• « Fichés S » et autres fichiers de police : de quoi parle-t-on vraiment ?
    https://theconversation.com/fiches-s-et-autres-fichiers-de-police-de-quoi-parle-t-on-vraiment-1


    Les contrôles de police sont aussi l’occasion de vérifier si la personne est inscrite dans un fichier. THOMAS COEX / AFP

    Pour nombre d’entre nous, le « fiché S » serait celui qu’on soupçonne de terrorisme, qu’on surveille. Il serait l’individu dangereux que d’aucuns souhaiteraient voir enfermer, ou au moins expulser. Il serait celui qui n’a pas encore commis d’attentat, mais qui va en commettre.

    Pourtant, et cela peut surprendre au regard de la lumière médiatique qui y est portée, il n’existe pas, en France, de « fichier S ».

    Ce qui est appelé ainsi, par abus de langage, n’est autre qu’un type de signalement inscrit au Fichier des Personnes Recherchées (FPR).

    Le FPR est l’un des plus importants fichiers policiers français (à la fois quant au nombre d’individus fichés, et quant à l’utilisation quotidienne qui en est faite). Il recense les personnes qui font l’objet d’une « fiche », c’est-à-dire d’un signalement par une décision judiciaire, administrative ou policière. Il est un fichier d’identification, alors que d’autres sont davantage dédiés à l’assistance à l’enquête en elle-même (comme le logiciel Anacrim, tout aussi médiatique) ou que d’autres encore contiennent nos empreintes digitales ou ADN.

    620 000 fiches actives

    Il existe un très grand nombre de cas dans lesquels vous pouvez être « fiché » au FPR. On y trouve ainsi, pêle-mêle, les individus ayant fait l’objet d’une interdiction judiciaire quelconque (par exemple, une interdiction de stade), ceux qui ont une dette auprès du fisc, ou encore les déserteurs de l’armée. Les derniers chiffres font état d’environ 620 000 fiches actives.

    Le FPR fait l’objet d’une alimentation à la fois par les organes judiciaires et administratifs. L’accès y est très régulier, notamment par les forces de l’ordre lors des contrôles sur le bord de la route (via leur mobile ou une tablette).

    À chaque catégorie de signalement correspond un type de fichier particulier et une lettre. Les étrangers en situation irrégulière se trouveront ainsi fichés « E », les débiteurs du Trésor Public fichés « T » ou encore les enfants fugueurs « M ».

    Chaque fiche est complétée par le service qui l’a créée : greffes des tribunaux, services de renseignement, direction des finances publiques, police aux frontières, etc. Elle mentionne systématiquement l’identité de la personne, sa photographie, le motif de la recherche ainsi que la « conduite à tenir » (« CAT » en langage policier). Cette dernière peut être variable, de l’arrestation de la personne à l’absence d’action, en passant par le simple signalement à l’autorité émettrice.

    S pour « Sûreté de l’État »

    Mais quelles sont les fameuses « fiches S » ? Le S tient pour « Sûreté de l’État ».

    Elles concernent « les personnes qui peuvent, en raison de leur activité individuelle ou collective, porter atteinte à la sûreté de l’État et à la sécurité publique par le recours ou le soutien actif apporté à la violence, ainsi que celles entretenant ou ayant des relations directes et non fortuites avec ces personnes », selon le dernier rapport parlementaire sur la question.

    Comprendre : les individus considérés comme potentiellement dangereux (sans distinction entre différents degrés de dangerosité), par leurs actes ou leur soutien à des actes, mais aussi les personnes gravitant autour de ces individus.

    Aucune mention donc de l’islamisme radical, ni même du terrorisme. La fiche S peut aussi bien concerner le militant d’ultragauche que l’islamiste radicalisé proche de passer à l’action. Il peut concerner tout individu qui est jugé dangereux pour la sûreté de l’État par un service de renseignement national tel que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui traite des menaces les plus importantes au niveau national, la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) pour la capitale ou encore le Service central du renseignement territorial (SCRT), dont la mission est de rassembler les informations remontées localement.

    #police #fichiers #fiche_S

  • Mort de George Floyd : Donald Trump cible la mouvance « antifa », qu’il veut classer comme « organisation terroriste »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/06/01/mort-de-george-floyd-trump-cible-la-mouvance-antifa-qu-il-veut-classer-comme

    Déjà, la mouvance antifa (pour « antifasciste ») est, de fait, une mouvance, et pas une organisation établie. « Antifa » est devenu aux Etats-Unis un terme fourre-tout qui rassemble les marges de la gauche radicale, qu’elles soient organisées avec pignon sur rue – notamment contre la résurgence, réelle, des mouvements néonazis et d’ultradroite – ou pas. Un militant de longue date, qui a souhaité rester anonyme, parle d’un « stéréotype ».

    Quand une pensée politique est si répandue, on peut toujours essayer de l’interdire !

    #répression #anarchisme

    • La déclaration présidentielle ne peut avoir aucune conséquence légale : la catégorie n’existe pas pour les groupes américains. Mais le ministre de la justice a assuré que les antifascistes faisaient l’objet d’une attention particulière du FBI.

      Les « antifas », voilà l’ennemi désigné. Alors que les manifestations pacifiques, mais aussi les émeutes, se multiplient dans les villes américaines, Donald Trump a confirmé, dimanche 31 mai, qu’il considérait la mouvance comme responsable.
      « Les Etats-Unis vont inscrire ANTIFA dans la catégorie des organisations terroristes », a tweeté le président, qui a appelé un peu plus tard les maires et les gouverneurs démocrates à « s’endurcir » : « Ces gens [les manifestants ou les émeutiers, pas évident à déterminer dans le contexte] sont ANARCHISTES. »

      [...]

      La déclaration de Donald Trump, dimanche, se heurte donc à une réalité plus complexe. Elle n’a de plus aucune valeur pratique et juridique.
      [...]

      Donald Trump avait déjà, en juillet 2019, agité la menace de classement en groupe terroriste (sur Twitter également), comparant « ANTIFA » au gang ultraviolent américano-salvadorien MS-13. Il rebondissait sur une résolution (symbolique) défendue par deux sénateurs républicains, Ted Cruz (Texas) et Bill Cassidy (Louisiane) qui souhaitaient que les antifas soient désignés comme une « organisation de terrorisme intérieur », citant l’agression d’un journaliste conservateur, le blocage d’un bureau de la police de l’immigration (ICE) et la révélation de l’identité d’agents du service.

      Un acte politique, sans implication juridique

      Autre obstacle à la volonté présidentielle, la « catégorie des organisations terroristes » n’existe pas pour le terrorisme intérieur aux Etats-Unis. La loi fédérale définit bien ce dernier, mais la législation ne prévoit aucune incrimination spécifique ou liste de groupes susceptibles d’être sanctionnés. Le financement ou le soutien sont susceptibles de poursuites uniquement si l’organisation est étrangère.

      De même, une enquête sur un groupe « terroriste » local ne peut être déclenchée que s’il est soupçonné d’un crime – violences, meurtres – alors que toute activité étrangère peut provoquer des investigations sur le terrorisme international.

      Et si un terroriste sans lien avec l’étranger commet une tuerie de masse, il sera, simplement, si l’on peut dire, poursuivi pour assassinats – et éventuellement « crime de haine ». La décision de qualifier un acte de « terrorisme intérieur » est donc purement politique, sans implication juridique.

      « La décision de Trump de poster ce tweet est calculée, il s’agit de rallier sa base », poursuit ce très bon connaisseur de la mouvance, qui s’inquiète, dans un climat déjà tendu, que ce ciblage constitue un « signal pour l’extrême droite, en les encourageant à croire qu’ils peuvent mener leurs propres attaques de justiciers contre les manifestants en toute impunité ». Des incidents ont déjà été répertoriés ce week-end.
      Le ministre de la justice, William Barr, a louvoyé entre cette réalité et les déclarations présidentielles, dimanche, en assurant que « la violence organisée et menée par Antifa et d’autres groupes similaires en relation avec les émeutes est du terrorisme intérieur et sera traitée comme tel ». M. Barr a également expliqué que « pour identifier les organisateurs (…) la police fédérale utilise son réseau de 56 tasks forces antiterroristes régionales du FBI ». En somme, elle fait avec ce qui existe déjà.

      Le sacro-saint premier amendement de la Constitution

      Car le FBI – qui est à la fois un service de renseignement et un service de police judiciaire – n’a jamais cessé, depuis les années 1950, de surveiller, d’enquêter et parfois de déstabiliser les mouvements militants de gauche ou de défense des droits civiques, qu’ils soient radicaux ou pas. Le bureau de l’inspecteur général, l’autorité de contrôle du gouvernement fédéral, s’en est encore ému en 2010 au terme de quatre ans d’enquête.

      Il y a un peu plus d’un an, l’organisation non gouvernementale Property of the People a ainsi obtenu le dossier d’une enquête sur le groupe antifasciste By Any Means Necessary (BAMN), étiqueté « DT [terrorisme intérieur] – extrémisme anarchiste », après une contre-manifestation de BAMN lors d’un rassemblement de nazis et de membres du Ku Klux Klan (KKK) à Sacramento, en Californie.

      Les militants étaient accusés « d’avoir assisté à un rassemblement du Ku Klux Klan et agressé un militant nazi ». Les investigations n’avaient pas abouti, notamment parce que les activités de BAMN sont protégées au titre du premier amendement à la Constitution américaine sur la liberté religieuse, d’expression et de rassemblement. Tout comme, en face, celles du KKK et des nazis.

      C’est la limite la plus forte, constitutionnelle, et au cœur de l’identité américaine, qui bloque aux Etats-Unis toute législation sur la question du terrorisme intérieur ou même des groupes professant des idéologies de haine : le sacro-saint premier amendement. Considérer systématiquement la mouvance « antifa » comme un groupe terroriste en serait une violation, et le FBI s’y est toujours refusé. Est-ce à dire que la déclaration de Donald Trump restera sans effets concrets du côté des forces de l’ordre ? Le militant interrogé, qui en a vu d’autres, est certain que « cela sera utilisé comme une justification pour viser des organisations spécifiques, comme la “peur rouge” par le passé. »

      Laurent Borredon

      #anti-terrorisme

  • #Refus_d’entrée : criminaliser la solidarité

    En France, deux petites victoires ont été remportées contre les tentatives du gouvernement Français de criminaliser la solidarité envers les migrant·e·s. Un tribunal administratif a annulé deux ordres de la police française d’interdire de territoire des citoyen·ne·s européen·ne·s en raison de leur soutien aux migrant·e·s à Calais. L’interdiction ordonnée par la police a été déclarée illégale. Cette victoire au tribunal pourrait affecter des dizaines d’autres personnes placées sur des listes d’interdiction et dans les bases de données de surveillance par la police française.

    La liste des #interdictions_de_territoire

    En mars 2017, D. était à la gare de St Pancras à Londres pour prendre l’Eurostar en direction de Calais. Il s’y rendait pour participer à une réunion publique sur le rôle des sociétés privées impliquées à hauteur de plusieurs millions d’euros dans la sécurisation de la frontière Franco-Anglaise. Mais avant de monter dans le train, il est arrêté au contrôle des passeports, puis emmené dans une petite pièce par la Police aux Frontières française (#PAF). Après un moment d’entretien au téléphone, les agent·e·s de la PAF impriment un “Refus d’entrée”, document officiel l’informant qu’il lui est interdit d’entrer en France.
    Ce type de traitement n’est que trop courant envers les voyageurs et voyageuses non-européen·ne·s. Mais D. est titulaire d’un passeport européen. Le document qui lui a été remis stipulait qu’il figurait dans une base de donnée de la police française regroupant les personnes fichées comme « Danger pour l’ordre public ou la sécurité nationale ». En outre, la police lui annonce qu’il va également « avoir des problèmes » pour voyager dans d’autres pays, puisque son nom était dorénavant signalé sur la base de données du Système d’Information Schengen (SIS) utilisée par les polices aux frontières dans toute l’Europe.
    Le cas de D. n’est pas un incident isolé. Ainsi, en mars 2017 X. se rendait en Belgique en bus et a été arrêté·e par la PAF au port de Douvres. Après environ une heure d’attente, on informe X. que l’entrée en France lui est refusée et iel reçoit un papier notifiant simplement qu’iel est un « danger pour l’ordre public ou la sécurité nationale ».
    Ce n’était pas la première fois que X. a eu des problèmes pour entrer en France. En Octobre 2016, X. est arrêté·e à son arrivée à Calais et constate que les agent·e·s consultent une liste de trois pages avec des noms et des photographies. La police désigne à X. une photo d’iel prise en 2010 (date devinée grâce à la couleur de ses cheveux !) figurant en page 3 du document.
    On informe X. qu’en cas d’arrestation à Calais, iel serait interdit·e de présence sur le territoire français. Iel n’a pas été arrêté·e, malgré cela, l’entrée en France lui fut refusée la fois suivante.

    En examinant et recoupant l’enchaînement de ces incidents avec d’autres, il semble probable que la police ait établi une « liste de personnes interdites du territoire » juste avant l’expulsion de la jungle en octobre 2016.

    Nous savons que d’autres personnes ont reçu ces interdictions.
    D. et X., plutôt chanceux·se·s d’avoir pu le faire dans le délai imparti de deux mois, ont décidé de contester cette interdiction devant les tribunaux français. Iels ont été soutenu·e·s dans cette action par le réseau Calais Migrant Solidarity et par l’association française Anafé qui travaille avec les étrangers et étrangères empêché·e·s d’entrer en France. Nous pensons qu’il s’agit de l’une des premières fois qu’un refus d’entrée est contesté en France. La plupart des personnes à qui sont imposés ces refus d’entrée sont des migrant·e·s non-européen·ne·s, déporté·e·s loin de France et qui ont peu de chance de les contester.

    La #fiche_S

    Le ministère français de l’Intérieur a défendu l’interdiction devant la cour, arguant que D. et X. étaient bel et bien un “danger” pour la France. Mais de quel danger parle-t-on ? L’État français a tiré cet argument de son fichier consacré à D. et X. – une des tristement célèbres « fiche S » constituées par la police politique française sur de supposé·e·s fauteurs et fauteuses de troubles.

    Cette “fiche S” comportait deux parties. Tout d’abord, D. et X. sont identifié·e·s comme « membre de la mouvance anarcho-autonome d’ultra gauche (« no border ») susceptible de se livrer à des actions violentes dans les perspectives du démantèlement du camp de migrants de Calais ». L’État, dans ses pièces, ne mentionnait aucune violence de ce type, mais citait plutôt plusieurs articles de presse français traitant de la prétendue “violence” des “No Borders”.

    En fait, les assertions de ces médias étaient entièrement fondées sur des citations de sources policières, souvent anonymes. Ainsi, en un cercle parfait, la police a communiqué à la presse des affirmations sans fondements, puis a utilisé ces même citations de presse dans leurs propres “preuves”. Ni D., ni X., ni personne d’autre n’a jamais été poursuivi·e pour les prétendues “violences” mentionnées dans ces rapports, et encore moins reconnu·e coupable.

    La deuxième partie de la fiche S donne quelques exemples plus précis des activités de D. Par exemple, il est arrêté en 2010 dans une “occupation illégale” – c’est-à-dire qu’il était simplement présent dans l’Africa House, squat où habitaient environ 100 personnes venant principalement du Soudan, d’Érythrée et d’Éthiopie. Il a également été repéré par la police lors d’une manifestation de migrant·e·s à Calais en 2014. Le dossier de X. mentionnait que « du 5 au 7 février 2010, des activistes No Border, y compris X., ont illégalement occupé un hangar de la rue Kronstadt à Calais et ont accueilli des migrant·e·s, les forces de l’ordre devant expulser les lieux », et qu’en 2010, des activistes No Border, y compris X. ont déployé une banderole “solidarité avec les sans papiers” sur la façade du beffroi de la mairie de Calais.
    Comme l’a convenu la cour, tout ceci n’avait rien de bien sérieux, était inexact ou ancien, et que rien ne suggérait une menace imminente contre la nation française.

    Il y avait aussi des éléments issus de dossiers de la police britannique. Encore une fois, ceux-ci mentionnent simplement que D et X sont allé·e·s à des manifestations, et que X a été arrêté·e lors de l’une d’elle, mais jamais poursuivi·e.

    Ce que tout cela montre également est comment les polices britannique et française échangent de vagues « renseignements », des rumeurs policières et des soupçons, sur les personnes qu’ils identifient comme politiquement actives. Cette “intelligence” est ensuite utilisée comme une base pour bloquer les mouvements transfrontaliers des personnes, notamment en les ajoutant aux listes de surveillance internationales comme le Système d’Information Schengen.

    #No_Borders” : la menace fantôme

    En bref, la seule accusation réelle contre D et X était qu’iels appartenaient à une « violente » organisation « anarcho-autonome » appelée « No Borders ». Mais quelle est cette prétendue organisation ?

    Bien sûr, certaines personnes solidaires des migrant·e·s de Calais se considèrent anarchistes. Et certaines, anarchistes ou « ultra-gauchistes » ou non, s’identifient à l’idée de « No Borders ». Ces deux mots ont pu être compris différemment selon les personnes : un slogan, une demande, un défi, un rêve. En revanche ce qu’ils ne signifient absolument pas est l’appartenance à une organisation qui organiserait le soulèvement des migrant·e·s à Calais.

    C’est un fantôme créé par la police française et les journalistes qui alimentent des histoires en buvant quelques verres. Il n’existe tout simplement pas. Les journalistes des deux côtés de la Manche ont diffusé d’innombrables histoires de « No Borders » incitant à des émeutes, incendiant la jungle, alimentant des réseaux de passeurs, etc. Aucunes de ces affirmations n’ont jamais été étayées par des preuves ou des enquêtes, ni jamais justifiées devant un tribunal.

    Par ailleurs, les migrant·e·s à Calais sont généralement des personnes plutôt débrouillardes. Beaucoup ont vécu des guerres et des dictatures, des révolutions, traversé des mers et des déserts. Iels n’ont pas besoin d’aide pour être en colère, ni pour s’organiser pour franchir les frontières et passer à l’action.

    Lutter pour la solidarité

    Pour nous, cette contestation en justice ne concernait pas seulement deux individu·e·s . Il s’agissait de contester une arme largement utilisée par la police pour bloquer la libre circulation des personnes en toute impunité. C’était une petite participation à la résistance contre les gouvernements qui s’échinent à mettre fin aux mouvements de solidarité entre citoyen·ne·s et migrant·e·s.

    Au cours des dernières années, des milliers d’Européen·ne·s ont réagi au passage des réfugié·e·s avec soutien et solidarité, depuis les plages de Grèce en passant par les cols des Alpes jusqu’aux “Jungles” de Calais. Cela dérange les politicien·ne·s et les médias qui s’affairent à vouloir faire paniquer la population au sujet d’ « invasions de migrant·e·s ». Leur but est de semer la peur et la division, essayant d’empêcher les gens de s’unir contre les élites capitalistes qui sont nos ennemis communs. La solidarité concrète et pratique, quand les personnes avec et sans papiers résistent côte à côte, est une réelle menace pour leur projet de « diviser pour mieux régner ».

    C’est pourquoi les États répondent en diabolisant et en criminalisant la solidarité. À Lesbos ou à Lampedusa, des volontaires sont emprisonné·e·s ou harcelé·e·s pour avoir sauvé quelques-unes des milliers de personnes qui se noient en mer. A Calais, la police arrête et interdit de territoire arbitrairement quiconque qu’elle aura étiqueté comme « No Borders ». Iels espèrent ainsi effrayer les citoyen·ne·s et isoler les migrant·e·s. L’État et les médias peuvent ainsi discréditer et attaquer leurs boucs émissaires en toute liberté.

    Cette victoire judiciaire est une petite partie de la lutte contre cette guerre lancée contre la solidarité. Ce qui est primordial est que nous ne nous laissions pas effrayer et que nous continuions à combattre nos vrais ennemis qui traînent dans les halls de commerce et dans les lieux de pouvoir. Français·e·s ou Britanniques, Européen·ne·s ou Africain·e·s, nous avons les mêmes ennemis, ne les laissons pas nous diviser.

    #Calais #délit_de_solidarité #solidarité #asile #migrations #réfugiés #victoire #France

  • L’écrivain qui voulait à tout prix lire sa fiche S - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/140419/l-ecrivain-qui-voulait-tout-prix-lire-sa-fiche-s

    Ancien haut #fonctionnaire, écrivain et militant des droits de l’homme, Thomas Dietrich est considéré comme un #opposant par plusieurs pays de la #Françafrique. Cela lui vaut d’être fiché S. L’#État refuse de lui communiquer sa fiche. Il insiste.

    Grand sourire, œil rêveur et visage juvénile, Thomas Dietrich se décrit comme un idéaliste incurable. À 28 ans, cet ancien haut fonctionnaire devenu écrivain, et qui aime bien se comparer à Don Quichotte, se bat contre les abus de l’État avec une constance et une décontraction étonnantes. En mai 2018, il a ainsi déposé deux requêtes au tribunal administratif de Paris et au Conseil d’État pour faire annuler la décision, prise deux mois plus tôt par le ministère de l’intérieur, de refuser de lui communiquer les renseignements collectés sur son compte et compilés par l’administration dans de petites fiches.

    « J’ai découvert incidemment en 2017 que j’avais une fiche S », se marre le jeune père de famille au look décontracté mais chic, attablé dans un café proche de l’École militaire. « Quand je voyageais, j’avais remarqué depuis un moment que pour moi, les formalités devenaient plus longues à la police de l’air et des frontières. »

    [...]

    Il y aurait environ 26 000 personnes fichées S en France, dont 10 000 pour radicalisation. Il ne faut pas confondre les fiches S, un peu fourre-tout, avec le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) créé en mars 2015, après l’attentat contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes (qui centralise le suivi des personnes radicalisées susceptibles de basculer dans le terrorisme).

    [...]

    S’il décrit sa situation comme « orwellienne », Thomas Dietrich ne s’apitoie pas sur son propre sort. Il dit se battre pour des principes. « Moi, encore, j’ai la chance d’être médiatisé et d’être indépendant financièrement. Mais je suis contacté très souvent par des gens qui pensent être fichés eux aussi et que cela angoisse. Récemment, c’est une prof qui m’a appelé. Elle a deux élèves lycéennes qui ont appris soudain, lors d’un contrôle de police, qu’elles étaient #fichées_S, simplement pour avoir participé à des manifs. Ça va les suivre toute leur vie ! Ce fichage est hallucinant. »

    « Les #fiches_S, c’est le fond de commerce de l’extrême droite », peste Thomas Dietrich. Un élément de surveillance des personnes, dans un dispositif sécuritaire censé rassurer le bon peuple mais qui, en fait, mélange tout et n’importe quoi. « On ne sait pas qui collecte quoi, qui rédige, qui contrôle, et on n’y a même pas accès. S’il y a une erreur, elle y reste. C’est déjà inquiétant en soi. Mais en plus, une mairie ou un ministère peuvent se renseigner sur les candidatures d’emploi qu’elles reçoivent, et les refuser quand il y a une #fiche_S. »

    Intarissable, #Thomas_Dietrich s’excuserait presque de toutes ses aventures franco-africaines. « J’ai toujours essayé de dénoncer les injustices, il y a sûrement un peu d’inconscience dans tout ça. » Ce week-end, il va essayer d’entrer au #Soudan.

  • Des camps pour les Fichés S : Manuel Valls demande l’avis du Conseil d’État
    https://lundi.am/Valls-Des-camps-pour-les-fiches-S

    Une lectrice de lundimatin nous a fait parvenir ce document exclusif (nous ne l’avons en tous cas pas lu ailleurs). Il s’agit d’une adresse du Premier ministre au Conseil d’État afin de recueillir l’avis de ce dernier quant à la légalité de certains projets constitutionnels. En l’occurence, M. Valls cherche à savoir s’il serait légal de créer des camps afin d’y retenir préventivement les « Fichés S ». PJ Constit Protection de La (...)

  • #Tarnac, quand l’anti-terrorisme, les fiches S, l’État d’urgence et tout le bordel ne vous quittent jamais...
    http://www.davduf.net/tarnac-quand-l-anti-terrorisme-les-fiches-s-l

    C’était la veille des élections régionales et du raz de marée (brune). Un petit post sur un forum Debian. Une histoire ordinaire d’un Etat d’Urgence ordinaire. Un souvenir qui remonte, Tarnac, et un contrôle à l’aéroport Charles-de-Gaulle d’un militant qui raconte. Juste comme ça, comme un trait de l’époque --- Et ils voudraient qu’on vote pour eux ? A piece of Planet Debian/ posts/ Everyone can be a target My flight from Athens where I had the pleasure to attend the first “reproducible world summit” (...)

    #Tarnac,_magasin_général

    #état_d_urgence

    « https://reproducible-builds.org/events/athens2015 »
    « http://www.scribd.com/doc/86586359/Rapport-RG-2008-Tarnac-Magasin-General »
    « http://www.marmottux.org/index.php/post/2005/07/14/205-photos-des-rmll-2005-nocturnes-aux-tanneries »
    « 

     »
    « https://wiki.debian.org/TanneriesBSP »
    « http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/01/21/en-2008-la-cnil-a-constate-83-derreurs-dans-les-fichiers-pol »
    « https://twitter.com/Maitre_Eolas/status/669126254982012929 »
    « http://delinquance.blog.lemonde.fr/2015/12/04/etat-durgence-a-toulouse-un-catholique-assigne-pour-salafis »
    « http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN0T80Q820151119 »
    « http://www.liberation.fr/direct/element/le-gouvernement-veut-changer-la-constitution-pour-etendre-la-duree-de-let »
    « https://wiki.laquadrature.net/%C3%89tat_urgence/Recensement »
    « http://anticop21.org/video-cop21-violences-policieres-4413 »
    « https://nantes.indymedia.org/articles/32590 »

    • Le policier a aussi dit qu’ils devaient effectuer quelques simples vérifications, et qu’ils me laisseraient ensuite partir, comme j’étais de retour. Je n’ai pas fait confiance à ces propos, mais je n’ai rien dit.

      Lorsqu’ensuite nous avons passé par une porte, que le policier dut déverrouiller avec son badge, il m’a été demandé de m’asseoir sur une chaise dans le couloir, entre deux bureaux (d’après ce que je voyais). Je pouvais entendre un policier expliquer la situation à un autre : « — Il a une fiche.—Ah, une fiche. » Ils semblaient assez perplexes que je ne fusse pas contrôlé lors de mon départ Lundi.

      [...]

      D’après ce que j’ai pu comprendre des événements, ils ont passé un appel, et il ne leur a été demandé par les renseignements que de mettre à jour les données personnelles me concernant.

      [...]

      J’ai pris le temps de documenter cela parce que je sais que trop de gens pensent que ce que fait le gouvernement français ne les concerne pas. Au contraire, cela les concerne. Cela fait quelques années maintenant que la lutte antiterroriste est un moyen pour les gouvernements de surveiller les populations. Mais nous atteignons maintenant un tout autre niveau. Nous parlons de policiers conservant leurs armes en dehors de leur service, de perquisitions à n’importe quelle heure sans le contrôle d’un juge, et du gouvernement qui veut changer la constitution pour rendre l’"état d’urgence" permanent. Nous avons pu constater tant d’abus ces deux dernières semaines. Cela ne va pas s’arranger. Pendant ce temps, au lieu de se demander pourquoi ces jeunes gens sont prêts à assassiner, prêts à se suicider, les officiels préfèrent larguer des bombes. Ce qui va certainement empêcher des individus prêts à mourir de faire usage de tactiques suicidaires, n’est-ce pas ?