertarienne utilisée pour défendre la pornographie faisait valoir des principes simples qui étaient particulièrement plaisants pour les hommes consommateurs : le sexe est une part naturelle de l’existence humaine, et la pornographie une simple illustration des variations de la sexualité humaine normale, produites pour des adultes consentants qui devraient avoir la liberté d’en regarder s’ils le souhaitent. La réponse des libertariens à la contestation féministe se résumait à : Ne soyez pas prude – il n’y a rien à craindre.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://uncommongroundmedia.com/men-pornography-and-radical-feminism-the-struggle-for-intimacy-
    #pornographie #mobilisation_féministe #andrea_dworkin #gail_dines #violences_masculines

    • Je crois que c’est Mad Meg qui a mentionné que les textes autobiographiques d’Andrea Dworkin étaient particulièrement convaincants. On annonce pour septembre chez New Press une biographie signée Martin Duberman qui semble passionnante:

      Bancroft Prize winner Duberman (Luminous Traitor) delivers an exhaustive, intimate, and admiring biography of feminist writer and activist Andrea Dworkin (1946–2005). He details Dworkin’s upbringing by socially conscious Jewish immigrants in New Jersey, horrific mistreatment by male prison doctors after being arrested for protesting the Vietnam War, and abusive marriage to a Dutch anarchist before tracking her “meteoric” rise in the feminist movement beginning with the publication of Woman Hating in 1974. Duberman highlights Dworkin’s reputation as a passionate—and sometimes shocking—orator, and documents her struggles to gain acceptance from her peers and mainstream publishers. He also notes her concerns over race and class divisions within the feminist movement, ties her presentation of gender as a social construct to an early understanding of trans issues, and categorizes her antipornography crusade as a pushback against the power of systemic patriarchy. Duberman defends against claims that Dworkin considered all intercourse rape, and discusses her relationships with men and women without shoehorning her into a queer identity. Selections from Dworkin’s letters and autobiographical writings bring her own self-assessment into the picture, helping Duberman to push back against detractors who saw her as a one-note antisexuality crusader. Through this empathetic and approachable portrait, readers will develop a new appreciation for Dworkin’s “combative radicalism” and the lifelong, unsteady truce she made with the feminist mainstream. (Sept.)

      https://www.publishersweekly.com/978-1-62097-585-5

  • Pourquoi elles ne partent pas : sous l’emprise d’un pervers narcissique – Révolution Féministe
    https://revolutionfeministe.wordpress.com/2020/06/14/pourquoi-elles-ne-partent-pas-sous-l-emprise-dun-perv


    Je n’aime toujours pas ce concept qui décontextualise les #violences_masculines, mais la description de l’#emprise est particulièrement éclairante.

    Je pense que ce n’est pas uniquement ça qui nous empêche de partir. Au début oui, mais l’emprise est quelque chose de très compliqué à comprendre. Quand ça a commencé, ce cycle tension/violence/gentillesse/accalmie, je pensais vraiment qu’il allait changer, d’autant que ces périodes de violence étaient quand même relativement espacées. On a vécu trois ans à Paris, et pendant cette période, les violences étaient plus espacées. Là, effectivement, ces périodes de gentillesse m’ont empêchée de partir. Pourtant, avant la première gifle, j’avais déjà reçu beaucoup d’insultes mais, au début, ces périodes d’accalmie m’empêchaient de partir. Je me disais « bon, quand même, il n’est pas si terrible que ça » ; à chaque fois, je reprenais espoir. Mais en réfléchissant à tout ça, au bout d’un moment, il y a une emprise qui se met en place, j’étais devenue incapable de vivre par moi-même, de sortir de mon jardin, c’est plutôt ça qui m’a empêchée de partir. Je ne me voyais plus capable de faire quoi que ce soit en dehors de mon jardin, c’est-à-dire en dehors de lui.

    Surtout quand il a fait jouer ma « puanteur », ma nullité etc., j’étais tellement dévalorisée que je ne me voyais pas reprendre un travail quelconque. Et l’argent était à lui, moi je n’avais rien, très vite au bout de quelques années, je n’avais plus rien, et il me le faisait bien sentir. J’étais coincée en fait. C’est beaucoup plus compliqué que ça, les femmes vous disent : « je ne pars pas à cause des enfants, à cause de la maison, à cause de mon travail ». En fait, on ne part pas parce qu’on ne peut pas partir. Et ça c’est difficile à expliquer et à comprendre.

  • La polémique Camélia Jordana ou l’inversion de la culpabilité | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/191094/polemique-camelia-jordana-violences-policieres-ministre-interieur-inversion-cu

    Je pourrais multiplier les exemples de féministes, de militant·es LGBT+ dont les comptes sont suspendus –sans doute à la suite de signalements massifs des masculinistes. Ce qui est troublant, c’est que j’ai aussi, parallèlement, pas mal d’exemples où des comptes publiant des messages véritablement sexistes, racistes, avec menaces de mort, n’ont jamais été suspendus malgré nos signalements répétés. Alors, à force, on commence à se demander pourquoi ce sont toujours les mêmes qui se trouvent réduit·es au silence.

    À mettre au dossier #loi_Avia. Il est aussi question de #violences_policières #violences_masculines #féminisme.

  • Violences conjugales, déni de #domination, via @antonin1
    https://labrique.net/index.php/thematiques/feminismes/653-violences-conjugales-deni-de-domination

    En 2010, Neuf de coeur crée un réseau violences conjugales dans le Pas-de-Calais. Les réunions sont animées par Laurent Liotard de Systemia. Elles regroupent une quarantaine de travailleurs sociaux : le vecteur idéal pour diffuser ses idées sur l’ensemble du département et, comme s’inquiète Brunehaut, « semer la confusion générale entre la notion de conflit de couple et de violences ». Systemia vient aujourd’hui jusqu’à Lille pour dispenser des formations dans les écoles de travailleurs sociaux et a récemment remporté un appel à projet face à Brunehaut pour un accueil de jour à Lens. Ces retombées interrogent fortement Brunehaut, qui a bien du mal à imaginer qu’on remette ainsi en question des années de luttes féministes. Ce n’est pourtant peut-être pas vraiment ce qui permet à Systemia d’avoir le vent en poupe. Elle offre une opportunité aux pouvoirs publics, soucieux de la rentabilité et de l’efficacité des dispositifs sociaux : au lieu de s’embarrasser avec des procédures judiciaires et administratives, et de créer des places d’hébergement pour les femmes, commençons par leur proposer des thérapies conjugales.

  • Un nouveau livre explique les raisons pour lesquelles les femmes sont blâmées pour tout.
    https://tradfem.wordpress.com/2020/05/13/un-nouveau-livre-explique-les-raisons-pour-lesquelles-les-femmes-

    « J’ai intitulé l’ouvrage « Pourquoi les femmes sont blâmées pour tout » parce que dans tous mes travaux et recherches, j’ai vu des femmes être blâmées pour leurs agressions, de leur harcèlement dans la rue à leur piégeage dans la traite et la vente de sexe, » explique #Jessica_Taylor. « Tout ce qui peut être utilisé contre elles, est utilisé contre elles. Même si elles n’ont jamais été en mesure de donner leur consentement. »

    Fondé sur de nouvelles données et recherches de la Dre Taylor, l’ouvrage propose un aperçu choquant de la fréquence des reproches adressés aux victimes dans notre société. Ses dix-huit chapitres explorent les théories psychologiques, les preuves en cause et des histoires réelles de blâme de femmes et de filles victimisées.

    « J’ai décidé d’inclure des chapitres regroupant des indices significatifs de la culpabilisation des femmes et des filles victimes de viols, d’abus et de violence. Dans le livre, je parle des façons dont le système de justice pénale, nos services de santé mentale et même nos écoles primaires encouragent et cautionnent la culture de la responsabilisation des victimes. »

    #violences_masculines #inversion_de_la_culpabilité #féminisme #troll_masculiniste

  • #Andrea_Dworkin : « Redéfinir la non-violence » (chapitre 6 du recueil Our Blood )
    https://tradfem.wordpress.com/2020/05/04/andrea-dworkin-redefinir-la-non-violence

    Les femmes, pendant tous ces siècles patriarcaux, ont été inébranlables dans la défense de vies autres que les nôtres. Nous sommes mortes en couche afin que d’autres puissent vivre. Nous avons soutenu la vie d’enfants, de maris, de pères et de frères en guerre, en périodes de famine, durant toutes les sortes de désastres. Nous l’avons fait dans l’âpreté d’une servitude universelle. Tout ce qui peut être su dans le patriarcat à propos de l’engagement envers la vie, nous le savons. Tout ce que nécessite le maintien de cet engagement dans le patriarcat, nous l’avons.

    Il est maintenant temps de récuser le patriarcat en valorisant nos vies aussi pleinement, aussi sérieusement, aussi résolument, que nous avons valorisé d’autres vies. Il est temps maintenant de nous engager à nous soutenir et nous protéger mutuellement.

    Nous devons enraciner socialement des valeurs issues de la sororité. Nous devons enraciner les valeurs qui récusent la suprématie phallique, qui récusent l’agression phallique, qui récusent toutes les relations et institutions fondées sur la domination masculine et la soumission féminine.

    Traduction : #Tradfem
    #féminisme_radical #violences_masculines #sororité #patriarcat

  • #Anna_Moore : « Chaque agresseur devient plus instable » : la vérité sur la montée révoltante des meurtres par violence conjugale
    https://tradfem.wordpress.com/2020/04/30/chaque-agresseur-devient-plus-instable-la-verite-sur-la-montee-re

    Au cours des quatre premières semaines de confinement au Royaume-Uni, on considère que 13 femmes et quatre enfants ont été tuées par des hommes, la plupart alors qu’elles étaient confinées chez elles – soit le double de la moyenne (déjà hallucinante) de deux femmes par semaine. Au cours de la même période, les services de soutien aux femmes signalent des nombres records d’appels à l’aide. Les appels aux lignes d’assistance téléphonique pour les victimes de violence conjugale ont augmenté de 120 %, tandis que l’achalandage de leurs sites web a triplé. Il y a une demande sans précédent de places dans les refuges. Les enfants sont eux aussi plus vulnérables que jamais. Certains services sociaux ont signalé qu’avant les vacances de Pâques, le nombre d’« enfants à risque » qui se sont vu attribuer une place à l’école et qui s’y présentent effectivement était tombé en dessous de 10 %. Dans certaines écoles, il était passé à zéro.

    J’ai lu les rapports sur ces « meurtres de confinement » et sur des femmes qui ont désespérément besoin d’aide, et leur situation est toujours décrite comme celle de personnes qui vivent sous pression dans des circonstances extraordinaires et qui ‘pètent un câble’ », explique Mme Young, qui dirige maintenant un réseau de soutien informel pour les femmes comme elle. « Quand vous le vivez, ce n’est pas du tout comme ça. C’est à propos de comment se comportent les conjoints agresseurs en secret, lorsque tout le monde regarde ailleurs. Il s’agit de quelqu’un qui utilise chaque changement de circonstances comme un levier et qui s’adapte à chaque nouveau mode de vie en resserrant massivement son contrôle. »

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2020/apr/22/every-abuser-is-more-volatile-the-truth-behind-the-shocking-rise-of-dom
    #Covid-19 #violences_masculines #féminicide #confinement

  • #Anna_Wilkins : Les crimes haineux contre les lesbiennes sont en hausse
    https://tradfem.wordpress.com/2020/05/01/les-crimes-haineux-contre-les-lesbiennes-sont-en-hausse

    Pour la deuxième année consécutive, l’organisation française SOS Homophobie publie les chiffres des actes de harcèlement à l’encontre des femmes lesbiennes enregistrés durant un an. Et les résultats sont très inquiétants : entre 2017 et 2018, les actes haineux envers les lesbiennes ont augmenté de 42 %. Au total, 365 cas ont été enregistrés, soit en moyenne une par jour.

    Ces chiffres incluent une grande variété d’agressions, allant du rejet à la discrimination, en passant par les insultes et la violence physique. Selon les chiffres publiés par l’organisation, 28 % de ces actes ont eu lieu en ligne, 14 % dans des familles, 13 % dans des lieux publics et 10 % au travail.

    SOS Homophobie n’a pas été en mesure de déterminer si cette énorme augmentation était due à une hausse réelle des agressions contre les victimes ou si davantage de personnes ont simplement décidé d’en parler. Dans tous les cas, les agressions étaient réelles. Plusieurs victimes ont également accepté la demande de l’organisation de parler de leur expérience.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.gentside.co.uk/news/anti-lesbian-hate-crimes-are-on-the-rise_art3568.html
    #sos-homophobie #lesbophobie #violences_masculines

  • Féministes néo-écossaises luttant contre le féminicide — Déclaration sur la fusillade de masse commise à Portapique la semaine dernière
    https://tradfem.wordpress.com/2020/04/25/feministes-neo-ecossaises-luttant-contre-le-feminicide-declaratio

    Nouvelle-Écosse, 24 avril 2020 – Nous avons le cœur lourd face à la perte de 22 personnes innocentes dans la pire fusillade de masse de l’histoire de notre pays. Nous sommes indignées que les femmes et les jeunes filles de notre province continuent de subir une violence aussi extrême aux mains de leurs proches dans l’endroit où elles devraient se sentir le plus en sécurité – dans leurs propres communautés.
    En tant que féministes, militantes et spécialistes du domaine de la violence masculine contre les femmes et les filles, nous savons que la plupart des meurtres de masse commencent par de la violence à domicile. Les premières victimes des hommes qui tuent sont souvent les épouses, les partenaires et les enfants. Les sévices et les agressions soutenues dont elles sont victimes sont souvent les signes les plus évidents de la future violence de masse de meurtriers. Ces schémas de violence et d’agressions commencent des jours, des mois, voire des années avant les meurtres.
    Il devient de plus en plus évident que la fusillade de masse des samedi 18 et dimanche 19 avril a commencé par des actes de torture et de violence envers la partenaire du meurtrier. Des médias ont indiqué que le meurtrier se serait battu avec sa partenaire lors d’une fête. En rentrant chez lui avec elle, cette violence de l’homme s’est intensifiée. Il l’a ligotée et lui a infligé « une agression grave » selon la Gendarmerie Royale du Canada. Elle a réussi à s’échapper et à se cacher dans le bois. L’homme a ensuite tué 22 personnes innocentes, dont 12 femmes et une jeune fille. Cette information est importante. Elle nous dit que la haine des femmes a été le carburant de cette tuerie, dont une bonne part semble avoir été planifiée à l’avance.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.rapereliefshelter.bc.ca/blog/nova-scotian-feminists-fighting-femicide-statement-mass-shootin
    #féminicide #violences_masculines #patriarcat #Canada

    • #Quebec : « Je m’avoue vaincue » : des « anges gardiens » démissionnent Magdaline Boutros - 25 Avril 2020
      https://www.ledevoir.com/societe/sante/577715/des-infirmieres-a-bout-je-m-avoue-vaincue
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      Se disant épuisées et à bout de souffle, des infirmières et des préposées aux bénéficiaires commencent à hisser le drapeau blanc.
      Valérie Gilbert travaillait au CHSLD Fernand-Larocque, à Laval, où 85 % des résidents sont infectés par la COVID-19. Vendredi, elle a remis sa démission.
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      « Je lève mon drapeau blanc, je m’avoue vaincue. Je quitte ce bateau qui coule plus rapidement que le Titanic. »
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      « Mais est-ce qu’il y a quelqu’un qui est au courant de ce qu’on nous impose, d’à quel point nos droits sont brimés en ce moment ? » se questionne-t-elle.
      Dans les derniers jours, cette mère de famille a appris que son employeur exigeait d’elle qu’elle travaille désormais trois fins de semaine par mois. « Tous les temps partiels ont été rehaussés à temps plein, on nous oblige à faire des shifts de nuit et c’est sans compter le temps supplémentaire obligatoire. On ne sera pas plus avancés si on est plein à démissionner ou à tomber en congé de maladie. »
      Et même là, les billets de médecin sont régulièrement contestés par les établissements, nous rapportent plusieurs travailleurs de la santé.

      « On doit maintenant étaler notre vie privée pour que les gens des ressources humaines évaluent notre dossier et décident s’ils nous obligent à travailler à temps plein ou si nos contraintes liées à notre vie familiale ou à nos problèmes médicaux [sont suffisantes et justifiées à leurs yeux] », indique une infirmière auxiliaire du CISSS de la Montérégie-Est qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

      Elle dit aussi réfléchir « plus que jamais » à démissionner. « Le public […] n’est pas au courant que tous nos droits sont brimés et que nous n’avons plus aucune qualité de vie et moins de reconnaissance que jamais. Que nous sommes intimidées, menacées et j’en passe. Plus de fériés, plus de vacances. Menace d’amende pour non-présence sur nos quarts de travail. […] Plus de port d’attache. Plus de quart de travail fixe. […] On ne sait même pas si on a encore le droit de démissionner, et sous peine de quoi ? » poursuit cette mère de jeunes enfants dont le conjoint travaille sur la route cinq jours par semaine.
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      Une limite à la résilience
      « Avec l’arrêté ministériel, nos gestionnaires peuvent faire ce qu’ils veulent de nous », souffle également une infirmière du CISSS de Lanaudière qui a requis l’anonymat. Cette dernière a appris cette semaine qu’elle devait aller prêter main-forte en CHSLD, ce qu’elle fera.

      « Je vais avoir 100 patients à ma charge alors que je n’ai jamais travaillé avec cette clientèle. J’ai beaucoup de résilience, mais il y a quand même des limites à la résilience », s’indigne-t-elle, rappelant que si elle fait une faute professionnelle, elle en sera tenue responsable devant son ordre professionnel.

      #violence #harcèlement #management #coronavirus #covid-19 #CHSLD #Ehpad #travail #esclavage #capitalisme au pays de #justin_trudeau

  • Tous les virus ne sont pas microscopiques... Le masculinisme a muté et est devenu une guerre menée via les réseaux sociaux par des « moralistes » anonymes qui ciblent les féministes les plus visibles et leurs organisations, à qui on veut retirer tout droit de parole et d’association.
    C’est Marc Lépine qui serait fier de ses nouveaux émules... Lire SUZANNE MOORE, traduite sur TRADFEM : https://tradfem.wordpress.com/2020/04/01/suzanne-moore-les-femmes-doivent-avoir-le-droit-de-sorganiser-ent

    • La censure dont a été victime Selina Todd ce week-end doit nous alerter. Il nous faut protéger les droits des femmes biologiques.

      J’avoue n’avoir pas lu le texte mais seulement l’accroche que je met ici. Je suis pas trop fana de l’expression femme biologique, pourquoi ne pas dire « femelles humaines » ?

      Femme un mot chargé en #mâle_gaze car par exemple les lesbiennes ne sont pas des femmes (Wittig) et on (des mâles humains) m’a dit beaucoup de fois que je suis pas une vrai femme (car trop jeune, trop vieille, pas mère, pas bandante, pas gentille...) alors qu’on va pas me contesté que je suis une femelle et les femmes trans peuvent être des femme, si elles collent au stéréotypes qui font bander les mâles hétéros mais elles ne pourrons jamais devenir des femelles.
      Femme biologique c’est une expression paradoxale, car etre une femme c’est une construction qui n’est pas biologique c’est une expression de domination masculine (femme = épouse = propriété d’un paterfamilias) alors que femelle humaine c’est claire, il y a de la biologie, de l’animal (car on est de bêtes) et des bêtes femelles d’une certaine espèce et pas du bétail pour paterfamilias comme sous entend le mot femme. Après que des mâles aient envie de devenir du bétail pour paterfamilias finalement qu’est ce qu’on en à a faire ? Perso je lutte pour les femelles humaines, les mâles qui veulent être du bétail pour paterfamilias ne m’intéresse pas. Et les femmes trans lesbiennes ne sont pas des femmes puisque les lesbiennes ne sont pas des femmes et les lesbiennes cis par contre sont bien des femelles. Enfin pour les hommes trans, c’est encore des femelles même si ils veulent collé au stéréotype du propriétaire de bétail « femme ». Je leur garde un peu de sororité dans la mesure ou c’est pas des femelles de droite, auteur de féminicide, prostitueur et autre saleté que font les hommes avec leurs privilèges.

    • Ça m’interroge aussi comment bien parler de ces sujets, notamment avec les controverses entre féminisme et trans-activisme, car avec les mots multi-sémantiques, et qui suivant le contexte et l’époque et qui les utilise veulent pas dire la même chose, c’est compliqué.

      En général, dans les féminismes (dans plusieurs féminismes différents quoi, dans la majorité), « féminité » c’est bien une construction sociale. Mais par contre les mêmes personnes féministes utilisent « femme » parfois dans le sens « personne correspondant aux stéréotypes du féminin » (donc les femmes trans sont bien des femmes), et parfois dans le sens « femelle » humain, née avec les organes femelles (quand bien même il existe des exceptions, comme dans absolument tout, chez les humains la norme reste binaire).

      Du coup oui, possible que parler plus souvent de « femelles » peut être une solution. Mais ça reste « pas naturel » car ça fait très animaux pour la plupart des gens.

    • le sexe n’est pas une donnée matérielle mais une simple assignation

      Je ne supporte plus l’expression « assigné·e F ou H à la naissance » quand il s’agit de personnes cisgenre. Comme si cette assignation était un acte arbitraire qu’il s’agissait de « déconstruire ». C’est peut-être comme ça que le ressentent des personnes intersexe et trans, mais pour les personnes cis comme moi c’est de l’abus, de faire de tou·tes des gendernauts (plus du tout occupé·es de féminisme et de justice mais de faire valoir leur identité perso). Parler de socialisation me semble plus juste et on a vu que ça vaut aussi pour les nourrissons.

      Je connais les conséquences d’une condamnation pour transphobie lors d’un procès invisible sur les réseaux sociaux. Dans mon cas, cela a été synonyme de menace de viol et de mort sur moi et les enfants, avec l’intervention de la police. (...) Pendant que Polanski recevait un César, Todd était obligée de se taire.

      Ça n’a rien à voir (ou alors de très loin, parce que les mêmes réseaux qui arrivent à faire valoir les droits des trans échouent à faire cesser la reconnaissance excessive témoignée à Polanski) mais ça a de quoi interroger. Et oui, c’est hallucinant que sous prétexte de féminisme des femmes cis soient frappées par des mecs cis ou mecs non-binaires, encore plus qu’elles subissent des #violences_masculines typiques ou menaces de. De mecs qui se disent plus féministes que des féministes. Et qui en profitent pour se refaire leur feminist cred (de proféministes de merde, la posture d’allié ne sert pas à ça).

      On ne parle jamais d’hommes qui devraient laisser un espace aux hommes trans. Ce sont une fois encore les femmes qui doivent céder.

      Nous sommes une majorité à souhaiter la meilleure vie possible à la petite minorité de personnes trans. Cette vie que nous leur souhaitons est une vie sans violence masculine. Les pires violences que subissent les trans ne sont pas le fait de féministes, contrairement à ce que l’on pourrait penser si l’on s’en tient aux accusations sur twitter.

      Les femmes doivent se protéger de la violence masculine, ce pourquoi nous réclamons des espaces en non-mixité. Ce besoin de protection doit être garanti pour les femmes les plus vulnérables, notamment celles qui vivent dans des centres d’hébergement d’urgence et les détenues. Il s’agit encore et toujours du patriarcat à l’oeuvre. D’ailleurs, comment en sommes-nous arrivés à ces nombres affolants et sans cesse croissants de jeunes filles qui demandent à se faire prescrire des traitements contre les troubles de la dysphorie du genre, alors qu’un nombre non négligeable d’entre elles finissent par regretter d’avoir eu recours à un dispositif qui les a rendues stériles ?

      Les femmes ont le droit de dénoncer les violeurs. Nous avons le droit de nous exprimer et de nous organiser sans nous entendre dire que nous exprimer est, en soi, dangereux. Continuez de me dire d’aller « crever au fond d’un fossé » et de me traiter de « terf », vous ne serez pas les premiers : quoique vous disiez, je m’identifie comme une femme qui ne compte pas se tenir tranquille.

    • D’ac avec Antonin pour trouver abusive cette notion d’assignation du sexe, alors qu’il s’agit d’une simple observation par le ou la médecin, exacte dans 99% des cas. Ce sont les stéréotypes de genre qui sont assignés, plus tard, et l’idéologie trans tend à enchâsser ces stéréotypes. La situation me semble appeler un débrouillage sémantique. Les féministes que nous traduisons rejettent le terme « femme trans » que s’est approprié la frange militante/masculiniste des hommes qui disent « s’identifier comme » femmes, Et la très grande majorité des féministes rejettent aussi le label « cisgenre » qui suggère que l’ensemble des non-trans s’identifiant aux stéréotypes accollés à leur sexe (rien de plus faux, surtout dans le cas des féministes) et y voient une OPA démontrable contre les femmes et leurs droits. Ce sont plutôt des femmes aux opinions « libérales » qui se laissent convaincre de se qualifier de « cisgenres », laissant l’appellation femme dériver vers laune identité purement sociale et choisie plutôt que marquée par la biologie et imposée par le patriarcat, contrairement à l’idéologie du ressenti et d’un libre choix ouvert aux hommes. Enfin, c’est c que j’en comprends - et je suis particulièrement prudent des tentatives mascuines de jouer « les féminismes » l’un contre l’autre sur la base de définitions plus polémistes qu’objectives...

    • Pardon, j’essaie d’habitude de faire la différence entre cissexuel·le et cisgenre et d’utiliser les deux dans leur sens le plus précis. Une certaine autrice que je connais bien a été présentée comme « cissexuelle et cisgenre » par des activistes pro-trans qui voulaient virer son bouquin des rayons d’une librairie anarchiste. Je la connais assez bien pour savoir qu’elle est cissexuelle (née femelle, identité sociale féminine) mais pas cisgenre (elle est régulièrement mégenrée et a une expression de genre ambiguë) et d’ailleurs il n’y a peut-être que Ken et Barbie qui sont cisgenre parce que les personnes qui se disent non-binaires et les personnes trans ne sont pas les seules personnes qui galèrent avec les normes de genre.

      En revanche, je dis « femme trans » et « homme trans » par souci d’apaisement, parce que je trouve très violent de dire « trans femme » comme vous faites quand ce mot est si investi par des personnes.

      Mais je refuse de dire « trou de devant » et « trou de derrière » comme si les femmes n’avaient que des trous à foutre (pourquoi pas trou du haut qui accessoirement sert à autre chose qu’à tailler des pipes ?), comme si un vagin (vestibule de l’appareil reproductif femelle) et un anus (sortie de l’appareil digestif) n’étaient que des orifices dédiés à la pénétration sexuelle et que leur fonction propre était secondaire.

      De même, je refuse de parler en général de « personnes » enceintes ou qui ont leurs règles. Ces personnes sont assez souvent des femmes pour ne pas les invisibiliser. Voilà comment j’essaie de m’accommoder, rester audible, « faire violence » le moins possible.

    • Mais sur ces questions, entre les automatismes (moi qui dis « cisgenre » par manque de diligence) et le langage identitaire qu’on répète parce que c’est comme ça qu’il faut parler (1), c’est peu de dire que beaucoup de paroles sont devenues insensées.

      (1) Par exemple j’ai vu apparaître « mixité choisie » parce que « non-mixité » semblait trop dur et pas si vrai puisqu’il y a d’autres mixités que de genre. Ok. Mais maintenant on dit « non-mixité choisie » parce que personne ne comprenait « mixité choisie » ou parce que des meufs qui ont confondu avec « non-mixité » l’ont répété plus souvent. L’impression d’être dans une volière de perroquets des fois. Ce serait drôle si les personnes qui utilisent des termes « problématiques » ne se faisaient pas assassiner avant qu’on comprenne si :
      –c’était simple ignorance ;
      –c’était de la méchanceté ;
      –elle a des arguments audibles.

    • Je crois qu’il y a beaucoup de mauvaise foi chez ceux qui combattent pour imposer leur idéologie et qu’il ne faut pas perdre trop de temps à chercher à les « apaiser ». Ce qui est en cause pour les femmes dans leur désir d’espaces où des hommes (bio) ne s’imposent pas, c’est tout simplement la liberté d’association, qui a toujours été combattue par les dominants de race ou de genre. Que penserait-on par exemple de Blanc-hes qui s’identifieraient comme Noir-es et chercheraient à imposer cette perception aux Noir.-es pour éluder la position dominante des Blanc-hes ? Il est bien pratique, lorsque des hiérarchies deviennent dénoncées, de se dre « non-binaires » pour esquiver cette critique, comme a tenté de le faire Arnaud Gauthier-Fawas à « Arrêt sur images » l’an dernier.

    • D’accord avec ce que vous dites tou·tes le 3 il me semble pas y avoir de grosse contradiction entre ce que nous disons ici.
      Revenir à femelle et mâle ca me semble clarifié pas mal les choses par rapport aux questions trans et sans cherché l’apaisement des personnes trans et allié·es de mauvaise foi.
      Le truc qui me chiffonne par contre c’est la récupération opportuniste des intersexes par les trans et allié·es. Les intersexe n’ont absolument pas les mêmes problématiques que les trans et pour elleux la question de l’assignation à un sexe se pose puisqu’illes sont intersexe justement et qu’on les mutile contre leur volonté pour les assigné·es de force à un sexe ou l’autre alors que les trans sont soit mâle soit femelle et ce sont elleux qui s’assignent tout·es seule en se cachant derrière les intersexes qui sont du coup devenus invisible. J’ai vu arrivé les questions d’assignation avec Anne-Fausto-Stearling qui parlait des intersexes et très rapidement les trans se sont emparé de ce vocabulaire pour servir leur intérêt individualiste et cela au détriment des intersexes et des femmes-femelles et au bénéfice des hommes-mâles.

      J’en parlais il y a pas longtemps avec une féministe qui me parlait d’Océan. J’ai essayé de lui expliqué qu’à mes yeux Océan c’est un auteur de féminicide, il a tué la lesbienne invisible, pire il l’a annihilé totalement comme si on avait même plus le droit de l’évoqué sans commetre un crime de lèse transidentité et je voie pas ce qui est super à anihilé la seule lesbienne qui faisait des one-woman-show en france un peu visible du grand public pour la remplacer par un homme hétéro fut-il trans.
      La discutions c’est arrêté là elle n’a pas voulu répondre à ma question et on a changé de sujet pour pas s’embrouillé le reste de la soirée. Et à chaque fois que j’en parle à une féministe de cette tendance je ne trouve jamais de réponse à mes arguments, on me renvoie c’est que c’est des personnes qui souffrent et que c’est pas important la sécurité des femmes-femelles en prison ou dans les vestiaires, sauna et autres lieux de non mixité par rapport à la souffrance d’une femme trans.

    • D’accord avec vous Mad Meg. Il n’y a pas que les personnes intersexe qui sont récupérées et en fait exploitées par le transactivisme. Toutes les femmes et tous les hommes qui regimbent face aux stéréotypes de genre sont sommairement qualifié-es de « cis » s’iels ne s’identifient pas comme « trans », un terme ("cis") censé englober quiconque ne s’identifie pas à Ken ou Barbie. Beaucoup de gais, de lesbiennes et même de trans progressistes ont d’ailleurs commencé à refuser cette assignation à résidence" sous le parapluie du lobbying trans.

    • Pour ce qui est de l’utilisation du mot « femelle », il a un sens très péjoratif en français que n’a pas le nom ou l’adjectif « female » en anglais. L’anglais utilise presque indifféremment les concepts de « female » et « woman » - comme ceux de « sex » et « gender » jusqu’à il y a peu - et cela ne facilite pas la compréhension mutuelle, surtout en contexte polémique. Je doute que les femmes voudront ou devraient s’identifier comme « femelles » pour abandonner le mot « femmes » aux hommes que cette identité intéresse. Je ne vois pas beaucoup de femmes en être convaincues en tout cas.

    • Ça me semble important, de n’avoir un vocabulaire ni complaisant ni irrespectueux parce que côté pro-trans se trouvent plein de féministes que j’aime bien et qui, je pense, font une erreur historique (qu’elles regretteront quand le parapluie trans va se déchirer). En attendant, garder la possibilité de leur causer s’impose. Et un peu de respect pour les personnes, au passage. Je ne veux pas que les personnes trans se sentent offensées par mon propos en tant que personnes trans (vraiment pas) mais critiquées si elles sympathisent avec une idéologie individualiste toxique dont s’emparent des masculinistes gynophiles qui pensent que leur place est partout. Question de respect, de compromis, de terrain où il est possible de se parler.

      Je n’avais pas pensé à Océan comme meurtrier de la lesbienne invisible mais oui, je ressentais un peu sa transition comme ça. J’ai une copine lesbienne en Malaisie dont une amie est devenue un mec trans hétéro, fini les problèmes (son passing est nickel et cette société musulmane est moins transphobe que la nôtre) et même s’il est encore un peu engagé sur les questions de genre elle vit ça comme une trahison.

    • Ok pour laisser mon idée de femelles de coté ^^ c’etait une tentative.
      Pour ce que tu dit @antonin1 sur l’acceptation des trans dans la culture Malaisienne, il me semble justement que le transgenrisme est très compatible avec le patriarcat le plus hardcore. Du temps où les femmes n’avaient pas le droit de joué la comédie c’etait les hommes qui tenaient ces rôles, au Japon dans l’opéra, en europe à la renaissance, et dans plein de cultures il y a des trans. Pour l’albanie ou ce sont des hommes trans, c’est soit des veuves soit des vierges et uniquement pour continuer la boucherie de la vendetta quant tous les hommes se sont entre tués même si aujourd’hui certaines femmes deviennent des hommes par solidarité et pas par choix de devenir des hommes ca reste vraiment problématique. J’avais vu un docu qui parlait des femmes trans en Iran, les molah tellement homophobe imposaient aux gays de changer de sexe pour rester hétéros et quant aux lesbiennes elles ont toujours été invisible et probablement mariée de force sans qu’on leur offre la possibilité de devenir des hommes. Bref tout ca pour dire que à mes yeux le transgenrisme c’est plutot un reliquat sexiste très rétrograde qu’une avancé sociale.
      humm à ecrir tout ca je me dit que ca va me couter cher car je ne suis pas anonyme ^^

    • « D’accord avec vous Mad Meg. Il n’y a pas que les personnes intersexe qui sont récupérées et en fait exploitées par le transactivisme. »
      Stp @martin4 le vouvoiment n’est pas très poli sur le net. ^^
      Je parlais des intersexes rapport à la remarque sur l’assigniation que faisait @antonin1 à mes yeux l’assigniation concerne les intersexes mais pas les trans. A part peut etre les malades de distrophie de genre qui sont très très rare et ont besoin d’un psychiatre et chirurgie loure pour ne pas se suicidé mais ca n’est que très très peu des trans et là aussi on joue sur les 2 tableaux. C’est une maladie quand ca sert l’argumentaire trans et c’en est pas une si sa sert l’argumentaire trans.

    • OK. Désolé pour le vouvoiement, j’apprends graduellement les codes...`Quant au risque d’être « irrespectueux » dont parle Antonin, c’est pour cela qu’il est important de cibler l’idéologie (trans)genriste et non des personnes qui s’identifient comme « trans ». Le lobby transactiviste se sert de glissements sur ce plan pour tenter de discréditer toute critique de ses outrances comme « transphobe »... y compris celles de personnes trans qui refusent d’être ainsi charriées.

    • Pas de soucis @martin4 la netiquette à des codes un peu différents de la vie de tous les jours. Le vouvoyement c’est un peu vieux monde vertical alors que le web c’est plutot horizontal (on essaye en tout cas). J’espère pas avoir dit de truc irrespectueux contre les personnes trans mais c’est possible qu’Océan soit pas fana de ce que j’ai dit sur son féminicide de la lesbienne invisible....

    • un peu hors sujet, mais j’aimerais rappeler que le 8 mars dernier, à Paris, pendant la manif pour les droits des femmes donc, des personnes du CAPP se sont salement fait agressées par des « antifas ».

      https://twitter.com/CAPP_Radfem/status/1237836773235011584

      http://osezlefeminisme.fr/des-femmes-des-survivantes-de-la-prostitution-agressees-lors-des-man

      L’idée semblait être de « se faire des abolos ». C’est aussi arrivé à Bruxelles, Madrid et Toulouse. Déjà 1. je vois pas du tout le rapport entre antifascisme et antiabolitionisme. Autant bouter hors de la manif un cortège de femmes fafs (et c’est d’ailleurs arrivé à Paris), je comprends, mais là ?

      Du coup 2.qui sont ces gens (ceux qui se mettent en tête de frapper des abolos) ? J’ai eu du mal à ne pas tout de suite penser au genre de trans qui collent « Les Terfs au bûcher » mais visiblement personne n’en sait rien, et d’ailleurs très peu de gens parlent de ce machin, aucun scandale, alors que pour moi c’est... enfin chai pas c’est grave quoi.

      L’association « abolitionisme =fascisme » j’imagine qu’elle vient des vieux trucs cathos moralisateurs, mais je veux dire merde, Dworkin quoi. Et depuis la fin des années 70, c’est vraiment pas nouveau...

    • J’avais pas vu cette histoire merci pour le signalement @tintin
      Les militantes pro-trans que je connais sont aussi pro-putiers et ont très peu de conscience politique. Cette années j’en ai rencontré une qui m’expliquait toute contente qu’elle a offert une prostituée à un proche un peu retardé mental qui avait du mal à pécho et qui était encore puceau à 19 ans. Je lui ai dit qu’elle aurais mieux fait de lui couper la bite.

      Et j’ai rencontré aussi une « travailleuse du sexe » qui m’expliquait que son travail était bénéfique un peu comme une psy. Elle m’explique alors qu’elle a permis à un de ses putiers, père d’une gamine de 12 ans, de découvrir que son fantasme c’etait de coucher avec sa fille de 12 ans et donc elle se déguise en gamine de 12 ans avec lui. J’ai faillit vomir car mon agresseur allait se chauffer aux putes avant de venir se branler sur moi quant je dormais quand j’avais 13 ans jusqu’à mes 18 ans que je me barre de la maison familliale. Je lui ai demandé comment elle savait que ce père n’allait pas violer sa fille maintenant qu’elle l’avait aidé à « découvrir son vrai fantasme et le réalisé » et elle me répond « je le connais je sais que c’est un mec bien »... un putier un mec bien... j’en étais malade et je le suis toujours.
      Et paradoxe assez fantastique quelques minutes plus tard elle explique à quel point elle méprise ses putiers (elle les appelait des clients) mais bon elle a confiance qu’il viol pas la gosse ! Du coup celle là je la considère plutot comme une « travailleuse du viol » qu’une « travailleuse du sexe ».

    • L’association « abolitionisme =fascisme » j’imagine qu’elle vient des vieux trucs cathos moralisateurs

      En France, beaucoup de mouvements abolitionnistes sont tenus par des féministes « universalistes » c’est à dire en pratique islamophobes et anti-intersectionnalité... c’est peut-être une des raisons de ce mélange des genres.

    • @mad_meg désolé de te faire ruminer des histoires pareilles en pleine confiture... Je sais pas quoi dire... J’espère que tu tiens le coup.

      @baroug j’ai l’impression que c’est en train de changer et que le CAPP en question ne porte pas ce genre de discours... mais bon j’en sais rien, je ne suis pas dedans. Et quand on se tourne vers au moins une fondatrice, Dworkin, c’est pas du tout ce genre de chanson.

    • Merci @tintin ne t’inquiete pas je ne l’ai pas ruminé celle là, je l’ai juste posé ici et j’ai fait un gros dodo de 6h ce qui est un record pour moi. Et au reveil je rumine « Lallement ton camps c’est le camps de la mort »
      Bonne journée à toi et à toutes et tous.

    • En effet, le trajet de Dworkin, de Catharine Mackinnon et de John Stoltenberg dément tout à fait le travail de salissage fait par l’industrie de la porno pour les associer à la droite religieuse ou autre, alors que leur projet dre permettre un recours civil des personnes à qui la pornograhie portait préjudice était ancré dans une résistance collective des milieux populaires et majoritairement Noirs de Minneapolis et St.Louis en 1983-1984, résistance au dumping de la porno et de la prostitution dans les quartiers les plus pauvres de ces villes. Elles ont documenté ce travail peu connu et occulté par la presse libérale dans le pamphlet « AGAINST THE FLOOD » , peu connu mais affiché en ligne avec d’autres textes radfem marquants sur https://radfem.org

    • Je pense avoir passé ici les nouvelles de l’agression du 8 mars. En ce moment, le récit qui s’impose, c’est « les TERF sont fascistes, elles ont des liens avec l’extrême-droite en Amérique du Nord ».
      https://www.liberation.fr/debats/2020/02/26/le-debat-sur-la-place-des-femmes-trans-n-a-pas-lieu-d-etre_1779708
      Je ne sais pas ce à quoi elles se réfèrent mais en Amérique du Nord la question de l’avortement est hyper tendue et aucune féministe trans-exclusive que je connais (Murphy, etc.) ne ferait alliance avec des raclures qui réussissent à dicter à des femmes dans certains États ce qu’elles doivent faire d’un fœtus qui s’est accroché à leurs ovaires (je dis ça vite, je ne sais plus où ça s’accroche). Mais le bruit court et les perroquets répètent ça sans esprit critique.

      J’en parle depuis cinq ans que j’observe ce phénomène grégaire (et la facilité sororale avec laquelle on se traite de transphobe en toute bienveillance, comme si la phobie n’était pas une accusation grave et comme si tout défaut de complaisance était comparable à une expédition pour aller casser du gay ou de la pute trans). Mes copines féministes qui ont lu plus que moi me disent à quel point tout ça leur semble assis sur un manque de culture féministe et de réflexion individuelle, ça se propage comme un virus (comme le nom de cette page).

      C’est d’autant plus triste que beaucoup tient à cette absurdité de « privilège cis » qu’il faudra dégommer un jour : c’est un privilège d’être un mec cis, pas une femme. Or, une manière peu fine d’envisager les choses conclut que les personnes trans étant discriminées, parfois violentées en raison de ce qu’elles représentent, elles devraient être en haut des préoccupation de toutes et dicter l’agenda. Je vois plein de chouette féministes tomber dans le panneau.

      Certaines en oublient ce qu’est le genre : une expérience sociale et acceptent la définition de l’identité de genre comme ce que chacun·e s’est imaginé de soi (homme ou femme, non-binaire, licorne). Mélusine par exemple donne une leçon de féminisme matérialiste sur Twitter, expliquant que les ovaires ne font pas l’expérience sociale, puis finissant sur le sentiment d’être femme. Ah tiens, l’expérience sociale vient du sentiment individuel maintenant.

      Bref... Et sûr que des idéologies très réacs acceptent la transidentité plus facilement que l’homosexualité et des expressions de genre ambiguë tant que ça reste hiérarchisé. J’avais écrit « binaire et hiérarchisé » mais ce paradis des droits des femmes edit : qu’est le Pakistan a créé un 3e genre officiel et plein de pays qui s’engouffrent dans des politiques très favorables à la reconnaissance du sentiment d’être femme ou de ne pas être homme ont des politiques merdiques en matière de genre. Et ça ne fait pas gamberger des jeunes féministes grégaires, que les gouvernements qui tiennent au droit des fœtus à rester accrochés deviennent si « progressistes » en matière de droits des trans...

      Quant à la violence que ces rumeurs autorisent, ben non, strictly no, comme @tintin. Où on en est si le féminisme justifie que d’autres féministes (a fortiori des hommes !) viennent faire taire des féministes ?

    • J’oubliais, dans ma dernière expérience queer, on a rdv avec une travailleuse du sexe latina autochtone de classe populaire pour entendre son vécu sur la prostitution. Ok, c’est super, on va pouvoir décaler notre regard, entendre d’autres expériences. J’arrive au rdv, la meuf n’est pas là mais il y a un gars avec une expression de genre ambiguë. Finalement le truc commence et c’est elle, une femme trans qu’on peut légitimement prendre pour un homme puisqu’elle a un corps d’homme sur son expression de genre ambiguë. Ensuite, cette personne prend la parole comme ses potes doctorant·es, un vocabulaire hyper savant et de grandes notions abstraites. Le premier truc qu’elle nous dit c’est un explication foucaldienne de comment elle refuse de laisser le biopouvoir transformer son corps et justifie très savamment d’être une femme avec un corps masculin, le menton simplement rasé de très près. Autant pour les classes populaires qui s’expriment !

      (Je veux bien mais il y a un petit parasitage avec les classes intermédiaires universitaires, soit le couple queer de chargé·es de cours doctorant·es qui nous invite dans leur grand et bel appart en petite couronne et se présente sans cesse comme racisé alors qu’il est de la bourgeoisie blanche mais d’un pays périphérique, le mec (trans) ayant d’ailleurs les yeux bleus et un nom français, par hasard).

      L’impression d’être au concours de la plus malheureuse avec des points « check ton privilège » distribués malhonnêtement. Moi qui vis dans 12 m2 et me force à amener chez moi l’un des instruments du groupe de musique en question alors que je n’ai pas la place, je note qu’ici un tambour ne se remarque pas alors que chez moi il est direct au milieu. Bref.

      Ensuite j’écoute la « travailleuse du sexe » qui nous explique que ses clients sont si gentils, elle prend bien soin d’eux. Mais les autres femmes, celles qui vont devoir sucer parce que les putes sucent, se laisser enculer parce que les putes vendent des sodomies, toutes ces meufs dont la vie est sûrement bien plus sympa dans une société prostitutionnelle, elle nous explique qu’elle n’a aucune solidarité envers elles, elle a besoin de croûter et elle est la plus malheureuse alors elle fait ce qu’elle veut.

      (Moi, in petto mais j’ai pas le droit de le dire : connard, mets-toi ta solidarité masculine dans le cul et arrête de nous dire que tu es féministe.) Mais j’argumente gentiment et je me fais expliquer la vie par l’une des deux doctorant·es qui me sort deux fois le même discours (elle n’a pas pris la peine de rester sobre et son élocution est aussi très lente, merci l’alcool) comme quoi c’est une expérience sociale que je ne peux pas comprendre (moi qui suis si bourgeoise blanche dans mon 12 m2, ce que je ne nie pas entièrement) alors j’ai la chance qu’on m’explique en toute bienveillance.

      Soirée de merde ! L’impression de toucher le fond en matière de décence. Quelle que soit la situation du jeune mec queer qui suce des bites parce que c’est la meilleure manière qu’il a trouvé de gagner sa vie (pas de jugement), je ne vais pas bouffer de ce féminisme simplement parce qu’on me dit que c’est bon.

    • Ah oui sacrée soirée de merde… solidarité. J’ai l’impression d’être en décalage complet pour une partie non négligeable des news ou communiqués des groupes militants du coin, inclus le planning familial qui ici relaye aussi le genre comme identité perso et l’anti-terf, en tout cas dans les fils publics. Avec comme tu dis ce genre de vocabulaire savant, déconnecté de ce que vivent la majorité des prostituées ou femmes en général. Et déjà que je trouve pas des masses de temps pour participer à beaucoup de choses, ça me rebute encore plus d’ouvrir la bouche (encore plus en tant que mec, logiquement encore plus douteux que j’émette un avis).

    • Bon j’en profite pour passer un appel, j’adorerais que les bio de Dworkin soit traduites. Je n’ai lu que ses discours et coït, et j’ai trouvé les discours et les récits biographiques très forts, alors que les trucs théoriques m’ont un peu perdu, pour dire le moins (quand elle dit qu’une femme ne peut pas violer parce que pas l’organe, c’est... enfin bon, je tolère tout à fait une certaine exhaltation, et à vrai dire je pense que je suis prêt à entendre beaucoup de choses de la part de cette femme, c’est juste qu’à chaque fois qu’elle raconte sa vie, c’est... la foudre). Sinon j’ai pas grand chose à apporter au débat, loin d’être calé en féminisme, traîne à peine dans les milieux, me demande quand même si ce sont bien des mecs qui ont attaqué le cortège du CAPP, et si tout ça à un rapport direct avec les machins terf vs trans en cours...

    • Pourtant ya pas que des jeunes au planning ici, moi ça fait depuis la rentrée que j’ai le flyer dans la cuisine parce que si j’avais un peu de temps c’est à ça que j’avais envie de participer, mais j’ai un mélange de « j’ai pas le temps » et de « pfff ça fait peur si je me retrouve avec ces débats sous le nez sans jamais pouvoir rien dire ».

    • Tous les plannings se déchirent (il n’y en a que quatre qui sont perdus et ont signé la tribune dégueue de Libé), c’est un peu générationnel mais cet angle désidéologise grandement le conflit.

      @baroug, la réduction ad Hitlerum de l’abolitionnisme ne tient pas trop la route. Delphy s’est super bien engagée sur le voile et contre l’islamophobie, or elle est abolitionniste ou contre la reconnaissance sociale de la prostitution (je fais la nuance mais je ne crois pas qu’elle soit si répandue, certainement pas dans ces violences qui se multiplient). Elle n’est pas la seule, je ne sache pas par exemple que @mona soit islamophobe et pourtant elle a publié un très bon article contre les réglementaristes. Et un détail : parmi les meufs violentées à la manif, certaines étaient survivantes de traite et de prostitution, pas trop des féministes blanches bourgeoises catho. C’est des clichés qui font mal, qui alimentent cette guerre violente et bête, faites de préjugés répétés et de raisonnements à l’emporte-pièce.

    • Je sais bien pour Delphy et Mona mais précisément leurs positions sont assez marginales du point de vue des forces politiques. Les mouvements organisés sont très majoritairement divisés sur cette ligne : ce n’est pas un jugement de ma part — d’autant plus que je n’ai absolument aucune légitimité pour le faire —, mais en terme de forces politiques en France il me semble que c’est un constat assez clair.

    • Je pense que l’aspect générationnel est assez important car le féminisme souffre toujours d’un problème d’historicisation ou de mémoire. On fait souvent comme si le féminisme commencait dans les années 1970 avec le MLF et MLAC et des fois on va jusqu’aux suffragistes mais les Saint-Simoniennes on connais pas et je parle pas des fouriéristes. La nouvelle génération considère que le féminisme est né chez les queer dans les années sida (enfin pour celles avec qui j’ai discuté c’est grosso-modo l’idée) et voient le féminisme des plus agées comme le truc de Schiappa... Faudrais leur parlé de Madelaine Pelletier peut etre ou des vesuviennes.

      https://www.liberation.fr/debats/2017/03/07/christine-bard-il-faut-en-finir-avec-le-cliche-des-feministes-bourgeoises

      https://www.youtube.com/watch?v=d8w_XvbDiW4

    • Et puis en fait je trouve en ce moment problématique de réduir la lutte des femmes pour leurs droits à l’existence du mot « féminisme ».
      Je pense que les femmes se battent pour pas etre du bétail depuis qu’il y a des femmes. Par exemple l’origine du nom d’Athène témoigne d’une tentative des femmes pour obtenir des droits.

      D’où vient le nom d’Athènes ?

      Selon la légende, deux grands dieux se disputaient la protection d’une petite ville. Cécrops, le roi de cette ville, cherchait en effet à lui donner un nom. Il décida que ce serait la divinité qui ferait le présent le plus utile aux autochtones qui remporterait le « concours ». Poséidon, le dieu des océans, fit jaillir des roches de l’acropole une fontaine d’eau salée ; Athéna, quant à elle, offrit un olivier. Le roi, pour départager les deux concurrents, fit appel à son peuple pour qu’il votât. Les hommes choisirent Poséidon, et les femmes Athéna ; mais il y avait dans l’assemblé plus de femmes que d’hommes. Ainsi, la déesse victorieuse donna son nom à la cité.
      On peut voir apparaître dans cette légende la première forme de démocratie, où tout le monde vote, sans exception, car Cécrops, le roi dont on parle dans cette histoire ancienne, a sûrement vécu aux alentours de 1600 - 1700 avant J.C. Une page spéciale de ce site est d’ailleurs consacré à la démocratie dans cette cité.
      Cette légende sert aussi « d’excuse » : les Anciens s’en sont servi afin d’expliquer pourquoi les femmes furent, par la suite, interdites de plusieurs choses : le droit de vote, bien sûr, mais aussi, par exemple, celui de donner leur nom à leurs enfants. La suite du récit raconte donc que Poséidon, furieux après sa défaite, menaçait de ravager la pays ; les hommes intervirent pour l’apaiser, en interdisant aux femmes ces privilèges.

      http://hellada.free.fr/athenes.html
      Si des hommes ont voulu interdire aux femmes de voté, c’est qu’il y avait des femmes pour le revendiquer sinon pas besoin d’interdire.

      Même chose pour Lysistrata qui rend compte d’une grève des femmes qui s’est fini en viol de masse et dont les hommes ont fait une comédie.
      https://seenthis.net/messages/783981

    • Et puis en ce moment on est en plein #backlash de tous les cotés
      En témoigne cette image posté hier sur seenthis en plein conseil de guerre de la couille contre le corona pendant que les meufs se tapent le sale boulot (88 % des infirmières, 90 % des caissières, 82 % des enseignantes de primaire, 90 % du personnel dans les EHPAD sont des femmes. Sans même parler du personnel de crèche et de garderie mobilisés pour garder les enfants de toutes ces femmes mobilisées en première ligne.)

    • Moi c’est une copine qui a bossé au mouvement du nid qui m’a convaincu. Un an, dans un bus, la nuit, à distribuer capotes et tout le bazar, à discuter, c’est très concret, très ici et maintenant, on fait quoi ? Et en même temps, ça n’empêche pas de dire un truc aussi simple que : c’est pas normal, que les hommes aient cet accès au corps des femmes. Et on a pas envie que ça continue, même en mieux.

    • N’oublions pas que les Pangolins ont été massacrés et vendus sur les marchés pour que la bite de ces messieurs soit bien dure. Et les femmes vont crever pour des pourritures qui continuent à ne regarder que leur bite.

    • Je vois aussi plein de jeunes femmes, à Osez le féminisme et dans les organisations, dont on peut supposer qu’elles sont réglementaristes et transinclusives, hein, elles sont jeunes et un peu de gauche et ces positions sont surreprésentées. Et surprise, elles sont plutôt hostiles à la reconnaissance sociale de la prostitution (sans être forcément abolitionniste je sais quoi faire) et se posent des questions sur l’inclusion des trans (plutôt favorables mais sans complaisance sur l’identité de genre auto-proclamée). Sur le voile, je ne sais pas trop mais chaque meuf sceptique sur la capacité du voile à libérer les femmes ne peut pas être taxée d’islamophobe. Il y a toujours tellement plus de nuances que camp du bien/camp du mal sur les questions de voile, prostitution et transinclusivité. Plein de nuances à explorer mais on met en scène des débats hyper trash et clivés au lieu d’essayer de s’entendre et de mobiliser notre intelligence.

      Sur l’abolition, j’ai rencontré une meuf du Nid à qui j’ai dit que l’abolition me semblait une mesure extrême, qu’on peut continuer à laisser pisser tout en travaillant culturellement à faire comprendre qu’on n’achète pas le consentement. Cette femme m’a dit que parmi les membres du Nid il y avait des survivantes de prostitution qui ne souhaitaient pas apparaître publiquement, que cette parole est peu présente dans l’espace public à cause de leur refus, et cela empêche leur voix de se faire entendre. Quant aux châtiments terribles qui sont infligés aux clients, elle me disait que c’est un stage façon « hommes violents » pour faire comprendre des trucs de base avec lesquels n’importe quel mec pourrait commencer sa vie sexuelle plutôt qu’aller au boxon avec son oncle. Si c’est vrai, ça interroge sur le foin que sont capables de faire les réglementaristes parce que c’est pas grand chose au vu de la menace continue que les clients font vivre aux prostituées (elles disent qu’elles gèrent mais ajoutent qu’elles gèrent en étant toujours aux aguets).

      Soit cette meuf était une immonde merde manipulatrice, soit vraiment on a affaire à un espace public dans lequel les féministes subissent un gros backlash qui caricaturent et ringardisent à fond des positions plus fines et nuancées et moins fascistes que ce qui est couramment exprimé à leur propos. Moi dans cette guerre je ne veux pas être un·e idiot·e utile.

    • Sur la photo qui a tourné ces derniers jours, j’ai vu une version cadrée autrement où on voyait des femmes. Il semble qu’il y en avait 6 à cette réunion au sommet... N’empêche, en ce moment il n’y a que des féministes pour faire apparaître le prisme du genre pendant que les hommes qui causent partout restent dans leur universel masculin.

    • je colle ça ici parce que je vais pas en faire un billet dédié non plus. Ce sont 10 #podcast à propos des travailleuses·rs du sexe. « La politique des putes » réalisé par Océan dont parle @mad_meg
      https://art19.com/shows/intime-politique
      source : https://www.brestculture.fr/la-selection-de-podcasts-d-avril-20.html
      Sans modifier mes préjugés sur le #strass, il y a énormément d’infos pour chaque épisodes. je suis tombé sur un lien de la revue période @periode déjà publié sur seenthis : Sur le travail sexuel : une perspective féministe révolutionnaire par Johanna Brenner
      https://seenthis.net/messages/356308
      et celui-ci : Sex, Work and Capitalism by Nancy Holmstrom
      http://logosjournal.com/2014/holmstrom
      et en dérivant un peu plus un p’tit article publié par le Canard enchaîné. source twitter


      #prostitution

  • Breaking News – Le gouvernement débloque 1 milliard pour combattre les #ViolencesMasculines – Le blog de Christine Delphy
    https://christinedelphy.wordpress.com/2020/04/02/breaking-news-le-gouvernement-debloque-1-milliard-pour-co

    En 2020, l’égalité entre les femmes et les hommes est la grande cause du quinquennat et nous constatons qu’il y a véritablement eu un avant et un après Grenelle des violences. Tout a changé ! Non, en 2020, il ne peut y avoir une hausse de plus de 30% des signalements de violences conjugales, auprès de la gendarmerie et de la police, après une semaine de confinement, cela n’est plus possible…

    #poisson_d'avril #violences_masculines #confinement #violences_conjugales

  • Violences masculines en période de confinement : « Personne ne viendra m’aider » | Camille Wernaers
    https://www.axellemag.be/violences-masculines-confinement

    Avec le confinement, les femmes ont moins d’échappatoires face à un conjoint violent. La crise sanitaire rappelle que l’espace privé n’est pas sécurisé pour les femmes. Sur le terrain, les associations adaptent leurs services pour rester au plus près de celles qui en ont plus que jamais besoin. Source : Axelle Mag

    • Delphy a publié cet article avec d’autres encore.

      https://christinedelphy.wordpress.com/2020/04/04/coronavirus-et-confinement-vie-feminine-appelle-a-des-mes

      Avec le confinement, c’est l’explosion des violences intrafamiliales - regards.fr
      http://www.regards.fr/politique/a-l-heure-du-covid-19-chroniques-de-clementine-autain/article/avec-le-confinement-c-est-l-explosion-des-violences-intrafamiliales

      En temps normal, si j’ose dire, un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups de l’un de ses parents, selon un rapport de l’IGAS (Inspection générale de l’action sociale) remis en avril 2019. Un chiffre sans doute sous-estimé puisqu’il ne tient pas compte des meurtres non révélés, des nouveaux nés tués à la naissance. On constate toujours, avant le geste létal, des violences antérieures répétées. Le coup fatal n’arrive pas du jour au lendemain, il s’inscrit dans un processus d’humiliations psychologiques et d’agressions physiques. Les parents violents, à égalité entre les pères et les mères (en particulier dans les familles monoparentales), souffrent souvent de troubles psychiatriques ou d’addictions. Et les violences conjugales constituent un environnement favorable à l’enfance maltraitée.

      En période de confinement, tout s’accélère. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a révélé, lors d’une émission spéciale de France 2 sur la crise sanitaire (si spéciale d’ailleurs qu’aucun membre de l’opposition n’a eu le droit de s’exprimer, comme si la démocratie était elle-même confinée !), que les violences conjugales ont augmenté de 36% en une semaine dans la zone de la préfecture de police de Paris et de 32% en zone gendarmerie. À vrai dire, je n’avais pas imaginé un tel niveau de carnage. On observe d’importantes variations en fonction des territoires, le Nord étant plus touché que l’Ouest par exemple. À Reims, je lisais hier dans Le Parisien que ces violences ont représenté 40% des gardes à vue la semaine dernière !

      Autant vous dire que le milliard que nous n’avons pas réussi à arracher au gouvernement après tant de mobilisation grâce à la vague #MeToo contre les violences conjugales me fait plus mal au bide que jamais.

      Les bonnes nouvelles ne viennent pas du gouvernement mais de la mobilisation sociale et citoyenne.

      Soins et féminisme en temps de pandémie - Autres Brésils
      https://www.autresbresils.net/Soins-et-feminisme-en-temps-de-pandemie

      Au Brésil, bien que la maladie soit arrivée par l’intermédiaire de gens riches venant de l’étranger, les deux premières victimes sont des femmes pauvres qui ont été contaminées parce qu’elles travaillaient. En temps de démantèlement de l’État, il est toujours bon de rappeler que c’est l’État lui-même qui est en mesure de garantir la protection et l’assistance économique en cas de calamité. L’isolement peut paraître une option ou un privilège individuel, mais c’est une question politique qui exige des réponses collectives [1]. Le manque de protection est une imposition systémique - patriarcale, raciste et de classe, et par conséquent son contraire (la protection contre la pandémie) est un droit inaccessible.

      L’émergence de la pandémie appelle avec insistance à la redéfinition de la place des hommes dans le maintien de la vie reproductive, des liens affectifs et des soins, une tâche qui n’est pas considérée comme essentielle ou positive dans nos sociétés, et donc exercée de manière inégale par les femmes.

      Et si nous avions des politiques publiques telles que des écoles à plein temps, des laveries et des restaurants communautaires pour ces activités dans notre vie quotidienne ? Et si les soins aux enfants, aux personnes âgées et à ceux qui ne peuvent se prendre en charge n’étaient pas la responsabilité exclusive des familles – c.à.d. des femmes et des filles - mais plutôt discutés et partagés par toute la société ; les hommes et les entreprises aussi. Il s’agit de propositions que les mouvements féministes brésiliens ont formulées et exigées des gouvernements au cours des dernières années, défendues en conférences et dans les programmes de politiques en faveur des femmes, mais qui n’ont guère avancé. Il suffit de se souvenir de la longue lutte pour l’universalisation des crèches et de l’école maternelle, autre revendication insuffisamment satisfaite.

      « Le coronavirus met plus que jamais en danger les Néo-Zélandaises de l’industrie du sexe ; pourquoi est-ce que le lobby pro-décriminalisation ne les aide pas ? »
      https://seenthis.net/messages/838522

      De nombreux Néo-Zélandais sont fiers de l’esprit de leadership de Mme Ardern. Le gouvernement a préparé des mesures de compensation financière pour les employés, les entreprises et les entrepreneurs individuels afin de réduire leur fardeau financier, car il est demandé aux gens de s’isoler pour empêcher le virus de se propager. Elle en a présenté les détails sur un site web intitulé Unite Against COVID-19.

      Women’s Refuge, une organisation qui coordonne un réseau de refuges pour les victimes de violence conjugale dans toute la Nouvelle-Zélande, a reconnu que l’une des plus grandes préoccupations de cette mise en quarantaine est que de nombreuses femmes et de nombreux enfants ne sont pas en sécurité à la maison. La directrice générale de l’organisation, la Dre Ang Jury, a expliqué que « bien que cela soit clairement très nécessaire, l’auto-isolement signifiera probablement une escalade de la violence pour de nombreuses femmes ».

      L’alternative pour de nombreuses femmes serait de rejoindre les 34 000 Néo-Zélandais-es et plus qui souffrent d’une grave pénurie de logement. Or, les femmes sans-abri sont plus vulnérables que leurs homologues masculins, notamment en raison du risque élevé de violence sexuelle. Pour les femmes, les menaces de violence conjugale, de sans-abrisme et de prostitution sont liées, et bon nombre des femmes en prostitution ont connu la violence conjugale, ainsi que le sans-abrisme et l’itinérance.

      (...)

      Les adeptes d’une dépénalisation intégrale de la prostitution affirment souvent qu’il n’est pas possible d’éliminer complètement le risque de violence et de maladie lié à la prostitution, parce que la prostitution est inévitable et ne peut être arrêtée, et parce qu’elle est essentielle — certains hommes ne pouvant tout simplement pas survivre sans avoir accès à des femmes sur le plan sexuel. Ainsi, offrir aux femmes des brochures et des préservatifs, et normaliser la prostitution en la légitimant au plan juridique serait le mieux que l’on pourrait faire.

      Pourtant, après l’annonce de la quarantaine liée à la COVID-19, le NZPC a mis à jour la page d’accueil de son site web pour annoncer que la prostitution devait être stoppée avant minuit mercredi. Cette page se lit maintenant comme suit :

      « INFORMATION SUR LA COVID-19 : DIRECTIVES POUR L’ARRÊT DU TRAVAIL SEXUEL PAR CONTACT PHYSIQUE AVANT MINUIT MERCREDI 25 MARS 2020

      La NZPC reconnaît que le travail du sexe est un travail et constitue la principale forme de revenu pour un certain nombre de personnes.

      Cependant, comme la Nouvelle-Zélande passe au niveau d’alerte 4, les travailleuses du sexe sont priées de se conformer à l’obligation de rester chez elles pendant la période d’isolement de quatre semaines indiquée par le gouvernement. Seuls les travailleurs des services essentiels seront autorisés à travailler. Le travail du sexe n’est pas classé parmi les services essentiels (médecins, pharmaciens, police, ambulance, pompiers, vétérinaires, production alimentaire et supermarchés).

      C’est pourquoi la NZPC souhaite que toutes les travailleuses du sexe respectent l’interruption de quatre semaines.

      En cas de non-respect, des fonctionnaires pourraient se rendre sur votre lieu de travail pour faire respecter cette directive ».

      Le message se termine par un lien vers le site web Work and Income New Zealand (WINZ) et vers le site gouvernemental Unite Against COVID-19.

      Cette notification sur le site web de la NZPC comporte quelques concessions. La première est que la prostitution peut être arrêtée — et immédiatement — si la volonté politique est présente et si le besoin est considéré comme urgent. Le fait que le taux de violence sexuelle contre les femmes dans la prostitution soit plus élevé que celui commis dans tout autre contexte n’a tout simplement jamais constitué une menace suffisamment urgente à leurs yeux. La deuxième concession est que les hommes n’ont pas réellement besoin de la prostitution – celle-ci n’est ni essentielle, ni un besoin humain, ni un droit. C’est une chose dont les hommes peuvent se passer.

  • Le sexe du talent
    Sur le talent indéniable de Polanski et le déni de talent fait à Adèle Haenel.


    C’est une réflexion qui m’est venu de la discutions sur le texte de Despentes suite au César du meilleur réalisateur donné à Polanski.
    https://seenthis.net/messages/828405#message828807
    Un texte féministe mentionne que le talent de Polanski est indéniable, et ca m’a fait pensé à pas mal de choses.

    Pour documenté le déni fait au talent d’Adèle Haenel :
    https://sandrine70.wordpress.com/2020/03/01/apres-les-cesar-la-guerre-des-sexes-naura-pas-lieu

    Que Portrait de la jeune fille en feu ait été volontairement boudé, on ne peut finalement guère s’en étonner. Car les César ne se sont jamais vraiment intéressés au cinéma en tant qu’art, plus à son industrie. On regrette juste que parce que c’est un film exigeant, mais aussi parce que c’est un film subversif (montrer l’amour entre femmes et dans l’égalité, c’est bien plus subversif que céder aux sirènes du regard pornographique comme dans « la vie d’Adèle »), il ne puisse être accessible au-delà d’un nombre de personnes qui reste trop restreint.

    Comme je part en hors sujet, je réunis les infos ici.

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    Sur le texte de Lise B pointé par @vanderling
    https://lisefeeministe.wordpress.com/2020/03/02/les-cesar-2020-consacrent-lextraordinaire-impunite-de-roma

    « Les amis de Polanski » nous disent, entre autres, qu’il n’est pas un justiciable ordinaire car c’est un auteur accompli, un grand artiste, créateur d’une œuvre sublime. On peut tout d’abord relever un lien logique suspect entre son talent (qui est indéniable) et le rapport de ce dernier avec la justice criminelle. A écouter ces gens-là, ce talent aurait pour conséquence qu’il serait hors de question de porter un quelconque jugement sur sa consécration ni qu’il perde une journée de plus de sa vie en prison. Mais qui décide de cette utilité sociale extra-ordinaire ?

    Prenons un exemple particulièrement saillant en ce moment : en plein mois de février, quand nous avons froid et que notre chaudière tombe en panne, qui peut se passer d’un bon plombier-chauffagiste ? Nous serions sûrement très fâchées que notre excellent chauffagiste, lui aussi nommé Roman Polanski, aille en prison pour le viol d’une jeune fille de 13 ans précisément en plein hiver, mais la loi est ainsi faite en démocratie que même les professionnels exceptionnels et indispensables sont comme tous les autres citoyens, passibles des mêmes peines pour les mêmes crimes.

    Personne ne parle du talent perdu de ces 12 victimes de Polanski. Si Polanski avait été arrêté pour les 12 viols qu’il a commis, ces films n’auraient pas été fait et on ne s’en serait pas plus mal sorti. Mais le talent (qui est indéniable) de Polanski c’est un talent qui compte car on ne dénie pas le talent des phallopores qu’ils soient cis ou femmes-trans. Le talent qui ne compte pas c’est celui des femmes cis et des hommes-trans, car personne ne parle du talent perdu de ces 12 femmes (et peut être plus) qui s’est peut être perdu à cause de Polanski. Ca me fait pensé à la sœur de Shakespeare dont parle Virginia Woolf. Qui pleur le talent perdu de toutes ces filles et femmes que les hommes détruisent à coup de bite ? Combien de génie au féminin avons nous perdus à cause des violences masculines ? aucune en fait car contrairement au talent de Polanski qui est INDÉNIABLE, le talent des femmes cis et des hommes-trans est toujours DÉNIABLE. Les Césars l’ont montré très clairement à Adèle Haenel et illes le montrent jours après jours aux femmes, d’Alice Guy à Céline Sciamma.

    Il y a aussi cet exemple du talent du plombier chauffagiste ou du boulanger qui serait non reconnu au prétexte qu’il violerait. Ca me fait pensé que pour le talent d’une boulangère ou d’une plombière-chauffagiste on ne se pose même pas la question. Elle n’aura pas besoin de commettre des crimes pour se voire dénier son talent. Il suffit qu’elle ne sois pas belle, qu’elle ne sois pas mère, qu’elle ne sois pas jeune, et son « talent » de boulangère-plombière,chauffagiste ne vaudra pas tripette.
    #déni #talent

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    Un texte féministe sur l’age des femmes et des hommes.
    Je met ce passage en avant, il montre la dénégation des talents des femmes et leur réduction à un objet à visé décorative.

    Dans de nombreuses industries, en tout cas, l’invisibilisation des femmes de plus de 50 ans demeure quasi-systématique. Exemple classique : les médias, et plus particulièrement la télévision. Où sont en effet les équivalents féminins de Michel Drucker, Jean-Pierre Pernaut, Jean-Jacques Bourdin ? (j’aurais pu citer Claire Chazal, si elle ne s’était pas fait évincer par TF1 à l’âge canonique de 58 ans…) Cantonnées à la météo ou condamnées à jouer les chroniqueuses, les femmes dites « mûres » se font discrètes sur le petit écran.

    La réalité n’est-elle pas qu’on les écarte de la scène parce qu’elles portent moins bien la jupe pailletée et le décolleté plongeant qu’une femme de 30 ans ? Parce que le désir qu’elles provoquent est la raison première de leur présence à l’écran, avant même leurs compétences de journaliste et/ou présentatrice ? Parce que les décideurs des chaînes de télévision sont des hommes (de plus de… 50 ans), qui procèdent avant tout en fonction de leurs fantasmes ?

    Au cinéma, la situation est encore plus critique. Les jeunes actrices sont fétichisées, portées aux nues entre 20 et 25 ans, avant de laisser la place à leurs plus jeunes sœurs. Le cimetière du cinéma est plein de ces jeunes espoirs féminins ayant trop tôt disparu, abruptement remplacées par de nouvelles sensations plus jeunes, plus lisses et plus aptes à flatter l’implacable regard masculin.

    Quant aux femmes plus âgées, elles se font rares sur le grand écran. Sur l’ensemble des films français de 2015, seuls 8 % des rôles ont été attribués à des comédiennes de plus de 50 ans. En 2016, c’était 6 %.

    https://egalitaria.fr/2020/02/28/quel-est-le-probleme-avec-lage-des-femmes

    Je vais voir si je trouve la moyenne d’age des meilleur interprètes féminines pour les César, j’ai comme l’impression que leur talents sera en lien avec leur jeunesse.
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    Toujours sur le talent au féminin, une campagne féministe :
    « Fières de nos talents »

    En avant-première du 8 mars 2020, sept associations* et les Éditions iXe lancent la campagne FIÈRES DE NOS TALENTS ET DES MOTS QUI LES DISENT ! Car, au féminin, les noms qui désignent les activités longtemps monopolisées par les hommes continuent d’être mal aimés, ou distordus pour ressembler encore et toujours à des noms masculins .

    Il s’agit d’une carte postale que chaque groupe va diffuser dans ses réseaux, qu’on peut se procurer auprès des Éditions iXe (par 100 exemplaires minimum, au prix de 0,10 € la carte postale) pour les distribuer gratuitement ou les vendre, et dont le visuel est libre de droits : il peut circuler sur les réseaux sociaux.

    Cette campagne fait suite à l’action des diplômées en doctorat de mathématiques de l’Université Lyon 1, qui ont souhaité voir écrit le mot « doctoresse » sur le procès-verbal de leur soutenance et sur leur diplôme, et non celui de « docteur ». Or il s’avère que cette inscription n’est qu’une vieille habitude du temps où les femmes n’étaient pas admises dans les universités. De fait, aucun diplôme ne devrait présenter de titre (ni au féminin, ni au masculin), mais seulement le nom du diplôme lui-même (licence, master, doctorat…).

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    Ca me fait pensé aussi à l’expression Ténor du Barreau, qui ne s’accorde pas au féminin dans une profession ou il y a 50% d’écart de revenus entre les femmes et les hommes.
    Cf : https://seenthis.net/messages/748347

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    Il y a des salons "Talents de femmes" un peu partout en France, les affiches valent leur poids en magazine Jeune et jolie !

    • Un exemple frappant de la différence entre le talent des uns et celui des unes.
      Source ; https://seenthis.net/messages/828828

      Citation du touit d’Olivier Carbone, directeur de casting :

      « Vu mes sources Haenel, tu vas avoir une bonne surprise très prochainement avec une bonne omerta carrière morte bien méritée qui te pend au nez ! »

      « Haenel tu es minuscule par rapport au talent de Roman ! Tu es qui pour avoir le melon et la raconter comme ça face à un monstre vivant ! Tu fous la gerbe »

      Polanski mérite un césar pour les 12 viols qu’il a commis. Il a d’ailleur été nominé 12 fois. Il en a le droit car c’est un monstre sacré. Adèle Haenel mérite l’omerta pour ne pas avoir respecté l’omerta. Elle n’a pas fait la potiche. Et elle a gâcher la fête à neuneud du cinéma bankable. Le Boys club des cocaïnomanes lui promet le châtiment ultime, le Damnatio memoriae et vu ce qu’a voté la communauté française du cinéma aux césar il y a de sérieuses raison de croire qu’une armé de biteux va se déchainé sur elle.

      #grand_homme #boys_club #omerta #backlash #mérite #violences_masculine #violences_économique #damnatio_memoriae

    • Une citation de Lambert Wilson qui me semble assez parlante niveau grandeur masculine et petitesse féminine. Un grand qui pleur sur le crime de lèse-magesté dans une reprise des meilleurs gags de la folie des grandeurs.

      « Et en plus, qu’est-ce qu’on va retenir de la vie de ces gens par rapport à l’ énormité du mythe de Polanski ? Qui sont ces gens ? Ils sont minuscules »

      https://www.ouest-france.fr/culture/polanski-terrorisme-apres-les-cesar-lambert-wilson-denonce-un-lynchage-
      #grand_homme et #petite_femme

    • Pour une critique de l’art contemporain : questions de méthode
      https://blogs.mediapart.fr/antoineidier/blog/060420/pour-une-critique-de-l-art-contemporain-questions-de-methode

      Le champ de l’art contemporain connaît depuis quelques temps un regain de politisation et de contestation interne bienvenu, dans un espace habituellement pauvre en dissensus et en confrontation. Si ce n’est que le diagnostic global, en des termes purement économiques – une dénonciation du « marché », du « capitalisme », de « l’art et l’argent » ou d’une « entreprise culture » –, fait fausse route.

      Je pense notamment à plusieurs ouvrages parus depuis 2017, à diverses publications, ainsi qu’à des mobilisations majeures qui ont eu lieu ces derniers mois – notamment contre la réforme des retraites, autour du mouvement « L’art en grève », par des interventions sur la rémunération ou les conditions de travail, etc. Il n’y a évidemment aucun doute quant à l’importance et la nécessité de ces mobilisations, et quant à l’importance et la nécessité de les soutenir, en particulier dans un secteur où il y a habituellement peu de mobilisations collectives. Il y a même urgence à se préoccuper de la situation économique du champ de l’art : pour nombre de ses acteurs, en premier lieu les artistes, une préoccupation quotidienne est de réussir à payer leur loyer, à se nourrir et à pourvoir à des besoins immédiats. La question a encore plus d’acuité en pleine crise du Covid19 qui prive les indépendants de revenus sans possibilité de compensation.

      Mais il s’agit aussi de formuler une critique « de gauche » et d’adresser des questions aux mouvements dont ces mobilisations sont parties prenantes. Pour le dire simplement : c’est faire erreur – et se mentir collectivement – que de prendre comme point de départ l’hypothèse selon laquelle la situation actuelle du champ de l’art s’explique par sa soumission à l’argent, au marché et au capitalisme, et que cette soumission détermine toutes les conditions de possibilité à l’intérieur du champ.

      Ces derniers mois, j’ai parfois été très étonné de voir des individus particulièrement mobilisés alors que, par ailleurs, leur travail artistique est très conforme aux attentes dominantes du champ et très peu politisé – pour le dire rapidement, c’est un travail « formel » ou « formaliste », avec un discours et des considérations très esthétiques –, une forme typique d’habitus clivé comme le dit Geoffroy de Lagasnerie dans son intervention au Conservatoire de Paris (1). Comme s’ils opéraient une dichotomie très nette entre un engagement politique et une production artistique. Et comme si leur critique de l’art pouvait laisser de côté leur propre travail et leurs propres engagements esthétiques.

      À limite, il sera aisé de communier contre le marché et les fondations avec quelqu’un avec lequel on n’est artistiquement en accord sur rien, voire dont on pense le travail foncièrement réactionnaire. Dans les écoles d’art, pourtant souvent traversées par de vives tensions et de vrais désaccords esthétiques, il y a souvent un unanimisme suspect pour bannir tout enseignement des mécanismes économiques et du marché – quand bien même on pourrait penser que maîtriser les catégories conceptuelles de l’économie permet aussi d’en faire une critique plus efficace et d’en subvertir les dispositifs, et que tous les étudiants ne sont pas égaux dans la maîtrise de ces dispositions.

      En outre, à gauche de l’art, on discute bien peu d’esthétique, et des valeurs esthétiques dominantes. C’est aussi qu’est évacuée toute discussion symbolique. On le sait, un des principes de base de la valeur artistique (la valeur d’un travail artistique, d’une œuvre d’art, du nom d’un artiste) est sa double valeur, tant « symbolique » – c’est-à-dire que l’art est reconnu comme tel, et qu’une contribution est reconnue comme importante, contemporaine, en résonance avec les préoccupations d’une époque, légitimée aux yeux des acteurs du champ, etc. –, qu’« économique » – c’est-à-dire sa valeur sur le marché, son évaluation monétaire, sa cote.

      C’est un problème ancien, notamment investi par la sociologie de la culture élaborée par Pierre Bourdieu : une critique qui se soucie principalement du marché (oubliant, par ailleurs, que « le marché » n’existe pas : il y a des marchés et des acteurs économiques très différents) ou des mécanismes économiques laisse totalement de côté le symbolique et la légitimité artistiques. Elle ne se demande pas : qui produit les artistes et les acteurs du champ de l’art ? Quelles sont les valeurs artistiques dominantes, quel est l’art légitime, quel type d’art est produit, montré, valorisé par les institutions du champ (centres d’art, musées, galeries, etc.) ? Où est le pouvoir qui détermine quel est l’art d’aujourd’hui et qu’est-ce que ce pouvoir consacre ? La critique du champ de l’art doit aussi et avant tout prendre en compte le symbolique et la production de la légitimité.

      Bien sûr, il ne fait aucun doute que l’action des fondations – ou plutôt de certaines fondations – pose de graves problèmes. Notamment du fait d’un déplacement et d’une concentration du pouvoir dans les mains de quelques acteurs et d’une perte d’autonomie de l’artistique par rapport à l’économique. La Fondation Louis Vuitton en est un très bon exemple : elle est devenue si puissante qu’elle peut obtenir ce qu’elle veut, par exemple, de la part de musées dépendants du mécénat, des prêts de toiles précieuses et d’ordinaire rarement prêtées – comme, en 2015, Le Cri que le Musée Munch d’Oslo refuse de faire voyager depuis le début des années 2002 –, ou l’élaboration d’un protocole diplomatique permettant de faire venir la collection Chtchoukine en 2016, objet d’un conflit avec des héritiers du collectionneurs (3).

      Mais, monstre économique, la Fondation est aussi un poids lourd symbolique : il est indéniable que, sur des critères proprement esthétiques et artistiques, il s’y passe des choses importantes et reconnues ; et c’est notamment une des forces de la fondation d’avoir constitué son équipe actuelle en faisant venir des personnalités consacrées et à leur tour consacrantes (en l’occurrence, les anciennes équipes du Musée d’art moderne de la Ville de Paris).

      Les lieux de pouvoir

      Il ne faut pas se leurrer non plus : l’argent du mécénat pose lui aussi de nombreux problèmes. D’une part, son poids accru, la réduction des financements publics et l’obligation de trouver de l’argent ailleurs (« il faut développer les ressources propres », dit-on de manière euphémisée) créent de fait une perte d’autonomie et une dépendance. D’autre part, comme la Cour des comptes le soulignait très clairement en 2018 (et, plus tard, le scandale de l’incendie de Notre-Dame), le principe de défiscalisation du mécénat conduit à ce que l’argent public sert à faire des bénéfices privés et est capté par quelques très grands mécènes.

      Mais, à mal localiser le pouvoir, on en situe mal la critique. Le pouvoir n’est pas exclusivement à la frontière entre le seizième arrondissement de Paris et Neuilly. Il est aussi en plein cœur de la capitale : le Centre Pompidou, institution publique, est aujourd’hui un des lieux les plus puissants de l’art français.

      Il est frappant de voir que le champ de l’art est si peu porté à se demander pourquoi un artiste ou un travail artistique existe et se voit accorder de l’intérêt : non pas parce que cet artiste ou son travail est doté d’une force esthétique en soi, mais parce que les autres – en l’occurrence ceux qui ont le pouvoir de décider de cela – le reconnaissent comme ayant une force esthétique. Je pense souvent à cette formule de Michel Journiac : « Greco a disparu pendant deux siècles ; [Maurice] Barrès l’a fait ressusciter. (4) »

      Or, précisément, le Centre Pompidou est un des lieux majeurs de la consécration. Dans un marché symbolique qui fonctionne par accumulation de la valeur (en schématisant : pour un artiste, quelques pièces exposées dans des petits centres d’art rendent alors possible l’achat d’une œuvre par un Fonds régional d’art contemporain, achat qui justifie alors une exposition dans un musée important en région, laquelle peut justifier l’achat d’une pièce par le Fonds national d’art contemporain, etc.), au sommet de la pyramide, quelques lieux dont le Centre Pompidou donnent le la de la raison artistique. Quand un artiste a une monographie à Beaubourg, c’est parce qu’il est un grand artiste… mais il est aussi un grand artiste parce qu’il a eu une monographie à Beaubourg. (Ce qui donne lieu à des règles tacites : un artiste qui a une exposition solo dans une grande institution parisienne sait qu’il n’aura pas tout de suite d’exposition à Beaubourg ; donc celui qui attend Beaubourg sait qu’il ne doit pas accepter une grande exposition monographique ailleurs dans la capitale.)

      Le Centre Pompidou est aussi une puissance instance de consécration pour le public, y compris le plus éloigné du cœur du champ, du fait de sa force de frappe en nombre de visiteurs. Là où, en des étapes antérieures, tel FRAC ou tel musée départemental, reconnus pour le goût sûr de ceux qui y officient mais avec un public moindre, ont plutôt un effet prescripteur pour le cœur du champ (les « professionnels »), Beaubourg touche largement (le « grand public » – en tout cas, le grand public suffisamment doté socialement pour mettre les pieds à Beaubourg, ce qui est bien sûr très loin du grand public), en tant que lieu au puissant pouvoir de prescription.

      Quand je participais au jury d’admission de l’école d’arts de Paris-Cergy, où un nombre important de candidats non-parisiens (et parfois très éloignés de Paris), de 18-20 ans, se présentaient, nous leur demandions souvent : « quelle exposition marquante avez-vous vu récemment ? » « quel artiste vous a touché ? ». Le plus souvent, la réponse était une des grosses expoitions parisiennes de Beaubourg ou du Palais de Tokyo. La question, en fait, est stupide : par un effet de l’examen, la réponse est rarement spontanée, mais celle qui apparaît comme attendue (elle ne dit pas grand-chose des goûts de la personne qui répond, mais plutôt des attentes qu’il perçoit chez ses interlocuteurs – des profs d’une grande école parisienne). Mais, en discutant avec eux, nous nous apercevions aussi qu’ils avaient vu l’exposition la veille : du fait de la centralisation culturelle, profitant du séjour à Paris, ils allaient voir quelques unes des expos « importantes » du moment – Beaubourg ou le Palais de Tokyo étaient un des points de passage obligés. C’est ainsi que se forme un large « goût » artistique.

      Le problème de Beaubourg, ce n’est alors pas qu’il est soumis au marché, mais que l’esthétique qu’il promeut est largement discutable. Où sont les expositions des artistes femmes ? Le ratio, pour les grandes expositions monographiques, est actuellement de quatre pour une : en 2019, Vasalery, Bernard Frize, Francis Bacon, Christian Boltanski… et Dora Maar ; en 2018 : César, David Goldblatt, Chagall/Lissitzky/Malevitch, Franz West… et Sheila Hicks (sans même rentrer dans le détail des expositions thématiques collectives). Où sont les artistes non-blancs ? Quelle est la place accordée aux questions politiques, aux mouvements sociaux, au féminisme, à la sexualité, à l’antiracisme, au postcolonialisme (5) ? Il faudrait aussi analyser les hiérarchies internes et la répartition des espaces : quand une très belle exposition a lieu sur l’histoire de la photographie sociale engagée (mais, d’ailleurs, sur l’histoire, pas sur le présent de la photographie engagée – « Photographie, arme de classe », 2018-2019), c’est au sous-sol, dans un espace réduit, gratuit, etc. (c’est-à-dire l’exposition qu’on visite « en plus », rapidement, fatigué de la grosse exposition payante que l’on vient de voir).

      Qui en est responsable ? Ce ne sont pas les galeries ou les fondations, mais bien la présidence et la direction, les conservateurs qui élaborent le programme, la conception qu’ils se font de ce que le Centre doit exposer… mais aussi, plus fondamentalement, toute l’histoire qui a produit comme artistes et art consacrés ceux qui sont montrés. Beaubourg, en tant qu’ultime étage de la pyramide, condense à la fois l’histoire présente, passée et future du champ de l’art : pour être à la hauteur de sa réputation en même temps qu’il s’agit de la conserver, Beaubourg ne peut montrer que des travaux ou des artistes que les étages juste en-dessous ont suffisamment reconnus comme légitimes. Une expo à Beaubourg met à la fois en jeu Beaubourg lui-même, mais aussi tous les échelons intermédiaires et antérieurs de la consécration qui rendent possible l’exposition à Beaubourg. Et la dépolitisation, l’esthétique esthétisante, le formalisme qui globalement caractérisent Beaubourg, sont au fond les symptômes des tendances dominantes de l’art français.

      Prenons un autre lieu de production de capital symbolique : la Biennale de Venise, à la consécration tant internationale (être exposé à la Biennale, c’est intégrer un certain niveau de l’art international) que nationale (pour l’artiste choisi qui « représente » la France). Or la programmation du Pavillon Français est une pure décision de l’autorité publique (Ministère de la culture et Ministère des affaires étrangères), selon un processus plus ou moins opaque, qui varie selon les années, mais qui a associé, pour les derniers choix, un comité de sélection composé de personnalités des plus légitimes et des plus reconnues du champ, comité dans lequel tant les institutions publiques que le corps des conservateurs du patrimoine, fonctionnaires de la culture, étaient loin d’être sous-représentés. Or, les choix des artistes ces dernières années sont très conformes aux attentes dominantes du champ de l’art français, et aux choix opérés par les institutions publiques : il suffit de regarder même rapidement les CV des artistes retenus pour les trois dernières biennales pour voir qu’ils sont passés par certain nombre de lieux publics, lesquels ont concouru à légitimer ces artistes selon une forme de cursus honorum des prestiges. Quant à la grande exposition de la Biennale, cible de nombreuses critiques, elle était confiée en 2017 à une conservatrice en chef du Musée national d’art moderne du Centre Pompidou, et pure produit des institutions culturelles publiques françaises.

      C’est pour cela qu’accuser le seul marché revient à occulter l’ensemble de la production de la légitimé, dont le marché n’est que très partiellement partie prenante (c’est évacuer, aussi, que le « marché » permet à certains d’exister parce qu’un autre système – par exemple un circuit de reconnaissance plus « institutionnel » – ne leur permettrait pas, pour une raison ou pour une autre). Ce sont les expositions, les critiques, les aides et bourses, les acquisitions dans des collections publiques – pour un artiste, avoir une œuvre dans une de ces collections, c’est signifier à ses interlocuteurs futurs que d’autres avant eux ont jugé votre travail digne d’intérêt. D’ailleurs, quand on discute avec celles et ceux qui gèrent ces collections, ils peuvent être tout à fait lucides rétrospectivement sur les lacunes qu’elles présentent (des lacunes inhérentes à l’existence même d’une collection) : absences parfois criantes, sur-représentations qui a posteriori semblent incompréhensibles. Le goût se révise au fur et à mesure que l’histoire s’écrit, mais le goût s’invente également au quotidien par l’accumulation de ces légitimations symboliques.

      En fait, le symbolique est précisément la condition de l’économique : si une institution peut se permettre de ne pas payer l’artiste qu’elle expose (ça marche également pour une galerie qui escroque son artiste), c’est parce qu’elle sait très bien que le capital symbolique qu’elle lui apporte, ainsi que la promesse d’un profit encore plus grand à l’avenir, rendu possible par cet apport initial de capital, l’emportera sur l’absence d’argent.

      Les profits de l’irresponsabilité

      L’avantage de dénoncer le seul marché, c’est qu’il n’y aura personne pour vous contredire tant c’est le discours le plus convenu, et peut-être le plus satisfait de soi-même. Au moment de la parution de La Distinction, dans un entretien avec Didier Eribon, Pierre Bourdieu expliquait que « les intellectuels ont intérêt à l’économisme qui, en réduisant tous les phénomènes sociaux et en particulier les phénomènes d’échange à leur dimension économique, leur permet de ne pas se mettre en jeu » (6). Je remplacerai volontiers « intellectuels » par « acteurs du champ de l’art ». La critique du seul marché a une fonction sociale très précise : renvoyer à une entité abstraite, extérieure (et, par ailleurs, grossière, faisant fi des hiérarchies entre le petit galeriste parisien et la galerie internationale, etc.), permet d’évacuer la question du fonctionnement global du champ, de tous les échelons du pouvoir, de sa propre contribution et des hiérarchies desquelles on est soi-même, inévitablement, partie prenante.

      Ainsi, il reste à faire une analyse véritablement critique du champ de l’art, de ce qu’il produit artistiquement, de son fonctionnement et de l’idéologie artistique dominante qui le justifie. Personne ne vous reprochera de dénoncer le marché ou l’argent, c’est une des positions les moins exposées. C’est plus facile – et moins coûteux en termes de profit symbolique – de dénoncer le marché de l’art que, pour un artiste, se demander quelles œuvres d’art il produit ; pour un enseignant en école d’art, se demander ce qu’il enseigne ou comment il enseigne ; pour un commissaire, quels artistes il expose ; pour un critique, quels artistes il soutient ; pour un directeur de FRAC, à quels artistes il achète des œuvres ; pour quelqu’un qui siège dans une commission, quel type de décisions et quelles légitimités produit cette commission, etc. Discuter des conditions de production sans discuter de la production elle-même n’est pas un gage de progressisme.

      À l’automne dernier, une journaliste influente et considérée comme une voix dissonante pouvait se réjouir d’un « choix radical », celui de ne pas faire figurer de cartel explicatif dans l’exposition Francis Bacon du Centre Pompidou. « Comme s’il fallait tout contextualiser, tout historiciser, tout asséner », écrivait-elle, « et dissiper à coup de références le mystère de la création » (7). Choix le moins radical qu’il soit, et le plus conforme à une pensée bourgeoise magique du génie artistique qui pénètre et transporte naturellement le visiteur : le « mystère de création » n’est pleinement saisissable que par celles et ceux qui ont les compétences et les dispositions esthétiques pour le lire, lesquelles sont avant tout des compétences et des dispositions sociales.

      Il ne s’agit pas de procéder à une dénonciation nominative (encore que, parfois…), mais une critique des habitus et des inconscients, et de leurs effets concrets dans la production artistique contemporaine. J’ai beaucoup parlé de Beaubourg : ceux qui y décident sont principalement des conservateurs de musée, devenus membres d’un corps à la suite d’un concours extrêmement sélectif, dont la critique est relativement banale. Tant la formation (il est courant dans le milieu de se moquer des cours et des examens « sur diapositive » de l’École du Louvre, voie royale pour devenir conservateur, où il s’agit de savoir identifier de mémoire des œuvres à partir de leur reproduction) que les modalités de sélection des conservateurs (une des épreuves phares du concours consiste à reconnaître et commenter quatre reproductions, sans titre, sans auteur, sans date et sans légende) définissent un profil et une relative uniformité des catégories de jugement et des critères de la perception esthétique – sans compter l’homogénéité sociale qui caractérise le milieu.

      Mais il y a aussi les écoles d’art : qui les dirige, qui y enseigne, avec quel enseignement, quels étudiants sont sélectionnés, avec quelles qualités attendues, et quels étudiants en sortent ? Quand je travaillais à l’école de Paris-Cergy, nous avons eu de nombreuses discussions sur l’enseignement de l’histoire de l’art : dans une école qui se voulait « expérimentale » ou « pratique », au fil des années les cours d’histoire de l’art se trouvaient réduits à la portion congrue, perçus comme des vestiges de l’académisme et de la vieille pédagogie, magistraux, descendants, incapables de couvrir l’ensemble des intérêts des étudiants, etc. Nous étions parfois prêts à croire qu’il fallait laisser les étudiants aller librement vers les références historiques qui les aideraient, que leur « créativité » les guiderait… mais cette inclinaison ne faisait que ratifier l’écart entre ceux qui disposaient déjà d’une culture historique et artistique (par leur famille, leur milieu), et ceux qui n’en avaient pas. Et ce n’est qu’une des croyances dont les écoles d’art sont traversées. Lesquelles ne sont que des acteurs parmi d’autres – avec les critiques, les commissaires, les institutions, – DRAC, FRAC, centres d’art, musée… ainsi que les fondations, les galeries, les prix, les bourses, etc.

      S’il y a un lieu commun des interventions qui se veulent critiques sur l’art, c’est dans l’usage du terme « fétichisation ». Mais s’il y a en effet fétichisation, c’est-à-dire un effacement des conditions sociales de production, c’est bien une fétichisation symbolique : l’art consacré est le produit de tout un système, d’un champ entier et d’un ensemble d’acteurs mus par certain nombre de croyances et de représentations. En circonscrire l’analyse, c’est circonscrire la possibilité de le transformer réellement.

      (1). « Penser (l’art) dans un monde mauvais », 12 octobre 2018, https://www.youtube.com/watch?v=FH5liBXAMIY

      (2) Roxana Azimi, « La Fondation Vuitton à pied d’œuvres », Le Monde, 3 avril 2015, https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2015/04/03/la-fondation-vuitton-a-pied-d-uvres_4608406_4497186.html ; Harry Bellet et Roxana Azimi, « Chtchoukine : comment Vuitton a mis (presque) tout le monde dans sa poche », Le Monde, 22 octobre 2016, https://www.lemonde.fr/arts/article/2016/10/22/chtchoukine-comment-vuitton-a-mis-presque-tout-le-monde-dans-sa-poche_501860

      (4) Michel Journiac, Écrits, 2013, p. 156. Soit dit en passant : si Barrès redécouvre Le Greco – et donc si Le Greco existe pour nous aujourd’hui –, c’est aussi à travers l’obsession de Barrès pour les « Arabes » et les « Juifs », pour les traces de « la plus belle lutte du romanisme et du sémitisme » (Greco ou le secret de Tolède)

      (5) Sur l’homosexualité, cf. mon texte « Démonstration de respectabilité : Pureté d’Hockney et Twombly au Centre Pompidou », Diacritik, 20 juillet 2017, https://diacritik.com/2017/07/20/demonstration-de-respectabilite-purete-dhockney-et-twombly-au-centre-pomp

      (6) Pierre Bourdieu, « L’art de résister aux paroles », Questions de sociologie, 2002, p. 10.

      (7) Roxana Azimi, « Le paradoxe du cartel », Le Quotidien de l’art, 12 septembre 2019, https://www.lequotidiendelart.com/articles/15958-le-paradoxe-du-cartel.html

    • Penser (l’art) dans un monde mauvais
      https://www.youtube.com/watch?v=FH5liBXAMIY


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      Les transclasses ou l’illusion du mérite par Chantal Jaquet
      https://www.youtube.com/watch?v=BwoLZgwZxLI

      « Quand on veut, on peut ».. pas vraiment pour la philosophe Chantal Jaquet pour qui le mérite est une pure construction politique destinée à conforter l’ordre social. Car en insistant sur les capacités personnelles des individus, l’État se dédouane de ses responsabilité collectives. Chantal Jaquet , philosophe et directrice du Centre d’Histoire des Philosophies modernes de la Sorbonne, a popularisé le terme de « transclasses » dans ses derniers ouvrages. Un mot qui désigne à la fois une réalité sociale mais aussi une construction politique, celle de la méritocratie.

  • #Gretel_Morales : Les Mexicaines appellent à une grève nationale le 9 mars après une série de féminicides extrêmement violents.
    https://tradfem.wordpress.com/2020/02/24/des-mexicaines-appellent-a-une-greve-nationale-apres-une-serie-de

    Des militantes féministes, des utilisatrices de réseaux sociaux et des Mexicaines en général appellent à une grève nationale le 9 mars, au lendemain de la Journée internationale des luttes de femmes, commémorée le 8 mars.

    Le 9 mars, les Mexicaines se proposent de ne pas se présenter au travail, de ne pas aller à l’école, de ne pas y emmener leurs filles et de ne rien acheter. Elles invitent également les hommes à agir en alliés et à appuyer les femmes cette journée-là.

    Leur objectif est de rendre visible le rôle des femmes dans la société mexicaine et de poser un geste radical contre le féminicide, la misogynie et l’inégalité.

    La Journée internationale des luttes de femmes est endossée par les Nations Unies depuis 1975, mais le mouvement féministe la célèbre depuis le début des années 1900. Cette date a été établie dans un effort de promotion des droits des femmes, en particulier le droit de vote.

    Cette date constitue maintenant une opportunité importante de promotion des enjeux et de droits des femmes, particulièrement dans les pays émergents comme le Mexique.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.eluniversal.com.mx/english/mexican-women-call-national-strike-after-series-brutal-femicides
    #violences_masculines #Mexique #mobilisations_féministes

  • #Lluís_Rabell : Minuit dans la forêt du porno féroce
    https://tradfem.wordpress.com/2020/02/21/minuit-dans-la-foret-du-porno-feroce

    « Nous devons abolir la pornographie ! » La voix de la chercheuse historique et militante féministe #Sheila_Jeffreys a résonné avec force à la clôture du 1er Forum international sur le féminisme et la pornographie , qui s’est tenu les 13, 14 et 15 février à Santa Coloma de Gramenet, sous les auspices du conseil municipal – et l’engagement personnel du maire socialiste Núria Parlón . Un pari courageux, sans aucun doute. Le sujet est tabou : il suffit de l’évoquer pour que surgisse une légion de défenseurs en colère du droit sans restriction de chacun de jouir de ses fantasmes. Même dans les rangs de la gauche elle-même, des allégations de morale victorienne ou de pudibonderie surgissent immédiatement.

    Mais la pornographie aujourd’hui massivement diffusée sur Internet, au grand jour, n’a rien à voir avec une transgression libératrice. Au final, pas même avec le sexe lui-même – bien qu’il apparaisse comme le vecteur de son récit. Non. La pornographie est devenue une école mondiale de la haine envers les femmes. L’industrie du porno s’inscrit pleinement dans les cadres du technocapitalisme. Il suffit de noter qu’aux États-Unis seulement, la pornographie et l’ensemble des activités commerciales qui y sont associées ont généré un chiffre d’affaires de 6 milliards de dollars en 2019. Imaginez donc son poids dans le monde entier … et la puissance que confère à cette industrie son haut degré de concentration : huit des dix principaux portails dédiés à la pornographie forment un oligopole commercial. L’un des plus populaires, Pornhub, a publié 683 millions de vidéos au cours de la dernière année : pour un visionnement complet, il faudrait rester à l’écran pendant 169 ans.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://acciofeminista26n.wordpress.com
    #pornographie #exploitation_sexuelle #violences_masculines #technocapitalisme #pornhub