• La querelle des modernes et des modernes : réponse aux critiques et développement de l’argumentaire de l’Appel des 451 sur les métiers du livre

    http://les451.noblogs.org/post/2012/11/22/la-querelle-des-modernes-et-des-modernes

    Dans notre société, à l’inverse, il devient peu à peu impossible de choisir d’utiliser internet ou non : c’est à travers lui que se font les démarches administratives, les commandes de marchandise, les recherches d’emploi, les déclarations d’impôt, les recherches de logement, les rencontres amoureuses, l’achat de produits de consommation, etc.

    Se détourner d’internet reviendrait donc à se marginaliser, un peu comme ne pas avoir de téléphone (et que dire du portable ?), ou comme ne pas avoir de vêtement pour sortir dans la rue. Et qui voudrait se marginaliser, s’extraire des relations symboliques et affectives qui font que nous nous sentons appartenir à une communauté humaine ? Ainsi internet est-il devenu une forme d’organisation sociale plutôt qu’un simple outil ; c’est-à-dire une manière d’être au monde et d’être avec les autres. Structurellement, ce n’est donc pas un espace de liberté à l’extérieur de notre société, mais une de ses dimensions instituée, avec, à l’intérieur d’elle-même quelques rares zones où l’on peut se sentir plus à l’aise, moins épié, moins contraint que dans d’autres. (...)

    Aussi, n’en déplaise à ceux qui ont cherché à pointer notre manque de cohérence en recourant à un site en ligne pour présenter notre texte, tout en dénonçant les travers d’internet, nous ne sommes pas des hommes et des femmes habillé.e.s de peaux de bête, massue à la main. Nous faisons partie de ce monde, et nos critiques sont tout autant modernes que l’adhésion généralisée au web. Au même titre que le capitalisme est devenu une forme-de-vie totalisante, et de la même manière que certaines technologies sont devenues hégémoniques au point de définir nos rapports sociaux, comme le nucléaire ou le pétrole, il n’existe pas d’extériorité viable à partir de laquelle on pourrait adopter une critique pure d’internet. C’est notre condition moderne : nous sommes tous dans le même bain et il serait vain d’opposer anciens et modernes. En revanche, si l’on veut trouver des pistes d’émancipation vis-à-vis de ces états de fait étouffants, il faut bien commencer quelque part et ne pas avoir peur de critiquer l’informatique, l’effet de serre ou le CAC 40 au prétexte que c’est comme ça mon petit monsieur et qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse.

    Nous rejetons par conséquent les critiques qui prennent pour seul argument « Le futur c’est mieux que le présent », non seulement parce que le futur n’est pas préétabli et qu’il dépend de notre capacité à critiquer le présent, mais aussi parce que la temporalité n’est pas une valeur, pas plus que ne l’est l’idée de progrès. Nous avons voulu placer notre critique sur une vision du monde que nous partagions, en nous posant la question de ce que deviennent nos corps, nos sens et notre pensée lorsqu’ils sont plongés dans l’océan informatique ; et tout cela n’est pas une question de progressisme ou de passéisme, mais plutôt de manières d’être et de penser la question sociale.

    Or, pour contourner par exemple l’épineuse question du contrôle accéléré par internet, certains spécialistes ont argué qu’il est du ressort de chacun de se munir de connaissances techniques appropriées pour se défendre des mécanismes de pouvoir induits par le web. Qu’avec certains systèmes élaborés de protection informatiques et de bonnes pratiques, on peut échapper aux travers du net en matière de violation de la vie privée, de surveillance policière ou de traçage publicitaire. À quel prix ? Les migrants obligés de passer des contrôles biométriques doivent-ils se réjouir de se cramer les doigts pour effacer leurs empreintes digitales, sous prétexte que le progrès libère l’humanité ? Devons-nous éluder la transparence de nos activités sur internet au prétexte qu’il suffirait de devenir des experts informatiques pour se rendre opaques aux yeux du pouvoir ? Soyons francs : le fait de passer des jours et des jours d’autoformation pour plus d’autonomie face à internet, dans cette position d’individu courbé aspiré par son écran n’est pas quelque chose qui nous fait rêver. Par ailleurs, nous pensons qu’il y a déjà tant de formes plus simples d’autonomie à nous réapproprier avant celle du codage informatique, que nous ne pouvons nous résoudre à investir tout notre désir révolutionnaire dans la vie assistée par ordinateur.

    Les formes de communauté, de rencontres ou d’échanges que propose internet ont coïncidé avec la gueule de bois des révoltes esquissées dans les années 1960-70, autrement dit après l’affaiblissement d’autres manières d’être ensemble et d’avoir un engagement politique qui ne sont pas si vieilles que cela. Nous constatons qu’en même temps qu’il est devenu de plus en plus facile de se parler et de se rencontrer par écrans interposés, il est devenu de plus en plus compliqué de se réunir et de se confronter à l’autre dans l’espace public.

    Pris dans la rapidité des innovations technologiques, au sein de nos métiers comme dans la vie de tous les jours, nous avons l’impression de ne pas avoir le temps de considérer ce qui nous arrive, et de devoir justifier le fait accompli des formes de sociabilité qu’internet et autres plans marketing mettent en place, sans vraiment songer à ce qu’il est possible de faire sans écran. Il est d’autant plus délicat de déjouer le consensus concernant internet que beaucoup de militants de gauche y participent activement, comme l’exploration d’un nouveau territoire d’émancipation, et que nous sommes nous-mêmes attirés par certaines commodités indéniables que la mise en réseau des informations permet.

    Il est de bon ton de voir dans internet la manifestation du virtuel ; un univers immatériel où la pensée et les fantasmes s’ébroueraient innocemment. Il y a là un effet tabou que nous souhaitons briser. Par ailleurs, même si quelques sites indépendants font un travail aussi salutaire qu’admirable, il ne faudrait pas oublier qu’internet facilite avant tout la mise en concurrence mondialisée des productions et des services, accélérant donc les nuisances du capitalisme.

    Internet ne supprime pas les injustices, il ne fait que les déplacer et les invisibiliser.

    Le fil que nous tirons avec le livre nous sert de témoin pour parler des bouleversements anthropologiques en cours. L’automatisme du recours à l’informatique dès le réveil et jusqu’à l’endormissement, les pratiques compulsives sur écran ou plus simplement la transformation de nos manières de penser liée aux modifications de lecture ont des conséquences sur ce que nous devenons, tant en ce qui concerne nos aptitudes physiologiques et neurologiques que notre être social. En analysant cette nouvelle manière d’être au monde imposée par l’informatique et le management, couplée avec celle plus ancienne du libéralisme existentiel, nous sommes parvenus à une autre question qui nous semble envelopper notre réflexion : celle du temps.
    C’est parce que nous voulons prendre le temps d’affiner notre critique, mais aussi le temps de rire et de rêver, que nous avons décidé d’avancer pas à pas, sans céder à la réaction. En même temps que nous écrivons ces lignes, nous continuons à imaginer les prémisses de ce que pourraient être des organisations concrètes comme autant de propositions positives face à la situation actuelle : syndicats, coopératives, mutuelles, espaces transversaux, etc. Pour préciser ces idées vagues, en plus de temps, en plus de nouveaux mots, nous avons besoin de rencontres.

    #appeldes451 #livre #informatique #internet #autonomie #aliénation #émancipation


  • La querelle des modernes et des modernes
    Réponse aux critiques et développement de l’argumentaire
    de l’Appel des 451 sur les métiers du livre

    http://les451.noblogs.org/post/2012/11/22/la-querelle-des-modernes-et-des-modernes

    http://les451.noblogs.org/files/2012/08/cropped-Readers.jpg

    Aussi la réponse aux critiques qui suit n’est-elle qu’un document de travail intermédiaire, soumis à discussions et à réactions, qui trace à grands traits quelques pistes de réflexion dont nous discutons actuellement. Nous savons que pour beaucoup, tout cela a déjà été pensé par d’autres, nous savons que des expériences de regroupements autour des problématiques du livre ont déjà existé, et nous savons surtout que nous ne détenons aucune certitude dogmatique sur les sujets auxquels nous nous confrontons. Nous sommes à la fois en train de travailler et de réfléchir à notre travail, c’est-à-dire que nous tentons d’élaborer une pensée collective – par zigzags. Nous attendons de nouvelles critiques au texte qui suit  : nous sommes à la recherche de nouveaux mots.

    • Dans le texte de travail qu’ils proposent d’imprimer, -ce qui vous prend immédiatement la tête parce qu’ils ont choisi une méthode à la con- dans ce texte donc ( je serai bien incapable de dire à quelle page, vue leur numérotation à la noix) ils comparent un texte numérique à une tomate de merde ceci pour la distinguer d’une tomate obtenue sans engrais et pour différencier le numérique du livre traditionnel lequel serait « bio » . Il est curieux de constater à quel point leur choix technique pour véhiculer le texte ressemble à leur position idéologique.
      Nominalistes et corporatistes, ils foncent le dos tourné vers une partie incontournable du futur.


  • Le livre face au piège de la marchandisation
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/05/le-livre-face-au-piege-de-la-marchandisation_1755856_3232.html
    http://les451.noblogs.org

    Nous, le collectif des 451 professionnels de la chaîne des métiers du livre, avons commencé à nous réunir depuis quelque temps pour discuter de la situation présente et à venir de nos activités. Pris dans une organisation sociale qui sépare les tâches, partis d’un sentiment commun - fondé sur des expériences diverses - d’une dégradation accélérée des manières de lire, produire, partager et vendre des livres, nous considérons aujourd’hui que la question ne se limite pas à ce secteur, et cherchons des solutions collectives à une situation sociale que nous refusons d’accepter.

    L’industrie du livre vit en grande partie grâce à la précarité qu’acceptent nombre de ses travailleurs, par nécessité, passion ou engagement politique. Pendant que ceux-ci s’efforcent de diffuser des idées ou des images susceptibles de décaler nos points de vue sur le monde, d’autres ont bien compris que le livre est surtout une marchandise avec laquelle il est possible d’engranger des profits conséquents.

    Sachant autant s’approprier les grands principes d’indépendance ou de démocratie culturelle que pratiquer le déferlement publicitaire, l’exploitation salariale et la diversité du monopole, les Leclerc, Fnac, Amazon, Lagardère et autres grands groupes financiers veulent nous faire perdre de vue l’une des dimensions essentielles du livre : un lien, une rencontre.

    Pendant ce temps, qu’il s’agisse des professions symboliquement reconnues ou des petits boulots indispensables à toute chaîne économique, culturelle et sociale, les divers métiers du livre sont disqualifiés et remplacés par des opérations techniques, à côté desquelles prendre le temps devient inconcevable.

    L’industrie du livre n’aurait-elle en effet besoin que de consommateurs impulsifs, de réseauteurs d’opinion et autres intérimaires malléables ? Beaucoup d’entre nous se trouvent ainsi enrôlés dans des logiques marchandes, dépossédés de toute pensée collective ou de perspectives d’émancipation sociale - aujourd’hui terriblement absentes de l’espace public.

    • Je ne comprends guère cette déclaration. Ma libraire est une chieuse pénible, femme acariâtre ; j’achète chez elle mais aussi par correspondance pour tout ouvrage en langue étrangère ou pour tout ouvrage un peu particulier car elle est incapable de fournir autre chose que les offices qu’on lui impose. J’ai tenté de passer par leur réseau de compensation collectif : cela fait dix jours que j’attends deux livres de poches français.
      Donc quel lien ? Avec qui ? quelle rencontre ?
      Quel pont ces gens du livre bâtissent-ils avec nous lecteurs ?

      Où diable se niche le commerce dans tout cela ? Celui des idées comme celui des produits ?
      Quel est ce bluff ?


  • Appel des 451,
    pour la constitution d’un groupe d’action et de réflexions
    autour des métiers du #livre
    http://les451.noblogs.org

    Nous rejetons clairement le modèle de société que l’on nous propose, quelque part entre l’écran et la grande surface, avec ses bip-bip, ses néons, et ses écouteurs grésillants, et qui tend à conquérir toutes les professions.

    #ebook #informatisation #luddites

    dommage qu’ils ne se rendent pas compte que les « réseauteurs » ne sont pas tous des affidés des supermarchés de la grande distribution du numérique, et qu’en écrivant un texte si plein d’amalgames et de contradictions (le texte contre les ebooks disponible en PDF imprimable !) ils se mettent à dos ceux qui se battent (bien plus efficacement à mon sens) pour des alternatives, et auraient pu se battre à leurs côtés…