• Réfugiés : contourner la #Croatie par le « #triangle » #Serbie - #Roumanie - #Hongrie

    Une nouvelle route migratoire s’est ouverte dans les Balkans : en Serbie, de plus en plus d’exilés tentent de contourner les barbelés barrant la #Hongrie en faisant un crochet par la Roumanie, avant d’espérer rejoindre les pays riches de l’Union européenne. Un chemin plus long et pas moins risqué, conséquence des politiques sécuritaires imposées par les 27.

    Il est 18h30, le jour commence à baisser sur la plaine de #Voïvodine. Un groupe d’une cinquantaine de jeunes hommes, sacs sur le dos et duvets en bandoulière, marche d’un pas décidé le long de la petite route de campagne qui relie les villages serbes de #Majdan et de #Rabe. Deux frontières de l’Union européenne (UE) se trouvent à quelques kilomètres de là : celle de la Hongrie, barrée depuis la fin 2015 d’une immense clôture barbelée, et celle de la Roumanie, moins surveillée pour le moment.

    Tous s’apprêtent à tenter le « #game », ce « jeu » qui consiste à échapper à la police et à pénétrer dans l’UE, en passant par « le triangle ». Le triangle, c’est cette nouvelle route migratoire à trois côtés qui permet de rejoindre la Hongrie, l’entrée de l’espace Schengen, depuis la Serbie, en faisant un crochet par la Roumanie. « Nous avons été contraints de prendre de nouvelles dispositions devant les signes clairs de l’augmentation du nombre de personnes traversant illégalement depuis la Serbie », explique #Frontex, l’Agence européenne de protection des frontières. Aujourd’hui, 87 de ses fonctionnaires patrouillent au côté de la police roumaine.

    Depuis l’automne 2020, le nombre de passages par cet itinéraire, plus long, est en effet en forte hausse. Les #statistiques des passages illégaux étant impossibles à tenir, l’indicateur le plus parlant reste l’analyse des demandes d’asiles, qui ont explosé en Roumanie l’année dernière, passant de 2626 à 6156, soit une hausse de 137%, avec un pic brutal à partir du mois d’octobre. Selon les chiffres de l’Inspectoratul General pentru Imigrări, les services d’immigrations roumains, 92% de ces demandeurs d’asile étaient entrés depuis la Serbie.

    “La Roumanie et la Hongrie, c’est mieux que la Croatie.”

    Beaucoup de ceux qui espèrent passer par le « triangle » ont d’abord tenté leur chance via la Bosnie-Herzégovine et la Croatie avant de rebrousser chemin. « C’est difficile là-bas », raconte Ahmed, un Algérien d’une trentaine d’années, qui squatte une maison abandonnée de Majdan avec cinq de ses compatriotes. « Il y a des policiers qui patrouillent cagoulés. Ils te frappent et te prennent tout : ton argent, ton téléphone et tes vêtements. Je connais des gens qui ont dû être emmenés à l’hôpital. » Pour lui, pas de doutes, « la Roumanie et la Hongrie, c’est mieux ».

    La route du « triangle » a commencé à devenir plus fréquentée dès la fin de l’été 2020, au moment où la situation virait au chaos dans le canton bosnien d’#Una_Sana et que les violences de la police croate s’exacerbaient encore un peu plus. Quelques semaines plus tard, les multiples alertes des organisations humanitaires ont fini par faire réagir la Commission européenne. Ylva Johansson, la Commissaire suédoise en charge des affaires intérieures a même dénoncé des « traitements inhumains et dégradants » commis contre les exilés à la frontière croato-bosnienne, promettant une « discussion approfondie » avec les autorités de Zagreb. De son côté, le Conseil de l’Europe appelait les autorités croates à mettre fin aux actes de tortures contre les migrants et à punir les policiers responsables. Depuis, sur le terrain, rien n’a changé.

    Pire, l’incendie du camp de #Lipa, près de #Bihać, fin décembre, a encore aggravé la crise. Pendant que les autorités bosniennes se renvoyaient la balle et que des centaines de personnes grelottaient sans toit sous la neige, les arrivées se sont multipliées dans le Nord de la Serbie. « Rien que dans les villages de Majdan et Rabe, il y avait en permanence plus de 300 personnes cet hiver », estime Jeremy Ristord, le coordinateur de Médecins sans frontières (MSF) en Serbie. La plupart squattent les nombreuses maisons abandonnées. Dans cette zone frontalière, beaucoup d’habitants appartiennent aux minorités hongroise et roumaine, et Budapest comme Bucarest leur ont généreusement délivré des passeports après leur intégration dans l’UE. Munis de ces précieux sésames européens, les plus jeunes sont massivement partis chercher fortune ailleurs dès la fin des années 2000.

    Siri, un Palestinien dont la famille était réfugiée dans un camp de Syrie depuis les années 1960, squatte une masure défoncée à l’entrée de Rabe. En tout, ils sont neuf, dont trois filles. Cela fait de longs mois que le jeune homme de 27 ans est coincé en Serbie. Keffieh sur la tête, il tente de garder le sourire en racontant son interminable odyssée entamée voilà bientôt dix ans. Dès les premiers combats en 2011, il a fui avec sa famille vers la Jordanie, puis le Liban avant de se retrouver en Turquie. Finalement, il a pris la route des Balkans l’an dernier, avec l’espoir de rejoindre une partie des siens, installés en Allemagne, près de Stuttgart.

    “La police m’a arrêté, tabassé et on m’a renvoyé ici. Sans rien.”

    Il y a quelques jours, Siri à réussi à arriver jusqu’à #Szeged, dans le sud de la Hongrie, via la Roumanie. « La #police m’a arrêté, tabassé et on m’a renvoyé ici. Sans rien », souffle-t-il. À côté de lui, un téléphone crachote la mélodie de Get up, Stand up, l’hymne reggae de Bob Marley appelant les opprimés à se battre pour leurs droits. « On a de quoi s’acheter un peu de vivres et des cigarettes. On remplit des bidons d’eau pour nous laver dans ce qui reste de la salle de bains », raconte une des filles, assise sur un des matelas qui recouvrent le sol de la seule petite pièce habitable, chauffée par un poêle à bois décati.

    De rares organisations humanitaires viennent en aide à ces exilés massés aux portes de l’Union européennes. Basé à Belgrade, le petit collectif #Klikaktiv y passe chaque semaine, pour de l’assistance juridique et du soutien psychosocial. « Ils préfèrent être ici, tout près de la #frontière, plutôt que de rester dans les camps officiels du gouvernement serbe », explique Milica Švabić, la juriste de l’organisation. Malgré la précarité et l’#hostilité grandissante des populations locales. « Le discours a changé ces dernières années en Serbie. On ne parle plus de ’réfugiés’, mais de ’migrants’ venus islamiser la Serbie et l’Europe », regrette son collègue Vuk Vučković. Des #milices d’extrême-droite patrouillent même depuis un an pour « nettoyer » le pays de ces « détritus ».

    « La centaine d’habitants qui restent dans les villages de Rabe et de Majdan sont méfiants et plutôt rudes avec les réfugiés », confirme Abraham Rudolf. Ce sexagénaire à la retraite habite une modeste bâtisse à l’entrée de Majdan, adossée à une ruine squattée par des candidats à l’exil. « C’est vrai qu’ils ont fait beaucoup de #dégâts et qu’il n’y a personne pour dédommager. Ils brûlent les charpentes des toits pour se chauffer. Leurs conditions d’hygiène sont terribles. » Tant pis si de temps en temps, ils lui volent quelques légumes dans son potager. « Je me mets à leur place, il fait froid et ils ont faim. Au vrai, ils ne font de mal à personne et ils font même vivre l’épicerie du village. »

    Si le « triangle » reste a priori moins dangereux que l’itinéraire via la Croatie, les #violences_policières contre les sans papiers y sont pourtant monnaie courante. « Plus de 13 000 témoignages de #refoulements irréguliers depuis la Roumanie ont été recueillis durant l’année 2020 », avance l’ONG Save the Children.

    “C’est dur, mais on n’a pas le choix. Mon mari a déserté l’armée de Bachar. S’il rentre, il sera condamné à mort.”

    Ces violences répétées ont d’ailleurs conduit MSF à réévaluer sa mission en Serbie et à la concentrer sur une assistance à ces victimes. « Plus de 30% de nos consultations concernent des #traumatismes physiques », précise Jérémy Ristor. « Une moitié sont liés à des violences intentionnelles, dont l’immense majorité sont perpétrées lors des #push-backs. L’autre moitié sont liés à des #accidents : fractures, entorses ou plaies ouvertes. Ce sont les conséquences directes de la sécurisation des frontières de l’UE. »

    Hanan est tombée sur le dos en sautant de la clôture hongroise et n’a jamais été soignée. Depuis, cette Syrienne de 33 ans souffre dès qu’elle marche. Mais pas question pour elle de renoncer à son objectif : gagner l’Allemagne, avec son mari et leur neveu, dont les parents ont été tués dans les combats à Alep. « On a essayé toutes les routes », raconte l’ancienne étudiante en littérature anglaise, dans un français impeccable. « On a traversé deux fois le Danube vers la Roumanie. Ici, par le triangle, on a tenté douze fois et par les frontières de la Croatie et de la Hongrie, sept fois. » Cette fois encore, la police roumaine les a expulsés vers le poste-frontière de Rabe, officiellement fermé à cause du coronavirus. « C’est dur, mais on n’a pas le choix. Mon mari a déserté l’armée de Bachar avec son arme. S’il rentre, il sera condamné à mort. »

    Qu’importe la hauteur des murs placés sur leur route et la terrible #répression_policière, les exilés du nord de la Serbie finiront tôt ou tard par passer. Comme le déplore les humanitaires, la politique ultra-sécuritaire de l’UE ne fait qu’exacerber leur #vulnérabilité face aux trafiquants et leur précarité, tant pécuniaire que sanitaire. La seule question est celle du prix qu’ils auront à paieront pour réussir le « game ». Ces derniers mois, les prix se sont remis à flamber : entrer dans l’Union européenne via la Serbie se monnaierait jusqu’à 2000 euros.

    https://www.courrierdesbalkans.fr/Refugies-contourner-la-Croatie-par-le-triangle-Serbie-Roumanie-Ho
    #routes_migratoires #migrations #Balkans #route_des_Balkans #asile #migrations #réfugiés #contournement #Bihac #frontières #the_game

    ping @isskein @karine4

  • Tracks. Spécial « Smartphonocène »

    En compagnie du philosophe italien Maurizio Ferraris, « Tracks » explore la relation, à tendance dévorante, que nous entretenons avec nos smartphones.

    Pour le philosophe italien #Maurizio_Ferraris, auteur de #Mobilisation_totale (éd. PUF, 2016), le téléphone portable nous maintient dans un état d’alerte permanent. Mais cette arme sociale pourrait-elle aussi aider à penser un nouveau bien-être mondial ? Un an après le début de la pandémie de Covid-19, qui a consacré le règne des écrans et du télétravail, Tracks a rencontré le philosophe chez lui, à Naples.

    #Forensic_Architecture
    Fondé par l’Israélien #Eyal_Weizman, le collectif pluridisciplinaire Forensic Architecture met en lumière la violence d’État en s’appuyant, notamment, sur des #technologies architecturales et de l’#open_data.

    Anti-5G
    Un monde saturé d’ondes magnétiques pour certains, le paradis des objets connectés pour d’autres : que nous promet la 5G ? Alors que les incendies d’antennes-relais se multiplient en Europe, une partie de la gauche libertaire et écologiste s’organise pour alerter sur ses risques, à l’instar du libraire Gontalde, à Montreuil, ou de la branche française de l’organisation américaine Deep Green Resistance.

    https://www.arte.tv/fr/videos/100281-007-A/tracks

    #architecture_forensique #violence_d'Etat #traces #contre-enquête #justice #violences_policières #vérité

    voir aussi sur twitter l’extrait sur l’architecture forensique :
    https://twitter.com/ARTEfr/status/1382951390834696193

  • Sebastian Roché : « Les gens croient en l’efficacité de la police lorsqu’ils ne la voient pas agir »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/04/16/sebastian-roche-les-gens-croient-en-l-efficacite-de-la-police-lorsqu-ils-ne-

    Avec deux autres universitaires, le sociologue, spécialiste des questions de police et de sécurité, a déchiffré près de dix années d’enquêtes de victimation, un indicateur jugé fiable de l’état de l’opinion à l’égard de la police.

    Le sociologue Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po Grenoble, s’est penché sur les enquêtes de victimation, menées auprès de la population, pour connaître l’état de l’opinion à l’égard de la police. A rebours des idées reçues, il démontre que c’est l’absence de contact avec les forces de l’ordre qui garantit, aux yeux des Français, son efficacité.

    La police est-elle, comme le soulignent de fréquents sondages, une institution très majoritairement appréciée ?
    Les instituts de sondage continuent de fonctionner avec une approche trop simplificatrice. En se contentant de demander « Avez-vous confiance en la police ? », on n’obtient pas de réponse sur la légitimité de la police mais sur l’utilité de l’existence d’une telle organisation. Or, très peu de gens rejettent radicalement le fait qu’il puisse y avoir une police. Une telle question ne dit rien de la confiance dans ses pratiques. Pour donner une image fidèle de la situation, la confiance doit être mesurée à trois niveaux : le caractère juste de son action, le fait qu’elle ne cause pas de dommages, et des modes d’action efficaces. Il faut mieux évaluer ces modes d’action, les replacer dans des contextes précis.

    Quelles sont les raisons habituelles de la confiance dans la police ?
    Les gens croient dans son efficacité lorsqu’ils ne la voient pas agir, n’ont pas de contact avec elle, et n’ont pas besoin d’elle parce qu’ils ne sont pas exposés à des troubles. Les responsables politiques et policiers affirment que leur mandat consiste à lutter contre la délinquance. Les victimes de cette délinquance et des incivilités imputent donc la responsabilité de ce qui leur arrive à ceux qui se disent responsables. Sans prévention des troubles, la confiance chute dans tous les types de contextes ou de populations.

    La visibilité de l’action policière n’entraîne-t-elle pas une hausse de la confiance dans son efficacité ?
    C’est exactement l’inverse qui se produit : plus les Français voient la police conduire des interventions autour de chez eux, moins ils la trouvent efficace. Et, ce n’est pas parce qu’on est victime ou à cause des incivilités dans le quartier : ces paramètres sont déjà pris en compte.

    Comment expliquer une conclusion aussi contre-intuitive ?
    Les résultats nous poussent à penser qu’une faible confiance provient des modes d’action, des façons de faire la police. En France, le ministère de l’intérieur privilégie une stratégie agressive : des interventions très visibles, qui mobilisent des effectifs nombreux, souvent lourdement équipés. La littérature internationale indique que ce mode d’action érode souvent la légitimité.

    N’est-ce pas au contraire la preuve que, dans certains quartiers, le travail de la police gêne ?
    Non, hélas. Il existe en fait une demande de police dans les quartiers défavorisés, qui sont très loin de la rejeter par principe. Ce travail suggère que ce qui n’est pas admis, en revanche, c’est la « mauvaise police » : les démonstrations de force, les raids, l’usage détourné des contrôles d’identité. Le contraire de la police de proximité.

    La confiance dans la police varie-t-elle en fonction des territoires ?
    Une fois pris en compte les effets de la victimation, des incivilités et des modes d’intervention, nous montrons que la confiance est plus faible dans les quartiers qui cumulent les désavantages en matière d’éducation, de transports, de revenus… Cette variable est beaucoup plus importante que l’origine ethnique ou les revenus du ménage. Elle renvoie aux politiques scolaires et économiques. Elle abrite aussi un effet de mémoire collective : les quartiers pauvres ont le plus subi les violences policières et s’en souviennent.

    Point positif, l’accueil en commissariat : deux tiers des Français s’en disent satisfaits…
    Nous pensions que ce contact pouvait améliorer la légitimité de la police chez les victimes. Ce n’est finalement pas le cas. Ici, le traitement de la plainte est probablement en cause : les auteurs ou les biens volés sont rarement retrouvés. Pire, pour les victimes de violences, aller au poste de police entraîne un affaissement supplémentaire de la confiance si elles ont un statut économique modeste.

    Votre étude ne couvre pas les questions liées aux contrôles d’identité et aux violences policières…
    Ces données ne figurent pas dans cette enquête, les ministères en charge ne s’y sont pas intéressés. Mais, on sait que le contrôle d’identité dégrade, et très nettement, la confiance dans la police.

    #police #violence_d'_État #violences_policières

  • « Ils m’ont pris ma main ! » - CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
    http://cqfd-journal.org/Ils-m-ont-pris-ma-main

    Dans Cinq mains coupées, Sophie Divry donne la parole à autant de manifestants fluo ayant perdu une main dans l’explosion d’une grenade Gli-F4. Quand l’Histoire fera le procès de la Macronie, ce livre figurera en bonne place au rayon des pièces à conviction.

    #violences_policières #droit_de_manifester #répression #macronie #gilets_jaunes

    (Merci @mona d’avoir relayé cet article sur Twitter).

  • L’assemblée ouverte de la colline de Strefi
    Récit d’une mobilisation athénienne naissante (II)

    Luz Belirsiz

    https://lavoiedujaguar.net/L-assemblee-ouverte-de-la-colline-de-Strefi-Recit-d-une-mobilisation

    Ce texte fait suite à « Naissance d’une mobilisation athénienne.
    L’assemblée ouverte de la colline de Strefi ».

    Ce dimanche 28 février à midi, en arrivant en haut des escaliers qui, au bout de notre rue, débouchent sur le flanc nord de Strefi, où nous rejoignons l’un des six points de rendez-vous répartis autour de la colline, légère surprise : non seulement le ciel est gris, mais un vent du nord, d’un froid piquant, souffle violemment. J’aurais dû mieux fixer ma pancarte de carton sur son manche de bambou : tournoyant comme une robuste rose des vents, elle distribue d’agressives claques ! Et puis fichtre ! Brrrrr… on aurait dû mettre une petite laine, ça caille. D’autant plus qu’au vu du peu de monde présent au point de rendez-vous le plus proche de chez nous, sur le grand toit-terrasse du terrain couvert où s’entraîne Asteras, rue Pulcherias, on va probablement devoir poireauter un bout de temps avant que ne se concrétise, si on y parvient, l’encerclement symbolique de la colline, première « action » sur le Lofos Strefi.

    (Pour rappel, au début du mois, la première action de mobilisation à l’appel de l’assemblée naissante avait rassemblé quelque trois cents personnes devant la mairie d’Athènes un mercredi à l’heure du conseil municipal. Bien qu’entre-temps nous eûmes appris qu’il se déroulait en ligne. Il fallait néanmoins manifester notre mécontentement : la mairie venait de voter une résolution confiant à l’entreprise immobilière Prodea — véreuse, mais en l’occurrence c’est accessoire — la réalisation d’études préliminaires — estimées par Prodea à un million d’euros, mais gracieusement offertes à la municipalité — en vue du réaménagement de la colline.) (...)

    #Grèce #Athènes #Exarcheia #récit #assemblée #mobilisation #colline #Dimitris_Koufodinas #violences_policières #émeutes

  • La fabrique européenne de la race (17e-20e siècles)

    Dans quelle galère sommes-nous allé•es pointer notre nez en nous lançant dans ces réflexions sur la race ? Complaisance à l’air du temps saturé de références au racisme, à la #racialisation des lectures du social, diront certain•es. Nécessaire effort épistémologique pour contribuer à donner du champ pour penser et déconstruire les représentations qui sous-tendent les violences racistes, pensons-nous.

    Moment saturé, on ne peut guère penser mieux… ou pire. Évidemment, nous n’avions pas anticipé l’ampleur des mobilisations contre les #violences_racistes de cet été aux États-Unis, mais nous connaissons leur enracinement dans la longue durée, l’acuité récente des mobilisations, que ce soit « #black_lives_matter » aux États-Unis ou les #mobilisations contre les #violences_policières qui accablent les plus vulnérables en France. L’enracinement aussi des #représentations_racialisées, structurant les fonctionnements sociaux à l’échelle du globe aujourd’hui, d’une façon qui apparaît de plus en plus insupportable en regard des proclamations solennelles d’#égalité_universelle du genre humain. Nous connaissons aussi l’extrême #violence qui cherche à discréditer les #protestations et la #révolte de celles et ceux qui s’expriment comme #minorité victime en tant que telle de #discriminations de races, accusé•es ici de « #terrorisme », là de « #communautarisme », de « #séparatisme », de vouloir dans tous les cas de figure mettre à mal « la » république1. Nous connaissons, associé à cet #antiracisme, l’accusation de #complot dit « #décolonial » ou « postcolonial », qui tente de faire des spécialistes des #colonisations, des #décolonisations et des #rapports_sociaux_racisés des vecteurs de menaces pour l’#unité_nationale, armant le mécontentement des militant•es2. Les propos haineux de celles et ceux qui dénoncent la #haine ne sont plus à lister : chaque jour apporte son lot de jugements aussi méprisants que menaçants. Nous ne donnerons pas de noms. Ils ont suffisamment de porte-voix. Jusqu’à la présidence de la République.

    3L’histoire vise à prendre du champ. Elle n’est pas hors sol, ni hors temps, nous savons cela aussi et tout dossier que nous construisons nous rappelle que nous faisons l’histoire d’une histoire.

    Chaque dossier d’une revue a aussi son histoire, plus ou moins longue, plus ou moins collective. Dans ce Mot de la rédaction, en septembre 2020, introduction d’un numéro polarisé sur « l’invention de la race », nous nous autorisons un peu d’auto-histoire. Les Cahiers cheminent depuis des années avec le souci de croiser l’analyse des différentes formes de domination et des outils théoriques comme politiques qui permettent leur mise en œuvre. Avant que le terme d’« #intersectionnalité » ne fasse vraiment sa place dans les études historiennes en France, l’#histoire_critique a signifié pour le collectif de rédaction des Cahiers la nécessité d’aborder les questions de l’#exploitation, de la #domination dans toutes leurs dimensions socio-économiques, symboliques, dont celles enracinées dans les appartenances de sexe, de genre, dans les #appartenances_de_race. Une recherche dans les numéros mis en ligne montre que le mot « race » apparaît dans plus d’une centaine de publications des Cahiers depuis 2000, exprimant le travail de #visibilisation de cet invisible de la #pensée_universaliste. Les dossiers ont traité d’esclavage, d’histoire coloniale, d’histoire de l’Afrique, d’histoire des États-Unis, de l’importance aussi des corps comme marqueurs d’identité : de multiples façons, nous avons fait lire une histoire dans laquelle le racisme, plus ou moins construit politiquement, légitimé idéologiquement, est un des moteurs des fonctionnements sociaux3. Pourtant, le terme d’ « intersectionnalité » apparaît peu et tard dans les Cahiers. Pour un concept proposé par Kimberlé Crenshaw dans les années 1990, nous mesurons aujourd’hui les distances réelles entre des cultures historiennes, et plus globalement sociopolitiques, entre monde anglophone et francophone, pour dire vite4. Effet d’écarts réels des fonctionnements sociaux, effets de la rareté des échanges, des voyages, des traductions comme le rappelait Catherine Coquery-Vidrovitch dans un entretien récent à propos des travaux des africanistes5, effet aussi des constructions idéologiques marquées profondément par un contexte de guerre froide, qui mettent à distance la société des États-Unis comme un autre irréductible. Nous mesurons le décalage entre nos usages des concepts et leur élaboration, souvent dans les luttes de 1968 et des années qui ont suivi. Aux États-Unis, mais aussi en France6. Ce n’est pas le lieu d’évoquer la formidable énergie de la pensée des années 1970, mais la créativité conceptuelle de ces années, notamment à travers l’anthropologie et la sociologie, est progressivement réinvestie dans les travaux historiens au fur et à mesure que les origines socioculturelles des historiens et historiennes se diversifient. L’internationalisation de nos références aux Cahiers s’est développée aussi, pas seulement du côté de l’Afrique, mais du chaudron étatsunien aussi. En 2005, nous avons pris l’initiative d’un dossier sur « L’Histoire de #France vue des États-Unis », dans lequel nous avons traduit et publié un auteur, trop rare en français, Tyler Stovall, alors professeur à l’université de Berkeley : bon connaisseur de l’histoire de France, il développait une analyse de l’historiographie française et de son difficile rapport à la race7. Ce regard extérieur, venant des États-Unis et critique de la tradition universaliste française, avait fait discuter. Le présent dossier s’inscrit donc dans un cheminement, qui est aussi celui de la société française, et dans une cohérence. Ce n’était pas un hasard si en 2017, nous avions répondu à l’interpellation des organisateurs des Rendez-vous de l’histoire de Blois, « Eurêka, inventer, découvrir, innover » en proposant une table ronde intitulée « Inventer la race ». Coordonnée par les deux responsables du présent dossier, David Hamelin et Sébastien Jahan, déjà auteurs de dossiers sur la question coloniale, cette table ronde avait fait salle comble, ce qui nous avait d’emblée convaincus de l’utilité de répondre une attente en préparant un dossier spécifique8. Le présent dossier est le fruit d’un travail qui, au cours de trois années, s’est avéré plus complexe que nous ne l’avions envisagé. Le propos a été précisé, se polarisant sur ce que nous avions voulu montrer dès la table-ronde de 2017 : le racisme tel que nous l’entendons aujourd’hui, basé sur des caractéristiques physiologiques, notamment la couleur de l’épiderme, n’a pas toujours existé. Il s’agit bien d’une « #invention », associée à l’expansion des Européens à travers le monde à l’époque moderne, par laquelle ils justifient leur #domination, mais associée aussi à une conception en termes de #développement, de #progrès de l’histoire humaine. Les historien•nes rassemblée•es ici montrent bien comment le racisme est enkysté dans la #modernité, notamment dans le développement des sciences du 19e siècle, et sa passion pour les #classifications. Histoire relativement courte donc, que celle de ce processus de #racialisation qui advient avec la grande idée neuve de l’égalité naturelle des humains. Pensées entées l’une dans l’autre et en même temps immédiatement en conflit, comme en témoignent des écrits dès le 17e siècle et, parmi d’autres actes, les créations des « #sociétés_des_amis_des_noirs » au 18e siècle. Conflit en cours encore aujourd’hui, avec une acuité renouvelée qui doit moins surprendre que la persistance des réalités de l’#inégalité.

    5Ce numéro 146 tisse de bien d’autres manières ce socle de notre présent. En proposant une synthèse documentée et ambitieuse des travaux en cours sur les renouvellements du projet social portés pour son temps et pour le nôtre par la révolution de 1848, conçue par Jérôme Lamy. En publiant une défense de l’#écriture_inclusive par Éliane Viennot et la présentation de son inscription dans le long combat des femmes par Héloïse Morel9. En suivant les analyses de la nouveauté des aspirations politiques qui s’expriment dans les « #têtes_de_cortège » étudiées par Hugo Melchior. En rappelant à travers expositions, films, romans de l’actualité, les violences de l’exploitation capitaliste du travail, les répressions féroces des forces socialistes, socialisantes, taxées de communistes en contexte de guerre froide, dans « les Cahiers recommandent ». En retrouvant Jack London et ses si suggestives évocations des appartenances de classes à travers le film « Martin Eden » de Pietro Marcello, et bien d’autres évocations, à travers livres, films, expositions, de ce social agi, modelé, remodelé par les luttes, les contradictions, plus ou moins explicites ou sourdes, plus ou moins violentes, qui font pour nous l’histoire vivante. Nouvelle étape de l’exploration du neuf inépuisable des configurations sociales (de) chaque numéro. Le prochain sera consacré à la fois à la puissance de l’Église catholique et aux normes sexuelles. Le suivant à un retour sur l’histoire du Parti communiste dans les moments où il fut neuf, il y a cent ans. À la suite, dans les méandres de ce social toujours en tension, inépuisable source de distance et de volonté de savoir. Pour tenter ensemble de maîtriser les fantômes du passé.

    https://journals.openedition.org/chrhc/14393

    #histoire #race #Europe #revue #racisme

    ping @cede @karine4

  • #Black_Panthers (1/2)

    L’#histoire captivante de l’une des organisations les plus subversives et controversées du XXe siècle. D’inspiration marxiste-léniniste, les Black Panthers s’imposèrent comme une alternative radicale au mouvement des droits civiques porté par Martin Luther King. Mêlant archives rares et nombreux témoignages, une plongée coup de poing au cœur du « #Black_Power ».

    Oakland, #Californie, 1966. Un an après les #émeutes de #Watts, à #Los_Angeles, deux étudiants, Huey P. Newton et Bobby Seale, fondent un collectif d’#autodéfense pour surveiller les actions de la police dans le ghetto noir. En devenant, la même année, un mouvement politique de libération afro-américaine, le Black Panther Party (BPP) se fait le porte-voix d’une communauté brutalisée dans une Amérique dominée par les Blancs. D’inspiration marxiste-léniniste, l’organisation s’impose comme une alternative radicale au mouvement des droits civiques porté par Martin Luther King. En parallèle à ses « #programmes_de_survie » (petits déjeuners gratuits pour les enfants, dispensaires…), elle revendique un penchant pour l’insurrection. Slogans, coupe afro, poing levé : les Black Panthers ouvrent un nouvel imaginaire de lutte pour la communauté noire. Le FBI, effrayé par l’aura du mouvement, y compris auprès de la jeunesse blanche, intensifie le contre-espionnage. L’arrestation de Huey P. Newton, mis en cause dans l’assassinat d’un policier, déstabilise l’organisation. En 1968, en réaction au meurtre de Martin Luther King, son porte-parole #Eldridge_Cleaver refuse de se rendre après un duel avec la police. Il s’exile à Alger et y crée la section internationale du parti.

    « Give More Power to the People »
    De son avènement au cœur des sixties à sa chute impitoyable, le réalisateur Stanley Nelson retrace l’histoire captivante et méconnue des Black Panthers. Luttant contre la suprématie blanche et le capitalisme, ses membres ont marqué l’imaginaire collectif par la radicalité de leur militantisme, leur rhétorique à la fois agressive et fédératrice mais aussi leurs codes vestimentaires et leur manière révolutionnaire d’occuper l’espace public. Au son seventies et groovy du titre « Give More Power to the People » des Chi-Lites, ce documentaire restitue la beauté rageuse du mouvement sans occulter ses tourments et parts d’ombre – violence et bataille d’ego – au moyen d’archives colossales et d’interviews fouillées de militants, d’agents du FBI ou d’historiens. Il rappelle aussi que son point de départ – la violence policière – est toujours d’actualité.

    https://www.arte.tv/fr/videos/098427-001-A/black-panthers-1-2

    #insurrection #violence #auto-défense #violences_policières #avant-garde #Oakland #oppression #apparence #image #Black_is_beautiful #look #médias #aide_sociale #auto-défense_armée #COINTELPRO #BPP #FBI #machisme #genre #journal #Martin_Luther_King #Algérie #mouvements_de_libération #Huey_Newton #Bobby_Seale

    #film #film_documentaire #documentaire

    ping @karine4 @cede

  • Les irresponsables des gouvernements s’en prennent violemment aux petits écarts en extérieur de la jeunesse, qui riposte
    https://ricochets.cc/Les-irresponsables-des-gouvernements-s-en-prennent-violemment-aux-petits-e

    Quelques réflexions suite à la récente répression policière brutale à Bruxelles d’un rassemblement de jeunes dans un parc ! 🛑SACRIFICE DE JEUNESSE🛑 Il y a eu la rave de Lieuron. Certains y ont vu un épiphénomène. Ou l’espérait. Mais ces derniers jours, avec l’arrivée des beaux jours, il y a eu des rassemblements de jeunes à Lille, à Lyon, à Paris. Et, jeudi soir, l’énorme fête en plein air à Bruxelles. Plusieurs milliers de personnes, venues pour boire un verre, discuter, danser. La police a violemment (...) #Les_Articles

    / Autoritarisme, régime policier, démocrature..., #Violences_policières, Epidémies, gestion de crise, en temps de (...)

    #Autoritarisme,_régime_policier,_démocrature... #Epidémies,_gestion_de_crise,_en_temps_de_catastrophe
    https://www.facebook.com/cerveauxnondisponibles/videos/1616810788516676

  • Dans la nuit du col de #Montgenèvre, le cortège des migrants a repris sur les sentiers enneigés

    Chaque jour, plusieurs personnes arrivent à Briançon au terme d’une marche dangereuse et éprouvante. Un temps limitées par la crise sanitaire, les tentatives de passages ont repris.

    Karim balise l’itinéraire sur son téléphone portable. A voix basse, il glisse quelques indications aux autres et jette des regards inquiets par la fenêtre. Ils sont une dizaine au total – des Marocains, des Tunisiens, des Algériens, un Égyptien et un Palestinien –, tassés dans ce minuscule abri en bois, au milieu des massifs enneigés. Dehors, il fait nuit noire. La température est de – 5 degrés.

    Omar se roule une dernière cigarette. Rachid empoigne le sac de courses dans lequel il trimballe quelques affaires. Ce soir-là de mars, pour passer le col de Montgenèvre (Hautes-Alpes), frontière physique entre la France et l’Italie, il faut marcher une dizaine de kilomètres, pendant cinq heures, à plus de 1 800 mètres d’altitude.

    Plus ou moins volontairement, Karim hérite du rôle de guide. Dans la pénombre, son visage marqué apparaît. Le Tunisien de 43 ans est anxieux. Quelques heures plus tôt, lors d’une première tentative, le groupe a essuyé un échec. Ils ont croisé les forces de l’ordre qui les ont aussitôt renvoyés en Italie.

    Karim préfère s’écarter des itinéraires officiels fléchés pour les randonneurs. « C’est moins risqué comme ça », veut-il croire. Sur ces chemins toujours plus étroits et sinueux, le groupe avance en file indienne, silencieux et têtes baissées. On s’enfonce dans la #neige parfois jusqu’aux hanches, on glisse, on se contorsionne pour enjamber les branches d’arbre. Après plusieurs heures de marche, la #fatigue est là. Sur un long sentier en côte, un des membres du groupe s’arrête et relève la tête. Il contemple la nature brute qui se dessine dans la nuit. « Ça me rappelle les #montagnes de l’Atlas, au Maroc. Ma mère vient de là-bas », murmure-t-il.

    Couples âgés et nourrissons

    Plus tôt dans la soirée, le groupe a aperçu une famille afghane s’élancer sur ces mêmes chemins. Avec eux, il y avait « une vieille dame avec une cane », insiste Karim. Au Refuge solidaire de Briançon, où les exilés peuvent s’octroyer une pause une fois arrivés en France, deux couples afghans ont été accueillis ces dernières semaines. Les premiers époux avaient 77 et 74 ans, les seconds 73 et 69 ans.

    En #montagne, il est aussi devenu habituel de croiser des enfants en bas âge, parfois des nourrissons. L’un d’entre eux avait 12 jours. Un autre cas a ému l’eurodéputé Damien Carême (Europe Ecologie-Les Verts, EELV), qui accompagnait des maraudeurs, mi-février : celui d’une femme enceinte, afghane aussi, sommée de rebrousser chemin par les forces de l’ordre françaises. Elle accouchera en Italie quelques heures plus tard.

    Un temps ralenties par la crise sanitaire, les tentatives de passage à la frontière ont repris. En janvier et février, 394 personnes sont arrivées au #Refuge_solidaire, dont 31 femmes et 46 enfants de moins de 13 ans.

    « #Harcèlement_policier »

    La première fois que des migrants se sont risqués sur ces routes montagneuses, c’était en 2017. Avant, « personne n’imaginait que quiconque puisse passer dans ces reliefs tout à fait improbables du point de vue de la sécurité », constatait Martine Clavel, préfète des Hautes-Alpes, lors d’une conférence de presse en février.

    « Au départ, on voyait surtout des jeunes hommes originaires d’Afrique de l’Ouest, se souvient Alain Mouchet, bénévole au Refuge solidaire, qui a accueilli plus de 12 000 personnes depuis son ouverture en juillet 2017. A partir d’octobre 2019, la population a changé. On a désormais beaucoup de gens qui arrivent du Maghreb et beaucoup de familles qui viennent d’Afghanistan et d’Iran. »

    D’après les chiffres de la préfecture des Hautes-Alpes, parmi les hommes qui tentaient le passage en 2019, les nationalités les plus représentées étaient les Guinéens, les Sénégalais et les Maliens. En 2020, les trois premières nationalités sont les Afghans, suivis des Iraniens et des Tunisiens.

    Lors des #maraudes, « on constate des #hypothermies, des #gelures, des #entorses, des #luxations. On doit parfois envoyer les gens à l’hôpital », explique Pamela Palvadeau, coordinatrice des programmes à la frontière franco-italienne pour Médecins du monde (MDM). Avec des personnes âgées, des femmes enceintes ou des enfants, « les #risques sont encore plus importants », complète Philippe de Botton, médecin et président de MDM. Ces dernières semaines, les associations ont dénoncé un « harcèlement policier » à leur égard et une frontière « de plus en plus militarisée ».

    Ceux qui arrivent aujourd’hui à Briançon ont déjà un long chemin d’exil derrière eux. « Ils viennent par la route des Balkans, un trajet particulièrement douloureux lors duquel ils subissent des exactions monstrueuses, notamment en Bosnie et en Croatie », souligne encore Philippe de Botton. Avant de se lancer à l’assaut des #Alpes, la plupart ont déjà traversé une dizaine de pays sur le continent européen et autant de frontières ultra-sécurisées, souvent à pied et dans des conditions de dénuement extrême.

    Passage par le détroit de Gibraltar « trop compliqué »

    Le lendemain de sa traversée avec Karim, Omar s’installe à une table du Refuge. Pendant deux heures, ce Palestinien de 27 ans qui vivait en Syrie raconte son histoire, celle d’une interminable traversée de l’Europe qu’il a débuté il y a « un an et six mois » pour rejoindre son frère, réfugié en Allemagne. Omar parle d’abord de la Turquie, où il s’est ruiné en donnant de l’argent à des passeurs et à des gens qui lui promettaient des faux papiers pour voyager en avion. Il parle ensuite de cette marche de quatre jours pendant laquelle il a tenté de traverser la Macédoine du Nord. Puis de cette nuit où il a dormi dans un camion avec trente ou quarante personnes pour passer en Serbie. Omar évoque enfin ces refoulements incessants à chaque frontière et ne compte plus les cas de #violences_policières.

    Hamza, lui, a 24 ans, et vient de Tétouan, dans le nord du Maroc. Son projet est d’aller en Espagne, à Barcelone, « pour travailler ». C’est pourtant la route des Balkans qu’il a décidé de suivre plutôt que de tenter la traversée au niveau du détroit de Gibraltar. « C’est devenu trop compliqué là-bas, ça ne marche plus », dit-il. Son voyage a donc débuté par la Turquie, « il y a un an ». Le pays lui avait au départ délivré un visa.

    Sur son téléphone portable, Hamza a gardé précieusement toute une série de photos et de vidéos qui mettent en images son récit. On le voit par exemple sur un bateau pneumatique en train de traverser le Danube pour passer de la Serbie à la Croatie. Ou lors de longues marches – dont une de « vingt et un jours » en Grèce – entouré d’autres jeunes hommes, parfois d’enfants, dans un état d’épuisement total. Hamza raconte ces fois où il n’avait ni à boire ni à manger pendant plusieurs jours.

    Lors de leur traversée des Alpes, la veille, certains dans le groupe se connaissaient déjà. En Croatie, Omar a par exemple rencontré Ahmed, un Egyptien de 30 ans qui souhaite pouvoir travailler en France. S’il se retrouve dans cette situation aujourd’hui, c’est à cause « d’un patron croate qui travaille dans le bâtiment », dit-il. « Il m’a fait venir d’Egypte pour m’exploiter dans un réseau de traite d’êtres humains. » Alors Ahmed s’est sauvé.

    Après le dîner, ce dernier nous glisse qu’une famille afghane qu’il avait « rencontrée dans un camp en Croatie » doit faire son arrivée au Refuge dans la soirée. Vers 23 heures, un couple et leur fils de 3 ans apparaissent effectivement sur le pas de la porte, en tenue de ski. Le petit Mohamed est dans les bras de son père. Il a de grands yeux noirs, un visage rond et des cheveux bruns qui lui tombent devant les yeux.

    Avec son bonnet blanc sur la tête et ses boots bleu marine aux pieds, Mohamed court vers un matelas où quelques jouets ont été posés. A ceux qui l’appellent, il ne répond plus vraiment et se défoule nerveusement sur le cheval en plastique qu’il a dans les mains. Des passages de frontière dans ces conditions extrêmes, Mohamed en a déjà vécu une dizaine.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/03/28/dans-la-nuit-du-col-de-montgenevre-le-cortege-des-migrants-a-repris-sur-les-

    #asile #migrations #frontières #France #Italie #Briançon #Hautes-Alpes #Briançonnais #frontière_sud-alpine

    –—

    ajouté à la métaliste sur le Briançonnais :
    https://seenthis.net/messages/733721

    ping @isskein @karine4

  • Lettre du Mexique pour les manifestations
    en France contre les violences policières

    FPDTA

    https://lavoiedujaguar.net/Lettre-du-Mexique-pour-les-manifestations-en-France-contre-les-viole

    Recevez un salut combatif des terres de résistance du Mexique. Nous sommes des femmes et des hommes indigènes nahuas habitant sur les versants du volcan Popocatepetl dans les États de Tlaxcala, Puebla et Morelos. Nous sommes les petites-filles et les petits-fils des zapatistes qui ont combattu avec Emiliano Zapata il y a cent ans pour la terre, l’eau et la liberté.

    Aujourd’hui, ces acquis gagnés au prix du sang et de la vie de nos grands-mères et grands-pères sont menacés par les politiques extractivistes et les mégaprojets de mort qui s’imposent dans notre pays et dans de nombreuses régions du monde. Dans notre territoire, la dépossession a un nom, il s’agit du Projet intégral Morelos, qui touche plus de 90 villages des États de Tlaxcala, Puebla et Morelos, et qui a pour objectif un processus de méga-industrialisation dans des territoires historiquement agricoles.

    Ce projet vise à nous priver de l’eau de la rivière Cuautla qui alimente la vie agricole de milliers d’agriculteurs de l’État de Morelos ; ce projet polluera l’air, la terre et l’eau, et nous obligera à adopter un mode de vie qui n’est pas celui que nous souhaitons, qui n’a rien à voir avec notre façon de vivre et notre relation avec la terre, la nature et les communautés. Ce projet nous expose, les communautés habitant sur les versants du volcan le plus actif de notre pays, au grand risque d’une bombe à retardement que signifie pour nous ce gazoduc. Ce projet considère nos territoires comme de simples marchandises, il a mis à prix nos eaux, nos montagnes, nos terres et même nos propres vies, pour promouvoir les centrales thermoélectriques, les usines et les mines. (...)

    #Mexique #France #peuples_originaires #résistance #solidarité #violences_policières

  • Sans smartphone, pas de liberté ? | Terrestres
    https://www.terrestres.org/2021/02/06/sans-smartphone-pas-de-liberte

    e projet de loi sécurité globale a provoqué une levée de bouclier à gauche et dans les syndicats (dont ceux de journalistes, mais largement au-delà). Au cœur de cette contestation figure le fameux (feu) article 24 et la tentative mal dissimulée du gouvernement de décourager les témoignages sur les violences policières par des arguties peu convaincantes. Cette mobilisation s’est ainsi très rapidement concentrée autour de l’ éventuelle interdiction qui nous serait faite de diffuser des vidéos d’agissements de la police, notamment lors des manifestations. Il serait trop fastidieux de faire un inventaire exhaustif des textes, banderoles, prises de paroles, bombages et slogans plaçant au centre de la mobilisation contre cette loi, la liberté de filmer et son corollaire, celui d’alimenter internet, ses réseaux dits sociaux, ses infrastructures, et bien sûr ceux qui s’en nourrissent : multinationales et… police. Considérée comme un supplément d’âme à ne cultiver qu’une fois les questions prioritaires réglées, la critique des technologies reste hélas de l’ordre de la coquetterie pour une gauche, très majoritairement productiviste1, qui a d’autres chats à fouetter actuellement. Logiquement, les analyses et réponses à ce projet de loi, pour nombre d’entre elles, en sont l’ illustration et si « le monde est flou », les slogans sont parfois explicites.

    Le site d’information Lundi Matin, par exemple, se réjouit du succès de bombages réalisés à Bordeaux le 24 novembre. Sur les murs de l’École Nationale de la Magistrature, l’un d’eux proclame sans trembler : « Pas de vidéos, Pas de justice ». Un autre : « Sous les pavés, la carte SD », assez révélateur de l’imaginaire technophile de certains héritiers de 68. Les animateurs du site (habituellement attentifs à la question des flux dans leur critique du capitalisme), sans doute galvanisés à leur tour par la puissance du récit et des slogans associant justice, révolte et vidéo, n’ont pas jugé utile de souligner un éventuel lien entre flux informatiques et destruction du monde. Dommage. L’auteur de l’article, finalement pris d’un doute, estime cependant qu’il est un peu tôt pour affirmer que ce genre de manifestation inaugure « le début d’une série de protestations à la hauteur des enjeux. »2 C’est peu de le dire.

    • Plus honnête sans doute, quoique pas plus rassurant sur l’état des forces en présence, la pancarte « Vos armes contre -n-o-s—c-a-m-é-r-a-s- … plus rien » confirme ce que l’on craignait : sans smartphone, nous ne sommes plus rien. Ce terrible aveu révèle et prend acte d’une forme d’impuissance grandissante (d’un manque d’imagination ?), dans le camp progressiste – mais pas seulement, à esquisser un monde plus vivable, ou a minima une résistance, en l’absence de l’appareillage technologique que la société industrielle nous a collé dans les mains. Il trahit donc le sentiment dégradé que nous avons de nous-mêmes et de nos capacités à agir.

      […]

      Plus honnête sans doute, quoique pas plus rassurant sur l’état des forces en présence, la pancarte « Vos armes contre nos caméras … plus rien » confirme ce que l’on craignait : sans smartphone, nous ne sommes plus rien. Ce terrible aveu révèle et prend acte d’une forme d’impuissance grandissante (d’un manque d’imagination ?), dans le camp progressiste7 – mais pas seulement, à esquisser un monde plus vivable, ou a minima une résistance, en l’absence de l’appareillage technologique que la société industrielle nous a collé dans les mains. Il trahit donc le sentiment dégradé que nous avons de nous-mêmes et de nos capacités à agir.

      […]

      Le recours à ces appareillages ne nous protège de rien mais nous confisque la parole et fragilise sa légitimité en lui préférant implicitement une preuve par l’image, censément plus délicate à contester. Si c’est bien à cette idée que se rangent les slogans évoqués plus haut, le pouvoir et ses conseillers en numérisation peuvent se féliciter d’avoir convaincu très au-delà de leur cercle d’influence.

      […]

      Geoffroy de Lagasnerie, philosophe et inspirateur de la gauche radicale, répond à sa façon au journaliste du site Reporterre :

      « J’ai beaucoup de mal à penser la technique du point de vue du pouvoir. La technique, on peut toujours s’en retirer. Je ne vois aucun effet de pouvoir de Facebook, de Twitter ou d’Instagram parce que je peux les fermer. Le seul pouvoir dont je ne peux me retirer, c’est l’État. Mais Facebook ne me met pas en prison. Instagram ne me met pas en prison. Mon Iphone ne me met pas en prison. »

      Pourtant mis par son interlocuteur sur la piste des conséquences écologiques désastreuses imputables à l’omniprésence des technologies, il ne voit décidément pas matière à s’attarder sur ce point.

      […]

      Bien qu’elle n’en ait pas l’exclusivité, cette cécité assumée est emblématique d’une gauche qui semble ne répondre qu’à des stimuli que la sphère universitaire et culturelle prémâche puis lui sert sur un plateau (de télé ou de radio en général). Il ne faut pas s’étonner que, puisant à de telle sources, elle peine à penser la liberté hors de ses thèmes de prédilection : focalisation sur le seul caractère inégalitaire de la répartition des richesses produites, sur les dominations (de genre, de race, etc.) et sur les sales manières de l’Etat policier. Rien d’étonnant non plus à ce qu’elle accepte sans sourciller l’idée de confier à un iPhone le soin de la défendre face à l’Etat.

      #liberté #critique_techno #smartphone #téléphone_portable #caméra #police #violence_policière #violences_policières #informatisation #Progrès #anti-industriel #progrès_de_notre_dépossession

  • Le Premier ministre grec demande « pardon » aux victimes de violences policières
    https://www.nouvelobs.com/monde/20210312.OBS41323/le-premier-ministre-grec-demande-pardon-aux-victimes-de-violences-policie

    « J’ai la responsabilité en tant que Premier ministre du pays de demander #pardon à tous ceux qui ont été blessés par des cas de #violences_policières par le passé », a déclaré Kyriakos Mitsotakis, lors d’un débat houleux consacré au Parlement sur les violences récentes qui provoquent un tollé dans le pays.

    Il a qualifié d’« inadmissible » le comportement de l’agent qui avait battu avec une matraque un jeune de 29 ans sur la place de Nea Smyrni, une banlieue réputée calme à 5 km du centre d’Athènes. Le jeune homme avait protesté contre un contrôle policier visant à faire respecter le confinement en vigueur depuis le 7 novembre.

  • Victime d’un tir de #LBD, un Erythréen porte plainte et veut faire reconnaître la responsabilité de l’Etat

    « Je suis venu en France, censée être un pays de droits, où il y a de la justice »

    #Bhrane G. s’est réveillé à l’hôpital, cerné de perfusions et totalement dépendant du personnel soignant, même pour faire ses besoins. Il n’a aucun souvenir de son évacuation, décrite comme particulièrement difficile par plusieurs bénévoles. Ceux-ci estiment que les #CRS ont retardé les opérations de #secours.

    Amanda, bénévole néerlandaise, se trouvait sur les lieux pour l’ONG Refugee Info Bus, qui permet aux migrants de recharger leurs téléphones avec un générateur électrique. En début d’après-midi, certains Érythréens sont venus se plaindre auprès d’elle du blocage mis en place par les CRS, une pratique qui « arrive régulièrement ».

    Sa collègue Johanna, de nationalité allemande, prévient alors Human Rights Observers (HRO), une équipe inter-associative qui documente les interventions de police à Calais. Quelques minutes plus tard, les bénévoles du Refugee Info Bus voient accourir des dizaines d’exilés « suivis par de nombreux CRS », rapporte Johanna. Du #gaz_lacrymogène se répand dans l’air.

    Dès l’instant où elle voit Bhrane G. tomber au sol, Amanda se remémore une situation « chaotique ». « Une ligne de dix à vingt CRS équipés de boucliers s’est approchée de nous à pied. » La jeune femme appelle le 112 et décide de partir. Mais les exilés supplient les bénévoles d’emmener le blessé à l’hôpital. Deux hommes le transportent jusqu’à leur camionnette et montent avec lui à bord.

    Amanda conduit sur quelques centaines de mètres. Le premier van de CRS les laisse passer, le deuxième fait barrage. « Ils nous ont fait ouvrir le van. L’homme saignait énormément et était défiguré », décrit la bénévole. « Les CRS affirmaient qu’il avait été blessé par un jet de pierre », ajoute-t-elle, et lui auraient reproché son appel « inutile » aux pompiers.

    « Il a fallu longuement négocier », déplore Amanda, pour qui « il était clair que la situation était urgente ». Les policiers prennent le temps de « vérifier et prendre en photo les papiers d’identité » des bénévoles, qu’ils ont fait descendre de voiture.

    Les CRS consentent finalement à les laisser rejoindre le camion de pompiers arrivé sur les lieux. Mais l’un des migrants qui accompagnaient Bhrane G. dans la voiture des bénévoles est arrêté. « Formellement reconnu comme l’un des auteurs du caillassage » par les policiers, il est condamné à sept mois de prison avec sursis par le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer.

    Des hôpitaux de Calais et de Lille, Bhrane G. conserve des certificats attestant de la gravité de ses #blessures et quelques souvenirs douloureux. « Je voyais des personnes avec des tuniques blanches, donc j’ai compris que j’étais à l’hôpital. Les médecins parlaient en français, je ne comprenais rien. » Il se rappelle avoir reçu la visite d’amis, dans un état de demi-conscience. « Ils avaient tous un regard triste, comme si mon destin était scellé. Ils n’avaient pas d’espoir pour moi : ils baissaient la tête et partaient. »

    Lui-même a pensé qu’il risquait de mourir. « Je n’avais pas peur mais j’étais triste et énervé. Je suis venu en France, censée être un pays de droits, où il y a de la justice. Tout d’un coup, pour quelque chose qui ne me concernait pas, je me retrouvais à la place de la victime. Je sais que la mort est inévitable mais j’étais loin de ma famille. Je pensais à la distance, au temps qui était passé. C’était un sentiment de déception plus qu’autre chose. » « Épuisé », Bhrane G. a refusé une troisième intervention chirurgicale malgré l’insistance des soignants. D’autres rendez-vous médicaux sont programmés dans les semaines qui viennent.

    Aujourd’hui, Bhrane G. attend de savoir s’il obtiendra le statut de réfugié. Malgré sa situation précaire, il assure qu’il n’a « pas de crainte face aux policiers ». « Je n’ai commis aucun délit. Je n’ai rien à me reprocher. » Il espère que la justice désignera les responsables de sa blessure et s’étonne que les autorités n’aient pas « pris de [ses] nouvelles ». « C’est la moindre des choses quand on blesse quelqu’un. Ils n’ont même pas vérifié si j’avais survécu, comment je me portais. C’est comme si je n’avais aucune valeur à leurs yeux. »

    Pour Étienne Noël, cette affaire est « insoutenable ». « Ce sont les plus vulnérables des plus vulnérables, ils risquent leur vie tous les jours. Ils ont traversé la moitié du monde pour essayer de retrouver un semblant de civilisation et d’humanité. On les parque comme des chiens, dans des conditions absolument immondes, et en plus on les canarde. »

    La dénonciation des violences policières couve depuis plusieurs mois au sein de la communauté érythréenne – qui, avec les communautés éthiopienne et soudanaise, fait partie de celles qui restent le plus longtemps à Calais. Le 16 novembre, les occupants du terrain « BMX » ont écrit une lettre ouverte, diffusée par HRO, pour alerter le préfet du Pas-de-Calais sur ces violences.

    Aven*, 27 ans, résume : « Les CRS nous traitent comme des animaux. C’est comme si nous étions leur terrain de jeu. » « Lorsqu’on se rend en centre-ville pour faire des courses, les CRS ouvrent la portière sans descendre du véhicule et nous aspergent de gaz », raconte YB. « Certains nous donnent des coups de pied. » Le jeune Érythréen rapporte aussi des menaces de mort proférées par les forces de l’ordre à son encontre.

    Dans une première lettre ouverte, publiée en avril, la communauté érythréenne de ce lieu de vie recensait des insultes racistes, des CRS qui « accélèrent dans leurs véhicules en roulant dans [leur] direction, comme s’ils voulaient [les] écraser », ou encore des tabassages entraînant de sérieuses blessures.

    Au-delà des évacuations quasi quotidiennes, de nombreux incidents sont rapportés aux associatifs, qui confient avoir du mal à suivre : blocage des points de passage, destruction nocturne de tente, gazage de réserves d’eau et de nourriture « pour les rendre inutilisables ».

    Les membres de HRO estiment être de plus en plus entravés dans leurs missions d’observation et de documentation des expulsions. Huit bénévoles ont ainsi accumulé 30 verbalisations entre le 30 octobre et le 15 décembre (deuxième confinement), bien qu’ils affirment porter leur attestation professionnelle de déplacement en permanence. Six d’entre eux ont même été verbalisés trois fois, une quatrième amende pouvant les conduire au tribunal.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/090321/victime-d-un-tir-de-lbd-un-erythreen-porte-plainte-et-veut-faire-reconnait
    #plainte #justice #violences_policières #Calais #police #migrations #réfugiés #France

  • Un dossier sur le sexisme et les violences du corps policier
    https://ricochets.cc/Un-dossier-sur-le-sexisme-et-les-violences-du-corps-policier.html

    Voici un texte qui analyse les violences sexistes renforcées par la culture de l’Ordre institutionnel et de l’uniforme. Suivi de questionnements sur la campagne de communication de gendarmes "R-mess" qui se développe en France, et aussi dans la #Drôme (via des emballages pour pharmacies, boulangeries...). CULTE DE L’ORDRE ET CULTURE DU VIOL : ÉTAT DES LIEUX SUR LE SEXISME SYSTÉMIQUE Un dossier du du collectif « Désarmons-les À l’heure où certaines féministes en appellent à une police « mieux formée », (...) #Les_Articles

    / #Féminisme, #Violences_policières, Autoritarisme, régime policier, démocrature..., Drôme

    #Autoritarisme,_régime_policier,_démocrature...
    https://desarmons.net/2021/03/08/culte-de-lordre-culture-du-viol-etat-des-lieux
    https://desarmons.net/2020/06/25/harcelement-et-acharnement-judiciaire-contre-amelie-quand-la-police-se-fa
    https://paris-luttes.info/infokiosques-feministe-du-8-mars-14809
    https://saintdieinfo.fr/2019/04/vosges-messages-de-prevention-fourreaux-a-pain-sachets-de-pharmacie
    https://www-org.gendcom.gendarmerie.interieur.gouv.fr/actualites/2021/la-gendarmerie-de-la-drome-lance-a-son-tour-le-dispositif-r-mess
    https://www-org.gendcom.gendarmerie.interieur.gouv.fr/actualites/2020/carrefour-s-associe-a-la-gendarmerie-pour-lutter-contre-les-violences-conjugales

  • Émeutes à la Duchère : les flics blessent grièvement un jeune de 13ans puis répriment le quartier qui se révolte - Rebellyon.info
    https://rebellyon.info/Emeutes-a-la-Duchere-les-flics-blessent-22960

    Hier, mercredi 3 mars 2021 un jeune de 13 ans a fait une chute en scooter dans le quartier de la Duchère et est grièvement blessé, probablement percuté par une voiture de police banalisée. Face aux demandes d’explication des habitants, les flics balancent des lacrymos. Le 4 mars, la révolte reprend de plus belle. En face la répression.

    #violences_policières

  • France : de l’obsession sécuritaire au totalitarisme policier
    https://ricochets.cc/France-de-l-obsession-securitaire-au-totalitarisme-policier.html

    Depuis des années les lois et mesures répressives et de surveillance s’empilent, avec une nette accélération sous le régime macroniste. On subit à présent un projet politique assumé, l’organisation d’une société de surveillance généralisée qui vire au totalitarisme. ☠️LE SÉNAT VALIDE LES AMBITIONS TOTALITAIRES DU GOUVERNEMENT Mercredi 3 mars, la Loi Sécurité Globale déjà adoptée en novembre à l’Assemblée Nationale, passait devant la commission des lois du Sénat. Sans surprise, le texte adopté hier par les (...) #Les_Articles

    / #Procès,_justice,_répression_policière_ou_judiciaire, Autoritarisme, régime policier, démocrature..., Violences (...)

    #Autoritarisme,_régime_policier,_démocrature... #Violences_policières
    https://www.fichier-pdf.fr/2021/03/02/tract-lsg-collectif-non/tract-lsg-collectif-non.pdf
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    https://ricochets.cc/IMG/pdf/affiche-secu-globale-2a4.pdf

  • La France vue d’ailleurs : Restriction de libertés, Régime illibéral, démocratie imparfaite et violences policières
    https://ricochets.cc/La-France-vue-d-ailleurs-Restriction-de-libertes-Regime-illiberal-democrat

    Avec la chasse aux pauvres s’ajoutent la chasse aux contestataires, aux exilés, aux musulmans et la traque des personnes au faciès qui ne revient pas aux policiers. Ca fait beaucoup. La démocratie ne peut pas défaillir en France, ...parce qu’il n’y a jamais existé. Alors c’est "juste" le régime policier et capitaliste qui s’aggrave, s’étend, se durcit, qui déroule ses plans au gré des besoins de l’Ordre et du Marché. 🌎LA FRANCE VUE D’AILLEURS : UN PAYS AUTORITAIRE ET RACISTE « Restriction de libertés », « (...) #Les_Articles

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  • Nantes Révoltée - 🔴 MOHAMED, MUTILÉ POUR AVOIR FAIT LA FÊTE
    https://nantes-revoltee.com/mohamed-mutile-pour-avoir-fait-la-fete

    Dans un article du vendredi 19 février, Libération revient sur un cas de violence policière gravissime passée relativement inaperçue datant du mois de novembre dernier.

    https://www.liberation.fr/societe/police-justice/eborgne-lors-dune-fete-clandestine-les-policiers-quand-meme-ils-sen-sont-

    Les policiers ne porteront évidemment pas assistance à cet étudiant lourdement blessé au visage. Mathieu, un ami de la victime interpelle les fonctionnaires : « vous êtes content, mon pote il a perdu son œil à cause de vous ! ». L’un des flics rétorque avec l’abjection qui les caractérise, « il lui en reste un ». Mohamed s’éloignera de la fête pour appeler lui-même les secours. Plus tard, à l’hôpital, un médecin lui annonce qu’il a perdu définitivement l’usage de son œil.

    #violences_policières

  • Frédérique Vidal et sa gâchette | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2021/02/17/frederique-vidal-et-sa-gachette/?loggedin=true

    Politique
    Frédérique Vidal et sa gâchette
    Par Lionel Ruffel
    Théoricien de la littérature
    Lorsque Jean-Pierre Elkabbach, tout à son rôle d’incendiaire, reprend le titre du Figaro « L’islamo-gauchisme gangrène l’université », la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche opine du chef, et va même plus loin, en disant que « l’islamo-gauchisme gangrène toute la société ». C’est à ce moment-là qu’elle appuie sur la gâchette. Qu’elle se décharge et qu’elle peut jouir de s’être abandonnée à des pulsions qui certainement la taraudaient. Après cela, plus rien ne compte, elle peut littéralement dire n’importe quoi, elle a franchi cette fameuse limite des personnalités liminales, où le langage et la raison se sont effondrées, peu importe.
    Je n’ai pas lu Mein Kampf d’Adolf Hitler mais je pense le faire depuis que j’ai lu hier, le 16 février 2021 Manipuler et stigmatiser, Démystifier Mein Kampf de Albrecht Koschorke qui a paru en traduction française en 2018 après une première parution en allemand en 2016. [1]

    C’était une belle journée d’étude et de recherche, comme je n’en vis presque jamais plus. J’ai lu un livre, certes court, mais en intégralité, de la première à la dernière ligne, je n’ai pas été interrompu mille fois, j’ai souligné des passages j’ai pris des notes, cherché les références mentionnées, j’ai un peu divagué, en pensant aux objets actuels de mes recherches, à un moment où rien ne les a encore cristallisés : la résurgence de la figure de Victor Klemperer, le « fascisme de la langue », les différentes significations culturelles et politiques du mot genre, le sommeil. Tout ça bien sûr, à partir de la littérature. C’était vraiment une belle journée, pas vraiment efficace, mais prometteuse. J’ai même eu le temps de lire doucement et attentivement quelques travaux d’étudiant.e.s.
    Et puis, le soir venu, le brouhaha du monde est venu me percuter et saturer mon attention en même temps que celle de mes contemporains.
    Comme tout le monde j’imagine, j’ai entendu parler de, lu des articles sur, puis finalement, le lendemain matin, vu l’interview de Frédérique Vidal lorsqu’elle expose son nouveau combat à Jean-Pierre Elkabbach.
    Je déteste regarder des images animées d’actualité le matin.
    Mais en tant qu’universitaire, professeur dans une université régulièrement mise à l’index (Paris 8), ne rechignant pas à utiliser les outils du genre, de la race et de l’intersectionnalité dans mes recherches et mon enseignement sur la littérature, je me sens bien sûr concerné lorsque ma ministre de tutelle vient me chercher dans ma tanière et dit publiquement qu’il va falloir désormais mettre en place des instances qui viennent nous traquer, nous sortir de nos tanières et peut-être, je ne sais pas, nous enfermer ou nous révoquer. Et comme c’est déjà arrivé et que ça continue d’arriver sans cesse partout dans le monde, qu’on sorte les universitaires de leur tanière pour les mettre à l’ombre, je ne suis pas senti vraiment rassuré.
    C’est peut-être aussi et surtout que, sans faire aucun amalgame, comme pas mal d’autres, je lis beaucoup Victor Klemperer depuis deux ans, ce savant que les « aryens » qualifiaient de « juif » lorsque lui ne se voyait qu’en héritier germanique des Lumières françaises : un patriote, comme il aimait à se présenter lui-même.
    Lui aussi, enfin lui vraiment, on est venu le chercher dans sa hutte de savant, pour le destituer de sa chaire fissa en 1935, puis pour le destituer d’à peu près tout ce qui fait une vie, puis pour l’enfermer dans des « maisons de juifs », puis pour le battre, l’humilier, le torturer, le terroriser, le réduire au silence. Mais heureusement pour lui, et pour nous, il a survécu en écrivant dans les conditions les plus précaires qui soient des milliers de pages de journal, ce balancier auquel il se raccrochait [2].
    Donc ces choses-là arrivent, y compris aux plus intégrés de ceux qui sont mis à l’index et rejetés hors de la communauté politique. Comme Rousseau le dit des hommes dans ses Rêveries, Klemperer aura aimé les allemands « en dépit d’eux-mêmes ».
    Ces choses-là, qu’on finisse par destituer des savants, puis les enfermer, les battre à mort, les tuer, les déporter, les exterminer, arrivent donc, et souvent plus vite qu’on ne croit.
    Il faut voir la séquence pour comprendre que le contenu est presque secondaire, tant il est brouillon et incohérent, pour comprendre que seuls les affects comptent.
    Albrecht Koschorke, dans son passionnant livre, nous dit comment c’est arrivé après 1933 en Allemagne et c’est précieux. Je ne sais pas si c’est par déformation professionnelle, ou si nous avons fondamentalement raison, mais les gens comme Koschorke, Klemperer et d’autres, dont moi, des universitaires spécialistes de langue et de littérature, nous accordons une grande importance aux évolutions linguistiques et à leur formation médiatique, le plus souvent en étudiant des livres, mais pas uniquement. Et comme l’analyse des eaux usées nous renseigne sur l’évolution d’un virus, l’attention à la pollution de la parole médiatique nous informe des politiques à venir.
    Dans l’analyse que Koschorke propose sur la poétique et la réception de Mein Kampf, il y a un concept qui me semble déterminant pour nos temps incertains. Il le nomme en anglais trigger, la gâchette ou la détente.
    C’est à cette image que j’ai pensé en regardant l’interview que Frédérique Vidal a accordé à Jean-Pierre Elkabbach le 14 février ; ce moment où un.e responsable politique appuie sur la détente, et en tire une jouissance non dissimulée. Au contraire, la jouissance vient de ce moment, elle en est même constitutive, où on accepte d’appuyer sur la gâchette, et on est comme soulagés, c’est fait, il n’y aura plus de retour en arrière, vers quelque chose comme la raison. Donald Trump nous a offerts pendant quatre ans le spectacle fascinant de cette jouissance au moment d’appuyer sur la détente, une jouissance communicative, qui donne une joie à ceux qui la reçoivent qui n’auront plus à se sentir coupables de renoncer à tout contrôle.
    Frédérique Vidal a donc appuyé sur la gâchette en direct. Et ce qui suscite l’enthousiasme et l’adhésion, ce n’est pas la fermeté de leur conviction, la profondeur de l’analyse, puisqu’elle dit littéralement n’importe quoi, mais au contraire leur abandon, leur confusion, leur décharge, et elle était tellement soulagée sur le plateau télévisé, la Ministre, ça se voyait. Les plus empathiques parmi nous pourraient presque lui pardonner tant son soulagement était évident, non joué, profondément vécu. Mais les plus lucides n’oublient pas quand même que les gâchettes, ça sert à tirer des munitions.
    Même s’il est très parlant et, si j’ose dire, très percutant, le concept de trigger chez Koschorke n’est pas si évident à saisir. Bien sûr, il désigne la personne ou l’action qui va mettre le « feu à la poudrière sociale » (p. 23). Mais comme il l’écrit lui-même « reste à savoir d’où viennent ces idées inflammables » (ibid.). Car Koschorke ne veut pas faire d’Hitler une sorte de « génie » ou de démon isolé qui par la seule force de son verbe incarné aurait allumé les bâtons de dynamite. Ou s’il les a allumés, c’est qu’on les avait portés là, et que l’amorce en avait été faite par tout un groupe de « publicistes, de littérateurs, d’artistes, de bohèmes besogneux, d’intellectuels intermittents, de drop-outs du système éducatif et autres institutions nationales » (p. 26), dont le pamphlétaire est « la figure caractéristique ». Koschorke nous rappelle que l’historien du livre Robert Darnton avait repéré cette « élite précaire » au cœur du Paris des Lumières avant la Révolution[3]. Lui renvoie à la vie des cafés de Vienne. Quant à nous, nous avons sous nos yeux tous les jours pour peu qu’on leur prête attention sur les plateaux télévisés des chaînes d’information en continue, cette élite précaire (pas économiquement, mais intellectuellement et symboliquement) d’éditocrates qui forment, attention, les concepts se corsent, « un conglomérat d’idéologèmes à la cohérence plus ou moins lâche et au potentiel hégémonique » (p. 22).
    Mais c’est vrai que la plupart du temps, ce n’est pas à eux que revient d’appuyer sur la gâchette, ils ne peuvent que l’amorcer. Pour leur rendre hommage et enfin se décharger et montrer au public sa conversion, après avoir contesté les thèses sur l’islamo-gauchisme (la conversion à l’antisémitisme d’Hitler étant un des ressorts de Mein Kampf selon Koschorke) Frédérique Vidal a choisi une version ancienne, presque historique de cette élite d’éditocrates : Jean-Pierre Elkabbach (j’ignorais pour ma part qu’il officiait encore, j’étais presque ému de le retrouver, comme si je rencontrais un fantôme).
    Et ce n’est pas anodin que leur entretien courtois menant à la déclaration du nouveau combat de la ministre commence par citer un lieu où ces éditocrates se rassemblent lorsqu’ils se sont embourgeoisés, pour paraître plus convenable : Le Figaro. Le mouvement est peu ou prou toujours le même : d’abord les lieux où les personnalités liminales (« Cette notion, que l’on doit à l’ethnologue Victor Turner, traduit l’état limite où se trouvent certains groupes ou individus traversant des phases critiques », p. 35) s’expérimentent et se renforcent, les « rézosociaux », Valeurs actuelles, CNews puis on franchit le seuil de respectabilité (Le Point en tête de pont puis les autres magazines) et enfin l’embourgeoisement, Le Figaro. Là des responsables politiques y prêtent vraiment attention, l’entendent, et comme ils ont les armes dans leurs mains, à défaut des éditocrates liminaux, ils peuvent appuyer sur la gâchette, et le faire là y compris dans des endroits peu recommandables : le jour de la Saint-Valentin, Frédérique Vidal passe sur CNews et elle n’a pas beaucoup d’amour à transmettre.
    Il faut voir la séquence pour comprendre que le contenu est presque secondaire, tant il est brouillon et incohérent, pour comprendre que seuls les affects comptent. Il faut voir le sourire de la ministre, son impatience à répondre lorsque le grand-père des éditocrates, calme comme une momie, aborde le sujet : « l’islamo-gauchisme gangrène l’université ». La preuve c’est sur cinq colonnes à la Une du Figaro.
    Ce qui frappe c’est que le mot gangrène n’est pas interrogé. Il relève pourtant d’une stratégie dont on pourrait penser, à la lecture de Koschorke qu’Adolf Hitler en fut le premier théoricien. On se souvient de la phrase désormais si souvent citée de Victor Klemperer sur le fait que « le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du plus grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. » (p. 40) On se souvient peut-être que la présidente du tribunal lors du procès de France Télécom rappela cette phrase encore plus célèbre du philologue allemand : « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. » (ibid.)
    Personnellement je ne savais pas que Klemperer répondait presque point par point à Mein Kampf qui comparait le langage des sociaux-démocrates à un gaz toxique et proposait de « combattre le gaz toxique par le gaz toxique. » Et Hitler poursuivait : « La terreur dans les lieux de travail, dans l’usine, dans le local de rassemblement et à l’occasion de manifestations de masse sera toujours couronnée de succès tant qu’une terreur d’égale intensité n’y sera pas opposée. » Face aux mots, ces doses d’arsenic qui peuvent semer la terreur, on peut choisir la stratégie de Klemperer, mettre en évidence le poison et finir par « mettre beaucoup de mots en usage chez les nazis, pour longtemps, et certains pour toujours dans la fosse commune. » On peut choisir la stratégie d’Hitler et répandre une terreur supposément d’égale intensité pour éteindre le vocabulaire de ses adversaires dont on décrète la terreur.
    Donc lorsque Jean-Pierre Elkabbach, tout à son rôle d’incendiaire, reprend la phrase « L’islamo-gauchisme gangrène l’université », la ministre opine du chef, et va même plus loin, en disant que « l’islamo-gauchisme gangrène toute la société ».
    Bien sûr, on pourrait attendre d’une responsable politique de haut niveau qu’elle choisisse Klemperer et qu’elle enfouisse dans la terre ces mots toxiques que sont islamo-gauchisme et gangrène. Puisqu’elle rappelle plus tard dans l’interview qu’elle est biologiste, on pourrait attendre d’elle qu’elle dise que la gangrène est une pathologie médicale et non sociale, et que ce type de métaphores renvoie à l’eugénisme nazi. Non, au contraire, elle maximalise avec le sourire. Elle aurait pu choisir Klemperer, elle choisit Hitler. C’est à ce moment-là qu’elle appuie sur la gâchette. Qu’elle se décharge et qu’elle peut jouir de s’être abandonnée à des pulsions qui certainement la taraudaient.
    Après cela, plus rien ne compte, elle peut littéralement dire n’importe quoi, elle a franchi cette fameuse limite des personnalités liminales, où le langage et la raison se sont effondrées, peu importe. « Ce qu’on [qui ?] observe [comment ? avec quels outils ?] dans les universités [lesquelles], c’est qu’il y a des gens [qui ?] qui peuvent utiliser leurs titres [lesquels ?] et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales [lesquelles ?] ou pour porter des idées militantes [lesquelles ?] »
    Pour confondre biologie et construction sociale, objectivement il n’y a que deux solutions : soit être malhonnête, soit être limité intellectuellement, on se demande ce qu’on préfère penser de quelqu’un qui a tous les titres et diplômes que l’université peut accorder.
    Ce que je fais là, demander des précisions à ma ministre, n’a plus aucune importance lorsqu’on est entré dans la logique complotiste qui anime son discours. Rien n’est réfutable puisque rien n’est étayé.
    La momie marmonne une demande de précision, et elle répond qu’elle parle « de l’islamo-gauchisme vraiment » (je souligne) comme Hitler parlait de la juiverie qu’il convenait de démasquer et on connaît la suite. Donc « de l’islamo-gauchisme vraiment » dit-elle, et là elle ne sait plus comment définir ce « vraiment » alors elle passe à l’incantation, elle dégage le gaz toxique en s’accrochant comme elle peut à des branches dont elle ne connaît apparemment pas grand-chose tant son argumentaire flotte : « en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi. » Si d’aventure, il y a un sujet, individuel et collectif derrière ce « leur », il aura pris dans sa face une bonne dose de terreur d’égale intensité, mais quand même un peu plus que la sienne supposée car elle est menée avec les outils de l’État.
    La momie la relance « sans compter les indigiénistes qui disent la race, le genre, la classe sociale, tout ça ça forme un tout », et là elle est vraiment complètement d’accord, elle a un grand mouvement approbateur de tête pour dire « absolument » et d’ailleurs elle le dit en faisant traîner la dernière syllabe. Et elle se rappelle qu’elle est biologiste et qu’il n’y a qu’une espèce humaine et pas de race et donc elle est « tranquille ».
    Pour dire ça, pour confondre biologie et construction sociale, objectivement il n’y a que deux solutions : soit être malhonnête, soit être limité intellectuellement, on se demande ce qu’on préfère penser de quelqu’un qui a tous les titres et diplômes que l’université peut accorder.
    On pourrait tout décrire mais il y a un morceau de choix, tout le monde en a déjà entendu parler désormais, lorsque la momie, toute à ses propres références historiques (avant Mitterrand) dit qu’il y a « comme une alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong l’Ayatollah Khomeini ». Eh bien, ça fait sourire la ministre qui rétorque « Mais vous avez raison. »
    Koschorke nous dit que ce qui a assuré l’efficace de Mein Kampf ce n’est pas de s’appuyer sur un quelconque savoir ou une science mais au contraire c’est son « ton antiacadémique qui méprise ouvertement l’intelligence scientifique » (p. 65) qui a emporté l’adhésion. Y compris et surtout dans les milieux académiques allemands qui ont appliqué un programme qui contredisait leurs fondements scientifiques.
    C’est en fin d’interview ce que propose la ministre en demandant au CNRS de mener « une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université. »
    Dans le monde universitaire français, une instance est en relation directe avec le ou la ministre et travaille généralement en bonne intelligence avec lui ou elle. C’est la Conférence des Présidents d’Université (CPU). On peut difficilement faire plus respectable comme instance. Deux jours après cette interview, en urgence, elle s’adresse par communiqué de presse à sa ministre en disant ceci, en conclusion et sans formule de politesse : « Le débat politique n’est par principe pas un débat scientifique : il ne doit pas pour autant conduire à raconter n’importe quoi. »
    Espérons que cette réaction marque un éveil. Nous devons considérer que nous marchons désormais avec une cible dans le dos, que nous sommes directement menacés, pas seulement par une « élite précaire » d’éditocrates mais par notre propre ministre qui, après d’autres, pour certains ses collègues au gouvernement, non seulement ne peut plus nous représenter ni nous défendre, mais nous attaque. Rappelons-nous surtout que cette attaque n’est que la partie culturelle et n’est peut-être même qu’une diversion de la guerre économique (LRU) que ce gouvernement nous mène. Mais cette diversion a des effets lorsque certains d’entre nous sont menacés et vivent sous protection fonctionnelle.
    On peut comme moi vouer une forme de culte à la figure et l’œuvre de Victor Klemperer. Il aurait quand même certainement préféré vivre une vie banale de savant et qu’on « coupe la mèche qui brûle avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite »[4], pour citer un autre de ces brillants esprits, Walter Benjamin, qui, lui, n’a pas survécu à la terreur nazie.
    Quelles que soient ses fins, vraie conviction ou calcul politique pour faire passer une réforme dans le bruit et la fureur, il se trouve que notre ministre a officiellement allumé une mèche fasciste (« danger, vigilance, action » sera ainsi la nouvelle trinité du ministère) et que c’est dans cet univers que nous vivons désormais. Appeler un chat un chat me semble être la moindre des choses lorsqu’on se soucie du langage. En tout cas un préalable à l’action.

    [1] Albrecht Koschorke, Manipuler et stigmatiser, Démystifier Mein Kampf, traduit de l’allemand et présenté par Christophe Lucchese, CNRS Éditions, 2018 [2016]
    [2] « Mon journal était dans ces années-là, à tout moment, le balancier sans lequel je serais cent fois tombé », Victor Klemperer, LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d’un philologue, traduit de l’allemand et annoté par Elisabeth Guillot, présenté par Sonia Combe et Alain Brossat, Paris, Albin-Michel, coll. Bibliothèque Idées, 1996, réédition en livre de poche, Agora Pocket n° 2002
    [3] Robert Darnton, Édition et sédition ; l’univers de la littérature clandestine au XVIIIe siècle, Gallimard, NRF essais, 1991
    [4] Walter Benjamin, « Avertisseur d’incendie », Sens unique précédé de Enfance berlinoise et suivi de Paysages urbains, traduit de l’allemand par Jean Lacoste, nouvelle édition revue, Maurice Nadeau, 1988.

    Lionel Ruffel
    Théoricien de la littérature, Professeur à l’Université Paris 8

    Voir aussi : https://seenthis.net/messages/902231

    #islamo-gauchisme #délit d’opinion #liberté_de_recherche #chasse_aux_sorcière #maccarthisme #Frédérique_Vidal #Universités #cryptofascisme #La_république_en_miettes #le_ventre_de_la_bête
    #Victor_Kemplerer ~#Albrecht_Koschorke

    Pour compléter :

    https://journals.openedition.org/rgi/1470

    Dans cette étude, on s’attache à mettre en évidence ce qui lie, dans le travail de Victor Klemperer : LTI, la langue du troisième Reich, l’expérience de la violence, l’analyse du langage et l’écriture. Il s’agit de comprendre comment la violence ici se dédouble entre la « violence faite à la langue » et la violence, autrement plus meurtrière, qu’elle sert et dont elle vise à préparer et accompagner le « consentement meurtrier ».

    https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/manipuler-et-stigmatiser

    (A propos de « Mein Kampf ») En s’immergeant dans le livre, Albrecht Koschorke fait ressortir les procédés visant à rendre irréfutables les propos avancés, attire l’attention sur la construction de l’ouvrage, les transitions des expériences personnelles aux stigmatisations globalisantes, les changements de registres d’écriture, désintrique les niveaux de lecture et éclaire les divers publics visés.

    • le jour de la Saint-Valentin, Frédérique Vidal passe sur CNews et elle n’a pas beaucoup d’amour à transmettre.

      La Saint-Valentin est la date anniversaire du massacre de 2000 juives et juifs à Strasbourg en prévention de la peste car les strasbourgeoises et strasbourgeois croyaient que la peste était propagée par les juives et les juifs. La peste n’est d’ailleurs pas passé à Strasbourg. En temps de Covid c’est tout de même vertigineux.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Pogrom_de_Strasbourg

      C’est aussi le jour ou les forces de police tirèrent sur la foule en Guadeloupe
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_la_Saint-Valentin_(Guadeloupe)

      Il y a aussi une augmentation des violences par conjoints à la Saint Valentin
      https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1152794/violence-domestique-conjugale-agression-14-fevrier-refuge

      Tout ceci en dit long sur l’amour.
      #amour #antisémitisme #racisme #peste #violences_conjugales #violences_policières #colonialisme #pogrom

    • elle relance avec la une du JDD de demain...

      Edit


      cette une JDD est trompeuse, Vidal est plus emberlificotée et contradictoire sur ce « fait social total » (Blanquer) qui ne serait qu’un « ressenti », concluant que la priorité c’est la situation des étudiants. un résumé
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/21/islamo-gauchisme-frederique-vidal-denonce-un-proces-d-intention-a-son-egard_

    • « Islamo-gauchisme : Frédérique Vidal souhaite qu’on relève le débat » titre le Huffpost ce matin. Ça c’est sûr, elle est partie de loin non sans un certain handicap.

      Quant à « Malheurs Actuels », ils dénoncent une certaine « mollesse » dans l’entreprise de la ministre et pourraient même être tentés de l’ affubler du qualificatif ignominieux de « judéo-bolchevique » :

      Le lundi 15 février dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, annonçait le lancement d’une enquête sur l’influence de l’islamo-gauchisme à l’Université. Une enquête qu’elle a confiée… au CNRS, pourtant largement favorable aux nouvelles thèses racialistes et décoloniales.

    • Et comme l’analyse des eaux usées nous renseigne sur l’évolution d’un virus, l’attention à la pollution de la parole médiatique nous informe des politiques à venir.

    • Est-ce que vous vous rendez compte que pas un seul minable pris sur le fait d’une énormité n’a été mis hors d’état de nuire définitivement, avec pour la plupart des promotions, et pour d’autres, des mises à l’écart discrètes ? Ferrand, Bennalla... Même Griveaux a eu droit à des missions sympathiques, pour lui arrondir ses fins de mois (mission Alimentation des jeunes, en Août 2020 me dit le moteur de recherche).
      Macron, pour gouverner, met un point d’honneur à ne jamais lâcher ses subordonnés, même quand ceux-ci se comportent illégalement. Et ils le lui rendent bien.
      Cette méthode de gouvernement nous mène à une situation où ce sont des zombies qui mènent les politiques. Des individus sans épaisseurs qui manient des idées qu’ils ne comprennent pas pour aboutir à des fins dont ils n’ont pas idée.

    • J’ai lu beaucoup de tribunes sur les propos de Vidal et celle ci comporte des choses intéressantes mais j’ai été mal à l’aise avec la sexualisation présente dans celle ci.
      Ce malaise est accentué avec la lecture d’une autre tribune publié sur libé et mise en partage par @cdb_77 https://seenthis.net/messages/902062#message902948

      Qui met en avant le fait que ce gouvernement était coutumier du fait d’envoyer sur le front les femmes issue du civile faire le sale boulot pour préservé les politiciens - C’est probablement une technique de McKinsley & co comme ca à été le cas avec Buyzin, Ndiaye et même Schiappa. Je ne dit pas ca pour dérésponsabilisé ses femmes juste pour mettre en avant une technique de Macron pour préservé les plus immondes de ses hommes de main (ici Darmanin et Blanquer). Et du coup cette tribune tombe dans ce piège en croyant que Vidal est soulagée par la jouissance sexuelle, elle est probablement soulagé de faire ce que Jupiter lui à ordonné de faire. Ca ne la rachète pas, c’est juste qu’elle n’est qu’un fusible qui protège les véritables prédateurs (Macron, Blanquer, Darmanin, Lemaire). Il y a du sexisme dans cette instrumentalisation et il y a aussi du sexisme dans cette tribune.
      Vidal aura probablement aussi sa mission en récompense une fois qu’elle aura sauté comme tu le pointe @biggrizzly je voulais juste souligné le malaise que je ressent vis à vis de ce texte.

    • Aussi la mission est accomplie
      – les profs, et chercheur·euses et les médias (et nous aussi ici) ne sont plus occupé du triste sorte des étudiant·es ni de la gestion criminelle du Covid
      – les universitaires et le CNRS sont occupés à se défendre de cette sois disant complaisance avec le terrorisme islamique.
      – les propos racistes se normalisent et le programme du RN deviens réalité
      – le variant anglais fait son chemin main dans la main avec l’épidémie deja en place
      – les soignant·es sont invisible, les vaccins et manque de moyens le sont aussi.
      – Macron et ses soldats sont protégés

    • @mad_meg : oui, ce sont des faits qui se répètent très souvent en Macronie pour que ce soit fortuit, à savoir envoyer des femmes faire le sale boulot et cela valide ta lecture de l’article que j’ai linké ici. Ceci dit, il y eut des précédents sous Hollande avec Myriam El Khomri et la loi relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels (2016). Et comme un malheur arrive rarement seul, instrumentaliser des femmes amène fatalement à un regain de discrimination sexiste. La politique politicienne c’est un « métier » au masculin.

  • Je découvre #The_Freedom_Affair, un nouveau groupe de soul de Kansas City, avec de très beaux titres :

    Give A Little Love (chanson « feel good », qui appelle à voter Biden, mais où l’on trouve aussi à 1’30", le livre d’ #Angela_Davis sur la #Palestine !)
    https://www.youtube.com/watch?v=JOpPPcU9spQ

    Don’t Shoot (sur les #violences_policières bien sûr, en acoustique)
    https://www.youtube.com/watch?v=CmGNaucvoGs

    Rise Up
    https://www.youtube.com/watch?v=wwZTbFLVoWc

    #Soul #Musique #Musique_et_politique #USA

  • Mort de Cédric Chouviat : les policiers auraient menti avec la bénédiction de leur hiérarchie - Le Parisien
    https://www.leparisien.fr/faits-divers/mort-de-cedric-chouviat-les-policiers-auraient-menti-avec-la-benediction-


    Cédric Chouviat avait été interpellé le 3 janvier près de la tour Eiffel. Il est décédé deux jours plus tard sans avoir repris connaissance.
    DR.

    Les policiers mis en examen auraient tenté de cacher leur responsabilité dans la mort du chauffeur-livreur de 42 ans. Leur hiérarchie les aurait couverts.

    Ils n’ont pas entendu Cédric Chouviat crier « j’étouffe » à sept reprises. C’est ce qu’ont affirmé les policiers qui ont plaqué au sol, sur le ventre, le chauffeur-livreur de 42 ans lors d’un contrôle routier près la tour Eiffel à Paris le 3 janvier. Transporté dans un état critique à l’hôpital Georges-Pompidou, le père de famille était mort deux jours plus tard.

    Des mensonges que mettent en lumière mardi Mediapart et Libération grâce à des documents qu’ils ont consultés. Après une enquête menée par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), trois des quatre fonctionnaires impliqués dans l’interpellation fatale à Cédric Chouviat ont été mis en examen pour homicide involontaire, avec interdiction d’entrer en contact avec tout ou partie de l’équipage. Une policière a été, elle, placée sous le statut de témoin assisté.

    Au cours de leurs auditions, les policiers n’en ont pas démordu : ils n’ont pas entendu les cris de détresse du chauffeur-livreur. Pourtant, Cédric Chouviat continuait d’enregistrer la conversation lorsqu’il a été attrapé par le cou, plaqué au sol sur le ventre, encore casqué, avant d’être menotté. Non seulement on l’entend se plaindre d’étouffer, mais on entend aussi distinctement l’un des fonctionnaires dire à son collègue, le chef de bord Michaël P. : « C’est bon, c’est bon, lâche », « sur un ton paraissant empreint d’inquiétude ».

    Mais face aux enquêteurs de la police des polices, ce gardien de la paix ne « sait plus » pourquoi il a prononcé ces mots, rapporte Mediapart. La « clé d’étranglement » ? Un simple « maintien de tête », affirme Michaël P. « Il n’y a pas eu de geste volontaire », dit-il encore. D’autres vidéos tournées par l’une des policières impliquées ont pourtant été versées au dossier.