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    Est de la Libye : 120 migrants détenus par des trafiquants d’êtres humains secourus par les autorités
    Par La rédaction Publié le : 13/05/2026
    Les autorités de l’est de la Libye ont annoncé lundi avoir retrouvé et libéré 120 exilés qui étaient détenus par des trafiquants d’êtres humains, au sud de Benghazi. Dans le même temps, les corps de deux migrants bangladais et d’un Égyptien provenant du même groupe ont été récupérés sur une plage des côtes libyennes.
    Un lieu où "les êtres humains sont transformés en simple « marchandise » entre les mains de trafiquants qui n’ont aucune morale". C’est ainsi que la direction de la sécurité de la ville d’Ajdabiya, à l’est de la Libye et au sud de Benghazi, a annoncé lundi 11 mai avoir retrouvé et secouru 120 migrants qui étaient retenus prisonniers par des trafiquants d’êtres humains.
    Dans un communiqué publié sur Facebook, la direction de la sécurité de la ville a détaillé l’opération menée pour libérer les exilés, qui a duré près de deux semaines. Tout commence début mai, quand les forces de l’ordre libyennes découvrent trois corps de migrants - deux Bangladais et un Égyptien - sur le rivage de la ville côtière de Bishr, à côté d’une embarcation elle aussi échouée sur la plage. Elles retrouvent à l’intérieur du bateau neuf passeports bangladais et égyptiens, puis décident de lancer une enquête et de déployer des patrouilles dans les environs.
    Un migrant égyptien, « qui présentait des signes d’épuisement et de fatigue », est ensuite arrêté puis interrogé par la police à Bishr. Les autorités apprennent qu’il s’est échappé du lieu où il était retenu par des trafiquants, « un repaire utilisé pour torturer les migrants et faire chanter leurs familles », et que les trois corps retrouvés sur la plage proviennent du même endroit où il était retenu prisonnier. Notamment avec l’aide de l’Égyptien, la police se rend aux divers lieux où d’autres candidats à l’exil vers l’Europe sont détenus, et identifient plusieurs sites utilisés « pour le logement et la torture des migrants ».
    Après « plusieurs raids », 120 exilés - des hommes et des femmes de différentes nationalités, notamment bangladais et égyptiens - qui étaient en captivité sont secourus et libérés, selon le communiqué. Pendant leur détention, ces migrants ont été « contraints de supplier qu’on leur vienne en aide sous les coups et les coups de fouet, pendant que leurs souffrances étaient filmées dans des vidéos envoyées à leurs familles pour leur extorquer de l’argent », ajoutent les autorités. Ces différentes opérations ont également abouti à « la saisie d’un petit chantier naval dans la ville d’Ajdabiya, qui était utilisé par les trafiquants pour fabriquer des bateaux de contrebande » servant à la migration irrégulière, « équipé de machines de menuiserie et de matières premières nécessaires à la construction de bateaux », précisent-elles.
    Dans son communiqué, la direction de la sécurité d’Ajdabiya a partagé des photos montrant plusieurs migrants assis par terre après avoir été libérés des mains des trafiquants, ainsi que des images de passeports, de moteurs de bateaux, de bidons d’eau en plastique bleu et d’embarcations en bois, certaines entièrement assemblées et d’autres encore en cours de construction, retrouvés sur les lieux de détention. En tout, six bateaux ont été saisis.
    Des mandats d’arrêts ont été émis contre les trafiquants d’êtres humains « en fuite » et « le procureur a ordonné l’expulsion des migrants qui ont été arrêtés », indique encore le communiqué, sans donner plus de détails.
    Depuis 2011 et la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est devenue un lieu de transit pour des milliers de migrants subsahariens qui cherchent à fuir la violence et la pauvreté dans leur pays, et à trouver une vie meilleure en Europe. Le pays est miné par des divisions et la présence d’une multitude de groupes armés aux allégeances mouvantes et de réseaux de trafiquants en tout genre.
    En Libye, les migrants sont régulièrement détenus de façon arbitraire dans des prisons, parfois clandestines et gérées par des trafiquants, où ils sont soumis à toutes sortes de violences : coups et brimades, travail forcé, exploitation sexuelle, torture filmée puis envoyée aux familles pour extorquer de l’argent en échange de la libération de leur proche... Au fil des années, InfoMigrants a collecté de nombreux témoignages d’exilés décrivant ces exactions, notamment celui de Marie. Cette Camerounaise et sa fille de sept ans, Aya, sont passées par les terribles prisons libyennes de Zaouïa et d’Abou Salim, à l’ouest du pays, en 2024 et 2025, pendant plusieurs mois à chaque fois.
    « La vie en prison est horrible. J’ai encore des cicatrices sur mon visage tellement ils me frappaient. Je ne sais même pas comment vous expliquer… Un jour, ils ont voulu me violer. Aya a hurlé, elle a pleuré, elle s’est jetée sur moi pour les empêcher de me faire ça. Elle a crié : ’Laissez ma maman, laissez-la !’ Alors ils m’ont laissée, mais ils ont violé les autres femmes à côté de moi », a-t-elle confié à InfoMigrants en janvier. Dans un récent rapport publié mi-février, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a souligné que les migrants, dont des mineurs, continuaient toujours à être victimes de « violations systématiques et généralisées des droits humains » en Libye. Le rapport décrit des cas d’hommes contraints de travailler sans salaire ni nourriture suffisante, et de filles séparées de leur mère. Le document évoque aussi « une réalité brutale et normalisée » sur les migrants dans le pays et dénonce « un modèle d’exploitation » qui profite de la « vulnérabilité accrue » des exilés.
    Environ 5 000 personnes détenues dans des centres officiels suite à des « interceptions illégales et dangereuses en mer » sont victimes de violences sexuelles et sexistes, de torture, d’esclavage et de disparitions forcées, précise ce rapport de l’ONU.
    Par ailleurs, ces dernières semaines, les découvertes de corps de migrants se multiplient dans l’est de la Libye, alors que de plus en plus de personnes empruntent la route dite de Tobrouk pour tenter de rejoindre l’île de Crète, en Grèce, et éviter le renforcement des contrôles des autorités à l’ouest du pays. Pour Tarek Lamloum, chercheur au Centre d’études de Benghazi sur les migrants et les réfugiés, ces drames sont le résultat du trafic d’êtres humains très lucratif qui s’est développé dans la région autour de ces départs. « Toute une économie a été créée autour de la présence des candidats au départ. [...] La région tire désormais profit de ce phénomène migratoire de manière très importante », soulignait-il à InfoMigrants début mai.
    « En ce qui concerne les départs en eux-mêmes, les types de bateaux varient. Il y a des bateaux en bois, relativement en bon état, équipés de radios, qui quittent les ports en étant accompagnés de vedettes appartenant aux gardes-côtes ou aux milices libyennes. [...] D’autres départs se font sur des canots pneumatiques précaires et, malheureusement, les naufrages sont fréquents et les victimes sont le plus souvent des Africains subsahariens ou des Soudanais. Ce sont les départs dans ce type de bateaux qui causent le plus de décès », expliquait-il encore. Selon le Mixed migration centre, le nombre de migrants en Libye s’élevait à 939 638 en décembre 2025. Cela représente une augmentation de 14 % par rapport à la même période en 2024 (824 131).

    #Covid-19#migration#migrant#routemigratoire#migrationirreguliere#libye#traite#trafic#violence#sante#mortalite#subsaharien

  • Mourir mal - AOC media
    https://aoc.media/opinion/2026/05/10/mourir-mal

    « Quand le tour de ma mère est venu, je ne me suis pas méfié. Personne évidemment ne m’a prévenu que ses deux derniers mois allaient mal se passer, que ma mère ne se trouverait jamais au bon endroit, que j’aurais à affronter une absence absolue de compassion. L’hôpital ne m’a pas dit : attention, je suis au bout du rouleau et contrairement à ce qu’indique mon nom, je vais être inhospitalier, voire hostile. »

    • avertissement : barbarie.

      Deux semaines après sa mort, ma mère reçoit un mail de SFR : « B***, Vous souhaitez donner une seconde vie à votre matériel non utilisé. » L’objet indique : « Le service client toujours à vos côtés. » C’est moi qui reçois ce mail, bien sûr, puisque je gère son compte.

      J’ai pourtant joint le certificat de décès à ma demande de résiliation. Qu’on adresse les mots « seconde vie » à une défunte ne m’étonne pas outre mesure, puisqu’au décès de mon frère, le syndic de copropriété avait mandaté un huissier pour trois mois d’impayés – après les avoir informés de la disparition de celui-ci, et leur avoir fourni les coordonnées du notaire en charge de la succession. L’huissier s’était présenté chez le mort et avait facturé son déplacement.

      Le mail de SFR me semble une bonne conclusion aux deux mois durant lesquels j’ai accompagné ma mère dans son agonie, d’abord à l’hôpital puis en Soins de Suite et Réadaptation (SSR). Il porte à un point d’indécence instructif le déni que j’ai eu à affronter tout du long, et qui s’énonce ainsi : en France, la mort n’existe pas. On pourra toujours débattre sur la « fin de vie » : tant qu’on n’aura pas admis que la mort fait absolument partie de celle-ci, rien ne changera. Ni la loi sur « l’aide à mourir », ni le manque de lits, ni le sort des agonisants qui n’ont plus de #consentement_éclairé.

      Ma mère n’était apparemment pas assez vive et pas assez mourante à la fois, elle ne correspondait à rien de prévu par les institutions : elle est rapidement devenue une patate chaude pour l’hôpital public. Sa « fin de vie » s’est transformée en long cauchemar filandreux, prise entre la gloriole des chirurgiens et le manque de temps et de compassion des #soignants, le tout aggravé par le manque d’argent.

      J’avais lu le témoignage d’une journaliste sur la fin de vie de sa propre mère, et comment il lui avait été impossible de trouver une équipe de #soins_palliatifs à domicile. J’avais lu des articles sur le naufrage de la #gériatrie, de l’hôpital, mais je ne l’avais pas expérimenté. Mon frère était mort d’un cancer dans un endroit laid avec un médecin désagréable mais, du moins, il avait eu droit à la sédation profonde et continue prévue par la loi Claeys-Leonetti.

      Quand le tour de ma mère est venu, il y a deux ans, je ne me suis en quelque sorte pas méfié. Personne évidemment ne m’a prévenu que ses deux derniers mois allaient mal se passer, que ma mère ne se trouverait jamais au bon endroit, que j’aurais par conséquent à affronter une absence absolue de compassion. L’hôpital ne m’a pas dit : attention, je suis au bout du rouleau et contrairement à ce qu’indique mon nom, je vais être inhospitalier, voire hostile.

      Je n’avais pas lu Ann d’Angleterre de Julia Deck (Seuil, 2024) qui n’était pas encore sorti, et je n’aurais sans doute pas cru alors ce qu’elle raconte sur la façon dont l’hôpital a traité sa mère, puisque je ne l’avais pas vécu. Ce livre m’a beaucoup fait rire, j’en ai gardé plusieurs passages en mémoire, dont celui-ci : « Je nous imagine propulsées dans un film apocalyptique où une administration bananière prononcerait de beaux discours pendant qu’elle achèverait ses vieux dans des zones de non-droit. Ce n’est pas une hallucination, c’est une tactique. »

      Le cas de ma mère n’est pas unique. Je pense au contraire qu’il est très banal et que c’est pour cela qu’il faut raconter, encore et encore. Parce que beaucoup d’entre nous vont être confronté·es à cette réalité désormais : il n’y a pas de place pour les #mourants. J’ai bien conscience évidemment que ce n’est qu’un sous-cas de la faillite généralisée du service public : France Travail ne peut pas vous indemniser parce qu’il n’a aucune case pour votre précarité, l’hôpital psychiatrique ne peut soigner les schizophrènes armés qui se croient musulmans et vous ne pouvez pas mourir en paix parce qu’on a ôté de sous votre corps les lits et les structures, fussent-elles privées, adaptées à votre état.

      Pour ma mère, cela commence comme ça : un samedi matin, son infirmier m’appelle, elle est encore tombée. Il l’a retrouvée au matin chez elle, mais que je ne m’inquiète pas : les pompiers l’ont emmenée aux urgences de l’hôpital de M., « et elle peut remuer ses orteils ». L’infirmier a donné mes coordonnées aux pompiers, transmis les ordonnances. Puis il a appelé l’hôpital. Ils vont sans doute l’opérer, me dit-il, pour consolider sa colonne vertébrale, une cimentoplastie : une sorte d’injection de colle, trois fois rien, ce sera idéal pour son cas. Ma mère a 90 ans, donc je m’inquiète quand même. Je vis à 800 km, je ne peux pas me rendre sur place en un clin d’œil. Et à quoi servirai-je si on est en train de l’opérer ? Mais je suis aussi son dernier proche : tout le reste de la famille est mort, ses amies sont séniles, son armée d’#aides_à_domicile est, par définition, cantonnée au domicile. Ses capacités cognitives sont en outre diminuées depuis quelques mois et le transport dans un lieu étranger ne va rien arranger, je le sais d’expérience : je dois y aller, je ne peux pas la laisser seule dans cet endroit – je serai son point de repère.

      Aussitôt raccroché avec l’infirmier, j’appelle l’hôpital. Un automate propose d’énoncer le nom de la patiente : « Je n’ai pas compris votre demande. » Au bout de plusieurs heures, l’accueil répond enfin. On ne peut pas me passer le service, c’est le week-end. Ma mère doit être opérée, je dis que je vais laisser mes coordonnées pour qu’on me rappelle, mais mon interlocutrice refuse. Aimable jusque-là, je me raidis : je vais laisser mes coordonnées, insistai-je, car je suis non seulement son fils mais son tuteur légal, « et si elle meurt sur la table d’opération, cela vous évitera de prévenir la police pour retrouver ma trace ». Sensible à cet argument, la réceptionniste me passe le service. Au bout du fil, une femme semble soulagée de mon appel : ils ne savaient pas comment me joindre ni quel était son traitement médical. Je ne fais pas remarquer que l’infirmer a communiqué tout cela aux pompiers. Je transmets la dernière ordonnance que j’ai en ma possession par email. La femme ne sait pas comment va ma mère, sauf qu’elle ne peut pas répondre au téléphone, et l’opération ne se fera pas ce week-end. Il faudra attendre lundi pour parler au médecin.

      Autre récurrence médicale : mieux vaut agir que d’accepter que le réel résiste.
      (Voilà une constante remarquable de ces huit semaines qui s’ouvrent : les infirmières ne savent pas comment vont les malades, elles ne sont pas habilitées à le savoir. Les infirmières du soir ne savent pas quels sont les traitements du matin, elles n’étaient pas là, elles se contentent de donner ceux du soir, même si la malade, quand elle ne pourra presque plus déglutir, les rend, s’étouffe avec – ou les deux à la fois. Autre constante : le matin, on ne peut pas visiter les malades. En réalité, on peut par dérogation, si votre proche est gravement atteint, ce qui va se révéler le cas, mais en pratique on peut difficilement puisque, quand vous vous présentez, on vous intime de déguerpir par égard pour les autres malades, auxquels on prodigue des #soins toutes portes ouvertes. La double injonction contradictoire règne. L’une vous dit d’un air de reproche : « Les médecins étaient étonnés de ne pas vous voir ce matin. » À quelle heure passent-ils ? Vers 10 heures. Le lendemain à 9h30, on commence par vous demander de sortir : les visites, c’est à partir de midi. On vous explique la pudeur comme si vous aviez cinq ans. Vous justifiez votre cas. Vous avez tort quand même : les médecins passent à 9 heures, ne le savez-vous donc pas ?)

      Le lundi, le médecin m’appelle. La cimentoplastie ne suffira pas mais il a une solution pour ma mère. L’arthrodèse. Une opération complexe, il la décrit. Car c’est plus grave qu’on ne pensait. « À la radio, y a plus de colonne vertébrale… Avec son ostéoporose, la pauvre, j’ai jamais vu ça, je vous montrerai si vous voulez. » Je le crois sur parole, pas besoin de me montrer, et je ne sais pas lire les radios. Il ajoute qu’elle est « hyperalgique » (traduction : elle souffre atrocement), et donc intransportable. Mais elle a trouvé une position supportable, me dit-il, elle est immobile. « Bon, l’arthrodèse, je vous cache pas qu’à son âge, 90 ans, c’est une opération hyper lourde, on fixe des plaques. Je vais essayer mais c’est pas sûr que les vis tiennent, et alors là, après, on pourra pas réopérer et alors sa qualité de vie… » Les anesthésistes n’étaient pas chauds, ajoute-t-il, mais il a bon espoir de pouvoir opérer quand même, il attend un second avis collégial.

      Ce type doit être fou. Je résume dans ma tête : elle risque au pire de mourir durant l’opération ou au moins d’avoir des suites post-opératoires affreuses pour un retour à la case départ, c’est-à-dire en l’occurrence la case fin. « Si l’opération rate, est-ce qu’elle souffrira davantage après ? » Il n’en sait rien. Je suppose surtout que ça ne l’intéresse pas de savoir, puisqu’il devrait pour cela envisager le ratage.

      (Autre récurrence médicale : mieux vaut agir que d’accepter que le réel résiste. Dix-sept ans plus tôt, quand le cancer de mon père était en phase terminale, irrécupérable, l’oncologue m’a expliqué qu’on allait commencer une chimiothérapie plus agressive. J’ai fait remarquer que cela allait le tuer plus vite. « C’est sûr, mais si on ne l’avait pas transfusé hier, il serait déjà mort. » Je sais surtout que cela va le faire souffrir davantage, mais par une politesse imbécile, je ne dis rien. C’est le protocole, argumente le médecin, et il y a une chance infinitésimale, miraculeuse, pour que ce traitement ait un effet. Dix jours après sa chimio, mon père meurt en effet, son état s’étant, comme prévu, brusquement dégradé.)

      Le second avis des anesthésistes arrive le lendemain. Une femme me téléphone : elle et ses collègues refusent l’opération, trop longue et trop lourde vu l’état de la patiente. Ce sera la seule personne, en deux mois, à m’avouer que, oui, ma mère est condamnée à brève échéance par grabatisation puisqu’elle ne peut plus bouger. Les fonctions vitales vont se détraquer jusqu’à ce que mort s’en suive. Je parle de « soins palliatifs », elle renchérit, promet qu’elle fera tout ce qu’elle peut pour la soulager, je suis légèrement rassuré. Mais je ne reverrai ni n’entendrai plus jamais cette médecin. La même semaine, au détour d’un couloir, une infirmière désignera ma mère comme « la petite mamie en fin de vie ». Malgré cela, je n’aurai désormais plus qu’une seule réponse, extravagante, de personnes s’occupant de mourants : « Nous, vous savez, on s’occupe de la vie. » On traitera toujours ma mère comme une malade appelée à guérir – et moi comme un importun.

      Je débarque à l’hôpital le mardi. Trois heures de TGV, quarante-cinq minutes d’attente avant une heure de bus intercités, puis encore vingt minutes de bus. Je me présente dans le service. Une infirmière m’engueule en guise de bienvenue : où sont les serviettes de toilettes de ma mère ? Le gel douche ? Le shampoing ? Je vois qu’il n’y a qu’un gobelet en carton pour boire et que, ne pouvant bouger, elle se renverse systématiquement le liquide sur elle. Plus tard, en SSR, une aide-soignante me dira : « Ah bon, ils vous ont demandé des serviettes de toilette à l’hôpital ? Ils sont gonflés, ils en ont. »

      Ma mère demande en me voyant « Mais qui es-tu ? » d’un air presque joyeux. Je le lui explique, elle a l’air satisfaite. Cette désorientation ne va pas s’améliorer dans les deux mois qui viennent. Elle ne parle presque plus, se contente de répondre par « oui » ou par « non » à des questions de bien-être (froid, chaud, mal, faim, etc.). Elle se plaint de l’eau : « C’est pas bon ». Sans doute un symptôme de délitement physiologique. Aucune boisson ne sera plus jamais bonne. Parfois des phrases sortent toutes armées de la confusion générale : « Remets ton col, il est de travers » (et c’est vrai).

      Ce premier jour, je vais donc acheter les serviettes de toilette dans un hypermarché de ZAC, à vingt minutes à pied de l’hôpital. Je prends les produits d’hygiène dans une pharmacie. On n’y vend pas de « verre anti-fausse route » (un gobelet plastique avec une anse et une paille intégrée dans le couvercle). J’irai dans un magasin spécialisé en matériel médical le lendemain. Le gobelet fait merveille, ma mère peut enfin boire. Mais il disparaîtra quand on la transférera un mois plus tard de l’hôpital aux Soins de Suite et de Réadaptation. J’en rachèterai un autre. Hélas, chaque fois qu’un soin de nursing est prodigué à ma mère, sa tablette est écartée du lit et jamais remise en place, son verre systématiquement hors de portée. Je suis là tous les après-midi, j’ai loué une chambre en ville, je remets le verre près de sa main dès que je reviens dans sa chambre.

      Assez vite, une infirmière me demande si je veux donner ses médicaments à ma mère à la fin du dîner, elle les a broyés dans un peu de compote. Je le fais volontiers, puisque le soir je la nourris à la cuiller. Le lendemain, une autre que je ne connais pas pose les médicaments sur le plateau sans rien dire et repart. Je sors de la chambre et demande si je dois les lui administrer. La question étonne : oui bien sûr. Je les broie, je les mets dans la compote. Un jour, le broyeur (un petit pot en plastique) a disparu. Je pars dans les couloirs à la recherche d’un autre broyeur. Soupir, grimace : visiblement, j’agace. Un autre soir encore, j’ose demander pourquoi il y a autant de médicaments et si l’on ne peut pas en supprimer, ma mère n’arrive jamais à tout avaler, elle en laisse ; le Tanganil, par exemple, recommandé lors des crises de vertige. Un infirmier téméraire abonde : « C’est sûr que ça ne va pas lui servir à grand-chose, elle est allongée en permanence. » C’est le seul que j’aurais entendu, durant ce séjour, dire une chose de bon sens. Personne apparemment n’avait remis en question l’ordonnance que j’avais transmise.

      On ne peut pas garder ma mère en chirurgie orthopédique ni même à l’hôpital si on ne lui fait rien. Car elle occupe un lit qui serait plus utile à soigner d’autres vies : personne ne le dit mais c’est une évidence et je suis d’accord. Malheureusement, on ne peut pas la redresser ni l’asseoir, et la transporter est dangereux. Le chirurgien décide donc de faire quelque chose. Il a une idée. On va essayer un corset. Il en profite pour me raconter la technique de l’arthrodèse une deuxième fois. Une orthoprothésiste vient prendre des mesures. Il lui faut aller chercher quelqu’un pour « mobiliser » comme on dit ma mère, sinon elle ne peut pas passer le mètre-ruban. Ma mère souffre, elle crie. Le lendemain, on me dit que la jeune femme a refusé de faire le corset. Je suppose qu’elle n’est pas là pour torturer les gens. Qu’à cela ne tienne, on convoque un deuxième orthoprothésiste, un homme jeune, cette fois-ci. Les mesures sont prises de nouveau dans les cris, le corset fabriqué. Je rentre trois jours à Paris, je dois absolument travailler « en présentiel ».

      Mais maintenant qu’on soigne si bien les gens, les femmes finissent par périr irréparables, avec le squelette en miettes.
      Quand je reviens, c’est le soir, le corset est posé, ma mère implore en continu, de sa voix faible, « Mon Dieu, au secours, arrêtez, au secours ». Elle souffre visiblement. Les soignants et aide-soignants sont gênés de me voir. Je leur montre que ma mère a mal, ils sont obligés d’acquiescer. Je demande qu’on enlève le corset. Les infirmières disent qu’elles vont demander au médecin. Je demande à voir le médecin. Il n’est pas là. Je suis lâche et je n’en peux plus, je dis « Au moins donnez-lui un antalgique » et je m’en vais, il est vingt heures, ce spectacle est insoutenable. Le lendemain matin le chirurgien me reçoit (il me raconte à nouveau l’arthrodèse avec délectation, ça doit être son opération-signature) et me dit qu’il a constaté que le corset ne convenait pas et qu’il a donc préconisé de l’enlever – comme une preuve brillante de sa perspicacité. On finit par mettre ma mère sous morphine. Personne ne m’en informe alors que je viens tous les jours, mais je sais lire les étiquettes et je reconnais les hallucinations : j’ai déjà vu mon père et mon frère avec ce médicament.

      Chaque fois que je la quitte deux ou trois jours, ma mère met du temps à me reconnaître comme « son fils ». Après le « Mais qui es-tu ? » de la première fois, la suivante est pire, elle me vouvoie, me regarde comme un inconnu non invité. « — Tu ne me reconnais pas ? — Non. » Puis les liens rentrent dans l’ordre si je passe tous les après-midis avec elle. Vers le milieu de l’agonie, une soignante confirme : « Elle vous attend. – Je ne sais pas si elle me reconnaît vraiment. – Si, elle a dit que son fils allait venir ». Mais en général elle dort quand j’arrive.

      La dernière fois que je croise le chirurgien orthopédiste, il raisonne : on voit de plus en plus de cas comme ma mère, m’explique-t-il devant ses collègues des « soins palliatifs », deux femmes souriantes et mutiques que je verrai deux fois et qui ne pallient volontairement rien, car l’agonie de ma mère, discrète pendant leurs deux minutes de visite quotidienne, leur convient. Il existe des anxiolytiques pour personnes âgées, mais elles ne jugent pas utile de lui en prescrire, puisque je suis le seul témoin de son angoisse quotidienne. À son âge, il y a quelques années, continue le chirurgien, ma mère serait déjà morte d’autre chose. Mais maintenant qu’on soigne si bien les gens, les femmes finissent par périr irréparables, avec le squelette en miettes. Le roi de l’arthrodèse a cependant un dernier espoir : « que ça se recolle tout seul ». On lui fera une radio dans un mois pour savoir. Un miracle est si vite arrivé.

      En attendant la radio, on va donc envoyer ma mère en soins de suite et de réadaptation à un kilomètre de là. Un jour, il est prévu de la transférer : on l’emmène, mais les SSR se sont trompés, aucune chambre n’est libre. On la ramène, on la remet dans sa chambre d’hôpital. On lui a supprimé la morphine par la même occasion, j’ignore pourquoi, j’assiste en direct à sa descente et à son manque, elle ne comprend pas où elle est, son délire prend, comme souvent dans ce cas, la forme d’une logorrhée. Depuis qu’elle est hospitalisée, nous n’avons jamais autant parlé. Les chambres sont devenues doubles, des saumons japonais remontent des fleuves. Ce n’est pas à la télé qu’elle a vu ça, elle ne l’a pas. Elle me fait signe qu’elle l’a entendu. Mon père avait un dragon sous son lit qui faisait cuire des pommes de terre en crachant le feu. À chacun son animal.

      Là encore, personne ne m’a prévenu de rien, je suis venu à l’hôpital à l’heure dite du transfert pour l’accompagner, et elle était déjà revenue. Sans doute que je me laisse trop faire, sans doute qu’il faudrait gueuler, en imposer, avoir de mauvaises pensées et rudoyer cette humanité amorphe pour ce qu’elle est. Mais ce n’est pas de leur faute, me dis-je, c’est la loi de la jungle : pas d’argent pour l’hôpital, pas de pitié pour les mourants ni les proches. Ce doit donc être ma faute : je ne connais aucun médecin, nous sommes des prolétaires sans relations ni passe-droit, et l’infirmière-cadre m’assure que ce sera pareil dans une clinique privée. Il n’y a que certaines aides-soignantes et les femmes de ménage pour montrer un peu d’humanité.

      Quand je demande un point sur l’état de ma mère, deux fois par semaine, peut-être, pour connaître l’état de ses escarres, de son sommeil, de sa nutrition matinale, au moment d’un « nursing » ou de la prise des médicaments, l’infirmière va chercher son binôme et lui lance bien fort, d’un air narquois : « Y a le fils de Mme Loret qui voudrait des informations », comme elle dirait : « Démerde-toi ma petite. » Cela doit être un jeu entre elles. L’autre souffle ostensiblement, s’acquitte du pensum en résumant que « les constantes » vitales sont constantes. Personne ne veut affronter le fait qu’une patiente ou un patient va mourir, je le comprends bien. C’est l’impensable échec médical. Les gens qui ne peuvent pas guérir les emmerdent, ils en ont peur ou les évitent, et leurs familles avec. Personne ne peut dire « Oui, elle va mourir et nous allons vous accompagner tous les deux ».

      Finalement, au deuxième mois, il y a une place en SSR. Contraste frappant. Les aides-soignantes sont sympathiques, les infirmières toutes très jeunes et souriantes. Y a-t-il une distribution générale de Prozac ici ? Même s’il s’agit d’un service destiné à réadapter les accidentés, leur rendre leur autonomie, il y a d’autres cas désespérés de personnes qu’on ne peut plus « mobiliser ». Je m’attends donc à un peu d’intelligence de la part du gérontologue qui est assigné à ma mère. Hélas, celui-ci non plus n’arrive pas à me regarder dans les yeux. « Ici, on ne garde pas les gens plus de trois semaines », prévient-il. Il n’a pas l’air de croire à la consolidation spontanée qui permettrait d’échapper à la mort par grabatisation. « On va voir à la radio si on peut la mobiliser. — Et si on ne peut pas ? » Mais il faut la mobiliser : c’est la raison d’être des SSR.

      Au bout d’une semaine, un jour que je propose une énième compote à ma mère, elle répond « Je préférerais mourir ». Depuis le début, son visage est sans expression. Puis elle dit « Tu n’en as pas marre de moi ? » Je réponds « Non. Et toi, tu en as marre de moi ? — Non. » Dix jours plus tard, elle arrête définitivement de manger. Encore quinze jours, elle arrêtera de boire. Il n’y a que l’assistante sociale pour parler franchement : « Bon, elle nous fait un syndrome de glissement, on ne va pas se mentir. – Oui, je vois bien. Est-ce qu’on peut la transférer en soins palliatifs ? » Eh bien non, car elle ne souffre pas encore assez.

      C’est vrai qu’on n’est pas là pour achever les gens, suis-je bête : « on s’occupe de la vie », fût-elle invivable. Ce sera donc l’EHPAD. « Elle sera aussi bien soignée qu’ici. — Mais enfin, ça n’a aucun sens, elle va bientôt mourir, elle ne mange plus depuis deux semaines ». Je souhaite ramener ma mère chez elle. L’assistante sociale m’en dissuade. « Vous savez, ça peut durer très longtemps, on a eu une patiente qui est restée deux mois comme ça avant de mourir, vous vous imaginez seul avec elle ? » Car il est impossible de trouver du personnel assurant une garde 24 heures sur 24. Moi-même, je ne suis pas sûr que ma mère reconnaîtra sa maison – un ami me parle de son père hospitalisé à domicile qui disait « C’est bizarre, on dirait chez moi ». J’appelle son médecin traitant, son infirmier, personne ne connaît de service qui pourrait m’aider.

      Puisqu’elle va plutôt mourir que ressusciter, arguai-je auprès du gérontologue, ne peut-on lui procurer des soins palliatifs, puisqu’elle est de toute évidence en détresse ? J’ai apporté ses directives anticipées, rédigées il y a vingt ans : pas de souffrance inutile. Je répète ce qu’elle m’a dit : elle « préférerait mourir ». Évidemment, j’ajoute que j’ai bien conscience qu’elle est mentalement confuse. Peut-être préférait-elle mourir que de manger encore de la compote. « Je n’attends aucun miracle, je demande juste qu’elle ne souffre ni mentalement ni physiquement. » Le médecin fait une réponse minimale : « Donc nous sommes d’accord, si elle fait une crise cardiaque, nous ne la réanimerons pas. »

      L’assistante sociale trouve un EHPAD privé de luxe, me demande d’aller le visiter pour choisir une chambre, elle a transmis le dossier de ma mère. Le médecin de l’EHPAD est d’accord, on me demande un état précis de ses finances : le relevé en ligne de ses comptes ne suffit pas, il faut un papier tamponné par la banquière. À l’EHPAD, l’assistante sociale, qui est aussi apparemment directrice commerciale, me fait l’article : « Ici, quand ils ont un souci, les résidents sonnent et on leur parle via ces terminaux électroniques dernière génération, ça les rassure et ça évite de déranger le personnel pour rien. » Génial, ils ont inventé la téléassistance. « Ça fait longtemps que ma mère ne peut plus appuyer sur une sonnette », cinglai-je. Vont-ils la laisser crever si elle ne peut se manifester ? Je croyais qu’ils avaient lu son dossier. Je ne gifle pas la commerciale sociale : mais être aussi déconnectée du mourir me semble, à ce tarif-là, impardonnable.

      J’ai le choix entre une chambre assez grande, ensoleillée avec balcon, et une autre côté nord, avec vue sur un parking : « Non je ne vais pas prendre celle-ci, lui dis-je, sinon c’est moi qui saute par la fenêtre. »

      Dans un de ses rares moments de lucidité, ma mère me dit que le gérontologue lui a annoncé son transfert dans « une maison ». Elle n’a pas compris le but. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut pas être transportée, cela lui fait trop mal, je vois que c’est une angoisse insupportable. Je lui dis qu’elle n’ira pas, je lui dis que je viendrai avec elle, je dis n’importe quoi. C’est un chemin de croix pour elle comme pour moi, il n’y a que du malheur et de la douleur depuis des semaines, on n’en peut plus. J’écris à un ami : « Rester à ses côtés, croire la retenir à bout de souffle et des “à demain” échangés jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de demain ou plus d’échange, est épuisant. » Un soir, vers la fin, une aide-soignante ukrainienne me ramasse en pleurs à l’arrêt de bus et me raccompagne en voiture au centre-ville. Elle me conseille de parler à un autre gérontologue du service, selon elle moins borné. Mais je n’aurai pas le temps.

      Parfois, il y a des moments drôles dans l’horreur. Un soir, avant qu’elle cesse de manger, comme je suis épuisé, je décide de m’éclipser, rentrer dans mon Airbnb et laisser l’aide-soignante la nourrir. Je soulève néanmoins la cloche en plastique, ma mère commence à faire le geste de porter une cuiller imaginaire à sa bouche, comme elle le fait depuis un moment. Mais le plat est fumant. Je lui crie : « Ouh là là, c’est très chaud ! Il faut attendre un peu ». J’ajoute : « Bon, je vais y aller, je vais rentrer. D’accord ? Tu me fais un bisou ? » Je lui tends la joue et elle mord dedans à belles dents qu’elle n’a plus, aussi bien que je ne sens rien. « Mais maman, ce n’est pas de la nourriture, c’est ma joue ! – Ah ben c’est malin, ça », me répond une autre région de son cerveau qui fonctionne encore, et qui croit que je lui ai fait une blague. Elle a une sorte de petit rire.

      Dans le même service de Soins de Suite et de Réadaptation, il y a une madame G. qui gueule en permanence, parle mal au personnel et a des exigences. J’apprendrai un peu plus tard qu’elle a été cheffe de quelque chose, habituée à commander. Elle a mordu jusqu’au sang une aide-soignante. Le premier dimanche où je l’entends, elle hurle en continu pendant presque une heure « J’ai mal, ma piqûre ! Viiite ! » Parfois, entre deux redites, elle menace de souiller ses draps, ou elle croit qu’elle l’a fait (une aide lui explique que ce n’est pas possible, vu qu’elle a, comme la plupart des vieillard·es ici, une sonde urinaire et une couche). Au bout d’un moment quelqu’un vient. Peut-être a-t-elle sa piqûre. Elle se tait.

      Trente minutes après, ça recommence, autre disque rayé, une longue plainte : « Je n’ai pas mangé, j’ai faim ! » Ses cris sont insupportables. Cela dure encore un moment et, au bout d’une énième répétition, elle ajoute à son « Je n’ai pas mangé, j’ai faim ! », en guise d’argument supplémentaire, d’un ton presque informatif et quelques décibels plus bas : « Et la dame à côté, elle a mal à la tête. » Je ris nerveusement.

      Le moment de la radio qui doit montrer si la colonne vertébrale s’est réparée approche. On me promet qu’on lui donnera un « bolus » de morphine, un supplément. Le jour J, l’examen est reporté ou annulé, ce n’est pas clair. Je dois repartir une seconde fois à Paris travailler, c’est obligatoire. Je reviendrai pour le jour du transfert à l’EHPAD, le mercredi suivant. Mais le dimanche soir, une infirmière appelle. L’état de ma mère s’est dégradé. « Vous voulez dire que c’est mieux si je viens le plus vite possible ? — Oui. » Et en effet, le lundi, je la retrouve inconsciente, il y a cinq moniteurs et pompes divers accrochés à son corps. « Vous la mettez toujours à l’EHPAD ? » Plus que jamais, apparemment. Le mardi, veille du transfert prévu, on m’informe qu’on va finalement l’emmener en soins palliatifs à 50 km de là, dans une clinique religieuse privée. Je change de ville et d’appartement, je me retrouve à la clinique à dix heures du matin, l’ambulance de ma mère est encore dans la cour.

      Là, un médecin en soutane m’apprend qu’on l’a transportée d’abord à l’hôpital de T. pour la radio promise : les vertèbres se sont bien ressoudées, mais avec des atteintes neurologiques définitives. Je la vois, on l’a débranchée, elle est consciente et ne peut presque plus articuler, on dirait un cadavre. Ici, ils ont une autre approche du traitement de la douleur, explique le médecin. Mais la comédie de la résurrection continue : on me demande d’aller acheter gel douche et shampoing (les SSR les ont gardés), du dentifrice et une toute petite brosse à dents chirurgicale pour masser ses chicots. Si je peux apporter des vêtements aussi. « Vous allez l’habiller ? — Oui bien sûr, on habille les patients ici, c’est une question de dignité. » Un infirmier me montre comment hydrater sa bouche avec un écouvillon à bout de mousse, puisque la déglutition ne fonctionne plus. Elle suce l’eau bicarbonatée et manque de s’étouffer.

      Il y a une psychologue aussi, qui est très présente. Trois fois, elle essaie de faire prononcer à ma mère les prénoms de ses fils. Une bouillie incompréhensible sort. Elle me dit : « Rentrez, vous êtes épuisé, c’est vous qui allez mourir si vous continuez. » Elle articule très fort à ma mère : « Votre fils est fatigué, il va rentrer. Vous aussi, vous êtes très fatiguée, je le vois, vous allez dormir. » Et à moi : « Reposez-vous, et demain revenez le plus tard possible, vous en avez assez fait. » Voilà qui me semble raisonnable. Je retourne à ma location.

      À zéro heure dix, la clinique m’appelle pour me dire que ma mère est décédée. Depuis sa chute deux mois plus tôt, elle aura passé moins de vingt-quatre heures dans un service adapté.

      #Hôpital #médecins #directives_anticipées #maltraitance #violence_médicale #mourir #mort #Éric_Loret #récit

  • Manche : les traversées irrégulières continuent malgré le nouvel accord franco-britannique - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71218/manche--les-traversees-irregulieres-continuent-malgre-le-nouvel-accord

    Manche : les traversées irrégulières continuent malgré le nouvel accord franco-britannique
    Par La rédaction Publié le : 05/05/2026
    Plus de 7 000 migrants ont atteint le sol britannique depuis le début de l’année. Dans le détail, 800 exilés ont traversé la Manche en trois jours, du 1er mai au 3 mai. Et ce, malgré un nouvel accord triennal franco-britannique visant à endiguer les traversées clandestines de la Manche, signé fin avril.Après une accalmie de plusieurs jours, 800 exilés ont été interceptés par les forces britanniques dans la Manche en trois jours, entre le 1er mai et le 3 mai. Au total, 7 200 migrants ont atteint le Royaume-Uni via "small boats" depuis le début de l’année 2026, selon les chiffres du Home Office. Le chiffre est en deçà de celui de l’année dernière à la même période (11 500) mais suffira-t-il à apaiser les relations tumultueuses entre Paris et Londres ?Depuis plusieurs mois, Londres reproche à la France de ne pas faire assez pour endiguer les traversées illégales de la Manche. Les discussions entre les deux pays ont traîné en longueur pour renouveler l’accord de Sandhurst - un accord de coopération sur la sécurisation de leur frontière commune dans la Manche. Le 23 avril, finalement, un nouveau partenariat a été signé par Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur français, et son homologue britannique Shabana Mahmood.
    Un accord essentiel : sous pression du parti d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage, le gouvernement travailliste de Keir Starmer, qui a promis de "reprendre le contrôle des frontières" et met un point d’honneur à voir la situation sur le littoral français évoluer.
    Londres va verser jusqu’à 766 millions d’euros à la France sur trois ans (2026 -2029), mais pour la première fois, une somme “flexible” de 186 millions d’euros dépendra de l’efficacité des mesures côté français. Concrètement, Paris devra apporter des preuves quantitatives et qualitatives sur le nombre d’interventions effectuées, le nombre d’interpellations, le nombre de traversées empêchées..., pour débloquer la somme. Mais "il n’y aura pas de quotas qui conditionnent quelque financement que ce soit", a affirmé le ministre Laurent Nuñez.
    Londres désapprouve l’approche française d’intervenir uniquement sur les plages. Malgré de rares interceptions qui ont eu lieu, Paris demeure réticente à l’option "d’intervention en mer" pour intercepter les "small boats". Les autorités françaises s’appuient sur le droit international de la mer qui interdit les interventions policières dans l’eau - et n’autorise que les seules opérations de secours.Actuellement, 907 effectifs sont déployés, selon le ministère de l’Intérieur. Ce chiffre doit progresser de 53 % pour atteindre 1 392 agents sur la période 2026-2029, "incluant notamment la création d’une nouvelle unité spécialisée (SIPAF, pour Service interdépartemental de la police aux frontières) de 80 effectifs".
    Reste à savoir si ce déploiement de forces réglera le problème, car, depuis plusieurs semaines, une nouvelle route migratoire a vu le jour pour rejoindre le sol britannique. De plus en plus de départs en "small boats" se font désormais depuis les côtes belges. Le 18 avril, au moins 200 migrants répartis à bord de cinq embarcations ont été repérés par les gardes-côtes de Bruxelles. "C’est la première fois que nous en voyons un si grand nombre en même temps", avait déclaré le gouverneur de Flandre occidentale, Carl Decaluwé. Les départs se font depuis les villes côtières d’Oostduinkerke, De Panne, Koksijde et Nieuport, toute proches de la frontière française. L’an dernier, aucun canot n’avait été repéré dans le nord-ouest la Belgique

    #Covid-19#migration#migrant#france#royaumeuni#accordmigratoire#manche#mortalite#sante#politiquemigratoire#routemigratoire

  • Méditerranée : sept corps retrouvés au large d’Almería en Espagne - InfoMigrants
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    Méditerranée : sept corps retrouvés au large d’Almería en Espagne
    Par La rédaction Publié le : 04/05/2026
    Sept corps ont été retrouvés ces derniers jours en mer Méditerranée entre l’Espagne et l’Algérie, non loin d’Almería, selon la presse espagnole. Il y a deux semaines, cinq cadavres avaient déjà été récupérés dans l’eau à Carthagène, un peu plus au nord. Pour le moment, les causes de ces décès ne sont pas connues.
    La Garde civile espagnole a localisé et repêché sept corps dans les eaux méditerranéennes proches d’Almería, dans le sud du pays, indique la presse espagnole. Le dernier corps a été retrouvé samedi 2 mai dans les eaux proches de Cabo de Gata, près d’Almería, selon des sources consultées par l’agence de presse espagnole EFE.Dans le détail, la première dépouille a été localisée le 26 avril sur la plage de Roquetas de Mar, près d’Almería. Le lendemain, un navire marchand a découvert un second corps à environ 27 km au sud-est de Garrucha. Le 30 avril, deux autres corps ont été repêchés au large de Carboneras, tandis que les trois derniers cadavres ont été retrouvés entre le 1er et le 2 mai dans la zone maritime de Níjar.Presque tous portaient des gilets de sauvetage, selon les journaux locaux, ce qui accrédite la thèse de potentiels naufrages, bien qu’aucune embarcation n’ait été retrouvée et qu’aucun signalement n’ait été reçu.
    Le 21 avril, cinq autres corps avaient déjà été retrouvés par un bateau de croisière, le Sapphire Princess, au large de Murcie, région du sud-est de l’Espagne. Une enquête a été ouverte.La police cherche à savoir si ces cinq victimes se trouvaient à bord d’une embarcation de migrants retrouvée à la dérive le même jour. Ce canot avait été repéré par un navire militaire français à environ 40 km au large de Carthagène. Deux hommes et trois corps avaient été retrouvés à l’intérieur.D’après les deux survivants, le bateau avait quitté l’Algérie depuis Mostaganem, une ville à l’est d’Oran, avec 18 personnes à son bord. Il aurait dérivé pendant plusieurs jours. Depuis, 13 personnes sont donc portées disparues.
    Ce genre de découverte n’est pas rare sur cette route migratoire, aussi appelée la « route algérienne ». De nombreux migrants prennent la mer au départ des côtes algériennes pour tenter d’atteindre la péninsule espagnole ou les îles des Baléares.Le 24 avril, un naufrage au nord des côtes algériennes avait entraîné la noyade d’au moins douze hommes et cinq femmes de nationalité somalienne. Le 11 mars, 33 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont péri dans le naufrage d’une embarcation au large d’Alger, selon des informations relayées par Francisco Jose Clemente Martin, un activiste espagnol qui suit de près les routes migratoires en Méditerranée centrale. Par ailleurs, les équipes d’intervention rapide de la Croix-Rouge à Almería ont porté secours à 21 personnes secourues à bord de différents canots pendant le week-end prolongé du 1er ma

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#routemigratoire#migrationirreguliere#sante#mortalite#algerie

  • Croatie : quatre migrants retrouvés morts près de la frontière slovène - InfoMigrants
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    Croatie : quatre migrants retrouvés morts près de la frontière slovène
    Par La rédaction Publié le : 04/05/2026
    Quatre migrants ont été retrouvés morts en Croatie près de la frontière slovène et deux autres hommes ont été hospitalisés dans un état grave, a annoncé la police croate lundi, sans préciser leurs nationalités ou les circonstances de leur mort.Après avoir reçu un signalement dimanche 3 mai vers 22h30, la police croate a annoncé lundi avoir découvert quatre corps de migrants à Donje Prilišće, ville frontalière de la Slovénie.Treize autres exilés ont aussi été retrouvés au même moment près de la frontière entre la Croatie et la Slovénie, et ont été transférés au centre d’enregistrement des demandeurs d’asile de Dugi Dol, à une quarantaine de kilomètres. Deux personnes, dans un état grave, ont été transportées en urgence à l’hôpital.Selon les premiers éléments de l’enquête, menée sous la direction du procureur de l’État du comté, les migrants ont été conduits par un passeur près du village de Donje Prilišće à 70 km au sud-ouest de la capitale Zagreb. Le chauffeur du camion les auraient déposés dans la région frontalière avant de prendre la fuite.Ces personnes ont « été exposées à des conditions inhumaines pendant le transport », d’après les témoignages des rescapés, cités dans un communiqué des forces de l’ordre croates.
    La Croatie, membre de l’Union européenne (UE), est un important pays de transit pour les migrants en situation irrégulière qui cherchent à rallier l’Europe via la « route des Balkans ». Ils sont principalement originaires d’Afghanistan, du Pakistan, de Syrie ou d’Irak.Début avril, 30 personnes avaient été secourues dans un marécage entre la Croatie et la Bosnie. Fin février, un homme d’origine chinoise est mort dans le naufrage d’un bateau transportant des migrants, toujours entre la Croatie et la Bosnie.
    Plus de 12 500 personnes ont emprunté cette route en 2025, selon les données de l’agence européenne de gardes-frontières Frontex.Depuis 2014, plus de 400 personnes ont été signalées mortes ou portées disparues sur cette route, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les migrants empruntant cette route sont souvent soumis à des contrôles aux frontières stricts, obligeant beaucoup d’entre eux à effectuer des voyages irréguliers dangereux sur des terrains souvent périlleux afin d’échapper à la détection, selon l’OIM

    #Covid-19#migrant#migration#croatie#balkans#routemigratoire#migrationirreguliere#sante#mortalite

  • Deux femmes migrantes meurent pendant une traversée de la Manche - InfoMigrants
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    Deux femmes migrantes meurent pendant une traversée de la Manche
    Par La rédaction Publié le : 04/05/2026
    Deux femmes sont mortes dimanche au large du Pas-de-Calais après le naufrage d’une embarcation transportant environ 80 migrants vers le Royaume-Uni. Les deux victimes sont mortes étouffées lors d’un mouvement de foule sur le canot, a précisé la préfecture du Pas-de-Calais. Le bilan monte à huit morts depuis le début de l’année dans la Manche. Deux femmes sont décédées dimanche 3 mai dans une embarcation de fortune surchargée qui s’est échouée sur une plage du Pas-de-Calais.
    Les victimes se trouvaient dans une embarcation de type « small boat » transportant « environ 82 personnes », seraient âgées d’une vingtaine d’année et d’origine soudanaise, mais l’enquête doit permettre « de déterminer » leur nationalité, a déclaré le secrétaire général de la préfecture du Pas-de-Calais, Christophe Marx, lors d’un point-presse à Coquelles (Pas-de-Calais). Le canot avait pris la mer dans la nuit de samedi à dimanche vers 1h30 du matin depuis le sud de la commune de Neufchâtel-Hardelot, a indiqué la préfecture du Pas-de-Calais dans un communiqué. « Le moteur n’a pas démarré » et le bateau a commencé à dériver, selon Christophe Marx. « Dix-sept personnes ont été prises en charge » au large par la gendarmerie maritime et « amenées au port de Boulogne-sur-Mer ». Il restait 65 exilés à bord quand le bateau de fortune s’est échoué sur la plage.
    Les victimes ne sont pas mortes « noyées »
    Les deux victimes, retrouvées « décédées dans le bateau », « ne sont pas mortes noyées », mais vraisemblablement « étouffées, comme ça arrive malheureusement souvent sur des embarcations qui ne sont pas adaptées » et surchargées, a-t-il précisé. De nombreuses personnes sont malheureusement écrasées dans des bousculades ou de mouvements de panique sur des embarcations de fortune.
    Quatorze personnes sont en urgence relative, dont cinq évacuées vers des centres hospitaliers et trois autres en urgence absolue, présentant notamment des brûlures « dues à un mélange de carburant et d’eau de mer », a encore détaillé la préfecture du Pas-de-Calais. L’ensemble des personnes « sont prises en charge » et « vont être auditionnées par la police aux frontières pour déterminer quels sont les responsables de ce passage », a indiqué le secrétaire général de la préfecture.
    Le parquet de Boulogne-sur-Mer a confirmé à l’AFP l’ouverture d’une enquête pour aide au séjour et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière en bande organisée, participation à une association de malfaiteurs, homicide involontaire aggravé par la violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence, blessures involontaires aggravées ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail) inférieure ou égale à trois mois et mise en danger d’autrui. Pour la préfecture, les réseaux de passeurs sont pleinement responsables de ces morts. « Guidés par des logiques criminelles et un mépris total de la vie humaine, [ils] continuent de mettre en danger des personnes vulnérables en organisant des traversées sur des embarcations de fortune ». Il s’agit du troisième drame de ce type en un peu plus d’un mois à la frontière franco-britannique. Le 1er avril, deux migrants sont décédés au large de Gravelines (Nord) en tentant de rejoindre le Royaume-Uni. Le 9 avril, quatre autre personnes, deux hommes et deux femmes, sont mortes dans le secteur d’Equihen-Plage (Pas-de-Calais), emportées par les courants. « On n’en voit pas le bout de cette histoire. Personne n’a les vraies solutions et c’est dramatique », a déclaré à l’AFP la maire de Neufchâtel-Hardelot, Paulette Juilien-Peuvion.
    Sur son compte X, l’association Utopia 56 a dénoncé les « politiques répressives à la frontière franco-britannique » qui « tuent », pointant du doigt la responsabilité politique des gouvernements français et britannique dans ces drames. « Multiplier les dispositifs répressifs n’empêche pas les traversées : cela les rend plus dangereuses, plus violentes, plus mortelles. Ces vies perdues sont le résultat de choix politiques », a-t-elle développé. Après plusieurs mois de négociations difficiles, un nouvel accord franco-britannique d’une durée de trois ans, destiné à freiner les traversées clandestines de la Manche, a été signé le 23 avril, avec une augmentation de la contribution financière du Royaume-Uni. Il s’agit de la deuxième reconduction du traité de Sandhurst, conclu en 2018. Selon les chiffres officiels des autorités britanniques, 41 472 personnes ont rejoint clandestinement le Royaume-Uni sur des petites embarcations en 2025. Ce chiffre est le deuxième plus élevé depuis le début de ces traversées en 2018. Paris souligne toutefois que depuis le début d’année, les arrivées au Royaume-Uni ont diminué de moitié comparé à la même période de l’année dernière. En 2025, au moins 29 migrants ont péri en mer dans la région, selon un comptage AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques. Et depuis le 1er janvier 2026, on compte déjà huit morts dans la Manche

    #Covid-19#migration#migrant#france#royaumeuni#routemigratoire#accordmigratoire#sante#mortalite#migrationirreguliere

  • Dans l’est de la Libye, 17 corps et 7 survivants retrouvés par le Croissant rouge dans une embarcation - InfoMigrants
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    Dans l’est de la Libye, 17 corps et 7 survivants retrouvés par le Croissant rouge dans une embarcation
    Par La rédaction Publié le : 30/04/2026
    Le Croissant rouge libyen a annoncé mercredi que 17 corps de migrants avaient été retrouvés dans une embarcation en détresse au large de l’est de la Libye, au terme de huit jours de recherche. Sept survivants ont par ailleurs pu être secourus. C’est un nouveau drame au large des côtes de l’est de la Libye. Mercredi 29 avril, le Croissant rouge libyen a indiqué avoir retrouvé les corps de 17 personnes dans une embarcation en détresse. L’organisation humanitaire a précisé dans un communiqué que cette macabre découverte avait eu lieu au terme de huit jours de recherche. Par ailleurs, sept survivants ont également pu être secourus. Le Croissant rouge n’a pas donné de détails sur l’identité ou la nationalité de ces personnes mais a dit avoir fourni une assistance humanitaire aux rescapés « dans le cadre du projet de partenariat avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés », laissant entendre qu’il s’agissait de migrants. « Par la suite, les équipes de secours et de transfert des dépouilles du Croissant-Rouge de Tobrouk, accompagnées des forces navales, des gardes-côtes et de la sécurité côtière relevant du commandement général, se sont mobilisées pour soutenir le bateau en pleine mer, dans une opération qui a duré plus de huit heures de travail continu dans des conditions difficiles », a-t-il ajouté.
    Cette opération fait suite à plusieurs autres similaires ces derniers jours. Lundi 27 avril, le procureur général de Libye a annoncé que 38 personnes avaient perdu la vie dans le naufrage d’une embarcation partie de la ville de Tobrouk, dans l’est de la Libye. Les victimes étaient de nationalités égyptienne, éthiopienne et soudanaise.
    Selon le Croissant rouge libyen de Tobrouk, interrogé par InfoMigrants, le naufrage évoqué est celui de l’embarcation partie de Libye le 15 avril dernier avec 42 personnes à son bord. Depuis le 18 avril, le Croissant rouge a retrouvé 16 corps de migrants près de Tobrouk et quatre survivants en mer. En début de semaine, l’organisation estimait encore à 32 le nombre de disparus. L’annonce du procureur permet de déterminer que ces personnes sont, elles aussi, mortes dans le naufrage. Selon le communiqué du procureur, de vastes investigations ont été lancées dans la région de Tobrouk pour identifier les membres du réseau à l’origine de cette tentative de traversée de la Méditerranée sur un bateau vétuste et inadapté à une telle navigation. « Les autorités ont également saisi 300 000 dinars libyens qui seraient le produit de ces activités criminelles, et ont mis au jour des flux financiers illicites transitant par des structures financières non agréées », a rapporté, de son côté, le média en ligne Middle East Monitor.
    Depuis 2011 et la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est devenue un pays de transit pour des milliers de migrants subsahariens qui cherchent à fuir la violence et la pauvreté dans leur pays, et à trouver une vie meilleure en Europe. Aujourd’hui, plusieurs routes migratoires partent de Libye vers l’Europe. À l’ouest, depuis la région de Tripoli, les embarcations tentent de rejoindre l’île italienne de Lampedusa. Tandis qu’à l’est, depuis la région de Tobrouk, les migrants cherchent à atteindre les îles du sud de la Grèce : Gavdos ou la Crète. En 2025, trois fois plus de migrants sont arrivés en Crète par cette route qu’en 2024.
    Le sort des migrants qui survivent à la traversée mais ne parviennent pas à atteindre leur but est dramatique. Depuis le début de l’année 2026, plus de 4 200 personnes ont été interceptées en mer et ramenées de force en Libye, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En 2025, plus de 26 000 migrants avaient été arrêtés en Méditerranée centrale par les forces libyennes et renvoyés dans le pays, selon les chiffres de l’OIM. Un nombre en constante augmentation : ils étaient plus de 21 000 en 2024, et 17 000 en 2023.
    Pour les personnes ramenées dans le pays, le calvaire se poursuit car, en Libye, les migrants sont détenus de façon arbitraire dans des prisons, parfois clandestines, où ils sont soumis à toutes sortes de violences : coups et brimades, travail forcé, exploitation sexuelle...
    Dans un récent rapport, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a souligné que les migrants, dont des mineurs, continuaient d’être victimes de « violations systématiques et généralisées des droits humains » en Libye.

    #Covid-19#migration#migrant#libye#mediterranee#tobrouk#mortalite#routemigratoire#migrationirreguliere

  • En Russie, l’aller sans retour des combattants étrangers
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/25/en-russie-l-aller-sans-retour-des-combattants-etrangers_6683214_3210.html

    En Russie, l’aller sans retour des combattants étrangers
    Par Alba Dufaure (Nairobi, correspondance), Samuel Forey (Le Caire, correspondance), Valentin Hugues (Johannesburg, correspondance), Sophie Landrin (New Delhi, correspondante), Benjamin Quénelle et Faustine Vincent
    Pour faire face à la pénurie de volontaires, plus de 27 000 étrangers auraient été recrutés par l’armée russe depuis le début de la guerre en Ukraine. Des réseaux tentaculaires ciblent des hommes jeunes et pauvres, notamment en Afrique et en Asie, qu’ils parviennent à duper en leur promettant fortune et citoyenneté.
    La vidéo a choqué l’Egypte. En février 2025, le youtubeur ukrainien Dmytro Karpenko filme Mohammed Al-Senoussi, un homme de 22 ans originaire du gouvernorat de Louxor, capturé alors qu’il combattait au sein des forces russes en Ukraine. Amaigri et le visage pâle, il apparaît à l’écran lorsque le youtubeur appelle sa mère. Par l’intermédiaire d’un traducteur, celle-ci apprend qu’il est en prison et ne rentrera pas de sitôt. Mère et fils se parlent. « Pourquoi as-tu fait cela ? », lui demande-t-elle, sidérée. Le récit de Mohammed Al-Senoussi fait écho à celui de milliers d’hommes recrutés par la Russie dans les pays du Sud global : ils ont été piégés. Parti à Moscou pour étudier la médecine, le jeune Egyptien affirme y avoir été arrêté pour un supposé trafic de drogue – une accusation dont la police est friande en Russie. Il aurait ensuite subi un chantage devenu récurrent depuis l’invasion de l’Ukraine, en février 2022, période à partir de laquelle Moscou recrute à tour de bras pour garnir le front. Comme d’autres, Russes ou étrangers, il aurait alors été contraint de choisir : purger une peine de prison – sept ans dans son cas – ou partir se battre en échange d’un salaire, d’avantages financiers et de la citoyenneté russe.
    C’est ainsi que Mohammed Al-Senoussi s’est retrouvé soldat en Ukraine. Il n’est pas un cas isolé dans son pays : selon un rapport de l’ONG suisse Investigations With Impact (Inpact), publié en février, l’Egypte constitue le principal contingent africain parmi les recrues dont les noms ont pu être vérifiés : 361 hommes, sur un total de 1 417. Les modes d’enrôlement sont divers. Au Caire, à proximité du Centre culturel russe, des publicités d’agence de voyages promettent de faciliter les démarches pour aller étudier en Russie. L’offre est d’autant plus alléchante que les universités égyptiennes sont saturées. D’autres filières reposent sur des offres d’emploi, notamment dans la construction. Les salaires proposés, entre 2 000 et 3 000 dollars mensuels (environ 1 700 à 2 500 euros), sont bien plus élevés que le revenu moyen égyptien, autour de 200 dollars.
    « Une envolée des recrues »
    L’Egypte n’est qu’une cible parmi d’autres pour les recruteurs russes, qui usent le plus souvent de méthodes abusives similaires : offres d’emploi et de formation trompeuses, promesses d’un passeport russe, toutes destinées à de jeunes hommes pauvres, attirés par la perspective d’un avenir meilleur. « La Russie recrute tous azimuts, comme si elle faisait son marché, dans des pays alliés, mais aussi dans des pays non alignés, observe Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Ce flux est difficile à chiffrer, mais il a fortement augmenté en 2025. » En novembre de cette année-là, les autorités ukrainiennes ont identifié plus de 1 400 Africains, originaires de 36 pays du continent, combattant aux côtés de la Russie, a rappelé le chercheur dans une étude de décembre 2025, écrite avec son confrère Horacio Givone, spécialisé dans les questions de sécurité en Afrique subsaharienne.
    « Moscou recrute à la fois en ligne et via des intermédiaires locaux : les gens sont rassemblés, envoyés en Russie, puis au front en Ukraine », résume Karen Philippa Larsen, chercheuse au Danish Institute for International Studies, qui a mis au jour ces réseaux à partir de messages diffusés sur les réseaux sociaux par le Groupe Wagner. Les mercenaires de cette entité paramilitaire privée, remplacée depuis 2023 par Africa Corps dans plusieurs pays africains (Mali, République centrafricaine, Burkina Faso, Niger, Madagascar et, dans une moindre mesure, Libye), partageaient de nombreuses informations en ligne. « La stratégie de Moscou se traduit par une envolée des recrues en quatre ans : en 2022, Kiev avait identifié 34 combattants étrangers ayant signé un contrat avec la Russie, puis 3 800 en 2023, 8 000 en 2024, et près de 14 000 en 2025 », précise Karen Philippa Larsen.
    En 2025, la chercheuse danoise s’est rendue en Ukraine, où elle a rencontré 19 prisonniers de guerre étrangers capturés dans les rangs russes. « Selon des chiffres donnés par les sources officielles ukrainiennes, 27 000 combattants étrangers ont été recrutés depuis 2022 par l’armée russe, mais cela reste une estimation », poursuit Karen Philippa Larsen. Les pays ciblés sont pléthores, et incluent des Etats qui ne sont pas considérés comme des alliés diplomatiques de la Russie, tels le Botswana, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cameroun ou la Sierra Leone.Cette accélération intervient alors que l’armée russe doit désormais trouver chaque mois entre 30 000 et 35 000 hommes, selon les estimations des experts, pour compenser ses pertes, et ce, sans décréter de mobilisation générale, sous peine de raviver la panique suscitée par l’appel partiel de l’automne 2022. Or, malgré des primes élevées, les volontaires russes se font rares. A l’intérieur du pays, les campagnes de recrutement s’apparentent de plus en plus à des enrôlements forcés, ciblant, dans les prisons, les universités, voire les hôpitaux psychiatriques, des personnes vulnérables et faciles à manipuler.
    Cette pénurie pousse la Russie à enrôler au-delà de ses frontières, en recourant largement à la duperie. Elle cible même des femmes. C’est notamment le cas du programme Alabuga Start : au Tatarstan, dans une zone économique spéciale située à 1 000 kilomètres à l’est de Moscou, de jeunes Africaines sont affectées à l’assemblage de drones, alors qu’on leur avait promis des emplois dans la restauration, la construction ou l’hôtellerie. Les hommes, eux aussi, découvrent vite qu’ils ont été trompés. Au lieu d’un contrat de travail, ils signent un contrat militaire, rédigé en cyrillique, qu’ils sont incapables de déchiffrer. Ils sont ensuite envoyés au front, souvent en première ligne. Leur seule chance de salut consiste parfois à être faits prisonniers.
    « Ils servent de chair à canon, forcés de sortir à découvert pour aller repérer les positions ukrainiennes qui, ensuite, leur tirent dessus, explique Karen Philippa Larsen. Au total, à travers le monde, du Népal à l’Egypte en passant par le Togo, Cuba et le Brésil, plus de 100 pays sont concernés par ces recrutements. » Les soldes sont en général bien plus modestes que ce qui avait été promis. Elles sont en outre rognées par la corruption au sein de l’armée russe : la part détournée par les officiers diminue d’autant les revenus des soldats. Pour ces recrues étrangères, la contestation est quasi impossible : leurs passeports sont le plus souvent confisqués dès le premier jour.
    Karen Philippa Larsen distingue trois profils de soldats étrangers. « Il y a d’abord ceux, en nombre restreint, qui ignoraient tout de la guerre en Ukraine, pensaient signer un contrat pour travailler dans la tech ou dans un centre commercial, et n’ont pris conscience de leur sort qu’en arrivant dans un camp d’entraînement militaire », dit-elle. La deuxième catégorie est la plus importante : « Ce sont des hommes qui savaient qu’ils étaient engagés par le ministère russe de la défense, mais pensaient être affectés à des postes logistiques, loin du front. » Parmi eux, des Africains embauchés dans leur pays par Wagner puis envoyés en Russie pour une formation, avant d’être contraints de signer un contrat. Trompés, ils finissent sur le front ukrainien et non, comme cela leur avait été assuré, par être renvoyés chez eux pour intégrer le Groupe Wagner.
    La dernière catégorie rassemble des hommes qui « ont signé leur contrat en connaissance de cause, appâtés par les “très bonnes conditions” promises par la Russie – une rémunération élevée et la citoyenneté russe ». « Beaucoup n’ont pas eu le temps de percevoir l’argent promis, précise Karen Philippa Larsen. Ils ont été capturés quelques semaines après leur déploiement sur le champ de bataille. » La Russie ne se soucie guère du sort de ces combattants détenus en Ukraine : ils ne figurent pas sur les listes de prisonniers de guerre que Moscou échange contre des prisonniers ukrainiens.
    Dans les pays arabes, une chaîne de la messagerie Telegram s’est spécialisée dans ce recrutement, « Sadiq Rossia » (« ami de la Russie »), animée par Polina Alexandrovna, dont l’avatar est une femme blonde aux yeux bleus. A grand renfort de messages, elle dit accepter des hommes de tous pays, âgés de 18 à 55 ans, en bonne santé et sans maladie chronique, ainsi que ceux déjà présents en Russie avec un visa expiré. A la signature du contrat, les recrues peuvent aussitôt déposer une demande de passeport russe. Dans ses messages, régulièrement repostés – le plus récent est daté du 13 avril –, la chaîne promet une prime d’environ 3 millions de roubles (environ 34 000 euros) à l’engagement, ainsi qu’un salaire mensuel d’une valeur de 210 000 roubles (près de 2 400 euros).
    Moscou débauche aussi directement au sein des armées du Sud global, poussant soldats et sous-officiers à déserter pour rejoindre ses troupes. Ils préfèrent risquer de mourir en Ukraine en gagnant des millions plutôt que de mourir pauvres chez eux. Autres cibles : les individus poursuivis par la justice de leur pays. La Russie s’engage à ne pas les extrader et leur garantit l’immunité à vie à condition qu’ils s’engagent dans l’armée. Par ailleurs, depuis juillet 2025, un décret autorise les non-Russes à servir dans l’armée en zone de guerre. Ces dernières années, la limite d’âge des recrues étrangères a été relevée de 30 à 40 ans. Les conditions de citoyenneté ont été assouplies : les ressortissants étrangers qui signent un contrat d’un an et servent au moins six mois peuvent accéder à la nationalité russe par une procédure simplifiée, ainsi qu’à un permis de séjour temporaire immédiat à l’issue de leur contrat. En complément de ces incitations, les autorités manient le chantage : depuis novembre 2025, tout ressortissant étranger en âge de servir qui demande un permis de séjour ou la citoyenneté doit signer un contrat avec l’armée, sauf s’il possède un certificat attestant de sa démobilisation ou de son inaptitude médicale.
    « Moscou présente tous ces combattants comme une preuve du soutien du Sud global à sa guerre, en faisant croire que ces hommes y participent pour des raisons idéologiques, par adhésion au discours du Kremlin », souligne Karen Philippa Larsen. Pourtant, aucun des prisonniers de guerre qu’elle a interrogés en Ukraine n’a évoqué de motivation politique. La plupart mettent en avant la perspective d’un emploi bien payé. « C’est l’argent qui l’a poussé, il voulait acheter une maison, il détestait notre logement qu’il surnommait “le ghetto” », affirme ainsi Susan Kuloba, une mère parmi tant d’autres au Kenya sans nouvelles de son fils. Dans la pièce unique qu’elle occupe dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, elle garde précieusement une pochette contenant des photos de David, 22 ans, posant en tenue de combat. Selon elle, le jeune homme aurait été attiré par la promesse d’un salaire mensuel de 250 000 shillings kényans (environ 1 650 euros). Il est parti en août 2025 pour la Russie, où il pensait travailler comme agent de sécurité.
    A son arrivée, raconte Susan Kuloba, David lui a appris que « l’emploi promis avait changé ». A la place, il aurait reçu deux semaines de formation militaire avant d’être envoyé au front. « Il m’a dit que ceux qui partaient ne revenaient pas, que je devais prier pour lui, confie sa mère. Le commandant lui disait qu’en cas de refus il serait tué. » Puis David n’a plus donné signe de vie. Le 18 octobre 2025, le message d’un ami de son fils lui est parvenu : « Je suis désolé, David est mort lors d’une attaque de missiles. Nous étions ensemble. Moi aussi, j’ai été blessé. Mon cœur est en miettes. »
    Susan Kuloba peine à croire à la mort de son fils. Elle a conservé les numéros de téléphone des deux femmes qui auraient facilité son départ vers Moscou. Mais celles-ci ne répondent plus à ses appels. Au Kenya, les familles sans nouvelles de leurs proches partis en Russie sont soutenues par Vocal Africa. Cette organisation de défense des droits humains estime à 500 le nombre de Kényans envoyés combattre en Ukraine. Les familles déplorent que leurs « fils » aient été « attirés, trompés et abandonnés dans une guerre étrangère », après avoir été « recrutés dans des circonstances obscures et abusives ».
    Selon Nairobi, 252 Kényans auraient déjà été enrôlés dans les forces armées russes. Après une visite à Moscou, du 15 au 17 mars, le premier ministre et chef de la diplomatie kényane, Musalia Mudavadi, a assuré avoir obtenu de la Russie qu’elle cesse d’enrôler des ressortissants du pays. D’après lui, une offre de rémunération attractive – entre 1,5 million et 3 millions de shillings kényans à la signature, assortis d’un salaire mensuel de 250 000 à 350 000 shillings –, ainsi que la promesse d’obtenir la citoyenneté russe, a constitué une « motivation majeure » dans ces départs. Nairobi a par ailleurs lancé une enquête sur les réseaux de recrutement. Une agence est dans le viseur des autorités : Global Face Human Resources, dont deux responsables ont été inculpés pour des recrutements « à des fins d’exploitation par le biais de la tromperie ».En Egypte, après la révélation des mésaventures de Mohammed Al-Senoussi, les autorités ont réagi de la même façon. De nouvelles règles ont été adoptées pour encadrer les voyages, en Russie et en Ukraine, des hommes âgés de 18 à 35 ans. En signe d’apaisement, après les réactions dans plusieurs capitales du Sud, Moscou aurait fait passer, en février, de nouvelles consignes. Ses recruteurs ont reçu une liste de pays dont les ressortissants ne sont plus autorisés à signer de contrats. Cette information non officielle, apparue dans des groupes de discussion en ligne, a été confirmée par un centre régional de recrutement à Important Stories, média russe indépendant en exil.
    Cette liste inclurait 36 pays. « Moscou fait au moins semblant de vouloir mettre un terme à ces recrutements, mais il est difficile d’en mesurer aujourd’hui le reflux, compte tenu du peu d’informations fiables dont nous disposions pour chiffrer les flux initiaux, insiste Thierry Vircoulon, de l’IFRI. C’est devenu une véritable source de tensions diplomatiques pour la Russie. Mais elle reste prudente, car, en reconnaissant l’existence de ce problème, elle reconnaît aussi de facto la réalité de ces recrutements. »
    En Asie, le Népal et l’Inde ont fait preuve de fermeté. Le gouvernement népalais a exhorté le Kremlin à rapatrier les corps des ressortissants tués au front. Dès janvier 2024, il a suspendu la délivrance de permis de travail pour la Russie et l’Ukraine, un document obligatoire pour les Népalais cherchant un emploi à l’étranger. Katmandou a demandé à Moscou de cesser de recruter ses citoyens dans l’armée, de renvoyer immédiatement ceux déjà enrôlés et d’indemniser les familles des défunts. La police a arrêté une dizaine de personnes qui utilisaient TikTok et les réseaux locaux pour acheminer des Népalais vers l’armée russe. Mais les progrès restent lents.« Tout est organisé de manière informelle ; j’ignorais tout de la guerre entre la Russie et l’Ukraine avant de partir », raconte Suman Rai, qui avait 31 ans en 2023, lorsqu’il s’est envolé pour la Russie. Célibataire, originaire du district de Khotang, dans l’est du Népal, il n’avait encore jamais quitté son pays. Il avait besoin d’argent, après la faillite de son entreprise. « On m’a expliqué que j’irais travailler pour les soldats russes, mais on ne m’a jamais prévenu qu’il me faudrait aller sur le front, poursuit-il. L’agent m’a parlé d’un bon salaire de 300 000 roupies [1 700 euros] par mois, alors j’ai accepté. Je n’ai compris la vérité qu’une fois arrivé. »A peine descendu de l’avion à Moscou, Suman Rai est transféré dans un camp d’entraînement pour apprendre à manier les armes à feu. « Après environ deux semaines, j’ai été envoyé en Ukraine », confie-t-il. Sur le front, il croise d’autres Népalais, dupés comme lui. Il parvient à fuir, mais doit payer l’équivalent de 1 700 euros pour quitter la Russie et rentrer au pays. Il fait partie de ceux, peu nombreux, qui en ont réchappé. De récentes statistiques du gouvernement népalais font état de 118 ressortissants tués, 132 disparus et 219 blessés. Cinq seraient prisonniers en Ukraine. Des chiffres largement sous-estimés, selon Kritu Bhandari, une activiste népalaise qui, depuis trois ans, s’attelle à recenser les victimes. Elle a créé un groupe WhatsApp réunissant des centaines de familles sans nouvelles de leur proche et a transmis aux autorités une liste de 699 noms, avec l’identité et les photos des disparus. L’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, l’Afghanistan et le Sri Lanka ont également remis des listes de ressortissants engagés au front. « Ces réseaux sont pilotés depuis Moscou : financement, visa, prise en charge à l’arrivée, paiement des recruteurs et des intermédiaires, tout est organisé depuis la Russie, assure Thierry Vircoulon. Dans certains cas, ces filières s’apparentent à du trafic d’êtres humains. »

    Dans ces pays d’Afrique et d’Asie, comme en Russie, la corruption alimente ces réseaux, chaque intermédiaire prélevant sa part sur les recrutements. En Afrique du Sud, c’est Duduzile Zuma-Sambudla, fille de l’ancien président Jacob Zuma (2009-2018), qui est mise en cause. Connue pour relayer la propagande russe, elle avait lancé le hashtag #IStandWithRussia (« je soutiens la Russie ») aux premiers jours de la guerre en Ukraine, en février 2022. Elle fait aujourd’hui l’objet d’une enquête pour l’enrôlement de 17 hommes, partis sous le prétexte d’une formation militaire censée leur permettre de devenir gardes du corps à leur retour en Afrique du Sud. Ils avaient lancé un appel à l’aide au gouvernement sud-africain, en novembre 2025, alors qu’ils se trouvaient coincés dans une zone de combat, dans la région ukrainienne du Donbass. Huit d’entre eux appartiendraient à la famille de l’ancien chef de l’Etat. Condamnant « l’exploitation de jeunes gens vulnérables par des individus travaillant avec des entités militaires étrangères », la présidence sud-africaine a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les conditions de ces recrutements. Le gouvernement dit traquer « activement » des dispositifs mis en place de l’étranger pour enrôler des jeunes par des promesses mensongères d’emplois grassement payés, dans un pays où six jeunes sur dix sont au chômage. Le président Cyril Ramaphosa a personnellement évoqué le sort des 17 Sud-Africains avec Vladimir Poutine, lors d’un entretien téléphonique, le 10 février. Il a « exprimé sa sincère gratitude » au chef du Kremlin après le retour de quatre d’entre eux ; 11 autres ont depuis été rapatriés. Cette affaire, très médiatisée en Afrique du Sud, a conduit Duduzile Zuma-Sambudla à démissionner de son mandat de députée, dès la fin novembre 2025. Depuis, elle ne s’est plus exprimée sur le sujet.
    A Pretoria, Katmandou ou Nairobi, les sociétés ne perçoivent encore que des fragments d’un réseau tentaculaire : des intermédiaires corrompus, des promesses vides et, au bout de la chaîne, des jeunes projetés dans l’économie de guerre russe, souvent sans retour

    #Covid-19#migrant#migration#russie#guerre#sante#mortalite#trafic

  • A Mayotte, des interventions toujours dangereuses pour intercepter les kwassa-kwassa des migrants comoriens
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/a-mayotte-des-interventions-toujours-dangereuses-pour-intercepter-les-kwassa

    A Mayotte, des interventions toujours dangereuses pour intercepter les kwassa-kwassa des migrants comoriens
    Par Maud Jullien (« Lighthouse Reports »), Julia Pascual et Tomas Statius (« Lighthouse Reports »)
    C’est une vidéo inédite. Elle jette une lumière crue sur les techniques dangereuses employées à Mayotte par la police aux frontières pour intercepter les kwassa-kwassa, ces embarcations qui transportent vers le département français des migrants comoriens. Le document de trente secondes, obtenu par Le Monde, son partenaire Lighthouse Reports, média d’investigation à but non lucratif, le magazine allemand Der Spiegel et le média en ligne Komune, montre une collision survenue le 20 février entre le Titan, une vedette d’interception rapide de la police, et un kwassa-kwassa de 7 mètres de long. A son bord, 20 personnes, parmi lesquelles sept femmes et trois enfants âgés de 2, 4 et 6 ans. Ils ont frôlé la mort.
    Il est minuit quand leur bateau, parti d’Anjouan, s’approche de Mayotte à une vitesse de plus de 20 nœuds (environ 35 kilomètres par heure). Repéré par les radars qui sont positionnés tout autour de l’archipel français, le kwassa-kwassa, dont le franc-bord est de 10 centimètres à peine, est pris en chasse par la vedette Titan, un semi-rigide d’une dizaine de mètres affecté à la lutte contre l’immigration irrégulière.
    Cette poursuite ne dure pas. Les deux bateaux sont bord à bord quand la proue du kwassa-kwassa glisse sous le boudin de l’intercepteur. La barque s’emplit d’eau et l’ensemble de ses passagers tombent à la mer. Les policiers se portent à leur secours.
    Quelques jours après, le 24 février, la police nationale de Mayotte se réjouit de la condamnation à trois ans de prison ferme des deux pilotes du kwassa-kwassa, en comparution immédiate. Ceux-ci ont fait appel. Selon le post mis en ligne sur les réseaux sociaux, les pilotes « ont volontairement percuté l’intercepteur de la police nationale, provoquant le naufrage de leur kwassa ». Une version remise en cause par la vidéo des faits, réalisée par un des policiers à bord.
    On y voit notamment le Titan se rapprocher jusqu’à être « à couple » avec le kwassa-kwassa. Au bout d’une dizaine de secondes, un passager jette ce qui semble être une pierre en direction des policiers puis un des fonctionnaires utilise une gaffe – une perche munie d’un croc – pour tenter de retirer la durite d’alimentation en carburant d’un des deux moteurs de l’embarcation. Sans succès. Au même moment, l’un des pilotes du kwassa-kwassa lâche la barre. La barque s’immobilise subitement et plonge sous le Titan. Un policier éclaire la scène avec sa lampe torche. Les passagers sont déjà à la mer, tandis que leur embarcation sombre. Un fonctionnaire lâche : « Putain, merde, à l’eau, à l’eau, à l’eau. » D’après des éléments de l’enquête que nous avons pu consulter, l’un des policiers fait le lien entre la tentative d’arracher la durite d’essence et la collision : « Pour éviter la gaffe, le passeur qui était à droite du kwassa a lâché le moteur 75 CV, ce qui a fait virer brusquement leur embarcation vers nous », a-t-il notamment rapporté lors de son audition.
    Collision, encerclement, création de vagues… En septembre 2025, Le Monde et Lighthouse Reports révélaient qu’à Mayotte les forces de l’ordre usent de tactiques agressives en mer pour stopper les kwassa-kwassa, sans que ces méthodes fassent l’objet de doctrine officielle. Leur dangerosité est pourtant connue. Entre 2007 et 2025, au moins 24 personnes ont péri dans le lagon à la suite d’une interception.
    Le 28 mars 2026, un kwassa-kwassa a encore chaviré dans un contexte similaire. Hidaya B., une femme d’une cinquantaine d’années originaire d’Anjouan, est morte sur le coup. Une instruction judiciaire a été ouverte pour homicide involontaire aggravé et aide aggravée à l’immigration irrégulière. Un Anjouanais de 19 ans, identifié comme le pilote du kwassa-kwassa, a été mis en examen.
    Cette fois, la police n’a fait aucune communication sur les réseaux sociaux. Le site d’information Mayotte la 1ère a, pour sa part, relaté que « les policiers ont pu secourir la vingtaine de personnes en situation irrégulière. Parmi elles, une femme était en arrêt cardio-respiratoire ».
    Selon les premiers éléments d’enquête que nous avons pu consulter, c’est un avion de la police aux frontières qui, ce jour-là, a repéré des kwassa-kwassa au large de Mayotte. Plusieurs intercepteurs sont missionnés, dont le Mwamba, qui s’approche d’une des barques en position parallèle. Dans le procès-verbal d’arraisonnement établi par les fonctionnaires, ces derniers affirment que le pilote du kwassa-kwassa aurait refusé de s’arrêter et pris « des risques manifestes pour l’ensemble des personnes à son bord ». Les policiers se mettent alors « à couple » et tentent d’arracher les durites d’essence pour faire stopper l’embarcation. A ce moment-là, écrivent-ils, le pilote du kwassa-kwassa « effectue un virage à 90 degrés sur son tribord et vient nous percuter en travers en se plaçant sur notre trajectoire ». Le bateau prend l’eau et chavire. Trois enfants – dont un bébé de 9 mois – se trouvent parmi les passagers projetés à la mer, ainsi que cinq femmes et un homme de 73 ans. L’ensemble des 24 passagers sont repêchés et les policiers constatent alors qu’« une femme d’une cinquantaine d’années présente des blessures au niveau de la tête et ne répond pas ». Ils tentent, en vain, de la réanimer.
    Le Monde et Lighthouse Reports ont réussi à joindre plusieurs rescapés du naufrage, placés au centre de rétention administrative de Mayotte. S’ils confirment que le pilote a refusé d’obtempérer aux ordres des policiers, ils mettent en cause les manœuvres de ces derniers. Farid S. affirme ainsi que ce sont « les policiers [qui] ont fait chavirer [leur] kwassa » et que ce sont « leurs moteurs qui ont écrasé la tête de la victime ». Les policiers « ont fait chavirer notre barque », corrobore Ahmed S., 21 ans, un autre passager du kwassa-kwassa. Un troisième rescapé, Anzidine M., assure que les policiers « se sont collés à [eux] » et ont « lancé des barres de fer en forme d’hameçons » jusqu’au moment où la vedette de police « a foncé sur [eux] et a roulé en plein milieu de [leur] bateau ». « Notre kwassa a coulé et (…) le moteur de leur bateau a écrasé la tête de la victime décédée », affirme-t-il. Onze passagers du kwassa-kwassa se sont constitués partie civile dans cette procédure, selon leur avocate, Céline Cooper. En attendant, par un arrêté préfectoral du 21 avril, les policiers en service la nuit de la collision ont été récompensés de lettres de félicitations et de mentions honorables pour « actes de courage et de dévouement » en secourant les personnes à l’eau. Contacté sur les circonstances des naufrages du 20 février et du 28 mars, le parquet n’a pas souhaité communiquer ; la police nationale et la préfecture de Mayotte n’ont pas donné suite.
    Ces interceptions semblent en plusieurs points semblables à celle menée le 10 novembre 2019 et au cours de laquelle une collision a eu lieu entre le kwassa-kwassa et la vedette de police. Un Comorien, Farid Djassadi, était alors tombé à l’eau et s’était fait broyer les jambes par les hélices de l’intercepteur. Après plus de six ans d’instruction, un non-lieu partiel a été ordonné en février concernant les blessures infligées à M. Djassadi. Son avocate, Mélanie Trouvé, s’est pourvue en cassation, le 7 avril. « Ce soir-[là], ça ne s’est pas bien passé, mais cela est dû pour moi aux risques que prennent les pilotes, qui n’ont peur de rien », avait déclaré aux gendarmes enquêteurs le brigadier Saïd H., présent à bord de la vedette d’interception cette nuit-là. C’est ce même fonctionnaire, Saïd H., qui pilotait le Titan, impliqué dans la collision du 20 février.
    D’après nos informations, ce policier est, en outre, apparu dans une instruction ouverte entre décembre 2010 et juin 2011 sur des faits d’« aide à l’entrée et au séjour d’étrangers en situation irrégulière » dans laquelle il a été soupçonné d’avoir des liens avec une filière d’immigration irrégulière.
    Dans un procès-verbal de synthèse transmis au juge d’instruction, les enquêteurs expliquent que leur investigation sur l’implication du fonctionnaire a généré des « interrogations ». Ils suggèrent la saisine de l’inspection générale de la police nationale. Impossible pour eux, en revanche, de procéder à l’interpellation de Saïd H., au risque de compromettre la « lutte contre les filières d’immigration », l’une de leurs « missions prioritaires », ainsi que de nuire à « la qualité des relations [que leur unité] doit entretenir avec les autres formations de la police aux frontières ». Sollicité, Saïd H. n’a pas donné suite. Il est présumé innocent.

    #Covid-19#migrant#migration#france#mayotte#migrationirreguliere#sante#politiquemigratoire#mortalite#kwassakwassa

  • #Femmes, #travail et #mort subite : « Sur la santé au travail des femmes, il y a une cécité qu’il faut lever » - Basta !
    https://basta.media/femmes-travail-et-mort-subite-sur-la-sante-au-travail-des-femmes-cecite-qu-

    En France, aujourd’hui, le taux d’emploi des femmes est très élevé : 80 % des femmes de 25 à 49 ans sont actives. Mais, si plus personne ne conteste le droit au travail pour les femmes, leur place est tolérée à condition que la prise en charge des enfants et de la vie domestique qui leur incombe traditionnellement et socialement soit assurée et invisible. Pour une femme, travailler ne change rien dans la répartition des responsabilités familiales.

    L’organisation du travail ne prend pas en compte la charge temporelle et mentale des impondérables familiaux, qui incombe systématiquement aux femmes. Les aléas du travail « reproductif » – maladies des enfants, vacances, activités extrascolaires, réunions avec les professeurs, etc. – entrent fréquemment en conflit avec les contraintes d’un emploi. Les absences qui en découlent, tout comme les congés maternité, relèvent de « l’absentéisme féminin ».

    Tandis que, pour les hommes, les valeurs guerrières véhiculées par l’organisation du travail s’inscrivent dans la droite ligne de leur identité de genre, les femmes doivent tenir la contradiction entre d’un côté, le désir affirmé de travailler et, de l’autre, la nécessité de continuer à assumer la sphère familiale. Et ce, sans se plaindre des tensions que provoque leur activité professionnelle au sein de la famille ni de celles que provoque la charge mentale familiale dans leur travail. Qu’elles se débrouillent !

  • 17 exilés somaliens se noient entre l’Algérie et l’Espagne - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71070/17-exiles-somaliens-se-noient-entre-lalgerie-et-lespagne

    17 exilés somaliens se noient entre l’Algérie et l’Espagne
    Par La rédaction Publié le : 24/04/2026
    Un naufrage au nord des côtes algériennes a entraîné la noyade d’au moins douze hommes et cinq femmes de nationalité somalienne, a déclaré jeudi l’ambassadeur somalien en Algérie. Le groupe, dont les familles ont alerté sur la disparition, cherchait à rejoindre l’Espagne.
    Un bateau a chaviré dans les eaux situées entre l’Algérie et l’Espagne causant la mort d’au moins 17 migrants somaliens, a déclaré jeudi 23 avril l’ambassadeur de Somalie en Algérie, rapporte l’agence de presse Associated Press.
    Parmi les victimes figurent douze hommes et cinq femmes. « J’ai été contacté par des parents qui cherchaient leurs enfants et voulaient savoir où ils se trouvaient », a rapporté l’ambassadeur Yusuf Ahmed Hassan aux médias somaliens.Suite à ces alertes, l’ambassadeur a contacté le ministère algérien des Affaires étrangères. Celui-ci l’a informé qu’un groupe d’exilés africains était décédé dans un naufrage au large de Bou Ismaïl, une province côtière du nord de l’Algérie. Le groupe cherchait, par cette traversée maritime périlleuse, à rejoindre les côtes espagnoles, porte d’entrée en Europe.
    L’ambassadeur somalien a indiqué s’être alors rendu dans cette ville située à environ 100 kilomètres à l’ouest d’Alger (proche de Tipaza, voire carte ci-dessus) tôt jeudi matin, vers 6 heures. « J’ai visité deux hôpitaux de la province et j’ai vu les corps », a-t-il confirmé.
    Déjà, le 11 mars, 33 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont péri dans le naufrage d’une embarcation au large d’Alger, selon des informations relayées par Francisco Jose Clemente Martin, un activiste espagnol qui suit de près les routes migratoires en Méditerranée centrale.
    En 2025, 3 090 personnes ont perdu la vie sur les routes migratoires vers l’Espagne, selon l’ONG Caminando Fronteras. Soit huit personnes par jour. Parmi les victimes recensées figuraient 437 enfants, 192 femmes et 2 461 hommes. Ces chiffres se basent sur les témoignages recoupés des familles et des survivants, en plus des données officielles. Ils englobent aussi les disparitions : pas moins de 70 bateaux ont disparu des radars avec l’ensemble de leurs passagers, qui n’ont plus jamais donné de nouvelles à leurs proches.
    La route des Baléares, depuis les côtes algériennes vers les îles espagnoles, s’est considérablement développée ces derniers mois. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur espagnol, 1 900 migrants ont atteint l’archipel entre le 1er janvier et le 28 février 2026. Soit une hausse de 6 % par rapport à l’an dernier à la même période. Sur la route des Baléares, « les dangers de cette traversée sont même plus importants en raison des distances, mais aussi parce qu’il existe un risque élevé de perdre le cap et de se retrouver dans les zones les plus hostiles de la mer Méditerranée », précise l’association espagnole Caminando Fronteras. Selon l’ONG, 1 037 personnes parties d’Algérie vers les Baléares ont perdu la vie en 2025. Elles étaient moitié moins en 2024.
    Auparavant, la grande majorité des migrants arrivés aux Baléares venaient d’Algérie. Désormais, de plus en plus de Subsahariens empruntent cet itinéraire, à mesure que d’autres se ferment en Méditerranée centrale (Libye, Tunisie) ou dans l’Atlantique (routes des Canaries). En 2023, 73 % des personnes arrivant aux Baléares étaient d’origine maghrébine. En 2025, ce pourcentage est descendu à 30 % alors que celui des personnes en provenance d’autres pays africains a atteint 70 %. Les migrants somaliens font partie de ceux qui entreprennent de plus en plus souvent de tels périples, poussés par l’insécurité, les opportunités économiques limitées et les conditions de sécheresse prolongée dans leur pays, explique Associated Press.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#baleares#somalie#routemigratoire#sante#mortalité#subsaharien

  • Mort au #travail : pourquoi cette hécatombe chez les #jeunes de moins de 25 ans
    https://www.humanite.fr/politique/morts-au-travail/mort-au-travail-pourquoi-cette-hecatombe-chez-les-jeunes-de-moins-de-25-ans

    Plus de 100 000 #travailleurs de moins de 25 ans sont #accidentés tous les ans en #France et au moins 423 ont trouvé la #mort depuis 2020. À l’occasion de la Journée mondiale de la #santé et de la #sécurité au travail, ce 28 avril, retour sur les raisons d’une tragédie.

  • Libye : au moins 28 corps de migrants découverts sur les côtes après plusieurs naufrages - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70981/libye--au-moins-28-corps-de-migrants-decouverts-sur-les-cotes-apres-pl

    Libye : au moins 28 corps de migrants découverts sur les côtes après plusieurs naufrages
    Par La rédaction Publié le : 20/04/2026
    Au moins 28 corps de migrants ont été découverts sur les côtes libyennes depuis samedi par les services de secours libyens. Il s’agit des victimes d’au moins deux naufrages survenus au large de Zouara et de Tobrouk. Quatre survivants ont été identifiés. Ce sont des départs de bateaux pour l’Europe, survenus aux deux extrémités de la Libye, qui ont abouti à des drames. Samedi 18 avril, les services de secours libyens ont découvert 17 corps de migrants au niveau de la ville de Zouara, à une centaine de kilomètres de la capitale Tripoli, à l’ouest de la Libye, a rapporté l’agence de presse Reuters.
    Le centre médical de secours de la zone a indiqué que 14 corps avaient été enterrés à la suite de cette opération et que le corps d’un ressortissant bangladais avait pu être identifié et rendu à sa famille à Tripoli. Aucun détail n’a été donné sur les deux autres corps.
    Au cours de la même journée, le Croissant Rouge libyen a retrouvé six corps de migrants sur des plages près de Tobrouk, dans l’est du pays. Selon un message posté par l’organisation humanitaire sur son compte Facebook, un septième corps a été retrouvé le lendemain. Lundi 20 avril, le Croissant rouge a indiqué que quatre corps supplémentaires avaient été retrouvés sur les côtes.
    Dans un rapport, l’organisation précise que ces personnes pourraient faire partie des 42 exilés qui se trouvaient à bord d’une embarcation partie de Libye le 15 avril dernier. Parmi elles, au moins 32 personnes - dont des femmes et des enfants - seraient portées disparues, principalement de nationalité soudanaise, somalienne et égyptienne. Depuis 2011 et la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est devenue un pays de transit pour des milliers de migrants subsahariens qui cherchent à fuir la violence et la pauvreté dans leur pays, et à trouver une vie meilleure en Europe.
    Aujourd’hui, plusieurs routes migratoires partent de Libye vers l’Europe. À l’ouest, depuis la région de Tripoli, les embarcations tentent de rejoindre l’île italienne de Lampedusa. Tandis qu’à l’est, depuis la région de Tobrouk, les migrants cherchent à atteindre les îles du sud de la Grèce : Gavdos ou la Crète. En 2025, trois fois plus de migrants sont arrivés en Crète par cette route qu’en 2024.
    Face à la fréquentation en hausse de cette route, la Commission européenne a décidé de financer l’ouverture d’un centre de coordination de sauvetage maritime (MRCC) à Benghazi, dans l’est de la Libye. Et ce, alors que le gouvernement de cette zone n’est pas reconnu par l’Union européenne (UE).
    Le MRCC de Benghazi devrait fonctionner sur le même modèle que celui de Tripoli. Depuis un accord signé entre l’UE et Tripoli en 2017, les gardes-côtes libyens de l’ouest sont chargés de la coordination des sauvetages au large de leurs côtes. Une tâche qui incombait auparavant au MRCC de Rome ou de La Valette, à Malte. L’accord de 2017 prévoit que l’Italie équipe et forme les autorités libyennes pour intercepter en mer les exilés en route vers les côtes européennes.
    Depuis le début de l’année 2026, plus de 4 200 personnes ont été interceptées en mer et ramenées de force en Libye, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En 2025, plus de 26 000 migrants avaient été arrêtés en Méditerranée centrale par les forces libyennes et renvoyés dans le pays, selon les chiffres de l’OIM. Un nombre en constante augmentation : ils étaient plus de 21 000 en 2024, et 17 000 en 2023.
    Pour les personnes ramenées dans le pays, le calvaire se poursuit car, en Libye, les migrants sont détenus de façon arbitraire dans des prisons, parfois clandestines, où ils sont soumis à toutes sortes de violences : coups et brimades, travail forcé, exploitation sexuelle...
    Dans un récent rapport, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a souligné que les migrants, dont des mineurs, continuaient à être victimes de « violations systématiques et généralisées des droits humains » en Libye. Le rapport, qui s’appuie sur des entretiens avec une centaine de personnes originaires de 16 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud, couvre une période de deux ans, de janvier 2024 à décembre 2025. Il décrit des cas d’hommes contraints de travailler sans salaire ni nourriture suffisante, et de filles séparées de leur mère. Le document évoque « une réalité brutale et normalisée » sur les migrants en Libye et dénonce « un modèle d’exploitation » qui profite de la « vulnérabilité accrue » des exilés. Environ 5 000 personnes détenues dans des centres officiels suite à des « interceptions illégales et dangereuses en mer » sont victimes de violences sexuelles et sexistes, de torture, d’esclavage et de disparitions forcées, précise le rapport de l’ONU.

    #Covid-19#migrant#migration#libye#routemigratoire#sante#droit#violence#exploitationsexuelle#tripoli#tobrouck#sante#mortalite

  • Quelque 7 900 personnes sont mortes ou disparues sur les routes migratoires dans le monde en 2025
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/21/quelque-7-900-migrants-sont-morts-ou-disparus-sur-les-routes-migratoires-dan

    Quelque 7 900 personnes sont mortes ou disparues sur les routes migratoires dans le monde en 2025
    Le Monde avec AFP
    Environ 7 900 migrants sont morts ou portés disparus sur les routes migratoires dans le monde l’an dernier, soit moins que le record de 9 200 enregistré en 2024, selon un décompte publié, mardi 21 avril, par l’Organisation des Nations unies (ONU).
    Au total, plus de 80 000 migrants sont morts ou ont été portés disparus depuis que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a commencé à recueillir ces données, en 2014. « Les près de 8 000 décès enregistrés en 2025 marquent la poursuite et l’aggravation d’un échec mondial à mettre fin à ces décès évitables », a insisté l’agence de l’ONU pour les migrations dans son rapport annuel sur ce sujet.
    Le rapport montre que les 3 400 morts et disparitions recensées sur les routes maritimes vers l’Europe ont représenté l’an dernier 43 % du bilan mondial en 2025. La majorité de ces décès (1 330) a été enregistrée en Méditerranée centrale, suivie de près par la route Afrique de l’Ouest-Atlantique vers les îles Canaries espagnoles, où plus de 1 200 morts ont été vérifiées.
    Par ailleurs, « l’Asie a enregistré un nombre de décès sans précédent, parmi lesquels des centaines de Rohingya et d’Afghans, ce qui montre que ceux qui fuient les conflits et les persécutions continuent d’être exposés à des risques mortels », d’après Maria Moita, directrice du département réponse humanitaire à l’OIM.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Hausse des violences et baisse de l’aide internationale devraient augmenter les déplacements de populations civiles dans le monde en 2026 et 2027
    L’organisation estime qu’environ 1 500 personnes supplémentaires pourraient également avoir disparu et être présumées mortes en 2025, en plus des quelque 7 900 cas recensés. Globalement, la baisse enregistrée par rapport à l’année précédente « est liée en partie à une diminution réelle du nombre de personnes qui tentent d’emprunter des routes migratoires irrégulières et dangereuses », en particulier sur le continent américain, selon l’OIM. « Mais elle s’explique aussi par les restrictions financières imposées aux acteurs humanitaires qui documentent les décès de migrants sur les principaux axes de migration », a ajouté l’organisation basée à Genève. Ainsi, le continent américain a vu le nombre de décès chuter de 1 272 en 2024 à 408 en 2025.
    « Cela ne signifie pas que la migration est devenue plus sûre dans la région. Nous continuons de constater des décès de migrants dans toute la région, et le fait que nous soyons peut-être moins en mesure de les recenser actuellement ne signifie pas qu’ils ne se produisent pas », a relevé André Garcia, une autre responsable de l’OIM. « Plusieurs facteurs ont conduit à l’évolution spectaculaire des flux migratoires en Amérique latine et dans les Caraïbes, le premier étant le changement radical de la politique migratoire de l’administration américaine et la fermeture de la frontière sud », a expliqué Mme Moita. Mais la baisse des chiffres s’explique aussi par « des retards dans la communication des données », selon l’OIM, qui rappelle que « ce dernier facteur est particulièrement vrai pour la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, où les données de fin d’année sur les décès de migrants n’ont été communiquées par aucun des deux pays ». La directrice du département réponse humanitaire au sein de l’organisation a souligné qu’« une diminution des arrivées à un endroit donné ne signifie pas que moins de personnes se déplacent, ni que la migration est devenue plus sûre. Dans de nombreux cas, les risques deviennent simplement moins visibles ». Depuis le début de l’année, l’OIM a déjà enregistré 1 723 personnes mortes ou portées disparues sur les routes migratoires.

    #Covid-19#migrant#migration#OIM#statistiques#routemigratoire#mortalite#sante#migrationirreguliere#politiquemigratoire

  • Plus de 70 migrants portés disparus après un naufrage en mer Méditerranée - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70749/plus-de-70-migrants-portes-disparus-apres-un-naufrage-en-mer-mediterra

    Plus de 70 migrants portés disparus après un naufrage en mer Méditerranée
    Par La rédaction Publié le : 07/04/2026
    Plus de 70 personnes sont portées disparues après le naufrage d’une embarcation de migrants en Méditerranée centrale samedi. Trente-deux exilés ont été secourus par des navires marchands présents à proximité et deux corps ont été récupérés. Les survivants ont débarqué sur l’île italienne de Lampedusa.
    Une embarcation en bois surchargée de migrants s’est retournée samedi 4 avril au large de la Libye, ont indiqué sur X les ONG Mediterranea Saving Humans et Sea-Watch. Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par Sea-Watch et tournée depuis son avion de surveillance Sea-Bird 2 montre des hommes s’agrippant à la coque du bateau chaviré, à la dérive en pleine mer, et des personnes dans l’eau.
    Trente-deux exilés ont été secourus par deux navires marchands présents dans la zone et deux corps ont été récupérés. Ils ont débarqué dimanche matin sur l’île italienne de Lampedusa.Le canot était parti samedi après-midi de Tajoura, dans le nord de la Libye, avec à son bord environ 105 femmes, hommes et enfants. Ainsi, au moins 71 personnes sont portées disparues dans le naufrage de cette embarcation."Nous partageons la douleur des survivants, de leurs familles et de leurs proches. Ce dernier naufrage n’est pas un tragique accident, mais bien la conséquence des politiques des gouvernements européens qui refusent d’ouvrir des voies d’accès sûres et légales", a écrit Mediterranea Saving Humans.
    Ce nouveau drame intervient quelques jours seulement après une autre tragédie en Méditerranée centrale. Dans la nuit de mardi 31 mars à mercredi 1er avril, 19 corps de migrants ont été retrouvés dans un canot près des côtes italiennes.L’embarcation avait été repérée à la dérive par un avion de reconnaissance italien, mais aucun navire des gardes-côtes libyens ni de navire civil ne se trouvait dans la zone pour intervenir. Il a alors été décidé d’envoyer un navire des gardes-côtes italiens depuis Lampedusa. Cinquante-huit survivants avaient pu être secourus.
    Selon le porte-parole des gardes-côtes, Roberto D’Arrigo, certains migrants pourraient avoir péri durant leur traversée vers Lampedusa, dans des conditions météorologiques particulièrement difficiles, avec des vagues atteignant sept mètres (23 pieds) de haut."Ce ne sont pas des tragédies isolées, mais un schéma de violence aux frontières conçu pour tuer", a accusé dimanche sur X Sea-Watch, en référence à ces deux derniers naufrages.Lampedusa est un point d’arrivée clé pour les migrants traversant la mer Méditerranée depuis l’Afrique du Nord, nombreux étant ceux qui perdent la vie au cours de ce voyage dangereux."La mer Méditerranée est devenue l’axe migratoire le plus meurtrier au monde", déplore au micro de RFI Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, qui avec son navire Ocean Viking porte secours à des embarcations en détresse dans cette zone maritime.
    Depuis janvier en effet, le nombre de décès a explosé en Méditerranée. Entre le 1er janvier et le 31 mars 2026, 831 migrants ont péri en tentant de rejoindre les côtes européennes, contre 415 à la même période de 2025. Un record pour cette période de l’année depuis les premiers relevés de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en 2014.Et ce chiffre pourrait être bien plus élevé. De nombreuses embarcations disparaissent en mer sans laisser de traces, ce qu’on appelle des « naufrages invisibles ». Cela a notamment été le cas mi-janvier, lors de la tempête Harry, qui a balayé le bassin méditerranéen et les côtes italiennes et a généré des vagues allant jusqu’à 16 mètres de haut et des rafales de vent atteignant plus de 54 nœuds.
    L’OIM estime que huit bateaux avec 380 personnes à bord ont fait naufrage à cette période en Méditerranée centrale. Les ONG Mediterranea Saving Humans et Refugees in Libya dénombrent, elles, près de 30 embarcations parties de Tunisie. Au total selon les humanitaires, un millier d’exilés ont péri pendant la tempête Harry.

    #Covid-19#migration#migrant#mediterranee#italie#migrationirreguliere#routemigratoire#mortalite#sante

  • « La mer Méditerranée est devenue l’axe migratoire le plus meurtrier au monde », selon l’ONG SOS Méditerranée - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70748/la-mer-mediterranee-est-devenue-laxe-migratoire-le-plus-meurtrier-au-m

    « La mer Méditerranée est devenue l’axe migratoire le plus meurtrier au monde », selon l’ONG SOS Méditerranée
    Par RFI Publié le : 07/04/2026
    Plus de 70 personnes sont portées disparues après le naufrage d’une embarcation en Méditerranée samedi. Deux corps ont été repêchés tandis qu’une trentaine de survivants, en état de choc, ont été ramenés à Lampedusa, en Italie. Pour en parler, Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée France, ONG qui porte secours aux migrants en mer, était l’invitée d’Afrique Mid

    #Covid-19#migrant#migration#mediterranee#routemigratoire#migrationirreguliere#sante#mortalite

  • Naufrage en Méditerranée : plus de 70 personnes sont mortes ou portées disparues
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/05/naufrage-en-mediterranee-plus-de-70-personnes-sont-mortes-ou-portees-disparu

    Naufrage en Méditerranée : plus de 70 personnes sont mortes ou portées disparues
    Le Monde avec AFP
    Plus de 70 personnes sont portées disparues en Méditerranée centrale, dimanche 5 avril, à la suite du naufrage d’une embarcation de migrants qui a fait au moins deux morts, ont annoncé les ONG Mediterranea Saving Humans et Sea-Watch. Trente-deux personnes ont pour l’instant été secourues. L’embarcation « en bois » était partie samedi après-midi de Libye avec à son bord 105 femmes, hommes et enfants, selon Mediterranea Saving Humans. « Tragique naufrage de Pâques. Trente-deux survivants, deux corps repêchés, plus de 70 personnes portées disparues », a écrit l’ONG sur X.
    Elle a précisé que le bateau avait chaviré dans une zone de recherche et de sauvetage contrôlée par les autorités libyennes. Selon Sea-Watch, les survivants ont été secourus par deux navires marchands et débarqués, dimanche matin, sur l’île italienne de Lampedusa.
    Une vidéo, publiée sur X par l’ONG et visiblement tournée de l’avion de surveillance Sea-Bird 2, montre des hommes s’agrippant à la coque du bateau chaviré, à la dérive en pleine mer, puis approché par un navire marchand. « Nous partageons la douleur des survivants, de leurs familles et de leurs proches. Ce dernier naufrage n’est pas un tragique accident, mais bien la conséquence des politiques des gouvernements européens qui refusent d’ouvrir des voies d’accès sûres et légales », a écrit Mediterranea Saving Humans.
    Lampedusa est un point d’arrivée important pour les migrants traversant la Méditerranée à partir de l’Afrique du Nord. Nombreux sont ceux qui périssent en tentant cette traversée périlleuse.
    Depuis le début de l’année 2026, 683 migrants sont morts ou ont été portés disparus en Méditerranée centrale, selon l’Organisation internationale pour les migrations. D’après le ministère de l’intérieur italien, 6 175 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes au cours de la même période, selon les derniers chiffres datant du 3 avril.

    #Covid-19#migration#migrant#lampedusa#italie#mediterranee#routemigratoire#sante#mortalite#migrationirreguliere

  • People dead and missing along migration routes to Europe from 2014 to 2024

    The map shows the locations (latitude and longitude) where 2880 incidents caused the death and disappearance of 36693 people from January 2014 to December 2024.
    The size of the circle indicates how many people died and are missing in each incident. By clicking on the icons you can see the date of the incident, the exact number of people involved and cause of death.
    The four different colours identify the four main migration routes to Europe:

    - Western African Atlantic Route (red);
    - Western Mediterranean Route (green)
    - Central Mediterranean Route (orange);
    - Eastern Mediterranean Route (blue).

    https://medium.com/peopleonthemove/people-dead-and-missing-along-migration-routes-to-europe-from-2014-to-2024-d
    #visualisation #cartographie #cartes #frontières #migrations #morts_aux_frontières #border_deaths #Silvia_Costantini #infographie
    ping @reka @fil

  • « Je ne peux pas payer » : après le décès de son fils, l’hôpital de Bordeaux lui réclame 3 800 euros
    https://france3-regions.franceinfo.fr/bourgogne-franche-comte/doubs/je-ne-peux-pas-payer-apres-le-deces-de-son-fils-l-hopital

    https://france3-regions.franceinfo.fr/image/k73k3723h5HhAw_yBHPsZ3LuTB8/930x620/regions/2026/03/31/69cbe8075ad28020660619.jpg
    Le #CHU de Bordeaux en Gironde • © THIBAUD MORITZ / AFP

    En septembre 2025, après des mois sans nouvelles, un ami le contacte : une connaissance lui aurait appris la mort d’Ange. Laurent Simon contacte l’état civil de Belfort, qui lui dément d’abord l’information, avant de le rappeler pour lui indiquer que son fils est bien décédé à Bouliac, près de Bordeaux.

    "Dès que j’ai appris son décès, j’ai fait le nécessaire auprès des pompes funèbres, je l’ai fait incinérer là-bas et je suis descendu chercher l’urne", raconte Laurent Simon. Avant ses recherches, Ange aura passé 4 mois à la morgue de l’#hôpital.

    Apparemment, ça n’était pas à l’hôpital de faire les démarches [pour retrouver des proches], alors qui n’a pas fait son boulot, je ne sais pas, mais quatre mois ? Si je n’avais pas fait les démarches, il y serait peut-être encore ?
    Laurent Simon

    Quinze jours après l’annonce du décès, il reçoit une facture du CHU : « presque 4 000 euros ». Une fortune pour ce senior sans emploi, pas tout à fait assez âgé pour la retraite. Pour les frais funéraires de son fils, il a déjà déboursé 3 000 euros, toutes ses économies. "La facture, je ne peux pas la payer", constate le père endeuillé, "je peux mettre 15, peut-être 20 euros par mois". À ce rythme-là, il lui faudra 14 ans pour rembourser cette dette.

    Une cagnotte pour soutenir le père endeuillé

    Après une première médiatisation de l’affaire, une cagnotte a été ouverte par un syndicat du CHU de Bordeaux : "C’est une situation abjecte, donc on tenait à faire une action de solidarité pour faire quelque chose à notre échelle", explique Franck Ollivier, co-secrétaire SUD Santé au CHU de Bordeaux. "L’hôpital n’a pas d’obligation légale à prévenir la famille, mais pour nous, il a tout de même une obligation morale".

    Il ne faut pas exagérer, il pouvait tout à fait le prévenir : moi, en une demi-heure, j’ai pu trouver les coordonnées du papa sur internet.
    Franck Ollivier, co-secrétaire SUD Santé au CHU de Bordeaux, brancardier de profession

    Le co-secrétaire SUD Santé estime que cette cagnotte "fait partie de nos missions en tant que service public hospitalier", même s’il ne s’agit pas d’une mission "syndicale traditionnelle". "On va creuser, on va demander des explications au CHU et tout faire pour que ce genre de situation ne se reproduise pas", affirme l’élu. "Cela nous touche énormément, et renvoie une très mauvaise image de notre établissement".

    #morts_de_la_rue #racket

  • Migreurop : Notre histoire

    Le réseau Migreurop trouve son origine au début des années 2000 dans un contexte marqué par le durcissement des politiques migratoires européennes. La frontière franco-britannique en constitue l’un des points de départ emblématiques avec le camp de Sangatte, symbole d’une Europe qui organise l’exclusion des personnes étrangères à grande échelle. C’est dans ce contexte que, lors du Forum social européen de Florence 2002, un séminaire consacré à « l’Europe des camps » réunit militant·e·s et chercheur·se·s désireux de partager analyses et expériences. De cette rencontre naît informellement le réseau Migreurop, officiellement constitué en association en 2005.


    Aujourd’hui, il rassemble une centaine d’associations, des militant·e·s et des chercheur·se·s issus de 18 pays d’Europe, d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et du Proche-Orient, avec pour objectif de décrypter, documenter et dénoncer les conséquences des politiques migratoires européennes sur les droits des personnes exilées. Depuis 20 ans, le réseau a permis de tisser des liens entre les sociétés civiles des différents pays situés le long des routes migratoires, luttant ensemble contre les politiques européennes mortifères, pour le respect des droits et la #liberté_de_circulation pour tous et toutes.

    20 ans de lutte contre les politiques migratoires assassines

    En 2025, le réseau Migreurop a fêté ses 20 ans d’existence. A cette occasion, un film documentaire*, réalisé par Romain Kosellek, a été produit retraçant l’histoire de Migreurop.

    https://player.vimeo.com/video/1162221765?h=34e157e0f7
    https://migreurop.org/article3547.html
    #Migreurop #vidéo #histoire #Sangatte #enfermement #camp #encampement #Gisti #ARCI #MRAX #migrations #réfugiés #frontières #recherche #enfermement #politiques_migratoires #rétention #détention_administrative #carte_des_camps #cartographie #externalisation #morts_aux_frontières #mourir_aux_frontières #no_camps #AMDH #Maroc #association_malienne_des_expulsés (#AME) #altermondialisme #2005 #société_civile #antiracisme #droits_des_étrangers #européisation_des_politiques_migratoires #Europe_du_rejet #directive_retour #atlas #Frontex #droit_d'asile #frontexit #boats_for_people #watch_the_med #Alarmphone #libre_circulation_des_personnes #boat_4_people #open_access_now #hotspots #moving_beyond_borders #racisme #genre

  • Tunisie : 19 corps de migrants récupérés en mer Méditerranée, une vingtaine de disparus - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70695/tunisie--19-corps-de-migrants-recuperes-en-mer-mediterranee-une-vingta

    Tunisie : 19 corps de migrants récupérés en mer Méditerranée, une vingtaine de disparus
    Par Leslie Carretero Publié le : 01/04/2026
    Un naufrage au large de la Tunisie a causé la mort d’au moins 19 migrants le week-end dernier. Seize personnes ont pu être secourues par les gardes-côtes tunisiens, mais une vingtaine d’exilés sont portés disparus. Cette année, le nombre de décès en Méditerranée, sur la route vers l’Europe, a explosé.Samedi 28 mars, une embarcation chargée d’environ 60 migrants a coulé seulement quelques minutes après son départ de Sfax, une ville portuaire du centre-est de la Tunisie, a appris InfoMigrants. Ce jour-là, les conditions météorologiques en mer s’avéraient très mauvaises en raison d’une tempête.
    Les autorités tunisiennes, alertées par Alarm Phone, la plateforme d’aide aux migrants en mer, « sont parvenues à secourir 16 migrants irréguliers et à repêcher 19 corps, tous de nationalités d’Afrique subsaharienne, à 11 milles du port de Sfax [environ 17 km, ndlr] », indique à InfoMigrants Houcem Jebabli, porte-parole de la Garde nationale.Une vingtaine de personnes à bord de ce même canot sont portées disparues, selon Alarm Phone.À l’été 2023, l’Union européenne (UE) a signé un accord avec la Tunisie, qui prévoit que Tunis empêche les migrants de prendre la mer pour rejoindre Lampedusa, distante de 130 km. En échange, l’UE s’est engagée à verser 260 millions d’euros d’aides à la Tunisie, destinés à équiper et former les gardes-côtes à l’interception des embarcations de migrants mais aussi à soutenir le développement économique et l’emploi dans le pays. À la suite de cet accord conclu entre la Tunisie et l’UE, les arrivées de migrants ont chuté d’environ 60 % en un an.
    En 2024, sous l’impulsion de l’Italie, la Tunisie a aussi créé sa SAR zone (zone de recherche et de sauvetage). Jusqu’à présent, la Tunisie ne disposait pas de sa propre zone de recherche et de sauvetage en mer. Lorsque des canots d’exilés quittaient les côtes de Sfax et s’éloignaient des eaux territoriales de la Tunisie, ils se retrouvaient dans des eaux internationales, sous responsabilité libyenne ou maltaise le plus souvent. La création de cette nouvelle SAR zone a pour but de « sauver davantage de vies », selon Tunis, et aussi d’intercepter davantage de migrants qui tentent la traversée depuis Sfax pour rejoindre Lampedusa. Mais depuis deux ans, les ONG accusent régulièrement les Tunisiens de ne jamais prendre les appels de détresse.
    Et cette année, le nombre de morts en Méditerranée explose. Entre le 1er janvier et le 31 mars 2026, 831 migrants ont péri en tentant de rejoindre l’Europe, contre 415 à la même période de 2025. Un record pour cette période de l’année depuis les premiers relevés de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en 2014.Mais ce chiffre pourrait être bien plus élevé. Lors de la tempête Harry qui a balayé le bassin méditerranéen et les côtes italiennes du 19 au 21 janvier dernier, plusieurs embarcations ont disparu en mer. Les ONG Mediterranea Saving Humans (MSH) et Refugees in Libya ont dénombré près de 30 canots partis de Tunisie durant cette période. Au total selon les humanitaires, un millier d’exilés ont péri pendant cette tempête - l’OIM avait quant à elle estimé que huit bateaux avec 380 personnes à bord, avaient fait naufrage à cette période en Méditerranée centrale.
    « Plus on met la pression pour empêcher les départs, plus on crée des conditions idéales pour les passeurs. Ils peuvent imposer des départs hasardeux, voire désastreux aux migrants », qui n’hésitent plus à partir y compris par mauvais temps en hiver, avait expliqué début mars à l’AFP Arnaud Banos, chercheur au CNRS, spécialiste des migrations maritimes.Les accords, notamment de l’Italie avec la Tunisie et la Libye afin qu’ils retiennent les migrants en transit vers l’Europe, ont également conduit les filières de passeurs à s’éloigner des villes de départ habituelles, de Tripoli vers Misrata en Libye, ou remonter vers le nord de la Tunisie à Bizerte pour rejoindre la Sardaigne, selon le chercheur. « Les traversées s’allongent, sont très exposées au vent avec des courants très forts. Les passages sont certes moins contrôlés, mais les embarcations aussi moins visibles des secours », avait ajouté Arnaud Banos

    #Covid-19#migrant#migration#tunisie#mediterranee#routemigratoire#sante#mortalite#migrationirreguliere#libye

  • Deux migrants meurent lors d’une tentative de traversée de la Manche - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70687/deux-migrants-meurent-lors-dune-tentative-de-traversee-de-la-manche

    Deux migrants meurent lors d’une tentative de traversée de la Manche
    Par La rédaction Publié le : 01/04/2026
    Deux migrants sont morts mercredi lors d’une tentative de traversée irrégulière de la Manche, selon la préfecture maritime. Selon une source policière citée par l’AFP, les deux victimes étaient des hommes, l’un soudanais et l’autre afghan. Ces deux décès sont les premiers enregistrés en mer en 2026.Selon une source policière citée par l’AFP, les deux victimes étaient des hommes, l’un soudanais et l’autre afghan. La troisième personne blessée, une femme, a été transportée à l’hôpital sans que son pronostic vital ne soit engagé.Contactée par InfoMigrants, la Prémar a expliqué que l’embarcation était déjà remplie quand elle est arrivée au large de Gravelines. « On ne sait pas encore d’où venait le canot mais il était chargé avec un premier groupe de personnes. Il est venu au large de Gravelines pour récupérer un autre groupe. C’est au moment de l’embarquement de ce second groupe que le drame a eu lieu », précise un porte-parole.Selon le communiqué officiel, les secours sont intervenus auprès de huit migrants en difficulté. Trois nécessitaient « une prise en charge médicale immédiate ».Cinq autres personnes secourues, non blessées, ont elles été interpellées et placées en garde à vue, toujours selon la source policière.L’embarcation avait été repérée par la gendarmerie maritime vers 07h30 au large de Zuydcoote (Nord), tout près de la frontière belge - ce qui laisse penser que le premier groupe ait pu embarquer sur le canot en Belgique avant de faire route vers la France pour récupérer un second groupe.Les traversées illégales de la Manche sont très dangereuses en raison de plusieurs facteurs notamment la fragilité des embarcations fournies par les passeurs, la surcharge des canots, et les mouvements de foule au moment de monter à bord.
    Le fait de venir au large récupérer des migrants s’apparente au mode opératoire des « taxi-boats », qui consiste à embarquer des passagers en les forçant à entrer dans l’eau. Ce procédé est de plus en plus utilisé sur les côtes du nord de la France pour éviter les interceptions terrestres par la police sur les plages."Il en résulte une augmentation considérable des risques encourus par les migrants, l’embarquement se faisant directement dans l’eau, dans des conditions toujours plus chaotiques", soulignait la Prémar il y a quelques mois.Ces deux décès sont les premiers enregistrés en mer pour 2026. Au moins 29 migrants ont péri en mer l’an dernier en tentant de rejoindre le Royaume-Uni depuis la France, selon un décompte de l’AFP à partir de sources officielles.
    Les drames migratoires se déroulent aussi sur terre. Le corps d’un migrant a été découvert début mars dans un canal le long du camp de Loon-Plage, près de Dunkerque. Fin janvier, un autre migrant d’origine subsaharienne avait trouvé la mort à Marck, près de Calais. Il avait été écrasé après avoir chuté d’un camion, dans lequel il se cachait afin d’atteindre le Royaume-Uni

    #Covid-19#migration#migrant#manche#sante#mortalite#routemigratoire#soudan#afghanistan#migrationirreguliere

  • Italie : 19 migrants retrouvés morts dans un canot au large de Lampedusa - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70689/italie--19-migrants-retrouves-morts-dans-un-canot-au-large-de-lampedus

    Italie : 19 migrants retrouvés morts dans un canot au large de Lampedusa
    Par La rédaction Publié le : 01/04/2026
    Dix-neuf corps de migrants ont été retrouvés dans la nuit de mardi à mercredi dans un canot à une centaine de kilomètres de Lampedusa. Sept personnes, dont deux jeunes enfants, ont pu être secourues par les gardes-côtes italiens, et pris en charge sur l’île italienne.
    Nouvelle découverte macabre au large de l’île italienne de Lampedusa. Dans la nuit de mardi 31 mars à mercredi 1er avril, 19 corps de migrants ont été retrouvés dans un canot près des côtes italiennes.
    Vers 3 heures du matin, une opération de sauvetage est menée par les gardes-côtes italiens à environ 85 milles (135 km) de l’île, entre l’Italie et la Libye, selon l’agence de presse Ansa. La vedette des gardes-côtes a secouru sept personnes, dont deux jeunes enfants, et a récupéré les 19 cadavres dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne (SAR zone).Les sept rescapés, dont deux jeunes enfants, souffraient d’"hypothermie et d’intoxication aux fumées d’hydocarbures" et sont soignées, a indiqué à l’AFP le maire de Lampedusa, Filippo Mannino. « Tous [les autres] seraient morts d’hypothermie », a écrit l’agence, qui fait état de vents violents, de pluie et de températures de 10 degrés Celsius dans la zone.Lampedusa est un point d’arrivée clé pour les migrants traversant la mer Méditerranée depuis l’Afrique du Nord, nombreux étant ceux qui perdent la vie au cours de ce voyage dangereux.Le week-end dernier, un autre drame s’est déroulé dans cette zone maritime. Un canot d’environ 60 migrants subsahariens a coulé seulement quelques minutes après son départ de Sfax, une ville du centre-est de la Tunisie connue pour être un lieu de départ des exilés vers l’île italienne de Lampedusa.Seize personnes ont été secourues mais 19 cadavres ont été récupérés en mer et une vingtaine de migrants sont portés disparus.
    Et cette année, le nombre de morts en Méditerranée explose. Entre le 1er janvier et le 31 mars 2026, 831 migrants ont péri en tentant de rejoindre l’Europe, contre 415 à la même période de 2025. Un record pour cette période de l’année depuis les premiers relevés de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en 2014.Et ce chiffre pourrait être bien plus élevé. Lors de la tempête Harry qui a balayé le bassin méditerranéen et les côtes italiennes du 19 au 21 janvier, plusieurs embarcations ont disparu en mer. L’ONU estime que huit bateaux avec 380 personnes à bord ont fait naufrage en Méditerranée centrale. Mais les ONG Mediterranea Saving Humans (MSH) et Refugees in Libya ont dénombré près de 30 embarcations parties de Tunisie durant cette période. Au total selon les humanitaires, un millier d’exilés ont péri pendant la tempête Harry.
    « Plus on met la pression pour empêcher les départs, plus on crée des conditions idéales pour les passeurs. Ils peuvent imposer des départs hasardeux, voire désastreux aux migrants », qui n’hésitent plus à partir y compris par mauvais temps en hiver, avait expliqué début mars à l’AFP Arnaud Banos, chercheur au CNRS, spécialiste des migrations maritimes

    #Covid-19#migrant#migration#italie#lampedusa#mortalite#sante#routemigratoire#migrationirreguliere#mediterranee

  • Le renforcement des contrôles policiers rend la traversée de la Manche plus mortelle, selon des chercheurs - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70616/le-renforcement-des-controles-policiers-rend-la-traversee-de-la-manche

    Le renforcement des contrôles policiers rend la traversée de la Manche plus mortelle, selon des chercheurs
    Par Romain Philips Publié le : 31/03/2026
    Dans une étude publiée la semaine dernière, des chercheurs britanniques et l’organisation Border Forensics ont disséqué la politique migratoire menée à la frontière entre le Royaume-Uni et la France ces dernières années. Selon eux, l’augmentation des décès est directement liée au renforcement des contrôles.Pendant un an, des chercheurs britanniques du Centre for Sociodigital Futures et de Border Forensics – une organisation qui enquête sur les frontières à l’aide de cartographes – ont étudié les différents moyens de surveillance à la frontière franco-britannique déployé ces dernières années. Et le constat est sans appel : l’augmentation des décès est directement liée au renforcement des contrôles.
    Pour arriver à ce constat, les enquêteurs ont mis en relation les données géographiques des incidents dans la Manche, les données de vol des avions de surveillance, des témoignages recueillis sur le terrain ou encore les données compilées par les associations du littoral.
    Ainsi, entre 1999 et 2026, au moins 525 décès de migrants ont été recensés à la frontière britannique avec l’Europe. Parmi ces décès, 197 personnes sont mortes ou ont disparu dans la Manche, dont 129 – près d’un quart de tous les décès enregistrés à la frontière extérieure du Royaume-Uni – entre 2023 et fin 2025.
    Selon cette « contre-expertise », l’augmentation des morts dans la Manche est directement liée aux accords franco-britanniques conclus pour « stopper les bateaux » de migrants.Les chercheurs notent que depuis 2020, au fur et à mesure des accords, les financements alloués au gouvernement français pour endiguer les traversées en petites embarcations ont explosé, dépassant les 620,3 millions de livres sterling. Mais « les centaines de millions de livres sterling investies dans le renforcement des frontières françaises n’ont pas enrayé l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni ». Et d’ajouter : « Au contraire, elles l’ont déplacée des ’routes canalisées’ utilisées ces dernières décennies – camions, trains et ferries – vers la haute mer, où les dangers encourus par les voyageurs se sont accrus à chaque accord conclu ». Un phénomène déjà largement documenté par des ONG et médias mais il s’agit ici de la première enquête de chercheurs reliant « de manière exhaustive » les données géospatiales relatives aux traversées de « small boats », aux décès et aux pratiques de surveillance des frontières dans le nord de la France, estime l’un des auteurs à Mediapart et The Independant, qui révèlent ce rapport.
    De nombreux témoignages recueillis par InfoMigrants ces dernières années démontrent aussi que la militarisation de la frontière entre la France et le Royaume-Uni pousse les exilés a emprunté des itinéraires toujours plus dangereux.
    Les chercheurs signalent même que 2023, année de la « déclaration conjointe des dirigeants » - un accord migratoire conclut entre les deux pays actuellement en cours de renégociation - , a connu « une augmentation spectaculaire du nombre de décès dans la Manche », notamment car « un changement de mentalité au sein des forces de l’ordre françaises » s’est engendrée. Ce changement s’explique donc pas le renforcement des contrôles, selon les chercheurs, qui distinguent trois domaines : les interventions concernant le commerce de matériel nautique, la surveillance terrestre et la surveillance maritime. Ainsi, le rapport précise que « prises ensemble, toutes ces pratiques de surveillance des frontières (…) ont démontré que les politiques étatiques visant à empêcher les traversées en petites embarcations étaient un facteur déterminant de l’augmentation du nombre de décès parmi les migrants dans la Manche ».
    Selon le rapport, les opérations contre les chaines d’approvisionnement ont un impact sur le nombre de canots pneumatiques et pousse les migrants à recourir à du matériel de « qualité inférieure » car « les matériaux habituels sont indisponibles ». Et comme la diminution du nombre d’embarcations « ne réduit pas la demande globale de traversées mais accroît la demande par rapport à l’offre », le « nombre de personnes par canot a augmenté ». Un phénomène qui n’a « cessé d’augmenter d’année en année ». Enuite, les chercheurs pointent l’augmentation des effectifs de police sur le littoral. De 45 officiers en 2019 réparti dans la zone de Calais, ce chiffre est passé à 1 200 aujourd’hui et couvre toute la côte de Dunkerque à la baie de Somme.
    Et les policiers ont des méthodes de plus en plus offensives. Des opérations durant lesquelles des policiers ont lacéré des embarcations ont été recensées. Et depuis peu, les autorités françaises ont expérimenté un nouveau dispositif pour empêcher les départs de canots de migrants dans la Manche : l’interception des « taxi-boats » en mer.Ainsi, cette surveillance policière accrue « contribue directement à réduire le nombre total d’embarcations disponibles les jours de traversée » et conduit les passeurs « à adopter de nouvelles tactiques » toujours plus dangereuses comme les « taxi-boats », note le document.
    Par exemple, de plus en plus de départs depuis la Belgique ont été recensés ces dernières semaines, augmentant la durée en mer et ainsi les risques encourus.
    Tous ces contrôles ont fait de la traversée de la Manche « un itinéraire de plus en plus dangereux » commente le rapport qui, dans une cartographie recensant les incidents en mer, démontre que les décès ont de plus en plus lieu au niveau des côtes françaises. L’embarquement « est devenu le moment le plus mortel du voyage ». C’est même à ce moment précis, par écrasement dû à la violence et la précipitation de la montée dans le bateau, que sont décédés certains migrants.La surpopulation des embarcations entraînent aussi des incidents au bout de seulement quelques heures de navigation, averti le rapport, citant l’exemple du 12 juillet 2024, lorsqu’un canot pneumatique a fait naufrage près du Cap Gris-Nez « une heure seulement après son départ ». « Le nombre important de personnes à bord a fait que, malgré le fait que le navire de sauvetage français ait constaté le dégonflement du flotteur et la chute de personnes à l’eau, quatre personnes se sont noyées et quatre autres ont disparu avant que 56 personnes ne puissent être secourues », rappelle l’enquête.
    E n conclusion, les experts estiment que les autorités ne tiennent pas compte de la détermination des exilés et « des raisons qui poussent tant de personnes à tenter de monter de force à bord de canots pneumatiques ». Et, ce faisant, « occultent les effets des politiques anti-trafic, certes ’efficaces’, mais malavisées ».Du côté des autorités françaises, on rappelle que les trafiquants d’êtres humains ont aussi une grande part de responsabilité dans le bilan des décès. Ce sont les passeurs qui surchargent les canots - dont l’approvisionnement est compliqué par les démantèlements des filières. Les risques d’affaissement des embarcations sont donc démultipliés. « Ils jouent avec les limites », dénonçait en 2024 à InfoMigrants un porte-parole de la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Premar). « Je rappelle qu’on peut couler en quelques secondes si on ne sait pas nager ». Même près du rivage.
    Interrogés par InfoMigrants fin 2025 suite à la signature de l’accord « one in one out », de nombreux migrants avaient eux fait part de leur détermination à rejoindre l’Angleterre, malgré les accords et durcissements de la politique de chaque côte de la frontière. « En France, je n’ai nulle part où aller alors je n’ai pas d’autre choix que de tenter ma chance au Royaume-Uni », racontait à notre rédaction Ahmed, un Soudanais de 26 ans dont la demande d’asile a été refusée en France. « Peu importe, je vais quand même continuer mon chemin. Je suis venu d’Afrique, j’ai traversé le désert, la mer Méditerranée… J’ai fait trop de route pour arrêter maintenant et avoir peur d’un accord », témoignait de son côté Khaled, un Soudanais de 18 ans

    #Covid-19#migration#migrant#france#royaumeuni#routemigratoire#accordmigratoire#migrationirreguliere#sante#mortalite