• Comment la #privatisation de la gestion des #visas a profité à la société #VFS_Global, entre « services optionnels facturés » et soupçons de #corruption

    Pour désengorger les consulats, les démarches pour les visas ont été partiellement déléguées à quelques multinationales, dont le leader VFS Global. Une enquête internationale, à laquelle « Le Monde » a participé, montre que ce marché est devenu une #zone_grise hautement lucrative, au détriment des demandeurs.
    Depuis plus de dix ans, Joséphine (son prénom a été changé) s’occupe des démarches nécessaires pour obtenir un visa français pour sa mère, de nationalité sénégalaise. Elle sait bien que cette procédure relève du parcours du combattant. Au Sénégal, depuis 2014, les demandeurs ne se rendent même plus au consulat, mais dans les bureaux de VFS Global, une #multinationale chargée par les autorités françaises de réceptionner et de transmettre les demandes de visa. Y obtenir un rendez-vous est une véritable gageure et pour espérer en obtenir un, affirme la jeune femme, il faut souvent sortir le portefeuille. « C’était plus simple quand c’était le consulat qui gérait ça, c’était réglementé. Là, c’est celui qui paye le plus qui part », souffle Joséphine par téléphone.

    Depuis plus de vingt ans, la France – comme de nombreux autres pays – a choisi, dans un contexte budgétaire contraint, de sous-traiter la gestion des dossiers de visa et l’accueil des demandeurs. La société #VFS, basée aux #Emirats_arabes_unis et en #Suisse, s’est taillé la part du lion de ce nouveau #marché. Elle revendique des « pratiques éthiques et le développement durable » pour servir 71 gouvernements sous contrat.
    Une investigation menée par l’organisation à but non lucratif Lighthouse Reports, en collaboration avec 14 partenaires dont Le Monde, explore des recoins moins reluisants de cette industrie. Notre enquête montre comment VFS a profité de l’externalisation d’une fonction essentielle de l’Etat, en transformant des familles, des étudiants, des travailleurs ou de simples voyageurs en un marché captif et financièrement exploitable. Appuyée sur de nombreux rapports et documents obtenus auprès des autorités européennes dans le cadre du droit d’accès aux documents administratifs, ainsi que des dizaines d’entretiens et témoignages, elle souligne également d’importantes #défaillances structurelles ainsi que l’existence de pratiques corruptives au sein du groupe.

    « Salon premium »

    VFS est chargé de réceptionner les demandes de visa et d’acheminer les documents au #consulat ou à l’#ambassade, après avoir encaissé les #frais_de_dossier pour le compte de l’Etat. L’entreprise se targue ainsi d’« avoir traité efficacement » près de 145 millions de demandes entre 2017 et 2024. Si le nombre de demandes a crû de façon modérée, les #bénéfices ont explosé. Les comptes déposés au #Luxembourg par la holding financière du groupe montrent que les profits d’exploitation annuels de VFS ont plus que quadruplé, passant de 31 millions à 172 millions d’euros de bénéfices. Les revenus par demande ont bondi de 83 %.
    Une manne financière portée par les demandeurs de visa eux-mêmes. Le modèle d’#externalisation est en effet pensé par les gouvernements pour faire des économies. Le voyageur finance les frais du sous-traitant en plus du #prix du visa, car l’Etat ne rémunère pas le #prestataire. « Nous sommes conscients que cette externalisation rend les visas plus chers pour les demandeurs. Nous condamnons cette sélection par l’argent », s’agace Valérie Jacq, représentante syndicale au ministère des affaires étrangères français.

    Et pour cause, la croissance financière de VFS ne repose pas sur le volume des dossiers traités, mais bien plus sur la capacité de l’entreprise à facturer des « #services_à_valeur_ajoutée », ou « #VAS » dans le jargon du secteur : service de courrier et de numérisation, suivi de la procédure par SMS, horaires étendus d’ouverture des centres, aide pour remplir les demandes, ou encore « salon premium » d’attente, où des rafraîchissements sont servis « par un personnel dédié ».

    Ces « services optionnels » qui, selon la réclame de VFS, « visent à améliorer l’expérience client », lui permettent en effet de générer une très forte marge. Sur la base de reçus et factures communiqués par les autorités suédoises, issus d’un échantillon de plus de 2 100 demandes de visas pour la Suède déposés dans 16 pays, le géant des visas tire un tiers de ses recettes des services à valeur ajoutée. Parmi les options privilégiées, plus d’un demandeur sur deux opte pour les coûteux suivis par SMS. Un ancien employé nigérian de l’entreprise affirme, quant à lui, que les services de photocopie de VFS sont « très onéreux ». Ces tarifs, validés par l’Etat dans le cadre d’un contrat, sont bien plus élevés que ceux pratiqués sur le marché.

    Accélérer le traitement des dossiers

    Des employés de VFS, actuels et anciens, ont confirmé à Lighthouse Reports avoir subi des pressions pour vendre ces produits, depuis 2022 et l’arrivée au capital du fonds américain #Blackstone, qui a fixé des objectifs exigeants. Il est « infondé d’affirmer que l’accent a été davantage mis sur les ventes de VAS après l’investissement de Blackstone », répond VFS. La pratique n’est, en effet, pas nouvelle. Des anciens employés de VFS ont ainsi fait état de formations, dispensées depuis de nombreuses années, pour mieux « présenter les services haut de gamme », afin d’atteindre les objectifs mensuels fixés par la direction.

    Parmi les astuces utilisées, explique un agent de VFS, il suffit d’annoncer au guichet « le montant total, SMS et frais de livraison inclus, et la plupart des clients s’en contenteront » en payant une option sans s’en rendre compte. Ces services ont pourtant « vocation à répondre à un besoin exprimé par le demandeur », selon une source au ministère français des affaires étrangères, qui ajoute que de telles pratiques pourraient « entraîner des sanctions contractuelles ».

    Selon des rapports d’inspection obtenus par le consortium auprès de la Commission européenne, plusieurs Etats membres ont relevé une « pression excessive pour promouvoir [les] services complémentaires » de VFS et s’alarment que leur caractère optionnel ne soit « pas du tout clair ».

    Un agent du ministère des affaires étrangères français a ainsi confirmé à Lighthouse Reports que des prestataires de services tels que VFS laissent parfois entendre aux demandeurs que « payer plus leur permettra d’obtenir un visa », les amenant à choisir l’option « #salon_premium » pour obtenir un possible coupe-file.

    Ce phénomène a été par ailleurs clairement mis en évidence par la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet (Union des démocrates et indépendants). Lors de l’examen d’un rapport de 2025 sur la délivrance des visas, qu’elle a écrit avec le sénateur de Paris Rémi Féraud (Parti socialiste), elle assure que « le service “premium” sert parfois à déguiser d’une élégante façon un service davantage rémunéré pour accélérer le traitement du dossier ». Une pratique en violation claire avec le code des visas de l’Union européenne, qui interdit le « traitement inégal des demandeurs de visa ». Au Quai d’Orsay, une source diplomatique affirme pourtant que « tout est fait afin de ne pas permettre l’utilisation du service premium comme un #coupe-file ».

    « #Bots » et #fraude

    Si les prestations « premium » continuent pourtant de se vendre, c’est que les services de base ont été rendus impraticables par une pénurie organisée des rendez-vous. Le système de réservation de VFS est assiégé par des « bots », des programmes informatiques automatisés conçus par des officines externes, « déployant tous types de modes opératoires, y compris illégaux, pour capter un maximum de rendez-vous et les revendre », comme le déplore le rapport sénatorial. VFS assure « mettre en œuvre des mesures de sécurité rigoureuses » pour offrir « un accès équitable à tous les demandeurs ». De son côté, une source diplomatique a confirmé au Monde que cette problématique faisait « l’objet d’une priorité d’action », même si la « solution miracle n’existe pas ».

    Cette pénurie engendrée depuis l’extérieur crée, pour certains salariés de VFS, des opportunités d’argent facile. Ainsi, selon des employés actuels et anciens de la société, de l’Inde au Sénégal, certains ont été pris la main dans le sac, à vendre des créneaux de rendez-vous. De même, lors d’inspections, plusieurs Etats membres ont fait état de problèmes corruptifs impliquant le personnel de VFS, selon les rapports obtenus par Lighthouse Reports. « Dans certains centres, le taux de rotation du personnel est élevé, car des employés sont suspectés de #corruption ou de fraude », confirme un ancien agent chargé des visas au Quai d’Orsay. Une situation démentie par l’entreprise, qui assure que « les cas de comportements répréhensibles sont extrêmement rares compte tenu de la taille de l’entreprise ».

    Alors que VFS échoue à bloquer les « bots », la multinationale a lancé sa propre filiale de conciergerie de visas, #OneVasco, qui propose un « processus de demande simple et adapté aux voyageurs ». En clair, une alternative maison aux bots. Ses bureaux sont stratégiquement placés à côté des centres officiels de VFS, créant ainsi une confusion délibérée, dénoncée par plusieurs chancelleries européennes.

    La situation fait sourire Marc Esteve, professeur de science politique à l’University College de Londres : « Lorsqu’une même entreprise est responsable de la qualité d’un service de base et tire profit de la vente d’alternatives haut de gamme à ce service, elle est structurellement incitée à sous-investir dans le service basique », souligne-t-il.

    VFS assure que parmi ses clients « figurent des gouvernements soumis à certaines des exigences les plus strictes au monde en matière de conformité, de réglementation et de sécurité ». Des gouvernements captifs, qui ont acté l’impossible retour en arrière. Le sénateur Rémi Féraud confirme qu’« il ne serait pas possible de réinternaliser ce service, car les demandes de visa sont trop nombreuses, de sorte qu’il faudrait des centaines, voire des milliers, de fonctionnaires et d’agents publics supplémentaires ». Face au recours massif à ces entreprises privées, la Commission européenne va prochainement « lancer une étude approfondie », afin de prévenir les #abus du système.

    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/05/28/comment-la-privatisation-de-la-gestion-des-visas-a-profite-a-la-societe-vfs-
    #business #migrations #sous-traitance 

    via @freakonometrics
    ping @reka @karine4

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    voir aussi :
    EU cashes in on €130m in rejected visa applications
    https://seenthis.net/messages/1061593

    • En Afrique, un juteux business autour des demandes de visas

      Son nom résonne dans une bonne partie de l’Afrique. VFS Global est une entreprise indienne très connue sur le continent : c’est à elle que de nombreuses ambassades à travers le monde ont confié le traitement de leurs demandes de visas. Pour faire simple, si vous êtes candidat au Sénégal pour un visa pour la France, ou en République démocratique du Congo pour la Chine, c’est #VFS qui traite votre demande de rendez-vous auprès des ambassades concernées. VFS Global a su en faire une affaire très lucrative, au point d’attirer dans son sillage des fraudeurs et de faire l’objet d’incompréhensions chez les demandeurs qui se plaignent de la complexité et du coût des procédures. Une enquête coordonnée par l’organisation de journalisme d’investigation Lighthouse Reports, en collaboration avec 14 médias dont RFI.

      Présente dans 168 pays et en contrat avec 71 gouvernements, VFS Global laisse le même goût d’amertume chez nombre de candidats aux visas dans le monde et en Afrique, pour qui l’accès au précieux sésame est devenu un parcours complexe et coûteux. « Je ne comprends pas tout le système », s’exclame Aliou, artiste-graffeur et entrepreneur sénégalais habitué des demandes de visa pour l’Europe. « Mais ce qui se passe avec les visas en Afrique, excusez le terme, c’est du grand n’importe quoi ! Pour moi, c’est de l’arnaque ! » La même colère et les mêmes mots reviennent chez de nombreux Africains interrogés dans le cadre de cette enquête.

      VFS Global (Visa Facilitation Services Global), majoritairement détenue par le fonds d’investissement américain Blackstone, a vu ses bénéfices opérationnels exploser de 31 à 171 millions d’euros entre 2017 et 2024. Un bond considérable alors que, sur la même période, le volume des demandes n’a augmenté que de 15 %, comme l’indiquent ses états financiers déposés au Luxembourg.

      VFS explique cette croissance fulgurante en partie par la vente de services dits à valeur ajoutée – des VAS –, tous payants, tels que l’envoi d’informations par SMS ou l’accès à un salon premium. C’est justement cette vente de services qui est placée au cœur de la stratégie commerciale de la société.
      Le business rémunérateur des services à valeur ajoutée

      L’enquête a permis de collecter des données à partir de reçus de demandes de visa provenant de plusieurs pays. Cet échantillon montre que les VAS pèsent pour 30 % du chiffre d’affaires de l’entreprise au niveau mondial. En Afrique du Sud et au Kenya, indiquent ces données, la vente de ces services englobe plus du tiers des revenus du VFS local, et plus du quart au Nigeria.

      En Afrique, du Sénégal au Nigeria en passant par le Kenya, de nombreux employés et ex-employés de l’entreprise ont indiqué avoir été spécialement formés à la vente de ces services. Contraints par les objectifs commerciaux de leur direction et motivés par des primes alléchantes, les agents ont expliqué qu’ils faisaient payer ces services aux demandeurs, sans toujours préciser qu’ils étaient optionnels et, surtout, qu’ils ne garantissaient pas l’obtention du visa.

      Au Sénégal, par exemple, un ex-salarié a déclaré de manière anonyme que le service de notification par SMS était présenté comme quasi-obligatoire. Il a fait part d’une « pression » subie pour vendre des VAS du type salon premium ou espace VIP. D’anciens employés de VFS au Kenya ont confié de leur côté qu’ils devaient systématiquement ajouter les frais de SMS et de courrier à la facture des demandeurs… qui ignoraient que ces VAS étaient facultatifs. Deux anciens membres du personnel ont précisé qu’ils percevaient également des commissions sur les ventes.

      Des rapports d’inspection issus de 22 pays de la zone Schengen et de la Commission européenne elle-même soulignent également une « pression excessive de VFS Global pour promouvoir ses services » et un flou entretenu par l’entreprise sur le caractère optionnel des VAS, comme l’attestent des rapports transmis par la Suède en 2025 et la République tchèque à la Commission en 2024.
      Agences parallèles illégales

      À ce système sont venus se greffer des réseaux parallèles extérieurs à VFS, organisés notamment par des employés ou d’ex-employés de l’entreprise. Par leur maîtrise du système de prise de rendez-vous chez VFS, ils montent des "agences" extérieures, illégales mais laissant croire qu’elles collaborent avec l’entreprise. Souvent représentées par des personnes postées autour des bureaux de VFS, ces agences frauduleuses promettent plein succès aux candidats au visa, désespérés par les rejets répétitifs de leurs demandes.

      Dakar, à quelques pas du centre de visa de VFS Sénégal. Salimata, en pleine démarches pour un visa pour la France, témoigne : « Tu essaies de trouver un rendez-vous à n’importe quel moment et il n’y en a pas. Donc il y a des agences (terme souvent utilisé par les fraudeurs, NDLR) qui s’en chargent pour toi et tu paies entre 75 000 et 200 000 francs CFA (entre 114 et 300 € environ). Et on n’est même pas sûr d’obtenir le visa, c’est juste pour avoir le rendez-vous. » Ce qui fait dire à Salimata qu’il existe « une complicité » entre gérants d’agences et employés de VFS « pour vendre des rendez-vous ».

      Dans le bureau VFS Global qui délivre des visas pour la Chine à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, l’enquête a pu prouver que cette complicité existe. Un journaliste participant à l’enquête s’est fait passer pour un demandeur de visa auprès d’une agence frauduleuse et a été mis en relation avec un employé du bureau VFS Global, qu’il a rencontré sur place. Ce dernier lui a réclamé 650 euros, soit plus du double du prix affiché pour le même visa.

      En juin 2025 au Kenya, face aux plaintes des usagers, VFS Global s’est inquiétée publiquement de l’augmentation du nombre de personnes se faisant frauduleusement passer pour des agents de l’entreprise. « Tous les créneaux de rendez-vous sont disponibles gratuitement sur notre site web officiel et sont attribués en fonction de nos prévisions des demandes de visa », a déclaré Stephen Kubasu, directeur général des opérations de l’entreprise. « Les demandeurs ne doivent en aucun cas payer des tiers pour obtenir un rendez-vous car ces affirmations sont mensongères. »

      Interrogée par écrit, dans le cadre de cette enquête, sur ces réseaux frauduleux qui opèrent à l’extérieur de l’entreprise, VFS Global a répondu mettre « activement en œuvre des mesures de sécurité robustes », tels que le mot de passe à usage unique et le CAPTCHA, pour protéger ses systèmes de prise de rendez-vous. Elle indique également avoir lancé la campagne #DoNotFallForFraud pour sensibiliser les demandeurs sur les escroqueries.

      Concernant les services optionnels, VFS Global rappelle « qu’ils sont élaborés en concertation avec les gouvernements », que ​​​​« les demandeurs sont clairement informés que ces services ne sont pas obligatoires » et qu’« ils n’influencent ni les décisions relatives aux visas ni les délais de traitement. »

      En somme, VFS ne fait rien d’illégal mais bénéficie d’un système restrictif mis en place par les Etats. C’est ce que résume Paul Hermelin, président du conseil d’administration de l’entreprise française CapGemini, spécialisée dans les services numériques. Dans son rapport Propositions pour une amélioration de la délivrance des visas publié en 2023, il qualifie la politique française des visas de « machine à mécontentement » du fait de l’obsession sécuritaire et migratoire de Paris.

      « Au Sénégal par exemple, sur 12 000 à 15 000 demandes, il y a un peu moins de 3 000 visas prévus pour les étudiants vers la France. Donc on fabrique près de 10 000 déçus, ça ne va pas du tout ! Avec un déficit de communication, on a une machine à mécontentement », analyse Paul Hermelin. « En France, on délivre généralement un visa d’un an. Si ça se passe bien, on passe à deux ans, puis trois… donc il fallait un nombre d’années incroyable pour arriver au visa de cinq ans. Il y a des hommes d’affaires qui vont et viennent entre Casablanca, Dakar et Paris, des professeurs d’université qui se déplacent pour des conférences, etc. Ce ne sont pas des migrants potentiels illégaux, donc pourquoi ne pas passer directement au visa de cinq ans ? »

      https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260608-en-afrique-un-juteux-business-autour-des-demandes-de-visas

  • JO d’hiver 2030 : les atteintes à l’environnement planifiées par le comité d’organisation

    Défrichements de zones forestières, #terrassements, artificialisations, et des #remontées_mécaniques hors du temps, le comité d’organisation des JO d’hiver 2030 envisage de dégrader durement la #montagne pour le business du #ski.

    « Je ne comprends pas comment on peut sacrifier un site pareil », se désole Anna*, habitante pendant vingt-cinq ans des #Confins, le plateau censé accueillir le « #pôle_nordique » des JO 2030, sur les hauteurs de #La_Clusaz (Haute-Savoie). Ça me dépasse, ça m’atteint profondément. Je suis heurtée par ce qu’ils projettent d’y faire. »

    Sur un plan de masse du futur site, on mesure l’étendue des #travaux projetés. Les #pistes_de_ski courent le long de la zone #Natura_2000 des combes des #Aravis, puis descendent vers le futur #stade, sa tribune de 1 500 places, les différentes « #surfaces_JO » – sport, fédération internationale, famille olympique, médias, organisation, parking. Des triangles et des ronds signalent aussi un peu partout sur ce plan la présence d’oiseaux, de crapauds, d’écureuils roux, de vipères aspics, et l’Azuré du serpolet, un papillon présent dans la zone, comme dans plusieurs #zones_humides.

    Sur ce site, des terrassements colossaux sont prévus notamment pour la « sécurisation du réseau de #neige » – l’approvisionnement en #eau de plusieurs dizaines de #canons_à_neige – par un circuit souterrain possiblement relié à l’une des #retenues_d’eau du #domaine_skiable. La facture des travaux, estimée en décembre 2025 à 13,5 millions d’euros, pourrait encore grimper avec l’ajout récent sur ce site des épreuves paralympiques de ski de fond et de biathlon, le centre nordique existant ne disposant ni de pas de tir ni d’équipements adaptés au #handicap.

    Vendredi 19 juin, le bureau exécutif du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (#Cojop) des #Alpes_françaises 2030 a validé sa carte des sites, et la localisation de ses quatre grands pôles : la glace à #Lyon, le freestyle à #Briançon (Hautes-Alpes), l’alpin à Val-d’Isère et à #Courchevel (Savoie), et le nordique au #Grand-Bornand et à La Clusaz (Haute-Savoie) en vue de sa présentation à la 146e session extraordinaire du Comité international olympique (CIO) à Lausanne (Suisse), mercredi 24 et jeudi 25 juin. Mais c’est lors de l’assemblée générale du Cojop que ces décisions doivent être adoptées, le 29 juin.

    Des terrassements considérables

    La première version de la #feuille_de_route_environnementale élaborée par le Cojop et le secrétariat général à la planification écologique (SGPE), le 13 avril 2026, promet de « limiter l’#empreinte_environnementale des jeux » et de « minimiser l’impact des aménagements des pistes sur les espaces naturels ». Mais elle intègre déjà une possible « #compensation_volontaire » de ces dégâts, « via des projets locaux de conservation et restauration d’écosystèmes » à hauteur de 100 hectares.

    Dans un avis récent, le groupe régional d’expertise sur le climat (Grec) Alpes-Auvergne alerte sur les effets des JOP 2030 dans le contexte « d’un environnement montagnard déjà fragilisé par le réchauffement climatique auquel les émissions de gaz à effet de serre liées aux JOP contribuent ». Et sur la faune et flore « déjà sous pression » notamment du fait de la fréquentation humaine accrue.

    Dans sa feuille de route, le Cojop annonce vouloir réutiliser à hauteur de 90 % des #infrastructures existantes « pour les sites de compétition », et aussi limiter à 30 hectares l’artificialisation « sur l’ensemble des projets pérennes ».

    Mais certains « points d’attention » révèlent sa parfaite connaissance des atteintes à l’environnement les plus sévères : « potentiel terrassement à La Clusaz », « parkings éventuels à #Montgenèvre », « nouvelle piste impliquant défrichement à Montgenèvre », « impact pour les prairies permanentes et les #forêts et la #biodiversité de l’aménagement des fronts de neige ».

    À Montgenèvre (Hautes-Alpes), station du Briançonnais, 3,2 hectares de mélèzes de la #forêt du Prairial doivent en effet être défrichés pour y créer des pistes de snowboardcross et de skicross nécessitant un parcours de bosses et de virages relevés. « Il n’y a rien, il faut créer ces pistes de toutes pièces, ça implique des terrassements considérables, après ce déboisement », commente un membre du Collectif citoyen JOP 2030.

    Absence d’enquête environnementale

    L’ajout d’épreuves de ski-alpinisme, plus en altitude, sur le massif du #Chenaillet, à partir du site du rocher de l’Aigle, inquiète aussi les associations qui portent un projet de protection de la zone depuis quarante ans, et poussent à son classement en réserve naturelle régionale (RNR).

    « C’est un site géologique mondialement connu, ce n’est pas une bonne idée de faire du ski-alpinisme sur ce site », déplore Bernadette, habitante de la commune voisine de Cervières.

    « Il y a des laves en coussins dans un état extraordinaire, comparables à ce que l’on peut observer à 2 400 mètres sous l’océan Atlantique, et tout le cortège de roches qui l’accompagne, explique Claude Rémy, de l’association Arnica Montana. Mais vous y trouvez aussi des plantes protégées, endémiques comme l’Aethionema de Thomas, une petite plante extrêmement rare, et des lichens. »

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    Des maires des JO sous l’œil de la justice

    #Xavier_Mattis, le maire de Val-d’Isère, dont la commune accueillera les épreuves techniques de ski alpin, a vu son élection invalidée par le tribunal administratif le 22 mai. Son entreprise, la SARL #L’Avalain, étant chargée du déneigement de Val-d’Isère, par contrat renouvelé depuis 2020, il n’avait pas le droit de se présenter – en vertu de l’article L231 du Code électoral. Il a fait appel, le 23 juin, en annonçant crânement avoir « posé un genou à terre mais pas deux ».

    #Jean-Luc_Boch, le maire de La Plagne-Tarentaise, et président de l’association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), lui aussi concerné par d’importants travaux liés aux JO (ascenseur valléen, et piste de bobsleigh), fait l’objet d’une enquête judiciaire pour « #prise_illégale_d’intérêts » entre les mains d’une juge lyonnaise après une plainte d’Anticor. Son entreprise, #Boch_et_Frères, a aussi déneigé La Plagne jusqu’en 2016, mais le maire a surtout introduit un promoteur, #Pelletier, acheteur de terrains à la mairie, en 2017, pour une opération immobilière, #Lodges_des_Alpages, dont Boch et Frères a effectué le terrassement. Il est présumé innocent.

    #Jean-Yves_Pachod, le maire de Courchevel, haut lieu de la future compétition, s’est vu reprocher par la chambre régionale des comptes la mise à disposition irrégulière d’un véhicule par l’office du tourisme. Plus récemment, des investigations sont en cours à la suite du déclassement du rez-de-chaussée du bâtiment de l’office du tourisme, en cœur de la station, afin de le louer à un bijoutier, représentant exclusif de la marque Rolex. Dans ce dossier, la brigade de recherches de Chambéry a perquisitionné la mairie et l’office du tourisme en décembre.

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    880 espèces de #plantes dites supérieures y ont été inventoriées. Sans être « opposé par principe aux JO », le scientifique demande « la protection urgente » du #Chenaillet. Il s’étonne aussi de l’absence d’enquête environnementale s’agissant du défrichement de la #forêt_du_Prairial qui héberge « une chouette forestière protégée », la #chouette_de_Tengmalm.

    Au nord de Briançon, sur le domaine skiable de #Serre-Chevalier, la future piste de ski à bosses est aussi « à construire entièrement », sur des zones boisées.

    Un « Monopoly » géant

    Le « Monopoly » géant auquel se livre le Cojop sur la montagne ne fait que commencer. Trois maires des stations emblématiques de La Plagne, Courchevel et Briançon poussent des projets d’#ascenseurs_valléens, respectivement chiffrés à 101, 74,8 et 26 millions d’euros.

    À Briançon, le maire a convaincu le Cojop d’installer un #village_olympique au #fort_des_Trois_Têtes, une fortification militaire du XVIIIe siècle à l’abandon – sans eau, ni éclairage ni aucun réseau. Ce fort a été inscrit parmi les réalisations de Vauban sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2008.

    Initialement évaluée à 295 millions, désormais « réduite » à 133 millions d’euros, cette opération immobilière hors norme vise à réhabiliter puis à commercialiser, en logements, commerces et hôtel, 17 000 mètres carrés de plancher sur un périmètre de 41 hectares entourés par 4,5 kilomètres de remparts à entretenir, en y incluant une usine abandonnée située en contrebas.

    Estimé à 51,84 millions d’euros, le village des athlètes promet de peser lourd aussi en Haute-Savoie, à #Saint-Jean-de-Sixt, à 3 kilomètres de La Clusaz. Mais un bâtiment de 41,67 millions d’euros sera aussi construit au #Grand-Bornand, à 3 kilomètres de là, pour y être mis à disposition du Cojop. Si l’on ajoute un « #pôle_indoor » prévu au village de La Clusaz, pour 21,7 millions, l’addition qui s’élève à 115 millions construits en dur place le département au niveau de ses voisines.

    En Savoie, 78,5 millions d’euros doivent être investis pour le futur village olympique de #Bozel, qui n’accueillera finalement que les athlètes du site de Courchevel, situé à 18 kilomètres – les épreuves techniques de ski alpin ayant échappé à Méribel au profit de #Val-d’Isère. Mais en Savoie, des fonds importants sont aussi prévus pour la remise à niveau de la piste de bobsleigh de La Plagne, soit 43 millions d’euros, et une prolongation du tremplin de saut à ski de Courchevel, pour 43,6 millions d’euros.

    Le fait accompli

    Ce ruissellement de #fonds_publics au prétexte des JO est ouvertement attendu par certains maires pour soutenir la #promotion_immobilière dans leurs stations. Pour la population, c’est encore l’incertitude, notamment sur la réelle contribution des communes. L’information n’a été donnée qu’au compte-goutte, et des consultations débutent, selon des modalités diverses et variées, au moment où les appels d’offres sont déjà passés.

    Constatant les « démarches lancées en parallèle, voire en amont », le Grec Alpes-Auvergne pointe aussi le « risque évident » de voir la feuille de route environnementale « établie pour tenir compte du fait accompli plutôt que pour permettre aux décideurs en charge d’en intégrer les préconisations dans leurs prises de décisions et initiatives ».

    Après avoir été assignée par plusieurs ONG devant les juridictions administratives pour lui enjoindre « d’organiser une mesure de participation du public », la #Société_de_livraison_des_ouvrages_olympiques (#Solideo) a saisi d’elle-même, le 22 avril, la Commission nationale du débat public (CNDP) pour qu’elle désigne des garants de plusieurs « concertations préalables » : pour l’aménagement du site de ski de fond de La Clusaz, le projet d’ascenseur valléen de La Grande Plagne et l’aménagement du site de compétition de Montgenèvre.

    Réunions publiques prévues

    Mais l’établissement public a entrepris d’organiser ses propres réunions de concertation, hors CNDP, sur les autres sites à Briançon, à Saint-Jean-de-Sixt (Haute-Savoie), au Grand-Bornand et ailleurs.

    Le 9 juin, les deux garants désignés par la CNDP ont demandé au Cojop et à la Solideo d’expliquer cette différence de traitement.

    À La Clusaz, le maire, #Didier_Thévenet, un proche du président du Cojop, #Edgar_Grospiron, a formalisé l’engagement de sa commune en faisant voter, en décembre 2025, le transfert de la maîtrise d’ouvrage des aménagements du site des Confins à la Solideo. « Tout a été décidé en cinq minutes, relève Anna*. On n’a jamais été consultés pour ces JO. » Questionné durant l’automne, le maire prétendait n’avoir « aucune information ». En décembre, il a salué « les nombreuses relations de travail déjà établies » avec la Solideo.

    Sans trop attendre, l’établissement a lancé ses premiers appels d’offres en mars pour l’assistance à maître d’ouvrage de l’aménagement du « pôle nordique » des Confins.

    Dans leur note du 9 juin, les garants de la CNDP ont rappelé que la concertation devait « débattre d’abord de l’opportunité du projet », « des alternatives » et intégrer « l’option zéro », à charge pour la Solideo et le Cojop de préciser « ce que le projet apporte au public et aux territoires ». À ce stade de « la concertation préalable », la décision de faire le projet « n’est pas encore prise » et il importe de laisser « les champs ouverts aux débats ».

    La réunion publique prévue par la commune de La Clusaz, fin septembre, devrait intégrer ces préconisations, et non pas seulement annoncer les gagnants des appels d’offres.

    À Briançon, le même scénario s’est mis en place pour les rénovations du fort des Trois Têtes et de l’usine de la Schappe. L’appel à candidatures ayant été lancé dès juillet 2025, l’annonce du choix des « lauréats » pour le fort – #Linkcity (#Bouygues_Construction), les promoteurs #Edifim et #Elegia ainsi que l’architecte #Philippe_Prost – et l’usine – #Icade_Promotion et les architectes #Jean-Michel_Wilmotte et #Nathalie_d’Artigues – a précédé les réunions de « concertation » de la Solideo et du maire, #Arnaud_Murgia, un ancien secrétaire national de l’UMP élu pour la première fois à Briançon en 2020.

    Ironie de l’histoire, le projet actuel reprend les grandes lignes d’un #aménagement soutenu par l’ancien maire socialiste et vendu par un promoteur depuis mis en examen pour #escroquerie.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/250626/jo-d-hiver-2030-les-atteintes-l-environnement-planifiees-par-le-comite-d-o
    #jeux_olympiques #Alpes #JO2030 #environnement #forêt #déforestation #artificialisation_des_sols #coût

  • Il nuovo Patto su migrazione e asilo ci costerà due miliardi in cinque anni

    Dal piano presentato dal governo per implementare la nuova legislazione europea in vigore dal 12 giugno emergono esborsi enormi. Altreconomia l’ha consultato in esclusiva. Dai nuovi Cpr alle “zone di frontiera”, ecco le novità

    Implementare le misure previste dal Patto sulla migrazione e l’asilo costerà all’Italia più di due miliardi di euro nei prossimi cinque anni. Tra le spese più alte figurano quelle per il gratuito patrocinio (507 milioni), l’assunzione di 1.403 tra magistrati e funzionari per esaminare i ricorsi (327 milioni) e la costruzione di cinque nuovi Centri di permanenza per il rimpatrio (210 milioni). È la stima realizzata da Altreconomia, che ha potuto consultare in esclusiva il Piano di attuazione presentato dal Governo Meloni alla Commissione europea nel dicembre 2024 e mai reso pubblico.

    Una mancanza di trasparenza rispetto a cui non è bastata la sentenza del Tribunale amministrativo regionale del Lazio che ha riconosciuto il nostro diritto a visionarlo: quando la rivista va in stampa (il 20 maggio), oltre 70 giorni dopo il termine per l’invio, la copia del Piano aggiornato non è ancora stata inviata. Eppure l’interesse pubblico, come emerge dal documento che siamo comunque riusciti a visionare, non riguarda solo i costi.

    La nuova legislazione europea, in vigore dal 12 giugno, stravolgerà infatti tantissimi aspetti della normativa sull’immigrazione. Quelli più rilevanti riguardano l’accoglienza e la procedura di richiesta d’asilo. Chi arriva irregolarmente sul territorio italiano -e già questa è una forzatura- verrà sottoposto alla cosiddetta procedura di screening, che riguarda un primo controllo sulla salute, l’individuazione di eventuali vulnerabilità e la registrazione nelle banche dati. Tutto dovrebbe avvenire entro sette giorni (tre se la persona viene rintracciata sul territorio). Una volta terminato lo screening, entro cinque giorni la persona dovrà presentare richiesta di protezione internazionale.

    La maggior parte di queste domande verrà sottoposta alla “procedura accelerata alla frontiera”. “Sono più di dieci le ipotesi che permettono allo Stato di applicarla -spiega l’avvocata Eleonora Celoria, socia dell’Associazione per gli studi giuridici sull’immigrazione (Asgi)-. In tre casi la procedura alla frontiera diventa obbligatoria”. Quali? Se una persona è considerata un pericolo per la sicurezza nazionale, se ha consegnato documenti falsi o se appartiene a una nazionalità che ha un tasso di riconoscimento della protezione internazionale nei Paesi Ue inferiore al 20%.

    L’aspetto critico è che chi rientra in questa procedura, secondo la nuova normativa, deve rimanere nella “disponibilità” delle autorità per i tre mesi necessari all’esame della domanda. Periodo in cui, tra l’altro, non potrà lavorare. “Per giustificare il fatto che la persona non può muoversi liberamente, senza applicare le misure stringenti sulla limitazione della libertà personale, si introduce il concetto di ‘finzione di non ingresso’ -riprende Celoria-. Si fa finta che la persona non sia mai entrata sul territorio italiano anche se magari si trova già in una città del Nord Italia”.

    “Per giustificare il fatto che la persona non può muoversi liberamente, si introduce il concetto di ‘finzione di non ingresso’”-Eleonora Celoria

    Per quanto riguarda il come questo avverrà, con molta probabilità -saranno i decreti a specificare le modalità nel dettaglio- ci sarà un obbligo di dimora nel centro in cui le persone sono accolte o l’impossibilità di superare i confini di una certa area geografica. “Il diritto d’asilo diventa strettamente connesso alla libertà di movimento: evitando una detenzione vera e propria, che ci sarà solo in alcuni casi, si elimina l’intervento giurisdizionale e si lascia ampia discrezionalità alla polizia che potrà decidere i vari gradi di limitazione della libertà”.

    In questo quadro nel Piano di attuazione l’Italia specifica che individuerà 17 zone di frontiera oltre alle 12 già esistenti e sparse in tutto il Paese, da Agrigento a Matera fino a Gorizia. Per ogni sito si stima un costo pari a 17 milioni di euro nel quinquennio, a cui vanno aggiunte le spese per i 12 hotspot già presenti (19 milioni di euro) e quelli che potrebbero essere costruiti (il governo nel Piano usa il condizionale). Non solo. Viene preventivata una spesa di 1,2 milioni di euro all’anno per le postazioni dell’Ufficio di sanità marittima, aerea e di frontiera (Usmaf) competente per la sanità transfrontaliera e 500mila euro per le attività delle Aziende sanitarie, necessarie per “identificare patologie e vulnerabilità meritevoli di essere approfondite ai fini dell’indirizzamento alla procedura e al percorso di accoglienza più adeguati”. I posti nelle strutture in cui svolgere le procedure sono un elemento chiave: il Patto prevede una disponibilità crescente che dipende dagli sbarchi. Per l’Italia -quando il documento è stato presentato nel dicembre 2024- era di 8.016 tra giugno 2025 e giugno 2026, il doppio (16.032) l’anno dopo e il triplo entro il 14 ottobre 2027 (24.048 posti).

    Il governo scrive che per raggiungere la capacità minima di 8.016 posti ne sono necessari duemila nei Centri di prima accoglienza (Cpa), che si aggiungono ai 3.540 già esistenti, e 270 in più nei centri di trattenimento di frontiera (che si aggiungono ai 50 presenti a Porto Empedocle, in provincia di Agrigento, e agli 83 di Modica-Pozzallo, in quella di Ragusa). Il costo per la realizzazione dei Cpa è di 50 milioni di euro in due anni, quello dei centri di trattenimento 8,1 milioni. A questo si aggiunge la realizzazione, stando al Piano, di cinque nuovi Centri di permanenza per il rimpatrio da 120 posti con una stima solo per le risorse umane e materiali di 7,6 milioni di euro, esclusa la gestione della struttura. Inoltre non viene indicato il costo di costruzione complessivo: quello nuovo di Castel Volturno (CE), ad esempio, costerà da solo 41,2 milioni di euro. Moltiplicato per cinque fa 210 milioni di euro.

    Ai costi vivi di gestione e costruzione delle strutture si aggiungono quelli per l’attivazione di 24 nuove sezioni della Commissione territoriale (Ct) centrpoichè il tempo massimo per decidere sulle procedure accelerate di frontiera è di tre mesi. È così prevista per ogni Ct l’assunzione di un presidente, dieci funzionari e tre-quattro unità di supporto. Totale: circa 26,7 milioni di euro all’anno che comprendono i servizi di mediazione (si calcolano appena due ore di audizione per 16.032 persone il primo anno e 24.048 dal secondo).

    Le due voci che hanno maggior impatto sono, come detto, quelle relative alla magistratura e al gratuito patrocinio. Per gestire il contenzioso -nel Piano si legge che tra il 30 giugno 2023 e il 30 giugno 2024 è aumentato del 46%- verranno assunte in totale 1.403 nuove unità, di cui 135 magistrati ordinari. Il costo stimato in dieci anni è di 584 milioni di euro. Anche in questo caso si aggiunge la mediazione, calcolata su quattro ore di media a persona per un totale, sempre nel decennio, di 30,6 milioni. Il totale per il gratuito patrocinio è invece pari a 71,9 milioni di euro per il primo anno e 107,7 dal secondo in poi.

    “Questo sistema crea enormi sacche di irregolarità”, conclude Celoria. Il richiedente asilo sottoposto a una procedura accelerata di frontiera che abbandonerà il centro o non rispetterà la limitazione geografica imposta, se fermato sul territorio, vedrà la sua richiesta automaticamente annullata e potrà essere portato in un Cpr in attesa di essere rimpatriato. Anche con le cinque nuove strutture i posti saranno circa 2.200. Per tutti gli altri ci sarà l’irregolarità e l’invisibilità.

    Un’altra preoccupante novità contenuta nel Patto riguarda i minori. L’età di chi è obbligato a lasciare le impronte e sottoporsi al fotosegnalamento precipita da 14 a sei anni ed è possibile utilizzare metodi “coercitivi” per costringere i minori a farlo. Ma soprattutto si apre alla possibilità di detenzione anche per gli under 18: nel Patto, infatti, non c’è nessun divieto e le procedure di screening sono uguali per tutti a prescindere dall’età.

    L’età di chi è obbligato a lasciare le impronte e sottoporsi al fotosegnalamento precipita da 14 a sei anni ed è possibile utilizzare metodi “coercitivi”

    “Questo creerà una condizione di promiscuità tra minori e adulti nelle strutture di accoglienza”, osserva Celoria. E non è da escludere la detenzione vera e propria. Nel disegno di legge di attuazione delle norme del Patto presentato dal governo il 20 aprile 2026 si specifica che la competenza della convalida di un eventuale trattenimento spetta al Tribunale per i minorenni. “Magari non succederà -conclude l’avvocata- ma non averlo escluso a priori è un segnale preoccupante”.

    https://altreconomia.it/il-nuovo-patto-su-migrazione-e-asilo-ci-costera-due-miliardi-in-cinque-
    #pacte #pacte_migrations_et_asile #migrations #réfugiés #UE #union_européenne #coût #coûts #rétention #détention_administrative #Italie #screening #procédure_accélérée_à_la_frontière #fiction_de_non-entrée #liberté_de_circulation #liberté_de_mouvement #zones-frontière #hotspots #centri_di_prima_accoglienza (#cpa) #Porto_Empedocle #Modica-Pozzallo #Castel_Volturno #mineurs

  • Épisode 9 - Zones d’attente : accompagner les personnes enfermées - Observatoire de l’enfermement des #étrangers
    https://observatoireenfermement.blogspot.com/2026/06/episode-9-zones-dattente-accompagner.html
     

    Qu’elles viennent pour demander l’asile, rendre visite à de la famille ou encore faire du tourisme, qu’il s’agisse d’adultes ou d’enfants ; de très nombreuses personnes se voient chaque année refuser l’entrée sur le territoire français et européen. Elles sont alors enfermées en #zone_d’attente, souvent dans des conditions indignes, le temps pour l’administration d’organiser leur renvoi. Hélène et Mathieu, intervenant·es à l’#Anafé, témoignent de comment ils et elles soutiennent les personnes qui sont enfermées aux frontières de la France. 
     
    Le podcast « Sans retenue » donne la parole à celles et ceux qui militent contre l’enfermement des personnes étrangères. Ces personnes retenues pour raison administrative n’ont commis aucun délit : simplement, elles ne possèdent pas les bons papiers.

    Ce podcast s’inscrit dans le cadre d’action de sensibilisation de la société civile pour témoigner de la réalité de l’enfermement des personnes étrangères. Zones d’attente, locaux et centres de rétention administrative, prisons… ce podcast a pour objectif de donner à voir les conséquences concrètes de l’#enfermement sur les premier⋅es concerné⋅es, de rendre visible leurs témoignages et luttes pour y mettre fin.

    Décliné en série, ce podcast aborde tous les aspects de l’enfermement : la vie dans ces lieux, les audiences judiciaires, le rôle des associations, les luttes à l’intérieur et aux abords… Cette série a également une vocation pédagogique lorsque sont abordés des thèmes méconnus et plus complexes.

  • Glané pour vous en avril 2026 : enquête judiciaire ouverte après nos révélations sur #Imerys #Glomel
    https://splann.org/enquete-judiciaire-imerys-glomel

    L’affaire de #pollution impliquant la #mine Imerys de Glomel prend une tournure politique et judiciaire. Après nos révélations sur un important déversement de produits chimiques, plusieurs responsables publics, associations environnementales et organisations syndicales réclament davantage de transparence, un renforcement des contrôles et des comptes à rendre de la part de l’industriel comme de l’État. L’article Glané pour vous en avril 2026 : enquête judiciaire ouverte après nos révélations sur Imerys Glomel est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #afis #Agnès_Buzyn #air_breizh #ArcelorMittal #assemblée_nationale #centre-bretagne #chrome_vi #Côtes_d'Armor #extraction #François_de_Rugy #Géraldine_Woessner #Indre #industrie #insecticide #journalisme_scientifique #justice #lindane #loi_d'urgence_agricole #loïg_chesnais-girard #Loire-Atlantique #mines #muriel_lepvraud #nantes #nickel #parquet #pesticide #phytatmo_dataviz #quotaclimat #Rennes #zones_humides

  • [Podcast] À #Glomel, #jean-yves_jégo mène bataille contre l’extension de la mine d’andalousite d’Imerys
    https://splann.org/podcast-imerys-glomel-jean-yves-jego

    Jean-Yves Jégo est une figure de l’opposition à l’extraction d’andalousite par #Imerys à Glomel (22). En mars 2026, c’est lui qui a signalé au procureur de Saint-Brieuc le déversement de produits chimiques commis au sein de la mine cinq ans plus tôt. #antoine_chao et #william_petit l’ont rencontré. #reportage. L’article [Podcast] À Glomel, Jean-Yves Jégo mène bataille contre l’extension de la mine d’andalousite d’Imerys est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Démocratie_locale #Pollutions #aménagement_du_territoire #Andalousite #capitalisme #carrière #centre-bretagne #Côtes_d'Armor #déchets #Douar_Bev #écologie #environnement #extraction #industrie #Jean-Daniel_Bourdonnay #Mines_de_Rien #multinationale #podcast #pollution #port_du_légué #poussières #zone_humide

  • Quarant’anni dopo, Chernobyl è un laboratorio naturale

    A quarant’anni dal disastro nucleare, flora e fauna selvatica hanno ricolonizzato l’area. L’esposizione prolungata alle radiazioni ha creato un luogo unico per studiare la tossicologia genetica. La rivista di Legambiente «Nuova Ecologia» lancia l’ebook «Figli della nube»

    Oltre alla tragedia umana, le conseguenze immediate dell’incidente del 26 aprile 1986 hanno portato alla distruzione completa della natura e della biodiversità della zona circostante la centrale nucleare di Cernobyl (Ucraina). A lungo termine, l’impatto sulla fauna selvatica e sulla vegetazione ha creato un laboratorio naturale unico nel suo genere per lo studio della tossicologia genetica in condizioni di esposizione cronica alle radiazioni. Con il passare degli anni, però, l’assenza di attività umana ha offerto anche alla flora e alle specie selvatiche l’opportunità straordinaria di ricolonizzare in maniera indipendente la cosiddetta “zona di esclusione”.

    Dal collasso ecologico all’adattamento

    L’esempio più eclatante dei danni generati nella fase acuta del disastro è stata la formazione della Foresta rossa, una pineta situata a circa quattro chilometri dal reattore, che ha ricevuto le dosi di radiazioni dirette più elevate. Nel giro di pochi giorni, gli alberi sono diventati di colore bruno-rossastro: la rappresentazione visiva di un’ecatombe annunciata. Insieme alla pineta hanno perso la vita tutte le specie, compresi i microrganismi del suolo. L’esposizione acuta alle radiazioni ha causato in quei giorni danni genetici diffusi nelle piante e negli animali, come hanno dimostrato le indagini sperimentali rivelando un’alta frequenza di aberrazioni cromosomiche, mutazioni genetiche e irregolarità nella divisione cellulare, oltre che una ridotta vitalità dei semi nella flora locale.

    Alcune specie animali hanno mostrato anche problemi riproduttivi, malformazioni dello sviluppo, insorgenza di cataratta e un aumento della mortalità embrionale. Tutti questi segnali avrebbero fatto credere che l’area di Cernobyl sarebbe rimasta deserta e inabitata per sempre. In un tempo relativamente breve, la natura si è invece ripresa i suoi spazi e sono emerse prove di risposte adattative efficaci. Alcune popolazioni di insetti, anfibi e roditori hanno mostrato segni di tolleranza e adattamenti importanti alle nuove condizioni.

    Vita nuova

    Un caso significativo è quello delle raganelle orientali (rane delle specie Hyla orientalis), che hanno mostrato una pigmentazione cutanea più scura. «I nostri monitoraggi dimostrano che le rane di Cernobyl sono molto più scure di quelle che vivono in altre zone dell’Ucraina – spiega Germán Orizaola Pereda, professore di Zoologia dell’Università di Oviedo, che dal 2016 studia lo sviluppo degli ecosistemi nell’area –. Questa condizione non è legata ai livelli di radiazione attuali, ma a quelli esistenti nel momento dell’incidente. Le rane melaniche si trovano proprio nelle zone che avevano i maggiori livelli di radiazioni nel 1986. Non dobbiamo quindi pensare che siano avvenute mutazioni in conseguenza delle radiazioni, ma che all’interno della variabilità cromatica di questa specie gli individui più scuri sono stati favoriti nella sopravvivenza e nella riproduzione perché la melanina blocca parzialmente il danno delle radiazioni. In poche generazioni, le rane verdi ’normali’ hanno lasciato il posto a queste più scure. Un esempio perfetto di selezione naturale, in piena ottica darwiniana». Sopravvivono, insomma, i più adattabili.

    Secondo l’esperto, tornare a vivere oggi nella zona di Cernobyl, con tutte le accortezze necessarie, non sarebbe più pericoloso che vivere in una qualsiasi grande città, inquinata e contraddistinta da diversi fattori di stress. «Quando parliamo di Cernobyl – insiste – ci riferiamo a una regione più grande di qualsiasi parco nazionale in Spagna o in Italia. Con la parte bielorussa al Nord e quella ucraina al Sud, parliamo di circa 4.500 km². Dopo l’incidente, la zona a Nord della centrale ha avuto impatti maggiori a causa del movimento dei venti. Ma oggi la zona sud, circa il 75 per cento della zona di esclusione, mostra livelli di radiazioni non particolarmente elevati. I composti radioattivi sono instabili e con il tempo si trasformano. Alcuni durano migliaia di anni, ma c’è una relazione diretta tra quanto rapidamente si trasforma un composto radioattivo e la sua capacità di generare danni: i più nocivi sono quelli che si trasformano più velocemente. Per questo – continua – a oggi la situazione è di gran lunga migliore di quanto pensavamo. C’è stato un processo di naturalizzazione che ha portato un’abbondanza di specie selvatiche».

    Nell’area di Chernobyl si registrano alci, caprioli, cervi, cinghiali, linci, orsi e altri animali che prosperano in assenza di attività umane, come i cavalli di Przewalski e i lupi. Anche le popolazioni di questi predatori sono state studiate a livello genetico: alcuni marcatori associati alla resistenza a determinati tumori sono risultati maggiori rispetto agli individui che vivono fuori dalla zona. Significa che i lupi con questo tipo di costituzione genetica, più resistenti alle radiazioni, sono quelli che hanno avuto il miglior risultato adattativo. «La natura della zona di Cernobyl è molto complessa: ci sono alcuni punti con radiazioni ancora elevate, che potrebbero influire su soggetti specifici. Ma uno dei problemi maggiori nell’area è che ancora cerchiamo di associare ogni elemento a un fattore negativo, come a voler ricercare una nostra conferma. Così facendo spesso si tende a semplificare – conclude il professore –, quando invece bisognerebbe analizzare bene le situazioni e metterle in prospettiva»

    https://lavialibera.it/it-schede-2632-quarant_anni_dopo_cernobyl_e_un_laboratorio_naturale
    #Tchernobyl #nature #adaptation #nucléaire #faune #flore #toxicologie_génétique #radiations #zone_d'exclusion

  • L’#Europe est en pleine #ébullition climatique | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/290426/l-europe-est-en-pleine-ebullition-climatique

    L’été dernier, en l’espace d’une semaine à peine, les mégafeux qui ont ravagé l’Espagne et le Portugal ont entraîné le plus haut niveau annuel d’#émissions de polluants et de #CO2 liés aux feux de forêt jamais mesuré en Europe.

    « À cause du changement climatique, l’Europe du Sud est une #zone_anticyclonique de plus en plus sous cloche, affectée par les masses chaudes du continent africain qui remontent, avance Philippe Drobinski. Cela entraîne des canicules plus intenses, une aridification de cette partie du continent et, par conséquent, des risques d’incendie plus importants. »

    Le débit des cours d’eau du réseau fluvial européen dans son ensemble est pour sa part resté inférieur à la moyenne pendant onze mois de l’année 2025. Dès le mois de mai, plus de la moitié du territoire continental était atteinte de sécheresse.

    Dernier triste record battu en 2025 : la température annuelle à la surface de la mer pour la région océanique européenne a été la plus forte jamais enregistrée. Une tendance à long terme, puisque 2025 marque la quatrième année consécutive de chaleur marine hors norme.

    Les chercheurs et chercheuses ont estimé que 86 % des mers européennes avaient subi, l’an dernier, un fort épisode de #canicule. Ici aussi, l’impact sur la biodiversité est massif. À titre d’illustration, rien qu’entre 2015 et 2019, les canicules marines en Méditerranée ont entraîné la disparition récurrente d’une cinquantaine d’espèces d’éponges, de mollusques ou de coraux aux longs cycles de régénération.

    Pour résumer, entre sa partie nord à proximité de l’Arctique qui fond et son arc méditerranéen en proie à l’assèchement, l’Europe « se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale », ont alerté les scientifiques de l’OMM et de Copernicus. Ce qui en fait « le continent qui se réchauffe le plus rapidement sur Terre » – à un rythme de + 0,56 °C par décennie depuis les années 1990. Alors qu’on estime que le réchauffement global actuel est d’environ 1,4 °C supérieur au niveau préindustriel (1850-1900), en Europe, la hausse des températures avoisine déjà les 2,5 °C.

    Pis, 2026 pourrait déjà s’annoncer comme une nouvelle année de records climatiques en Europe. Le 24 avril, l’OMM a signalé le développement « de plus en plus probable », à partir de cet été, d’un nouvel épisode #El_Niño, un phénomène naturel cyclique qui réchauffe le Pacifique équatorial, engendrant des bouleversements importants sur la météo des différentes régions du globe.

    Selon l’institution météorologique, cette fluctuation du climat, qui se produit en moyenne tous les deux à sept ans, pourrait se traduire à partir du mois de mai par un accroissement des températures de surface « particulièrement fort » en Europe.

  • A Padova, quattro attivisti sono stati picchiati e arrestati ad un fermo di polizia in zona rossa
    https://scomodo.org/a-padova-quattro-attivisti-sono-stati-picchiati-e-arrestati-ad-un-fermo-di-

    I quattro attivisti del Centro sociale Pedro, dopo una detenzione immotivata di quasi 24 ore, sono stati processati per direttissima e rilasciati con obbligo di dimora e permanenza presso il domicilio nella fascia oraria tra le 22 e le 7. L’articolo A Padova, quattro attivisti sono stati picchiati e arrestati ad un fermo di polizia in zona rossa proviene da Scomodo.

    #Territori #abusi_di_potere #forze_dell'ordine #pestaggio #zone_rosse

  • Beavers can turn streams into carbon stores – we measured how much

    Across Europe, beaver numbers are increasing after a long period of decline. As these aquatic mammals recolonise rivers, they are gradually rebuilding wetlands that once existed across many river valleys.

    As geographers, we have been investigating how these changes could also affect the movement of carbon through river systems.

    To find out, we measured the full carbon balance of a wetland created by beaver damming. Our new study shows that a wetland created by beaver damming can store carbon at rates up to ten times higher than an equivalent stretch of river and floodplain without beavers.

    Over just 13 years, the wetland we studied in northern Switzerland locked away more than 1,100 tonnes of carbon. That’s comparable to two Olympic swimming pools filled with charcoal.

    So when beavers dam rivers, they can also fundamentally change how carbon is stored in river landscapes.

    Our team studied a wetland where beavers have been active for more than a decade.

    We monitored the site intensively for a full year to measure the flow of water, the amount of carbon dissolved in the water, released greenhouse gases (such as carbon dioxide and methane) and plant growth across the wetland. We also sampled and analysed sediments and dead wood that had accumulated since the beavers arrived.

    By combining these measurements, we have built one of the most complete carbon budgets for a beaver landscape in Europe.

    The results surprised us.

    Despite some seasonal carbon emissions during summer, the wetland acted as a strong carbon sink. Each year it stored around 98 tonnes of carbon that would otherwise have flowed downstream or returned into the atmosphere.

    But this annual carbon balance is strongly linked to water flow and the extent of flooding, which can vary year-to-year. What really determines long-term benefits is how much carbon ultimately becomes buried and stored in the landscape for decades.

    When a dam slows the water, sediments begin to settle. These sediments carry organic material such as leaves, soil and plant fragments that contain carbon. Instead of washing away downstream, the material becomes buried in wetland soils.

    Beaver dams also raise water levels and can flood existing vegetation. Some trees die and fall into the water, adding large amounts of dead wood that slowly stores carbon over long periods.

    Meanwhile, a new succession of wetland plants and algae growing in the wetland absorb carbon from the atmosphere.

    Over time, the wetland becomes a natural storage system. Sediment, wood and vegetation build up layer by layer. This locks carbon into the landscape and eventually fills the wetland.

    In the wetland we studied, sediments contained up to eight times more organic carbon than nearby forest soils.

    Wetlands usually produce methane, a powerful greenhouse gas. This has raised concerns that beaver ponds might actually worsen climate warming.

    But in our study, methane emissions were extremely small – less than 0.1% of the total carbon balance.

    Most greenhouse gas emissions came from carbon dioxide released from sediments exposed during the drier summer periods. Even then, these emissions were smaller than the amount of carbon being stored in sediments and wood.

    Over the course of one year, the wetland stored more carbon than it released.
    With and without beavers

    To understand the role of the animals themselves, we compared the beaver wetland with a scenario where the same river remained a normal flowing stream with a forested floodplain.

    Forests are already important carbon stores. Trees capture carbon as they grow, and some of that carbon remains locked in soils and dead wood.

    Without beaver dams, the river would stay largely confined to its channel. Water would move quickly downstream, carrying sediments and carbon away rather than trapping them across the floodplain.

    Our calculations show that this forested river corridor would store only a small fraction of the carbon held in the beaver wetland. So the presence of beavers increased carbon storage by about an order of magnitude over the course of a decade.

    As beaver populations expand across Europe, they could improve carbon storage in river landscapes. When we scaled our results up to the area of floodplains in Switzerland suitable for beaver recolonisation, we estimated that the potential carbon storage could offset roughly 1–2% of the country’s annual emissions.

    That might sound small. But it would happen without any expensive technology, infrastructure or active intervention. It would simply come from allowing a native species to rebuild the wetlands that once existed along many of these rivers.

    Beavers are not going to solve climate change, but our research shows these natural engineers can quietly help river landscapes store more carbon for decades to come.

    https://theconversation.com/beavers-can-turn-streams-into-carbon-stores-we-measured-how-much-27

    #castors #castor #rivières #zones_humides #écologie #carbon

    • Beavers can convert stream corridors to persistent carbon sinks

      Recent reintroductions of the Eurasian beaver (Castor fiber) across Europe represents an ecological shift with potential implications for carbon cycling in stream corridors. However, the capacity of beaver impacts to influence short- and long-term carbon fluxes, and the mechanisms that govern these changes, remains poorly understood. We present a comprehensive carbon budget of a beaver-influenced stream corridor, covering all major aqueous and atmospheric exchanges, as well as biomass and sedimentary carbon storages, from a beaver wetland in Switzerland. By integrating carbon flux measurements with hydrology and bathymetry, we identify dominant pathways and dynamics in gaseous carbon emissions. Annually, the beaver wetland was a net carbon sink (98.3 ± 34.4 t yr-1), driven by subsurface removal of dissolved inorganic carbon. Carbon dioxide emissions were the dominant source of carbon loss, seasonally shifting the system to a net carbon source during summer water recession. Projecting the long-term sediment and deadwood storage following wetland infilling, our upper estimate of sequestered carbon was 1194 t (10.1 t ha-1 yr-1), nearly an order of magnitude greater than without beaver modification. Our findings demonstrate that beaver-induced hydrological change is fundamentally reshaping carbon cycling and reinforces the relevance of headwater catchments in climate change mitigation strategies.

      https://www.nature.com/articles/s43247-026-03283-8

  • #Michel_Feher sur A l’air libre du 7/03/2026

    https://youtu.be/ZY4ObLOUG2c

    Wikipedia : #Michel_Feher, né le 12 juillet 1956, est un auteur belge juif, philosophe et « ce qu’on appellerait aux États-Unis un critical theorist, c’est-à-dire un producteur d’argumentations critiques destinées à mieux appréhender l’évolution de la société ».

    #Feher a étudié à l’université libre de Bruxelles, l’université Columbia et à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a cofondé la maison d’édition new-yorkaise #Zone_Books en 1986, l’association #Cette_France_Là en 2008 et le média en ligne https://diagrammes.fr en 2025.

  • Inondations (France) : l’aménagement du territoire est-il responsable ? - Europe Solidaire Sans Frontières
    https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78049

    Ces événements ont provoqué des prises de position politique virulentes. Certains, en particulier à droite de l’échiquier politique, ont remis en question les politiques récentes de restauration de l’état naturel des cours d’eau, de protection des zones humides et de destruction des barrages. Elles ont conduit à des appels à la suppression de l’Office français de la biodiversité lors des manifestations agricoles, proposition reprise par le sénateur Laurent Duplomb devant le Sénat le 24 janvier 2024.

    Les aménagements les plus récents, défendus par de nombreuses structures territoriales, visent à redonner au cycle de l’eau, et en particulier aux rivières, des espaces plus larges et à recréer ou protéger des zones humides. Tous ces aménagements conduisent à ralentir les flux et donc luttent contre les inondations, tout en préservant la biodiversité à laquelle notre santé est liée. Les zones humides sont par exemple les meilleurs ennemis des moustiques tigres, en permettant le développement de leurs prédateurs. Bien qu’ils exigent de concéder des terres agricoles aux milieux naturels, ces aménagements nourrissent les nappes qui restent le meilleur réservoir pour le stockage de l’eau des saisons humides.

    • Article publié à l’origine sur :
      https://theconversation.com/inondations-lamenagement-du-territoire-est-il-responsable-274443

      Grâce à ce lien, j’ai trouvé un autre article de The Conversation sur les « blue managers » :

      https://theconversation.com/ce-metier-peu-connu-qui-pourrait-participer-a-lutter-contre-les-ino

      Des outils puissants à transmettre aux Blue Managers pour accélérer la résilience des territoires.

      Apparus récemment dans le sillage des initiatives éducatives liées à la transition climatique, les Blue Managers incarnent une nouvelle génération de professionnels, formés à la gestion durable des ressources en eau et à l’anticipation des risques hydriques. Ce mouvement trouve un écho croissant dans les travaux académiques consacrés au Blue Management.

      Crue de référence

      En France, les zones inondables sont délimitées par les plans de prévention du risque inondation (PPRI) communaux. Basés sur une logique historique, ils extrapolent les hauteurs d’eau à partir de crues observées ou modélisées, en s’appuyant sur les repères de crue pour entretenir la mémoire du danger.

      Une zone est inondable si elle est exposée à une crue de référence. En France, on mentionne généralement la crue centennale. Son niveau est estimé à partir d’observations historiques, de séries de débits maximaux et de calculs hydrologiques. Le PPRI découpe ensuite le territoire en trois zones : rouge, interdiction de construire ; bleue, construction possible avec adaptations, comme la surélévation ; et blanche, sans règle spécifique mais non sans risque.
      Inondations en Île-de-France : 88 % des arrêtés de catastrophe naturelle en quarante ans

      L’approche actuelle des risques présente de sérieuses limites : elle ignore l’impact du changement climatique. Si le Giec prévoit un volume d’eau annuel stable en France, sa répartition évolue rapidement : périodes sèches plus longues, saisons des pluies raccourcies, pluies moins fréquentes, mais plus intenses. Elle ignore aussi les effets cumulés de l’urbanisation sur les écoulements et néglige les crues éclairs causées par le ruissellement pluvial. En Île-de-France, ces épisodes ont motivé 88 % des arrêtés de catastrophe naturelle pour inondation entre 1982 et 2021, touchant 1 090 communes. À l’échelle nationale, environ 175 000 habitants sont directement affectés chaque année.

      La méthode actuelle lisse la variabilité climatique et sous-représente les crues dites millénales, dont la période de retour est évaluée à mille ans, soit 0,1 % de probabilité annuelle. Les PPRI les évoquent parfois à titre informatif ou pour les infrastructures sensibles, sans imposer de contraintes. Il reste possible de construire là où seule la crue centennale est prise en compte, alors que la base Catastrophe naturelle (Cat-Nat) montre que des crues millénales surviennent déjà à des fréquences proches des crues décennales ou trentennales.
      Jumeaux numériques

      L’inondation se manifeste de trois manières : fluviale, par débordement d’un cours d’eau ou remontée de nappe souterraine, côtière, par submersion marine, ou pluviale, par ruissellement. Pour permettre aux territoires et aux entreprises de mieux s’adapter, il est essentiel de mesurer précisément le risque : hauteur d’eau attendue, vitesse d’écoulement et période de survenue la plus probable. De nouvelles solutions géolocalisées d’évaluation répondent aujourd’hui à ces besoins, et alimentent des jumeaux numériques tels que celui de la ville d’Angers.

      Un jumeau numérique de terrain est une réplique virtuelle détaillée d’un site réel. Il agrège, à une maille fine, des données sur la nature des sols, la hauteur des bâtiments, le couvert forestier, la pente et l’urbanisation. Ces données proviennent principalement d’imagerie satellite, de relevés Lidar, et de modèles numériques d’élévation à haute résolution comme Fabdem ou Copernicus GLO-30. Un jumeau numérique intègre également les infrastructures d’évacuation (diamètres des canalisations, réseaux) ainsi que les dispositifs de défense situés en amont sur les bassins versants (digues, bassins d’expansion, barrages).
      À ce jumeau numérique, on applique les régimes de précipitations actuels et à venir. Ainsi, les projections climatiques sont intégrées dans des modèles hydrologiques et appliquées au jumeau numérique de terrain. Ces derniers permettent en tout point du globe, à la coordonnée GPS et autour, d’estimer la hauteur d’eau résultant d’inondations, et les probabilités d’occurrence par saison associées.

      #zone_inondable #crue_de_référence #jumeau_numérique

  • Forêts des #Landes : un petit ver entraîne l’#abattage de milliers de #pins

    La découverte de #nématodes_du_pin en plein massif forestier des Landes a déclenché un branle-bas de combat : 40 ha de #pins_maritimes sont en train d’être abattus. Les monocultures rendent les bois vulnérables à ce petit ver.

    Un craquement se fait entendre par-dessus le ronronnement des engins forestiers, aussitôt suivi d’un fracas : un pin vient de tomber, abattu par les agents de la coopérative #Alliance_forêts_bois. Son tronc rejoindra bientôt les immenses pyramides de rondins dressées le long de la route qui relie #Seignosse à #Angresse (Landes).

    Depuis début janvier, la coopérative forestière industrielle œuvre pour abattre des milliers de résineux dans un rayon de 500 mètres autour de la découverte d’arbres contaminés par un #ver ravageur microscopique : le nématode du pin. Ce ver, qui peut tuer un pin maritime en quelques semaines, est classé « organisme de quarantaine prioritaire » par la législation européenne et un protocole obligatoire encadre sa découverte.

    Ainsi, la zone de 500 mètres autour du foyer est déclarée « #zone_infestée » et fait l’objet d’une #coupe_rase. Un deuxième cercle est fixé avec une zone tampon de 20 kilomètres dans laquelle le transport de bois est réglementé et les travaux d’élagage interdits. Objectif : l’éradication du microorganisme.

    Dans la « zone infestée », 98 % des arbres sont des pins maritimes. Dans l’ensemble du massif forestier artificiel landais, l’essence représente à elle seule 75 % des arbres. Cette monoculture, typique de la #sylviculture_industrielle, rend la forêt particulièrement vulnérable au nématode et son arrivée était redoutée.

    Le chantier se fait à toute vitesse pour vider les parcelles, et les engins forestiers impriment la marque de leurs chenilles dans la glaise du sol mis à nu. Au loin, les cimes des pins maritimes étendent leurs couronnes vers le ciel dans l’attente de leur abattage prochain.

    Un protocole daté ?

    Pour Hervé Jactel, directeur de recherche à l’institut national de recherche Inrae et spécialiste en entomologie forestière, ce protocole, mis en place en 2012, ne tient pas compte des connaissances plus récentes, et n’est pas adapté à la biologie du nématode du pin. Avec ses équipes, il travaille depuis plus de quinze ans sur l’insecte qui sert de vecteur au petit ravageur : un coléoptère qui répond au nom de #Monochamus_galloprovincialis et qui est présent naturellement en abondance dans les forêts des Landes.

    C’est lui, une fois que le parasite l’a contaminé, qui sert de moyen de transport au nématode. Or, d’après le scientifique, « l’insecte vecteur se déplace beaucoup. Il vole très loin par rapport à la moyenne des insectes ». Jusqu’à 20 kilomètres par an. « Cela signifie que la propagation possible du nématode à partir d’un foyer d’infection va bien au-delà des 500 mètres de coupe rase mis en œuvre. »

    Pour autant, pas question de raser l’intégralité des conifères présents dans la #zone_tampon, selon lui. Hervé Jactel plaide plutôt pour un protocole alternatif — sur lequel l’Inrae travaille — permettant une détection précoce des arbres infestés qui seraient les seuls abattus. Des tests moléculaires prometteurs permettraient de tester sur place les arbres dépérissants afin de déterminer s’ils sont infestés par le nématode ou bien touchés par un #scolyte, un champignon pathogène ou encore atteints par la sécheresse. Aujourd’hui, les tests menés en laboratoire demandent plusieurs semaines avant de donner un résultat.

    Une arrivée « inéluctable »

    En attendant une hypothétique évolution législative du protocole, les hectares situés autour du foyer détecté à #Seignosse doivent être coupés avant le 15 février, date butoir fixée par la préfecture des Landes. Laquelle s’est réjouie, car depuis la découverte du foyer début novembre, les 880 prélèvements réalisés sont tous revenus négatifs : « Les premiers résultats sont rassurants. »

    Pour Hervé Jactel, l’introduction du nématode dans les Landes était « inéluctable », monoculture oblige. Le ravageur est un grand voyageur originaire d’Amérique du Nord qui a conquis le Japon, puis la Chine en 1982. Il est arrivé en Europe par le Portugal en 1999 et a depuis entraîné l’abattage de millions d’arbres dans la péninsule ibérique.

    Même si ce premier foyer est éradiqué, il ne sera pas le dernier, prévient le directeur de recherche. « Là, on est dans le temps de l’urgence, mais dès le printemps, il va falloir réfléchir au long terme. La seule perspective possible, c’est de diversifier les essences. »

    https://reporterre.net/Forets-des-Landes-un-petit-ver-entraine-l-abattage-de-milliers-de-pins
    #forêt #vulnérabilité #monoculture

    • Transactions opaques, pyramide de Ponzi et possible lien avec le banditisme corse : les finances du couple Moretti révélées par les autorités antiblanchiment suisses
      https://www.liberation.fr/societe/police-justice/transactions-opaques-pyramide-de-ponzi-et-possible-lien-avec-le-banditism

      Un rapport confidentiel du bureau suisse de lutte antiblanchiment, daté du 23 février dernier et consulté par « Libération », met au jour des irrégularités concernant le couple propriétaire du bar Le Constellation, à Crans-Montana, dont l’incendie a fait 41 morts.

      Depuis la nuit de la Saint-Sylvestre et l’incendie du bar Le Constellation – qui a coûté la vie à 41 personnes, en majorité des mineurs, et brûlé à vif 115 autres – les rumeurs courent sur le couple Moretti, propriétaires de l’établissement. Soupçons de liens avec le crime organisé corse, employés surmenés, caution payée par un mystérieux homme d’affaires : le passé opaque du couple ne cesse d’interroger les enquêteurs. Au point que, comme le révèle le Parisien, le bureau suisse de lutte antiblanchiment (MROS) a passé au crible plusieurs soupçons d’irrégularités de la part des deux propriétaires, notamment mis en examen pour « homicide par négligence ». Le tout a été réuni dans un rapport remis fin février au ministère public valaisan, que Libération a pu consulter.

      Mouvements suspects sur des comptes
      Dans un premier temps, la police fédérale suisse, qui supervise le bureau antiblanchiment, s’est intéressée aux transactions bancaires des entreprises de Jacques et Jessica Moretti. Les enquêteurs ont noté de nombreux allers-retours entre leurs différentes sociétés : des « comptes de passage », que le couple est soupçonné d’avoir utilisés pour compliquer le suivi de leurs flux financiers. Les sommes en question atteignent des centaines de milliers de francs suisses.

      « Cette façon d’opérer, en transférant des fonds entre les différentes entités commerciales détenues par le couple Moretti, semble être un modus operandi faisant penser à des comptes de passage », écrit l’autorité. Ces « comptes de passage » rendent alors difficile le suivi des flux financiers et la traçabilité des fonds.

      « Nous ne pouvons pas exclure, vu l’opacité du business, la possibilité de l’entrée d’une partie de fonds dopés dans le circuit financier des établissements publics, voire un blanchiment d’argent de fonds ayant une origine criminelle », résume le rapport.

      Une « pyramide de Ponzi »
      Autre révélation : selon les enquêteurs helvètes, « l’empire du couple Moretti en Suisse repose uniquement sur l’octroi de prêts obtenus de manière vraisemblablement indue ». Ils vont même plus loin, et pointent « l’existence d’un montage financier criminel présumé », pouvant être assimilé à un « schéma de Ponzi ». Ce type d’escroquerie financière est basé sur le principe selon lequel l’argent des nouveaux investisseurs va être utilisé pour rembourser les anciens, créant l’illusion d’une entreprise prospère.

      « L’empire » des Moretti a ainsi « continuellement évolué en prêtant une structure vide, remplie d’hypothèques, comme c’est le cas de l’établissement public Le Constellation, qui, au fil des ans, a acquis d’autres bars et restaurants dans les arrondissements de Crans-Montana et de Lens ». Des nouvelles acquisitions que le couple réalisait en augmentant en parallèle « ses dettes hypothécaires octroyées par les institutions financières, tout en affichant vers l’extérieur un succès commercial fictif, avec notamment l’exposition de voitures de luxe en leasing au nom de la société », notent les enquêteurs. Au total, entre 2015 et 2025, le MROS relève que le couple, à travers ses trois établissements, a cumulé les crédits bancaires, pour plusieurs millions de francs suisses.

      Escroqueries aux assurances et « faux dans les titres »
      La suite du rapport est à l’avenant : on y trouve de « probables escroqueries aux assurances » après des déclarations d’incendie sur leurs établissements, l’un au Vieux Chalet en 2023, le second au Constellation en février 2024. Pour ces deux sinistres, le couple a touché près de 248 000 francs suisses (274 000 euros). Or, selon le quotidien suisse Blick, l’analyse des comptes du foyer Moretti montre que ces indemnisations n’ont pas, en priorité, servi à la reconstruction des établissements. Premiers postes de dépense : le paiement d’impôts, les primes d’assurance maladie ou encore la contraction d’un leasing pour des voitures de luxe.

      Le MROS soupçonne également le couple Moretti de « délits d’obtention illicite de prestations d’une assurance sociale ou de l’aide sociale ». En d’autres termes, d’avoir perçu de la part des assurances chômage et autres organismes de prestations sociales, plus d’ 1,6 million d’euros d’aide aux entreprises . Mais de s’en être servi pour payer « des charges difficilement justifiables d’un point de vue commercial ».

      Un lien avec le banditisme corse qui n’est pas exclu
      Aussi, tout en pointant du doigt « l’utilisation présumée de faux documents comme garanties bancaires », le MROS dessine le profil d’un homme aux fréquentations « problématiques ». Il s’attarde sur les liens entre Jacques Moretti, condamné en 2008 à douze mois de prison dans une affaire de proxénétisme, et Gilles Celotti, « une figure du milieu de la prostitution en Suisse romande qui avait créé le premier web romand du sexe tarifé ».

      En conclusion, les enquêteurs de ce pôle antiblanchiment déclarent que bien que les divers « versements en espèces » sur les comptes de Moretti ne soient pas « inhabituels », ils ne sont pas « totalement exempts [d’]une origine criminelle présumée ». Existe-t-il des liens entre Jacques Moretti et le banditisme corse ? Le rapport pose lourdement la question : « Si l’on voulait établir un lien avec le banditisme corse, on pourrait mentionner qu’en général, les organisations criminelles corses ont investi surtout dans le secteur du divertissement (bars, restaurants, casinos), un secteur dans lequel Jacques Moretti est actif depuis des années ». Tant en France qu’en Suisse.

      Depuis la transmission du rapport au ministère public valaisan, les autorités locales ont gelé six comptes bancaires des Moretti, pour cinq jours. Pour Me Jean-Claude Guidicelli, avocat de deux employés du Constellation contacté par Libé, ce rapport n’est « qu’une confirmation de l’origine illicite de la fortune de Jacques Moretti, […] qui a débarqué du jour au lendemain dans une station de ski huppé et a ouvert trois établissements sans aucune ressource ».

      Du côté de la défense de Moretti, on relativise le rapport, « une réaction préventive » face aux révélations de la presse, et on se rassure. Auprès de Libé, Me Patrick Michod souligne que le MROS n’est pas « une autorité de poursuite pénale » et que « les condamnations qui aboutissent à la suite d’une dénonciation du MROS sont très faibles ». Quant aux conclusions, le conseil estime qu’elles sont « de l’ordre d’une totale hypothèse ».

  • La Zone à Patates, une ZAD en périurbain
    https://metropolitiques.eu/La-Zone-a-Patates-une-ZAD-en-periurbain.html

    L’utilisation du foncier dans les espaces périurbains est sous tension. À Pertuis, dans le Vaucluse, la création d’une zone d’activité économique sur des terres agricoles engendre des formes nouvelles de #mobilisation. « Qui ose encore bétonner des terres destinées à nourrir ? » ; « Qui sème le béton aura bientôt la dalle » ; « béton = inondation »… C’est avec ces slogans – et bien d’autres ! – que plusieurs centaines de personnes ont défilé dans la zone d’activités et les espaces agricoles de #Terrains

    / #périurbain, mobilisation, #zone_à_défendre, #conflit, #agriculture, #Marseille, #métropole

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_fonticelli.pdf

  • «  Dernier passage  »  : une #chasse_à_l’homme dans la #forêt de #Białowieża vue de l’intérieur

    Dans l’est de la Pologne, les activistes de #Grupa_Granica répondent chaque jour aux appels de détresses de migrants dissimulés dans les marécages, fuyant les patrouilles et les hélicoptères. Une journée passée à leurs côtés raconte la mécanique d’une traque — et ce qu’il reste du droit d’asile au cœur d’un dispositif frontalier militarisé. Extrait de l’épisode 3 de notre podcast original «  Dernier passage  ».

    Le hameau des activistes de Grupa Granica n’a rien d’un camp organisé et militarisé  : c’est une zone de #résistance bricolée, coincée entre deux États qui se renvoient les mêmes corps épuisés. Dans le garage où tout s’entasse, les bénévoles préparent les «  paquets de survie  » destinés aux migrants égarés dans la forêt de Białowieża  : couvertures isothermiques, bonbons, anti-inflammatoires, pansements, chaufferettes, mais aussi batteries externes préchargées. Chaque élément répond à une nécessité repérée sur le terrain  : éviter l’hypothermie, prévenir les infections, fournir de l’énergie rapide, permettre une dernière communication avant que les téléphones ne s’éteignent. Cette frontière militarisée est devenue un #environnement_hostile où l’accès au territoire européen se joue parfois sur la présence (ou non) d’un simple powerbank.

    Alors que nous terminons la préparation des sacs, Aleksandra, militante chevronnée, reçoit un appel paniqué d’un jeune Marocain caché dans la forêt. Il dit être traqué par les #gardes-frontières polonais. «  Ils sont proches… j’entends les chiens…  » Son signal GPS s’interrompt par intermittence  : sa batterie est presque vide. Aleksandra réagit immédiatement et nous entraînons nos sacs sur un chemin forestier noyé sous la pluie.

    Dans cette forêt, la frontière n’est pas une ligne mais une #traque permanente. On avance dans des #marécages glacés, l’eau jusqu’aux genoux et sous dans un ciel où on aperçoit la silhouette métallique des hélicoptères de l’armée. L’un d’eux tourne en cercles, à basse altitude, manifestement à la recherche d’une silhouette humaine. Plus loin, un véhicule des gardes-frontières suit une piste forestière. Aleksandra nous fait signe de nous cacher. La scène ressemble moins à une patrouille qu’à une opération de chasse organisée. On pourrait croire à une farce ou a un exercice de l’armée, le cerveau peine a envisager la réalité, mais c’est bien un être humain qui est traqué.

    Chaque minute compte. Si les gardes-frontières interceptent le jeune homme avant nous, il risque un pushback, en l’occurrence le fameux renvoi immédiat vers la dictature voisine, la Biélorussie, une pratique interdite par l’article 33 de la Convention de Genève, par le droit européen (Directive Procédures, articles 6 et 8), et par la Charte des droits fondamentaux (article 18 et 19). En théorie, toute personne présente sur le sol polonais (ou interceptée à la frontière) a le droit de demander l’asile et de voir sa demande enregistrée immédiatement. Mais en pratique, dans cette zone militarisée, les refoulements illégaux sont systématiques.

    Le signal du jeune Marocain finit par réapparaître. Dix secondes de géolocalisation, le temps de fixer un point approximatif. On accélère. Après plusieurs heures dans les marécages, nous le trouvons enfin. Trempé, tétanisé, incapable de distinguer qui nous sommes. Aleksandra s’agenouille, lui offre de l’eau et du sucre, lui parle doucement. La panique ne vient pas seulement de la faim ou du froid, mais de ce qu’il sait  : s’il est repris sans témoin, il sera renvoyé de force vers la Biélorussie, sans trace administrative, sans accès à la procédure, parfois avec des coups ou des menaces. Des situations qui ont déjà été maintes fois documentées.

    Commence alors la discussion essentielle  : activer le droit.

    Aleksandra lui explique les règles, mais surtout les écarts entre la loi et sa mise en œuvre. Selon la Directive Procédures de l’UE (2013/32/UE), un demandeur d’asile  :

    · doit pouvoir déposer sa demande immédiatement,

    · doit être protégé contre tout refoulement tant que sa demande n’a pas été examinée,

    · doit avoir accès à une procédure individuelle,

    · doit pouvoir contacter un avocat ou une ONG.

    La Pologne, de son côté, a modifié son droit interne en 2021, introduisant des dispositions permettant aux gardes-frontières d’ignorer une demande orale formulée dans la #zone_militaire — une mesure jugée incompatible avec le droit européen par plusieurs juristes et contestée devant la Cour européenne des droits de l’homme.

    Aleksandra ne ment pas  : en théorie, s’il prononce les mots «  Je demande l’asile  » devant un agent polonais, l’État est juridiquement obligé de l’enregistrer. Mais en pratique, il arrive très souvent que les agents refusent d’entendre la demande, qu’ils ne consignent rien, ou qu’ils renvoient la personne de l’autre côté.

    Le juriste spécialisé de Grupa Granica, joint par téléphone, entre alors en scène. Il explique au jeune Marocain ce qui va se passer ensuite  :

    · une arrestation officielle

    · un transfert vers un centre de rétention

    · un premier entretien

    · la possibilité d’un accès à un avocat,

    · mais aussi le risque d’une décision de retour, parfois très rapide, si les autorités estiment qu’il ne relève pas de la protection internationale.

    Les #centres_de_rétention polonais sont régulièrement pointés du doigt  : dispositifs carcéraux, quasi-absence d’interprètes, accès limité à l’aide juridique, conditions matérielles difficiles. Mais c’est aussi le seul endroit où sa demande d’#asile peut être légalement consignée (et donc juridiquement défendable).

    Après une heure de discussion, le jeune homme accepte. Il renonce à la fuite vers l’Allemagne (trop risquée dans son état) et choisit la voie légale. Aleksandra compose alors le numéro des autorités locales pour notifier officiellement la présence d’un demandeur d’asile. Cette notification crée une trace, un fait juridique que la police ne peut plus effacer.

    Lorsque la jeep des gardes-frontières arrive, tout est filmé, noté et documenté. Le jeune Marocain prononce clairement sa demande. Les agents, cette fois, l’enregistrent. Il monte dans le véhicule. Il sait qu’il entre dans un système opaque, mais au moins, une procédure existe. Il ne sera pas poussé dans la forêt biélorusse cette nuit.

    La voiture s’éloigne. Il ne reste que la forêt, les trous d’eau, les traces d’une journée passée à échapper aux patrouilles. Aleksandra regarde son téléphone  : trois autres messages de détresse sont arrivés depuis notre départ. Dans cette #zone_frontalière, la loi européenne existe, mais elle ne s’applique que quand des civils, juristes, bénévoles veillent à ce qu’elle ne soit pas étouffée sous la boue des marécages.

    https://www.blast-info.fr/articles/2025/dernier-passage-une-chasse-a-lhomme-dans-la-foret-de-bialowieza-vue-de-l-

    #Bialowieża #frontières #Pologne #Biélorussie #migrations #réfugiés #solidarité #droit_d'asile #refoulements #push-backs

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    ajouté à la métaliste autour de la Création de #zones_frontalières (au lieu de lignes de frontière) en vue de refoulements :
    https://seenthis.net/messages/795053

  • The multiplying border

    The border is an elastic regime, rather than a fixed line, that can exist anywhere and everywhere

    Citation (article sous #paywall) :

    Similarly, Customs and Border Protection extends authority to within a 100‑mile zone of a US border, allowing it to conduct otherwise unconstitutional warrantless searches, use expansive powers to racially profile and detain people, and establish internal checkpoints. This extends the border to encompass an area where nearly two‑thirds of the population reside.

    https://www.architectural-review.com/essays/keynote/the-multiplying-border
    #frontières #migrations #internalisation_des_frontières #zone_frontalière

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    ajouté à la métaliste autour de la Création de zones frontalières (au lieu de lignes de frontière) en vue de refoulements :
    https://seenthis.net/messages/795053

  • Le canal du Midi interdit à la navigation pour préserver la ressource en eau
    https://www.actu-environnement.com/ae/news/fermeture-ecluses-canal-midi-aude-haute-garonne-herault-usages-e

    Pour maintenir les usages essentiels de l’eau du canal du Midi, dont l’alimentation en eau potable, les bateaux ne seront plus autorisés à passer les écluses à partir du 3 novembre 2025 (sauf dérogations). Cette décision a été prise par Voies navigables de France (VNF), les préfectures de l’Aude, de la Haute-Garonne et de l’Hérault.

    • Sécheresse : de nouvelles mesures entrent en vigueur sur le canal du Midi à partir du 3 novembre 2025
      https://www.vnf.fr/vnf/secheresse-de-nouvelles-mesures-entrent-en-vigueur-sur-le-canal-du-midi-a-partir

      Face à la sécheresse qui touche le bassin Sud-Ouest depuis plusieurs mois, Voies navigables de France (VNF), en concertation avec les Préfectures de l’Aude, de la Haute-Garonne et de l’Hérault, met en place de nouvelles mesures préventives pour préserver les ressources en eau alimentant le canal du Midi.

      Les fortes chaleurs de l’été 2025, suivies d’un automne exceptionnellement sec, ont provoqué une baisse importante du débit des rivières et du fleuve Aude, principales sources d’alimentation du canal (85 %).

      Dans ce contexte, VNF réduira dès le 3 novembre les volumes d’eau injectés depuis les barrages-réservoirs vers le canal du Midi. À compter de cette date, le passage des écluses par les bateaux ne sera plus autorisé, sauf pour des motifs exceptionnels. Cette nouvelle mesure doit permettre de limiter au strict nécessaire la consommation d’eau encore stockée dans les barrages-réservoirs.

      La saison de navigation aura été préservée jusqu’à la fin octobre grâce aux efforts conjoints de VNF, des services de l’État, de l’ensemble des acteurs de l’eau, des préleveurs, ainsi que des navigants. Depuis juin, des échanges réguliers avec les représentants des navigants a également permis de tenir informés les professionnels et plaisanciers des risques de rupture d’alimentation et des mesures mises en œuvre progressivement.

      Conscient de l’impact économique de cette nouvelle mesure pour certains professionnels navigants, Voies navigables de France souhaitait repousser au maximum son entrée en vigueur jusqu’au début de la basse saison de navigation.

    • En fait ils n’interdisent pas, il n’y a juste plus assez d’eau pour naviguer. C’est bateau.
      C’est comme si l’apesanteur disparaissait, ah ben on va interdire les avions.
      C’est dommage, ils avaient pourtant augmenté le prix de l’eau l’été par rapport à l’hiver, y’a que Bolloré qui en a profité avec Véolia gestionnaire de l’eau toulousaine ?

      On m’aurait demandé, j’aurais dit pareil qu’à greenpeace à l’entrée de l’an 2000 : le principal sujet écologique et politique pour le siècle qui vient c’est l’eau. Certes, je te dirai qu’à l’époque même le prétentieux directeur Bruno Rebelle, ne voulait pas l’entendre, ils voulaient qu’on parle d’ogm et de nucléaire.
      Mais bon, je ne vaux rien et je ne compte pas, et avant moi, il y en a bien d’autres qui ont prévenu de la catastrophe à venir. Sans eau, pas de refroidissement des centrales ni d’arrosages agricoles, vous êtes malins maintenant. Mais non, tout va bien, « on » a remplit des barrages en amont, comme en Ariège ou ailleurs, des sortes de mega-bassines bien laides en tout béton qui s’assèchent et puent l’été pour se vider dans les fleuves vides ou dans le canal déjà vide, tout ça en pensant que ça remédierait au problème.

      Et du coup, puisque je suis lancée, je me remémore les mots du rapporteur à l’assemblée nationale qui explique doctement à la fin des « débats » sur la taxe zucman que 2% prélevé sur les multimilliardaires c’est vouloir la destruction du système. Ouuu les vilains extrêmistes gauchistes qui veulent détruire le capitalisme et ses serviteurs, renverser les décideurs de blocs de béton qui rapportent le temps de bien remplir sa piscine.

      #zones_de_mort

  • In #Tanzania i Masai vengono espropriati con la scusa di proteggere la natura
    https://irpimedia.irpi.eu/tanzania-espropriazione-terre-masai

    Nell’area protetta di Ngorongoro, vicino al parco del Serengeti, le popolazioni indigene vengono private della terra per fare spazio al #Turismo di lusso L’articolo In Tanzania i Masai vengono espropriati con la scusa di proteggere la natura proviene da IrpiMedia.

    #Diritti #Mondo #Africa

  • Dans l’#Allier, inquiétudes autour de l’ouverture d’une mine de #lithium et de ses matières radioactives

    La production de matières radioactives d’un site d’#Imerys dans l’Allier va considérablement augmenter si sa mine de lithium est autorisée. Mais personne, ou presque, n’est au courant. Car l’industriel s’est montré particulièrement discret sur ce sujet sensible qu’il a omis de déclarer pendant plusieurs années.

    « Des produits radioactifs à #Échassières ? Jamais entendu parler ! » Maurice Deschamps est maire de #Lalizolle (Allier), commune où pourrait voir le jour l’une des plus grandes mines de lithium d’Europe. La préfecture vient de donner le feu vert au groupe Imerys pour y construire un site pilote d’#extraction et de transformation du minerai.

    Contacté par Mediapart au téléphone, le maire, ancien responsable à la direction départementale de l’agriculture, assure avoir suivi la plupart des rencontres organisées par l’entreprise avec les élu·es depuis l’annonce du projet, en octobre 2022. « Jusqu’à une par mois, c’est beaucoup ! » Il a aussi assisté à plusieurs des vingt-quatre réunions publiques organisées par la Commission nationale du débat public (CNDP) entre mars et juillet 2024.

    Pourtant, comme tous les édiles des communes voisines qu’a pu joindre Mediapart, Maurice Deschamps ignorait que le projet « #Emili » (exploitation de #mica_lithinifère par Imerys) impliquerait de produire chaque année plus de 1 millier de tonnes de #matières_radioactives. Car dans cette même roche, Imerys compte extraire du lithium, mais aussi d’autres #minéraux comme du #tantale et de l’#étain, particulièrement concentrés en #uranium.

    C’est sur la #Bosse, une colline boisée qui domine le bocage bourbonnais, que le projet de mine s’apprête à démarrer. Pour atteindre le #gisement de lithium, une galerie sera creusée sous une carrière de #kaolin, matière première de la porcelaine, en exploitation depuis plus d’un siècle. Elle a été rachetée en 2005 par Imerys, propriété du groupe Bruxelles-Lambert (contrôlé par les familles de milliardaires #Frère et #Desmarais).

    Activité nucléaire

    À côté de la #fosse_d’extraction de kaolin se trouve une usine où le #minerai est purifié et traité. Mais depuis les années 1980 au moins, on y traite aussi d’autres matériaux extraits dans cette fosse : de l’étain, du tantale et du #niobium. Quand il sort de cette laverie, ce concentré de métaux bruts, semblable à une pâte noire, est stocké dans des fûts puis expédié à l’étranger. Les métaux, une fois purifiés dans une fonderie, pourront notamment être utilisés pour produire de l’électronique. Or, ce concentré métallique a une particularité sur laquelle l’industriel et les autorités se sont montrés très discrets : il est radioactif.

    Sa composition est donnée dans les petites lignes du dossier de l’enquête publique qui vient de s’achever en vue de la construction à Échassières des phases pilotes du projet Emili, une galerie de reconnaissance et une usine : « Le concentré [d’étain, tantale et niobium – ndlr] possède une certaine #radioactivité du fait de la présence d’une faible concentration en #uranium […] et #thorium », a précisé l’industriel dans ce dossier d’enquête de 3 500 pages.

    « On peut estimer la radioactivité totale d’un tel concentré à environ 300 000 becquerels par kilogramme, explique Julien Syren, géologue et codirecteur de la Criirad, association d’expertise citoyenne (voir le détail du calcul en annexe). Ça n’a rien d’anecdotique ! » D’après le Code de la santé publique, la transformation, le stockage et le transport de ce minerai radioactif sont considérés comme une « activité nucléaire ». Le seuil fixé par l’administration est dépassé quand les produits émettent plus de 1 000 becquerels par kilogramme (Bq/kg) et que leur stockage excède 1 tonne. Imerys en produit environ 100 tonnes par an.

    Si la #mine d’Échassières voyait le jour, cette production radioactive changerait d’échelle. Imerys compte exploiter le lithium, mais aussi l’étain, le tantale et le niobium présents dans la même roche jusqu’à plus de 500 mètres de profondeur. « La production de lithium (quelle que soit sa forme) augmenterait automatiquement la production de concentré d’étain-tantale et niobium déjà commercialisé par Imerys », précise l’entreprise en 2020 dans sa demande de prolongation de permis d’exploration. Dans la mine de lithium, Imerys prévoit d’extraire quinze fois plus de roches que dans la carrière – et produirait donc au moins 1 500 tonnes de métaux radioactifs par an.

    « Pour les salariés du site et la population, poursuit Julien Syren, il y a un risque d’exposition aux rayonnements et des sources de #pollution importantes. Les poussières contenant de l’uranium et ses descendants radioactifs peuvent être ingérées, les #radionucléides peuvent se retrouver dans les déchets miniers et dans les #eaux. » Les faibles doses de radioactivité augmentent sensiblement le risque de #cancer, comme l’a récemment mis en évidence une étude internationale parue dans le British Medical Journal. Julien Syren se dit très étonné que cet enjeu n’ait pas été traité « de façon centrale » pendant le débat public sur la mine de lithium.

    La direction régionale de l’environnement Auvergne-Rhône-Alpes, responsable de la surveillance environnementale de la carrière, confirme à Mediapart que « l’usine de traitement du kaolin relève de la rubrique #ICPE_1716-2 » qui encadre les usines « mettant en œuvre des substances radioactives d’origine naturelle ». L’Agence de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) est chargée de la surveillance radiologique du personnel de l’usine d’Imerys, qu’elle a inspectée plusieurs fois depuis 2009.

    Les salariés de la #laverie portent des dosimètres, et certains font l’objet d’un suivi médical spécifique. L’agence de sûreté nucléaire précise que « les transports des substances radioactives d’origine naturelle produites par le site d’Échassières sont soumis à la réglementation sur les marchandises dangereuses » et que « les colis sont contrôlés par sondage lors des inspections de l’ASNR ».

    #Non-conformité

    Mais autour d’Échassières, personne n’était au courant. Pas même les associations de protection de l’environnement. « Tous ces éléments auraient dû être donnés au public il y a bien longtemps, s’insurge Corinne Castanier, responsable en radioprotection à la Criirad. C’est étrange de ne pas prévenir les mairies qu’il pourrait y avoir une activité nucléaire sur leur commune. C’est encore plus étrange de ne pas les prévenir qu’il y en a déjà une ! », ajoute-t-elle à propos de la carrière de kaolin.

    Même s’ils avaient épluché les documents administratifs concernant cette carrière, les élu·es concerné·es n’auraient pas trouvé trace de cette production radioactive : Imerys avait omis de la déclarer en préfecture, contrairement à ce que prévoit la loi depuis 2014. Les services de l’État ont confirmé à Mediapart que le groupe minier était en « non-conformité » jusqu’en novembre 2022, quand la déclaration d’#activité_nucléaire a finalement été faite, à la suite d’une inspection de l’usine. Mais une fois enregistrée, cette déclaration n’a pas été mise en ligne par la préfecture de l’Allier.

    C’est pendant cette période de non-conformité, en 2021, qu’Imerys a obtenu l’autorisation de prolonger de trente ans l’activité de sa carrière – elle devait initialement s’arrêter en 2020 – et d’en doubler la surface. Sans que ni la rubrique administrative ICPE 1716-2 ni la production de substances radioactives aient été mentionnées dans l’enquête publique. L’#étude_d’impact ne la mentionne pas non plus.

    « Le site dispose, de très longue date, de toutes les autorisations nécessaires pour stocker et transporter ces matières, nous répond Imerys. Lors du débat public de 2024, organisé par la commission nationale du débat public (CNDP), nous avons rappelé que le granite était bien porteur de ces éléments radioactifs », ajoute l’industriel (lire l’intégralité de sa réponse en annexe).

    Un problème en réalité ancien

    Imerys s’était engagé dans le cadre de ce débat à « partager toute l’information sur le projet Emili » et à s’aligner sur le « niveau de #transparence très élevé » du standard minier #Irma (#Initiative_for_Responsible_Mining_Assurance), un label centré sur le partage d’information avec les populations.

    En avril 2024, dans la salle des fêtes du bourg de Saint-Pourçain, dans l’Allier, s’est tenue la onzième soirée d’information sur la mine de lithium organisée par la CNDP. Ce soir-là, le public a un peu déserté. Micro en main, Grégoire Jean, directeur recherche et développement chez Imerys, présente, slide après slide, les enjeux environnementaux du projet. Apparaît sur l’écran une fiche intitulée « La radioactivité du granite de Beauvoir ».

    Elle indique que pour éviter l’accumulation de radon, un gaz radioactif, il faudra ventiler les galeries de la mine, comme dans « les maisons et les caves » des régions granitiques. La production de matières radioactives n’est pas mentionnée lors de ce débat, pas plus qu’elle n’apparaît dans le « Dossier du maître d’ouvrage », le volume de 156 pages diffusé par Imerys pour décrire le projet minier. « On a un granite qui n’est pas spécialement radioactif, il est parfaitement classique », rassure Grégoire Jean au micro.

    Un rapport critique

    Pourtant, sa teneur en uranium semble poser problème depuis longtemps. Dans sa demande de permis d’exploration de 2020, Imerys mentionne qu’au début des années 1980, « une étude de faisabilité » pour une mine d’étain et de tantale à Échassières s’était révélée « négative » en raison notamment de « la présence d’uranium dans le concentré de tantale ». Elle avait été menée conjointement par le bureau des recherches géologiques et minières et l’entreprise #Peñarroya… qui n’est autre que l’ancienne dénomination d’Imerys.

    « Non seulement les données scientifiques accessibles montrent que le #granite_de_Beauvoir contient plus d’uranium que la moyenne, analyse le géologue Julien Syren, mais de toute façon, le principal problème est la concentration de cette radioactivité dans les #déchets et les #sous-produits. »

    La mine d’Échassières, si elle est construite, va générer environ 2 millions de tonnes de résidus par an, sous forme de #boues rejetées par les deux usines de traitement du minerai, à Échassières et à #Montluçon. Quel serait le niveau de radioactivité de ces immenses volumes de déchets ? Quel serait le risque de contamination des sources et des #eaux_souterraines de la Bosse, réputée pour ses #zones_humides ?

    Imerys déclare à Mediapart avoir « mis en avant avec l’exploitation actuelle de kaolin (dans un contexte quasi identique à celui du projet) [sa] capacité à maîtriser ces problématiques ». Dans l’enquête publique pour la création de la mine pilote, Imerys cite un seul rapport datant de 2010 à l’appui de l’absence de contamination radioactive. Un document que, malgré nos demandes, l’entreprise a refusé de communiquer.

    En revanche, Mediapart s’est procuré un rapport rédigé en 2007 par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, aujourd’hui fusionné avec l’ASNR), consacré à la carrière d’Échassières. Ce document exclusif que nous publions en annexe pointe plusieurs « incohérences » dans la surveillance radiologique des salariés. Il reproche à l’exploitant de ne pas surveiller la radioactivité dans les eaux rejetées « dans le ruisseau communal » et de n’avoir « procédé à aucune évaluation des doses auxquelles la population est susceptible d’être soumise ». Le directeur de l’IRSN concluait : « La radioprotection des populations est traitée sommairement. »

    La situation a-t-elle changé ? La Criirad s’est saisie du dossier et a demandé des informations aux services de l’État. Pour les avocats de l’association Préservons la forêt des Colettes, opposée au projet minier, la découverte de cette production radioactive, trois ans après le lancement du projet Emili, est « sidérante », aussi bien « pour ce qu’elle révèle du projet que pour l’effort qui semble avoir été fait pour ne pas ébruiter ces informations déterminantes pour la population, ont réagi Théodore Catry et Benjamin Cottet-Emard. Imerys a eu bien des occasions de s’exprimer avec transparence, mais semble clairement avoir fait le choix de la rétention. » En haut de la colline d’Échassières, les engins s’activent pour construire la mine pilote autorisée fin septembre par la préfecture. L’#autorisation_environnementale qui vient d’être délivrée à Imerys ne prévoit aucune surveillance de la radioactivité.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/071025/dans-l-allier-inquietudes-autour-de-l-ouverture-d-une-mine-de-lithium-et-d
    #Echassières #France #terres_rares

    • Projet de mine de lithium dans l’Allier : quid de la radioactivité ?

      La société Imerys souhaite ouvrir une mine de lithium dans l’Allier. Au-dessus du gisement, une carrière de kaolin est exploitée depuis plus d’un siècle. Le site produit également un concentré d’étain, niobium et tantale présentant une radioactivité élevée. La quantité de concentré produit augmenterait avec la mine de lithium.

      « Dans l’Allier, inquiétudes autour de l’ouverture d’une mine de lithium et de ses matières radioactives » : c’est le titre d’un article de Célia Izoard publié sur Médiapart le 7 octobre 2025.

      Sollicitée par la journaliste, la CRIIRAD s’est penchée sur les aspects radiologiques de la carrière de kaolin actuellement exploitée par Imerys juste au-dessus du gisement de lithium.

      Premier constat : depuis plus d’un siècle, les exploitants successifs n’extraient pas seulement le kaolin mais également un concentré d’étain, de tantale et de niobium dans lequel se concentre l’uranium 238. L’activité de ce radionucléide atteint 30 000 becquerels par kilogramme (Bq/kg), très largement au-dessus de 1 000 Bq/kg, seuil de classement comme « substance radioactive d’origine naturelle » (SRON). En tenant compte des autres radionucléides naturels présents, l’activité totale est de plusieurs centaines de milliers de Bq/kg (1), avec tous les risques radiologiques associés (irradiation externe, contamination par inhalation ou ingestion).

      Du fait de cette radioactivité et des quantités présentes dans l’installation (plusieurs dizaines de tonnes de concentré produites chaque année), le site doit être classé ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), à la rubrique 1716-2 qui encadre les installations mettant en œuvre des substances radioactives d’origine naturelle.

      Alors que la radioactivité du site est connue des autorités depuis au moins 2006, et que la rubrique 1716-2 existe depuis 2014, il a fallu attendre 2022 pour que l’exploitant déclare cette activité nucléaire.

      Malgré cette déclaration, le dernier arrêté préfectoral fixant les règles de surveillance du site par l’exploitant ne comporte aucune prescription en matière de mesures radiologiques, alors que la réglementation impose des contrôles.

      De plus, alors que l’exploitant d’une ICPE 1716-2 doit transmettre chaque année à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) un inventaire des matières et déchets radioactifs présents sur le site, la CRIIRAD n’a pas trouvé, sur le site de l’ANDRA, de fiche pour ce site.

      Pour éclaircir ces points ainsi que d’autres aspects du dossier, la CRIIRAD a écrit à la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes. Vous pouvez télécharger ce courrier avec le lien en bas de l’article.

      S’agissant du projet de mine de lithium, l’exploitant est très discret sur la question de la radioactivité, alors qu’il reconnaît que « la production de lithium (quelle que soit sa forme) augmenterait automatiquement la production de concentré d’étain-tantale et de niobium déjà commercialisé par Imerys ».

      Affaire à suivre…

      https://www.criirad.org/10-10-2025-projet-de-mine-de-lithium-dans-lallier-quid-de-la-radioactivite

  • Automobile : la fin de l’intégration Canada - États-Unis ? | Zone économie - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=4eC2BnzEJBQ

    Les États-Unis veulent se passer du Canada et rapatrier l’industrie automobile chez eux. Mais est-ce que cette ambition est réaliste ? « Ils n’ont pas les capacités industrielles pour répondre à la demande » dit le professeur Yan Cimon à #Zoneéconomie

    Les États-Unis étaient considérés jusqu’à tout récemment le pays sans risque, la référence mondiale pour l’absence de risque, aujourd’hui, on voit qu’il y a un risque latent très fort aux États-Unis.

  • L’État impose une raffinerie classée Seveso dans une zone inondable
    https://reporterre.net/L-Etat-impose-une-raffinerie-classee-Seveso-dans-une-zone-inondable

    « Nous ne sommes pas contre l’industrialisation ou le développement de la voiture électrique, finir par tonner, debout au milieu de l’assistance, Florence Bougault, administratrice de la Sepanso, association de protection de l’environnement en Nouvelle-Aquitaine. Depuis le début, nous vous répétons que l’endroit n’est pas le bon ! »

    #not_in_my_garden

    #le_dernier_caca_de_bayrou

  • Lo sfollamento forzato degli abitanti di Gaza, in immagini, mappe e video
    https://www.assopacepalestina.org/2025/09/20/lo-sfollamento-forzato-degli-abitanti-di-gaza-in-immagini-mappe-e

    di Cate Brown, Amaya Verde e Júlia Ledur , The Washington Post, 19 settembre 2025. Tre giorni dopo che Israele ha lanciato la sua offensiva terrestre per conquistare la città di Gaza, decine di migliaia di palestinesi si stanno spostando verso sud in cerca di una relativa sicurezza. All’inizio dell’operazione, gli aerei militari israeliani hanno ... Leggi tutto

    #Notizie #esodo_da_Gaza_City

  • Les #aires_d’accueil des #gens_du_voyage surexposées aux nuisances : « On mange de la poussière »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/09/16/les-aires-d-accueil-des-gens-du-voyage-surexposees-aux-nuisances-on-mange-de
    #voyageur

    Ces terrains, créés par les pouvoirs publics, sont très souvent situés dans des zones défavorisées et voisines de sources de pollution et autres nuisances environnementales, selon une étude. Une situation dénoncée par les premiers concernés.

    Il n’y a pas grand monde sur l’aire d’accueil des gens du voyage d’#Aulnay-sous-Bois, en #Seine-Saint-Denis, en ce vendredi après-midi de septembre. Mais les quelques personnes qui vaquent autour de leurs #caravanes, alignées de part et d’autre d’une allée de bitume, se sentent cernées. Il y a le vrombissement des petits jets privés qui viennent de décoller de l’aéroport du Bourget, et, celui, plus lointain, des avions de ligne venus de Roissy - Charles-de-Gaulle.

    Des palissades en bois et un haut talus n’atténuent qu’en partie le bruit de la circulation sur une quatre-voies très empruntée, à l’est, et sur l’autoroute Paris-Lille, qui passe en contrebas, au sud. Une haie d’arbres, à l’ouest, dissimule un site de production et de recyclage de matériaux du BTP, à l’arrêt à l’approche du week-end. « Souvent, cela fait un bruit de marteau-piqueur, et énormément de poussière », explique Marc Scheitz, 44 ans. Même sans cette dernière nuisance, la pollution est sensible : le visiteur d’un jour a rapidement les yeux qui piquent, la gorge irritée.

    Marc Scheitz et sa famille vivent depuis dix-neuf ans sur cette aire, normalement destinée à l’accueil temporaire. Ce commerçant sur les marchés et jardinier tente de relativiser : « C’est moins pire qu’à notre arrivée : c’était un ancien dépôt d’ordures, que nous avons fini de nettoyer et dératisé, avant qu’on nous crée l’aire d’accueil. Et il y a pire ailleurs. » Il cite l’exemple de son frère, « sur une aire du 77 [Seine-et-Marne], près d’une déchetterie », et celui de son oncle, Emile Scheitz. Ce retraité décrit, au téléphone, l’aire de Tremblay-en-France, située sous une ligne à haute tension, à moins de 150 mètres des pistes de l’aéroport de Roissy : « C’est très, très bruyant, jour et nuit. Tout tremble quand les moteurs des avions chauffent. Selon le vent, ça sent le kérosène, qui fait des traces sur les carreaux, et les fumées du crématorium voisin. »

    Une étude statistique, publiée fin août dans la revue #Nature_Cities, montre que « les gens du voyage font face, en France, à une discrimination environnementale systémique », résume l’un de ses quatre coauteurs, #Philippe_Delacote, économiste à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Les aires d’accueil, dont l’emplacement est déterminé par les pouvoirs publics, ont tendance à se situer sur des communes présentant davantage de nuisances environnementales que les communes sans aires d’accueil, et où la valeur locative des logements est moins élevée.

    Au sein des #communes, ces aires se trouvent dans des zones défavorisées (revenus plus faibles, plus de logements sociaux…). Et ceux qui vivent sur ces aires ont une probabilité bien plus importante, par rapport aux habitants d’autres #zones_défavorisées comparables, d’être à proximité de sources de #nuisances_environnementales : le #risque d’être à moins de 300 mètres d’une #déchetterie se trouve #multiplié_par_trois, celui d’être à moins de 100 mètres d’une #station_d’épuration ou d’une #autoroute est multiplié par deux, ceux d’être à proximité d’un site pollué ou d’une usine classée Seveso (présentant un risque industriel) sont respectivement augmentés de 30 % et de 40 %.

    Comment l’expliquer ? « Il peut s’agir de rationalité économique – on choisit les lieux les moins coûteux à mobiliser – et/ou de racisme environnemental : l’#antitsiganisme est répandu en France, et les décideurs peuvent vouloir éviter les plaintes des autres habitants. Ces deux mécanismes relèvent de logiques différentes, mais convergentes », avance Philippe Delacote.

    Ces travaux prolongent ceux réalisés par le juriste #William_Acker à partir de relevés sur Google Maps, pour son livre Où sont les « gens du voyage ? » Inventaire critique des aires d’accueil (#Editions_du_commun), qui avait connu un certain écho en 2021. La même année, un rapport de la #Défenseure_des_droits alertait sur les « #discriminations_systémiques » contre des gens du voyage. Peu d’améliorations ont été obtenues depuis : « L’Etat réserve désormais ses subventions aux projets d’aires d’accueil respectant différents critères, y compris environnementaux. Mais on ne revient pas sur l’existant, déplore William Acker. La seule exception que je connaisse est l’aire d’accueil à proximité de l’usine chimique #Lubrizol, à Rouen, dont les habitants commencent tout juste à être relogés, six ans après l’incendie sur ce site classé #Seveso ! »

    « Bronchites chroniques »
    Sur l’aire d’Aulnay-sous-Bois, il faut parfois s’enfermer dans les caravanes, tant l’air est saturé de particules. « On mange de la poussière, même si on nettoie beaucoup. On a des infections des yeux, des bronchites chroniques, mal à la tête », explique Denise Lagréné, 71 ans. Son fils, Max, poursuit : « Mon fils a commencé à faire de l’asthme quand il avait quelques mois. Le médecin a dit que c’était à cause de la pollution, qu’il valait mieux partir. » Ils ont passé sept années près de Fontainebleau (Seine-et-Marne) avant de revenir ici, auprès du reste de la famille. « Mon fils n’a plus d’asthme, mais ma compagne est devenue allergique. A force, elle ne supporte pas bien son traitement. On est partis en Vendée cet été : en trois jours, elle allait mieux. »

    Un médecin achève ses visites sur l’aire. Il préfère taire son nom. Désormais installé à Paris, il continue à venir ici de temps en temps, « parce que personne ne veut se déplacer pour les gens du voyage ». Dans quelle mesure ces patients sont-ils malades de la pollution ? « Je n’ai pas les outils pour le dire. Mais on sait qu’elle exacerbe les allergies préexistantes, et qu’elle joue un rôle dans les problèmes cardiaques et pulmonaires que je constate. »

    Les habitants subissent une double assignation à résidence. Malgré leurs demandes auprès de l’intercommunalité, l’unique voie de sortie de l’aire, la route à quatre voies, n’a ni trottoir, ni passage clouté, ni éclairage public. L’oncle de l’épouse de Marc Scheitz y a trouvé la mort en mars 2023, fauché par une voiture en tentant de traverser. Depuis, les habitants s’interdisent toute sortie à pied. « On fait des allers-retours sur l’aire pour se promener », relate Isabelle (le prénom a été modifié), 39 ans.

    Vivre ailleurs apparaît hors de portée. Isabelle, inquiète pour son aîné « qui perd ses cheveux et fait des œdèmes, sans qu’on puisse l’expliquer », rêve d’habitat adapté, c’est-à-dire d’un logement social doté d’un emplacement pour caravane, « car cela fait partie de nous, de voyager l’été ». Or ce type de HLM reste rarissime, tout comme les terrains familiaux, où les gens du voyage peuvent s’installer durablement. Vivre en caravane sur une parcelle privée est de moins en moins toléré. Les aires d’accueil sont saturées : elles totalisent 26 300 places, loin des 43 000 initialement prévues (l’objectif a été réduit depuis), car bon nombre de communes de plus de 5 000 habitants s’affranchissent de l’obligation, fixée par la loi relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage de 2000, de créer ou de cofinancer une aire. S’installer en dehors des terrains prévus est passible d’amende.

    « Ils savent qu’on n’a pas le choix »
    Sur l’aire d’Aulnay-sous-Bois, chaque emplacement coûte 3,50 euros par jour, et les factures hebdomadaires d’eau et d’électricité atteignent souvent 50 euros. « C’est nous qui coupons l’herbe et nettoyons l’aire, parce qu’ils n’envoient personne. Si on dit qu’on paie trop cher, on nous dit “allez-vous en”, regrette Isabelle. Ils savent qu’on n’a pas le choix. »

    « Le manque de terrains fait qu’on se sent presque chanceux », déplore aussi Emile Scheitz. L’aire de #Tremblay-en-France, trop proche des pistes de #Roissy, devait être provisoire. Une soixantaine de personnes s’y serrent depuis vingt ans. « J’ai monté un dossier pour porter plainte, pour mise en danger de nos vies. Mais les autres familles ont la crainte d’être expulsées si j’en fais trop. » L’intercommunalité Paris Terres d’envol, dont dépendent cette aire et celle d’Aulnay-sous-Bois, n’a pas donné suite à nos demandes réitérées d’entretien.

    Dans la Métropole européenne de Lille, des habitantes sont mobilisées depuis 2013 et la création d’une usine de concassage derrière leur aire d’accueil d’#Hellemmes-Ronchin, qui jouxtait déjà une fabrique de ciment. Elles s’apprêtent à sortir un nouveau film, après Nos poumons c’est du béton, réalisé en 2016 pour témoigner de leurs conditions de vie. « Si vous laissez un verre dehors, l’eau devient grise en dix minutes, dénonce Sue-Ellen Demestre, 38 ans, porte-parole de leur association, Da So Vas. Des bébés sont hospitalisés pour des bronchiolites, sept enfants sur dix font de l’asthme. On a recensé dix cancers, dont trois décès. Il y a des maladies que les médecins ne comprennent pas. Ma mère est morte il y a sept mois d’une maladie auto-immune [dont la pollution renforce l’incidence]. Mon père vient de passer un mois à l’hôpital, sous respirateur. »

    En juin, l’association a lancé une pétition, qui a recueilli plus de 15 000 signatures, pour demander au préfet un « refuge climatique » pour l’été, où le beau temps redouble les retombées de poussière. Faute de réponse, une partie des familles ont investi successivement deux terrains, en juillet, obtenant finalement d’y rester jusqu’à fin septembre.

    Une solution pérenne aurait dû être apportée au plus tard cette année, selon le schéma départemental d’accueil et d’habitat des gens du voyage. Mais aucune n’a encore été trouvée, reconnaît Patrick Delebarre, maire (sans étiquette) de Bondues (Nord) et référent de la Métropole européenne de Lille pour les gens du voyage. « La #pression_foncière et sociale dans une métropole rend les choses plus compliquées, dit-il. En attendant, compte tenu de la situation de l’aire, nous allons limiter le coût des charges pour ceux qui y vivent. »

    #Claire_Ané