#web_synthétique

  • La théorie de la mort d’Internet devient réalité : tout disparaît entre crevettes sacrées et dopamine
    https://www.netcost-security.fr/actualites/258982/la-theorie-de-la-mort-dinternet-devient-realite-tout-disparait-entr

    Une nouvelle tendance menace l’intégrité d’Internet. L’évolution des contenus automatisés, alimentés par l’intelligence artificielle, modifie radicalement le paysage numérique, avec des conséquences inquiétantes pour les utilisateurs et les créateurs. Les études indiquent une domination croissante des bots et une érosion continue de contenus authentiques.
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    Beaucoup ont remarqué des chats musclés, des crevettes à l’image de Jésus et des singes au corps de banane. Ces images envahissent les réseaux sociaux, transformant progressivement le web en autre chose. C’est ce qu’on appelle la théorie de la mort d’Internet : l’idée que le réseau, autrefois espace de liberté, devient une immense machine automatisée. En effet, Internet agit comme une toile d’araignée, autoalimentée. Plus de pages et de contenus humains disparaissent, plus le risque de créer un effet domino augmente. Ainsi, Internet pourrait être davantage mort que vivant dans les trois prochaines années.

    Un rapport de 2024 publié par la société de cybersécurité Imperva révèle qu’environ la moitié du trafic Internet mondial est désormais automatisé : les bots représentaient 42,3 % en 2021, et ont atteint 49,6 % en 2023. À ce rythme, la majorité du contenu en ligne risque de ne plus être « humain » d’ici quelques années. On assiste à l’invasion de contenus artificiels tels que photos, articles et vidéos, tandis que le web s’épuise. D’après une recherche du Pew Research Center, 38 % des pages créées en 2013 ont déjà disparu, victimes du phénomène connu sous le nom de lien mort. Cela concerne des liens qui mènent à des erreurs ou à des contenus supprimés. Ce processus est naturel sur le web, où des sites ferment, des plateformes évoluent et les archives numériques se vident. Le résultat, entre érosion et invasion, est la mort d’Internet.
    Une explosion de déchets numériques

    La journaliste américaine Taylor Lorenz souligne que cette dégringolade a débuté bien avant l’arrivée de ChatGPT : « Les systèmes d’algorithmes de classement ont inondé le web de contenus sans valeur, optimisés de manière absurde. » Une analyse récente de NewsGuard (mai 2025) indique que plus de mille sites d’information sont déjà en grande partie gérés par des intelligences artificielles.

    De plus, l’IA générative est utilisée pour les critiques de produits Amazon, permettant de promouvoir de manière artificielle des articles de faible qualité avec des avis positifs. La quantité de « déchets artificiels » publiés sur le web augmente rapidement, allant des livres fictifs écrits par IA aux images violant le droit d’auteur. La logique est économique : dans un contexte où l’attention en ligne se traduit par des revenus publicitaires, utiliser des bots et des systèmes génératifs pour « fabriquer » des contenus devient un modèle économique rentable.
    Quand le web ne vend que de la dopamine

    L’augmentation de ces contenus signale le début d’une nouvelle phase de dégradation du contenu en ligne, appelée « enshittification », terme forgé par l’écrivain Cory Doctorow. « L’IA inonde le web de matières pauvres, nuisant aux communautés et aux artistes tout en saturant des plateformes comme YouTube de contenus de faible qualité », explique Akhil Bhardwaj, professeur à l’Université de Bath, dans une interview au Guardian.

    Les vidéos grottes créées par IA représentent l’ultime phase du capitalisme de la dopamine. Il ne s’agit plus de vendre des produits ou des histoires, mais de provoquer des décharges chimiques. Ce ne sont ni narrations, ni art, ni satire. Ce ne sont que des stimuli.

    La communication personnelle – discussions entre amis, messages privés, publications familiales – ne disparaîtra pas. Cependant, l’idée romantique d’un Internet comme espace de créativité collective semble appartenir au passé. « C’est à ce titre que le web que nous connaissions est mort », affirment les chercheurs Jake Renzella et Vlada Rozova dans un article sur The Conversation. Paradoxalement, la nostalgie pour cette « humanité » du net semble se renforcer alors que le nouveau web sature avec des crustacés numériques se présentant comme Jésus et des requins portant des sneakers.

    #Capitalisme_de_la_dopamine #Dopamine #Web_synthétique

    • Ma compagne me disait il y a quelques jours que cela devenait impossible de faire des recherches par image (en l’occurrence pour trouver des idées d’aménagement intérieur) car tout est pollué par des (mauvaises) images générées par IA. Ce que je trouve tout de même cocasse dans cette histoire c’est que les grosses boîtes comme Google scient allègrement la branche sur laquelle elles sont : les utilisateurs vont finir par fuir et les « IA » - sur lesquelles tout est misé à coup de milliards de dollars - ne vont trouver que du bullshit pour s’entraîner et être encore plus mauvaises (les derniers chiffres semblent d’ailleurs montrer que le processus est déjà en route)... Je m’attends quand même à une grosse « correction » dans les mois qui viennent, reste à voir qui sera le plus touché.

  • Web synthétique - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2025/03/26/web-synthetique

    Web synthétique
    mercredi 26 mars 2025
    Alexandre Chollier
    A livre ouvert

    Activism, activists, advocacy, advocate, advocates, barrier, barriers, biased, biased toward…

    Voici les premiers mots d’une liste qui hier en comptait cent, aujourd’hui cent-vingt et demain on ne sait combien. Mots à bannir des projets de recherche aux Etats-Unis sous peine de perdre l’accès aux financements de l’Etat. Tout le monde ou presque en parle. S’il nous faut la voir pour y croire, il nous faut plus encore la lire, un mot après l’autre, pour percevoir ce dont elle est vraiment le signe.

    Tel est l’avis d’Olivier Ertzscheid. Sur le site de la revue AOC, ce chercheur en science de l’information et de la communication à l’Université de Nantes a signé il y a peu un texte crucial sur le sujet : « Blacklisté – sur le rapport fasciste de Trump au langage ». 1.

    La lecture de cette pièce ne laisse guère de place au doute. Aujourd’hui lorsque des mots sont attaqués – et en même temps qu’eux les réalités qu’ils désignent –, c’est potentiellement toute l’humanité qui s’en trouve affectée. La menace qui pèse sur nous toutes et tous ne s’arrête d’ailleurs pas à la seule interdiction de certains mots. Il faut y ajouter la suppression massive de données dans un « ‘immense autodafé numérique’, où ce ne sont plus des livres qu’on brûle, mais des sites Web, des pages Internet, des index, des bases de données ».

    Sans compter que le Web n’a pas attendu cette double attaque pour se métamorphoser. Sous l’effet de bots dopés aux algorithmes – et plus encore depuis l’arrivée des agents conversationnels –, le Web contient de plus en plus de textes, d’images et de vidéos générés artificiellement. Le Web a ainsi changé de nature sans qu’on ne s’en rende compte et il serait judicieux de le nommer pour ce qu’il est devenu : un Web synthétique.

    Olivier Ertzscheid vient d’y consacrer un ouvrage 2 saisissant dont les premières pages peuvent nous servir de vade-mecum à l’heure de naviguer sur le Web, plus encore si nous les lisons à la lumière de ce qui s’y joue depuis le 20 janvier.

    Le Web est un Web synthétique pour plusieurs raisons. D’abord parce que d’ici peu nous serons en passe d’interagir « au moins autant avec des programmes informatiques qu’avec des individus ». Parce qu’ensuite « l’essentiel de ce qui y est discuté comme de ce qui y est vu, est produit par la synthèse d’algorithmes artificiels et ‘d’agents’ […] tout autant artificiels ». Parce que si nous jouissons de contenus modérés, c’est grâce à des travailleurs et travailleuses du clic œuvrant dans des conditions misérables à l’autre bout de la planète. Parce qu’enfin l’artificialisation du Web en cours a tendance à s’autorenforcer ad libitum pour d’évidentes raisons : ce processus offre aux patrons de la Big Tech une réelle opportunité de nous « indiquer quoi faire, que dire et où regarder ».

    Sur un Web de cette sorte, soumis à la logique du capitalisme linguistique, complété en continu par des algorithmes digérant les données existantes, l’impact du « grand remplacement documentaire et linguistique » en cours aux Etats-Unis est autrement plus dangereux qu’on pourrait le croire, surtout si l’on se rappelle que les nouveaux contenus générés sont « totalement inféodés aux règles de la génération déterminées par les entreprises qui les déploient ». Des entreprises qui se sont, faut-il encore le rappeler, docilement ralliées à l’idéologie défendue par le locataire actuel de la Maison-Blanche, dans un mélange ingénieux « d’obéissance anticipée »3 et de visée programmatique.

    Ne nous voilons pas la face. Nous approchons d’un « point de bascule » aux implications sidérantes, rendu possible par la technologie numérique et plus particulièrement par l’« intelligence artificielle » ou, mieux dit, les modèles de langage de grande taille (LLM), que nous n’avons de toute évidence jamais eus sous notre contrôle. S’il est dans ce domaine un premier défi à relever, c’est avant tout de « savoir au service de qui [sont] mis [l]es grands modèles de langage ». C’est ensuite de se rappeler, avec Olivier Ertzscheid, qu’ils « ne seront jamais au service d’autres que celles et ceux qui en connaissent, en contrôlent et en définissent les systèmes de valeurs ».

    Notes[−]
    Notes ↑1 >https://aoc.media/opinion/2025/02/19/blackliste-sur-le-rapport-fasciste-de-trump-au-langage
    ↑2 >Olivier Ertzscheid, Les IA à l’assaut du cyberespace : Vers un Web synthétique, C&F Editions, 2024.
    ↑3 >« L’appel de Fred Turner : “La France doit résister au techno-fascisme de la Silicon Valley” », La Tribune, 11 février 2025.

    Géographe, écrivain et enseignant. Récente publication : November November. En route pour la Lune, la Terre en tête, Ed. La Baconnière, 2025.

    #Olivier_Ertzscheid #Suisse #Langage #Web_synthétique #Intelligence_artificielle