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Fil d’actualités Covid19-Migration-santé (veronique.petit@ird.fr) relié à CEPED-MIGRINTER-IC MIGRATIONS.

  • Naufrages en Méditerranée : le début d’année 2026 est « le plus meurtrier » depuis 2014
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    Naufrages en Méditerranée : le début d’année 2026 est « le plus meurtrier » depuis 2014
    Plus de 500 morts en quarante jours. Du 1er janvier au 10 février, au moins 524 migrants ont péri ou sont portés disparus en Méditerranée – toutes routes confondues –, engloutis avec leurs embarcations de fortune alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Europe en partant des côtes d’Afrique du Nord, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Un bilan glaçant, sans précédent à ce stade de l’année depuis 2014, date à laquelle l’OIM a commencé à comptabiliser les décès en mer.La dernière tragédie connue remonte au 6 février : 53 personnes sont mortes ou portées disparues après le naufrage d’une embarcation qui transportait 55 migrants au large des côtes libyennes. « C’est le pire début d’année que nous ayons connu depuis plus de dix ans, affirme au Monde un porte-parole de l’OIM. Le plus meurtrier aussi. »
    A titre de comparaison, 219 personnes (sur un total annuel de 1 873) avaient perdu la vie sur la même période en 2025 ; 416 en 2016, année qui reste, à ce jour, la plus mortelle, avec 5 136 disparitions. Ces dernières semaines, les naufrages se sont multipliés en Méditerrannée à un rythme qualifié d’« effrayant » par Marino Dubois, le pseudonyme d’une retraitée française qui, depuis sa page Facebook – « Marino Dubois officiels 2 », suivie par plus de 129 000 abonnés – recense avec minutie les traversées, les drames, et informe les migrants africains sur les conditions météo en mer.
    D’après l’OIM, le cyclone Harry qui s’est déchaîné, mi-janvier, en Méditerranée centrale serait responsable de la plupart des morts ou disparus. Malgré les pluies et les tempêtes, les canots pneumatiques ont continué de prendre la mer, principalement depuis la grande ville portuaire de Sfax, en Tunisie, vers l’Italie. Entre le 14 janvier et le 21 janvier, au moins huit embarcations parties d’une plage de cette ville ont disparu, emportant avec elles 375 migrants. Et le 22 janvier, une autre embarcation, partie de Tunisie aussi, avec à bord 51 personnes, a fait naufrage : un seul survivant a été secouru en pleine mer.Il y a encore quelques jours, l’OIM décomptait sur son site Missing Migrants 93 morts ou disparus en Méditerrannée depuis le début de l’année. Mais les chiffres ont été actualisés le 10 février. « Nous avons eu la confirmation qu’au moins huit bateaux avaient quitté la Tunisie après l’alerte des garde-côtes italiens. Pendant plusieurs jours, nous avons cherché à savoir si des personnes avaient été secourues ou interceptées. Après deux semaines sans nouvelles, nous avons dû considérer les personnes à bord comme disparues. D’autres cas ont aussi été vérifiés. Ce qui explique l’augmentation brutale du nombre de décès recensés dans nos statistiques », explique-t-on du côté de l’institution.
    Depuis plusieurs mois, la répression contre les exilés d’Afrique subsaharienne en Tunisie s’est fortement accentuée. « Ils se sentent acculés et n’ont plus rien à perdre : ils prennent la mer pour tenter leur chance, constate Marino Dubois. Je publie chaque semaine le bulletin météo et je répète de ne pas partir si les eaux ne sont pas calmes, mais ils n’en tiennent pas compte. »
    L’ancienne aide-soignante accuse aussi les passeurs « malhonnêtes » de profiter du mauvais temps pour organiser des traversées. « Ils disent aux migrants que les garde-côtes tunisiens ne surveillent pas lorsque la mer est déchaînée et que la voie est libre. Ils oublient de leur dire que c’est la mort qui les attend », enrage-t-elle. Sur sa page, elle dénonce les « coxeurs », ces rabatteurs chargés d’organiser la traversée, et publie même les visages – parfois les numéros de téléphone – de passeurs.
    Chaque jour, la retraitée recense les traversées et les vérifie auprès des migrants ou de leurs familles. Si les personnes arrivent à bon port, elle le mentionne ; si elles ont disparu, elle le note également. Ses données et celles de l’OIM se recoupent, mais elle a constaté davantage de morts (132) entre l’Algérie et l’Espagne, qui n’apparaissent pas tous sur les statistiques de l’agence onusienne (12). Pourquoi un tel écart ? « Nous ne pouvons enregistrer un incident que s’il existe des éléments probants d’un départ et, idéalement, un signalement de détresse, précise l’OIM. Il existe aussi des naufrages “invisibles” : des embarcations disparaissent sans laisser de trace. » A quel point, alors, les chiffres sont-ils susceptibles d’être sous-estimés ? « Il est difficile de le quantifier, mais chaque année, des centaines de dépouilles sont retrouvées sur les côtes d’Afrique du Nord sans pouvoir être reliées à un naufrage connu, souligne l’OIM. Depuis 2025, en raison des réductions de financement et des restrictions d’accès pour de nombreux acteurs humanitaires, nous craignons que davantage de cas encore ne soient pas signalés. »

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