• « Maintenant l’eau, c’est peau de chagrin » : l’#Aude aux avant-postes du dérèglement climatique en France
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/11/02/maintenant-l-eau-c-est-peau-de-chagrin-l-aude-aux-avant-postes-du-dereglemen

    Le Sou ressemble à un chemin abandonné. On pourrait continuer à rouler sans apercevoir, de part et d’autre de la route, le tracé sinueux de cette rivière asséchée. Des racines pendent au-dessus de son lit vide. Matthieu Vaslin, jumelles en bandoulière sur son sweat-shirt gris, s’arrête devant un saule cendré. En cette fin septembre, le petit arbre au feuillage clairsemé « devrait avoir les pieds dans la flotte, soupire l’éleveur. Le Sou ne se tarissait jamais ici, avant ».

    Arrivé il y a quinze ans dans cette vallée boisée de l’est de l’Aude, cet ancien salarié de la Ligue de protection des oiseaux a vu l’eau se raréfier dans le massif que son troupeau parcourt chaque jour. La végétation est devenue si sèche que les chèvres cessent de donner du lait un mois plus tôt qu’auparavant. Certains arbres périssent, d’autres rougissent avant l’automne. Le Sou est devenu depuis trois ans un tapis de feuilles mortes. Il a coulé un peu en mars, grâce à des ondées printanières, mais pour quelques semaines seulement.

    C’est autant d’eau qui ne rejoint plus, une dizaine de kilomètres plus bas, la principale rivière du massif des Corbières : l’Orbieu. Au total, le cours d’eau et ses affluents parcourent une soixantaine de communes, depuis les vastes reliefs boisés d’altitude jusqu’à la plaine viticole et la confluence avec le fleuve Aude, avant de rejoindre la mer.

    Baisse importante des précipitations

    Le syndicat de rivières qui scrute ces écoulements couvre quelque 45 000 habitants, parmi les 378 000 que compte le département. Dans cette frange de l’Est audois, ils sont aux premières loges du changement climatique en France.

    Le bassin de l’Orbieu s’est en effet réchauffé de près de 1,5 °C en un demi-siècle (en moyenne sur dix ans). Une augmentation des températures qui a pour corollaire une forte hausse de l’évapotranspiration, c’est-à-dire de l’humidité renvoyée par la végétation et les sols vers l’atmosphère. Conséquence : « Il y a de moins en moins d’eau disponible », résume Yves Tramblay, directeur de recherche en hydrologie à l’Institut de recherche pour le développement et coauteur du chapitre sur la Méditerranée dans le 6e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). D’autant que le secteur est touché par « une baisse significative des précipitations », − 37 % entre 1959 et 2024.

    Il fait partie, à l’instar des #Pyrénées-Orientales voisines, des territoires français où l’état de la ressource en eau est le plus préoccupant. Faute de recharge suffisante, des aquifères souterrains se vident, et les ruisseaux cessent de couler de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps. En ce début d’automne, l’Orbieu lui-même est en situation d’assec sur une portion de son tracé, près de sa source. Des camions-citernes ont dû, à de nombreuses reprises déjà, emprunter les routes sinueuses qui enlacent les collines calcaires des #Corbières, pour ravitailler des municipalités aux sources taries.


    Le promontoire rocheux du Gourg Goutonnier, duquel les gens plongeaient, à Talairan (Aude), le 30 septembre 2025.


    SOURCE : NATIONAL OCEANIC AND ATMOSPHERIC ADMINISTRATION

    https://archive.ph/b1tAV

    #climat #eau #sécheresse #désertification #incendies #viticulture #pastoralisme

  • #PestiRiv : une #étude pour mieux connaître l’exposition aux #pesticides des personnes vivant en zones viticoles et non-viticoles

    #Santé_publique France et l’Anses (l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) réalisent l’étude Pestiriv pour mieux connaître l’exposition aux pesticides des personnes vivant près de vignes ou éloignées de toute culture.

    Quels sont les principaux résultats de l’étude ?

    Les résultats de l’étude montrent que :

    - Les #riverains des zones viticoles sont plus exposés aux pesticides appliqués sur ces cultures que les personnes éloignées de toute culture. Ces expositions sont par ailleurs plus importantes en période de traitement. L’augmentation de l’#imprégnation_biologique en zones viticoles est observée à la fois chez les adultes et les enfants.
    - Les quantités de produits utilisés et la proximité des #habitations avec les vignes sont les deux principaux facteurs d’exposition.

    Ces résultats sont robustes pour les différents échantillons analysés (urines, cheveux, poussières, air ambiant, air intérieur) et cohérents avec ceux des quelques études réalisées sur d’autres cultures aux Etats-Unis (blé, soja) et aux Pays-Bas (fleurs).

    Cette exposition plus importante est due au transfert vers l’environnement des substances appliquées sur les vignes, qui est constaté pour la majorité des substances mesurées. Cette exposition concerne aussi bien des substances très spécifiques de la vigne (par exemple le #folpel ou le #métirame) que des substances qui le sont moins (par exemple le #glyphosate, le #fosétyl-aluminium, la #spiroxamine).

    Il est à noter que les faibles #pluies et les #températures élevées du printemps et de l’été 2022, période de l’étude, ont pu limiter les besoins de traitement. Les niveaux d’exposition en zones viticoles pourraient donc être plus élevés en cas de temps pluvieux.
    Pour certaines substances, aucune différence entre les deux groupes de population ou entre les deux périodes n’est observée. Cela peut s’expliquer par le fait qu’il existe d’autres sources d’exposition que les traitements agricoles (cas des #pyréthrinoïdes, qui sont des #insecticides utilisés pour des usages variés, ou encore du #cuivre) ou que l’utilisation de la substance sur les vignes a été faible dans la période étudiée (exemple du #tébuconazole).

    https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/pestiriv-une-etude-pour-mieux-connaitre-l-exposition-aux-pestici
    #vignobles #vignes #viticulture #rapport

    • "Cette agriculture tue les gens" : l’étude PestiRiv révèle ses résultats, les riverains des vignes surexposés aux pesticides

      Ce lundi 15 septembre étaient publiés les résultats très attendus de l’étude PestiRiv, portant sur l’exposition aux pesticides des populations situées à #proximité des zones viticoles. Sans surprise, les #riverains y sont fortement imprégnés de #produits_phytosanitaires et pose ainsi des questions de santé publique.

      C’est une étude nationale « inédite », d’une ampleur « sans précédent ». Lancée en 2021, l’étude PestiRiv, menée conjointement par Santé publique France et l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), visait à évaluer l’exposition aux pesticides des personnes vivant dans des zones proches des vignobles.

      Environ 4 % de la population française vit à moins de 200 mètres d’une vigne, soit en grande proximité, mais peu de données existaient à ce jour sur l’exposition de ces riverains. La vigne est en effet l’une des cultures en France où l’usage des produits phytopharmaceutiques est le plus important. Certains sont même spécifiques au milieu, comme le Folpel, un fongicide utilisé contre le mildiou.
      Des résultats sans surprise

      Après de longs mois d’une attente d’ailleurs dénoncée par plusieurs associations de défense de l’environnement, les résultats ont été publiés ce lundi 15 septembre. Et sans surprise, ils démontrent que les populations vivant à proximité des exploitations viticoles sont plus exposées aux pesticides que les autres, avec une plus grosse imprégnation pour les enfants de 3 à 6 ans.

      « Les niveaux de #contamination sont plus élevés en zone viticole, avec une augmentation comprise entre 15 et 45 % dans les urines, jusqu’à plus de 1 000 % dans les poussières et 12 fois plus dans l’air ambiant. » (Clémence Fillol, Responsable de l’unité Surveillance des expositions de Santé publique France)

      De plus, l’étude a aussi permis de montrer que l’exposition aux pesticides pour les riverains devenait encore plus importante lors de la période de traitement des vignes : par exemple, l’augmentation du niveau de contamination des urines peut atteindre 60 %, celle concernant les poussières peut aller jusqu’à 700 %.

      Mais une autorisation de mise sur le marché ne donne pas pour autant l’autorisation de consommer ces produits ! (Cyril Giraud, Relais en Gironde de l’association Générations Futures)

      Les autorités sanitaires soulignent tout de même que les quantités de pesticides retrouvées dans les analyses n’ont jamais dépassé les seuils fixés dans les autorisations de mise sur le marché (AMM) de ces produits.

      Sur les 23 communes où l’air ambiant a été analysé (dont Pauillac en Gironde), du Folpel a été détecté dans 62 % des échantillons, pour une concentration moyenne de 2,29 nanogrammes par mètre cube, alors que la dose journalière autorisée est fixée à 0,1 milligramme (soit 100 000 ng) par kilogramme. « Si l’on retrouve un produit cancérogène ou mutagène dans les urines, on se doute bien qu’il a pu faire des dégâts », détaille Cyril Giraud.
      Près de 3 000 participants

      Pour pallier ce manque de données, 265 sites, répartis dans six régions viticoles dont la Nouvelle-Aquitaine, ont été analysés dans le cadre de PestiRiv.

      Le groupe « riverain » était constitué d’individus résidant à moins de 500 mètres d’une vigne et plus d’1 kilomètre de toute autre culture. Le groupe de comparaison, éloigné de toute culture, comprenait des habitations à 1 km d’une culture quelconque et à 5 km d’une vigne.

      Deux périodes ont été sélectionnées pour l’étude : d’abord entre octobre et février 2022, puis entre mars et août 2022, soit pendant la période de traitement des vignes

      Au total, 56 substances ont été mesurées dans l’air et les poussières à l’intérieur des habitations, ainsi que dans l’urine et les cheveux des participants des deux groupes. Près de 2 000 adultes et 750 enfants ont participé à cette étude, avec « une forte implication » et des « questionnaires extrêmement complets » à remplir.

      Les pratiques agricoles directement visées

      Le lien semble donc directement établi entre l’épandage de pesticides dans une exploitation viticole et sa présence chez les riverains. « L’analyse de l’ensemble de ces données amène à conclure que le facteur qui influence le plus l’exposition des populations est les pratiques agricoles, poursuit Ohri Yamada, chef de l’unité Phytopharmacovigilance de l’Anses. Car l’exposition augmente aussi avec les quantités de pesticides utilisées et la distance diminuée entre le logement et les vignes. »

      D’autres facteurs peuvent aussi contribuer à l’augmentation de l’exposition, comme le fait de passer du temps à l’extérieur ou d’aérer longtemps son logement, d’autant plus en période d’épandage. Et si l’étude PestiRiv est saluée comme une confirmation officielle d’une contamination des populations que les associations dénonçaient depuis des années, elle est aussi vue comme le symbole d’un immobilisme. « Le problème des études comme ça, c’est que c’est aussi un prétexte pour ne rien faire », souligne Cyril Giraud.

      PestiRiv ne dit en effet rien des risques sanitaires qui pèsent sur les populations exposées aux produits phytosanitaires, mais se borne à dresser un constat. « Une étude doit aller d’un diagnostic à un plan d’action. Si c’est pour dire à la fin qu’il peut y avoir un lien de cause à effet mais que ce n’est pas avéré, c’est dommage de pondre ça », fustige Thomas Filliatre, maire de Preignac (Gironde), où se trouvent plusieurs vignes.

      "La France fait tout pour éviter de voir l’évidence : cette agriculture tue les gens. (Cyril Giraud, Relais en Gironde de l’association Générations Futures)

      « Il faut arrêter de demander des études et des études et des études, c’est une fuite en avant pour ne pas demander de vraies mesures, poursuit Cyril Giraud. Cela fait longtemps qu’on sait que ces produits sont toxiques, ils sont faits pour ça ! »
      Accompagner le monde agricole

      Là où les recommandations de Santé publique France et de l’Anses se bornent à « limiter l’utilisation de produits phytosanitaires au strict nécessaire, avec une mise en œuvre ambitieuse de la stratégie nationale Ecophyto 2030 », les associations de défense de l’environnement, comme Générations Futures, demandent à l’État d’aller plus loin.

      « Il faut interdire ces produits, et accompagner le monde agricole dans des pratiques plus respectueuses » pour l’environnement et la santé, appuie Cyril Giraud. Par la voix de son porte-parole François Veillerette, Générations Futures demande aussi « l’accès aux registres d’épandages des agriculteurs, car il est aujourd’hui ahurissant que ces registres ne soient pas accessibles dans l’intérêt des populations et de la science ».

      Les riverains des zones viticoles ne sont sans doute pas les seuls concernés : tous les habitants à proximité de cultures sur lesquels des pesticides sont répandus sont susceptibles d’être surexposés à des substances chimiques, potentiellement dangereuses pour la santé. « L’étude PestiRiv ouvre des pistes, mais n’est pas une fin en soi », prévenait en préambule Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France, lors de la restitution des résultats. La recherche et les pouvoirs publics doivent maintenant s’emparer du problème.

      https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/cette-agriculture-tue-les-gens-l-etude-pestiriv-revele-se

    • Dans les zones viticoles, des populations plus exposées aux pesticides

      L’étude PestiRiv, menée par l’Anses et Santé publique France, a été rendue publique lundi 15 septembre après quatre ans de recherches. Elle met en évidence les pesticides auxquels sont exposés les riverains des zones viticoles.

      DesDes populations plus exposées aux pesticides que la moyenne, et particulièrement aux fongicides, ces produits qui s’attaquent aux champignons : si l’on habite en zone viticole, on a plus de probabilité de respirer, d’avaler, d’être en contact avec les molécules des produits phytosanitaires épandus dans les parcelles.

      C’est ce que conclut PestiRiv, l’étude rendue publique lundi 15 septembre par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (l’Anses) et Santé publique France. Un résultat suffisamment solide, établi après quatre années de recherches à l’échelle de la France métropolitaine, pour que les deux institutions, dans leurs recommandations, incitent « en priorité à réduire l’utilisation de pesticides » en agriculture.

      L’étude, une première en France, se base sur des échantillons d’urine et de cheveux, mais aussi de poussières, d’air ambiant et d’aliments de potagers privés, ainsi que sur de longs questionnaires soumis aux participant·es. Constituée de trois tomes et de copieuses annexes, longue de plus de 2 500 pages au total, l’étude s’est longtemps fait attendre. Au début de l’été, l’ONG Générations futures, qui milite contre les pesticides, avait déposé un recours, dénonçant un blocage de l’État pendant les débats sur la loi Duplomb.

      Car PestiRiv a officiellement été impulsée par la Direction générale de la santé il y a déjà neuf ans, à la suite d’une alerte lancée en 2012 à Preignac, en Gironde, où un cluster de cancers pédiatriques avait vu le jour. PestiRiv n’a démarré que fin 2021, une fois le protocole de recherche mis en place.

      Deux salves de collectes d’échantillons ont alors été réalisées : d’octobre 2021 à février 2022, saison pendant laquelle les traitements phytosanitaires sur les vignes sont moins fréquents, puis de mars à août 2022 (lorsque les traitements sont plus fréquents). Il aura donc fallu attendre encore quatre ans pour l’analyse des très nombreuses données et la restitution des résultats par l’Anses et Santé publique France.
      Les enfants plus imprégnés que les adultes

      Principal enseignement, donc : les populations riveraines des zones viticoles – c’est-à-dire, selon la définition de l’étude, habitant à moins de 500 mètres d’une parcelle de vignes et à plus de 1 000 mètres d’une autre culture – sont bien plus exposées que les personnes n’habitant pas dans ces espaces – c’est-à-dire résidant à plus de 500 mètres d’une parcelle viticole.

      PestiRiv, qui a suivi au total 3 350 personnes tirées au sort dans six régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie), montre en outre que les enfants sont plus imprégnés que les adultes, en se basant sur deux groupes d’étude : l’un constitué par la population adulte âgée de 18 à 79 ans, l’autre par des enfants âgés de 3 à 17 ans.

      Au total, 56 produits phytosanitaires différents étaient recherchés, selon une liste établie en amont des relevés : des herbicides comme le glyphosate ; des insecticides, dont des néonicotinoïdes, aujourd’hui interdits, mais aussi des pyréthrinoïdes, dont le spectre d’action est très large ; et des fongicides, parmi lesquels certains, comme le soufre et le cuivre, sont autorisés en agriculture biologique.

      Le résultat, à première vue, n’est guère surprenant : la viticulture est, en France, le secteur le plus consommateur de pesticides après l’arboriculture, production de pommes en tête. Selon les dernières données du ministère de l’agriculture à ce sujet, qui datent de 2019, 18 traitements phytosanitaires sont appliqués en moyenne chaque année sur les parcelles de vignes.

      Mais le résultat est implacable. Les douze substances recherchées dans les urines des enfants et des adultes riverains des zones viticoles, par exemple, se retrouvent dans la quasi-totalité des échantillons. Et dans la moitié des échantillons des poussières des foyers riverains, on trouve 25 des 48 substances recherchées.

      Par comparaison avec la population témoin, qui ne réside pas à proximité d’une parcelle de vignes, le niveau de contamination dans les urines augmente ainsi de 15 à 45 %. Il est multiplié par douze dans l’air ambiant extérieur, et par cent dans les poussières des logements.
      Des substances dans l’air ambiant

      L’étude relève en outre une imprégnation (autrement dit une présence dans les urines et les cheveux) encore plus élevée chez les jeunes enfants, entre 3 et 6 ans. « Ceci est dû au fait qu’ils ont beaucoup plus de contacts avec le sol, et de contacts main-bouche », a expliqué Clémence Fillol, responsable de l’unité surveillance des expositions à Santé publique France, à l’occasion de la présentation de l’étude à la presse en visoconférence, lundi matin.

      « Retrouver dans l’alimentation ou les échantillons d’air et de poussière des substances introduites dans un environnement proche n’est pas surprenant, a reconnu Matthieu Schuler, directeur général délégué, à l’Anses, du pôle sciences pour l’expertise. Mais nos résultats permettent d’affiner : on voit que les substances sont encore plus présentes dans l’air ambiant que dans les aliments, et que certaines sont plus présentes que d’autres. Ce sont des enseignements riches qui nous permettront d’aller vite en cas d’événement sanitaire. » Autrement dit, en cas d’apparition d’un nouveau cluster, par exemple.

      « Cela donne une photographie très précise de l’exposition des personnes, a insisté Benoît Vallet, directeur général de l’Anses. Ce sont des données extrêmement solides, cela offre une transparence qui peut être bénéfique pour la profession agricole comme pour les riverains qui appelaient cela de leurs vœux. Ce sont de nouveaux éléments, tout à fait différents de Géocap Agri », qui renseignait sur le lien entre distance du lieu de résidence et probabilité d’apparition de leucémie.

      Une source d’information précieuse pour les populations concernées. Vivre à côté de vignes expose donc à des substances potentiellement toxiques.
      Des cocktails de molécules

      Prenons par exemple le glyphosate. On le retrouve dans 87 % des échantillons d’air ambiant des zones viticoles prélevés pour l’étude. Ou encore le folpel, un fongicide caractéristique de la culture de vignes, inconnu du grand public mais dans le viseur des associations environnementales, considéré comme toxique pour la reproduction et classé cancérogène de type 2 par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Il est présent dans près de 63 % des mêmes échantillons. Le cuivre et le soufre, tous deux autorisés en agriculture biologique, se retrouvent quant à eux dans l’ensemble de ces échantillons.

      Deux familles de fongicides mal évaluées par la toxicologie règlementaire (c’est-à-dire par les études requises pour l’autorisation des produits) se rencontrent dans les échantillons : les SDHI et les strobilurines, qui s’attaquent à la respiration cellulaire. Parmi les premiers, notons le boscalid, une molécule identifiée par les scientifiques comme perturbateur endocrinien et possible cancérogène. Parmi les seconds apparaît notamment, en quantité importante dans les urines et cheveux, la trifloxystrobine.

      « Il est préoccupant d’avoir une combinaison d’autant de molécules », souligne auprès de Mediapart Sylvie Bortoli, ingénieure de recherche à Paris-Cité. Pour cette toxicologue qui n’a pas pris part à PestiRiv, « l’étude révèle un cocktail de substances auxquelles les riverains sont exposés simultanément. C’est problématique car les effets toxiques peuvent se combiner, et c’est quelque chose qui n’est pas évalué en toxicologie réglementaire ». Particulièrement inquiétante est l’imprégnation des enfants : chez un tiers d’entre eux, plus de deux pesticides sont retrouvés dans les cheveux et les urines, « alors qu’ils sont plus vulnérables aux effets toxiques car leur système de détoxication n’est pas mature ».

      De manière logique là aussi, l’étude met en évidence une exposition plus importante pendant la saison de traitement à haute dose des vignes. Conclusion : « Le facteur qui influence le plus l’exposition aux pesticides en milieu viticole, ce sont les pratiques agricoles, a indiqué Ohri Yamada, chef de l’unité phytopharmacovigilance de l’Anses, pendant la présentation à la presse. Quand la quantité de pesticides s’accroît et quand la distance entre le logement et la parcelle diminue, l’exposition des gens aux produits augmente. Elle augmente aussi avec la durée d’aération du logement, et avec le temps que passent les gens à l’extérieur. »

      Incluses dans l’étude, les recommandations des deux institutions sont sans appel. « Pour nous, Anses et Santé publique France, la priorité est de limiter les produits phytosanitaires au strict nécessaire dans le cadre de la stratégie Écophyto 2030, synthétise Matthieu Schuler. C’est le plus important et c’est sur ce levier-là qu’on peut le plus agir. » Les autres recommandations n’arrivent qu’au second plan : informer les habitant·es, les encourager à des mesures comme le fait d’étendre son linge à l’intérieur du logement en période d’épandage, agir prioritairement auprès des personnes qui vivent le plus près des parcelles… Mais « la prévention de l’exposition des riverains ne doit pas reposer uniquement sur des mesures individuelles », précise l’étude.

      Sollicitée par Mediapart, la toxicologue Laurence Huc n’est « pas du tout » étonnée par les conclusions de PestiRiv. « Ce sont des choses connues par ailleurs, à croire que l’on réinvente l’eau chaude, souligne cette experte de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Certes, cette étude a le mérite d’exister et a été réalisée sérieusement. Mais la Californie a fait ce genre de travail il y a déjà quarante ans… et elle peut aujourd’hui faire le lien avec les registres, accessibles, de plusieurs types de maladies. »

      De fait, la photographie reste incomplète : les deux institutions n’ont pas eu accès aux données réelles d’utilisation des produits phytosanitaires, ce qui leur aurait permis d’être encore plus précises dans l’analyse. Il reste également à étudier l’impact précis de chacune des substances autorisées sur la population. Aucune interdiction de produit n’est à attendre dans l’immédiat : l’Anses ne prévoit pas de revenir sur les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits relevés au cours de PestiRiv.

      https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/150925/dans-les-zones-viticoles-des-populations-plus-exposees-aux-pesticides

  • Les dessous du #champagne : le « Guardian » révèle le #travail de migrants « à la rue » et « affamés »

    Le journal britannique a rencontré des travailleurs sous-payés, parfois obligés de dormir dehors. Des entreprises et gérants du prestigieux secteur ont fait déjà fait l’objet de condamnations judiciaires

    Derrière une coupe de champagne, des vendangeurs à la rue qui « volent de la nourriture pour échapper à la faim ». L’enquête exclusive du Guardian fera sans nul doute grand bruit, à quelques jours des Fêtes. Quatre journalistes du quotidien britannique se sont rendus à Epernay, haut lieu de la filière du champagne français, pour y rencontrer des travailleurs qui témoignent de conditions de travail illégales.

    Ces petites mains du raisin constituent l’arrière-cour des grands noms du champagne, tels que Moët & Chandon ou Mercier, deux maisons détenues par LVMH. Une main-d’œuvre pas chère – en deçà du salaire minimum – qui contribue à un marché de pas moins de six milliards d’euros.

    Le journal britannique a notamment observé « des dizaines » d’ouvriers chargés de la récolte s’apprêtant à dormir dans l’embrasure du cinéma situé en face de la gare centrale de la ville – un problème récurrent, selon une salariée dudit cinéma.

    Traités « comme des chiens »

    Les journalistes ont notamment rencontré Kanouté (nom d’emprunt), qui affirme avoir volé de la nourriture dans des villages environnant Epernay, après avoir été payé 200 euros pour une semaine de labeur – bien loin des 100 euros journaliers garantis par le Code du travail français. Même sous-paiement à quelques kilomètres du village, avec des ouvriers polonais.

    Un ancien vigneron du cru se remémore par ailleurs des ouvriers traités « comme des chiens » : « C’est une honte, cela ne donne pas une bonne image de la Champagne. »

    Sollicitée par le Guardian, la faîtière du secteur, Comité Champagne, affirme que « lorsque nous entendons ces termes [traite des êtres humains] associés à notre région, nous ne pouvons qu’être choqués. Ces pratiques honteuses ne reflètent pas l’engagement d’une profession passionnée et la tolérance zéro doit être appliquée. »

    Ce n’est pas la première fois que la filière est éclaboussée par les scandales, rappelle le média. Six personnes et trois sociétés viticoles de la région ont été condamnées, en 2020 puis en 2022 en appel, pour « travail dissimulé », « soumission de personnes vulnérables à des conditions d’hébergement indignes », ou « traite d’être humains ».

    Plus récemment, le parquet du tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne a ouvert en 2023 une enquête du chef de traite d’être humains. 57 victimes ont été identifiées, tandis que le procès d’une société de prestation de services, sa gérante et deux hommes s’ouvrira le 26 mars 2025.

    https://www.letemps.ch/monde/les-dessous-du-champagne-le-guardian-revele-le-travail-de-migrants-a-la-rue-
    #exploitation #migrations #France #agriculture #viticulture

    ping @karine4

    • Champagne’s sordid secret: the homeless and hungry migrants picking grapes for France’s luxury winemakers

      Exclusive: Guardian investigation finds an underpaid, underfed workforce, some of whom are forced to sleep on the streets, exploited by a system of labour providers.

      A Guardian investigation has found that workers in France’s champagne industry are being underpaid and forced to sleep on the streets and steal food to stave off hunger. Workers from west Africa and eastern Europe in the town of Épernay, home to the headquarters of some of the world’s most expensive champagne brands, including Moët & Chandon and Mercier, claim that they are either not being paid for their work or illegally underpaid by vineyards near the town.

      The Guardian found workers in the town sleeping on the streets or in tents as the vineyards did not provide accommodation. Other workers staying in a nearby village said they had been forced to steal food from local people as they did not have anywhere to buy provisions.

      Last year, 300m bottles of champagne from the vineyards of northern France were shipped around the world, generating €6bn (£5bn) in revenues.

      Yet the champagne industry has been hit by a string of controversies related to its treatment of grape-pickers, with four workers dying from suspected sunstroke during last year’s harvest. In a case scheduled to go to court early next year, four people, including a vineyard owner, have been charged with human trafficking.

      In #Épernay, the grand offices of the world’s most luxurious champagne brands sit side by side on the town’s Champagne Avenue, where tens of millions of bottles of champagne reported to be stored underground have led the avenue to be named the “richest street in the world”.

      Just a few minutes walk away, dozens of workers responsible for harvesting the champagne grapes are getting ready to sleep in the doorway of the cinema opposite the town’s main train station.

      Another group of people from French-speaking Africa are collecting belongings hidden in bushes after returning from a day’s grape-picking. One of them, Youniss, says he’s been working on vineyards for three days but remains vague about where he will be sleeping tonight, saying “outside”.

      Youniss, like other workers, had been drawn to the region by the promise of a well-paid job picking some of the most expensive grapes in the world during August and September. Even the cheapest bottle of champagne is rarely sold for less than £20.

      Another worker, Nora*, says she was left to sleep on a soaking mattresses in a tent after heavy rainfall during this year’s harvest. She says they were put under pressure to work faster. “Every night, we wondered whether we were going to be fired the next morning or not.” Her payslip showed she was paid less than the French minimum hourly wage, and no overtime.

      Unions blame vineyards for continuing to blindly accept cheap labour and the sector as a whole for failing to ban exploitative labour providers. They say some vineyard owners try to justify themselves by arguing that they are “helping African migrants” by giving them employment, even if it is underpaid.

      “It’s greed. The grapes are selling for €10 to €12 a kilo (£8-£10), so it’s shocking to treat people this bad,” says José Blanco, secretary general of the General Confederation of Labour (CGT) trade union in the Champagne region. “They look at them as machines and not humans.”

      Kanouté was living in Paris when he heard about “a job in the countryside” promising €80 a day. Originally a migrant from Mali, he had been surviving for a decade on a series of low-paid cleaning and dishwashing jobs, so jumped at the opportunity.

      A few days after starting work in September 2023, Kanouté, 30, says he and more than 50 other workers – most of whom were undocumented migrants from west Africa – found themselves hungry and living in a dilapidated house in the village of Nesle-le-Repons, on the Champagne tourist route in north-east France.

      They had been left to survive on one sandwich a day given to them at lunchtime as they were transported between vineyards in the area, says Kanouté, and became so desperate that they started to steal food from neighbouring fields in the village.

      “We worked hard and were promised a salary and bonuses, but we didn’t get anything,” he says. “We’d go round ringing people’s doorbells looking for cigarettes. Sometimes, people would see us coming and close the doors. It was hard on our dignity.”

      The legal minimum wage is €9.23 an hour after deductions meaning the workers should have been paid between €100 and €110 each day – much more than the €80 promised by the recruiters. Kanouté says he ended up being paid €200 by the providers for one week of work. Most of the other workers allegedly returned to Paris without any payment for their labour.

      “They were treated like dogs,” a retired winegrower living opposite the workers’ house in the village says. “The people who do that aren’t winegrowers: they’re exploiters. It’s a shame, it doesn’t give a good image of Champagne.”
      An image of the food workers say they were eating in Nesle-le-Repons , which he has saved on his mobile phone.

      Unions said conditions were going backwards in the champagne sector and that labour providers offered poor conditions and low pay because of winegrowers’ insistence on cheap labour. But it is hard to hold specific champagne houses responsible for the exploitation of workers, says Blanco, because of a system of “Russian dolls” where you have “one company delegating to another and so on”.

      In Kanouté’s case, neighbours notified the police. The boss of a labour provider, two of her agents and one of the winegrowers who used the provider have now been charged with human trafficking, providing unfit accommodation and nonexistent or inadequate pay. They are due to appear in court in March.

      In Épernay, staff at the Palace cinema next to the train station say rough-sleeping workers during the harvest period was a recurring problem and that the dozen or more they found this year had just been looking for somewhere out of the rain.

      “It has been so cold this year that we went home wondering if they’d still be alive in the morning,” says Elise, who has worked at the cinema for the past two years and says she saw minibuses dropping the workers off every evening.

      “They [the city] just want to move the workers on because we get a lot of tourists now, but they should find a house for them. It is horrible. We asked our manager and gave them popcorn, cola and M&Ms, but we knew it wasn’t real food.”

      A few kilometres outside Épernay, the Guardian met a group of Polish workers. They say they were working 10 hours a day and show employment contracts saying they are paid €11.40 an hour. That is below the legal minimum of €11.65 an hour before deductions. According to French law, workers should receive 25% more each hour in overtime if they work more than 35 hours in a week – and this rises to 50% if more than 43 hours a week are being worked.

      The unions have called on the industry to start adding treatment of labour to its stipulations of what can be verified as champagne.

      “When we denounce what’s happening in Champagne, it’s omertà. Everyone keeps quiet. The image of champagne is that of a party wine and luxury. People don’t want to think about allegations of human trafficking,” says Blanco.

      In a statement to the Guardian, the industry body, Comité Champagne, says it has asked public authorities to step up controls and severely punish any abuses.

      “When we hear these terms [human trafficking] associated with our region, we can only be shocked. These shameful practices do not reflect the commitment of a passionate profession and zero tolerance must be applied,” it says.

      It has reminded winegrowers that “using a service provider cannot cost less than direct employment. Low prices may be an indication of dubious practices and should draw your attention.”

      https://www.theguardian.com/global-development/2024/dec/23/france-champagne-growers-allegations-trafficking-court-case-vineyard-wo

  • Carte "pesticides" - Adonis - Solagro
    https://solagro.org/nos-domaines-d-intervention/agroecologie/carte-pesticides-adonis


    Où je vois bien qu’en vivant « dans la nature », j’étais exposée à un max de polluants (merci les JA et FNSEA) et que maintenant en ville (et dans le reste du département, aussi, je vis dans une zone « propre ».
    Je vis surtout en amont de mon ancien chez moi.

    L’indice se rapporte aux seules surfaces agricoles de la commune, quelle que soit la part de la surface agricole du territoire communal. L’Indicateur de Fréquence de Traitement (IFT) correspond au nombre de doses de produits phytosanitaires appliquées par hectare pendant une campagne culturale. L’IFT communal correspond à la moyenne des IFT par culture. L’IFT total (hors biocontrôle) concerne tous les types de produits de synthèse (herbicides, insecticides, fongicides, traitements de semences, autres).

  • Des médecins s’inquiètent déjà au 19e siècle des effets des #pesticides sur la #santé

    Si l’usage des pesticides s’est généralisé dans les années 1960, il avait commencé bien avant, explique l’historienne des sciences #Nathalie_Jas. Dès le 19e siècle, des médecins se sont aussi inquiétés de leurs effets sur la santé. Entretien.
    Basta ! : Quand a commencé l’usage des pesticides en agriculture ?

    Nathalie Jas : Dès la fin du 18e siècle, des savants et des représentants de l’élite agricole ont essayé d’utiliser des produits chimiques en agriculture. À partir des années 1830, une industrie des engrais se développe aux États-Unis et dans les pays européens. Ce mouvement est étroitement lié à des formes d’intensification de la production agricole qui se mettent d’abord en place dans les zones qui s’urbanisent et s’industrialisent.

    Dans ces territoires, les agriculteurs doivent alors produire plus, en étant moins nombreux, pour nourrir les personnes qui ont quitté les campagnes. L’utilisation de produits chimiques comme les insecticides, anti-parasitaires ou anti-cryptogamiques (c’est-à-dire les antifongiques, contre les champignons, ndlr) en agriculture est ainsi initié dès la première moitié du 19e siècle puis se répand dans la viticulture ou la production de certains fruits. Ce processus ne va jamais cesser.

    Après la Seconde Guerre mondiale, et en particulier dans les années 1960, on assiste à une accélération de l’industrialisation de l’agriculture qui repose, entre autres, sur l’usage des pesticides. Les transformations profondes qui s’opèrent à ce moment-là s’inscrivent dans différentes dynamiques initiées antérieurement, à commencer par la longue confrontation avec des problèmes sanitaires, que ce soit pour les végétaux ou les animaux, qui restaient sans véritables solutions. Par exemple, dès la fin du 18e siècle, on a cherché à utiliser des substances chimiques pour la conservation des semences et des récoltes attaquées par des champignons ou des insectes.

    Est-ce la course au rendement agricole qui a poussé à l’utilisation toujours plus poussée des pesticides ?

    Des textes d’agronomes au début du vingtième siècle décrivent bien les conséquences phytosanitaires des logiques d’intensification que requièrent des cultures orientées vers le rendement. Des formes de monoculture se mettent en place, avec des choix de variétés qui ne sont pas forcément les plus résistantes face aux insectes, aux maladies et champignons. La monoculture réduisant les possibilités de stratégie agronomiques, on se tourne, avec plus ou moins de succès, vers des produits chimiques afin de limiter les dégâts.

    À partir du dernier tiers du 19e siècle, les marchés globaux se développent, notamment avec l’arrivée du chemin-de-fer et des bateaux à vapeur. Cette densification des échanges de produits agricoles s’accompagne d’un accroissement conséquent des circulations de pathogènes, d’insectes, d’adventices. De nouveaux problèmes phytosanitaires s’installent dans des régions où ils n’étaient pas présents auparavant.

    C’est le cas du très célèbre phylloxéra, un puceron venu des États-Unis et, qui, en une trentaine d’années détruit l’ensemble du vignoble européen. Une solution efficace via un système de greffe est mise au point à la fin des années 1870 à Montpellier. Elle n’est cependant adoptée qu’à la fin du 19e siècle, après plus d’une vingtaine d’années d’utilisation massive de produits chimiques pulvérisés sans succès et avec le soutien de l’État. Cette histoire est une illustration parmi d’autres de l’importance qu’a pu prendre la lutte chimique en agriculture avant la Seconde Guerre mondiale, dans certains secteurs agricoles au moins.

    Cette émergence de la chimie dans l’agriculture s’accompagne-t-elle de tentatives de réglementations, liées à la peur de l’empoisonnement collectif ?

    C’est ce que l’on appelle les législations sur les substances vénéneuses, qui ont une très longue histoire, antérieure même au 18e siècle. Ces législations ont été revues et développées à différentes époques. Au-delà de la question de la consommation de produits alimentaires potentiellement contaminés, on trouve des traces de l’inquiétude de médecins, d’agronomes et de chimistes du 19e face aux conséquences sur la santé des ouvriers et ouvrières agricoles et des paysans et paysannes de l’utilisation de produits chimiques.

    Ainsi, à la fin du 19e siècle, ce qui est considéré comme le premier manuel de « médecine agricole » rédigé par un médecin, décrit les maux de santé rencontrés en milieu agricole et rural. Quelques pages sont consacrées à l’utilisation de produits chimiques pour protéger les récoltes et les animaux, et sur les effets délétères de ces produits sur la santé de ceux et celles qui y sont exposés.

    L’ordonnance de 1846, qui vise à encadrer les multiples usages de l’arsenic en agriculture, est-elle appliquée ?

    À cette époque, on utilisait des produits à base d’arsenic pour traiter les semences et les cultures, et lutter contre certaines maladies cutanées animales comme la gale, qui pouvaient rendre les animaux très malades et engendrer d’importantes pertes. Cet usage s’est notamment développé parmi certains éleveurs de moutons qui plongeait leurs bêtes dans des bains d’arsenic. Il y avait aussi un usage domestique pour lutter contre les mouches.

    Dans les années 1840, les autorités publiques s’inquiètent des empoisonnements criminels alimentaires à l’arsenic. Pour tenter de lutter contre ce qui est présenté comme un problème majeur de sécurité publique, elles ont inclus cette préoccupation dans la législation les « substances vénéneuses » via un article d’une ordonnance royale de 1846 qui la réforme.

    L’usage des « composés arsenicaux » est interdit en 1846 sur les cultures et les récoltes ainsi que dans la sphère domestique. Mais cette ordonnance continue à autoriser l’usage de ces produits pour le bain des animaux. Les autorités considèrent alors que pour les semences, il y a des solutions alternatives, mais qu’il n’en existe pas pour les animaux. C’est une première manifestation de ce que j’appelle une « politique de segmentation » pour les produits chimiques toxiques utilisés en agriculture.

    Cette politique est toujours structurante : les politiques publiques différencient les mesures appliquées à ces produits suivant les produits, mais aussi suivant l’usage qui en est fait. Ce qui est intéressant aussi avec la législation de 1846, c’est qu’elle n’est pas appliquée. Les écarts plus ou moins importants aux normes prescrites par les réglementations portant sur les toxiques en agriculture que l’on désigne comme pesticides après la Seconde Guerre mondiale sont aussi très structurants dans le long terme.

    Est-ce aussi ce qui s’est passé pour la vigne ?

    La vigne est soumise à de nombreuses problématiques phytosanitaires que l’on a très tôt cherché à solutionner en utilisant des produits chimiques : produits à base de cuivre, nicotine (dont les stocks nationaux sous la Troisième République font l’objet d’une répartition départementale âprement négociée, votée chaque année au Parlement), souffre, arsenicaux notamment. Le cas du phylloxéra montre bien que le réflexe « produits chimiques » étaient déjà bien installé dans certains secteurs agricoles dans le dernier tiers du 19e siècle. Ce que le cas du phylloxéra nous enseigne aussi, c’est que ce réflexe était aussi le produit de l’activité voire de l’activisme d’un ensemble d’acteurs : des élites viticoles, mais aussi des industries.

    Mais à cette époque, ce n’était pas forcément les industries fabricant les produits chimiques qui conduisaient ce que l’on appellerait aujourd’hui du lobbying. En France, ce secteur était alors très éclaté, et peu organisé. Les entreprises qui organisent la promotion des solutions chimiques auprès des autorités publiques et agricoles afin de lutter contre le phylloxera, c’est la compagnie ferroviaire PLM (pour Paris Lyon Marseille), qui assure le transport de produits et de pulvérisateurs mais aussi l’entreprise Vermorel, alors le premier fabricant de pulvérisateurs du pays.

    Bien que la crise du phylloxera ait été solutionnée par le greffage, la viticulture n’a pas alors remis en cause l’utilisation de produits chimiques dans la lutte phytosanitaire. Au contraire, le coût pour replanter les vignes était conséquent : la vigne est donc devenue à la fin du 19e siècle une importante culture qui reposait sur la minimisation des risques de perte de récoltes. La logique de la solution chimique va se poursuivre.

    En 1916, en plein milieu de la Première Guerre mondiale, une autre loi encadrant l’usage des pesticides voit le jour. Qu’apporte-elle de nouveau ?

    Le décret-loi du 14 septembre 1916 concernant l’importation, le commerce, la détention et l’usage des substances vénéneuses est une législation très importante qui ne concerne pas principalement l’agriculture, mais qui jette les bases d’un ensemble de règles qui encadrent encore aujourd’hui l’usage des pesticides.

    Ce texte mentionne par exemple l’obligation d’avoir un local séparé et fermé pour stocker les produits définis réglementairement comme toxiques ou dangereux et utilisés en agriculture, l’obligation de mentionner des informations précises sur les étiquettes des sacs ou des bidons contenants ces produits ou encore l’obligation de porter des vêtements de protection pour manipuler ou épandre les produits, vêtements qui devaient être enlevés et lavés systématiquement après chaque utilisation. Les employeurs étaient tenus d’informer les ouvriers et les ouvrières agricoles des dangers des produits utilisés. Et ces travailleurs et travailleuses devaient avoir des endroits où se laver avant de repartir à leur domicile

    Pourquoi les préoccupations pour la santé publique apparaissent à ce moment-là dans les débats politiques ?

    Il y a plusieurs raisons. La fin du 19e siècle et le début du 20e siècle ont été marqués par un ensemble de luttes ouvrières visant, entre autres, à supprimer l’utilisation de certains produits toxiques dans les industries. De ces luttes ont résulté des législations sur les accidents du travail et les maladies professionnelles qui ne concernaient pas le secteur agricole.

    Cependant, certains médecins hygiénistes et chimistes toxicologues, forts de leur expérience du milieu industriel, s’inquiètent de l’utilisation de certains toxiques en agriculture, au premier rang desquels les arsenicaux. Ils craignent ce qu’ils nomment l’épidémie d’« arsenicisme à venir » résultant d’expositions répétées à de petites doses (la cancérogénicité de l’arsenic n’est pas encore identifiée) via le travail agricole, la contamination des habitations par les travailleurs et travailleuses agricoles (et donc des enfants) et l’alimentation.

    Au-delà, ils s’interrogent aussi des effets sur la faune, notamment les abeilles. Par ailleurs, les préfets sont préoccupés par la circulation de produits à base d’arsenicaux non seulement interdits mais pouvant aussi contaminer les aliments. Des intoxications collectives visibles retentissantes confirment cette préoccupation.

    Les interpellations de l’État sont suffisamment importantes pour qu’il intervienne. Sa réponse, via le décret-loi de 1916 tente d’articuler développement de l’agriculture à la protection de la santé publique via l’instauration de réglementations qui encadrent les usages. Non seulement l’efficacité de ces mesures n’est pas évaluée, mais aucun moyen n’est alloué pour s’assurer de leur mise en œuvre. Elles restent donc largement ignorées.

    Est-ce en vertu de ce pragmatisme économique et industriel que la notion « d’usage contrôlé » fait son entrée dans la loi ?

    La notion d’ « usage contrôlé » est postérieure mais c’est bien cette logique qui guide le décret-loi de 1916. Il établit trois tableaux dans lesquels les substances sont classées. Les substances qui ne sont classées dans aucun des trois tableaux ne sont pas soumises au décret-loi. On trouve des substances utilisées en agriculture à des fins vétérinaires ou phytosanitaires dans les tableaux A (substances toxiques) et C (substances dangereuses). Les substances classées dans ces tableaux sont soumises à des réglementations spécifiques qui encadrent leur commercialisation, leur détention et leurs usages et qui visent à protéger la santé publique.

    La loi dit que les produits classés comme A, qui sont considérés comme les plus toxiques, ne sont théoriquement pas autorisés à être utilisés en agriculture. C’était le cas des arsenicaux. Le décret-loi institue cependant un système dérogatoire au bénéfice de certains arsenicaux. Il est à noter que des systèmes similaires se mettent alors en place dans d’autres pays et que ce type de classement des substances chimiques suivant leur toxicité qui organise leur encadrement réglementaire se retrouve aujourd’hui dans de nombreuses législations internationales, dont la législation européenne.

    Ce système dérogatoire va être largement utilisé dans l’entre-deux-guerres, et le nombre de produits utilisés ne va cesser de croître...

    Oui, il va y avoir une extension des dérogations à d’autres substances en fonction de ce qui est considéré comme étant des urgences. C’est le cas de l’arseniate de plomb, qui était totalement interdit en 1916 et qui est autorisé dans l’entre-deux-guerres via un système dérogatoire pour lutter contre les invasions de doryphores sur les pommes de terre.

    Si les médecins hygiénistes s’indignent, les agronomes et nombre d’agriculteurs considèrent alors que c’est l’unique solution pour préserver les récoltes de pommes de terre qui est un aliment essentiel dans l’Entre-deux guerre. De nombreux autres produits sont utilisés, le souffre, le cuivre et la nicotine déjà évoqués mais aussi les huiles de pétrole ou des produits comme la chloropicrine, issus des recherches sur les gaz de guerre. À partir des années 1930, de nouveaux produits font leur apparition sur les marchés par exemple pour la désinfection des semences (dont le Zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz par les nazis) ou des herbicides élaborés à partir de produits pétroliers.

    Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, il y a une accélération de la structuration des industries phytosanitaires. Co-construite avec l’État, cette structuration et cet encadrement de l’usage des pesticides ne riment pas nécessairement avec une meilleure protection des usagers. Pourquoi ?

    Avant la Seconde Guerre mondiale, il existait une multitude de petites entreprises qui produisaient des insecticides, des anti-parasitaires, des produits anti-cryptogamiques voir des herbicides. On ne parlait pas encore de pesticides. Ces entreprises avaient mauvaise réputation car la qualité de leurs produits n’étaient pas contrôlée et et encore moins réglementée, à l’exception des produits à base de cuivre.

    Les plus grosses entreprises dont celles qui constituèrent ensuite Rhône-Poulenc et Péchiney – les deux très grandes entreprises françaises des pesticides post Seconde Guerre mondiale, ainsi que Vermorel, le gros fabricant français de pulvérisateurs – étaient d’un avis différent. Elles voulaient gagner en crédibilité pour développer leur marché. Elles ont donc travaillé avec certains haut-fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, des scientifiques convaincus par la lutte chimique et des représentants du monde agricole.

    https://basta.media/des-medecins-s-inquietent-des-le-19e-siecle-des-effets-des-pesticides-sur-l
    #histoire #médecine #histoire_des_sciences #agriculture #industrie_agro-alimentaire #produits_chimiques #industrialisation #urbanisation #insecticides #viticulture #WWII #seconde_guerre_mondiale #industrialisation_de_l’agriculture #rendement_agricole #monoculture #phylloxéra #lutte_chimique #chimie #législations #lois #substances_vénéneuses #médecine_agricole #ordonnance #1846 #arsenic #semences #élevage #composés_arsenicaux #politique_de_segmentation #normes #vigne #lobbying #PLM #Vermorel #greffage #1916 #santé_publique #travail #conditions_de_travail #maladies_professionnelles #travail_agricole #abeilles #alimentation #intoxications #usage_contrôlé

  • Enfants en zone viticole : un « risque de leucémie » en fonction de la « densité de vignes » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/181023/enfants-en-zone-viticole-un-risque-de-leucemie-en-fonction-de-la-densite-d

    C’est l’une des cultures les plus consommatrices de #pesticides : la #viticulture est très gourmande en #herbicides, en #glyphosate notamment, mais aussi en #fongicides et en #insecticides. Alors que 21 % des #vignes sont aujourd’hui cultivées en bio, les régions de vignobles font partie des endroits où l’on relève le plus d’achats de produits chimiques en France.

    Quel est l’impact pour les populations riveraines ? Dans une étude publiée ce mercredi 18 octobre dans la revue Environmental Health Perspectives, l’Inserm commence à répondre à la question. Au terme de plus de cinq années de recherche, son équipe Géocap (pour « géolocalisation de #cancers pédiatriques ») a mis en évidence le risque d’un type de cancer chez les enfants : la #leucémie_aiguë.

    Selon les conclusions de l’étude, il existe un lien entre l’adresse de l’#enfant peu avant le diagnostic de son cancer et la densité de vignes dans un périmètre de 1 kilomètre autour de son domicile : si cette densité augmente de 10 %, le risque de leucémie est accru de 4 %.

  • Vignes : les pesticides causent des leucémies aiguës chez l’enfant
    https://reporterre.net/Vignes-les-pesticides-causent-des-leucemies-aigues-chez-l-enfant

    L’usage de #pesticides dans les #vignes favorise l’apparition de #leucémies aiguës chez les #enfants. Telle est la conclusion des recherches menées par Santé publique France et par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), selon plusieurs associations de défense de l’environnement qui ont assisté à la présentation de l’étude [1], fin juin.

    Si des données démontraient déjà un lien entre viticulture et leucémie à l’échelle communale, l’étude Géocap-agri apporte des précisions concernant l’importance de la proximité des cultures dans l’apparition des maladies : dans un rayon d’un kilomètre autour de leur maison, plus il y a de vignes, plus le risque de leucémie aiguë chez l’enfant augmente. Or, la réglementation ne préconise que 3 à 10 mètres de zones non traitées afin de protéger les riverains. Les associations demandent la création de périmètres de protection autour de tous les lieux de vie (écoles, crèches, terrains de sports et habitations).

    Le projet Geocap-agri a été lancé par les pouvoirs publics en réponse à la mobilisation de parents d’enfants malades, d’une professeure des écoles, du maire et de médecins à Preignac, une commune en Gironde située au milieu des vignes.

  • PestiRiv, l’étude sur les pesticides qui inquiète les vins de Bordeaux
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/10/19/pestiriv-l-etude-sur-les-pesticides-qui-fait-trembler-les-vins-de-bordeaux_6

    L’étude n’a pas encore commencé, mais elle inquiète déjà la filière viticole. Au point que Bernard Farges, le patron du très influent Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) a pris sa plume, début octobre, pour s’en émouvoir auprès de la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et Santé publique France (SPF) ont annoncé, mardi 19 octobre, le lancement de PestiRiv, la plus grande étude d’exposition aux pesticides des riverains d’exploitation viticole conduite à ce jour en France.

    Si la viticulture a été choisie, explique-t-on à SPF, c’est d’une part que « l’imbrication » entre habitations et parcelles cultivées est plus forte que pour d’autres types de culture, et d’autre part que « des remontées de signaux sanitaires [leur] parviennent de zones viticoles, avec notamment des cas de clusters de cancers pédiatriques proches de ces zones ». L’étude se déroulera en deux temps : d’octobre 2021 à février 2022, puis de mars à août 2022 pour inclure une période de traitements. Les résultats finaux ne sont pas attendus avant 2024.

    Et puis il y a cette phrase magnifique du représentant de la CICV :

    « Aucune discussion n’a été ouverte, ni sur l’échantillonnage, ni sur le protocole, ni sur la politique de diffusion des résultats à venir », déplore M. Farges dans sa missive. « Les parties prenantes sont informées, assure-t-on à SPF. Mais aucune, ni les professionnels viticoles ni les ONG, n’a son mot à dire sur le protocole. C’est la garantie de sa rigueur scientifique. »

    La « diffusion des résultats »... non, je n’y crois pas. Une étude scientifique dont les résultats devraient être cachés s’il ne plaisent pas à un groupement industriel. On est où là ? Les nostalgiques de Staline et Lissenko sont partout.

    #Pesticides #Controverses_scientifiques #Bordeaux #Diffusion_scientifique

  • Je reproduis ci-dessous la présentation par son auteur vigneron Mathieu Léonard, ami que vous connaissez peut-être comme auteur d’un excellent livre sur la première Internationale (La Fabrique), de son vin Potlatch, cuvée 2019. J’ai rarement bu un vin aussi goûteux. Idéal pour se consoler en fêtes clandestines du confinement à (re)venir, pour célébrer toute l’année prochaine l’anniversaire de la Commune, et pour boire à l’indépendance du monde !

    https://lignesdeforce.wordpress.com/2020/10/25/potlatch-un-excellent-vin-pour-boire-a-lindependance-du-mon

    Potlatch est donc un vin rouge issu de raisins cultivés sans recours aux produits chimiques de synthèse et récoltés à la main. Un vin « tout raisin » élaboré dans la rusticité, sans intrants, sans technologies œnologiques, sans sulfites ajoutés ni levures artificielles, sans filtrage, sans machine à la cave – le fouloir, le pressoir, la pompe à piston, la boucheuse sont manuels –… et sans autre mystère que celui de l’alchimie du vin.

    Issu de terroirs côtes-du-Rhône Villages, l’assemblage est 60 % grenache, 20 % carignan, 15 % syrah et 5 % mourvèdre. Sa robe est de couleur pourpre profond. Ample et long en bouche, il libérera des arômes intenses de fruits rouge et noir, avec une note cerise confite.

    Il chiffre à 15 % vol. C’est donc un aliment tannique et puissant mais parfaitement digeste. Garde : 5 à 8 ans. J’ai établi son prix public de lancement à 12 euros.

    Ah oui au fait, pourquoi « Potlatch » ? Sans doute en référence à de vieilles lectures ethnographiques et au bulletin éponyme de l’Internationale lettriste. Le potlatch en soi fait référence à une cérémonie chez les Indiens de l’Ouest de l’Amérique du Nord reposant sur le don ostentatoire et la destruction de richesse. Cette fête était aussi un rituel de défi entre chefs indiens – la prodigalité des uns obligeant les autres à une surenchère. Peu de temps après m’être arrêté sur ce choix de nom, je lisais dans l’ouvrage de Christelle Pineau, La Corne de vache et le microscope (La Découverte, 2019) que l’esprit du don qui prévaut dans le milieu des vins nature – et que j’ai rencontré chez Jean-Claude Leyraud – « exclut toute notion de potlatch [car] la dimension d’honneur et de supériorité n’intervient pas dans ce type d’échange qui reste amical et égalitaire. » Caramba, c’est pas faux, néanmoins j’ai souhaité garder ce nom parce qu’il sonne bien et qu’il ouvre à d’autres discussions – ce qui me semble un des objectifs du boire-ensemble.

    Sa signification n’est donc pas à prendre au cep…euh, au pied de la lettre. J’espère juste que ce vin saura accompagner de belles fêtes comme des moments intimes ou tout simplement de convivialité tout aussi mémorables.

    #Vin #Vin_naturel #viticulture

    • Vin naturel : dynamique ou produit fini ?
      https://cqfd-journal.org/Vin-naturel-dynamique-ou-produit

      Le vin dit « naturel » est né dans la mouvance de l’agriculture biologique. Alors que beaucoup se contentaient d’un vin issu de raisins cultivés en agriculture biologique, certains ont fait remarquer que le vin bio, malgré le travail honorable effectué sur la vigne, ne tranchait pas vraiment avec ce qu’était devenu le vin à l’heure industrielle : un produit édulcoré, dénaturé par l’ajout d’antioxydants, de levures artificielles, d’exhausteurs d’arôme, de correcteurs d’acidité… en bref, un produit mort. Il fallait donc étendre l’exigence de respect des processus naturels à la vinification, l’élevage et la mise en bouteille, afin d’obtenir un produit vraiment « naturel », « vivant ».

    • « Le vin nature est une goutte de vin dans un océan de produits œnotechniques »
      https://cqfd-journal.org/Le-vin-nature-est-une-goutte-de

      Dans Dionysos sacrifié, vous dénonciez une standardisation commerciale du goût. Vous parliez des crus de Pauillac, de Chinon, de Châteauneuf-du-Pape ou de Californie « qui tendent vers une même et monocorde architecture à laquelle les conduit l’œnologie moderne. »

      L’architecture désigne ce que je nomme aussi la « forme », c’est-à-dire l’ensemble des sensations tactiles procurées en bouche, mais ça ne concerne pas les parfums. J’ai voulu montrer à l’époque que les standards esthétiques de l’œnologie moderne faisaient que les vins devaient avoir une forme unique, la plus confortable, la plus voluptueuse, la plus flatteuse possible, à l’intérieur de laquelle on pouvait se livrer à de nombreuses extravagances aromatiques, dues à toute une pharmacopée de levures sélectionnées pour développer de manière intensive tel ou tel parfum. Cette façon dont le commerce des levures chimiques s’est développé constitue presque une aromatisation occulte, au détriment des levures naturelles qu’on trouve sur la vigne et dans la cave, pour peu que les traitements chimiques ne les aient pas bousillées.

      Tout cela s’inscrit bien sûr dans la logique de l’agro-alimentaire durant la seconde moitié du XXe siècle, qui travaille sur une matière naturelle de plus en plus pauvre et dégradée et sur laquelle se rajoute une cuisine chimique pour compenser. Pour reprendre l’exemple de la Bourgogne, c’est dans les années 1960 que sont arrivés les premiers pesticides pour soigner les maladies de la vigne, associés à des engrais potassiques, présentés d’abord comme des miracles mais qui n’ont fait à moyen terme que des désastres, ce qui a modifié radicalement la culture des vignes. Dans un premier temps, le travail en cave est resté très traditionnel alors que la matière première avait beaucoup changé, du coup il est arrivé pleins d’accidents en cave et il a bien fallu faire appel aux médecins œnologues, aux « vétérinaires des barriques et des foudres », pour soigner ces vins attaqués par des dérives bactériennes ou autre et qui s’en trouvent imbuvables.

  • #Maladie_de_Parkinson : 2 fois plus de cas en 25 ans
    https://www.santepubliquefrance.fr/liste-des-actualites/maladie-de-parkinson-2-fois-plus-de-cas-en-25-ans

    La France fait partie des pays qui utilisent le plus de produits phytopharmaceutiques au monde, et environ 90% sont dédiés à l’usage agricole.

    Jusqu’à aujourd’hui aucune étude n’a évalué l’excès de risque de maladie de Parkinson parmi la population agricole française et peu d’études ont porté sur le rôle de l’exposition non-professionnelle en population générale.

    L’incidence de la maladie de Parkinson est plus élevée chez les exploitants agricoles qu’en population générale (+13%) :- +10% dans le secteur de la #viticulture comparé aux autres secteurs agricoles- l’incidence augmente avec la taille des surfaces agricoles.

    Des résultats qui justifient une surveillance accrue de la maladie chez les #agriculteurs et la poursuite d’études sur le rôle de l’exposition non professionnelle aux #pesticides en population générale.

  • Dans les #vignobles sud-africains, les ouvriers agricoles noirs vivent l’enfer
    https://reporterre.net/Dans-les-vignobles-sud-africains-les-ouvriers-agricoles-noirs-vivent-l-e
    https://reporterre.net/local/cache-gd2/9c/f681d59a6ba0187f3672947d3404d7.jpg?1582284791

    L’#Afrique_du_Sud est le neuvième producteur de #vin mondial et le tourisme viticole génère des milliards de rands — la monnaie locale — chaque année. Les chenin blanc et les syrah sud-africains sont notamment appréciés parce qu’ils sont bon marché. Et pour cause : à 18,68 rands (1,15 euro) par heure, le salaire minimum des travailleurs agricoles est l’un des plus bas du pays. 25 ans après la fin de l’#apartheid, alors que 73 % des terres agricoles appartiennent toujours à des fermiers blancs — une proportion sans doute encore plus élevée dans la province du Cap-Occidental —, les conditions de vie des quelque 100.000 Noirs et « Coloured » (les Métis) qui travaillent dans les vignobles de la région n’ont pas beaucoup changé.

    #viticulture #esclavage #pesticides #santé_au_travail #inégalités #alcoolisme #alcoolisation_fœtale #logement_insalubre #exploitation #dettes #expulsions #précarisation #injustices

  • Point de fuite : en #Géorgie : le #vin au cœur de la vie !

    Nichée au pied des montagnes du #Caucase et située aux abords de la mer Noire, la Géorgie et ses 3,7 millions dʹhabitants fabriquent leur vin grâce à une méthode ancestrale par ʹʹ#Qvevrisʹʹ. Les Qvevris sont des #jarres en #terre_cuite enfoncées dans le sol où fermentent des litres de vin. En 2013, lʹUnesco classait au patrimoine mondial cette méthode de #vinification utilisée par la plupart des familles géorgiennes pour le vin destiné à leur consommation personnelle. Car le vin, ʹʹboisson sacréeʹʹ, est intimement lié à la culture géorgienne et régit les relations sociales au quotidien. Reportage dans la vallée de la #Ratcha, qui, pour palier la pauvreté, commence à commercialiser son ʹʹnectar millénaireʹʹ.


    https://www.rts.ch/play/radio/point-de-fuite/audio/point-de-fuite-en-georgie-le-vin-au-cur-de-la-vie?id=10763961
    #audio #viticulture

  • 1918, fuite des Suisses de Russie

    Dans les mois qui suivent la Révolution bolchévique d’octobre 1917, 8000 Suisses fuient la Russie dans le chaos des violences quotidiennes.

    De retour dans leur pays d’origine, nombre d’entre eux sont pris en charge par l’assistance publique. Deux familles, l’une romande et l’autre tessinoise, suivent aujourd’hui les traces de leurs ancêtres au destin si particulier.

    https://pages.rts.ch/docs/9849617-1918-fuite-des-suisses-de-russie.html
    #film #documentaire #réfugiés #octobre_1917 #Tessin #Suisse #révolution_d'octobre #Russie #révolution_russe #colonie_de_St.Nicolas #Mont_Chameau #migrations #restauration #viticulture #agriculture #colonie_italo-suisse #fuite #Michele_Raggi #collectivisation_des_terres #morire_di_crepacuore (#coeur_brisé)

  • Deux propriétés viticoles relaxées pour des épandages contestés à côté d’une école primaire
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/04/30/deux-proprietes-viticoles-relaxees-pour-des-epandages-contestes-a-cote-d-une

    Le tribunal correctionnel de Libourne a prononcé, mardi 30 avril, la relaxe de deux domaines viticoles du #Bordelais poursuivis en qualité de personnes morales pour « utilisation inappropriée de produit phytopharmaceutique » dans la petite commune viticole de Villeneuve, dans le Blayais (Gironde).

    Les juges ont suivi les réquisitions du parquet qui, à l’audience du 20 mars, avait demandé « plutôt une #relaxe », tout en s’en remettant « à la sagesse du tribunal » au motif qu’il n’existait « aucune certitude sur le lien de causalité entre les #épandages et les #malaises ».

    #viticulture #pesticides #toxicité #impunité

    • Belle rhétorique sur le thème de la suspicion de « non-toxicité ».
      Deux (parmi tant d’autres) expériences perso :
      Dans le vignoble bourguignon, après une pluie d’orage, un chien a cru bon de boire l’eau d’une flaque. Décès dans les heures qui suivirent.
      Vendredi dernier, circulant en voiture vitre entrouverte, je passe à proximité d’un champ de céréales où l’exploitant était en train d’épandre. Odeur caractéristique du « produit » et persistance dans la gorge d’un goût amer pendant une demi-heure. Mais à part ça, pour les cancers chez les agriculteurs, on n’arrive à pas à établir de liens entre l’usage des produits « phytosanitaires » et l’apparition de la maladie. Bref ...

    • Dans ce reportage, on voit se constituer un collectif pour comprendre ce qu’il s’est passé pour qu’autant d’enfants naissent sans bras dans des régions agricoles. On y apprend que des tests de nouveaux produits chimiques se font dans le secret et au grand air (Bayer, Monsanto, Syngenta etc) sans que les agriculteurs ne sachent les molécules qu’ils balancent à quelques mètres des habitations. Aucun agriculteur n’acceptent cependant d’aider les parents à comprendre, juste histoire que peut-être ça s’arrête. Ils refusent tous de présenter le cahier des traitements chimiques effectués qu’ils se doivent de tenir à jour (mais pour qui ?) et les coopératives redistribuent allégrement toutes les merdes que les laboratoires leur fourguent.

      Envoyé spécial. Le mystère des enfants sans bras - 25 avril 2019 (France 2)
      https://www.youtube.com/watch?v=D7fIkH8asL8

  • Réchauffement climatique : ces cépages anciens qui pourraient sauver les vignobles français de la disparition - Basta !
    https://www.bastamag.net/Rechauffement-climatique-ces-cepages-anciens-qui-pourraient-sauver-les
    https://www.bastamag.net/IMG/arton7273.png?1555485201

    Le travail sur les cépages anciens, autrefois cultivés mais aujourd’hui abandonnés, est l’une pistes creusée par Anne et Pierre-André Déplaude. « Ces cépages sont plus tardifs, et donc moins soumis aux conséquences des canicules estivales » expliquent-ils. Ils ont également un potentiel acide plus élevé, et plus faible en alcool. Ce sont probablement ces caractéristiques qui ont conduit à l’abandon de ces cépages après-guerre. « Ces années étant en majorité plutôt fraîches et tardives, ces cépages avaient probablement des difficultés à obtenir une maturité aboutie », expliquent les vignerons. A l’époque, le faible taux d’alcool pouvait aussi être un inconvénient, car celui-ci avait un impact sur la rémunération du viticulteur [3]

    « Ce sont des cépages très bien adaptés à chez nous », notent les deux vignerons qui commencent à avoir du recul sur le mornen noir, entré en production en 2014. « Il résiste bien au gel car les bourgeons s’ouvrent plus tard. C’est aussi un cépage qui résiste bien au sec, au chaud et au vent. Il fait peu d’alcool, entre 11 et 12° en tenant compte du réchauffement. » Anne et Pierre-André jouent sur cette diversité de cépages pour les assemblages de leur millésime.

    Anne et Pierre-André ont ainsi porté leur dévolu sur deux cépages anciens, emblématiques de la vallée du Gier : le mornen noir et le chouchillon blanc. Pour les cultiver, il ont dû les inscrire sur le catalogue officiel des cépages cultivables [4]. Ils participent en 2006 à la création de l’association des coteaux du Gier, qui porte le dossier. Un parcours du combattant commence, en particulier pour le chouchillon. Ils finissent par obtenir l’inscription au catalogue... huit ans après avoir entamé les démarches.


    #viticulture #vignoble #vin #climat

  • « Les raisins de la misère » : comment les grands crus du Bordelais prospèrent sur une pauvreté extrême
    https://www.bastamag.net/Les-raisins-de-la-misere-comment-les-grands-crus-du-Bordelais-prosperent-s

    A l’ombre des luxueux châteaux du Bordelais se cache une pauvreté et une injustice saisissantes. C’est ce que révèle une enquête de la journaliste Ixchel Delaporte. Les saisonniers qui s’échinent dans la vigne, indispensables à la bonne tenue d’un grand cru, sont sans cesse plus précarisés. Les habitants les plus pauvres – chômeurs, mères célibataires, malades des pesticides... – ne voient pas les retombées économiques du négoce et du tourisme. Pire : ils doivent se rendre invisibles. Les raisins de la (...)

    #Décrypter

    / Quelle agriculture pour demain ?, #Inégalités, #Classes_populaires, #Conditions_de_travail, #Fractures_sociales, A la une, (...)

    #Quelle_agriculture_pour_demain_ ? #Entretiens

  • « C’est la première fois qu’on voit ça » : en Alsace, les viticulteurs en manque de main-d’œuvre, Jérémie Lamothe
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/08/18/c-est-la-premiere-fois-qu-on-voit-ca-en-alsace-les-viticulteurs-en-manque-de

    « C’est la première fois qu’on voit ça » : en Alsace, les viticulteurs en manque de main-d’œuvre
    Alors que le début des vendanges approche dans le Haut-Rhin, les viticulteurs peinent à constituer leur équipe de récolteurs pour les prochaines semaines.

    A l’approche des vendanges, Jean-Luc Galliath, crâne dégarni et lunettes sur le nez, l’avoue : il commence à « stresser ». A la tête d’une propriété viticole de 10 ha dans le village de Bergholtz (Haut-Rhin) depuis 1984, il n’en est pourtant pas à ses premières récoltes. Mais celles de 2018, dont la date de départ sera décidée lundi 20 août par l’assemblée générale de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), l’inquiètent particulièrement. Et pour cause : son équipe de vendangeurs n’est toujours pas constituée.

    Des récoltes précoces en pleine période de vacances, pour un emploi saisonnier moins lucratif qu’auparavant… Pour nombre de viticulteurs dans la plupart des régions françaises, la difficulté à recruter de la main-d’œuvre est particulièrement forte. « J’ai besoin de quatorze personnes pour le premier jour, mais il m’en manque encore deux, explique M. Galliath, 58 ans, qui préside la sous-région de Guebwiller pour l’AVA. En tout, pour les six semaines de vendanges, il me faut vingt-cinq à trente personnes. »

    Il a pourtant rappelé ses anciens vendangeurs, mis des petites annonces dans les commerces locaux ou encore fait appel à Pôle emploi. A ses côtés, son épouse, Anny, acquiesce : « C’est la première fois qu’on voit ça… » D’habitude, le couple avait tellement de volontaires qu’il pouvait constituer une liste d’attente en cas de désistement de dernière minute. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, même sur la célèbre route des vins d’Alsace.

    « Avant, les vendangeurs venaient spontanément »

    Le phénomène, qui s’amplifie, n’est pas nouveau. Pour venir en aide aux agriculteurs, Pôle emploi a mis en place, depuis 1995, Alsace vendanges, une cellule spéciale qui met en relation viticulteurs et vendangeurs potentiels. Plus de deux cents vignerons y ont fait appel cette année, un chiffre en hausse par rapport à 2017.

    « En 2017, on s’était déjà retrouvé coincé par la précocité des vendanges, explique le pilote de cette cellule installée à Colmar, Grégory Weitz. Cette année, on a commencé plus tôt et on a expliqué aux viticulteurs, dès juin, qu’ils devaient nous envoyer leurs besoins avant de partir en vacances. » Résultat, « on a 1 900 postes à pourvoir, contre 1 000 l’année dernière ». Un signe que pour ces employeurs, le recrutement est de plus en plus difficile.

    « Avant, le recrutement se faisait naturellement, explique M. Weitz, les vendangeurs venaient spontanément. Mais maintenant c’est fini, les viticulteurs doivent prendre le temps de chercher des personnes. » Etudiants, salariés à la recherche d’un complément de revenu, chômeurs, retraités… le profil des vendangeurs, qui en général habitent la région, reste varié. Mais M. Weitz tente de mobiliser les plus jeunes, les vendanges commençant avant la rentrée universitaire :

    « Les viticulteurs ont souvent des vendangeurs fidèles, mais vieillissants. Or à 65 ans ou 70 ans, ça devient compliqué physiquement. On a donc renforcé notre communication auprès des étudiants via le centre régional des œuvres universitaires et scolaires [CROUS], les réseaux sociaux ou les médias locaux. »
    D’ailleurs M. Galliath a vu de nombreux étudiants affluer en fin de semaine pour candidater et peut donc espérer trouver son équipe à temps.

    « Mais qui va vouloir venir ? »

    Certains viticulteurs parviennent tout de même à constituer leur équipe. C’est le cas d’Eric Debenath, 39 ans, installé à Soultzmatt (Haut-Rhin). Il n’a pas eu trop de mal à recruter une vingtaine de personnes en quelques jours parmi son noyau dur d’habitués. Mais autour de lui, il constate que ses collègues ont de plus en plus de mal à trouver des volontaires. Lui-même ressent chaque année une grosse pression à l’arrivée des vendanges :

    « On se demande toujours : “Mais qui va vouloir venir ?” Il m’arrive de me réveiller en pleine nuit et de me poser plein de questions. »

    Parmi les facteurs qui expliquent cette pénurie de main-d’œuvre, Jean-Luc Galliath regrette notamment la suppression de l’exonération des cotisations salariales sur les « contrats vendanges », décidée en 2014, et qui a rendu moins attractif l’emploi saisonnier dans les vignes. « Cela représente environ 40 à 50 euros par semaine en moins, donc environ 200 euros sur un mois de vendanges », a expliqué Bernard Farges, président de la Confédération nationale des producteurs de vins à appellations d’origine contrôlée. Une somme significative pour des vendangeurs payés au smic horaire, soit 9,88 euros brut.

    « Je n’ai pas compris cette mesure, regrette, amer, M. Galliath. Les revenus ont baissé sur les fiches de paye, les vendangeurs l’ont vu. On tente de compenser en augmentant un peu le salaire mais ça alourdit le coût de la main-d’œuvre. »

    Incertitude et précarité

    Pour attirer de nouveaux volontaires et leur éviter de perdre du pouvoir d’achat, le conseil départemental du Haut-Rhin a décidé, cette année, de donner un coup de pouce aux bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) qui participent aux récoltes, en leur permettant de conserver leur allocation, contrairement aux années précédentes. « C’est un gros effort fait par le département, salue M. Debenath. On est devant une telle pénurie de main-d’œuvre que c’était obligatoire… »

    D’autant qu’en Alsace, les vendanges sont saccadées. Il peut y avoir plusieurs jours sans travail entre le début des récoltes pour les crémants et celles des vins tranquilles. Tout se fait au jour le jour. Une incertitude et une précarité qui compliquent le recrutement, les vendangeurs devant être particulièrement flexibles.

    La précocité des vendanges, causée par le réchauffement climatique, explique aussi cette pénurie. « Il y a dix ou quinze ans, les vendanges débutaient à la mi-septembre. Et quand j’ai commencé, au début des années 1980, on débutait en octobre et ça se terminait après la Toussaint, se souvient M. Galliath. C’était plus facile pour trouver des vendangeurs. Là, beaucoup sont encore en vacances et n’ont pas en tête que les récoltes vont commencer. »

    Le viticulteur de Bergholtz redoute que ces difficultés poussent les agriculteurs à utiliser davantage les machines à vendanger, alors que les récoltes se font encore majoritairement manuellement dans le département. « J’ai peur que certains se disent “il faut passer à la mécanisation”. Mais il ne faut pas tout industrialiser, au risque de perdre nos convictions et la bonne image qu’on a. »

    #travail_saisonnier #smic_horaire #pénurie_de_main_d'oeuvre

  • La #viticulture_bio peut-elle se passer du #terroir et du label Appellation d’Origine Contrôlée (#AOC) ? Ou bien est-elle un moyen pour reformuler terroir et AOC en lien avec les attentes des #consommateurs ? Le film est ici :

    https://sms.hypotheses.org/11670

    #vin, #viticulture, #viticulteur, #AOC, #appellation, #terroir, #consommateur, #film, #documentaire, #alcool, #biologique, #bio, #cépage, #œnologique, #œnologue, #vignoble, #gaillac, #consommateur, #écosystème, #pratique

  • Les viticulteurs « défenseurs de l’environnement » nous prennent-ils pour des billes ?
    https://reflets.info/les-viticulteurs-defenseurs-de-lenvironnement-nous-prennent-ils-pour-des-b

    C’est un communiqué de l’association loi 1901 « Alerte aux toxiques » qui fait grimacer un tantinet : les domaines viticoles du Bordelais s’engagent (c’est la mode) depuis plusieurs années à réduire, éviter certains produits chimiques dans […]

    #Breves #alerte_aux_toxiques #environnement #pesticides #viticulture

  • Le #Goût des pesticides dans le vin

    Gilles-Éric Séralini et Jérôme Douzelet expliquent comment les pesticides influent sur le goût du vin et montrent qu’il est possible d’éduquer ses papilles afin de déceler leur présence.


    https://www.actes-sud.fr/catalogue/agriculture/le-gout-des-pesticides-dans-le-vin

    #viticulture #viniculture #vin #pesticides #agriculture #livre

  • #Réchauffement_Climatique : Les Vins Anglais Veulent Concurrencer Le #Champagne | Le Blog Du Bureau De Londres | Franceinfo
    http://blog.francetvinfo.fr/bureau-londres/2017/07/17/rechauffement-climatique-les-vins-anglais-veulent-concurrencer-le-

    Les #vignobles de #Grande-Bretagne ont le vent en poupe. Avec la hausse généralisée des températures, le sud-est de l’Angleterre affiche désormais des conditions climatiques similaires à la région Champagne d’il y a une trentaine d’années. De nouvelles exploitations ouvrent en permanence et le secteur accroît rapidement sa productivité et son savoir-faire.

    #viticulture