• Et si notre monde était une simulation ? La folle théorie qui agite la Silicon Valley
    https://www.nouvelobs.com/idees/20260508.OBS114777/et-si-notre-monde-etait-une-simulation-la-folle-theorie-qui-agite-la-sili

    Critique Un journaliste a enquêté sur une hypothèse qui fascine la « tech » californienne : nous évoluerions dans une sorte de jeu vidéo créé par une civilisation avancée.

    Par Xavier de La Porte

    Publié le 8 mai 2026 à 16h30
    Lecture : 2 min.

    Dans le mythe de la caverne, Platon décrivait déjà des humains vivant dans l’illusion…

    Dans le mythe de la caverne, Platon décrivait déjà des humains vivant dans l’illusion… SEBASTIAN MAST/CONNECTED ARCHIVES

    On pensait la « théorie de la simulation » réservée à la fiction. Au-delà de « Matrix » et de certains romans de Philip K. Dick, nombre de récits moins remarquables mettent en scène cette révélation : notre réalité n’existe pas, c’est une fabrication, une sorte de jeu vidéo dont nous sommes les personnages. L’idée n’est pas neuve. Après tout, dans le mythe de la caverne, Platon décrivait déjà des humains vivant dans l’illusion, et bien des philosophies asiatiques sont familières de ce questionnement (« Est-ce Tchouang-tseu qui rêve qu’il est un papillon, ou le papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ? » se demande le sage). Sauf que, selon ses versions actuelles, nous serions les jouets d’une civilisation très avancée, qui aurait trouvé les moyens technologiques d’implémenter la conscience et nous donnerait l’impression de vraiment exister dans un environnement sans réalité matérielle.

    Tout l’intérêt de l’enquête menée par Loïc Hecht est non seulement de prendre au sérieux cette hypothèse, mais de révéler que d’autres la prennent aussi au sérieux, et pas que des farfelus. C’est le point de départ : le journaliste, bon connaisseur de la Silicon Valley, à laquelle il a déjà consacré un roman (« le Syndrome de Palo Alto », Léo Scheer, 2020), a entendu dire que deux milliardaires de la « tech », anonymes, avaient engagé secrètement des scientifiques pour valider cette théorie. Il raconte une quête qui a duré cinq ans et lui a fait rencontrer pléthore d’ingénieurs, de scientifiques et de chercheurs convaincus que la simulation est une possibilité à explorer.

    Car, et c’est son grand avantage, cette hypothèse permet de répondre à des questions que se pose la science, en particulier depuis les découvertes de la physique quantique il y a un bon siècle. Pour résumer très grossièrement : on se rend compte alors qu’à l’échelle subatomique la particule n’a pas d’état défini, qu’elle est comme une superposition de probabilités dont l’une est fixée par la mesure. Comment ça marche ? Mystère. Certains vont jusqu’à penser qu’il n’existe pas de réalité objective sans observateur. De là à imaginer qu’il y aurait autant de réels qu’il y a de mesures, et que chaque conscience pourrait « activer » sa réalité, il n’y a qu’un pas. Et la théorie de la simulation le franchit joyeusement. Elle aiderait au passage à comprendre les phénomènes paranormaux, conçus comme autant de glitches, autrement dit des erreurs de programmation de la grande machine dans laquelle nous nous ébattons.

    Néanmoins, il demeure bien des problèmes. D’abord, la simulation n’est qu’une hypothèse parmi beaucoup d’autres – et pas la plus solide – pour expliquer le mystère quantique. Ensuite, si on l’admet, qui aurait créé cette simulation ? Dans quel but ? Et nous dans tout ça ? Aurions-nous une marge de manœuvre ou serions-nous aussi dénués de libre arbitre qu’un personnage de jeu vidéo ? Quelle conclusion en tirer quant au sens de nos vies ? Et ne faut-il pas se méfier que l’idée plaise tant à une Silicon Valley toujours avide de supplément d’âme ? Ces questions, Loïc Hecht les laisse en suspens, mais il a le mérite de les poser. Ainsi ce livre n’est-il pas seulement une enquête, il faut le prendre comme un exercice de pensée. Le but est moins de convaincre que d’« ouvrir les chakras » de l’intellect, en rappelant que, face à l’inexpliqué, on a le droit de spéculer.
    « La Simulation. Enquête sur une théorie qui fascine la Silicon Valley », par Loïc Hecht, Les Arènes, 384 p., 22 euros.

    « La Simulation. Enquête sur une théorie qui fascine la Silicon Valley », par Loïc Hecht, Les Arènes, 384 p., 22 euros.

    Par Xavier de La Porte

    #Simulation #Loic_Hecht #Xavier_de_La_Porte

  • Internet va-t-il exploser ?

    Xavier de la Porte explore la transformation radicale de l’Internet russe depuis les années 2010, avec l’éclairage de Francesca Musiani, chercheuse au CNRS. Cette analyse révèle comment la Russie a progressivement isolé son Internet du reste du monde au nom de la « souveraineté numérique ».

    Jusqu’au début des années 2010, l’Internet russe était comparable aux modèles occidentaux, caractérisé par une forte dynamique entrepreneuriale. Des plateformes comme VKontakte (créé en 2006) et le moteur de recherche Yandex (1997) témoignaient de cette vitalité. Le basculement s’opère avec les manifestations de décembre 2011 contre le régime de Poutine, organisées notamment via les réseaux sociaux. Face à cette contestation, le pouvoir prend conscience du potentiel subversif d’Internet et engage une reprise en main méthodique. Comme l’explique Francesca Musiani, cette prise de conscience est double : défensive pour se protéger d’Internet, mais aussi offensive pour en faire un outil de contrôle.

    Titre un peu piège à clics mais 3 épisodes intéressants qui font le lien entre la stratégie de repli sécuritaire russe et la souveraineté numérique européenne.

    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/serie-internet-va-t-il-exploser

    #Xavier_de_la_Porte #internet #securitaire #souveraineté_numérique #Russie #podcast

  • Contre le trumpisme et l’IA : le réalisme magique
    https://www.nouvelobs.com/bibliobs/20260131.OBS111999/contre-le-trumpisme-et-l-ia-le-realisme-magique.html

    Que peut-on opposer aux mensonges et autres « faits alternatifs » quand on sait que la conviction emprunte d’autres chemins que la rationalité ?

    Quels recours avons-nous dans un monde où un gouvernement nie la réalité des images pour imposer un récit qui n’a plus rien à voir avec les faits (par exemple dans le cas de l’assassinat d’un manifestant par une agence fédérale à Minneapolis) ? Quel recours dans un monde où des machines produisent des vidéos qui semblent plus vraies que vraies ? Il y a évidemment celui de la raison, et il n’est pas négligeable. On peut apporter des preuves, contredire la fausseté et espérer convaincre.

    Mais, depuis longtemps, on sait que la conviction emprunte d’autres chemins que la rationalité. C’est ce qu’avaient compris dès les années 1950 les philosophes de l’Ecole de Francfort (Adorno, Horkheimer, Fromm…) quand ils avaient analysé la montée des fascismes pendant l’entre-deux-guerres. Ils avaient observé qu’opposer des faits à des fantasmes, des chiffres à des sensations, cela ne convainquait que les convaincus. Ils proposaient une autre voie : contrer les récits par d’autres récits, des sentiments par d’autres sentiments, les fantasmes par d’autres fantasmes. Nous n’avons manifestement pas bien retenu la leçon et une pratique journalistique comme le « fact checking » − si nécessaire soit-elle − n’a pas permis d’endiguer les « faits alternatifs », les mensonges et les complotismes qui accompagnent l’extrême droitisation du monde.

    Peut-être faut-il s’en remettre à un autre type de discours sur le monde, celui porté par les arts. Et dans cette vaste catégorie, certains sont sans doute plus immédiatement utiles que d’autres. L’un en particulier : le réalisme magique. Ce courant littéraire né en Amérique latine dans les années 1960, 1970 et 1980, dont l’un des plus éminents représentants fut le prix Nobel de littérature Gabriel García Márquez, est particulièrement intéressant. Dans le réalisme magique − comme son nom l’indique − la frontière entre réel et imagination est poreuse : une grand-mère peut vivre deux cents ans, un perroquet se mettre à parler, une pluie devenir un déluge. Cela ne choque personne. Voire, cela raconte quelque chose de très vrai. Ainsi « Cent Ans de solitude » (1967), chef-d’œuvre du genre, où ce type d’événements sont légion, est-il un des plus grands livres d’Histoire qu’il nous ait été donné de lire.

    Alors, nous disons-nous, c’est peut-être comme cela qu’il faudrait raconter notre monde. Comme le ferait le réalisme magique. Cela nous permettrait de ne plus être obsédés par la distinction entre réel et fiction, entre faits et « faits alternatifs », pour viser un but supérieur : la vérité. Trump, par exemple, est-il descriptible avec les outils de la raison ? Manifestement, nous n’y arrivons pas. Alors que la vérité du pouvoir fou − c’était celui d’un dictateur latino, certes, il suffirait d’adapter − a été magnifiquement décrite par García Márquez dans « l’Automne du patriarche » (1975), à grand renfort de folies imaginatives.

    Une telle stratégie − paradoxale seulement en apparence − nous permettrait d’apporter sur ce monde fou des hypothèses plus probables, mais peut-être aussi de faire surgir des beautés possibles plus désirables. Car n’opposer à la folie que la raison n’est guère excitant. Proposer d’autres folies − esthétiques, amoureuses, politiques − pourrait nous emporter plus sûrement.

    Par Xavier de La Porte

    #Xavier_de_La_Porte #Faits_alternatifs #Stratégie_communication

  • De Stephen King à Pénélope Bagieu : quels sont les livres bannis des bibliothèques scolaires aux Etats-Unis ?
    https://www.nouvelobs.com/bibliobs/20251015.OBS108777/de-stephen-king-a-penelope-bagieu-quels-sont-les-livres-bannis-des-biblio

    Grands défenseurs de la liberté d’expression, Trump et ses alliés s’attaquent aux ouvrages qu’ils estiment « obscènes » ou « inappropriés » aux enfants. Palmarès non exhaustif de ceux qui sont sortis des étagères cette année.

    Par Xavier de La Porte

    Publié le 15 octobre 2025 à 7h30 ,
    mis à jour le 15 octobre 2025 à 7h30
    Lecture : 3 min.

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    Des exemplaires de livres censurés dans diverses écoles du pays exposés lors d’une conférence de presse donnée par le leader démocrate de la Chambre des Représentants, Hakeem Jeffries, au Capitole, à Washington, le 24 mars 2023.

    Des exemplaires de livres censurés dans diverses écoles du pays exposés lors d’une conférence de presse donnée par le leader démocrate de la Chambre des Représentants, Hakeem Jeffries, au Capitole, à Washington, le 24 mars 2023. KEVIN DIETSCH / GETTY IMAGES VIA AFP

    Début octobre, le vénérable Pen Club américain a publié son rapport annuel sur le bannissement des livres hors des bibliothèques scolaires aux Etats-Unis. Les premières phrases sont graves et solennelles : « Jamais auparavant, dans l’existence d’aucun Américain vivant, autant de livres n’ont été systématiquement retirés des bibliothèques scolaires à travers le pays. Jamais autant d’Etats n’avaient adopté de lois ou de règlements visant à faciliter l’interdiction de livres, y compris des interdictions portant sur des titres spécifiques à l’échelle de l’Etat. Jamais autant de dirigeants politiques n’avaient cherché à intimider les personnels scolaires pour qu’ils censurent selon leurs préférences idéologiques, allant jusqu’à menacer de couper les financements publics pour obtenir leur obéissance. Jamais l’accès à autant d’histoires n’avait été volé à autant d’enfants. »

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    Emballage de livres destinés à être envoyés en Floride, dans les locaux de la librairie Firestorm Books, à Asheville, en Caroline du Nord, le 28 janvier 2024.

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    Ce rapport rend compte de la période du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025. Il explique que c’est sous couvert de « protection de l’enfance » que ces procédures ont lieu. Le « droit des parents » devient une arme de guerre pour atomiser la confiance dans les enseignants et les bibliothécaires. Les rapporteurs voient dans cette attaque contre la liberté d’éducation une « pente glissante », qui pourrait faire « boule de neige », et, pire, devenir une norme acceptée. Ils montrent comment des groupes de militants conservateurs jouent sur la peur des parents pour imposer leurs vues idéologiques, avec des procédures concertées et coordonnées, qui opèrent à tous les niveaux – du local au fédéral – et dessinent un changement de politique publique de la culture.

    Trois Etats sont particulièrement concernés : la Floride, le Texas et le Tennessee. Mais le phénomène est croissant dans d’autres : la Pennsylvanie, le Michigan et le Minnesota. Et le Pen Club alerte : « Ces attaques contre les droits des étudiants et les institutions éducatives sont les symptômes d’une maladie bien plus grave : le démantèlement de l’éducation publique et le recul de la démocratie. »
    Nouvelles tendances

    Si le phénomène du bannissement de livres est documenté depuis plusieurs années déjà, les auteurs relèvent quelques nouveautés.

    Jusqu’au retour de Donald Trump au pouvoir, il était local. Depuis novembre, il est impulsé au niveau fédéral. Le président américain a signé plusieurs ordres exécutifs qui vont dans ce sens : « Ending Radical Indoctrination in K-12 Schooling » (« Mettre fin à l’endoctrinement radical dans l’enseignement primaire et secondaire), « Defending Women From Gender Ideology Extremism » (« Défendre les femmes contre l’extrémisme idéologique du genre ») ou encore « Ending Radical and Wasteful Government DEI Programs and Preferencing » (« Mettre fin aux programmes gouvernementaux radicaux et inutiles en matière de DEI [Diversité, Equité et Inclusion] et de préférences »). S’ils ne visent pas directement les livres, ils ont été invoqués pour, par exemple, retirer 600 livres des bibliothèques d’écoles militaires. Parallèlement, le Département de l’Education de Donald Trump répand partout l’idée que le bannissement est une « fake news ».

    Les attaques concernent prioritairement les livres mettant en scène des personnes LGBTQ+, mais pas frontalement. Il s’agit de sexualiser ces questions, et d’en arguer pour déclarer les ouvrages qui les abordent « inappropriés » ou « obscènes ». L’image est souvent un levier : la représentation dans le livre, ou sur une jaquette, d’une personne – famille – sortant des cadres conservateurs est considérée comme « sexuellement explicite ». Mais on verra dans la liste ci-dessous que les livres d’auteurs et autrices afro-américain·e·s sont régulièrement visés.

    Autre tendance : de plus en plus nombreux sont les bannissements qui se font hors des procédures légales. Leur immense majorité se fait par « peur de la loi », « des interdictions motivées par la crainte des districts scolaires de ne pas être en conformité, et ce, alors même que la loi a été suspendue, pas encore adoptée, ou qu’elle ne prévoie pas explicitement le retrait direct des livres ». Il s’agit là d’une forme « d’obéissance préventive » pour éviter les problèmes qui pourraient advenir.

    Dernière nouveauté, plus rassurante : une résistance se met en place. Des individus, des personnels scolaires, des groupes se mobilisent pour contrer ces initiatives.
    Les ouvrages visés

    Au cours de cette année, le Pen Club a recensé 6 870 bannissements de livres. C’est moins qu’en 2023-2024 (plus de 10 000), mais les auteurs préviennent contre l’impression de décroissance. D’abord cette baisse est logique : les livres bannis les années précédentes ne reviennent pas sur les étagères, il arrivera un jour où il n’y aura plus de livres à jeter. Ensuite, toutes les procédures ne remontent pas jusqu’à eux. Enfin, celles qui ont lieu dans d’autres types d’établissement (bibliothèques publiques et prisons) ne sont pas comptabilisées.

    Le livre le plus banni : « Orange mécanique », le culte et très violent roman d’Anthony Burgess. Pas mal placé, on trouve aussi « l’Œil le plus bleu » de la romancière afro-américaine Toni Morrison (dont d’autres titres, comme « Sula » et « Beloved » se sont aussi vu exclure de quelques bibliothèques). A noter que des livres comme « Americanah » et « l’Autre Moitié du soleil » de l’autrice d’origine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie ont connu le même sort, ainsi que d’autres, de la grande poétesse afro-américaine Maya Angelou.

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    Abonné

    L’auteur le plus banni cette année est Stephen King (près de 90 cas, bien répartis sur l’ensemble de son œuvre). Si apparaissent des livres dont on peut, à la limite, comprendre qu’ils puissent faire peur aux enfants (des polars de Harlan Coben ou Michael Crichton, « American Psycho » de Bret Easton Ellis…), il y a des cas beaucoup plus étonnants : « la Tâche » de Philip Roth ; « Cent Ans de solitude » et « l’Amour au temps du choléra » du prix Nobel de littérature colombien Gabriel Garcia Marquez ; « le Choix de Sophie » de William Styron ; « la Ferme des animaux » et « 1984 » de George Orwell…

    Quelques autrices françaises ont aussi fait l’objet d’une procédure de bannissement dans certains établissements : Marjane Satrapi et son « Persepolis » (élue BD la plus importante du XXIe siècle par un jury de personnalités rassemblé par « le Nouvel Obs »), et « les Culottées » de Pénélope Bagieu.

    Par Xavier de La Porte

    #Bibliothèques #Censure #Xavier_de_La_Porte #Littérature #Etats-Unis

  • “Les Russes forment les fantassins au ball-trap pour qu’ils sachent abattre les drones”
    https://www.nouvelobs.com/monde/20250411.OBS102600/les-russes-forment-les-fantassins-au-ball-trap-pour-qu-ils-sachent-abattr

    Série Après avoir évoqué l’impact des appareils volant sans pilote dans les combats entre la Russie et l’Ukraine depuis 2022 puis la manière dont ils bouleversent l’art de la guerre, troisième et dernière partie de notre grand entretien avec Isabelle Dufour, directrice des études stratégiques à Eurocrise : sommes-nous prêts, en France et en Europe, à ce nouveau type de conflit ?

    Pour aller plus loin
    La une du 29 mai 2025

    Edition de la semaine Ukraine : la guerre des drones

    > Retrouvez la première partie et la deuxième partie de cet entretien.
    Il existe manifestement un débat au sein des militaires et des experts en stratégie pour savoir si la dronisation du conflit ukrainien est conjoncturelle ou si elle préfigure la guerre de demain. Qu’en pensez-vous ?

    Isabelle Dufour Pour moi, il n’y a pas de débat : il est évident que ce n’est pas conjoncturel. En revanche, il est difficile de voir clairement vers quoi on va. La seule certitude réside dans le fait que les drones aériens sont l’avant-garde d’une automatisation croissante de tous les compartiments du combat : automatisation des détections, des actions de feu et aussi de la logistique. Les drones terrestres ne sont pas encore complètement opérationnels – le sol comportant plus d’obstacles que l’air ou l’eau –, mais ils vont l’être. Depuis un peu plus d’un an, on voit des choses intéressantes sur le champ de bataille. Mais nos armées ne savent pas trop quoi faire encore des engins : vont-ils suivre le fantassin qui n’aura pas besoin de porter 40 kilos sur son dos et arrivera plus frais au combat ? Est-ce qu’ils vont faire la logistique, dont on a vu qu’elle était compliquée pour les Ukrainiens à Koursk, par exemple, du fait des drones russes ? Les UGV [Unmanned Ground Vehicles] capables de transporter des packs d’eau sur le front pourraient éviter que les camions soient dégommés par un drone FPV [First Person View] bon marché, mais, pour le moment, ils sont encore trop chers pour ce qu’ils portent et n’arrivent pas à destination de manière certaine. Néanmoins, cela pourrait vite changer. En Ukraine, on teste aussi l’automatisation de l’évacuation de blessés : l’UGV vient chercher le blessé, on pose le brancard dessus et l’engin repart avec le blessé, cela évite de risquer la vie de deux personnes qui brancardent et qui, en plus, pendant ce temps-là, ne sont pas au combat.

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    L’introduction de l’intelligence artificielle (IA) pourrait-elle encore accélérer cette automatisation ?

    Les armées y travaillent, bien sûr, parce qu’elle marche déjà très bien dans certains secteurs, comme l’imagerie par exemple, ce qui permet d’améliorer la reconnaissance. Mais il y a encore des couacs spectaculaires : si surgit un objet totalement exotique – pas présent dans la base de données avec laquelle a été entraîné le modèle –, la machine risque de l’assimiler à ce qu’elle connaît et de voir un canon là où il y a un enfant déguisé en éléphant. Ce problème, on le trouve dans le combat urbain par exemple, qui est un environnement très complexe : selon les régions du monde, les villes ne se ressemblent pas, ni les modes de vie. Si vous n’avez pas intégré dans le modèle que dans certains pays, il est normal de se promener avec une arme, il voit des combattants partout ; s’il ne sait pas que dans certaines zones, il existe des tracteurs à chenille, il voit des chars partout. Il ne faut jamais oublier que ces systèmes sont en général développés par des Occidentaux, avec une vision et une connaissance du monde qui se répercutent dans les résultats des calculs.
    Un opérateur de drone de la 42e brigade de l’armée ukrainienne lors d’essais, dans la région de Kharkiv, le 19 mars 2025.

    Un opérateur de drone de la 42e brigade de l’armée ukrainienne lors d’essais, dans la région de Kharkiv, le 19 mars 2025. JOSE COLON/ANADOLU VIA AFP
    Cela signifie-t-il qu’on est encore loin de machines – et de drones en particulier – qui prendraient la décision de tirer de manière autonome ?

    Complètement autonome, je ne pense pas que ce soit pour demain. Mais semi-autonome, c’est déjà le cas. Il existe des systèmes qui identifient des cibles de manière automatique et les proposent aux humains, dans la défense antiaérienne par exemple. Néanmoins, cela n’est pas sans poser problème. A plusieurs occasions, des avions – de combat amis ou tout simplement civils – ont été abattus par des missiles parce que les programmes informatiques les avaient identifiés comme des menaces et que les humains n’avaient pas osé contredire les ordinateurs. Même si la décision est humaine, une relation à la machine est engagée, qu’il est nécessaire d’interroger. Les systèmes informatiques s’améliorant, cette réflexion qu’on appelle « l’humain dans la boucle » agite toutes les armées en ce moment. La question, évidemment, est de savoir si la machine ferait mieux en décidant elle-même. Pour l’instant, il semble que non, et je plaide pour que l’humain reste dans la boucle. Pour moi, il y a à cela une raison fondamentale : dans la guerre, les cas non conformes sont la règle. Tromper l’adversaire est un but constamment recherché, or les IA sont encore faciles à tromper.
    Néanmoins, on a l’impression en vous écoutant que le conflit en Ukraine est un terrain d’expérimentation que scrutent toutes les armées du monde pour voir ce qu’elles pourraient changer…

    Tout à fait. Même si les armées ont tendance à se demander plutôt : que faut-il qu’on ajoute ? Or, comme d’autres, je pense que la question est plus fondamentale. Il faudrait revoir complètement la formation des unités, que tous les soldats – à commencer par les fantassins – sachent comment se pilote un drone, ce que voit l’opérateur, etc. Même s’ils n’auront jamais à manier un FPV sur le terrain, ils sauront ce qu’on peut faire avec ces engins. Ils sauront, par exemple, que les changements rapides de direction sont gênants pour le pilote. Il est toujours intéressant de connaître ce que perçoit et ressent l’ennemi. Cela donne des idées pour lui échapper.

    A ce propos, il faudrait aussi réinvestir la formation au tir au fusil, pour que les soldats arrivent à abattre un FPV qui les poursuit. Les Russes le font : ils font intervenir des spécialistes du ball-trap dans les unités pour familiariser les fantassins au tir sur petite cible mobile. C’est très utile pour abattre un drone, mais aussi pour le viser avec les canons laser qui servent à le brouiller.

    Il faudrait aussi augmenter la formation technique des soldats, qu’ils sachent démonter un drone, remplacer les pièces, réparer une centrale inertielle.

    Et puis, plus globalement, il faut repenser la structure des forces armées. Par exemple, je ne vois pas l’intérêt pour la France de se doter d’un second porte-avions qui est trop cher, trop vulnérable. Mais là se pose un problème structurel : un porte-avions a un intérêt pour l’industrie de l’armement que n’ont pas les drones…
    Markus Reisner, historien et officier des forces armées autrichiennes, évoquant les avancées majeures de la guerre en Ukraine et le développement de l’artillerie par drones, à Vienne, le 2 avril 2025.

    Markus Reisner, historien et officier des forces armées autrichiennes, évoquant les avancées majeures de la guerre en Ukraine et le développement de l’artillerie par drones, à Vienne, le 2 avril 2025. BIANCA OTERO/ZUMA/SIPA
    Justement, l’industrie militaire française – et au-delà européenne – est-elle adaptée à ces conflits dronisés ?

    Si l’on considère la capacité d’innover vite – et à l’initiative des usagers –, ce n’est pas du tout dans notre culture, c’est certain. Autre problème : nous n’avons plus de terrain d’intervention pour tester les systèmes en conditions réelles. C’était une des explications à l’attachement de l’armée de terre pour l’opération extérieure au Mali qui, en dehors de cela, n’avait pas grand sens : elle a servi à tester du matériel, comme par exemple les robots de déminage. Rien ne vaut le terrain pour voir concrètement ce qui pose problème : le vent, le sable, la chaleur, etc.
    L’armée française est-elle consciente de cette inadaptation ?

    Bien sûr, les militaires français voient et savent ce qui se passe en Ukraine. Mais ils ne sont pas sur le terrain, ils ne perçoivent qu’abstraitement les changements et ce qu’ils impliquent par exemple sur la temporalité du combat : quand on est repéré par un drone de reconnaissance, on n’a plus un quart d’heure pour se planquer en attendant le tir d’artillerie, un drone FPV peut arriver dans la minute. Tout cela les Ukrainiens n’arrêtent pas de nous le dire, mais la transmission orale d’une expérience, ce n’est pas pareil que l’expérience. Je l’éprouve parce que je suis chercheuse et n’ai pas fait la guerre, ce que les militaires ont beau jeu de me rappeler, à raison. Mais les militaires français sont dans la même situation vis-à-vis de ce qui se passe en Ukraine.
    Et si l’on s’en tient aux drones proprement dits, où en est la France ?

    On a tardé à se mettre aux drones MALE [pour Moyenne Altitude-Longue Endurance, les grands appareils de reconnaissance ou de frappe] parce que l’armée de l’air – qui en aurait été la première usagère – a longtemps privilégié les aéronefs pilotés. C’est le cas de beaucoup de pays dont les armées sont dotées d’une aviation pilotée de bon niveau. D’autant que, pour des raisons évidentes, les industriels lançaient des prototypes sophistiqués et très coûteux – comme le nEUROn de Dassault ou le projet européen Eurodrone –, donnant un bon prétexte aux chefs de l’armée de l’air pour ne pas trop les utiliser. On a aussi raté le segment des FPV [petits drones pilotés à faible distance] parce que pas nobles, pas intéressants industriellement et considérés par l’infanterie – qui en serait pourtant l’usagère première – comme un truc d’aviateurs.

    Alors, nous sommes toujours en retard d’un développement : en guise de véhicule, le Griffon aurait été très bien en Afghanistan, mais il est arrivé pour le Mali. Le Patroller, un grand drone tactique de renseignement, aurait été super pour le Mali, mais comme on voit bien qu’il ne serait pas très utile dans un conflit type Ukraine, on lui a collé des roquettes, ce qui en fait l’équivalent d’un TB2 très très cher, qui ne servirait à rien dans un conflit de haute intensité. Nos Reaper sont également arrivés à la fin de l’opération Barkhane au Mali.

    Autrement dit, des segments entiers nous manquent. Alors, on développe des programmes d’urgence, qui ont l’air de fonctionner mais sur lesquels on a peu de retours d’expérience. Ça bouge, donc, mais lentement, en décalé.
    Isabelle Dufour, directrice des études stratégiques à Eurocrise, sur le plateau de Public Sénat, le 18 mars 2025.

    Isabelle Dufour, directrice des études stratégiques à Eurocrise, sur le plateau de Public Sénat, le 18 mars 2025. CAPTURE ÉCRAN PUBLIC SÉNAT
    D’autres armées européennes ont-elles bougé plus vite ?

    L’armée turque, si on considère que la Turquie est en Europe. Son aviation pilotée se limite à quelques anciens F-16 américains et les Turcs ont été recalés pour participer au programme de son successeur, le F-35, parce qu’ils voulaient aussi acheter des systèmes de défense sol-air russes, ce que les Américains voyaient évidemment d’un mauvais œil. Les Turcs ont donc décidé de droniser leur utilisation des airs. Et se sont mis à produire plusieurs catégories de drones pour autonomiser leur approvisionnement de systèmes. Résultat : ils sont en avance.
    Si je comprends bien : en Turquie, comme en Iran, les drones ont d’abord été développés à défaut d’autre chose. Ce qui rappelle une idée qu’on entend souvent : « le drone est la kalachnikov de la guerre moderne »…

    Oui, l’arme du pauvre, dit-on aussi. C’est plus ou moins vrai, car si on regarde en haut du spectre capacitaire du drone – un appareil qui serait capable de faire ce que fait un chasseur piloté dernière génération –, ce n’est plus une arme du pauvre.

    C’est là la force du drone : il fait tout, de bas en haut du spectre capacitaire. Ce qui pose d’ailleurs un problème de définition : faut-il qualifier de la même façon, avec le même mot, un petit FPV qui trimballe quelques kilos d’explosifs et un engin qui aura peut-être un jour les mêmes capacités qu’un avion de chasse piloté ? C’est une question.
    Et pourquoi n’a-t-on pas vu venir ce bouleversement ?

    On l’a un peu vu venir, mais l’accélération s’est produite tout récemment. Avant l’Ukraine, les usages étaient non seulement fragmentés – les mini-drones utilisés par Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] pour lâcher une grenade, les grands drones de frappes turcs contre les Kurdes… – mais avaient lieu sur des terrains que nos armées regardent peu. Par exemple, on se moquait un peu des chars syriens que l’Etat islamique mettait hors d’usage avec un drone… « Nous, on a le Rafale, c’est beaucoup mieux ! », pensaient nos militaires. L’idée que nous aurions de fait une supériorité dans les airs, même si elle est questionnée en théorie depuis longtemps, a retardé la prise de conscience qu’il se passait quelque chose.
    Et l’armée américaine ?

    C’est différent. Les Américains ont d’innombrables programmes, comme d’habitude, et dans toutes les forces. Les marines ont leurs programmes, l’armée de terre les siens. Ils déboursent des milliards de dollars. Donc, du point de vue matériel, ils sont prêts. Mais une capacité militaire, ce n’est pas seulement du matériel, c’est aussi la doctrine, l’organisation, les compétences, la logistique, l’entraînement. Et ça, c’est autre chose, surtout dans une société très technocentrée, qui oublie parfois que les systèmes ne suffisent pas. C’est aussi une leçon de l’Ukraine : la dronisation du combat est un bouleversement qui doit être pensé dans sa globalité.

    #Drones #Guerre #Ukraine #Xavier_de_La_Porte

  • Après la condamnation de Marine Le Pen : Méfions-nous du bon sens qui arrive près de chez nous
    https://www.nouvelobs.com/politique/20250401.OBS102202/mefions-nous-du-bon-sens-qui-arrive-pres-de-chez-nous.html

    Excellent comme toujours Xavier de La Porte

    A l’occasion de la condamnation de Marine Le Pen à une inéligibilité de cinq ans, on entend des réactions qui cachent une logique folle.

    Quelques jours avant la présidentielle américaine, le podcasteur d’extrême droite Joe Rogan reçoit le candidat républicain Donald Trump. Comme deux vieux copains, ils discutent à bâtons rompus (c’est ça, le « Rogan style »). L’animateur fustige le militantisme des journalistes américains et donne un exemple : lors du seul débat télévisé ayant opposé Trump à la candidate démocrate Kamala Harris, un système de fact checking avait été mis en place par la chaîne hôtesse (ABC News) et devinez quoi ? N’ont été corrigées que des déclarations du candidat républicain, jamais de son adversaire ! C’est bien la preuve du parti pris de tous ces médias militants et corrompus, ajoute Rogan, tendant ainsi la perche à Trump pour un plaidoyer victimaire.

    Le raisonnement est presque drôle : n’est jamais évoquée la possibilité que Trump ait été le seul à prononcer des propos si grossièrement erronés qu’ils soient corrigibles en quelques secondes. On se dit qu’il faut vraiment avoir perdu tout sens commun pour se faire prendre par ce retournement grossier et ne pas se demander : si Trump est autant corrigé, c’est peut-être que Kamala Harris ment moins… Eh bien, manifestement, suffisamment de gens ont la tête à l’envers pour accepter ces torsions (car il s’agit là d’un exemple parmi mille autres)…

    Mais ce sont les Etats-Unis. Un pays dont la rationalité politique n’a jamais été le fort (souvenons-nous, par exemple, de l’élection de George W. Bush…). Un truc comme ça ne pourrait pas arriver en France. Nous avons nos défauts, certes, mais au pays de Descartes, nous savons raisonner, jusqu’en politique.

    Et puis, à l’occasion d’une grève qui touche la radio de service public (pour cause d’un mouvement social préoccupé par la création d’une holding chapeautant Radio France, France Télévisions et l’INA), nous voici écoutant la matinale d’Europe 1, chaîne du groupe Bolloré, avant-garde de l’extrême droitisation du paysage médiatique français. Au milieu de flashs info qui rabâchent la pugnacité de Marine Le Pen suite à sa condamnation, ainsi que les réactions outrées du monde entier à cette même condamnation, Alexis Brezet, directeur des rédactions du « Figaro », fait sa chronique. Voici en substance ce qu’il explique : la décision des juges de rendre « provisoire » l’inéligibilité de la figure de proue du RN – ce qui l’empêche, à moins d’une autre décision contradictoire en appel, de se présenter à la présidentielle de 2027 – est un problème démocratique. Et d’ailleurs, poursuit le journaliste, à force de constater que, dans l’histoire récente, ce type de décisions touche principalement des élus de droite (Nicolas Sarkozy, François Fillon…), les Français vont devoir se rendre à l’évidence : la justice s’acharne toujours sur les mêmes, la justice est politique (= de gauche).

    En entendant cela, on se dit : suis-je le seul à entendre qu’il y a une petite faille dans le raisonnement ? Et si – mais l’hypothèse est peut-être trop audacieuse –, la droite et l’extrême droite française étaient, dans l’histoire récente, plus enclines aux malversations ? Est-ce si inenvisageable ?

    Et puis, on reconnaît la torsion : exactement la même que celle de Trump et Joe Rogan. Une manière de dire les choses qui a l’apparence du bon sens, mais consiste à le renverser pour consolider une vision du monde, au détriment de toute forme de contradiction par les faits. Scientifiquement, on appelle cela un « biais de confirmation », mais c’est, depuis toujours, la logique propre à la folie : si je pense être Napoléon à Sainte-Hélène, les infirmiers qui s’occupent de moi deviennent des soldats anglais. C’est logique. Et c’est implacable.

    L’étrangeté de la période consiste en une conversion de tout un tas de gens qu’on pensait certes engagés politiquement, mais raisonnables, à ce type de raisonnement. Et un vieux souvenir remonte : dans « Rhinocéros » de Ionesco, une pièce relue ces temps-ci parce qu’elle raconte, allégoriquement, la conversion progressive d’une population au fascisme, un des personnages principaux est « le logicien ». L’écrivain avait sans doute compris qu’on remporte une victoire quand la logique ne sert plus la raison.

    Par Xavier de La Porte

    #Xavier_de_La_Porte #Justice #Marine_LePen #Logique_malsaine

  • Quand Hitler inspirait l’Amérique... et réciproquement
    https://www.nouvelobs.com/histoire/20250122.OBS99332/quand-hitler-inspirait-l-amerique-et-reciproquement.html

    Par Xavier de La Porte

    Publié le 22 janvier 2025 à 15h00, mis à jour le 22 janvier 2025

    Charles Lindbergh et son « Spirit of St. Louis », en 1927 ; Henry Ford en 1938. Deux admirateurs déclarés d’Adolf Hitler. MARY EVANS/SIPA ; AFP
    Temps de lecture : 4 min.

    Récit Avec le salut nazi d’Elon Musk et les premiers décrets de Donald Trump, les Etats-Unis semblent renier leurs idéaux de liberté et de démocratie. C’est oublier que le fascisme fait aussi partie de leur histoire.

    L’image d’une Amérique intrinsèquement défenseuse de la démocratie et des libertés doit beaucoup à son rôle primordial dans la victoire contre le nazisme et à la guerre froide qui l’opposa à l’URSS. Mais elle fait oublier une histoire beaucoup plus complexe. Quelques rappels.

    1. Le « Bund germano-américain »

    Cette organisation américaine pro nazie est active pendant toutes les années 1930. Son principal coup d’éclat est une manifestation qui réunit le 20 février 1939, au Madison Square Garden de New York, près de 20 000 personnes. Le leader du Bund, Fritz Julius Kuhn, transforme le président Roosevelt en « Rosenfeld » et le New Deal en « Jew Deal », il fustige les médias juifs et réclame des « Etats-Unis blancs, dirigés par des non-juifs… des syndicats contrôlés par les non-juifs, libérés de la domination juive sous la direction de Moscou ». La mise en scène mêle références à l’Amérique et au nazisme (ainsi du salut bras tendu, qui évoque à la fois le salut fasciste et le salut au drapeau américain tel qu’il est pratiqué à l’époque).

    Néanmoins, l’événement provoque une forte réaction dans la population new-yorkaise et américaine. Kuhn est arrêté et envoyé en prison pour immigration illégale. Le Bund est démantelé par le gouvernement après l’entrée en guerre des Etats-Unis.

    2. « America First » et Charles Lindberg

    En 1940, est créé le comité America First. Agrégeant des opposants à l’entrée en guerre des Etats-Unis, il porte un discours isolationniste, gentiment teinté d’antisémitisme. La cible principale d’America First est le président Franklin Delano Roosevelt, accusé de vouloir faire basculer l’Amérique dans le conflit (et accessoirement d’avoir intégré des femmes et des juifs dans son administration).

    Le comité compte jusqu’à 800 000 membres, qui viennent de différents bords politiques. Une de ses figures de proue est le pionnier de l’aviation Charles Lindbergh, qui a manifesté à plusieurs reprises sa sympathie à l’égard d’Adolf Hitler.

    Le Comité est dissous en décembre 1941, au lendemain de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor et de l’entrée en guerre des Etats-Unis
    3. Henry Ford finance le parti nazi

    L’industriel automobile, à la tête d’une des entreprises les plus importantes du pays, est un antisémite revendiqué. Auteur d’un livre sur la question (« The International Jew »), il diffuse ses idées dans un journal qu’il a racheté (le « Dearborn Independant »). Soutien financier du parti nazi allemand et d’Adolf Hitler, il se voit décerné en 1938 la Grand-Croix de l’Ordre de l’Aigle allemand, plus haute distinction nazie pour un étranger.

    4. Walt Disney accueille Leni Riefenstahl

    En 1938, quelques jours après les pogroms de la Nuit de Cristal, la très célèbre et très nazie cinéaste Leni Riefenstahl est à Hollywood. Personne ne veut la recevoir, sauf Walt Disney, qui l’accueille. Il faut dire qu’un an plus tôt, son frère Roy est à Berlin pour la promotion de « Blanche Neige », et y rencontre Jospeh Goebbels, ministre de la propagande de Hitler, qui, au passage, a adoré le dessin animé. Walt Disney aurait fricoté avec le Bund et un court-métrage montre un loup qui a les traits des caricatures antisémites de l’époque. En 1943, quand l’Amérique entre en guerre, tout disparaît : le loup devient un nazi et sur l’affiche de « Der Fuehrer’s face », Donald balance une tomate dans la face d’Adolph Hitler.

    5. Les lois raciales américaines, un modèle pour Hitler

    C’est la thèse que défend James Q. Whitman, professeur de droit comparé à l’université de Yale, dans son livre « Modèle américain d’Hitler. Comment les lois raciales américaines inspirèrent les nazis », résumée par Naomi Klein dans son livre « le Double » :

    « [Withman] montre combien les contorsions juridiques mises au point par les Etats-Unis pour instaurer des droits de pleine citoyenneté fondés sur la race ont contribué à inspirer les lois de Nuremberg de 1935, qui allaient priver les juifs allemands de leur citoyenneté et leur retirer leurs droits politiques, tout en interdisant les relations sexuelles, le mariage et la reproduction entre juifs et Aryens : la loi sur la citoyenneté du Reich ; et la loi sur la protection du sang et de l’honneur allemands. Les ghettos juifs qu’ils ont créés ont été partiellement pensés à partir des systèmes de ségrégation instaurés par les lois Jim Crow et celles relatives aux réserves amérindiennes ; le système d’apartheid sud-africain a également été une importante source d’inspiration. »

    Les lois Jim Crow sont celles qui ont imposé la ségrégation raciale aux Etats-Unis, suite à l’abolition de l’esclavage, afin d’entraver l’exercice de droits constitutionnels acquis par les Afro-Américains à la fin de la guerre de Sécession.

    6. Les nazis admirateurs de la frontière américaine

    Nombreux furent les nazis qui admirèrent la mythologie américaine de la frontière, conçue comme le droit de pousser toujours vers l’Ouest pour coloniser des terres, et d’éliminer tous ceux qui y faisaient obstacle. Une idée qu’on retrouve dans le Lebensraum nazi – ou « espace vital ». « Félicitant les colons européens d’avoir “abattu des millions de Peaux-Rouges” jusqu’à les réduire à quelques centaines de milliers, Hitler a déclaré que c’était désormais au tour de l’Allemagne de procéder à des nettoyages et à des déplacements massifs de populations sur sa propre frontière », écrit Naomi Klein. En effet, la référence est explicite dans une déclaration d’Hitler le 17 octobre 1941 : « Un seul devoir : nous devons réaliser la germanisation par l’immigration des Allemands et considérer les habitants comme des Indiens. »
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    7. L’eugénisme nazi inspiré des Américains

    Toujours dans « le Double », Naomi Klein rappelle une part sombre de l’Histoire états-unienne : « lorsque Hans Asperger et d’autres médecins allemands et autrichiens s’étaient mis à juger certains handicapés “indignes de vivre”, leur influence venait tout droit des Etats-Unis, de l’Indiana, où, en 1907 et pour la première fois dans le monde, une loi eugénique de stérilisation forcée avait été adoptée, avant de s’étendre rapidement à d’autres Etats. » Un mouvement eugéniste justifiait pseudo-scientifiquement la stérilisation forcée de dizaines de milliers de personnes dont les gènes étaient considérés comme une menace, sur la base d’une supériorité naturelle des gens de souche anglo-saxonne et nordique. « Les nazis se sont emparés de ce précédent et l’ont radicalement étendu (environ 400 000 personnes auraient été stérilisées sous leur joug), mais, en la matière, ils n’ont innové qu’en termes d’échelle et de rapidité, non sur le principe. »

    En 2004, dans son roman « le Complot contre l’Amérique » (Gallimard), l’écrivain Philip Roth a imaginé une dystopie dans laquelle Charles Lindbergh est élu en 1940 président des Etats-Unis. Il montre comment aurait pu s’installer un fascisme cohérent avec une partie de l’Histoire de son pays. L’impression, aujourd’hui, est que la dystopie est devenue réalité.

    Par Xavier de La Porte

    #Etats-Unis #Nazisme #Xavier_de_la_Porte

  • « Malgré Elon Musk, la Silicon Valley reste un bastion du parti démocrate »
    https://www.nouvelobs.com/idees/20241109.OBS96127/malgre-elon-musk-la-silicon-valley-reste-un-bastion-du-parti-democrate.ht

    Entretien avec Fred Turner sur la situation post-électorale dans la Silicon Valley

    Propos recueillis par Xavier de La Porte

    Publié le 9 novembre 2024 à 9h30
    Elon Musk au meeting de Donald Trump au Madison Square Garden, à New York, le 27 octobre 2024.

    Entretien La victoire de Donald Trump risque de bénéficier au patron de Tesla. Mais ce n’est pas toute la Tech américaine qui a basculé dans le camp républicain. Analyse avec l’historien de la Silicon Valley, et professeur à Stanford, Fred Turner.

    La participation d’Elon Musk à la campagne de Donald Trump a été spectaculaire. Mobilisation sur X (ex-Twitter), dons financiers, participation à des meetings… Au point que le patron de X, Tesla, SpaceX, Neuralink et Starlink a été longuement remercié par le nouveau président le soir de sa victoire. Il n’est pas le seul personnage important de la Silicon Valley à s’être engagé dans cette campagne auprès de Donald Trump : Peter Thiel (autre membre de la « mafia Paypal »), l’investisseur Marc Andreessen et d’autres encore. Eu égard à la timidité de Jeff Bezos, le patron d’Amazon et propriétaire du « Washington Post », qui a refusé que son journal s’engage pour Kamala Harris, et au silence relatif d’autres patrons de cette industrie longtemps favorable aux démocrates, on peut avoir l’impression que quelque chose a changé dans la Silicon Valley, que ce lieu jadis plein d’ingénieurs utopistes et post-hippies a cédé aux sirènes de l’alt-right. Fred Turner, auteur notamment de « Aux sources de l’utopie numérique » et historien de la Silicon Valley, nuance ce sentiment, tout en notant les effets néfastes que pourrait avoir l’influence de Musk sur Donald Trump.
    La victoire de Trump est-elle aussi, d’une certaine manière, celle d’Elon Musk ?

    Fred Turner Bien sûr. Et celle de Jeff Bezos aussi. En soutenant Trump de manière aussi agressive, Musk a fait du nouveau président son débiteur. Celui-ci lui doit maintenant bien des faveurs que le patron de X ne manquera sûrement pas de lui réclamer dans les années à venir. Elles peuvent aller d’avantages réglementaires pour ses entreprises à une influence directe dans le gouvernement.

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    Il est difficile de déterminer si l’implication de Musk découle d’une conviction politique sincère ou d’un opportunisme entrepreneurial. Quelle est votre hypothèse ?

    Avec quelqu’un comme Musk, il est difficile de démêler le personnel du politique. Comme d’autres magnats de la tech, il considère les affaires et la politique comme deux moyens de changer le monde, et comme deux systèmes nécessitant des « hommes forts » à leur tête.
    La technologie a déjà conduit à la privatisation de nombreux aspects de la vie. Ce lien fort entre Trump et Musk pourrait-il accélérer cette tendance ?

    Aux Etats-Unis, cela mènera certainement à davantage de dérégulations. Le contrôle des entreprises sur des fonctions historiquement assumées par l’Etat pourrait aussi se voir renforcé. Le système de satellites Starlink de Musk, conçu et entièrement détenu par une entreprise privée, est déjà une infrastructure critique pour l’armée américaine. Quand les oligarques accèdent au pouvoir, ils ont souvent tendance à céder les ressources de l’Etat à leurs partisans pour s’assurer de leur loyauté. On verra si cela se produit ici. Il faudra garder un œil sur le secteur de l’éducation, par exemple… et sur la possibilité d’une privatisation et d’une numérisation de l’instruction publique.
    L’implication d’Elon Musk (et, plus largement, de la « PayPal mafia »), combinée au refus de Jeff Bezos que le « Washington Post », journal dont il est propriétaire, ne prenne parti pour Kamala Harris, indiquent-ils une évolution politique de la Silicon Valley ?

    Non. Pas vraiment. Il existe une grande fracture entre les dirigeants des grandes entreprises technologiques et les employés de base. Comme l’ont montré les résultats du vote, la Silicon Valley reste un bastion du Parti démocrate, même si ses leaders promeuvent des dirigeants autoritaires – et se comportent d’ailleurs comme tels.
    Quels sont les aspects du message de Trump qui ont séduit ces dirigeants ?

    Pour des figures comme Musk, l’image de l’homme fort est assez attirante. De même que les appels à la dérégulation et la promesse de privilégier les intérêts des entreprises et le profit, au détriment de l’environnement et du bien public.
    Y a-t-il une forme de luttes des classes au sein de Silicon Valley ?

    Il existe dans cette région des Etats-Unis une inégalité immense. Dans notre livre « Visages de la Silicon Valley », nous avons tenté avec Mary Beth Meehan de rendre visible la classe ouvrière de la vallée. Malgré l’immense richesse produite ici, une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté et, selon la banque alimentaire Second Harvest, un habitant sur six dépend régulièrement de leurs services.
    Y a-t-il encore des utopistes post-hippies à Silicon Valley ?

    Oui. Les utopistes des années 1960, qui ont joué des rôles clés dans l’essor de la Silicon Valley, ont aujourd’hui autour de 80 ans. Mais une nouvelle génération a pris le relais dans leur croyance que les technologies peuvent remplacer la politique et résoudre les problèmes sociaux, dont ils estiment par ailleurs qu’elle est la cause. Leur foi dans la promesse utopique portée par les machines et la technologie est visible partout, que ce soit dans la pratique du microdosage de LSD au travail (pour, pensent-ils, devenir plus intelligents) ou dans la création de systèmes d’Intelligence Artificielle censés doter les humains d’aptitudes quasi-divines. Chez beaucoup de personnes de la Silicon Valley, il persiste, comme c’était le cas dans les communautés des années 1960 qui en furent à l’origine, une grande cécité sur les conditions ordinaires de la vie ordinaire, et un manque d’intérêt pour trouver les moyens de l’améliorer.

    Kamala Harris a-t-elle adressé un message spécifique au monde de la tech ?

    Pas à ma connaissance. Mais elle y est bien connue évidemment, puisqu’elle est originaire de la région de la baie de San Francisco.
    Quel rôle les podcasts (notamment ceux de Joe Rogan et de l’alt-right) ont-ils joué pendant la campagne ? Voyez-vous cela comme un déplacement de l’influence des médias traditionnels vers les nouveaux médias ?

    Un des grands enseignements de cette élection est que les médias de masse comptent beaucoup, beaucoup moins qu’auparavant. Pensez-y : Kamala Harris a réussi à mobiliser en sa faveur la plupart des grandes figures d’Hollywood, de l’industrie musicale et de la télévision. Beyoncé a ouvert un de ses meetings, et Taylor Swift l’a soutenue publiquement. De nombreux grands journaux américains ont appuyé sa candidature, tacitement ou explicitement. Malgré tout, cela n’a pas suffi à convaincre les électeurs.

    Il est trop tôt pour produire une analyse satisfaisante de ce qui s’est passé, néanmoins il est de plus en plus évident que les gens vivent dans des silos informatifs très distincts et ne font plus confiance aux médias destinés à ce que nous appelions autrefois le grand public.

    BIO EXPRESS

    Fred Turner enseigne l’histoire des médias à l’université Stanford, en Californie. Il est l’auteur d’un ouvrage devenu un classique, « Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence » (C & F Editions, 2012).

    Propos recueillis par Xavier de La Porte

    #Fred_Turner #Xavier_de_La_Porte #Silicon_Valley #Elections #Musk #Mary_Beth_Meehan

  • A l’Assemblée, des députés LFI « anti-républicains » ou « ultra-républicains » ?
    https://www.nouvelobs.com/idees/20240703.OBS90607/a-l-assemblee-des-deputes-lfi-anti-republicains-ou-ultra-republicains.htm

    par Xavier de La Porte

    Tout d’abord, est-il vrai que les députés LFI ne se comportent pas comme les autres à l’Assemblée nationale ? « Sur la forme, oui, on peut dire qu’ils cassent les codes », explique un vieil habitué de l’Assemblée. « Déjà, ils ont imposé l’abandon du costume cravate, détaille-t-il, ce qui change pas mal l’atmosphère du lieu, devenue soudainement beaucoup plus décontractée. Ensuite, quand ils ne sont pas d’accord, ils l’expriment de façon véhémente… » Une autre précise : « il y a un côté garnements du fond de la classe. Ils donnent l’air de ne pas écouter et d’attendre l’occasion de sortir le bon mot qui fera marrer les copains ».

    Le moment privilégié est celui des « questions au gouvernement » qui, concentrant l’attention médiatique, permet d’obtenir l’effet maximal : « certaines sorties sont visiblement calibrées pour faire une vidéo efficace sur Instagram ou sur TikTok ». Etienne Ollion, qui est sociologue au CNRS et étudie la vie parlementaire, objective ces observations : « LFI a prolongé en 2022 une stratégie de scandalisation inaugurée en 2017, qui était une réussite de leur point de vue car elle lui avait permis de trouver audience et visibilité, y compris à l’extérieur de l’Assemblée. » Mais en 2017, les députés LFI étaient au nombre de 17, ils sont 75 depuis 2022. Pour Etienne Ollion, cela change les choses : « L’Hémicycle est un petit espace. Quand on s’engueule, c’est parfois à cinq mètres, on se postillonne presque dessus. » Cela explique certains qualificatifs qu’on a beaucoup entendus pour décrire le comportement des députés de la LFI, depuis « puérils » jusqu’à « insultants ».

    Mais est-ce vraiment là le « jeu parlementaire » ? La stratégie de « bordélisation », du « bruit et de la fureur », de LFI en est-elle vraiment une dangereuse négation ?

    Les habitués précisent qu’elle est principalement réservée aux « questions au gouvernement », qui ne représentent qu’une toute partie du travail parlementaire, le plus spectaculaire sans doute, mais pas le plus important. Or, nous précise l’une d’entre eux, « si l’on considère que jouer le jeu de l’institution se manifeste dans la rédaction d’amendements, les motions de censure et l’usage de tous les outils à disposition des parlementaires, on devrait même considérer que les députés LFI sont plutôt ultra-républicains ». Et même, « quand ils utilisent le droit d’amendement pour faire de grand discours de politique générale, c’est pénible, mais cela manifeste surtout une idée assez haute du débat parlementaire ».
    Utiliser à plein la fonction tribunicienne de l’Assemblée

    Dans tout le travail plus invisible, en commission notamment, les députés LFI ne se démarquent pas des autres partis, ni par le sérieux ni par le respect des procédures. Ils sont même « beaucoup plus nombreux à s’exprimer dans les discussions d’amendement », que leurs adversaires d’extrême droite, nous préciser une autre, ce qui est le signe qu’ils sont « beaucoup plus nombreux à travailler ». « Côté RN, nous précise-t-on, on voit bien qu’un ou deux ont été désignés pour parler, les autres sont là pour voter. »

    #Assemblée_nationale #LFI #Xavier_de_La_Porte

  • Pourquoi mépriser les électeurs RN est un vilain défaut
    https://www.nouvelobs.com/politique/20240616.OBS89835/pourquoi-mepriser-les-electeurs-rn-est-un-vilain-defaut.html

    Par Xavier de La Porte

    Analyse Le fossé entre l’électeur Rassemblement national et le « bobo » passe aussi par le diplôme et le rapport au savoir qu’il génère. S’y glisse une condescendance que la gauche peut dépasser en cessant d’être experte et en acceptant de rêver.

    Pourquoi tant de gens votent-ils pour le Rassemblement national ? Racisme, sentiment de déclassement et d’abandon, baisse du pouvoir d’achat, défiance envers les partis de gouvernement, attirance pour une nouveauté politique… ces mobiles s’accumulent et se combinent, et ils sont largement documentés. Il en est un autre dont on parle moins et qui surgit au détour d’une page de l’excellent livre du sociologue Félicien Faury « Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite » (Seuil, 2024). Ayant pendant cinq ans interrogé régulièrement et longuement des électeurs du parti d’extrême droite en région Paca, le chercheur écrit dans un chapitre consacré à la question scolaire : « Il faut rappeler ici que le niveau de diplômes est l’une des variables les plus prédictives du vote RN. Derrière ce résultat statistique, on retrouve chez ces électeurs des trajectoires scolaires souvent heurtées, relativement courtes, vécues difficilement. C’est un certain rapport à l’école, distant voire défiant, qui apparaît comme l’un des facteurs communs à une partie importante de cet électorat. »

    Pendant ce temps-là, on observait à gauche le phénomène inverse. En 2018, l’économiste Thomas Piketty publiait un article, développé ensuite dans le livre coécrit avec Julia Cagé « Capital et Idéologie » (Le Seuil, 2023), où il parlait de « gauche brahmane ». Il montrait que depuis les années 1970-1980, le vote de gauche s’était progressivement associé à un haut niveau d’éducation, la « gauche » dans son ensemble devenant donc le parti de l’élite intellectuelle (d’où la métaphore des « brahmanes », la caste supérieure en Inde). Ce constat se reflète aujourd’hui dans la répartition du vote aux élections européennes : mutatis mutandis, la gauche n’est majoritaire que dans les lieux où se concentre cette élite, à savoir les métropoles.

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    Les implications dépassent la géographie électorale et touchent au rapport au savoir. Lors du débat télévisé qui opposait Jordan Bardella à Gabriel Attal, les errements de la tête de liste RN ont été apparents. A plusieurs reprises, il s’est montré imprécis, n’ayant manifestement qu’une connaissance vague des sujets dont il était question. Pour autant, cela ne lui a manifestement porté aucun préjudice, comme toutes les erreurs ou mensonges qu’on a pu relever pendant la campagne.

    Bien sûr, il est évident que la morgue du Premier ministre a pu, même quand elle servait à révéler la faiblesse de son adversaire, le renforcer. Néanmoins, il y avait, pour qui appartient à la « gauche brahmane » constituée autour de la croyance en les vertus du savoir, une tentation : se demander comment « les gens » (= les électeurs du RN) pouvaient avoir envie de voter pour quelqu’un qui a l’air d’une machine répétant des éléments de langage qui se révèlent hors-sol dès qu’on les défait des oripeaux du bon sens. Pourquoi ces gens ne voient-ils pas que ce type ne sait pas vraiment de quoi il parle, que ses positions sont contradictoires, qu’il ne sait même pas très bien comment fonctionnent les institutions qu’il est censé fréquenter, etc ? Cette interrogation n’est pas complètement illégitime mais elle a un défaut terrible : y pointe une forme de mépris.

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    Aucun fact checking ne se révèle efficace

    Et ce mépris, en plus d’être une faute humaine et une erreur tactique, révèle une incompréhension sur la caractéristique du vote RN relevée par Félicien Faury. Car, derrière la question scolaire, se glisse un rapport à la connaissance, à l’intellectualité. Non que les électeurs du RN soient bêtes, incultes, ou même qu’ils n’aient pas réussi dans la vie. D’ailleurs, celles et ceux qu’a interrogés le sociologue appartiennent plutôt, en général, à la petite classe moyenne. Mais outre que ce rapport contrarié à l’école peut produire, malgré une vie pas si mauvaise, une fragilité due à l’absence de diplômes, elle peut engendrer une relation contrariée au savoir, à ceux qui le portent, à ceux qui le transmettent et à tous ceux qui s’en prévalent : les sur-diplômés, les intellectuels, les experts, les journalistes. Les gens interrogés par le chercheur partagent le sentiment d’être méprisés par les « élites » sachantes et un soupçon immédiat pour tout argument qu’elles portent.

    La conséquence est terrible : aucune correction, aucun fact checking, aucun « débunkage » du programme du RN ne sont efficaces. Au contraire même, puisque la parole de ceux qui se livrent à cet exercice est d’emblée démonétisée, voire suspecte. Elle devient alors contre-productive. C’est le drame vécu par les médias qui tentent de documenter les erreurs, mensonges et dangers du RN : les preuves qu’ils apportent ne sont pas discutées en elles-mêmes parce qu’elles sont immédiatement transformées en signes de leur complicité avec un système qu’il s’agit de dégager. On peut évidemment le déplorer. Notamment parce que, comme on l’observe aux Etats-Unis et partout où des leaders illibéraux et populistes sont puissants, cela rend très compliqué le débat public et fragilise les fondements de la démocratie. Si les faits et la connaissance n’ont plus d’importance, comment argumenter ?

    Ce n’est pas la première fois dans l’Histoire que se pose cette question. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, les chercheurs de l’école dite de Francfort (Theodor Adorno et consorts) se sont demandé comment le fascisme avait pu monter dans une grande partie de l’Europe, et pourquoi rien n’avait pu endiguer cette montée. Et ils avaient observé notamment que le camp antifasciste s’était évertué à contrer les élucubrations adverses avec des arguments posés, rationnels, chiffrés, et que, si cela s’était révélé inopérant, c’est parce que le combat ne se jouait pas sur le terrain de la vérité. Il ne s’agissait pas d’affronter une interprétation des faits, mais des émotions et des pulsions. La conclusion qu’ils en tiraient était que face à ce type de discours, il fallait quitter le terrain de la connaissance et de la rationalité, recourir aux mêmes outils que les adversaires et proposer de l’imaginaire et de l’utopie.
    Raviver les rêves

    Ce n’est pas la voie empruntée par les opposants au RN en France, gauche comprise. Pourquoi ? Les raisons sont multiples mais la principale est sans doute que la grande utopie de gauche, le communisme, a tellement failli qu’elle a rendu impossible le fait même de rêver à une autre société. Quant à l’idée de révolution, qui a longtemps habité l’imaginaire de gauche avec une grande puissance mobilisatrice, elle a été renvoyée au mieux au fantasme adolescent, au pire aux souvenirs de la Terreur, et a laissé place à l’obsession d’afficher le plus parfait pragmatisme.

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    Aujourd’hui qu’est en passe d’arriver au pouvoir un parti qui fait fi de tout pragmatisme, mais propose à ses électeurs une autre vie, il serait peut-être intéressant d’essayer de raviver à gauche les raisons de rêver. Car le rêve n’a pas seulement eu comme conséquence le désastre communiste, il a été le déclencheur de nombre de combats et de victoires dont la gauche n’a pas à rougir – et considérés comme des acquis parfois même au-delà de son camp : dans le droit du travail, dans l’égalité entre les hommes et les femmes, dans la redistribution, dans la protection des plus faibles, etc.

    Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire. Mais la gauche est sans doute la mieux placée pour ce travail. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il n’y a pas de rêve macroniste – ou il a tourné au cauchemar. Ensuite parce que ce mépris de classe qu’elle pourrait développer vis-à-vis des électeurs du RN, la gauche le connaît bien, elle l’identifie facilement, puisqu’elle en fut elle-même victime, longtemps, quand elle était populaire et ouvrière. Ainsi est-elle la mieux placée pour s’en défaire, pour comprendre ce que c’est de le ressentir, et apporter des réponses à celles et ceux qui l’éprouvent.

    Et puis, il y a un paradoxe à exploiter : les propositions défendues par le Nouveau Front populaire seraient, si elles étaient appliquées, beaucoup plus favorables économiquement et socialement aux électeurs du RN que les mesures prises par Jordan Bardella s’il était nommé Premier ministre. Enfin, il reste une base populaire importante à la gauche. C’est même une correction que Thomas Piketty et Julia Cagé avaient apportée à leur idée de « gauche brahmane » en constatant que cette assise était encore forte et qu’elle devait constituer une base sur laquelle travailler.

    Par Xavier de La Porte

    #Xavier_de_La_Porte #RN #Gauche_brahmane

    • Aujourd’hui qu’est en passe d’arriver au pouvoir un parti qui fait fi de tout pragmatisme, mais propose à ses électeurs une autre vie, il serait peut-être intéressant d’essayer de raviver à gauche les raisons de rêver.

      Alors c’est faux. Le programme du RN n’est pas de faire rêver et ne propose pas « une autre vie ». Le fondement du vote RN, c’est la croyance dans le fait que, justement, il n’y a pas d’alternative au creusement des inégalités et au rétrécissement des services publics. Les électeurs RN pensent qu’on ne peut pas changer le système, que c’est perdu d’avance, et donc la seule chose qu’on peut faire, c’est qu’il faudra continuer à se contenter d’un service public (école, santé, chômage, retraite…) qui se réduit comme peau de chagrin mais, selon la logique raciale du RN, récupérer une partie du peu qu’il reste à son profit en en privant une partie de la population (les immigrés). Puisqu’on ne croit pas pouvoir rééquilibrer entre riches et pauvres, on va exclure les arabes de la part des pauvres, ça nous en fera un peu plus quand même.

      Rien que la semaine dernière : finalement le RN ne reviendra pas sur la réforme des retraites. Juste on promet qu’on va réduire les pensions des arabes, ce qui devrait en laisser un peu plus pour les autres. (Pendant le mouvement contre la réforme, je me souviens que certains avaient prédit qu’en cas d’échec du mouvement social, ce serait une autoroute pour le RN. Justement parce que vote RN repose sur l’idée qu’on ne peut pas résister au néolibéralisme : juste virer les immigrés pour que le souchien améliore sa part du peu qu’il reste.)

      De fait, le programme de la gauche est exactement ce qui « change la vie », en termes de rééquilibrage de la distribution des richesses et de re-développement des services publics. Mais si on accepte l’idée que les électeurs RN sont rétifs à l’argumentation rationnelle, je vois pas bien quelle est la logique, et que ce n’est pas ça qui peut faire « rêver ».

      Par contre ce qu’on a vu, ce sont les innombrables trahisons de la gauche au pouvoir. C’est pas « le rêve » et les promesses qui ont manqué. C’est la trahison pure et simple par les socialistes au pouvoir qui, systématiquement, ont conduit à désespérer de pouvoir faire les choses autrement. Donc « il faut pas les mépriser, mais il faut leur vendre du rêve », (1) je ne vois pas pourquoi ça marcherait, (2) c’est en soi une forme de mépris (le passage où il décrit longuement les électeurs du RN comme un troupeau d’abrutis de la classe moyenne inférieure cons comme des briques, rétifs à tout argument rationnel, après avoir dit qu’ils ne sont ni bêtes ni incultes, ça vaut son pesant de cacahouètes).

    • Sinon c’est magnifique cette façon d’opposer « l’électeur Rassemblement national et le “bobo” », dès la première phrase qui suit le mot « Analyse ».

      Seine-Saint-Denis 2017, au premier tour :
      – Mélenchon 49% des votes exprimés
      – Le Pen 12%.

      À Saint-Denis même :
      – Mélenchon 61%
      – Le Pen 8%.

    • Sur le fond, @arno je pense que tu dis la même chose que Xavier de La Porte. Il y a une distance entre le « rêve » vendu est sur-vendu, et ce qui se fera vraiment. La question des retraites est significative.
      En revanche, je pense qu’il y a plein d’électeurs du RN qui le font pas seulement pour donner un coup de pied dans la fourmilière, mais parce qu’ils « rêvent » de la France nostalgique qui transparaît dans les discours non pas du RN, mais de tous les suppôts du RN (les médias Bolloré en number one).
      Que leur « rêve » ressemble à ton cauchemar, c’est certain... mais pour elles et eux ?

    • Au sein de la grande guerre qui vise à capter la force de travail d’autrui, je vois le « vote RN populaire » comme une sous-bataille pour engendrer une classe sociale inférieure (ayant moins de droits et sous-payée, logique de l’esclavage et de la colonisation, c’est déjà bien entamé pour qui veut bien regarder du côté de certaines plateformes de livraison à vélo, du secteur hôtelier, du bâtiment et certains pans de l’agriculture). Ceux qui votent RN espèrent tirer quelques subsides du sous-paiement de la classe inférieure ainsi créée. Je le vois comme un mouvement de recolonisation de l’intérieur où les classes populaires blanches espèrent devenir des sortes de pieds-noirs métropolitains pouvant à nouveau se payer du petit personnel ou au moins bénéficier d’un SMIC auquel les non-blancs ne pourront plus accéder.

    • @hlc Si tu as le temps, je te conseille l’entretien entre Félicien Faury et Stefano Palombarini, je trouve que c’est beaucoup plus pertinent. Ils décrivent les électeurs RN comme adhérant au « paradigme néolibéral », en ce sens qu’ils adoptent sa logique, savent qu’ils sont du mauvais côté du bâton, mais plutôt que de vouloir en sortir ou de le changer (position de gauche), ils considèrent qu’il n’y a pas de possibilité d’en sortir, et donc adoptent une grille de lecture ethno-raciale : ce qu’il reste pour notre classe sociale, on va en priver les immigrés.
      https://seenthis.net/messages/1057467

      Du coup, je pense pas qu’ils « rêvent » d’un retour à la France de la Guerre des boutons, façon clip de Zemmour : certes ils ont la nostalgie (plus ou moins fantasmée) d’une époque meilleure pour leur classe sociale, mais ils pensent fondamentalement qu’on est dans un monde désormais néolibéral, et qu’il faut faire avec. Ils ne rêvent pas d’un monde où il y aurait plus d’argent pour les petites gares de campagne, pour l’école, pour l’hôpital, pour les retraites, pour les protections sociales : ils adoptent l’idée que c’est fini et que maintenant il faut faire des économies pour soutenir l’économie, et pour cela on va arrêter de donner des sous aux arabes et autres.

      Ils ne rêvent pas qu’on va leur redonner un truc d’avant. Juste qu’on en prive les allogènes pour qu’on évite de leur sucrer à eux. Le RN fonctionne sur l’absence d’espoir.

    • C’est vrai. On ne peut pas donner des étoiles aux commentaires seulement aux documents de départ. Qui se charge-t-il de programmer l’attribution de notes aux commentaires et des modes de tri rendus possibles par cette nouvelle fonctionnalité ;-)

    • Oui pour le « vote RN populaire », mais ce qui se passe sous nos yeux, c’est aussi le vote RN de membres des classes dirigeantes et de la petite bourgeoisie, y compris intellectuelle (les profs). C’est ce cumul de deux voies qui fait la force du vote. Ne recommençons pas l’erreur que nous avons faite en analysant le vote Trump comme celui des déclassés. Certes, ils y étaient, mais sa puissance provenait du ralliement des classes aisées.

    • Oui mais a priori, la logique de la gauche, c’est « comment reconquérir le vote populaire ? » et non « Comment conquérir le vote des classes aisées ? »

    • @hlc Le texte de Xavier de la Porte se focalise explicitement sur la base, « la petite classe moyenne » qui aurait eu un rapport compliqué à l’école et qui est totalement rétive aux arguments rationnels et hostile aux intellectuels.

      Du coup si à l’inverse tu veux discuter des classes dirigeantes, de la petite bourgeoisie et des classes intellectuelles, je veux bien, mais dans ce cas, je pense que le mépris le plus cinglant est parfaitement légitime (et même encouragé). :-))

      Pour les classes populaires, qu’on considère les déterminants sociologiques, c’est effectivement sans doute plus efficace que le simple mépris (qui peut tourner au mépris de classe – même si je pense que l’argument du mépris de classe est une grosse facilité au service du RN, parce que toutes les classes populaires ne virent pas fachotes).

      Par contre, pour les autres, on ne va pas se gêner.

    • sociologie électorale du RN résumée
      https://seenthis.net/messages/1057561

      Ces dernières années, l’expansion électorale du RN s’est réalisée en grande partie sur les segments de l’ancien électorat de la droite. En schématisant, le RN « normalisé » de Marine Le Pen a très largement prospéré au sein de la coalition électorale qui avait porté Nicolas Sarkozy au pouvoir, dans les classes moyennes, chez les retraités, dans les mondes ruraux. Parmi les électeurs qui avaient soutenu Nicolas Sarkozy en 2007 et ont voté le 9 juin, quatre sur dix l’ont ainsi fait en faveur de la liste conduite par Jordan Bardella.
      Cette évolution se vérifie dans toutes les enquêtes. Ce ne sont plus seulement les artisans, les commerçants, les ouvriers les moins qualifiés et les employées sans diplôme qui placent le RN en première position quand ils votent. Ce sont également les classes moyennes propriétaires de leur résidence principale en périphérie urbaine, les agriculteurs, les entrepreneurs et les retraités résidant dans les villes moyennes et à la campagne.

  • On a parlé science-fiction, technologies et rapport au vivant en randonnée avec Alain Damasio
    https://www.nouvelobs.com/idees/20240407.OBS86782/on-a-parle-science-fiction-technologies-et-rapport-au-vivant-en-randonnee

    L’auteur culte de science-fiction publie un essai inspiré d’un séjour dans la Silicon Valley. Pour en parler, il nous a reçus chez lui, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

    Par Xavier de La Porte
    Publié le 7 avril 2024 à 8h30, mis à jour le 8 avril 2024 à 10h18

    Alain Damasio marche au pas de course dans les sous-bois d’une colline du Luberon, et disserte en haletant : « Le numérique a tout dématérialisé… Tout est devenu information et flux… Même les voitures d’aujourd’hui sont moins des machines de tôle que des réceptacles à données personnelles… On en conçoit une forme de nostalgie pour la matière qu’on constate jusque dans la SF… les auteurs passent leur temps à décrire avec mélancolie des usines et des… » Damasio se fige avant la fin de sa phrase. Il passe la main sur le tronc d’un arbre où apparaissent des formes qu’on dirait gravées par un artiste : « Tu vois ça ? Ces traces sont laissées par des vers qu’on appelle typographes. Avec Vinciane Despret, on s’amuse à confronter nos interprétations de ces écritures. C’est très marrant. » On a à peine le temps de jeter un coup d’œil au tronc qu’il reprend la marche encore plus vite.

    A l’origine, l’idée était juste de discuter avec Alain Damasio d’un essai qu’il publie ces jours-ci, « Vallée du silicium », fruit d’un voyage dans la Silicon Valley effectué en sortie de confinement. En soi, c’était déjà intrigant : lui, l’auteur de trois romans de science-fiction devenus des classiques, dont le dernier, « les Furtifs », peut se lire comme une critique en règle des technologies de surveillance, lui, le militant connu pour ses engagements politiques très à gauche, lui, à l’aura intellectuelle puissante mais très européenne, qui se promène dans l’épicentre mondial de la tech et du capitalisme numérique, cela attise la curiosité. Mais s’est ajoutée une autre dimension quand il a fixé le lieu du rendez-vous : la Zeste (zone d’expérimentation sociale terrestre et enchantée) qu’il a cocréée dans les Alpes-de-Haute-Provence.

    #Silicon_Valley #Alain_Damasio #Xavier_de_La_Porte

  • Faut-il laisser la dernière part de pizza ? - Vidéo Dailymotion
    https://www.dailymotion.com/video/x8qzltp


    https://s2.dmcdn.net/v/VYDCz1ba3pC94BUjS/x720

    Pourquoi nous est-il si difficile de prendre la dernière part de pizza ? Derrière cette question, c’est celle des normes sociales qui est posée. Notre journaliste Xavier de La Porte tente d’y répondre dans ce nouvel épisode de notre série Dilemme, qui aborde avec philosophie les petits problèmes moraux de la vie quotidienne. De quoi vous donner l’occasion de briller lors du réveillon du Nouvel an, même si la pizza n’est pas au menu.

    #Normes_sociales #Xavier_de_La_Porte

  • La typographie : ce qu’on voit, ce qu’on ne voit pas
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/la-typographie-ce-qu-on-voit-ce-qu-on-ne-voit-pas-6729837

    "Ce qu’on aime au fond, c’est ce qui est à la fois hyper-moderne, et très ancien". C’est grâce à cette phrase prononcée par son ami l’écrivain Olivier que Cadiot que Xavier de La Porte a compris pourquoi il aimait le numérique !

    Je l’aime parce que c’est un attribut très fort de notre modernité, ce qui donne forme à l’expérience contemporaine - et sans doute même à l’expérience dans l’avenir. Mais le numérique fait aussi ressurgir, sous une autre forme, les vieilles questions.

    Et c’est pour ça que la typographie m’a toujours intéressé : comme une rencontre de l’hypermoderne et du très ancien, comme un vieil art de la lettre et de la mise en page travaillé par tout ce qui travaille le reste du numérique : la domination de grands acteurs, l’exploitation des données personnelles, l’Intelligence Artificielle et tout ça.

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    Ça faisait longtemps que j’avais envie de discuter de ça, et là, j’apprends la parution d’un livre. Il s’appelle “Typothérapie” et son auteur est Nicolas Taffin, il sort dans les très bonnes éditions C&F, maison d’édition qu’il a cofondée avec Hervé LeCrosnier. Dans le tandem de C&F, Nicolas est celui qui compose les livres.

    On se connaît depuis longtemps avec Nicolas et j’aime bien l’écouter parce qu’il parle avec une voix très douce. Mais c’est pas simplement sa voix qui est douce, sa pensée l’est aussi. C’est pas pour rien qu’il a appelé son livre “Typothérapie”, c’est parce que pour lui la typo - du caractère jusqu’à la mise en page - ça relève du soin. Il dit toujours : pour bien mettre en page un texte, il faut beaucoup d’empathie, il faut avoir envie de faire du bien à cet autrui qu’est le lecteur en lui rendant agréable sa rencontre avec le texte et ce qu’il trimballe de signification.

    Ça, Nicolas le justifie en allant puiser dans l’histoire de la philosophie - parce que la philosophie est sa formation initiale - mais c’est aussi ce qui le guide dans son abord de toutes les questions dont j’ai envie de parler avec lui.

    #Typothérapie #Nicolas_Taffin #Xavier_de_La_Porte #Podcast #Le_code_a_changé

  • Crise sanitaire : la nouvelle vie du QR code - Elle
    https://www.elle.fr/Societe/News/Crise-sanitaire-la-nouvelle-vie-du-QR-code-3940665

    Ce n’est pas un hiéroglyphe, mais presque. Un carré fait de carrés, illisible pour l’œil humain. Pour le démystifier, il faut une pierre de Rosette sur batterie : votre smartphone. En terrasse, les nouveaux Champollion n’en mènent parfois pas large, à l’instar de Jihane et d’Oscar, 33 et 34 ans, qui tentent de télécharger le menu d’un resto. « Ah, on peut le faire avec la fonction appareil photo ? » s’étonne la jeune femme. Si, en France, c’est la crise sanitaire qui a imposé l’utilisation du « quick response code », cette technologie est présente en Asie depuis longtemps.

    Imaginé en 1994 par un ingénieur japonais, le QR code sert d’abord à suivre la fabrication des pièces détachées chez Toyota. Il se démocratise à la fin des années 2000 avec l’arrivée des smartphones. En Occident, Snapchat devient, en 2016, la première appli grand public à proposer son lecteur QR. Désormais, il est partout, interface incontournable pour connecter le monde numérique au monde physique. C’est un augmentateur de réalité, en quelque sorte. Un outil marketing pour les marques, une nouvelle expérience culturelle. « Le code-barres représentait la circulation des marchandises et ne nous était pas directement destiné, explique Xavier de La Porte, créateur du podcast « Le Code a changé » sur France Inter. À l’inverse, le QR code permet un transfert d’informations qui nous concerne directement : c’est l’Audioguide au musée, le menu du resto, les notices d’explication… » Reste que ces nouveaux usages ne font que renforcer notre dépendance à la machine. « D’un outil d’augmentation de la réalité superfétatoire, on est passé à un outil incontournable qui ne fait que renforcer la fracture numérique. C’est extrêmement violent », pointe Xavier de La Porte.

    Vue des États-Unis, l’inquiétude française prête à sourire. « Tout le monde ou presque a un smartphone, et le QR code est une technologie sûre et bénigne », s’amuse Fred Turner, professeur de sciences de la communication à Stanford. « La pandémie a accéléré l’adoption de technologies de consommation mais le vrai danger social n’est pas là : c’est le développement du data tracking ou de la reconnaissance faciale, alerte Xavier de La Porte. Et ça, pour le coup, ça se fait sans le concours des citoyens. » La révolution n’aura malheureusement pas lieu en terrasse.

    #Xavier_de_La_Porte #Fred_Turner #QRCode

  • Sommes-nous vraiment en train de fabriquer des “crétins digitaux" ?
    https://www.franceinter.fr/emissions/le-code-a-change/sommes-nous-vraiment-en-train-de-fabriquer-des-cretins-digitaux

    J’ai l’impression que le discours sur les jeunes et les écrans est en train de changer. Alors qu’il y a quelques années, on vantait les compétences de ces digital natives - certes un peu accro à leurs écrans, mais tellement habiles à les manipuler - aujourd’hui, ce qu’on entend, ce sont le plus souvent des discours très alarmistes.

    Pour ne prendre qu’un exemple, en septembre dernier, un livre a connu un gros succès commercial et médiatique “La fabrique du crétin digital”, d’un neuroscientifique du nom de Michel Desmurget. Sa thèse : les écrans sont un danger pour les jeunes - enfants et ados -, les études neuroscientifiques le prouvent.

    On est en train de fabriquer une génération perdue, qui aura le choix entre l’obésité, l’addiction, et toutes sortes de troubles émotionnels et cognitifs. 
    Evidemment, ce discours me parle. Parce que je regarde le monde autour de moi, je vois bien que les jeunes passent beaucoup de temps devant leurs écrans, dès tout petits parfois. Je me dis que ça ne doit pas être sans conséquence… D’autant qu’on sait bien que les acteurs économiques du numérique créent des outils pour séduire les plus jeunes, pour capter leur attention…

    #Anne_Cordier #Xavier_de_La_Porte #Le_code_a_changé #Podcast

  • Le dialogue comme remède au « crétinisme digital » ? - Compétences numériques - Pédagogie - Académie de Poitiers
    http://ww2.ac-poitiers.fr/competences-numeriques/spip.php?article192

    Réflexions partagées entre une enseignante curieuse et informée, invitée par le journaliste Xavier de la Porte sur France Inter le 10 novembre 2020, sur le thème Sommes-nous vraiment en train de fabriquer des “crétins digitaux" ?

    Anne Cordier, auteure de "grandir connectés", est maîtresse de conférences en sciences de l’Information et de la communication à l’Université de Rouen. Elle a réalisé de nombreuses enquêtes de terrain auprès des publics jeunes, notamment au sein de l’école, sur leurs usages et pratiques numériques.

    L’émission part d’un constat :
    le discours sur les jeunes et les écrans est en train de changer. Alors qu’il y a quelques années, on vantait les compétences de ces digital natives - certes un peu accro à leurs écrans, mais tellement habiles à les manipuler - aujourd’hui, les discours sont souvent très alarmistes.

    Malentendus sur la vraie vie

    Anne Cordier décrit notamment ce que font les jeunes quand ils "scrollent", activité qui s’apparente au fait de "trainer ensemble", dans laquelle se jouent bien des relations et se construisent des compétences sociales.
    Elle explique ce qu’elle observe de leurs manières de s’informer sur l’actualité, et du malentendu à ce sujet entre les générations.
    Elle analyse également la question des transferts de compétence, et celle du plaisir apporté par la flânerie sur internet, qui permet des découvertes sans pression.

    #Anne_Cordier #Xavier_de_La_Porte #Le_code_a_changé #Podcast

    • C’est assez ouf quand même à quel point elle défend le moindre millimètre des pratiques des jeunes, comme si pour chaque pratique une par une, yavait à chaque fois un « malentendu » impossible ou difficile à dépasser et que les plus âgés peuvent rien comprendre… comme s’il était au final impossible d’avoir une critique de ces pratiques. Avec un « c’est comme ça, ça évolue »… (mais bon c’est assez souvent le cas de Xavier de la Porte en général, j’ai remarqué que quasiment à chaque émission de ce genre, depuis des années, il fait mine de poser un interrogation critique, puis ensuite n’interviewe ou ne relaie des articles que des gens qui vont aller dans le sens d’un techno-progressisme) Au lieu d’une critique historique, comparative…

      Par exemple comparer un sport (co ou pas), qu’on peut quasi à coup sûr faire gratuitement ou presque, qu’on peut pratiquer n’importe où, avec un jeu vidéo multijoueur en ligne produit par une entreprise avec un modèle économique, qui fait tout pour créer de l’addiction forte, avec des psys dans les équipes, etc : c’est incroyablement malhonnête il me semble, c’est vraiment tellement différent comme pratiques… Franchement, comparer du foot, basket, parkour, roller-derbie ou danse, avec Fortnite ou Brawl Stars et leur système d’addiction et de micro-paiement ?
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Free-to-play

      Après ya des morceaux plus intéressants, oui on les laisse moins faire qu’avant, d’autant moins en milieu urbain. Et donc beaucoup moins de temps pour sociabiliser en face à face, et ça c’est triste (et sûrement très mal à long terme pour la société entière). Moi dès CM1 CM2 je partais des heures en vélo avec un copain dans le quartier, et yavait aucun téléphone mobile ni rien pour savoir où on était.

      #techno-béat #techno-progressime

  • Xavier de La Porte : “La littérature porte sur le monde un regard qui permet de comprendre la complexité du numérique” - Radio - Télérama.fr
    https://www.telerama.fr/radio/xavier-de-la-porte-la-litterature-porte-sur-le-monde-un-regard-qui-permet-d
    https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/styles/simplecrop1000/public/telerama_008152_0011.jpg?itok=hFnWJGlW

    En quoi les nouvelles technologies changent-elles quelque chose à nos vies ? C’est la question que se posent le journaliste de France Culture et ses invités dans “Le code a changé”, un podcast en vingt épisodes qui analyse l’impact du numérique dans des domaines aussi divers que la mode, le journalisme ou le trading.

    Comprendre en quoi les technologies changent quelque chose à nos vies : telle est l’intention de Xavier de La Porte, aux manettes du nouveau podcast natif de France Inter, série de vingt épisodes intitulée Le code a changé. À chaque nouvel opus, un invité spécialiste ou acteur d’un domaine plus ou moins dynamité par les nouvelles technologies (la mode, le trading, le journalisme…) répond durant trente à quarante minutes aux questions du journaliste, familier des sujets de société liés au numérique sur France Culture (Place de la Toile, Ce qui nous arrive sur la Toile). Au micro, il n’hésite pas à faire part de ses propres questionnements et sentiments, voire au montage à commenter ses propres questions. Il explique à Télérama le pourquoi de sa démarche.

    Ce podcast, vous le détaillez dans le prologue, est né de votre envie de comprendre en quoi les technologies changent quelque chose à nos vies. A priori c’est une mission que vous poursuivez depuis longtemps à travers vos chroniques et vos émissions. En quoi ce format est-il différent ?
    Sur France Inter je ne m’adresse pas exactement au même public que sur Culture. Et puis le podcast est une forme nouvelle qu’il s’agit d’incarner, à la fois à travers des gens qui racontent des histoires, mais aussi par ma parole – j’avais envie de parler, et pas seulement de poser des questions. Je ne suis pas un geek, je ne m’intéresse pas à la technique en elle-même, mais à ce qui est autour : l’approche par d’autres disciplines, les questions numériques vues depuis les sciences humaines, les mathématiques, la littérature.

    Vous optez pour une mise en scène forte de la rencontre avec vos invités, y compris en vous moquant de vos questions après coup. Cette volonté de transparence est-elle juste un style, ou une adaptation à une caractéristique du monde numérique ?
    Pour moi, c’est plus un petit jeu, comme remettre en scène une question foireuse... Ce n’est pas un truc de transparence, mais davantage d’incarnation. Ma référence est moins YouTube que le genre podcast. Ce que je trouve intéressant dans ce médium, c’est qu’il induit une situation d’écoute particulière, assez solitaire. On est dans une adresse à l’auditeur beaucoup plus interpersonnelle que via la radio de flux. Ce qui m’amusait, c’est de jouer là-dessus, et de le faire se refléter dans le rapport avec l’invité. Certains peuvent trouver le sujet numérique très froid, mais je pense qu’il est au contraire très humain.
    “Le podcast est un espace dans lequel on est encore relativement libres, qui permer des formes d’écriture un peu différentes.”

    Dans votre prologue, vous citez Annie Ernaux et son rapport aux nouvelles technologies, tandis que votre choix d’invités se porte beaucoup sur des auteurs et autrices. Réincarner le numérique doit-il passer par l’écriture et la littérature ?
    Le point d’appui d’un invité peut être un livre, mais le livre peut être un prétexte. Ce n’est pas forcément une volonté de mettre en valeur la nécessité d’un passage à l’écriture pour en parler. Je cherche des manières de regarder le numérique qui tranchent avec la philosophie, la sociologie et les sciences de la communication. Mais il y a aussi une croyance, liée à mon tropisme littéraire, que la littérature porte sur le monde un regard permettant de comprendre, de rendre la complexité du mille-feuille de la question numérique. Internet peut être hyper enchanteur et affreux à la fois. On peut en dire des choses très contradictoires, parce que c’est exactement comme ça qu’on les vit. La littérature est ce qui rend au mieux cette simultanéité.

    Pourquoi avoir décidé de traiter ce sujet en podcast, et non via une émission de flux ?L’idée vient de moi, ce n’était pas à défaut d’autre chose. J’ai fait beaucoup d’émissions sur le numérique, beaucoup de chroniques, et j’avais envie d’essayer une autre manière. C’est un espace dans lequel on est encore relativement libres, qui permet des formes d’écriture un peu différentes. Le fait de faire des interviews, de les remonter beaucoup, est plus compliqué en radio d’antenne.

    Votre premier invité a été David Dufresne, le journaliste à l’origine du recensement des violences policières sur Twitter pendant les manifestations. Que dit ce choix sur la coloration, l’orientation du podcast ?
    Avec David Dufresne, il y avait un entremêlement de quelque chose de très évident, la violence policière, son aspect politique, tragique, médiatique, avec une réflexion personnelle et profonde sur ce que sont la technologie et les réseaux sociaux aujourd’hui. Après, l’ordre des épisodes est davantage dicté par l’idée de montrer que la diversité des questions est gigantesque, et celle de ne pas être univoque dans le ton.

    on aime beaucoup Le code a changé, sur franceinter.fr, un épisode tous les quinze jours, 35 mn.

    #Xavier_de_La_Porte #Podcast #Genre_littéraire

  • Le fisc peut-il croire à nos profils Facebook ?
    https://www.franceinter.fr/emissions/la-fenetre-de-la-porte/la-fenetre-de-la-porte-13-novembre-2018

    Mais, à mon sens, les vraies questions sont ailleurs.

    Tout ça repose sur l’idée que ce que les gens versent dans les réseaux sociaux, c’est vraiment leur vie. Il suffit de les fréquenter un peu pour s’apercevoir que non. Pas vraiment… C’est la vie mise en scène. Concrètement, ça veut dire quoi : qu’on peut mentir sur la date d’une photo, sur qui y apparaît, et qu’on transforme vite une chaumière en château… C’est assez drôle parce que l’administration fiscale est habituée à débusquer des gens qui essaient de se faire passer pour moins riches qu’ils le sont. Là elle risque de devoir dénouer le problème inverse : être confrontée à des gens qui essaient de se faire passer pour plus riches qu’ils ne le sont. Le risque n’est-il pas de perdre beaucoup de temps ?

    Par ailleurs, je ne suis pas un pro de la fraude, mais je me pose une question : est-ce vraiment chez les gens qui s’affichent dans les réseaux sociaux qu’on va débusquer les gros fraudeurs ? Je dis ça parce qu’après l’affaire Cahuzac, l’administration fiscale a ouvert un guichet pour les fraudeurs qui voulaient régulariser leur situation. 36 000 dossiers ont été traités entre 2013 et fin 2017, 35 milliards d’euros cachés à l’étranger, 7,8 milliards de redressements fiscaux. Savez-vous quel était l’âge moyen du repenti ? 72 ans… Pas sûr qu’on les ait beaucoup vus s’afficher sur Instagram allongés en string sur leurs Porsche ceux-là… Et il me semble que les affaires de fraude ou d’évasion massive - révélées par exemple par les Panama Papers - n’ont rien à voir avec la différence entre un train de vie annoncé au fisc et train de vie réel : le problème est celui de montages financiers hyper complexes, de l’alliance entre banques et sociétés off-shore etc…

    #Médias_sociaux #Xavier_de_La_Porte #Fraude_Fiscale

  • « Le hijab n’est pas une question d’honneur »
    https://www.franceinter.fr/emissions/la-fenetre-de-la-porte/la-fenetre-de-la-porte-25-septembre-2018

    Par les hasards de la sérendipité, Xavier de la Porte est tombé sur une vidéo iranienne hier, avec deux femmes, l’une voilé et l’autre non. La vidéo dure une minute trente et elle est frappante.

    #Xavier_de_La_Porte #Iran #Vidéo #YouTube

  • Xavier de La Porte sur Nova - Radio Nova renforce sa case d’avant-soirée - Libération
    http://www.liberation.fr/futurs/2017/09/10/radio-nova-renforce-sa-case-d-avant-soiree_1594816

    La grande nouveauté de la rentrée de Nova s’écoutera du lundi au vendredi entre 18 heures et 19h30. En créant l’Heure de pointe – une « émission d’actualité avec du retard », rigole le directeur Bernard Zekri – la radio musicale veut muscler son début de soirée. C’est le journaliste Xavier de La Porte, venu de France Culture, où il traitait des questions numériques, qui l’animera à partir de ce lundi.

    Ce talk est construit en deux parties. La première, explique Xavier de La Porte, s’articule autour de « thématiques hebdomadaires bizarroïdes » : « grand air » le lundi (sport, écologie…), « tracasseries » le mardi (maladie, enfants, mort…), « factory » le mercredi (numérique, design…), « les sujets qui nous fatiguent d’avance » le jeudi (politique, économie…) et « nos vies bestiales » le vendredi (sexe, animaux…). Chaque soir, le présentateur sera entouré de trois intervenants récurrents, parmi lesquels la réalisatrice Ovidie ou les journalistes Pascal Riché et Sébastien Fontenelle. « Je veux des petites discussions plutôt que des chroniques », précise la nouvelle tête d’affiche de Nova.

    Quant à la seconde partie, plus classique, elle consistera en une interview d’un ou deux invités. « Il s’agira de comprendre le bordel dans lequel on est, avec des gens ayant des idées plutôt qu’étant dans l’actualité », poursuit le Normalien et agrégé de lettres, âgé de 43 ans.

    #Xavier_de_La_Porte

  • Pourquoi la vérité nous importe si peu
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-vie-numerique/pourquoi-la-verite-nous-importe-si-peu

    Régime de la “post-vérité”, “faits alternatifs”, “fausses nouvelles” (fake news), quel que soit le crédit qu’on accorde à ces notions, force est de constater qu’on est dans un moment historique qui a un petit problème avec les faits et la vérité. On en a parlé mille fois ici, de la fabrication et la diffusion des fausses informations, des algorithmes qui renforcent nos croyances - au détriment de la vérité parfois - etc. Mais demeure quand même une question mystérieuse : pourquoi croit-on à cela ? Pourquoi, même quand les faits nous sont opposés, peut-on continuer à croire et prêcher le faux ? C’est une question fascinante, particulièrement en temps de campagne électorale, et à une époque où les réseaux sociaux nous confrontent sans cesse à une polarisation des avis politiques qui se fait souvent sans aucun souci du fait et où l’expression du doute, ou le désir de complexité, sont battus en brèche. Comment est-ce possible ? Eh bien, il semblerait que la manière dont fonctionne notre cerveau nous pousse à accorder peu d’importance à la vérité, que notre raison ne soit pas développée avec un grand souci du fait. C’est en tout cas ce qu’avancent deux ouvrages de sciences cognitives récemment recensés par le New Yorker.

    #fake_news #post-truth #Xavier_de_La_Porte

  • Xavier de La Porte : « Internet, c’est un peu comme la puberté »
    http://www.lesinrocks.com/2015/08/07/actualite/xavier-de-la-porte-internet-cest-un-peu-comme-la-puberte-11765542

    Sur le même écran, avec deux onglets différents, d’un clic à l’autre on peut voir une Colombienne avec les jambes écartées, et écouter Apollinaire réciter Le Pont Mirabeau. Ça produit quelque chose que certains appellent l’esprit de zapping. Mais en même temps, ça produit ce que d’autres ont appelé la poésie, c’est-à-dire l’entrechoquement de réalités qui n’ont rien à voir les unes avec les autres.

    #Culture #Internet #Numérique #Xavier_de_La_Porte

  • Etre remplacé par des robots ? Le vrai risque serait plutôt de devenir robot
    http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/29/etre-remplace-robots-devenir-robot-cruel-dilemme-255746

    Si le mouvement d’automatisation est indéniable, il s’accompagne d’un autre mouvement, beaucoup plus invisible et autrement moins documenté : la robotisation de l’homme. Comme ça, ça fait SF, mais c’est très réel et très concret.

    par @xporte

    #Algorithme #Amazon_Mechanical_Turk #Automatisation #Emploi #Humain #Numérique #Précarité #Robot #Turc_mécanique #Xavier_de_La_Porte

  • Captcha ou l’art de faire travailler sans rémunérer, Ce qui nous arrive sur la toile, par #Xavier_de_la_Porte - France Culture
    http://www.franceculture.fr/emission-ce-qui-nous-arrive-sur-la-toile-captcha-ou-l-art-de-faire-tra

    Mais le CAPTCHA pose la question du #travail à un autre degré, plus étonnant encore. Quel dommage, se sont dit un jour les chercheurs de l’Université Carnegie-Mellon, quel dommage que tous les jours, des centaines de millions d’internautes transcrivent des signes déformés, et que cela ne serve à rien ? Et ils ont inventé un système qui s’appelle Re-CAPTCHA et qui consiste à utiliser ces millions de transcriptions effectuées par les internautes pour améliorer les logiciels de numérisation des livres. En effet, quand on numérise des livres, bien souvent, des caractères sont déformés (parce que la page est abîmée, froissée, parce que l’encre a coulé etc.) et les logiciels de reconnaissance de caractère peinent alors à déchiffrer et retranscrire. En utilisant la retranscription humaine, plus fine, plus souple, plus intuitive, on améliore les logiciels. Ce qu’a très vite compris…. Google. Et oui, encore Google. Google, qui avec son projet Google Books numérise les livres du monde entier par brassée, s’est empressé d’acheter le système Re-CAPTCHA à l’Université Carnegie-Mellon pour améliorer ses logiciels de reconnaissance textuel. Ce qui signifie une chose toute simple : quand vous transcrivez un CAPTCHA, il y a des chances pour que vous participiez à l’amélioration des logiciels de Google, il y a des chances, donc, que vous travailliez pour Google.

    Beaucoup d’argent parce que je suis nombreux . L’industrie du spectaculaire intégré et du commandement immatériel me doit de l’argent. Je serai intransigeant avec elle jusqu’à ce que j’obtienne ce qui me revient.
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4439

    #general-intellect #exploitation #plus-value_sociale