• D’accord avec Olivier Faure pour dissoudre le PS

      Bien sûr, ce titre est destiné à vous tirer l’œil. Car je voudrais faire bien connaître l’interview d’Olivier Faure publiée par Libération. C’est vraiment un texte intéressant. En effet, il propose des choses tout à fait étonnantes. Pourtant aucun commentateur ni politologue n’a réagi. Dommage. Car il envisage sans problème qu’il n’y ait pas de candidat du PS à l’élection présidentielle. Et aussi qu’il recommande un congrès d’unification générale sur le mode de celui qui a fondé le PS en 1905.

      La preuve dans le texte. Une candidature hors du PS ? Oui, dit Faure si c’est celle d’un bloc et d’un projet commun. « Libé : Ça veut dire que lors de la prochaine présidentielle, il n’est pas certain de voir un candidat PS ? « Il faut penser en termes de bloc et de projet. Si nous nous regardons comme des concurrents, comment un socialiste, un écologiste, un communiste ou un radical pourrait accepter un candidat qui n’a pas le même pedigree que lui ? Le bon candidat, c’est celui qui porte le projet commun, incarne une autre façon de gouverner et qui peut nous amener à la victoire. » Dissoudre le PS pour créer un nouveau parti commun ? Oui dit Faure, si c’est celui d’un projet et d’un bloc. Du coup la question suivante de Libé est moins sidérante qu’il y parait. « Olivier Faure : Quelle est l’histoire du mouvement ouvrier ? Divisé au XIXe siècle, il s’est unifié au début du XXe dans le bien nommé “congrès du Globe”. Jaurès, Guesde, Vaillant ont dépassé leurs fortes divergences pour créer la SFIO devenue ensuite le Parti socialiste. Sans ce geste initial, sans leur vision et leur sens des responsabilités, nous n’aurions pas construit le modèle social français et européen. A nous aujourd’hui de bâtir l’offre politique du XXIe siècle en créant un bloc social, écologique, féministe et démocratique ! Libération : Est-ce que vous êtes le dernier premier secrétaire du PS ? »

      Un bloc, un bloc. Le « Blok et le projééé ». Voilà donc le bloc prôné par EELV adopté par Olivier Faure. Pour ce bloc et ce projet il va de soi qu’il y a une exclusive : les Insoumis non évoqués dans la liste des heureux bénéficiaires de la candidature commune du « bloc ». Et de même pour ce qui est du projet. Sur ce point, l’arrogance du PS n’a pas pris une ride. « Jusqu’à présent, Jean-Luc Mélenchon brandit son programme baptisé “L’Avenir en commun”, mais qui est commun à ses seuls amis. Je fais confiance à son sens politique pour percevoir vite où sont les dynamiques. » Elégant, non ? Clairement, notre contribution n’est pas la bienvenue. Pourquoi ne le dit-il pas ouvertement ? Pourquoi ne dit-il pas ce qui lui semble inacceptable dans notre programme ? Car tout de même, « L’Avenir en commun » et son candidat ont regroupé 7 millions « d’amis » électeurs qui ont voté pour lui en 2017. Est-ce raisonnable de les mépriser aussi ouvertement ? Mais Faure raye d’un trait de plume ce qui l’embarrasse. Qu’est- ce qui lui pose des problèmes dans « L’Avenir en commun » ? Juste qu’il convient à mes « amis » ? Il ne veut pas de leur voix ? On n’en parlera pas. À quoi bon ? Faure sait ce qui est bon, Faure a toutes les bonnes idées, même celles des autres. « J’ai proposé une université d’été commune de la gauche et des écologistes à Julien Bayou [le secrétaire national d’Europe Ecologie-les Verts, ndlr] pour entrer dans une première concrétisation. Il s’est saisi de l’idée et l’a fait fructifier avec talent. Il faut maintenant avancer. » Hue cocotte ! hue ! Ce n’est pas la première fois que ses bonnes idées nous sont infligées par d’autres. Ainsi est-ce lui qui a proposé dans une question d’actualité ces réunions traquenards autour du Premier ministre. Lequel l’en remercia dès la première réunion.

      Puisqu’il a confiance en moi pour « voir où sont les dynamiques politiques », il devrait avoir confiance pour l’inverse. Je sais où la dynamique ne sera jamais plus. Personne ne veut plus du PS ayant à sa tête l’ancien président de groupe parlementaire du PS, olivier Faure, qui organisa la discipline pour faire voter les lois liberticides de Valls, le crédit impôt recherche, le CICE et la loi El Khomri, pour ne citer que cela. Et pendant que j’y suis, je demanderais volontiers quel est le programme du PS à présent ? Car un programme commun avec EELV existe aujourd’hui. C’est celui qui fut conclu entre Hamon et Jadot pour soutenir la candidature déjà commune de Hamon. En fait tous ces gens font le même calcul : tout le monde a tout oublié, aucun engagement passé n’a d’importance, aucun texte ne dure davantage que le temps de le signer sans le lire. Cette forme de mépris pour les idées atteint les sommets du cocasse. Ainsi quand Faure oublie – sapristi ! – que le programme de 2012 dont j’étais le candidat commun pour le PC et le PG s’intitulait « L’Humain d’abord ». Alors il peut pérorer : « Être lucide, c’est aujourd’hui être radical dans ses approches. Si l’humain n’est pas remis au cœur de nos sociétés, elles exploseront. » Radical, lucide, l’humain d’abord. Bref, Faure nous a fait perdre 8 ans car à l’époque il préférait faire croire aux mensonges délibérés de François Hollande à propos de son ennemi « la finance ». Je ne voudrai pas finir sur une note aussi négative et faire avancer le débat. Pour faire un effort, sans nostalgie pour ce passé profond auquel j’appartenais, je pourrai bien être d’accord pour que le PS s’autodissolve.

      https://melenchon.fr/2020/05/26/la-macronie-en-confettis

  • New Report Suggests Facebook Ignored Research Which Indicated That it Contributed to Societal Division | Social Media Today
    https://www.socialmediatoday.com/news/new-report-suggests-facebook-ignored-research-which-indicated-that-it-contr/578621

    Has Facebook made use more divided, and more likely to ’take sides’ in political debate?

    It certainly seems that way, with ’us against them’ tribalism now a part of almost every major discussion - even medical advice has seemingly become a point of political contention in the modern age. Of course, such division has always existed, at least to some degree - but has Facebook, and social media more broadly, made it worse than ever before?

    This became a key point of discussion in the aftermath of the 2016 US Presidential Election, with suggestions that Russian troll farms and political activist groups had been using Facebook to influence voter opinions through targeted, manipulative posts and ads.

    Is that possible? Could our minds really be changed by the content displayed in our News Feeds?

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    Past research has shown that, indeed, voter action can be influenced by what people see on Facebook. And according to a new report by The Wall Street Journal, Facebook is well aware of this, with The Social Network conducting a study back in 2018 which found that the platform’s notorious algorithms “exploit the human brain’s attraction to divisiveness”.

    So what did Facebook do in response?

    As per WSJ:

    “Mr. Zuckerberg and other senior executives largely shelved the basic research [...] and weakened or blocked efforts to apply its conclusions to Facebook products. Facebook policy chief Joel Kaplan, who played a central role in vetting proposed changes, argued at the time that efforts to make conversations on the platform more civil were “paternalistic,” said people familiar with his comments.”

    Really, the revelation is not surprising - not so much in the context that Facebook might choose to ignore it, but in the first point, that Facebook can exacerbate division.

    Indeed, Facebook’s own executives have indirectly pointed to such in their various comments on the topic - earlier this year, Facebook’s head of VR and AR Andrew Bosworth published a long explanation of his personal thoughts on various Facebook controversies, including the idea that Facebook increases societal divides.

    Bosworth refuted the suggestion that Facebook reinforces political opinions through a ’filter bubble’ effect, an oft-laid claim against the platform, because if anything, Facebook users actually see content from more sources on any given subject, not less.

    But then again, that’s not necessarily beneficial either - as explained by Bosworth:

    “What happens when you see more content from people you don’t agree with? Does it help you empathize with them as everyone has been suggesting? Nope. It makes you dislike them even more.” 

    Bosworth noted that, contrary to popular opinion, Facebook actually exposes users to significantly more content sources than they would have seen in times before the internet.

    “Ask yourself how many newspapers and news programs people read/watched before the internet. If you guessed “one and one” on average you are right, and if you guessed those were ideologically aligned with them you are right again. The internet exposes them to far more content from other sources (26% more on Facebook, according to our research).”

    Facebook’s COO Sheryl Sandberg quoted this same research in October last year, noting more specifically that 26% of the news which Facebook users see in their represents “another point of view.”

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    But again, that’s not necessarily a good thing - in working to defend the idea that Facebook doesn’t cause division through one process (only showing you content that you’re more likely to agree with), Facebook’s execs also inadvertently highlighted how it causes the same type of division through the opposite - showing you more content, from more sources, according to Facebook’s own leaders, likely increases political polarization.

    So again, it comes as little surprise that researchers came to the same conclusion in regards to how Facebook could, as noted by WSJ, “exploit the human brain’s attraction to divisiveness”. Facebook knows this, they’ve stated such already. The problem is that there’s no simple solution to addressing such.

    That’s likely why Facebook seemingly shelved the findings, because there’s no way for it to police such and change inherent behaviors. 

    Interestingly, a few months before these findings were reportedly presented to Facebook’s leadership team, Facebook published a blog post titled ’Is Spending Time on Social Media Bad for Us?​’, in which it explored the various negative consequences of social media engagement.

    The conclusion of that report?

    “According to the research, it really comes down to how you use the technology.”

    The findings in this instance suggested that passive consumption of social media content - reading but not interacting with people - lead to negative mental health impacts, but active interaction, including “sharing messages, posts and comments with close friends and reminiscing about past interactions”, had positive benefits.

    In this instance, Facebook wasn’t looking at the polarizing effect of what people share on social platforms, specifically, but the finding is more closely aligned with something that Facebook can actually control. The platform subsequently made algorithm tweaks “to provide more opportunities for meaningful interactions and reduce passive consumption of low-quality content”, while it also added more tools to help people address negative usage behaviors.

    But Facebook can’t stop people sharing what they choose to on the platform (within reason). Otherwise it’s not a social network, it’s not facilitating discussion relevant to what people are looking to talk about. That exposure to what people personally align with, in terms of their political leanings, their personal opinions, etc., that’s an element that we’ve never had in times past, and while there is significant value in enabling connection around such, that’s also likely the cause of increased division and angst.

    In the past, for example, you wouldn’t have known that your Uncle Barry was a left-leaning Democrat or a right-leaning Republican. But now you do - and in sharing his opinions, Barry is able to align with more Facebook users who agree with his perspective, facilitating like-minded community. That’s how Facebook is fueling increased division. But how do you fix that? How do you stop Barry sharing his opinions, without changing the entire approach of the platform?

    Facebook can’t essentially stop users sharing what interests them, which means it can only really set clear parameters around what can be shared, and what’s not allowed. And for this, Facebook has set up its new Content Oversight Board, which will provide advice on how the platform can improve its systems and processes for the greater good. 

    So while the suggestion is that Facebook has ignored reports that highlight its role in fueling division, the reality, it seems, is that Facebook is working to improve on such, and to provide more tools to increase transparency, and give users more insight into how such division is occurring, including more data on ad targeting, fake news, conspiracy theories, etc. Facebook does seem to be acting on such - but if users choose not to investigate, if they choose to believe what they want, and share what aligns with their established beliefs, what then?

    So, does that mean that Facebook overall is a good or bad thing for society? Given its capacity to fuel division, that’s clearly a concern, but you also have to weigh that against the benefits that it provides in terms of facilitating community connection, giving people more ways than ever to keep in touch and come together for greater benefit.

    How you view each will come down to personal perspective - which is largely the same impetus that dictates what people share on the platform overall.

    Who can say what people should and should not be able to share on the network, beyond what’s acceptable within the platform’s rules? And with that being a factor, how can you stop Facebook, and other social platforms, from amplifying division?  

    NOTE: Facebook has provided SMT with this statement on the WSJ report:

    "We’ve learned a lot since 2016 and are not the same company today. We’ve built a robust integrity team, strengthened our policies and practices to limit harmful content, and used research to understand our platform’s impact on society so we continue to improve. Just this past February we announced $2M in funding to support independent research proposals on polarization.”

    #Facebook #Division #Polarisation #Ethique

  • Dr. Yara Hawari د. يارا هواري
    @yarahawari
    https://twitter.com/yarahawari/status/1265714597467697152

    1/6 Ayman Safiah, a Palestinian artist, dancer & beautiful soul from the Galilean town of Kufir Yassif went missing in the sea south of Haifa earlier this week. When his friends reported his disappearance in the water the Israeli authorities asked if he was Arab or Jewish.

    2/6 After some time a helicopter was sent and his body was spotted but they did not attempt a rescue because they said the waves and wind were too strong. It left soon after and the authorities did not continue with the search.

    3/6 His friends organised volunteers to continue the search with private boats, drones & scuba dive equipment. But the Israeli police prevented the boats from going in the sea & even fined volunteers for gathering. Eventually Ayman’s body was found by his friends earlier today.

    4/6 This is the reality of the Zionist regime. Palestinian lives do not matter from the river to the sea. Even in the most intimate space of death and grief, the Zionist regime still penetrates, Ayman’s friends in the West Bank will be prevented from attending his funeral.

    5/6 However his friends have shown that they are stronger than the Zionist regime & it’s violent ethnic supremacy. They displayed their strength on Palestine’s shore, continuing the search & never giving up & they displayed it on social media coming together in their 1000s.

    6/6 No matter how they to choose to erase our identity, by calling us Israeli Arabs, refugees, Gazans etc. it is clear that being Palestinian is political, in life or death. Rest in power Ayman.

  • Confinement 2020 et Education nationale 2.0
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1303

    Madame, Monsieur, Lecteur occasionnel des textes que vous publiez sur votre site, dont je me sers parfois pour mes cours, j’aimerais vous en proposer un, qui trouvera difficilement à être diffusé ailleurs, puisqu’il s’agit d’y montrer comment la période de confinement s’est faite le laboratoire de « l’école de demain »... Je l’écris en tant qu’enseignant dans le secondaire. Cordialement, C.P. (Pour lire ce texte, ouvrir le document ci-dessous). #Nécrotechnologies

    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/confinement_2020_et_en_2.0.pdf

  • « Le temps est venu d’invoquer le droit de résistance » - Sergio Bologna, Il Manifeste, traduction ACTA
    https://acta.zone/le-temps-est-venu-dinvoquer-le-droit-de-resistance

    Entretien avec Sergio Bologna, historien du mouvement ouvrier, cinquante ans après la promulgation en Italie du « Statut des travailleurs » de mai 1970.
    (...)

    Le mai rampant italien a été une mobilisation générale de la société. Que reste-t-il aujourd’hui ?

    Oui, cet aspect de 1968 a été négligé et pourtant il me semble être le plus intéressant et le plus résistant au temps. Lorsque les étudiants ont commencé à remettre en question à la fois les méthodes d’apprentissage et les programmes universitaires, ils ont jeté les bases d’une révolution au sein des professions qu’ils allaient exercer une fois diplômés et entrés dans le monde du travail. Un nouveau type de journalisme est né : Il Manifesto de Rossanda, Pintor et Parlato en est un exemple. Et puis une nouvelle façon d’être médecin, architecte, urbaniste, ingénieur, avocat, magistrat et même enseignant, professeur d’université. Toutes les professions se sont interrogées sur la manière et les principes selon lesquels elles étaient exercées et donc sur les institutions – de l’école à l’hôpital, du tribunal à l’hôpital psychiatrique – dans lesquelles elles étaient pratiquées.

    Une grande partie de la classe moyenne s’est rangée du côté des travailleurs, mais pas de manière opportuniste, en leur tapant dans les mains, « c’est bien, c’est bien, luttez, luttez ! » mais elle s’est heurtée à la résistance de leur propre milieu, dont beaucoup ont été marginalisés ou expulsés. Cela a contribué à la naissance d’une « nouvelle science ». Vous voulez un exemple qui revient sur le devant de la scène aujourd’hui ? En 1973, à Milan, un médecin, professeur de biométrie, Giulio Maccacaro, a pris la direction de la plus ancienne revue scientifique italienne, Sapere , et a réuni autour de lui des universitaires de diverses disciplines, scientifiques et humanistes, ainsi que des techniciens et des ouvriers d’usine particulièrement actifs au niveau syndical. En très peu d’années, il a jeté les bases d’une nouvelle médecine du travail, d’une médecine fondée sur les besoins du patient (sa « Charte des droits de l’enfant » est extraordinaire) et surtout d’un système de santé fondé sur les pratiques d’hygiène publique et la médecine territoriale. En 1976, il a fondé la revue Epidemiologia e prevenzione où sont clairement énoncés tous les principes qui auraient dû guider les institutions et les autorités sanitaires pour faire face à la pandémie de Covid-19. Que voulez-vous de plus ?

    Pense-tu que cette alliance puisse être reprise aujourd’hui, entre qui et sur quelles bases ?

    Elle existe déjà en partie, pas seulement pour la classe ouvrière, mais aussi pour le travail indépendant, les travailleurs précaires, l’économie du spectacle, les migrants. Les circuits de solidarité, la production d’intelligence et d’innovation ont tous leurs racines dans ces années que certains crapules continuent de définir comme « de plomb ». Ils doivent tôt ou tard trouver un débouché politique, autrement nous serons submergés par l’infamie du populisme souverainiste (qui n’a été capable que d’agir comme un chacal pendant l’épidémie), par le grotesque néo-fascisme patriotique (des chacals de réserve quand les autres sont trop bruyants) et par cette troisième composante que je ne saurais définir, pour laquelle j’ai peut-être encore plus de mépris, qui me rappelle les petits singes de Berlin – je ne parle pas, je ne vois pas, je n’entends pas – et qui se rassemblent sous des drapeaux et des formations de centre gauche.

    Dans le premier numéro de la revue Primo Maggio , qui a vu le jour précisément à la suite des luttes ouvrières de 1973, l’enquête et la co-recherche militante se sont vu attribuer un rôle important. Aujourd’hui, vous êtes revenu à la pratique dans la nouvelle revue Officina Primo Maggio . Quel est le rôle du travail intellectuel aujourd’hui ?

    Nous n’avons rien inventé en ce qui concerne la « conricerca » (co-recherche) ou l’enquête ouvrière. Ce sont des méthodes de travail largement utilisées par le courant « opéraïste » du marxisme italien depuis les années 1960. Lorsque nous avons fondé cette revue, nous avons fait un autre raisonnement. Nous nous sommes dit : il y a un besoin de culture et de formation dans les usines, dans le syndicat, dans toutes les instances qui se sont développées à partir de 1968, et qui doit être satisfait par l’exploration de nouveaux domaines de recherche. Le premier exemple qui me vient à l’esprit est celui de la monnaie. Dans les cercles de la gauche radicale, il n’y avait pas encore la conscience, l’intuition, que l’économie capitaliste s’orientait vers une financiarisation progressive. Si l’on pense au point où nous en sommes aujourd’hui, à la masse de liquidités trente fois supérieure au PIB mondial et surtout à l’écart inconcevable – alors – entre les super-riches et la population mondiale, il faut admettre que nous n’étions pas aveugles.

    Un deuxième exemple concerne l’histoire militante. À une époque où il y a des bouleversements si forts et des changements si soudains dans la conscience des gens, il est absolument nécessaire de s’arrêter un instant et de regarder en arrière, car il s’agit de reconstruire une généalogie de ce qui se passe sous vos yeux. Il faut réarranger, réajuster, la ligne de l’histoire. Il se peut qu’on oublie des choses très importantes, qu’on pense avoir mis en place de nouvelles choses, et qu’au lieu de cela on avait fait mieux 60/70 ans auparavant. Lorsque nous avons redécouvert l’histoire des Industrial Workers of the World (IWW) aux États-Unis, où de nombreux Italiens ont joué un rôle important, cela nous a permis de mieux comprendre comment nous rapporter à la conflictualité ouvrière. Un troisième exemple, et j’en reviens ici au problème de l’enquête ou, si vous préférez, de la « co-recherche », est celui des relations d’échange, de la solidarité avec les dockers génois. Certains ont considéré notre travail avec les « camalli » [dockers génois] comme une sorte d’amour esthétisant pour les situations pittoresques. En réalité, ils nous ont ouvert les yeux sur le commerce maritime, sur les flux mondiaux, et de là, nous sommes rapidement arrivés à la logistique. Réfléchissez maintenant, qui oserait aujourd’hui se moquer de ces choses ?

    En quoi consiste l’enquête d’un travailleur ? Et une co-recherche ?

    Le point essentiel est que nous n’avons pas fait d’études sociologiques, nous avons rassemblé des éléments utiles à ceux qui pratiquaient des processus organisationnels, revendicatifs, conflictuels. Nous n’avons pas fait une revue, nous avons fait une opération politico-culturelle. La relation avec les « camalli » dure encore aujourd’hui, 45 ans plus tard ! Nous sommes toujours à leurs côtés lorsqu’ils défendent la valeur de leur travail et nous aident à raisonner, à comprendre, lorsque nous essayons de soutenir les immigrés dans les coopératives de la logistique. Avez-vous déjà pensé que les luttes logistiques actuelles, en Italie en 2020, sont peut-être les seules, avec celles des livreurs, qui ne sont pas seulement défensives ?

    Comment mener une enquête sur l’état du travail intellectuel aujourd’hui ?

    Je vais simplement te dire ce que je vois un peu parmi les travailleurs de la connaissance qui gravitent autour de l’ACTA6, l’Association des indépendants, et parmi ceux qui font partie de notre réseau international, les travailleurs du spectacle, de la mode, des événements culturels au sens large, mais aussi les professionnels qui travaillent dans la logistique, l’informatique, le transport maritime, la finance et les secteurs connexes. Toutes les associations de catégorie ont mené des enquêtes auprès de leurs membres pour savoir comment ils ont fait face à l’urgence. Beaucoup sont par terre. Dans toutes ces activités qui impliquent une relation avec le public et qui sont fermées et qui sait quand elles rouvriront, tu peux y trouver des gens qui font la queue pour une assiette de soupe gratuite. D’autres ont continué à travailler sans être dérangés, ils ont toujours fait du travail à distance. Partout dans le monde, on a compris que les travailleurs indépendants n’ont pas de sécurité sociale. Le Covid-19 a donc au moins servi à préciser qu’il existe un segment spécifique de la main-d’œuvre. Ceux qui continuent à prétendre que les indépendants ne sont que des entreprises ont finalement dû cesser de dire des bêtises. Beaucoup ont travaillé mais ne sont pas du tout certains d’être payés.

    Quels sont les résultats de ces nouvelles recherches ?

    Au cours des deux dernières années, nous avons beaucoup progressé dans la connaissance du travail indépendant et du travail en free-lance, grâce à la recherche et grâce à l’activisme des associations représentatives ou des groupes d’autodéfense. Et malheureusement, nous avons constaté une forte baisse des honoraires, qui ont chuté de pas moins de deux tiers en dix ans. L’expérience, l’ancienneté et la compétence comptent de moins en moins. L’apprentissage tout au long de la vie ne vous maintient pas à flot, c’est l’un des slogans habituels du charlatanisme de l’Union européenne. L’important n’est donc pas de savoir quel est le rôle du travail intellectuel, mais comment enrayer sa dévaluation. Ceux qui travaillent dans ces domaines en tant que professionnels/techniciens/artistes indépendants, se sont toujours considérés comme différents des précaires. L’intermittence du travail, le manque de sécurité sont considérés comme allant de soi, ils constituent un risque calculé. Aujourd’hui, une grande partie de ce monde finit par glisser dans le grand chaudron de l’économie de plateforme.

    Dans ces conditions, est-il possible de s’inspirer des conflits ouvriers des années 1970 ?

    Cela peut être utile tant que nous ne répétons pas la leçon opéraïste comme des perroquets. Pour se protéger, le travail intellectuel d’aujourd’hui doit trouver d’autres voies que celle de l’ouvrier masse. Il faut inscrire le problème dans la crise générale de la classe moyenne, la référence au binôme chaîne de montage/rejet du travail est inutile. Les jeux ont changé, la classe ouvrière industrielle, que ce soit celle de la Rust Belt américaine ou celle de Bergame et de Brescia, est l’un des viviers du populisme trumpiste ou leghiste [de la Ligue du Nord – NdT]. Certaines personnes pensent les évangéliser en prêchant l’amour chrétien pour les migrants, mais il faut vraiment avoir la mentalité de l’Armée du salut pour être aussi imbécile. Il s’agit là de rouvrir le conflit industriel, le thème de la santé proposé à nouveau par le coronavirus peut être le pivot sur lequel s’appuyer. Au contraire, sur le plan du travail intellectuel, aujourd’hui soumis à une dévaluation brutale, la libération ne peut avoir lieu qu’en combinant les dispositifs du mutualisme des origines avec les techniques numériques de communication les plus sophistiquées.

    Beaucoup affirment que le temps est venu de rédiger un Statut des travailleurs. Qu’en pensez-vous ?

    Pour l’amour du ciel ! Il nous manquait plus que ça ! Les lois reflètent
    toujours ce que l’on appelle la « constitution matérielle » d’un pays, c’est-à-dire les rapports de force entre les classes. Toute loi écrite aujourd’hui, avec « ce » Parlement, avec « ce » climat dans la société civile, porterait le signe du déséquilibre qui existe aujourd’hui entre le capital et le travail. La Constitution italienne existe déjà, et elle serait suffisante pour protéger le travail. Si elle était appliquée. Non, de nouvelles lois ne sont pas nécessaires, une mobilisation capillaire est nécessaire pour changer la constitution matérielle du pays, pour changer les rapports de force. Une fois que nous aurons réussi à renverser la situation, nous pourrons la consolider par de nouvelles lois. Il est temps d’invoquer le Widerstandsrecht , le droit de résistance. Cela signifie aussi, pour être clairs, de critiquer une certaine non-violence « à tout prix ».

    #Sergio_Bologna #travail #operaïsme #santé #travailleurs_indépendants #logistique #co-recherche #enquête_militante

  • Les courbes du 27 mai (j’ai sauté hier) :

    La dernière courbe incluant les Ephad en France :

    mais cette courbe n’est plus tenable : ça fait 10 jours que les chiffres Ehpad sont totalement délirants (encore 9 résurrections aujourd’hui).

    Du coup, histoire d’espérer voir une tendance, je reviens à la courbe des hôpitaux (c’est-à-dire la même que la courbe tout en haut). Mais du coup je raccourcis pour ne conserver que 21 jours (trois semaines).

    Et avec ça, ça sort une pente descendante qui ne descend quasiment plus depuis 3 semaines (-3,5 morts de moins chaque jour).

  • Shiv’s #vr #exhibition @ Piksel Fest
    https://p.xuv.be/shivs-vr-exhibition-piksel-fest

    I’m pleased to share that some assemblages from #Shiv_Integer have been included in the Copy / Paste exhibition at the Piksel Festival in Norway. The exhibition, curated by Antonio Roberts (@hellocatfood), is visible online in the Piksel Cyber Salon from 22nd May – 21st June 2020. The exhibition space, put together by Antonio and … Continue reading Shiv’s VR Exhibition @ Piksel Fest

    #/me #en #peertube #video

  • Raymond Gurême - Ép. 1/2 - Résistances tsiganes
    https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/resistances-tsiganes-12-raymond-gureme
    https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2018/07/caedb1b8-bf3c-4536-9d55-5d4fea2a49f4/838_raymond_gureme_2.webp
    Raymond Gurême et son combat• Crédits : Raymond Gurême

    Raymond Gurême était manouche. Né en 1925, il fut interné au camp de Linas-Montlhéry durant la Seconde Guerre mondiale. Acrobate, il s’en évada, fut repris, s’en évada encore. Enfermé dans un établissement de redressement pour mineurs, il en détourna, au profit du maquis, un camion de ravitaillement, ce qui lui valu d’être déporté dans un camp de travail en Allemagne. Il s’en évada aussi, retourna en France pour rejoindre les rangs de la Résistance.
    Il a dix-neuf ans lors de la Libération de Paris. Il a été décoré de la Légion d’Honneur et a passé sa vie à combattre le racisme. En 2014, il a de nouveau été passé à tabac par la police française : pour les voyageurs, les choses n’ont pas beaucoup changées en un siècle.
    Raymond Gurême est mort hier. Pas un mot dans la presse française, seulement un article dans la presse tchèque. Et ce grand monsieur n’a même pas une page Wikipedia à son nom. Non, vraiment, rien n’a changé en un siècle, pour les voyageurs ...

    Via le FB de Didier Bardoux

  • Une « erreur » aboutit à la suppression de commentaires critiquant le Parti communiste chinois sur YouTube
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/05/27/une-erreur-aboutit-a-la-suppression-de-commentaires-critiquant-le-parti-comm

    La plate-forme de vidéo a annoncé enquêter sur les origines du problème. YouTube a reconnu mardi 26 mai qu’une « erreur commise par un système automatique de modération » avait abouti à la censure de commentaires critiquant le Parti communiste chinois (PCC). Dans la journée, l’entrepreneur américain Palmer Luckey, fondateur d’Oculus (groupe Facebook) s’était plaint d’avoir constaté la disparition rapide de commentaires qu’il avait publiés, et qui critiquaient un service de propagande du PCC. Ce message (...)

    #Google #Oculus #YouTube #algorithme #racisme #censure #modération #discrimination #LGBT #AlgorithmWatch (...)

    ##bug

  • Financement de la #santé : la Cades en route vers l’éternité
    https://theconversation.com/financement-de-la-sante-la-cades-en-route-vers-leternite-139390

    La Cades, instaurée en janvier 1996 pour financer les déficits accumulés à la suite d’une brutale récession par la Sécurité sociale entre 1993 et 1996 (l’équivalent de 44 milliards d’euros actuels), est une structure de cantonnement de #dette, distincte de l’État et des organismes de Sécurité sociale. Cette caisse se présente sous forme d’un établissement public à caractère administratif dont la durée de vie était initialement prévue pour 13 ans et un mois, soit jusqu’en 2009.

    Pour financer la Caisse, une nouvelle contribution, dite de remboursement de la dette sociale (CRDS), fut également créée « à titre #provisoire ». Ce prélèvement de nature fiscale mais à objet social – selon l’inénarrable jargon des fiscalistes – est considéré par le Conseil constitutionnel comme un impôt et par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) comme une cotisation sociale.

  • LECTURES DANS LA RUE A RENNES CE 28 MAI ~ Communiqué des éditions Pontcerq | Lignes de force
    https://lignesdeforce.wordpress.com/2020/05/27/lectures-dans-la-rue-a-rennes-ce-28-mai-communique-des-edit


    http://www.pontcerq.fr

    – En raison des consignes de distanciation et de sécurité, nous vous prions, pendant tout le temps que durera la colportation des textes, de respecter l’éloignement réglementaire entre vous et les autres spectateurs, badauds, passants, romanichels, petits enfants, punks, élus, ainsi qu’entre vous et le récitateur-rezitator.

    – Merke : En cas de charge policière, non prévue par nous, mais qui ne peut dans les circonstances que nous connaissons à Rennes depuis deux ou trois ans être exclue a priori, nous vous demandons instamment de bien tenir les distances de sécurité : 1,50 mètres entre vous (courez de manière parallèle ou concentrique ; évitez toute trajectoire coupante) et 1,50 mètres entre vous et les agents en service ayant à effectuer l’opération de charge (ils portent certes des éléments de protection pour notre sécurité – bouclier, casque plastique, baguette de distanciation – mais la préfecture insiste sur le fait que dans la course des échanges de gouttes entre eux et vous peuvent avoir lieu, que dans la précipitation l’on contrôle moins bien qu’à l’arrêt). Par conséquent : courez de manière structurée et linéaire. Ne riez que la tête bien tendue en avant, dans la direction de la fuite.

    (Ne riez jamais dans vos coudes.)

    #éditions_pontcerq #Rennes #lecture_publique #Claude_Guillon

  • GNOME Devs Working on Major Improvements to the Apps Grid
    https://www.omgubuntu.co.uk/2020/05/gnome-3-38-applications-screen-changes

    Some interesting things are happening upstream in GNOME Shell that affect the “Applications” screen, app folders, and the associated/underlying code. As GNOME 3.38 will likely feature in Ubuntu 20.10 (barring any tradition-flattening calamities …Which, given […] This post, GNOME Devs Working on Major Improvements to the Apps Grid is from OMG! Ubuntu!. Do not reproduce elsewhere without permission.

  • Lesbos en quarantaine, la situation des réfugiés

    Dans le camp de Mória sur l’île de Lesbos, des travailleurs humanitaires apportent leur soutien à des dizaines de milliers de migrants malgré le confinement et les conditions sanitaires catastrophiques. « ARTE Regards » lève le voile sur la situation désespérée dans ce site surpeuplé, considéré comme l’un des plus dangereux d’Europe.

    Leurs histoires ne font pas la une mais elles émeuvent, surprennent et donnent à réfléchir. En prise avec un thème d’actualité, les reportages choisis par ARTE Regards vont à la rencontre de citoyens européens et proposent une plongée inédite dans leurs réalités quotidiennes.

    https://www.arte.tv/fr/videos/090637-059-A/arte-regards-lesbos-en-quarantaine-la-situation-des-refugies
    #Moria #Lesbos #asile #migrations #réfugiés #distanciation_sociale #camps_de_réfugiés #coronavirus #covid-19 #Team_Humanity #humanitaire #solidarité #Grèce #délit_de_solidarité #dissuasion
    #film #vidéo #documentaire #campement #bagarres #agressions #queue #déchets #liberté_de_mouvement #hygiène #eau #accès_à_l'eau #eaux_usées #sécurité #insécurité #toilettes #résistance #relocalisation #
    ping @luciebacon

  • Sondage Formations Atelier Paysan 2020-2021
    https://www.latelierpaysan.org/Sondage-Formations-Atelier-Paysan-2020-2021

    Faites-nous connaître les besoins et envies de formation aux technologies paysannes sur votre territoire pour la saison prochaine ! La crise actuelle pointe chaque jour un peu plus les limites du système agricole et alimentaire et il nous faut plus que jamais penser et préparer l’après. L’autonomie technologique des paysans et paysannes sera cruciale pour que cet après soit marqué par une vague massive d’installations et une conversion radicale vers l’agroécologie paysanne. Afin de proposer des (...) Actualités

    https://latelierpaysan.org/Investissez-dans-votre-autonomie-offrez-vous-une-residence-a-la-ferm
    https://framaforms.org/sondage-formation-atelier-paysan-2020-2021-1587048162

  • #Coronavirus research updates: Exposed children escape infection more often than adults
    https://www.nature.com/articles/d41586-020-00502-w

    26 May — Exposed children escape infection more often than adults

    Children and adolescents under the age of 20 are much less likely than adults to become infected by the new coronavirus, finds a large systematic review of journal articles, preprints and reports.

    Russell Viner at University College London and his colleagues screened more than 6,000 studies, of which 18 provided data that met the authors’ criteria for inclusion. The 18 included 7 that had been peer reviewed (R. M. Viner et al. Preprint at medRxiv http://doi.org/dwp6; 2020).

    Studies that traced the contacts of infected individuals show that children are 56% less likely to get infected than adults when in contact with an infected person. The analysis suggests that children have played a smaller part than adults in spreading the virus in the population, but the evidence for this finding is weak.

    There has not been enough research to determine whether infected children are less likely than adults to pass on the infection, the authors conclude.

    The study has not yet been peer reviewed.

    #enfants #contamination #susceptibilité