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  • CIP-IDF > Misère de la sociologie I : Pierre-Michel Menger, le « travail créateur » et « l’intermittence comme exception »
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=7246

    Dans sa leçon inaugurale au Collège de France, Pierre-Michel Menger accomplit la prouesse de traiter des concepts de travail et de « travail créateur » sans jamais nommer le capital.

    Il y a toujours eu du « travail », mais dans les sociétés précapitalistes le concept de travail n’existe pas, car ces sociétés découpaient le monde et ses activités de façon absolument différente. Ce n’est qu’avec l’avènement du « capital » que le travail a été conceptualisé, disséqué, analysé sous toutes ses coutures. Faire du travail une entité autonome, autoréférentielle, de production d’œuvres et de réalisation de soi [1], indépendamment de sa relation avec le capital, c’est opérer une dépolitisation radicale. Cela revient à passer sous silence la spécificité de la relation capitaliste : pour accéder à l’argent et donc à un revenu les « artistes » eux-mêmes doivent « se vendre » sur le marché, à un patron, aux industries culturelles, à l’industrie du tourisme ou à la finance.
    À qui ne prenait en compte que le contenu du travail et, comme la social-démocratie, en faisait « la source de toute richesse et de toute culture », Walter Benjamin objectait que l’homme qui ne possède que sa force de travail ne peut être que « l’esclave d’autres hommes [...] qui se sont faits propriétaires ».

    Aucun travail, même créateur, ne pourra contourner cette relation de pouvoir qui affecte inévitablement ses contenus et ses modalités d’exercice.
    P-M. Menger célèbre la liberté, l’autonomie, la singularité du travail créateur au moment où, précisément, elles sont attaquées, réduites, reconfigurées, normalisées, notamment dans les professions intellectuelles. Dans l’université, dans la culture, dans la recherche, terrains privilégiés par Menger pour l’analyse du travail créateur, les professions sont en train de perdre la maîtrise de leur savoir-faire, le contrôle des modalités de production et d’évaluation (cette « expropriation » est, depuis toujours, le signe qu’un processus de prolétarisation en cours [2]). Félix Guattari interprète ainsi l’utilisation inflationniste du concept de création (les industries créatives, le travail créateur, la classe créative, le travail cognitif, les créatifs de la pub, de la mode, etc. ) : « L’appel incessant à la créativité est un mot d’ordre obsessif, car la créativité s’éteint partout […] de là l’appel désespéré à la créativité […]. Vous évoquez les cellules de créativité dans l’industrie : c’est que précisément le laminage de la subjectivité est telle, dans la recherche, parmi les cadres, etc. que cela devient une sorte d’urgence vitale pour les entreprises de pointe de résingulariser un minimum la subjectivité » [3].

    La subordination de l’artiste au marché et à l’argent d’une part, et l’obligation de travailler (se vendre) pour pouvoir vivre, sont déjà au coeur des questions de l’ « art » et de la « vie » au tout début du XXe siècle, comme le rappelle Marcel Duchamp [4].
    Il est cruel de confronter le travail du sociologue au point de vue de l’artiste dont l’innovation principale a précisément été de détruire, un par un, tous les poncifs réactionnaires sur l’art, l’artiste et le travail artistique que Menger convoque dans ses textes (la création, le génie, le talent, l’autonomie, l’originalité, la rareté, la liberté, etc.).

    Pourquoi alors s’intéresser à une « œuvre » qui véhicule tous les clichés les plus éculés sur « l’artiste et son œuvre » ? Pourquoi perdre du temps avec une théorie dont le modèle de réussite artistique est Beethoven, et qui prend pour point de départ la définition kantienne du « génie créateur apte à produire sans règle déterminée sinon celle de l’originalité » ?
    À cause du rôle politique qu’il joue à chaque nouvelle négociation de l’Assurance chômage, et contre chaque mobilisation des intermittents [5].
    Car quand il est contraint de se confronter avec la massification des travailleurs « artistiques », avec leur subordination à la logique du profit, aux industries culturelles, à l’industrie du tourisme, aux politiques culturelles de l’État et à la gouvernance des chômeurs, il devient réactionnaire, mais d’une autre façon. Il devient réactionnaire de ne rien comprendre, littéralement, ni à l’évolution du travail artistique, ni à celle du travail en général. Il passe alors son temps à énoncer sereinement de ces impostures intellectuelles dont raffolent les médias.

    #w #précarité #expert #néolibéral


  • CIP-IDF > Nous avons lu le néolibéralisme ou Foucault chez les patrons - Université ouverte
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=3271

    Pour que ce travail soit un travail de coproduction il ne s’agirait pas tant de mettre au centre de cette rencontre la question de ce qu’est le libéralisme mais plutôt de ce qu’est un #conflit dans le libéralisme, c’est à dire le conflit des #intermittents, comment il a été mené et pourquoi.

    Pour moi, le conflit des intermittents est exemplaire et il faudrait articuler autour des dynamiques du conflit les interrogations qu’on se pose pour élucider certains aspects. Je suis convaincu que le conflit est production de savoir, production de problèmes et de dispositifs pour essayer de résoudre les problèmes. Pour nous aider à penser on peut convoquer #Foucault mais pas seulement, je tiens à ce que ce ne soit pas un séminaire sur Foucault. Cependant Foucault est intéressant mais pourquoi ? Pourquoi peut-on partir de Foucault ? D’abord pour une raison très simple, pour ce livre notamment « Naissance de la #biopolitique » qui est un cours qu’il a donné au collège de France. Ce livre est au cœur du conflit des intermittents très simplement parce que le conflit des intermittents est le dernier volet du premier chantier de la refondation sociale. La refondation sociale est le programme politique du #Medef, qui a entre autres été rédigé par un élève de Foucault, François #Ewald, et c’est ce dernier qui a récemment édité le livre de Foucault. Par ailleurs beaucoup de concepts de la refondation sociale sortent de ce livre, notamment le concept de « #social » et il est effectivement étonnant qu’un programme patronal s’appelle « refondation sociale » [7]. Alors pourquoi ? En trois mots très simplement.

    Foucault l’explique très bien. Le gouvernement néolibéral c’est un gouvernement de la société. Il l’explique ainsi : dès que l’économie politique est née, et s’est développée, elle est rentrée en antagonisme avec la politique. Ce sont deux façons dit Foucault, de constituer des rapports sociaux complètement différentes. La politique fonctionne sur la base des droits, des droits naturels qu’on transfère à quelqu’un d’autre, tandis que l’économie fonctionne sur des intérêts. Les deux modes de socialisation sont incompatibles, il faut donc un troisième élément qui permette d’articuler ces deux niveaux. Ce troisième niveau c’est le social, la société civile.

    Ainsi Foucault dit que le gouvernement néolibéral est un gouvernement qui doit partir de la maîtrise du social qui lui permet d’articuler économie et politique . Il aurait donc différents dispositifs hétérogènes et la possibilité d’articuler ces dispositifs passe par le social. C’est pour ça, je pense, qu’effectivement, la refondation du Medef s’appelle la refondation sociale, c’est une façon de pouvoir réarticuler ce qui normalement est hétérogène. Le problème du rapport entre économie et politique est au centre de tous les problèmes politiques depuis la naissance du capitalisme. Prenez Hobbes, Marx, Adam Smith, Anna Harendt, Carl Schmidt …tout se noue autour de cette question et cette façon de penser le rapport entre économie et politique médiatisé par le social est très originale.

    On comprend ainsi la centralité d’agir sur les dépenses sociales par exemple, pourquoi on doit passer par là. Voilà la première chose et tout ça Foucault l’explique très bien. On pourra revenir dessus, c’est fondamental. Si vous lisez ce texte, on comprend que les idées développées à propos du néolibéralisme comme gouvernement de la société sont passées dans le projet de refondation sociale du Medef à travers je pense, François Ewald ex-élève de Foucault. Indirectement ce livre est donc au cœur du mouvement des intermittents.

    L’autre question qui a à voir avec le conflit c’est que Foucault nous fait comprendre que nous avons encore une vision très XIXe siècle du capitalisme, c’est-à-dire une vision du capitalisme comme capitalisme disciplinaire. Foucault dit que nous sommes dans une autre dimension où il y a un changement des formes de contrôle d’organisation de la société et un changement des formes d’#assujettissement, de #subjectivation de la société. Ces questions-là se trouvent aussi au cœur du conflit des intermittents. Nous y reviendrons lorsqu’on parlera de façon plus approfondie de la différence entre discipline et sécurité.
    Ce sujet est d’ailleurs au cœur d’un autre livre de Foucault très important qui explique que nous sommes passés d’un capitalisme centré fondamentalement sur la discipline à un capitalisme où le contrôle passe par ce qu’il appelle une action sur une action, un capitalisme qui utilise la liberté comme forme d’organisation des rapports de pouvoir . C’est un autre aspect très important, d’ailleurs le libéralisme se définit comme gestion de la liberté. Le libéralisme c’est la production et la consommation de la liberté. Il faut donc voir ce qu’est cette liberté, c’est un autre problème important. Ce qui nous concerne en revanche directement c’est que la forme de l’assujettissement qui met en place cette nouvelle forme de capitalisme que Foucault appelle dispositifs de sécurité n’est plus tellement la subordination et l’obéissance qui étaient des caractéristiques du capitalisme disciplinaire lequel avait son expression la plus aboutie dans la subordination salariale, mais que cette forme d’assujettissement passe par ce que Foucault appelle le #capital_humain dont nous parlait Antonella ou le devenir entrepreneur de soi-même.

    L’objectif du néolibéralisme est de transformer le travailleur en individu subordonné qui obéit qui est à l’intérieur d’une organisation du travail où tout est déjà déterminé et décidé, il doit par contre transformer ce travailleur en entrepreneur de soi-même [8]. Entrepreneur de soi-même évidemment cela veut dire que l’individu est responsable et qu’il doit garantir par lui-même tous les investissements qui sont nécessaires à la production de sa force de travail. Mon hypothèse sur la puissance et la continuité du conflit des intermittents est que ce conflit s’est installé dans un endroit qui est à mon avis stratégique.

    Le capitalisme contemporain du point de vue de ces dispositifs de subjectivation ou d’assujettissement est une coopération entre deux formes d’assujettissement, l’ assujettissement salarial et l’assujettissement entrepreneurial . À travers la lutte on l’a vu très clairement, on est assigné à être des salariés ou bien on est assigné à être entrepreneurs, il y a deux logiques différentes qui sont portées l’une par les syndicats l’autre par le Medef. L’assujettissement salarial est fondé sur la subordination, sur l’obéissance et l’assujettissement entrepreneurial sur l’autonomie et la capacité à être entrepreneur de soi-même. Je pense que la force du mouvement des intermittents est donc qu’il essaye de s’échapper entre ces deux formes d’assujettissement.


  • Un peintre dans « L’Egypte en mouvement », par Alain gresh (blog)
    http://blog.mondediplo.net/2014-05-12-Un-peintre-dans-L-Egypte-en-mouvement
    http://blog.mondediplo.net/local/cache-vignettes/L137xH170/mdv-aebc5.jpg

    Une nouvelle livraison de « Manière de voir », le bimestriel du « Monde diplomatique », intitulée « L’Egypte en mouvement », sort dans les kiosques le jeudi 15 mai. Ce numéro sera présenté lors d’un débat le 15 mai à 18 heures à l’Iremmo, par Chaymaa Hassabo, chercheuse rattachée à la chaire d’histoire du monde arabe contemporain du Collège de France, et moi-même. Lors de cette soirée, sera aussi mise en lumière l’œuvre exceptionnelle du peintre Hamed Abdallah dont plusieurs lithographies seront exposées ; plusieurs de ses tableaux ont servi à l’illustration de ce « Manière de voir ». Sont reproduits ci-dessous « Conscience du sol », daté de 1970, ainsi que le texte que je consacre à l’artiste, sous le titre « Un peintre de l’espoir toujours vivant ».

    http://blog.mondediplo.net/local/cache-vignettes/L480xH214/gresh-15594.jpg


  • Archives numériques - Michel Foucault
    Depuis la mort de Michel Foucault en 1984, sa pensée fait l’objet d’incessantes recherches et débats. L’entreprise de publications des textes épars et des cours au Collège de France est menée, une imposante littérature secondaire est produite en France et à l’étranger, des colloques, enseignements et séminaires se tiennent sur sa pensée.
    Ce portail propose un ensemble d’outils pour faciliter et accompagner la découverte et la lecture de ses travaux. Il ne vise pas à imposer une lecture mais il s’efforce de proposer des ressources utiles à la communauté des lecteurs et usagers. A chacun de le faire vivre.
    http://michel-foucault-archives.org/?-Archives-numeriques-

    #MichelFoucault


  • Une conférence d’André Pichot, historien et critique de la biologie :

    Biologie et solidarité , communication au colloque « Entretiens sur les avatars de la solidarité », Collège de France, Paris, 5-6 juin 2013 (organisateur A. Supiot).

    A voir sur : http://www.college-de-france.fr/site/alain-supiot/seminar-2013-06-05-10h30.htm

    Toujours en pleine forme, le Pichot !

    #biologie, #André_Pichot, #solidarité


  • ▶ L’atonalisme. Et après ? - YouTube

    https://www.youtube.com/watch?v=Yot1zZAUOZ4#t=651

    Toujours identifié par Julien Joubert, moi je ne fais que reproduire ce qu’il a découvert, mais c’est génial de chez génial. Tonal versus atonal. Ici quelle réponse(s) aux « questions musicales » ? il y a celles qui sont attendues, d’autres inattendues. Certaines possibles, d’autres hors du champs des possibles... (selon notre « éducation musicale »). C’est génial je vous dis.

    Mais le problème : il faut travailler, pas le temps de tout voir (maintenant). Et ce « champs des possibles », ces « fausses notes qui ne sont pas fausses », ça donne beaucoup d’idées métaphoriques pour la cartographie.

    Conférence de Jérôme Ducros au Collège de France

    #musique #musique_tonale #musique_atonale

    • @reka Oui, génial, mais malheureusement, depuis,
      http://www.philippemanoury.com/?p=5182 (un peu technique)

      Comment comprendre qu’un tel discours ne se contente que d’une avalanche de récriminations sans que rien ne soit dit des promesses supposées d’un retour aux valeurs tonales ? Mises à part les quelques phrases flatteuses, ô combien complaisantes, sur les beautés de la musique de son hôte Karol Beffa, Jérôme Ducros ne nous donne pas le moindre exemple de ce à quoi il aspire, hormis ce grand retour salvateur. Rien n’est dit sur la nécessité intérieure qu’il y aurait à composer à nouveau des œuvres franchement tonales et tout empreintes des caractéristiques de la musique romantique. Rien n’est dit sur l’urgence de créer des mondes sonores qui auraient leur propre authenticité grâce à l’invention de quelque forme d’expression nouvelle.

      D’où (bon résumé)
      http://www.franceculture.fr/emission-revue-de-presse-culturelle-d-antoine-guillot-des-artistes-qui

      Puis (avec au moins le mérite du débat - quoique houleux) http://www.franceculture.fr/emission-repliques-13-14-ou-va-la-musique-contemporaine-2013-11-09

      Moralité, bien cher payé en controverses, le moment de grâce et d’intelligence.

    • @alexandre j’ai donc pris le temps d’écouter l’essentiel du débat et le billet de 4 minutes. J’ai aussi lu le billet de Manoury et écouté ses « contre-exemples » et je suis assez dubitatif.

      Cette querelle faite à Ducros me fait penser - un peu - au combat terrible et parfois déprimant auquel se livrent les trolls sur les forums des sites internet, des blogs, etc...

      J’ai regardé encore quelques extraits de la conférence de Ducros, et je les compare avec les critiques de Manoury, j’ai écouté encore les arguments de Manoury dans l’émission de Finkielkraut (je suis pas vraiment fan) et je ne vois pas tellement l’intérêt de cette mauvaise querelle.

      Je ne suis pas un expert en musique contemporaine, mais je suis musicien, pianiste amateur, j’ai beaucoup joué en piano solo, en formation de chambre, en groupe, j’ai chanté en formation chorale pendant 20 ans, et j’ai vraiment beaucoup ri, apprécié sa culture musicale, reconnu beaucoup de problèmes harmoniques auxquels nous avions du mal à trouver des solutions, des « résolutions » à travers le « champs des possibles » selon ce qu’on avait envie d’entendre, ce qui nous faisait plaisir. Je me suis bien retrouvé dans cette conférence, j’ai retrouvé beaucoup de références musicales, harmoniques qui ont jalonné ma vie.

      La musique c’est comme le vin, la peinture, on aime ou on aime pas, on est plus sensible à tel ou tel style. Il faudrait garder une totale spontanéité et oser dire qu’on aime, qu’on a été touché par telle oeuvre, que ce tableau ou cette descente harmonique vous donne des frissons dans le dos sans craindre de passer pour un tocard qui n’a rien compris : et ici, j’ai bien l’impression que les détracteurs de Ducros ont « intellectualisé » quelque chose qui relève du sensible, de l’art. Manoury a des arguments intéressants, mais il est « limite » dans le sens ou il reproche à Ducros des approches et des concepts dont il ne parle pas dans sa conférence ! on a l’impression qu’ils ne s’écoutent pas. Je trouve même ces critiques assez snobinardes, comme s’ils avaient envie de montrer" qu’ils savent mieux que les autres". On voit ça assez souvent dans les milieux intellectuels et dans certaines salles de rédaction où les réunions ressemblent parfois plus à des joutes oratoires qu’à la création d’un journal.

      Manoury n’est pas plus ou moins convaincant que Ducros ou son hôte, toute cette agitation autour de cette conférence me donne l’impression d’un grand gâchis. Des arguments pour détruire plutôt que pour construire un débat, avancer dans la recherche, c’est pas trop mon truc. Je reste vraiment séduit pas ma découverte d’aujourd’hui, j’ai trouvé dans le discours de Ducros des éléments intéressants dont je peux m’inspirer pour avancer en cartographie, en représentation du monde. Mais je dois certainement être ringard.

    • @reka, tout à fait d’accord, et c’est aussi vraiment l’impression que j’ai eue en entendant tout le débat en aval, qu’on me gâchait l’énorme plaisir que j’avais eu en écoutant cette conférence virtuose et extrêmement drôle (d’où mon « malheureusement »).

      Par contre, j’y vois quand même, à un autre niveau, plusieurs choses intéressantes :
      – D’abord, sur le fond, je trouve intéressante la réflexion sur un sens de l’histoire pour les formes musicales (et artistiques en général), la notion de progression/régression et de retours cycliques, l’idée d’un cul de sac dont il faudrait revenir, l’idée opposée d’une évolution naturelle face à laquelle se déploieraient des réactionnaires… tout ça est pourri par le ton vindicatif (qui doit reposer sur des enjeux que je ne maîtrise pas), mais la chronologisation de l’évolution des formes (et derrière, la notion de postmodernité ou de surmodernité qui se trame) est une question que je trouve assez stimulante (mais telle qu’elle est développée, assez vaine) et qui ne se déployait pas vraiment dans la simple conférence.

      – Ensuite, sur la controverse elle-même, je trouve intéressant de voir que dans le milieu artistique et universitaire (ici les deux sont en collision), rien n’est « gratuit », et même une conférence qui apparaît comme un moment de pur plaisir joue en fait (ou du moins, résonne) avec des enjeux beaucoup plus profonds (c’est ce que l’intervention de Manoury montre) qui sont toujours présents.

      – Enfin, sur la forme, l’articulation discours/son me paraît intéressante dans ses deux modalités : une conférence in vivo, mais aussi un post de blog avec l’insertion de players qui permettent de suivre et d’exemplifier assez agréablement le fond du propos.

      Mais enfin, oui, sur l’impression générale, on est totalement d’accord.

    • On est sur la même longueur d’onde :) ha ha ! Je suis aussi d’accord avec tes remarques, il y a assez de nourriture pour stimuler un débat, des progrès, de l’évolution, mais avec un handicap imposé par cette querelle qui doit certainement faire référence à la vie intérieure de ce milieu, comme il y a des querelles d’écoles et de tendances dans tous les autres milieux. Les sociologues, les économistes se déchirent, pourquoi pas les musiciens et les compositeurs ? (mais c’est quand même dommage).

      Outre l’intérêt de cette conf et des critiques associées sur un monde musical contemporain qu’il me reste largement à explorer, c’est aussi un exemple « limite » comportemental (et c’est une réflexion que je mène depuis quelques mois pour ma propre discipline, la géographie). Ils pouvaient très bien argumenter sans se lancer des noms d’oiseaux à la figure, se mépriser ou s’essuyer les pieds sur les autres. Ça aurait fait un débat un peu plus digne. Enfin, ça montre aussi en musique le caractère très subjectif des disciplines, des domaines, on voit bien que tout est une question d’angle. Comme pour une même série statistique dans le temps, selon qu’on montre telle période ou telle autre période, on fait « parler » la courbe dans une langue totalement différente. ET ça, les deux compositeurs l’on fort bien montré chacun à leur manière...


  • La culture équestre en Occident avec Daniel Roche
    http://www.goliards.fr/2014/01/radio-goliards-la-culture-equestre-en-occident-avec-daniel-roche

    Daniel Roche nous a reçu au Collège de France pour parler d’un de ses sujets de prédilection, l’histoire de la culture équestre et abordé nombre de points passionnants autour des rapports entre les hommes et leurs montures. Un voyage qui nous a mené de l’Histoire Naturelle de Buffon jusqu’au Trois Mousquetaires, en passant par un détour par la politique contemporaine avec l’apparition inopinée de deux présidents de la Ve République. Durée : 1h30. Source : Radio Libertaire



  • La différence, la concurrence et la disproportion - Collège de France
    http://www.college-de-france.fr/site/pierre-michel-menger/inaugural-lecture-2014-01-09-18h00.htm

    Le sociologue Pierre-Michel Menger dans sa leçon inaugurale revient sur le travail des professions artistiques et scientifiques pour comprendre en quoi le travail peut-être gratifiant. Tags : fing internetactu internetactu2net #digiwork


  • Contre le démantèlement d’un pôle de recherche - Petitions24.net
    http://www.petitions24.net/contre_le_demantelement_dun_pole_de_recherche

    Dans le cadre de la création du nouveau campus de sciences humaines et sociales à Aubervilliers (Campus Condorcet), le CNRS a décidé de délocaliser les sections arabe, grecque et de l’Orient chrétien de l’IRHT (Institut de recherche et d’histoire des textes, UPR 841), qui sont étroitement imbriquées avec les autres équipes et bibliothèques du site Cardinal Lemoine du Collège de France à Paris, pour les installer avec les autres sections de l’IRHT sur le nouveau Campus Condorcet.

    #recherche

    où quand la logique « institutionnelle » prévaut sur la logique scientifique ...


  • #Climat : un sceptique au Collège de France | Mediapart
    http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/161213/climat-un-sceptique-au-college-de-france?onglet=full #paywall mais on peut libérer

    C’est exactement la stratégie des réseaux climato-sceptiques américains, ces « marchands de doute » étudiés par les historiens Naomi Oreskes et Erik Conway dans leur livre http://www.mediapart.fr/journal/international/031110/climat-le-business-du-doute : fabriquer l’apparence de la #controverse sur un sujet très consensuel parmi les scientifiques, créer un débat qui n’existe pas parmi les experts.

    Or la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère n’a jamais été aussi énorme qu’aujourd’hui, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM) dans son dernier rapport (voir ici). En dépit de la signature du protocole de Kyoto en 1997, le réchauffement de l’atmosphère s’est aggravé depuis 1990. Pire encore, la hausse des émissions de CO2 survenue entre 2011 et 2012 est supérieure au taux moyen d’accroissement des dix dernières années.

    #gaz_de_schiste

    « Je trouve totalement ridicule, irrationnel, politiquement orienté, c’est contraire à l’idée que je me fais de l’humanité, de ne pas vouloir connaître » ce que contiennent nos sous-sols, s’emporte Marc Fontecave, au téléphone. Il fait partie, avec Vincent Courtillot, du groupe de travail de l’Académie des sciences qui vient de publier un avis favorable à la recherche de gaz de schiste sur le territoire national. On y lit que « les conséquences positives pour l’économie qui pourraient résulter, pour la France, d’un développement des gaz et des huiles de roche-mère sont trop importantes dans la situation de crise actuelle pour qu’on puisse rejeter a priori, sans un examen attentif, cette ressource potentielle ».


  • Monde globalisé, altruisme et humanisme du développement - Transversaux

    http://www.diploweb.com/La-vocation-altruiste-dans-un.html

    Voici un texte de référence à propos du développement par D. Kerouedan, Professeur invitée au Collège de France, Titulaire de la Chaire Savoirs contre pauvreté du Collège pour l’année 2012-2013.

    Il est encore temps de mettre un terme à la progression d’une approche totalisante du monde, peu soucieuse de la diversité, de la différence, de la spécificité des situations humaines, de freiner l’utilisation d’une nouvelle arme idéologique génératrice d’injustice, d’instabilités et de violences politiques.

    Il faut recentrer l’action humanitaire, sociale et de développement humain en direction des populations les plus pauvres du monde, des filles, des jeunes, des populations en situation de conflits ou vivant dans les Etats fragiles, dont la plupart sont, et seront demain, sur le continent africain.

    #santé #développement #kerouedan


  • Manet, une révolution symbolique
    http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2871

    http://www.la-bas.org/IMG/artoff2871.jpg

    Comment s’opère une révolution symbolique et comment réussit-elle à s’imposer ? À travers le cas exemplaire d’Édouard Manet, c’est à cette question que s’est confronté Pierre Bourdieu dès les années 1980 et à laquelle il a consacré les dernières années de son enseignement au Collège de France.

    Un entretien de Daniel Mermet avec Christophe Charle, historien, et Patrick Champagne, sociologue.


  • Trouvé il y a quelques temps sur le site d’Emmanuel Benazera :

    Bourdieu sur Manet (audio)

    http://juban.free.fr/blog/index.php?post/2007/10/28/Bourdieu-sur-Manet

    Seminaires au College de France, 1999.

    Il y a deux ou trois ans, j’avais reussi à mettre la main sur des enregistrements du séminaire de Pierre #Bourdieu au #Collège_de_France en 1999. Je n’arrive pas à les retrouver sur la toîle. Je les mets donc en ligne aujourd’hui, bien que je n’ai aucune idée des droits qui puissent leur etre associés... D’ailleurs je ne dispose d’aucune information sur la personne qui a réalisé ces enregistrements. Certains cours sont difficilement audibles, d’autres étant de bonne qualité. Le cours 6 est manquant.

    http://juban.free.fr/blog/bourdieu_sur_manet/Bourdieu_sur_Manet_1999_1.mp3

    http://juban.free.fr/blog/bourdieu_sur_manet/Bourdieu_sur_Manet_1999_2.mp3

    http://juban.free.fr/blog/bourdieu_sur_manet/Bourdieu_sur_Manet_1999_3.mp3

    http://juban.free.fr/blog/bourdieu_sur_manet/Bourdieu_sur_Manet_1999_4.mp3

    http://juban.free.fr/blog/bourdieu_sur_manet/Bourdieu_sur_Manet_1999_5.mp3

    http://juban.free.fr/blog/bourdieu_sur_manet/Bourdieu_sur_Manet_1999_7.mp3

    http://juban.free.fr/blog/bourdieu_sur_manet/Bourdieu_sur_Manet_1999_8.mp3

    #Manet #Art @mdiplo


  • Dans son cours au Collège de France intitulé « Il faut défendre la société », Michel Foucault énonce une thèse forte : le racisme, dit-il en substance, ce n’est pas en premier lieu une question d’idéologie dévoyée, de mauvais héritage, de relations entre communautés virant à l’aigre, c’est une technologie de pouvoir.

    Donc, d’oppression, donc, une énième manifestation de la lutte des classes.

    http://www.lesinrocks.com/2013/07/17/actualite/la-france-a-peur-11409641



  • Magnifique leçon inaugurale de Dominique Kerouedan au collège de France sur la Géopolitique de la santé mondiale

    http://books.openedition.org/cdf/2291

    http://static.openedition.org/covers/OB/cdf/2288/2288-225x270.png

    Nous voici ensemble en voyage : « Je marche avec ma sœur sur la piste en latérite, la lumière brûle et nous aveugle, il est midi. Nous sortons de l’école maternelle en croquant le jus d’une tige de canne à sucre fraîchement cueillie. C’est mon tout premier souvenir. Nous sommes à Bouaké au début des années 1960. Bouaké est alors un gros village au cœur de la Côte d’Ivoire. Le paludisme est la maladie qui tue le plus alentours, les enfants et les femmes enceintes surtout, petits êtres fragiles où la vie bourgeonne. La mouche tsé-tsé bourdonne autour de la maison, se niche dans les haies sèches, son trypanosome tue le bétail. Quatre ans plus tôt à Dakar, la rougeole nous avait privées de voir notre petit frère à sa naissance. Les États d’Afrique de l’Ouest viennent de gagner leur indépendance. Le très joli nom de Léopold Sédar Senghor berce le Sénégal. Félix Houphouët-Boigny devient le président de la Côte d’Ivoire. Il le restera jusqu’à sa mort en 1993. J’étais alors médecin conseiller au programme national de lutte contre le sida à Abidjan. Le président était sorti major de l’École de médecine de Dakar en 1925, nous étions confrères. »

    #santé #géopolitique #afrique #kerouedan



  • Geneviève #Fioraso, ministre de l’#enseignement_supérieur et de la #recherche (ESR) en bonne voie pour devenir la prochaine titulaire de la déshonorante carpette anglaise avec sa loi autorisant - systématisant- les cours en #anglais sous prétexte d’#internationalisation. On va vers une baisse des taux de réussite et une baisse encore plus importante du #français dans la recherche mais également de manière indirecte dans tous les autres secteurs (commerce par exemple). Cela montre le peu d’attachement à la #francophonie qui est pourtant dynamique démographiquement.

    Professeur au #collège_de_France, Antoine Compagnon, a aussitôt bondi : « Je l’invite à franchir les quelque deux ou trois cents mètres qui séparent son bunker ministériel des amphis du Quartier latin pour découvrir le monde réel, lui répond-il dans nos colonnes. En anglais, on parle de friendly fire pour désigner le genre d’action que vient de mener la ministre. Car Mme Fioraso nous tire dans le dos alors que nous montons au front. »

    [...]

    Les associations de défense de la langue française tempêtent avec leurs petits moyens. Régis Ravat, président de l’association Francophonie avenir, se désole de constater « l’anglicisation progressive de notre pays, encouragée par la droite comme la gauche. La ministre Fioraso dit "langue étrangère" dans sa loi mais c’est d’une totale hypocrisie. Tout le monde sait qu’elle veut dire "anglais". Maintenant, même pour un CAP de carrossier, on impose de parler anglais. Au nom, paraît-il, d’une ouverture vers le monde... Je dirais au contraire qu’on s’enferme. On se tourne vers le seul monde anglosaxon. »

    Même l’#Académie_française s’est offusquée de ce texte rédigé, dit-elle, en des termes trop vagues. « Il ne paraît ni opportun, ni même possible d’adopter pareille disposition de loi dont la valeur symbolique serait d’autant plus grande qu’elle serait plus vague et qui inaugurerait de véritables franchises linguistiques dans les universités françaises », jugent les membres de l’Académie dans une déclaration commune datée du 21 mars. L’article 2 de la loi Fioraso autorise l’enseignement en langue étrangère dans le cadre d’« un accord avec une institution étrangère » ou « d’un programme européen ». L’Académie alerte « sur les dangers d’une mesure qui se présente comme d’application technique, alors qu’en réalité elle favorise une marginalisation de notre langue ».

    Source : http://www.liberation.fr/societe/2013/04/12/l-universite-francaise-va-t-elle-parler-anglais_895729

    • Et dans le même genre avec l’absurdité du tout anglais à la #commission européenne :

      Une maîtrise imparfaite d’une langue peut donc déboucher sur une catastrophe, notamment dans le domaine financier où les marchés sont à l’affut, comme a pu le tester Dijsselbloem. Plus personne n’osant, à Bruxelles, reconnaître qu’il ne maitrise qu’imparfaitement cette langue, c’est un véritable règne de terreur linguistique qui s’est imposé. « Alors que des services entiers de la Commission ne comptent pas un seul anglophone de naissance, on parle et on écrit uniquement anglais, un anglais appauvri qui appauvrit la pensée », reconnaît un fonctionnaire européen. « Il faut voir ce qui sort de nos services », poursuit notre interlocuteur. Et ce, même si une majorité de fonctionnaires desdits services parlent mieux le français que l’anglais, par exemple : « il suffit qu’il y ait une seule personne qui ne parle pas français pour que l’on travaille tous en anglais ». Recourir à un interprète ou à un traducteur est presque devenu une marque de manque de savoir-vivre… Pourtant, les institutions communautaires devraient s’interroger : mal maitriser une langue, qui plus est comprise par une minorité de la population européenne, n’est-ce pas là un des facteurs de l’incapacité de l’Union à communiquer clairement ? N’y a-t-il pas un lien entre l’appauvrissement de la pensée européenne et la réduction à la portion congrue de son dictionnaire linguistique ?

      Au moins, à l’issue de cette chronique, vous aurez tous, moi y compris, appris un nouveau mot : « template ». Thank you, Luke !

      Source : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2013/04/template-jai-dit-template-comme-cest-template.html


  • La légende noire du monde électronique | Lois des réseaux
    http://reseaux.blog.lemonde.fr/2013/03/24/legende-noire-monde-electronique

    Vers des Lumières numériques ?

    Entretien avec Roger Chartier, professeur au Collège de France
    Première partie : La légende noire du monde électronique

    La période contemporaine ressemble à bien des égards au 18e siècle. On peut croire ou souhaiter qu’advienne un mouvement mondial comparable à ce que furent les Lumières en Europe. Des Lumières numériques sont un axe d’inspiration que l’Europe pourrait adopter pour offrir le meilleur d’elle-même au monde en devenir. Que peut en dire un historien des Lumières ?
    Cet entretien avec Roger Chartier, historien spécialiste de l’écrit aux 16e-18e siècles, mené en compagnie du prospectiviste Thierry Gaudin, présente un caractère insolite, voire exceptionnel. La prospective utilise l’histoire comme l’un de ses matériaux d’inspiration pour élaborer des scénarios du futur. L’historien, lui, s’interdit tout raisonnement déterministe sur l’avenir. Même les « leçons de l’histoire » n’ont plus cours.
    Roger Chartier, tout en nuances, ne s’est pas dérobé à l’examen d’une hypothèse d’anticipation optimiste, mais il attire aussi notre attention sur un possible scénario noir.

    Vers des Lumières numériques ? | Lois des réseaux
    http://reseaux.blog.lemonde.fr/2013/03/28/lumieres-numeriques

    Vers des Lumières numériques ?

    Entretien avec Roger Chartier, professeur au Collège de France
    Seconde partie : Démêler dans le présent la présence des passés

    Cet entretien avec l’historien Roger Chartier, spécialiste de l’écrit aux 16e-18e siècles, réalisé en compagnie de Thierry Gaudin, prospectiviste, alimente une réflexion sur le thème des Lumières numériques, menée par la Société européenne de l’Internet.
    L’expérience est insolite. Proche du dialogue impossible : les questionneurs sont tournés vers l’avenir, qu’ils souhaitent prévoir et même influencer. L’interviewé, par sa qualité d’historien, aborde avec grande modestie le registre du futur. Et pourtant, les réponses de Roger Chartier, sans concession mais sans dérobade non plus, livrent de précieux axes de réflexion.

    #histoire



  • Autour de #Fritz_Mauthner « Espace contre ciment
    http://raumgegenzement.blogsport.de/2013/03/23/autour-de-fritz-mauthner
    http://www.dailymotion.com/video/xbbtop_les-religions-du-xixe-siecle-jacque_tech

    Du scepticisme linguistique à la mystique sans Dieu et à l’histoire de l’athéisme : Fritz Mauthner [1849-1923] par Jacques Le Rider au colloque Les religions du XIXe siècle (Fondation Singer-Polignac, 26 novembre 2009).
    http://etudes-romantiques.ish-lyon.cnrs.fr/wa_files/JacquesLeRider.pdf

    Qu’est-ce qu’une langue maternelle : réflexions sur Fritz Mauthner, Franz Kafka et Elias Canetti (Conférence de Jacques Le Rider au Collège de France, 10 mai 2012)
    http://www.college-de-france.fr/site/michel-zink/symposium-2012-05-10-14h00.htm#|q=../michel-zink/symposium-2011-2012.htm|p=../michel-zink/symposium-2012-05-10-14h00.htm|

    J. Le Rider : Crise du langage et position mystique : le moment 1901-1903, autour de Fritz Mauthner (Germanica 43 | 2008 : Modes intellectuelles et capitales mitteleuropéennes autour de 1900 : échanges et transferts, pp. 13-27)
    http://germanica.revues.org/545


  • Esther Duflo : misère de l’économie du développement (La Revue des Livres)
    http://www.revuedeslivres.fr/esther-duflo-misere-de-leconomie-du-developpement

    La presse française lance un cocorico sonore et unanime : Esther Duflo, une économiste française, professeur d’économie du développement au MIT et titulaire d’une chaire au Collège de France, va conseiller Barack Obama sur les questions de développement. C’est le moment de relire un article remarquable, « Misère de l’économie du développement », publié par Cédric Durand et Charlotte Nordmann dans la première livraison de la RdL (septembre-octobre 2011). Alors que les médias français ont accueilli avec une complaisance étonnante Repenser la pauvreté d’Esther Duflo et Abhijit V. Banerjee (Paris, Seuil, 2012), Cédric Durand et Charlotte Nordmann dévoilent les impensés et les confusions d’une pensée indigente. A lire ou à relire donc pour se prémunir des enthousiasmes médiatiques et entreprendre de poser une peu sérieusement la question de la pauvreté et du développement dans le monde. Source : La Revue des Livres

    • La force du discours de Banerjee et Duflo tient à sa capacité à s’imposer dans l’espace public de manière consensuelle, en jouant sur plusieurs cordes à la fois : celle de la scientificité, mais aussi celle du « bon sens (...) court-circuiter toute perspective systémique et de masquer en pratique les conflits d’intérêts et la domination, sans lesquels « la #pauvreté » – une réalité qui est loin d’être donnée de toute éternité – est inexplicable.

      voir aussi http://seenthis.net/messages/59467


  • Hommage au Maître par Momo Brücke
    http://cqfd-journal.org/Hommage-au-Maitre

    Alexandre Grothendieck est un des plus grands mathématiciens du XXe siècle, dit-on. Moissonneur de nombreux prix académiques – il revendra aux enchères sa médaille Fields (1966) pour soutenir le Vietnam dans sa lutte contre l’impérialisme. Ou encore il refusera le prix Crafoord en 1988 : il soutient qu’accepter ce jeu des prix et des récompenses serait cautionner « un esprit et une évolution, du milieu scientifique, qu’[il] reconnaît comme profondément malsains. » Quand il est invité au Collège de France, Grothendieck y propose un cours intitulé : « Allons-nous continuer la recherche scientifique ? » De 1973 à sa retraite en 1988, il enseigne à l’université de Montpellier, avant de se replier dans les Pyrénées. À Montpellier, il a laissé des cartons de notes, écrites ces vingt dernières années. Vingt mille pages, qui en font saliver plus d’un. Car il y aurait des trésors à déchiffrer dans ces pattes de mouche. Mais Grothendieck, que son exil montagnard n’a pas réconcilié avec le monde de la recherche, ne lâche pas le morceau : il fait paraître en 2010 « une déclaration de non-publication ». Il y interdit tout usage de ses textes sous quelque forme que ce soit. Le responsable du patrimoine de l’université de Montpellier cherche à passer outre. Il veut prouver la valeur scientifique de ces écrits, afin de les classer comme « trésor national », et ainsi s’asseoir sur les intentions de l’auteur. Si aujourd’hui, remettre en cause la recherche scientifique est un blasphème, la critique, lorsqu’elle est émise par un éminent chercheur, ne peut que relever de la folie. Pour bon nombre de scientistes, Grothendieck est atteint d’une « paranoïa autodestructrice ». Faut-il vraiment être parano, aujourd’hui, pour vouloir foutre le feu à un tas de vieux papiers, qui pourraient conduire à de funestes applications scientifiques ? Tant pis pour les puristes, Grothendieck ne vendra pas son âme au diable.


  • Accueil | Archives Getaway
    http://getaway.eu.org/accueil

    Nous collectons des tracts, brochures, affiches, livres, objets, sons, images, films liés aux luttes sociales et groupes révolutionnaires. Notre intérêt se porte sur la période allant des années 60 à aujourd’hui, sur ce qui s’est produit au plus près des luttes, qui émane principalement de collectifs éphémères et de mouvements tendant à dépasser le cadre des partis et syndicats, et qui donc, bien plus que les livres édités, est amené à disparaître si on n’en organise pas la conservation.

    Ce pourrait être : le plan de tournage d’un ciné tract, un tract d’un collectif de mal logés de votre quartier, un carton de brochures de votre oncle qui a été maoïste dans les années 70, le compte rendu de réunion d’un comité de quartier post 68, un album photo d’un squat des années 80, la bibliothèque d’un syndicaliste révolutionnaire, l’ordinateur d’un anti-technologie en lutte, si vous en trouvez un, la banderole d’une occupation d’Anpe dans les années 90 par des jeunes précaires, le film super 8 d’une manifestation quelconque, un des djembés du collectif de sans papiers de la Maison des Ensembles, l’affiche d’appel à mobilisation pour Klaus Croissant, un enregistrement sur bande magnétique d’une assemblée générale d’occupation à Billancourt, la transcription d’une discussion entre Guattari, Foucault, Fritz Lang, Tronti, Walter Benjamin et la femme de ménage en lutte du collège de France, un exemplaire du guide juridique « s’évader sans peine », la maquette d’un cortège de l’autonomie organisée, le 33 tours d’un chant de lutte en français pas trop insupportable à écouter, des croquis d’un foyer Sonacotra en grève, la vraie recette de la composition de classe, le plan de tissage de votre grand-mère bigouden traditionnellement en lutte contre le folklore, le plateau repas d’un gréviste de la faim des QHS, un des chapeaux des bombeuses à chapeau, le cahier de slogans d’un comité de lycéens, le clic-clac d’un psychiatre de l’anti-psychiatrie, la mob d’un jeune prolétaire rebelle métropolitain, la gamelle d’un sidérurgiste en grève, un slogan intéressant avec son fragment de mur ou à défaut une photo, une carte postale opéraïste... On irait jusqu’à prendre une tasse dessinée par Rodchenko. Par contre nous ne prendrons ni le bol à cheveux de Bernard Thibault, ni la cravate de Georges Marchais, ni l’exemplaire rare du discours dactylographié d’André Malraux accueillant les cendres de Jean Moulin au Panthéon – sauf pour financer les archives.

    Remuer le passé, lui demander des réponses et des explications n’est pas une opération anodine, recueillir des documents, s’en faire les dépositaires c’est aussi contracter une dette, c’est s’engager à essayer d’être à la hauteur des événements, victoires et défaites, joies, espoirs et désillusions qu’ils peuvent contenir. Ce n’est pas une responsabilité que l’on peut endosser seul. C’est aussi pour éviter les écueils d’un regard inapproprié sur cette histoire que la forme collective nous semble le mieux répondre à ce rôle, c’est comme une sorte de garantie contre les analyses vaines, pour trouver de la bienveillance, de l’intelligence et de la perspicacité.
    Mais le passé est muet. Face à lui, pour éviter le soliloque, nouer le dialogue au présent, dégeler ces paroles qui nous parviennent comme prises dans la glace, il faut être plusieurs. D’autres part, pour lui redonner vie, nous avons besoin de formes collectives capables de recevoir ses traces, aussi parce que pour la plupart elles sont le reste d’une élaboration collective. En somme nous souhaitons inventer des formes de travail. Ça pourrait être : appeler largement à venir lire et réfléchir ensemble sur une partie des archives qui serait à cette occasion déplacée dans un lieu public, élaborer une réédition avec des vrais morceaux de présent dedans, à partir de matériaux issus du fond préparer une discussion, la transcrire puis la diffuser, enquêter en partant de documents pour mieux comprendre une situation de lutte, bref, créer l’occasion d’articuler du travail collectif et du travail public, à ciel ouvert.