• Pécho avec l’éco : le trou de la Sécu

    L’autrice Lisa Mandel et l’économiste Anne-Laure Delatte s’associent pour rendre l’économie accessible, pour que chacun puisse comprendre ces débats essentiels et s’en emparer. Dans ce troisième épisode : comprendre le trou de la Sécu.


    https://www.mediapart.fr/studio/portfolios/pecho-avec-l-eco-le-trou-de-la-secu
    #économie #France #sécu #sécurité_sociale #voter #préjugés #fact-checking

  • Élections, à chacun son style de promesses
    https://metropolitiques.eu/https-metropolitiques-eu-Elections-a-chacun-son-style-de-promesses-h

    Les programmes électoraux ont un style : plus ou moins précis, portant plutôt sur les résultats ou sur les moyens... L’article analyse ces textes présentés aux électeurs dans les quinze grandes villes ayant connu une alternance politique en 2020 Sélection des candidats, structuration des préférences du public, définition d’alternatives pour les politiques publiques : les campagnes électorales sont des moments politiques intenses pendant lesquels toutes les fonctions classiques des partis #Terrains

    / #élections_municipales, #campagne_électoral, #action_publique, #vote

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-gougou-etal.pdf

  • Élections, à chacun son style de promesses
    https://metropolitiques.eu/Les-promesses-font-elles-gagner-les-elections.html

    Les programmes électoraux ont un style : plus ou moins précis, portant plutôt sur les résultats ou sur les moyens... L’article analyse ces textes présentés aux électeurs dans les quinze grandes villes ayant connu une alternance politique en 2020 Sélection des candidats, structuration des préférences du public, définition d’alternatives pour les politiques publiques : les campagnes électorales sont des moments politiques intenses pendant lesquels toutes les fonctions classiques des partis #Terrains

    / #élections_municipales, #campagne_électoral, #action_publique, #vote

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-gougou-etal.pdf

  • demeure extrêmement étonnée que des choses comme la psychose, la névrose ou même la paranoïa soient mentionnées dans le DSM (1) tandis que des pathologies autrement plus graves telles que par exemple l’Économie de marché, la propriété ou la masculinité n’y figurent toujours pas.

    Elle y voit la preuve irréfutable que sous couvert de médecine il ne s’agit en fait que d’un manuel de propagande uniquement destiné à préserver l’iniquité de l’ordre social établi.

    #VotezMamieNicole.

    –-------------------
    (1) C’est l’acronyme de « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders », hein ; pas celui de « Dominique Strauss-Motherfucker » qui eût pourtant amplement mérité d’être dedans.

  • Municipales 2026 : la conversion communale de #La_France_insoumise
    https://metropolitiques.eu/Municipales-2026-la-conversion-communale-de-La-France-insoumise.html

    Au moment où La France insoumise (LFI) souhaite renforcer son ancrage local, les #élections_municipales de 2026 constituent un enjeu important pour crédibiliser et institutionnaliser son action, comme le montre Rémi Lefebvre, chercheur en science politique. ---- À l’approche des élections municipales de mars 2026, la revue Métropolitiques a souhaité publier une série d’articles questionnant les enjeux socio-politiques de ce scrutin et les évolutions de l’action publique observées dans les #Essais

    / élections municipales, #vote, La France insoumise, #communalisme, #municipalisme, radicalité

    #radicalité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/lefebvre5.pdf

  • Que faire du #racisme en sociologie politique ?
    https://metropolitiques.eu/Que-faire-du-racisme-en-sociologie-politique.html

    Félicien Faury répond à la critique principale de David Gouard quant à son usage du concept de « racisme ». Il montre que la notion reste indispensable pour comprendre certains ressorts fondamentaux du #vote pour l’extrême droite. Je remercie tout d’abord David Gouard pour sa recension de mon ouvrage, qui m’offre l’occasion de clarifier un certain nombre de malentendus. Que sa critique du livre soit juste ou injuste n’est pas ici le problème, car mon intention est de nourrir une discussion #Débats

    / vote, racisme, #extrême_droite, #élections, #classes_sociales, #déclassement

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_faury2.pdf

  • Attitudes racistes et ancrage du #vote #Rassemblement_national
    https://metropolitiques.eu/Attitudes-racistes-et-ancrage-du-vote-Rassemblement-national.html

    Le livre de Félicien Faury éclaire la normalisation du vote RN et la place structurante du #racisme dans celui-ci. Soulignant l’originalité de la démarche, David Gouard en discute ici le principal résultat et le fait que les attitudes et représentations racistes auraient gagné en légitimité. La publication, en mai 2024, de l’ouvrage de Félicien Faury sur le vote d’extrême droite en France est intervenue dans un contexte favorable à sa médiatisation. Rappelons que, dans les semaines suivantes, #Commentaires

    / Rassemblement national, #élections, vote, #extrême_droite, racisme, #politisation, #ethnographie

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_davidgouard_18dec25.pdf

  • 164 nations soutiennent le droit à la liberté de la Palestine
    16 décembre 2025 | - IMEMC News
    https://imemc.org/article/164-nations-back-palestines-right-to-freedom

    L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, à une écrasante majorité, une résolution réaffirmant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination. Le vote, qui s’est tenu lundi, a vu 164 pays se prononcer en faveur, seulement 8 s’opposer et 9 s’abstenir, un résultat qui souligne le rejet quasi universel de l’occupation et de l’expansion colonialiste actuelles d’Israël.

    Les pays qui ont voté contre sont Israël, les États-Unis, la Micronésie, l’Argentine, le Paraguay, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Palaos et Nauru.

    Les abstentions sont venues de l’Équateur, du Togo, des Tonga, du Panama, des Fidji, du Cameroun, des Îles Marshall, du Samoa et du Soudan du Sud.

    Les observateurs ont noté que les abstentions et les votes négatifs reflétaient les positions des gouvernements ayant des programmes d’extrême droite ou radicaux, en particulier en Argentine, au Paraguay et en Équateur, qui ont toujours rejeté les résolutions liées aux droits humains et au droit international.

    La résolution fait explicitement référence à l’avis consultatif de la Cour internationale de justice, qui a conclu que l’occupation israélienne du territoire palestinien est illégale au regard du droit international et doit cesser immédiatement. (...)

    #ONU #Vote_ONU

  • À l’Ouest, du nouveau
    https://metropolitiques.eu/A-l-Ouest-du-nouveau.html

    Depuis les années 1990, le paysage électoral a été dominé en #Allemagne par l’opposition Est-Ouest. Or, les résultats des #élections législatives de 2025 font apparaître des géographies partisanes en pleine évolution à l’Ouest. Lors des élections parlementaires allemandes de février 2025, le score atteint par le parti d’extrême droite AfD a franchi la barre symbolique des 20 % et l’a placé en deuxième position derrière les conservateurs (CDU et CSU), clairement devant les sociaux-démocrates #Essais

    / élections, #vote, Allemagne, #géographie_électorale, #cartes, #cartographie, #politique

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_roth-lecuyer-hirschhausen.pdf

  • Billet très édifiant de Arnaud Brennetot sur Linkedin. La comparaison de ces deux cartes est glaçante : l’extrême droite progresse désormais fortement dans les régions longtemps considérées comme celles qui lui étaient les plus défavorables (centres villes des métropoles, ouest de la France). Si elle atteint ses scores dans ses fiefs (Nord, Sud méditerranéen), elle sera au pouvoir.
    La pratique macroniste, mais aussi le jeu délétère des partis de gauche - et je ne parle pas que de LFI, j’ai en tête un exemple dans une ville tenue par le PCF depuis 60 ans - livrent notre pays à l’ED (de Le Pen à Zemmour à Ciotti et à Retailleau, avec le soutien de Bolloré, Stérin et autres
    https://www.linkedin.com/posts/arnaud-brennetot-34805b256_progression-de-lextr%C3%AAme-droite-entre-2019-

    • La progression de l’extrême-droite dans la France qui gagne

      Entre les #élections européennes de 2019 et celles de 2024, l’extrême-droite est passée de 6 à 9 millions de voix en France, soit une augmentation de 50 %.

      Cette progression spectaculaire est très inégalement répartie selon les territoires et démontre la volatilité socio-spatiale des blocs électoraux.

      La carte du nombre et du pourcentage des votes supplémentaires recueillis par l’extrême-droite entre 2019 et 2024 montre que celle-ci gagne des suffrages en priorité dans les espaces où elle était faible jusqu’ici, c’est-à-dire dans les territoires les plus attractifs et dynamiques du pays.
      Cela concerne :
      – la façade atlantique et son arrière-pays, la Corse, l’intégralité de la Région Rhône-Alpes, toutes très attractives ;
      – l’Ile-de-France et plusieurs grandes villes régionales (Brest, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Grenoble, Limoges, Lyon, Nantes, Rennes, Strasbourg, Toulouse) ainsi que diverses villes moyennes (Bayonne, Brive-la-Gaillarde, Saint-Brieuc, Tarbes, le Sillon alpin).

      Le littoral provençal est la seule région où l’extrême-droite était déjà solidement implantée auparavant et où elle progresse encore.

      Cette augmentation dans les régions en forte croissance socio-économique (en gros la France de l’Ouest et du Sud) démontre la capacité de l’extrême-droite à dépasser les frontières, à sortir de ses bastions historiques (le Midi méditerranéen puis les anciennes régions industrielles du Nord et de l’Est) et à étendre son implantation géographique là où elle recueillait jusqu’ici une moindre quantité de suffrages.

      Cette dynamique tient en partie au fait que, dans un contexte de rejet national du projet macronien, les marges de progression de l’extrême-droite sont plus fortes dans les grandes villes, le grand Ouest et la région lyonnaise. Si l’on tient compte des écarts qui subsistent entre les bastions historiques et les fronts pionniers, l’extrême droite conserve encore d’importantes marges de progression, notamment dans tous les bassins de vie où les inégalités sociales tendent à s’accentuer.

      Depuis la première publication de cette carte il y a une dizaine de mois, la situation politique de notre pays n’a fait que s’aggraver :
      – les forces politiques en présence ont démontré leur incapacité à former une coalition gouvernementale capable d’agir, essentiellement en raison de la fermeture du président de la République aux forces de gauche ;
      – le financement des conséquences du vieillissement de la population reste sans solution ;
      – la dégradation de la situation internationale place la France et l’Europe dans une position de fragilité exceptionnelle ;
      – le dérèglement bioclimatique poursuit ses destructions, insidieuses ou impressionnantes (Chido, Corbières), dans un contexte accentué de propagande contre les politiques de transition engagée par les forces d’extrême-droite.

      La carte du score de l’extrême droite en 2024 est disponible après celle relative à la progression.

      Comprendre et relativiser le vote « jeune » pour le RN, Camille Peugny
      https://www.alternatives-economiques.fr/camille-peugny/comprendre-relativiser-vote-jeune-rn/00111504

      les 28 % de Marine Le Pen en 2022 parmi les jeunes signifient également que 80 % d’entre eux n’ont pas voté pour elle

      #RN #vote #géographie #abstention

    • Making Democracy Count | Princeton University Press
      https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691248806/making-democracy-count

      How we can repair our democracy by rebuilding the mechanisms that power it

      What’s the best way to determine what most voters want when multiple candidates are running? What’s the fairest way to allocate legislative seats to different constituencies? What’s the least distorted way to draw voting districts? Not the way we do things now. Democracy is mathematical to its very foundations. Yet most of the methods in use are a historical grab bag of the shortsighted, the cynical, the innumerate, and the outright discriminatory. Making Democracy Count sheds new light on our electoral systems, revealing how a deeper understanding of their mathematics is the key to creating civic infrastructure that works for everyone.

      In this timely guide, Ismar Volić empowers us to use mathematical thinking as an objective, nonpartisan framework that rises above the noise and rancor of today’s divided public square. Examining our representative democracy using powerful clarifying concepts, Volić shows why our current voting system stifles political diversity, why the size of the House of Representatives contributes to its paralysis, why gerrymandering is a sinister instrument that entrenches partisanship and disenfranchisement, why the Electoral College must be rethought, and what can work better and why. Volić also discusses the legal and constitutional practicalities involved and proposes a road map for repairing the mathematical structures that undergird representative government.

      Making Democracy Count gives us the concrete knowledge and the confidence to advocate for a more just, equitable, and inclusive democracy.

    • Enfin, on peut parfois regretter que les considérations juridiques et historiques propres au système étasunien contraignent la discussion des solutions proposées par l’auteur et limitent la portée plus générale de son propos. Le choix d’utiliser des circonscriptions plurinominales pour instaurer une représentation proportionnelle semble par exemple injustifiable mathématiquement : si l’objectif était d’éliminer définitivement le #gerrymandering et si « la géographie compte davantage qu’elle ne le devrait » aux États-Unis (« geography matters more than it should », p. 299), alors un scrutin à la proportionnelle à l’échelle nationale, sans aucun découpage territorial, serait plus souhaitable encore, indépendamment de sa constitutionnalité.

      Il n’en reste pas moins que pour les objectifs qu’il se donne, Making Democracy Count parvient à rendre extrêmement accessible un champ d’études réputé pour sa complexité et son hermétisme, et à faire valoir sa pertinence dans l’étude de nos démocraties.

  • Combien d’épisodes de canicule votre département a-t-il connus en vingt ans ?
    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/06/25/combien-d-episodes-de-canicule-votre-departement-a-t-il-connus-en-vingt-ans_

    La compilation de l’ensemble de ces bulletins de vigilance canicule montre une exposition intense d’une large moitié de la France, s’étendant au sud de la diagonale Agen-Strasbourg, avec pour épicentre le département du Rhône.

    https://archive.ph/PofPC

    #canicule #climat

    décidément La Manche en tête de mon tiercé perso

    edit en faisant l’hypothèse d’une corrélation entre montant des loyers et prix du mètre carré, il faut dire Cotentin...

  • « #Vote » – #Abécédaire de l’Écologie Sociale
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2025/06/11/vote-abecedaire-de-lecologie-sociale

    Le vote n’exprime pas la #Démocratie. Il est tout au contraire l’expression de son échec, de son incapacité à établir un champ du commun où tout un chacun puisse se retrouver. Sans même parler de la facilité pour des oligarchies établies, l’establishment, disposant du pouvoir de l’argent et de la force des armes, d’en orienter […] L’article « VOTE » – Abécédaire de l’Écologie Sociale est apparu en premier sur Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme.

    #Fabrique_du_consentement

  • 20 ans après le #référendum de 2005 : le « non » fait la force !
    https://lvsl.fr/20-ans-apres-le-referendum-de-2005-le-non-fait-la-force

    Pour le député LFI Matthias Tavel, le « non » massif des Français à la construction européenne néolibérale au référendum du 2005 dessine les contours d’une majorité sociale pour la gauche. Une victoire face à la propagande médiatique qui rappelle l’importance de la souveraineté populaire pour contrer la mondialisation et l’oligarchie.

    #Politique #austérité #Démocratie #Europe #gilets_jaunes #néolibéralisme #PS #souveraineté #trahison #UMP #Union_Européenne #vote

  • A new global gender divide is emerging [janvier 2024]
    https://www.ft.com/content/29fd9b5c-2f35-41bf-9d4c-994db4e12998

    In countries on every continent, an ideological gap has opened up between young men and women. Tens of millions of people who occupy the same cities, workplaces, classrooms and even homes no longer see eye-to-eye.

    […]

    Germany also now shows a 30-point gap between increasingly conservative young men and progressive female contemporaries, and in the UK the gap is 25 points. In Poland last year, almost half of men aged 18-21 backed the hard-right Confederation party, compared to just a sixth of young women of the same age.

  • La droitisation de la France, un mythe : en haut à droite, en bas à gauche

    Par exemple, le soutien au droit de vote des étrangers est passé de 34 % en 1984 à 58 % en 2024. Ou 53 % de la population pense qu’il y a trop d’immigré·es aujourd’hui contre 69 % en 1988... »

    Depuis quelques décennies, particulièrement suite à l’élection de François Hollande, de nombreu·ses électeur·ices désertent les urnes et rejettent les partis, toutes générations confondues.

    https://cqfd-journal.org/En-haut-a-droite-en-bas-a-gauche

    #gauche
    #vote
    #opinion

  • « La montée du RN dans les campagnes vient de l’empire Bolloré »
    https://lareleveetlapeste.fr/marie-pochon-jexplique-la-montee-du-rn-dans-les-campagnes-par-lemp

    « Le RN s’est opposé à la régulation des médecins dans les zones sous dotées. Il ne propose rien d’autre que des projets routiers dans tous les sens alors que le prix du carburant flambe. Il n’avait même pas de programme aux législatives. »

    J’en connais des qui expliquent que c’est la faute de Mélenchon qui refuse de s’intéresser aux campagnes.

  • Qu’est-ce qu’un vote raciste ? | Sylvie Tissot
    https://lmsi.net/Qu-est-ce-qu-un-vote-raciste

    « Vous n’arriverez pas à faire croire à des millions de Français qui ont voté pour l’extrême droite que ce sont des fascistes », déclarait Macron en 2023, utilisant à dessein le mot « fasciste » pour faire apparaître cette critique comme absurde, outrancière et profondément insultante. Le livre de Félicien Faury a pour vertu de décrire, prendre la mesure et comprendre le racisme des électeurs du RN. Source : Les mots sont importants

  • Benoît Coquard : “la gauche doit aller dans les petites villes”
    https://www.frustrationmagazine.fr/entretien-benoit-coquard

    Dans son livre Ceux qui restent, paru en 2019, le sociologue Benoît Coquard sort des discours convenus sur la France “des territoires” (comme disent les politiques), “périphérique” (comme disent les éditocrates) ou “moche” (comme dit Télérama). Sans doute parce que c’est un milieu qu’il connaît et dont il vient, il ne tombe dans aucun des […]

    • (...) il faut à mon sens comprendre le #vote en lien avec la manière dont les gens se construisent dans les rapports sociaux. Quand t’es en milieu #populaire tu es marqué par le contrôle social : le fait d’être bien vu, d’avoir bonne réputation. Que ça soit dans un quartier populaire d’une petite ville ou dans un village, le contrôle social est permanent. Par conséquent tu sais l’importance, pour être “bien vu”, d’être conforme, d’être dans le moule. Non seulement autour de toi ça fait longtemps que ça parle #RN, mais en plus à l’échelon national ça vote massivement RN. Ça devient un peu le vote du bon sens et cela lui laisse encore une marge de progression chez les indécis entourés de gens qui font la promo du RN.

      (...) j’observe cette dynamique de se sentir encouragé par son environnement social, y compris les gens qui vous dominent socialement (localement ça va être un petit patron par exemple) et maintenant, à la #télévision, des gens en cravate qui expliquent que le RN c’est très bien… Alors il y a un ralliement à l’opinion #majoritaire, ou plutôt, l’opinion dominante.

      (...) ça peut être perturbant pour des surdiplômés, sur « conscientisés » notamment à gauche… mais il y a vraiment un effet de suivi qui prend racine dans des choses bien plus concrètes que l’opinion politique. Ce sont des choses que j’ai vu sur le temps long, dans le mode de vie en général : cette volonté de conformisme dans tous les aspects de ton quotidien, sur laquelle vient se greffer la #politisation.

      [...]

      Dans un très bon livre d’enquête, Simples militants, Raphaël Challier, montre comment certaines personnes qui touchent le RSA et qui sont stigmatisées comme des « cassos », sur-affirment leur vote pour le RN pour retourner le stigmate. Ce qu’il montre c’est que l’affirmation du vote RN permet de dire « on est du côté des gens biens », à côté de ceux qui sont contre l’assistanat, ceux qui veulent travailler…

      #travail #assistanat #extrême_droite #gauche

    • >> les gens qui amenaient les idées de gauche ne sont plus au contact de toute une partie de la population…

      Ou pire : ils exacerbent leurs différences, parfois malgré eux et en essayant de lutter contre ce phénomène là. Je prends l’exemple des tiers lieu en milieu rural : de nos jours, la petite bourgeoisie culturelle de gauche s’expose dans des tiers lieux. Occuper une ancienne usine pour en faire des ateliers d’artistes par exemple. C’est se démarquer symboliquement. Je pense aux néo-ruraux : il y a des campagnes de néo-ruraux qui sont gentrifiées depuis longtemps avec des niveaux de revenus comparables aux grandes villes (la Drôme, l’Ardèche etc.) mais aussi des endroits avec des néo-ruraux pionniers qui sont des galériens. Ils ont peu d’argent, sont en location, vivent en colocation etc. Mais par contre, Ils occupent l’espace public tout en ayant un style de vie qui est non conforme. Ce n’est pas un problème sur le principe : c’est bien que tout le monde ne soit pas pareil, c’est bien d’assumer ce qu’on est, etc. Mais qu’est-ce que cela produit ?

      Ça produit le sentiment que tu ne ressembles pas du tout aux gens qui incarnent la pensée de gauche. Je n’ai pas envie de m’étendre là dessus car je trouve ça désespérant… sur la façon dont la petite bourgeoisie culturelle, ou parfois même le pôle culturel précaire, parfois même plus précaire que les classes populaires installées, peut être perçue comme des extra-terrestres parfois. Je pense par exemple à une exposition organisée dans un village par des artistes, d’animaux empaillés, mais des animaux tués par des voitures puis empaillés… ça semblait délirant auprès des habitants. Et quand on commence à dire que pour organiser ça il y a eu de l’argent public, bon… Et puis ça crée des questions “qu’est-ce qu’ils font comme travail ces gens-là ?”.

      C’est du vécu, mais ça oublie un peu la cause première. “Désormais, la polarisation est beaucoup plus forte.” Pourquoi ? Ce n’est pas la faute aux cultureux et précaires qui viennent ouvrir un tiers-lieu : c’est la dévalorisation des instits, des postiers, etc., qui fait qu’il n’y a plus autant de profils de gauche "qui ressemblent" à la population dont on parle ici. Ceux qui restent ne sont plus perçus comme des modèles mais plutôt comme des losers (mal payés, déconsidérés, vilipendés depuis des décennies comme étant des flemmards). Et donc, plus le programme néolibéral avance, moins les propositions de gauche sont audibles. Les expos d’animaux empaillés ne sont qu’un prétexte pour focaliser la détestation.

    • Il y a clairement une (sale) petite musique qui se joue depuis quelques semaines avec ce discours des Ruffinistes (mais pas que) qui en gros en vient à reprocher aux gens de gauche des villes d’être responsables de la montée du RN. La seule « gauche » responsable de tout cela c’est celle de Hollande (dans laquelle il y avait Valls et Macron, excusez du peu).
      C’est vraiment dégueulasse d’aller montrer du doigt des marginaux, en fait c’est exactement ce que font les fachos.

    • on peut noter que les formes proprement économiques de l’inégalité, pourtant béantes, sont relativement peu mises en cause par les enquêtés, sauf dans les cas extrêmes des super-riches qui exhibent leurs ressources dans la région, mais qui légitiment par contraste les formes plus ordinaires de la réussite économique. Pour les enquêtés, les éléments de distance culturelle (et notamment scolaire) sont les plus saillants dans le façonnement de leur vision du monde et de leur vote. Cependant, les ressources économiques comptent et comptent beaucoup, dès lors que les valeurs sont analysées non à partir du rejet, mais des aspirations positivement élaborées. Or celles-ci sont manifestement tournées vers les valeurs du pôle privé des élites sociales et les formes de réussite qui s’y rattachent. De ce point de vue, les crispations sur les (toutes) petites élites locales témoignent aussi de la solidité d’un système de valeurs où les dimensions économiques de la hiérarchie sociale sont à la fois valorisées et largement inaccessibles.

      #Félicien_Faury

  • Discriminer, défendre les privilégiés, punir les pauvres : le programme du RN en matière de #logement
    https://metropolitiques.eu/Discriminer-defendre-les-privilegies-punir-les-pauvres-le-programme-

    Que penser du programme du #Rassemblement_national en matière de logement, alors que le secteur est en pleine crise ? La rédaction de Métropolitiques montre ici que, loin de garantir un accès au logement aux plus fragiles, les mesures du parti d’extrême droite accentueraient fortement les inégalités produites par les politiques néolibérales des gouvernements précédents. Alors que la thématique du logement était relativement secondaire dans les programmes du #Front_national, le Rassemblement national (RN) #Débats

    / logement, #extrême_droite, #élections, Rassemblement national, Front national, #vote

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/redaction-logement.pdf

  • Hégémonie sur le terrain, normalisation, racisme : les ressorts du vote RN |
    https://www.mediapart.fr/journal/politique/270624/hegemonie-sur-le-terrain-normalisation-racisme-les-ressorts-du-vote-rn


    Benoît Coquard et Félicien Faury. © Photomontage Mediapart

    L’un a travaillé sur les zones rurales du Grand Est, l’autre sur l’électorat RN dans la région Sud-Paca. #Benoît_Coquard et #Félicien_Faury échangent sur le ressort du #vote pour l’#extrême_droite, à l’heure où l’hégémonie qu’ils ont observée sur leurs terrains se décline à grande échelle.
    Fabien Escalona
    27 juin 2024

    Après les européennes et à quelques jours du premier tour des élections législatives anticipées, les médias et les responsables politiques les ont sollicités plus que d’ordinaire, saisis par les nouveaux seuils franchis par le vote en faveur du Rassemblement national (#RN). Benoît Coquard, sociologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), est l’auteur de Ceux qui restent (La Découverte, 2019). Félicien Faury, chercheur postdoctoral au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), vient de publier Des électeurs ordinaires (Seuil, 2024).

    Tous deux travaillent sur des zones de force du RN, qui n’ont pas les mêmes caractéristiques. D’un côté, Benoît Coquard écrit sur les campagnes désindustrialisées du Grand Est ; de l’autre, Félicien Faury a installé son dispositif d’enquête dans la région attractive du Sud-Paca (Provence-Alpes-Côtes d’Azur). S’ils ont tous deux déjà accordé des entretiens à Mediapart (ici ou là), ils n’avaient encore jamais échangé. Le croisement de leurs perspectives nous intéressait, et aussi leur sentiment de chercheurs à l’heure où le scénario d’une majorité absolue pour le parti lepéniste n’a jamais été aussi crédible. 

    Mediapart : Vous travaillez depuis des années sur l’électorat RN. Comment lisez-vous la période actuelle ?

    Félicien Faury : Sur le strict plan des rapports de force électoraux, elle n’est pas surprenante. Le RN continue de prolonger des courbes électorales qui étaient déjà ascendantes. Depuis plusieurs années, on repérait que, y compris dans un contexte très abstentionniste, le RN continuait à mobiliser ses électeurs. On disait son électorat volatil, notamment aux élections intermédiaires, mais une fidélisation croissante était à l’œuvre, qu’on a retrouvée aux élections européennes du 9 juin. Un noyau électoral puissant a été solidifié.

    Benoît Coquard : Désormais, l’hégémonie de l’extrême droite que l’on observe sur nos terrains se décline avec de plus en plus de force au niveau national, que ce soit dans les urnes ou à travers la manière dont Emmanuel Macron l’a posée en adversaire centrale.
    Chez beaucoup de gens aujourd’hui règne l’impression d’être du côté des vainqueurs, ce qui est conforté par les effets d’entourage et des médias consommés. Quand on se souvient des vieilles affiches du Front national, représentant Jean-Marie Le Pen avec un bâillon, incarnant un vote de gens marginalisés qu’on ne laissait pas parler, c’était vraiment un monde différent. 

    Félicien Faury : Je suis tout à fait d’accord. Dans beaucoup de territoires, le RN ne peut absolument plus être considéré comme un parti « stigmatisé », c’est même tout l’inverse.

    Dans vos travaux respectifs, vous insistez sur le fait que le vote RN n’est pas un vote de personnes isolées ou atomisées, comme on l’entend parfois. Est-ce qu’on ne peut pas admettre, comme le chercheur Matthijs Rooduijn, qu’elles sont prises dans des liens sociaux qui n’ont pas la force de ceux des syndicats ou des Églises ?

    Benoît Coquard : Le vote RN n’est pas mon objet de recherche et je l’attrape justement par cette question des liens sociaux. J’ai travaillé sur la reconstitution des appartenances dans des bourgs désindustrialisés, et j’y ai observé des formes de repli, mais pas d’individualisme. En fait, les classes populaires n’en ont pas le luxe.
    Il ne s’agit pas tant de liens faibles que d’un resserrement de la conscience collective sur un petit nombre de personnes homogènes dans leur vision du monde et qui pensent aussi pouvoir s’entraider. Cette observation ethnographique corrobore de grandes enquêtes sociologiques menées à l’échelle européenne. Celles-ci établissent une corrélation ente le fait de ne faire confiance qu’à un petit nombre de personnes et le vote pour l’extrême droite. 

    Félicien Faury : Nos travaux diffèrent par leur objet. Benoît travaille sur les sociabilités rurales, les modes de vie, en explorant les différentes scènes d’une existence. De mon côté, la focale est plus restreinte autour de l’acte de vote, en se demandant ce qui est politisé ou « électoralisé » dans la vie des personnes. Mais je crois, en effet, que même dans l’isoloir et à bulletin secret, on continue à voter en groupe, comme les gens de qui on se sent proches socialement.
    La « normalisation » du RN, c’est aussi ça : quand ce vote devient légitime auprès de ceux qui comptent et qui font autorité près de soi. Cela vaut également pour le racisme. On pourrait avoir tendance à penser que c’est le défaut d’institutions et de « social » qui amène les gens à se replier et à devenir racistes. Or, c’est triste à dire, mais le #racisme, c’est aussi du #lien_social. Il existe des sociabilités qui entretiennent et autorisent l’expression de la parole raciste.

    De façon générale, je trouve que l’argument de l’atomisation ou des liens sociaux faibles revient parfois à « battre en retraite » sociologiquement. Le lien social est toujours présent, reste à savoir avec qui et quoi. Il faut donc plutôt se demander quels type de liens sociaux créent quels types de vote.
    Sur la question du « repli sur soi », j’aimerais souligner à quel point la question du diplôme est fondamentale. C’est un capital immatériel, sanctifié par l’État, qui vous donne de grandes possibilités de « voyager socialement ». Il y a comme une sécurité symbolique qui voyage avec vous lors de votre confrontation avec d’autres groupes sociaux. Lorsque vous n’en bénéficiez pas, comme c’est souvent le cas des électeurs du RN, l’ancrage local et le patrimoine matériel deviennent particulièrement importants – d’où le grand impact affectif des cambriolages, par exemple.
    Benoît Coquard : Effectivement, plus on est diplômé, plus on part facilement de sa campagne, moins on est tenu par les enjeux réputationnels qui y prévalent, moins on y souffre d’un éventuel déclassement territorial. Quand toutes vos ressources sont locales, en revanche, c’est très différent. On est alors beaucoup plus exposé à l’idée de l’extrême droite selon laquelle il faut faire passer les gens exactement comme soi avant, sinon on ne s’en sortira pas. C’est l’une des choses qui me font dire que les populations acquises à cette idée sont engagées dans le vote RN pour longtemps.

    Vous venez d’employer la notion de « #déclassement », de plus en plus mobilisée pour éclairer le vote RN. Est-ce qu’elle vous parle, ou est-ce qu’elle vous semble trop réductrice, quand ce parti est aussi capable de percer dans des milieux plutôt favorisés ?

    Félicien Faury : Il faut préciser de quoi on parle. Dans le Sud-Est où j’ai travaillé, c’est l’incertitude économique et le pessimisme résidentiel qui dominaient. Mes enquêtés, peu fragiles sur le marché du travail, ne vivent pas le déclassement sur un mode individuel mais plutôt collectif, avec l’idée que « tout se dégrade ». Ça se vit à l’échelle du quartier, du lotissement, de la commune, et ça peut s’extrapoler à la région et au pays. 

    Benoît Coquard : J’ai pour ma part écrit contre les théories de la France périphérique et de l’insécurité culturelle. Les milieux populaires ruraux que je côtoie ne peuvent pas être décrits comme des « petits Blancs » vivant dans un sentiment d’abandon, même s’ils peuvent exprimer ce discours face à des journalistes qui les rencontrent en quelques minutes. Ils développent en fait des contre-modèles de style de vie, affirment volontiers une mentalité insulaire, du type « on est maîtres chez nous ».

    Félicien Faury : Pour le coup, j’ai moins rencontré cette mentalité insulaire en Paca. Contrairement aux campagnes en déclin étudiées par Benoît, le Sud-Est est un territoire attractif, si bien que l’arrivée régulière de nouveaux résidents remet régulièrement en cause le capital local des résidents les plus anciens. Si ces évolutions peuvent être regardées avec colère ou amertume, j’observe néanmoins une résignation face à « l’invasion du haut » par les classes supérieures, quand les migrations du « bas » sont beaucoup plus facilement politisées. 

    Benoît Coquard, vous avez exprimé récemment l’idée que les propositions sociales du Nouveau Front populaire (NFP) pourraient parler aux fractions populaires de l’électorat RN. Cela peut sembler en contradiction avec les arguments de Félicien Faury qui met en avant la « matrice raciale » de ces comportements électoraux. Est-ce que vous avez une divergence ou des nuances sur le sujet ?

    Benoît Coquard : Je disais surtout que ces propositions seraient invisibles pour cet électorat, par manque de mixité politique dans son entourage et en raison de ses sources d’information. Le fait même d’être exposé à ces propositions n’est pas évident. Plutôt que de convertir des électeurs, l’enjeu me semble de s’adresser aux classes populaires entourées de gens qui votent RN, et qui n’osent pas dire autour d’elles qu’elles ne votent pas RN, car sinon elles se font traiter d’« #assistées ». 
    De fait, les stigmates associés à la #gauche sur mon territoire, c’est surtout ceux des « branleurs », des « cas sociaux ». Ce n’est que dans un second temps que le qualificatif d’« #Arabes » finit par arriver. On racialise le social, et les divisions sociales entre les précaires et les stables marchent d’autant plus qu’elles sont raciales.
    Cette dimension est clairement plus forte dans ce qu’écrit Félicien. Cela peut être lié à l’enquêteur, notamment avec qui on va parler, quelle place on prend dans les sociabilités. Moi, par exemple, j’étais au milieu des commérages. Du coup, je voyais beaucoup de dénigrement latéral entre habitants non racisés.

    Félicien Faury : J’ai aussi rencontré un sentiment « anti-assistés » très fort. Et effectivement, quand on laisse dérouler les discours, on se rend compte que ce sentiment se retrouve particulièrement exacerbé quand les personnes visées sont en plus identifiées comme « immigrées », c’est-à-dire jugées « moins françaises » que d’autres. Dans mon enquête, je constate que c’est lors de ce redoublement que la critique de l’#assistanat devient particulièrement politisée, et vient nourrir plus spécifiquement le vote RN.
    J’essaie de poser la question du racisme autrement qu’en termes de « présence » ou d’« absence », et d’observer plutôt les formes qu’il prend, et comment ça s’articule à des expériences sociales concrètes. Par ailleurs, il y a des enjeux de parole publique : à quel point faut-il insister sur cette dimension raciste ? C’est une question que je me suis beaucoup posée durant l’écriture, et encore davantage maintenant lors des présentations de mon travail en public et dans les médias. 

    Le fait d’avoir travaillé surtout sur les petites classes moyennes, et non sur le vote RN ouvrier, a pu contribuer à ce que je m’autorise à utiliser le terme de « racisme » et à le mettre au cœur de mes études. Comme le sens courant (et non sociologique) en donne une définition associée à la bêtise et à l’archaïsme, son usage peut contribuer à stigmatiser des groupes subalternes.

    Mais le risque inverse serait de ne pas en parler du tout. Il faut bien que cette dimension centrale soit rappelée, dans un contexte où son omission serait tout de même étrange, avec une extrême droite aux portes du pouvoir. J’essaie aussi d’insister dès que je le peux sur le caractère transversal du racisme, qui existe dans tous les milieux sociaux – y compris la bourgeoisie culturelle de gauche. Je vois bien que cette partie-là de mon propos est plus rarement reprise…

    Benoît Coquard : Je trouve que Félicien s’explique très clairement à ce sujet dans son livre. Si le racisme était absent de son explication causale des conduites électorales, ce serait effectivement l’éléphant dans la pièce.
    Il y aurait d’ailleurs quelque chose de méprisant à ne pas écouter les arguments des gens qu’on interviewe. Je ne vois pas pourquoi, parce qu’un enquêté est ouvrier ou moins diplômé, il faudrait retraduire ses propos au point qu’ils ne lui ressemblent plus. Là où il faut être prudent, c’est qu’il est important de relier les affects aux transformations macrosociales qui leur donnent du sens.

    La question raciale, en particulier, ne peut pas être envisagée sans les exclusions économiques qu’elle permet. Il y a comme un « #salaire_psychologique minimum », un capital minimal procuré par le fait de savoir que tu as toujours quelqu’un en dessous de toi. Le RN arrive à mettre ça en place localement.
    Cela me rappelle des groupes d’amis très unis sur lesquels j’ai travaillé, incluant des binationaux franco-algériens. Quand il y avait des accrochages, entre Blancs on s’insultait de « cas soc’ », mais quand cela les concernait, ils étaient traités de « sales Arabes ». L’exclusion était redoublée par un racisme resurgissant sur ces gens-là. Leur place ne tenait qu’à un fil car ce registre-là, exercé contre « plus tricard que soi », permettait de les exclure à n’importe quel moment.

    Félicien Faury : Je suis tout à fait d’accord, et j’ai d’ailleurs toujours cherché à relier les propos, parfois très explicites, que je pouvais entendre à des processus collectifs en termes de classe ou de ségrégation, dont les électeurs du RN sont au fond très peu responsables. Le racisme de ces électeurs n’émerge qu’en s’adossant à des processus de racialisation collectifs qui dépassent très largement la seule extrême droite.
    Encore une fois, je vois bien comment certains groupes sociaux pourraient s’autorassurer en se disant que le racisme, c’est au RN, que les racistes, « ce sont eux », et s’innocenter ainsi à bon compte. Cette mise à distance est évidemment trop facile.

    À court et plus long terme, quelles sont les pistes que peuvent suivre les gauches, ou du moins les adversaires du RN, pour reconquérir des milieux conquis par ce parti ?

    Félicien Faury : Je ne sais pas s’il faut poser la question de cette manière. Est-ce que le seul but doit être de « faire baisser le RN » ? Si oui, en Paca, si vous voulez prendre des électeurs au RN, le plus efficace est sans doute de mener une politique de droite dure ! La vocation de la gauche reste de lutter contre les inégalités de classe, la domination masculine, le racisme… Bien sûr, la stratégie électorale est très importante, mais la conquête des électeurs du RN ne doit pas être le seul horizon. 
    Une fois dit cela, il faut bien sûr ajouter que les #classes_populaires ne sont en aucun cas condamnées à voter pour le RN. Il y a un ensemble de points, sur les services publics, le pouvoir d’achat, les inégalités, à propos desquels la gauche peut activer des affects dans son sens. C’est un travail de long terme qui doit être mené. 
    Ce qui m’a frappé dans les espaces sociaux sur lesquels j’ai enquêté, c’est que les discours qui circulent, cadrés en faveur du RN, ne sont jamais contredits. Il n’y a jamais aucune sanction sociale face aux propos négatifs sur, par exemple, les « assistés » ou les « immigrés ». Il faudrait parvenir à diffuser des contre-discours, pour éviter ces effets de consensus autour de thématiques favorables à l’extrême droite.

    Par ailleurs, il faut aussi poser la question de l’incarnation et du recrutement politique au sein des partis de gauche. Trop souvent, les corps et manières d’être de la gauche, à la télé comme sur le terrain, témoignent de l’éloignement des mondes sociaux.

    Benoît Coquard : On se rejoint car je rappelle toujours que des modèles de respectabilité sociale sont essentiels pour offrir un autre son de cloche. Il n’y a pas de slogan magique.
    On parle des scores réalisés par La France insoumise dans les quartiers populaires racisés de Paris ou d’autres grandes villes, mais je ne suis pas sûr qu’ils soient aussi impressionnants dans ceux des bourgs et petites villes du Grand Est où je travaille. Je mets aussi en garde contre l’idée que les abstentionnistes seraient un réservoir évident pour la gauche. Là où le RN est hégémonique, en tout cas, les abstentionnistes, dans l’état actuel des choses, se sentent proches de Marine Le Pen.
    Et même si la gauche reprend des voix parmi les milieux populaires, ceux-ci auront été imprégnés des discours du RN. Il y a donc un travail de fond à faire en reprenant pied en milieu populaire au quotidien.

    Félicien Faury : On peut aussi ajouter que la politisation du racisme, dont les succès du RN sont un des symptômes, vient après une période où le racisme existait tout autant sinon plus, mais était naturalisé. Il y a eu des contestations et des victoires du côté des mouvements antiracistes et des minorités ethnoraciales, qui ont entraîné une forme de réaction, de réflexe défensif. On peut faire un parallèle avec le backlash [le « retour de bâton » – ndlr ]suscité par la révolution féministe.

    Si la montée de l’extrême droite se greffe à un appareil d’État, les cartes pourraient être rebattues de manière inquiétante, évidemment. Mais on peut aussi lire la situation comme un potentiel chant du cygne de certaines formes de domination raciale.

    "Je préfère une société de travail à l’assistance", un premier ministre de gauche, 1998.