Un article de Jean Aziz dans al-Monitor, traduit par al-Djazaïri, analyse l’affrontement saoudo-iranien au Liban en lien avec la guerre en Syrie. Les rumeurs de rapprochement d’il y a quelques semaines y sont décrites comme des manœuvres visant à endormir la méfiance des iraniens et du hezbollah alors que l’Arabie saoudite espérait une percée majeure sur le front syrien - une victoire dans une 3ème édition de la Bataille de Damas semble-t-il mise en échec par les récentes avancées de l’armée syrienne face aux rebelles :
http://mounadil.wordpress.com/2013/04/30/jean-aziz-et-le-face-a-face-iran-arabie-saoudite-au-liban-et-en-
Cette impression optimiste a vite disparu et il est devenu évident que la stratégie de la tension entre les axes saoudien et iranien reste d’actualité jusqu’à nouvel ordre.
Il semble que les deux parties pratiquent un jeu de dupe pour améliorer leurs positions et leurs capacités en préparation d’une attaque surprise contre l’autre camp.
Sous couvert d’ouverture en direction du Hezbollah à Beyrouth, l’axe saoudien a l’œil rivé sur une bataille régionale pour renforcer le siège du régime syrien et renverser le président Bachar al-Assad. Au moment où les Saoudiens se préparaient à attaquer la capitale syrienne, ils avaient jugé prudent de ne pas ouvrir plus d’un front à la fois. Ils ont donc fait une trêve avec le Hezbollah et montré de la bonne volonté à l’égard de ce dernier, tandis que le nœud coulant arabo-turco-occidental se resserrait autour du cou d’Assad.
Un autre article, cette fois de Scarlett Haddad dans l’Orient-le-Jour, évoque également les tensions et menaces régionales et internationales consécutives au fait que l’armée syrienne regagne du terrain :
http://www.lorientlejour.com/article/812618/les-multiples-messages-de-bogdanov.html
La stagnation au Liban serait appelée à se prolonger. C’est la conclusion à laquelle ont abouti de nombreux observateurs qui suivent de près les développements au Liban et dans la région. Selon ces observateurs, c’est surtout la situation en Syrie qui détermine la suite des événements. Ainsi, la récente percée de l’armée syrienne sur le terrain, notamment autour de Damas, et dans la région de Qousseir et de Homs, ainsi que la reprise en main par les forces du régime de la ligne frontalière au niveau de Ersal et de son jurd ont constitué une grande déception pour les forces de l’opposition et leurs alliés régionaux et internationaux.
Selon elle c’est cette avancée qui explique la réémergence de la question des armes chimiques dans la communication américaine sur la Syrie mais aussi, plus directement, des préparatifs de guerre dont le dossier « armes chimiques » deviendrait alors le prétexte :
Les observateurs estiment donc qu’en voyant que l’opposition est en train de perdre du terrain, les États-Unis ont décidé de réagir en relançant la question de l’utilisation par le régime d’armes chimiques. Alors qu’il avait été évoqué il y a quelque temps avant d’être rapidement refermé car il y avait des possibilités que les gaz chimiques aient été utilisés par des forces de l’opposition, à Khan el-Assal notamment, ce dossier est donc de nouveau sur le tapis. Selon ces mêmes observateurs, l’idée serait d’utiliser ce dossier comme prétexte à une intervention directe en Syrie suivant deux axes, l’un via la Jordanie limitrophe de la province de Deraa, où 200 marines américains entraînent des membres de l’opposition, et l’autre via le Golan et une partie du Sud-Liban, où Israël commence à préparer une action qui, par la même occasion, couperait la voie au Hezbollah.
A ces menaces, les soutiens à Assad ou à une certaine position géopolitique de la Syrie - c’est-à-dire Russie, Iran et Hezbollah - auraient réagi par une série de messages visant à dissuader de telles options par le camp d’en face :
Toutefois, le camp qui appuie le régime syrien a aussitôt réagi, multipliant l’envoi de messages dans toutes les directions. Il y a eu d’abord la publication de la photo de l’entretien entre l’ayatollah Khamenei et le secrétaire général du Hezbollah, debout côte à côte, évoluant d’égal à égal. Il y a eu ensuite la déclaration de l’ayatollah Khamenei selon laquelle toute attaque contre la Syrie embrasera la région et englobera Tel-Aviv. Enfin, il y a eu aussi la tournée prolongée de l’émissaire du président russe Mikhaël Bogdanov dans la région, et en particulier au Liban. [...]
Si l’émissaire du président Poutine a donc eu des entretiens avec toutes les parties, il a quand même marqué une attention particulière au Hezbollah. Ce qui est déjà en soi un message politique. Selon un diplomate qui a suivi de près les entretiens de l’émissaire de Vladimir Poutine au Liban, celui-ci aurait adressé des messages précis à ses interlocuteurs, tout en étant nettement plus bavard avec les représentants du 8 Mars et du CPL. Le diplomate précise ainsi que Bogdanov a affirmé à ses interlocuteurs que la crise syrienne est encore longue et qu’il ne faut pas attacher trop d’espoir sur les résultats du prochain sommet entre les présidents américain et russe, Barack Obama et Vladimir Poutine, prévu en juin. [...]
Il a aussi affirmé que la Russie fera tout pour favoriser un dialogue entre les parties syriennes et posera son veto à toute intervention militaire étrangère. En même temps, Bogdanov a dit publiquement, dans ses nombreuses déclarations, que son pays n’acceptera pas un scénario à l’irakienne en Syrie au sujet de l’utilisation présumée par le régime d’armes chimiques. Il a ainsi exigé des preuves irréfutables et a déclaré que son pays coopère avec l’Iran au sujet de la Syrie et d’autres questions régionales.
Toutes ces données montrent ainsi que le bras de fer international et régional se poursuit... en Syrie. Chaque nouveau scénario élaboré par l’opposition et ses alliés ou parrains est aussitôt contré par le camp adverse. Et le Liban dans tout cela ? La sagesse voudrait qu’il reste à l’abri...