• « Ce que l’épidémie a changé, ce sont les gens », par Fang Fang (Le Monde diplomatique, août 2022)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2022/08/FANG/64957

    Deux ans après le début de la pandémie de Covid-19, que devient Wuhan, qui fut la première ville du monde à être confinée ? Comment vivent ses quatorze millions d’habitants — dont l’écrivaine Fang Fang, qui avait alors tenu un journal de bord ? L’auteure s’interroge sur la fuite du temps et témoigne des bouleversements au quotidien. Hier célébrée en Chine, elle est devenue persona non grata dans son propre pays.

    • « Ce que l’épidémie a changé, ce sont les gens »

      Deux ans après le début de la pandémie de Covid-19, que devient Wuhan, qui fut la première ville du monde à être confinée ? Comment vivent ses quatorze millions d’habitants — dont l’écrivaine Fang Fang, qui avait alors tenu un journal de bord ? L’auteure s’interroge sur la fuite du temps et témoigne des bouleversements au quotidien. Hier célébrée en Chine, elle est devenue persona non grata dans son propre pays.

      Le 23 janvier 2020, les autorités annonçaient la mise en #quarantaine de #Wuhan en raison d’une « épidémie de pneumonie à coronavirus ».

      Résidant dans cette mégapole du centre de la #Chine, je m’y suis retrouvée enfermée, tout comme des millions d’autres personnes. Très vite, la peur et l’affolement se sont emparés de nous. L’ombre de la mort planait sur la ville. Des informations faisaient état d’hôpitaux au bord de la rupture. D’un seul coup, notre vie a basculé dans l’incertitude la plus totale. Étais-je contaminée ? Mes proches l’étaient-ils ? Et s’il s’avérait que nous l’étions, pourrions-nous être admis à l’hôpital ? Se pouvait-il que la ville soit livrée à elle-même (selon la rumeur, Wuhan était alors encerclée par des unités militaires de défense biochimique) ? Quand il a surgi, ce virus était inconnu. Féroce. Terrifiant. Dans l’esprit de tous, l’attraper, c’était être condamné à mourir, presque assurément. Piégés dans la ville, nous étions à sa merci, saisis d’effroi.

      C’est alors qu’une revue [de Shanghaï] m’a contactée pour me suggérer d’écrire un « journal de confinement ». Dès le troisième jour de la quarantaine, j’ai ainsi commencé à relater sur Internet la progression de l’épidémie et la vie des habitants de Wuhan. On était le 25 janvier, jour du Nouvel An chinois.

      J’ai posté ces textes sur Weibo (1)… De petits récits écrits au fil de la plume, des sortes de comptes rendus. Sans m’astreindre à aucun travail de construction ni à soigner le style. Je les voyais comme de la matière première, que je pourrais reprendre plus tard. Au départ, je n’avais pas prévu d’en écrire un chaque jour. Je n’avais pas imaginé que nous serions confinés si longtemps, et moins encore que cette épidémie allait se répandre dans le monde entier. Je considérais les choses très simplement, sans doute par déformation professionnelle : j’étais sur place, j’allais m’informer en interrogeant les gens autour de moi et rapporter le plus fidèlement possible le cours des événements.

      Sans l’avoir prémédité le moins du monde, j’ai finalement écrit soixante de ces récits, avant d’arrêter une fois l’épidémie maîtrisée [le 24 mars 2020]. Deux semaines plus tard, la quarantaine de Wuhan était officiellement levée. Elle avait duré soixante-seize jours. Un événement sans précédent dans l’histoire de la ville.

      Que le temps file. Deux ans ont passé en un clin d’œil. Au printemps, cette année, je me suis replongée dans mon « Journal de Wuhan (2) », ayant décidé d’en réviser de nouveau le texte. Page après page, tout m’est revenu à l’esprit : ces moments de tension, de lutte sans répit ; l’atmosphère pesante, la confusion, la désolation ; les cris, les appels à l’aide ; les noms et les visages ; l’amour et la colère ; le sang et les larmes. Comme je suis heureuse d’avoir témoigné de tout cela jour après jour ! Sans ces récits, sans tous les détails qu’ils comportent, beaucoup de choses auraient été définitivement oubliées. Et en voyant aujourd’hui les rues de Wuhan illuminées la nuit, ses habitants en train de lire le journal ou de surfer sur Internet à toute heure, on pourrait avoir l’impression que rien ne s’est passé. Pourtant, c’était il y a seulement deux ans.

      Selon un fameux adage de la Chine antique, « le Maître, se trouvant au bord d’une rivière, dit : “Tout passe comme cette eau ! Rien ne s’arrête ni le jour ni la nuit” (3) ». Il évoque avec mélancolie le temps qui s’écoule, auquel rien n’a jamais pu faire obstacle. Que l’on baigne ou qu’on se noie dans la joie ou la tristesse, dans les plaisirs ou la souffrance, que l’on ait le cœur léger ou affligé de douleur, que l’on soit accablé de misères ou comblé de bonheur, le temps nous ignore. Il nous surpasse. Comme l’eau, il polit les souvenirs jusqu’à les faire disparaître. Comme le vent, il efface jusqu’à ce qui est gravé dans la pierre.

      Alors à chaque fois qu’on me demande si Wuhan a changé, je réponds que tout y est plus ou moins comme avant. Oui, plus ou moins. Une ville n’est qu’un espace où vivent les gens, qui s’insère dans le temps à sa façon, y suivant son propre chemin. Catastrophe ou pas, ce qui est voué en elle à changer change, et le reste demeure inchangé. Alors oui, il se peut qu’un peu moins d’immeubles soient sortis de terre, que quelques commerces aient fait faillite, ou tout aussi bien qu’une rue ou l’autre ait été rénovée… Mais ces choses seraient arrivées de toute façon, même s’il n’y avait pas eu d’épidémie. Sauf ravages d’une guerre, les transformations qui affectent une ville sont peu visibles ; souvent on n’y prête même pas attention. Il n’y a alors pas grand-chose à en dire, comme d’une journée ordinaire.

      Ce que l’épidémie a changé, en revanche, ce sont les gens. Ceux qui vivaient là et qu’elle a tant fait souffrir.
      Tyrannie du QR code

      Je me souviens d’une femme dont le pseudonyme sur Internet était « Âme en pleurs ». Une mère. Pendant le confinement, sa fille unique, contaminée, est morte. Pour cette femme, c’est comme si le ciel s’était effondré. Sur son compte Weibo, elle n’arrêtait pas d’exhorter les responsables à répondre de leurs actes, leur criant que le décès de sa fille ne pouvait pas rester sans explications. Mais la censure, avec son arsenal d’interdictions et les suspensions de comptes des contrevenants, rend à peine audibles les voix qui s’élèvent comme la sienne. Et les lamentations de cette femme ne sont plus jamais parvenues à mes oreilles.

      Combien y a-t-il d’« âmes en pleurs », à Wuhan, qu’il s’agisse de mères ou d’enfants ? Sans parler de toutes ces familles dont plusieurs membres ont été emportés en l’espace de quelques jours. Je pense que la profonde douleur laissée par l’année 2020 dans le cœur des survivants de ces foyers brisés sera toujours là, que la ville change ou non.

      À Wuhan aujourd’hui, le virus ne sème plus la mort autour de lui comme au début, et pourtant les mesures de prévention restent au cœur de l’existence des habitants. Elles ont modifié notre mode de vie, nos habitudes et l’état d’esprit de chacun. Ainsi tout le monde doit avoir un portable, pouvoir présenter un QR code vert, porter un masque. On doit aller faire la queue pour passer un test de dépistage PCR, parfois deux, trois jours de suite. Si on ne le fait pas, de vert le QR code passe immédiatement au gris — ce qui vous bloque l’accès à tous les lieux publics. Bus, métro, écoles, centres commerciaux, banques, bureaux de poste, tous ces endroits qui font partie de la vie quotidienne sont inaccessibles sans un QR code vert. Sans ce sésame, on ne peut même pas prendre l’autoroute. Jamais autant qu’aujourd’hui la vie ne nous a conduits à nous sentir si désemparés.

      Mon destin a lui aussi changé à cause de cette épidémie. Le jour même où la quarantaine de Wuhan a été levée, le 8 avril 2020, la traduction de mon journal a été mise en prévente sur Internet aux États-Unis et en Allemagne. En Chine, la nouvelle a aussitôt mis le feu aux poudres. Je suis devenue la cible d’un flot d’insultes. On m’a brusquement accusée de tous les maux. Alors que ce « Journal » m’avait été commandé par une revue chinoise, on me soupçonnait soudain de l’avoir écrit à l’instigation des États-Unis. Sa publication à l’étranger, on ne peut plus ordinaire pour une écrivaine, fut cette fois-ci jugée « anormalement rapide ».

      Tout cela parce que j’y témoignais de la vie au quotidien et de l’état d’esprit de la population pendant la quarantaine, parce que j’y critiquais les autorités pour avoir dissimulé la vérité et tardé à agir dans les premiers jours de l’épidémie, parce que j’y faisais part de ma compassion pour ceux qui avaient succombé au virus, plus encore parce que j’y appelais sans cesse les responsables à répondre de leurs actes. Or traduire et publier cette réalité dans d’autres langues, c’était la rendre intelligible hors de nos frontières. Je devins celle qui avait « donné le couteau » aux forces antichinoises d’Occident, une « vendue », une « traître à la patrie ».

      J’ai été attaquée avec violence sur Internet pendant plus d’un an. C’étaient calomnies et injures, partout sur la Toile. Des gens ont vociféré qu’ils allaient venir en bande m’assassiner à Wuhan, d’autres ont lancé un appel aux cercles d’arts martiaux pour qu’ils envoient leurs membres me passer à tabac. Quelqu’un a collé des affichettes insultantes sur les murs de la ville. On a suggéré de me représenter sous forme d’une sculpture humiliante. On a même fait courir le bruit que je m’étais enfuie aux États-Unis et que, arrivée là-bas, j’aurais été expulsée par le gouvernement américain, ou qu’un mandat d’arrêt y aurait été lancé contre moi, me forçant à fuir de nouveau.

      Tout cela sans compter les innombrables vidéos, chansons et dessins visant à me démolir. Face à cette déferlante, je n’ai eu la possibilité ni de répliquer ni de contre-attaquer. J’ai été totalement censurée : la moindre interview, le moindre début d’explication étaient supprimés à peine parus. Dans les médias, mon nom est devenu tabou : aujourd’hui encore, on le remplace par des astérisques.

      Quant aux autorités, loin de formuler un jugement rationnel, fondé sur ce que j’avais écrit dans Wuhan, ville close, elles ont préféré se fier aux interprétations biaisées d’internautes malveillants reposant sur de simples extraits et lancer contre moi une répression aveugle. Les sanctions prises à mon égard n’ont pas de sens : il m’est interdit de publier quoi que ce soit en Chine et de participer à toute manifestation littéraire ou d’utilité publique. Non seulement les médias doivent taire mon nom, mais il est strictement interdit aux chercheurs d’entreprendre le moindre travail universitaire sur mes œuvres (4). Et, lorsqu’un média indépendant prend malgré tout l’initiative de me donner la parole, l’article est immédiatement censuré, quand le site n’est pas carrément bloqué. Cela va plus loin encore : je reçois, sans arrêt, des appels de personnes occupant des postes officiels haut placés qui me mettent en gardent, me rappelant qu’il m’est interdit d’accepter les interviews de médias étrangers. Je suis sur écoute, sous surveillance… Et pourtant, dès que je sors de chez moi, on m’appelle pour savoir où je suis, au prétexte qu’on « s’inquiète » pour moi.

      L’an dernier, en juin, quelques amis m’ont proposé d’aller faire un tour avec eux à Lizhuang [réputé pour sa vieille ville], dans le Sichuan. Nous nous y sommes rendus en voiture. À mi-trajet, ils ont reçu des appels urgents de leurs unités de travail respectives leur intimant de rentrer le soir même, puis la police les a convoqués à plusieurs reprises pour les interroger. De son côté, l’hôtel où j’avais prévu de loger à Lizhuang a été contraint de refuser de me recevoir. Ce n’était qu’un petit voyage entre amis…

      Vivre ainsi vous emplit d’un grand sentiment d’impuissance. Je nomme cette oppression des autorités envers moi « violence froide d’État ». Dès lors que le pouvoir et certaines forces malfaisantes au sein de la population sont parvenus à un consensus et qu’ils agissent de concert, qu’ils se sont unis et coopèrent, il ne me reste que le silence. Une triste réalité, mais d’une tristesse qui ne me concerne pas !

      Beaucoup de choses ne seront plus jamais comme avant. La liberté à laquelle nous aspirons, l’ouverture que nous désirons tant, la vie que nous voudrions s’éloignent de nous. Devant ce constat, je ne trouve aucune raison d’être optimiste, mais j’ai malgré tout le courage et la force de choisir de faire face, sereinement.

      Fang Fang
      Écrivaine. Derniers livres parus : Wuhan, ville close, Stock, Paris, 2020, et Funérailles molles, L’Asiathèque, Paris, 2019. Cet article est traduit du mandarin par Frédéric Dalléas.

      (1) NDLR. L’équivalent chinois du réseau social Facebook.

      (2) Publié en français sous le titre Wuhan, ville close, Stock, Paris, 2020. Lire Martine Bulard « Fang Fang, une accusatrice à la chinoise », Planète Asie, 6 novembre 2020.

      (3) Confucius. Entretiens, IX-16.

      (4) NDLR. Fang Fang a écrit plus de quatre-vingts romans et essais — tous publiés en Chine et certains distingués par des prix littéraires.

      #pandémie

  • Origine du Covid-19 : « Sans informations précises sur ce qui se passait dans le laboratoire de Wuhan, on n’avancera pas ! » | Pour la Science
    https://www.pourlascience.fr/sd/epidemiologie/origine-du-covid-19-sans-informations-precises-sur-ce-qui-se-passait-d


    Le SARS-CoV-2, responsable de la pandémie de Covid-19.
    © NIAID

    Depuis fin 2019, le monde est confronté à la pandémie de #Covid-19. On la doit à un coronavirus, le #SARS-CoV-2, dont l’origine reste mal connue malgré les efforts déployés. Plusieurs hypothèses sont en lice, et toutes sont, à ce jour, plausibles, nous explique le virologue Étienne Decroly.

    très intéressante synthèse sur ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas sur l’origine du SARS-CoV-2

    en accès libre
    en version papier dans le numéro de juin de Pour la Science (où il manque la dernière question et sa réponse, ainsi que les deux dernières phrases de la réponse précédente… peut-être d’autres choses ailleurs, mais c’est moins facile à repérer)

    #must_read !

  • L’OMS suggère à Kiev de détruire des agents pathogènes de ses labos (afp/kaa)
    https://www.lessentiel.lu/fr/story/loms-suggere-a-kiev-de-detruire-des-agents-pathogenes-de-ses-labos-780781

    L’Organisation mondiale de la santé s’inquiète de la sécurité des laboratoires travaillant avec des agents pathogènes à haut risque et d’une potentielle fuite de ces derniers, en cas de destructions de ces installations.

    L’Ukraine fait partie des pays qui possèdent des laboratoires de santé publique où sont menées des recherches scientifiques sur les maladies infectieuses. On y étudie par exemple comment atténuer les menaces de zoonoses, des maladies dangereuses affectant à la fois les animaux et les humains, y compris, plus récemment, le Covid-19. 

    Avec la guerre en Ukraine, l’Organisation mondiale de la santé s’inquiète de la sécurité de ces installations et d’une potentielle fuite d’agents pathogènes en cas de destructions. C’est pourquoi l’agence des Nations unies a déclaré à l’agence de presse « Reuters », le 10 mars, qu’elle a « fortement recommandé au ministère ukrainien de la Santé et à d’autres organismes responsables de détruire les agents pathogènes à haut risque pour prévenir tout déversement potentiel » qui propagerait une maladie au sein de la population.

    Consciente de l’inquiétude que cette recommandation peut créer après les menaces sur les installations nucléaires civiles, l’Organisation l’a replacée dans le contexte plus large de sa coopération depuis de nombreuses années avec les autorités ukrainiennes pour améliorer la sécurité dans ces installations.

    Evaluation des risques
    L’OMS – qui travaille depuis des années avec ces laboratoires, également soutenus par les États-Unis et l’Union européenne dans ses recommandations générales sur la sécurité de ces installations « insiste toujours sur une approche basée sur l’évaluation des risques », a souligné Tarik Jasarevic, un porte-parole de l’OMS, interrogé au cours d’un point de presse de l’ONU, à Genève. Et de compléter : « Les laboratoires devraient toujours tenir compte de la situation dans laquelle ils se trouvent et s’assurer qu’en cas de menace il y a moyen d’éliminer, en toute sécurité, les pathogènes qui se trouvent normalement dans tous ces pays pour des raisons de santé publique, et ainsi éviter une fuite accidentelle. »

    Interrogée par l’AFP à Genève, l’OMS n’a pas fourni de liste des laboratoires en Ukraine, ni indiqué leur niveau de sécurité ou encore expliqué quels agents pathogènes pouvaient s’y trouver. Le porte-parole n’a pas non plus été en mesure de dire si un laboratoire concerné par ces recommandations se trouvait dans une des zones activement bombardées ou occupées par l’armée russe.

    #guerre_bactériologique #OMS #agents_pathogènes #maladies_infectieuses #covid #covid_19 #pathogènes #zoonoses #guerre #ukraine #P4 #Wuhan

    • Le président des États-Unis la Maison Blanche essayent de faire oublier leur responsabilité à propos de ces laboratoires destinés à produire des armes biologiques qu’ils financent
      https://www.lessentiel.lu/fr/story/poutinevoitdesavanceespositives-758494613614

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      La Russie « paiera le prix fort si elle utilise des armes chimiques » dans sa guerre contre l’Ukraine, a déclaré le président des États-Unis lors d’un discours à la Maison Blanche. Il a refusé d’évoquer toute information dont les services de renseignement américains disposeraient à ce sujet.

      Les Occidentaux s’inquiètent d’une possible utilisation d’armes chimiques par Moscou en Ukraine. De son côté, la Russie accuse Washington et Kiev de gérer des laboratoires destinés à produire des armes biologiques dans le pays, ce qui a été démenti par les deux capitales. Les Américains disent soupçonner les Russes de propager des « mensonges » pour « accuser les autres de ce qu’ils envisagent de faire eux-mêmes ».
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  • Une ONG américaine a-t-elle voulu créer un virus semblable au Covid-19 en 2018 à Wuhan ? — RT en français
    https://francais.rt.com/international/91086-projet-defuse-ong-americaine-ecohealth-alliance-virus-semblable-c

    Des documents publiés le 21 septembre par Drastic, un collectif de scientifiques indépendants travaillant sur les origines du Covid-19, révèlent que l’ONG américaine EcoHealth Alliance aurait demandé, en 2018, un financement de 14 millions de dollars pour un projet qui consistait à créer un virus Sars-CoV chimérique en exposant des chauves-souris chinoises à des mutations de coronavirus. Le président de l’organisation, qui n’a pas nié l’authenticité du document, évoque pour sa part une « mauvaise interprétation » d’une « communication scientifique usuelle ».

    Comme l’explique le 23 septembre le site d’investigation The Intercept, le projet aurait été soumis, environ 18 mois avant l’apparition des premiers cas confirmés de Covid-19, à la Darpa, l’agence du département de la Défense des Etats-Unis en charge de la recherche et du développement des nouvelles technologies à usage militaire. Cette dernière l’avait rejeté pour des raisons de sécurité.

    Le projet qui aurait été soumis par EcoHealth Alliance (une organisation dont la mission déclarée est de protéger les personnes, les animaux et l’environnement contre les maladies infectieuses émergentes) prévoyait de s’étaler sur trois ans et demi, en collaboration avec l’Institut de virologie de Wuhan, et s’intitulait Project Defuse. Il visait, d’après le document révélé, à libérer des particules provenant de coronavirus de chauve-souris et contenant de « nouvelles protéines à pointes chimériques » dans des grottes de chauves-souris issues de la province chinoise du Hubei, qui abrite la capitale Wuhan. L’objectif était, selon le projet présenté, d’étudier et de prévenir la transmission à l’homme.
    Le rôle ambigu de Peter Daszak, président d’EcoHealth Alliance

    Les documents (obtenus d’un informateur anonyme) ont été publiés mi-septembre par Drastic (acronyme signifiant en français « Equipe de recherche autonome radicale décentralisée enquêtant sur le Covid-19 »), un collectif international d’une trentaine de scientifiques pluridisciplinaires qui estime que le rapport de l’OMS sur l’origine du virus, publié en mars 2021, n’a pas été réalisé en toute indépendance. Pour rappel, celui-ci privilégiait l’hypothèse d’une transmission accidentelle du virus à l’homme par l’intermédiaire d’un animal.

    Selon The Daily Telegraph, les documents publiés par Drastic auraient été qualifiés d’authentiques par un ancien membre de l’administration Trump.

    « Nous introduirons des sites de clivage adéquats spécifiques à l’homme », y écrivent les chercheurs pour présenter ce projet qui visait à faciliter la pénétration du virus dans les cellules humaines. Plus précisément des « sites de clivage de furine », insérés dans la protéine spike de coronavirus cultivés en laboratoires, une particularité jamais observée auparavant dans la famille des Sars-CoV (le type de virus qui cause entre autres le Covid-19) et qui accroît leur transmissibilité à l’homme.

    Si ces nouveaux éléments ne suffisent pas à valider l’hypothèse d’une origine non-naturelle du virus, le refus des autorités américaines de valider le financement de cette recherche ne rend pas non plus cette théorie caduque. « Ne reste plus désormais qu’à savoir si les scientifiques chinois [du laboratoire de Wuhan] ont tout de même réalisé une partie du projet, même sans les fonds de l’armée américaine », se demande ainsi Le Point dans un article relatant la publication des documents de Drastic. L’hebdomadaire français pointe du doigt notamment le rôle ambigu du président d’EcoHealth Alliance, Peter Daszak, de nationalité britannique et américaine, qui avait porté en son nom en 2018 la demande de l’ONG auprès de la défense des Etats-Unis.

    The Intercept avait déjà révélé avec d’autres médias que l’Institut national de la santé américain avait accordé à EcoHealth Alliance un total de 3,1 millions de dollars, dont près de 600 000 dollars utilisés en partie pour « identifier et modifier les coronavirus de chauve-souris susceptibles d’infecter les humains » en collaboration avec le laboratoire de Wuhan. La polémique avait alors poussé l’administration Trump, qui accusait la Chine de cacher l’origine du virus, à couper le financement de l’ONG.

    En réaction, 77 Prix Nobel avaient signé en mai 2020 une lettre ouverte défendant l’organisation de Peter Daszak et dénonçant un « dangereux précédent d’interférence dans la conduite de la science ». Dans la foulée, Daszak avait été choisi pour siéger à la commission de la revue The Lancet sur l’origine de la pandémie et pour participer à la mission conjointe de l’OMS à Wuhan, qui a abouti au rapport contesté par le collectif Drastic.

    Certaines personnes aux Etats-Unis ne sont pas contentes, et elles l’ont fait fuiter

    Or Peter Daszak aurait dès le début de la pandémie activement œuvré pour assimiler toute hypothèse d’une origine non-naturelle du Covid-19 à une théorie du complot. The Lancet a en effet publié, mi-février 2020, une « déclaration de soutien » aux médecins et chercheurs chinois, condamnant les « théories du complot qui suggèrent que le Covid-19 n’a pas une origine naturelle ». Un texte signé par une vingtaine de grands scientifiques internationaux, mais qui aurait été intégralement rédigé par Peter Daszak, selon l’ONG luttant pour la transparence dans la communauté scientifique, US Right to Know (USRTK). En novembre, l’organisation avait rendu publics des e-mails de février 2020 montrant que le scientifique anglo-américain était l’auteur du texte, qu’il s’était toutefois gardé de signer lui-même. « Peter Daszak a arrangé la tribune publiée par The Lancet », a explicitement accusé dans Le Point Gary Ruskin, le fondateur de USRTK.

    Peter Daszak n’a par ailleurs pas remis en cause l’authenticité des documents qui viennent d’être publiés par le collectif Drastic, remarquant le 18 septembre sur Twitter la « mauvaise interprétation d’une communication scientifique usuelle ». Mais, comme le souligne The Intercept, ces derniers ne présentent pour autant aucune preuve concluante pour étayer la théorie contestée selon laquelle le virus aurait été fabriqué in vitro. Toutefois, Gilles Demaneuf, un ingénieur français basé en Nouvelle-Zélande membre de Drastic, a estimé que si son collectif a pu révéler le Project Defuse, ce n’est pas un hasard : « Certaines personnes aux Etats-Unis ne sont pas contentes, et elles l’ont fait fuiter », a-t-il relevé dans Le Point.

  • “Coronation”, d’Ai Weiwei : “Mon film montre l’étendue du contrôle des mentalités en Chine”
    https://www.telerama.fr/ecrans/coronation-dai-weiwei-mon-film-montre-letendue-du-controle-des-mentalites-e

    Vidéaste, architecte, sculpteur, blogueur, photographe, documentariste… Touche-à-tout, Ai Weiwei s’impose comme l’artiste dissident chinois le plus connu au monde. Il en a payé le prix : régulièrement menacé dans son pays, emprisonné quatre-vingt-un jours pour avoir, entre autres, dénoncé la corruption des autorités locales après le tremblement de terre du Sichuan, il a fini par quitter la Chine il y a six ans pour l’Europe, d’où il continue à défendre les droits humains à travers un art contestataire multiforme.
    Après Human Flow, sorti dans les salles françaises en 2017, qui dénonce le sort réservés aux migrants, il propose un documentaire sur le confinement à Wuhan, entre janvier et avril 2020, grâce aux vidéos envoyées par des activistes sur place. Visible sur Explore, la nouvelle plateforme d’Apple TV+, lancée ce jeudi 18 mars (1), Coronation explore, à travers des images chocs, inédites, le quotidien étouffant et ultra contrôlé des habitants, la gestion high-tech de la pandémie de Covid par les autorités. Depuis les environs de Lisbonne, où il vit désormais, le plasticien de 63 ans nous a parlé du film, de ce qu’il révèle de l’évolution de son pays, et partage ses indignations d’artiste en exil.

    Pourquoi vous êtes-vous installé au Portugal ?
    J’avais besoin de trouver un endroit ensoleillé et connecté à la nature. Après avoir dû quitter Pékin, je me suis d’abord installé pendant quatre ans à Berlin, où j’ai enseigné à l’université des Arts, mais cela ne me convenait pas, je n’aimais pas cette ville. Mon fils étudiait en Angleterre, à Cambridge, j’y ai donc ensuite vécu un moment, mais j’ai développé une allergie à l’enseignement et l’environnement académiques. J’habite désormais en dehors de Lisbonne, où je me suis construit un atelier. J’essaie de m’installer vraiment, après soixante-trois ans passés à vivre quasiment comme un SDF parce que mon pays ne m’a jamais accepté.

    Pourquoi, et dans quelles conditions, avez vous décidé de réaliser Coronation ?
    Pour comprendre ma démarche, il faut rappeler qu’en 2003 déjà, lorsqu’est survenue l’épidémie de Sras, j’avais réalisé un court-métrage sur le sujet, Eat, Drink, and be Merry. Cela m’a préparé à ce qui se passe aujourd’hui, car l’histoire se répète : les autorités commencent par cacher, museler l’information, ce qui leur permet de maintenir une prétendue stabilité, mais surtout de conserver leur pouvoir. Au moment du confinement, j’avais de nombreux contacts à Wuhan : des artistes, des activistes, des familles, des patients dans les hôpitaux qui, tous, se sont retrouvés dans une ville verrouillée, où ceux qui ne suivent pas les consignes peuvent se retrouver en garde à vue. Je leur ai proposé de filmer le quotidien de plusieurs habitants, et certains ont commencé à prendre des images, de manière clandestine, avec leur smartphone. Tous les jours, je collectais les séquences qu’ils m’envoyaient par Internet. C’était choquant d’être immergé, à travers leurs yeux, au cœur de cette situation dramatique.

    https://www.youtube.com/watch?v=CA0Hzkbkg78

    Vos preneurs d’images ont-ils pris de gros risques ?
    Paradoxalement, le tournage était à la fois difficile et facile pour eux. Le fait de porter un masque les rendait moins repérables. Et face au danger de l’épidémie, à la mort, à la maladie, les autorités devaient gérer l’urgence, et finalement personne ne prêtait vraiment attention aux personnes qui filmaient.

    Dans ce documentaire, vous montrez à la fois l’efficacité des méthodes chinoises – surtout comparée à la France à la même période – et le côté inhumain, la manière dont le gouvernement a écrasé les individus comme un rouleau compresseur.
    Davantage que développer une argumentation théorique sur les responsabilités ou les causes du virus – ce qui dépasse mes compétences –, j’ai cherché à mettre en évidence le fonctionnement de ce capitalisme autoritaire, à travers des expériences personnelles. Par exemple, l’un des protagonistes essaie de récupérer les cendres de son père, décédé du Covid à l’hôpital. Or les autorités l’empêchent de le faire sans être accompagné d’un membre du parti communiste. Comment gérer cette situation, lorsqu’on est privé d’intimité ? Le film révèle à quel point le contrôle social, le contrôle des mentalités est fort en Chine. Vous ne pouvez pas vivre votre peine en privé. Au contraire, on vous incite à « célébrer » votre chagrin à travers la fidélité au parti. Prendre part à cette grande et puissante machine représente, là-bas le plus grand honneur, la gratification suprême.

    Coronation éclaire la raison pour laquelle la Chine est si puissante : le pays est constitué de 1,4 milliard d’êtres humains qui restent unis grâce à un intense lavage de cerveau. Les citoyens ne débattent pas, ne discutent pas des droits de l’homme ni de la liberté d’expression. Même les jeunes générations ! Dans une scène, on les voit, en pleine pandémie, lever le poing devant le drapeau, et prêter serment en disant qu’elles sont prêtes à obéir, protéger le parti, se sacrifier pour lui, et garder ses secrets. Mais de quels secrets parle-t-on ? Et pourquoi faut-il garder des secrets ? Ce genre de manifestation montre que personne ne remet en cause l’autorité.

    Un an après, que sont devenus les protagonistes et les preneurs d’images de Coronation ?
    Les personnes qui ont filmé n’ont pas été inquiétées. Concernant celles qu’on voit à l’écran, je n’ai le droit de parler que de deux d’entre elles. La première était un ouvrier qui faisait partie des volontaires venus construire les hôpitaux provisoires à Wuhan. Il s’est retrouvé enfermé dans la ville, sans ressources, et a dû vivre dans un parking insalubre pendant plusieurs mois. Une fois rentré chez lui, il n’a pas pu payer les traites de sa voiture, s’est retrouvé dans une totale détresse financière. Un jour, il a rempli le réservoir, il a lavé la voiture, et s’est pendu à un arbre. Cet homme, très doux, timide, a fait partie de ceux qui ont aidé à juguler la pandémie, et n’y a gagné que de la souffrance. C’est une tragédie…

    https://www.youtube.com/watch?v=uL4X26wEDQw

    Quant à celui qui voulait récupérer, seul, les cendres de son père, il n’a toujours pas réussi à le faire. De nombreuses personnes qui, comme lui, ont contesté cette immixtion de l’État dans leur intimité se sont retrouvées dans la même situation de blocage, de deuil impossible.

    Comment le gouvernement chinois a-t-il réagi vis-à-vis du film ?
    La police secrète a contacté ma mère pour dire que le film était problématique. Mais après l’avoir vu les autorités semblent l’avoir trouvé plutôt honnête, et visiblement elles ne sont pas très en colère. Alors que la Chine est constamment pointée du doigt par l’opinion publique, Coronation ne cherche pas de coupables. Moi-même, le film ne me paraît pas si critique. Il révèle les difficultés liées à la pandémie, plutôt que les responsabilités.

    Un an après, Wuhan est devenu la vitrine du triomphe chinois sur le virus, et les opérations de propagande se sont multipliées. Que pensez-vous de la situation actuelle ?
    D’un point de vue purement sanitaire, la Chine peu se féliciter d’avoir effectivement géré la crise. D’une certaine manière, cette pandémie lui a permis de prouver à son peuple qu’avec son régime autoritaire, elle a fait mieux que les États-Unis, le Royaume-Uni, ou l’Allemagne. Aujourd’hui, non seulement elle prétend mieux protéger la vie des gens, mais se révèle aussi de plus en plus confiante et décomplexée dans la manière dont elle les contrôle. En instaurant notamment un « QR code », une carte de santé qui enregistre n’importe quelle activité : où vous êtes, à qui vous parlez, ce que vous achetez… Cette mainmise totale sur les individus est visiblement acceptée, car l’on constate que la population est de plus en plus nationaliste.

    Plus généralement, si on compare avec la période du Sras, la Chine est plus arrogante. Elle comprend mieux la manière dont fonctionne le capitalisme occidental et maîtrise le jeu des grandes puissances. Elle sait qu’elle va être la seule susceptible de profiter économiquement de ce désastre mondial, grâce à sa gestion par le parti unique. Tout le monde obéit au même leader, la nation parle d’une seule voix. De ce point de vue, l’Occident, où les politiciens ont tous des intérêts divergents, servent les intérêts des grandes compagnies, ne peut rivaliser. Surtout dans un moment où de nombreux pays connaissent une crise dans leur propre démocratie.

    Vous avez expliqué, dans le journal La Croix, que la situation en Chine et l’autoritarisme étaient en train de contaminer le monde entier, à cause de la pandémie.
    Il me semble que, même au-delà de la pandémie, les pays occidentaux ont, depuis un moment, de plus en plus de mal à défendre leurs propres valeurs. À mon sens, ils sont hypocrites : ils dénoncent les atteintes à la démocratie, aux droits de l’homme, tout en flattant les autorités chinoises. Rappelez-vous ce moment où, en 2018, votre chef de l’État, Emmanuel Macron, a offert un cheval au président chinois Xi Jinping [lors d’une visite d’État en Chine où des accords commerciaux et de coopération devaient être signés, ndlr]. Quant aux Allemands, ils ont un lien très fort avec la Chine. L’Allemagne ne la critique jamais, et n’a jamais dénoncé la situation au Xinjiang, la région autonome où sont persécutés les Ouïghours… En fait, vos dirigeants admirent la Chine, et la trouvent formidable !

    D’après vous, c’est justement parce qu’aucun pays ne veut fâcher la Chine que Coronation n’a pas pu être montré dans les festivals…
    Nous avons essayé de présenter le film à Venise, à Toronto, à New York. Il a été refusé partout, alors que les retours critiques étaient bons, et qu’il s’agit du premier documentaire indépendant sur le sujet. Il faut comprendre que dans tous ces festivals la Chine représente le marché le plus important. C’est un secret de polichinelle de le dire : aucun pays ne sacrifierait son business, ses intérêts, pour un film comme Coronation… Il suffit de voir comme Hollywood essaie de pénétrer le marché chinois ! L’industrie du cinéma ferait n’importe quoi pour tirer profit de cette manne.

    En tant qu’artiste, pensez vous que la pandémie est en train de changer quelque chose dans la manière de créer, autant en Chine qu’en France ?
    En Chine, pandémie ou non, il n’y a rien qui puisse réellement être qualifié d’art, parce que la censure, en empêchant la liberté, bride aussi l’imagination et le courage. Bien sûr, de bons artistes existent, mais ils ne peuvent pas réellement s’exprimer. De nombreux travaux sont produits, mais ils sont « fake », car en réalité, la population est trop occupée à lutter pour sa survie. Quant à la culture occidentale, je la trouve très indulgente avec elle-même. Elle a créé un marché énorme, sur lequel les œuvres se vendent à un prix astronomique, mais en réalité elle évite de questionner ses propres valeurs. Dans ces conditions, j’estime que l’art occidental est, en partie, corrompu. À l’époque des surréalistes, des artistes comme Picasso, ou Duchamp n’étaient pas seulement des « faiseurs », mais aussi, à leur manière, des philosophes. Mais les artistes d’aujourd’hui ne touchent pas aux vrais problèmes, comme la pandémie, les sujets politiques, la liberté d’expression. Et très peu mettent en cause leur propre gouvernement. Ils se pensent libres, mais c’est un mensonge. Ils ne peuvent pas l’être s’ils ne se battent pas.

    Étant perpétuellement connecté aux problèmes de votre temps, vous n’imaginez pas que l’art soit dénué de contenu politique…
    À partir du moment où vous vivez dans une société et une période données, votre travail est supposé refléter les joies et les peines de votre époque ! Pour moi, séparer les questions politiques et les questions esthétiques est totalement absurde. L’éducation artistique occidentale me paraît à cet égard, problématique. J’ai été professeur d’art en Allemagne, et je trouvais les étudiants paresseux. Ils ne ressentent aucune urgence, parce qu’ils ont une vie confortable, une bonne protection sociale. il y a beaucoup de choses pour lesquelles ils n’ont pas à faire d’effort, et cela n’encourage pas l’esprit critique.

    Vous dites tout cela cela ça mais, dans les pays occidentaux, votre travail est accepté et très reconnu…
    Ce n’est pas tout à fait vrai. Allez dans des musées les plus importants, et demandez-leur s’ils ont une seule œuvre d’Ai Weiwei ! Certaines de mes pièces ont été exposées au Mucem à Marseille, ou au Bon Marché à Paris, j’ai eu droit à une exposition au Jeu de Paume, mais jamais, par exemple, dans des institutions comme le Centre Pompidou. Ce n’est pas grave, et ne me pose pas vraiment de problème. Même si mon père, qui était poète, adorait Paris et la France, où il a fait son éducation dans les années 30. Mais c’était une époque différente…

    Vous semblez porter un regard très négatif sur l’époque dans laquelle vous vivez.
    Je pense au contraire que nous vivons une période fascinante. D’une part, je me sens très chanceux, d’avoir vécu sous le régime autoritaire chinois, puis d’avoir expérimenté le capitalisme à New-York, pendant douze ans lorsque j’étais jeune, et maintenant d’habiter en Europe, d’être toujours vivant, et de continuer à me faire entendre. Par ailleurs, notre courte vie se situe à un moment où elle peut s’étendre à l’infini, grâce aux possibilités offertes par Internet et les réseaux sociaux. Nous vivons dans un système global, qui permet d’avoir conscience de nombreuses situations, de parler de problèmes qui surviennent partout dans le monde, et c’est une première dans l’histoire de l’humanité…

    Aujourd’hui, pouvez-vous retourner en Chine ? Quels sont vos liens avec le pays ?
    Je peux m’y rendre, en revanche, je ne sais pas si je pourrais en sortir. Si j’étais sûr de pouvoir y être en sécurité, j’irais demain, mais ce n’est pas le cas. Tout ce que je peux dire, c’est que pour l’instant, la Chine me laisse tranquille, ainsi que ma famille qui vit toujours là bas. Par ailleurs, je conserve un lien artistique avec le pays. J’y maintiens une activité à travers un atelier de création, mais je ne peux pas trop en parler…

    Vous vivez aujourd’hui dans une ville qui commence tout juste à réouvrir certains lieux après deux mois de confinement. Comment l’avez-vous vécu ?
    Mon existence entière a été confinée, alors je suis habitué ! Lorsque j’étais enfant, ma famille a été envoyée dans un camp de rééducation dans le Xinjiang [en 1958, son père, considéré comme « droitier », a été déporté dans cette région de l’ouest de la Chine, où se trouvent aujourd’hui les camps de concentration des Ouïghours, ndlr]. C’est l’histoire de ma vie ! Le confinement, en fait, me correspond assez bien. Je ne vois pas grand monde. Ici mes amis sont trois chats, un chien et un cochon sauvage. J’ai un voisin, chez qui je vais parfois boire un verre. Je mène une vie tranquille, authentique, et cela me va !

    (1) Une nouvelle offre de vidéo par abonnement dédiée au documentaire, disponible sur l’application Apple TV+, et visible en France, Suisse, Belgique et au Luxembourg. Abonnement : 3,99 €/mois.

    À voir
    on aime beaucoup Coronation, d’Ai Weiwei. Sur Explore.

    Hélène Marzolf

    #Chine #Wuhan #SARS-CoV2 #pandémie #censure #capitalisme_autoritaire

  • Origines du #Covid-19 : la piste d’une fuite du laboratoire de Wuhan relancée, la Chine aux abois - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2021/03/15/origines-civd-19-piste-fuite-laboratoire-wuhan-relancee-chine-aux-abois

    Qu’on se souvienne, il y a un peu plus d’un an, de ces images de pangolins malades, d’animaux sauvages vendus sur les étals du marché humide de #Wuhan, de quelques chauves-souris égarées. Un scénario qui a longtemps masqué l’origine véritable du virus. Pour lancer la contre-attaque, la propagande de Pékin en était arrivée à accuser l’armée américaine d’être responsable de la contamination à Wuhan lors de Jeux militaires mondiaux organisés dans la ville en octobre 2019. Début septembre dernier, des médias officiels chinois avaient même diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo évoquant « 200 mystérieux laboratoires de biosécurité mis en place par l’armée américaine tout autour du monde », susceptibles d’avoir laissé s’échapper le nouveau coronavirus. Puis elle était passée à une thèse tout aussi improbable de produits surgelés importés de l’étranger.
    La réalité est, bien entendu, à chercher ailleurs. Une piste devient de plus en plus crédible, mais que les autorités chinoises cherchent par tous les moyens à étouffer : celle de la contamination d’ouvriers en 2012 dans une mine du Yunnan qui aurait ensuite circulé à bas bruits jusqu’à ce qu’une éminente chercheuse chinoise ne ramène le virus au laboratoire P4 de l’Institut de virologie de Wuhan. Y a-t-il eu un accident et le virus se serait-il échappé du laboratoire ?

    #pandémie #accident_de_recherche #Chine #culture_du_silence

    • Hmmm ? Plus de stéréotypes que de faits ? Regardons ça de plus près :

      Regardons plus attentivement cette piste menant du Yunnan à l’Institut de virologie de Wuhan. Un article très documenté publié le 22 décembre par Le Monde explique la séquence. Le 25 avril 2012, un homme de 42 ans est admis à l’hôpital de Kunming, la capitale provinciale du Yunnan, à quelque 1 500 km au sud-ouest de Wuhan. Il est sujet à une toux persistante depuis deux semaines, souffre d’une forte fièvre et surtout d’une détresse respiratoire qui s’aggrave. Le lendemain, trois autres patients, âgés de 32 à 63 ans, frappés de symptômes semblables, sont admis dans le même établissement. Le surlendemain, un homme de 45 ans y est à son tour hospitalisé. Un sixième, 30 ans, les rejoint une semaine plus tard.
      Tous partagent plus ou moins les mêmes symptômes de pneumonie sévère. Leurs scanners thoraciques indiquent une atteinte bilatérale des poumons, avec des opacités en verre dépoli, qui sont aujourd’hui reconnues comme relativement caractéristiques du Covid-19, bien que non spécifiques. Trois d’entre eux présentent des signes de thrombose, une obstruction des vaisseaux là encore assez typique des complications du nouveau coronavirus.
      Tous ont en commun d’avoir travaillé dans une mine désaffectée à Tongguan, dans le canton de Mojiang. Une mine peuplée de plusieurs colonies de rhinolophes – dites « chauves-souris fer à cheval » – où les six hommes ont passé jusqu’à deux semaines à cureter les galeries du guano des mammifères volants. Trois d’entre eux meurent à l’hôpital, après respectivement douze, quarante-huit et cent neuf jours d’hospitalisation. Les deux plus jeunes en réchappent après un séjour de moins d’une semaine, tandis qu’un autre, âgé de 46 ans, ne sortira de l’hôpital de Kunming que quatre mois après son admission.
      Or ce coronavirus du Yunnan, l’institut de virologie de Wuhan en a collecté des échantillons dès 2012. Une information confirmée par la direction du laboratoire dans un article publié par la revue Nature le 17 novembre dernier. Que s’est-il passé depuis ? Pékin garde le silence le plus absolu sur cette piste et la mine en question est aujourd’hui hermétiquement fermée, maintenue soigneusement à l’écart des regards indiscrets. La culture du silence et de la dissimulation du gouvernement chinois une nouvelle fois mise en lumière, mais cette fois-ci sur un sujet planétaire. Des équipes de journalistes étrangers ont été chassées sans ménagement par des villageois en colère tandis que des caméras ont été installées à l’entrée de la mine et que des barrages routiers bloquent tout passage sur les voies d’accès au site.

  • A Year Later, Wuhan, the First Post Coronavirus Pandemic City - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2021/01/22/world/asia/wuhan-china-coronavirus.html

    Le retour de Wuhan à la vie. Avec de magnifiques photos de Gilles Sabrié prises ce mois de janvier 2021.

    Pour mémoire, Gilles Sabrié est le photographe qui a réalisé le portfolio inclu dans le livre « Red Mirror : l’avenir s’écrit en Chine » de Simone Pieranni (C&F éditions, février 2021).

    The long months of harsh lockdown have faded from view in Wuhan, the first city in the world devastated by the new coronavirus. As residents look to move on, they cite a Chinese saying that warns against “forgetting the pain after a scar heals.”

    To many in this central Chinese city, the saying sums up a temptation to let go of the bad memories while reveling in the recovery. To families grieving in the shadows, it means the danger of hastily forgetting without a public reckoning for the lives needlessly lost.

    A year ago when Wuhan shut down, it offered the world a forewarning about the dangers of the virus. Now, it heralds a post-pandemic world where the relief at unmasked faces, joyous get-togethers and daily commutes conceals the emotional aftershocks.

    In Wuhan, residents savor ordinary pleasures that a year ago became forbidden hazards, like strolling along the historic Jianghan shopping street. Office workers jostle for seats on the subway, which was shut throughout the lockdown. Riverside restaurants, karaoke bars and music clubs are a hubbub of conversation and song that was unthinkable last year, and remains unthinkable for much of the world still in the grips of the pandemic.

    Wuhan’s experience will echo in New York, New Delhi, Rio de Janeiro and other hard-hit places as they eventually recover. All have families marooned in grief and anger about deaths they say were avoidable. All have restaurants and shops, the livelihood of millions, struggling to survive. All have cemeteries that swelled in the past year.

    Wuhan still has not released statistics for cremations in the first quarter of last year, many months after they would normally be reported. Writers and independent journalists who even mildly challenge the glowing official accounts of Wuhan’s crisis have been vilified in Chinese media, detained or even imprisoned.

    “It has always been this way in China. How many tens of millions died in the Great Leap famine? How many in the Cultural Revolution,” says Ai Xiaoming, a retired professor in Wuhan who, like quite a few residents, kept an online diary about the lockdown. “Everything can be forgotten with the passage of time. You don’t see it, hear it or report it.”

    Many in Wuhan now embrace the version of events offered by the Chinese government, and say that their “city of heroes” waged a proud fight against a virus that has gone on to humble wealthier countries. Some residents view the early failures in a more forgiving light, after seeing the trail of calamities in the United States and other democracies.

    Like survivors of an earthquake, some in Wuhan are nervous that the crisis could return.

    Many on the streets have continued wearing masks over the past year. Face coverings were less common in the rest of the country until a spate of small outbreaks in recent weeks.

    “When I accept food deliveries at the door of my home, I wear a double-layer mask,” says Zhang Yongfang, a 68-year-old retired math teacher who fondly remembers a retired co-worker who died with a high fever.

    Wuhan has stiffened back into greater vigilance recently, as other parts of China face flare-ups of infections. Signs urge residents to watch for symptoms, avoid travel over the coming Lunar New Year, and refrain from sharing food.

    Infrared monitors scan stores and hotels, displaying spectral images of shoppers and guests as temperature blobs. Checkpoints, in varying states of alertness, stand ready to register visitors and scan for fever.

    #Chine #Wuhan #Gilles_Sabrié #Covid

  • La Chine bloque l’enquête de l’OMS sur les origines du SARS-CoV-2
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/07/la-chine-bloque-l-enquete-de-l-oms-sur-les-origines-du-sars-cov-2_6065473_32

    Les dix experts-enquêteurs internationaux n’ont toujours pas reçu les autorisations pour entrer sur le territoire chinois. La Chine ne semble pas disposée à laisser l’Organisation mondiale de la santé (OMS) enquêter sur l’origine du SARS-CoV-2. Alors qu’une équipe internationale de dix scientifiques était, mardi 5 janvier, en route pour Pékin, certains de ses membres avaient encore des « problèmes de visas ». « Aujourd’hui, nous avons appris que les responsables chinois n’ont pas encore finalisé les autorisations nécessaires à l’arrivée de l’équipe en Chine », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les silences de la Chine, un virus repéré dès 2013, la fausse piste du pangolin... Enquête sur les origines du SARS-CoV-2 « Je suis très déçu de cette nouvelle, étant donné que deux membres avaient déjà commencé leur voyage et que d’autres n’ont pas pu voyager à la dernière minute », avait ajouté le diplomate, pourtant considéré depuis le début de la crise comme proche de Pékin. Mercredi 6 janvier, Pékin a pourtant confirmé que le problème n’était pas qu’administratif. « La recherche de la source est très compliquée. Pour assurer le bon déroulement des travaux du groupe international d’experts en Chine, les procédures nécessaires doivent être respectées et des arrangements spécifiques pertinents doivent être pris. A l’heure actuelle, les deux parties sont en cours de négociation à ce sujet », a déclaré Hua Chunying, porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois.
    La désignation des dix experts-enquêteurs avait déjà été au centre d’intenses tractations entre Pékin et l’OMS. La Chine avait déjà obtenu de coopter les scientifiques en question et de restreindre leur marge de manœuvre. En particulier, les termes de l’accord conclu entre la Chine et l’organisation onusienne stipulent que leur enquête « s’appuiera (…) sur les informations existantes et viendra compléter, plutôt que dupliquer, les efforts en cours ou existants ». Les enquêteurs de l’OMS devront donc se fonder, au moins en partie, sur des travaux déjà conduits sous l’égide de Pékin, sans être habilités à reproduire eux-mêmes certaines analyses.
    Une grande part de leur travail sera d’identifier le « chaînon manquant » ayant permis le passage du SARS-CoV-2, le virus à l’origine de la pandémie de Covid-19, de son réservoir naturel – une espèce de chauve-souris rhinolophe – à l’homme. Les chercheurs s’interrogent en particulier sur l’espèce animale ayant pu servir de « tremplin biologique » vers les humains. Cependant, des membres de la mission cités dans la presse scientifique ont déclaré que toutes les hypothèses seraient considérées, suggérant à mots couverts qu’une erreur de manipulation intervenue dans l’un des laboratoires de virologie de Wuhan n’était pas exclue.« Les études préliminaires n’ont pas généré de pistes crédibles permettant de restreindre le domaine de recherche, lit-on dans le mémo de cadrage de l’enquête internationale. Les études se concentreront donc sur l’élaboration de plans d’étude complets pour aider à générer des hypothèses sur la façon dont l’épidémie a pu commencer à Wuhan. » Mais plus le temps passe, moins la Chine accepte d’être désignée comme étant le pays à l’origine du virus

    #Covid-19#migrant#migration#chine#wuhan#mondialisation#circulation#virus#santé#pandemie#oms#circulationctherapeutique#expert

  • Covid, capitalisme, grèves et solidarité
    Entretien avec la revue Chuang

    https://lavoiedujaguar.net/Covid-capitalisme-greves-et-solidarite-Un-entretien-avec-la-revue-Ch

    http://chuangcn.org/2020/11/interview-with-asia-art-tours

    https://dndf.org/?p=19155

    La Chine est une société capitaliste dirigée par une classe capitaliste et animée par des impératifs capitalistes, indépendamment de ce que les politiciens de droite pourraient dire du contraire. Donc « le gouvernement » qui, en Chine, signifie une alliance assez bien organisée de toutes les fractions dirigeantes de la classe capitaliste, doit servir avant tout les besoins de l’accumulation. Tout le reste est secondaire.

    Cela dit, nous pouvons bien sûr tirer ici des leçons importantes sur la façon dont l’État chinois a traité ses problèmes de faible capacité. Dans le passé, il a été extrêmement difficile pour l’État d’obtenir que son autorité « descende jusqu’au niveau local ». Dans de nombreux cas, cela s’est traduit par une dévolution du pouvoir au niveau local à assez long terme. Cela a été particulièrement vrai dans les villages, où la commercialisation s’est accompagnée du retrait de la surveillance directe, ainsi que de l’apparition de toutes sortes de nouvelles autorités gouvernementales locales balkanisées. Mais cela signifie aussi que ces zones ont vu l’apparition de nouveaux mécanismes hybrides de gouvernement local, comme le comité des villageois, qui est techniquement élu mais tend en pratique à être dominé par les élites locales, souvent organisées par des associations de lignée en collaboration avec les branches locales du PCC — souvent ces associations ont commencé à entrer simultanément dans les comités locaux et les branches locales du PCC. Dans les zones urbaines, il existe un mécanisme équivalent, connu sous le nom de comité résident, qui est officiellement le niveau le plus bas de l’administration de l’État dans les villes (...)

    #Chine #capitalisme #État #nation #Covid-19 #Wuhan #États-Unis #solidarité #Hongkong

  • Après le virus, Wuhan revient doucement à la vie - Libération
    https://www.liberation.fr/planete/2020/10/19/apres-le-virus-wuhan-revient-doucement-a-la-vie_1802857

    Désormais tristement associée au Covid-19, la mégalopole tente d’attirer à nouveau les touristes chinois bloqués sur le territoire, notamment en rendant gratuits ses sites touristiques et en relâchant les contraintes sanitaires. Mais dans la ville d’où est parti le virus, le traumatisme reste profond.On entre à Wuhan comme dans un moulin. A l’aéroport international de Tianhe, deux gardes sont bien chargés de vérifier si les QR codes des passagers sont verts, la condition pour pouvoir passer, mais les hommes en uniforme semblent plus intéressés par leur propre smartphone que par celui des touristes qui se ruent de nouveau dans la capitale du Hubei, signe de la décontraction qui règne dans la mégalopole.Même relâchement dans les rues où 40 000 drapeaux chinois flottent dans le ciel en hommage aux 40 000 membres du personnel hospitalier qui ont afflué vers Wuhan au plus fort de l’épidémie cet hiver. Un fanion rouge et jaune est aussi accroché au rétroviseur d’un chauffeur de taxi, qui tombe le masque pour s’allumer une cigarette. « Vous êtes dans la ville la plus sûre du monde »

    #Covid-19#migrant#migration#chine#wuhan#sante#economie#circulation#tourisme

  • La Ministre des Armées a menti : les militaires de retour de #Wuhan n’avaient pas été #Testés
    https://www.les-crises.fr/la-ministre-des-armees-a-menti-les-militaires-de-retour-de-wuhan-navaient

    Mardi 22 septembre, la ministre des Armées a finalement reconnu que les militaires envoyés à Wuhan n’avaient pas subi un test à leur retour de mission. Un aveu qui contredit ses affirmations de mars dernier. Lors de son audition devant la commission d’enquête du Sénat sur la Covid-19, interrogée par le sénateur LR de l’Oise […]

    #Politique #Creil #Politique,_Creil,_Test,_Wuhan

  • Richard Horton, patron du « Lancet » : « Le Covid-19 montre une faillite catastrophique des gouvernements occidentaux »

    Dans un livre publié au Royaume-Uni, le rédacteur en chef de la revue médicale dénonce l’impéritie de nombreux pays face à la menace pourtant annoncée de la #pandémie. Il revient sur la rétractation récente d’une étude publiée dans ses colonnes.

    Richard Horton est une figure incontournable de l’édition scientifique. Patron depuis un quart de siècle du journal médical britannique The Lancet, il vient de publier un ouvrage dans lequel il dénonce la faillite des exécutifs occidentaux face à la pandémie ( The COVID-19 Catastrophe : What’s Gone Wrong and How to Stop It Happening Again , Polity, non traduit).

    Dès janvier, le Lancet avait publié cinq articles qui permettaient d’appréhender ce qui attendait la planète si rien n’était entrepris pour contrer la diffusion internationale du SARS-CoV-2. Plus récemment, sa revue a elle-même été mise en cause pour avoir publié un article qui mettait en évidence une surmortalité chez les patients hospitalisés pour Covid-19 et traités à l’#hydroxychloroquine ; avant de devoir rétracter cette étude, faute d’avoir pu accéder aux données fournies par une obscure société américaine, Surgisphere. Richard Horton tire aussi les leçons de cet épisode.

    Vous venez de publier un livre dans lequel vous êtes très sévère sur la façon dont la pandémie a été gérée, en particulier dans votre pays, le Royaume-Uni…

    La raison pour laquelle mes mots sont durs, c’est que nous avons publié à la fin du mois de janvier dans le Lancet cinq articles qui décrivaient parfaitement cette nouvelle maladie pour laquelle il n’y avait ni traitement ni vaccin, qui présentait une assez forte mortalité, et qui se transmettait entre humains.

    Pour reprendre les mots de Gabriel Leung (université de Hongkong), « ce mode de transmission indiquait une forte probabilité de pandémie mondiale ». On savait tout cela le 31 janvier. La veille, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclaré une urgence de santé publique de portée internationale.

    Et, pendant les six semaines qui ont suivi, la plupart des pays occidentaux n’ont absolument rien fait. C’est une erreur impardonnable.

    La question est : pourquoi le président [français Emmanuel] Macron, le président [du Conseil italien Giuseppe] Conte, pourquoi le premier ministre [britannique Boris] Johnson, pourquoi le président [américain Donald] Trump n’ont-ils rien fait ? Ne comprenaient-ils pas ce qui se passait en Chine ? Ne croyaient-ils pas les Chinois ? N’ont-ils pas demandé à leurs représentations diplomatiques à Pékin d’enquêter ? Je ne comprends pas. Les preuves étaient très claires, dès fin janvier. Donc je pense que les politiciens vont devoir s’expliquer.

    Et ce n’est pas correct de blâmer l’OMS ou la Chine, comme le font Johnson ou Trump, dans une mystérieuse théorie du complot. L’OMS et la Chine ont expliqué dès janvier ce qui était en train de se passer. Mais il y a une défaillance systématique des gouvernements occidentaux qui n’ont pas pris ces messages au sérieux. Etait-ce du #racisme envers les Chinois ? C’est une faillite catastrophique des exécutifs occidentaux. Cette pandémie est un désastre que nous avons nous-mêmes créé.

    Des commissions d’enquête parlementaires ont-elles été mises en place au Royaume-Uni afin d’évaluer la gestion de la pandémie par le gouvernement ?

    Non. La France a un temps d’avance sur nous. Nos politiciens nous disent que ce n’est pas le bon moment. Ce que je trouve dément. Si nous avons une seconde vague plus tard cette année, nous ferions mieux d’avoir tiré les leçons de notre mauvaise gestion de la première.

    Nous devons être très clairs à ce sujet. Je ne veux blâmer aucun individu. Il n’y a pas une personne en France ou dans aucun autre pays européen qui soit responsable à elle seule d’une faillite nationale. C’est le système qui a failli, le système de conseils scientifiques qui a failli dans votre pays comme dans le mien. Le système de riposte politique a failli dans votre pays comme dans le mien.

    En quoi la France a-t-elle failli, selon vous ?

    Lorsqu’il y a eu proclamation d’une urgence de santé publique de portée internationale, le 30 janvier, pourquoi la ministre de la santé [d’alors, Agnès Buzyn] n’a-t-elle pas immédiatement envoyé un message à l’ambassade de France à Pékin pour lui demander son aide pour comprendre ce qui se passait à #Wuhan, quel était ce virus, à quel point il était inquiétant, s’il était aussi préoccupant que l’indiquaient des articles dans The Lancet ?

    Si l’ambassade avait fait correctement son travail, elle aurait rassemblé en quarante-huit heures les informations du bureau de l’OMS à Pékin, de la Commission nationale de santé du gouvernement chinois. Elle aurait compris la nature de la menace, l’aurait immédiatement transmise au ministère de la santé et au Palais de l’Elysée et, à la fin de la première semaine de février, le gouvernement aurait disposé d’une vision très claire du danger.

    Si cela ne s’est pas produit, c’est une faillite catastrophique du gouvernement français et les Français doivent demander pourquoi le gouvernement n’a pas protégé les près de 30 000 vies qui ont été perdues, comme nous en avons perdu 40 000. C’étaient des morts évitables. Ces personnes devraient être en vie aujourd’hui.

    Pourquoi les gens ne sont-ils pas davantage en colère à ce sujet ? J’ai vu les manifestations des « gilets jaunes » dans les rues de Paris. Elles m’ont frappé. Pourquoi les « gilets jaunes » ne manifestent-ils pas dans la rue contre l’échec du gouvernement français à protéger les vies des près de 30 000 de ses citoyens ? Qui demande des comptes au gouvernement ?

    Tant qu’il n’y aura pas un vaccin disponible pour tous, le virus ne s’en ira pas de lui-même. Nous devrons vivre avec lui dans le futur proche. Selon toute probabilité, il reviendra cet hiver sous la forme d’une seconde vague. Et il est possible lorsque nous assouplissons le confinement que nous ayons des flambées de la première vague.

    Donc, il n’y aura jamais un bon moment pour mener des enquêtes. Nous avons besoin d’une enquête qui démontre clairement qu’il ne s’agit pas de blâmer des individus, mais de comprendre ce qui n’a pas marché.

    Certains comparent ce qui s’est passé dans un laps de temps très court pour le Covid-19 avec le sujet du changement climatique, pour lequel nous savons ce qui va arriver mais n’agissons pas. Cela vous paraît-il pertinent ?

    C’est un peu différent. Dans une pandémie, nous parlons de la faible probabilité d’un événement à haut risque. Le changement climatique est en train de se produire, qui provoque une urgence si nous n’agissons pas.

    Je ferais plutôt la comparaison avec la protection contre les séismes. Si vous habitez à Los Angeles ou à San Francisco, on vous demande de vous préparer à un événement qui se produira à coup sûr mais à un moment inconnu. C’est très difficile de faire des plans pour ce type de situation.

    Au Royaume-Uni et, j’en suis sûr en France, une pandémie grippale figurait en tête de liste dans l’évaluation nationale des risques. Nous savons que nous avons une épidémie saisonnière tous les ans, que la grippe de 1919 fut une catastrophe et nous savons qu’un jour nous serons confrontés à un virus grippal beaucoup plus sévère même s’il l’est moins que celui de 1919. Et nous nous y préparons.

    Nous ne nous étions pas préparés à quelque chose du type #SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère]. C’était une erreur, car le SRAS de 2002-2003 était un prototype de ce que nous avons aujourd’hui. Nous savons qu’au cours des vingt ou trente dernières années, la fréquence des infections chez l’animal qui passent à l’homme a augmenté. La raison en est connue : urbanisation massive, taudis urbains, marché avec des animaux vivants dans les villes, mauvaises conditions d’hygiène…

    Ces virus ne viennent pas par accident de Chine. Elle a connu l’industrialisation et l’urbanisation les plus rapides de la planète. Nous savions que nous étions en train de créer les conditions d’incubation d’une pandémie, mais nous ne savions pas exactement quand elle surviendrait. C’est sur ce point que nous avons trahi nos citoyens en ne nous préparant pas comme il fallait.

    En 2016, le Royaume-Uni a fait une simulation – l’exercice Cygnus – afin d’évaluer l’impact d’une pandémie grippale. Elle a montré que nous n’étions pas prêts pour une pandémie. Et nous nous retrouvons aujourd’hui dans une pandémie à laquelle nous n’étions pas préparés. Un nouvel exemple d’échec gouvernemental et de la santé publique. Nous savions qu’il y avait un problème, nous ne l’avons pas réglé.

    En France, il y avait un plan pour une situation pandémique, mais il semble qu’il soit resté dans un placard…

    Exactement. Mais ce ne sont pas seulement les politiciens qui sont responsables. Votre pays comme le mien ont la chance d’avoir certains des meilleurs scientifiques au monde. L’Institut Pasteur est un réseau de classe mondiale d’institutions de recherche sur les maladies infectieuses. Où étaient les voix de l’Institut Pasteur pour pousser le gouvernement à se préparer à une pandémie, dès février ?

    Il faut poser ces questions sur les scientifiques, au Royaume-Uni comme en France, pour savoir pourquoi l’élite scientifique ne faisait pas valoir ces signaux d’inquiétude.

    Cette élite scientifique a parfois été divisée sur l’importance de cette menace pandémique, même assez tardivement, en France. Peut-être ces contradictions compliquaient-elles la tâche des politiques pour savoir à quoi on faisait face ?

    Je comprends cela. Mais, ce que je dis, c’est que les choses étaient claires en janvier. Quiconque disait en mars qu’il n’y avait pas un danger immédiat avec cette pandémie montrait une incompétence incroyable. En mars, le virus faisait rage en Italie du Nord.

    En France, des conseils scientifiques ont été créés pour éclairer le gouvernement. Quelle articulation peut-il y avoir entre la science et le politique ?

    Je connais Jean-François Delfraissy, le président d’un de ces conseils scientifiques. Vous ne pouviez avoir un meilleur scientifique pour conseiller le gouvernement.

    Je ne le critique pas. La responsabilité du système était de comprendre ce qui se passait exactement en Chine dès janvier. Je ne comprends pas pourquoi dès ce moment on n’a pas indiqué au gouvernement qu’il fallait prévoir des protections individuelles, être prêt à tester, à tracer et à isoler, éviter les rassemblements, envisager de fermer les écoles, pour se préparer à cette épidémie. Et ce n’est pas de la perspicacité. Relisez ces articles de janvier : tout y figurait déjà. Et rien ne s’est passé. Votre gouvernement a mieux répondu que le mien. C’est déjà ça…

    Autre question : où était l’Union européenne (UE) ? Une des raisons de l’échec britannique est le Brexit, l’exceptionnalisme, la mentalité îlienne : c’est un défaut psychologique classique en Grande-Bretagne, la croyance que nous sommes meilleurs que tous les autres. Eh bien on a prouvé tout le contraire dans la façon de gérer cette pandémie.

    Mais l’UE avait une opportunité de s’assurer que non seulement les pays soient préparés, mais aussi coordonnés. Une des choses les plus marquantes est d’avoir vu vingt-sept Etats avoir vingt-sept stratégies différentes.

    Pourquoi l’UE n’a-t-elle pas réuni ses Etats membres pour qu’ils apprennent les uns des autres, coopèrent et s’aident d’une façon bien plus coordonnée ? Je sais que la réponse est que la santé est une responsabilité nationale. Mais on s’en fout ! C’était une pandémie, une urgence, une menace à la sécurité nationale ! L’UE aurait dû avoir une part bien plus active pour unifier les pays dans ces circonstances.

    Parlons du « Lancet », qui a dû rétracter le 4 juin un article publié le 22 mai. Que s’est-il passé ?

    Il semble qu’il s’agisse d’une fraude monumentale, par le fondateur de la société Surgisphere, Sapan Desai. Il y a une enquête en cours par le Brigham and Women’s Hospital (Boston) dont dépend l’auteur principal, Mandeep Mehra, pour comprendre ce qui s’est passé. Ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’il n’y a pas de données vérifiées ou validées de façon indépendante pour appuyer ce qu’avance l’article.

    Personne ne peut dire si ces données existent, à part Sapan Desai lui-même, qui a refusé de les partager avec Mandeep Mehra et les autres auteurs, et il a refusé de les montrer à des auditeurs indépendants. Si bien que personne ne connaît le statut exact de ces données.

    Cette affaire en évoque une autre, quand le « Lancet » avait dû rétracter en 2006 un article du Norvégien Jon Sudbo après que celui-ci avait admis avoir inventé des données. Quelles leçons peut-on tirer de ces épisodes ?

    Il va nous falloir être plus méfiants. Aujourd’hui, nous faisons confiance à ce que nous disent les auteurs des articles scientifiques. S’ils nous disent qu’il y a une base de données et qu’ils signent une déclaration affirmant qu’elles sont fiables, nous leur faisons confiance, tout comme les reviewers extérieurs à qui nous demandons d’évaluer leurs travaux.

    Clairement, il va falloir élever notre niveau de méfiance à propos de ces bases de données pour avoir plus de chance d’identifier des cas de fraude. Mais il faut être très clair : c’est une perte pour la science, qui s’appuie sur la confiance. Quand vous perdez la confiance, parce que des gens malintentionnés mentent, c’est mauvais pour tout le monde.

    Pourrait-on imaginer des préenregistrements de ces données, comme dans les essais cliniques ?

    Il y a aussi de la fraude dans les essais cliniques : des patients et des données ont été inventés, et on ne s’en est aperçu qu’après la publication des résultats…

    La seule façon d’être 100 % certain de ne pas publier des travaux frauduleux serait que les éditeurs et les reviewers se rendent sur place et qu’ils examinent chaque élément des données sur lesquelles s’appuie l’étude publiée dans la revue. Mais c’est clairement une tâche impossible, grotesque. Donc on ne peut se passer d’une part de confiance, sinon la science cessera de fonctionner.

    Pourrait-on imaginer des tiers de confiance qui vérifieraient une part de ces données, de façon aléatoire, comme c’est le cas dans l’industrie pharmaceutique, avec un effet dissuasif – un peu comme les contrôles routiers ?

    Les revues scientifiques ne peuvent être la police de la science, ce n’est pas notre rôle. Mais on pourrait envisager d’être plus attentif si une nouvelle base de données apparaît, comme c’était le cas avec celle de Surgisphere. Mandeep Mehra n’a lui-même pas eu accès aux données.

    Donc nous allons désormais demander aux auteurs de signer une déclaration qui dise explicitement qu’ils ont eu accès aux données et qu’ils les ont effectivement vues. On peut avoir des demandes plus strictes vis-à-vis des auteurs.

    Dans le sport, le dopage semble avoir toujours une longueur d’avance sur les contrôles. Y a-t-il un parallèle avec l’activité scientifique ?

    C’est très vrai. A chaque fois, on essaie de tirer les leçons, mais la fraude continue : c’est assez facile pour les fraudeurs, précisément parce que l’activité scientifique est fondée sur la confiance. Mais pourquoi devrait-elle être différente d’autres secteurs de la société où des personnes malintentionnées se distinguent aussi.

    Avec Surgisphere, on a affaire à quelqu’un qui a pu mentir à ses coauteurs, dans une publication dans le New England Journal of Medicine, dans le Lancet, et peut-être d’autres revues. C’est assez incroyable qu’il ait pu tromper tant de gens en tant d’occasions. Cela ne veut pas dire que la science a failli, mais que le système sur lequel elle est fondée peut facilement être subverti.

    Mais faut-il, à cause de ces rares occasions où cela se produit, changer tout le système ? Il y a une expression anglaise qui dit « bad cases make bad law » – les mauvais exemples conduisent à de mauvaises lois. C’était un cas extrême, on doit en tirer les leçons, mais cela ne veut pas dire qu’on doive instituer un système bureaucratique énorme fondé sur l’idée que chaque article peut être l’objet d’une fraude.

    Peut-être pourrait-on avoir des incitations, du côté des « reviewers », en rendant publiques leurs évaluations afin de les responsabiliser plus encore ? Car, dans ce cas précis, il n’a pas fallu longtemps à des observateurs extérieurs aux revues pour voir que quelque chose clochait dans les résultats…

    C’est vrai. Nous envisageons de poser une question très directe aux reviewers : pensez-vous qu’il y ait des problèmes d’intégrité scientifique dans cet article ? Y a-t-il une possibilité, même infime, de fraude ? Cela concentrerait leur attention sur cette question d’une façon inédite. Une des leçons est aussi qu’on ne peut faire confiance d’emblée aux bases de données. A l’avenir, si on a affaire à une base de données dont on n’a jamais entendu parler, il faudra être méfiant, et peut-être demander – dans cette situation – à ce que les reviewers aient accès aux données brutes.

    L’urgence à publier en temps de pandémie a-t-elle pu vous faire baisser la garde ?
    Non, cela serait arrivé même hors Covid-19. Si quelqu’un est déterminé à tromper son monde, on ne peut pas y faire grand-chose. Cet individu a tenté de tromper ses collègues, des institutions, des journaux et pour finir le public. Il a essayé et il a échoué.

    Certains observateurs estiment que les données de Sapan Desai pourraient exister, avoir été aspirées dans les registres électroniques des hôpitaux sans que les autorités soient au courant. Pensez-vous que ce soit le cas ?

    Je n’en sais rien, pour être honnête. Ce que Mandeep Mehra m’a dit, c’est que quand les auditeurs indépendants ont demandé à Sapan Desai de leur transférer les données, ils ont eu une discussion par Zoom, et il s’est contenté de leur montrer son écran d’ordinateur. Donc, à ma connaissance, personne n’a vu les données de Surgisphere.

    On pourrait croire que les coauteurs ont travaillé avec lui sur les données, mais ce n’est pas le cas. Quand Mandeep Mehra demandait des données, Sapan Desai lui fournissait des tableaux récapitulatifs, mais jamais les données brutes. Je ne sais pas quelle proportion de ces données a été inventée, mais suffisamment pour qu’il n’ait pas voulu les partager avec ses coauteurs.

    L’épisode ne donne-t-il pas raison à ceux qui plaident pour un système de prépublication qui permettrait une revue par les pairs qui soit publique ?

    Dans ce cas particulier, un preprint aurait pu permettre de découvrir la fraude – je peux le concevoir. Mais un des dangers des preprints est qu’ils peuvent gagner beaucoup d’attention avant d’avoir été relus.

    Nous avons signé une déclaration lancée par le Wellcome Trust reconnaissant qu’en période de pandémie les chercheurs peuvent souhaiter exposer leurs résultats dans le domaine public plus rapidement que d’habitude, et que s’ils choisissent de les prépublier, cela ne compromettra pas leur chance de les voir publiés dans une revue. Je soutiens fortement l’idée des preprints, en théorie. Mais il y a des problèmes aussi avec eux : certains ont donné lieu à l’exposition de théories complotistes sur l’origine du nouveau coronavirus, et il a fallu les retirer… Les preprints peuvent aussi être trompeurs. Ils ont leur place, mais ne sont pas la panacée pour ces problèmes.

    Pour revenir à la confiance que vous évoquiez, centrale dans le processus scientifique, le grand public ne va-t-il pas voir sa propre confiance envers la science érodée par cette crise ? Il a découvert que la vérité médicale était très labile. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

    Je pense que c’est bien si le public comprend que la science ne produit pas des vérités. Ce qu’elle fait, c’est se diriger vers la vérité, qu’elle n’atteint jamais complètement. Cela signifie qu’il y a toujours de la place pour l’erreur, l’incertitude et le doute.

    C’est toujours mauvais quand les politiciens disent avoir pris des décisions en accord avec la science. Cela ne veut absolument rien dire. De quelle science parlez-vous ? Quelles preuves, quelle incertitude, à quel point êtes-vous sûr des résultats ? La « science » dans ce sens-là est une invention des politiciens pour se protéger des critiques. Donc nous devons expliquer qu’une telle chose, « la vérité » ou « la science », cela n’existe pas. Il y a seulement des probabilités, et des possibilités.

    Si le Covid-19 a détruit l’illusion que la science délivre la vérité, c’est une bonne chose. Mais – et c’est un grand mais – cela ne devrait pas engendrer une perte de confiance dans la science. Bien au contraire : montrer la réalité de ce qu’est la science, la montrer dans son humilité, devrait renforcer la confiance que le public devrait avoir envers elle.

    Ce que nous faisons, humblement, est de faire de notre mieux dans des circonstances difficiles. Si nous le racontons, je pense que le public nous fera confiance. Si nous faisons des promesses infondées, le public, de façon compréhensible, ne nous croira pas.

    Cette crise est une opportunité pour la communauté scientifique de réécrire le contrat entre la science et la société. C’est très important. Et c’est le moment de le faire.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/06/20/richard-horton-le-covid-19-montre-une-faillite-catastrophique-des-gouverneme

    #Coronavirus

  • La France en marche EP40 - épilogue du Homardgate, le grand Téléshopping du 14 juillet . . . . .

    https://www.youtube.com/watch?v=DlJzgoioRIA

    Pas d’épisode spécial 14 juillet 2020, pour cause de vacances, mais celui de l’an dernier était pas mal !
    Et ça permet d’halluciner sur tout ce qui s’est passé depuis !

    Le merveilleux défilé du 14 juillet qui aura permis à notre glorieux monarque de mesurer son imbattable popularité, rien n’a changé,
    tout en ventant la collection 2019 de l’industrie française de l’armement pour nos richissimes clients étrangers !

    Dans cet épisode nous revenons également sur le destin tragique d’un bienfaiteur de l’humanité : François de Rugy, nouvelle victime du populisme galopant !

    Gloire à Maman Brigitte et à la main invisible !

    Voulez-vous en savoir + ?
    L’ordo libéralisme vous intéresse ? « Simple comme l’Europe » est un programme à visionner en famille pour mieux comprendre les enjeux de l’Union Européenne pour les nuls !
    https://www.youtube.com/watch?v=HytVgI6rXkE

    Cinéma : L’attaque des bots Russophiles - un thriller palpitant :
    https://www.youtube.com/watch?v=AW6HIs_5MXI

    Chanson française : venez twister avec le Fringant Gaétan Thomas et son succès au hit parade de la Start-up Nation « Si j’avais un barbouze » !
    https://www.youtube.com/watch?v=ki2DdroIG-Q

    • Rappels, sur la gestion du coronavirus en France
      C’est bien mieux que de balancer chiffres et courbes, à longueur de journées.

      Epidémie de Coronavirus : Le gouvernement est-il à la hauteur ? Va-t-on tous mourir ? Janvier 2020

      https://www.youtube.com/watch?v=f0kMeZkoir8

      Une fois de plus la Chine répand ces miasmes sur le monde ! L’épidémie de coronavirus progresse rapidement en Chine malgré les mesures radicales du gouvernement. Pendant ce temps Agnès Buzyn colle des affichettes dans les aéroports de France.
      Rappelons que la grippe saisonnière fait plus de 8000 victimes par ans, rien qu’en France. Il est donc inutile de paniquer, mais en cas d’aggravation du virus l’amateurisme du gouvernement Français ne peut que nous inquiéter.
      #coronavirus #chine #buzyn

      Coronavirus : Ça tousse en Haute-Savoie et dans l’économie mondiale. Février 2020

      https://www.youtube.com/watch?v=vqeeE-q_SNs

      Nouveau point sur l’épidémie de Coronavirus.
      Malgré des progrès sur la transparence, on peut difficilement faire confiance aux chiffres officiels Chinois. Agnès Buzyn est toujours pied et poing lié par l’OMS qui prépare le terrain pour les profits des groupes pharmaceutiques. Pendant ce temps des Anglais viennent tousser dans nos chalets, et les abrutis qui paniquent à cause du virus, devraient plutôt s’inquiéter pour leur emploi.
      #Chine #coronavirus #Wuhan

      Coronavirus : La stratégie de Macron nous a mis en DANGER ! (Et trop de Français sont cons) Mars 2020

      https://www.youtube.com/watch?v=S-feHm0MTS0

      Avez-vous entendu parler de l’immunité contrôlé ? C’est la stratégie majoritairement mené en Europe contre l’épidémie de « Sars-Cov-2 » jusqu’à ce que nos dirigeants se rendent compte qu’elle va faire des centaines de milliers de morts dans chaque pays.
      Les populations doivent réagir et prendre conscience de la gravité de la situation. Nous devons prendre des mesures radicales pour compenser nos erreurs et notre impréparation.
      Quant à nos « dirigeants », une fois cette crise passé, comme ils se sont bien occupés de nous, on va bien s’occuper d’eux !
      #immunité_contrôlé

      La Macronie ment sur l’inutilité des masques ! Fabriquons-les ! Mars 2020

      https://www.youtube.com/watch?v=eyMEBwKQwTo

      Alors que le 12 mars, le conseil scientifique du gouvernement recommandait d’assurer la disponibilité des masques chirurgicaux pour la population, 10 jours plus tard, ce même gouvernement martel qu’ils sont inutile, voire dangereux, car les gens seraient trop cons pour s’en servir correctement. Avec cette excuse bidon ils tentent de masquer la pénurie de masque, quitte à mettre la population en danger en nous décourageant d’utiliser ces protections.
      Tous les pays asiatiques sont consternés par les propos de notre gouvernement. Ils nous font honte !
      Les masques sont utiles ! A Hong-Kong les gens ont fabriqué leurs propres masques pour faire face à la pénurie le mois dernier, nous pouvons en faire autant !
      #EHPAD #masques

  • Organizing amidst Covid-19


    Organizing amidst Covid-19: sharing stories of struggles
    Overviews of movement struggles in specific places

    Miguel Martinez
    Mutating mobilisations during the pandemic crisis in Spain (movement report, pp. 15 – 21)

    Laurence Cox
    Forms of social movement in the crisis: a view from Ireland (movement report, pp. 22 – 33)

    Lesley Wood
    We’re not all in this together (movement report, pp. 34 – 38)

    Angela Chukunzira
    Organising under curfew: perspectives from Kenya (movement report, pp. 39 – 42)

    Federico Venturini
    Social movements’ powerlessness at the time of covid-19: a personal account (movement report, pp. 43 – 46)

    Sobhi Mohanty
    From communal violence to lockdown hunger: emergency responses by civil society networks in Delhi, India (movement report, pp. 47 – 52)
    Feminist and LGBTQ+ activism

    Hongwei Bao
    “Anti-domestic violence little vaccine”: a Wuhan-based feminist activist campaign during COVID-19 (movement report, pp. 53 – 63)

    Ayaz Ahmed Siddiqui
    Aurat march, a threat to mainstream tribalism in Pakistan (movement report, pp. 64 – 71)

    Lynn Ng Yu Ling
    What does the COVID-19 pandemic mean for PinkDot Singapore? (movement report, pp. 72 – 81)

    María José Ventura Alfaro
    Feminist solidarity networks have multiplied since the COVID-19 outbreak in Mexico (movement report, pp. 82 – 87)

    Ben Trott
    Queer Berlin and the Covid-19 crisis: a politics of contact and ethics of care (movement report, pp. 88 – 108)
    Reproductive struggles

    Non Una Di Meno Roma
    Life beyond the pandemic (movement report, pp. 109 – 114)
    Labour organising

    Ben Duke
    The effects of the COVID-19 crisis on the gig economy and zero hour contracts (movement report, pp. 115 – 120)

    Louisa Acciari
    Domestic workers’ struggles in times of pandemic crisis (movement report, pp. 121 – 127)

    Arianna Tassinari, Riccardo Emilia Chesta and Lorenzo Cini
    Labour conflicts over health and safety in the Italian Covid19 crisis (movement report, pp. 128 – 138)

    T Sharkawi and N Ali
    Acts of whistleblowing: the case of collective claim making by healthcare workers in Egypt (movement report, pp. 139 – 163)

    Mallige Sirimane and Nisha Thapliyal
    Migrant labourers, Covid19 and working-class struggle in the time of pandemic: a report from Karnataka, India (movement report, pp. 164 – 181)
    Migrant and refugee struggles

    Johanna May Black, Sutapa Chattopadhyay and Riley Chisholm
    Solidarity in times of social distancing: migrants, mutual aid, and COVID-19 (movement report, pp. 182 – 193)

    Anitta Kynsilehto
    Doing migrant solidarity at the time of Covid-19 (movement report, pp. 194 – 198)

    Susan Thieme and Eda Elif Tibet
    New political upheavals and women alliances in solidarity beyond “lock down” in Switzerland at times of a global pandemic (movement report, pp. 199 – 207)

    Chiara Milan
    Refugee solidarity along the Western Balkans route: new challenges and a change of strategy in times of COVID-19 (movement report, pp. 208 – 212)

    Marco Perolini
    Abolish all camps in times of corona: the struggle against shared accommodation for refugees* in Berlin (movement report, pp. 213 – 224)
    Ecological activism

    Clara Thompson
    #FightEveryCrisis: Re-framing the climate movement in times of a pandemic (movement report, pp. 225 – 231)

    Susan Paulson
    Degrowth and feminisms ally to forge care-full paths beyond pandemic (movement report, pp. 232 – 246)

    Peterson Derolus [FR]
    Coronavirus, mouvements sociaux populaires anti-exploitation minier en Haïti (movement report, pp. 247 – 249)

    Silpa Satheesh
    The pandemic does not stop the pollution in River Periyar (movement report, pp. 250 – 257)

    Ashish Kothari
    Corona can’t save the planet, but we can, if we listen to ordinary people (movement report, pp. 258 – 265)
    Food sovereignty organising

    Dagmar Diesner
    Self-governance food system before and during the Covid-crisis on the example of CampiAperti, Bologna (movement report, pp. 266 – 273)

    URGENCI
    Community Supported Agriculture is a safe and resilient alternative to industrial agriculture in the time of Covid-19 (movement report, pp. 274 – 279)

    Jenny Gkougki
    Corona-crisis affects small Greek farmers who counterstrike with a nationwide social media campaign to unite producers and consumers on local level! (movement report, pp. 280 – 283)

    John Foran
    Eco Vista in the quintuple crisis (movement report, pp. 284 – 291)
    Solidarity and mutual aid

    Michael Zeller
    Karlsruhe’s “giving fences”: mobilisation for the needy in times of COVID-19 (movement report, pp. 292 – 303)

    Sergio Ruiz Cayuela
    Organising a solidarity kitchen: reflections from Cooperation Birmingham (movement report, pp. 304 – 309)

    Clinton Nichols
    On lockdown and locked out of the prison classroom: the prospects of post-secondary education for incarcerated persons during pandemic (movement report, pp. 310 – 316)

    Micha Fiedlschuster and Leon Rosa Reichle
    Solidarity forever? Performing mutual aid in Leipzig, Germany (movement report, pp. 317 – 325)
    Artistic and digital resistance

    Kerman Calvo and Ester Bejarano
    Music, solidarities and balconies in Spain (movement report, pp. 326 – 332)

    Neto Holanda and Valesca Lima [PT]
    Movimentos e ações político-culturais do Brasil em tempos de pandemia do Covid-19 (movement report, pp. 333 – 338)

    Margherita Massarenti
    How Covid-19 led to a #Rentstrike and what it can teach us about online organizing (movement report, pp. 339 – 346)

    Dounya
    Knowledge is power: virtual forms of everyday resistance and grassroots broadcasting in Iran (movement report, pp. 347 – 354)
    Imagining a new world

    Donatella della Porta
    How progressive social movements can save democracy in pandemic times (movement report, pp. 355 – 358)

    Jackie Smith
    Responding to coronavirus pandemic: human rights movement-building to transform global capitalism (movement report, pp. 359 – 366)

    Yariv Mohar
    Human rights amid Covid-19: from struggle to orchestration of tradeoffs (movement report, pp. 367 – 370)

    Julien Landry, Ann Marie Smith, Patience Agwenjang, Patricia Blankson Akakpo, Jagat Basnet, Bhumiraj Chapagain, Aklilu Gebremichael, Barbara Maigari and Namadi Saka,
    Social justice snapshots: governance adaptations, innovations and practitioner learning in a time of COVID-19 (movement report, pp. 371 – 382)

    Roger Spear, Gulcin Erdi, Marla A. Parker and Maria Anastasia
    Innovations in citizen response to crises: volunteerism and social mobilization during COVID-19 (movement report, pp. 383 – 391)

    Breno Bringel
    Covid-19 and the new global chaos (movement report, pp. 392 – 399)

    https://www.interfacejournal.net/interface-volume-12-issue-1

    #mouvements_sociaux #résistance #covid-19 #confinement #revue #aide_mutuelle #Espagne #résistance #Irlande #Kenya #impuissance #sentiment_d'impuissance #faim #violence #Delhi #Inde #féminisme #Wuhan #Pakistan #PinkDot #LGBT #Singapour #solidarité_féministe #solidarité #Mexique #care #Berlin #Allemagne #queer #gig_economy #travail #travail_domestique #travailleurs_domestiques #Italie #Egypte #travailleurs_étrangers #Karnataka #distanciation_sociale #migrations #Suisse #route_des_Balkans #Balkans #réfugiés #camps_de_réfugiés #FightEveryCrisis #climat #changement_climatique #décroissance #Haïti #extractivisme #pollution #River_Periyar #Periyar #souveraineté_alimentaire #nourriture #alimentation #CampiAperti #Bologne #agriculture #Grèce #Karlsruhe #Cooperation_Birmingham #UK #Angleterre #Leipzig #musique #Brésil #Rentstrike #Iran #droits_humains #justice_sociale #innovation #innovation_sociale

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  • Pékin confrontée à une deuxième vague de Covid-19
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/06/15/pekin-confrontee-a-une-deuxieme-vague-de-covid-19_6042855_3210.html

    Sur Twitter, Hu Xinjin, rédacteur en chef du Global Times, porte-parole officieux du pouvoir, donne le ton. « En aucun cas, Pékin ne va devenir Wuhan 2.0. Le monde va voir la puissante capacité de la Chine à contrôler l’épidémie, y compris le fort leadership du gouvernement, le respect de la science, la volonté du public de coopérer et la coordination nationale du contrôle des mesures. De nouveau, nous vaincrons. »
    Depuis plusieurs semaines, la capitale est soumise à un régime de contrôle sanitaire plus strict que la plupart des autres villes, notamment Shanghaï. Aucun vol en provenance de l’étranger n’y atterrit depuis fin mars. Tous sont déroutés sur d’autres aéroports, où les voyageurs sont placés en quarantaine et testés avant d’être autorisés à rejoindre la capitale. Mais la roue tourne. Des Pékinois ont ces derniers jours transporté le virus au Hebei et au Liaoning, deux provinces limitrophes, mais aussi dans le lointain Sichuan, dans l’ouest du pays. Du coup, les unes après les autres, villes et provinces annoncent ce lundi toutes sortes de restrictions (tests, quarantaine…) visant les Pékinois, et déconseillent à leurs habitants de s’y rendre.

    #Covid-19#migrant#migration#migrationinterne#circulation#chine#pekin#wuhan#shangai#sante#restriction#controlesanitaire#sante

  • Chinese Capitalism and #Covid-19
    https://ctjournal.org/2020/06/10/chinese-capitalism-and-covid-19

    As the origin point of COVID-19, Wuhan became the stage of many tragedies. In a country where all college students are still required to take a course based on a textbook called Introduction to the Basic Principles of Marxism, the government’s response has exposed the hypocrisy of the phrase often used to describe the system as “socialism with Chinese characteristics.” [Read More]

  • #Actu_Coronavirus – 30 mai
    https://www.les-crises.fr/actu-coronavirus-30-mai

    Ce fil d’actualités comprend des informations provenant de trois sources : Les Lives #Covid-19 du Figaro, de 20 minutes et le compte Twitter @Conflits_FR. 30 mai 17h30 La #Chine se dit prête à commercialiser un #vaccin contre le #coronavirus d’ici à la fin de l’année 2020 ou au début de 2021. Le vaccin a été développé à #Wuhan et #Pekin. Plus de 2 000 volontaires l’ont reçu. (autorités sur WeChat) #COVIDー19 États-Unis : #Facebook assure qu’elle ne censurera pas les propos de #DonaldTrump. Mark #Zuckerberg « ne veut pas s’immiscer » dans la guerre entre #Twitter et #Trump. « Nous devons permettre toute expression tant qu’elle n’implique pas de risque imminent ». (MZ sur FB)Lire la (...)

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