• Quels savoirs scolaires ? (Educavox)
    http://www.educavox.fr/editorial/article/quels-savoirs-scolaires

    On voit bien le poids que peut avoir encore la conception pourtant obsolète des programmes scolaires. Des savants les conçoivent depuis toujours en déclinant les disciplines universitaires anciennes, en découpant les savoirs selon une logique didactique rigoureuse, en les morcelant et en les décontextualisant, sur la base d’un principe aujourd’hui massivement condamné, du faux simple inventé par des adultes pour des élèves considérés comme incapables de comprendre, au vrai complexe que ces mêmes élèves perçoivent en permanence autour d’eux. Certains élèves resteront ainsi confinés dans le faux simple tant qu’ils n’auront pas ces bases qui leur permettraient d’aborder le vrai complexe.

    Cette pratique aboutit à une déperdition terrible d’énergie, à une absence de réinvestissement des savoirs scolaires dans la vie, sauf, au moins en partie, pour l’enseignement professionnel, et à une étonnante difficulté pour les élèves à comprendre le monde qui les entoure. On apprend à l’école pour être évalué et pour passer le bac, mais pas du tout pour être en capacité d’exercer sa responsabilité dans sa vie personnelle, professionnelle, sociale, dans son quartier ou son village. Le lien de ces savoirs avec les finalités de l’éducation est si ténu qu’on l’oublie systématiquement quand on fait cours. […]

    C’est ainsi que les grands principes définis dans les projets d’écoles sont rangés dans les tiroirs le soir même des réunions institutionnelles, et que l’on ne sait jamais clairement dire quand et comment on forme le citoyen de demain, quand et comment on développe l’intelligence et la capacité d’agir en dehors des contextes scolaires. En fait, on apprend ailleurs qu’à l’école, ce qui peut être une réussite pour certains, et un drame ou un danger pour d’autres. […]

    Force est de constater que les savoirs scolaires sont trop souvent désincarnés et que la majorité des élèves n’en comprennent pas le sens. C’est un facteur d’ennui, un élément important de la faiblesse de la rétention de ces savoirs, une perte culturelle grave. […]

    #éducation #savoirs #programmes_scolaires #didactique

    • J’applaudis des deux mains... Et si le fond du problème n’était pas justement de croire que les savants sont les plus compétents pour transmettre le savoir. C’est comme si on pensait que les aveugles devaient être guidés par ceux qui ont la meilleure acuité visuelle.
      L’évidence est ce qui est le plus dur à expliquer, voilà pourquoi les plus érudits sont souvent les plus mauvais pédagogues. Et par ailleurs en voyant le savoir comme un patrimoine à honorer, ce sont les plus mauvais pour définir les programmes scolaires. Ils ne voient pas le savoir au service des élèves, mais les élèves au service du savoir..


  • Huxley Aldous, Le Meilleur des Mondes, 1932
    http://studinano.com/WordPress/?p=532

    « Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un #conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’#éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au #savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir ».


  • Le Dictionnaire des femmes créatrices

    Quarante siècles de création des femmes à travers le monde dans tous les domaines de l’histoire humaine, des arts, de la culture, de la science.

    Au terme de six années de travail, auquel vous avez pris une grande part - et nous vous en remercions - , la publication du Dictionnaire des femmes créatrices par les éditions des femmes-Antoinette Fouque est maintenant proche : elle doit intervenir en novembre prochain.

    Né de la volonté de mettre en lumière les créations des femmes et de rendre visibles leurs apports à la civilisation, cet ouvrage unique, dirigé par Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber, et appelé à faire référence, sera ainsi proposé au plus grand nombre.

    Pour commencer dès maintenant à le faire connaître, et pour favoriser sa diffusion, nous avons lancé une souscription avec notre partenaire les éditions Belin. Jusqu’au 30 septembre prochain, celle-ci permet aux personnes et aux institutions d’acquérir à un prix préférentiel l’édition « papier » du Dictionnaire, présentée en trois volumes sous un coffret cartonné.

    Cette offre est détaillée dans la plaquette d’information que nous vous adressons en pièce jointe.

    Sûres que vous aurez à cœur de contribuer au succès de cette démarche, en faisant très largement circuler ce document auprès de vos ami-es et réseaux, nous vous prions de croire, chère amie, à notre sincère considération.

    Télécharger le bon de souscription là :

    https://www.dropbox.com/s/ojtb1tacwnsp30t/dicofemmessouscriptions.pdf

    #géographie #femmes #savoir #enseignement #connaissance


  • Le temps, l’espace, le passé, le présent : quelle combinatoire pour quel enseignement ? | aggiornamento hist-geo

    http://aggiornamento.hypotheses.org/1332

    La réforme et la contreréforme de l’enseignement de l’histoire-géo en série scientifique au lycée ont suscité de nombreuses protestations, quoique pas toujours médiatisées ni très convergentes, et ont abouti à une mesure régressive autant sur le plan des horaires que sur celui des programmes. Dont acte. Il est cependant un point particulier éclipsé par le débat général : pendant deux années scolaires, de la rentrée 2012 au bac 2014, aura été brièvement expérimenté un enseignement optionnel à la teneur inédite fusionnant histoire et géographie. Plus de programmes disjoints, juxtaposés, comme à l’accoutumé, mais une seule et unique liste de questions où s’entremêlent à des degrés divers l’histoire et la géographie : deux questions obligatoires portant sur la période allant du début du XXe siècle à nos jours, l’une sur la mondialisation, l’autre sur les enjeux et les recompositions géopolitiques du monde, et deux questions au choix, « représenter le monde » ou « innovations et sociétés », sans période précisée[1].

    #enseignement #éducation #savoir #connaissance #géographie


  • Pour terminer ce soir le référencement de trois années de biblio en retard, cette série de liens cartographiques en vrac où il y a beaucoup de savoirs passionnants

    Cartographie Blog
    http://www.savoirsenreseau.com/2007/11/23/cartes-heuristiques-et-performances-scolaires

    Cartographie interactive
    http://education.france5.fr/?EspId=1&DiscId=85&ObjId=17565
    http://www.autrement.com/cartotheque.php
    http://www.histoirealacarte.com

    Cartographie Antje Lehn
    http://socialtapestries.net
    http://research.urbantapestries.net
    http://diffusion.org.uk

    Cartography Imaginary museum project
    Tjebbe van Tijen - Imaginary Museum Projects
    Avec quelqus planches des oeuvres d’Otto Neurath
    http://imaginarymuseum.org
    info@imaginarymuseum.org
    t.tijen@chello.nl
    http://imaginarymuseum.org/MHV
    http://imaginarymuseum-archive.org/PILWARstat/PILWARstat01.html (Mapping Human Violence)

    Histoire de la cartographie
    http://maphistory.info/harlflws.html

    Cartographie Peuples premiers
    http://survivalfrance.org/related_material.php?id=508

    Presse alternative En anglais
    http://www.newsbatch.com
    http://www.theglobalist.com
    http://www.alternet.org
    http://www.motherjones.com

    Conflits, géopolitique
    http://www.crisisgroup.org
    http://www.grip.org

    #cartographie #presse-alternative #cartographie-radicale #savoirs #connaissance #géopolitique


  • Le congrès annuel des géographes américains est payant (400 dollars) depuis l’année dernière, ce qui suscite des réactions étonnées voire indignées des géographes critiques, comme ce coup de gueule qui nous vient de Jordi Nofre de l’université de Lisbonne et qui ne manque pas d’intérêt :

    “...since the AAG began to require the previous and mandatory payment (400$) before sending your abstract to participate in its Annual Meeting, I could understand that something allien to the fundational spirit of the Association is happening.

    One year ago I sent a formal letter to the AAG director wondering wether this payment requirement had any kind of ’legitimacy’, as it was the first time it happened, and, on the other hand, it coud limit the participation of young researchers from those countries which are investing few funds in science despite their young researchers have a huge potential.

    His answer was like “bla bla bla bla”...

    Two phenomena features today’s AAG.

    1. It seems that ’the right to participate’ is exclusive for participants with high purchase power or well-funded. This means that AAG is really not interested in young researchers, who often present communications and posters much more attractive, interesting than the majority of Professors.

    2. On the other hand, the current “pre-payment” policy of AGG is contributing to elitize its Annual Meeting and, therefore, to ’residualize’ Geography in this global world.

    Maybe we, young researchers (PhD Students, postdocs, young lecturers) should begin to do a boycot against this elitization of social sciences by avoiding to participate in this kind of “luxurious” events, and priorizing new forms of meeting new colleagues (Linkedin, Academia.eu, Webminars, Workshops, Mini-conferences, etc).

    They are hard times for Social Sciences, but I’m strongly convinced that we ’The Youngs’ continue to have the power to revert this situation...”

    #géographie #savoir #connaissance #open-source #gratuité


  • Un débat intéressant sur la "défense de la langue française" dans les milieux académiques

    Tout commence par un message tout neutre, tout classique, l’annonce en anglais d’une conférence organisée à Nice, donc en France, sur la liste de géographes [géotamtam]

    Gabriel Vatin, doctorant en géomatique au Centre de recherche sur les Risques et les Crises à Sophia-Antipolis poste cette annonce :

    Dear colleagues,

    The Institute MINES-TELECOM, the University of Nice-Sophia Antipolis and its partners are setting up the next international conference OCOSS (Ocean & Coastal Observation: Sensors and observing systems, numerical models & information Systems), in Nice (French Riviera) on 2013, October, 28th-31st. [...]
    You will find more information about the conference at :

    http://2013.ocoss.org

    Réponse immédiate d’un ancien professeur belge, Michel Vandenbroucke :

    Bande de Schnocks ! Quand vous déciderez-vous à vous exprimer en français devant un lectorat francophone ?! C’est une question de principe mais surtout de bienséance.

    Le message n’est pas très fin, et suppose une posture que nous connaissons bien : le rejet de l’anglais (en particulier) sous prétexte de défendre becs et ongles la langue française. Voilà une position très réductrice, très étroite, et pourquoi ne pas le dire, très rétrograde. Vouloir défendre "notre" langue contre "une autre" langue nous ramène quelques fragrances de la période coloniale. C’est aussi tellement réducteur, à l’heure où nous travaillons presque partout de manière "multiculturelle".

    A Arendal, en Norvège, dans le centre affilié au PNUE où je travaillais, il y avait 40 personnes et 20 nationalités. Nous communiquions indifféremment en anglais, norvégien, espagnol parfois et même en français. On entendait parler le russe, le letton, parfois des langues africaines ou de minorités arctiques. Je me souviens de l’atmosphère comme un beau "ballet de langues". Les cultures, les mentalités, les langues se mélangeaient en un joli bouquet.

    A Goldsmith, d’où je reviens juste, les étudiants qui participaient à notre séminaire venaient de Syrie, de Tunisie, de Norvège, de Zambie, du Canada, de Chine, de Corée, d’Italie, d’Israël... Outre que ce mélange est magnifique et d’une richesse inouïe, il suppose au moins une langue de communication commune. Mais l’expérience montre que tous ces étudiants, en général, parlent au moins couramment trois langues...

    Pour en revenir aux messages postés sur [géotamtam], Il n’en fallait pas plus pour déclencher des réactions que j’ai trouvé très intéressantes et qui méritent d’être portées à la connaissance d’un public plus large. Ces réflexions sont au coeur d’une problématique importante : comment le savoir [la connaissance] peut et doit se transmettre auprès du plus grand nombre. Dans quelle(s) langue(s), dans quelle forme (simplifiée ou synthétisée pour que ce soit accessible aux non-académiques), etc...

    Stéphane Rosière, professeur à l’université de Reims est le premier à tirer :

    Le mal est en la matière très profond. On peut citer Geneviève Fioraso, notre ministre : "si nous n’autorisons pas les cours en anglais, nous n’attirerons pas les étudiants de pays émergents comme la Corée du Sud et l’Inde. Et nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table, même si j’aime Proust…"

    Le mouvement d’anglicisation de nos échanges s’accélère prodigieusement, la langue n’étant considéré que comme un outil, rien de plus. Il y a certainement des moyens de ne pas accélérer ce nivellement.

    Et de poster cette image :

    https://dl.dropbox.com/s/t3ic0ipx6nh4m4a/proust.png

    Kamala Marius-Gnanou, maître de conf à Bordeaux ajoute :

    En tout cas, beaucoup de mes étudiants français (géographes et aménageurs) vont en Inde pour des stages et sont encore confrontés au problème de la langue (anglaise) non maîtrisée. Certes en Inde, l’anglais indien est un outil avant tout ! Mes étudiants se plaignent d’avoir trop peu de cours en anglais en géo (à Bordeaux)... En revanche, les étudiants de l’EHESS, des Ecoles de commerce et de Sciences Po maîtrisent de mieux en mieux l’anglais et soutiennent leur projet (mémoire, projet professionnel etc..) en anglais. Sinon, il y a dix fois moins d’étudiants indiens que d’étudiants chinois en France !!! La ministre a donné de mauvais exemples...

    Maxime Forriez, docteur en géographie précise :

    Ecrire français dans un réseau français ne me semble pas aberrant.
    Ecrire anglais dans un réseau français pour toucher d’hypothétiques relations anglophones me paraît plus surprenant. Il existe d’autres réseaux pour cela, me semble-t-il ?

    A mon tour de vous livrer, une petite méditation sur la magnifique langue de Shakespeare. L’anglais n’est qu’un outil, certes, mais est-ce le bon outil ? Pour des raisons purement historiques, l’anglais s’est imposé en tant que langue vernaculaire internationale, et il n’a toujours pas débouté le français. Question : pourquoi ? La raison est simple ; la langue française est beaucoup plus riche en vocabulaire que la langue anglaise. Nombreuses idées en français sont purement et simplement intraduisibles en anglais.

    Récemment,un juriste m’expliquait que, lors d’un jugement à la cour internationale de la Haye, les juges étaient obligés de rendre plusieurs fois le même jugement. Non pas parce qu’ils sont incompétents, ou qu’il y a eu un appel, mais parce que, par habitude, ils utilisent l’anglais lors d’un premier procès, et que, systématiquement, le jugement rendu est intraduisible dans la langue officielle, le français. Pourquoi ? Simplement parce qu’un mot anglais peut être traduit par trois ou quatre mots en français, parfois même beaucoup plus, les juges, qui maîtrisent les deux langues parfaitement, sont donc obligés, pour trouver le bon terme français, de rendre un second jugement en langue française, donc refaire toute l’analyse de l’affaire jugée.

    La traduction française effectuée, il devient alors très facile de la traduire en n’importe quelle autre langue.

    Cela tend à montrer que l’imprécision de la langue anglaise permet de commercer idéalement, car elle permet de « noyer le poisson » lors d’une négociation, personne ne parlant vraiment de la même chose. On reste dans le flou, et c’est ce qu’il faut pour arriver à un consensus acceptable.

    Cette réflexion me rappelle un problème de traduction (ou d’interprétation) lors de la publication de la résolution 242 du conseil de sécurité des Nations unies en novembre 1967 : il y avait une ambiguïté entre le texte anglais et français qui mentionaient, en français "le retrait « des » territoires occupés" et "from occupied territories (c’est-à-dire "de" territoires occupés)" en anglais. Les israéliens n’ont pris en compte que la version anglaise parce qu’elle leur permettrait (éventuellement) de garder certains territoires acquis et "colonisés".

    Anne-Laure Amilhat Szary, professeure à l’université de Grenoble se scandalise, et avec juste raison :

    Qu’une manifestation scientifique ait lieu en Anglais n’a rien d’exceptionnel si on veut attirer d’autres collègues que nationaux ou québécois, ou membres des cercles de la francophonie ! Il est injuste de discréditer les collègues qui s’engagent sur ce terrain difficile de l’ouverture internationale.

    La discussion sur l’empire de la langue anglaise dégage des relents de regrets du pouvoir que le Français avait pu jouer dans des circonstances analogues par le passé. Personne ne nous empêche de penser en Français. Les Américains tiennent la « pensée française » et autre « French theory » en haute estime d’ailleurs. Il existe d’autres langues qui passent les frontières, l’espagnol en Amérique Latine, l’Arabe .... mais la majorité des publications se font en Anglais, ce qui nous permet de prendre connaissance de la façon dont la science se fait hors de l’Hexagone

    La langue ne doit pas être le véhicule d’un aplanissement de la pensée. C’est difficile du fait des barrières culturelles et des périmètres protégés que nous connaissons moins, dont nos mandarins n’ont pas les codes, mais pas impossible... Ce n’est pas en refusant ce dialogue que nous serons les plus constructifs. Il me semble essentiel de transmettre cette ouverture à nos étudiants.

    Stéphane Rosière tient à préciser ensuite :

    Bien sûr une manifestation en anglais banal et désormais l’utilité de telles manifestations n’est pas à démontrer. j’ai aussi intégré des cours en anglais dans la maquette du diplôme que je dirige.
    Tout l’enjeu me semble-t-il est de savoir à partir de quand nous décidons de faire une croix sur notre langue (le jour où nous disons : à quoi bon un appel à communication en français par exemple ?). C’est ce point d’inflexion, ce « seuil » à partir duquel nous considérons que notre culture n’est plus un vecteur de communication et de culture, qu’elle est inutile (no tool). C’est ce seuil qui me fait réfléchir et m’inquiète, c’est vrai.

    Et si les Américains tiennent la « french theory » en haute estime, c’est uniquement parce qu’elle est traduite en anglais, ils n’ont que faire du texte original.

    J’avais mis en exergue la citation de Fiorasso car elle relève à mon avis d’une pensée qui a passé ce seuil, qui est purement commerciale, c’est une stratégie d’attraction qui est celle d’une entreprise, mais la pensée et la langue ne sont évidemment pas seulement des outils de marketing et de rayonnement.

    Et puis, il y a ce malaise à s’attaquer à Proust, comme autrefois un président dont j’ai oublié le nom qui s’en prenait à la Princesse de Clèves, mais Proust est plus précieux que notre ministre, et son mépris qu’elle étale dans cette phrase haineuse et stupide me rappelle les propos de Goering vis-à-vis des intellectuels (sic !). L’anglais devient là clairement le masque (la justification) de la déculturation et de rien d’autre.

    Virginie Mamadouh, de l’université d’Amsterdam, s’insurge aussi avec juste raison contre l’usage exclusif du français sur une liste prétendument francophone, et s’exprime avec nuance :

    On croit halluciner en lisant certaines des dernières contributions à propos de l’usage de l’anglais sur [géotamtam].

    Les questions de politesse, ça se discute ; et même une police linguistique (plutôt intolérante et contraire aux idées de la libre circulation de l’information scientifique) pourrait se défendre, bien qu’à mon avis on doivent plutôt se réjouir des efforts faits par les géographes francophones ces dernières années pour ouvrir leurs travaux et leurs colloques aux autres (surtout à ceux qui parlent autre chose que le français et l’anglais dans la vie de tous les jours).

    Mais l’appropriation exclusive de [géotamtam] - liste française ? que les francophones hors de France se le disent ! Le statut intouchable du français comme langue des institutions internationales ?
    Ou les qualités intrinsèques du français ? (plus de vocabulaire ? plus précis ? intraduisible ?)

    On aimerait en rire.

    Si vous vous inquiétiez des effets néfastes du « sabir international dérivé de l’anglais » dans lequel vos étudiants prennent l’habitude de s’exprimer, pensez-vous vraiment qu’il serait plus pratique et bénéfique pour les miens de devoir impérativement manier deux langues au lieu d’une pour communiquer avec d’autres géographes dans des rencontres internationales ?

    Tant que les Français ne comprendront pas la différence entre français et francophone, ils auront peu de leçons à donner aux anglophones britanniques ou américain en matière de respect de la diversité linguistique. Celle-ci n’est d’ailleurs ni une condition nécessaire, ni une condition suffisante à la diversité culturelle et à la pluralité de la pensée et des approches géographiques en l’occurrence.

    Cela dit, tout à fait d’accord pour discuter des effets du statut hégémonique de l’anglais dans les échanges internationaux, et pour promouvoir le plurilinguisme, mais nous risquons d’attendre encore longtemps les étudiants de géographie qui se mettraient au néerlandais pour faire un séjour Erasmus chez nous...

    Camille Schmoll, maîtresse de conférences à l’université de Paris VII rappelle :

    Certains d’entre nous travaillent, communiquent, enseignent en anglais, sans être forcément des traîtres à la nation, à la discipline ou à la langue...

    Adrien Mangiavillano, géographe, explique avec beaucoup de toucher :

    Même si on considère le français comme plus précis, ce qui reste à prouver, car il est probable que c’est notre maitrise de l’anglais et de ses subtilités qui nous échappe, une démarche qui consiste à se priver systématiquement de 75% à 90% de l’auditoire scientifique mondial pour exposer des travaux aussi brillants et fondamentaux soient-ils ne peut que résulter d’une stratégie qui évoque une question bien connue de philo :

    peut-on avoir raison tout seul ?

    Sans chercher à y répondre et au delà des questions linguistiques (même en français, il est aisé de se rendre incompréhensible), il me semble tout de même que l’on peut voir ici une forme d’autosatisfaction bien pratique pour générer des vérités, ce qui est tout de même problématique dans une démarche scientifique. Au delà, c’est la relation à autrui, le faire « sans » dont il est question. Mais c’est peut-être, en fait, l’objectif initial.

    Oui, je trouve aussi très infantile et prétentieux de dire que la langue anglaise est moins riche que la langue française, ou telle langue moins riche que telle autre, nous savons bien que chaque langue recèle ses propres trésors, ses propres subtilités, et nous, qui prétendons parler un très bon anglais, n’en connaissons en fait pas un centième. Une simple promenade dans Londres à écouter les gens nous le prouve : parfois, nous n’en comprenons pas un mot.

    Enfin, Frédéric Dobruszkes, maître de conférences à l’Université Libre de Bruxelles (actuellement en poste au Royaume-Uni) termine par trois remarques :

    1. Il n’est guère intéressant d’opposer les langues. Rien n’empêche d’organiser, si cela s’y prête, des événements multilingues (voir email récent annonçant le colloque sur le vin au Brésil, en trois langues) ou de publier dans plusieurs langues selon les contextes. Pour ma part, je publie en français sur la politique des transports urbains, afin de contribuer au débat bruxellois et belge, et en anglais sur les dynamiques spatiales du transport aérien, vu le public scientifique beaucoup plus large intéressé par ces questions.

    2. Que telle ou telle langue soit plus riche qu’une autre, c’est à voir. Je crois savoir qu’il existe tout de même une littérature anglo-saxonne, des prix Nobel de littérature décernés à des Anglo-Saxons, etc. De toute façon, l’anglais scientifique est généralement pauvre et basique. Mais ce n’est pas pour cela que les idées véhiculées ne sont pas potentiellement intéressantes. Je conseille la lecture de quelques articles de Geoforum, Area ou Transactions of the Institute of British Geographers, parmi d’autres, à ceux qui en doutent. De même, il y avait au colloque annuel de l’Association des géographes américains (AAG) 2012 de New York, où j’ai croisé plusieurs géographes français, plus de 5 000 papiers présentés et plus de 8 000 participants. J’ai du mal à penser que malgré une langue supposément moins riche, il n’y avait rien d’intéressant et, surtout, de complémentaire aux approches plus françaises dans tout cela.

    3. A Oxford, la moitié de mes collègues directs ne sont pas britanniques mais viennent de Turquie, Grèce, Brésil, Portugal, Pays-Bas, Emirats Arabes Unis, Canada anglophone, Chine, USA et Japon, sans parler des visiteurs qui défilent du Chili, de Norvège, etc. Jusqu’à preuve du contraire, les élites intellectuelles de ces pays apprennent aujourd’hui l’anglais plutôt que le français. On peut le regretter, et la domination du champ scientifique par quelque langue que ce soit (l’allemand, le français, etc.) est d’office dommage. Il n’empêche, dialoguer avec ces collègues d’horizon divers est enrichissant, comme peut l’être tout événement scientifique où l’on confronte des approches différentes, selon les langues et/ou les orientations épistémologiques.

    Vaste et intéressant débat qu’il faut nourrir...

    #anglais #français #francophonie #monde-académique #science #savoir #connaissance

    • Et voici les dernières contributions, qui ne manquent pas de piquant

      Henri Chamussy, célèbre (et souvent fort drôle) géographe aujourd’hui à la retraite mais qui reste très actif (il est le co-auteur d’un livre sur le Liban qui vient de sortir) :

      Géotamtam qui est un réseau socio-professionnel joue bien son rôle - et de mieux en mieux - comme diffuseur d’information ; mais comme plateforme d’échanges d’idées, malgré une ou deux tentatives timides, il ne joue pas son rôle comme lieu de discussions, voire comme lieu de polémiques ; il faudrait plus souvent qu’il y ait ce que nos ancêtres clercs universitaires médiévaux appelaient une disputatio (mais ils n’avaient pas de querelles linguistiques ; tout se faisait en latin !)

      Cette disputatio sur les langues est assez para-scientifique, mais elle est importante en ces temps d’internationalisation.

      [...]

      J’ai été choqué par le fait que certains parlent de géotamtam comme d’un réseau francophone, voire français. Il serait bon qu’il devienne un réseau international, cela nous apporterait beaucoup, et alors il nous faudra nous faire, résigner, réjouir (rayez la mention inutile...) à ce qu’il soit au minimum bilingue (français et anglais).

      J’ai été, pendant plus de 10 ans, responsable des échanges Erasmus et franco-canadiens à l’IGA. Beaucoup d’étudiants renonçaient à partir à cause de leur nullité en langues, et j’étais obligé de mettre un numerus clausus aux départs au Québec, dont le succès - outre l’exotisme du Canada - résidait en ce que les gens là-bas, comme chacun sait, parlent français. D’ailleurs, preuve par neuf, j’avais peu de demandes pour McGill, comme par hasard.

      [...]

      Confronter plusieurs manières d’exprimer la géographie est un exercice absolument captivant et très instructif. Je me souviens de la réflexion de notre collègue Roy Bradshaw (Nottingham) à qui j’avais donné un article qui abordait des questions épistémologiques et didactiques, que j’avais écrit en anglais, et que je lui demandais de vérifier et de corriger ; sa réponse a été :

      "It’s very difficult, Henri ; anyway, we, french and english, we don’t think in the same way."

      Eh oui , Descartes contre Hume... A Leeds, j’ai organisé avec les collègues un staff seminar sur ce problème et j’y ai découvert des tas de choses, comme par exemple que le mot « problématique » n’existait pas en anglais (il paraît que les choses ont changé), que le mot « informatique » n’existait pas (on disait « computer science », mais ça n’a pas le même contenu conceptuel), qu’il ne faut pas traduire « épistémologie » par « epistemology » (extension du concept plus étroite, plus technique), mais par « philosophy of science », et que, comble et peut-être origine d’une grave méprise, il ne faut pas traduite « artificial intelligence » par « intelligence artificielle », le mot « intelligence » ayant le plus souvent en anglais le vieux sens français d’"information".

      Et plus récemment encore, à l’occasion de la soutenance de thèse d’une étudiante libanaise, nous avons eu une discussion passionnante sur des concepts intraduisibles, prolongée la semaine dernière à Beyrouth : le patrimoine (heritage en anglais, mais pas tout à fait avec la même extension) n’a qu’un équivalent très approximatif en arabe : « tourass », et la discussion a continué sur un autre concept, dont Ibn Khaldoun est peut-être à l’origine, « umran », intraduisible en français, mais dont l"équivalent presque judicieux est le mot anglais « settlement » (essayez de le traduire correctement en français... et dites-moi le résultat !).

      Ces discussions ont été fort enrichissantes, elles ont permis de dégager la charge des concepts derrière les mots, de dégager des mentalités collectives (et soit dit en passant, de m’éloigner définitivement du nominalisme et de régler pour mon compte la Querelle des Universaux ; qui disait du concept que ce n’était qu’un « flatum vocis » ?)

      [...] Il faut être absolument bilingue, si possible trilingue, et nos étudiants ne les sont pas assez (pour le dire politiquement incorrect : les étudiants anglophones non plus, du moins ceux à qui j’ai eu affaire ; ce sont, toujours dans le cadre de mon expérience (mais qui porte sur plusieurs centaines d’étudiants en géographie de 15 nationalités), les Allemands qui maîtrisent le mieux plusieurs langues, ainsi que les Suédois - pour ces derniers, l’anglais, rarement le français !)

      Il serait bon, voire obligatoire que dans tous les Instituts de géographie il y ait un enseignement (d’un module au moins) qui soit fait en anglais, et un autre éventuellement dans une autre langue, allemand, espagnol au choix, et que nos étudiants fréquentent les lieux où l’on apprend des langues (à l’Université Saint Joseph de Beyrouth, il y a un Institut Confucius et des étudiants libanais, tous trilingues, apprennent le mandarin).

      [...]

      Et à tous, salve (c’est du latin...)

      Nous terminerons par un deuxième message du géographe qui a été à l’origine de cette discussion passionnante, Michel Vandenbroucke, cette fois plus modéré même s’il continue de montrer quelques signes d’irritation... :

      Ma mauvaise humeur est venue du fait que l’information véhiculée par Géotamtam était rédigée dans la seule langue anglaise, alors que le lectorat est en majorité francophone. Je pense qu’il y a là quelque chose d’inconvenant et, à la limite, de cuistre.

      Je suis tout à fait d’accord pour que Géotamtam s’exprime aussi en anglais et même, si l’opportunité s’en présente, dans une autre langue par exemple en italien, en espagnol ou en allemand.

      Une des convenances voudrait, à mon avis, que l’on fasse un effort, au sein de l’Union Européenne, pour s’adonner aussi à la pratique des langues de voisinage.

      Je ne rechigne pas à m’attaquer à un texte en anglais que je pense dans l’ensemble maîtriser assez bien. Je ne prône aucunement la primauté du français ni ne prétend à sa supériorité.

      Mais nom d’une pipe ne peut-on tout de même recevoir en France, d’un groupe francophone quelque chose qui soit aussi rédigé en français !

    • En même temps, on peut entendre la crainte (justifiée ou non) de certains chercheurs ? Il y a un paquet de travaux qui ne sont publiés qu’en anglais. Pour reprendre l’exemple du latin cité plus haut, c’était la langue pratiquée par l’Église (et non comprise par les illettrés) pour asseoir son autorité. Pour le dire un peu vite, n’est-ce pas une façon de limiter l’accès au savoir que de le limiter à une seule langue... c’est une question, hein.

    • Les échanges ont continué (un peu) aujourd’hui, avec encore des idées intéressantes : Gabriel Vatin, auteur du « message originel » si je puis dire écrit :

      Comment se retrouver initiateur d’un buzz sans le vouloir ? C’est drôle de recevoir tant de courriels, tous très intéressants, sur un débat auquel je n’avais pas du tout pensé. Et maintenant, on en parle sur la toile :

      http://94.seenthis.net/tag/person:gabriel%20vatin

      [...]

      bravo à toutes et à tous pour vos messages riches en anecdotes et vos points de vue si variés !

      [...]

      Selon moi, une liste de diffusion francophone est un outil de partage d’événements, que ceux-ci soient organisés en français ou dans autre langue. C’est pour cela que j’ai diffusé cette information sur Géotamtam, après tout !

      Je vous promets de faire mes prochaines annonces en français, même si l’évènement organisé est en anglais ! Quitte à ce que l’orateur ait une mauvaise surprise au moment de prendre la parole devant le public...

      Mon point de vue sur le sujet : l’anglais est pour moi, comme pour la majorité des chercheurs, une langue fondamentale pour me faire lire. Certes, le monde de la recherche francophone peut écrire en français, pour écrire, mais si l’on cherche à se faire lire et avoir les échanges les plus intéressants, l’anglais est assez important. Après tout, quelle déception quand je trouve un article qui semble intéressant... mais écrit en russe !

      Jean-Yves Puyo, de l’université de pau ajoute :

      Je suis partisan moi aussi de la diversité linguistique. C’est ce que nous essayons de faire au sein de la commission Histoire de la Géographie de l’UGI, avec mon président (Espagnol) et mon vice-président (Anglais). Ainsi, lors des sessions « régionales » que nous co-organisons, nous prônons bien sûr l’usage les deux langues officielles de l’UGI (l’Anglais mais aussi le Français, si, si) et la langue du pays qui nous accueille.

    • Un lien indirectement lié à cette discussion :

      http://seenthis.net/messages/70221

      Adieu French : comparing English and French Wikipedias

      http://www.zerogeography.net/2012/05/adieu-french-comparing-english-and.html

      ven though there is three times as much content in English than French, one might assume that there are plenty of parts of the world in which people are more likely to annotate or augment space with French content.

    • Une réaction tardive en forme de proposition, qui vient de Charlotte Prieur (enseignante à l’université de paris IV)

      Comment aider nos étudiants géographes à mieux maîtriser la langue anglaise ?

      L’UFR de géographie et aménagement de Paris IV, organise depuis plusieurs années maintenant des cours de géographie en anglais pour les étudiants, plutôt que de laisser ce soin aux UFR d’anglais (la versification shakespearienne retenant peu l’attention de nos étudiants géographes).

      On se doute que la plupart des universités sont désormais fortement incitées à le faire et que les collègues en charge de ces cours rencontrent les mêmes types de difficultés que nous : niveaux très hétérogènes des étudiants, pas de manuel d’anglais de spécialité géographie, développer la pratique orale dans des classes souvent fournies, quête d’une revue de géographie en anglais qui serait accessible à nos étudiants (à Paris Sorbonne, on penche pour Focus on Geography plus que pour Geographical)...

      Il existe en même temps de belles opportunités : magnifiques conférences en ligne de géographes anglophones, manuels de premier cycle anglophones assez époustouflants (Introducing Human Geographies par exemple), et mise à disposition des mooc (massive open online courses) qu’il faut apprendre à sélectionner et utiliser à bon escient.

      Que ceux qui sont intéressés par ces questions n’hésitent pas à s’inscrire en envoyant un message à geographyinenglish@googlegroups.com


  • Qui a peur de l’#open_access ?
    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/03/15/qui-a-peur-de-l-open-acces_1848930_1650684.html

    Cet avantage, l’Amérique latine, par exemple, l’a déjà saisi depuis une décennie en lançant de puissantes plateformes de revues en accès ouvert. Scielo et Redalyc, qui comptent à elles deux près de 2000 revues ont considérablement gagné en visibilité grâce à l’accès ouvert : le portail brésilien Scielo est désormais plus consulté que l’américain Jstor. Ces exemples montrent que l’accès ouvert change le rapport de forces dans un monde dominé par des groupes détenant des portefeuilles de milliers de revues majoritairement de langue anglaise : il ouvre la porte à ce qu’on peut appeler une véritable bibliodiversité en favorisant l’émergence d’une pluralité de points de vue, de modalités d’édition, de paradigmes scientifiques, de langues.

    Un savoir enfermé derrière des barrières et accessible aux seuls happy few des universités les plus riches est un savoir stérile, et pour tout dire confisqué alors qu’il est produit grâce à des financements publics. Dans ce débat, les établissements d’enseignement et de recherche ont un rôle clef à jouer. La diffusion des connaissances et des résultats de la recherche et leur communication auprès du plus grand nombre font partie de leurs missions. Une politique scientifique bien pensée requiert dans ces conditions la construction d’infrastructures numériques publiques, mais aussi des politiques éditoriales innovantes, favorisant les croisements disciplinaires, les nouvelles formes d’écriture, le multilinguisme et la diffusion la plus large.

    #savoir #bien_commun


  • Un truc qui pourrait faire partie du « petit trait de manipulation à l’usage des honnêtes gens ». Je discutais avec une copine ce soir (je ne la dénonce pas) des raisons pour lesquelles les lettres désagréables, genre impôts, ursaff, etc. arrivent presque toujours le samedi matin, de même que les lettres ou messages vraiment très désagréables (limite mensongers) en provenance de nos supérieurs hiérarchiques, patrons divers et variés, voire nos directeurs arrivent quasi-systématiquement le vendredi vers 16 ou 17 heures.

    Une idée ?

    #travial #emploi #marketing #Manipulation #savoir-vous-comporter-avec-vos-employés

    • Statistiquement, les lettres administratives ont beaucoup plus de chances d’arriver le samedi car elles sont produites la semaine et envoyées par lots. Pour arriver en début de semaine, il faudrait que le travail ait été fait le week-end.

      Pour les patrons divers et variés, deux explications : soit c’est volontaire pour te pourrir le week-end, ce dont je doute quand même, soit c’est par procrastination. Le patron s’est donné comme objectif de te faire passer ce message-là dans la semaine, il a ruminé sa lettre toute la semaine et là il faut qu’il l’envoie.

    • Rien constaté de semblable. En fait, comme je suis à la cambrousse et que du coup, on a tendance à recevoir le courrier avec un jour d’acheminement en plus, mes courriers administratifs ont tendance à arriver le lundi ou le mardi.
      Quant aux pneumatiques hiérarchiques, c’est peut-être vrai, mais déjà, j’en reçois fort peu et quand ça arrive, c’est plutôt en début de semaine, aussi, afin d’enchaîner sur coups de fils et discussions.

    • Merci Pierre et Agnes... J’ai vérifié dans quelques bouquins scandaleux récupérés ici où là, l’envoi d’une baveuse ou d’un courriel tard le dernier jour de la semaine fait bien partie de la panoplie mise à la disposition du dirigeant qui entend bien manipuler, affaiblir, rendre vulnérable « l’autre » pour se mettre (ou rester) en position de force en vu de futures négociations.

      Pour le reste vous avez aussi raison, mais il reste qu’envoyer un courrier à telle ou telle date le relève pas tout à fait du hasard. ça fait partie d’une stratégie.


  • « La dépossession » | #documentaire_sonore

    Selon plusieurs études de terrain en #médecine du #travail, la souffrance psychologique induite par la perte d’autonomie du salarié dans son travail est une des plus importantes. Cette dépossession peut tout à fait s’apparenter à une déqualification puisque le travailleur se voit déposséder des savoir-faire dont il était le porteur. Quels sont les processus managériaux qui font qu’une personne exerçant une activité « artisanale » ou porteuse de « #savoir-faire » se voit peu à peu reléguer à un rôle d’exécutant au sein d’une chaîne dont elle ne maîtrise pas la gestion ? Quels sont les effets sur le travailleur lui-même en terme de perte de sens au travail et de souffrances psychologiques ?

    Avec des salariés de #la_poste, de l’#éducation_spécialisée, de l’#inspection_du_travail, de l’#agriculture et la #construction_automobile.

    http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-de-la-creation-la-depossession-2013-02-21

    #radio


  • La propriété intellectuelle tue ! - Politis
    http://www.politis.fr/La-propriete-intellectuelle-tue,20716.html

    Pourquoi Aaron Swartz, jeune informaticien de génie de 26 ans et militant de la liberté de tous d’accéder à l’information, s’est-il suicidé ? Je l’ai déjà dit et répété ici, au risque d’en énerver certains : l’excès de propriété intellectuelle, qu’il s’agisse de droits d’auteur ou de brevet, nuit gravement. Mais il y a pire : la propriété intellectuelle tue. Le brevet d’invention devient, dans certains cas extrêmes, une arme létale. Aux mains de Big Pharma, il laisse crever les malades du sida ou de la malaria dans les pays pauvres et fait courir la pandémie. Il pousse au suicide les paysans indiens, prisonniers des chères chimères modifiées de Monsanto and Co et de leurs intrants. Aujourd’hui, c’est au tour du droit d’auteur de se muer en flingue. Ses balles ont ricoché et tué Aaron Swartz, jeune informaticien de génie de 26 ans, militant de courte vie pour la liberté de tous d’accéder au savoir et à l’information. (...)

    http://www.youtube.com/watch?v=Fgh2dFngFsg&feature=player_embedded

    #aaron_swartz #propriété_intellectuelle #affaire_JSTOR #stop_that_fuckin'_shit !



  • Nous devons empêcher la privatisation du domaine public (Communs / Commons)
    http://paigrain.debatpublic.net/?p=6333

    Le pire c’est qu’ils trouvent ça « normal ». Il serait donc normal sous prétexte que l’Etat est fauché et qu’il y aura des bénéfices d’accessibilité à terme (dix ans sauf pour quelques « bonus » et au fur et à mesure de la numérisation dans les seuls locaux de la BNF) d’exproprier chacun d’entre nous des droits qu’il a à l’égard du domaine public pour en attribuer le privilège d’exploitation exclusive à des acteurs économiques. J’utilise à dessein le mot « privilège » car il n’est pas sûr que l’exclusivité soit basée ici sur le droit d’auteur, on en est probablement revenu au temps des privilèges d’imprimeur, à un échange de bon services entre l’Etat et des acteurs privés. Hier c’était donne-moi la censure, je te donne l’exclusivité. Maintenant, prête-moi des sous demain, je t’en donne aujourd’hui avec l’exclusivité. Il n’est pas prouvé du tout que la numérisation effectuée par ProQuest et Believe sera à qualité égale moins coûteuse pour l’Etat que celle qui aurait résulté d’un appel d’offres pour un pur prestataire de numérisation. (...) Source : Communs / Commons


  • Contourner les algorithmes | Xavier de la Porte
    http://www.internetactu.net/2012/12/24/contourner-les-algorithmes

    La lecture de la semaine nous vient de The Atlantic et du toujours pertinent Alexis Madrigal (@alexismadrigal), le titre de son article “Contre l’idée que les algorithmes sont objectifs”. “Quand un résultat provient d’un ordinateur sur la base de statistiques, cela doit être objectif, non ? Pas de biais possible, à la différence de notre jugement, nous Homo Sapiens défectueux.…

    #algorithmie #pdlt #savoir-faire

    • le manque d’objectivité des opérations algorithmiques. Même si quelqu’un pouvait créer un système parfaitement équilibré sans aucun biais observable lors de sa mise en route, les gens qui entrent les données dans le système, et sont dépendants de la manière dont elles ressortent adapteront leur comportement au système. Ils feront les modifications nécessaires pour se rendre plus lisibles par la machine, et ceux qui y arriveront le mieux prospèreront.

      Ce qui importe n’est pas simplement la manière dont fonctionne le logiciel, mais la manière dont il modifie la structure de la pensée et des actions humaines. A mes yeux, #Google_News a créé des boucles de rétroaction aux effets très délétères, pas parce que l’algorithme en lui-même est mauvais, mais parce que le service n’a pas assez considéré ses répercussions humaines. Ce n’est pas ce que voulait faire Krishna Bharat, le producteur de Google News.

      #information #informatique #spam #seo #capitalisme_linguistique (voir http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/KAPLAN/46925)


  • Quel avenir pour les #EPN ? (3/3) : nouvelles missions | Hubert Guillaud
    http://www.internetactu.net/2012/12/13/quel-avenir-pour-les-epn-33-nouvelles-missions

    “Se limiter à l’apprentissage de l’outil informatique a été trop longtemps un réflexe de protection”, estime Richard de Logu, directeur de l’association Bug à Rennes. “Aujourd’hui, l’un des enjeux des EPN est de s’ouvrir à toute la palette des usages du numérique : la fabrication, les transports, la démocratie, l’économie… parce que tout est devenu un enjeu du numérique. Les…

    #" ;alléger_la_ville" #économie #biens_communs #communauté #dispositifs_créatifs #do_it_yourself #fablab #hyperlocal #intelligence_collective #open_innovation #politiques_publiques #savoir-faire #web_local


  • The Explosion of 15th Century Printing : A Data Visualization - Kasia Cieplak-Mayr von Baldegg - The Atlantic
    http://www.theatlantic.com/video/archive/2012/12/the-explosion-of-15th-century-printing-a-data-visualization/265902

    Harvard’s metaLAB is “dedicated to exploring and expanding the frontiers of networked culture in the arts and humanities,” pursuing interdisciplinary research like this fascinating look at the spread of printing across Europe in the 1400s. Drawing on #data from the university’s library collections, the animation below maps the number and location of printed works by year. Watch it full screen in HD to see cities light up as the years scroll by in the lower left corner. Matthew Battles, a principal and senior researcher at metaLAB and past Atlantic contributor, describes the research and technology that went into the visualization in an interview below.

    http://metalab.harvard.edu/wp-content/uploads/2012/08/image1.jpg
    dommage qu’on puisse pas intégrer la vidéo

    #visualisation #cartographie #publication #savoirs


  • Un robot peut-il apprendre à cuisiner ? | Xavier de la Porte
    http://www.internetactu.net/2012/11/05/un-robot-peut-il-apprendre-a-cuisiner

    La lecture de la semaine est un article paru dans la revue The Atlantic et s’intitule “Un robot peut-il apprendre à cuisiner ?”, ses auteurs, Evan Selinger et Evelyn Kim sont respectivement enseignant en philosophie dans un institut de technologie et journaliste gastronomique. Un robot peut-il cuisiner ? Peut-il préparer un plat avec la cuisson parfaite ? Peut-il couper le…

    #algorithmie #complexité #savoir-faire


  • Méthodes agiles : la conception logicielle appliquée au monde physique | Fabien Eychenne
    http://www.internetactu.net/2012/10/31/methodes-agiles-la-conception-logicielle-appliquee-au-monde-physique

    Depuis une quinzaine d’années, la majorité des développements de logiciels s’appuie sur des méthodes dites “agiles”. Sous cette bannière se regroupent plusieurs méthodes basées sur un développement itératif et incrémental, dans lequel la recherche de solutions aux problèmes rencontrés s’appuie sur la collaboration de pair à pair. Elle promeut des réponses rapides et flexibles, une planification des tâches adaptatives dans…

    #économie #bidouillabilité #coopération #créativité #design #do_it_yourself #fabrication_personnelle #intelligence_collective #open_innovation #open_source #Participation #produire_autrement #refaire #savoir-faire #swarming


  • Histoire intellectuelle et sociale de la cartographie

    Encore une initiative superbe, décidément, c’était la journée. Que je regrette de n’être pas en France.

    http://barthes.enssib.fr/cours/seminaire-histoire-cartographie

    Henri Desbois (Paris-X), Éric Guichard (Enssib) et Isabelle Lefort (Lyon-2)

    Enssib, Lyon-Villeurbanne

    Ce séminaire de recherche rend compte des travaux les plus récents du domaine. Ses responsables prolongent des chantiers qu’ils ont précédemment entamés à l’Ens-Ulm et à l’Ehess. Il est la version étoffée d’un séminaire qui s’est déjà tenu durant deux ans à l’Enssib.

    1.1 Projet général
    Le séminaire commencera par un panorama historique, de la première carte connue (il y plus de 8000 ans) aux grands atlas imprimés du XVIIe siècle. L’accent sera mis sur la dimension réflexive de la cartographie et de l’écriture.

    Ensuite, des thèmes plus spécifiques de l’histoire de la cartographie seront approfondis : cartes scientifiques de l’Antiquité, du Moyen-Âge et de la Renaissance, cartes de Cassini, militarisation de la géographie et nationalisation de la cartographie à la période révolutionnaire, épopée de la géographie militaire (française et coloniale) au XIXe siècle, paradigmes de la cartographie en Amérique du Nord et enfin géographie militaire du XXe siècle, intégrant les satellites et l’internet.

    Les aspects sociaux, intellectuels et politiques de cette histoire seront aussi étudiés. Par exemple, la façon dont les atlas imprimés ont homogénéisé les savoirs géographiques et permis l’essor d’un débat à leur sujet, la façon dont les logiciels de repérage en ligne infléchissent nos représentations territoriales et redéfinissent métiers et statuts de cartographes, etc. Ceci afin de mieux comprendre comment s’infléchissent cultures d’experts et de profanes, comment se sont conjugués imaginaires et conceptions de la réalité, comment s’articulent technique, science et culture.

    #cartographie #savoir #culture #représentation-du-monde #visualisation #cartographie-radicale


  • Open knowledge and data festival

    OKFestival http://okfestival.org

    A Week of Events Organised by a Diverse Set of Communities Around the World.

    We are delighted to invite you to the world’s first Open Knowledge Festival: a week of participatory sessions, keynote lectures, workshops, hackathons and satellite events in Helsinki from September 17th to 22nd, 2012. OKFestival combines annual events OGDCamp and OKCon to form the first festival of its kind. Its 2012 theme is Open Knowledge in Action, looking at the value that can be generated by opening up knowledge, the ecosystems of organisations that can benefit from such sharing, and the impacts transparency can have in our societies. With a bold and experimental programme focused on participation, organised through collaborations amongst over 100 guest planners from around the globe leading 13 key Topic Streams from Government Transparency to Open Hardware, we aim to highlight the true diversity of today’s open knowledge and data initiatives. Buy your ticket now to join hundreds of change-makers and experts from private, public and community sectors and help build an international open knowledge ecosystem with us in Helsinki.

    Le clou du festival est sans aucun doute ça : Open Sauna (et en Finlande ça veut dire quelque chose)
    http://www.opensauna.org

    #data #sources-ouvertes #open-sources #savoir


  • Cartographier les idées et le savoir

    The Graph Of Ideas « Griff’s Graphs »

    http://griffsgraphs.com/2012/07/03/graphing-every-idea-in-history

    I was originally put onto network visualisation by Simon Raper by his fantastic post graphing the history of philosophy. I’ve learned a lot in the last week and decided to be ambitious. I wanted to see what the entire network would look like – with everyone on Wikipedia. Well, everyone with an infobox containing ‘influences’ and/or ‘influenced by’. For those unfamiliar to this work please see his post first – even if it is just for the pictures!

    #Savoir #Idées #Cartographie #Représentation #Visualisation #Complexité


  • Documentaire : Science et Islam par Al-Khalili

    Voici un documentaire de qualité sur l’histoire des sciences arabes, à travers le parcours dans le monde musulman d’un physicien anglo-irakien en trois épisodes. Toutes les sciences ou presque y sont abordés, avec des exemples concrets réalisé par des spécialistes toujours dans une redécouverte du passé scientifique arabo-musulman.

    1. Le langage scientifique :

    Le physicien et professeur Jim Al-Khalili nous guident à travers la Syrie, l’Iran, la Tunisie et l’Espagne pour revenir sur l’extraordinaire révolution scientifique du monde arabe entre le 8ème et le 14ème siècle. Jim suit la trace de grands mathématiciens et de pionniers de la médecine de l’époque. Il nous rappelle ainsi que les termes algèbre, algorithme et alcali sont tous des mots d’origine arabe et qu’ils sont au cœur des principes de la science moderne. Pas de mathématique, d’informatique ou de chimie sans ces éléments.

    http://youtu.be/ktwM9DkQoaA

    2. L’empire de la raison

    http://youtu.be/P5Gk4KWEP0I

    3. Le pouvoir du doute

    http://youtu.be/HF2y-QOpU9U

    #science, #islam, #documentaire, #histoire, #arabe, #musulman, #physicien, #Al-Khalili, #savoir


  • Documentaire : Science et Islam par Al-Khalili

    Voici un documentaire de qualité sur l’histoire des sciences arabes, à travers le parcours dans le monde musulman d’un physicien anglo-irakien en trois épisodes. Toutes les sciences ou presque y sont abordés, avec des exemples concrets réalisé par des spécialistes toujours dans une redécouverte du passé scientifique arabo-musulman.

    1. Le langage scientifique :

    Le physicien et professeur Jim Al-Khalili nous guident à travers la Syrie, l’Iran, la Tunisie et l’Espagne pour revenir sur l’extraordinaire révolution scientifique du monde arabe entre le 8ème et le 14ème siècle. Jim suit la trace de grands mathématiciens et de pionniers de la médecine de l’époque. Il nous rappelle ainsi que les termes algèbre, algorithme et alcali sont tous des mots d’origine arabe et qu’ils sont au cœur des principes de la science moderne. Pas de mathématique, d’informatique ou de chimie sans ces éléments.

    http://youtu.be/ktwM9DkQoaA

    2. L’empire de la raison

    http://youtu.be/P5Gk4KWEP0I

    3. Le pouvoir du doute

    http://youtu.be/HF2y-QOpU9U

    #science, #islam, #documentaire, #histoire, #arabe, #musulman, #physicien, #Al-Khalili, #savoir


  • #Geeks : redoutable à 19 ans

    http://www.argotheme.com/organecyberpresse/spip.php?article1314

    La #culture, sur #Internet, chapardée par un modeste et cupide #savoir #technologique...

    avoir à 19 ans un compte en #banque doté de 190 000€ et 13 000 en espèces sous son matelas ne relève pas d’une leçon d’ #économie au lycée. Ici nous sommes dans la traque d’une #délinquance que des jurisprudences récentes, inspirées par la protection des droits d’auteurs… Une richesse détournée par des pratiques désignées illégales.


  • À l’école de l’autorité (Vacarme)
    http://www.vacarme.org/article1550.html

    Alors que l’école est généralement l’objet de faux-débats particulièrement stériles, Charlotte Nordmann fait œuvre de clarté avec des textes où les questions soulevées redeviennent constructives (et dont les interrogations mériteraient de sortir de l’école pour questionner l’ensemble de la société). À charge à chacun, d’y trouver un cheminement de réponse…

    On nous dit que le règne du caprice et du #divertissement s’est insinué jusque dans l’#école, ce lieu où l’#autorité semble la plus naturelle, la plus légitime, parce que fondée sur une inégalité apparemment incontestable et imposée pour le seul bien des intéressés. On nous dit que l’autorité du maître a été ruinée, que la supériorité de son âge et de son savoir n’est plus reconnue, que son utilité même est contestée. […] On évoque tout cela pêle-mêle ou successivement, pour conclure que l’école serait désormais dans l’incapacité de remplir sa fonction de transmission d’un patrimoine culturel.
    Le plus frappant dans ces discours est leur force de conviction au regard de leur peu de fondement. Sans entreprendre de rendre raison de cette puissance, contentons-nous de remarquer que ces discours ont pour effet de nous masquer ce qui partout apparaît, dès qu’on parvient à entamer le sentiment d’évidence qui empreint trop souvent notre perception de l’école, à savoir l’omniprésence de relations d’autorité. […]
    Le seuil de #violence toléré à l’école est aujourd’hui singulièrement bas, comparé à ce qu’il a pu être dans les années 1950, par exemple, la nouveauté résidant évidemment en cela que la réaction aux transgressions des règles de « civilité » ne fait plus intervenir seulement l’autorité de l’institution scolaire, mais également l’autorité de la police, de l’institution judiciaire, voire de la psychiatrie.
    […] si l’on se préoccupe, par des moyens d’ailleurs problématiques, d’« intéresser » les élèves, l’activité à l’école relève pour ainsi dire toujours de l’#obligation. À l’école, la #contrainte est omniprésente, il n’est quasi rien qu’on ne fasse sous la menace. […] Le peu d’efficacité de la masse considérable d’injonctions dont les élèves sont assaillis n’entame pas la constance avec laquelle elles sont invariablement proférées. Et la diffusion du modèle du « #contrat » à l’école n’a fait que compliquer un peu plus les choses, marquant la volonté de faire intérioriser la contrainte par l’élève, de sorte que son indiscipline est jugée d’autant plus scandaleuse et appelant des conclusions définitives, tandis que l’élève lui-même est poussé à s’estimer seul responsable de la situation.
    La confusion la plus complète règne à l’école quant à savoir si son but premier est de discipliner les élèves ou de leur permettre d’apprendre quelque chose. […]
    Qu’il doive y avoir une part de contrainte dans l’#éducation, ce n’est pas ce que nous contestons. Mais ce qui est frappant dans l’école, c’est que la contrainte est partout. Les espaces, les domaines d’activité où les élèves choisissent de s’appliquer à telle ou telle chose, de leur propre initiative, sans sanction extérieure, sont extrêmement rares. […]
    C’est pourquoi l’école produit une véritable #infantilisation, en encourageant la soumission inconditionnelle à des normes dont la validité n’est que rarement remise en question. Chez les élèves les plus performants, cela peut atteindre des proportions étonnantes : à travailler parce qu’« il le faut », sans savoir pourquoi, sinon parce qu’on les assure que c’est la voie obligée pour « réussir », ils en viennent à n’être plus capables de produire que sous la pression d’une exigence immédiate, à ne plus s’estimer capables de juger par eux-mêmes de leur travail, à douter constamment d’eux-mêmes […]. Ce modèle n’est-il pas celui d’une absence totale d’#autonomie — si du moins l’on entend par là la capacité à se donner sa propre loi, et non la propension à accepter docilement celle qu’on vous impose ? […]
    Pour sortir du rapport duel entre le maître et l’#élève, rapport essentiellement fondé sur la contrainte, il peut être utile d’introduire entre eux des tiers : à partir du moment où la classe se structure autour d’outils, d’instruments, […] et non simplement de « s’exercer » pour être évalué par le maître, le travail cesse d’être motivé essentiellement par l’obéissance à son autorité. […]
    L’omniprésence de la contrainte a pour autre effet problématique que la question du sens des #savoirs enseignés se voit évacuée de l’acte d’enseignement […]. Les savoirs sont ainsi le plus souvent transmis sous une forme dogmatique, sans qu’il soit fait état de la façon dont ils ont été constitués, de ce sur quoi ils reposent, ni des problèmes qu’éventuellement ils posent, des polémiques qu’ils suscitent. […]
    Cette vision dualiste contribue à décourager toute mise en question de ses propres opinions, toute interrogation sur leurs fondements. Elle présuppose qu’il y a entre le monde de l’« opinion » et des savoirs non académiques et le monde des sciences de l’histoire et de la société une rupture épistémologique, ce qui est pour le moins discutable. Elle peut induire une acceptation acritique de ce qui est perçu comme un savoir incontestable ; elle nourrit le respect pour les « experts », à l’heure où cette figure est l’un des moyens les plus actifs de la négation de la politique et de son assimilation à une pure et simple « gestion », aussi « rationnelle » que possible. […] On comprend dès lors qu’à l’autorité de l’école, les élèves ne se sentent autorisés à opposer qu’une autorité supérieure, un autre discours dogmatique, celui de la religion.
    Se construit ainsi un discours fermé, qui entend donner des cadres mais tend à interdire en réalité son propre dépassement, un discours dont l’objectif est de paraître le plus complet possible, lorsqu’il devrait, pour constituer un véritable #apprentissage intellectuel, faire au moins soupçonner combien il est insuffisant et provisoire. Ainsi, ce qui devrait induire une augmentation de la puissance d’agir devient un facteur d’impuissance. […]
    Ce n’est pas sans raison que les rapports d’autorité qui règnent à l’école sont si rarement remis en question. Ils sont protégés par la croyance selon laquelle l’institution scolaire n’aurait pour fin que le « bien » des élèves, et serait le lieu d’une diffusion universelle de savoirs et de #compétences. Or, ce n’est qu’à partir du moment où l’on reconnaît que l’école est, tout autant, une instance de classement et de hiérarchisation, que l’on peut commencer à s’interroger sur l’ambiguïté de ce qui s’y joue. Ce n’est que sur ce fond que l’on peut comprendre pourquoi son autorité peut être contestée pratiquement par ceux qu’elle n’« élimine » plus, ou bien moins qu’auparavant, mais qu’elle continue à classer et à reléguer. Ce n’est qu’à partir de là que l’on peut voir à quel point l’école peut être une école de #soumission à ce qui est — de sorte qu’il faudrait s’inquiéter non pas de la ruine de son autorité, mais plutôt du peu de contestation que celle-ci suscite.

    #freinet #pédagogie_institutionnelle